DE LA NON-COULEUR À LA LUMIÈRE : LA MÉMOIRE SELON SERGE TENÈZE
Du 07-02 au 29-02-20 l’ESPACE ART GALLERY (Rue de Laeken, 83 à 1000 Bruxelles) a exposé l’œuvre du peintre français, Monsieur SERGE TENÈZE, intitulée MÉMOIRES : ABSTRACT ET LUMIÈRES NOIRES. Peindre la Mémoire ! Voilà un thème fascinant. Thème ancien, par surcroît, mais qui s’avère « contemporain » dans sa façon d’aborder le sujet. Si, dans le passé, la Mémoire s’incorporait spécifiquement au sein de la figure humaine idéalisée avec souvent une connotation magico-religieuse (l’image de l’ancêtre dans la Rome antique, privée de regard pour garder, à travers cette cécité imposée, une distance acceptable entre le monde des vivants et celui des morts), aujourd’hui, par le biais de l’abstraction, elle devient « magnétique ». Le personnage féminin, peint à maintes reprises par DANTE GABRIEL ROSSETTI au milieu du 19ème siècle, est censé portraiturer l’épouse de ce dernier qui s’efforce de la comparer à la BÉATRICE de DANTE. Même peinte jusqu’à l’obsession, ce fantôme, issu de la Mémoire, demeure une femme. Par conséquent, cette Mémoire s’incorpore dans un sujet : un corps féminin pétrifié dans la fleur de l’âge. SERGE TENÈZE, lui, peint la Mémoire dans sa manifestation à la fois humaniste et cérébrale. La couleur-support qui la soustend est le noir, lequel renvoie la lumière vers le regard qui en saisit les contours, jusqu’à en chercher l’origine. Temps et Mémoire se conjuguent dans un réseau d’entrelacs pareils à des ondes magnétiques dont jamais l’on n’entrevoit le point de départ ni le point final. Et, ce qui frappe au premier regard, c’est précisément cette ondulation sur la surface qui ramène l’œuvre à sa vérité, sinon plastique, du moins cosmique. Car ce réseau d’ondes magnétiques rappelle l’écho des signaux laissés par un astre perdu. L’artiste produit des ondulations stimulant d’autres ondulations. Aux traits finement ciselés, évoquant les lignes de l’électroencéphalogramme, se forment des ondulations provoquant des déphasages en forme de courbes, créant ainsi l’idée d’une possible élasticité spatiale. Ces deux constantes (couleur noire et lumière) assurent l’élément déterminant de la viabilité de l’œuvre, à savoir le rythme. La lumière est littéralement « propulsée » par la couleur noire. Elle devient son émanation. LUMIÈRES NOIRES SILLONS 1 (98 x 130 cm - huile sur panneau de bois)
L’artiste peint les effets produits par l’acte de la mémorisation. Les résultats sont la matière spectrale laissée par le souvenir s’imprimant sur la toile, tel un négatif. Il ne s’agit pas de la forme classique de l’électroencéphalogramme, centrée sur trois lignes horizontales continues. Mais bien de volutes enroulées sur elles-mêmes. Des semi-spirales fluctuantes où la Mémoire se renouvelle dans l’espace d’un éternel retour.