BITUREM
MITSUAGE Aexum della presco rfe biturems
EMEN SIS ITAQUE DIFFICU LTATIBUS
MITSUAGE Aexum della presco rfe biturems
HEBDOMADAIRE INTERNATIONAL NO 3062 DU 15 AU 21 SEPTEMBRE 2019
Au pays du « régime présidentiel intégral », la crise financière semble surmontée et la sécurité assurée. Reste pour l’hyperprésident Idriss Déby Itno à ranimer le jeu démocratique, quitte à céder un peu de ses pouvoirs. Spécial 36 pages
TCHAD
Le Jupiter de N’Djamena .
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France 3,80 € Algérie 290 DA Allemagne 4,80 € Autriche 4,80 € Belgique 3,80 € Canada 6,50 $ CAN Espagne 4,30 € Éthiopie 67 Br Grèce 4,80 € Guadeloupe 4,60 € Guyane 5,80 € Italie 4,30 € Luxembourg 4,80 € Maroc 25 DH Martinique 4,60 € Mayotte 4,60 € Norvège 48 NK Pays-Bas 5 € Portugal cont. 4,30 € RD Congo 5 $ US Réunion 4,60 € Royaume-Uni 3,60 £ Suisse 7 FS Tunisie 4 DT USA 6,90 $ US Zone CFA 2 000 F CFA ISSN 1950-1285
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République du Tchad Unité - Travail - Progrès
SPLENDEURS TCHADIENNES
Ministère du développement touristique, de la culture et de l’artisanat
Pays de contraste, le Tchad concentre toutes les richesses d’un continent.
© Adobestock.com
Voyageurs en quête d’aventure, soyez les bienvenus.
QUELQUES MERVEILLES DU PAYS DE TOUMAÏ
COMMENT SE RENDRE AU TCHAD*
• Les lacs (Kébir et Sérir), classés au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis juillet 2012 ; • Le massif de l'Ennedi, paysage naturel et culturel, classé au patrimoine mondial de l'Unesco en juillet 2016 ; • Toumaï, notre ancêtre de plus de 7 millions d'années (découverte en 2001) ; • Les gravures et peintures rupestres de l'Ennedi et du Tibesti ; • Le parc national de Zakouma, le dernier écosystème resté quasi intact ; • Le village Kotoko et les femmes potières de Gaoui.
Pour tout ressortissant étranger désireux de se rendre au Tchad, il lui est exigé un passeport revêtu d’un visa d’entrée ou d’un laissez-passer. Les visas sont délivrés par les ambassades ou Consulats du Tchad à l’étranger. Le coût du visa est fonction de la durée de séjour. La durée du visa varie selon le type de celui-ci : Visa de transit direct (VTD) de 24 h ; Visa de transit avec arrêt (VTA) de 15 jours ; Visa de court séjour (VCJ) de 3 mois ; Visa long séjour (VLS) de 3 ans.
JAMG - Photos : D.R. sauf mention
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www.destinationtchad.com E @tchadnouvelledestination
* L’article 35 de la Loi de Finances 2019 du Tchad dispose qu’à compter du 1er janvier 2019, il est institué un visa touristique à l'arrivée. Les tarifs dudit visa sont fixés comme suit : 35 000 F CFA zone Afrique ; 65 000 F CFA reste du Monde.
COMMUNIQUÉ
PROFESSIONNALISME & RIGUEUR
LE CONSTRUCTEUR
DE LA PROCHAINE GÉNÉRATION GEYSER S.A. est le fruit d’une série d’histoires entrepreneuriales depuis 1958, dont la dernière étape en date remonte à 1998, lorsque Amir Adoudou ARTINE a fondé cette société qui aujourd’hui est une référence dans ses différents métiers. Depuis 20 ans, GEYSER S.A. intervient dans les travaux routiers, de génie civil, de terrassement de la construction Hydraulique, des forages d’eau et services à l’industrie pétrolière ; tout en misant sur le développement de solutions dans les énergies renouvelables, des nouvelles méthodes l’irrigation et la Géomatique.
En juin 2010, grâce à une gestion rigoureuse, des comptes stabilisés, un savoir-faire reconnu par les plus grands groupes étrangers installés au Tchad et après avoir démontré sa capacité à mettre en place des procédures qualitatives de production respectueuses de l’environnement, GEYSER S.A. a obtenu un financement auprès de la SFI (Société Financière Internationale, groupe de la Banque Mondiale).
GEYSER S.A. est une société Panafricaine, mais elle s’appuie sur des équipes internationales capables de se mobiliser rapidement et proposer à ses clients des solutions alliant innovation, respect des délais et prise en compte des critères de développement durable. Depuis 2015, GEYSER S.A. est présente au Cameroun par le biais d’une succursale transformée en société anonyme en 2018. Sa capacité d’intervention et de gestion des chantiers complexes est assise sur un large parc de matériels et d'équipements industriels spécialisés et diversifiés répondant aux exigences d’environnements les plus hostiles. Aujourd’hui GEYSER S.A. à démontré sa capacité de se dupliquer grâce à des procédures claires et la mise en œuvre de démarches qualités qui lui ont permis de s’imposer auprès d’un large panel de partenaires publics, privés, nationaux et internationaux.
GEYSER S.A. TCHAD : BP. 41 N'Djamena - Tchad - Zone industrielle de Farcha -(+235) (+235)2222525253530000/ 95 / 95474795959595 Email : geyser@geyser-sa.com - www.geyser-sa.com GEYSER S.A. CAMEROUN : BP: 972 Yaoundé - Cameroun - Face à l’hôtel de ville, Yaoundé - (+237) 663 31 13 58 Email : geyser@geyser-sa.com - www.geyser-sa.com
Le rendez-vous des LeaderEs de demain
Affirmez l’engagement de votre entreprise en faveur du leadership féminin ABIDJAN 24 septembre 2019
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PARTENAIRES THÉMATIQUES
heroines@jeuneafrique.com PARTENAIRES DÉVELOPPEMENT DE TALENTS
BOURSE REGIONALE DES VALEURS MOBILIERES
Afrique de l’Ouest
PARTENAIRE INSTITUTIONNEL
PARTENAIRES
PARTENAIRES MÉDIAS
© FREDERIC NOY
PRÉSIDENCE DE LA RÉPUBLIQUE DU TCHAD
IDRISS DEBY ITNO, Président de la République du Tchad, en visite sur le terrain.
PUBLI-INFORMATION
Le TCHAD sur la voie de l’émergence Le projet de société incarné dans « la Vision 2030 » traduit la volonté du Chef de l’État de faire du Tchad une puissance régionale émergente à l’horizon 2030. Cette émergence sera ancrée sur la cohésion nationale et sur la diversification des sources de croissance économique durable, créatrices d’emplois décents et permettant d’assurer à chaque Tchadien, l’accès équitable aux services sociaux de base.
« Notre croissance connaîtra au cours de l’année nouvelle une évolution de 6,9 % » Idriss Deby Itno, Président de la République du Tchad
L’
objectif est de donner une impulsion au processus de développement du pays en vue d’atteindre l’émergence en 2030 grâce à trois Plans Nationaux de Développement (PND 2017-2021, PND 2022-2026 et PND 2027-2030). Ces plans seront mis en œuvre pour accélérer la transformation structurelle dans les domaines social, de la gouvernance et de l’État de droit, de l’économie et de l’environnement.
PUBLI-INFORMATION
La croissance économique du Tchad a connu deux périodes durant ces dernières décennies : la phase d’avant 2003 avec une progression moyenne du PIB de 3 % par an environ, portée par les sous-secteurs de l’élevage et de l’agriculture ; et la phase d’après 2003 avec une hausse moyenne du PIB proche de 9 %, nettement supérieure à la croissance de la population (3,6 %), et reposant essentiellement sur le secteur pétrolier.
La bataille de la transformation structurelle Dans son adresse à la nation, le 31 décembre 2018, le Président IDRISS DEBY ITNO a lancé ce défi : « Au plan économique, l’année qui commence sera une année
charnière pour la bataille de la transformation structurelle de notre économie. Au demeurant, la diversification de l’économie doit être une réalité dans l’optique de doper notre croissance qui connaitra, au cours de l’année nouvelle, une évolution de l’ordre de 6,9 % ». Suivant cette recommandation, toutes les actions qui s’inscrivent dans la dynamique de la transformation structurelle sont en train d’être mises au point. Il est notamment prévu la réalisation d’un certain nombre d’actions pertinentes dans le sillage de la mise en œuvre du Plan National de Développement. Au nombre des actions, études et réformes préconisées, figure l’élaboration d’un Plan directeur d’industrialisation et de diversification économique.
PRÉSIDENCE DE LA RÉPUBLIQUE DU TCHAD
d’autres réformes en vue de renforcer le partenariat public-privé. Dans cet esprit, le Ministère en charge du Plan envisage d’organiser des forums pour attirer les investissements directs étrangers. En juillet 2019, s’est tenue la toute première édition du Forum Tchad-Monde Arabe, qui sera suivie dans les prochains mois du Forum Tchad-Chine.
L’importance de la formation
Des forums de haut niveau
Conscient des goulots d’étranglement qui entravent l’essor de l’économie tchadienne, le Ministère de l’Économie et de la Planification du Développement (MEPD) envisage, parmi ses axes
L’objectif de ce plan est de sortir le Tchad de la dépendance et de la vulnérabilité d’une économie dominée par les produits primaires afin de migrer progressivement vers une économie diversifiée et tirée par les produits manufacturés, notamment ceux du secteur agropastoral. Il est aussi fait mention
Parmi les axes stratégiques, la création d’Écoles de Métiers de Développement ou Écoles de Demain
stratégiques, la création des Écoles de Métiers de Développement ou Écoles de Demain. Ces structures innovantes et structurantes auront pour vocation d’assurer la formation des agents techniques subalternes et intermédiaires ou des ingénieurs hautement qualifiés dans les domaines d’avenir tels que : agriculture, élevage, énergies propres, NTIC, numérique,gestiondes réseaux, biomédical, biochimie, transport aérien, Infrastructures (ponts et chaussées, ferroviaire, BTP), banques et finance, ingénierie de l’eau.
ÉLEVAGE : OPTIMISER L’EXPLOITATION DES RESSOURCES Le Tchad est une terre d’élevage par excellence. Le cheptel tchadien compte 93,8 millions d’unités de bétail et 34,6 millions de têtes de volaille. Le bétail est constitué essentiellement de ruminants comme les caprins (32,5 %), les ovins, (28,2 %), les bovins (26,5 %) et les camelins (6,8 %). Comme l’agriculture, l’élevage occupe une importante frange de la population. Selon les statistiques du Ministère de l’Elevage, l’élevage emploie 40% de la population active dont 80% de la population rurale. Près de 4,5 millions de personnes vivent directement ou indirectement de l’élevage. Le cheptel représente un capital de 1 000 milliards de FCFCA. Le secteur de l’élevage participe de façon importante aux échanges avec l’extérieur puisqu’il génère une recette annuelle de 135 milliards de FCFA, soit environ 51 % des exportations hors pétrole. Plusieurs actions d’envergure ont été engagées par le gouvernement. Parmi ces projets, on peut citer notamment le Programme d’appui à la filière bovine et le Projet d’appui au système d’élevage pastoral. Les autorités tchadiennes misent sur trois facteurs pour optimiser l’exploitation des ressources de cette filière : la valorisation des méthodes traditionnelles à travers un renforcement de la politique de santé animale ; la gestion rationnelle des ressources pastorales existantes ; et la modernisation progressive de la filière.
PRÉSIDENCE DE LA RÉPUBLIQUE DU TCHAD
Construire et gérer un tissu industriel capable de rendre possible une économie de production
Suivant les projections du MEPD, la première étape consistera à faciliter la formation initiale d’une centaine de formateurs dans les domaines diversifiés porteurs de l’économie nationale. Il s’agit d’anticiper les besoins de demain et de consolider les actions entreprises à moyen et long terme pour construire et
gérer un tissu industriel capable de rendre possible une économie de production à l’opposé de l’économie de consommation actuelle tournée vers l’importation des produits finis. Pour matérialiser un tel projet dans un délai court, il est envisagé de négocier et de mettre en œuvre des accords de partenariats avec certains pays avancés dans le domaine du transfert de compétences tech-
niques et de petites technologies de développement, modulables en fonction des fortes potentialités dont dispose le Tchad. Aussi, les pays tels que la Corée, le Japon, l’Inde, l’Indonésie, le Vietnam, la Turquie présentent-t-ils des avantages comparatifs avérés dont le Tchad peut bénéficier pour construire son propre socle de développement en une dizaine d’années.
PUBLI-INFORMATION
AGRICULTURE : L’EAU AU SERVICE DE LA SÉCURITÉ ALIMENTAIRE L’agriculture occupe 80 % de la population et offre un vrai potentiel de développement, en raison notamment de l’importance des terres arables (39 millions d’hectares, soit 30 % du territoire national). Les principales cultures sont les céréales, les oléagineux, les légumineuses et les tubercules ; sans oublier, bien sûr, le coton, principale culture de rente et la gomme arabique, dont le Tchad est le 2ème exportateur mondial. Malgré sa position géographique au Sahel, le pays est bien pourvu en ressources en eau. Fort de tous ces atouts, le Tchad nouveau privilégie le développement du secteur agricole. Ce qui se traduit déjà par la mise en œuvre des projets et programmes dans la perspective d’accroître la production et les rendements. La principale initiative est le Programme national de sécurité alimentaire (PNSA) qui relève de l’Agence nationale d’appui au développement rural (ANADER). L’objectif est d’augmenter la production céréalière et d’améliorer la productivité grâce à l’aménagement de petits périmètres irrigués : les producteurs devraient ainsi être mis à l’abri des aléas climatiques. De même, une attention particulière est accordée à la mécanisation de l’agriculture par le biais de l’acquisition de tracteurs.
PRÉSIDENCE DE LA RÉPUBLIQUE DU TCHAD N’Djamena, République du Tchad - BP : 74 - Tél.: 00 235 22 51 44 37 - 22 51 51 39 - Email : contact@presidence.td
DIFCOM/DF - PHOTOS : © DR SAUF MENTION.
Anticiper les besoins de demain
GRAND FORMAT Pour tout comprendre de l’évolution d’un pays
TCHAD
BUTHAUD / ANDIA.FR
Idriss Déby Itno (au centre), lors du Festival des cultures internationales sahariennes, à Amdjarass, dans le nord-est du pays, en 2016.
Lignes de front
La crise financière semble surmontée. La sécurité restaurée. Le jeu démocratique devrait pouvoir reprendre pleinement ses droits. Premier test électoral depuis l’instauration, à la mi-2018, de la IVe République et du « régime présidentiel intégral » : les législatives prévues pour la fin de l’année. jeuneafrique no 3062 du 15 au 21 septembre 2019
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COMMUNIQUÉ
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88 ENJEUX
La stabilité à tout prix?
94 Vie des partis
Entretien avec Mahamat Zen Bada Abbas Secrétaire général du Mouvement patriotique du salut (MPS)
Mathieu Olivier MathieuOlivier
98 Opposition : tout
bouge, rien ne change
Seul maître à bord
99 Questions à
Succès Masra Fondateur du mouvement Les Transformateurs
102 ÉCONOMIE uittera-t-il un jour l’attitude martiale du général en chef ? Abandonnera-t-il la posture du soldat qui se dresse, encore et toujours, aux frontières d’un pays dont il a fait de la stabilité son slogan politique depuis trois décennies ? Le 18 août, alors qu’il décrétait l’état d’urgence dans le Ouaddaï et le Sila, régions frontalières du Soudan, Idriss Déby Itno n’a guère laissé place au doute. « Après trois tirs de sommation, si l’individu n’obtempère pas, il faut le tuer », a-t-il lancé, droit dans ses bottes. Sans Premier ministre depuis l’avènement de la IVe République, en mai 2018, le chef de l’État – qui joue allègrement des remaniements ministériels au point que peu s’y retrouvent dans l’annuaire des anciens ou actuels ministres – se pose comme le seul véritable maître du jeu tchadien. Dans chaque crise régionale, il a placé ses pions, souvent familiaux, pour que rien ne puisse se faire sans lui. En Centrafrique, il entretient sa proximité avec certains chefs de groupes armés et n’accorde qu’une confiance fort modérée au président Faustin-Archange Touadéra. Au Mali, il joue la carte de l’ONU, certes coûteuse en hommes, et du G5 Sahel, pièce maîtresse de la bonne relation qu’il entretient avec la diplomatie et les renseignements français. Au Soudan, il s’est rapproché des nouveaux tenants du pouvoir, côté militaire, depuis la chute d’Omar el-Béchir en avril dernier. Quant à la Libye, il la surveille de près, soutenant le maréchal Khalifa Haftar et s’alignant sur la position de son homologue égyptien, Abdel Fattah al-Sissi (par ailleurs président en exercice de l’Union africaine), et sur celle des puissances du Golfe (Arabie
Q
saoudite et Émirats arabes unis en tête, dont il convoite les investissements). Comme un capitaine de vaisseau amoureux des tempêtes, Idriss Déby Itno a su tisser une toile dont la solidité ne se révèle que par gros temps. Mais la stratégie ne tient pourtant qu’à un fil. Aux frontières avec le Soudan, la communauté zaghawa, dont il est issu, ne peut cacher ses divisions internes – sur lesquelles tentent d’ailleurs de jouer certains rebelles, comme Timan Erdimi, neveu du chef de l’État. Plus au nord-est, aux abords de la Libye, le Tibesti est en rébellion quasi ouverte autour, notamment, de Miski, où les communautés touboues rejettent une à une les approches – plus ou moins musclées – du pouvoir central. Le capitaine Déby Itno est habile, certes, mais le navire craque.
Troisième voie
D’autant que, à N’Djamena, beaucoup croient en un vent nouveau, celui d’une troisième voie qui viendrait balayer la vieille garde, tant du côté du pouvoir en place que de l’opposition. Ceux-ci appellent à un changement de leadership. Ceux-là à un dialogue national. Beaucoup à l’avènement d’une nouvelle génération. Tous, enfin, sourient lorsqu’on évoque la sacro-sainte stabilité, si chère à Idriss Déby Itno. Elle n’est, expliquent-ils, qu’une façon pour le pouvoir en place de se maintenir au sommet et de capter les richesses à son profit. Que vaut la stabilité, se demandent-ils, lorsque la pénurie est un quotidien et que l’alimentation, la santé ou l’éducation ne sont pas au rendez-vous? Le regard tourné vers les crises à ses frontières, Idriss Déby Itno n’en entend sans doute pas moins ces interrogations. Peut-il y répondre?
En convalescence
110 Stratégie
Entretien avec Issa Doubragne Ministre de l’Économie
114 Agro-industrie
Olam, le bon filon pour le coton
117 Entrepreneuriat
Interview d’Amir Artine Président de la chambre de commerce
124 Télécoms & TIC
Un potentiel à exploiter
128 SOCIÉTÉ
Aché Ahmat Coelo: d’égale à égal
132 Médias
L’audiovisuel public bascule dans la modernité
135 Danse
Taïgue Ahmed, « le renvoyé » du ciel
139 Questions à
Madeleine Alingué Ministre de la Culture
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Grand format TCHAD
ENJEUX Pour faire face à la crise financière et aux menaces sécuritaires, Idriss Déby Itno a placé son quinquennat sous le signe de la rigueur. Mais certains lui reprochent d’avoir d’abord et surtout cherché à renforcer ses pouvoirs.
La stabilité à tout prix? A FRANÇOIS-XAVIER FRELAND, envoyé spécial à N’Djamena
u siège du Mouvement patriotique du salut (MPS), sur la place de la Nation, à N’Djamena, l’ambiance était à la fête le 8 août dernier. Dans la cour principale, les convives, pour la plupart des représentants des institutions du pays, des députés et des cadres du parti au pouvoir, agitent de petits drapeaux aux couleurs du MPS (jaune et bleu), flanqués de ses emblèmes (un fusil et une houe soutenant une torche) et de sa martiale devise: « Mourir pour le salut ». Tout un programme, fidèle à l’histoire du parti présidentiel. À sa création par Idriss Déby Itno, en mars 1990, le MPS a tout d’abord été un mouvement rebelle clandestin. Quelques mois plus tard, il s’est mué en parti politique après avoir fait tomber le régime de Hissène Habré, en décembre 1990. « Le MPS a transformé la scène politique tchadienne. C’est lui qui a permis la démocratisation du pays et instauré le multipartisme », tient à rappeler son secrétaire général, Mahamat Zen Bada Abbas (lire pp. 94-96). Malgré la pluie battante, les danseurs traditionnels défilent dans la cour devant les ministres et les dignitaires du parti. Et dans cette foule compacte, on se salue en levant le poing devant les portraits géants du leader incontesté, Idriss Déby Itno, dont tous célèbrent ce jour-là le troisième anniversaire de son investiture à un cinquième mandat, le 8 août
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VINCENT FOURNIER/JA
Le chef de l’État, au palais présidentiel.
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Grand format TCHAD ENJEUX Lire aussi « Idriss Déby Itno adroit dans ses bottes » sur www.jeuneafrique.com
2016 – le président sortant avait été réélu dès le premier tour, le 10 avril 2016, avec près de 60 % des suffrages exprimés, résultat contesté par une partie de l’opposition. Il y a trois ans, Idriss Déby Itno avait prêté serment dans un contexte de crise financière aiguë et de récession, accentuées par une guerre d’usure coûteuse menée contre Boko Haram. « Parmi ses promesses, il y avait trois axes forts, rappelle Hassan Sylla Bakari, le porte-parole du MPS. D’abord œuvrer pour la paix, en garantissant la sécurité du territoire tchadien. Ensuite, donner la possibilité à chaque citoyen d’accéder à l’eau, à la santé, au logement, à l’énergie et à la mobilité. Et, enfin, bâtir un pays dynamique et prospère. Nous sommes en train de relever ces défis. »
État d’urgence dans trois provinces
Ex-ministre de l’Information et de la Communication et porte-parole du gouvernement de 2011 à 2016, Hassan Sylla Bakari est un fidèle d’entre les fidèles de l’exécutif, à tel point que certains opposants l’ont un temps surnommé « le griot de la dictature ». Lui préfère rappeler qu’il se tenait aux côtés des troupes tchadiennes lors de l’opération Serval pour libérer Gao, en janvier 2013, et il a vu au Mali les ravages de l’islamisation radicale et de la montée des tensions intercommunautaires. L’insécurité, il connaît. « On peut être fier. C’est sûr, le Tchad a beaucoup donné, mais il en paie aussi un certain prix », souligne le porte-parole du parti. Le pays est en effet affecté par les maux qui rongent ses voisins du Sahel. Au début d’août, des affrontements entre cultivateurs et éleveurs ont ainsi fait au moins une cinquantaine de morts en dix jours dans l’est du pays, désormais régulièrement agité par des violences entre nomades zaghawas et paysans ouaddaïens, ce qui laisse craindre les prémices de crises intercommunautaires, voire d’une guerre civile. Pour tenter de contenir la menace, le 18 août, Idriss Déby Itno a déclaré l’état d’urgence pour trois mois dans deux provinces frontalières avec le Soudan, le Sila et le Ouaddaï, puis dans celle du Tibesti, dans le Nord, en réclamant le désarmement des civils et en rappelant que « la cause principale de ce conflit intercommunautaire est liée au désordre qui dégénère au Soudan ». Le 10 septembre, les députés ont prorogé cet état d’urgence pour quatre mois. Le Tchad, dont la croissance économique retrouve quelques couleurs (de – 2,4 % en 2017 à + 2,4 % en 2018 et en 2019. Voir « Repères », p. 105), essaie de relever la tête dans un contexte sécuritaire régional toujours aussi incertain, malgré la volonté du chef de l’État de rassurer la communauté internationale par un discours toujours plus ferme face aux tentatives de déstabilisation venues de l’extérieur. Mais ce climat d’instabilité, lourd de menaces, le cerne de toutes parts. À l’est, donc, à la frontière avec le Soudan, encore agité par la chute d’Omar el-Béchir. Au sud, où, depuis le début de
l’année, le Tchad a renforcé la présence de ses troupes à la frontière avec la Centrafrique (dont il a également accueilli nombre de réfugiés depuis la guerre civile de 2012-2013). À l’ouest aussi, où, avec ses voisins du Cameroun, du Nigeria et du Niger, il poursuit sa lutte contre Boko Haram. Enfin, au nord, à sa frontière avec la Libye, où, à sa demande, l’aviation française engagée dans l’opération Barkhane a procédé à des frappes controversées pour stopper l’incursion d’une colonne armée de l’Union des forces de la résistance (UFR), une alliance de troupes rebelles basée en Libye. « C’est un pays plus fragile qu’il n’y paraît et qui, faute d’unité, pourrait très bien s’embraser rapidement dans un scénario à la malienne », alerte un cadre humanitaire allemand. Ce sur quoi la très grande majorité des Tchadiens s’accordent, même si l’exécutif se voit régulièrement reprocher d’utiliser l’argument sécuritaire « pour mettre en veille la vie démocratique du pays », selon les mots de Saleh Kebzabo, ex-chef de file de l’opposition (lire p. 98). Reste qu’il est loin d’être simple, sur les plans logistique et financier, d’organiser des élections sereines dans un tel contexte. Pourtant, ainsi que l’a assuré le chef de l’État en juillet, les législatives, reportées à plusieurs reprises depuis 2015, devraient se tenir à la fin de l’année (lire pp. 94-96). Même si les principaux leaders de l’opposition n’y croient plus, les autorités tchadiennes assurent qu’elles sauront relever le défi et montrent des signes de bonne volonté.
LE TOUT-MILITAIRE SEMBLE AVOIR MONTRÉ SES LIMITES, SEUL UN PEU D’OXYGÈNE DÉMOCRATIQUE PERMETTRA DE CALMER LES ESPRITS.
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Dialogue électoral
Le 11 juillet, la plupart des chefs de parti se sont rendus au palais présidentiel pour répondre à l’invitation d’Idriss Déby Itno, qui souhaitait rouvrir le dialogue sur l’évolution du processus électoral. À l’issue d’un débat houleux, des décisions ont été prises afin que le dispositif de préparation du scrutin soit remanié, notamment le Cadre national de dialogue politique (CNDP). En revanche, les problèmes de fond en matière de transparence et d’ouverture du jeu politique n’ont connu aucune avancée. Le 13 juillet, en signe d’apaisement, le président tchadien a par ailleurs levé les restrictions sur les réseaux sociaux, lesquels étaient bloqués pour « raisons sécuritaires » depuis mars 2018 – au moment où s’élevaient des contestations contre le projet de nouvelle Constitution, adoptée en avril et entrée en vigueur en mai 2018. « Sans dialogue, il y aura toujours des rébellions au Tchad, jusqu’à obtenir un changement de régime par la force, avec tous les risques d’une guerre civile que cela comporte », estimait récemment Moussa Pascal Sougui, secrétaire général du Conseil national de la résistance pour la démocratie (CNRD). Une chose est sûre, alors que le tout-militaire semble montrer ses limites, seul un peu d’oxygène démocratique permettra de calmer les esprits.
EN VÉRITÉ
Madjiasra Nako
correspondant pour Jeune Afrique au Tchad
S
Pour que la digue ne cède pas
i l’on n’y prend pas garde, le Tchad pourrait bientôt ne plus être cet « îlot de stabilité dans une région de crises » qu’il se fait fort de rester depuis des années. Les signes d’un débordement de ces crises venant des pays voisins sont en effet perceptibles, aussi bien aux frontières qu’à l’intérieur du pays. Le placement en état d’urgence, le 20 août, de trois provinces – le Sila et le Ouaddaï, dans l’est du pays, et le Tibesti, dans le Nord –, traduit cette réalité que beaucoup redoutaient. Le 10 septembre,lesdéputés ont prorogé pour quatre mois cet état d’urgence. La « digue » contre l’instabilité et le péril terroriste à laquelle Idriss Déby Itno comparait le Tchad risque de céder. La digue Tchad risque de se fissurer sous le poids des charges qu’elle supporte depuis 2013, avec l’envoi de troupes au Mali. Depuis, d’autres crises ont éclaté,
nécessitant de nouvelles interventions, avec d’autres contingents: Centrafrique, Cameroun, Nigeria, Libye… Des opérations qui ont chacune un coût humain et financier lourd pour le pays, confronté depuis 2014 à la chute des cours du brut, principale source de devises. Depuis 2016, pour surmonter la crise financière, toutes les dépenses publiques ont été revues à la baisse, y compris les soldes des troupes. Un facteur de démotivation dans l’armée. Tant pour ceux des soldats restés en opération, sans discontinuer, depuis des années, que pour ceux qui, à leur retour, sont obligés de se serrer la ceinture et de grogner pour rentrer dans leurs droits (comme ce fut le cas des éléments du premier contingent tchadien au Mali). Une démotivation que nombre d’observateurs ont soulignée, début février, au moment de l’avancée de la colonne des rebelles de l’Union des
forces de la résistance de Timane Erdimi en direction de la capitale. C’est ce qui a d’ailleurs contraint le pouvoir à avoir recours à des frappes aériennes.
L
es difficultés de cohabitation entre communautés, sur le plan intérieur, se manifestent désormais régulièrement à travers des affrontements, souvent avec des armes de guerre. Même si ces conflits ne sont pas nouveaux, ils ont pris de l’ampleur et tendent à atteindre une masse critique, parce que peu pris en compte et mal réglés par un système judiciaire unanimement décrié. Au lieu de privilégier le tout-sécuritaire, N’Djamena gagnerait à privilégier une approche plus consensuelle et inclusive, pour calmer un mécontentement désormais très perceptible. Sinon la digue, au-delà des quelques fissures qui la craquellent, va finir par rompre.
SOCIÉTÉ DE RAFFINAGE DE N’DJAMENA Pour une indépendance énergétique du Tchad Fruit de la coopération gagnant-gagnant entre le Tchad et la Chine, la société de Raffinage de N’Djaména, inaugurée officiellement le 29 juin 2011 par le président de la République, SEM Idriss Déby Itno en présence de l’Ambassadeur chinois au Tchad, œuvre à l’autonomisation du Tchad dans le domaine des hydrocarbures.
J
our après jour, le Tchad grâce à la Société de Raffinage de N’Djaména, installée à Djermaya, situé à une quarantaine de kilomètre à la sortie nord de la capitale, a acquis définitivement son indépendance énergétique et parvient à satisfaire le besoin local et de certains pays limitrophes, en produits pétroliers. L’impact de la Société de Raffinage de N’Djaména s’étend au-delà de ses installations en procurant du carburant aux personnes et entreprises pour leur mobilité et aussi pour la fabrication des produits de consommation utile au bon fonctionnement de l’économie nationale. Il est important de rappeler qu’au Tchad, les entreprises et les particuliers sont très dépend des produits pétroliers dans leur quotidien.
La production de janvier à juillet 2019 En 2019 la capacité moyenne de raffinage est de 2 000 tonnes de brut par jour (2 000 t/j) et le volume moyenne mensuel des produit s’établit comme suit : Gazoline :13 000, Diesel : 23 500 ; jet Al : 4 500 ; Fuel : 1 500 ; LPG : 4 300 et le PP proportionnellement à la production. Le volume de vente des produites pétroliers de janvier 2019 au 17 juillet 2019 s’établit en moyenne pour l’essence à 126 060 551 litres, le gasoil 190 387 215 litres, le jet Al 21230131 litres, le fuel 5952000 litres, le GPL 1 559,740 tonnes et pour le produit propylène 7 557 000 tonnes.
Le secteur du raffinage au Tchad en termes d’indication économique reste stable. La tendance économique étant à l’embellissement, elle s’accompagne donc d’une hausse de la demande en produits raffinés augurant un lendemain meilleur. La Société de Raffinage de N’Djaména demeure en partie un relai indispensable entre la production d’hydrocarbures bruts et la consommation énergétique nationale.
Un plus pour les activités du secteur industriel Grâce à l’implantation de la Raffinerie à Djarmaya, le tissu économique national s’est étoffé avec l’installation de nouvelles unités industrielles spécialisées dans la transformation de la matière plastique au profit de la population. En ricochet, certaines industries lourdes ont pu réduire leur coût de production en bénéficiant du fuel lourd issu de la Raffinerie comme matière première et valoriser le potentiel national. La Raffinerie de Djarmaya est un levier d’emploi dans un contexte économique
qui a été marqué par une récession en maintenant les emplois et créant mêmes de nouveaux emplois, en soutien à la politique du gouvernement. La Société de Raffinage de N’Djaménacrée des centaines d’emplois directs et des milliers autres emplois indirects. Cerise sur le gâteau, l’activité économique de fournisseurs génère, elle également, des impacts économiques indirects. En satisfaisant la demande locale et limant l’importation des produits dérivés du pétrole, la Raffinerie de Djarmaya contribue à améliorer la balance de paiement et la position de change du Tchad. Elle demeure aussi une source non négligeable de recettes fiscales pour l’État à travers les taxes et impôts qu’elle collecte et verse à l’État. Sur le plan social, la Société de Raffinage de N’Djaména s’illustre à travers de nombreux gestes en faveur des couches vulnérables. En tant qu’entreprise citoyenne, elle ne manque pas à son devoir d’apporter sa pierre à l’édification d’un Tchad meilleur à travers la réalisation d’infrastructures sociales d’intérêt communautaires.
PUBLI-INFORMATION
développement et surtout en Économie et en Management de l’Aval pétrolier. Ces formations suivies au Tchad, aux Usa, en France, en Belgique et en Angleterre lui ont permises d’élargir ses connaissances afin d’assumer avec brio, des responsabilités d’égales importances en Europe et au Tchad. Le parcours de Valérie Commelin inspirera et inspire encore aujourd’hui tant de jeunes filles au Tchad. Dès 2001, elle a été engagée comme La jolie quadragénaire Valérie agent de service à la clientèle Commelin, a bien plus évolué à Swiss port Hearthrow à dans l’ombre, mais en étant Londres en Angleterre où elle très efficace partout où elle a su très vite mettre en appassée. Titulaire d’une maîplication ses connaissances. trise en Sociologie obtenue Elle posa ensuite sa valise à à Amiens (France) en 1998, Air-France à Londres ou elle cette dame au parcours est recrutée comme agent atypique a plusieurs cordes commercial et où elle donne à son arc. Les études, elle le meilleur d’elle-même. Sa les chérissait plus que tout. Valérie Commelin soif de connaissance l’amène C’est donc, cette volonté très vite à intégrer, en 2002, qui l’emmènera à faire des Expat pour Esso, EnCana et Weatherford études dans plusieurs domaines. Dans la même année d’obtention de sa maîtrise en au poste de coordinateur. Ce fut une porte sociologie, elle obtient également un diplôme d’entrée dans le monde Pétrolier. De ce en technique de vente à Paris. Elle poursuivra poste, elle enchaînera jusqu’en 2009, des d’autres formations à travers l’Europe. Parmi contrats avec Tchad Cameroun Logistique, elles, on retiendra, entre autres, celles en EnCana International Chad et CNPCI Tchad, finances et comptabilité, en tourisme, en où elle occupa respectivement les fonctions gestion des projets de développement, en d’Assistante Manager, Administratrice relations publiques, en leadership pour le comptable et Chargée des relations pu-
Représentante de l’État tchadien à la Société de raffinage de N’Djaména (SRN), détenu majoritairement par les Chinois, Mme Valérie Commelin est une dame au parcours riche dans le secteur pétrolier au Tchad et dans le monde. Elle est un exemple de réussite au féminin au Tchad.
bliques. De là, elle mettra une virgule pour signer un contrat à Airtel Tchad au poste de responsable projet avant de faire un come-back dans le secteur. Recrutée en qualité de responsable commercial à la Société des Hydrocarbures du Tchad (SHT) en 2011, Mme Valérie Commelin sera faite, trois ans plus tard, chef du département Relations publiques, puis conseillère en charge des activités de l’Aval pétrolier en 2017. A ces postes, elle a représenté la Société à des hautes instances à travers le monde, assuré la liaison entre la SHT et tous ses partenaires, et a pris part activement à toutes les négociations dans le domaine pétrolier au Tchad. Puis, en février 2019, Valérie se verra confier la lourde responsabilité de directrice générale adjointe de la Société de raffinage de N’Djaména. Femme battante, innovante, ingénieuse et pleine d’ambitions, Valérie Commelin est aussi Membre du Conseil exécutif de l’Organisation des producteurs de pétrole africains (Appo). A la tête de la Société de Raffinage de N’Djaména, elle s’emploie à la nationalisation des postes. Déjà, un partenariat a été signé entre l’Institut Français de Pétrole (IFP) et la Raffinerie de Djermaya pour la formation des cadres Tchadiens qui remplaceront, éventuellement, les techniciens chinois dans les mois à venir.
SOCIÉTÉ DE RAFFINAGE DE N’DJAMENA SOCIÉTÉ ANONYME AVEC CONSEIL D’ADMINISTRATION AU CAPITAL SOCIAL DE 10 000 000 FCFA - NIF : 9006698G
Tél. : (+235) 62 65 16 16 - E-mail : Admin@tdnrc.com BP 6550 - 83 Rue de Marseille - Quartier Commercial (Béguinage) - N’Djamena, République du Tchad
DIFCOM/DF - PHOTOS : © DR.
Valérie Commelin, Directrice générale adjointe de la SRN
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VIE DES PARTIS
Mahamat Zen Bada Abbas Secrétaire général du Mouvement patriotique du salut (MPS)
« Le MPS est une machine à gagner » nommé en 1992 à la tête du mouvement des jeunes du parti. En 1999, il est devenu conseiller chargé de mission du chef de l’État. Il a ensuite été préfet de Kanem (Ouest), puis du Sila (Est). Il a intégré le gouvernement en 2002 comme ministre de la Culture, de la Jeunesse et des Sports. Deux ans plus tard, il obtenait le portefeuille de la Décentralisation, avant de prendre en 2005 la tête du ministère de l’Intérieur jusqu’à son élection, en 2007, comme maire de N’Djamena.
Propos recueillis à N’Djamena par FRANÇOIS-XAVIER FRELAND
nfant de l’indépendance, petitfils et fils de militaires français – rescapés notamment des batailles de Verdun et de Diên Biên Phu –, Mahamat Zen Bada Abbas, né en juillet 1959 dans le centre du pays, déclare être, avant tout, « un patriote tchadien ». Autodidacte pur jus, il a été grièvement blessé à trois reprises alors qu’il combattait au sein des forces alliées du Nord contre le régime de Hissène Habré. Très proche de l’actuel pouvoir, l’ancien général de police a été responsable de la campagne d’Idriss Déby Itno lors de l’élection présidentielle de 2016, en même temps qu’il prenait la direction du Mouvement patriotique du salut (MPS), le parti au pouvoir, dont son frère, Maldoum Bada Abbas, fut l’un des cofondateurs en 1990. « Zen », lui, a été
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Jeune Afrique : Les élections législatives, reportéesdepuis2015,pourront-ellesenfin se tenir avant la fin de cette année ? Mahamat Zen Bada Abbas : Oui, le pro-
VINCENT FOURNIER/JA
cessus est déjà bien enclenché. Dans le cadre du CNDP [Cadre national de dialogue politique], la classe politique a pu discuter et a donné son quitus au gouvernement en mettant en place une Ceni [Commission électorale nationale indépendante] libre, indépendante et paritaire. L’arsenal juridique et tous les textes nécessaires sont prêts : la loi électorale a été promulguée en novembre 2018, de même que le code électoral et la charte des partis. Dès lors que le processus est enclenché, je ne vois pas pourquoi les élections n’auraient pas lieu, même s’il faut prendre en compte les difficultés d’organisation, après la saison des pluies, dans nos 112 départements, dont certains sont enclavés. Pour notre part, nous sommes sereins. Le MPS est une machine à gagner, et notre bilan s’avère très positif, notamment grâce à la construction de nombreuses infrastructures et à la mise en place d’une politique sociale.
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Pourquoi l’opposition s’inquiète-t-elle déjà de fraudes ?
L’opposition est dans son rôle, cela ne m’étonne pas qu’elle conteste. Elle a le même âge que nous, elle est née avec
COMMUNIQUÉ
CHAMBRE DE COMMERCE, D’INDUSTRIE, D’AGRICULTURE, DES MINES ET D’ARTISANAT DU TCHAD
Les grands chantiers de la CCIAMA La Chambre de commerce du Tchad est en train de changer le paradigme du secteur économique. A travers son plan de réformes, elle se veut plus à l’écoute de sa base, plus dynamique dans ses actions et souhaite moderniser son organisation. Sur le terrain, elle n’est pas en reste. Elle a conceptualisé et lancer l’opération « Juste Prix » pour lutter contre l’inflation des prix des denrées de première nécessité. Focus sur ces deux grands chantiers.
Dans son rôle de représenter et de défendre les opérateurs économiques, la CCIAMA a lancé en mai 2019 l’opération «Juste Prix », l’un de ces deux grands chantiers actuels. Une action citoyenne qui a un double objectif :Tout d’abord la baisse continue
des prix des denrées alimentaires de première nécessité qui bénéficiera aux consommateurs tchadiens. Et ensuite l’amélioration de l’image des commerçants tchadiens fortement écornée ces dernières années à cause de spéculations qui ont entraîné des ruptures qualifiées de fictives. Cette démarche, qui a le soutien du ministère de tutelle et de la Présidence de la République, a été testée durant une période de 45 jours dans la ville de N’Djaména.Les résultats ont été plus que probants. Les vendeurs de céréales, de pattes alimentaires, d’huile, de riz (produits de première nécessité) ont massivement adhéré à l’opération en s’engageant à ne pas vendre leurs marchandises (que ce soit en gros ou au détail) au dessus des prix répertoriés à une date fixe, ce qui a permis d’atténuer la hausse des prix généralement constatée lors du mois de jeûne du ramadan.Dans le même temps, certaines taxes douanières ont été levées, une sorte de coup de pouce gouvernementale en faveur des«commerçants équitables». La phase 2 de l’opération Juste Prix, qui sera nationale cette fois, est en préparation. Le président de la CCIAMA et son équipe souhaitent la pérenniser en demandant son institutionnalisation afin qu’elle devienne un instrument à part entière du ministère en charge du Commerce pour une harmonisation des prix de manière générale. « Contrôler les prix à partir d’un bureau est illusoire, mais travailler pour que ces prix reflètent la réalité du marché et éviter les spéculations qui entraînent des hausses, c’est une chose que nous pouvons faire.» précise Amir Adoudou Artine.
BP458 N’Djamena, Tchad - Tél. : 52 52 64 - Fax : 52 52 63 - Email : CCIAMA_tchad@yahoo.fr
JAMG - PHOTO : ©ADOBESTOCK.COM - TYPOGRAPHIE DE TITRAGE : INFINI, SANDRINE NUGUE / CNAP
La Chambre de Commerce, d’Industrie, d’Agriculture des Mines et d’Artisanat du Tchad (CCIAMA) est actuellement dans une période charnière de son existence.Cette organisation qui joue un rôle important de médiateur entre les entreprises du secteur privé et les pouvoirs publics est en train de faire peau neuve à travers un plan de réformes. Son président Amir Adoudou Artine, élu pour un mandat de 5 ans en 2016, a souhaité dés sa prise de fonction « une modernisation qui était plus qu’urgente pour être en phase avec notre époque. Cela passe par une restructuration en profondeur de notre Chambre, de ses statuts, voire même de ses prérogatives. Ces changements fondamentaux ne se réaliseront pas en un claquement de doigt.Ils nécessitent beaucoup de temps,beaucoup d’échanges avec tous les interlocuteurs de la Chambre. Sans adhésion, notre démarche serait vaine. » explique-t-il. Cette mue passe principalement par la création de chambres sectorielles. Et Amir Adoudou Artine de poursuivre : « Nous avons désigné des leaders chargés de structurer les secteurs en s’aidant des meilleures ressources que comptent le Tchad.Au final nous souhaitons dynamiser la chambre avec des entités plus agiles qui agissent et communiquent mieux sur des secteurs qu’elles maîtrisent. Entrepreneuriat féminin, entrepreneuriat des jeunes... autant de secteurs qui ont juste besoin qu’on leur mette le pied à l’étrier.»
ABDOULAYE BARRY
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Membres du bureau des jeunes du MPS du 2e arrondissement de N’Djamena.
l’avènement de la démocratie. Mais je rappelle que la Ceni est paritaire, composée de quinze membres de l’opposition et de quinze autres de la majorité. Donc la préparation des élections est faite en toute collégialité et de manière indépendante. Le fait que nous soyons au pouvoir confère évidemment un avantage car cela nous donne une assise forte. Mais il appartient à chaque parti politique de présenter un programme qui puisse galvaniser les électeurs pour tenter de battre le MPS. Après, on peut toujours parler de fraudes, comme dans tous les pays du monde. Même aux États-Unis, il est arrivé qu’on demande que les voix soient recomptées manuellement.
LES CITOYENS VEULENT ÊTRE PROTÉGÉS. SI, DEMAIN, UN OPPOSANT ACCÈDE À LA PRÉSIDENCE, ON VERRA S’IL NE FAIT QUE DU SOCIAL ! Que répondez-vous à ceux qui estiment que la majorité utilise l’argument sécuritaire pour s’autoriser des dérives ?
Le Tchad est entouré de pays en grande difficulté. Pensez-vous que nous devrions abandonner la gestion de l’État à ce moment-là ? Non, nous avons un devoir. Le président a prêté serment en jurant, notamment, qu’il protégerait les Tchadiens et l’intégrité du territoire. Et c’est bien la première préoccupation des citoyens. Ceux-ci ont connu trop de guerres… Si, demain, un opposant accède à la présidence, on verra alors s’il ne fait que du social ! Le MPS ne s’accroche pas au pouvoir. Dans son histoire, il s’est sacrifié pour
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libérer le Tchad du joug d’une dictature. Cela fait, on a mis en place la démocratie, des partis politiques, une presse libre… Le jour où le peuple dira « non », Idriss Déby Itno quittera la présidence. Comprenez-vous que certains opposants aient accusé Paris d’ingérence en faveur de votre majorité [après que des forces aériennes françaises ont bombardé une colonne de rebelles dans le nord-est du pays, début février] ?
Ces rebelles veulent imposer le changement au Tchad par les armes. Or personne ne connaît mieux le métier des armes qu’Idriss Déby Itno. Ceux qui s’assoient dans des salons feutrés et pensent que ce qu’a fait l’armée française en février est une ingérence ont tort. La France est un pays souverain qui a signé des accords militaires avec nous pour installer une base de Barkhane au Tchad. Ce n’est pas une occupation mais une coopération face à la menace terroriste. Imaginez que le Tchad soit demain déstabilisé par une colonne de jihadistes… C’est cela qu’on veut? Dans ce cas, il n’y aura plus d’État de droit, et il n’y aura plus d’opposition. Dans toute démocratie, l’alternance arrive un jour ou l’autre. Le MPS s’y prépare-t-il ?
Un parti politique est créé pour prendre le pouvoir et, lorsqu’il y parvient, il le conserve aussi longtemps que possible. Le MPS travaille dans la perspective de poursuivre son projet de société, de le faire mieux comprendre aux Tchadiens et de préserver une démocratie solide. Après, alternance ou non, rien n’est figé. Mais le MPS se battra toujours.
COMMUNIQUÉ AUTORITÉ DE RÉGULATION DES COMMUNICATIONS ÉLECTRONIQUES ET DES POSTES
L’ARCEP, BOUSSOLE DE LA RÉGULATION DES COMMUNICATIONS ÉLECTRONIQUES L’Autorité de Régulation des Communications Électroniques et des Postes (ARCEP) est un établissement public à caractère administratif, dotée de la personnalité juridique, de l’autonomie financière et de gestion.
L’ARCEP est une entité placée sous la tutelle e du Ministère en charge des Postes et ouvelles Technologies de l’Information des No et de la Communications. Elle est chargée eiller à la préservation des intérêts de ve naux en matière des communications nation électrroniques et des postes. L’Autorité a pour ccompétence exclusive de réguler, de ôler et d’assurer le suivi des activités contrô exploitants et des opérateurs du des e secteur des communications électroniques et dess postes au Tchad. L’ARCEP peut être chargée de toute autre mission d’intérêt publicc par le Gouvernement.
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Ses activités au quotidien sont nombreuses : gestion et contrôle de spectre ; gestion de blocs des numéros ; approbation des tarifs ; coordination des fréquences aux frontières; octroi des aautorisations pour les Fournisseurs ès Internet ; régulation des activités d’accè postales ; veille technologique ; contrôle des appels entrant et sortant; protection onsommateurs. des co
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W siége de l’ARCEP
B.P. 5808 N’Djaména (Tchad) - Avenue Général Daoud Soumaïne - Tél. : (+235) 22 52 15 17 / 22 52 15 16 - email : info@arcep.td
www.arcep.td
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Opposition: tout bouge, rien ne change Nouveau chef de file, nouvelle formation, mais toujours pas de grande coalition à l’horizon, ni de bouleversements à attendre avant les législatives, annoncées pour la fin de l’année.
UNE TRENTAINE DE PARTIS CONTINUENT DE SOUTENIR SALEH KEBZABO, DONT ÉMANE DÉSORMAIS UNE SORTE DE « FORCE TRANQUILLE ». 98
FRANÇOIS-XAVIER FRELAND
N’Djamena, Saleh Kebzabo reçoit toujours chez lui, dans sa confortable villa avec piscine. Des souvenirs de voyages sont disséminés dans le jardin, où cohabitent tortues géantes et grues couronnées. Ces dernières semblent d’ailleurs vouloir s’immiscer dans la discussion dès que le maître des lieux s’exprime. « Nous aimerions les laisser en liberté, mais, chaque fois qu’on le fait, c’est l’anarchie dans le jardin », lâche le député, un brin ironique. Le président de l’Union nationale pour le développement et le renouveau (UNDR) marche plus lentement que d’habitude, comme fatigué par une décennie de joutes électorales. On le sent aussi moins impatient, moins véhément à l’égard de la majorité. « L’espoir fait vivre », rappelle-t-il en souriant. À 72 ans, l’ex-chef de file de l’opposition continue néanmoins de s’étonner de la longévité au pouvoir d’Idriss Déby Itno et du parti présidentiel, le Mouvement patriotique du salut (MPS). En particulier, Saleh Kebzabo dénonce encore et toujours « la fraude de 2016 » – le chef de l’État sortant a remporté la dernière présidentielle dès le premier tour avec près de 60 % des suffrages exprimés – et, déjà, celle qui se prépare selon lui pour « les hypothétiques législatives » prévues en fin d’année. « Je ne suis plus le chef de l’opposition, cette nébuleuse sans queue ni tête, parce que le pouvoir en a décidé ainsi », lâche-t-il dans un soupir. Le 12 avril, après que l’un de ses députés a rejoint la majorité, le groupe parlementaire de l’UNDR ne comptait plus que sept membres, contre huit pour celui de l’Union pour la République et la démocratie (URD). Dans la foulée, la Cour suprême du Tchad a désigné Romadoumngar Félix Nialbé, le leader de l’URD, nouveau chef de file de l’opposition. « Je conteste cette décision de la Cour et la légitimité de celui qu’on a nommé à ma place, mais je ne réclame rien. Cette fonction m’a coûté pendant
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huit ans. Je me suis battu seul. Il fallait organiser des réunions, louer des salles… Aujourd’hui, je vais consacrer mon énergie à servir mes propres ambitions. » En réalité, Saleh Kebzabo n’a jamais paru autant chef de l’opposition que depuis qu’il ne l’est plus. Une trentaine de partis continuent de le soutenir, alors qu’une sorte de « force tranquille » se dégage désormais de celui qui n’a jamais le moindre mot déplacé à l’égard des autres leaders de son camp. À commencer par son successeur, Romadoumngar Félix Nialbé, 62 ans. Lui-même ne cesse de répéter que « Kebzabo et lui [sont] de bons amis qui continuent de se voir pour discuter de l’avenir ».
Jeune trublion, vieux défis
Du côté du secrétaire général du Parti pour les libertés et le développement (PLD), Mahamat Ahmat Alhabo, 65 ans, le ton est plus froid et distant. La disparition jamais élucidée, en février 2008, d’Ibni Oumar Mahamat Saleh, l’ancien leader du PLD, a laissé des traces profondes. Aujourd’hui, les reproches de l’ex-membre du MPS, qui a été cinq fois ministre (Communication, Éducation, Santé, Justice et Finances) et ambassadeur du Tchad à Paris, ciblent surtout la France, dont il estime les relations avec le Tchad « trop liées à ses propres intérêts géostratégiques ». Le renouveau de l’opposition, en particulier auprès d’une jeunesse en attente de changement, semble désormais incarné par Succès Masra, 36 ans, le fondateur du mouvement Les Transformateurs (lire p. 99). Reste que, le 23 avril, l’autorisation de créer son parti lui a été refusée par le ministère de l’Administration territoriale, au motif que des conseillers de sa formation ont moins de 30 ans, ce qui serait contraire à une ordonnance de 2018. Si Succès Masra conteste cet argument et a tenu, le 1er juin, une « conférence d’officialisation » des Transformateurs, son mouvement, à défaut d’être légalement reconnu en tant que parti, pourrait ne pas participer aux prochaines législatives.
Succès Masra
Fondateur du mouvement Les Transformateurs
« Trente ans au pouvoir, ça suffit » Je ne dirais pas que c’est dur. Je ne suis pas en prison, mais on refuse de reconnaître mon mouvement en tant que parti, on a relevé l’âge minimum requis pour se présenter à la présidentielle pour m’écarter du jeu, on nous a tiré dessus simplement parce que nous venions présenter publiquement notre parti [le 1er juin, lors de la « conférence d’officialisation » du mouvement, à N’Djamena] et à nouveau alors qu’on distribuait des drapeaux du Tchad le jour de la commémoration de l’indépendance [le 11 août]. Pour nous, les promesses de liberté, de démocratie et de développement faites depuis près de trente ans n’ont pas été tenues. Les contre-performances sont visibles : notre pays est le
Propos recueillis à N’Djamena par FRANÇOIS-XAVIER FRELAND
En à peine plus d’un an, vous êtes devenu l’une des figures les plus visibles de l’opposition. Comment l’expliquez-vous ? Je crois que c’est lié à l’espérance, celle d’une partie des 15 millions de Tchadiens qui attendent une réponse à leurs problèmes quotidiens et veulent un pays transformé pour eux-mêmes, pour l’éducation de leurs enfants, pour pouvoir manger, pour améliorer leur santé… Les Transformateurs ont su capter cette espérance, et les Tchadiens ont compris que le mouvement a été créé non par désir de pouvoir, mais pour les servir, pour travailler ensemble à dessiner le futur Tchad. Vous dites qu’on veut vous faire taire, mais vous avez des locaux, des militants… Est-ce si difficile d’être dans l’opposition au Tchad?
FRANÇOIS GRIVELET POUR JA FRANÇ
Il a démissionné en avril 2018 de son poste d’économiste en chef à la BAD pour s’engager en politique et créer son mouvement, Les Transformateurs. Dix-huit mois plus tard, Succès Masra, 36 ans, apparaît comme la figure montante de l’opposition et comme celui qui dérange la majorité. Même si le mouvement n’est toujours pas officiellement reconnu en tant que parti (lire p. 98), sa permanence est installée dans d’immenses locaux au cœur du quartier populaire de Chagoua, à N’Djamena. Sur les murs, des portraits de Mandela, de Luther King et de Sankara.
dernier en matière de compétitivité, moins d’un Tchadien sur dix a accès à l’électricité, moins de 20 % de la population a accès à l’eau potable… C’est ça qui me préoccupe. Nous, nous n’avons pas d’ennemi, à part l’injustice. Nous voulons construire un Tchad inclusif pour tout le monde. Avec quel programme et quelle stratégie? Notre stratégie, c’est le dialogue à travers le pays, afin de coproduire un « projet de développement intégral » pour le Tchad. L’actuel chef de l’État, lui, doit créer les conditions d’une alternance pacifique et démocratique qui permettra aux Tchadiens de travailler ensemble à ce projet. Et, parce qu’il aura servi le pays sur les questions sécuritaires, Idriss Déby Itno pourra demain continuer à jouer un rôle, pourquoi pas celui d’envoyé spécial auprès de l’Union africaine ou de l’ONU sur ces problématiques. Contrairement à ce que disent nos détracteurs, après lui, ça ne sera pas le déluge, puisqu’il sera encore là. Ce serait une porte de sortie honorable. Trente ans au pouvoir, ça suffit. jeuneafrique no 3062 du 15 au 21 septembre 2019
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Des agents SNE à la centrale.
Une citerne entrant dans nos locaux pour dépotage.
UN N ENTRETIEN AVEC
Mo onsieur JEAN-PAUL M’BATNA, Directeur Général de la Société Nationale d’Électricité (SNE)
Quelle est la situation du secteur électrique au Tchad ? La Société Nationale d’Électricité (SNE) a été créée à l’issue de la scission de la Société Tchadienne d’Eau et d’Électricité (STEE) en 2009. Cette séparation a donné naissance à la SNE d’une part, et à la Société Tchadienne des Eaux (STE) d’autre part. Au Tchad, moins de 6 % de la population a accès à l’électricité. Face à cette situation, les autorités mettent tous les moyens à la disposition de la SNE. L’objectif est d’atteindre un taux d’accès à l’électricité de 53 % sur tout le territoire d’ici 2030. La contribution des énergies renouvelables devrait également être portée à 20 % du mix énergétique.
service public de l’électricité. Dans ces conditions, c’est l’État qui fournir les moyens nécessaires pour résoudre le problème de l’électricité. Hormis les nouvelles centrales, de Farcha 1 et Farcha 2, qui ont été mises en service en 2007 et 2009 respectivement, des moyens importants qui ont été consentis par l’État et des projets ont été lancés, comme la construction de la boucle 90 ponctuée à celle de 15 KV pour le cas de la ville de N’Djamena. Des investissements sont réalisés en province. Nous installons également des sous-stations ainsi que des postes de transformation.
Quelles sont les grandes actions engagées pour régler définitivement le problème de l’électricité a u Tchad ? L’État est propriétaire de la SNE, qui est délégataire du
Monsieur le DGA à son bureau.
Malgré tous les investissements que vous venez d’énumérer, nous constatons qu’il n’y a pas un grand changement. Pourquoi ? Malheureusement, pour l’instant nous n’avons pas connu une nette amélioration de la distribution. Cependant, je peux vous dire que nous avons reçu des instructions très fermes du Président de la République lui-même en vue de régler le problème.
COMMUNIQUÉ
Un agent de quart en service.
L’ ancienne centrale de Djambalbarh.
Une visite de travail du DG à la centrale de Farcha.
« Nous redoublons d’efforts pour résoudre le problème de l’énergie au Tchad. »
Il y a, par ailleurs, un projet de construction d’une centrale solaire (5 MW) à Abéché. Le projet avance à bon rythme. En avril 2018, la société InnoVent Tchad a signé un contrat d’achat d’électricité avec la SNE. Nous avons rencontré récemment les promoteurs du projet.
Des financements importants vont être dégagés aussi bien de la part de l’État, en utilisant des fonds qui proviennent du Trésor Public ou des investisseurs qui frappent à nos portes. D’importants moyens vont être apportés, dans les jours à venir, pour que nous puissions améliorer, en aval, le segment de la distribution qui n’a pas bénéficié jusqu’ici des mêmes investissements.
L’espace dédié à ce projet a été défini et les clôtures sont posées. Nous attendons simplement la fin de la saison des pluies pour pouvoir continuer les travaux. C’est un projet important puisqu’il représente un investissement de 5 milliards de francs CFA, soit 7,5 millions d’euros.
Dans le secteur de l’électricité, il faut agir sur toutes les composantes : production, transport et distribution, pour ne pas parler de la commercialisation.
Y a-t-il d’autres projets prévus ?
JAMG - Photos : D.R.
A Moundou, il y a un projet d’installation d’une ligne de transport afin de connecter la centrale à gaz (2 MW) située dans cette localité. Les travaux sont en cours d’achèvement.
Enfin, il y a un projet important de construction d’une dorsale de 225 KV qui va relier un certain nombre de grandes villes du pays. Celle-ci va permettre de transporter l’énergie indépendamment de l’endroit où elle est produite et de la distribuer sur l’ensemble du territoire. Voilà les projets qui sont en cours et qui vont renforcer l’image d’une société nationale d’électricité véritablement nationale.
11, rue du Colonel Largeau - BP 44, Tchad, N’djamena - Téléphone : (+235) 22 52 23 42 Email : info@sne.td - www.sne.td
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ÉCONOMIE
En convales Si l’équilibre budgétaire a été rétabli, la prudence reste de mise, d’autant qu’il reste beaucoup à faire pour assurer l’essor des activités non extractives et, surtout, pour faciliter la vie du secteur privé. 102
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ALAIN FAUJAS
L
e FMI n’a pas tort quand, le 31 juillet, il diagnostique un mieux dans la situation économique du Tchad. Le gouvernement a fait un gros effort pour réduire ses dépenses. Il a notamment rétabli l’équilibre budgétaire en taillant dans la masse salariale de la fonction publique, au prix d’un mécontentement social important (lire encadré p. 106). Ses recettes pétrolières ont par ailleurs rebondi grâce à la hausse des cours de l’or noir. Dans le même temps, la production à l’export a progressé, passant de 36 millions de barils en 2017 à 42,2 millions
Le site de Komé, dans le bassin de Doba, exploité par le consortium EEPCI, qui associe ExxonMobil, Petronas et la société nationale des hydrocarbures.
en 2018, à la suite de la mise en exploitation de nouveaux gisements. Elle pourrait même atteindre 45,2 millions de barils cette année (lire encadré p. 105), grâce notamment au démarrage de la production, à la mi-juin, sur le champ Daniela, qu’exploite la China National Petroleum Corporation International Chad (CNPCIC).
Dépendance aux hydrocarbures
Ajoutons à cela que le rééchelonnement de la dette de 1,36 milliard de dollars contractée en 2014 par l’État tchadien auprès du trader Glencore a contribué à alléger le fardeau des remboursements. La dette publique
DESIREY MINKOH/AFP
cence tomberait de 48,2 % du PIB en 2018 à 37 % en 2021. Les réserves publiques, qui étaient à sec en 2017, se reconstituent lentement, de sorte que la menace de faillite qui pesait sur l’État semble désormais écartée. Selon les dernières estimations du FMI, la courbe de la croissance repart à la hausse, passant de – 2,4 % en 2017 à + 2,4 % en 2018 et en 2019, avec + 5,5 % annoncés pour 2020. La Banque mondiale se montre un peu plus optimiste, avec des projections de + 3,4 % en 2019 et de + 5,6 % en 2020. Si ses analyses se montrent conciliantes, le FMI ne manque cependant pas de rappeler que le Tchad est beaucoup trop dépendant du pétrole, qui
jeuneafrique no 3062 du 15 au 21 septembre 2019
103
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assure 89 % de ses exportations. L’institution craint que la récente chute des cours mondiaux due au conflit commercial sino-américain ne fragilise la convalescence du pays. Elle critique aussi la lenteur des réformes promises par le gouvernement et le retard pris dans l’apurement de la masse des impayés – soit environ 1 000 milliards de F CFA (plus de 1,52 milliard d’euros). Mais le FMI reste étrangement lénitif en prenant soin de ne pas trop critiquer le mode de gouvernance, alors que celui-ci empêche le pays d’accélérer son développement. En octobre 2018, la chambre de commerce, d’industrie, d’agriculture, des mines et de l’artisanat (CCIAMA, lire pp. 117-119) a publié un document cadre sur la facilité à faire des affaires au Tchad qui recense les obstacles au développement du secteur privé. La longueur de cette liste explique pourquoi le pays se traîne dans les derniers rangs des classements mondiaux pour son environnement des affaires. Le Tchad n’émarge ainsi qu’au 181e rang sur 190 pays étudiés dans l’édition 2019 du rapport « Doing Business » de la Banque mondiale sur la facilité à réaliser des affaires. Parmi les freins, citons notamment les insuffisances en matière d’électricité (moins de 10 % de la population y a accès) ainsi que dans les domaines des télécoms et de l’internet (lire pp. 124-125) ; le recours au gré à gré dans l’attribution des marchés publics – qualifié de « massif » par les rédacteurs
du document cadre de la CCIAMA – et le faible respect des règles de concurrence dans l’attribution de ces marchés ; l’absence d’égalité devant la justice ; le non-respect des contrats; la « généralisation et la banalisation de la corruption »; l’insuffisance des compétences et l’instabilité dans l’administration ; les contrôles fiscaux, sociaux ou douaniers « brutaux et abusifs » ; le non-règlement de la dette intérieure; l’existence d’un secteur informel « tentaculaire » et non réglementé; la grande difficulté à obtenir des financements à un coût abordable ; la faible concertation avec le privé pour l’élaboration des textes régissant l’activité économique… « Ni les investisseurs intérieurs ni les investissements extérieurs ne peuvent être mobilisés sérieusement dans un tel climat des affaires », conclut le document de la chambre de commerce, qui propose un vaste plan de mesures pour remédier à ce climat démotivant, entretenu par quelques redressements fiscaux déraisonnables sur les grandes entreprises et par des perceptions de taxes indues sur les PME.
Fin de l’État providence
Si les investissements privés – en particulier étrangers – se dérobaient, ce serait le seul moteur de croissance capable de créer de l’emploi pour la jeunesse (45 % de la population a moins de 15 ans) qui tomberait en panne. Après
SALON D’EXPOSITION INTERNATIONAL DU TOURISME, DES INVESTISSEMENTS ET DE COMMERCE
N’Djamena, Capitale de la République du Tchad, pays situé au cœur de l’Afrique centrale, dans la zone CEMAC, accueillera le salon d’exposition international du tourisme, des investissements et de commerce du 31 octobre au 04 novembre 2019 au palais du 15 Janvier à N’Djamena.
31.10 > 04.11.2019 PALAIS DU 15 JANVIER
N’DJAMENA
L’objectif du salon est de créer un espace de rencontre annuel entre les hommes d’affaires, les chefs d’entreprise, les entrepreneurs, les banquiers et les tours opérateurs du monde entier afin de promouvoir le commerce, le tourisme et les investissements au Tchad. Mais aussi, de créer une ouverture sur le monde des affaires au niveau internationale afin d’aider ces investisseurs à s’implanter dans le pays.
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JAMG - Potos : D.R.
RENDEZ-VOUS AU TCHAD
avoir largement profité de la commande publique pendant plus de dix ans, les entreprises tchadiennes doivent désormais se tourner vers de nouveaux acteurs, le dénuement de l’État faisant que celui-ci « ne peut guère faire plus que payer les salaires des fonctionnaires », selon un observateur. Restera toujours, dira-t-on, l’aide au développement pour soutenir la conjoncture. Ainsi, entre 2017 et 2020, 680 millions de dollars ont été promis par les bailleurs de fonds (Banque mondiale, BAD, Union européenne, France). Mais cette manne pourrait ne pas suffire, d’autant que les dépenses exigées par la lutte contre Boko
REPÈRES
Du positif, mais encore fragile
2017 2018 2019 2020 PIB réel à prix constants
– 2,4 – 11,2 – 0,5 – 0,9
PIB pétrolier PIB hors pétrole Inflation (moyenne annuelle)
(en %)
2,4 4,0 2,0 3
5,5 16,7 3,0 3
Total des recettes et des dons
-0,9 17,1
1,9 18,3
0 18,9
2,3 20,9
Total des dépenses et des prêts net
18,0
16,5
18,9
18,6
4,1 8,7
6,7 8,1
6,9 8,8
8,1 9,4
(en % du PIB)
1,0 – 6,5
1,0 – 5,9
Dette totale
49,7 24,6 25,1
43,8 19,2 24,6
39,0 16,8 22,2
(transferts officiels compris) dont dette intérieure dont dette extérieure
48,2 23,1 25,1
Comparé aux voisins d’Afrique centrale (pour l’année 2018)
5,8 42,7
38,5
4,3
4,1 17,0 1,2
13,7
11,7
1,6
o Co ng
n
éq
ua Gu to iné ria e le
bo Ga
n er ou Ca m
Co ng
o
– 5,7
la
2,2
PIB réel à prix courants (en milliards de $) Croissance du PIB à prix constants (en %)
– 1,7
RD
2,4 11,0
Tch ad Ce nt ra fri qu e
107,3
Les retards du développement humain (Pnud 2018, pour l'année 2017)
Population
15 millions d’habitants PIB par habitant (en dollars de 2011, en parité de pouvoir d’achat, PPA) 1 768 dollars, contre une moyenne de 3 489 dollars en Afrique subsaharienne Indice de développement humain (IDH) : 0,404, soit le 186e rang mondial sur 189 pays classés, contre une moyenne de 0,537 en Afrique subsaharienne
Espérance de vie 53,2 ans, au-dessous de la moyenne de 60,7 ans en Afrique subsaharienne Population vivant au-dessous du seuil de pauvreté (moins de 1,90 $ par jour)
30,3 %
Durée moyenne de scolarisation d’un Tchadien de 25 ans : 2,3 ans – au lieu d’une durée attendue de 8 ans et d’une moyenne de 5,6 ans en Afrique subsaharienne
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SOURCES : AUTORITÉS NATIONALES ; FMI ; CNUCED ; BANQUE MONDIALE ; PNUD
MADJIASRA NAKO
– 1,1 1,9 – 6,6 – 3,4
go
champ dans le bassin de Bongor, où le groupe est actif depuis 2009 : le champ Daniela, d’une capacité de 15 000 b/j. CNPCIC se hisse ainsi au rang de premier producteur de brut du pays, devant le consortium du bassin de Doba, Esso Exploration and Production Chad Inc. (EEPCI, 35 000 b/j), qui associe la major américaine ExxonMobil (40 %), la malaisienne Petronas (35 %) et la Société des hydrocarbures du Tchad (SHT, 25 %). Un changement de partenaires devrait par ailleurs bientôt rebattre les cartes dans le bassin de Doba, puisque deux des principaux opérateurs présents ont annoncé leur départ et sont en quête d’acquéreurs. En avril, la compagnie ExxonMobil a en effet indiqué qu’elle cherchait à céder les actifs qu’elle détient depuis 2003 dans le bassin de Doba. À l’instar de Glencore, dont la production au Tchad s’élevait pourtant à 2,8 millions de barils en 2018, soit un peu plus de la moitié de la production pétrolière globale du groupe.
Balance globale des paiements Solde courant
An
Le secteur pétrolier tchadien reprend de la vigueur grâce à la remontée des cours du baril ainsi qu’à l’augmentation de la production, désormais estimée à 150 000 barils par jour (b/j), et des exportations de brut. De quoi renflouer les caisses de l’État, dont les recettes pétrolières sont en nette progression. Elles étaient de 76,5 milliards de F CFA (environ 116,6 millions d’euros) au premier trimestre (+ 64 % par rapport à la même période en 2018) et de 154,9 milliards de F CFA au deuxième trimestre (+ 38,6 %), une hausse liée notamment à la restructuration de la dette que l’État avait contractée en 2014 auprès du suisse Glencore en guise d’avance sur les ventes de brut et pour le rachat des actifs de Chevron (qui était alors l’un des trois opérateurs du bassin de Doba). L’entrée en production de nouveaux gisements concourt aussi à cette embellie. En juin, la China National Petroleum Corporation International Chad (CNPCIC) a démarré l’exploitation d’un troisième
2,4 12,7 0,5 4
(en % du PIB non pétrolier)
Solde budgétaire global dont recettes pétrolières dont recettes non pétrolières
ÉCHIQUIER PÉTROLIER EN RECOMPOSITION
Projections
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JEAN-LUC MANAUD/GAMMA-RAPHO VIA GETTY IMAGES
Avec un cheptel de plus de 115 millions de têtes, le Tchad est l’un des principaux pays d’élevage du continent. Il est aussi réputé pour la qualité de sa viande.
Haram excèdent à l’évidence les 30 % du budget que le président Idriss Déby Itno a annoncés en juin, à l’occasion d’un discours devant l’Organisation internationale de la francophonie (OIF).
Lenteurs administratives
La gouvernance tchadienne constitue un autre frein à l’efficacité de l’aide. Celle-ci s’exécute avec une lenteur anormale en raison de l’extrême centralisation du pouvoir et de la faible compétence de ses agents. « Le code national des marchés publics exige que la présidence de la République donne son accord pour toute dépense excédant environ 15 000 euros, soit le prix d’une voiture au Tchad, indique le responsable d’un bailleur. Cela explique les délais d’exécution insupportables entre le moment où nous signons un projet et celui où les Tchadiens profitent de sa concrétisation. Nous recevons de l’administration des dossiers mal rédigés, et leur remise en forme prend du temps, poursuit-il. Il est anormal qu’au bout de cinq ans nous n’ayons déboursé que 60 % des sommes programmées. On aboutit à ce paradoxe : tous les bailleurs sont assaillis de demandes d’argent de la part des ministères et tous se plaignent du blocage de dossiers considérés comme prioritaires par… ces mêmes ministères! Il n’est pas étonnant que la population se demande où est passé l’argent de chantiers annoncés en grande pompe par les autorités », conclut-il. L’impécuniosité de l’État tchadien contribue à ces atermoiements. Dans certains chantiers d’infrastructures financés par l’aide internationale, il est prévu que le budget national apporte sa quote-part. Or celle-ci n’arrive
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pas toujours au moment prévu, faute de fonds, ce qui retarde d’autant les travaux. Le Tchad serait bien avisé de ne pas se rêver en une sorte de Qatar sahélien, et son hyperprésident pourrait avec bonheur utiliser son pouvoir pour faciliter la vie des entreprises privées. L’amélioration des conditions de vie de sa population en dépend.
AUSTÉRITÉ PAYANTE En août 2016, alors qu’Idriss Déby Itno entamait son cinquième mandat, le gouvernement a adopté seize « mesures d’urgence » aussi drastiques qu’impopulaires, entrées en vigueur à peine un mois plus tard. Objectif : redresser les finances publiques en réduisant les dépenses. Deux mesures ont particulièrement déchaîné les passions : la suspension de la bourse annuelle de 360 000 F CFA (environ 550 euros) allouée aux étudiants et la réduction de
moitié des indemnités dans la fonction publique pendant dix-huit mois. Selon la plateforme intersyndicale tchadienne, entre 2016 et 2018, les fonctionnaires civils, soit 92 000 agents, auraient perdu en moyenne un tiers de leurs revenus, soit 100 000 F CFA par mois. Reste que cette politique d’austérité semble avoir porté ses fruits. En deux ans, la dette intérieure a été réduite, passant d’environ 25 % à 19 % du PIB. CÉCILE MANCIAUX
« C’est la fin de la convalescence, mais la guérison n’est pas encore complète. » Hamid Tahir Guilim, l e n o uve a u m i n i s t re des Finances (MineFi), confirme un léger mieux, tout en soulignant que celui-ci ne sera pas perceptible dans l’immédiat. En chute libre depuis la mi-2014, les cours du brut ont légèrement remonté, le niveau des réserves est à nouveau positif, et le contexte sous-régional moins crispé. Autant de raisons d’espérer de meilleurs lendemains. Nommé le 30 juin à la tête du ministère des Finances et du Budget, l’ex-banquier de 45 ans a obtenu dès le mois d’août – chose rare – la note de cadrage budgétaire pour 2020. Et les défis sont de taille. En deux ans, les « mesures d’urgence » (lire encadré p. 106) ont permis de réduire la dette intérieure. Mais le grand argentier sait qu’il va devoir
redoubler de prudence et de rigueur sur le plan budgétaire. Ses priorités: limiter les dépenses publiques (en particulier de fonctionnement) et augmenter les recettes (notamment en réduisant les exonérations et en élargissant l’assiette fiscale). Autant d’impératifs impopulaires qui, seuls, permettront de réduire la dette intérieure et d’apurer les arriérés, mais aussi d’accroître les dépenses sociales et les investissements publics.
Tour de vis sur la TVA
Le ministère se prépare à améliorer le recouvrement de divers impôts et taxes à partir de l’an prochain. Et, d’ores et déjà, les entreprises ont été recadrées sur la collecte de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), que l’État a jusqu’à présent du mal à collecter. Ainsi, 84 sociétés publiques et
ABDOULAYE BARRY
Les défis du MineFi
Le nouveau ministre des Finances et du Budget, Hamid Tahir Guilim.
privées ont été répertoriées et sont tenues, depuis le 1er septembre, d’opérer des retenues sur la TVA à la source, avec interdiction d’effectuer des compensations entre elles. Pour rembourser la dette intérieure, estimée à plus de 1 000 milliards de F CFA (plus de 1,52 milliard d’euros) – elle est en train d’être auditée, afin de prévenir d’éventuelles surfacturations –, le ministère
envisage d’ouvrir des discussions avec le FMI lors de sa prochaine revue de programme économique et financier avec le pays, notamment pour étudier la possibilité d’emprunt sur le marché régional. L’objectif est de relancer la consommation et de donner un coup d’accélérateur à la croissance – redevenue positive, certes, mais encore faible. MADJIASRA NAKO
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L’école a pour missions essentielles : * Assurer la formation initiale et continue dans les domaines des TIC ; * Promouvoir la recherche scientifique et technologique et en valoriser les résultats et la diffusion ; * Développer la recherche appliquée d’intérêt général afin de promouvoir l’innovation pour le développement socio-économique.
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LA FONDATION GRAND CŒUR : UN ACTEUR AU SERVICE DU DÉVELOPPEMENT INCLUSIF Présidée par la première Dame du Tchad, madame Hinda Déby Itno, la FONDATION GRAND CŒUR (FGC) s’est fixée comme objectifs de soutenir, d’accompagner et de soulager les souffrances des couches démunies et vulnérables. Son champ d’action s’étend à l’ensemble du pays et embrasse plusieurs secteurs prioritaires. Près de trois ans après sa création, la FGC a su imprimer ses marques.
L
a création de cette organisation non gouvernementale (ONG) est l’aboutissement d’un long parcours fait de présence continue sur le terrain de la première Dame du Tchad. En effet, Madame Hinda Déby Itno a décidé de capitaliser toutes ses interventions menées depuis 2006, en les fédérant
Visite de la Première Dame pour
significative dans le domaine de la santé où un accent particulier est accordé au couple mère-enfant. Le vaste et ambitieux programme de la FONDATION GRAND CŒUR s’appuie sur plus de 70 bénévoles, tous dévoués et engagés sur la base d’une charte de volontariat.
dans une structure qu’elle a appelée « FONDATION GRAND CŒUR », créée le 11 janvier 2017. Celle-ci se veut un soutien pragmatique et durable à la politique sociale du Président de la République, Son Excellence Idriss Déby Itno. La Fondation est soutenue par plusieurs partenaires, donateurs et personnes de bonne volonté. Avec l’appui constant du Président de la République, elle travaille au quotidien pour répondre aux nombreuses sollicitations individuelles et collectives des Tchadiens. Elle accompagne aussi les organisations féminines de développement à la base, soutient le système éducatif et assiste les personnes démunies en vivres et non vivres. L’action de la Fondation est très
Pose de la première pierre de construction du « Smart médical city » par le Chef de l’Etat tchadien.
Des actions d’envergure : bientôt un « Smart Medical City » à la pointe du progrès à N’Djaména Le 2 juillet 2019, le président de la République du Tchad a posé la première pierre pour la construction de la « SMART MEDICAL CITY » de la Fondation Grand Cœur à N’Djaména. C’est un vaste complexe qui comprendra un grand centre hospitalier ultra-moderne de plus de 1 000 lits. Cet hôpital aura une vocation sous-régionale et sera doté de toutes les spécialités cliniques (cardiologie, néphrologie, gynécologie, urologie, maladies infectieuses, ophtalmologie, pédiatrie, etc.). La construction de cet hôpital est le fruit d’une coopération entre la Fondation Grand Cœur et le consortium turc « La Roucci ». Il sera le plus grand hôpital jamais construit au Tchad.
Vue partielle de vivres offerts par la FONDATION GRAND CŒUR.
UN VASTE CHAMP D’INTERVENTIONS La FONDATION GRAND CŒUR couvre l’ensemble du territoire national. Partenaire de premier plan du Gouvernement tchadien, elle intervient dans quatre domaines précis : •Amélioration de l’accès aux soins de santé : organisation de caravanes médicales (multidisciplinaires, ophtalmologiques et pédiatriques) ; dotation des centres de santé en panneaux solaires ; formation du personnel de santé ; octroi de bourses de formation een médecine ou en spécialisation ; coac hing ; réalisation de plus de 20 000 c onsultations médicales (avec près dde 20 000 opérations effectuées) ; ; • •Appui au système éducatif : organisation de campagnes de maintien des filles à l’école ; octroi de bourses scolaires eet universitaires dans les filières scienti-
PUBLI-INFORMATION
fiques ; lancement d’une opération intitulée « soutenons l’école tchadienne » ; remise de kits scolaires et manuels didactiques dans tout le pays ; organisation annuelle d’un panel de haut niveau sur l’éducation ; remise de matériels et équipements aux centres de lecture et d’animation culturelle (CLAC) dans les 23 provinces du pays ; •Encouragement au développement rural : réalisation de forages et châteaux d’eau ; installation de pompes manuelles dans plusieurs localités ; remise de matériels et équipements agricoles ; formation des membres de groupements féminins sur les activités génératrices de revenus, ainsi que sur l’utilisation et la maitrise des matériels distribués ; •Solidarité et développement humain : organisation de campagnes en faveur des femmes infertiles (en collaboration avec la Fondation Merck) ; remise de dons en vivres et non vivres aux couches vulnérables ; et soutien aux enfants dans plusieurs villes (fêtes musulmanes et chrétiennes).
UN AGENDA 2019 AMBITIEUX La FONDATION GRAND CŒUR entend poursuivre et améliorer ses activités en visant les populations les plus vulnérables. Parmi les principaux projets à court et moyen termes, on peut citer : - L’organisation d’une caravane pour la correction visuelle de 10 000 enseignants ; - La mise sur pied d’une unité de prise en chargee des enfants drépanocytaires à N’Djaména ; - Le lancement d’une opération baptiséee « Tables-bancs » en faveur des écoles des 23 provinces du pays ;
- Le lancement du programme « don de sang, don de vie » pour appuyer le Centre de transfusion sanguine du Tchad. En outre, la FONDATION GRAND CŒUR à d’autres projets en cours de finition d’ici 2020. Il s’agit de : - L’inauguration du centre « IYALI » (« mes enfants » en arabe tchadien) pour l’accueil et la formation des enfants en situation difficile à N’Djaména ; - L’organisation de caravanes médicales pluridisciplinaires ; - L’accompagnement d’une unité d’oncologie pédiatrique devant traiter au moins 30 enfants malades du cancer ; - La mise sur pied d’une unité de prise en charge des brûlés ; - La création de cinq unités de transformation des produits agricoles et d’élevage ; - La mise en place de centres de couture dans toutes les provinces ; - La création d’un Centre national de haute couture à N’Djaména appelé « Tachadia ; - L’aménagement de l’Espace culturel Talino Manu de N’Djaména ; - La mise en place d’une unité d’urgences gynéco-pédiatriques à l’Hôpital de la Mère et de l’Enfant de N’Djaména.
Au Tchad, Madame Hinda Déby Itno s’est investie depuis plus d’une décennie dans un vaste combat en faveur de l’épanouissement et de l’autonomisation des femmes et des filles. Elle mène une lutte sans merci contre les injustices sociales, les violences basées sur le genre et le mariage précoce. Elle se consacre aussi et surtout à la lutte contre certaines maladies telles que les fistules obstétricales et le cancer. Son engagement concerne également la promotion de la santé maternelle et infantile, la protection du couple mère-enfant, la scolarisation des filles et la promotion de l’excellence. Les échos de cet engagement ont traversé les frontières nationales. C’est ainsi que madame Hinda Déby Itno a été élue Vice-présidente, puis Présidente de l’Organisation des Premières Dames d’Afrique contre le SIDA (rebaptisée Organisation des Premières Dames d’Afrique pour le développementOPDAD) par ses pairs de 2011 à 2015. A la tête de cette organisation, elle a montré toute l’étendue de ses capacités, en menant diverses actions, en accord avec les institutions internationales et les partenaires au développement. Dans ce domaine, son dévouement si particulier a été reconnu et salué par l’ONUSIDA qui l’a élevée, l’année dernière, au rang
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d’Ambassadrice spéciale. Madame Hinda Déby Itno est également la marraine de plusieurs organisations
(PRIVILÉGIER LES ÉCHANGES PAR MAIL)
nationales et internationales. Elle fait
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surtout partie des rares écrivaines
www.facebook.com/fgctchad
tchadiennes, avec la publication de son livre : « LA MAIN SUR LE CŒUR ».
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les enfants opérés par la Fondation.
Remise par Madame Hinda Déby Itno d’une attestation à un ophtalmologue Tchadien venu opérer à N’Djaména.
Une Première Dame pleinement engagée : du leadership national au mérite international
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STRATÉGIE
Issa Doubragne
Ministre de l’Économie et de la Planification du développement
« Il faut améliorer le climat des affaires, nous en sommes conscients » Propos recueillis à N’Djamena par MADJIASRA NAKO
epuis qu’il a hérité, à la fin de 2017, du portefeuille de l’Économie et de la Planification du développement, Issa Doubragne a pour mission de moderniser l’économie tchadienne, tout en améliorant le climat des affaires. C’est juste avant de s’envoler pour la 7e Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique (Ticad), organisée du 28 au 30 août à Yokohama, qu’il a reçu Jeune Afrique afin de dresser le bilan des efforts réalisés dans la mobilisation des ressources pour le financement du Plan national de développement (PND) 2017-2021 et d’évoquer, à mi-parcours, les premiers résultats.
VINCENT FOURNIER/JA
D
Quels sont les secteurs concernés ?
Plusieurs accords ont été signés, dans le cadre de partenariats public-privé (PPP), qui concernent huit secteurs stratégiques: l’agriculture, l’élevage, l’hydraulique, l’énergie, les mines, les infrastructures et l’aménagement urbain, les télécoms et les technologies de l’information et de la communication, ainsi que la finance inclusive.
Jeune Afrique : Du 26 au 28 juin, N’Djamena a accueilli le forum Investir au Tchad, une première édition tournée vers le monde arabe. Quels en sont les résultats ? Issa Doubragne : L’organisation de ce
forum d’affaires fait partie de la stratégie globale du gouvernement pour mobiliser des ressources nécessaires en vue de financer la mise en œuvre du PND 2017-2021. Cet événement s’inscrit dans le prolongement de la table ronde que le gouvernement a organisée, à Paris, du 6 au 8 septembre 2017. Le forum Tchad-monde arabe a permis de recenser les engagements financiers d’investisseurs publics et privés pour un montant global de 815 millions de dollars. Il faut rappeler que cette rencontre était consacrée en majeure partie au secteur privé, qui n’avait pas pu présenter de projets aboutis à Paris.
110
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Lors de l’élaboration du PND, les besoins en financement de son programme d’actions prioritaires (PAP) ont été évalués à
DE GRANDS PROJETS DANS LES TUYAUX
En marge du forum Tchad-monde arabe organisé à la fin de juin à N’Djamena, un accord de financement de 216 millions de dollars a été signé avec le gouvernement chinois pour la modernisation des infrastructures de télécommunications du pays (lire pp. 124-125). Des échanges ont eu lieu avec le groupe turc de BTP Summa dans la perspective de la construction du nouvel aéroport international de N’Djamena-Djermaya, dont le coût global avoisinerait 1 milliard de dollars. C.M.
OBJECTIFS DU PND 2017-2021
Le Plan national de développement (PND) 2017-2021 s’articule autour de quatre axes stratégiques : le renforcement de l’unité nationale ; le renforcement de la bonne gouvernance et de l’État de droit ; le développement d’une économie diversifiée et compétitive ; l’amélioration de la qualité de vie des Tchadiens.
plus de 5 000 milliards de F CFA (7,6 milliards d’euros) pour la période 2017-2021. Avez-vous trouvé ces fonds ?
Compte tenu de la crise financière à laquelle le pays était confronté en 2017 à la suite de la chute des cours du pétrole, le contexte rendait difficile des investissements massifs sur fonds propres, ce qui explique que le gouvernement a dû se tourner vers ses partenaires. D’où l’organisation de la table ronde de Paris, en septembre 2017, qui visait la mobilisation de 2 000 milliards de F CFA. Sur le montant annoncé de plus de 5 000 milliards de F CFA, le niveau de décaissement est actuellement de 44 %. Ces décaissements concernent les projets en cours qui ont été repris dans le PND et les projets lancés à la table ronde de Paris. Et où en est la mise en œuvre du PND à mi-parcours ?
Sur les 635 actions programmées dans le cadre du PND 2017-2021, 189 ont été engagées durant la première année, soit un taux
de déclenchement des actions d’environ 30 %, tandis que le taux d’exécution financière par ministère concerné s’est établi à environ 70,1 %. Par ailleurs, nous sommes convaincus qu’avec le démarrage, depuis le début de cette année, du Programme d’appui au développement local et à la finance inclusive au Tchad, qui est complémentaire et structurant, le niveau de bien-être des Tchadiens va s’améliorer de manière significative. Préalablement au PND, notre pays a lancé l’initiative « Vision 2030, le Tchad que nous voulons » – une étude nationale prospective issue d’un processus participatif auquel ont été associés la population, des professionnels et des experts sectoriels, ainsi que les partenaires économiques et financiers. Cette vision peut s’énoncer ainsi: « Le Tchad, une nation apaisée, unifiée dans sa diversité culturelle, résiliente par son économie transformée et offrant un cadre de vie agréable pour le bien-être de tous. » Pour que cette vision prenne corps, le gouvernement s’est engagé sur un chemin qui doit le conduire à la mise en place
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DR
Treize délégations venues du monde arabe ont participé à la première édition du forum Investir au Tchad, qui s’est tenue fin juin à N’Djamena.
d’une économie diversifiée et compétitive, ce qui passe par l’élaboration d’un plan directeur d’industrialisation et de diversification économique. Celui-ci permettra au Tchad de saisir les opportunités offertes par les accords commerciaux régionaux et de voir une part de sa croissance tirée par les exportations, à travers l’insertion et la montée dans les chaînes de valeur régionales et mondiales, mais aussi la diversification et la sophistication des produits et services « made in Chad » d’ici à 2030.
Une zone franche industrielle a été aménagée par l’État au nord de N’Djamena. Répond-elle aux attentes, notamment en matière d’investissements ?
Il est encore trop tôt pour évaluer le volume d’investissements que cette zone franche peut attirer. Plus généralement, des programmes de zones franches destinées à l’installation d’activités commerciales et logistiques d’approvisionnement sont en cours d’élaboration sur l’ensemble du territoire. Nous avons engagé en parallèle un autre programme prioritaire qui porte sur la création de dix agropoles pour le développement des filières agricoles et de l’élevage. Les études de faisabilité de ces dix agropoles ont été finalisées. Il s’agit désormais de les rendre fonctionnelles, avec l’implication du secteur privé.
L’un des axes du PND est de diversifier l’économie, mais le climat des affaires reste très défavorable aux investissements étrangers. La récente création du Conseil présidentiel pour le climat des affaires a-telle amélioré les choses ?
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FLUX D’IDE EN DENTS DE SCIE, STOCKS EN HAUSSE (investissements directs étrangers, en millions de dollars)
4 976
520 SOURCE : CNUCED
L’amélioration du climat des affaires reste un défi, et nous en sommes conscients. Il faut tout de même souligner que, ces dernières années, le Tchad a pu améliorer de huit points sa notation dans le classement « Doing Business » de la Banque mondiale. Cependant, il y a encore des efforts à faire. Et c’est dans ce but que le Conseil présidentiel pour l’amélioration du climat des affaires a été créé, en mai dernier. Ce Conseil, qui est présidé personnellement par le chef de l’État, est en train d’élaborer d’importantes mesures pour favoriser l’investissement privé dans le pays [lire pp. 117-119]. Son objectif est de mettre en œuvre les réformes nécessaires afin de permettre au Tchad de devenir la nouvelle destination africaine pour les investissements et les affaires.
NOUS SOMMES EN TRAIN D’ÉLABORER DES PROGRAMMES DE ZONES FRANCHES SUR L'ENSEMBLE DU TERRITOIRE.
2013
4 300
Flux entrants
– 676
2014
4 860
5 439
5 104
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Stock
560
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662
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COMMUNIQUÉ
BSIC TCHAD S.A. UNE VISION, UN INSTRUMENT La BSIC TCHAD SA est une filiale du Groupe de la Banque Sahélo-Saharienne pour l'Investissement et le Commerce. Le groupe BSIC créée en 2002 dans le cadre de la CENSAD, est présente dans 14 pays avec un capital autorisé de 750 000 000 d’Euros, le Groupe Bancaire contribue au développement économique et social des états membres à travers le financement des secteurs porteurs de croissance.
La BSIC Tchad SA c’est la force d’un actionnariat institutionnel garantissant une stabilité du capital. Elle a démarré ses activités le 26 janvier 2004 avec un capital social de 2 milliards de F CFA. Après, douze années d’activité, son capital est passé à 10 milliards de F CFA. Elle intervient dans les secteurs clés à travers des financements des projets porteurs et les filières structurées. En quinze ans d’activité, la BSIC TCHAD a octroyée des financements à l’économie totalisant 417 milliards F CFA ce qui en fait un acteur majeur du système bancaire du pays.
UNE OFFRE DE SERVICES DIVERSIFIÉS POUR TOUS LES AGENTS ÉCONOMIQUES Elle offre une gamme de produits et services bancaires au profit des entreprises, des professionnels et des particuliers ; Finance les besoins d'exploitation de sa clientèle ;Finance les projets d'investissements productifs des grandes entreprises et des PME-PMI ; Participe au financement des crédits de campagne des principaux produits d'exportation ; Met à la disposition des particuliers des crédits à la consommation, à l’équipement et à l’aménagement de leur résidence…
UNE BANQUE QUI S’INSCRIT POUR LE LONG TERME BSIC TCHAD SA Avenue Charles De Gaulle BP 81 N’Djamena Tél. : +235 22 52 26 92 Fax : 235 52 26 93 E-mail : bsic-chad@bsicbank.com
www.bsicbank.com/tchad
A l’image des autres filiales du Groupe, la BSIC TCHAD SA a construit son siège social, situé à l’Avenue Charles De Gaulle à N’Djamena. Le nouveau siège est un joyau architectural de niveau R+4, construit dans le style arabo-soudano-sahélienne, associée à l’architecture moderne.
UNE BANQUE CITOYENNE QUI VEILLE AU RESPECT DES NORMES ET STANDARDS DE LA PROFESSION Relativement aux dispositifs réglementaires, la BSIC TCHAD s’est conformée aux textes et lois en vigueur dans la zone CEMAC, notamment en matière de conformité et de gestion des risques. En matière de compliance, la banque a mis en place un dispositif respectant les standards internationaux en matière de Lutte Anti-Blanchiment & Financement du Terrorisme (LAB/FT). En ce qui concerne le volet risques, la BSIC TCHAD SA a mis en place un Comité des Risques émanation du conseil d’Administration qui supervise la mise en œuvre des stratégies en la matière ainsi qu’un Département Gestion des Risques chargé de la prévention et de la surveillance au quotidien de l’ensemble des risques de la banque.
UNE BANQUE DE PROXIMITÉ Dans le cadre du développement de son réseau BSIC Tchad, dispose à ce jour de 11 agences avec un effectif de 132 employés. Conformément à son plan de développement, d’autres nouvelles agences sont en projet et l’objectif à moyen terme étant d’être une banque de proximité qui va vers ses clients.
UNE BANQUE TOURNÉE VERS L’INTERNATIONAL La BSIC TCHAD SA dispose de correspondants dans : La zone CEMAC ; La zone UEMOA (filiales du Groupe) ; Le reste du monde.
JAMG - PHOTO : D.R.
UN BRAS FINANCIER DE LA CENSAD AU SERVICE DU DÉVELOPPEMENT DES PAYS MEMBRES
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AGRO-INDUSTRIE
Il y a près de dix-huit mois, l’État cédait 60 % de la société cotonnière nationale au géant singapourien. Depuis, la nouvelle direction a apuré les dettes de l’entreprise et a mis fin à la sinistrose des producteurs.
Les champs de coton s’étendent à perte de vue le long de la route nationale menant de Pala à Léré, près de la frontière camerounaise. Ces dernières années, la CotonTchad Société nouvelle (SN), ancien fleuron de l’économie nationale, battait de l’aile. Les surfaces consacrées à la culture du coton se sont raréfiées. La production de coton-graine a été divisée par six en deux ans, pour chuter à 17 000 tonnes récoltées lors de la campagne 2016-2017. Un drame pour la zone méridionale du pays, son « bassin cotonnier », où l’on estime à 4 millions le nombre de personnes vivant directement de la filière.
MADJIASRA NAKO
Bouffée d’oxygène
Olam, le bon filon
ongba Dadina Zoutenet, producteur de coton à Goigoudoum, dans le sud-ouest du pays, est enthousiaste. « Nous avions fini par penser que la filière allait mourir. Mais, avec l’arrivée d’Olam et le paiement de nos arriérés, nous avons retrouvé l’espoir. »
TOM STODDART/GETTY IMAGES
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Les autorités ont organisé des missions de sensibilisation pour inciter les agriculteurs à revenir à la culture de l’or blanc.
En avril 2018, l’État a ouvert le capital de la CotonTchad SN. Le géant singapourien Olam a racheté 60 % des parts de la société pour plus de 9 milliards de F CFA (près de 14 millions d’euros), l’État en a gardé 35 %, et 5 % ont été gracieusement cédés aux producteurs. La cession de la majorité de ses parts à Olam a permis à l’État de renflouer
ses caisses et, surtout, de solder le passif de l’entreprise, qui s’élevait à 35 milliards de F CFA au 31 décembre 2017. Cette privatisation, même partielle, pour un secteur si stratégique, a soulevé des inquiétudes, mais, compte tenu du déclin de la société et de la filière, elle a surtout suscité beaucoup d’espoir. Le gouvernement a annulé les dettes fiscales et demandé à la nouvelle direction de financer les autres créances, qui seront converties en crédit d’impôts. Résultat, à la fin de juillet 2019, 6,6 milliards de F CFA avaient déjà été versés par Olam dans le bassin cotonnier, en règlement des impayés qui étaient dus par l’État aux producteurs – y compris pour la campagne 2016-2017. Une bouffée d’oxygène, surtout à ce moment de l’année où les campagnes tchadiennes vivent une période de soudure, quand les réserves se tarissent alors qu’on attend toujours la prochaine récolte. « La sinistrose ambiante a disparu. Avec ce qu’ils ont perçu, les paysans ont de quoi embaucher de la main-d’œuvre pour les travaux champêtres », témoigne le député Néatobeye Le-Nassenguengar, qui a dirigé une mission de sensibilisation pour inciter les agriculteurs à revenir à la culture du coton. Un enthousiasme quelque peu tempéré cependant par Tongba Dadina Zoutenet, qui rappelle qu’une grande partie des versements a surtout permis de rembourser des dettes. « Les paysans ont attendu deux ans avant d’être rémunérés et ont été obligés de s’endetter pour faire face à leurs charges. Avec ces paiements, pour le moment, nous avons surtout comblé les trous, explique-t-il. Mais si Olam maintien la dynamique, l’économie locale va changer. » L’« opération reconquête » engagée par Olam – reconquête des surfaces emblavées, mais aussi des producteurs, qui s’étaient massivement détournés de la filière – semble donc sur les bons rails. L’objectif immédiat est de faire redécoller la production à 180 000 t de coton-graines pour la campagne 2019-2020, avec près de 300 000 ha cultivés. « Nous pensons remonter assez rapidement à une production annuelle de 300 000 t, au vu de l’engouement que montrent les paysans », estime Ibrahim Malloum, secrétaire général chargé de la commercialisation de la CotonTchad. Une motivation retrouvée
CETTE PRIVATISATION PARTIELLE A SOULEVÉ DES INQUIÉTUDES, MAIS, COMPTE TENU DU DÉCLIN DU SECTEUR, ELLE A SURTOUT SUSCITÉ BEAUCOUP D’ESPOIR.
d’autant mieux que la nouvelle direction de la société s’est engagée auprès des producteurs à mettre à leur disposition des semences et des engrais, au moment où ils en auront besoin, et à les payer désormais plus rapidement.
Le transport, un enjeu crucial
L’autre défi qui devra être relevé sans attendre est celui du transport de la production depuis les champs jusqu’aux usines. Cela fait des années que les pistes rurales ne sont pas entretenues et que l’ensablement et les nids-de-poule rendent certains villages inaccessibles aux véhicules pendant une partie de l’année. Bien que l’entretien des routes relève de la responsabilité de l’État, l’entreprise envisage de réparer certains axes à ses frais, mais compte aussi sur les partenaires au développement pour lui donner un coup de pouce. « La Banque mondiale et l’Union européenne ont manifesté leur intérêt pour aider à la réparation de certaines pistes », confirme Ibrahim Malloum. Enfin, dès la fin de la campagne en cours, la société espère pouvoir relancer son huilerie, dont elle avait suspendu les activités, le volume de coton-graine récolté étant devenu insuffisant. Pour rentabiliser l’huilerie, la CotonTchad entend aussi investir dans l’arachide. « Cela permettra par ailleurs aux paysans d’alterner les types de culture et de gagner en productivité », conclut Ibrahim Malloum.
FILIÈRES ALTERNATIVES Outre l’arachide, la CotonTchad envisage de développer la filière noix de cajou, des milliers de pieds d’anacardiers poussant déjà dans le bassin cotonnier, « dont on se contente de manger les fruits », relève un agronome. Mais l’intérêt pour la noix étant de plus en plus fort ces dernières années, les paysans s’organisent. Sous l’impulsion d’un jeune entrepreneur, Mian-hingam Sauria, une coopérative des producteurs d’anacarde du Tchad, regroupant 370 exploitants, s’est constituée pour collecter les noix, qui sont ensuite expédiées au
Cameroun et au Nigeria. Olam compte mettre en place une filière de collecte pour les exporter vers le Nigeria, où le groupe dispose d’unités industrielles pour le traitement des noix de cajou. « Et nous n’excluons pas d’installer une usine au Tchad si la production devient importante », indique Ibrahim Malloum. De la même façon, le groupe singapourien devrait aussi s’intéresser dans le pays à l’essor de la filière sésame, dont il est le premier négociant au niveau mondial. M.N.
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COMMUNIQUÉ
PARCOURS D’ENTREPRENEURS Entretien avec M. Abdelkérim Mahamat Kreich Fondateur et associé-gérant de Kreich Avocats
NOUS CULTIVONS L’EXCELLENCE !
Avant de lancer Kreich Avocats à N’Djaména, Abdelkérim Mahamat Kreich a travaillé pour des cabinets anglo-saxons (Jones Day, DLA Piper, Shearman & Sterling, Clifford Chance) et français (Gide, Lefèvre Pelletier & Associés). Il a, durant ces années, parfait sa maîtrise du métier et acquis sérieux, technique et minutie dans le traitement des dossiers. Des qualités qui, selon ses termes, « font la différence sur le long terme ». Confiant sur le potentiel du Tchad et de la zone Afrique centrale, Abdelkérim Mahamat Kreich table sur un développement de son cabinet à part égale entre le contentieux et le conseil. Entretien avec un homme méthodique et visionnaire. Kreich Avocats a intégré en février 2019 la très sélective Chambers & Partners, ce guide qui référence et classe mondialement les meilleurs cabinets d’avocats d’affaires.
Que représente pour vous votre présence dans le guide Chambers & Partners ? Qu’est ce que cela peut vous apporter ? Pour nous, il s’agit d’un encouragement à cultiver l’excellence au sein de Kreich Avocats.
Chambers a mené une enquête de satisfaction auprès de nos clients locaux et internationaux avant de nous inscrire dans son guide. Parmi les critères objectifs de ce classement figurent en bonne place l’aptitude à délivrer un conseil fiable dans les délais requis.
Quelles sont vos lignes de métiers ? Nos activités se déclinent en deux principaux pôles à savoir le pôle conseil et le pôle contentieux. Nos deux pôles interviennent dans divers secteurs de l’économie tchadienne dont notamment l’énergie & les ressources naturelles, les infrastructures, la banque & finance, les télécommunications et l’agrobusiness.
Quel regard portez-vous sur le secteur de l’énergie au Tchad ? Le Tchad est un pays pétrolier qui souhaite également promouvoir les énergies renouvelables. L’adoption récente d’une lettre de politique énergétique 20182030 et la réforme du secteur de l’énergie électrique par la mise en place d’un nouveau cadre institutionnel et juridique constituent des facteurs rassurant pour les investisseurs.
Votre cabinet a développé un important portefeuille en très peu de temps (4 ans), ce sont des performances appréciables. Quel est votre secret ? Il n’y a pas de secret. Nous sommes constamment à l’écoute de nos clients. Nous nous efforçons de délivrer un service conforme aux standards internationaux.
KREICH AVOCATS
Avenue Charles de Gaulle Immeuble CNPS, BP 232 N’Djamena, Tchad Tél. : (+235) 65 00 65 70
www.kreich-avocats.com
JAMG
Créé en 2015 par Abdelkérim Mahamat Kreich, fondateur et associé-gérant, Kreich Avocats développe au Tchad et dans la sous-région CEMAC un savoir-faire de premier plan, tant en conseil qu’en contentieux. Il assiste notamment des entreprises locales, des institutions étatiques et des filiales de multinationales de divers secteurs. Par ailleurs, il accompagne des institutions bancaires et financières tchadiennes et internationales (y compris les banques de développement) en leurs qualités d’agents, d’arrangeurs et de prêteurs dans le cadre des financements de projets d’infrastructures et de projets énergétiques.
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ENTREPRENEURIAT
Amir Adoudou Artine
Président du conseil d’administration de Geyser, président de la chambre de commerce, d’industrie, d’agriculture, des mines et de l’artisanat (CCIAMA)
« Fini le bling-bling, nous avons tiré les leçons du passé » Propos recueillis à N’Djamena par FRANÇOIS-XAVIER FRELAND
Au siège de son groupe, début août.
’est dans les tout nouveaux locaux du groupe Geyser, situés dans la zone industrielle de Farcha, dans le 1er arrondissement de la capitale, qu’Amir Adoudou Artine nous reçoit. Ce jour-là, alors qu’il a le visage emmitouflé dans un grand chèche, rien ne laisse penser que l’emblématique patron de l’un des groupes les plus diversifiés du pays est un pur produit de la diaspora. Pourtant, il est né à Khartoum, au Soudan, en décembre 1969. Dix ans plus tard, son père, ambassadeur, envoie sa famille en Europe, loin du régime de Hissène Habré. Amir Artine fera ses classes en Belgique: lycée chez les jésuites, à Liège, puis licence en sciences économiques à l’Université libre de Bruxelles. Ce n’est qu’en 1995, à 26 ans, qu’il rentre au pays où, en 1998, il crée Geyser. Vingt ans plus tard, la petite société spécialisée dans les travaux de maintenance sur le site pétrolier de Doba est le numéro deux du pays dans les domaines des travaux de forage, des services pétroliers et de l’hydraulique. Le groupe s’est désormais diversifié dans le génie civil et les activités agropastorales, en particulier la production laitière. Propriétaire d’une grande ferme située à 40 km de N’Djamena, Amir Artine, passionné de courses hippiques, y élève aussi une centaine de chevaux. Cela explique sans doute que le PCA de Geyser est devenu ministre du Développement pastoral et des Productions animales (2013), puis de l’Élevage (2014), avant d’être nommé
FRANÇOIS-XAVIER FRELAND POUR JA
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à la tête de la chambre de commerce, d’industrie, d’agriculture, des mines et de l’artisanat (CCIAMA) du pays, en février 2016. Amir Artine est également le porte-parole des patrons du G5 Sahel qui, en août 2018, lors d’une rencontre stratégique à Nouakchott, en Mauritanie, ont créé l’Union des chambres de commerce du G5 Sahel pour développer le partenariat et les échanges entre les cinq pays, au-delà des questions sécuritaires. Sous sa houlette, la CCIAMA a publié, en octobre 2018, un « document cadre sur la facilité à faire des affaires au Tchad » qui répertorie les obstacles au développement du secteur privé. À cette occasion, elle a organisé le forum Tchad relance, pour mettre les choses à plat entre entrepreneurs, gouvernement et pouvoirs publics. Jeune Afrique: Comment le secteur privé se porte-t-il ? Amir Adoudou Artine :
Les grandes orientations sont données par le gouvernement. L’objectif numéro un est la diversification, avec une plus grande valorisation de nos ressources propres et la transformation de nos produits. À notre niveau, nous essayons de mettre le secteur privé au centre des préoccupations. Pour substituer l’investissement public que l’État ne peut plus assurer, on fait davantage appel à l’investissement direct étranger (IDE). Pour rassurer nos partenaires, nous avons dressé un état des lieux, dès octobre 2018, en organisant la grande conférence Tchad relance. Pendant une semaine, nous avons réfléchi et débattu, entre patrons et avec le gouvernement, pour améliorer l’environnement des affaires. Tous les secteurs clés de notre économie étaient représentés : pétrole, mines, agriculture, commerce, cinéma, et même mannequinat. Chacun a fait part de ses griefs et de ses attentes. On s’est tout dit, sans langue de bois : problèmes de foncier, fiscalité, frais douaniers, corruption, etc. Nous en avons tiré plus de soixante recommandations, et un Conseil présidentiel pour le climat des affaires a été créé. Il est présidé par Idriss Déby Itno, ce qui nous assure une certaine réussite, car les décisions sont prises bien plus rapidement.
LA CRISE EST TERMINÉE, ON EST DANS UNE PHASE DE REDÉMARRAGE. MAIS ATTENTION, FIN DE CRISE NE VEUT PAS DIRE RELANCE.
Ça va mieux, même si c’est encore difficile. On a connu douze années formidables, entre 2000 et 2012. Avant même que le pétrole se mette à couler, on goûtait déjà à la prospérité grâce à la phase de construction du « projet pétrole ». C’était le plein-emploi. Ensuite, ce fut le début de la phase d’exploitation, avec les années « blingbling ». On sortait des années 1990, où les entreprises privées vivotaient, et c’était grisant. Certains en ont trop profité et ont dilapidé l’argent dans des dépenses inutiles : grosses maisons, 4 x 4, etc. Et puis, à la fin de 2014, il y a eu une triple crise : chute des cours du baril, dépenses publiques englouties dans la sécurité et afflux massif de réfugiés depuis les pays voisins. La convergence de ces trois phénomènes a créé un séisme d’une ampleur à laquelle nous n’étions pas préparés et qui signait l’arrêt quasi total de nos entreprises, dont la majorité est interdépendante. Aujourd’hui, la crise est terminée, on est dans une phase de redémarrage économique. Mais attention, fin de crise ne veut pas dire relance. On travaille à consolider les acquis, qui restent fragiles.
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Quelles sont les priorités ?
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Et où en est la diversification ?
Certes, le Tchad a du pétrole, et ce secteur reste porteur, mais il doit se réorganiser. Quant au secteur minier, d’importants gisements d’or ont été découverts fortuitement dans les régions du Tibesti (Nord) et de Bâtha (centre), où nous assistons à une véritable ruée. L’État a dû prendre des mesures conservatoires pour canaliser cet élan. Des contrats ont récemment été signés avec des sociétés étrangères, mais l’exploitation de cette richesse n’en est qu’à ses débuts. Une autre priorité est de consolider nos acquis. Le Tchad est surtout un
pays à vocation agropastorale, par ses terres arables, ses immenses ressources en eau et son cheptel de 115 millions de ruminants. Notre cheptel, c’est des dollars sur pattes ! Actuellement, sur 137 projets [suivis par la CCIAMA], 80 % concernent le développement rural. Cela augure quelque chose de très positif. En Europe, le retour sur investissement est nul. Ici, j’investis presque les yeux fermés, car le Tchad a un potentiel énorme. Il y a tout à faire, c’est le pays où il faut être. Et c’est le plus sûr de la sous-région. Qu’est-ce qui peut être amélioré ?
Le gouvernement doit mettre plus de moyens à notre disposition pour réussir cette transition. Surtout, il faut davantage miser sur la jeunesse, en investissant dans l’éducation et en créant les bases d’une nouvelle génération d’entrepreneurs, avec à la clé de nouvelles success-storys. Autrefois, l’entrepreneuriat ne faisait pas rêver, car il avait un côté « souk », et les patrons n’étaient vus
que comme de gros commerçants. Les meilleurs, ceux qui réussissaient, rejoignaient souvent la fonction publique. Les mentalités commencent à changer, mais il faut donner le goût de l’entrepreneuriat. J’ai bon espoir, car nous voyons
ICI, J’INVESTIS LES YEUX FERMÉS. LE TCHAD A UN POTENTIEL ÉNORME. IL Y A TOUT À FAIRE. ET C’EST LE PAYS LE PLUS SÛR DE LA SOUS-RÉGION. nombre de jeunes talentueux dans tous les domaines, avec des dossiers d’affaires bien ficelés. La relève est là ! Au début des années 2000, il n’y avait que 3 000 à 4 000 entreprises privées dans le pays. Aujourd’hui, on en recense 36 000 (dont encore peu de sociétés étrangères). Les entrepreneurs sont plus jeunes, mieux préparés, mieux éduqués, et ils vont vers des investissements productifs. Fini l’extravagance, nous avons vraiment tiré les leçons du passé.
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TRANSPORT AÉRIEN
WILLIAM TCHANGO
Horizon dégagé pour Tchadia
Sur le tarmac de l’aéroport de Douala, au Cameroun, desservi depuis le 11 mars 2019.
Un an après son envol, la compagnie cofondée par l’État tchadien (51 %) et Ethiopian Airlines (49 %) inaugure deux nouvelles liaisons. Et elle ne compte pas s’arrêter en si bon chemin.
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MADJIASRA NAKO
our la direction éthiopienne de Tchadia Airlines, les affaires tournent à plein régime. Après avoir finalisé l’ouverture – prévue pour la fin de septembre – de deux nouvelles lignes, l’une vers Kano, au Nigeria, l’autre vers Niamey, au Niger, elle s’apprête à réceptionner à N’Djamena un second Bombardier Q400. Celui-ci va venir renforcer l’unique appareil chargé d’assurer les rotations avec les quatre destinations intérieures (Moundou, Sarh, Abéché et Faya-Largeau) desservies par la compagnie depuis qu’elle a démarré ses activités en octobre 2018, auxquelles se sont ajoutées deux métropoles sous-régionales: Douala, la capitale économique camerounaise, en mars 2019, et Bangui, en Centrafrique, depuis juin. « Après l’ouverture des liaisons avec Kano et Niamey, nous visons Khartoum, au Soudan. Il nous fallait donc un deuxième avion pour répondre à la demande qui sera de plus en plus forte », confirme Mahamat Adoum Ismaël, le président du conseil d’administration de Tchadia Airlines. Il est vrai que la jeune compagnie semble avoir trouvé sa clientèle assez rapidement. Dans un pays aussi vaste, où les déplacements par
P
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la route sont souvent longs, difficiles, parfois impossibles, on opte facilement pour l’avion, d’autant que le coût des billets est relativement intéressant. Au bout de neuf mois d’exercice, le taux de remplissage des vols de Tchadia avoisinait 70 %. « On peut aller de N’Djamena à Faya pour moins de 60000 F CFA (environ 90 euros), alors qu’il faut compter au moins deux jours par la route, pour à peu près le même montant », argumente Mahamat Adoum Ismaël. L’objectif de la compagnie est de passer le cap des 150000 passagers transportés l’an prochain, avec l’ouverture de vols en direction du Caire (Égypte), de Djeddah (Arabie Saoudite) et de Dubaï (Émirats arabes unis). À cet effet, Ethiopian Airlines devrait fournir deux Boeing 737. « Nous envisagerons plus tard de développer une activité fret, qui se fera essentiellement en direction du MoyenOrient », précise par ailleurs un cadre de la compagnie.
Expertise éthiopienne
Les autorités tchadiennes, qui ont déjà liquidé deux compagnies – Air Tchad et Toumaï Air Tchad – sont bien décidées à ce que Tchadia ne connaisse pas le même sort. « Nous avons décidé de donner un mandat de gestion exclusif à nos partenaires éthiopiens, compte tenu de leur expérience en matière d’aviation. Ce sont eux qui assurent la gestion managériale au quotidien. Et ce sont eux qui recrutent, tout en assurant un transfert de compétences », confie Mahamat Adoum Ismaël. Ethiopian Airlines apporte en outre un investissement de 4,41 milliards de F CFA, essentiellement dans les aéronefs, les frais de maintenance des appareils et le personnel, qui se fera au fur et à mesure du développement des activités. Dans l’immédiat, la priorité est de fidéliser la clientèle dans une Afrique centrale où les compagnies nationales ont la réputation d’être des « Air Peut-Être », à cause de leur manque de ponctualité. Pour la direction de Tchadia, il faut tout faire pour gagner la bataille de la crédibilité, sachant que, selon le plan d’affaires, ce n’est qu’à partir de 2022 que l’entreprise sera rentable.
© CLÉMENT TARDIF
COMMUNIQUÉ
UN ACTEUR CLÉ DANS LE PAYSAGE HÔTELIER ET TOURISTIQUE TCHADIEN Le Tchad, pays de Toumaï, est le 5e pays le plus vaste d’Afrique avec une superficie de 1 284 000 km² pour 14 millions d’habitants. Pays incontournable d’Afrique centrale par son rayonnement géopolitique, le Tchad regorge de ressources naturelles, de sites touristiques d’exception et de potentialités. Dans le cadre du Programme National de Développement du Pays, le volet touristique a été pris en compte à travers la construction d’un parc hôtelier moderne et haut de gamme pour soutenir le développement économique. C’est dans ce contexte que l’hôtel 5 étoiles Radisson Blu Ndjamena fut construit, pour accueillir entre autres le sommet de l’Union Africaine sous le Haut Patronage de son Excellence Monsieur le Président de la République, Idriss Deby Itno. L’hôtel Radisson Blu est géré par la chaîne hôtelière « Radisson Hotel Group » comptant plus de 1 400 Hôtels dans le monde avec le support de la « Société Nationale d’Exploitation Hôtelière » dépendant du Ministère du Tourisme du Tchad. Le Radisson Blu de Ndjaména est un véritable outil de projection du Tchad pouvant accueillir voyageurs d’affaires, congrés, séminaires internationaux et nationaux mais aussi, des Banquets, Cocktails et autres évènements.
Construit au bord du Fleuve Chari, il est composé de 175 chambres dont 29 suites. Il dispose de 19 salles de réunions, 2 restaurants, 1 piscine, 2 courts de tennis et 2 bars lounge. L’hôtel Radisson Blu Ndjamena a accueilli depuis son ouverture en fin Juin 2017 plusieurs évènements majeurs parmi lesquels, la conférence internationale de la Francophonie pour les jeunes filles, le sommet de la CENSAD, le MAEP, le sommet de la CEMAC, le sommet du bassin du Niger. Dans le cadre de la lutte contre le chômage, cet établissement prestigieux génère près de 300 emplois directs et indirects. En terme de responsabilité sociale d’entreprise, l’hôtel Radisson Blu de Ndjamena particpe également à la formation, au développement et à l’insertion professionnelle de la jeunesse Tchadienne tout en prévoyant des actions liées au respects de l’environnement, à la préservation des couches démunies de la population et de la petite enfance.
Radisson Blu Hotel Ndjamena
Cité du 1 Décembre, Sabangali, N’djamena, Tchad ots.ndjamena@radissonblu.com - Tél. : +235 63 18 83 07, +235 68 58 70 00
https://www.radissonhotels.com/fr-fr/destination/tchad/ndjamena
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SERVICES
Manque d’assurance
Outre les polices automobiles, obligatoires, les compagnies tentent de diversifier leurs offres : couverture en cas de maladie, de sinistre, de décès. Mais elles peinent encore à convaincre. ’est un mal pour un bien, dira-t-on. Jusqu’à ce que la crise financière éclate, en 2016, le principal produit d’assurance au Tchad était l’assurance automobile, que l’État a rendue obligatoire dès 1965. À la même époque, d’autres polices liées aux secteurs de la construction et des transports devaient être exigées, mais ne l’ont jamais été dans les faits. Face à cette situation, les compagnies du pays se sont réunies au sein de l’Association des sociétés d’assurance au Tchad (Asat) pour peser auprès des pouvoirs publics et tenter d’obtenir que les entreprises soient contraintes de souscrire des polices pour leurs chantiers de construction et leurs véhicules de transport. Jusqu’à présent, seules les sociétés internationales se pliaient à cette exigence. Mais ces dernières années, avec la crise et l’arrêt d’importants chantiers, les assureurs ont multiplié les efforts pour proposer de nouveaux produits et, surtout, tenter de faire naître une culture de l’assurance chez les Tchadiens, particuliers comme professionnels. Des brigades de prospecteurs ont ainsi été recrutées pour démarcher les particuliers, avec pour credo que « l’assurance n’est jamais chère après le sinistre ». Parmi les trois compagnies présentes au Tchad, La Star nationale et Saar assurances (ex-Safar) proposent une gamme d’offres sur l’ensemble des segments hors vie: automobile, dommages aux biens, transports, maladie et accidents. Quant à Star vie, qui, comme son nom l’indique, est spécialisée dans les produits d’assurance vie, elle développe aussi ses propres produits (rente éducation, épargne…). Celui qui marche le mieux reste la couverture des crédits en cas de décès, que les banques exigent désormais des fonctionnaires formulant une demande de prêt. À l’exception de ce type de police obligatoire, comme le sont celles liées à l’automobile et, dans une moindre mesure, à la maladie (que certaines chancelleries
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exigent pour la délivrance de visas), la plupart des produits n’ont pas encore trouvé leur clientèle, une nouvelle fois en raison de la faible culture de l’assurance.
Opération séduction
Selon Bemba Béral, inspecteur principal au sein de La Star nationale, « l’objectif est d’améliorer les rapports entre l’autorité de tutelle et les compagnies en vue de sensibiliser la clientèle à la pratique des assurances obligatoires, mais aussi à l’intérêt de souscrire des assurances non obligatoires qui couvrent les risques du quotidien, de la famille, etc. » Par ailleurs, « les professionnels de l’association Asat, le ministère des Finances et celui des Infrastructures étudient le projet de création d’un guichet unique pour l’assurance automobile », ajoute l’assureur qui, en mars dernier, lors du sommet de la Cemac organisé à N’Djamena, a été nommé secrétaire général permanent du système de la carte rose Cemac. Créé à la fin des années 1990, ce dispositif d’assurance de responsabilité civile automobile accompagne le règlement de sinistres transfrontaliers afin que les victimes d’accident de circulation routière soient indemnisées rapidement.
Les professionnels lancent des campagnes pour faire connaître de nouveaux produits.
ABDOULAYE BARRY POUR JA
MADJIASRA NAKO
COMMUNIQUÉ
SOCIÉTÉ DES HYDROCARBURES DU TCHAD
LA SHT, LEVIER INDISPENSABLE DU DÉVELOPPEMENT La Société des hydrocarbures du Tchad (SHT) prospecte, recherche, développe, produit, transporte, raffine, stocke et gère les produits finis. Elle crée ainsi de la richesse au pays et apporte de l’emploi aux jeunes. Gérant les pôles amont et aval, elle est régie par les traités de l’Organisation pour l’harmonisation en Afrique du droit des affaires (Ohada). › Répondre sans délai aux demandes d’informations à partir de sa riche base de données ;
M. Seid Idriss Deby Directeur Général de la SHT
› Participer aux projets liés à l’après-pétrole et à la diversification de l’économie.
› La production et le transport des hydrocarbures ; › Le raffinage, le transport, le stockage et la distribution des produits pétroliers ; › La commercialisation des hydrocarbures liquides/gazeux et des produits finis ; › La prise de participation dans les sociétés et dans les consortiums de société.
La SHT a pour mission de mettre en œuvre la politique industrielle et commerciale du Tchad en matière d’hydrocarbures. LES OBJECTIFS
Tout en mettant en avant la nécessité de la participation des entreprises locales à travers les actions de « local content » et de responsabilité sociale des entreprises (RSE), la SHT assiste le Gouvernement pour atteindre les objectifs suivants : › Porter la production pétrolière du Tchad et/ou transitant par le Tchad à 300 000 barils par jours d’ici cinq ans ;
LE PLAN D’ACTION
› Participer, en amont, sur les projets d’investissements du secteur pétrolier, comme la mise en exécution du projet Polymère par Esso ; le lancement de la production d’Opic et d’United Hydrocarbon ; et le démarrage des travaux du champ pétrolier de Sédigui. › Développer, en aval, le secteur pétrolier et gazier en participant aux principaux projets concernant la construction et l’exploitation d’une miniraffinerie ainsi que d’une usine de purification de gaz à Rig-Rig ; et la construction d’un dépôt pétrolier à Djarmaya, dont la pose de la première pierre a eu lieu le 4 avril 2018. › Investir dans des infrastructures pétrolières en finançant la construction de deux gazoducs pour relier des champs gaziers de Sédigui à Djermaya (N’Djaména) sur une distance de 350 km ; et la réhabilitation du pipeline Sédigui-Djermaya. › Se positionner dans de futurs projets comme le lancement des travaux dans les champs du Salamat ou encore la construction d’un pipeline Kibea (Salamat)Doba en accord, entre autres, avec la China National Petroleum Company (CNPCIC) ; et la construction du pipeline Niger-Tchad pour relier les champs de l’Agadem au Niger au pipeline de Doba.
› Donner la priorité à la baisse continue des coûts de production unitaire par l’amélioration de la chaîne des achats dans les entreprises et la mutualisation des ressources ; < Une installation pétrolière au Tchad.
› Atteindre l’autosuffisance durable en matière de gaz domestique ; › Augmenter de façon significative la produuction d’électricité à partir du gaz naturel, en proomouvant les gisements de gaz naturel et la diminutionn du gaz torché ; › Participer à la promotion des recherches pétrolières p partout au Tchad, et notamment dans les baassins prometteurs des Erdis ;
SHT - Direction Générale - B.P 6179 Tél. : (235) 22 52 06 30 - Fax : (235) 22 52 06 33 Email : info@sht-tchad.com
www.sht-tchad.com
JAMG - Photos : D.R.
LES MISSIONS DE LA SHT
La SHT a pour mission de mettre en œuvre la politique industrielle et commerciale du Tchad en matière d’hydrocarbures, à travers principalement : › La prospection, la recherche, le développement ;
Grand format TCHAD ÉCONOMIE
TÉLÉCOMS & TIC
Un potentiel à exploiter Entre la piètre qualité des services, leur coût et les récents blocages des réseaux sociaux, le secteur accumule les handicaps. La reprise de Tigo par Maroc Telecom pourrait changer la donne.
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MADJIASRA NAKO
irtel, la qualité de vos services n’est pas bonne. Vos abonnés, dont je fais partie, se plaignent. Vous devez changer ! » Ainsi s’exprimait le président Idriss Déby Itno, le 13 juillet, lors de la clôture du forum Tchad numérique, organisé à l’occasion des vingt ans de la libéralisation du secteur des télécommunications. Un créneau sur lequel le pays mise désormais pour doper sa croissance, avec notamment la création d’un technoparc à N’Djamena à l’horizon 2020. Cette cinglante critique faite à la filiale locale de l’indien Bharti vaut aussi pour l’autre opérateur, Tigo Tchad. À ceci près que, à la fin de juin, la filiale du groupe luxembourgeois Millicom (MIC) a été rachetée par Maroc Telecom, qui annonce vouloir
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rattraper rapidement les retards pris par le pays en matière de services télécoms et numériques.
Fracture numérique
Avec seulement 48 % pour la téléphonie mobile (soit 7 millions d’abonnés) et, pis, 5 % pour l’internet, les taux de pénétration du secteur au Tchad sont parmi les plus faibles du monde, juste devant ceux de la Centrafrique et de l’Érythrée, selon l’Union internationale des télécommunications (UIT). Ce retard s’explique avant tout par la piètre qualité des services : mauvaise liaison, connexions aléatoires malgré le fait que les opérateurs indiquent fournir des services en 4G, accès à la fibre optique toujours peu effectif, alors que le pays est couvert par un réseau de 2200 km, etc. Le faible développement du secteur résulte
Vertus de la concurrence
Pourtant, comme l’ont souligné les experts de la Banque mondiale, c’est la concurrence qui permettra d’améliorer la qualité des services, mais aussi de faire baisser les prix. Deux points sur lesquels Maroc Telecom s’est engagé à apporter des solutions lors de la reprise de Tigo Tchad, dont il compte reconquérir les usagers. Le chiffre d’affaires de l’opérateur tchadien était de 128 millions de dollars en 2018, en baisse de 8,6 % par rapport à celui de 2017, qui accusait déjà un recul de 15,7 % par rapport à l’exercice 2016. Ces mauvais résultats sont aussi liés au blocage de l’accès aux réseaux sociaux qui a eu lieu en 2016, puis de nouveau de mars 2018 à juillet 2019. Une fois le secteur des télécommunications sur pied, l’un des enjeux pour les opérateurs sera le développement de nouveaux services à forte valeur ajoutée. « Il y a beaucoup à faire dans ce domaine car, bien qu’ils aient déjà institué des services de monétique, cela ne marche pas comme il faudrait », estime Salim Hassan Azani, un acteur local du numérique.
Aïcha Adoum ABDOULAYE Reine des TIC éthiques
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lle conduit sa propre voiture dans les rues de N’Djamena, sans s’encombrer d’un chauffeur. À 35 ans, Aïcha Adoum Abdoulaye, la PDG et fondatrice de Reindos Technologies, reçoit simplement, en tenue traditionnelle, dans son petit bureau climatisé situé face à la place de la Nation. Bientôt, les locaux accueilleront aussi une boutique de matériel téléphonique et informatique. L’entreprise compte déjà parmi ses clients CFAO Motors, l’Agence pour la sécurité de la navigation aérienne en Afrique et à Madagascar (Asecna) ou encore le Programme alimentaire mondial (PAM). Originaire d’une grande famille de commerçants d’Abéché, Aïcha Adoum Abdoulaye a effectué sa scolarité à N’Djamena, avant de poursuivre ses études en France, d’où elle revient diplômée d’un master en télécoms de l’université de Limoges (centre) et d’une licence de l’École supérieure de journalisme (ESJ) de Lille. C’est en 2010, alors qu’elle travaillait en tant que responsable de la direction technique chez Airtel Tchad, qu’elle crée sa société, spécialisée dans les services télécoms, informatiques et numériques. Faute d’obtenir un crédit bancaire, elle a vendu sa maison pour pouvoir mener à bien les projets de développement de Reindos – un surnom issu de la contraction de « Reine de Saba » qui lui vient de son enfance. La businesswoman a réalisé un chiffre d’affaires de 140 millions de F CFA (plus de 213000 euros) en 2017 et de 90 millions en 2018 (« une baisse liée à de gros investissements »). Des résultats qui doivent remonter dès cette année afin que ne soit pas menacé son projet d’ouvrir quatre succursales en province en 2020. Son secret? « La qualité et surtout l’éthique. On doit se sentir responsable des services qu’on offre, on ne peut pas vendre sans “conscientiser” », explique-t-elle. Raison pour laquelle, en plus des activités d’audit, Reindos tient aussi à dispenser des cours de sensibilisation au bon usage d’internet. « Boko Haram utilise les réseaux sociaux pour enrôler les jeunes Tchadiens, c’est à nous de les mettre en garde. » Avec l’Association pour le développement de la société d’information au Tchad (Adesit), qu’elle a cofondée, Aïcha Adoum Abdoulaye entend aussi faciliter l’« internet pour tous », en particulier pour les femmes. « En démocratisant le savoir, internet doit favoriser la parité », assure-t-elle. F.-X. F.
ABDOULAYE_BARRY POUR JA
aussi des coûts exorbitants pratiqués par les deux opérateurs, dont, selon la Banque mondiale, la moitié des revenus étaient jusqu’à présent assurés par des taxes (une quinzaine). Dans un rapport publié en 2018 sur les télécoms au Tchad, l’institution internationale indique que « le gouvernement a privilégié la génération de revenus à court terme par rapport au développement d’un secteur privé dynamique fournissant à long terme un apport essentiel à l’économie ». Pour un membre du patronat, « ce retard tient aussi au peu d’intérêt que l’État a accordé au numérique pendant de longues années et à l’environnement des affaires, qui jusqu’à présent n’était pas très favorable ». Selon l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (Arcep), le secteur a généré l’année dernière un chiffre d’affaires de 135,8 milliards de F CFA (207 millions d’euros), Airtel et Tigo se partageant 98 % des parts de marché. La société publique Salam, filiale de l’opérateur historique Sotel, ne pèse plus que 2 % du marché. Quant à l’appel d’offres international pour la quatrième licence mobile, lancé au début de 2018, il reste infructueux malgré deux publications.
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PASTOR
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Un outil pour structurer le développement pastoral
Promouvoir l’utilisation concertée et durable des ressources pastorales au Tchad en prenant en compte les besoins des populations locales et en créant des emplois, tel est l’objectif global du projet PASTOR, conçu et financé conjointement par l’AFD, l’UE et l’Etat tchadien.
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élevage joue un rôle clé dans l’économie du Tchad puisqu’il représente 37 % du PIB du secteur agricole et fait vivre environ 40 % de la population rurale (6 millions de personnes). L’élevage tchadien est caractérisé par l’existence d’un cheptel numériquement important, estimé à 94 millions de têtes de bétail d’après les résultats globaux du Recensement Général de l’Élevage (RGE) de 2015 : • Bovins : 24 800 000 de têtes ; • Ovins : 26 500 000 de têtes ; • Caprins : 30 800 000 de têtes ; • Camelins : 6 400 000 de têtes ; • Équins : 1 100 000 de têtes ; • Asins : 2 800 000 de têtes ; • Porcins : 1 700 000 de têtes ; • À cela s’ajoute la volaille dont l’effectif est estimé à environ 34 600 000 de têtes.
Utiliser les ressources de manière optimale
Le Programme PASTOR a été conçu et financé conjointement entre l’Agence Française (AFD), l’Union européenne (UE), et le Tchad pour accompagner les réformes du gouvernement dans le secteur de l’élevage et pour apporter des réponses palpables dans trois zones géographiques: au centre (Département de Fitri et la Province du Guera), la zone frontalière Sud (les Provinces du Man-
doul et du Moyen Chari) et la zone frontalière Est ( de l’Ennedi jusqu’au Salamat). L’objectif global du programme est de promouvoir une utilisation concertée et durable des ressources pastorales au Tchad en prenant en compte les besoins des populations locales, renforçant leur résilience face aux changements climatiques en zones pastorales et agro-pastorales, créant des emplois notamment pour la jeunesse, et réduisant ainsi leur pauvreté. Il s’agit de manière spécifique de sécuriser les pasteurs, agro-pasteurs et agriculteurs dans la gestion et l’exploitation durable des ressources agro-pastorales. L’objectif spécifique du programme est de sécuriser les acteurs, et notamment la jeunesse, de ces provinces dans la gestion et l’exploitation durable des ressources agro-pastorales.
Cet objectif spécifique est mis en œuvre à travers cinq grands axes :
Cet objectif spécifique sera mis en œuvre à travers cinq axes qui concernent : I.) Amélioration de la gestion concertée des ressources agro-pastorales (concertations, aménagements des couloirs de transhumance, points d’eau pastoraux), II.) Mise en place d’un dispositif de gestion pérenne d’entretien des ouvrages pastoraux, III.) Expérimentation de dispositifs innovants d’éducation et santé mixte (humaine et ani-
male) adaptés et pérennes en milieu pastoral, IV.) Innovations dans le domaine de l’association agriculture-élevage dans les zones sous pression démographique, V.) Appui à l’amélioration des politiques publiques dans le domaine du développement pastoral et renforcement des capacités des acteurs aux niveaux centraux et déconcentrés. La création des emplois est un axe transversal de ces actions.
Impacts D’ici la fin du PASTOR, plus de la moitié des éleveurs déclarent que la transhumance avec leur bétail est facilitée dans les zones aménagées par le PASTOR. D’ici la fin du PASTOR, le nombre de conflits graves (affrontements, blessés, morts) sur l’accès et la gestion des ressources pastorales diminue de 30 % dans les zones aménagées par le PASTOR.
Quatre composantes
La mise en œuvre du projet s’appuie sur quatre composantes : Composante 1 pilotage et dialogue au niveau national (composante transversale). Il s’agit de l’appui aux politiques publiques, du renforcement des capacités de pilotage ; de la coordination et de suivi du Ministère de l’Élevage et des Productions Animales (MEPA) et des innovations en santé-éducation. Composante 2 Pastor Sud. Développement durable de l’élevage et innovation dans la gestion apaisée des ressources agro-pastorales en zone soudanienne dans les régions du Mandoul et du Moyen Chari. Composante 3 Pastor Centre. Sécurisation de l’accès aux ressources pastorales et innovation dans la gestion du foncier pastoral dans les régions du Batha (Département du Fitri) et du Guéra. Composante 4 : Pastor Est. Gestion durable des ressources agro-pastorales dans les zones frontalières du Tchad Oriental : Ennedi Est, Ennedi Ouest, Wadi Fira, Ouadaï, Sila et Salamat.
COMMUNIQUÉ Équipe de coordination
HAROUN MOUSSA Coordonateur
COURCIER REMY
L’appui des partenaires au développement Le PASTOR s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre de la Stratégie Sahel et, plus spécifiquement, du Programme indicatif national (PIN) pour la période 2014-2020 du 11e FED, secteur « gestion durable des ressources naturelles ». Le projet est cofinancé par l’Union européenne (20 M€), l’AFD (6 M€) et l’État tchadien (2 M€).
Les délais respectés
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Les appuis des services du Ministère de l’Économie et de la Planification de Développement (MEPD), maître d’ouvrage, du Ministère de l’Élevage et des Productions Animales (MEPA), maître d’œuvre, de la Délégation de l’Union européenne au Tchad, de l’Agence Française de Développement (AFD) ont été déterminants. « Nonobstant le retard observé entre la signature des subventions et le démarrage en différé des projets, grand est notre espoir d’atteindre les résultats escomptés. En effet, les projets au travers des contrats de subventions à durées variables (42 à 47 mois), disposent du temps nécessaire pour la réalisation de leur programme » conclut Haroun Moussa.
CHRISTOPHE BOUVIER
Chef de Mission AT-MO
Chef de Mission ATP
DJIMADOUM DJIALATA
SALEH MAHAMAT KOSSO
Responsable de Suivi Évaluation
Responsable Administration et Financier
TRA GUY MARIUS
VAITCHEDE CHANTAL
ADOUM ISSAKA
Responsable communication
Assistante de Direction
Assistant à la coordination
Partenaires du projet PASTOR
PASTOR SUD
PASTOR CENTRE
PASTOR EST/SUD
PASTOR EST/NORD
Partenaire pour la mise en œuvre du PASTOR Centre en cours de mobilisation
Ministère de l’Élevage et des Productions Animales BP 750 Route de Farcha (ex « SONAPA ») Tél. : +235 (0) 22 52 74 33 info@pastor-tchad.org
www.pastor-tchad.org
DIFCOM / PHOTOS : D.R.
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Grand format TCHAD
À N’Djamena, en août.
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FRANÇOIS-XAVIER FRELAND POUR JA
SOCIÉTÉ
D’égale à égal Avec sa caméra et ses mots, la réalisatrice n’djamenoise Aché Ahmat Coelo dépeint les femmes en héroïnes du quotidien qui, comme elle, se battent, toutes générations confondues, pour leurs droits et leur pays.
FRANÇOIS-XAVIER FRELAND
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lle sourit, toujours élégante dans des tenues originales. Son style très personnel mêle créations traditionnelles et mode occidentale. Les Tchadiens n’ont pas oublié sa présence solaire à la télévision, lorsqu’elle animait l’émission dabalaye (« de débat ») Espace jeunes, de 2009 à 2011. À 34 ans, la sociologue et réalisatrice Aché Ahmat Coelo affiche un CV aussi passionnant qu’éclectique. Elle a travaillé au service marketing de la chaîne hôtelière Kempinski, puis comme responsable de la communication du cinéma n’djaménois Le Normandie (dirigé depuis 2011 par son époux, le réalisateur Serge Coelo), avant de devenir directrice commerciale de Media Scan (filiale de Canal plus), puis de rejoindre l’équipe de communication d’Unicef Tchad. En parallèle, elle a réalisé trois courts-métrages très remarqués : Entre quatre murs (2014), Al-Amana et Une journée à l’école au Tchad (2018). Ce dernier documentaire illustre les défis de l’éducation dans ce pays, en particulier celle des filles, à travers le quotidien d’une collégienne de 13 ans, Ève, ses espoirs de retour à l’école et sa détermination à étudier malgré tous les obstacles. Avec la photographe Salma Khalil, Aché Coelo a par ailleurs coécrit l’ouvrage Portraits de femmes tchadiennes, publié en 2017 en hommage « à toutes les femmes ordinaires et courageuses du Tchad ». De sujets graves en notes légères, la trentenaire touche-àtout est aussi la promotrice du festival d’humour MBD (moutah bé dihik, qui signifie « mort de rire » en arabe local), dont la quatrième édition s’est tenue en décembre 2017. Avec l’Association tchadienne des cultures mixtes (Atcum), qu’elle préside, elle a également organisé, en juin 2018, le premier Festival tchadien de courts-métrages, le Fetcoum, dont la deuxième édition se tiendra à partir du 4 octobre. « Je suis un caméléon », avoue-t-elle en souriant. Une réalisatrice tout-terrain, capable d’enfiler un gilet pare-balles pour aller filmer sur l’île de Ngomirom (dans une zone menacée par les
djihadistes de Boko Haram), qui peut aussi bien décider de se voiler que de sortir en tenue sexy et qui parle couramment plusieurs langues, dont l’arabe, le français et l’anglais, qu’elle a appris pendant ses études de sociologie et de communication en Algérie (2003-2007).
Artiste engagée
Un profil original pour une jeune femme qui a grandi « murée dans les quartiers nord de la capitale », dans cette N’Djamena populaire où son grand-père – son « papa » comme elle l’appelle – possédait un dépôt pharmaceutique. « Mes parents se sont séparés juste après ma naissance. Ma mère est partie faire des études au Mali. Elle m’a donc confiée à ses parents, qui m’ont éduquée et m’ont transmis avant tout des valeurs positives. Mon grand-père aime encourager les gens. Depuis que ma grand-mère est décédée, je le vois tous les jours. On est très complices. » De son enfance, elle se souvient aussi de la solitude qu’elle ressentait du fait qu’il lui était interdit de sortir sans être accompagnée. « Il fallait respecter les codes que m’imposait ma société. Alors je passais mes journées à regarder la télévision. Mon grand-père est l’un des premiers à s’être abonné au bouquet de Canal plus. On n’était pourtant pas riches, mais mes grands-parents voulaient nous ouvrir au monde. » De fait, c’est d’abord sur petit écran qu’elle a découvert la France, surtout à travers les programmes de la chaîne TF1. Pourtant, elle aurait aussi une part de sang français par son arrière-grand-père, un lieutenant originaire de Nantes qui aurait servi dans les années 1940 à Ngouri, dans la région du Lac, où il aurait rencontré une jeune Tchadienne du Nord, avant de repartir dans l’Hexagone… Une histoire d’amour entre ses aïeux et entre deux pays que la réalisatrice aimerait bien tourner. Elle a déjà écrit le synopsis et enquêté en France sur les traces de son ancêtre. Aché Coelo parle encore pudiquement de l’histoire de son grand-père :
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« Cette identité française, je l’ai toujours eue. La preuve, les autres le voyaient à ma couleur de peau. J’étais la nasara, “la Française”. Certains me le reprochaient presque, me maltraitaient. J’en ai souffert, mais aujourd’hui je suis fière d’avoir réconcilié mes deux identités. » Cette histoire familiale lui revient un peu plus en tête depuis le 11 juillet dernier. Ce jour-là, elle a été nommée membre du Conseil présidentiel pour l’Afrique (CPA) créé par le président Emmanuel Macron en 2017 – elle y rejoint la Franco-Tchadienne Vanessa Moungar, directrice du département genre, femmes et société civile à la Banque africaine de développement (BAD). Ce n’est cependant pas pour son origine qu’elle a été choisie, mais bien pour son profil de battante, de femme africaine engagée, en particulier pour les droits et l’émancipation des femmes, ainsi que pour son ouverture d’esprit. « Je vis entre N’Djamena et Paris, dans le 9e arrondissement, où je me sens aussi chez moi. En Algérie, où j’ai fait mes études
de sociologie de 2003 à 2007, j’étais une Algérienne. Quand je suis au Mali, je me sens malienne. D’ailleurs, je prends rapidement les accents et j’apprends vite les langues locales. Mon rêve, c’est de vivre un peu partout dans le monde, mais d’abord en Afrique, au Sénégal ou au Rwanda. » Elle projette aussi de créer une grande salle multiculturelle à N’Djamena, avec une immense scène ouverte au théâtre, à la danse et à la musique. De la frêle silhouette d’Aché Coelo, qui a failli être emportée par le paludisme dans sa jeunesse, se dégage une énergie vitale hors du commun. Aujourd’hui, sa raison de vivre, c’est Nadia, sa fille de 4 ans, son « soleil », dont elle espère qu’elle pourra s’épanouir plus tard au Tchad, dans un pays qu’elle estime encore parfois trop conservateur et où la parité tarde à s’imposer. « Pour ma part, j’ai toujours été une rebelle, résume-t-elle. J’ai toujours fait ce qui me plaisait. J’apparaissais toujours là où l’on m’attendait le moins, tout en respectant les codes. »
EN JUILLET, ELLE A ÉTÉ NOMMÉE MEMBRE DU CONSEIL PRÉSIDENTIEL POUR L’AFRIQUE CRÉÉ PAR EMMANUEL MACRON.
Mariages précoces, enfance v(i)olée
Le pays a musclé sa législation. Mieux, il commence à la faire appliquer. Mais il faudra du temps pour changer les mentalités : deux filles sur trois sont mariées avant leurs 18 ans. En novembre 2018, Azzai Mahamat, député du Rassemblement pour la démocratie et le progrès (RDP), comparaissait devant le tribunal de grande instance de N’Djamena pour avoir épousé une jeune fille âgée de 14 ans, après avoir présenté un certificat de naissance falsifié de sa nouvelle épouse. Il a écopé d’une amende de 1 million de F CFA (environ 1 525 euros) et de deux ans de prison ferme. Une condamnation inédite, que la classe politique comme les organisations de défense des droits humains aiment à citer en exemple pour montrer que les mentalités sont en train d’évoluer. Si l’affaire est emblématique, estelle le signe d’un réel changement au sein d’une société très conservatrice? Ces croyances restent profondément ancrées, comme l’illustrent certains proverbes : « Plus une fille se marie tôt, plus les anges viendront visiter son foyer. Plus elle reste longtemps chez ses parents, plus les démons s’installeront chez elle. » C’est en juillet 2015
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que la loi interdisant les mariages précoces a été promulguée. Elle prévoit un emprisonnement de cinq à dix ans et une amende de 500000 à 5 millions de F CFA pour qui contraindrait un mineur au mariage. Cette loi a vu le jour sous l’impulsion du chef de l’État, qui a lancé une campagne portée par la première dame, Hinda Déby Itno, dont l’objectif est d’éradiquer les mariages précoces d’ici à la fin de 2020. À un an de l’échéance, on en est encore loin: en 2018, 68 % des jeunes filles âgées de 15 à 19 ans avaient été mariées avant l’âge légal, selon le Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA).
Fléau rural
« En zone rurale, les gens continuent de contourner la loi, mais le texte produit des effets, surtout dans les centres urbains », explique Enoch Nodjigoto, chargé de programme à l’UNFPA. Comme lui, Ismaël Adam, de la direction générale du ministère de la Femme, est optimiste : « Les
textes sont là, il nous reste à les faire connaître. » En mai, le ministère a établi un plan d’action, dont le coût est estimé à 8 millions de F CFA, et a lancé des opérations pour sensibiliser les populations dans les régions les plus touchées par le phénomène (Mandoul, Tangelé, Guera, Ouaddaï). Les autorités comptent sur le soutien des associations et des leaders religieux. « La loi a clairement un caractère dissuasif, il faut être patient », assure Clarisse Nehoumdamadji Naïlar. Militante de la première heure des droits humains, l’ancienne magistrate pilote désormais une plateforme regroupant une centaine d’associations et d’ONG qui œuvrent pour l’autonomisation des filles et la fin des mariages précoces. « Les leaders communautaires n’osent plus formaliser les unions de peur d’être inquiétés par les autorités, poursuit-elle. On commence à peine à ouvrir le débat. La lutte ne fait que commencer. » MARIÈME SOUMARÉ, envoyée spéciale
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COMMUNIQUÉ
La CNPS : Un organisme citoyen au cœur du développement du Tchad
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A
u-delà de sa mission traditionnelle, la Caisse Nationale des Prévoyance Sociale qui gère l’épargne des travailleurs, fait de cette ressource un moyen d’impulsion du secteur immobilier et partant de l’ensemble du secteur économique tchadien. Créée le 04 mars 1966, la Caisse Nationale de la Prévoyance Sociale (CNPS) est un organisme parapublic avec conseil d’administration et placée sous la tutelle du Ministère de la Fonction Publique, du Travail et du Dialogue Social. Elle a pour principale tâche le Recouvrement des cotisations sociales et la gestion des prévoyances sociales des travailleurs. Les prévoyances sociales sont constituées de : • La Prestation familiale et maternité ; • L’Accident du travail et maladie professionnelle ; • Pension vieillesse, d’invalidité et de décès. Le recouvrement des cotisations sociales fait de la CNPS un des principaux organismes de gestions de portefeuille d’épargnes au Tchad. Pour mieux jouer son rôle de mécanisme financier par excellence en sécurisant cet épargne, la CNPS a dès sa création investie dans le secteur de l’immobilier en se dotant d’un ensemble de logements locatifs.
Dans le même esprit, il est lancé actuellement un vaste projet d’investissement immobilier pour d’une part éviter la dépréciation de l’épargne des travailleurs et d’autres part contribuer à l’économie du Tchad. Ce projet d’investissement en cours concerne dans un premier temps, le Centre International d’Affaire suivi d’un centre hospitalier de référence. La deuxième phase consiste à doter la ville de N’Djaména d’un ensemble de complexes d’habitations modernes avec des blocs collectifs et des duplex haut de gamme pour viser une clientèle constituée essentiellement des travailleurs internationaux ainsi que la diaspora tchadienne. La CNPS vise par cette démarche à lutter contre l’inflation immobilière qui touche les habitations haut de gamme et qui contribue grandement à maintenir le Tchad au haut de classement des villes les plus chères au Monde.
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MÉDIAS
Les autorités ont fait table rase de l’ancien office de radio et télévision : nouveau statut, nouvelle direction et nouveau siège, équipé de matériel dernier cri. FRANÇOIS-XAVIER FRELAND
u petit matin, lorsque les rayons du soleil se reflètent sur les immenses baies en verre fumé de la nouvelle tour de la radio-télévision tchadienne, le bâtiment tout entier prend des airs d’émeraude dans son écrin. Plantée au milieu du quartier administratif qui jouxte l’aéroport, dans le 2e arrondissement de N’Djamena, la désormais plus haute tour de la capitale abrite l’Office national des médias audiovisuels (Onama), créé en décembre 2018 pour remplacer l’Office national de radio et télévision du Tchad (ONRTV). Ce dernier avait été dissous en 2016 dans le cadre des mesures d’austérité destinées à résorber la crise financière – l’ONRTV enregistrait alors un déficit de plus de 5 milliards de F CFA (7,6 millions d’euros). La phase d’études du bâtiment avait été confiée en 2010 au cabinet émirati Dar El Amara, mais c’est le groupe tchadien Al Manna, associé à des architectes italiens, qui s’est chargé de la réalisation de l’ouvrage, pour un budget d’environ 20 milliards de F CFA entièrement financé par l’État. Dans les faits, il aura fallu huit ans de travaux, plusieurs fois suspendus à cause de la crise financière, pour achever le chantier de cette tour ultramoderne, tant au niveau de son architecture que de ses équipements. Au milieu du vaste hall encore à peine meublé, Boukar Sanda, le directeur de l’Onama, nommé en mai, ne semble pas pour autant impressionné. « Ça prend forme, nous avons déjà enregistré des émissions de radio ici et, petit à petit, tout l’audiovisuel public va prendre possession de la tour », explique-t-il. L’éditorialiste de 44 ans, ancien sous-directeur des
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actualités à TV Tchad et formé en France à l’École supérieure de journalisme (ESJ) de Lille, a déjà pris ses marques dans son bureau. En juillet et en août, il a supervisé l’enregistrement de plusieurs émissions de Radio Tchad dans les conditions du direct. Depuis plusieurs mois, une équipe de techniciens français est à pied d’œuvre pour encadrer la « mise en ondes ». Boukar Sanda, lui, prépare surtout la délicate transition qui consistera à faire cohabiter dans le même bâtiment plus de 500 personnes issues de médias différents.
ABDOULAYE BARRY POUR JA
L’audiovisuel public bascule dans la modernité
Déontologie journalistique
Si l’opposition s’est longtemps inquiétée d’une mainmise du pouvoir sur le nouvel « outil de propagande » qui prendrait le relais de l’ONRTV, les députés ont néanmoins adopté massivement (104 voix pour, 19 contre), le 23 décembre 2018, le projet de refonte de l’audiovisuel public, censé apporter davantage de professionnalisme et d’éthique journalistique. L’Onama bénéficie désormais d’un statut qui garantit son autonomie, même si, pour le moment, les doutes persistent, dans un pays où l’indépendance des médias est régulièrement remise en question, notamment « pour des raisons sécuritaires ». Le regroupement de Télé Tchad et de Radio Tchad en une nouvelle mégastructure doit en tout cas permettre de rationaliser et d’uniformiser qualitativement l’offre audiovisuelle publique. « Il faut changer de mentalité et de pratique, expliquait récemment Oumar Yaya Hissein, le ministre de la Communication. Il a fallu réfléchir à une nouvelle structure qui prenne en compte toutes les attentes de la population et, surtout, lui donner les moyens d’être à la hauteur de ses ambitions. » Dans cette
LE REGROUPEMENT DE TÉLÉ TCHAD ET DE RADIO TCHAD AU SEIN D’UNE MÊME MÉGASTRUCTURE VA PERMETTRE DE RATIONALISER L’OFFRE DE PROGRAMMES.
nouveaux locaux, il en est reparti impressionné: « Ce que j’ai vu n’a rien à envier aux locaux de France Télévisions ou de France Médias Monde [France 24 et RFI]. Il y a du matériel dernier cri, des plateaux de télévision high-tech… Tous les outils sont là pour faire un grand média moderne. »
Chaîne d’info continue
La tour de l’Onama est désormais le bâtiment le plus haut de la capitale.
optique, en juillet, le présentateur d’une grande chaîne de télévision française est venu échanger avec les équipes radio et télé et partager son expérience du métier ainsi que ses « trucs ». Après une visite des
À partir de la fin de septembre, des programmes télé seront enregistrés dans les nouveaux locaux. Et Boukar Sanda ne cache pas son envie de développer la production d’émissions et de séries 100 % locales. On parle aussi de la création d’une chaîne d’information continue, qui permettrait au Tchad de rayonner davantage en Afrique centrale. En attendant la mise en orbite définitive de l’Onama, de jeunes créatifs ont été invités à plancher sur son futur logo, selon un cahier des charges resté secret. Peut-être un gage de professionnalisme, si l’on en croit l’adage tchadien selon lequel « l’abeille voit sa ruche avant de produire le miel ».
Mines et géologie du Tchad
Outhman Abderahman Hamdane
Directeur Général de la Société Nationale des Mines et de la Géologie du Tchad
Le rôle clé de la Société Nationale des Mines et de la Géologie (SONAMIG) au Tchad Le Tchad regorge d’énormes potentialités minières (sel, natron, calcaire, fer, plomb, étain, bauxite, uranium, or et diamant…) et le gouvernement vise à faire de ces potentiels une ressource stratégique de développement et à transformer le secteur minier en un moteur de développement durable.
chargée d’organiser et de gérer la participation de l’État dans l’exploitation à travers la Protection minière, la Réalisation des cartes géologiques, l’Inventaire minier, la mobilisation financière et surtout la mise en place du Comptoir National de l’Or et des métaux précieux (CNOMP).
Telle est la mission de La Société Nationale des Mines et de la Géologie (SONAMIG),
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substances minières. Nous travaillons en synergie avec nos partenaires de l’industrie minière pour développer une offre innovante, adaptée à leurs besoins. La flexibilité de notre structure nous confère la capacité d’adaptation requise pour tirer profit de cette synergie.
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COMMUNIQUÉ
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SPECTACLE VIVANT
Taïgue Ahmed, « le renvoyé » du ciel
Enfant de la guerre, le chorégraphe a soigné ses blessures grâce à la danse. Depuis quinze ans, il panse aussi celles des réfugiés en organisant des ateliers dans les camps. FRANÇOIS-XAVIER FRELAND
a voix de Taïgue Ahmed n’est plus celle d’un enfant, ni tout à fait celle d’un adulte. Elle évoque et convoque l’un et l’autre. Le débit est lent, le ton parfois grave, mais on y perçoit toujours un sourire. Avec sa tessiture chaude et ses accents, Taïgue Ahmed aurait pu être conteur. D’ailleurs il l’est, mais avec son corps. Une incroyable force de la nature (il mesure 1,86 m pour 86 kg) ancrée dans le sol, qui se tord, se plie et, l’instant d’après, donne l’air de s’envoler comme une feuille. En réalité, l’adulte n’a jamais quitté l’enfant qui a fui N’Djamena peu après sa naissance, en juillet 1977. À l’époque, les rebelles du Frolinat de Goukouni Oueddei, soutenus par la Libye, affrontent dans une lutte sans merci les troupes de Hissène Habré, soutien du président Félix Malloum. En 1979, Oueddei prend le pouvoir et désigne Hissène Habré comme Premier ministre, lequel le renverse peu de temps après. S’ensuit une terrible répression. La région de Laï, dans le Sud, où s’est réfugiée la famille de Taïgue Ahmed, est violemment attaquée. Les hommes sont torturés, les femmes violées. L’ordre est donné de tuer tous les garçonnets pour éviter qu’ils ne deviennent demain des combattants. « Pour nous sauver, ma mère nous a déguisés, mes frères et moi, en filles. On a mis des robes. Ça m’a beaucoup marqué. On voyait des gamins tués autour de nous. Et puis la guerre a duré, duré. Notre génération a grandi dans ce contexte-là. Il y
VINCENT FOURNIER/JA
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avait toujours des échanges de tirs. La guerre était partout. Les gens n’en pouvaient plus. » La vie semble recommencer pour Taïgue Ahmed à l’aube des années 1990. À 13 ans, il est sage comme une image en classe. Un jour, un chorégraphe de danse traditionnelle venu animer un atelier demande : « Qui veut danser ? » L’adolescent lève timidement la
Il sera en tournée en Allemagne à partir de novembre avec son nouveau solo, Je sors de nulle part, mais d’un trou obscur, sur le thème du racisme envers les populations déplacées.
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main. C’est la révélation. Et le virus ne le quittera plus. Peu après, il entre au Ballet-théâtre Tebébar du Tchad, où il suit une formation pendant trois ans, puis commence à faire des tournées dans le pays, ainsi qu’au Cameroun et au Nigeria. Jusqu’à ce que ses parents lui demandent d’arrêter un temps pour finir ses études, et il passe alors le bac.
« L’art lie les gens »
Lors d’un casting, il est remarqué par la chorégraphe française d’origine béninoise Julie Dossavi. Elle le prend sous sa coupe. « Nous avons joué Agbazémé, qui signifie “être dans la peau d’une femme” en langue béninoise. Sa pièce parlait des femmes lapidées et torturées pendant les guerres. Cela m’a aidé à imaginer comment la danse contemporaine pouvait apporter quelque chose à la société tchadienne. » En 2001, il intègre la compagnie des Jeunes Tréteaux du chorégraphe Hyacinthe Abdoulaye Tobio, à N’Djamena, puis suit des formations à l’École des sables de Germaine Acogny (Sénégal) et au Centre national de la danse de Pantin (France), avant de devenir lui-même formateur à N’Djamena. En 2005, il crée l’association Ndam Se Na (« dansons ensemble » en ngambay, langue parlée dans le sud du Tchad). Objectif : promouvoir la danse et le théâtre d’un point de vue artistique, mais aussi pédagogique et cathartique. Généreux et plein de vie, Taïgue Ahmed donne beaucoup pour réparer un peu les âmes. « Il ne faut pas croire, pendant la guerre, on continue de se rencontrer. Et l’art lie les gens », explique le chorégraphe. « Autrefois, les gens dansaient au Tchad. La danse traditionnelle était quelque chose de profondément ancré. J’ai commencé à travailler avec les réfugiés en 2005-2006. Je rentrais tout juste de France et je me demandais ce que la danse pouvait apporter dans mon pays, où il n’y avait que le football et des jeux de cailloux, et où l’on imitait les films de guerre. Alors j’ai proposé un atelier de danse dans les douze camps situés dans l’est du Tchad, à Gondié, à Amboko et à Dossey. Ça a tout de suite fonctionné car, pour beaucoup de réfugiés, c’est un retour sur leur culture d’origine. On revient à la percussion, on crie, on chante. Il y a enfin de la joie. On danse. On entre en transe... »
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Les horreurs des conflits armés n’ont décidément jamais quitté Taïgue Ahmed, qui en a fait « le combat de [sa] vie ». Grâce à la danse, l’enfant de la guerre a soigné ses blessures et il répare, encore et encore, celles des réfugiés. En kabalaye, Taïgue signifie « le renvoyé », un prénom prédestiné. En 2009, il crée Crache mon histoire, une pièce chorégraphique sur sa propre expérience. C’est ce solo de danse qui l’a fait connaître à l’étranger : « Tout le monde s’y est retrouvé, car la guerre est la même partout. » Depuis, il a construit une véritable méthode d’aide aux réfugiés par la danse, pour African Artists for Development (AAD), qui a fait des émules au Congo-Brazzaville, en RD Congo, en Centrafrique, au Burundi et au Burkina Faso. Elle consiste à rendre leur dignité aux réfugiés et à créer du lien avec les populations autochtones à travers des ateliers de formation à la danse, des spectacles dans les camps, en particulier ceux situés au cœur des zones ciblées par Boko Haram autour du lac Tchad.
Formation en résidence
En avril dernier, son association Ndam Se Na a inauguré un nouvel espace culturel dans le quartier populaire de Chagoua, à N’Djamena. Un vieux bâtiment farfelu de deux étages, dessiné par un architecte italien, avec une salle de danse, une terrasse, une cuisine et des chambres. Cinq artistes de cinq nationalités (malgache, malienne, burkinabè, sénégalaise et centrafricaine), sélectionnés par Taïgue Ahmed, y suivent une formation théorique en résidence, tout en mettant en pratique la méthodologie réparatrice du chorégraphe dans les camps de réfugiés. La moitié de l’année, Taïgue Ahmed vit à Berlin avec sa compagne, la dramaturge allemande Sarah Israël, qui dirige un festival de danse indépendant. Il y développe des projets pour les réfugiés en Europe et en Afrique. Le plus célèbre chorégraphe contemporain tchadien répète son nouveau solo de danse (Je sors de nulle part, mais d’un trou obscur) sur le racisme envers les réfugiés et ce qu’il a observé en Europe, qui sera en tournée en Allemagne à partir du mois de novembre. Il prépare aussi une nouvelle création sur les déplacés de Boko Haram et la destruction de la nature aux abords du lac Tchad.
SA MÉTHODE A FAIT DES ÉMULES AU CONGOBRAZZAVILLE, EN RD CONGO, EN CENTRAFRIQUE, AU BURUNDI ET AU BURKINA FASO.
COMMUNIQUÉ
ABATTOIR MODERNE DE MOUNDOU
JAMG -Photos : © DR. sauf mention
La pierre angulaire de la filière viande tchadienne sera opérationnelle début 2020
Le pays disposera d’un outil industriel lui permettant de distribuer la qualité de sa production sur tout le continent.
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Après ses premiers succès en Angola, la société IECSA démontre ainsi l’attrait du savoir-faire argentin adapté à l’Afrique.
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Lire aussi le portrait « Madeleine Alingué, une femme libérée » sur www.jeuneafrique.com
Madeleine Alingué
Ministre du Développement touristique, de la Culture et de l’Artisanat
Propos recueillis à N’Djamena par FRANÇOIS-XAVIER FRELAND
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ommée secrétaire d’État aux Affaires étrangères en 2014, Madeleine Alingué a été la première femme de l’histoire du pays à se voir confier, au plus fort de la crise financière, en 2016, le poste de ministre de la Communication et de porte-parole du gouvernement. Fonctions que la dynamique quinqua a assurées jusqu’à sa nomination, en juin dernier, au portefeuille de la Culture, du Tourisme et de l’Artisanat.
Jeune Afrique : Quelle place est aujourd’hui accordée à la culture ? Madeleine Alingué : Le Tchad est au cœur de l’Afrique. Il possède un patrimoine exceptionnel, avec énormément d’influences et d’histoire, comme le montre notamment le site archéologique de Toumaï, qui fait du Tchad le berceau de l’humanité. Reste à en montrer la valeur. Et dans un contexte sécuritaire compliqué, la culture devient une clé de l’unité patriotique. C’est un facteur identitaire et de cohésion. Nous voulons une culture au service de la paix, que chacun s’approprie et exprime. Je pense par exemple aux nombreuses créations de la jeunesse, en particulier dans le genre poético musical du slam, qui connaît un immense succès ici. Nous misons aussi beaucoup sur les festivals.
Par exemple ? À la fin de mars, nous avons organisé la 5e édition du Festival international des cultures sahariennes à Amdjarass (province de l’Ennedi), qui montre combien nous sommes culturellement proches des pays voisins – Cameroun, Niger, Mali, etc. Nous avons reçu 7 000 festivaliers et, grâce à l’appui des forces de sécurité, nous avons prouvé que nous pouvions organiser un tel événement en étant maître de notre territoire. En décembre 2018, nous avions organisé Dary (« mon pays », en arabe), un festival qui a permis de présenter les arts et cultures des 23 provinces du Tchad, place de la Nation à N’Djamena. Ça a été un immense succès. Nous avons accueilli 200 000 visiteurs en dix jours. Il faut que l’on offre à la population plus d’espaces culturels et de loisirs. C’est pourquoi nous travaillons à la réhabilitation de centres, comme la Maison de la culture Baba-Moustapha. Comment faire du « développement touristique » dans le contexte sécuritaire actuel ? Mon ministère a été restructuré pour regrouper la culture (qui nous sommes), le tourisme (ce que l’on peut montrer) et l’artisanat (ce que nous pouvons produire). Avec plus de 157 métiers, l’artisanat est le premier employeur au Tchad. C’est une chance énorme, que
ABDOULAYE-BARRY POUR JA
« La culture est un facteur essentiel de cohésion »
nous essayons de mieux encadrer pour sortir de l’informel. Quant au tourisme, ce segment d’affaires est en pleine croissance à N’Djamena, qui reçoit beaucoup d’entrepreneurs, de financiers ou encore d’humanitaires. Et le tourisme d’aventure reste également important, sans doute parce que nous avons l’un des plus beaux déserts du monde. Grâce au dispositif sécuritaire, des treks y sont organisés, par exemple au parc national de Zakouma ou vers les lacs d’Ounianga. En 2018, le pays a enregistré plus de 130 000 touristes d’aventure. Nous faisons également des efforts pour développer le tourisme national, afin que nos compatriotes puissent aussi découvrir le pays, notamment grâce à la nouvelle compagnie Tchadia Airlines [lire p. 120]. Cela ne peut que renforcer la cohésion nationale. jeuneafrique no 3062 du 15 au 21 septembre 2019
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