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JA 3060 DU 1ER AU 7 SEPTEMBRE 2019 DOSSIER AGRICULTURE

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TUNISIE

MAROC Mon hôpital va craquer !

ÉCONOMIE : LA RÉVOLUTION AVORTÉE

CONGO Après la tempête… SPÉCIAL 26 PAGES

HEBDOMADAIRE INTERNATIONAL NO 3060 DU 1ER AU 7 SEPTEMBRE 2019

RD CONGO

Un gouvernement ingouvernable? .

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France 3,80 € Algérie 290 DA Allemagne 4,80 € Autriche 4,80 € Belgique 3,80 € Canada 6,50 $ CAN Espagne 4,30 € Éthiopie 67 Br Grèce 4,80 € Guadeloupe 4,60 € Guyane 5,80 € Italie 4,30 € Luxembourg 4,80 € Maroc 25 DH Martinique 4,60 € Mayotte 4,60 € Norvège 48 NK Pays-Bas 5 € Portugal cont. 4,30 € RD Congo 5 $ US Réunion 4,60 € Royaume-Uni 3,60 £ Suisse 7 FS Tunisie 4 DT USA 6,90 $ US Zone CFA 2000 F CFA ISSN 1950-1285

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Pléthorique au regard des ressources budgétaires du pays, redondante sur bien des postes et largement inexpérimentée, la nouvelle équipe dirigeante est le fruit d’un compromis improbable entre l’ancien et le nouveau président. C’est pourtant avec elle que Félix Tshisekedi devra conduire le changement tant attendu par les Congolais.


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flanqué d’un vice-ministère des Affaires étrangères et des Congolais de l’étranger, attribué à Raymond Tchedya Patay, du FCC. On peut également citer le cas du radical Papy Pungu Lwamba, président de la ligue des jeunes du PPRD, nommé vice-ministre des Ressources hydrauliques et de l’Électricité, quand le ministère de tutelle est revenu à Eustache Muhanzi Mubembe (Cach). « Les fonctions ont des périmètres distincts, assure un proche du président. Mais il est vrai que chacun a souhaité mettre en place des mesures de sécurité. »

Querelles

« Le problème, quand on a une équipe de 66 ministres, dont 17 vice-ministres, c’est que l’on s’expose obligatoirement à des blocages. Qui arbitrera? » interroge déjà le politologue congolais Bob Kabamba. Et quel rôle pourra jouer le Premier ministre? Réputé discret et consensuel, membre de longue date du PPRD sans en être un incontournable, Sylvestre Ilunga a-t-il les épaules pour la tâche qui l’attend? Il n’est intervenu que tardivement, et en marge, dans les querelles qui ont opposé le Cach et le FCC, et nul doute que la mission de cet économiste renommé, âgé de 72 ans, sera délicate. « Si l’on se dote d’un gouvernement de technocrates, cela signifie que la politique se fera ailleurs, poursuit Bob Kabamba. Dès qu’il y aura des blocages, Tshisekedi et Kabila seront sollicités pour les résoudre, mais c’est un tandem qui pédale dans des directions opposées. De plus, au sein du Cach, il faudra constamment arbitrer entre deux courants : celui du président et celui de son directeur de cabinet, comme on l’a vu pendant les négociations. Tout cela sera compliqué. Kabila est rodé à l’exercice, mais l’on risque de s’acheminer vers un mode de gouvernement léthargique. »

« DÈS QU’IL Y AURA DES BLOCAGES, TSHISEKEDI ET SON PRÉDÉCESSEUR SERONT SOLLICITÉS, MAIS C’EST UN TANDEM QUI PÉDALE DANS DES DIRECTIONS OPPOSÉES », PRÉVIENT LE POLITOLOGUE BOB KABAMBA.


Dossier Agriculture

STRATÉGIE

Des semenciers qui s’enracinent Déjà bien présentes en Afrique australe et en Afrique de l’Est, les multinationales veulent convertir les autres grandes régions du continent aux techniques de culture intensive. 62

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ALEX KRAUS/BLOOMBERG VIA GETTY IMAGES

Grâce au rachat de Monsanto, le groupe pharmaceutique allemand Bayer avance ses pions sur le continent. Ici l’un de ses centres de R&D, à Francfort, en juin.


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ncore dominée par une agriculture de type familial, aux antipodes d’un modèle intensif, l’Afrique est plus que jamais dans le viseur des multinationales de semences. Leur credo : « nourrir le continent », grâce à leurs semences hybrides, dites à haut rendement. Aujourd’hui, les variétés paysannes – dont les semences sont autoproduites – constituent 70 % à 80 % de ce que s’échangent les paysans africains. A priori, ces multinationales ont donc un boulevard devant elles. D’autant que leur force de frappe s’est accrue ces dernières années au travers de mégafusions. L’américain DuPont s’est rapproché de Dow Chemicals (formant Corteva pour la branche agritechnologie), le bâlois Syngenta est tombé dans l’escarcelle du holding chinois ChemChina, tandis que Bayer aspirait Monsanto, l’inventeur de l’herbicide Roundup. « Il y a cinq ans, peu d’entreprises étrangères étaient présentes en Afrique dans les grandes cultures que sont le maïs, le riz et les oléagineux », rappelle François Burgaud, directeur des relations extérieures du Groupement national interprofessionnel des semences et plants (Gnis) français, qui encourage les firmes de l’Hexagone à investir le continent. « Il y avait essentiellement des sociétés africaines comme Pannar Seed en Afrique du Sud, Seed Co au Zimbabwe et Kenya Seed », rappelle-t-il. Puis les majors ont commencé à vouloir prendre pied sur le terrain. Parmi les premiers à dégainer, Syngenta, plus présent dans le domaine du maraîchage, a mis la main dès juillet 2013 sur le zambien MRI, actif dans la distribution de maïs blanc en Afrique australe et en Afrique de l’Est. Opération suivie du rachat, en août de la même année, du sud-africain Pannar par DuPont Pioneer. Ainsi que par l’entrée du français Limagrain au capital du sud-africain Link Seed (80 %) et de celui à Seed Co (29,45 %). Enfin, le troisième acteur, Kenya Seed,

est toujours indépendant. Mais il n’est pas sans susciter l’intérêt de grands groupes, y compris de Bayer, selon certaines spéculations. Actif depuis 1920 de Casablanca au Cap, l’agrochimiste allemand a renforcé sa présence sur le continent par l’intermédiaire de Monsanto, le roi des OGM. Et ce, en dépit des procès liés au glyphosate que ce dernier lui a fait perdre. « Ces dernières années, Monsanto a acheté pas moins de cinq sociétés, notamment en Afrique du Sud et au Kenya, dont Bayer bénéficie aujourd’hui », confirme le Malgache Justin Rakotoarisaona, secrétaire général de l’African Seed Trade Association (Afsta), organisme qui rassemble une centaine d’entreprises semencières et d’associations du secteur sur le continent. L’allemand confirme être plus visible dans ces deux pays anglophones et en Algérie. « Grâce à l’intégration réussie de Monsanto, Bayer peut fournir aux agriculteurs un ensemble de solutions sur mesure comprenant des semences, des produits biologiques et chimiques de protection des cultures, des outils et des services numériques pour faire face à leurs défis et à leurs besoins », soutient-on dans un langage bien contrôlé au siège de la firme. En matière de variétés, celle-ci dit aussi « mettre l’accent sur les cultures

DES GÉANTS AUX PERFORMANCES CONTRASTÉES Indice 2018 de la Fondation Access to Seeds (appuyée notamment par Bill et Melinda Gates) estimant les performances au niveau local des semenciers en Afrique centrale et en Afrique de l’Ouest dans sept domaines. Gouvernance et stratégie Ressources génétiques

Propriété intellectuelle Recherche et développement

Production de graines Marketing et ventes

Transfert de compétences

Technisem

2,52

France

Syngenta

2,39

Suisse

Seed Co (29 % Limagrain) Zimbabwe

2,11

France

Monsanto (Bayer) É.-U.

SOURCE : FONDATION ACCESS TO SEEDS

MARJORIE CESSAC

1,27

Allemagne 0

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Un modèle qui a aussi ses limites économiques

Pour servir leurs ambitions, ces mastodontes peuvent compter sur de solides relais. En l’occurrence le programme Grow Africa et l’Alliance pour la révolution verte en Afrique (Agra), tous

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NM IC TIA

deux soutenus par la Fondation Bill et Melinda Gates – premier bailleur au monde dans la recherche sur l’agri­ culture –, l’Agra bénéficiant aussi des subsides de la Fondation Rockefeller. D’ailleurs, l’Agra ne cache pas ses ambitions : soutenir les gouvernements du continent dans la recherche et dans l’homologation de ces nouvelles variétés, ainsi que le secteur privé chargé de les vendre. En 2016, l’Alliance aurait déjà permis d’aider, selon ses données, 119 sociétés africaines ayant produit 126 000 t de semences certifiées à destination de 15 millions de petits agriculteurs. « Certains pays ont déjà fait du bon travail, comme la Tanzanie, l’Ouganda, le Malawi, le Ghana, le Mozambique, le Nigeria, mais aussi le Mali et le Burkina Faso. Ces deux derniers comptent déjà respectivement sept et cinq semenciers locaux à haut rendement [dont NaFaso ; lire p. 66] », se félicite Joseph DeVries, cofondateur d’Agra. Selon lui toujours, le Bénin, le Togo, le Tchad, la Guinée et le Cameroun afficheraient à l’inverse un certain retard dans le domaine. D’après cet expert américain, « les semences hybrides permettraient d’obtenir des rendements de sorgho de 3 à 4 t/ha en Afrique de l’Ouest, contre 1 à 1,5 t/ha pour les variétés paysannes », même s’il reconnaît que le prix (1 à 3 dollars le kilo de semences pour la même céréale) peut se révéler onéreux pour les petits exploitants. De fait, ce modèle n’est pas sans montrer ses limites, y compris économiques. Il est d’ailleurs remis en question au profit de l’agroécologie. « Les variétés à haut rendement ont fait leurs preuves en augmentant la productivité, mais elles érodent la biodiversité agricole, sont coûteuses en énergie, causent pollutions et émissions de C02, et exigent beaucoup de produits phytosanitaires, lesquels devront être achetés par les paysans », alerte Danièle Clavel, agronome et généticienne au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad). Cette experte a longtemps travaillé sur le continent dans l’hybridation, avant

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fruitières et légumières, mais aussi sur les pommes de terre, le maïs, les céréales et le riz ». Cette expansion ne s’arrêtera sans doute pas là. Mais ces rachats offrent aux majors une base pour continuer à s’implanter dans des régions peu acquises à l’agriculture intensive. « Ces groupes africains et leurs alliés internationaux commencent à regarder au-delà de l’Afrique australe, poursuit François Burgaud. Ils essaient par exemple de voir si les variétés produites au Zimbabwe sont adaptables au Nigeria. » Dans les semences de grandes cultures, Limagrain explique d’ailleurs vouloir accompagner « activement » le développement de Seed Co – qui, à lui seul, pèse d’ores et déjà 130 millions de dollars de revenus annuels – grâce à la création d’une entité en Afrique de l’Ouest. « Celle-ci permettrait de travailler spécifiquement dans cette partie du continent sur le maïs blanc mais également sur le maïs jaune, qui connaît là-bas une forte croissance », indique Frédéric Savin, directeur de Limagrain Africa. Syngenta (ChemChina) vise également deux types de semences – potagères et de grandes cultures –, aspirant à se développer dans cette région à fort potentiel. Le groupe a récemment ouvert des bureaux en Côte d’Ivoire et au Sénégal. Et compte à Agadir, au Maroc, un centre de recherche destiné au développement de semences. Technisem (Novalliance) est quant à lui déjà présent en Afrique de l’Ouest. Ce groupe français réalise près de 90 % de son chiffre d’affaires (39,6 millions d’euros) en Afrique, dont la moitié au moins dans cette région. Il commercialise des semences potagères internationales mais aussi d’origine locale (gombo, aubergine africaine, etc.) et lance ses propres variétés.

HE LU CC I

Dossier Agriculture STRATÉGIE

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LE MARCHÉ TUNISIEN DÉJÀ SOUS LA COUPE DES GRANDS

En Tunisie, l’agriculture à haut rendement occupe déjà bien le terrain. Dans les années 1980, le pays a massivement importé des variétés de blé dur du Mexique, qui ne résistent finalement pas toujours aussi bien que prévu aux maladies fongiques et aux sécheresses récurrentes. « En matière de semences locales de blé, d’orge et d’avoine, le pays est encore autosuffisant », reconnaît Leïth Ben Becher (photo), fondateur et ancien président du syndicat agricole Synagri. Il craint en revanche que le pays ne perde davantage ses variétés autochtones dans le domaine du maraîchage. « Si rien n’est fait au niveau public pour renforcer la recherche et le développement dans les semences d’oignons, de tomates et de poivrons notamment, nous risquons de perdre une autonomie agricole cruciale », alerte-t-il, ajoutant que certaines espèces animales comme les bovins sont déjà presque toutes d’origine étrangère. À ses yeux, il y a donc un double danger, tant au niveau de la biodiversité que de la dépendance vis-à-vis de l’extérieur. M.C.


de se montrer plus critique à l’égard de ce type de cultures: « Dans un premier temps, les États africains vont peutêtre subventionner ces semences et leurs intrants, mais leurs moyens étant limités, cela ne pourra pas durer. On le voit déjà dans plusieurs pays », estime-t-elle. Le passage à la production intensive implique le plus souvent le remplacement de semences traditionnelles reproductibles par des espèces hybrides que les cultivateurs devront acheter chaque année. De plus, les majors promeuvent avec leurs variétés un système formel, et donc un cadre réglementaire, en vue de sécuriser leur commercialisation. « Selon ce système, pour échanger ou commercialiser des semences et des plants, il faut que les variétés soient inscrites dans un catalogue officiel national des espèces et variétés [semences certifiées]. Or l’inscription au catalogue

n’est légale que si la variété satisfait notamment aux normes de “distinction, homogénéité, stabilité” [normes DHS] », détaille cette scientifique. De quoi opposer une barrière technologique quasi infranchissable aux agriculteurs locaux qui voudraient commercialiser leurs propres semences traditionnelles.

Ne pas compromettre la diversité des systèmes semenciers

A priori, ces deux modèles – traditionnel et productiviste) sont inconciliables. Même si certains chercheurs explorent une troisième voie. C’est le propos du projet CoEx (pour « coexistence ») du Cirad. « Incontestablement, il y a encore de la marge pour une agriculture intensive sur le continent. Dans le maïs et l’arachide ainsi que, dans une certaine mesure, le sorgho, tempère Selim Louafi, responsable

du projet. Mais miser uniquement sur ce modèle pourrait compromettre la diversité des systèmes semenciers. Elle est pourtant essentielle à l’atteinte des objectifs de sécurité alimentaire, au-delà du seul enjeu d’augmentation des rendements. » Le risque ? Que des variétés locales de céréales et de plantes maraîchères telles que le mil, le fonio ou le niébé, jugées moins rentables, se raréfient au profit des grandes plantations de maïs et d’arachide. L’avenir du secteur dépendra fortement de l’action des régulateurs africains face aux géants mondiaux des semences : en les soutenant quand ceux-ci peuvent favoriser la hausse des rendements de productions cruciales pour la population, mais aussi en s’opposant à eux afin de protéger les semenciers et les agriculteurs locaux quand cela se révélera nécessaire.

Appel à candidatures

Bourses de Leadership Ibrahim Identification et soutien des futurs dirigeants africains

La Bourse de Leadership Ibrahim fournit l’opportunité de travailler auprès du niveau le plus élevé de la hiérarchie d’une des trois institutions suivantes : Banque africaine de développement (Abidjan), Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (Addis Ababa) et Centre du Commerce International (Genève). Le bénéficiaire de la bourse recevra une allocation annuelle de 100.000$. La Direction Générale de chaque organisation accueillera un Ibrahim Fellow pour une période de douze mois. Ce programme vise des jeunes professionnels ou cadres, en milieu ou début de carrière, âgés de moins de quarante ans - ou moins de quarante-cinq ans pour les femmes avec enfants. Les candidat(e)s doivent être ressortissant(e)s d’un pays africain, titulaires d’un Master, et faire état de 7 à 10 ans d’expérience professionnelle pertinente. Le processus de candidature sera ouvert le 12 août 2019. Date limite de dépÔt des dossiers de candidature : 14 octobre 2019. Pour des informations complémentaires sur le programme, les critères et la procédure de sélection, consulter

mo.ibrahim.foundation/jeuneafrique


Dossier Agriculture Abdoulaye Sawadogo a fondé sa société en 2008.

NaFaso, un modèle alternatif à suivre

Dans un marché ouestafricain dominé à plus de 80 % par les semences traditionnelles, NaFaso, originaire de Bobo-Dioulasso, au Burkina, s’est fait un nom dans la production de semences améliorées. Celles-ci permettent – essentiellement grâce à une sélection de variétés locales – d’augmenter les rendements jusqu’à 40 %, selon Abdoulaye Sawadogo, fondateur de la société. En 2018, la PME a exporté plus de 6 500 t de ses variétés de riz, de maïs, de niébé, de soja ou encore de sésame au Mali, en Côte d’Ivoire, en Sierra Leone, en Guinée et au Sénégal, pour un chiffre d’affaires

annuel de 3 milliards de F CFA (plus de 4,5 millions d’euros). « Nous poursuivons notre croissance en dépit de la concurrence des géants mondiaux, tel l’allemand Bayer, car nous n’intervenons pas sur les mêmes segments. Nous sommes des experts dans les semences adaptées aux conditions agroécologiques grâce à nos liens avec des agriculteurs locaux, contrairement aux firmes internationales, qui ciblent les grandes e x p l o i t a t i o n s a g r o -­ industrielles », fait valoir le patron. Son réseau de 1 200 producteurs (en majorité burkinabè) fournit la majeure partie des semences

HIPPOLYTE SAMA POUR JA

Misant sur sa proximité avec les petits paysans, le producteur burkinabè de semences améliorées tisse sa toile du Sénégal au Tchad. qu’elle revend. NaFaso les forme aux techniques de production, leur procure des intrants, et se porte caution lorsqu’ils sollicitent des prêts auprè s d’ins titutions locales, comme Coris Bank International ou le Réseau des Caisses populaires du Burkina. À l’arrivée, des tarifs compétitifs : « Nos prix vont de 500 à 1 500 F CFA le kilo quand Bayer-Monsanto se situe autour de 3 500 F CFA le kilo », indique Sawadogo, qui dispose de boutiques dans la plupart des zones agricoles importantes des pays où NaFaso est actif. La PME s’attaque à présent à l’anacarde. « Nous avons amélioré

des plants greffés dont les rendements atteignent 6,3 t/ha dès la cinquième année, au lieu de 700 kg actuellement », expliquet-on à NaFaso. Près de 150 000 plants ont ainsi été écoulés en Guinée. Et l’entreprise lorgne d’autres pays. « Nous avons pris des participations dans Grace agricole, en Côte d’Ivoire (65 %), dans West African Seed Company, au Ghana (35 %), dans EscorAgro, au Tchad (35 %), et prospectons en Sierra Leone dans l’objectif de vendre quelque 10 000 t de semences à l’horizon 2022 », précise Abdoulaye Sawadogo. NADOUN COULIBALY, à Ouagadougou


Dossier Agriculture

AGRITECH

Jeunes pousses à cultiver Les solutions numériques pour le secteur foisonnent dans l’est et dans l’ouest du continent. Reste à convaincre les investisseurs de sortir des sentiers battus. La start-up kényane Twiga Foods réduit le nombre d’intermédiaires entre fermiers et distributeurs.

imaginer des services mobiles d’information stratégique par SMS. C’est le cas d’Esoko, une jeune pousse ghanéenne qui informe en temps réel les petits exploitants sur les prix de leurs produits et sur la météo afin qu’ils optimisent les périodes d’arrosage ou de récolte. De son côté, la plateforme ivoirienne Seekewa propose des biens et services à des prix adaptés aux agriculteurs. Ces derniers peuvent par exemple obtenir des conseils sur la façon d’établir un diagnostic lorsque leurs plantations sont malades.

TWIGA FOODS

Prendre en compte les réalités du terrain

QUENTIN VELLUET

a prochaine success-story africaine sera-t-elle celle de Twiga Foods ? La start-up kényane, spécialisée dans la mise en relation de petits producteurs avec des revendeurs informels, en prend en tout cas le chemin. En juin, la richissime famille française Mulliez, propriétaire des grandes surfaces Auchan, a injecté 5 millions de dollars (4,4 millions d’euros) dans l’entreprise, créée en 2013 par le Britannique Grant Brooke et le Kényan Peter Njonjo. Cependant, dans le monde de l’« agritech », Twiga Foods – qui a levé 35,4 millions de dollars depuis sa création et remporté le prix de l’entreprise la plus prometteuse à l’Africa CEO Forum 2018 – fait figure d’exception. Le secteur est pourtant dynamique. Un rapport publié en juin par le cabinet de conseil Dalberg dénombre 390 solutions numériques pour l’agriculture en Afrique. Parmi elles, 60 % sont nées ces

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trois dernières années. Mais, ne voyant pas poindre de retours sur investissements rapides ni de marges suffisantes, les opérateurs restent frileux. « L’investissement se concentre sur des innovations qui peuvent se déployer rapidement », confirme Christian Jekinnou, directeur général d’Afric’innov, un programme de l’AFD qui accompagne la croissance d’incubateurs sur le continent. Selon Dalberg, les investissements privés dans les solutions numériques pour l’agriculture se sont élevés à 47 millions d’euros en 2018, contre plus de 400 millions d’euros pour la fintech. En conséquence, peu de start-up se lancent dans les biopesticides comme l’a fait Lono en Côte d’Ivoire, ou dans les énergies renouvelables à l’image de SunCulture au Kenya. Bien qu’elles soient jugées prioritaires, ces filières sont trop coûteuses en recherche et développement. À l’instar de Twiga, les porteurs de projets préfèrent réduire le nombre d’intermédiaires ou

Si les idées foisonnent, toutes ne prennent pas en compte les réalités du terrain : « Certains entrepreneurs ne sont pas issus du métier et passent à côté des questions du niveau de digitalisation et du pouvoir d’achat des agriculteurs », remarque Fanny Dauchez, responsable du programme d’incubation du suisse Seedstars, qui investit dans les jeunes sociétés des pays émergents. Tandis que l’Afrique de l’Est reste incontestablement la région pionnière de l’agritech du fait de son secteur agricole développé et de son écosystème de start-up et de fonds consacrés à l’innovation, les choses commencent à bouger à l’Ouest. Ainsi, des incubateurs spécialisés comme le malien MAIH-Teteliso se développent en même temps que des offres de capital-risque telles qu’Injaro, créé par Proparco en 2009, qui alloue aux PME des financements allant de 400000 dollars à 4 millions de dollars. De son côté, l’Organisation internationale du cacao a dénombré sur le continent pas moins de 23 fonds dévolus à l’agriculture, totalisant un capital de 252 millions de dollars. Seize d’entre eux investissent de 1 à 5 millions d’euros dans les PME. De quoi préparer le terrain pour un futur boom de l’agritech continentale.


COMMUNIQUÉ

CORTEVA AGRISCIENCE™ RENFORCE SA PRÉSENCE EN AFRIQUE

Avec plus de 60 pays, l’Afrique et le Moyen-Orient (AME) sont des régions diverses et complexes. En tant qu’entreprise axée sur le client, la structure régionale de Corteva Agriscience’s™ pour l’AME a été conçue pour répondre à cette complexité, rapprocher l’entreprise des agriculteurs, mieux répondre à leurs besoins et établir avec eux des relations plus solides et pérennes.

qui façonne le marché et occupe une position dominante sur les segments des semences, de la protection des cultures et de l’agriculture numérique.

FOCUS PRODUIT

Au sein d’AME, Corteva Agriscience continuera d’investir dans certaines des marques agricoles les plus reconnues et les plus prestigieuses, telles que les marques de semences Pioneer® et PANNAR®, ainsi que dans des produits phytosanitaires primés.

Le bureau de Casablanca sera le hub d’affaires régional de Corteva Agriscience pour ses clients, partenaires et consommateurs sur ses principaux marchés dans la région : Algérie, Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Ghana, Côte d’Ivoire, Mali, Maroc, Nigeria, Niger, Tunisie, Togo et Sénégal. En travaillant avec Corteva, les agriculteurs bénéfiLe nom Corteva cieront d’un bon mélange de semences, de provient du mot « core » tection des cultures et de solutions numériques qui signifie « cœur pour maximiser leurs rendements et accroître de la terre » et du leur rentabilité sur ces marchés.

Corteva place les agriculteurs et les consommateurs au cœur de toutes ses activités. L’entreprise croit au progrès croissant et à la pérennité de son succès pour les générations à venir. Pour ce faire, Corteva collabore avec les parties prenantes tout au long de la chaîne d’approvisionnement alimentaire, de la ferme à l’assiette, la durabilité, l’innovation et la réactivité étant au cœur de son mandat opérationnel.

mot « teva » qui est un mot ancien qui signifie « nature ». Notre nom signifie ainsi « cœur de la nature ».

Corteva Agriscience est une entreprise cultivée sur un héritage sain de 200 ans - réunissant trois géants : DuPont Crop Protection, Pioneer et Dow AgroSciences pour créer une entreprise agricole autonome

En plus de nouveaux hybrides dans le maïs, le tournesol et de nouveaux caractères dans les semences, plusieurs nouveaux ingrédients actifs de protection des cultures ont été homologués, notamment Spinetoram, Isoclast™, Arylex™, Rinskor™, Rinskor™, Inatreq™, Zorvec™ et Optinyte™, qui font partie des produits révolutionnaires qui seront lancés entre maintenant et 2021. Les produits phytosanitaires sont conçus pour atténuer les risques liés aux cultures et au climat, ce qui permet aux agriculteurs de mieux contrôler les ravageurs, les mauvaises herbes et les maladies, tout en étant respectueux de ll’environnement. e

L’entreprise est active en Afriqu ique depui uis plus s de 60 ans et soutient un large éventaill de cultur ures, dan an des exploitaans tions agricoles de toute es tailles à différ ér érents nive veaux e techh nologiques, opérant dans da des s conditi itions écon onomiques q et commerciales très variées v s. Grâce ce e à son importante présence, Corteva Agriscience™ est en e m mesure e de d fournir des solutions aux agriculteurs, des produits et clés de croiss s sance qui ui permettr p ttront à l’industrie de continuer à aller de l’avant.

Corteva Agriscience™ Afrique du Nord-Ouest, de l’Ouest et du Centre - 2e étage, bureau 217, Oasis Square No3, édifice 6 / Téléphone : (+212) 770 90 09 00 Follow Corteva Agriscience™, Agriculture Division of DowDuPont, on Facebook, Instagram, LinkedIn, Twitte ter and You uTube

DIFCOM / PHOTO : VALIO84SL

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ette année, Corteva Agriscience™ a ouvert des bureaux à Casablanca, au Maroc, pour s’assurer qu’elle peut livrer ses meilleures semences, solutions de protection des cultures et services numériques à l’Afrique du Nord-Ouest et l’Afrique de l’Ouest et du Centre (NWAF et WCAF).


Dossier Agriculture

TRIBUNE

Pourquoi la Zleca va aider les agriculteurs africains

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ancée le 7 juillet à Niamey, la Zone de libre-échange continentale africaine (Zleca) a posé la première pierre d’un immense marché unique de 1,2 milliard d’habitants. Elle constituera une puissante incitation au développement des échanges intra-africains, dont la part, estimée à environ 12 % du PIB continental, pourrait doubler d’ici à cinq ans. Les secteurs de l’industrie et des services s’attendent à des retombées positives très rapidement. Mais en ira-t-il de même pour les agriculteurs? Ce questionnement n’a rien d’anodin: l’agriculture contribue à 25 % du PIB du continent et occupe 60 % de sa main-d’œuvre. Même si cette proportion est appelée à diminuer en raison de l’industrialisation, ce secteur demeure le seul capable d’arracher un très grand nombre d’Africains à la pauvreté.

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Le décloisonnement des marchés, rendu possible par les mesures de facilitation du commerce et par le développement des infrastructures – les corridors intégrés –, aidera les agriculteurs à mieuxécoulerleursproductions.Laformationdechaînesdevaleur régionales et l’intégration de ces dernières aux chaînes de valeur mondiales enclencheront un cercle vertueux dont nous voyons déjà les prémices. En effet, s’agissant des produits de base (seigle, orge, avoine, huile de soja, bétail, produits laitiers…), les exportateurs africains ont accru leur compétitivité sur la période 1998-2013. Plus encourageant encore: sur les marchés intrarégionaux, ces exportateurs ont enregistré des gains de compétitivité supérieurs à ceux qu’ils ont pu connaître sur les marchésmondiaux.L’Égypte,l’Algérieoul’Éthiopieont réalisé des progrès remarquables. Globalement, deux ensembles économiques se distinguent: la Cedeao – la zone qui a le mieux réussi à accroître sa compétitivité sur les marchés mondiaux – et le Comesa [Marché commun de l’Afrique orientale Ibrahim Assane et de l’Afrique australe], dont les membres ont Mayaki sensiblement renforcé leur compétitivité sur les Directeur général marchés intra-africains. Des dynamiques que la de l’Agence de Zleca devrait consolider et amplifier. développement de

r l’agriculture est confrontée à des défis considérables. Le premier d’entre eux est la sécurité alimentaire, avec la hausse programmée de la population du continent, qui doublera à l’horizon 2050. Le deuxième, tout aussi prégnant, réside dans l’adaptation aux changements climatiques : l’Afrique doit développer une agriculture plus résiliente, plus durable, et l’Union africaine prendre à bras-le-corps la question de la restau’ouverture aux importations du reste du (AUDA-NEPAD) ration des terres dégradées par une exploitation monde doit se faire de manière graduelle trop intensive. Enfin, il faut améliorer l’accès aux et raisonnée afin de permettre à l’agrobusiness financements et aux crédits pour les agriculteurs. africain de se développer et de gagner en comÀ n’en pas douter, les transformations pétitivité dans ses marchés intérieurs avant induites par l’entrée en vigueur de la Zleca auront des retomd’être exposé à une concurrence internationale exacerbée. Si bées extrêmement positives sur le développement des cette condition est respectée, le commerce des produits agriéchanges agricoles continentaux. coles pourrait tripler d’ici à 2025 en Afrique.

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COMMUNIQUÉ

AVIS D’EXPERT

A Bureau Veritas Group Company

Bureau Veritas Imm. Sigma, 4e étage, La Colline 20520, Casablanca, Maroc Tél. : (+33) 7 50 15 37 67 Email : bruno.pitou@bureauveritas.com www.bureauveritas.fr

Agriculture de précision en Afrique Quelle est la situation du secteur agricole en Afrique ? Un Africain sur quatre souffre encore de malnutrition chronique. Cela est d’autant plus paradoxal que le continent africain possède 65% des terres arables de la planète. La faible productivité actuelle combinée à la forte démographie de ce continent pourrait nous conduire à une crise alimentaire majeure d’ici à dix ans si rien n’est fait dans les trois prochaines années pour la contrecarrer. Quels sont pour vous les principaux enjeux des nouvelles technologies agricoles sur le continent Africain ? Les progrès technologiques accélèrent la croissance du secteur agricole, mais il y a encore des ques-

des semences, qualité des intrants, données climatiques, résultats d’analyses agronomiques…) Aujourd’hui, cette masse d’informations ou big data sont compartimentées et exempts de corrélations et d’analyses croisées, aboutissant à des situations que nous pouvons qualifier « d’hypercomplexes », sans réelle valeur ajoutée pour l’exploitant. Quelle est la stratégie de Bureau Veritas pour contribuer activement à cette révolution agricole ? L’acquisition, en mars 2018, du laboratoire Labomag, pionnier marocain dans le domaine des analyses agronomiques nous a permis de diversifier nos activités et de faire de Bureau Veritas un leader des services en amont de la filière.

Le secteur agricole se positionne dans le top des priorités de la stratégie globale de Bureau Veritas Afrique. tions cruciales à résoudre, comme par exemple : comment aider les producteurs à dépenser moins et à obtenir des rendements supérieurs ? Le contexte posé, il est cependant bien difficile de répondre à toutes ces questions car la production agricole dépend fortement des variables externes (ex. : qualité

Nous avons signé en 2018 un partenariat avec la société Delta Drone qui est un acteur international reconnu du secteur des drones civils à usage professionnel. Aujourd’hui, nous sommes capables de proposer des services allant de l’étude pédologique des sols, des cartes de fertilité à la surveillance

Bruno Pitou, Directeur Agri-food Afrique, Co-gérant Labomag

des récoltes en combinant les données collectées sur le terrain et dans nos laboratoires avec des drones ou des satellites. Bureau Veritas compte aussi tirer les leçons du travail effectué par nos collègues brésiliens suite à l’acquisition en 2016 de la société Kuhlmann spécialisée en agriculture de précision sur l’un des plus grands et des plus performants marchés agricoles au monde. Nos équipes travaillent déjà conjointement sur une solution de plate-forme unique, connectée à un satellite et dotée d’une intelligence artificielle ayant la capacité d’analyser et traiter toutes les données collectées. Sur le continent africain comme ailleurs, notre mission est de bâtir un « monde de confiance » et ainsi accompagner nos clients dans la résolution des enjeux sociétaux qui sont aujourd’hui les leurs.


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JA 3060 DU 1ER AU 7 SEPTEMBRE 2019 DOSSIER AGRICULTURE by Régie Difcom - Issuu