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Pour une Église au visage d'Évangile

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Pour une Église au visage d’Évangile

Monique Hébrard Monique Hébrard est journaliste depuis 1966, d’abord dans la presse féminine, puis à Panorama à partir de 1985. Chroniqueuse à La Croix depuis 1981, elle collabore à Témoignage chrétien, au Messager et à Ecclésia. Retraitée active, elle est engagée dans sa paroisse et dans son diocèse. Elle a écrit de nombreux ouvrages sur les courants sociétaires et religieux de ces trente dernières années. Son dernier livre s’intitule Jésus ou le désir amoureux (DDB, 2013). ISBN 978-2-87356-617-3 Prix TTC : 13,95 €

9 782873 566173

Photo de couverture : Hirondelles © Antonio Veraldi | Dreamstime.com

En 2012, en pleine déprime ecclésiale, Monique Hébrard entame la rédaction d’un manuscrit qui voulait dénoncer les erreurs de communication et les replis identitaires de « son » Église. Catholique, l’auteur ne s’est pas permis de parler au nom des autres confessions chrétiennes, mais, affirme-t-elle, si nous retournons tous à la Source, l’Unité est là. Puis, en 2013, est arrivé le pape François et, avec lui, un véritable appel au changement. Pour apporter sa pierre à l’édifice et comme en écho aux paroles du pape, l’auteur a repris son manuscrit, mais cette fois guidé par l’espérance d’une Église renouvelée. Dans cet ouvrage, Monique Hébrard propose douze pistes pour un renouvellement en profondeur de l’Église. Parmi celles-ci, le dialogue avec le monde, le rapport à la vérité, la place des femmes, la primauté de la conscience et la nécessité de la miséricorde.

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Monique Hébrard

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Monique Hébrard

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Monique Hébrard

Pour une Église au visage d’Évangile Douze urgences « Le ciel est par-dessus le toit, Si bleu si calme… » (Paul Verlaine), et les hirondelles y annoncent un printemps. Invitation pour l’Église, au cœur de la cité des hommes, à un envol d’Espérance dans la liberté du souffle de l’Esprit.


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Du même auteur Les nouveaux disciples. Voyage à travers les communautés charismatiques, Paris, Centurion, 1978. Dieu et les Femmes, Paris, Centurion et Cerf, 1982. Les femmes dans l’Église, Paris, Centurion et Cerf, 1984. Un évêque français, Mgr Le Bourgeois, en collaboration avec J-P. Chartier, Paris, DDB, 1986. Les nouveaux disciples dix ans après, Centurion, 1987. Révolution tranquille chez les catholiques. Les synodes diocésains, Paris, Bayard, 1989. Les charismatiques, Paris, Cerf, 1991. Entre Nouvel Âge et christianisme. 10 témoins racontent, Paris, DDB, 1994. Femmes Hommes, une nouvelle alliance, Paris, Mame et Plon, 1994. La foi qui guérit. 15 témoins racontent, Paris, DDB, 1996 De Mai 68 aux JMJ 97. Trente années vues par une journaliste catholique, Paris, DDB, 1998 Prières glanées, avec Edmond Vandermeersch, Namur, Fidélité, 2002. Les nouveaux convertis. Enquête sur ces adultes qui demandent le baptême, Paris, Presses de la Renaissance, 2003. Paroles d’un moine en chemin. Jean Pierre Longeat, entretiens avec Monique Hébrard, Paris, Albin Michel, 2005. Avortement. La parole confisquée, Paris, DDB, 2006. Prêtres. Enquête sur le clergé d’aujourd’hui, Buchet Chastel, 2008. Jésus ou le désir amoureux, Paris, DDB, 2013.

© 2014, Éditions jésuites 7, rue Blondeau, 5000 Namur • 14, rue d’Assas, 75006 Paris www.editionsjesuites.com Dépôt légal : D.2014, 4323.27 ISBN : 978-2-87356-617-3 Maquette et mise en page : Jean-Marie Schwartz Photo de couverture : Hirondelles © Antonio Veraldi | Dreamstime.com Imprimé en Belgique


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C

’est souvent du fond de la déprime que rejaillit l’espérance, comme de la mort surgit la résurrection.

En 2012, j’étais en pleine déprime ecclésiale. L’Église, bardée de certitudes, s’était refermée sur elle-même, sourde aux évolutions et aux soifs nouvelles du monde. Benoît XVI, pourtant homme d’une intelligence remarquable et d’une spiritualité profonde, avait multiplié les maladresses de communication et affichait une vision pessimiste, condamnant le monde. Les mains tendues aux intégristes avaient favorisé une réaction identitaire. L’esprit de Vatican II semblait étouffé. Dans le même temps, l’Église de France, aux prises avec les replis identitaires, semblait avoir comme priorité la lutte contre « le mariage pour tous ».

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J’ai alors pris la plume pour pousser un cri intitulé J’ai mal à mon Église. Ce sentiment douloureux m’envahissait de plus en plus, chaque fois que des paroles ou des comportements de la hiérarchie ou de « simples fidèles » faisaient barrage au message de l’Évangile. Comment accepter que le visage de l’Église puisse faire obstacle à la rencontre de Jésus Christ ? Nous étions nombreux à être assez démoralisés et tristes. Si l’on a mal à son Église, c’est parce qu’on l’aime. J’ai un attachement viscéral à cette Église qui m’a portée en son sein, tissée dans mon humanité, qui me nourrit de la Parole et du Pain. Elle a transmis un trésor enraciné dans une lignée de disciples fidèles et dans le sang des martyrs. Mais la douleur devient colère quand on est obligé de constater qu’alors que la bonté et la miséricorde du Christ attiraient les foules, l’Église les fait fuir ! Quand il apparaît que le trésor de l’Évangile est trahi non seulement par nos médiocrités, mais aussi par la parole et les attitudes de ceux dont c’est le ministère de l’annoncer ! Alors que l’on est profondément persuadé que l’Évangile est une vraiment Bonne Nouvelle pour notre xxie siècle en pleine recomposition, et pour la vie de ceux, nombreux, qui meurent de « soif » ! Comment ne pas être profondément triste, et même en colère ? Tout de même je me raisonnais : ce n’est pas la première fois, au cours de son histoire, que l’Église va mal. Il y a eu bien pire. Et si la « crise » de l’Église du xxie siècle était une crise de croissance ? En Occident, la « chrétienté » qui a longtemps entretenu l’illusion d’une bonne santé, se détricote à grande vitesse, et la « fille aînée de l’Église » se retrouve

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dépouillée de sa puissance d’antan. Mais si c’était la chance d’une nouvelle naissance ? Oui… à condition que… Plus je prenais la mesure de notre grande pauvreté ecclésiale, plus se murmurait en moi une petite phrase : « Il ne nous reste que l’Évangile. » Ce « que » n’était pas une catastrophe ; il se teintait des couleurs de l’allégresse, à l’image de ce marchand qui, ayant découvert une perle précieuse, vend tout ce qu’il a pour l’acquérir 1. Quelle chance que la disparition de la puissance d’autrefois mette à jour ce trésor caché ! « Il ne nous reste que l’Évangile », mais quel trésor ! Alors ! « N’ayons pas peur », comme nous y invitait JeanPaul II. Cela ne dispensait pas de réfléchir et de se retrousser les manches ! Mais il y avait déjà un frisson d’espérance indéracinable. Oui… à condition que… 11 février 2013. Un événement incroyable va peut-être secouer salutairement l’Église : le pape Benoît XVI annonce qu’il remet sa charge. L’événement avait déjà en soi une portée considérable : cette renonciation désacralisait la fonction papale, remettant l’évêque de Rome sur le même plan que les autres évêques (qui démissionnent en fonction de l’âge, ou de leur santé), et ouvrait ainsi un nouvel espace à l’exercice d’une collégialité qui avait été étouffée sous le poids de l’autorité romaine. D’ailleurs, dans les congrégations qui rassemblèrent les cardinaux avant le conclave, on ne tarda pas

1.

Cf. Matthieu 13, 45-46.

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à retrouver une liberté de parole enfouie. Le cardinal Sodano parlait de miséricorde, les évêques demandaient davantage de collégialité, et un certain Bergoglio semblait faire consensus en déclarant que, pour évangéliser, l’Église devait « sortir d’elle-même pour aller jusqu’aux périphéries pas seulement géographiques mais existentielles… là où résident toutes les misères ». Ce changement d’air et de langage au Vatican n’échappa pas au porte parole, Federico Lombardi qui déclara : « Les cardinaux ont souligné l’urgence d’une annonce positive de la miséricorde et de la charité. Il faut que l’on puisse parler en langage accessible à tout le monde. » 13 mars 2013. Ce qui se passe place Saint-Pierre est sidérant. Le nouveau pape est un argentin qui ne figurait pas vraiment parmi les papabile, et qui provoque dès son apparition à la loggia pontificale une secousse tellurique. Dès ses premiers mots le nouveau pape émet le signe que l’Église va enfin parler une langue audible et rejoindre ceux pour qui les mots et les attitudes de Rome brouillaient la réception de l’Évangile ! François se présente en toute simplicité, en frère qui demande la prière et la bénédiction de ses frères et, avant de souhaiter une bonne nuit à la foule assemblée sur la place, il annonce simplement : « Nous commençons un chemin de fraternité, d’amour, de confiance entre nous ». En cet instant magique, il n’y avait plus l’Église magistérielle toute puissante et distante mais un frère aîné, un pasteur avec ses brebis. C’était bien l’Église de Vatican II, où tous les baptisés sont Peuple de Dieu, Corps du Christ, Temple de l’Esprit, invités à se mettre à la tâche tous

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ensemble. Et puisque le pape se présentait d’abord comme un évêque parmi les évêques, on pouvait déjà y voir la promesse d’un vrai dialogue entre les Églises locales. « Primus inter pares »… Premier, certes, mais pair. Je fus également bouleversée par le fait que ce pape symbolisait deux des plus beaux charismes de l’Église : l’intelligence et le discernement d’Ignace (il est jésuite) et la simplicité et la bonté en communion avec toute la Création de François d’Assise dont il avait choisi le nom. S’y ajoutait un troisième charisme, porté par l’entrée en vie quasi monastique du pape Benoît : celui du fondateur du monachisme dont le pape émérite porte le nom. Trois charismes essentiels pour « réparer » la « maison-Église » du xxie siècle. Les attitudes et les paroles de François, dès les jours suivant son élection, allaient montrer très vite que l’Église changeait. Comme l’écrit le journaliste Andrea Tornielli, qui le connaît bien, le pape François est « quelqu’un venu pour partager et non pour exercer un pouvoir sacré, pour séduire par le sourire de la miséricorde et non pour imposer les normes de la foi. Quelqu’un pour faciliter la rencontre avec Jésus 2. » L’arrivée de François annonçait donc une possible réconciliation entre le visage de l’Église institutionnelle et l’Évangile. L’Esprit Saint nous réserve des surprises incroyables. Mais sans doute l’Esprit avait-il travaillé durant ces derniers temps qui apparaissaient si sombres : l’« année de la foi » et l’anniversaire des cinquante ans de Vatican II nous avaient replongés

2.

Andrea Tornielli, François, le pape des pauvres, Paris, Bayard, 2013.

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dans l’amour de l’Écriture et du Christ seul « chef » de l’Église, et avaient dû faire leur travail intérieur dans le Peuple de Dieu. Il n’y avait plus qu’à rendre grâce. J’ai alors arrêté l’écriture de mon manuscrit au ton polémique, en attendant de voir la suite et en collectionnant avec joie les « petites phrases » du pape François. Fin 2013. Ce pape était vraiment un miracle, un envoyé de l’Esprit, peut-être prémice de la nouvelle Pentecôte annoncée par Jean XXIII. Cette Église dont je rêve depuis une trentaine d’années, ces changements tant de fois évoqués dans moult conférences, livres et articles — et qui souvent m’avaient valu la réprobation des « bien pensants » de l’Église, et m’avaient fait parfois accuser d’être protestante ! — tout cela était inscrit au programme de François et dit exactement dans les termes de cette double écoute des signes des temps et de l’Évangile. Fallait-il reprendre ce manuscrit laissé en attente ? Autant j’avais eu l’impression de lancer un brûlot en rédigeant mon premier texte, en 2012, autant il m’apparaissant maintenant comme un banal reflet de tout ce que disait le pape. Il suffisait de lire et relire toutes ses homélies, ses interviews, ses discours, ses méditations ! J’ai alors confié à des amis : « Ce n’est plus la peine d’écrire, François m’a piqué toutes mes idées ! » Cependant j’ai repris « la plume », en gardant les mêmes thèmes mais en changeant de ton car l’espérance était revenue m’habiter. N’est-ce pas à chacun d’apporter sa petite pierre à cette « reconstruction de l’Église » que le Christ avait deman-

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dée à François d’Assise et que le pape reprenait à son compte ? La tâche est immense et c’est à tous les baptisés de l’assumer avec le pape. Cela ne sera pas facile ; après le temps de l’entrée triomphale à Jérusalem viendra celui de la passion. Le pape le sait, qui évoque souvent la croix. Déjà s’élèvent les voix des mécontents, de ceux qui regrettent la fermeté dogmatique de Benoît XVI, qui craignent une dérive de l’Église vers la facilité. Il ne faut surtout pas que ceux qui se sentaient écrasés antérieurement écrasent ceux qui risquent de se sentir à leur tour laissés sur la rive. Essayons de vivre calmement et fraternellement nos différences. À l’heure où je termine ce manuscrit, le pape lance un synode sur la famille, avec des questions qui confirment son intention de ne pas ignorer la réalité du monde. Et il publie une magnifique Exhortation, la Joie de l’Évangile, qui résume son programme. Nous voici, frères et sœurs du pape, dépouillés de la toute puissance de l’Église du temps de chrétienté, réduits à être disciples du Christ et à avancer en eau profonde, à sa suite, avec les seules « armes » de l’Évangile. En ces temps difficiles, il ne nous reste que l’Évangile ; mais quel trésor ! Monique Hébrard janvier 2012 – novembre 2013 •


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Chapitre premier

Pour une Église qui écoute et qui fait du bien « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » (Marc 10, 51)

Écoute C’est le premier mot du Shema Israël, la prière quotidienne des juifs. C’est le premier mot de la Règle de saint Benoît. L’écoute est la règle d’or de toute communication, de toute relation. Écoute de l’Autre et écoute des autres. La vie de Jésus en est un magnifique exemple. Son écoute permanente de son Père était intiment liée à son écoute de tous ceux qu’il rencontrait. Il les écoutait avec une telle attention, une telle disponibilité dénuée de toute projection

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de soi-même, avec un tel désir que chacun advienne à soi, qu’il se produisait… des miracles. L’écoute vraie et aimante redonne confiance, appelle à être et à mieux être. Quel meilleur exemple de ce qu’elle peut produire que le dialogue entre Jésus et la Samaritaine 3 ! L’écoute est le fondement de la relation et de la vie. Pour exister vraiment il faut compter pour quelqu’un et être écouté.

« Que veux-tu que je fasse pour toi ? » Jésus, le Fils de Dieu, n’était pas assis confortablement sur un trône du haut duquel il édictait des lois et des dogmes ! Il vivait au milieu de ses contemporains et sa priorité était la proximité et l’écoute des gens et l’amour concret de tous. « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » demandaitil souvent à ceux qui l’imploraient. Le fils de Dieu n’avait pas pour priorité de dicter aux gens la conduite à tenir ; il se mettait d’abord à leur écoute et à leur service. Les Évangiles — et notamment celui de Marc — nous font voir un Jésus assailli par les foules qui essayent de le toucher, pour guérir de tous ces maux physiques et psychiques qui accablaient cette population pauvre, écrasée sous le joug des romains. Et Jésus était « ému de compassion », il se laissait toucher, y compris par les personnes décrétées impures par la loi religieuse 4, il mangeait avec les 3. Jean 4. 4. Voir par exemple la femme atteinte d’un flux de sang. Marc 5, 25-34. Alors que Lévitique 11, 26 prescrit de ne pas toucher ce qui est impur. Les chapitres 10

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pécheurs, au grand scandale des autorités religieuses, et était sensible à la foule qui avait faim 5. La demande était telle que lui et ses disciples n’avaient guère le temps de se reposer. Tel est le modèle qui est proposé à l’Église, dans toutes ses composantes, depuis le « simple fidèle » jusqu’au pape : écouter et se laisser toucher avant de parler ! L’Église du xxie siècle l’avait-elle oublié et était-elle devenue un contre témoignage de l’Évangile au point que l’on entende souvent cette phrase terrible : « L’Évangile, oui, l’Église non » ? Josef Ratzinger lui-même avait pris conscience de ce risque bien réel, quand il écrivait en 1968 : « Aujourd’hui l’Église est devenue pour beaucoup le principal obstacle à la foi 6. » Ensuite l’avait-il oublié ? Et voici qu’en cette année 2013 se faisait entendre au Vatican un pur écho de l’Évangile ! Voici qu’un pape disait haut et fort que ce dont l’Église avait le plus besoin, c’était « la capacité de soigner les blessures, de réchauffer les cœurs des fidèles, la proximité, la convivialité… ». Et quand un interviewer lui fit remarquer qu’il était le premier pape religieux depuis cent quatre-vingt-deux ans, il répondit : « Les religieux sont appelés à être des prophètes qui témoignent de la manière dont Jésus a vécu sur cette terre 7. »

et 11 des Actes des Apôtres confirment à l’Église naissante la nécessaire abolition de ces catégories de pur et d’impur. 5. Marc 6, 30-44. 6. Rapporté par Enzo Bianchi dans Nouveaux styles d’évangélisation, Paris, Cerf 2013. 7. Interview accordée aux revues jésuites. Paru dans Études de septembre 2013.

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Les médias n’en croyaient pas leurs oreilles. Voilà que l’Église tout à coup semblait ne plus condamner a priori les conduites non conformes à sa doctrine, mais laissait s’écouler un flot de tendresse et d’humilité qui étaient bel et bien ceux de l’Évangile ! N’exagérons pas ! L’écoute bienveillante et la tendresse évangélique n’ont jamais déserté l’Église, mais la manifestation en avait souvent été réservée à ceux qui avaient eu la chance de rencontrer un jour un laïc, un diacre, un moine, une religieuse, un prêtre ou un évêque avec qui ils avaient pu parler en cœur à cœur, par qui ils s’étaient sentis accueillis, écoutés, sans être jugés. Ainsi cette jeune mère célibataire, non baptisée, qui vint demander le baptême de sa petite fille avec la peur d’être rejetée car elle ne se sentait pas en règle ; elle reçut un accueil tellement chaleureux et sans l’ombre d’un jugement, de la part de l’équipe de préparation au baptême, qu’elle demanda à être elle-même baptisée. Mais combien d’autres (divorcés remariés, couples homosexuels, femmes ayant avorté…), s’étaient sentis exclus ! Pourtant Jésus laissait les quatre-vingt-dix-neuf brebis bien sages pour aller chercher celle qui s’était perdue !

« La maison brûle et grand-mère tricote » Cette formule savoureuse du théologien Jacques Vermeylen 8, est un peu hélas le reflet de la réalité encore ac-

8.

Jacques Vermeylen, Le marché, le Temple et l’Évangile, Paris, Cerf, 2010.

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tuelle : l’Église est en plein déclin en Occident et elle n’a pas encore quitté vraiment les rails d’autrefois. Pour changer, le professeur de Louvain prône lui aussi la voie de l’Évangile, ce qui suppose que l’Église se préoccupe de l’humanité. Et elle doit le faire savoir. Or, aujourd’hui, s’adresser à « ceux qui sont loin », comme on dit chez les cathos engagés, passe aussi par la médiatisation, puisqu’ils ne fréquentent plus les églises. Il faut que les attitudes réservées à quelques uns soient connues au grand jour. Pour cela il faut que le message passe par des paroles et des gestes du pape ou des évêques, car ce sont eux qui sont relayés par les médias. Le langage et les gestes du pape François crèvent enfin les écrans ! Jean-Paul II savait lui aussi crever l’écran : ses gestes pleins de tendresse envers les enfants, sa façon de baiser la terre du pays où il arrivait, son recueillement lors des grands rassemblements, sa fin de vie bouleversante, ont été amplement relayés. De même ces grands témoins de l’amour qu’étaient l’abbé Pierre, sœur Emmanuel, Mère Teresa, Don Helder Camara… passaient bien auprès d’un large public. Mais avec François, c’était l’écoute et la tendresse de Jésus à jet continu, depuis la tribune de la place Saint-Pierre ! Pourquoi cette fascination exercée par François, demandait un journaliste au cardinal Danneels ? « Les gens, même s’ils ne croient pas, sont curieux, ressentent qu’il se passe quelque chose d’important. On ne sait pas quoi mais on le sent. C’est le charme de Jésus », répondit-il 9.

9.

Interview à La Libre Belgique, 19-03-2013.

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Comme Jésus, François se situe d’emblée avec les blessés de la vie, préférant « une Église accidentée à une Église immobile qui pourrit de l’intérieur 10 ». Il avoue : « nous sommes souvent des contrôleurs de foi plutôt que des facilitateurs 11 », et demande à toute l’Église de « ne pas agir comme un poste de douane » ! Or c’est bien ainsi qu’elle est perçue : il y a ceux qui sont « dans les clous » et les autres, qui se sentent exclus parce qu’ils utilisent un préservatif… alors qu’éclatent au grand jour des centaines d’abus sexuels commis par des « dignitaires de l’Église » ! Certains spécialistes du Vatican affirment que si le langage de François change, la doctrine ne changera pas 12. Dans l’interview aux revues jésuites, François donne sa version : certes il respecte la pensée de l’Église, mais il n’a pas envie de répéter sans cesse les préceptes moraux, car une Église missionnaire « n’est pas obsédée par la transmission désarticulée d’une multitude de doctrines à imposer avec insistance… », au risque de faire s’écrouler « l’édifice moral de l’Église… et de perdre le parfum de l’Évangile ». Que l’Église cesse de s’enfermer dans « de petits préceptes », l’essentiel est d’annoncer « le Christ t’a sauvé ». Les réformes seront peut-être lentes, avoue le pape, car il faut laisser le temps du discernement ; mais déjà tout a changé et nos contemporains, grâce à François, commencent à pouvoir

10. Intervention devant deux cent mille laïcs responsables de mouvements la veille de Pentecôte, le 18 mai 2013. 11. 25 mai, homélie du matin. 12. Antoine-Marie Izoard, directeur de I-Media, le 8 septembre 2013 sur France Inter, et d’autres commentateurs.

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entendre des échos d’Évangile. Et le compte Twitter @pontifex compte des millions de followers en plusieurs langues. À vrai dire rien n’est simple. Car l’Église doit aussi tenir compte de ceux qui attendent d’elle des repères exigeants. Nous y reviendrons. Toujours est-il que dans la société médiatique qui est la notre, la visibilité de l’Église doit se conjuguer avec la lisibilité. C’est bien la conclusion de l’ancien archevêque de Poitiers, Mgr Albert Rouet, qui s’est livré à une réflexion intéressante sur ce sujet : « L’essentiel, écrit-il, est ce que les gens perçoivent et reçoivent de ce qui est émis 13. » Son confrère, Joseph Doré, ancien archevêque de Strasbourg abonde dans le même sens : « Il est absolument impératif que nous nous préoccupions de notre auditeur et pas seulement de notre message 14. » On connaît l’adage : « Pour bien parler à John, il faut connaître John. » Donc commencer par être à son écoute. Lors du grand rassemblement Ecclésia 2007 à Lourdes, devant sept mille personnes (dont une soixantaine d’évêques), le moine italien Enzo Bianchi avait livré cette belle maxime : « Seule une Église qui écoute peut aussi être une Église qui enseigne. » Des théologiens de plus en plus nombreux (pensons à Philippe Bach, Christoph éobald, André Fossion, Étienne Grieu, Joseph Moingt, Paul Tihon, Jacques Vermeylen, etc.) défendent cette priorité de l’attitude d’écoute. Et se mettre à l’écoute est un vrai travail. En Belgique, le 13. Albert Rouet, L’étonnement de croire, Ivry-sur-Seine, L’Atelier, 2013. 14. Mgr Joseph Doré, À cause de Jésus. Pourquoi je suis demeuré chrétien et reste catholique, Paris, Plon, 2011.

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Conseil interdiocésain des laïcs s’y est employé durant plusieurs mois et a publié ses constats qui ont été largement diffusés dans l’Église et dans l’opinion 15. C’est aussi en Belgique que le jésuite André Fossion publiait il y a dix ans un livre qui fit date par sa fraîcheur et sa nouveauté, proposant Vingt Chemins pour recommencer à croire 16. C’est encore André Fossion qui cherche un langage nouveau pour annoncer l’Évangile dans la culture contemporaine, en tenant compte des résistances des gens, et pour « rendre le christianisme désirable 17 ». « Écouter est la première attitude de base », proclament les évêques de Belgique, et ils ajoutent : « Il ne faudrait pas que par nos paroles et nos actes nous renforcions l’image d’une Église rigide, autoréférentielle, comme dit le pape François, portée à juger, et manifestant peu d’attention et de cœur aux conditions de vie actuelle des personnes 18. » Cette écoute est en effet aujourd’hui d’autant plus importante que les arcanes de la vie des gens sont complexes. Ce grand sage qu’est l’ancien maître des Dominicains, Timothy Radcliffe, écrivait à propos de l’avortement : « La vérité est simple, mais si cette simplicité n’est pas passée par la complexité de la vie humaine, cela risque d’être d’une simplicité puérile, factice et inhumaine… Nous devons de15. Conseil interdiocésain des laïcs, L’Église quand même. À l’écoute du Peuple de Dieu, Namur, Fidélité, 2011. Le CIL est une instance interdiocésaine Bruxelles et Wallonie. 16. Bruxelles, Lumen Vitae, 2011. 17. André Fossion, Dieu désirable. Proposition de la foi et initiation, Bruxelles, Lumen Vitae, 2010. 18. Pour renouveler la catéchèse, 16-09-2013.

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venir l’autre, entrer dans son imagination et dans les dilemmes auxquels il est confronté, avant de lui dispenser notre enseignement 19. » Une évolution s’impose donc. Durant des siècles l’Église a fait descendre la vérité du haut de sa chaire d’expert. Aujourd’hui elle doit commencer par écouter. Comme Jésus qui marchait avec, regardait, touchait, accompagnait, écoutait… Si l’Église enseignante ne parlait qu’après s’être laissée enseigner, cela changerait tout ! Se laisser enseigner par le Christ d’abord certes… mais le critère d’une bonne écoute du Christ n’est-il pas aussi l’écoute du frère ?

Une Église qui sache « faire du bien » Si l’on écoute nos contemporains, on comprendra vite que, dans leurs vies difficiles, ils recherchent ce qui peut leur faire du bien, comme autrefois les populations pauvres et opprimées de Palestine qui se pressaient sur les traces de Jésus. Dans le malaise contemporain de l’Occident, ils sont en quête de lieux où ils sont accueillis tels qu’ils sont et où ils peuvent trouver ce qui est susceptible de leur faire du bien. François l’a bien compris, qui rêve « d’une Église mère et pasteur 20 ». Heureusement il n’est pas le seul ! Claude Dagens, l’évêque d’Angoulême, se plaît à dire et à redire

19. Timothy Radcliffe, Pourquoi donc être chrétien ? Paris, Cerf, 2005. 20. Études, septembre 2013.

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Pour une Église au visage d’Évangile – douze urgences

depuis longtemps que « l’Évangile de Jésus Christ est attendu comme une ressource pour vivre… 21 » Certes, mais à condition qu’il soit bien présenté : non comme un diktat, mais à la manière de Jésus qui demandait : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » Mgr Pontier, le nouveau président de la conférence des évêques de France, l’avait compris lui aussi depuis longtemps. Lors d’une soirée à La Rochelle, le 5 février 2002, il cita comme le premier des défis devant lesquels se trouve le christianisme, celui de « prouver que la rencontre de Dieu peut rendre heureux et libre, épanouir notre humanité […car] la société ne peut supporter quelque chose qui ne conduirait pas à la liberté, à la plénitude. » Les « Dix Propositions pour espérer et pour progresser » du Conseil interdiocésain des laïcs de Belgique citent Mgr Warin, évêque auxiliaire de Namur, qui disait en 2004 : « L’Église doit se recentrer sur l’essentiel, à savoir la proposition de l’Évangile pour la libération des femmes et des hommes. » Qu’est-ce qui pourrait rendre à l’Évangile sa force inaugurale qui ouvre un espace de vie, interroge Maurice Bellet, prêtre et psychanalyste ? C’est de refléter l’Évangile, qui est une parole « qui nous donne de naître à cette vie qui n’est plus sous l’emprise de la tristesse, de ce mensonge-meurtre qui nous détruit 22 ».

21. Claude Dagens, Va au large, Genève, Parole et Silence, 2001. 22. Maurice Bellet, La quatrième hypothèse. Sur l’avenir du christianisme, Paris, DDB, 2001.

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Pour une Église qui écoute et qui fait du bien

Nathalie Becquart, une jeune religieuse xavière, responsable de la pastorale des jeunes et des vocations au sein de la Conférence épiscopale française, qui accompagne des jeunes depuis longtemps, a fait l’expérience que ceux qui ont la foi, l’ont « parce qu’ils ont expérimenté que la foi en Jésus Christ leur apporte quelque chose et les fait avancer, les rend heureux 23 ». Mais on peut se demander : n’est-ce pas osé d’annoncer que l’Évangile fait du bien, alors que le Christ est mort sur une croix ? Non, encourage le pape François : « La vérité chrétienne est attrayante et convaincante si elle répond aux besoins profonds de la vie humaine et annonce clairement le Christ comme l’unique sauveur des hommes, de tous les hommes 24. » Christ sauveur signifie qu’il nous sauve de toutes les morts et nous donne la Vie ! Cela passe aussi parexpressions chères au pape François — « la caresse de la miséricorde » et « la tendresse de Dieu » — car « Seul celui qui rencontre la miséricorde, qui a été caressé par la douceur de la miséricorde est heureux et à l’aise avec le Seigneur 25 ». En écho, Mgr Rouet a toujours rêvé « que l’Église encourage les gens à faire l’expérience de la bonté de l’Évangile 26 ».

23. Nathalie Becquart, L’évangélisation des jeunes, un défi. Église@jeunes2.0, entretiens avec Yves de Gentil Baichis, Paris, Salvator, 2013. 24. Homélie du 14 mars 2013. 25. Prononcé en 2001 en Argentine. Rapporté par Andrea Tornielli, François, le pape des pauvres, op. cit. 26. Albert Rouet, La chance d’un christianisme fragile, entretiens avec Yves de Gentil Baichis, Paris, Bayard, 2001.

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En lecture partielle‌


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Table des matières

Introduction..........................................................................

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Chapitre 1. Pour une Église qui écoute et qui fait du bien .... 13 Chapitre 2. Pour une Église qui dialogue avec le monde ...... 25 Chapitre 3. Pour une Église qui accepte la réalité de la fin du temps de chrétienté .......................................... 33 Chapitre 4. Pour une Église à la Tradition vivante ................ 61 Chapitre 5. Pour une Église qui ne se comporte pas en détentrice de la Vérité ...................................... 71 Chapitre 6. Pour une Église qui accepte le dialogue et le débat en son sein................................................ 77 Chapitre 7. Pour une Église qui donne une vraie place aux femmes........................................................ 95

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Table des matières

Chapitre 8. Pour une Église qui respecte la primauté de la conscience..........................................................107 Chapitre 9. Pour une Église qui chemine avec ceux qui cherchent .................................................... 127 Chapitre 10. Pour une Église aux entrailles de miséricorde.... 139 Chapitre 11. Pour une Église pauvre et vulnérable ................ 149 Chapitre 12. « Toi, suis-moi ! » .............................................. 163 Document annexe ................................................................ 167

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Achevé d’imprimer le 11 août 2014 sur les presses de l’imprimerie Bietlot, à 6060 Gilly (Belgique)


Pour une Église au visage d’Évangile

Monique Hébrard Monique Hébrard est journaliste depuis 1966, d’abord dans la presse féminine, puis à Panorama à partir de 1985. Chroniqueuse à La Croix depuis 1981, elle collabore à Témoignage chrétien, au Messager et à Ecclésia. Retraitée active, elle est engagée dans sa paroisse et dans son diocèse. Elle a écrit de nombreux ouvrages sur les courants sociétaires et religieux de ces trente dernières années. Son dernier livre s’intitule Jésus ou le désir amoureux (DDB, 2013). ISBN 978-2-87356-617-3 Prix TTC : 13,95 €

9 782873 566173

Photo de couverture : Hirondelles © Antonio Veraldi | Dreamstime.com

En 2012, en pleine déprime ecclésiale, Monique Hébrard entame la rédaction d’un manuscrit qui voulait dénoncer les erreurs de communication et les replis identitaires de « son » Église. Catholique, l’auteur ne s’est pas permis de parler au nom des autres confessions chrétiennes, mais, affirme-t-elle, si nous retournons tous à la Source, l’Unité est là. Puis, en 2013, est arrivé le pape François et, avec lui, un véritable appel au changement. Pour apporter sa pierre à l’édifice et comme en écho aux paroles du pape, l’auteur a repris son manuscrit, mais cette fois guidé par l’espérance d’une Église renouvelée. Dans cet ouvrage, Monique Hébrard propose douze pistes pour un renouvellement en profondeur de l’Église. Parmi celles-ci, le dialogue avec le monde, le rapport à la vérité, la place des femmes, la primauté de la conscience et la nécessité de la miséricorde.

Pour une Église au visage d’Évangile

Monique Hébrard

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Monique Hébrard

Pour une Église au visage d’Évangile Douze urgences


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