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Extrait Les nouveaux paysages de la vigne - Éditions Ulmer

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LES NOUVEAUX PAYSAGES DE LA VIGNE Photographies Philippe Perdereau Texte Christiane Camou et Franรงoise Dubarry


Préface, PAR GENEVIÈVE BESSE-HOUDENT  4 Introduction :

FEUILLES DE VIGNES, FEUILLES DE ROUTE

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LES TERRES DE LA VIGNE  10

L’ARCHITECTURE RECONSTRUIT LE PAYSAGE  78

LES VIGNOBLES DE LA RECONQUÊTE  14 Les vignes héroïques : BANYULS 16 La volonté des Hommes : LE PRIORAT – CATALOGNE  20 Le vin du Pays basque : IROULÉGUY – PAYS BASQUE  24 Les sculpteurs des coteaux : HAUT DOURO – PORTUGAL

UN PATRIMOINE RÉENCHANTÉ  82 Histoires de château 85 Le contemporain dans les plis du passé 28

LOPEZ DE HEREDIA – RIOJA (ESP.)  86

DOMAINE DE RICHEAUME – PROVENCE  86

CHÂTEAU PEDESCLAUX – PAUILLAC  93

CHÂTEAU MARGAUX – MARGAUX  93

CHÂTEAU LA CONSEILLANTE – POMEROL  93

PETRUS – POMEROL  93

LES CORBIÈRES-BOUTENAC  36

Les vignobles du Sud-Ouest LE JURANÇON – BÉARN  40

Les châteaux gascons  CHÂTEAU DE HERREBOUC

CHÂTEAU DE VIELLA  99

CHÂTEAU BOUSCASSÉ  99

LES VIGNOBLES GERSOIS  44

LES MUTATIONS HEUREUSES  46 Le vin à la belle étoile : AU CLOS D’ORA – MINERVOIS  49 Des plantes nourricières pour les sillons UNE NOUVELLE PAGE DU VIGNOBLE DE GAILLAC – TARN  50

LE MODÈLE DU MINERVOIS  50

MADIRAN – GASCOGNE  51

MILLE PAYSAGES DANS LA NATURE  56 Prendre la clé des champs 59 TAUTAVEL – PYRÉNÉES ORIENTALES  62 LA RIOJA ALAVESA – PAYS BASQUE (ESP.)  63 LES CAILLOUX BLANCS DU MINERVOIS  64

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Un rêve de château

LES TERRITOIRES RÉINVENTÉS  32 Dans l’antique Narbonnaise LE LANGUEDOC-ROUSSILLON  34

LES TERRASSES DU LUBÉRON – ALPES DE HAUTE-PROVENCE  66

LES COLLINES DU BAROLO – PIÉMONT (IT.)  68

LES PAYSAGES DU CHIANTI – TOSCANE (IT.)  72

Un château en Provence  CHÂTEAU BARBEYROLLES

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LES CHAIS CONTEMPORAINS DANS LA LUMIÈRE  102 Les précurseurs de l’audace  MARQUÉS DE RISCAL – RIOJA (ESP.)  104

BODEGA YSIOS – RIOJA (ESP.)  104

CASTELLO BUONO – CHIANTI (IT.)  109

Les cathédrales du vin  CANTINA PETRA – CHIANTI (IT.)

110

CHÂTEAU FAUGÈRES – SAINT-ÉMILION  110


SOMMAIRE

L’ART EN VIGNE  142 Les terrasses sur les vignes

VIÑA REAL – RIOJA (ESP.)  114

ROCCA DI FRASSINELLO EN TOSCANE – MAREMME (IT.)  114

LES MUSÉES À CIEL OUVERT  146 Les chemins de l’art CHÂTEAU D'ARSAC – MÉDOC  148

CHÂTEAU CHEVAL BLANC – SAINT-ÉMILION  118

DOMAINE DE LA COSTE – PROVENCE  152

CHÂTEAU GRUAUD-LAROSE – SAINT JULIEN  124

COMMANDERIE DE PEYRASSOL – PROVENCE  158

CHÂTEAU LA DOMINIQUE – SAINT-ÉMILION  126

CHÂTEAU DE LAUBADE – GERS  162

LES CITÉS DU VIN  130 Un concept total  SMITH HAUT LAFITTE ET LES SOURCES DE CAUDALIE – PESSAC-LÉOGNAN  Force et élégance  CANTINA ANTINORI – CHIANTI (IT.)  134 Les musées du vin  MUSÉE VIVANCO – RIOJA (ESP.)  138

LA CITÉ DU VIN – BORDEAUX  141

Un sculpteur dans les vignes de Provence

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MARC NUCERA  164

Abstraction dans le paysage FINCA BELL-LLOC -– CATALOGNE (ESP.)  166 ENATE – HUESCA (ESP.)  169 CASTELLO DI AMA – CHIANTI (IT.)  170 LA VIGNE COMME UN JARDIN D’ART 172 Entre le château et la vigne  LE JARDIN DU CHÂTEAU YQUEM – SAUTERNAIS  174 Jardin, art et vignes dans les Alpilles  ABBAYE DE PIERREDON – PROVENCE  178 Broderies végétales en vigne CHÂTEAU CHASSE-SPLEEN – MÉDOC  182 Le jardin d’ivresse CHÂTEAU LARRIVET HAUT-BRION – PESSAC-LÉOGNAN  184 Vibration paysagère IL VIGNETO GIARDINO : LA CANTINA DE L’AMASTUOLA – POUILLES (IT.)

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FEUILLES DE VIGNES, FEUILLES DE ROUTE FLÂNER. Natives de la terre gersoise, éprises de roseraies et d’agréments, nous nous promenions dans les jardins. Nous avons sauté la clôture, une échappée vers des perspectives luxuriantes ou des horizons clairs : « nous vîmes que la nature était un jardin ». Apercevant la vigne, nous avons assisté à son dévoilement dans la brume : ses rouges glorieux, ses jaunes éblouissants, ses alignements graphiques, ses ceps noueux, ses sillons semés de petits cailloux. Une vigne cultivée comme un jardin avec des parcelles limitées, des clôtures symboliques et fictives, de la terre travaillée, des piquets alignés, un espace qui n’admet pas la désertion. La vigne que nous découvrons aujourd’hui est un spectacle : depuis quelques décennies, elle s’est métamorphosée, renouvelée, recomposée.

« LES IMAGES NE DOIVENT PAS SE SUBSTITUER AUX CHOSES, MAIS MONTRER COMMENT ELLES S’OUVRENT, ET COMMENT NOUS ENTRONS DEDANS. LEUR TÂCHE EST DÉLICATE » Philippe Jacottet

ALLER. Loin, nous sommes parties à la découverte de sa diversité, en suivant les anciennes voies de la romanité du Sud de l’Europe, du littoral méditerranéen, des crêtes toscanes aux montagnes exposées des Pyrénées, des plaines de l’Aquitaine jusqu’aux vignobles de la péninsule ibérique. Nous avons alors traversé de multiples « paysages viticoles » aux noms fameux ou discrets. Partout avec le photographe Philippe Perdereau nous avons saisi l’heure propice, son œil a conçu des tableaux, a embrassé le paysage, ses plans et ses dénivelés, il a joué magnifiquement avec les accommodements de la lumière et des couleurs. REGARDER. Ce sont tout d’abord les alliances harmonieuses entre vigne et paysage qui nous ont étonnées. Qu’il soit toute petite parcelle ou prestigieux domaine, le vignoble en osmose avec son environnement nous engage à le voir

autrement : soigné, soumis à des pratiques culturales très élaborées ou simplement éprouvées depuis des siècles, il tire parti des reliefs ou de l’immensité. Paysagère déjà, puis de plus en plus culturelle, l’esthétique prévaut. Nous avons rencontré des architectures de chai contemporaines, dont les audaces tissent un lien toujours signifiant avec le vécu et le milieu, l’histoire et l’image du vignoble. Des œuvres d’art, contemporaines aussi, nous ont alertées, disséminées dans les rangées de ceps, aux aguets dans un jardin de vignes. COMPRENDRE. Nous avons tenté d’approfondir la connaissance des héritages du passé, dans leurs transformations, dans leurs révolutions parfois. À travers une recherche pluridisciplinaire nous avons documenté notre propos. Nous nous sommes attachés à scruter l’histoire des régions, à explorer les terroirs et leur spécificité. Des rencontres voulues ou fortuites nous ont permis de décrypter les motivations des propriétaires, viticulteurs, ouvriers des vignes, architectes du paysage, artistes des jardins. DIRE. En point d’orgue, puisse cet ouvrage inciter justement les jeunes et les curieux, les familles et les touristes, les poètes et les citadins à venir savourer ces nouveaux paysages de la vigne comme on déguste un verre de vin précieux. L’échappée par-dessus la clôture du jardin, souvent aléatoire, parfois déterminée, aurait pu nous conduire ailleurs, vers d’autres rencontres et d’autres découvertes. Dans ces pages, parmi ces images, la balade ne fait que commencer. 9


LES TERRES DE LA VIGNE


« L’HOMME A FAÇONNÉ CES MULTIPLES PAYSAGES DE VIGNOBLES AU FIL DU TEMPS, AUJOURD’HUI IL LES ORDONNE ET MET EN VALEUR LA QUALITÉ DU TERROIR »

La vigne, longtemps appréhendée comme composante du paysage agricole, se révèle aujourd’hui comme un « beau paysage ». La diversité des milieux, la modification des climats, les nouvelles pratiques de culture ont contribué à faire exister une remarquable variété de nouveaux paysages viticoles, objet de classement et de protection. Des crises successives ont marqué la viticulture depuis la fin du xixe siècle jusqu’aux années 1950 : le phylloxéra, puis les difficultés de l’entre-deux-guerres, la surproduction de masse. Une profonde restructuration du vignoble européen s’impose alors, encadrée par une législation soucieuse de privilégier la qualité du produit. Le monde viticole change, les viticulteurs prennent conscience d’une nécessité de modernisation et du respect environnemental. Par-dessus tout, ils gardent une forte volonté de s’identifier à un territoire tout en s’inscrivant dans le cours de l’histoire. La patrimonialisation est en marche, des vignobles reconquis aux territoires réinventés, en passant par les nouvelles cultures de la vigne jusqu’à l’émergence des paysages de beauté.

Le Barolo, émergence dans la brume bleutée. 12


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LES VIGNOBLES DE LA RECONQUÊTE De nombreux vignobles, au cours du xxe siècle, ont subi les aléas des crises phytosanitaires, économiques : surproduction, transformation des modes de vie et de consommation. Beaucoup d’entre eux n’y ont pas survécu. Aujourd’hui avec de nouvelles générations viticoles se multiplient des initiatives de survie, voire de reconquête, de territoires qui étaient en voie d’abandon. Certaines de ces démarches sont de véritables défis aux éléments : forte pente des sols, terrains ingrats, climats rudes et contrastés. Toutes relèvent de la détermination des hommes qui œuvrent avec passion à ce que l’on peut désigner aujourd’hui comme des vignobles de la réussite. Ces vignobles gardent les marques de leur histoire, qui, pour la plupart, remonte aux premiers temps de l’Antiquité. Ils occupent tous des sites d’une extraordinaire singularité à la fois géologique, géographique, et topographique. lls sont la mémoire de générations de viticulteurs, et représentent le capital paysager d’un territoire d’intérêt majeur. Parmi bien d’autres nous ont paru exemplaires les vignobles de Banyuls, du Priorat, d’Irouléguy et de la vallée du Douro.

Le vignoble de l’Irouléguy dans le Pays basque. 14


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LES VIGNES HÉROÏQUES DE BANYULS – PYRÉNÉES-ORIENTALES Ils sont venus chercher du sel, ils ont trouvé du fer, et ont planté de la vigne : dès l’Antiquité, les Grecs de Corinthe plantent les premières vignes. Elles prospèrent au Moyen Âge, cultivées sur les très fortes pentes dominant la Méditerranée, au pied du massif des Albères. Le grand essor est dû aux templiers qui rapportent de leurs expéditions au Moyen-Orient la technique des terrasses soutenues par des murets de pierre sèche et les canalisations de collecte d’eau : les « agulles ». Les sources écrites de l’histoire attestent plus tardivement de la présence de vignobles autour du village de Banyuls, elles mentionnent au xiie siècle les traces d’un véritable commerce d’un vin doux apprécié et exporté.

« IL N’EXISTE NULLE PART AU MONDE UNE TELLE ARCHITECTURE DU PAYSAGE QUI COMBINE AVEC UNE TELLE FORCE ET LISIBILITÉ, LES GRANDES OBLIQUES ET VERTICALES DES RÉSEAUX DE MAÎTRISE DES EAUX PLUVIALES AVEC LES HORIZONTALES DES MURETTES DE SOUTÈNEMENT À PIERRE SÈCHE. » S. Giorgis, architecte paysagiste

——— 1 Label de classement. 2  F. Alcaraz, Université Toulouse le Mirail.

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« Vignerons sculpteurs de montagne »1 Les terrasses sont peu à peu désaffectées à partir des années 1960, laissant la place à des friches et à un maquis vulnérables aux feux. Après l’incendie catastrophique de 1986, les pouvoirs publics incitent à la création de « nouvelles vignes » pour servir de coupe-feu. Parallèlement à ces plantations se met en place la restauration du vignoble ancien. Les institutions labellisent à la fois le paysage et le travail des hommes. Les vignerons se mobilisent sur l’enjeu identitaire de cet héritage patrimonial. Une école de muretiers va participer à la réhabilitation des 6 000 km de murets séculaires de pierre sèche. On assiste ainsi à la reconstruction des agulles, et du réseau hydrométrique si particulier des « pieds de coq », en catalan peu de gail. Un paysage unique Ce paysage vernaculaire n’a pas d’équivalent : des lignes de murets croisent les diagonales des agulles et composent une géométrie alternée unique. S’ajoutent à ces lignes de force les ondoiements de la vigne, avec pour décor le massif des Albères, l’abrupt des vignes plongeant vers la mer bordée du village blanc de Banyuls. Il émane de ce paysage une impression de beauté douloureuse : ces « vignes héroïques »2 portent les marques de la lutte permanente pour contrer les éléments et exploiter le relief de façon optimale.

Les pentes du Banyuls au pied du massif des Albères, face à la Méditerranée, dans les Pyrénées Orientales.


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