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La disparue de Córdoba (Ed. Favre, 2026) - EXTRAIT

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Pañuelos : foulards blancs portés par les mères de la Place de Mai représentant les langes de leurs bébés enlevés durant la dictature. Chaque jeudi, elles tournaient avec ces pañuelos sur la tête devant la Casa Rosada, la maison du gouvernement à Buenos Aires. Dans le sens inverse des aiguilles d’une montre, un geste symbolique pour remonter le temps et réclamer qu’on leur rende leurs enfants volés. Le pañuelo est devenu un emblème de la mémoire, de la lutte pour la vérité et de la justice pour tous les disparus en Argentine.

Un roman poignant, entre quête intime et mémoire collective, sur la transmission du silence et le besoin vital de justice. Kyra Dupont Troubetzkoy a longtemps travaillé comme journaliste entre l’Asie, le Moyen-Orient et l’Europe, avant de se lancer dans l’écriture de fictions. Formée aux relations internationales à Genève et à Londres, elle tisse ses romans entre réel et intime. De sa plume sensible et engagée, elle explore les liens familiaux, les identités fragmentées et les vérités enfouies au croisement des cicatrices de l’histoire et des silences de la mémoire. La disparue de Córdoba est son septième roman.

18€

Kyra Dupont Troubetzkoy

A

rgentine, 1976. Soledad n’a que deux ans lorsque sa mère est enlevée par des hommes en armes. Accusée d’être « subversive », elle disparaît dans les griffes de la dictature militaire qui s’installe par la force le 24 mars. Elle ne reviendra jamais. Comme elle, ils seront près de 30 000 à disparaître pendant les « années sales » – militants, étudiants, syndicalistes, ouvriers, simples suspects – arrachés à leurs proches, torturés, exécutés dans le silence des centres clandestins ou jetés vivants dans les eaux du Río de la Plata. Des années plus tard, Soledad n’a qu’une obsession : comprendre. Réunir les morceaux épars, briser les non-dits, forcer la mémoire à parler. Qui était vraiment sa mère ? Pourquoi s’est-elle battue ? Et comment vivre avec une absence qui hante chaque recoin de l’histoire familiale ? « C’est peut-être ça, la disparition : l’échec du savoir absolu. Un trou béant dans le récit de notre passé. Un mystère qui résistait. Des jeunes qui n’osaient pas demander ; des vieux qui parlaient de façon décousue. Des familles entières qui portaient la vérité comme une cicatrice. »

La disparue de CÓrdoba

Ce que beaucoup appellent aujourd’hui « le coquelicot » était à l’origine un œillet – en espagnol clavel. Ce symbole est apparu lors d’un atelier de mémoire organisé au début des procès de la Megacausa à Córdoba. L’idée était que les familles viennent aux premières audiences avec une fleur représentant leurs disparus. La charge symbolique que ces œillets ont eue sur les accusés – les génocidaires – a été si puissante que les proches des victimes ont commencé à en porter de plus en plus à chaque audience. Le geste a pris de l’ampleur jusqu’à aboutir, le 24 mars 1976, date anniversaire du début de la dictature, à la création d’une fresque florale composée de 30 000 œillets en hommage aux disparus. L’impact de cette initiative a été tel que Buenos Aires a demandé à reprendre ce symbole, qui s’est ensuite diffusé dans d’autres provinces du pays, devenant un marqueur mémoriel partagé.

Kyra Dupont Troubetzkoy

La disparue de

CÓrdoba

« Elle ne pouvait oublier ce coup de téléphone reçu le 15 mai 1976 à 5 heures du matin. Le timbre de voix de son fils qui lui annonçait que sa fille et son mari avaient été pris la hantait encore. “Pris”. Ce mot-là. Comme si les militaires étaient en droit de s’approprier des êtres humains à la manière d’objets. Ils avaient “pris” des personnes, des jeunes dans la fleur de l’âge, des filles qui portaient des bébés. Ils avaient “pris” le contrôle. Ils avaient “pris” le p­ouvoir. Ils avaient “pris” des femmes, les avaient violées. Mais maintenant, c’est eux qui allaient se faire prendre et prendre cher. »

De la même auteure, paru en 2023


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