René Stockman
La boîte de Pandore Avec la loi dépénalisant l’avortement, le couvercle de la boîte de Pandore fut soulevé. Pourrait-on la refermer un jour ? La voie fut ouverte à la dépénalisation de l’euthanasie qui, en Belgique, a été étendue aux mineurs et est en débat à propos des personnes démentes. « Chaque compromis en serait un de trop parce que sapant l’enceinte de la dignité et de la raison d’être absolue de toute forme de vie humaine, de la conception à la mort naturelle. » Le Frère René Stockman stigmatise la volonté absolue d’auto-détermination de l’homme qui prime désormais sur celle, plus fondamentale, de protéger la vie, et ce au nom d’une reformulation de la dignité humaine. À partir, notamment, de la vision biblique de l’être humain, ces pages élargissent la question : comment puis-je, dans mes actions, promouvoir la bonne vie, pour moi-même et pour mon semblable, et ainsi pour l’humanité ? Un livre engagé, un plaidoyer pour une infinie dignité de l’homme, notamment par les soins palliatifs. »
La boîte de Pandore
René P. E. Stockman (né en 1954), supérieur général de la Congrégation pontificale des Frères de la Charité, est un spécialiste belge des soins psychiatriques. Licencié en sciences socio-médicales et gestion des hôpitaux, et docteur en soins de santé, il a été directeur du Centre psychiatrique Dr Guislain, à Gand, et chef de toutes les institutions des Frères de la Charité en matière de soins psychiatriques et orthopédagogiques. Il réside principalement à Rome.
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Collection « Béthanie » Photo de couverture : © C.D.
9 782873 566708
La boîte de Pandore
Réflexion sur l’euthanasie sous une perspective chrétienne
René Stockman
ISBN 978-2-87356-670-8 Prix TTC : 14,95 €
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La Boîte de Pandore Réflexion sur l’euthanasie dans une perspective chrétienne
Traduit du néerlandais par Jean-Marie Demulier
« Béthanie »
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Directeur de collection : Charles Delhez, s.j.
© 2015, Éditions jésuites Belgique : 7, rue Blondeau • B-5000 Namur France : 14, rue d’Assas • F-75006 Paris email : info@editionsjesuites.com http://www.editionsjesuites.com Dépôt légal : D.2015, 4323.26 ISBN : 978-2-87356-670-8 Imprimé en Belgique
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Préambule
L
e 3 avril 1990 représente pour moi une date historique, car c’est alors que fut approuvée en Belgique la loi sur l’avortement. Le roi Baudouin abdiqua pour un jour, empêché de signer ladite loi par objection de conscience. Ce fut un signal fort émanant d’un grand souverain. Ensuite, le gouvernement reprit le travail et signa cette loi par laquelle la Belgique se profila comme l’un des pays les plus progressistes... Reste à savoir : progressiste en quoi ? Pour le dire crûment : par l’indulgence face à l’acte de tuer ses semblables en toute légitimité. Même si nous osons à peine encore nous exprimer de la sorte, il n’en demeure pas moins que l’avortement équivaut à la suppression d’une vie humaine, la vie en devenir d’un homme ou d’une femme, d’une créature conçue comme celle que nous fûmes dans les entrailles de notre mère. Dépénalisée ou non, l’interruption volontaire de grossesse n’est, bien entendu, pas l’apanage de la Belgique. Elle est mondialement répandue au point que les chiffres avancés à propos des avortements effectués chaque année sont effarants, alors que nous ne parlons que de ceux qui sont connus. Sans doute qu’un nombre équivalent se pratique dans la clandestinité. « Une voix dans Rama s’est fait entendre, pleur et longue plainte : c’est Rachel pleurant ses 5
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enfants ; et elle ne veut pas qu’on la console, car ils ne sont plus » (Mt 2, 18), entend-on dans l’Évangile à propos du massacre des enfants à Bethléem. Voilà un texte qui peut être mis en rapport avec la situation présente. Il y a de quoi pleurer. Ceci dit, fermons-nous pour autant notre cœur aux souffrances que les femmes et les parents ressentent avant de conclure à un avortement ? Non, mais fallait-il pour autant légiférer ? N’est-ce pas aller un pont trop loin ? La dépénalisation de l’avortement exempte l’acte de l’application du droit pénal, un acte qui, considéré auparavant comme un délit, pouvait être toléré dans certaines conditions et éteindre toute poursuite. Le but recherché était de réduire le nombre d’avortements clandestins et de permettre qu’ils se fassent dans un environnement plus sécuritaire, sous surveillance médicale. Mais répondait-on pour autant à la souffrance des personnes ? Remédiait-on aux situations de crise dans lesquelles des personnes pouvaient se trouver et, ce faisant, la société prenait-elle une tournure plus humaine et respectueuse de l’autre ? J’en doute fortement. Durant les pourparlers et préalables, il fut clairement ressenti que l’on touchait à quelque chose de sacré : à la quintessence de la vie, au droit à sa préservation qui avait jusqu’alors intrinsèquement sauvegardé sa valeur absolue. Ce droit — considéré encore comme fondamental — se trouvait soudainement dépouillé de tout absolu. Désormais, il pourrait être mis fin à la vie, fût-ce, il est vrai, sous certaines conditions. On se disculpa en avançant qu’un embryon n’était pas toujours un être né viable. Mais qu’en était-il alors ? Ainsi fut soulevé le couvercle d’une boîte de Pandore qu’il sera difficile de pouvoir refermer un jour ; en revanche, cette boîte s’ouvre inéluctablement et toujours davantage, jusqu’à dissiper tout tabou pesant sur le caractère sacré de la vie. La dépénalisation de l’avortement ouvrit la voie à la dépénalisation de l’euthanasie, car l’avortement n’est-il pas une forme d’euthanasie pour ceux qui sont incapables d’exprimer leur volonté ? Au fond, en légitimant 6
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préambule
l’avortement, on faisait tomber les remparts qui, jusqu’en 2002, s’érigeaient face à l’euthanasie : il ne fallait plus être capable d’exprimer sa volonté pour être mis à mort. Cette loi avait déjà fait son œuvre. Ce que l’on dit aujourd’hui à propos de l’extension de la législation relative à l’euthanasie vers de nouveaux groupes avait déjà potentiellement force de loi en 1990. Certains trouveront ce raisonnement démagogique, alors que c’est cet état de fait que je ressens personnellement comme relevant de la pure démagogie. Le combat que nous menons depuis lors contre l’avortement et contre l’euthanasie ne procède en fait que d’un seul et même principe : le caractère sacré de la vie et la protection corollaire de toute forme d’existence. Chaque compromis serait un compromis de trop, parce que sapant le rempart de la dignité et de la raison d’être absolue de toute forme de vie humaine, de la conception à la mort naturelle. C’est à partir de cette vision fondamentale que nous tentons de réfléchir à ce qui, depuis les années 1990, semble devenu une évidence : la volonté absolue d’autodétermination de l’homme prime sur celle, primordiale, de protéger la vie. On notera en particulier combien l’indignation initiale a cédé à l’indulgence inspirée par une reformulation de la dignité humaine. Ce qui s’appelle aujourd’hui « mourir dans la dignité » a pour corollaire l’administration d’une injection létale. J’ai par ailleurs également observé que l’on argumente souvent sans faire aucunement état de la vision sous-jacente de l’homme. C’est à cela que je voudrais m’arrêter dans le cadre du présent essai : à ce que peut être notre vision de la vie en tant que chrétiens et à ses conséquences sur notre comportement en tant qu’humains et prochains. C’est la base de notre réflexion éthique, qui ne doit pas se limiter aux domaines extrêmes, mais qui doit être un acte quotidien et répondre à la question : comment puis-je, dans mes actes, promouvoir une vie bonne, pour moi-même, pour mon semblable et pour l’humanité ? 7
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Loin de nous de prétendre détenir la vérité, de nous considérer comme étant meilleurs que les autres et de nous sentir supérieurs dans notre recherche de la vie bonne et vertueuse. Toutefois, il demeure que dans une société pluraliste, nous avons le droit et, d’une certaine manière aussi, le devoir d’y réfléchir avec toute l’ouverture voulue, quitte à exprimer une opinion tranchée. Cela explique en tout cas pourquoi il nous arrive de prendre position sans faire de compromis et de défendre les fondements de notre existence sans que cela nous vaille d’être étiquetés comme fondamentalistes, mais plutôt comme agissant de façon conséquente. Qu’il nous soit permis de présenter cet ouvrage à votre réflexion dans l’espoir de préserver une ouverture garante d’une écoute réciproque.
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Telle une voix dans le désert
I
l n’est aujourd’hui pas aisé de faire entendre sa voix sur la place publique, qui plus est lorsque le débat prend une tournure idéologique. On brandit à qui mieux mieux les termes « pluralisme », « séparation de l’Église et de l’État » et « sécularisation » comme autant de sauf-conduits pour taire tout ce qui nous vient du religieux. C’est comme si nous perdions une part de nos droits civiques dès que nous nous reconnaissons d’inspiration religieuse et a fortiori — partant du contexte belge — dès que le religieux porte le sceau catholique. Cela tiendrait-il à un passé où l’Église catholique a eu, sans doute, tellement droit au chapitre qu’elle s’immisçait pratiquement dans tous les domaines sociétaux ? Toutefois, ceux qui aujourd’hui se hérissent le plus face à l’Église savent peu de chose de ce passé, si ce n’est souvent que par ouï-dire. Aussi est-il frappant et étrange à la fois que certains jeunes d’inspiration, disons libérale, s’en prennent davantage à tout ce qui fleure l’encens que ne le feraient leurs aïeux qui, eux, s’en souviennent encore. Tout ne peut donc s’expliquer par le seul fait du passé, mais bien par l’émergence d’une nouvelle forme de sécularisation qui 9
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biaise la vision de ladite séparation de l’Église et de l’État et fait du pluralisme adulé une morne neutralité. Personne ne niera le fait que nous vivons effectivement dans un environnement séculier. Le patrimoine des Lumières est devenu le bien commun de toutes les couches de notre société. Ce qui, à la Révolution française, passait pour une rupture, fut rétabli et donna lieu à une nouvelle forme de coexistence entre l’Église et l’État. Non, plutôt que d’être une « séparation » — comme on le clame si souvent à tort —, il s’agissait plutôt d’une « distinction » entre l’Église et l’État, où l’un acceptait la réalité de l’autre en s’octroyant la latitude nécessaire pour accomplir sa propre mission, dans le respect réciproque. L’image d’un Napoléon qui reçoit la couronne impériale de la main du pape mais s’en coiffe lui-même, a toujours eu pour moi une grande valeur symbolique. S’il acceptait encore que l’autorité suprême vienne de Dieu et lui soit conférée des mains du vicaire du Christ, il lui appartiendrait désormais d’exercer lui-même ce pouvoir en cessant d’être un vassal de l’Église. C’est ici aussi que le respect réciproque fut en quelque sorte scellé en soulignant que chacun se tiendrait désormais à sa place. Le fait que chacun reste à sa place n’exclut nullement qu’on se parle. Le dialogue et la concertation ne sont aucunement écartés. Dans chaque forme de société, on trouve des points communs touchant inévitablement au terrain de l’autre, ce qui implique alors que l’on se parle et que l’on s’écoute. C’est également le cas dans une société élargie où l’Église et l’État agissent conjointement en s’octroyant mutuellement la liberté de mouvement nécessaire et se rencontrant régulièrement. Personne ne peut le nier. Tout cela émane d’une sécularisation saine avec des forums où l’on peut discourir et s’écouter l’un l’autre. Et lorsqu’on considère l’histoire avec un certain recul, force est de constater qu’une société peut bien fonctionner là où la « Cité » a ses propres règles et assume la responsabilité finale du bien-être de la société, et lorsqu’elle réserve un espace à la religion — qui peut avoir son mot à dire. La religion 10
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telle une voix dans le désert
chrétienne ne prétend pas instaurer son propre appareil pour créer ainsi une société dans la société comme le font par ailleurs d’autres religions. Depuis ses origines, la chrétienté s’est intégrée à la Cité et lors de son passage de Jérusalem à Rome, les choses avaient été bien claires. Les chrétiens se soumettaient à l’autorité sans renier leur identité, fût-ce au prix de leur vie. Cela se trouve bien précisé dans la célèbre lettre à Diognète : « Les chrétiens ne se distinguent des autres hommes ni par le pays, ni par le langage, ni par les coutumes. Car ils n’habitent pas de villes qui leur soient propres, ils n’emploient pas quelque dialecte extraordinaire, leur genre de vie n’a rien de singulier. Leur doctrine n’a pas été découverte par l’imagination ou par les rêveries d’esprits inquiets ; ils ne se font pas, comme tant d’autres, les champions d’une doctrine d’origine humaine. Ils habitent les cités grecques et les cités barbares suivant le destin de chacun ; ils se conforment aux usages locaux pour les vêtements, la nourriture et le reste de l’existence, tout en manifestant les lois extraordinaires et vraiment paradoxales de leur manière de vivre. Ils résident chacun dans leur propre patrie, mais comme des étrangers domiciliés. Ils s’acquittent de tous leurs devoirs de citoyens, et supportent toutes les charges comme des étrangers. Toute terre étrangère leur est une patrie, et toute patrie leur est une terre étrangère. Ils se marient comme tout le monde, ils ont des enfants, mais ils n’abandonnent pas leurs nouveau-nés. Ils prennent place à une table commune, mais qui n’est pas une table ordinaire. Ils sont dans la chair, mais ils ne vivent pas selon la chair. Ils passent leur vie sur la terre, mais ils sont citoyens du ciel. Ils obéissent aux lois établies, et leur manière de vivre est plus parfaite que les lois. Ils aiment tout le monde, et tout le monde les persécute. » (Lettre à Diognète, 150 ap. J.-C.)
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En lecture partielle‌
Table des matières Préambule . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5 Telle une voix dans le désert . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9 L’homme vu dans une perspective biblique . . . . . . . . . . . . . 19 L’homme originel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 21 L’homme historique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25 L’homme eschatologique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30 La fragilité de la vie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 35 L’homme porté dans sa fragilité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 37 La toute-puissance de Dieu et notre fragilité . . . . . . . . . . . . 40 La fragilité de Dieu apparue parmi nous . . . . . . . . . . . . . . 44 Le mythe de l’absolu . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 53 Autonomie, liberté et autodétermination . . . . . . . . . . . . . . 53 L’absolutisation du culte du corps parfait et de l’homme façonnable . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 61 Le mythe de la qualité de la vie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 65 La qualité de vie : c’est quoi ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 67 La qualité de vie essentielle et accidentelle . . . . . . . . . . . . . 72 Le sens d’une vie inutile . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 74 147
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La valeur et l’impératif de protection de toute vie . . . . . . . . 81 La dignité de la personne humaine . . . . . . . . . . . . . . . . . . 84 Grandir dans le respect inconditionnel de toute vie . . . . . . . 92 Réflexions à propos du débat de l’euthanasie . . . . . . . . . . . . 99 Le cadre juridique de la loi du 28 mai 2002 . . . . . . . . . . . 101 Des moments d’indignation et le pouvoir des médias . . . . . 105 Les soins palliatifs, une alternative à l’euthanasie ? . . . . . . . Les soins palliatifs, une alternative à l’euthanasie ? . . . . . . Faire de la mort une amie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Vers une attitude fondamentale palliative . . . . . . . . . . . . Quelques mots à propos de la sédation palliative . . . . . . . .
123 124 126 129 137
Et maintenant ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 141 Table des matières . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 147
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Achevé d’imprimer le 2 novembre 2015 sur les presses de l’imprimerie Bietlot, à 6060 Gilly (Belgique).
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