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Indigo #2 - Avril/Juin

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Avr. Mai. Juin. 2018 www.indigo-lemag.com

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Réunion I Mayotte. 19 EUR Maurice I Rodrigues. 761 MUR Madagascar. 70 000 MGA Seychelles. 301 SCR Comores. 9350 KMF


Indigo

La naissance d'une revue est l’occasion pour son éditeur d’y glisser sa vision du monde, de poser une ligne éditoriale qui traversera chacun des numéros à venir.

Indigo nous le voulons intelligent, instructif et beau, avec une esthétique intemporelle. Hybride entre le livre, la revue et le magazine, c'est un véritable ovni : graphique dans sa composition, sensuel dans son papier. Indigo est dédié aux arts et aux cultures de l’Indianocéanie. Son objectif principal est de faire connaitre les jeunes créateurs, artistes, porteurs de projets et de valoriser leur influence dans leurs domaines respectifs. Indigo est un acte de beauté au regard visionnaire, agité par une provocation positive, une force vitaliste même au sens où il célèbre la vie des territoires qu’il explore, dans leur intensité. Indigo trace des routes imaginaires qui nous invitent à nous perdre pour mieux nous retrouver : combinaison unique de textes et d'images capables de stimuler la curiosité et le cœur de manière exaltante. Entre vérité et illusion, géométrie et discontinuité, Indigo attend la vague, vole le présent, va au-delà. Nous cultivons un réseau d'artistes, d'universitaires et d’acteurs de la culture. Nous leur proposons des opportunités de collaboration, de parrainage, d'accueil et de promotion de projets qui répondent à nos objectifs communs. Nous avons le désir de créer une attention mutuelle dans une démarche interculturelle. Nous sommes Indépendants et voulons le rester. Seule la passion nous anime. Nous avons créé le media que nous rêvions d’avoir un jour entre les mains et souhaitons le faire grandir avec vous et avec votre soutien. Si vous appréciez Indigo, aidez-nous à l'améliorer et à le promouvoir. Allez sur notre site et donnez votre avis et vos suggestions. C’est par un engouement contagieux qu’à long terme notre publication pourra perdurer et rayonner. Parler d’Indigo, de ses ambitions, diffuser la nouvelle de son existence dans nos iles et au-delà, s’abonner, abonner un proche, c’est aider une presse différente à exister. Dominique Aiss


Edito Indigo #2

Dans ce deuxième opus, Indigo poursuit son exploration des cultures réunionnaises, passées et présentes. Tous les sens sont une fois de plus sollicités, tous les imaginaires convoqués. Et comme toute nouvelle publication est une fête, Indigo tenait à célébrer trois anniversaires à travers ses pages : tout d'abord celui de Kanyar, revue semestrielle indépendante qui fête en effet ses cinq années d'existence puis ceux des plasticiens Kid Kreol & Boogie et de Lo Griyo, quatuor jazz fusion, qui affichent chacun dix ans au compteur de leur art. Tout cela n'est qu'une brève introduction. Vous aurez tout le loisir de vous plonger dans les pages de ce bel ouvrage et surtout tout le temps. Oh oui le temps ! Celui qui nous manque, qu'on arrache péniblement aux écrans et à l'intensité des actualités en boucle. La trimestrialité et l'intemporalité des contenus sont un confort sans pareil, vous verrez. Un numéro d'Indigo s'ouvre, se feuillette, se pose, se reprend, se conserve sans que jamais une quelconque péremption ne vienne menacer votre intérêt pour lui. Indigo c'est du temps, du temps pour soi et pour les autres, du temps à la fois léger et nécessaire.


LITTÉRATURE & POÉSIE FLORILÈGES : MOSAÏQUES

Poésie

Les mosaïques d'Inel Hoarau Grand bonheur, grand honneur pour Indigo, que cette offrande poétique d’un homme qui a passé sa vie à taquiner la muse, et qui, malgré son âge ( ou, grâce à ? ), continue à la poursuivre cette muse dont il ne peut se passer. Cette mosaïque est tirée de milliers de ses poèmes. Ce sont les derniers nés de son laboratoire que nous vous présentons. Bravo l’artiste ! Illustrations. Luko

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LITTÉRATURE & POÉSIE FLORILÈGES : MOSAÏQUES

L'Ylang oublié Ton corps tout noué d’une précédente extase Semble s’offrir encore entre les pages rases Ta fleur lascive aux pétales jaunissants N’aguiche plus la rétine pourtant, Mais un nez pointilleux Et curieux Décèle encore dans ta fragrance Le caprice de l’œillet Une pointe de narcisse, et un rien d’outrance Qui renforce, s’il en est besoin, toute ta sensibilité, Quand un lecteur feuilletant les pages d’un livret Retrouve ta présence insolite mais amie... Après quelques longues années de léthargie.

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LITTÉRATURE & POÉSIE NOUVELLE : FAÏZA

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LITTÉRATURE & POÉSIE NOUVELLE : FAÏZA

Nouvelle

Faïza

par Emmanuel Genvrin

Illustrations. Luko

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THÉÂTRE KISA OU LÉ, DANIEL LÉOCADIE

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THÉÂTRE KISA OU LÉ, DANIEL LÉOCADIE

Portrait

Daniel Léocadie Kisa ou lé...

par David Rautureau I Photos. Corine Tellier

Les œuvres les plus abouties sont celles dont les thèmes a priori singuliers, tendent vers l’universel. C’est le cas de Kisa mi lé (Qui suis-je?) qui met en scène la dualité entre les deux faces, créole et française, de son personnage. L’auteur et comédien réunionnais, Daniel Léocadie, évoque ici la genèse de sa pièce, son parcours personnel et ses projets. Elégant dans la ponctualité comme dans l’allure, Daniel Léocadie a dans l’expression quelque chose d’impeccable. Sa voix, sa manière de la poser, son phrasé. Au jeu du Qui est qui ?, on lui collerait l’étiquette de Comédien sans hésiter. Autant pour la qualité de son élocution que pour la précision de sa pensée. On le sent clair et organisé, Daniel, équilibré. Il voit où aller. Il sait d’où il vient. ”Le désir de scène„ Sa rencontre, décisive, avec le théâtre au début des années 2000, se joue à la FAC de Saint-Denis, au sein d’une équipe d’impro dont il fut d’ailleurs le responsable : "Avec les copains on avait monté un petit spectacle comique, avec quelques sketches. En trois soirées, on a accueilli une centaine de personnes. Et là, je me suis dit que je voulais faire ça toute ma vie."De ces moments

fondateurs, il lui reste le plaisir qu’il ressentit d’emblée sur scène. Le sentiment de liberté aussi et la surprise de voir que les gens pouvaient rester là, à l’écouter, à rire, à réagir à ses mots. La culture de Daniel est alors quasiment vierge de théâtre. Il ne se plongera dans les textes que plus tard : "Certes, nous étions devenus champions d'impro de la Réunion mais je sentais que je touchais les limites du genre. J'avais envie d'aller plus loin." Ce monde est totalement nouveau pour l’enfant d’une aide-ménagère et d’un routier qu’il est. Pourtant le soutien est sans faille autour de Daniel, sur le plan affectif et matériel. Certes, comme dans la plupart des familles, on aurait préféré le voir suivre un cursus plus "sûr"avant de penser à la scène : "Encore aujourd'hui, s’amuse t-il, mes parents me demandent si je vais bientôt décrocher un CDI ! C'est une blague récurrente dans la famille !" Tout s’organise pour qu’il puisse s’engager dans la voie qu’il s’est choisie. Les idées du jeune Léocadie sont déjà claires et grande est sa force de persuasion. En toute logique, il intègre donc le Conservatoire de la Réunion qui "renaît alors de ses cendres" comme il dit. Il y découvre

Shakespeare et son Richard III, "l'une des plus belles rencontres théâtrales et textuelles"qu’il ait pu faire. C’est un monument auquel l’habitué de l’impro doit littéralement se confronter et s’accrocher parfois. Des textes de Tchekhov suivront, de Picq, de Kermann... A cette période, des regards avisés et bienveillants se posent sur celui qui ne détournera pas le sien de son objectif. Ainsi, il trouve à ses côtés, Pascal Papini, alors directeur du Centre Dramatique de l’océan Indien - Théâtre du Grand Marché, qui l’encourage à rester encore un peu à la Réunion pour bénéficier de toute une dynamique naissante. Il peut aussi compter sur deux professeurs du Conservatoire à Rayonnement Régional de la Réunion : Jean-Louis Levasseur qui venait d’intégrer l’équipe et Didier Ibao. ”Apprendre„ Daniel, qui poursuit en même temps son master 1 en médiation et diversité interculturelle, n’aura pas le temps de soutenir son mémoire car il est appelé au Conservatoire d’Avignon : "Pour un jeune Réunionnais, ce parcours induisait un passage vers la métropole, constate- t-il. Je le vi-

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MUSIQUE LE RÊVE D’HILAIRE

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MUSIQUE LE RÊVE D’HILAIRE

Portrait

Hilaire Chaffre Le rêve d'Hilaire

par David Rautureau I Photos. Corine Tellier

Dans la vie de Hil, Hilaire Chaffre, la musique occupe une place importante. La sienne d’abord - l’homme est auteur, compositeur, interprète - et puis toutes les autres dans leur diversité. Hil fait même un rêve pour la Réunion : la voir bâtir avec les iles voisines un grand projet musical commun.

”La tentation antillaise„

aux Mascareignes et à Madagascar et qui rayonnerait loin de son berceau. Il a même un nom pour ce style créé de toutes pièces  : la ZMBOI (prononcez Zemboi), acronyme de Zone Musique Bassin Océan indien. Une musique née de l’union de tous les styles, somme toute assez proches, que l’on retrouve sur ce territoire géographique. Le musicien sait de quoi il parle, lui qui instaure des va-et-vient réguliers entre la Réunion et Mada, collaborant avec les artistes les plus doués des deux îles, au gré de ses projets d’albums et des tournées. Hil prend pour modèle le Zouk, ce genre musical créé au début des années 80 par des artistes antillais et cite volontiers l’exemple de Kassav et Malavoi qui ont porté cette musique un peu partout sur la planète. Il imagine pour la Réunion et ses voisins un pareil mouvement dont il se voit l’un des artisans, un mouvement vitaliste et fédérateur qui dépasserait les faux clivages, une grande aventure artistique en somme. Un style musical nouveau bien que construit sur des rythmes et des sonorités existants de l’Océan indien, une sorte d’étendard de cette région à l’international.

Hilaire Chaffre rêve d’une musique qui dépasserait la Réunion, qui serait commune

Hilaire Chaffre étaie ses idées et sa vision d’un dépassement de l’île sur une étude

En autodidacte fidèle à son amour de la musique, Hil ne fait partie d’aucune chapelle. Cette liberté de ton et de pensée lui offre une carrière artistique singulière et des rencontres d’une grande richesse. Des chapelles, il y en a partout et toujours trop, ici et ailleurs : celle du maloya, du séga réunionnais et mauricien, du salegy ou du tsapiky, les traditionnalistes, les modernes..."Personnellement, j’aime bien jouer avec les styles pour créer ma propre musique, confie Hilaire. Dans mes chansons, le maloya est parfois présent mais c’est comme l’épice dans un plat. Celle dont on saurait qu’elle est là mais qu’on aurait du mal à reconnaître totalement."

qu’il mène depuis des années et pour encore quelque temps. A terme, cette analyse au long cours, à laquelle il se consacre régulièrement, prendra la forme d’un film. L’homme, à l’occasion de quelques déplacements ou quand son agenda le lui permet, interroge le quidam sur l’idée qu’il se fait de la musique réunionnaise. C’est un travail, quasiment une thèse, portant sur l’identité musicale réunionnaise et son rayonnement au-delà des frontières de l’île. "Il faut écouter les réponses que les gens me font quand je leur demande s’ils connaissent les musiques locales, s’exclame Hil. On me parle du reggae, du zouk, de la kizomba même !" Pourtant, Hilaire est le premier à reconnaître le talent et la capacité à s’exporter des artistes réunionnais, les Christine Salem, Danyèl Waro, Lindigo, Ziskakan, Baster, plus récemment Grèn Sémé. Il constate pourtant le manque de lisibilité de cette musique, souvent considérée comme exotique, et regrette des mécanismes intérieurs qui n’arrangent rien : "Sur les radios et dans les programmes musicaux des télévisions locales, on passe un tout petit peu de maloya, pas mal de séga et beaucoup de zouk et autres musiques dansantes." Paradoxalement, alors qu’elle est la mu-

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ASSOCIATION KID KRÉOL & BOOGIE

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ASSOCIATION KID KRÉOL & BOOGIE

Portrait

Kid kréol & Boogie Fabricants d'âmes

par David Rautureau I Photos. Corine Tellier

Voilà tout juste dix ans que le duo de plasticiens Kid kreol & Boogie parsème ses étranges dessins sur les murs des villes et sur les cimaises des galeries. Jouant avec l’imaginaire collectif et les sensibilités individuelles, leurs images fascinent, dérangent peut-être, surprennent toujours. Rencontre avec deux des plus brillants ambassadeurs de la culture réunionnaise. Aux murs, des jouets d’enfants dans des vitrines, des figurines, des statuettes, des livres et des œuvres... En cette matinée de janvier, lumineuse et chaude, Il règne dans la maison-atelier de Kid kreol & Boogie un calme propice à l’élaboration de leurs fascinantes images. Du calme et du temps, les deux plasticiens vont en avoir besoin tant l’année s’annonce chargée pour eux. Ca fait dix ans que Jean-Sébastien Clain, né en 84, et Yannis Nanguet, né en 83, respectivement Kid Kreol & Boogie, construisent un monde d’images qui prend corps sur les murs des villes du monde, sur toile ou

sur papier. Réduire leur expression au seul domaine du graff serait une erreur tant les questions de l’image et de son support, du format et de la couleur, sont au cœur de leurs réflexions. Il faut dire que les deux artistes ont bénéficié d’une solide formation à l’Ecole des Beaux-arts du Port où ils obtiennent leur Diplôme National Supérieur d’Expression Plastique à la fin des années 2000 et là où leur amitié commence. Suivront la naissance d’une signature commune, la fréquentation du collectif LERKA (espace de recherche et de création en arts actuels de Saint-Denis) et de nombreuses réalisations sur les murs de la ville : "Il y avait un environnement favorable à cette expression, remarque Boogie. Le mouvement graff s’est développé très tôt à la Réunion. On considère qu’il était déjà là, à la fin des années 80." Pour le moment, aucune envie de projets individuels ni pour l’un ni pour l’autre. Nul besoin de sortir de cette belle mécanique

à deux moteurs. Kid kreol & Boogie est une marque de fabrique qui assure assez d’activité, de satisfaction et de projets à ses créateurs."On aimerait juste pouvoir consacrer plus de temps aux interventions en milieu scolaire, regrette Kid. C’est vrai que ça devient difficile de trouver ce temps." ”Un univers à part„ Si l’association dure et connait autant de succès, c’est grâce à un univers graphique singulier qui s’est construit à quatre mains mais c’est aussi le fait d’épatantes complémentarités. Ainsi selon Boogie : "Kid a la faculté d’imaginer le dessin dans son rendu final. C’est une grande qualité." Et pour Kid : "Boogie est plus intuitif et plus polyvalent que moi, notamment dès qu’il est question de sortir de l’image pour aller vers des installations ou de la vidéo." Certes, l’œuvre de Kid kreol & Boogie est nourrie des imaginaires réunionnais mais elle n’est pas narrative. Elle se pense

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PHOTOGRAPHIE LUC PERROT

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PHOTOGRAPHIE LUC PERROT

Portfolio

Luc Perrot

Y tire la Réunion dan’ fénoir

Reconnu parmi les meilleurs astrophotographes mondiaux, c’est en associant plusieurs données presque scientifiques que Luc crée ses prises de vues uniques à la Réunion. Il magnifie les paysages de l’île sous le regard bienveillant d’une Voie Lactée ou tout simplement d’un ciel étoilé, où, les conjonctions de Mars, Vénus et Jupiter enchantent les connaisseurs ou les novices. Il a aussi cet art incroyable de nous présenter notre volcan comme un véritable personnage fantastique. Ses albums : "Réunion Éternelle" et "Réunion céleste" Récompensé à 6 reprises par la NASA pour sa rubrique "Photo astronomique du jour". 1er prix du "International Earth and Sky Photo Contest" en 2014 1er prix du "Photo nightscape awards" en 2016

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Indigo #2 - Avril/Juin by dominiquekhaledaiss - Issuu