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JA 3056 GF JAPON du 4 au 10 août 2019

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JAPON-AFRIQUE

GABON Le cas Pascaline Bongo

UNE NOUVELLE DYNAMIQUE ? Spécial 12 pagges

CÔTE D’IVOIRE Gbagbo-Bédié, le choc des éléphants

HEBDOMADAIRE INTERNATIONAL NO 3056 DU 4 AU 10 AOÛT 22019

La mort du chef de l’État Béji Caïd Essebsi bouleverse le calendrier électoral et redistribue les cartes de la scène politique. Ce qui ouvre la voie à plusieurs scénarios.

TUNISIE

Et maintenant ? .

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France 3,80 € Algérie 290 DA Allemagne 4,80 € Autriche 4,80 € Belgique 3,80 € Canada 6,50 $ CAN Espagne 4,30 € Éthiopie 67 birrs Grèce 4,80 € Guadeloupe 4,60 € Guyane 5,80 € Italie 4,30 € Luxembourg 4,80 € Maroc 25 DH Martinique 4,60 € Mayotte 4,60 € Norvège 48 NK Pays-Bas 5 € Portugal cont. 4,30 € RD Congo 5 $ US Réunion 4,60 € RD Congo 5 $ US Royaume-Uni 3,60 £ Suisse 7 FS Tunisie 4 DT USA 6,90 $ US Zone CFA 2000 F CFA ISSN 1950-1285

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COMMUNIQUÉ

UNE AMITIÉ SOLIDE ET DURABLE ENTRE

DJIBOUTI & LE JAPON

M. Ismaïl Omar Guelleh, Président de la République de Djibouti, en compagnie de M. Shinzō Abe, Premier ministre du Japon.

Son n excellence Ahmed Araita Ali, Am mbassadeur de Djibouti D au Japon.

Ambassade de la République de Djibouti 5-18-10, Shimomeguro, Meguro-ku Tokyo 153-0064, Japan Tél. : 81357040682 - Fax : 81357258305 E-mail : djiboutiembassytokyo2@gmail.com

commerciales d’opérateurs économiques entre autres, japonais. La paix et la sécurité sont des valeurs que partagent les deux pays. Cette complicité en suscite d’autres : la JICA, organisme japonais de coopération, contribue par l’appui et le transfert des compétences, au développement de Djibouti dans des domaines aussi divers que la santé ou encore l’environnement. Djibouti et le Japon se reconnaissent aussi des affinités réelles à titre de partenaires commerciaux. En effet, la position géostratégique de Djibouti permet l’accès à un marché africain estimé à 400 millions de consommateurs. Les compagnies nippones en sont conscientes et cela se traduit par la multiplication des visites et l’incorporation de sociétés japonaises aussi bien à Djibouti qu’en Éthiopie voisine.

© PATRICK ROBERT

L’

ancienneté est souvent évoquée, en termes de décennies, voire de siècles, pour prétendre de la solidité des liens d’amitié entre deux pays. Or, une relation d’amitié, aussi bien à l’échelle d’individus que de pays, se doit d’être entretenue. Depuis 41 ans, Djibouti et le Japon peuvent se féliciter d’entretenir des relations bilatérales excellentes, dynamiques et fortes prometteuses. Pour les responsables politiques des deux pays, il existe une volonté mutuelle de ne pas se contenter uniquement de maintenir formellement ces relations, mais bien de les développer activement sur plusieurs plans et dans une perspective d’avenir pour les deux peuples. Ces relations sont ancrées dans la solidarité et l’amitié qui unissent les deux peuples. L’exemple le plus illustratif est sans doute la solidarité du peuple djiboutien au peuple japonais lors des terribles événements de mars 2011. La ville japonaise de Minamisoma a d’ailleurs érigé un monument pour symboliser cette solidarité. Djibouti peut aussi se targuer d’être l’unique pays, à héberger depuis 9 ans déjà, un contingent de plusieurs centaines de soldats des forces d’autodéfense japonais. Pour le Japon, qui est loin d’être un pays va-t-en guerre ou animé d’un quelconque autre besoin expansionniste, le maintien de la paix et la participation à la sécurité du monde est un objectif central de sa politique de pacification. Quant à Djibouti, il est connu pour être un carrefour bordant l’une des voies maritimes les plus fréquentées au monde. Un pays de paix, qui permet justement de sécuriser la circulation et les activités

Les troupes japonaises de self-défense participent à la lutte contre la piraterie dans la région.

La JICA, Agence de coopération japonaise, s’investit beaucoup dans le développement social de Djibouti.

DF/JAMG - PHOTOS : DR SAUF MENTION.

RÉPUBLIQUE DE DJIBOUTI


GRAND FORMAT

JAPON-AFRIQUE

Si le pays de Shinzo Abe fut le premier en Asie à institutionnaliser ses relations avec le continent, il semble aujourd’hui distancé par ses concurrents. La 7e édition de la Ticad, organisée fin août à Yokohama, pourrait lui permettre de revenir dans le jeu.

ADOBE PHOTO STOCK/MONTAGE JA

Une nouvelle dynamique?

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COMMUN NIQUÉ

Acteur majeur en Afrique

Agence japonaise d’aide au développement

miquement quand, et seulement quand, ils peuvent compter sur un secteur privé prospère. Deuxièmement, pour que les entreprises puissent prospérer, les pays doivent disposer de ressources humaines formées et éduquées, d’infrastructures de base et d’institutions efficaces. Enfin, troisièmement, pour que les pays puissent remplir leur rôle, la stabilité politique est essentielle. En s’inspirant de la propre modernisation du Japon et de la reconstruction de son économie au lendemain de la Seconde guerre mondiale, l’ensemble des décideurs et des acteurs de la coopération japonaise partage cette conviction. C’est avec raison, qu’aujourd’hui en Afrique, un nombre croissant de pays commencent à profiter des trois conditions HIROSHI KATO, identifiées plus haut.

Il existe aussi, des douzaines de pays, suffisamment performants pour acquérir force et confiance Vice-président Guidée par ces convictions, dans leurs politiques écode JICA l’Agence japonaise de coopénomiques. Il faut souligner ration internationale (JICA), que ces pays n’ont apAgence de coopération s’engage avec constance en paremment aucun point internationale du Japon Afrique, sur une perspeccommun : ils peuvent tive à long termes. Pour acêtre riches ou pauvres compagner ses partenaires en ressources naturelles, à atteindre les Objectifs de enclavés ou côtier avec développement durables (ODD) définis par l’ONU une population plus ou moins importante. Autant et à respecter l’Agenda 2063 de l’UA. La prochaine de divergences qui nous amènent à penser que le TICAD 7 (Tokyo International Conference on Afriplus important, après tout, n’est pas ce que la nature can Development), organisée à Yokohama, du 28 au donne, mais les politiques employées et les institu30 août 2019, sera le rendez-vous idéal pour tous les tions mises en place. acteurs du développement de l’Afrique, d’approfondir leur compréhension mutuelle et d’explorer de nouJe constate qu’un consensus international existe auvelles possibilités, pour une coopération encore plus jourd’hui sur les conditions nécessaires au succès. fructueuse en amenant plus de secteur privé et d’inPremièrement, les pays peuvent décoller écononovations dans le développement africain.

www.jica.go.jp/french

JAMG - Photos : D.R.

Pendant que l’Afrique connaît une croissance économique forte et que son futur apparaît plus prometteur que jamais, beaucoup de pays doivent toujours relever de sérieux challenges, tels que l’emploi des jeunes, une productivité industrielle et agricole qui piétine, l’inefficacité des services publics et surtout, la détérioration des inégalités. Tous ces défis demandent des solutions dont la mise en œuvre peut être longue et délicate.


Olivier Caslin OlivierCaslin

L’union fait la force u moment d’ouvrir la Ticad, septième du nom, qui marquera plus de vingt-cinq années de coopération entre le Japon et l’Afrique, l’heure semble être au constat. Bien sûr, les deux partenaires n’ont jamais été aussi liés par des intérêts – économiques, diplomatiques et sécuritaires – toujours plus nombreux et partagés. Pourtant les relations nippo-africaines semblent aujourd’hui souffrir de la comparaison avec celles qui furent développées plus tardivement par les autres puissances asiatiques, à commencer par la Chine. Et le Japon, parti en tête en 1993 en étant le premier pays d’Asie à institutionnaliser ses relations avec l’Afrique, semble aujourd’hui à la traîne de son puissant voisin, alors que l’Inde pointe désormais dans le rétroviseur. Le Japon avait su faire preuve à l’époque d’une réelle vision en même temps que d’une certaine sollicitude envers un continent qui était alors au creux de la vague économique quand il semblait, lui, encore la dominer. Un peu moins de trois décennies plus tard, la situation a bien changé. Alors que le continent suscite aujourd’hui toutes les convoitises, dans la foulée des améliorations constatées par les investisseurs du monde entier en matière de gouvernance et d’environnement économique, l’archipel semble pour sa part en proie au doute. Et même si une large proportion de sa dette publique reste détenue par les ménages japonais plutôt que par les marchés financiers, la question de savoir si le pays du Soleil-Levant a les moyens de financer ses ambitions africaines reste posée. Le Japon avait pourtant vu juste en décidant d’organiser la première édition

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78 DIPLOMATIE À la recherche du temps perdu

80 Ticad, acte VII

de la Ticad en compagnie des principaux bailleurs de fonds internationaux du continent. Comme s’il avait déjà compris qu’il ne pourrait pas y aller seul. Et le constat – puisque c’est de cela qu’il s’agit – ne fait que s’amplifier, au moment où la course au développement de l’Afrique s’emballe sous l’effet des milliards de dollars injectés par la Chine dans l’économie du continent. La formule a déjà été appliquée avec succès par Toyota Tsusho Corporation (TTC) qui, en liant son destin africain au français CFAO, a montré l’exemple d’un partenariat bénéfique pour toutes les parties. Elle n’a pourtant pas été reprise par un secteur privé nippon qui semble toujours autant hésiter à franchir le pas.

Oser le pari africain

La Ticad 7 va donc être l’occasion pour les pouvoirs publics japonais de remettre l’ouvrage sur le métier. Ceux-ci ont invité beaucoup d’opérateurs privés étrangers pour les aider à nouer les accords tripartites qui doivent persuader les entreprises japonaises d’oser le pari africain. Malgré les méfiances historiques, les patrons japonais sont les premiers à reconnaître les effets positifs des infrastructures chinoises sur les marchés africains. Et si le gouvernement attend encore certaines garanties avant de coopérer ouvertement avec Pékin, il s’est déjà associé à New Delhi sur le projet du Corridor de la croissance Asie-Afrique (AAGC), lancé en 2017. Un front commun n’est pas pour demain, mais Tokyo semble avoir compris ce proverbe africain : « Si tu veux aller vite, marche seul, mais si tu veux aller loin, marchons à plusieurs. » Le Japon a apparemment l’intention de poursuivre son chemin en Afrique.

82 Entretien avec Shigeru Ushio

Directeur des affaires africaines au ministère japonais des Affaires étrangères

86 ÉCONOMIE

L’Afrique, un enjeu national

88 Accords tripartites, voie royale pour le secteur privé

90 Entretien avec Katsumi Hirano

Vice-président de l’Organisation japonaise du commerce extérieur, chargé de l’Afrique

92 TRIBUNE

Oussouby Sacko

Président de l’université Kyoto-Seika

Suivez toute l’actualité du continent sur www.jeuneafrique.com

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DIPLOMATIE

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Acteur historique de l’aide internationale, le pays du SoleilLevant accuse un certain retard dans la course aux marchés africains. Pour y remédier, il entend tisser des alliances avec des pays mieux introduits que lui sur le continent.

YUTA YAGISHITA, à Tokyo

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eu de gens le savent, mais les premiers contacts entre l’Afrique et le Japon remontent à la seconde moitié du XIXe siècle. Le pays, encore féodal, envoie alors quelques pelotons de ses meilleurs samouraïs en Europe. Durant leur voyage, ils prennent le train entre Suez et Alexandrie, s’attardent pour contempler le Sphinx de Gizeh, avant d’embarquer pour poursuivre leur chemin. Depuis cet épisode unique, les relations entre l’archipel nippon et le continent sont restées des plus discrètes. Il faut attendre les années 1970 pour qu’elles s’intensifient enfin, sur fond de choc pétrolier. En 1973, la flambée des cours du brut alarme Tokyo, qui cherche immédiatement une solution pour alléger le fardeau de sa dépendance énergétique à l’égard du Moyen-Orient. Il l’a trouvée auprès des pays producteurs d’Afrique. Un second motif de rapprochement intervient à la même période, à savoir l’ambition japonaise de devenir membre du Conseil de sécurité des Nations unies. Un objectif irréalisable si Tokyo ne fait pas les yeux doux aux pays africains pour obtenir leur soutien. Mais l’approche n’est pas seulement politique. D’autant plus que, dans le même temps, la croissance de l’économie japonaise se confirme. L’archipel intègre même le club des principaux pays donateurs, en Afrique, dans le courant des années 1990, tandis que le nombre d’entreprises japonaises implantées sur le continent connaît une légère embellie après une longue période de stagnation. Beaucoup d’entre elles optent encore pourtant pour l’Asie, au détriment de marchés africains « jugés alors peu rentables », explique Katsumi Hirano, vice-président et chercheur à l’Organisation japonaise du commerce extérieur (Jetro), l’organisme paragouvernemental chargé de la promotion des échanges et des investissements (lire p. 90).

Le Premier ministre japonais, Shinzō Abe, prononce le discours de clôture de la Ticad 6, en 2016, avec à ses côtés les présidents Uhuru Kenyatta (à g.) et Idriss Déby (à dr.).

TONY KARUMBA/AFP

Frilosité du secteur privé

Trois décennies plus tard, la situation du Japon et celle de l’Afrique sont bien différentes. Dépassé par une Chine qui lui ravit au passage son rang de deuxième place forte économique dans le monde, le pays du Soleil-Levant voit ses principaux indicateurs passer au rouge à mesure que vieillit sa population. Pour l’instant seul pays développé touché par le déclin démographique, le Japon comptera 100 millions de ressortissants en 2048, contre 126 millions aujourd’hui. Un constat qui fait déjà frémir les entreprises nippones, confrontées chaque année à un effondrement toujours plus prononcé du marché domestique. Contraint de trouver de nouveaux débouchés pour ses produits, le Japon a décidé de « globaliser » son économie. Et dans cette stratégie d’ouverture, le continent africain apparaît presque comme une issue de secours pour Tokyo. Il ne fait déjà aucun doute que l’économie sera le principal sujet des discussions qui se dérouleront durant la 7e édition de la Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique (Ticad), qui se tiendra à Yokohama à

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EA BEA TO / D O

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la fin d’août, avec comme objectif clairem ment défini de renforcer le partenariat avec les pays africains et de pousser les entreprises nipp pones à y investir enfin. « Nous allons souten nir la croissance de l’Afrique à travers les inno ovations technologiques, l’aménagement d’in nfrastructures de qualité et le développementt des ressources humaines », a déclaré à la fin de juillet Shinzō Abe. Cet optimisme cache pourtant mal une réalité plus contrastée, notamment en matière de relations commerciales entre l’archipel et le continent, proches de l’inertie depuis la Ticad 6, de 2016. Le Japon semble avoir pris du retard dans la course aux marchés africains, luttantt pour suivre hinois ces derle rythme effréné imposé par son voisin ch nières années. En 2017, le stock des investissements directs étrangers (IDE) chinois en Afrique a atteint 43 4 milliards de dollars (37,7 milliards d’euros), quand celui du Japon s’est tes de ll’impor contenté de 8 milliards. Bien que conscientes importance du marché africain, « les sociétés japonaises n’ont plus la même capacité d’investissement que dans les années 1980 », admet Katsumi Hirano.

Enjeux sécuritaires

Pour tenter de combler leur manque de moyens financiers et d’expérience sur le continent, les pouvoirs publics et le secteur privé japonais cherchent donc à tisser des alliances avec des partenaires plus familiers du continent, comme la France. Mais les enjeux japonais en Afrique ne sont pas qu’économiques, ils sont également sécuritaires. Les nouvelles lois de défense votées en 2015 par le Parti libéral démocrate (PLD) de Shinzō Abe permettent au gouvernement de déployer à l’étranger les Forces japonaises d’autodéfense (FJA) et de fournir des soutiens logistiques sur des théâtres extérieurs, notamment dans le cadre d’opérations militaires autorisées par l’ONU. Un tournant historique qui permet à Tokyo de pouvoir protéger ses intérêts comme ses

Au XIXe siècle, des samouraïs en route pour l’Europe s’arrêtent en Égypte pour visiter le site de Gizeh Gizeh.

ressortissants et d’éviter une nouvelle tragédie telle que la prise d’otages de la raffinerie d’In Amenas en Algérie, en 2013, dans laquelle dix employés japonais avaient été tués. Le Japon, qui a signé un accord de libre-échange avec l’Union européenne en 2018, tient surtout au maintien de la sécurité dans le golfe d’Aden et la mer rouge, zones stratégiques par où nombre de pétroliers transitent et dont dépend l’accès au marché européen. Le pays a donc ouvert en 2011, à Djibouti, sa première base aéronavale à l’étranger. Officiellement engagée dans la lutte contre les pirates qui infestaient la région, celle-ci est aussi le principal élément aujourd’hui existant du concept défendu depuis 2016 par Shinzō Abe, sous le nom de « stratégie pour un espace indo-pacifique libre et ouvert ». Cette initiative vise à renforcer les liens économiques et diplomatiques entre l’Asie et l’Afrique, tout en garantissant les valeurs comme la démocratie, l’État de droit et la liberté d’entreprendre.

TICAD : DANS LES COULISSES DE L’ACTE VII La Ticad 6, organisée en 2016 à Nairobi, avait marqué l’histoire bilatérale nippo-africaine en étant la première jamais organisée sur le continent en vingt-trois ans. La septième édition, qui se tiendra du 28 au 30 août à Yokohama, devrait, elle, davantage s’inscrire dans la continuité. De lieu tout d’abord puisque, pour son retour au Japon, la conférence se déroule pour la troisième fois dans la ville portuaire, déjà hôte de l’événement en 2008 et en 2013. De temps ensuite, car le rythme triennal introduit lors de la

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Ticad 5 est de nouveau confirmé. D’objectifs enfin, dans la mesure où il s’agit toujours pour les Japonais de « promouvoir un dialogue politique avec les responsables africains et les partenaires en matière de développement », tel que défini dans la charte originelle de Tokyo. Au Pnud, coorganisateur de la conférence dès sa première édition en 1993, se sont jointes depuis la Banque mondiale, les Nations unies et la Commission de l’Union africaine. Et même s’il n’est pas

encore certain que le record de chefs d’État africains présents établi en 2013 (51) soit battu, l’événement est devenu suffisamment incontournable pour attirer cette fois encore plusieurs milliers de représentants des diverses organisations régionales ou financières, ainsi que de la société civile. Le secteur privé doit aussi répondre présent. Des forums d’affaires et autres salons commerciaux seront par ailleurs organisés en marge de la conférence. OLIVIER CASLIN


Grand format JAPON DIPLOMATIE

ENJEUX

Shigeru Ushio

Directeur des affaires africaines au ministère japonais des Affaires étrangères

« L’implantation en Afrique est une question de vie ou de mort pour nos entreprises » Propos recueillis à Tokyo par YUTA YAGISHITA

higeru Ushio est depuis 2018 le « Monsieur Afrique » du ministère japonais des Affaires étrangères (MOFA). À 56 ans, il a pris la direction générale des Affaires africaines avec pour objectif de leur apporter un nouvel élan. Entré dans la diplomatie nippone dès la fin de ses études de droit à l’Université de Tokyo, Shigeru Ushio a d’abord servi, en tant que conseiller, en Asie du Sud-Est puis en France, avant de rallier le continent. D’abord au sein de la direction des Affaires africaines à Tokyo, puis, en 2014, comme ambassadeur en RD Congo. Il rentre au pays trois ans plus tard pour travailler sur les questions de sécurité et de coopération internationale, avant d’occuper ses fonctions actuelles. C’est donc en cumulant ses différentes expériences que Shigeru Ushio répond aux questions de Jeune Afrique, n’hésitant pas à appeler à un changement de mentalité des investisseurs japonais à l’égard d’un continent africain toujours aussi mal connu de ses compatriotes.

S

Jeune Afrique : Quels sont les enjeux de cette Ticad 7 ?

Shigeru Ushio : Cette édition reste placée sous le signe du business et de la promotion des investissements. C’est une occasion unique pour nous d’échanger directement avec des représentants africains. Comme nous avons pris du retard sur ce marché, il est crucial d’afficher clairement notre volonté d’y investir. Pour ce faire, nous voulons faire valoir nos expériences en Asie en contribuant à la croissance du continent par le développement des ressources humaines locales.

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On aimerait aussi parler du changement climatique et de la prévention des catastrophes naturelles. Le Japon a des savoirfaire très pointus dans ce dernier domaine, et cela peut constituer un avantage. Quel bilan a été tiré de la précédente édition ?

Disons qu’à l’époque, on semait des graines. On martèle l’importance d’investir en Afrique depuis la Ticad 5, en 2013, mais il faut admettre que nos entreprises n’y mettaient pas toutes leurs forces. Heureusement, cette situation a changé.

COMME NOUS AVONS PRIS DU RETARD SUR LE CONTINENT, IL EST CRUCIAL D’AFFICHER NOTRE VOLONTÉ D’Y INVESTIR. Le marché asiatique est en saturation et tout le monde connaît le gros potentiel du continent. Afin d’y promouvoir les investissements, nous avons créé cette année, en collaboration avec le secteur privé, un consortium des affaires en Afrique. Le Japon n’abandonne pas son ambition de devenir membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU. Comptez-vous toujours sur le soutien des pays africains ?

Sur ce sujet, il n’y a pas beaucoup de choses qui bougent en ce moment. Même entre les pays africains, il y a des divisions sur un éventuel candidat issu du continent. Mais si aucun consensus ne se dégage, l’Afrique ne réussira pas à faire entendre sa voix dans les débats engagés pour réformer le Conseil de sécurité. Ces discussions s’annoncent longues et


Est-ce que Tokyo a les moyens financiers de ses ambitions en Afrique ? Est-ce que vous ne souffrez pas de la comparaison avec la Chine ?

Notre capacité financière ne constitue pas un frein. Ce qui pose problème, c’est l’endettement de certains pays africains à l’égard de Pékin. Les Chinois ne se préoccupent pas de la solvabilité des pays débiteurs, avec le risque de provoquer la faillite de beaucoup d’entre eux. Dans de telles situations, le Japon préfère ne pas prêter d’argent bien qu’il ne manque pas de moyens financiers. Est-ce que des accords de partenariats tripartites (avec la France, le RoyaumeUni, etc.) intéressent le Japon ? Au point d’envisager de collaborer avec la Chine en Afrique ?

Les entreprises japonaises n’ayant pas de connaissances ni de ressources humaines spécialisées relatives à l’Afrique, nous avons besoin de nouer des partenariats avec d’autres pays. Par exemple, grâce à CFAO, Toyota Tsusho a désormais accès à des marchés que le groupe ne pouvait pas atteindre auparavant. Je n’exclus pas de collaboration avec la Chine, nous ne sommes pas en rivalité, mais il faut que certaines conditions soient réunies.

DR

Quels sont les principaux défis d’une collaboration avec l’Afrique ?

difficiles, mais le Japon va poursuivre ses efforts pour faire avancer le dossier. Quelles sont les spécificités de votre partenariat avec l’Afrique ? Dans quels domaines le Japon peut-il faire une réelle différence en matière de développement ?

De fait, nous avons pris du retard, mais il y a déjà des domaines où les savoir-faire japonais peuvent constituer un véritable atout, comme les infrastructures ou encore la géothermie. Nous essayons également de soutenir des start-up pour qu’elles s’implantent en Afrique, là où les barrières réglementaires sont beaucoup moins élevées qu’au Japon, ce qui peut accélérer leur développement. Mais il faut reconnaître que la concurrence est aujourd’hui très rude.

Le « Monsieur Afrique » dans son bureau du ministère japonais des Affaires étrangères à Tokyo.

À l’heure où le marché japonais se rétrécit, l’implantation sur le continent est une question de vie ou de mort pour les firmes japonaises. Il reste encore à définir jusqu’à quel point l’État peut les accompagner. Il faudrait aussi que les entreprises changent en partie leur modèle et deviennent globales au sens propre du terme. Pour cela,

UNE COLLABORATION AVEC LA CHINE N’EST PAS EXCLUE, MAIS CERTAINES CONDITIONS DOIVENT D’ABORD ÊTRE RÉUNIES. il est nécessaire qu’elles emploient des étrangers pour s’appuyer sur leurs expertises. Dans les entreprises japonaises, un changement de culture s’impose, sans quoi elles ne pourront pas survivre.

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ÉCONOMIE

L’Afrique, un en

Confronté à d’importants défis intérieurs, Tokyo invite son secteur privé à investir massivement sur le continent.

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OLIVIER CASLIN

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e Japon vit sa plus longue période de croissance depuis trente ans. Pour autant, l’archipel n’est pas assuré d’avoir les moyens de financer ses ambitions sur la scène internationale. Bien sûr, le pays reste le quatrième donateur le plus important au monde, avec 14,2 milliards de dollars (12,7 milliards d’euros) d’aides au développement accordés en 2018. Mais les montants stagnent ces dernières années, sous les effets conjugués d’une économie japonaise fragile et des réformes


Visite du chantier de la ligne de chemin de fer entre Nairobi et Mombasa avec les équipes de Nippon Express, lors de la Ticad 6, organisée au Kenya.

structurelles lancées par le Premier ministre, Shinzō Abe. La troisième « flèche » des fameux « Abenomics » porte justement sur une meilleure intégration du Japon dans le commerce international, afin que le pays puisse aller chercher à l’extérieur les quelques points de croissance qui soutiendront son marché intérieur.

Une croissance atone

Sur le plan domestique, l’économie japonaise reste sous pression. Troisième puissance économique et financière de la planète, le pays a enregistré en 2018 une hausse très

LIONEL MANDEIX/PRESIDENCE REPUBLIQUE SENEGAL FLICKR

jeu national

modérée de 0,8 % de sa croissance économique, inférieure aux 1,3 % attendus par les Japonais eux-mêmes et aux 1,7 % enregistrés un an plus tôt. Le Japon a encore souffert l’an passé de nombreuses catastrophes naturelles qui ont creusé un peu plus son déficit budgétaire, alors que les premiers effets de la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine, ses deux principaux partenaires commerciaux, commencent à se faire sentir, notamment sur les volumes d’exportation. À ces raisons conjoncturelles s’ajoutent toujours les mêmes causes structurelles qui, depuis des années, jettent un voile sur le futur économique du pays,

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LE PAYS A ACCUSÉ EN 2018 UN DÉFICIT COMMERCIAL DE 10 MILLIARDS DE DOLLARS, CE QUI L’OBLIGE À TROUVER DE NOUVEAUX DÉBOUCHÉS.

à savoir le vieillissement de sa population et une dette publique abyssale, estimée l’année dernière à 236 % du PIB. Alors que se profilent à l’horizon les travaux pour les Jeux olympiques d’été, qui se dérouleront à Tokyo en 2020, les marges de manœuvre du gouvernement sont de plus en plus réduites. Les dépenses sociales ont doublé en vingt ans pour représenter aujourd’hui 34,2 % du PIB, tandis que le service de la dette en absorbe à lui seul un quart, si bien que les dépenses budgétaires incompressibles représentent désormais 74 % du total. Pour remplir ses caisses, le gouvernement a décidé de relever de 8 à 10 % le taux de TVA en octobre prochain. Un véritable pari pour les autorités nippones qui n’ont pas oublié que la précédente hausse avait provoqué un sévère ralentissement de la consommation des ménages. Sachant que cette dernière compte chaque année pour près de 60 % du PIB et qu’elle marque le pas depuis fin 2018, tout comme l’investissement des entreprises, l’autre moteur de l’économie, les autorités japonaises savent qu’elles prennent un risque. Mais ont-elles d’autres choix ?

Stratégie d’ouverture à l’international

D’autant plus que, dans le même temps, la balance commerciale s’est inversée en 2018, après avoir été excédentaire ces deux dernières années. Entre l’explosion de la facture énergétique à l’import et la baisse des volumes de biens de consommation exportés vers la Chine, le Japon a accusé un déficit commercial de 10 milliards de dollars, qui pourrait se creuser chaque année davantage si le pays ne trouve pas de nouveaux débouchés pour ses produits à forte valeur ajoutée. D’autant plus qu’une partie de plus en plus

importante de la production nippone n’est plus exportée de l’archipel depuis que les groupes japonais ont délocalisé leurs usines pour diminuer leurs coûts tout en se rapprochant des marchés de consommation. D’où l’urgence pour Shinzō Abe de négocier de nouveaux accords de libre-échange pour son pays, comme il a réussi à le faire à la fin de 2017 avec l’Union européenne ou, plus récemment, en mars 2018, avec les pays membres du Partenariat transpacifique (TPP), hors États-Unis. Dans cette stratégie d’ouverture, l’Afrique constitue un partenaire de premier plan, comme le confirment les chiffres. Le continent est l’un des seuls à avoir vu ses échanges commerciaux augmenter dans les deux sens l’an dernier, tout comme les montants des aides au développement accordés par le Japon. Les investissements directs étrangers (IDE) maintiennent également leur bonne dynamique, même s’ils restent concentrés pour près des deux tiers en Afrique du Sud, permettant à celle-ci d’être le seul pays du continent à figurer parmi les 20 principaux partenaires économiques de l’archipel. Pas sûr néanmoins que cette tendance suffise pour que le Japon, secteurs privé et public réunis, puisse réunir les 30 milliards de dollars promis au continent en 2016, au lendemain de la sixième Conférence internationale de Tokyo pour le développement de l’Afrique (Ticad 6), organisée au Kenya. D’où le souhait émis par Tokyo de tisser des partenariats avec certains pays tiers pour investir davantage en Afrique. De nombreuses entreprises indiennes, européennes et même chinoises ont d’ailleurs été invitées à Yokohama, à la fin d’août, pour inaugurer cette coopération financière et technique d’un nouveau genre pour le Japon.

LES ACCORDS TRIPARTITES, VOIE ROYALE POUR LE SECTEUR PRIVÉ L’Afrique attend toujours le secteur privé japonais. Trois ans après la Ticad 6, organisée pour la première fois sur le continent et qui avait réussi à attirer à Nairobi plusieurs centaines d’entreprises nippones, le constat reste le même. Certes, avec 687 compagnies aujourd’hui répertoriées, le nombre d’entreprises japonaises présentes en Afrique n’a jamais été aussi élevé. Mais il reste bien en deçà des milliers de firmes chinoises qui se sont implantées ces dernières années à travers le continent. Autre différence entre les deux géants asiatiques, les

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entreprises japonaises restent concentrées dans une douzaine de pays. L’Afrique du Sud en comptabilise un tiers à elle seule, loin devant l’Égypte, le Kenya et le Maroc. Sachant qu’une quarantaine de firmes supplémentaires ont franchi le pas depuis 2016, la contribution du secteur privé nippon dans les 30 milliards de dollars (26 milliards d’euros) promis à l’Afrique lors de la Ticad 6 risque d’être bien inférieure aux attentes de Shinzō Abe. À moins que les patrons japonais ne se décident à suivre l’exemple, régulièrement mis en avant par l’Organisation

japonaise du commerce extérieur (Jetro), de Toyota Tsusho Corporation (TTC). En se mariant avec le groupe français CFAO en 2012, la filiale du premier constructeur japonais d’automobiles a réussi le pari d’élargir son implantation sur le continent, tout en diversifiant ses activités, pour y réaliser un chiffre d’affaires de 5,4 milliards de dollars en 2018. Cette expérience a pourtant fait très peu d’émules au Japon jusqu’à présent, mais elle peut compter sur le soutien des pouvoirs publics, bien décidés à profiter de la Ticad 7 pour promouvoir les collaborations tripartites. OLIVIER CASLIN


Grand format JAPON ÉCONOMIE

Katsumi Hirano

Vice-président de l’Organisation japonaise du commerce extérieur (Jetro), chargé de l’Afrique

« Notre secteur privé est encore en phase de découverte du marché africain » Jeune Afrique: Comment ont évolué les relations économiques entre le Japon et l’Afrique ces trois dernières années, depuis la Ticad 6? Katsumi Hirano: Depuis Nairobi, nous avons constaté une stagnation, voire une baisse certaines années, de nos échanges commerciaux avec le continent ainsi que des volumes d’investissements réalisés sur place. Il y a donc urgence pour le Japon de redévelopper et de renforcer ses liens économiques avec l’Afrique. Comment inverser cette situation? En matière d’investissements, le gouvernement veut explorer des voies financières nouvelles, comme celle qui consiste à développer des accords de collaboration avec des pays tiers. Nous pensons que nos capitaux, nos produits et nos technologies peuvent conquérir les marchés africains en s’appuyant sur un réseau d’affaires composé également d’entreprises étrangères. D’où la présence de nombreuses compagnies européennes, indiennes ou turques lors de la Ticad 7, qui se tiendra à la fin d’août à Yokohama. Il faut également souligner la volonté, répétée à plusieurs occasions, du gouvernement japonais de coopérer avec la Chine en Afrique, à travers des accords mutuels. Qu’attendez-vous de ce type de partenariat d’un nouveau genre? Le Japon reste, par tradition, l’une 90

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des économies les plus orientées sur son marché domestique au monde. Nous devons donc nous ouvrir davantage à l’économie mondiale. Ce type de collaboration avec un pays tiers semble être le moyen le plus efficace pour que nos entreprises se tournent vers l’extérieur. C’est notamment le cas pour nos PME, dont moins de 5 % travaillent aujourd’hui activement à l’étranger, alors que cette proportion atteint 20 % dans les autres pays développés. Là encore, nous comptons beaucoup sur la rencontre de Yokohama pour les sensibiliser aux possibilités de développement qu’elles peuvent trouver sur le marché africain pour leurs activités.

Pourquoi les entreprises japonaises observent-elles cette prudence à venir travailler en Afrique? Nos compagnies sont habituées au contexte économique des pays d’Asie du Sud-Est, de la Chine et des ÉtatsUnis. Mais, en dehors de quelques exceptions notables, comme Toyota et Komatsu, le secteur privé japonais est encore en phase de découverte du marché africain. L’instabilité politique, les questions de bonne gouvernance, la perception même du risque sont autant de problématiques difficiles à maîtriser pour nos chefs d’entreprise, qui doivent mieux connaître la réalité du continent pour oser franchir le pas.

UNIDO

Propos recueillis par OLIVIER CASLIN

Face à la concurrence internationale, dans quels domaines en particulier le secteur privé japonais peut-il faire la différence? La société japonaise doit d’abord relever ses propres challenges. Le vieillissement de notre population, par exemple, nous impose des changements en profondeur, en matière de santé notamment. Notre industrie pharmaceutique pourrait en profiter pour étendre son savoir-faire dans le monde, en particulier en Afrique. Il en va de même pour les secteurs des nouvelles technologies, des infrastructures, de l’agrobusiness, et même de l’éducation. Si le développement en marche de l’Afrique doit susciter l’intérêt de nos secteurs économiques en général, nos propres défis nous imposent de nous concentrer sur ces secteurs identifiés en priorité.


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TRIBUNE

L’heure de vérité A

DR

u début des années 1990, à la suite de la démocratisadifficultés dans leur processus d’industrialisation et dans la tion en cours dans plusieurs pays africains, les dirigeants transformation des matières premières en produits consomde pays développés ont exprimé leur intérêt pour le continent mables par la population. Des problèmes d’inégalité sociale, et ont proposé de nouvelles formes de coopération afin d’aide dégradation de l’environnement et d’extrême pauvreté der à son développement économique, social et culturel. Le demeurent dans certaines zones. Dans plusieurs grandes Japon a été l’un des premiers pays à offrir une plateforme à villes, le taux d’urbanisation très élevé et non contrôlé constil’Afrique pour discuter avec ses partenaires des besoins du contitue encore un frein au développement socio-économique. nent et de ses jeunes démocraties dans un contexte global. Donc, même accompagnée, l’Afrique a impérativement Depuis l’organisation de la première Conférence internationale besoin de développer sa propre stratégie d’industrialisation, de Tokyo sur le développement de l’Afrique (Ticad) en 1993, d’être responsable de son futur. Elle doit dessiner un meilavec l’aide publique au développement (APD), le Japon s’est leur cadre pour l’implication et l’engagement de son peuple, engagé à accompagner les pays africains dans développer un programme d’autosuffisance des domaines vitaux à leur développement et alimentaire durable et accélérer les échanges à leur stabilité, comme l’éducation, la santé et régionaux. Elle doit aussi anticiper le fait que, la sécurité alimentaire. Depuis lors, chaque réuavec le développement des énergies renounion de la Ticad a permis au continent d’étoffer velables et les nouvelles technologies, elle les possibilités de son propre développement. ne pourra plus s’appuyer sur ses ressources Ces dernières années, avec la multiplication minières comme seule source d’attraction des plateformes et des forums économiques économique. Elle a besoin d’innover et de internationaux pour le développement de mettre en place des stratégies économiques l’Afrique, malgré les engagements constants décentralisées et variées. Oussouby Sacko du gouvernement japonais, des débats sur le Président de patronage et le processus de la Ticad ont régue nos jours, le développement de l’Université Kyoto-Seika lièrement lieu. C’est ainsi que, pour donner l’Afrique traverse une période difficile. plus de visibilité à l’événement et responsabiLes politiques doivent se doter de la capaliser les pays africains, la Ticad 6 a été organicité d’accompagner les bonnes initiatives et sée au Kenya. Mais alors que d’autres forums de soutenir les activités dynamiques par la s’orientent de plus en plus vers des partenariats économiques mise en place d’infrastructures adéquates et surtout par la avec le secteur privé, la Ticad peine à faire participer les entregarantie d’un environnement financier sain et progressif. La prises japonaises. Bien que ces dernières soient sans aucun Ticad 7 sera une nouvelle occasion de confirmer l’engagement doute en mesure de collaborer avec leurs consœurs africaines du Japon auprès de ses partenaires africains, de répondre pour instaurer un système de développement plus durable, aux problèmes soulevés lors des conférences précédentes et beaucoup d’entre elles ont encore du mal à travailler avec les d’avancer sur un engagement commun pour la stabilité de marchés africains. l’économie globale. La conférence prendra également une nouvelle tournure avec l’organisation d’événements facilitant Afrique doit relever aujourd’hui des défis complexes et les rencontres et les échanges entre les entreprises japonaises variés. Ces dernières années, beaucoup de pays du contiet les entreprises africaines, proposant notamment plus d’ininent ont connu une rapide croissance économique, mais tiatives entre le privé et le public. Ces programmes permetcelle-ci est relativement instable et ne se reflète pas dans tront aux entreprises japonaises d’établir de nouvelles formes la qualité de vie de la population. Malgré une remarquable innovantes de développement économique et humain, et de croissance des revenus, des dépenses et surtout des imporrenforcer l’essor industriel ainsi que l’essor des nouvelles techtations, de nombreux pays africains rencontrent toujours des nologies en Afrique.

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福岡県知 BENIN: ベナン共和 事-

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Minister of Affairs and Uganda NEW FACE: Cooperati e on's visit AN AFRICAN to Japan WOMAN


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