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Extrait La mémoire des fleuves et des rivières - Éditions Ulmer

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Christian Lévêque Les cours d’eau sont les artères de notre territoire : c’est autour des fleuves et des rivières que les hommes se sont installés. Ils y ont pêché, chassé, ont cultivé et élevé le bétail. Au fil de l’histoire, ils ont appris à utiliser la force du courant, à se servir de l’eau pour développer les échanges de marchandises et la circulation des hommes, notamment en aménageant les fleuves. Mais l’homme a aussi cherché à lutter contre les méfaits de l’eau. Comprendre la relation duelle entre le fleuve et l’homme, entre la nature et l’homme permet d’adopter une posture moins manichéenne, et surtout d’envisager notre futur. Christian Lévêque, directeur de recherche émérite de l’Institut de Recherches pour le Développement, et Président honoraire de l’Académie d’agriculture, a dirigé le Groupement d’intérêt public « Hydrosystèmes » et le Programme « Environnement, Vie et Sociétés » du CNRS. Spécialiste des milieux aquatiques continentaux, il a publié plusieurs ouvrages, dont Quelles rivières pour demain ? en 2016 chez QUAE.

ISBN : 978-2-84138-968-1

,!7IC8E1-dijgib! PRIX TTC FRANCE  : 22   €

LA MÉMOIRE DES FLEUVES ET DES RIVIÈRES

Comprendre la relation historique entre l’homme et le fleuve, c’est mieux appréhender les questions écologiques d’aujourd’hui.

Christian Lévêque

LA MÉMOIRE DES FLEUVES ET DES RIVIÈRES L’histoire des relations entre les hommes et les cours d’eau à travers les siècles


SOMMAIRE Avant-propos

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Chapitre 1

FONCTIONNEMENT ET REPRÉSENTATION 11 DES SYSTÈMES FLUVIAUX Chapitre II

LES HÉRITAGES GÉOMORPHOLOGIQUES ET CLIMATIQUES

21

Chapitre III

D’UNE RIVE À L’AUTRE

37

Chapitre IV

CAPTER L’EAU DES RIVIÈRES POUR FÉCONDER LES TERRES

55

Chapitre V

LES POISSONS ET LA PÊCHE EN MILIEU FLUVIAL

71

Chapitre VI

UNE ACTIVITÉ STRATÉGIQUE : LA NAVIGATION FLUVIALE

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89


Chapitre VII

L’ÉNERGIE DES COURS D’EAU

107

Chapitre VIII

LA RIVIÈRE DES ÉMOTIONS ET DE L’IMAGINAIRE

121

Chapitre IX

LA RIVIÈRE, LES FÊTES ET LES LOISIRS

135

Chapitre X

GÉRER LES EXCÈS…

147

Chapitre XI

L’HÉRITAGE DES ACTIVITÉS INDUSTRIELLES 157 Chapitre XII

LE PATRIMOINE FLUVIAL

167

Chapitre XIII

AU FIL DE L’EAU, AU FIL DU TEMPS…

177

Chapitre XIV

C’EST QUOI UNE BELLE RIVIÈRE ?

187

Index

190

5


Canal du Midi. 6


AVANT-PROPOS

« Poser un regard rétrospectif sur les multiples manières dont l’homme a investi le fleuve au cours de son histoire nous permet aujourd’hui de comprendre en quoi, et comment, cet “objet de nature” est peut-être surtout un objet social. Procédons d’abord à un rapide inventaire. Comme tout cours d’eau, le Rhône constitue pour ses riverains une ressource directe : pêche, transport, force hydraulique, irrigation, eau potable, rejet de déchets… sont quelques-uns des usages classiques que l’on croise au fil du temps et de son histoire. À ceux-ci s’ajoutent toutes les activités utilisant l’espace qu’il crée avec sa plaine alluviale : agriculture, cueillette, chasse, implantations manufacturières. Enfin, il supporte également tout ce qui peut relever du temps de non-travail : baignade, pêche, sports nautiques, guinguettes, fêtes, joutes et spectacles ont animé, et animent ses rives, son lit, ses berges. » André Vincent, Le Rhône, un fleuve en devenir, Maison du fleuve Rhône, 2006. Les cours d’eau font partie de notre environnement familier. On aime se promener le long des berges. Les poètes ont célébré la beauté sauvage de l’eau qui coule, symbole de pureté et de liberté. Les peintres ont été sensibles à l’esthétisme des paysages fluviaux. Quant à l’image du pêcheur paisiblement installé au bord de l’eau, c’est toujours un monument de la culture populaire. Si l’on procède par analogies, les cours d’eau sont les artères qui irriguent nos territoires. C’est autour des rivières, où l’eau était disponible en permanence, que les hommes se sont installés. Ils y ont pratiqué la pêche et la chasse, ils ont développé l’agriculture et l’élevage. La navigation a joué autrefois un rôle stratégique pour les échanges de biens et la circulation des personnes. Et la force du courant a été pendant longtemps l’une des principales sources d’énergie mécanique. Au fil du temps, les hommes ont appris à utiliser tous les services offerts par les cours d’eau, mais aussi à se protéger de leurs humeurs et de leurs excès, que ce soit les fortes crues ou les sécheresses. L’objet naturel cours d’eau a donc été aménagé pour le stockage de l’eau, la navigation, la production d’énergie et la protection contre les crues. Ce sont des systèmes anthropisés : endigués, chenalisés, fragmentés par des barrages, ils n’ont plus grand-chose à voir avec des écosystèmes dits naturels. Mais ce sont néanmoins des systèmes écologiques fonctionnels, même s’ils 7


LA M É M O I R E D E S F L E U V E S E T D E S R I V I È R E S

fonctionnent différemment. Ces systèmes aménagés pour remplir certains usages, on les appelle alors socio-écosystèmes ou anthroposystèmes. Nos paysages fluviaux actuels gardent la mémoire de ces divers usages, parfois conflictuels, dont ils ont fait l’objet. Il s’agit tout à la fois d’un patrimoine bâti (barrages, digues, aménagements portuaires, moulins, etc.) et d’un patrimoine biologique sous forme de systèmes écologiques créés, aménagés et gérés pour répondre à certains usages, à l’exemple des nombreux étangs, réservoirs, canaux ou lacs qui occupent les lits fluviaux. Ces aménagements, qui se sont échelonnés au cours du temps, ont profondément transformé nos cours d’eau. Et si nous parlons maintenant de continuité écologique, il ne faut pas oublier, comme le disait le sociologue André Micoud, qu’il y a aussi une continuité dans le temps des usages… Depuis quelques décennies, certains usages sont en voie de disparition, à l’exemple de la navigation commerciale, alors que les cours d’eau retrouvent d’autres usages liés aux activités ludiques telles que la baignade, le kayak, la randonnée sur les chemins de halage, le tourisme fluvial, etc. Ce patrimoine fluvial est le témoin de l’histoire des sociétés, et le support emblématique de leur identité. Il traduit concrètement, sur le terrain, les relations diversifiées qui lient les individus au milieu naturel. Et il participe à la construction symbolique de leur cadre de vie. Cette notion de patrimoine associe des entités naturelles (milieux physiques, espèces animales et végétales, etc.) à des entités culturelles et matérielles (moulins, châteaux, ports, ponts, lavoirs, moyens de navigation, etc.). Il a également une dimension immatérielle (savoirs, pratiques, symboles, etc.) qui fait sens pour les populations locales. Mais, dans le même temps, la démarche patrimoniale tout comme la démarche conservationniste de protection de la nature peuvent conduire à fossiliser les systèmes écologiques concernés, par le désir de les maintenir et de les protéger dans leur état actuel, alors qu’ils sont appelés inéluctablement à se modifier… À divers points de vue, les cours d’eau sont donc porteurs d’une mémoire. La morphologie de leur vallée est le résultat de longs processus au cours desquels la géologie a été confrontée aux changements climatiques. Les espèces qu’ils hébergent sont issues tout à la fois de l’histoire de l’évolution et, plus récemment, des transferts d’espèces favorisés par l’homme. Les archéologues explorent les archives sédimentaires des vallées alluviales qui nous ont permis de reconstituer l’histoire du contexte climatique, biologique et social, tout en nous apportant des témoignages concrets, grâce aux nombreux vestiges historiques ou fossilisés qui ont été retrouvés. Cette mémoire, on peut aussi la retrouver dans les nombreux documents de toute nature (écrits, gravures, tableaux, etc.) accumulés dans les bibliothèques et les musées. Alors que de nombreux ouvrages sur l’histoire des cours d’eau sont l’œuvre de géographes et d’historiens, celui-ci est écrit par un écologue qui essaie de retracer les trajectoires temporelles, sous contrainte climatique et 8


ava n t - p r o p o s

anthropique, des systèmes fluviaux. Il s’agit de comprendre pourquoi et comment activités humaines et processus spontanés ont interféré et co-évolué au cours du temps pour produire ces anthroposystèmes qui nous sont familiers. Car les cours d’eau et les hommes ont une histoire commune, faite de processus itératifs d’adaptation, des hommes au milieu et des milieux aux hommes. Cette co-adaptabilité des sociétés et des milieux implique une forme d’opportunisme qui a pu se manifester de manière indépendante, et parfois différente, dans divers contextes socioculturels et environnementaux. Il est aussi nécessaire à ce titre de rafraîchir notre mémoire… et de rappeler que nos ancêtres ne vivaient pas dans un paradis terrestre en « harmonie avec la nature », tel que certains discours le laissent penser. Les aléas climatiques, à l’instar des inondations et des sécheresses, ont profondément affecté les conditions de vie de la France rurale, c’est-à-dire de la majorité des citoyens. Et c’est en luttant contre cette nature hostile que nos sociétés ont pu acquérir un certain bien-être. Par exemple, c’est en stockant de l’eau pour irriguer que certaines régions méditerranéennes sont devenues fertiles. Si l’homme n’a pas toujours agi avec pertinence, il n’a pas non plus pris plaisir à « détruire » la nature. Il l’a aménagée pour y vivre, en essayant d’en tirer profit mais aussi en se protégeant de ses méfaits. Si on ne comprend pas cette relation duelle de l’homme à la nature, on ne pourra jamais envisager sérieusement le futur. Dans une société où les discours anxiogènes de certaines cassandres n’ont de cesse de dénoncer l’impact des activités humaines sur la nature, l’histoire nous apporte un autre éclairage et nous amène à porter un regard plus nuancé sur les relations sociétés/nature. Si l’histoire n’excuse pas tout, elle permet néanmoins d’expliquer en grande partie les motivations de nos ancêtres qui ont conduit à la situation que nous connaissons. Elle nous aide surtout à comprendre pourquoi et comment les sociétés ont été amenées à exploiter les ressources naturelles à leur disposition et à modifier leur environnement. À chacun ensuite de porter un jugement de valeur selon sa sensibilité…

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Torrent de Fenestre (Alpes Maritimes). 10


Chapitre 1

FONCTIONNEMENT ET REPRÉSENTATION DES SYSTÈMES FLUVIAUX z « Les paysages de l’eau sont à l’image de tous les paysages : pour partie donnés par la nature, pour partie construits par l’homme ; pour partie mesurables et quantifiables de façon objective, pour partie perçus et vécus de façon subjective ». J. Béthemont, Grand livre de l’eau, 1995 Ces brefs rappels concernant le fonctionnement des systèmes fluviaux sont destinés à servir de guide pour interpréter les conséquences des aménagements du cours d’eau et de son bassin-versant qui se sont échelonnés pendant des siècles pour répondre à des usages. Certains d’entre eux sont devenus obsolètes, mais ils ont créé nos paysages familiers, et quelques-uns ont acquis une valeur patrimoniale reconnue. Dans ce contexte, il ne s’agit pas d’aborder la question des rapports que nos sociétés ont entretenus avec les cours d’eaux sous la litanie habituelle d’un catalogue d’impacts de l’homme sur la nature. Il s’agit au contraire d’essayer de comprendre comment ce long bricolage de co-construction de nos paysages fluviaux a permis l’émergence de nouveaux écosystèmes fonctionnels mais différents de ce qu’auraient été nos cours d’eaux en l’absence d’aménagements. Pour le lecteur qui souhaite approfondir ses connaissances, l’écologie des cours d’eau a été traitée plus en détail dans deux ouvrages de référence (Amoros & Petts, 19931 ; Lévêque 20162). C. Amoros, G.E Pett, Hydrosystèmes fluviaux. Masson, 1993. C. Lévêque. Quelles rivières pour demain ? QUAE, 2016.

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LA M É M O I R E D E S F L E U V E S E T D E S R I V I È R E S

LE BASSIN-VERSANT Une rivière n’a d’existence qu’au sein de son bassin-versant où l’eau ruisselle d’abord sous forme d’un chevelu qui s’organise progressivement en réseau hiérarchisé de cours d’eaux de plus en plus importants. Chemin faisant, la rivière va modeler son lit par érosion des roches et transport des matières solides ou dissoutes qui en résulte. L’ensemble du bassin participe donc au fonctionnement du cours d’eau, et le couvert végétal en particulier va plus ou moins réguler le ruissellement et l’érosion des sols.

Le bassin fluvial est « l’espace qu’englobent le domaine des sources et du fleuve et qui fait partie d’un même ensemble et constitue le bassin hydrographique et nous appellerons système ses formes solides et liquides envisagées dans leur réciproque dépendance ». C. Ritter, Introduction à la géographie générale comparée,1974

Le grand responsable de la morphologie des cours d’eau, c’est le pouvoir érosif de l’eau. Ce dernier dépend du débit (c’est-à-dire du volume d’eau qui s’écoule en un temps donné), lui-même étroitement dépendant de la pluviométrie. Le débit a beaucoup varié au cours du temps en fonction des variations climatiques. Quand le débit est fort, le cours d’eau érode et il a tendance à creuser son lit : c’est le phénomène d’incision. Au contraire, quand le débit est faible, le cours d’eau n’a plus la force de transporter les matériaux grossiers et il alluvionne. On retrouvera les témoins de ces fluctuations du système érosion-transport-sédimentation dans la nature et la chronologie des dépôts sédimentaires, ainsi que dans la morphologie du lit. En général, les aménagements ont eu pour conséquences de contrôler le caractère torrentiel des cours d’eau et donc de réduire le pouvoir érosif du cours d’eau ainsi que la capacité de transport des sédiments. Les géographes distinguent schématiquement trois zones principales dans un bassin-versant. Dans la zone amont où la pente est souvent importante, le courant est rapide, voire torrentiel : c’est une zone d’érosion active. Vient ensuite une zone de transfert avec un courant moins rapide et le dépôt progressif des sédiments grossiers dans le lit du cours d’eau : c’est souvent une zone dite en tresses à chenaux multiples, enserrant des îles caillouteuses très mobiles. À l’aval, enfin, les rivières ont un cours plus lent, unique, méandriforme, et ne transportent plus que des sédiments fins.

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f o n c t i o n n e m e n t e t r e p r é s e n tat i o n d e s s y s t è m e s f l u v i a u x

Causse Méjean, ravines d’érosion. C’est ici que naissent les cours d’eau.

Marais Prairies humides

Lacs d’altitude

Tourbières Mares

Marais

Bras morts Lagunes Les différents types de zones humides associés aux cours d’eau. Zones humides zones utiles, agissons. Sauvons l’eau. Agence de l’eau RM&C. 13

Forêts alluviales


Christian Lévêque Les cours d’eau sont les artères de notre territoire : c’est autour des fleuves et des rivières que les hommes se sont installés. Ils y ont pêché, chassé, ont cultivé et élevé le bétail. Au fil de l’histoire, ils ont appris à utiliser la force du courant, à se servir de l’eau pour développer les échanges de marchandises et la circulation des hommes, notamment en aménageant les fleuves. Mais l’homme a aussi cherché à lutter contre les méfaits de l’eau. Comprendre la relation duelle entre le fleuve et l’homme, entre la nature et l’homme permet d’adopter une posture moins manichéenne, et surtout d’envisager notre futur. Christian Lévêque, directeur de recherche émérite de l’Institut de Recherches pour le Développement, et Président honoraire de l’Académie d’agriculture, a dirigé le Groupement d’intérêt public « Hydrosystèmes » et le Programme « Environnement, Vie et Sociétés » du CNRS. Spécialiste des milieux aquatiques continentaux, il a publié plusieurs ouvrages, dont Quelles rivières pour demain ? en 2016 chez QUAE.

ISBN : 978-2-84138-968-1

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Comprendre la relation historique entre l’homme et le fleuve, c’est mieux appréhender les questions écologiques d’aujourd’hui.

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