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L'épée

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ne épée, c’est un morceau de métal, qui peut résister aux siècles, plus longtemps que l’homme, mais qui n’existe que par lui, pour le bien ou pour le mal. Celleci connaîtra l’un et l’autre passant des mains de la haine à celles de la paix, croisant le destin d’âmes fortes éprises de la vraie liberté. Lame d’acier, force de mort, et Parole de Dieu, force de vie, se côtoieront tout au long de ces siècles, comme l’ivraie au milieu du bon grain, pour qu’enfin la première se mette au service de la seconde et que de ce mal Dieu fisse surgir un bien. Neuf nouvelles, neuf personnages éparpillés dans deux mille ans d’histoire.

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Arnaud Dartige du Fournet

ISBN 978-2-87356-718-7 Prix TTC : 12,90 €

9 782873 567187

Roman jeunesse

Roman jeunesse

Arnaud Dartige du Fournet, né à Paris en 1952, d’une famille originaire de Bretagne, effectue des études d’ingénieur à Strasbourg, avant de débuter une carrière internationale dans le domaine de la gestion de l’eau, principalement sur le continent africain. Après de nombreuses années consacrées aux projets de développement, il termine son parcours professionnel par l’obtention d’un diplôme de géopolitique et prend sa retraite en 2015 pour se consacrer davantage à l’écriture.


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Arnaud Dartige du Fournet

L’épée ou l’épreuve de la liberté

«  Roman jeunesse  »


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Dans la même collection

• Eléonore Desclée, Viens me voir si tu veux, 2013, 240 p.

• Noureddine Séoudi, Govel. La voie du chevalier, 2014, 208 p. • Jean Debains, Le Trèfle bleu, 2016, 406 p.

© 2017, Éditions jésuites Belgique : 7 rue Blondeau, 5000 Namur France : 14, rue d’Assas, 75006 Paris Dépôt légal : D.2017, 4323.13 ISBN : 978-2-87356-718-7

Maquette et mise en page : Jean-Marie Schwartz Dessin de couverture : Benoît Dahan

Collection Roman jeunesse dirigée par Charles Delhez, s.j. Imprimé en UE


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Première partie

Les Martyrs

Chapitre I : Marguerite

lottie par terre au fond de sa chambre, dans le coin le  plus éloigné de la porte, les genoux devant les yeux, les bras croisés sur les jambes, la jeune fille, dans un regard de terreur, revoyait défiler des images terribles de son enfance : les flammes gigantesques dévorant le corps de cette pauvre femme qui ne criait plus, qui ne chantait plus, qui n’existait plus. Pourquoi revivait-elle cet événement plus intensément encore aujourd’hui ? Pourquoi vingt ans plus tard, les souvenirs étaient-ils encore aussi nets ? Pourquoi l’histoire se renouvelle-t-elle périodiquement et ne vous laisse-t-elle jamais en paix ? Depuis que sa grande sœur avait quitté la maison, dix ans plus tôt, elle était restée avec ses parents et son jeune frère, attendant inexorablement le moment décidé par son père pour son mariage. Si elle n’avait pas cherché à fréquenter

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de jeunes hommes, elle savait qu’il lui faudrait accepter celui que l’on aurait choisi pour elle. Sa sœur s’était peutêtre enfuie à cause de cela, qui savait ? Aucune nouvelle depuis tout ce temps et elle lui manquait terriblement. Pourtant, à cette heure, ce n’était pas le futur époux qu’elle redoutait, mais l’obligation d’assister à un spectacle auquel elle répugnait. Son père le lui ordonnerait. Comment pourrait-elle lui refuser sans s’exposer à de troublantes questions ? Lydia apparut sur le seuil : — Maîtresse, votre père vous demande. — Dis-lui que je suis souffrante. — Vous savez qu’il n’aime pas cela. — Oh ! Lydia, iras-tu aussi au spectacle ? — Si votre père l’exige, oui. — Mais, tu n’aimes pas cela, n’est-ce pas ? — La question ne se pose pas, pourquoi vous la poser ? — Parce que tu es esclave et que je suis libre. — L’êtes-vous vraiment ? — Plus dans ma tête que dans mon corps, je l’avoue. — C’est égal, maîtresse, il vous faut venir maintenant. — Sinon, tu seras battue, je le sais, alors je viens. — Merci, maîtresse. Vous êtes bonne avec moi. — Je ne suis pas bonne avec toi, je ne sais quoi faire. Les deux femmes parvenaient à l’atrium lorsque Germanus sortait des thermes.

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— Ah ! Francisca, prépare-toi, nous sommes attendus, j’ai obtenu de très bonnes places et je ne voudrais pas être en retard. — Père, vous savez mon désintérêt pour ce genre d’événements. — Ce n’est pas toi qui décides et puis il y aura du beau monde. — Nous pourrions les rencontrer au stade. — Qu’est cette sensiblerie ? Ce n’est pas pire qu’un combat de gladiateurs ! — Ils n’ont pas choisi de mourir. — Si. Ils préfèrent la mort plutôt que de sacrifier aux dieux. Ce sont de dangereux rebelles et il est juste qu’ils meurent. Les gladiateurs, eux, n’ont rien fait de mal. Alors, allons voir mourir ces renégats et le courage qu’ils y mettront. Francisca sentit ses jambes fléchir sous elle. Lydia, bonne esclave, s’en aperçut et la soutint, jusqu’à ce qu’elles atteignent le divan. Germanus reprit : — Ce spectacle te fera le plus grand bien, à tout point de vue. Cesse cette comédie. Sa mère venait d’arriver : — Madame, dites à votre fille de se hâter, nous partons dans quelques instants, acheva Germanus avant de se retirer.

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Celle-ci s’avança sans mot dire et vint s’asseoir près de Francisca dont elle prit la main, comme pour la protéger, entre les siennes. — Qu’avez-vous, mon enfant ? Vous êtes toute pâle. — Ce que j’ai, vous le savez, ma mère, mais vous n’y pouvez rien. Avez-vous vu beaucoup de combats de gladiateurs ? — Non, je n’ai pas désiré m’y rendre. — Alors, pourquoi père nous oblige-t-il à regarder ces jeux de massacre ? — C’est que, aujourd’hui, il s’agit de politique. Il doit montrer que sa famille fait bonne figure face à cette rébellion croissante. Il est possible que l’empereur lui-même soit là ! Et tu sais que, dans cette province reculée, c’est un grand honneur. Ton père pourrait bénéficier d’une promotion à cette occasion, le gouverneur le lui a déjà annoncé. Ce  n’est  pas  le  moment  de  se  faire  remarquer  par  des absences familiales. — Je fermerai les yeux et me boucherai les oreilles. L’amphithéâtre était comble à la troisième heure de l’après-midi. Les premiers rangs butaient sur de hautes grilles qui n’existaient pas lors des jeux traditionnels. Le soleil était généreux et la plèbe, installée sur les gradins inférieurs, transpirait, tandis que, un peu plus haut, les grandes familles, abritées sous les dais blancs, se rafraîchissaient grâce aux jarres qu’apportaient les serviteurs. Francisca était là avec ses parents, son frère et leurs esclaves. 10


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Vers trois heures et demie, un murmure parcourut la foule et la fit se lever d’un bloc à l’arrivée du gouverneur. Saluant les spectateurs d’un signe de la main, il prit place dans la tribune et annonça d’une voix forte : — Nous avons l’insigne honneur d’accueillir en notre ville et ici même l’empereur César Aurélien. À ces mots, comme d’un seul homme, la foule applaudit en hurlant : « Vive César ! » L’acclamation se prolongea. Francisca, déjà harcelée par tant de bruit et d’excitation, eut la tentation de profiter de cette liesse passionnée pour disparaître, mais elle renonça finalement à cette folie. L’attente de l’être suprême, du demi-dieu, s’allongeait, puis brusquement les vivats se transformèrent en une clameur assourdissante tandis qu’apparaissait, dans la tribune supérieure, un homme vêtu de blanc que la plupart des spectateurs n’avaient jamais vu, mais que tous reconnaissaient. Francisca ne disait rien. Sa mère la poussa du coude sans la regarder, en lui chuchotant : — Il a tout de même une certaine distinction. Regardele ma fille, c’est la première et sans doute la dernière fois que tu vois un tel homme. L’empereur s’assit, imposant brutalement le silence. Parut alors, sur la scène des jeux, le héraut annonciateur du programme, qui vint se placer sous les tribunes d’honneur : « Par ordre de l’Empereur, et sous l’autorité du Gouverneur, après un procès équitable qui a permis à certains de 11


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se rétracter, les rebelles de l’Empire ont été condamnés à lutter contre les fauves et c’est à ce spectacle que vous êtes conviés. Le Gouverneur souhaite montrer par là qu’il n’y a pas d’autres dieux que ceux à qui l’Empereur appartient et que leur autorité ne peut être contestée. Vous verrez donc six de ces rebelles aujourd’hui. D’autres suivront dans les prochains jours que notre Empereur établit comme fêtes en l’honneur de sa visite parmi nous. » Le héraut se tut et repartit au pas de course vers les galeries inférieures d’où il était sorti. La foule ne bronchait pas. L’espace des jeux resta vide. Au bout de quelques minutes, on aperçut une petite forme blanche qui semblait poussée des galeries vers l’extérieur, c’est-à-dire vers le centre de l’amphithéâtre. La foule remua. Francisca, qui avait pourtant juré de ne rien voir ni entendre, ne put s’empêcher d’ouvrir les yeux. Il s’agissait probablement d’un jeune adolescent, âgé de douze ans tout au plus, mais Francisca ne voyait pas s’il s’agissait d’une fille ou d’un garçon : il était trop loin. Ce petit être, visiblement terrorisé, s’éloignait de plus en plus rapidement de l’ouverture dont il était sorti et en regardant celle-ci on comprenait pourquoi : un lion venait d’apparaître et trottinait doucement. Il s’arrêta, huma l’air, sentit le frémissement des spectateurs et repéra sa proie. Il se mit alors à galoper dans sa direction. Mais, en regardant à nouveau vers les galeries, on apercevait une seconde personne, adulte celle-là et féminine. La foule haletait de plaisir et le lion, stoppant sa course, se retourna et 12


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revint sur ses pas en petite foulée. On entendit la femme crier : — Avius, ne bouge plus ! Elle avait attiré l’attention du fauve sur elle. L’enfant était-il son fils ? Quoiqu’il en fût, elle semblait désespérée. Un second fauve venait de sortir d’un autre couloir. Les oreilles dressées, il considérait cette scène avec un certain intérêt. La femme se mit à marcher doucement. L’animal avança résolument vers elle. C’est alors qu’un vieil homme apparût sur scène. Oui, sur scène, car le jeu, aussi pervers qu’il était, mais tellement bien orchestré, excitait les spectateurs comme une tragédie et Francisca découvrit avec horreur qu’elle ressentait une certaine fascination devant ce spectacle, qui ne laissait pourtant pas de doute sur son issue fatale. Le vieillard avait peine à marcher. Un troisième lion le suivait de près. L’homme s’arrêta résigné. La femme était tombée à genoux. Le second fauve se précipitait vers elle. La foule hurlait sa jouissance, enfin le sang allait couler. Cependant, la première bête, considérant probablement son droit de préséance, accourut dans la même direction et s’interposa. Les deux prédateurs échangèrent de vifs regards en grognant. Ils étaient en concurrence et cela aussi faisait partie du jeu, un jeu pour faire durer le plaisir et attiser l’angoisse des suppliciés. Profitant de ce maigre répit, la femme se releva et revint vers le vieillard, puis s’immobilisa, car le troisième lion, assis sur ses pattes arrière, la dévisageait maintenant avec avidité. Tandis que 13


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les personnages restaient ainsi figés, le quatrième supplicié, un jeune homme apparemment robuste, venait d’apparaître. Il s’était mis à courir dans l’autre sens, atteignant ainsi rapidement la zone la plus proche de la tribune où se trouvait Francisca. Elle vit distinctement son beau visage résolu, empreint d’une folle espérance et ne put s’empêcher de l’admirer. Du même coup, les trois prédateurs attirés par ce mouvement se regroupèrent pour le prendre en chasse. Quelques secondes plus tard, il se retrouvait encerclé, le dos au mur supportant les gradins. Il était perdu, mais faisait face en grognant lui aussi, esquissant des pas d’intimidation vers les fauves qui reculaient, enrageant de plus en plus. Tout à coup, un autre jeune homme fut projeté dans l’amphithéâtre d’une porte située juste au-dessous de la tribune officielle – le spectacle était atrocement bien réglé par plusieurs metteurs en scène placés sous les gradins. Il semblait abattu et incapable de bouger. Il resta debout tremblant  un  court  instant  et  s’affaissa  sur  ses  talons.  Les animaux, considérant cette proie plus facile, se détournèrent  de  l’athlète,  qui  repartit  en  courant  vers  les  trois autres suppliciés. On aurait dit qu’ils étaient de la même famille, se sacrifiant les uns pour les autres. Une quatrième bête venait d’être lâchée, d’une espèce différente, un tigre, énorme, montrant des dents acérées comme des poignards. Son rugissement fit sursauter les trois autres, qui hésitèrent à se précipiter sur l’homme éva14


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noui. Enfin, derrière ce monstre, tout au fond, à l’endroit le plus éloigné de la tribune de Francisca, la sixième victime venait de sortir de sa prison pour affronter, elle aussi, le supplice pour le plus grand plaisir des spectateurs. Germanus ne put s’empêcher de dire autour de lui à qui voulait l’entendre : — Quelle maîtrise dans ces jeux ! Cela change des gladiateurs ! Francisca eut un haut-le-cœur, mais en même temps une étrange impression, tandis qu’elle considérait la seconde jeune  femme  qui  venait  d’apparaître.  Elle  semblait  la connaître. C’est alors qu’elle remarqua la pâleur du visage de sa mère. Elle comprit et se levant brusquement, cria : — C’est Flavia ! Germanus l’interrompit : — Que dis-tu ? Silence, Francisca, tu divagues. Non, ce n’est pas elle. Assieds-toi. Tout le monde te remarque. Ce ne peut pas être elle. — Mais si, père, c’est elle, j’en suis sûre ! — Se retournant, il vit sa femme, la tête renversée sur le gradin  supérieur,  soutenue  par  l’un  de  ses  esclaves.  Il reprit : — Mais qu’avez-vous tous ? Ne saviez-vous pas que  Flavia était morte ? Et  il  ajouta,  en  reprenant  sa  position  de  spectateur,  terrible :

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— Oui déjà morte ! dit-il, cherchant à se persuader luimême. — Père, vous ne pouvez laisser mourir votre enfant ! cria Francisca. — Tais-toi, impertinente, tu ne sais pas ce que tu dis ! Flavia avait rejoint le groupe, qui s’était maintenant constitué autour du vieillard. Ces cinq personnages se serraient les uns contre les autres, prêts à mourir ensemble. Les bêtes les entouraient. Soudain, on entendit une mélodie, entonnée par le vieil homme et reprise en chœur par ses protégés. Ils chantaient. Ils allaient mourir et ils chantaient.  Francisca  avait  déjà  entendu  ce  chant,  mais  ne savait plus ni où ni quand. Le jeune solitaire avait retrouvé ses esprits et s’était mis debout puis à genoux, mais volontairement, cette fois-ci. Et chose incroyable, les fauves s’étaient couchés devant le chœur, et semblaient écouter. La foule s’était levée, d’abord interdite devant une telle situation, puis, finalement exaspérée par une mise à mort qui n’en finissait pas, s’était mise à huer les animaux qui ne bronchaient pas. Le gouverneur était debout et donnait des ordres à sa garde rapprochée. Quelques secondes plus tard, une escouade de soldats sortit des galeries au pas de course. Armés de lances et de boucliers, ils parvinrent juste derrière les prédateurs et essayèrent de les exciter à coup de pique. Brusquement, d’un même mouvement, les quatre bêtes se retournèrent et fondirent sur les assaillants qui prirent la fuite tandis que les huées du public redoublaient. 16


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Alors que l’ensemble de la troupe parvenait à rentrer, l’un des soldats, bousculé par un lion, avait chuté puis s’était relevé, mais sans sa lance et son bouclier. Détourné de sa trajectoire, il ne retrouvait plus la sortie et courait affoler en direction de l’homme resté seul, poursuivi par le fauve qui avait commencé à goûter sa chair. Alors, tout le théâtre vit l’impossible geste de la victime tendant la main à son bourreau, qui la saisit dans une semi-conscience. Et à partir de ce moment-là, l’animal se coucha. Le  spectacle  était  terminé  s’achevant  sur  ces  deux tableaux irréels : un groupe de cinq personnes chantant des hymnes avec deux lions et un tigre à leurs pieds et un groupe de deux hommes, l’un vêtu de blanc, l’autre d’une armure, imposant au quatrième fauve le respect le plus profond. La foule était en délire, les uns conscients d’un phénomène prodigieux, les autres refusant l’irrationnel et insultant les participants de ce qui était pour eux une mascarade. César était levé, visiblement courroucé. Le gouverneur criait contre ses soldats. Dans cet instant très court, mais qui parut une éternité, une immense sérénité envahissait Francisca. Sa famille ne disait rien, tous profondément troublés. Les gradins commencèrent à se vider, en commençant par les premières rangées. César quitta la tribune, suivi de près par le gouverneur. À la sortie, les commentaires allaient bon train :

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— Mais qui sont ces rebelles, pour que les bêtes sauvages elles-mêmes s’aplatissent devant eux ? — C’est de la sorcellerie ! Ces gens-là sont des démons. — À mon avis, les fauves avaient déjà mangé. Quelqu’un les avait nourris juste avant. — Dans ce cas, on organise les supplices à huis clos. — On se moque de nous ! — J’aimerais comprendre et m’entretenir avec eux. Francisca retint cette dernière remarque, car son désir le plus profond, désir sans doute interdit, était de revoir sa sœur le plus vite possible. Germanus tarda à rentrer ce soir-là. Il avait été convoqué par le gouverneur, qui sortait d’un entretien plutôt froid avec l’empereur. — Germanus, je viens de voir César. Il est très mécontent. J’ai perdu mon crédit auprès de lui et j’ai bien peur qu’il n’entende pas mes conseils pour ta nomination. — Que s’est-il passé avec les bêtes ? interrogea Germanus. — À mon avis, elles ont été droguées et je trouverai le coupable. — Droguées ? En tout cas pas le lion qui a coursé ton légionnaire. — Pour lui, son compte est bon : serrer la main d’un renégat a signé son arrêt de mort. Je le destine au nouveau supplice que vont subir prochainement ses pauvres sauveurs. 18


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— Tu ne leur feras pas grâce, n’est-ce pas ? dit Germanus avec un fol espoir d’une réponse infirmative. — Non, bien entendu, mais j’ai une question à te poser et c’est pourquoi je t’ai fait venir : il semblerait que ce soit ta fille  qui  fasse  partie  de  ce  groupe.  Je  croyais,  enfin  tu m’avais dit, qu’elle avait disparu, et même qu’elle était morte ! — Oui, je le pensais bien, mais rassure-toi cela ne change rien, elle est morte pour moi, surtout si elle adhère maintenant aux thèses de ces fous. — Ce n’est pas si simple, on ne sait pas encore quelle influence elle a subie. Et puis j’ai l’impression que sa petite sœur pourrait être tentée de la suivre. Écoute, pour éviter ce genre de tentation, j’ai l’intention de donner une nouvelle  chance  à  ta  fille.  Après  cette  frayeur,  si  elle  veut renoncer à son dieu, je pourrais lui trouver un mari digne de ce nom qui te rendra ta fierté et ton rang. — Elle refusera. Je la connais trop bien, cette entêtée ! répondit sincèrement, mais amèrement le notable. — Alors, c’est la mort, mais pour éviter toute ambiguïté, c’est toi qui la lui donneras. Essaye donc d’abord de la convaincre, conclut le gouverneur, satisfait de cette astucieuse manipulation. Germanus quitta le palais du gouverneur en proie à un dilemme effrayant : mettre à mort son propre enfant, quel que fût son crime, était au-dessus de ses forces, comme la plupart des pères de famille. Ce qu’on lui demandait là était 19


En lecture partielle‌


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Table des matières

Première partie

Les Martyrs

Chapitre I : Marguerite .................................................................... Chapitre II : En Palestine .................................................................. Chapitre III : Catherine .................................................................... Deuxième partie

7 44 62

Les Sarrasins

Chapitre I : La Kahina ...................................................................... 91 Chapitre II : En Hispanie .................................................................. 125 Chapitre III : Munuza........................................................................ 136 Troisième partie

Les Francs

Chapitre I : Charles............................................................................ 157 Chapitre II : Jeanne .......................................................................... 170 Chapitre III : Louis ............................................................................ 196

Épilogue ............................................................................................ 227

229


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Achevé d’imprimer le 18 avril 2017 sur les presses de l’imprimerie Bietlot, à 6060 Gilly (Belgique).


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ne épée, c’est un morceau de métal, qui peut résister aux siècles, plus longtemps que l’homme, mais qui n’existe que par lui, pour le bien ou pour le mal. Celleci connaîtra l’un et l’autre passant des mains de la haine à celles de la paix, croisant le destin d’âmes fortes éprises de la vraie liberté. Lame d’acier, force de mort, et Parole de Dieu, force de vie, se côtoieront tout au long de ces siècles, comme l’ivraie au milieu du bon grain, pour qu’enfin la première se mette au service de la seconde et que de ce mal Dieu fisse surgir un bien. Neuf nouvelles, neuf personnages éparpillés dans deux mille ans d’histoire.

U

Arnaud Dartige du Fournet

ISBN 978-2-87356-718-7 Prix TTC : 12,90 €

9 782873 567187

Roman jeunesse

Roman jeunesse

Arnaud Dartige du Fournet, né à Paris en 1952, d’une famille originaire de Bretagne, effectue des études d’ingénieur à Strasbourg, avant de débuter une carrière internationale dans le domaine de la gestion de l’eau, principalement sur le continent africain. Après de nombreuses années consacrées aux projets de développement, il termine son parcours professionnel par l’obtention d’un diplôme de géopolitique et prend sa retraite en 2015 pour se consacrer davantage à l’écriture.


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