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2000 ans après... oser encore y croire

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Gérard Bénéteau

2000 ans après… Oser encore y croire


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Gérard Bénéteau

2000 ans après… Oser encore y croire

« Béthanie »

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Directeur de collection : Charles Delhez, s.j.

© 2016, Éditions jésuites Belgique : 7, rue Blondeau • 5000 Namur France : 14, rue d’Assas • 75006 Paris info@editionsjesuites.com www.editionsjesuites.com Dépôt légal : D.2016, 4323.23 ISBN : 978-2-87356-712-5 Imprimé en Belgique

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Avec ma gratitude au talentueux, généreux et bienveillant Bernard Maris victime du fanatisme à Charlie Hebdo le 7 janvier 2015 et dont les obsèques ont été célébrées, le 15, en la chapelle Notre-Dame de Roqueville.

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Pour François… et les autres

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es réflexions et propositions s’adressent bien sûr aux responsables hiérarchiques de l’Église catholique — en premier lieu au pape François qui exprime son souhait de recueillir l’avis des fidèles —, mais aussi à tous ceux qui s’y sentent responsables. Je les dois à tous ceux que, depuis 40 ans, j’ai accueillis pour préparer un baptême ou que j’ai accompagnés lors de la perte d’un proche. Je pense en particulier à ceux qui s’éloignent d’une Église avec laquelle ils ont cheminé un moment, les autres qui n’y trouvent pas accueil et compréhension et aussi ceux, tellement nombreux, pour lesquels le message évangélique n’est plus audible : vous qui avez cru… autrefois ; et qui, au nom de cette foi, vous êtes engagés à Emmaüs, au Secours catholique, à Médecins sans frontières […], et qui, ici, ou ailleurs, participez à des combats pour un monde plus juste et plus fraternel ;

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vous qui avez été bouleversés par le message évangélique et qui ne l’avez pas retrouvé dans les paroles et les actes des croyants ; vous qui « décrochez » faute de trouver une paroisse qui parle encore une langue que vous (et vos enfants) puissent entendre… et comprendre ; vous qui êtes passés par des écoles de curés et de bonnes sœurs (qui n’avez pas tous été violés que je sache ; qui n’avez pas non plus tous été traînés au petit matin dans des chapelles glaciales) et qui vous rappelez encore que vos éducateurs croyaient en vous plus que vous n’y croyiez vous-mêmes et qu’ils vous répétaient qu’il n’y a pas de bonheur autrement que partagé ; vous qui confiez aujourd’hui votre enfant à l’Enseignement catholique, non pour le mettre dans une réserve d’excellence, mais parce que vous pensez que, là, ses difficultés seront mieux comprises et que, là, on lui apprendra à mieux comprendre les difficultés des autres ; vous qui, à Télérama et ailleurs, aviez salué l’audace de l’Office catholique du cinéma donnant en 1968 son prix à « Théorème » de Pasolini et vous tous les artistes encore inspirés par un Dieu qui prend le risque de la rencontre avec l’homme ; vous qui n’avez pu choisir ce que vous êtes, ou qui avez raté une étape majeure de vos choix de vie et qui, pour autant, auriez aimé demeurer membres de l’Église à part entière ; ou qui, pire, ne pouvez pas être baptisés pour n’avoir pas vécu en chrétiens, avant même que vous ayez eu l’envie de l’être ; vous qui, sans vraiment y croire, mais en y croyant quand même un peu, osez, un jour de grande détresse, allumer une bougie dans l’anonymat d’une église ; vous les incroyants et agnostiques de tous poils qui, autrefois, interpelliez notre incapacité à mettre en pratique les valeurs dont nous nous réclamons…

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Avant-propos

« Nous avons cru. Des siècles durant, nous n’avons pu vivre sans en appeler à Dieu. Cette relation n’était pas abstraite, elle façonnait notre rapport au monde, elle orientait l’espace et scandait le temps, produisait mille effets sur notre corps, notre alimentation, notre sommeil. Sans même y penser, nous placions les mystères bibliques au principe de notre existence quotidienne comme à la racine de l’histoire humaine. Aujourd’hui, cela paraît fou. Car la religion a beau se rappeler à notre souvenir, nous refusons de la prendre au sérieux. Nous voulons à toute force réduire l’élan spirituel à une pure chimère qui occulterait les vrais enjeux politiques, économiques… Nous croyons à tout, sauf à la foi. » Jean Birnbaum, directeur du Monde des livres, août 2014

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À

chacune de mes visites au vieux port de Marseille, j’aime aller relire, au milieu du quai, la plaque qui rappelle l’arrivée des marins crétois qui fondèrent la cité. Pour célébrer ce moment important de la civilisation méditerranéenne, on a préféré, à un rappel monumental, une simple inscription au sol, placée là comme l’empreinte des premiers pas des navigateurs. Il y est dit que les citoyens de Phocée débarquèrent ici « vers 600 ans av. Jésus-Christ ». Pour la première fois, l’an passé, je me suis demandé combien de temps encore serait pertinente cette datation faisant mémoire de celui dont la seule référence historique revient à Flavius Josèphe : écrivant sur les conflits entre Rome et Jérusalem au premier siècle, celui-ci relate qu’un homme — que lui n’appelle pas « Christ » —, accusé devant Pilate par des chefs de la nation juive, fut crucifié sur son ordre. Une telle interrogation ne me serait jamais venue à l’esprit au sortir de l’univers de l’ouest de la France où j’ai grandi dans l’après-guerre. En en temps où aucun pape n’avait encore eu l’idée de s’appeler François, où peu s’étonnaient de l’obligation faite aux femmes d’avoir la tête couverte dans les églises et où certaines religieuses hantaient nos rues dans des tenues qui, pour certaines, n’avaient pas grand-chose à envier à une burqa. Dans mon environnement immédiat (dans ma famille, à l’école en semaine, à l’église le dimanche, et même au cinéma paroissial avec les films qui vont avec), je ne fréquentais guère que des chrétiens. « Les autres » l’avaient été autrefois, ou leurs parents, ou leurs grands-parents. Et même avec ceux que l’on appelait les « anticléricaux », l’histoire, comme la culture et le vocabulaire qui vont avec, étaient plus ou moins communs. Quand, à 6 ans, j’ai dit à mes parents que je voulais être prêtre, ils n’en ont pas été plus étonnés : il y avait déjà des religieux dans la famille.

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Je ne le suis devenu qu’à 29 ans, après quelques détours. Premiers détours, prélude à beaucoup d’autres : rencontres, événements (rarement choisis), épreuves (et les engagements qu’elles ont suscités) qui ne cessent de bousculer les certitudes de mes premières années. Car dans le monde « protégé » (60 ans plus tard, je m’interroge sur la pertinence de ce qualificatif) où j’ai vécu mon adolescence d’après-guerre, je n’étais pas particulièrement préparé à avoir vingt ans dans les années soixante. Un moment où l’Église — à travers le Concile Vatican II — et les sociétés occidentales — à travers des remises en question agitées dont mai 68 est le paroxysme à la française — vivaient des évolutions de toutes natures. Des évolutions qui m’ont, alors, plus troublé qu’enthousiasmé. Rien ne me prédisposait à devenir, vingt ans plus tard, pasteur d’une église au cœur du quartier « branché » des Halles, au plus fort du drame du Sida. Ces responsabilités, dans ces circonstances, accélérèrent les mues en cours. Comme celles permises par l’esprit d’ouverture de la Congrégation de l’Oratoire, que j’avais rejointe après cinq ans de séminaire : dans ses écoles prestigieuses, celle-ci avait accueilli, et plus ou moins formé, La Fontaine, Malebranche, La Bruyère, Montesquieu […] et, plus récemment, Philippe Noiret (qui aimait le rappeler), Polnareff… et Mesrine ! Et, après mes études d’histoire dans les universités agitées des années 70, je passerai mes premières années d’enseignement dans le grand internat oratorien de Saint-Martin à Pontoise, où se vivaient, dans un environnement de verdure très british, des temps plus insouciants qu’aujourd’hui. Autant de plongées dans des mondes inconnus pour moi auxquelles s’ajoute la découverte de complexités personnelles dont je prends progressivement conscience. Je réalise alors l’écart 11

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grandissant entre les difficultés de nos itinéraires de vie et les affirmations péremptoires de l’Église. Et ne tarderont pas à suivre mes interrogations sur la façon étrange — parfois inquiétante — dont celle-ci fonctionne en interne. Tout cela, sur fond de pluralité religieuse développant des confrontations au cœur même de la France des cathédrales. Autant de raisons amenant beaucoup aujourd’hui à renoncer à toute croyance, ou quelques-uns à vivre en camp retranché. Pour ma part, je n’ai jamais songé à abandonner le navire, ni mon service de matelot, sur ce qui ressemble de plus en plus au Titanic : ce Titanic dont on dit que les musiciens jouaient, sur le pont, « Je crois en Toi, mon Dieu » pendant que le bateau s’enfonçait dans la mer. Cette image s’est imposée à moi en comparant certains reportages des foules massées Place Saint-Pierre, avec la pratique religieuse en grand déclin dans la plupart des communautés de notre vieux continent : autour de moi, famille, amis, jeunes des écoles où je suis présent ne cachent pas, pour la plupart, qu’ils sont maintenant « bien loin de tout ça ». Je m’interroge souvent sur ce dont discutent nos capitaines quand ils se réunissent en conclaves, synodes et autres « assemblées plénières ». Les échos, plus ou moins feutrés, qui nous en parviennent, ne semblent pas traduire d’inquiétudes extrêmes. Certes, je partage leur conviction que le message évangélique peut encore donner sens, et pour longtemps, à la vie de plus d’un. Reste que le nombre de ceux qui, dans le monde occidental, disent encore leur foi au Christ ressuscité, et au royaume de fraternité qu’il nous ouvre, est en chute libre. Quant à celui de ceux qui se rassemblent chaque dimanche, « le jour du Seigneur », pour proclamer et célébrer cette foi, il se réduira bientôt à une peau de chagrin. Sans parler de ceux, plus ou moins croyants et exceptionnellement pratiquants, qui ne voient plus en l’Église 12

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qu’une institution sclérosée incapable de s’adapter aux réalités d’aujourd’hui et de s’amender, de façon crédible, de ses erreurs d’hier. C’est du moins ce que j’en vois, d’où je suis. Je sais, d’aucuns, autour de moi, parlent volontiers de « signes de renouveau ». Un « renouveau » dont témoignent des communautés nouvelles qui proclament, chantent, voire dansent, leur foi enthousiaste. Leurs adeptes ne doutent pas un instant de leur capacité à vaincre « la culture de mort » qui, selon eux (reprenant les mots de Jean-Paul II), aurait saisi nos contemporains. Ces communautés sont les forces vives de rassemblements inédits, dont les reportages médiatiques viennent à point rajeunir l’image du pratiquant moyen. Un « renouveau » dont témoignent ces prêtres africains qui, après nous avoir pardonnés de leur avoir prêché l’Évangile dans les pas des colonisateurs, viennent maintenant, par leur jeunesse et par les rythmes de leurs célébrations, ranimer nos assemblées dominicales moribondes. Un « renouveau » dont témoigne à chaque nuit pascale un nombre exceptionnel de baptêmes de jeunes et d’adultes. Un « renouveau » dont témoigne cette quête de spirituel qui conduit tant de pèlerins sur les routes de Saint-Jacques-deCompostelle… Et puis, il y aura aussi les bénéfices à venir de la « nouvelle évangélisation ». Avec « les groupes Alpha » où la Bonne Nouvelle se partage, comme les produits Tupperware dans l’après-guerre, avec des kits de prêts à penser, prêts à croire, prêts à convaincre. Avec les prédicateurs de rue qui, eux aussi, s’inspirent de pratiques anglo-saxonnes et n’hésitent pas à grimper sur des tabourets ou

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à sonner à nos portes pour nous assurer du paradis ou nous promettre l’enfer. S’y ajoute un cocktail inédit qui semble aussi faire recette : il mêle touches nostalgiques (soutanes, processions, bénédictions de bateaux, motos et animaux domestiques…) et parfaite adaptation aux toutes nouvelles technologies : on peut maintenant avoir son carême guidé sur son iPhone et le pape Benoît XVI qui avait ressorti des placards pontificaux certains éléments de la garde-robe papale que l’on croyait définitivement disparus, a, pendant les derniers mois de son pontificat, créé son propre compte Twitter. Au chapitre « modernité », il faudrait aussi parler des groupes de Rock chrétien qui proclament les bienfaits de Dieu avec d’autant moins d’états d’âme qu’ils ne font pas partie, comme ceux qu’ils rassemblent — et pour autant que l’on puisse en juger — des plus mal lotis par la Providence ! Un « renouveau » qui a ses prophètes, tels Frigide Barjot et le père Guy Gilbert, combles de la modernité, avec leurs mêmes perfectos, leur même langage un peu leste, contrastant avec leur même engouement pour les souverains pontifes aussi divers soient-ils et, dernière touche très tendance, leurs indispensables amis homosexuels… Autant d’initiatives et de postures, vantées avec lyrisme par ceux qu’elles n’ont pas à convaincre, mais qui ne parviennent pourtant pas, tant s’en faut, à enrayer le déclin général. Car la rapide expansion de communautés nouvelles s’est accompagnée d’autant de sources d’interrogations que de motifs d’espérance, et quelques sérieux accrocs sont venus écorner certaines trop belles images ; pas seulement parce que l’on trouve parmi ces nouvelles troupes (un terme qui me vient sans doute en pensant aux « Légionnaires du Christ ») de nombreux fervents réactionnaires de tous poils qui n’ont toujours pas bien digéré l’esprit de Vatican II. 14

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Comment, d’ailleurs, ne pas s’interroger sur le mode de discernement qui préside à l’accueil des candidats se présentant aux portes de ces communautés ? On semble trop souvent y penser que la piété compensera les fragilités ou l’immaturité des impétrants et que leurs certitudes proclamées, comme leurs jugements moraux assénés, seront la meilleure arme contre l’athéisme ambiant et « l’esprit de décadence » qu’ils dénoncent. Et leur formation intellectuelle et psychologique risque assez peu d’éveiller en eux le goût de l’interrogation et le sens des nuances. La venue de prêtres étrangers, outre qu’elle peut provoquer le rapide désenchantement des paroissiens et, parfois, quelques déboires aux évêques qui les accueillent, ne fait qu’atténuer une situation générale de pénurie. Et le pire est à venir : il faudra bientôt se passer de tous ceux qui, actuellement, continuent à œuvrer bien au-delà de l’âge légal de la retraite et qui constituent dans beaucoup de diocèses pas loin des deux tiers des prêtres dits « en activité » ! Dans bien peu de temps, il ne faudra guère compter que sur leur éventuelle intervention… depuis le paradis. Beaucoup n’entrevoient la réalité de cette situation que lorsqu’une occasion exceptionnelle les fait revenir vers une église ; en particulier lors d’obsèques. Ils découvrent alors qu’il peut être parfois difficile d’avoir une cérémonie religieuse et que, si celle-ci s’avère possible, elle ne sera vraisemblablement pas présidée par un prêtre. Certes, comme je peux le vérifier chaque année dans mes divers lieux de ministère, les baptêmes d’enfants en âges scolaires sont relativement nombreux. Encore faut-il rappeler une évidence : cela fait, bien sûr, autant d’enfants qui n’ont pas été baptisés à leur naissance. Et, comme pour les communautés religieuses, et comme pour les prêtres encore en service, le nombre total des baptisés (adultes, jeunes, bébés), affiche un déficit abyssal. De plus, beaucoup (jeunes, comme adultes), une 15

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fois passée l’émotion d’un moment et peu soutenus par leur environnement familial, amical et social, délaissent assez vite la pratique religieuse. Vanessa Schneider, dans le supplément magazine du Monde de juin 2013 a parlé très justement du phénomène particulier que représentent ceux qu’elle appelle les « petits convertis » : « Ces nouveaux croyants vivent leur foi à l’image de leur jeune âge. Comme une aide dans les grands et petits soucis : “Dès que j’ai envie de pleurer, que quelque chose me tracasse, je vais prier, ça m’aide.” Et, souvent, leurs prières concernent l’école, le centre de leur vie d’enfant : “Un jour j’ai demandé à Dieu que ma maîtresse ne soit pas là et Il m’a écouté, elle était malade ce jour là… J’ai voulu vérifier si Dieu existait, maintenant j’en suis sûr.”»

Les parents, pas trop emballés au départ, finissent généralement par être « respectueusement attendris », demeurant cependant « perplexes et embarrassés ». Leur acquiescement s’accompagne d’une totale délégation pour une formation pour laquelle ils s’avouent totalement incompétents. Que subsistera-t-il de cet émerveillement enfantin lorsque les grands-parents ne seront plus là pour les accompagner à la messe lors de grandes fêtes pendant les congés scolaires ou quand surgiront les interrogations et les troubles de l’adolescence auxquels l’idée qu’ils s’étaient faite de Dieu paraîtra sans doute peu adaptée ? Reste ce besoin diffus de spirituel : « Le xxie siècle sera religieux, ou ne sera pas ! » Il brasse pêle-mêle d’authentiques guetteurs de sens dans un monde où peu de leaders en tous genres leur en proposent ; d’autres, plus prosaïquement, en quête, de « zénitude » pour pacifier leur quotidien ; ou tous ceux qui, sous le poids d’épreuves 16

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dramatiques, croient trouver ainsi — au moins pour un moment — réponse à l’incompréhensible… Au christianisme tel qu’ils peuvent le percevoir au travers de l’Institution catholique, les premiers préfèrent des engagements humanistes, les autres la sagesse d’un temple bouddhiste ; et de plus en plus nombreux sont ceux qui trouvent plus matière à enrichissement chez Frédéric Lenoir ou Matthieu Ricard que dans nos prédications. Quant à ceux que leur détresse rend prêts à suivre le premier gourou qui passe, il ne manque pas de propositions ; souvent, non sans dangers de toutes sortes, qui peuvent rapidement les conduire d’adeptes… à victimes. Peut-on ajouter à ces quêtes religieuses, les adhésions à l’islamisme le plus radical ? Elles n’y sont, sans doute pas totalement étrangères. Mais pour mon voisin de palier (dans le nord-est parisien), de métro, pour 90 % de ma famille, de mes amis, de mes plus proches compagnons de route, comme de mes partenaires de combats qui, pour beaucoup, ont été baptisés, puis « ont tout fait » : petite et grande communion, confirmation, mariage à l’Église (d’aucuns y seraient même revenus plusieurs fois si celle-ci les y avait autorisés), qu’est devenu le Dieu des chrétiens ? Et si beaucoup de ceux que je croise fréquemment, dans le monde associatif reconnaissent volontiers que leur regard bienveillant sur l’autre quel qu’il soit et leur soutien spontané aux pauvres et aux petits, ne sont pas étrangers à la foi profonde de leurs parents ou grands-parents, ils ajoutent, en même temps, qu’ils ne voient pas bien ce qu’ils viendraient, aujourd’hui, puiser à cette source. Ce ne sont pas des bouffeurs de curés ; il n’y a d’ailleurs plus guère de curés à bouffer. Ils s’éloignent simplement sans bruit d’une Église dont ils ont le sentiment qu’elle, la première, s’est éloignée d’eux. Comme l’exprime, sobrement mais radicale-

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ment, Sylvain Tesson : « Ma foi s’est éteinte, comme on coupe la lumière en sortant d’une pièce. » Coup sur coup, dans ce paysage préoccupant, deux bonnes surprises : la démission de Benoît XVI et l’élection du pape François. En abandonnant volontairement sa fonction, Benoît XVI — qui avait jusqu’alors plutôt manifesté un goût prononcé pour un conservatisme bon teint — accomplit un geste dont on n’a peut-être pas bien réalisé la portée iconoclaste. Le cardinal André Vingt-Trois, lui, l’apprécie avec des mots à la hauteur de l’événement, déclarant : « Un tabou est brisé. » La décision de retrait de Benoît XVI apparaît en effet comme un démenti à bien des propos qui avaient accompagné les années de maladie et les semaines d’agonie du pape Jean-Paul II. Elle autorise à penser que l’Esprit Saint pourrait bien ne pas totalement suppléer nos handicaps humains. Ce qui pourrait entraîner un doute supplémentaire sur sa parfaite maîtrise de bien d’autres événements et choix… comme ceux faits lors des conclaves ! Mais la plupart de ceux qui saluent en termes dithyrambiques la sagesse de Benoît XVI (souvent les mêmes que ceux qui s’émerveillaient d’un Jean-Paul II faisant, publiquement, don de ses dernières forces) n’en sont sans doute pas là. Quelques semaines plus tard, les cardinaux (qui, pour beaucoup, sont ceux qui ont élu huit ans plus tôt le cardinal Joseph Ratzinger), font un choix singulièrement différent en apportant, cette fois, leurs suffrages à un cardinal sud-américain — première du genre — Jorge Mario Bergoglio. La surprise est grande Place Saint-Pierre. Mais, comme toujours en pareille circonstance, l’accueil enthousiaste est de rigueur et les mêmes qui saluent la chaleur du pape François n’avaient jamais eu le moindre mot sur le peu de charisme de son prédécesseur. 18

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Je suis de ceux qui ne tardent pas à penser qu’un peu de cordialité et, surtout de simplicité, dans l’exercice de la fonction ne peut faire que du bien. Mais le rajeunissement n’est pas pour autant garanti : si Benoît XVI a invoqué son grand âge pour quitter sa charge, son successeur la reçoit ayant, à plus de 76 ans, dépassé de près de deux ans, celui auquel les évêques doivent normalement présenter leur démission au Souverain pontife ! Depuis son élection, le pape François a eu des mots, changé des pratiques (à commencer par son propre mode de vie) et posé des gestes qui prolongent les attitudes et soulignent les préoccupations des premiers instants de son pontificat. Chacun de ses propos — d’autant qu’il n’est pas avare de déclarations : exhortation officielle, prédications, interviews, réactions spontanées… — est commenté, voire interprété, le plus souvent à l’aune de l’ouverture. Réjouissant certains ; et agaçant d’autres. En fait, après un Jean-Paul II très politique, puis un Benoît XVI, habitué des bibliothèques et des débats théologiques, le pape François manifeste tout simplement — dans tous les sens du mot — la vision très pastorale qu’il a de sa mission. D’où l’importance (pas seulement pour des raisons de dialogue avec nos frères orthodoxes et protestants) qu’il se présente comme l’évêque de Rome, rappelant ainsi ce service de proximité, de protection et de pardon que le Christ a confié à Pierre et que sont appelés à exercer chacun des évêques, successeurs des apôtres. Ce que traduit aussi son évidente volonté d’accueillir avant de juger. Et même si pour un certain nombre de sujets sensibles sur lesquels il est attendu, il rappelle volontiers le Catéchisme (pas un chef-d’œuvre d’ouverture), il se veut, avant tout, compréhensif et indulgent pour les personnes. Tel un bon curé de paroisse qui, dans son confessionnal, n’est pas là pour appliquer un code de sanctions, mais pour accueillir celui qui, comme le fils prodigue, 19

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manifeste le désir de retrouver l’amour toujours offert par le Père. Comme il l’écrit dans son premier document officiel : « Le confessionnal ne doit pas être une salle de torture. » Une attitude et des paroles relevées positivement par nombre de journalistes non spécialisés et saluées avec lyrisme par les médias catholiques les plus ouverts, particulièrement en recherche d’une bouffée d’oxygène pour leur propre survie. Et si l’on peut comprendre le réconfort qu’elles apportent à un certain nombre de chrétiens que décourageait l’image surannée d’un Benoît XVI (ajoutant au poids des mots, le choc des photos), je m’étonne davantage d’emballements enthousiastes de nouveaux papolâtres (mis en garde par François lui-même) qui nous annoncent déjà la fin du tunnel ! Car, ne nous y trompons pas : la bonne surprise du pape François n’est pour beaucoup qu’un non-événement qui ne les concerne pas vraiment. Et qui ne ramènera pas de si tôt à la messe ceux qui l’ont, nombreux, abandonnée sous le pontificat de… Jean-Paul II. Même si Raul Castro a déclaré y penser si le pape maintenait ses déclarations en matière de politique internationale… Pour l’instant, le pape François manifeste clairement — d’aucuns assurent même que ses électeurs l’ont mandaté pour cela — sa volonté de mettre de l’ordre dans la maison vaticane, à commencer par le fonctionnement opaque de sa grosse tirelire. S’attaquant parallèlement à la réforme de la Curie, dont il appelle les membres à renoncer à leurs mœurs courtisanes, il crée le préalable indispensable à la cohérence et à l’autorité de sa parole. Sans que l’on puisse bien savoir encore la part de discrédit (il risque d’y avoir pas mal de Monsignori et même d’évêques compromis dans des affaires douteuses) que nous vaudra l’ouverture de cette boîte de Pandore. Plus difficile de cerner les intentions pontificales dans d’autres domaines où ses interventions ont pu sembler contradictoires. 20

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Parmi ses plus proches, il ne compte pas que des partisans convaincus de la nécessité de changements. Ainsi, le cardinal guinéen Robert Sarah qu’il promeut en novembre 2014 au poste sensible de préfet de la Congrégation du culte divin et de la discipline des sacrements. Trois mois plus tard, celui qui était déjà connu comme un fervent défenseur de la tradition de l’Église et des mentalités de son continent, publie un livre d’entretiens « Dieu ou rien » où il réaffirme son hostilité aux évolutions en cours de discussion. À l’inverse, la large consultation qui a précédé le Synode sur la famille a surpris positivement ceux des Catholiques qui déplorent qu’on ne leur demande jamais leur avis. J’ai moi-même mal perçu les modalités de l’opération. Les questions soumises aux fidèles (je suis de ceux qui ne les ont connues que par voie de presse) relèvent de statuts bien divers : demandes d’informations, vérifications d’évidences, sondages d’opinion. Elles ont été, par ailleurs l’occasion de rappeler certains principes et postulats — comme la fameuse « loi naturelle » — qui, pourtant, s’imposent de moins en moins à nombre de croyants. On pouvait donc s’interroger sur ce que ce questionnaire, et la diversité des réponses qui lui étaient apportées, permettraient de décrypter, et encore plus de décider, sur des sujets dont il devient tout à fait impossible d’avoir une parole unique, indépendamment de l’histoire de chacun, du continent et du pays où il vit, de sa culture individuelle et sociale, comme du caractère singulier de sa personne que l’on ne manque pas de rappeler par ailleurs. La simple prise en compte de cette diversité aurait déjà constitué un notable changement des pratiques. Et d’aucuns disaient que le pape François y était favorable. Sa venue d’un autre continent et la proximité qu’il manifeste pour les patriarcats orthodoxes, amenaient certains à penser qu’il serait enclin

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à déléguer davantage de décisions aux Conférences épiscopales régionales ou nationales. Certes, l’exhortation apostolique Amoris Laetitia traduit une nouvelle fois — sur un ton bien nouveau pour ce genre de documents — l’esprit de miséricorde qui habite le pape François et son humilité personnelle face aux fragilités et aux épreuves des personnes. Mais la longueur même du texte, et l’absence de décisions concrètes, traduisent une évidente difficulté à faire bouger les lignes sur des sujets où les clivages continentaux, historiques, théologiques, canoniques, inter-paroissiaux, intercommunautaires […] restent vifs. Et voudrait-il (ce qui n’est pas assuré à ce jour), réformer des modes de pensée et d’agir dans des domaines où l’Institution a désespéré tant et tant, que l’on peut légitimement se demander s’il aura le temps, les soutiens nécessaires et les partenaires cléricaux pour mener à bien cet aggiornamento. D’ailleurs, est-ce bien de réformes que rêvent ceux qui fréquentent encore assidûment nos paroisses ? Nombre d’entre eux, qui n’ont pas été enthousiasmés par l’idée même d’être sollicités par un questionnaire, n’ont d’ailleurs pas tardé à faire savoir qu’il ne leur semblait pas très opportun d’ajouter de nouveaux bouleversements à un monde qui a déjà bien trop changé depuis le siècle des Lumières ! Car, si en 2013, le printemps romain nous a réservé d’heureuses surprises, le « printemps français » (comme va s’appeler l’un des groupes les plus radicaux des manifestants contre le mariage gay), lui, s’est révélé particulièrement rude ; et pas seulement sur le plan météorologique. On est alors en train de débattre au Parlement de la loi sur le mariage pour tous. Débattre « à la mode de chez nous », aurait-on envie de dire, quand on compare avec la manière dont le même

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sujet a été discuté en Belgique et le sera dans la très catholique Irlande. Un sujet sur lequel l’Église peut légitimement exprimer son opinion. Mais, parmi les évêques qui ne tardent pas à faire connaître leur pensée, tous ne le font pas avec les mots les mieux choisis. Certains vont même gravement déraper. De plus, « les années sida » ne sont pas si loin. Avec, là encore, des propos d’autant plus insupportables qu’ils stigmatisaient des personnes en grande détresse. Et les refrains compassionnels pour ceux auxquels on interdit d’aimer comme ils sont n’ont fait alors qu’ajouter à la colère. Sans compter que les mêmes, qui voient en toute circonstance matière à rendre grâce à Dieu, l’exonère totalement de ce « désordre » dans sa création. Très vite, et malgré les réfutations — pas vraiment convaincantes — de tous sentiments homophobes, les déclarations maladroites seront les seules que l’on retiendra, et la faute n’en revient pas, loin de là, aux seuls médias. Et force est de constater que les argumentaires sont intellectuellement, historiquement et anthropologiquement souvent médiocres, exaltant une vision idéalisée du couple et de la cellule familiale, bien loin des réalités vécues par beaucoup. Ayant totalement perdu la main sur le déroulement d’événements où les plus mesurés ne parviennent pas à se faire entendre, l’Église de France donne alors le sentiment qu’elle est en harmonie de pensée avec des groupes et groupuscules qui rassemblent de très diverses sources d’inquiétudes et de rejets et qui ont en commun des positionnements politiques définitivement conservateurs, voire réactionnaires. S’y ajoute la violence, au moins de mots, avec laquelle ils vont les exprimer. Plus grave : aucune voix « autorisée » n’est venue condamner haut et fort ces proclamations intempestives présentées comme ayant leur source dans la foi chrétienne et s’en réclamant pour 23

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justifier la brutalité de leur expression, voire pour appeler à la rébellion contre la loi. Un silence qui, laissera des traces durables dans bien des esprits. Certes, au cours de l’été 2014, dans l’avion qui le ramène des JMJ de Rio, le pape François déclare à des journalistes : « Si une personne est gay et cherche le Seigneur avec bonne volonté, qui suis-je pour la juger ? » Une parole qui, vingt ans plus tôt, aurait sans doute contribué à apaiser ceux qui, condamnés par la maladie, guettaient des réconciliations possibles avec le ciel. Mais qui, dans le contexte national, arrive tellement tard. Alors comment s’étonner que beaucoup dont le parcours de vie n’est pas qu’un long fleuve tranquille et qui n’en sont pas forcément responsables — et quand bien même le seraient-ils ? — se demandent ce que nous faisons de l’adresse de Jésus aux Pharisiens, étonnés de certaines de ses fréquentations : « C’est pour eux que je suis venu. » Et tellement davantage ne se le demandent même plus. Car, dès 1968, au lendemain des signes d’ouvertures du Concile, la publication par Paul VI de son encyclique Humanae vitae qui déclarait « intrinsèquement déshonnête » toute méthode artificielle de régulation des naissances, avait déjà instillé un doute profond sur la volonté de l’Église de comprendre les évolutions et les interrogations de son temps. De ces signes contradictoires, bon nombre de chrétiens sortiront désorientés : certains décontenancés par les réformes conciliaires (particulièrement en matière de liturgie où l’on a souvent fait fi du minimum de pédagogie nécessaire) ; d’autres, particulièrement parmi les plus jeunes, découvrant, après des siècles d’obligations de croire et de faire, les vertus d’une liberté de conscience qui permet les interrogations et les doutes et qui conduira bon nombre à l’abandon, voire au rejet. Évolutions ou ruptures vécues d’autant plus légèrement que parents et grands-parents restaient alors souvent fidèles : gardant ainsi la 24

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avant-propos

maison vers laquelle on pourrait toujours revenir, en cas de besoin. Mais, à l’abandon des pratiques (messes, baptêmes, confessions…), la foi qui les structurait n’aura pas résisté très longtemps ; même si dans ce domaine les évolutions sont plus insidieuses, et plus difficiles à mesurer. À ce que d’aucuns au Vatican désigneront bientôt comme le « tsunami de la sécularisation », la reprise en main et le repli sur les recettes traditionnelles, n’apportent aucun remède. Et, d’autant moins, que parmi ceux qui se disent encore croyants aujourd’hui, beaucoup ne sont plus bien au clair sur la fameuse « Bonne nouvelle » portée par l’Évangile. Ainsi, en quelques décennies, la relation à Dieu « qui façonnait notre rapport au monde, orientait l’espace et scandait le temps » a disparu de notre quotidien. Avec elle, les étapes rituelles qui rythmaient l’existence de beaucoup d’entre nous ; jusqu’à la célébration de l’ultime « à-dieu » qui, même traversé d’interrogations et de doutes, portait l’espérance d’un possible au-delà. Avec elle, aussi, les clefs de lecture de la profusion intellectuelle, culturelle et artistique qu’elle a engendrée. Des mutations d’environnement dont beaucoup n’ont pas encore pris conscience et qui pourraient bien valoir à certains, très au-delà d’un petit monde clérical, une véritable gueule de bois. Car ce qui est en jeu, c’est bien autre chose que l’avenir de la « firme vaticane ». C’est l’ouverture vers l’Infini que Léonard de Vinci fait surgir de la lumineuse douceur du ciel à l’instant de la dernière Cène ; c’est la compréhension intime des plus belles pages de saint Augustin à Bernanos, en passant par Thérèse d’Avila, Pascal et Spinoza ; c’est la prière intérieure qui habite les compositions de Jean-Sébastien Bach… Il y a peu de chances aujourd’hui que si des hommes débarquent bientôt sur Mars, on réédite l’épisode de 1969 quand, dans le monde entier, les téléspectateurs découvraient les premiers pas 25

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sur la lune sur fond du Magnificat du Cantor de Leipzig. Et peut-on croire que les fresques de la Sixtine procureront encore la même émotion quand elles seront l’un des derniers endroits où le doigt de Dieu s’apprête à rejoindre le doigt de l’homme ? Il n’en manquera pas pour voir là les inquiétudes d’un homme qui, à l’automne de sa vie, avec son lot de deuils et ses peurs intimes, craint les bouleversements de son univers familier et s’interroge sur son destin. Peut-être. Ultime croisade pour la défense d’un Occident chrétien ? Certainement pas. Tel n’est pas non plus le combat mené par le premier pape choisi hors du continent européen. Et le Supérieur des Jésuites de la Province de France déclarait récemment que ce Pape, luimême jésuite, rendait l’Église catholique « plus aimable, plus surprenante, moins figée, plus ouverte ». Son choix du nom du saint d’Assise proclamant sa proximité avec toutes les créatures dans une nature respectée et l’impérieux devoir de fraternité à l’égard des plus pauvres. Des exigences qui parlent encore à beaucoup aujourd’hui. Évidemment, le « printemps de l’Église », dont certains parlent sans doute un peu vite, ne saurait dépendre que d’une hirondelle… fut-elle papale. Mais, face à l’heure d’une offensive massive de groupes religieux qui privilégient les prescriptions de rites et des rituels à la conversion du cœur — quand ils n’appellent pas à la haine de ceux qui ne pensent pas comme eux —, la sympathie que suscite le successeur de Pierre nous indique un chemin. Après 40 années de service pastoral, avec toutes les interrogations qu’elles ont suscitées et toutes les rencontres qu’elles m’ont permises, mes quelques propositions souhaitent être une invitation à retrouver ce chemin. 26

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avant-propos

Il nous conduit aux premières communautés chrétiennes, pour y retrouver l’esprit de ceux qui suivirent Jésus sur la montagne. Car si des publicains, des pêcheurs de Galilée et leurs infréquentables voisins samaritains, furent séduits par l’Évangile, c’est parce que le Christ, en même temps qu’il leur rappelait les exigences du Royaume, osa s’asseoir à leur table et manger avec eux. C’est pourquoi, plus tard, ils le reconnurent quand il rompit le pain.

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Avis au lecteur

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n ne manquera sans doute pas de me reprocher d’introduire mes propositions à partir de citations bibliques. Faisant donc des choix. Et, de fait, je n’ai pas retenu l’injonction de Paul : « Femmes, soyez soumise à vos maris », ou l’avertissement rapporté par l’évangéliste Matthieu : « Il y aura beaucoup d’appelés mais peu d’élus. » Arbitraire ? Ou pire, détournement ? Je ne tenterai pas de dissuader ceux qui en jugeront ainsi. Mais à travers les devises de papes ou d’évêques, à travers les thèmes d’année choisis pour des diocèses, il y a aussi le désir de mettre l’accent sur une parole du Christ ou un moment de sa vie. Même si j’ai bien conscience que mes propositions — surtout certaines — entraîneront des commentaires peu enthousiastes, aucune ne me parait en contradiction avec l’esprit du message évangélique où domine l’importance du partage, du pardon, de l’égal amour de Dieu promis à chacun. Lorsque j’étais curé de Saint-Eustache, on y trouvait toujours une feuille d’accueil où l’on pouvait lire la parabole de l’enfant prodigue : l’histoire d’un fils qui, après avoir réclamé sa part d’héritage pour aller mener joyeuse vie, revient, ruiné pour solliciter

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le pardon de son père. Cette parabole rapportée par Luc où le père couvre de ses mains de miséricorde, les épaules de son fils qu’il croyait perdu. Elle était présentée ainsi : « Pour vous qui passez ici, venant d’une tout autre culture, ou avec d’autres croyances, ou n’en ayant aucune, et qui vous demandez peut-être quelle conviction animait les bâtisseurs de cette “cathédrale des Halles ? Ce récit vous parlera au mieux du Dieu auquel nous croyons.” »

Jamais, on n’est venu me reprocher ce choix.

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«Soyez toujours prêts à rendre compte de l’espérance qui est en vous» (1 P 3, 14)

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insi parlait saint Pierre aux chrétiens de son temps. Une interpellation qui vaut aussi pour les chrétiens d’aujourd’hui. Car si l’on entend souvent des catholiques exprimer des protestations — sélectives — contre des évolutions sociétales, il est plus difficile au tout venant de percevoir l’essentiel du message qui nous est confié. Dans les Actes des apôtres, on peut lire qu’à Antioche, on donne pour la première fois le nom de « chrétiens », à ceux qui croient et suivent l’enseignement de Jésus de Nazareth que ses premiers disciples disent avoir rencontré avant et… après sa mort. Là est l’événement que saint Pierre, le premier, professe au jour de la Pentecôte : « Dieu a ressuscité Jésus le Christ, nous en sommes témoins. »

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En lecture partielle‌


Table des matières Pour François… et les autres . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

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Avant-propos . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

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Avis au lecteur . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

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« Soyez toujours prêts à rendre compte de l’espérance qui est en vous » (1 P 3, 14) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

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« Dieu vous a réconciliés avec lui, grâce au corps humain du Christ » (Col 1, 22) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

41

« Personne ne se disait propriétaire de ce qu’il possédait, mais on mettait tout en commun » (Ac 4, 32) . . . . . . . .

47

« Je suis venu appeler non pas le justes mais les pécheurs » (Mt 9, 13) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

53

« Rendez à César ce qui est à César » (Mc 12, 17) . . . . . .

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« Chaque fois que vous mangez ce pain et buvez à cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne » (1 Co 11, 26) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

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« De grand matin, les femmes se rendirent au sépulcre » (Lc 24, 1) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

73

« Que leur unité soit parfaite, ainsi le monde saura que tu m’as envoyé » (Jn 17, 23) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

77

« Comprends-tu bien ce que tu lis ? » (Ac 8, 30) . . . . . .

83

« Chacun d’eux les entendait dans sa propre langue » (Ac 2, 7) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

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Dans la collection « Béthanie » Gérard Fomerand, Le christianisme intérieur, une voie nouvelle ?, 2016. Ghislain du Chéné, Marie, femme de Cléophas. Autobiographie, 2016. Tommaso Guadagno, Un chemin du cœur. Itinéraire spirituel pour entrer dans le Réseau mondial de Prière du Pape, l’Apostolat de la Prière, 2016. Dolores Aleixandre, Aux portes du soir. Vieillir avec splendeur, 2016. Bénédicte Oriou, Rassure mes copains, 2016. Nikolaas Sintobin, Moquez-vous des jésuites… Humour et spiritualité, 2016. Christian Vinel, La maladie peut faire grandir. Témoignage et réflexions, 2015. Pape François, 100 textes sur la miséricorde, 2015. René Stockman, La boîte de Pandore. Réflexion sur l’euthanasie sous une perspective chrétienne, 2015. Jacques Naedts, Saint Monon. Le saint ermite de Nassogne, 2016. Robert De Coster, La Parole qui a changé le monde. Six révolutions de Jésus de Nazareth, 2015. Nicole Timbal, Pierre Teilhard de Chardin. Un homme de Dieu au cœur de la matière, 2015. Monique Hébrard, Pour une Église au visage d’Évangile. Douze urgences, 2014. Luc Lannoye, Car ils seront consolés. Les grâces de l’écoute et prière, 2014. Rosario Carello, 80 fioretti du pape François. Récits authentiques, 2014. Juvénal Rutumbu, La Pâque du chrétien, 2014. Corinne Delalande, Quand je rencontre mon frère malade, 2014. José Davin, Les personnes homosexuelles. Un arc-en-ciel près des nuages, 2014. Michel Salamolard, Communautés chrétiennes. Osez la crise ! , 2014. José Davin, Lorsque la vie prend de l’âge. Pour continuer sereinement la route, 2013. Marthe Mahieu, L’étoile de Nativitas. Monica Nève au cœur des Marolles, 2013. Jean-Marie de Marneffe, La joie d’un moine. Journal mystique, 2013. José Mpongo Ponte, Les voies du bonheur conjugal, 2013.

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Henri Weber, Quand bourgeonne l’espérance. 24 récits tout simples, 2013. Arthur Buekens, Quand la Bible parle de pardon, 2013. Gérard Fomerand, Renaissance du christianisme. Le retour aux origines, 2013. Giorgio Gonella, Le vent parfumé du désert. Sur les traces de Dieu, entre solitude et communion, 2013. José Davin et Paul-Emmanuel Biron, Quand germe la semence. Chemins pour l’Église de demain, 2012. Christophe Rouard, Quinze regards sur les apparitions de Beauraing, 2012. Mgr André-Joseph Léonard, La Divine Tragédie. Libre parcours dans la foi chrétienne, 2012. Dan Beaurain-Gaël, François d’Assise, l’insoumis de Dieu, 2012. Pascale Dalcq, Et votre joie sera parfaite. Témoignage. Itinéraire d’une résurrection, 2012. Pierre Favre, La foi dans la peau. Témoignage, 2012. Didier Vandevelde et Bruno Senny, Dieu en rit encore. Perles d’ados, 2012. Hubert Jacobs s.j. (dir.), Saints et bienheureux de Belgique, 2012.

Achevé d’imprimer le 13 juillet 2016 sur les presses de l’imprimerie Bietlot, à 6060 Gilly (Belgique).

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2000 ans après… La christianisation est en recul en Europe. Un écart s’est progressivement installé entre les structures ecclésiastiques et le monde contemporain. Il faut, de toute urgence, dire autrement la foi chrétienne, se rapprocher des pratiques des origines, regarder le monde avec plus d’indulgence et concevoir le rôle du clergé de manière plus intégrée à la société. Gérard Bénéteau offre ici une série de propositions bien précises qu’il articule autour de citations évangéliques : accueil des pauvres, morale sexuelle plus tolérante, rapports clairs entre le politique et la religion, statut du prêtre, place des femmes dans l’Église, œcuménisme… Au point de départ de tout, la résurrection du Christ, qui module notre vie aujourd’hui et après notre mort. Gérard Bénéteau est né le 4 janvier 1946 à Nantes. En 1975, il est ordonné prêtre, dans la Congrégation de l’Oratoire. Après quinze années d’enseignement (histoire), il devient (1986-2000) vicaire, puis curé à Saint-Eustache, à Paris. Il a été Supérieur général de l’Oratoire de France de 1999 à 2006. Il assure actuellement un service dominical dans le diocèse de Saint Denis (93). Dans le Journal d’un curé de ville (Fayard, Paris, 2011), il a rendu compte de son itinéraire où divers engagements dans la vie associative ont tenu une large place.

ISBN 978-2-87356-712-5 Prix TTC : 11,50 €

9 782873 567125

Collection « Béthanie »

Photo de couverture : Cathédrale Saint-Patrick, New York © Luis Molinero. fotolia.com

Gérard Bénéteau


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