Eléonore Desclée L’auteur
Eléonore Desclée est mère de cinq enfants. Elle est titulaire d’une licence en langue et littérature françaises. C’est son premier ouvrage.
ISBN 978-2-87356-560-2 Prix TTC : 11,95 €
9 782873 565602
Viens me voir si tu veux
Alexandre, douze ans, a commis un meurtre ! Il en est en tout cas persuadé, et la culpabilité le ronge. Pour y échapper, il va mettre en œuvre diverses stratégies. Mais rien ne l’apaise. Finalement, Alexandre va croiser plusieurs personnes qui vont l’amener, par petites touches, à retrouver la sérénité, mais pas à n’importe quel prix ! Entre le Petit Nicolas, de Goscinny, pour sa fraîcheur, et la Chute, de Camus, pour sa réflexion sur la culpabilité, ce livre tient en haleine jeunes et adultes jusqu’à son dénouement.
Eléonore Desclée
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© 2013, Éditions Fidélité, 7 rue Blondeau, 5000 Namur Dépôt légal : D.2013, 4323.16 ISBN : 978-2-87356-560-2
Maquette et mise en page : Jean-Marie Schwartz Dessin de couverture : Elvire Imprimé en UE
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À mon rameau d’olivier
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A
u début, il n’y avait rien de plus évident que d’être catholique. Autour de moi, tout le monde allait à la messe avec une fidélité de labrador, recevait les sacrements, lisait la Bible. Puis, j’ai commencé à grandir et… à comprendre. A comprendre qu’être chrétien ne se limitait pas à être baptisé. Après ma première communion, j’ai trouvé que ce n’était pas de tout repos d’avoir Dieu en permanence au-dessus de ma tête. D’autant plus qu’Il ne se contentait pas d’exister. Prier, se confesser, faire des bonnes actions, communier… Il y avait toujours quelque chose à faire si on voulait Lui faire plaisir. Et comme la vocation d’un chrétien, c’est justement de faire plaisir à Dieu, imaginez le boulot. Et le boulet que cela représente. 5
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Alors doucement, j’ai commencé à me dégager de ce dans quoi mes parents m’avaient engagé.
D’abord la prière. Mes parents prétendaient que c’était la chose la plus simple qui soit : il « suffisait » de parler à Jésus comme si je parlais à mon meilleur ami. L’embêtant, c’est que j’avais déjà un meilleur ami — en fait j’en ai même deux — et je ne voyais pas l’intérêt d’un troisième. Et quand, par mauvaise conscience, je me forçais à prier, je finissais toujours par m’endormir. Bon, c’est sûr, mon lit n’est pas le meilleur endroit pour prier mais de toute façon, je me serais endormi car il n’y a rien de plus somnolent que de converser avec quelqu’un qui ne vous répond jamais. La confession n’a pas tardé à connaître le même sort. Déjà au temps où j’y allais, j’étais plutôt réticent : m’enfermer dans un confessionnal pour énumérer tous mes torts devant un prêtre, bonjour le supplice ! Alors j’ai eu l’idée de l’adoucir… à ma façon. J’ai mis au point une liste de péchés fictifs qui n’avaient rien à voir avec moi. Il me suf6
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fisait de la ressortir d’une confession à l’autre. La supercherie aurait pu durer longtemps si je n’avais pas ajouté la luxure à ma liste — j’avais lu que c’était un des sept péchés capitaux — sans savoir ce que cela signifiait. Je n’ai pas dû le con fes ser avec suffisamment de conviction car le prêtre m’a demandé si je comprenais ce que je disais. Je suis sorti du confessionnal rouge de honte, en jurant que je n’y remettrais plus les pieds. Je n’aime pas être démasqué. Il paraît qu’il y a des enfants qui n’ont pas de religion. Personnellement, je n’en ai jamais rencontré, je crois que les parents veillent au grain, mais je me suis toujours demandé comment était leur vie, spécialement le dimanche, le jour des chrétiens ; cela doit faire un drôle d’effet de traîner en peignoir quand d’autres se lèvent tôt pour aller à la messe. Moi, je n’ai jamais pu manquer la messe. Mes parents ne veulent pas. Ils disent que quand je serai grand, je déciderai mais que pour le moment, je suis prié d’y aller. Eux pour le coup, ils ne manquent jamais la messe. Maman y va même parfois 7
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en semaine. Je trouve que d’y aller en semaine, c’est faire de l’excès de zèle comme Bertrand, le premier de classe. Il étudie toujours plus que ce que la maîtresse demande alors que c’est inutile, personne ne va l’interroger là-dessus. Je ne comprends pas ce que Maman trouve à la messe pour qu’elle ait autant besoin d’y aller. Moi, je n’y trouve rien. Il y a seulement des gens qui écoutent ce que leur dit un prêtre, c’est tout. Et bien souvent, le prêtre parle avec des mots compliqués de choses que je ne comprends pas ou qui ne m’intéressent pas, ce qui revient au même. Alors, à défaut de pouvoir déserter la messe, je fais semblant d’écouter. Pourtant, on ne peut pas dire que je n’ai pas tout essayé pour éviter cette corvée. Les seules fois où j’ai pu y échapper, c’est quand je suis tombé malade. Mais cela me fait une belle jambe car je ne peux tout de même pas tomber malade chaque dimanche. En fait, toutes ces histoires de religion sont très compliquées et… étonnantes. Oui, étonnantes. Je me souviens très bien de ce dimanche où je sor8
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tais d’une grippe. Les parents étaient partis à la messe et m’avaient laissé à la maison. Je leur avais dit que j’étais encore un peu fatigué mais en réalité je me sentais très bien, j’aurais pu les accompagner. Pendant qu’ils étaient à la messe, je n’ai pas arrêté de m’ennuyer avec, en plus, l’impression de manquer quelque chose seul dans mon coin. Et tout au long de la journée, j’ai traîné mon malaise, comme si j’avais fait une bêtise que j’avais du mal à avouer. Finalement, n’y tenant plus, je suis allé le soir à la messe de dix-huit heures. Vous pouvez m’expliquer cela ? Moi, je ne comprends pas. J’ai horreur d’aller à la messe mais quand j’en suis dispensé, je m’arrange pour y aller. Le plus incompréhensible, c’est que j’y ai été de très bonne humeur.
Mais il y a encore autre chose que je ne comprends pas : les gens sans religion ne croient pas que Dieu existe, alors comment cela se fait-il qu’il y ait d’un côté autant de gens qui croient et de l’autre, autant de gens qui ne croient pas ? Soit Dieu existe et tout le monde y croit, soit Dieu 9
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n’existe pas et personne n’y croit. Il ne peut pas y avoir un Dieu qui existe et un Dieu qui n’existe pas en même temps. En plus, d’un pays à un autre, le nom de Dieu peut changer et la façon de le célébrer aussi… Tout cela est bien mystérieux. Même pour les grandes personnes. D’ailleurs, elles sont les premières à s’emmêler les pinceaux ou à se disputer sur le sujet. Mais pour moi, les choses sont beaucoup plus claires : je sais que Dieu n’existe pas. C’est à l’école que j’ai appris que Dieu n’existait pas. Un mercredi, le jour où nous avions cours de religion. A cette époque, je savais déjà beaucoup de choses sur Dieu. Je savais que Dieu nous avait envoyé son fils Jésus ; j’avais appris que l’amour entre le père et le fils s’appelait l’Esprit Saint, que Jésus avait donné sa vie pour nous sauver etc. Mais, cela restait des phrases. Un mercredi, au lieu de sortir notre Bible illustrée, la maîtresse nous a dit de mettre nos manteaux : on sortait, on allait voir Dieu dans sa maison. J’étais dans un état d’excitation sans pré10
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cédent. Pour une fois, on faisait quelque chose d’intéressant à l’école. J’allais pouvoir décrire Dieu à Maman qui passait tellement de temps à le prier sans l’avoir jamais vu. J’allais enfin mettre un visage sur toutes ces phrases.
Nous sommes donc partis pour l’église. Déjà à ce moment, j’aurais pu me douter que cette histoire était une vaste rigolade. Tenez par exem ple, il y a tellement d’églises dans le monde. Comment Dieu pouvait-il être partout et en même temps dans cette église-là précisément ? La maîtresse avait-elle pris rendez-vous avec lui ? Ou faisait-il le tour de ses églises comme le Père Noël faisait celui des cheminées ?
Une fois dans l’église, la maîtresse a commencé à parler de choses ennuyeuses pendant que mon cœur battait de plus en plus fort. Je me demandais ce que je dirais à Dieu quand je serais face à lui. En attendant, la maîtresse parlait, parlait. Comment parlait-elle si calmement alors que Dieu était là ? Moi, je pouvais à peine maîtriser mon excitation. 11
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Quand on est passé devant l’autel, on a dû s’agenouiller « en signe de respect. » Puis, elle s’est arrêtée devant une petite lampe rouge suspendue près de l’autel et elle a dit : « Chut, voici le signe de la présence réelle de Dieu. » Là-dessus, elle a repris sa visite guidée. Moi, exaspéré par cette attente, je lui ai couru derrière : — Mais enfin, Madame, Il est où, Dieu ? — Je te l’ai dit, Alexandre, cette lumière (et elle désignait le petit lampion rouge) est le signe de la présence réelle de Dieu. Puis sans attendre ma réaction, elle a commencé à expliquer quelque chose à propos des saints. J’en suis resté bouche bée : comment Dieu qui avait tout créé pouvait être dans cette minuscule lanterne ? Comment même pouvait-on contenir Dieu dans quoi que ce soit ? Tout cela était ridicule. Soit Dieu s’était dégonflé au dernier moment et le coup de la lanterne, c’était une excuse ; soit, il n’existait pas. Vous parlez d’un choix ! Moi, je préférais encore pas de Dieu à un Dieu qui ne tenait pas toutes ses promesses. S’Il ne 12
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pouvait pas venir, Il n’avait qu’à prévenir la maîtresse. Il n’avait pas le droit de nous laisser en rade sans un mot d’excuse. Quel culot de sa part, Lui qui avait dit : « Laissez venir à moi, les petits enfants. » Toutes ces phrases n’étaient qu’un tissu de mensonges. Dieu n’était pas venu parce qu’il n’existait pas. Point final. D’ailleurs, la maîtresse n’avait pas l’air d’être très convaincue, autrement elle nous aurait parlé sur le même ton passionné qu’elle prend pour nous parler d’histoire. En rentrant à la maison, je n’ai rien dit à mes parents. Ils pourraient ne pas s’en remettre s’ils apprenaient la vérité. Ils ont l’air de tellement y croire. Depuis, je leur mens tous les dimanches en me rendant à la messe et à mon avis, je ne suis pas le seul à mentir. Je crois que beaucoup de gens ne croient plus mais continuent à aller à la messe pour se rassurer, pour se sentir moins seul. Et particulièrement le dimanche ; le seul jour de la semaine où on est 13
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vraiment seul : les magasins sont fermés, les bureaux aussi. Alors que faire sinon aller à la messe ? Se retrouver avec d’autres pendant une heure dans un même endroit à écouter la même personne nous parler du même sujet, cela ne peut que donner l’impression d’appartenir à une même famille. Pour ceux qui ne croient pas, le dimanche doit être pénible à vivre. C’est peut-être pour cette raison qu’autant de gens font du sport ce jour-là, c’est leur messe à eux.
On a donc tous, croyant ou pas, besoin d’une messe. Et on a tous besoin d’une messe pour oublier que Dieu n’existe pas. Mais si on fait tellement d’efforts pour oublier qu’Il n’existe pas, c’est qu’on a rudement besoin de Lui. Pourquoi, ça c’est un mystère… Mais il en est un plus grand encore : comment font les gens pour se satisfaire d’un Dieu qu’ils ont eux-mêmes inventé. C’est comme si je faisais parler une poupée et que je lui faisais dire ce que je voulais entendre. C’est ridicule, on est tout aussi seul.
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Le seul moyen pour sortir de cette mascarade serait que Dieu soit une vraie personne avec laquelle on aurait une vraie relation. Mais alors, on ne serait plus aussi libre de faire ce que l’on veut. Que tout cela est compliqué et embrouillé ! Je ne m’en sors pas dans mes réflexions. Tout ce que je sais, c’est que Dieu n’était pas là quand je L’attendais. Donc, je ne vois pas pourquoi Il viendrait maintenant m’aider, si ce n’est pour me faire la morale. Alors surtout que Dieu reste dans les nuages où on l’a placé. J’ai déjà assez d’ennuis sans Lui. Et de très gros ennuis.
En lecture partielle‌
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Cet ouvrage a été achevé d’imprimer par Pulsio Sarl, Paris, en mai 2013. Imprimé en UE.
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Eléonore Desclée est mère de cinq enfants. Elle est titulaire d’une licence en langue et littérature françaises. C’est son premier ouvrage.
ISBN 978-2-87356-560-2 Prix TTC : 11,95 €
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Alexandre, douze ans, a commis un meurtre ! Il en est en tout cas persuadé, et la culpabilité le ronge. Pour y échapper, il va mettre en œuvre diverses stratégies. Mais rien ne l’apaise. Finalement, Alexandre va croiser plusieurs personnes qui vont l’amener, par petites touches, à retrouver la sérénité, mais pas à n’importe quel prix ! Entre le Petit Nicolas, de Goscinny, pour sa fraîcheur, et la Chute, de Camus, pour sa réflexion sur la culpabilité, ce livre tient en haleine jeunes et adultes jusqu’à son dénouement.
Eléonore Desclée
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