JONAS SCHNEITER
LES 20 QUESTIONS SUR
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JONAS SCHNEITER
LES 20 QUESTIONS SUR
QUE (PRESQUE) PERSONNE N’OSE POSER

UNE ENQUÊTE ET UN
GUIDE SANS TABOU
POUR COMPRENDRE
LA FERTILITÉ... À DEUX
LES RÉPONSES DE 10 AUXSPÉCIALISTES VRAIES QUESTIONS
Une enquête et un guide sans tabou pour comprendre la fertilité… à deux.
Éditions Favre SA
29, rue de Bourg
CH-1003 Lausanne
Tél. : (+41) 021 312 17 17 lausanne@editionsfavre.com www.editionsfavre.com
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Distribution Suisse :
Office du livre de Fribourg
Route André Piller
CH-1720 Corminbœuf
Dépôt légal : mars 2026
Imprimé en France par Sepec numérique.
Lot :01
Tous droits réservés pour tous pays.
Sauf autorisation expresse, toute reproduction de ce livre, même partielle, par tous procédés, est interdite.
Mise en page : SIR
ISBN : 978-2-8289-2319-8
© 2026, Éditions Favre SA, Lausanne, Suisse
Les Éditions Favre bénéficient d’un soutien structurel de l’Office fédéral de la culture pour les années 2026-2028.
Les Éditions Favre bénéficient d’un soutien de la Ville de Lausanne pour les années 2026-2028.
Ce livre repose sur des mois d’entretiens approfondis avec des spécialistes francophones de premier plan en reproduction humaine, toxicologie, épidémiologie et génétique: Prof. Géraldine Delbès, Prof. Samir Hamamah, Prof. Luc Multigner, Élise de La Rochebrochard PhD, Dr Laurent Vaucher, Rita Rahban PhD, Prof. Stéphane Viville, Prof. Gilbert Greub.
Prof. Samir Hamamah : chef du service de Biologie de la Reproduction au CHU de Montpellier. Coauteur du premier Plan national fertilité remis au gouvernement français en 2022. Figure de référence internationale en médecine de la reproduction, il a contribué à faire de Montpellier l’un des centres européens majeurs dans ce domaine.
Prof. Luc Multigner : directeur de recherche émérite à l’Inserm, rattaché à l’Institut de recherche en santé, environnement et travail (Irset) à Rennes. Épidémiologiste de la reproduction parmi les plus éminents de sa génération. Depuis 1999, il coordonne les grandes études sur les risques sanitaires du chlordécone aux Antilles françaises, un travail de terrain qui lui a valu une réputation internationale.
Dr Laurent Vaucher : médecin urologue-andrologue aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), spécialisé dans la fertilité masculine et la microchirurgie. Clinicien de terrain, il accompagne quotidiennement des hommes confrontés à l’infertilité et apporte à cette enquête le regard du praticien au contact direct des patients.
Rita Rahban, PhD : biologiste et chercheuse à l’Université de Genève, spécialisée en biologie de la reproduction. Coautrice de l’étude nationale suisse sur la qualité du sperme des jeunes conscrits, l’une des rares recherches représentatives à l’échelle d’un pays entier. Son travail éclaire les liens entre environnement, mode de vie et santé reproductive masculine.
Prof. Géraldine Delbès : professeure titulaire à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS) à Laval, Québec. Spécialiste en toxicologie de la reproduction et codirectrice du Réseau Québécois en Reproduction. Ses recherches portent sur l’impact des expositions environnementales sur les cellules germinales et la transmission intergénérationnelle des effets toxiques.
Élise de La Rochebrochard, PhD : épidémiologiste et démographe, directrice de recherche à l’Institut national d’études démographiques (INED), Paris. Pionnière dans l’étude de l’impact de l’âge paternel sur la fertilité du couple et les issues de grossesse. Ses travaux ont contribué à sortir l’horloge biologique masculine de l’ombre.
Prof. Stéphane Viville : biologiste et généticien, spécialisé en médecine de la reproduction. Expert reconnu des anomalies génétiques de la fertilité, des translocations chromosomiques aux microdélétions du
chromosome Y. Formateur de plusieurs générations de spécialistes en diagnostic préimplantatoire.
Prof.Gilbert Greub : directeur de l’Institut de microbiologie du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) à Lausanne. Spécialiste mondial des chlamydias et des pathogènes intracellulaires. Ses recherches éclairent le lien entre infections sexuellement transmissibles et fertilité, souvent sous-estimé par le grand public.
Chapitre 1. Votre sperme est-il en voie d’extinction ?
Chapitre 2. Qu’est-ce qui tue vraiment le sperme
3. Nos testicules baignent-ils dans la chimie
Chapitre 4. L’homme peut-il faire une fausse couche ?
Chapitre 5. Horloge biologique masculine, y a-t-il une date de péremption
Chapitre 6. Le stress rend-il stérile ou est-ce un mythe
Chapitre 7. Pourquoi un spermogramme fait-il si mal à l’ego ?
Chapitre 8. Peut-on être un étalon et être infertile ?
Chapitre 9. Votre infertilité est-elle vraiment de votre faute ? .................................................................................
Chapitre 10. Votre infertilité vient-elle de votre passé et celui de vos parents ?
Chapitre 11. Êtes-vous en train de cuire votre sperme ?
Chapitre 12. Faut-il planifier le sexe pour faire un bébé ? .....................
Chapitre 13. Pourquoi la fertilité serait-elle une affaire de femmes ? 117
Chapitre 14. Peut-on fabriquer un bébé sans spermatozoïdes ? ..................................................................... 125
Chapitre 15. Le projet bébé peut-il casser un couple ? ......................... 133
Chapitre 16. Le don de sperme est-il vraiment anodin ? ....................... 139
Chapitre 17. La PMA fait-elle de meilleurs bébés ? 145
Chapitre 18. Votre mode de vie touche-t-il vos futurs enfants ? .......................................................................... 151
Chapitre 19. La technologie sauve-t-elle la fertilité… ou le marché ? 157
Chapitre 20. L’homme infertile est-il un signal d’alarme ? 165
Annexe 1. Lire son spermogramme sans se raconter d’histoires ............................................................. 169
Annexe 2. Lexique ................................................................................. 175
Annexe 3. Sources et bibliographie 179
« L’infertilité, c’est rare. Ça n’arrive qu’aux autres. » (Chapitres 0 et 1)
« Quand ça ne marche pas, le problème vient généralement de la femme. » (Chapitres 4, 7 et 13)
« Des microplastiques dans les testicules ? C’est de la science-fiction. » (Chapitre 3)
« Les hommes n’ont pas d’horloge biologique. Charlie Chaplin est la preuve qu’on peut tout se permettre à 80 ans. » (Chapitre 5)
« Si vous y pensez trop, vous vous bloquez. Il suffit de se détendre et ça viendra. » (Chapitre 6)
« Tant que la libido est là, la fertilité suit. » (Chapitre 8)
« Un mauvais spermogramme, c’est une sentence définitive. » (Chapitre 7 et Annexe 1)
« Un spermogramme normal, ça veut dire que tout va bien. » (Chapitre 10)
« Si tout va bien des deux côtés, ça devrait marcher du premier coup. »
(Chapitres 0 et 12)
« Une fausse couche, c’est un échec exclusivement féminin. » (Chapitre 4)
« Votre graisse abdominale n’a rien à voir avec votre fertilité. » (Chapitre 2)
« Le sperme ne transmet que des gènes, pas l’histoire du corps. »
(Chapitres 5 et 18)
« Des compléments alimentaires peuvent booster la fertilité masculine. » (Chapitre 2)
« La technologie peut tout réparer. » (Chapitres 17 et 19)
Spoiler : elles sont toutes fausses. Ce livre explique pourquoi.
Ce livre peut se lire d’une traite. Il peut aussi se lire par morceaux, par urgence, par curiosité ou par nécessité.
Parce que vous avez peut-être rendez-vous demain matin chez l’urologue. Parce que vous venez de recevoir un spermogramme qui vous inquiète. Ou parce que vous voulez simplement comprendre ce qui se passe sous la ceinture des hommes sans vous taper 200 pages.
Voici trois itinéraires courts, selon votre situation. Chacun tient en une trentaine de minutes et vous donne l’essentiel sans vous perdre.
Itinéraire 1 : Vous êtes en projet bébé maintenant
Vous essayez, vous vous posez des questions, ou « ça ne marche pas comme prévu ».
À lire en priorité :
Le chapitre 0 (Introduction) pose le décor. C’est le point de départ de cette enquête.
Le chapitre 7 (Pourquoi un spermogramme fait-il si mal à l’ego ?) explore ce moment où on reçoit des résultats et où l’on confond immédiatement chiffre médical et jugement sur soi. Spoiler : ce n’est pas la même chose.
Le chapitre 12 (Faut-il planifier le sexe pour faire un bébé ?) aborde la question que tous les couples finissent par se poser. Comment ne pas transformer son intimité en tableur Excel ? Comment garder du désir quand il y a un calendrier d’ovulation sur le frigo ?
L’annexe 1 (Lire son spermogramme sans se raconter d’histoires) vous apprend à décrypter les chiffres. Ce qui compte vraiment. Ce qui ne mérite pas de paniquer. Et les questions à poser au médecin.
Ce que vous saurez en refermant ces pages : ce qui est statistiquement normal dans un délai de conception, pourquoi un mauvais chiffre n’est pas un verdict, quels ajustements simples ont du sens, et lesquels relèvent de la superstition.
Itinéraire 2 : Vous êtes curieux de santé et d’environnement
Vous n’êtes pas forcément en projet bébé, mais vous voulez comprendre ce que le corps masculin raconte de notre époque.
À lire en priorité :
Le chapitre 1 (Votre sperme est-il en voie d’extinction ?) démêle le « Spermaggedon » médiatique des signaux scientifiques réels. Spoiler : la réalité est plus nuancée qu’un titre de journal, mais pas forcément rassurante.
Le chapitre 3 (Nos testicules baignent-ils dans la chimie ?) plonge dans la question des perturbateurs endocriniens. Microplastiques, pesticides, phtalates : qu’est-ce qui est prouvé, qu’est-ce qui reste hypothétique ?
Le chapitre 18 (Votre mode de vie touche-t-il vos futurs enfants ?) aborde l’épigénétique. Ce que la science dit (et ne dit pas) sur les traces que nos expériences pourraient laisser dans notre sperme, et potentiellement transmettre.
Le chapitre 20 (L’homme infertile est-il un signal d’alarme ?) replace la fertilité masculine comme indicateur de santé globale. Les spermatozoïdes seraient le canari dans la mine de notre époque.
Ce que vous saurez en refermant ces pages : pourquoi ce sujet dépasse largement la question du bébé, ce qui relève de l’environnement (et pas de la faute individuelle), et ce que la réglementation, la médecine et la politique tardent à regarder en face.
Itinéraire 3 : Vous êtes déjà en parcours PMA
Vous avez des rendez-vous, des acronymes, des décisions lourdes à prendre.
À lire en priorité :
Le chapitre 9 (Votre infertilité est-elle vraiment de votre faute ?) vous fait sortir du tribunal intérieur. Le Dr Laurent Vaucher, urologue aux Hôpitaux universitaires de Genève, le dit sans détour : « Je suis contre la culpabilisation individuelle. Ce n’est pas de la faute du patient. »
Le chapitre 13 (Pourquoi la fertilité serait-elle une affaire de femmes ?) décrypte l’asymétrie du parcours médical. Pourquoi, dans 40 % des cas où le problème vient de l’homme, c’est quand même la femme qu’on teste en premier ?
Le chapitre 17 (La PMA fait-elle de meilleurs bébés ?) distingue innovation utile et marketing anxiogène. Certaines techniques rassurent plus qu’elles n’aident. Comment savoir ?
Le chapitre 19 (La technologie sauve-t-elle la fertilité… ou le marché ?) pose les questions qu’on n’ose pas formuler dans le cabinet du médecin. Où mettre vos limites médicales, émotionnelles et financières ?
Ce que vous saurez en refermant ces pages : ce qui est vraiment prouvé en PMA et ce qui ne l’est pas, comment redevenir acteur informé plutôt que consommateur captif, et quelles questions poser avant d’acheter des « options » supplémentaires.
Quel que soit l’itinéraire choisi, vous pouvez ensuite revenir au livre entier. Ou pas. L’important, c’est d’avoir les clés pour comprendre ce qui se joue. Sans langue de bois, sans culpabilisation inutile, et avec juste ce qu’il faut d’humour pour aborder le sujet sans baisser les yeux.
Ce livre repose sur des mois d’enquête et une dizaine d’entretiens approfondis avec des spécialistes francophones de premier plan : épidémiologistes, andrologues, toxicologues, généticiens, biologistes de la reproduction et démographes. Leurs noms apparaissent au fil des chapitres, ainsi que les études qu’ils ont menées ou analysées.
Pour éviter toute confusion, une règle simple a guidé l’écriture. Quand une donnée fait l’objet d’un consensus scientifique, elle est présentée comme établie. Quand il s’agit d’une corrélation observée mais dont le lien de cause à effet reste discuté, c’est dit clairement. Et quand une piste demeure une hypothèse, elle est formulée comme telle, avec les précautions qui s’imposent. La science avance rarement en ligne droite, ce livre tente d’en refléter les zones d’ombre autant que les certitudes. Le manuscrit a été finalisé en janvier 2026.
Cette enquête a mobilisé les outils d’intelligence artificielle les plus avancés disponibles en 2025, capables d’analyser simultanément des centaines de publications scientifiques. Ces technologies ont permis de croiser en quelques heures ce qu’un travail manuel aurait exigé en années : repérer les contradictions entre études, identifier les biais méthodologiques récurrents, préparer des questions plus incisives pour les entretiens avec les médecins et chercheurs. L’IA est devenue un outil de contre-expertise, obligeant à défier chaque affirmation plutôt qu’à la prendre pour argent comptant.
Ces usages peuvent laisser des traces stylistiques. La rigueur d’une enquête se mesure ailleurs : dans la traçabilité des sources, la confrontation aux données primaires et la validation par les experts interrogés. C’est ce protocole, standard en enquête journalistique, qui garantit la fiabilité et la valeur de ce livre.
Ce livre s’adresse en priorité aux couples composés d’un homme et d’une femme qui souhaitent concevoir un enfant ensemble. Ce choix n’est pas un oubli ni une prise de position. Il découle simplement du sujet traité : la fertilité masculine dans le cadre d’une conception dite « naturelle » ou d’une PMA impliquant les spermatozoïdes ou ovocytes des deux partenaires. Les parcours de parentalité sont multiples, et les familles homoparentales, les personnes trans, les familles monoparentales ou celles qui recourent au don de cellules reproductrices méritent des ouvrages qui leur soient pleinement consacrés, avec la même rigueur et le même respect. Ce livre n’a pas la prétention de couvrir toutes ces réalités. Il se concentre sur une question précise : que se passe-t-il quand un homme découvre que son sperme n’est peut-être pas aussi performant qu’il le croyait, et que le couple qu’il forme avec sa partenaire doit faire face à cette nouvelle ?
Enfin, une évidence qu’il vaut mieux écrire noir sur blanc : ce livre n’est pas un avis médical. Il ne remplace ni une consultation, ni un diagnostic, ni un accompagnement personnalisé. C’est une enquête journalistique.
« Monsieur Schneiter, votre spermogramme est légèrement en dessous de la norme. »
J’ai souri. Réflexe de défense. Comme quand on reçoit une mauvaise note et qu’on fait semblant de s’en foutre. « En dessous de la norme. » Cette phrase ne veut rien dire et elle veut tout dire à la fois. Ce n’est pas dramatique. Ce n’est pas idéal non plus. Juste un petit écart. Un léger retard à l’allumage.
Mais où commence vraiment le problème ?
« Donc… ça veut dire quoi, exactement ? »
Le médecin me regarde avec cette expression douce et gênée qu’on réserve aux patients qu’il faut ménager. Celle qui dit : je vais devoir t’expliquer un truc désagréable sans te faire flipper. « Ça veut dire qu’on peut améliorer certaines choses. »
Améliorer quoi ? J’ai 34 ans, je suis en pleine santé, j’ai toujours cru que la fertilité était un truc automatique. Un acquis. On veut un enfant, on fait ce qu’il faut, hop, il arrive. Fin de l’histoire et début des nuits blanches. Manifestement, ce n’est pas aussi simple.
J’ai découvert que 34 ans, dans le monde de la fertilité, c’est un peu comme 45 ans dans le monde du football. Techniquement encore dans la course, mais on commence à sentir les regards inquiets du banc de touche.
Le médecin continue. « Vous n’êtes pas infertile, mais on peut optimiser certains facteurs : éviter le stress, ajuster votre alimentation, limiter la chaleur excessive… »
Limiter la chaleur ? De quoi il me parle ? « Par exemple, évitez les bains chauds, les sièges chauffants, les ordinateurs posés sur les genoux… »
Flash. Cet hiver, j’ai activé le chauffage de mon siège de voiture quasiment tous les jours. Tous. Les. Jours. Parce que c’est confortable, parce que c’est facile, parce que personne ne m’a jamais dit que ça empêcherait ma famille d’avoir une descendance.
« Attendez… Vous êtes en train de me dire que mon siège chauffant a peut-être grillé mes chances d’avoir un enfant ? »
Le médecin esquisse un sourire. « Disons que ça n’aide pas. »
Voilà. Trente-quatre ans, et je découvre que j’ai peut-être sabordé ma fertilité en appuyant sur un bouton de l’écran tactile de la voiture. Ils auraient pu y mettre un signal « attention » qui clignote avec un petit spermatozoïde quand même.
Échographie en 4K
Quelques jours plus tard, je me retrouve allongé sur une table d’examen, en train de passer une échographie testiculaire. Le radiologue ajuste la sonde
d’échographie sur mes testicules avec un professionnalisme désarmant. Moi, j’essaie d’avoir l’air détendu, comme si c’était complètement banal de se faire filmer le scrotum en haute définition. C’est peut-être en fait l’évolution normale de mon métier à la TV.
« Mais… vous êtes le journaliste de l’émission du dimanche matin ? »
Je souris. Réflexe.
« Oui. »
Il rigole, puis lâche cette phrase qui va, sans le savoir, lancer l’idée d’écrire le livre que vous tenez dans vos mains :
« Au moins, ça, vous n’en parlerez jamais à la télé. »
Pourquoi « au moins » ? Pourquoi ce qu’on est en train de faire là serait tellement honteux que même un journaliste censé « tout oser » ne devrait surtout pas en parler ?
Je sors du cabinet avec le gel froid qui colle encore sous mon boxer. Cette sensation unique où l’on marche comme un pingouin en espérant que personne dans la salle d’attente ne remarque qu’on vient de se faire filmer l’entrejambe.
Et là, ça me frappe.
Même un médecin qui passe sa journée à ausculter des testicules considère ça comme un truc dont on ne parle pas. Pas à la télé. Pas entre amis. Pas même entre hommes. Parfois, pas même en couple.
Et pourtant, ce jour-là, si je suis là, c’est parce que, comme beaucoup d’hommes, je me prends en pleine figure une idée que je n’avais jamais vraiment examinée : je ne suis peut-être pas « automatiquement fertile ». En fait, beaucoup d’hommes pensent être fertiles comme on pense être drôle : sans vérification indépendante. Et personne n’en parle parce que cela semble être tabou, même pour le réalisateur du film de mes testicules en blouse blanche. On parle beaucoup d’ovulation. Le sperme, lui, préfère rester hors micro.
Sauf que.
Un an après avoir arrêté toute contraception avec ma compagne, rien ne se passait. La patience s’est lentement transformée en questions silencieuses. Pourquoi ça ne marche pas ? Est-ce que c’est elle ? Est-ce que c’est moi ? Est-ce qu’on doit s’inquiéter ou juste attendre encore ?
Elle, légèrement plus âgée que moi, s’est naturellement retrouvée au centre des préoccupations. La fertilité féminine est un sujet dont on parle partout. Dans les magazines, chez le médecin, entre amies, sur les forums. L’horloge biologique. La réserve ovarienne. Les examens à faire. Les cycles à surveiller. Les apps à télécharger. Alors, logiquement, c’est elle qui a commencé à se poser des questions. C’est elle qui a pris rendez-vous avec un spécialiste. Et moi ? J’ai fait ce que font la plupart des hommes dans cette situation : je me suis assis dans la salle d’attente avec l’air détaché de celui qui pense être venu en spectateur. Un peu comme le copilote qui admire le paysage pendant que l’autre gère le décollage, la météo et la tour de contrôle.
Puis le médecin m’a regardé et m’a posé LA question :
« Et vous, vous avez fait un spermogramme ? »
Alors, j’ai fait ce spermogramme. Par acquit de conscience. Pour éliminer l’hypothèse. Pour dire qu’on avait vérifié.
Et là, surprise. Les recommandations ont commencé à pleuvoir. Surveillez l’alimentation. Dormez mieux. Évitez le stress. Limitez les sources de chaleur.
Et les sièges chauffants… Symboles parfaits de cette ignorance que nous entretenons collectivement.
À quel point savons-nous réellement ce qui affecte la fertilité masculine ?
Réponse courte : pas grand-chose.
Le Spermaggedon, ou comment deux générations ont perdu la moitié de leurs troupes
Mon travail, c’est d’aller chercher des réponses. Dès que j’ai quitté le cabinet, j’ai fait ce que je sais faire : enquêter, questionner, fouiller.
Première découverte, immédiate et déstabilisante.
Selon une méta-analyse célèbre publiée en 2017, les hommes des pays occidentaux produiraient aujourd’hui deux fois moins de spermatozoïdes qu’en 1973. Deux fois moins. Pas une baisse légère. Pas une fluctuation statistique. Une chute vertigineuse, documentée, mesurée, confirmée.
En 2022, les mêmes chercheurs ont mis à jour leurs données. La baisse se poursuivrait. Et elle toucherait désormais aussi l’Amérique latine, l’Afrique et l’Asie, avec un déclin estimé à plus de 2 % par an depuis les années 2000.
À lire ces chiffres, j’ai l’impression que ma petite éprouvette amenée au labo contenait en fait une espèce en voie d’extinction.
Certains scientifiques appellent ça le « Spermaggedon ». Une catastrophe silencieuse. Sauf que j’ai appris à me méfier des grands récits trop simples. Catastrophe silencieuse ou hystérie collective ? Spermaggedon ou effet de loupe statistique ? Vraie crise ou panique morale ?
Pourquoi n’y a-t-il pas de campagnes nationales sur cette question ? Si une baisse aussi spectaculaire concernait, par exemple, la capacité pulmonaire ou la densité osseuse, nous serions tous en état d’urgence collective. Là, rien. Silence radio.
J’ai continué à chercher.
Deuxième découverte, encore plus troublante.
Dans environ 40 % des cas de difficultés à concevoir, c’est directement lié à la fertilité masculine. 40 %. Presque un cas sur deux. Pourtant, neuf fois sur dix, c’est toujours la femme qu’on teste et qu’on questionne en premier. L’homme, on l’a dit, patiente en lisant de vieux journaux dans la salle d’attente. Il en viendrait presque à s’étonner qu’on s’intéresse à lui.
Troisième découverte, la plus frustrante. Les hommes ignorent presque tout de leur propre fertilité. Combien d’entre nous savent que le manque de sommeil chronique peut réduire de manière significative notre capacité à concevoir ? Que le stress régulier sabote directement la production de spermatozoïdes ? Que poser un ordinateur portable sur ses genoux pendant des
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