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Extrait Au coeur de nos bocages

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Au cœur de nos bocages

VINCENT ALBOUY PHOTOGRAPHIES

ERWAN BALANÇA


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SOMMAIRE

Introduction

p. 6

Voyage dans l’histoire du bocage

p. 11

Bocages & biodiversité

p. 69

Annexes

p. 181

Rouge-gorge surpris au petit matin.


UN BOCAGE, DES BOCAGES Les haies vives à arbres têtards sur talus et fossé ont été établies pour s’opposer à la divagation du bétail, pour matérialiser des limites juridiques, pour produire des matières végétales utilisables pour la construction, le chauffage, l’artisanat, et dans une moindre mesure, comme solution à des problèmes agronomiques tels que le ruissellement des eaux de pluie, l’action du vent, etc. Ce n’est sans doute pas un hasard si le bocage moderne se développe à partir de la fin du xve siècle, quand les forêts s’épuisent. Ce type de paysage est presque exclusivement limité à la façade occidentale de l’Europe, de la Scandinavie au nord-ouest de l’Espagne, sans oublier les îles Britanniques où le bocage est largement dominant.

La variété des bocages français En France, le bocage se rencontre pour l’essentiel à l’ouest, en Normandie, en Bretagne, dans le Maine, en Anjou, dans le Poitou, en Touraine, se poursuivant en Berry, en Bourgogne et dans presque tout le massif Central et ses confins. Quelques régions isolées sont aussi bocagères, comme la Thiérache à la frontière belge, le Pays Basque au pied des Pyrénées, le Champsaur dans les Alpes. De petits bocages linéaires se trouvent également un peu partout dans le lit majeur des rivières et des fleuves. Les bocages se ressemblent beaucoup d’une région à l’autre ; en particulier, l’habitat humain y est fréquemment dispersé. Des fermes isolées sont éparpillées dans la campagne, reliées entre elles et à des hameaux de petite taille par un réseau très dense de chemins. Ces derniers étaient souvent creux et fortement ombragés par des haies qui se rejoignent pour former une sorte de tunnel vert. Mais pour qui a le sens du détail, chaque région possède ses caractères propres, et il est possible d’établir une véritable classification des types de paysages rencontrés. On peut, par exemple, s’intéresser aux talus, dont la présence systématique est

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caractéristique de la Bretagne. Ailleurs, les arbres et les arbustes peuvent aussi pousser de plain-pied, constituant ce que l’on appelle des « haies de pied ». Au Pays Basque ou dans l’est du Poitou, les haies ne sont pas toujours très élevées, constituées surtout d’arbustes bas taillés plus ou moins régulièrement. La diversité des talus est aussi grande que celle des haies. Leur hauteur varie de quelques dizaines de centimètres à plusieurs mètres, pour une largeur qui dépasse parfois deux mètres. Ils renferment souvent une armature de pierres, visible ou non. Enfin, leur peuplement végétal peut aller de la véritable forêt linéaire, constituée d’une ou deux rangées de grands arbres aux troncs noyés dans les buissons, au maigre couvert d’ajoncs et d’épineux divers, qui caractérise les haies proches de la côte dans le Nord-Ouest de la Bretagne. Les talus sont le plus souvent bordés de fossés, car édifiés avec la terre extraite lors du creusement de ces derniers. Ces fossés peuvent avoir été comblés par l’érosion : leurs traces ne sont pas toujours faciles à retrouver. Avant le remembrement, le talus correspondait souvent à des limites foncières, mais c’était loin d’être la règle. Il n’était pas forcément mitoyen et pouvait appartenir à un seul des propriétaires des terres contiguës ou aux deux. Dans certains cas, surtout lorsqu’ils étaient larges, les talus constituaient des parcelles indépendantes, et pouvaient appartenir à un troisième propriétaire !

Un réseau plus ou moins lâche Pour parler de bocage, il faut pouvoir mettre en évidence une structure répétitive. Dans la plupart des régions bocagères de France, les haies et les talus sont répartis uniformément sur l’ensemble des terres. Ces clôtures verdoyantes limitent une parcelle, un groupe de parcelles, voire l’ensemble des parcelles qui relèvent d’un même propriétaire. À l’opposé, une parcelle pouvait être découpée en plusieurs portions par des haies proches les unes des autres, souvenir de transactions anciennes

Voyage dans l’histoire du bocage


Le bocage règne en maître dans les régions au climat doux et humide permettant à l’herbe de pousser toute l’année ou presque, ce qui facilite l’élevage des bovins et autre bétail.

relief, on peut admirer d’un point haut le paysage formé d’un « vaste damier, dont les compartiments offrent une grande variété selon les saisons et la diversité des cultures. »

Les bocages riants Le bocage de la Thiérarche apparaît comme une petite Normandie dans un coin du Hainaut, au témoignage de Louis-Hyppolyte Catrin en 1870. La région est couverte d’un bocage alternant avec quelques massifs boisés. Les champs labourés sont réduits à la portion congrue, repoussés de l’autre côté de la forêt. Des haies vives entourent des pâturages plantés en grande partie d’arbres fruitiers et arrosés par de petits ruisseaux. « C’est à l’époque du renouveau qu’il faut voir la nature à l’œuvre dans ces riants pâturages et dans cette épaisse forêt ; les arbres fruitiers se chargent de fleurs que le vent détache et emporte en tourbillons de neige odorante et bigarrée ; les vaches, fatiguées du triste séjour de l’étable, manifestent par leurs bonds et leurs mugissements, leur joie d’être rendues à la nature et à la liberté ; on devine bientôt la richesse du pays dans ces mamelles gonflées de lait et dans ces génisses déjà grassouillettes que le propriétaire destine à la boucherie. »

Le géographe Amand-Alexis Monteil, en l’an X de la république (1802), évoque de façon presque mystique un bocage fleuri au cœur du Rouergue. Formé à la botanique, comme la plupart des naturalistes de sa région, il est sensible à la variété des plantes à fleurs qui poussent dans les haies et les prairies. « Tout le pays est couvert d’une étonnante quantité de fleurs ; les narcisses, le jonc fleuri [ajonc], les pâquerettes, les centaurées, les scabieuses, le trèfle rouge, les primevères, les violettes, les dents-de-lion [pissenlit], la sauge, les boutons d’or, les jacobées, les orchis et les ophrys y dérobent en certains endroits la vue du gazon ». Les champs cultivés sont parsemés de bleuets, de coquelicots, d’adonis, de liseron, de camomilles, de miroir-devénus, et de soucis, cortège classique des champs de céréales d’autrefois, c’est-à-dire d’avant les trieurs à grains, les engrais chimiques et les herbicides. Les haies d’aubépine et de prunellier, où poussent également le troène, la viorne, le fusain, l’églantier, le chèvrefeuille, « entourent d’une broderie blanche le vert tendre des blés ». Il termine sa description par une envolée lyrique dans le goût de l’époque, voyant dans le bocage l’œuvre de Dieu lui-même. « Ah ! qu’il serait difficile, au milieu de ces vallées fleuries, de nous persuader que la terre n’est qu’un peu de boue sur lequel nous rampons ; de nous faire croire, dans ces ravissements

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Voyage dans l’histoire du bocage


Cette vue pseudo-aérienne du bocage en gestation de Picauville (Manche) daté de 1582 fait honneur au bel effort d’imagination de l’artiste qui ne voyait ce paysage qu’à partir du sol et ne pouvait l’embrasser dans son ensemble (voir le paragraphe explicatif de ce document, « Un embryon de bocage », p. 30).

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d’Acheux (aujourd’hui dans la Somme). Seul le curé peut se chauffer régulièrement. Les paysans les plus riches ne peuvent se le permettre que le dimanche et les jours de fête. Rien n’est dit des plus pauvres, ils devaient probablement se contenter de la maigre chaleur dégagée par la cuisson des aliments. À l’inverse, l’intendant de la Généralité de Bretagne indique dans son rapport que « les forêts, quoiqu’assez nombreuses, ne font rien en comparaison des arbres qui croissent sur les haies et dont presque tous les champs sont environnés ; ces bois de haie sont vingt fois plus considérables que toutes les forêts ensemble ». Si les bûches produites par l’entretien de ces haies pouvaient faire l’objet d’un commerce vers les villes, les fagots de petit bois, intransportables à longue distance à un coût intéressant, étaient consommés sur place et fournissaient une ressource pérenne à la population rurale, même la plus pauvre.

Le bois comme source d’énergie Chaque espèce d’arbre avait ses caractéristiques et ses emplois privilégiés pour la cheminée, le fourneau ou le four. Les bois durs, produisant peu de flammes mais une chaleur lente et prolongée servait aussi bien pour le chauffage que pour la cuisine. Le chêne, le frêne, l’orme, le charme, le hêtre, l’érable entrent dans cette catégorie. Les bois tendres brûlent vite, avec des flammes continues. Ils convenaient pour l’allumage ou lorsqu’un coup de feu était nécessaire. Mais tous n’étaient pas également prisés. Si le bouleau, l’aulne, le saule et l’aubépine chauffaient bien, le peuplier et le tilleul étaient considérés comme des combustibles médiocres et le noisetier et le sureau ne servaient que comme bois d’allumage. Le châtaignier, bois dur, était peu prisé notamment parce qu’il pétille beaucoup en brûlant, produisant des étincelles. À l’époque des cheminées à foyer ouvert, il représentait un risque d’incendie non négligeable. On tirait autant de fagots de petit bois (rameaux et branchettes des grosses branches coupées sur les têtards, rameaux et tiges des épineux et des arbustes et arbrisseaux) que de bûches lors de l’entretien d’une haie. Ils servaient principalement à chauffer les fours pour cuire le pain, les pâtés et les tartes, pour sécher les fruits. Ils pouvaient également alimenter certains fours à vocation artisanale.

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LE BOIS, DU PÉTROLE VERT Il n’existe aucun renseignement chiffré d’époque permettant d’évaluer la quantité d’énergie tirée des haies chaque année par les paysans d’autrefois. Selon le rapport du CGAAER, deux à trois kilomètres de haies traitées en taillis, c’est-à-dire par recépage périodique des arbres, peuvent fournir chaque année vingt ou trente stères nécessaires pour passer agréablement la mauvaise saison selon nos normes modernes de confort et avec des appareils de chauffage à haut rendement. Il est difficile d’extrapoler pour des temps plus anciens. Mais les deux millions de kilomètres de haies à l’apogée du bocage (selon Philippe Pointereau), si l’on considère un rendement de 10 stères au kilomètre, produisaient 20 millions de stères. Un stère de bois suffisamment sec pour être brûlé pesant environ 400 kg, cela représentait 8 millions de tonnes. Une tonne de bois équivalant à 0,321 tonne de pétrole, on aboutit à un gisement de combustible 100 % renouvelable de plus de 2 500 000 tonnes de pétrole, soit plus de 18 millions de barils à 7,3 barils par tonne de pétrole.

Matière première pour l’artisanat La vie en quasi-autarcie de la plupart des paysans d’autrefois obligeait à trouver sur place les matières premières nécessaires pour construire les bâtiments et fabriquer les outils, les ustensiles et autres objets du quotidien. Le chêne, s’il était bien sain, se débitait en poutres, solives, planches, bardeaux pour couvrir les toits. Il servait également à fabriquer des rayons de roues, des charrettes, des charrues et autres outils de travail de la terre, des pressoirs, des douelles pour les tonneaux. L’écorce, du jeune bois surtout, était vendue aux tanneurs car sa richesse en tanin permettait une bonne conservation des cuirs. Le châtaignier se débitait comme le chêne. Il était particulièrement apprécié pour faire des charpentes et des bardeaux, car naturellement plus résistant aux insectes et à la pourriture. Le hêtre était apprécié pour la fabrication des vis de pressoirs, des jantes de roues. Pour lui assurer une plus longue conservation et notamment le protéger des insectes, ce bois était mis longtemps à macérer dans l’eau, ou bien torréfié au four.

Voyage dans l’histoire du bocage


Planche de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert présentant l’atelier et les outils d’artisans fabriquant des sabots et des échalas.

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TOUT PART DU SOL Au pied de la haie, une couche de feuilles mortes jonche le sol. De nombreux petits animaux s’abritent ou se nourrissent dans cette litière ou dans le sol superficiel juste en dessous, des acariens et des collemboles au minuscule grillon des bois. Les champignons sont dans leur élément, car ils décomposent la matière organique morte pour se nourrir. Leurs filaments souterrains sont souvent associés aux racines des arbres. C’est un cas classique de symbiose, c’est-à-dire d’association à bénéfice réciproque, ou gagnant-gagnant pour parler autrement.

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Bocages & biodiversité


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1. Campagnol roussâtre

Remarquablement adapté aux bois, il se satisfait tout aussi bien de buissons et se plaît dans les haies, alors qu’il ne s’aventure guère dans les prés et les champs. De jour comme de nuit, il se montre très actif, grimpant dans la végétation pour trouver sa nourriture, graines, feuilles, bourgeons, fruits ou petits invertébrés. Il loge souvent dans les souches, entre les grosses pierres, les rideaux de lierre contre un tronc ainsi que dans les vieux nids d’oiseau, qu’il apprécie particulièrement pour y élever ses petits. Il emprunte aussi des galeries superficielles, généralement creusées 2. par d’autres mammifères.

2. Lapin

Sans grand moyen de défense, sinon la fuite, ce rongeur recherche les zones d’herbes courtes dégageant la vue et la proximité d’abris, grands buissons, taillis épais ou terriers. Les petits prés et champs bordés de haies lui conviennent particulièrement. L’espèce ne prolifère que sur les sols meubles et bien drainés, où l’animal peut creuser des galeries profondes à l’abri des inondations. La myxomatose, maladie devenue endémique, affaiblit régulièrement ses populations et peut les faire disparaître localement.

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Lucane cerf-volant

C’est l’un des plus gros et des plus spectaculaires insectes du bocage, et même d’Europe, lié aux souches pourrissantes des chênes et autres feuillus où vit sa larve. Il se tient surtout au sol ou au bas des troncs. Inquiété, le mâle prend une attitude défensive, corps tendu vers l’adversaire et mandibules grandes ouvertes. Il vole au crépuscule au début de l’été. Il n’est pas rare de trouver des élytres et des têtes sur le chemin, trace de la prédation par les chauves-souris.

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1. Chardonneret élégant

Avec la bande jaune vif qui orne ses ailes, le chardonneret ne peut être confondu, même en vol, avec aucun autre passereau. Son chant clair et tintant l’a fait autrefois mettre en cage pour l’agrément des humains. Il sait avec adresse picorer les graines mûrissantes de nombreuses espèces, en particulier des cardères et des chardons qui lui ont valu son nom. L’arasement des haies, tout comme l’usage immodéré d’herbicides qui suppriment toutes les plantes adventices, ont beaucoup réduit ses populations depuis 2. quelques décennies.

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Bergeronnette printanière 2. Moineau friquet

Le moineau domestique n’est pas spécialement un oiseau du bocage. Mais il est souvent confondu par les promeneurs, peu au fait des subtilités de l’ornithologie, avec le moineau friquet. Celui-ci présente sur la joue une tache noire en virgule caractéristique. Il explore les haies en hiver en bandes remuantes à la recherche de nourriture.

La présence de certains oiseaux dans le bocage est dépendante de celle des vaches ou des moutons, hôtes privilégiés du pré. Ainsi en est-il des tariers, des étourneaux, qui, à l’occasion, se juchent sur le dos des ruminants, ou des bergeronnettes, dont le nom n’est pas dérivé de berge mais de bergère. L’une d’entre elles surtout, la bergeronnette printanière, affectionne tant le voisinage des troupeaux qu’on dirait une vraie petite bergère…

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Âmes des paysages du bocage, les haies sont les gardiennes d’une histoire ancrée dans nos territoires. De la Normandie au Pays Basque, elles serpentent entre les champs, longent les chemins et dessinent les horizons. À la lumière des recherches historiques, des découvertes archéologiques et des archives administratives, cet ouvrage remonte le fil de leur histoire et révèle comment elles ont accompagné les pratiques paysannes et modelé l’identité de nos terroirs. Précieux refuges pour les oiseaux, les insectes et les petits mammifères, elles participent aujourd’hui plus que jamais à l’équilibre de nos paysages. Au fil des saisons, les auteurs nous emmènent au cœur de ces forêts linéaires qui façonnent nos campagnes et rappellent que le bocage est l’un de nos plus précieux patrimoines vivants.

VINCENT ALBOUY est entomologiste de formation et engagé depuis toujours dans la protection du vivant. Naturaliste passionné et désireux de partager sa passion, il a publié aux éditions Gallimard Jeunesse, Casterman, Minerva, Flammarion, Delachaux et Niestlé de nombreux livres sur les insectes, les oiseaux, la découverte de la nature ou le jardinage naturel, destinés aux enfants ou au grand public. ERWAN BALANÇA est photographe naturaliste depuis vingt ans, spécialisé sur la faune, les paysages et les activités humaines en lien avec la nature et l’environnement. Il a collaboré à des revues aussi prestigieuses que Géo, National Geographic, Terre sauvage, et est l’auteur de nombreux ouvrages, parmi lesquels La Rivière en bas de chez moi ou La Nature à 200 m de chez moi parus aux éditions Ulmer.

ISBN : 978-2-37922-413-3

PRIX TTC FRANCE : 29,90 €

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Extrait Au coeur de nos bocages by Éditions Ulmer - Issuu