1
Carnet de voyage
Un missionnaire lyonnais en Chine
Aquarelle originale du P. Charles Rey (dĂŠtail)
1889 - 1943
Archives historiques du diocèse de Lyon
2
3
Carnet de voyage Un missionnaire lyonnais en Chine 1889 - 1943
4
Crédit photos : Page 12 : © Missions étrangères de Paris Pages 16 et 17 : © Œuvres pontificales missionnaires Page 29 (en haut) : © Missions étrangères de Paris Pages 29, 30 et 32 : © Bernard Paubel
5
Archives historiques du diocèse de Lyon
Carnet de voyage Un missionnaire lyonnais en Chine 1889 - 1943
Octobre 2020
6
Remerciements
Les membres de la famille du Père Charles Rey qui nous ont généreusement ouvert leurs archives Partenariat : Missions étrangères de Paris : Marie-Alpais Dumoulin Œuvres pontificales missionnaires : Odile Lolom, Bernadette Truchet Archives municipales de Lyon L’équipe de la basilique Saint-Bonaventure de Lyon : le Recteur Patrick Rollin, Laure Bonhomme, Isabelle Gignoux, Franck Menubarbe Logistique : Augustin Fontanieu Création des visuels et communication : Joséphine Brun, Corinne Lanneluc, Christine Pellat Documentation et rédaction : Chantal Chaussard, Charlotte Debelle-Duplan, Bernard Paubel
7
Certaines armoires familiales recèlent parfois, dans la pénombre poussiéreuse de leurs étagères, des trésors insoupçonnés... C’est ainsi qu’au début de cette année, l’archiviste du diocèse de Lyon a reçu la visite de deux membres d’une grande famille de joailliers lyonnais. Ils venaient de redécouvrir chez eux, un remarquable cahier de dessins, ayant appartenu à un grand oncle, le Père Charles Rey, qui avait été missionnaire en Chine pendant plus d’un demisiècle, de 1889 à 1943. Sur ces feuilles, parfaitement conservées, il avait peint, avec un rare talent, des épisodes de sa vie quotidienne en Chine, les paysages et les décors dans lesquels il évoluait, la population qui l’entourait, et même quelques oiseaux et papillons qui l’avaient émerveillé. La qualité de ces peintures et leur intérêt exceptionnel, ont tout de suite convaincu l’archiviste qu’il fallait les rendre publiques, et l’idée d’une exposition a été lancée. Encore fallait-il effectuer de minutieuses recherches, pour en apprendre un peu plus sur ce missionnaire hors du commun... C’est ainsi que de nombreux documents ont été tirés de l’oubli - photos, lettres, coupures de journaux, dossiers de congrégations - pour tenter de reconstituer la personnalité du Père Rey. Une présentation des missions catholiques au XIX° siècle, notamment dans l’empire chinois, a été ajoutée pour une meilleure compréhension de l’époque. Enfin, une postface, présentant la mission de nos jours, a démontré que l’élan missionnaire se poursuit au XXI° siècle, sous d’autres formes. Tout cela a permis de remettre à l’honneur l’aventure de ces missionnaires qui, pour porter l’évangile aux confins de la terre, ont tout quitté, pour accomplir un long et périlleux voyage, le plus souvent sans retour. L’exposition, inaugurée par Monseigneur Le Gal, ancien directeur des Œuvres pontificales missionnaires et évêque auxiliaire de Lyon, s’est tenue dans la basilique saintBonaventure, du 17 octobre au 17 novembre 2020. C’est un reflet de cette manifestation qui est présenté dans ces pages.
L’équipe des Archives historiques du diocèse de Lyon
8
Première partie : L’élan missionnaire au XIXème siècle Les principales congrégations missionnaires
Asie
Amériques
- Les Lazaristes (Congrégation de la mission), ont été fondés au XVIIe siècle par saint Vincent de Paul. Dès 1645, ils participent à des missions lointaines (Tunis, puis l’empire ottoman en 1783), avant de remplacer les Jésuites en Chine à partir de la fin du XVIIIe siècle et jusqu’au milieu du XXe siècle.
- Les Rédemptoristes. La Congrégation du Très Saint Rédempteur a été fondée en 1732 par saint Alphonse de Liguori. C’est à partir de 1832 que les premiers missionnaires de cet ordre sont envoyés en Amérique du Nord.
- Les Missions Étrangères de Paris (MEP). Nées au XVIIe siècle, elles réapparaissent en 1815, après la période révolutionnaire et l’empire. Leurs activités s’exercent en Asie : Thaïlande, Vietnam, Chine, Cambodge, Inde, Laos, Japon, Corée, Malaisie, Singapour, Birmanie…
- Les Oblats de Marie Immaculée (OMI). Fondés en 1816 par saint Eugène de Mazenod, ils exercent leurs activités missionnaires principalement au Canada, dès 1841. - La congrégation des Salésiens a été fondée en 1859 par saint Jean Bosco. C’est en 1875 que les premiers missionnaires sont envoyés en Amérique du sud.
Carte extraite du livre Objets des Terres Lointaines, les collections du musée des Confluences
Océanie
Afrique
- Les Pères de Picpus (Congrégation des Sacrés Coeurs de Jésus et de Marie), dont l’origine remonte à 1793, se voient confier par le SaintSiège l’évangélisation d’une partie de l’Océanie, en 1825.
- Les Spiritains (Congrégation du Saint Esprit) trouvent leur origine en 1703. Ils se consacrent à l’évangélisation de l’Afrique à partir de 1841.
- Les Maristes (Société de Marie). L’ordre est né d’un vœu fait à Fourvière le 23 juillet 1816. Il reçoit l’approbation officielle de Rome en 1836 pour accomplir son ministère en France, mais avec la responsabilité particulière des nouveaux territoires en Océanie, dans le Pacifique Sud.
- Les Missions africaines de Lyon, qui voient le jour le 8 décembre 1856, envoient leurs premiers missionnaires en Afrique en 1858. - Les Pères Blancs (Missionnaires d’Afrique) sont fondés par Mgr Lavigerie en 1868. Ils ouvrent leur première maison en Tunisie en 1875. En 1878, Léon XIII leur confie l’Afrique équatoriale.
9
L’aide aux missions : de la Propagation de la Foi, aux Œuvres Pontificales Missionnaires
Lyon 24 mars 1859
Vers cette époque, M. Inglesi, vicaire général de Mgr Dubourg vint à Lyon avec des lettres instantes de son évêque pour Mme Veuve Petit et son fils M. Didier Petit, pour qu’ils fissent de nouveaux efforts à l’effet de venir en aide d’une manière efficace et permanente aux missions de la Louisiane. Et le vendredi 3 mai 1822, jour de l’invention de la Ste Croix ; M. D. Petit réunit chez M. Inglesi une douzaine de laïques, tous des amis, pour aviser à répondre aux vœux du vénérable évêque de la nouvelle Orléans.
« Correspondance entre M. l’abbé Girodon et M. Terret sur l’attribution du titre de fondatrice de l’œuvre de la propagation de la foi à Melle Jaricot (…) Quelques années (5 ou 6 ans) avant la date du 3 mai 1822, Mgr Dubourg, évêque de la nouvelle Orléans (amérique) sollicitait Madame Veuve Petit de Lyon, pour qu’elle reueillit du secours en faveur de son pauvre diocèse. Il demandait à cette fin une association permanente avec une rétribution modique – un franc ou deux par année. Il adressait la même prière à M. l’abbé Cholleton, directeur au grand séminaire de Lyon. Celuici en entretenait M. Benoît Coste, pieux chrétien lyonnais qui répondait à toutes ses instances qu’il ne comprenait qu’une œuvre catholique secourant toutes les missions du monde. M. Cholleton trouvait le projet trop vaste. Vers 1818, M. l’abbé Jaricot Philéas de Lyon, étudiait au séminaire de St Sulpice à Paris, en relation fréquente avec MM les directeurs des Missions Etrangères de la rue du Bac, écrivait à sa sœur Melle Pauline Jaricot à Lyon, pour l’exhorter à créer une œuvre parmi les fidèles de cette ville, pour venir au secours des missions de l’Asie, confiées à cette congrégation. Melle Jaricot, pleine de charité apprenant que les Méthodistes d’Angleterre plaçaient chaque dimanche à la porte de leurs temples, un tronc dans lequel leurs adeptes étaient invités à déposer un sou chaque semaine pour leurs missions, eut la pensée de former une association parmi les pieuses ouvrières de la fabrique lyonnaise, avec l’aide de quelques vertueux commis de soieries, et à demander une aumône d’un sou par semaine à chaque associée, en faveur des missions de la Chine. Elle les fit organiser par dizaines et il parait même qu’elle eut dès lors la pensée de poursuivre cette organisation décimale par centuries et millénies, chacune avec son chef collecteur. Elle obtint un succès très consolant, mais restreint. Elle réunissait vers le commencement de 1822 environ 2100 francs annuels, soit 175 francs par mois. (…)
On récite le Veni Creator. M. l’abbé Inglesi leur expose l’objet de la mission. Un des assistants, M. Benoit Coste déclare que dans la pensée on ne doit se proposer qu’une chose : former une association catholique, c.a.d. universelle dans son but et dans ses moyens, une association de tous les fidèles secourant les missions du monde entier et prenant pour titre association de la propagation de la foi dans les deux mondes. Tous les assistants applaudissent. La résolution est immédiatement et unanimement adoptée, l’association est fondée. On choisit parmi les personnes présentes un conseil composé de sept membres, chargés d’organiser la société, d’en dresser les règlements, d’obtenir l’approbation des supérieurs ecclésiastiques, et de dilater l’œuvre. M. GIrodon dirigeant celle de Melle Jaricot expose les moyens employés par elle. On applaudit au système adopté par cette pieuse société, système simple, ingénieux et déjà béni dans ses résultats (la nouvelle œuvre l’adopta en effet ultérieurement) et l’assemblée de sépare pleine d’espérance dans l’avenir de l’institution qu’elle vient de créer. Le Conseil se réunit les jours suivants. Peu de jours après le règlement est voté. M. Inglesi va établir l’association dans quelques villes du Midi. M. D. Petit à Paris ; M. Devillers va en déposer les prémices aux pieds du St Père et en obtient de précieuses indulgences. L’association se propage rapidement et la première année recueille 22 000 francs, c.a.d. un peu plus de dix fois ce qu’avait produit l’œuvre de Melle Jaricot. Cette vertueuse demoiselle avait d’ailleurs, après quelque résistance, consenti à ce que les deux sociétés n’en fissent plus qu’une seule . En résumé, il faut reconnaitre qu’à Melle Jaricot appartient l’idée d’appliquer le sou par semaine, inventée par les Méthodistes anglais, la lecture des copies de quelques lettres écrites par les missionnaires, la division des associés en dixaines, centuries et mille, les feuilles de perception, et l’application des recettes aux missions de la rue du Bac. A M. Petit, la première pensée d’une société appelée à aider les Missions étrangères, une rétribution annuelle modique, la publication rare et sans époque fixe de quelques nouvelles des missions, le tout dans l’intention d’obtenir des secours pour les diocèses de la Louisiane et aussi du Kentuky, dont Mgr Flaget, ami de cette honorable famille était évêque. » (…) (source : lettre à Pauline Jaricot de 1859 – Archives historiques de Lyon 15 L 12)
« Nous vous recommandons fort, surtout l’Association pour la Propagation de la Foi, établie depuis l’an 1822 dans l’antique et illustre cité de Lyon, laquelle s’est ensuite répandue partout avec une célérité et un succès admirable. » Grégoire XVI, encyclique « Probe Nostis » - 15 août 1840 Le succès dont parle le Saint-Père en 1840 est manifeste : cette année-là, l’association a recueilli près de 2,5 millions de Francs, dont 45% hors de France. Pratiquement tous les pays européens sont donateurs, à des degrés divers. Cependant, avec le développement du sentiment nationaliste, des tensions commencent à apparaitre. Les catholiques de beaucoup de pays préfèreraient verser leur contribution à une œuvre nationale, plutôt qu’à une institution perçue comme étrangère. La première guerre mondiale va bien entendu porter ce phénomène à son paroxysme. Le Saint-Siège se devait de réagir face à cette situation, d’autant que les fonds récoltés par la Propagation de la Foi étaient supérieurs à ceux distribués par la Congrégation de la Propagande. C’est ainsi qu’en 1922, il créa les Œuvres Pontificales Missionnaires (OPM), qui fédèrent, dans le respect de l’autonomie de chacun, l’œuvre de la Propagation de la Foi, l’Enfance missionnaire, l’œuvre de saint Pierre Apôtre et l’Union missionnaire du clergé.
10
Chant pour le départ des missionnaires, musique de Charles Gounod (Archives de la famille Rey-Coquais)
Quelques grandes figures de la mission au XIXème siècle :
1
4
3
2
5
6
1 : Sainte Claudine Thévenet, fondatrice de la Congrégation des Religieuses de Jésus-Marie. Inde, Espagne, Canada (1774-1837) 2 : Vénérable Pauline Jaricot, fondatrice de l’Œuvre pour la Propagation de la Foi (1799-1862) 3 : Saint Pierre Chanel, prêtre de la Société de Marie, martyrisé à Futuna, 1er martyr d’Océanie (1803-1841) 4 : Saint Jean-Louis Bonnard, prêtre des Missions Étrangères de Paris, un des 117 martyrs du Viêt-Nam (1824-1852) 5 : Cardinal Charles Lavigerie, fondateur des Pères blancs et des Sœurs blanches. Algérie et Afrique (1825-1892) 6 : Saint Jean-Pierre Néel, prêtre des Missions Étrangères de Paris, mort en martyr dans la province de Guizhou, Chine (1832-1862)
11
Deuxième partie : La mission en Chine Le contexte historique Au cours de son histoire plurimillénaire, la Chine a fait alterner les périodes d’ouverture à l’étranger, marquées par une large tolérance envers les idées et les religions, et les périodes de repli, pendant lesquelles tout ce qui venait d’au-delà des frontière de l’empire était indistinctement rejeté. La politique d’ouverture, dont ont bénéficié des hommes illustres comme Marco Polo ou Matteo Ricci, était le plus souvent caractéristique d’un régime à son apogée, tandis que l’attitude de repli était liée généralement aux phases de déclin. A partir de la fin du XVIII° siècle, la dynastie mandchoue, au pouvoir depuis 1644, présentait des signes évidents de décadence, alors même que le reste du monde se renouvelait sous l’influence de l’esprit scientifique et des progrès techniques. C’est ainsi que vers 1820, l’Empire du Milieu se trouva tout à coup en retard de plusieurs siècles sur l’Occident. Il n’est donc pas surprenant qu’à l’aube du XIX° siècle, l’attitude des autorités à l’égard des étrangers ait été extrêmement restrictive : leur circulation était interdite dans tout le pays, et quiconque leur prêtait assistance, risquait la mort.
Guerres de l’opium et édit de tolérance Les puissances occidentales, principalement les Britanniques, faisaient depuis longtemps du commerce avec la Chine. Le principal article d’importation était l’opium que les Anglais cultivaient en inde. Jusqu’au XVIII° siècle, il n’a été utilisé qu’à titre médical. Mais au début du XIX° siècle, les Anglais ont commencé à l’importer massivement, et son usage s’est répandu « avec la rapidité d’une épidémie ». Les fumeries se multiplièrent, ce qui engendra un véritable fléau sanitaire et social, face auquel les dirigeants chinois furent contraints de réagir. C’est ainsi que le 28 mars 1839, les autorités de Canton firent jeter 20 000 caisses d’opium à la mer. Les Anglais demandèrent aussitôt une indemnité qui leur fut refusée. Et ce fut la guerre. En juin 1840, une escadre britannique attaqua la région de Canton, puis de Shanghai, jusqu’à Nankin (mars à juin 1842). Le gouvernement de Pékin céda, et le 29 août 1842, signa le traité de Nankin, qui ouvrait 5 ports chinois au commerce, et cédait à la couronne britannique l’îlot de Hong Kong. Les Américains puis les Français obtinrent en 1844 des avantages similaires, ce qui accrut encore les possibilités de faire du commerce. Le plénipotentiaire français, M. de Lagrené, obtint peu après (20 février 1846) la promulgation d’un édit de tolérance en faveur du christianisme, religion jusqu’alors persécutée. En réalité, le gouvernement impérial ne cherchait qu’à gagner du temps, et en dépit des traités, le commerce fut sournoisement entravé, et plusieurs missionnaires furent martyrisés. Napoléon III et le gouvernement britannique envoyèrent alors un corps expéditionnaire franco-anglais en 1858, qui occupa Tianjin, au sud-est de Pékin, au cours du mois de mai. Les autorités chinoises s’inclinèrent une fois encore, et signèrent les traités de Tianjin. Cependant une fois que les allies se furent retirés, ces nouveaux traités demeurèrent à leur tour, sans effet. Les alliés décidèrent alors d’envoyer une expédition plus importante, et le 1er août 1860, un corps franco-anglais de 16 000 hommes débarqua près de Tianjin. Après divers engagement, les alliés marchèrent sur Pékin, et firent leur entrée dans la capitale impériale le 13 octobre 1860. Le palais d’Été fut mis à sac le 18 octobre, en représailles à des actes de cruauté infligés par les Chinois à des plénipotentiaires. Des traités, signés les 24 et 25 octobre 1860, accordèrent aux deux puissances occidentales, toutes les indemnités qu’elles demandaient. La Russie profita de ces événements pour se faire céder d’importants territoires.
Nouvelles persécutions religieuses Ce furent pourtant ces mêmes occidentaux qui sauvèrent le régime impérial chinois, aux prises avec la terrible révolte des Taiping (1851 – 1864), en lui apportant un concours militaire. Ils pensaient ainsi obtenir de nouveaux avantages, pour prix de leur aide, mais ils furent bien vite détrompés. Un mouvement xénophobe et antichrétien réapparut. Le 21 juin 1870, à Tianjin, 20 résidants français, 10 sœurs de la Charité et 2 missionnaires, furent martyrisés par la population, avec la complicité tacite des autorités. La guerre franco-chinoise de 1884-1885 qui laissa à la France les mains libres en Indochine, ne menaça pas la sécurité des français établis en Chine. Pourtant, les tendances xénophobes d’une partie de la population chinoise ne faiblissaient pas, et le 1er novembre 1897, 2 religieuses furent assassinées dans une mission allemande. Peu après, une société secrète appelée les « boxeurs », dont la doctrine était un mélange de sorcellerie et de millénarisme, prit une importance telle, qu’elle inquiéta bientôt le pouvoir central. Pour éviter qu’elle ne se tourne contre la dynastie mandchoue, le gouvernement de Pékin eut l’habileté de dévier le mouvement contre les étrangers. Il l’encouragea d’abord officieusement, avant de le patronner ouvertement. Au printemps 1900, jugeant que l’effervescence des boxeurs avait atteint un degré suffisant, le prince Tuan, chef du gouvernement impérial, donna le signal de l’action contre les étrangers. Mais le mot d’ordre ne fut suivi par aucun viceroi provincial, et la lutte ne fut engagée que par une partie de la population de Pékin, appuyée par les forces régulières de la province, agissant en sous-main.
12
Le 10 juin l’impératrice Cixi déclara au Grand Conseil que les étrangers devaient être supprimés sans retard. Le 13, la population de la capitale, entraînée par les Boxeurs, commença le massacre des prêtres européens et des chrétiens chinois ainsi que le siège des légations – les représentations diplomatiques regroupées dans un même quartier, au sud est du palais impérial. Le 20 juin le ministre d’Allemagne, von Ketteler, fut assassiné. Les représentants des Puissances et les résidants étrangers, assaillis dans les immeubles des légations par une foule hurlante, bientôt entièrement coupés du monde extérieur, improvisèrent une défense de fortune (épisode dit des « 55 jours de Pékin »). Une première colonne internationale de 2 000 hommes qui essaya de marcher de Tianjin sur Pékin sous le commandement de l’amiral anglais Seymour, ne put s’ouvrir la route et dut battre en retraite (10 - 26 juin). Cependant une expédition internationale plus importante, placée sous les ordres du maréchal allemand von Waldersee, s’organisait. Les premiers contingents européens, américains et japonais s’emparèrent de Tianjin le 14 juillet et le 14 août entrèrent à Pékin. La cour mandchoue n’avait pas attendu l’arrivée des Alliés. Cixi, déguisée en paysanne, avait pris la route du Shanxi. Un vice-roi, nommé pour la circonstance, négocia la paix avec les Puissances. Le prince Tuan, chef du gouvernement impérial, fut exilé, et plusieurs organisateurs du massacre reçurent « la permission de se suicider ».
La république, l’ère des « seigneurs de la guerre » et l’intervention japonaise L’impératrice Cixi et les princes mandchous finirent par comprendre que seule l’adoption des méthodes européennes permettrait de tenir tête à l’Europe. Des mesures libérales furent alors promulguées. Ces concessions faites dix ans plus tôt, auraient rallié à la dynastie mandchoue tous les réformistes, mais il était trop tard. L’opposition était devenue antidynastique. Un leader révolutionnaire, Sun Yatsen, réclamait même la fondation d’une république socialiste. Né près de Canton en 1866, il avait fondé vers 1900 le parti « national » ou Kuo-min-tang. L’impératrice Cixi mourut le 15 novembre 1908. Le trône passa à Puyi, un enfant de trois ans, et la régence fut confiée à son père. Pendant ce temps, Sun Yat-sen redoublait d’audace, et ses campagne de libelles soulevait contre la dynastie, l’élite intellectuelle du pays. La révolte finit par éclater le 11 octobre 1911. Le régent démissionna le 6 décembre 1911, puis le 12 février 1912 le petit empereur Puyi abdiqua, ou plus exactement, institua lui-même la république. Le gouvernement républicain se décomposa, et une ère de « seigneurs de la guerre » s'ouvrit, pendant laquelle la Chine fut ravagée par les luttes entre des coalitions mouvantes de chefs militaires provinciaux. Pendant cette période, qui dura jusqu’à la fin des années 20, les tendances xénophobes et antichrétiennes de la population, n’atteignirent jamais les niveaux atteints au cours de l’empire. A partir de 1931, les Japonais envahirent la Mandchourie. Il s’ensuivit une longue période de conflits entre japonais, troupes nationalistes de Tchang Kaï-chek et communistes, menés par Mao Zedong. (D’après l’Histoire de la Chine, par René Grousset)
Les origines des missionnaires lyonnais (1815-1950) En un siècle et demi, 700 missionnaires sont partis des régions de Lyon et de Saint-Etienne. Cette dernière a fourni les plus gros effectifs, la pratique religieuse y était, en effet, plus forte. La plupart des missionnaires étaient d’origine modeste, voire pauvre : • 43,6% sont issus du monde agricole. • 24,4% viennent du milieu artisan, dont 36% nés dans la région de Saint-Etienne. • 9,6% sont d’origine ouvrière En revanche, 4,5% viennent de la noblesse, dont un grand nombre (41%) entrés dans la Compagnie de Jésus (Jésuites). Source : Yannick Essertel, l’Aventure lyonnaise (1815-1962) - éditions Cerf Histoire
Quelques visages de missionnaires partis en Chine :
1
2
3
1 : Mgr Célestin Chouvellon (1849-1924), envoyé en 1873 dans la province du Setchoan (Sichuan.). Originaire de Husson en Forrez (Loire) 2 : Jean Chaffanjon (1856-1926), envoyé en 1879 dans la province du Kouy-tcheou (Ghuizhou).. Originaire de Cleppé (Loire). 3 : Marc Chatagnon (1839-1920), envoyé en 1863 dans la province du Setchoan (Sitchuan) méridional. Originaire de Cellieu (Loire)
13
Un précurseur des missions en Chine au XIX° siècle : le Père lazariste Évariste Huc (1813 – 1860)
Portrait du Père Huc (extrait d’une édition chinoise de son récit, parue en 2012)
Itinéraire du père Évariste Huc en Chine (1844 – 1846)
En compagnie d’un autre lazariste, le Père Gabet, il se rendit au nord de la Chine, dans la région appelée alors Tartarie. Puis au cours d’un long voyage d’exploration, il gagna le Tibet, jusqu’à Lhassa. Après un séjour d’un mois, il fut expulsé par les Chinois, et ramené sous escorte jusqu’à Canton, d’où il regagna la France Les ouvrages du Père Huc, « Souvenirs d’un voyage dans la Tartarie, le Thibet et la Chine » et « L’empire chinois », eurent un très grand retentissement dans toute l’Europe, et suscitèrent des vocations de voyageurs et de missionnaires. Ils sont encore réédités de nos jours.
Le voyage en Chine, à la fin du XIX et au début du XX° siècle
La traversée durait plus d’un mois. S’embarquer sur ces paquebots, représentait une véritable aventure, au début du XXe siècle. Carte des Messageries maritimes de 1927
14
Troisième partie : Une figure lyonnaise de la mission en
Chine, le Père Charles REY
Charles REY naît le 9 avril 1866, à Lyon, dans la paroisse Saint-Bonaventure. Il est issu d’une grande famille de joailliers lyonnais, les Rey-Coquais. 8 septembre 1885 : il entre au séminaire des Missions Étrangères de Paris. 3 mars 1889 : il est ordonné prêtre et reçoit sa nomination dans la préfecture apostolique du Kouang-tong (Canton), qu’il part rejoindre le 1er mai 1889. Juillet 1889 : le Père Rey arrive en Chine, à Vong-tong, nommé à la tête du district de Kya-yn (Ka-in-tchiou). Pendant quelques mois, il poursuit sa formation missionnaire. 1891 : des placards violents sont affichés sur les murs de la ville de Kya-yn (Ka-in-tchiou), incitant la population à détruire la chapelle catholique et le temple protestant. Ces menaces ne seront pas suivies d’effet. 1893 : il fonde un nouveau poste, près de la sous-préfecture de Chin-nen. juin-juillet 1895 : des troubles agitent les sous-préfectures dépendant de Kain-tchiou. 1901 : tout en assurant l’administration des chrétiens, il rédige un dictionnaire Hakka-français, et l’année suivante, il se rend à Hong-Kong pour en surveiller l’impression. Au séminaire des Missions Étrangères de Paris (1er rang, 4ème à gauche) 1909 : le Père Rey est très occupé par ses constructions de Shak-shin, marché important désigné pour devenir le centre de son district. 1916 : il est nommé à Loc-fung, sous préfecture au sud-ouest de Swatow. Au début d’une révolte, le mandarin local, attaqué dans son prétoire, se réfugie à l’oratoire de la mission. Le Père Rey empêche la foule de le massacrer ; quelques jours après, des renforts ayant permis à ce magistrat de reprendre le pouvoir, il décide de faire fusiller ses agresseurs. Mais le Père Rey intervient et réussit à leur sauver la vie. 1919 : il inaugure un oratoire dans les montagnes de HaouHai, région jusque-là hostile. 1920 : il estime à 2 200, le nombre total des chrétiens de son district. 1925 : la mission de Swatow traverse de rudes épreuves avec l’arrivée de l’armée rouge. Les troubles et vexations contre les chrétiens se poursuivent au cours des années suivantes. Le Père Rey se rend à Hong-Kong pour surveiller l’impression d’une nouvelle édition de son dictionnaire Hakka-Français, un fort volume d’environ 1800 pages.
Au temps du séminaire
15
Le Père, au milieu de l’assemblée paroissiale de Vong-tong
1929 : il lance la construction d’un pont en béton armé, sur la rivière de Wu-king-fu, large de 102 mètres, quasiment sans outillage, et avec le seul concours de travailleurs inexpérimentés. L’ouvrage est solennellement inauguré le 23 mars 1932. Une bannière de soie blanche, sur laquelle ont été brodées des sentences d’éloge et de reconnaissance, est promenée dans la région, avant d’être offerte au Père Rey par les notables, au nom de la population.
Le Père surveille le chantier du pont Le père Rey, coiffé d’un casque colonial, prend la pose sur son pont, en compagnie de son assistant.
Récit de la construction, par le Père
Octobre 1936 : Le Père Rey retourne à Hong-Kong pour faire imprimer son manuel de conversation en langue Hakka. 6 juin 1939 : il célèbre, à Kao-vouk-tsai, ses noces d’or sacerdotales. Comme marque de leur piété filiale, ses anciens paroissiens lui offrent un luxueux cercueil. Éprouvé par une entérite qui se complique en raison de son âge, il décède à Kao-vouk-tsai, le 8 décembre 1943. Missionnaire exemplaire, les ouvrages de linguistique et d’ethnologie laissés par le Père Rey, lui ont aussi valu une réputation de sinologue éminent. (source : Missions Étrangères de Paris)
Le Père entouré de membres de sa famille, lors d’un de ,ses rares retours à Lyon. Son frère Jules est à sa droite.
Le Père Rey vers 1930
,,,,, Le testament du père Rey (1930)
16
Quatrième partie : Le Père REY à la rencontre des Hakkas Dans la province de Canton, au sud de la Chine, le père Rey était spécialement chargé du peuple des Hac-ka (on écrit de nos jours Hakkas). Ils constituent, encore de nos jours, un groupe homogène, qui se distingue du reste de la population chinoise, par sa langue, ses coutumes et sa généalogie. Ils seraient originaires du nord de la Chine, qu’ils auraient quitté à une époque très ancienne : on trouverait déjà leurs traces trois siècles avant J.C. dans le nord-est du pays. Ce sont diverses invasions et affrontements avec les populations autochtones, qui les auraient obligés à émigrer par vagues successives dans différentes provinces, de plus en plus méridionales, notamment celle de Canton, et celle, voisine, du Fujian. - Leur langue, écrit le Père Rey, est « le mandarin, la langue dominante en Chine, mélangée de patois. Au cours de leurs pérégrinations, ici leur langue s’est corrompue, là elle s’est enrichie au contact des diverses peuplades qu’ils ont traversées, et les montagnes qu’ils habitent lui ont donné ce cachet spécial et rude, qui la distingue des autres dialectes. 4 millions de personnes parlent le hakka, dans la province de Canton seulement.» - Leurs mœurs sont qualifiées par le père de « patriarcales. Simples, hospitaliers et superstitieux, ils vivent de peu, s’entraident dans la bonne et la mauvaise fortune, et gardent avec un soin jaloux le culte des ancêtres. » Cependant, « obligés de batailler pour se frayer un chemin ou pour se maintenir dans les pays conquis, ils ont un grand attrait pour la boxe et le bâton. Ils sont aussi « chicaneurs et procéduriers. »
L’évangélisation C’est dès son arrivée en Chine, en 1889, que le Père fut envoyé au nord-est de la province de Canton, auprès des Hac-ka. Il y passa les cinq premières années en « apprentissage ». Et en 1894, se sentant assez fort, il se lança à la conquête d’une région dont la population semblait revêche à tout progrès. C’est le récit de ces débuts aventureux, qui est livré aux lecteurs des « Missions catholiques », le bulletin hebdomadaire de l’œuvre de la Propagation de la foi, dans son numéro du 11 octobre 1912, et les numéros suivants. Le Père est alors en Chine depuis 23 ans. Sa relation, pleine d’humour, privilégie l’anecdote et le pittoresque. Arrivé de nuit dans une importante bourgade, il s’installe dans la première auberge aperçue. Sa qualité d’étranger suscite alors la curiosité générale. La foule, d’abord étonnée de l’entendre parler chinois, se presse autour de lui pour l’examiner à loisir. A la demande d’une vieille dame, iI consent à se déchausser, pour prouver qu’il n’a pas des pieds de bouc, contrairement à l’opinion généralement partagée au sujet des étrangers... Il invite alors les personnes présentes à venir causer le lendemain avec lui. Mais le lendemain, s’il suscite toujours la même curiosité, il ne trouve personne pour accepter son invitation de boire le thé avec lui. Le chinois qui l’accompagne, lui explique que les gens croient qu’en buvant son thé, ils seraient ensorcelés, et embrasseraient fatalement sa religion... Finalement, un vieillard se présente à lui, et lui déclare être chrétien. Grâce à lui, le Père parvient à louer « une boutique assez large pour y célébrer la messe ». Mais surtout, l’exemple du vieillard enhardit d’autres personnes, et le père commence à avoir un petit auditoire d’une trentaine de personnes. Il décide de partir peu après, pour ne « pas fatiguer les esprits et laisser les gens à leurs réflexions. » C’est alors qu’il apprend que le vieux chrétien est mourant, et il a juste le temps d’aller lui administrer les derniers sacrements. Toutes les espérances du Père, pour évangéliser la région, reposaient sur ce vieil homme... Il faut tout recommencer ! L’article suivant est paru dans le numéro du 18 octobre 1912. Le Père reprend son récit, trois ans plus tard, en 1897. Il peut alors recenser une soixantaine de chrétiens, dont un ancien bouddhiste, et l’aubergiste qui l’avait accueilli à son premier passage, en s’étonnant de la longueur de son nez... Après avoir multiplié ses déplacements dans le district, il est maintenant connu un peu partout. Mais à chacune de ses visites, il trouve, placardées au coin des rues, des inscriptions injurieuses et menaçantes, preuve qu’une résistance à son action s’organise dans la région. Les personnes qui oseraient vendre un terrain au missionnaire, sont ainsi menacées de représailles.
17
Un jeune converti propose alors au Père un arrangement pour devenir propriétaire d’une maison, sans attirer l’attention. Le missionnaire accepte, tout en trouvant la proposition suspecte... Peu après, deux chrétiens viennent lui raconter que leur père vient de mourir, et que les gens de leur village veulent les empêcher de l’enterrer chrétiennement. Les traités internationaux accordant l’entière liberté au culte chrétien, le Père Rey décide alors d’aller trouver le mandarin local pour que justice leur soit rendue. Il fait seller son cheval et part aussitôt. Mais le voyage se transforme en une véritable odyssée : il sauve une petite fille de la noyade et n’obtient que des injures de la part de la vieille femme qui l’élève... sa tresse s’accroche à une branche et il se retrouve désarçonné... il ne récupère sa monture qu’avec beaucoup de difficultés... il manque de se noyer en traversant une rivière... une vingtaine de personnes le frappent avec des bâtons tandis qu’il traverse un village... il se perd et est contraint de passer la nuit à la belle étoile... Finalement, il se retrouve par hasard dans la localité où il s’est fait bâtir une maison avec la complicité du jeune converti. Il découvre alors que celui-ci l’a trompé en ne respectant pas ses engagements, et le missionnaire doit menacer pour récupérer les sommes qu’il a engagées... Le récit se poursuit dans le numéro suivant, celui du 25 octobre 1912. Le Père s’enquiert des nouvelles de la petite communauté chrétienne, auprès de l’exbouddhiste. L’un d’eux a pris une deuxième femme, la veuve de son frère, pour continuer la lignée de ce dernier, mort sans enfant, selon la tradition... Un autre hésite à se faire baptiser, parce qu’il voudrait continuer à bénéficier des rites que l’on accorde aux morts dans l’antique religion, et qui garantissent une vie confortable dans l’au-delà... Un troisième s’est fait enlever sa femme, et vient de se venger cruellement du ravisseur, qui voulait la vendre... Il s’agit ensuite de régler l’affaire du villageois qui n’a pu être enterré chrétiennement, évoquée précédemment. Un vieux sage conseille au Père de donner un peu d’argent au mandarin, qui fera alors tout ce qu’on voudra... Il faut d’abord acheter une carpe, présent bien modeste en apparence, mais dont le nom se prononce en chinois comme le mot « justice ». On mettra alors 20 pièces d’argent dans le ventre du poisson et lorsqu’on paraîtra devant le mandarin, il faudra bien lui demander de juger le cas selon la justice. Il saura que cela veut dire, « d’après ce qui est dans la carpe », et il ne manquera pas de donner satisfaction au plaignant. C’est effectivement ce qui se passe. Le vieil homme peut alors être enterré chrétiennement, et un crucifix qui avait été jeté dans un étang, est ramené en procession au missionnaire. Le Père demande que les coupables ne soient pas punis... Le Père conclut sa série d’article, par un bilan succinct des faits qui se sont déroulés depuis 1897 : guerre contre les Japonais en 1900, lutte contres les sociétés secrètes en 1902,... En 1904, il « comptait » 400 chrétiens, puis bientôt 600, grâce à la pacification du pays. Il put alors construire un « centre d’administration », avec une chapelle. Le fait d’avoir parcouru pendant dix ans le pays, sans avoir de logement fixe, avait donné lieu à des conversions isolées. Mais les chrétiens se trouvent donc très disséminés, et il cherche à les réunir en un seul village. « J’achèterai des rizières dont mes chrétiens seront les fermiers, et dont les revenus serviront à l’entretien de l’église, de l’école et des catéchistes. » Il conclut : « J’ai fini, chers lecteurs. Vous avez compris que j’ai besoin d’argent et pas d’autre chose. Ma Providence est dans votre poche. Envoyez-moi de votre superflu. Les âmes que vos aumônes auront sauvées vous en auront une reconnaissance éternelle. Adieu ! »
18
L’étude de la langue hakka et la rédaction d’un dictionnaire Pour aider les futurs missionnaires à s’intégrer dans la population locale, le Père dût s’atteler à la rédaction d’un dictionnaire hakkafrançais, qui n’existait pas jusque là. Il évoque ce difficile travail dans un court article de novembre 1912 : « Mon dictionnaire m’a demandé beaucoup de travail et j’y ai rencontré beaucoup de difficultés, mais ce n’est rien en comparaison d’un travail sur la langue écrite. A propos de dictionnaire, je suis en pourparlers avec l’imprimerie de Hong-Kong pour éditer ma seconde édition, revue, corrigée et augmentée. Ce travail va m’obliger à passer quelques mois à Hong-Kong ; je redoute de laisser mon district veuf trop longtemps, mais d’autre part je retremperai avec plaisir mon esprit et mon cœur dans la vie spirituelle... »
Page de titre du dictionnaire
Catéchismes en chinois rédigés par le Père
Pages du dictionnaire hakka- français
« Hélas ! pas d’autre voie Pour aller à Hong-Kong. Terrible mal de mer, Je ne garde de toi, Qu’un souvenir amer. … Arrivés à Hong-Kong, Nous retrouvons la joie.» C. R. Le bateau pour Hong-Kong (dessin Charles Rey)
Rue de Hong-Kong (photo Charles Rey)
Cathédrale de Hong-Kong (photo Charles Rey)
Bateau à vapeur et jonque (photo Charles Rey)
19
Cinquième partie : Dessins et poèmes du Père REY Charles Rey n’était pas seulement un théologien et un linguiste de qualité, il fut également un excellent aquarelliste et un poète, joignant l’humour à un réel sens de l’observation. Son carnet de dessins, pieusement conservé par sa famille, en porte témoignage. Le Père a inlassablement dépeint les lieux où il vivait, et où il a exercé son ministère. Ses compositions ont su allier l’harmonie et la beauté des paysages, à une recherche du pittoresque et de l’anecdotique. L’ensemble nous permet d’appréhender le regard que pouvait porter un européen cultivé du début du XXe siècle, sur une Chine qui n’était pas encore entrée dans la modernité.
20
21
22
23
24
La baie de Hong-Kong
25
Le père Rey ne s’est pas contenté de dépeindre son cadre de vie, il s’est aussi intéressé aux hommes et aux femmes qui l’entouraient. Plusieurs de ses dessins reflètent la vie quotidienne sous ses multiples facettes : paysans en costume de fête, irrigation d’un champ, transport des marchandises par sampan, etc. Il se révèle également un excellent observateur de la nature, avec ses planches représentant des fleurs ou des papillons, qui témoignent elles aussi d’une grande sensibilité.
26
27
28
29
Sixième partie : La mission aujourd’hui Un prêtre lyonnais en mission aujourd’hui Le père Frécon, âgé de 37 ans, est originaire de Saint-Colombe-les-Vienne (Rhône). Il a fait ses études au séminaire Saint-Irénée avant de choisir la vie missionnaire. C’est l’actuel directeur du séminaire de Taipeh (Taiwan). Le père Étienne Frécon témoigne : « À la suite de nombreux missionnaires qui par le dialogue et la rencontre ont témoigné du Christ en Chine, la mission dans le monde chinois continue. Si elle se déploie de manières diverses sur le continent, à Taïwan ou Hong-Kong et dans la diaspora, la mission est d’abord cette rencontre avec un peuple, des hommes et des femmes, porteurs d’une culture et de religions millénaires. Être missionnaire dans le monde chinois, c’est d’abord accepter de rentrer dans un monde où la différence est la marque de fabrique de la rencontre. La langue, la culture, la philosophie, les religions et sagesses chinoises ont formé un peuple. La parole de l’Évangile, où le « son du bonheur » comme le propose la traduction du mot évangile en chinois, résonne dans cet univers teinté de toutes ces différences. Le missionnaire est d’abord invité à en accueillir toutes les harmoniques pour découvrir le travail de l’Esprit au cœur de ce peuple. Si la mission s’incarne de différentes manières selon le charisme des missionnaires, travail en paroisse, enseignement des langues occidentales, œuvres caritatives, formation et travail éducatif… elle reste, pour le missionnaire, un engagement de tout l’être au service du projet de bonheur que Dieu a pour chaque personne. Dans les siècles précédents, la mission a pu être vue comme un mouvement vers l’Orient non chrétien, il est plus juste de parler aujourd’hui d’un mutuel enrichissement, fruit de la rencontre entre deux mondes. Les missionnaires par leurs racines qu’ils plongent dans deux univers différents, permettent ces échanges religieux, ce dialogue des cultures, ces amitiés entre les peuples, cette fraternité humaine. Ils sont des ponts lancés pour avancer ensemble vers cette terre nouvelle et ces cieux nouveaux ». La tombe du père Charles Rey est encore honorée de nos jours. (Archives famille Rey-Coquais)
Les Hakkas au XXIème siècle Le tulou (« bâtiment de terre ») du Fujian, est un habitat communautaire abritant de nombreuses familles, parfois un village entier. Il s’agit de grandes maisons circulaires ou plus rarement rectangulaires, disposant d’une entrée unique. Au rez-de-chaussée se trouvent les cuisines et quelques animaux ainsi qu’un puits et parfois un autel ; les greniers occupent le premier étage, puis au-dessus, au deuxième et éventuellement au troisième étage, les logements, seules pièces à posséder des fenêtres ouvrant sur l’extérieur. Un grand nombre de ces maisons est toujours habité de nos jours, par une population vieillissante.
Les habitats traditionnels hakka sont classés au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 2008 ©Bernard Paubel
30
Quelques visages Hakkas du XXIe siècle ©Bernard Paubel
31
32