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Des philosophes pour vivre mieux (Ed. Favre, 2026) - EXTRAIT

Page 1


Michel Rayot

Des philosophes pour vivre mieux

Une symphonie de

Force

Joie Sérénité

Éditions Favre SA

29, rue de Bourg

CH-1003 Lausanne

Tél. : (+41) 021 312 17 17 lausanne@editionsfavre.com www.editionsfavre.com

Groupe Libella, Paris

Distribution/importation France, Belgique, Canada : Interforum

92 Avenue de France

F-75013 Paris contact.clientele@interforum.fr

Distribution Suisse : Office du livre de Fribourg

Route André Piller

CH-1720 Corminboeuf

Dépôt légal en Suisse en mars 2026. Tous droits réservés pour tous pays. Sauf autorisation expresse, toute reproduction de ce livre, même partielle, par tous procédés, est interdite.

Couverture et intérieur : recto verso

Impression : Sepec, lot 1

ISBN : 978-2-8289-2342-6 © 2026, Éditions Favre SA, Lausanne, Suisse.

Les Éditions Favre bénéficient d’un soutien structurel de l’Office fédéral de la culture et de la Ville de Lausanne pour les années 2026-2028.

Des philosophes pour vivre mieux Michel Rayot

Une symphonie de Force

Joie

Sérénité

À l’origine du livre

Dédicace

Hommage à mon fils Stephane

Stephane a mis fin à ses jours à 50 ans.

Tragiquement, Après deux belles années de répit dans sa maladie.

J’ai 72 ans aujourd’hui, J’avais 21 ans à sa naissance, 50 ans quand j’ai découvert brutalement sa schizophrénie.

Disparue la présence précieuse, La complicité profonde.

Quinze minutes avant son geste, Stephane m’a téléphoné.

Dans cet ultime échange il m’a demandé avec insistance : « Après toutes tes recherches et lectures de philo, Maintenant tu vas l’écrire ce livre ! »

Ce livre, je l’ai écrit avec tout mon cœur, Pour répondre à sa volonté.

Mes proches m’ont soutenu et encouragé. Je vous l’offre dans toute son authenticité. Qu’il vous soit d’une grande utilité !

Puissance inspirante de la Force pure,

Vibrance de la Joie lumineuse,

Constance de la Sérénité paisible.

Guide de navigation

Préambule

A – Le cheminement

B – Onze compagnons

C – L’essentiel

La grande symphonie : Force Joie Sérénité 204

D – Annexes

1. Expérience de symphonie chromatique 214

1a. Palette chromatique des 11 compagnons interprètes 215

1b. Symphonie chromatique de Force Joie Sérénité 221

2. Manuel stoïcien du vivre bien de l’Antiquité 222

3. 100 citations inspirantes

4. Philosophie de vie

5. Manuel philosophique contemporain de Khaïre 234

6. Les onze philosophes sur les axes Force Joie Sérénité 236

7a. Références bibliographiques – livres en français 237

7b. Références bibliographiques – livres en anglais 238

8. Ressources documentaires 239

9. Dialogue avec l’auteur 240

10. Expressions de gratitude

11. À propos de l’auteur

Guide de navigation : Focus

1. Épicure – La frugalité joyeuse 38

2. Diogène – Totale liberté en harmonie avec la nature 49

3. Zénon – En faisant naufrage, j’ai fait une belle navigation 59

4. Sénèque – La philosophie enseigne à agir, non à parler 79

5. Marc Aurèle – La citadelle intérieure d’un empereur philosophe 99

6. Épictète – Une sagesse de liberté intérieure 112

7. David Hume – La sympathie communicative 128

8. Nietzsche – « Oui » à la vie ! 145

9. Jankélévitch – Un grand cœur et du courage 158

10. Montaigne – Éjouissance constante 174

11. Spinoza – La Joie de la compréhension 199

Préambule

1. La singularité de l’ouvrage

Ce livre demeurera le seul que j’aurai écrit dans ma vie.

Mon souhait le plus cher est qu’il soit accessible et utile au plus grand nombre.

Je renonce aux droits d’auteur pour favoriser la diffusion du savoir.

Pour le lecteur

Un précieux compagnon de route, un itinéraire d’enrichissement original, qui permet de suspendre le cours des choses et de retrouver ses repères.

Une base de référence pour un lecteur exigeant qui souhaite vivre mieux.

Les annexes du livre : des ressources pérennes

Deux manuels pour conduire sa vie de droite manière.

Cent citations inspirantes organisées en neuf thèmes pour vous inspirer une perspective de philosophie de vie.

Une vision colorée de mes compagnons philosophes.

Ce livre est une invitation au dialogue

Entrez comme interprète de la symphonie Force Joie Sérénité.

Vos questions, vos réflexions, vos envies d’échanger sont précieuses.

N’hésitez pas à me contacter (annexe 9 : Dialogue avec l’auteur).

forcejoieserenite@icloud.com

Que chaque lecteur se réjouisse de cette symphonie…

2. Un compagnon de route

Ce livre est né d’un désir sincère : qu’il puisse être utile, éclairer et accompagner celles et ceux qui traversent des questionnements semblables aux miens.

J’ai souvent regretté de n’avoir découvert que si tardivement certaines idées qui auraient pu adoucir des moments de vie.

En partageant ce parcours, je vous ouvre mon cœur. Mon fils avait raison : il fallait l’écrire, ce livre. À quoi bon une quête de plusieurs décennies si elle ne profite pas à d’autres ?

L’écriture de ces pages répond à une volonté de partage : une quête personnelle trouve son sens par une transmission, pour devenir source de réflexion ou de réconfort pour d’autres.

J’ai puisé dans la substantifique moelle des onze compagnons philosophes pour en extraire des clés pour vivre mieux : une vie plus intense et plus profonde. Cette énergie de vie alimente notre Force intérieure, nourrit la Joie et consolide la Sérénité.

Ces trois énergies, lorsqu’elles s’harmonisent, créent un équilibre puissant, qui naît de l’alliance entre la paix du cœur et la joie de vivre pleinement.

Au fil des épreuves, j’ai découvert qu’il existe en nous un triptyque de ressources essentielles :

la Force pure qui nous vitalise, la Joie lumineuse qui nous élève, et la Sérénité qui nous équilibre.

Avec ces trois ressources, chacun peut composer une sublime symphonie intérieure, où chaque note – Force, Joie, Sérénité – s’accorde pour créer un équilibre puissant et une harmonie profonde, guidant notre parcours vers une vie pleinement vécue.

3. Un itinéraire d’enrichissement

Engagez-vous sur cet itinéraire et laissez ces personnages inspirants devenir vos véritables compagnons de route.

La philosophie est envisagée comme une source vive, porteuse d’énergie, de Joie profonde et d’harmonie sereine. Ni manuel classique, ni recueil de réponses toutes faites, il est né de la rencontre inspirante avec onze philosophes majeurs qui interprètent cette symphonie de Force, Joie et Sérénité.

Pour chacun des compagnons, trois éléments clés structurent la découverte :

philosophes pour vivre mieux

Ressources intérieures des philosophes

Chaque philosophe dialogue avec deux ressources intérieures principales, ou trois, pour Montaigne et Spinoza : Force, Joie et Sérénité. Il est utile de se référer aux annexes 1 et 1a et b – Expérience de symphonie chromatique – palettes chromatiques des philosophes et des ressources Force, Joie

Sérénité, dès le début de la lecture de chaque philosophe puis d’y revenir à la fin de chaque chapitre, éclairé par la lecture et le chemin parcouru.

Les images et descriptions de leurs différents types de Force, Joie et Sérénité sont exprimées en différentes couleurs. Leur combinaison crée une couleur signature (Φ) qui reflète l’atmosphère de leur pensée.

Focus

Il synthétise les apports cruciaux de chaque compagnon en rassemblant, en fin de section, les points clés et les leçons marquantes, pour servir de repère à la mémoire du lecteur. Ainsi, il permet de garder trace de l’essentiel avant d’aborder le prochain parcours et d’y revenir périodiquement.

Étape de cheminement

Elle invite, tout à la fin de chaque chapitre, à s’approprier la pensée du philosophe pour l’appliquer dans sa vie. Il ne s’agit pas d’un guide ou d’exercices dirigés, mais d’un espace pour réfléchir librement et faire le lien avec ses propres expériences et questionnements. Chacun est libre de mettre à l’épreuve ces idées et d’en tirer du sens au quotidien. Au fil de chaque étape, c’est vous qui m’accompagnez dans ce cheminement partagé, où l’on invente ensemble une manière personnelle de laisser la pensée nourrir la vie.

Ce livre vous accompagne avec douceur et attention.

Prenez le temps de lire un chapitre à la fois, pour laisser germer la réflexion et cheminer sans précipitation.

1. Épicure

« Celui qui ne sait pas se contenter de peu ne sera jamais content de rien. »

1. Épicure: Le Jardin du plaisir

env. 342 – 270 av. J.-C

Pourquoi écrire sur Épicure alors que je me sens d’ordinaire plus proche du stoïcisme ? On oppose volontiers épicuriens et stoïciens. Mais cette opposition ne tient pas entièrement. Ces deux écoles, avec le cynisme, partagent la quête de l’ataraxie : cette absence de troubles, qui fait l’étoffe du bonheur antique. Je décide donc de commencer par l’épicurisme, qui constitue à mes yeux la première véritable école de philosophie de la vie. Sa singularité ? Atteindre l’ataraxie par la pratique d’un hédonisme mesuré, que je préfère appeler « la douceur de vivre ». Je m’appuie ici sur mes notes de lecture de l’excellent livre d’Hélène Soumet, Épicure à la plage. Grâce à cette auteure prolifique rencontrée à la fête du livre de Talloires, la pensée d’Épicure s’est révélée dans toute sa clarté, sa profondeur et sa modernité.

Épicure le bienheureux : un homme libre

Dès ses 14 ans, sur l’île de Samos, Épicure s’interroge : il conteste la création du monde par les dieux, refuse de croire « aveuglément aux fables ». Il manifeste très tôt un sens aigu de la justice et de la compassion : il tente ainsi de s’opposer au châtiment infligé par son père à un esclave pour quelques olives dérobées. Son maître d’école n’est autre que son père, Néoclès. Il est choqué par les récits sanglants de l’Iliade, par la violence et la trahison qui y règnent. Il ressent sa vocation de philosophe, il veut comprendre, il veut penser par lui-même.

À 18 ans, il fréquente l’Académie de Platon et le Lycée d’Aristote, mais il ne s’y retrouve pas. Déçu, il cherche sa propre voie, animé par une passion pour la philosophie qui ne le quittera jamais :

« La philosophie est une activité qui, par des discours et des raisonnements, nous procure la vie heureuse. »

Philosopher pour être heureux, c’est tout un programme !

À l’époque, Athènes a perdu de sa superbe, soumise à la domination macédonienne. Épicure voyage, découvre la théorie des atomes auprès d’un disciple de Démocrite :

« Rien ne naît de rien et rien ne retourne au néant. »

Tout est composé d’atomes, y compris l’âme humaine… Cette explication matérialiste du monde, radicale pour l’époque, sera la base de sa philosophie.

À 35 ans, Épicure fonde son école dans un jardin pour démontrer que cette bienheureuse liberté est à notre portée. Son école se distingue des autres : elle est ouverte à tous, y compris aux esclaves, aux femmes et même

aux prostituées. C’est une école de vie, à l’écart de la cité, dans laquelle on expérimente les plaisirs naturels et nécessaires. Cette ouverture fait scandale : on lui attribue alors une réputation de débauche. Épicure n’en a cure (!) :

« Je n’ai jamais désiré plaire à la foule, car ce qui lui plaît, je l’ignore, et ce que je sais, est loin de sa compréhension. »

Il précise sa conception du plaisir comme souverain bien !

« Lorsque nous disons que le plaisir est le souverain bien, nous ne pensons pas aux plaisirs du débauché ni à ceux qui consistent dans la jouissance physique, ainsi que le disent quelques-uns, soit parce qu’ils ne sont pas d’accord avec notre doctrine, soit parce qu’ils la comprennent mal. Le plaisir dont nous parlons est l’absence de souffrance physique et de troubles de l’âme. »

Les troubles peuvent venir de jugements moraux, ce dont s’abstient Épicure. Il ne fait aucun grief aux débauchés, cependant il constate que :

« Rien ne suffit à ceux qui considèrent comme trop peu ce qui est suffisant. »

Le plaisir à l’état pur : une idée souvent déformée

Aujourd’hui, la notion « d’épicurien » est galvaudée, trop souvent réduite à une recherche effrénée de plaisirs matériels. Or, ceux qui ont vraiment lu Épicure savent qu’il n’en est rien. L’épicurisme n’est pas synonyme de jouissance débridée. Non, pour Épicure, le plaisir est simplement l’absence de douleurs et de manque.

Lucrèce, poète et philosophe latin du Ier  siècle av. J.-C., grand adepte d’Épicure, l’a très bien exprimé :

« N’entendez-vous pas ce que crie la nature ? Réclame-t-elle autre chose qu’un corps sans douleur, qu’un esprit bienheureux et dépourvu de craintes ? »

En écrivant ces mots, je repense à Maman qui devait être épicurienne sans le savoir, elle qui, jusqu’à la fin de sa vie, affichait une mine réjouie en affirmant : « Je suis heureuse, je n’ai mal nulle part. » Mamy l’était également si l’on en juge par l’une de ses maximes préférées : « ce que l’on n’a pas, on s’en passe… »

Ces deux principes, absence de douleurs et de craintes, mènent à l’ataraxie, l’absence de troubles, synonyme de bonheur chez Épicure.

Épicure et sa médecine universelle : le Tetrapharmakos Pour Épicure, nous sommes tous, d’une manière ou d’une autre, atteints par la maladie de l’âme : nos peurs – peur de la mort, des dieux, et de la douleur – ruinent notre tranquillité intérieure. Mais la philosophie, telle qu’il la conçoit, n’est pas une spéculation abstraite : elle est un remède, une

de la sagesse grecque : les initiateurs

médecine de l’esprit. Son ambition est de nous libérer de ces angoisses pour nous ouvrir à la Joie simple d’exister.

Le Tetrapharmakos, littéralement « quadruple remède », résume la médecine philosophique d’Épicure. Il s’agit de quatre principes simples destinés à guérir l’âme humaine de ses plus grandes souffrances :

1. Ne pas craindre les dieux.

2. Ne pas craindre la mort.

3. Le bonheur est facile à atteindre.

4. La douleur est facile à supporter.

Ces quatre principes, indissociables dans la pensée d’Épicure, offrent une réponse complète aux troubles de l’âme et du corps.

La peur de la mort, d’abord, est la plus paralysante. Elle peut nous empêcher de vivre pleinement, nous ronger dès l’enfance jusqu’à l’agonie. Épicure, avec une logique implacable, nous délivre de cette peur :

« La mort n’est rien pour nous. »

Pourquoi craindre ce qui ne nous atteindra jamais ? La mort n’est rien pour nous, elle n’est qu’un état d’absence de sensation, identique à celui qui précédait notre naissance :

« Tant que nous vivons, la mort n’est pas et quand la mort est, nous ne sommes plus. »

À cette peur s’ajoute parfois celle des dieux, héritée des religions qui promettent le paradis ou menacent de l’enfer, mais nous privent de la Sérénité du présent.

Épicure croit aux dieux, mais selon lui, ils ne se soucient pas de nous ; ils ne gouvernent pas la nature, ils n’ont pas de comportement humain, et nous ne devons pas les craindre. Il rejette toute idée d’enfer, qu’il considère comme une superstition. Selon lui, nous sommes simplement gouvernés par les lois de la nature avec laquelle nous devons nous efforcer de vivre en harmonie et sans crainte.

Aujourd’hui, alors que la croyance en Dieu s’émousse, nous pouvons nous inspirer de la philosophie épicurienne et mettre entre parenthèses l’existence de Dieu pour obtenir le même résultat : ne pas craindre Dieu. Objectivement, nous ne savons pas comment a été créé le monde et il est impossible de prouver qu’il y a un plan divin.

Troisième peur : la douleur.

Épicure la regarde avec distance et nous invite à faire de même. Les douleurs insupportables finissent souvent par la mort, qu’il ne craint pas ; les douleurs intenses sont brèves, les autres, supportables :

« En effet, la douleur dans le corps ne dure pas sans cesse ; lorsqu’elle est très forte, elle est brève, et lorsqu’elle dure longtemps, elle est supportable. »

1. Épicure | 33

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