MAROC Nasser Bourita : « Notre diplomatie
CAMEROUN Adolphe Moudiki, une vie dans l’ombre de Biya
est globale, autonome et responsable » Une interview du ministre des Affaires étrangères HEBDOMADAIRE INTERNATIONAL NO 2992 DU 13 AU 19 MAI 2018
MUNICIPALES TUNISIENNES Le grand désaveu
MALI
Soumeylou Boubèye Maïga
Le joker d’IBK
Pour permettre une réélection qui s’annonce difficile, le chef de l’État compte beaucoup sur son nouveau Premier ministre. Spécialiste de la sécurité et fin politique, celui-ci se retrouve sur tous les fronts. ÉDITION INTERNATIONALE ET AFRIQUE DE L’OUEST
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France3,80€ Algérie290DA Allemagne4,80€ Autriche4,80€ Belgique3,80€ Canada6,50$CAN Espagne4,30€ Éthiopie67birrs Grèce4,80€ Guadeloupe4,60€
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Guyane 5,80 € Italie 4,30 € Luxembourg 4,80 € Maroc 25 DH Martinique 4,60 € Mayotte 4,60 € Norvège 48 NK Pays-Bas 4,80 € Portugal cont. 4,30 € Réunion 4,60 € RD Congo 6,10 $ US Royaume-Uni 3,60 £ Suisse 6,50 FS Tunisie 3,50 DT USA 6,90 $ US Zone CFA 2000 F CFA ISSN 1950-1285
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Focus Gestion des déchets ASSAINISSEMENT
Des opportunités pour le secteur privé
Usine de la SDE, qui assure la production et la distribution d’eau dans les principales villes du Sénégal.
SAÏD AÏT-HATRIT
P
eu de capitales africaines parviennent à collecter plus de 50 % des déchets qu’elles génèrent. La forte croissance des villes et l’évolution des modes de vie rendent la situation critique, avec comme conséquences le développement de maladies liées à l’insalubrité, des inondations provoquées par des
égouts obstrués ou des accidents, à l’instar de celui ayant causé, en 2016 à Cotonou, la mort de 16 personnes qui tentaient de récupérer dans une décharge de la farine avariée sur laquelle de l’essence avait été versée. Alors que tous les États font de cette question un enjeu crucial depuis des décennies, les freins ne sont pas que d’ordre financier. « S’ils en ont la volonté politique, les gouvernements peuvent mobiliser les
CHRISTIAN DUMONT/REA
Faute de réelle volonté politique, la plupart des États peinent à améliorer les filières de recyclage. Qui présentent pourtant de nombreux débouchés industriels.
ressources dont ils ont besoin, assure Jean-Michel Ossete, coordinateur de la Facilité africaine de l’eau (FAE), qui dépend de la Banque africaine de développement (BAD). Le Sénégal obtient des résultats en matière d’eau et d’assainissement alors qu’il n’est pas mieux doté que certains pays qui disposent de pétrole, de minerais ou de bois, et qui ont des taux d’assainissement lamentablement bas. » Cette volonté des pouvoirs publics
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Focus Gestion des déchets Assainissement
existe au Maroc depuis une décennie. Avec le soutien financier de la Banque mondiale, les autorités ont investi depuis 2008 dans la création d’infrastructures lourdes tout en organisant les filières de précollecte et de collecte. Résultat : le pays attire des prestataires privés internationaux et permet l’émergence de champions nationaux, tel le groupe Ozone (lire p. 69), qui partent ensuite à la conquête de nouveaux marchés. Le gouvernement s’apprête par ailleurs à lancer la construction d’une cinquantaine de centres d’enfouissement et de valorisation des déchets de nouvelle génération, afin d’atteindre un taux de recyclage de 20 % en 2022, contre 5 % aujourd’hui. De même, si les Algérois vont bientôt profiter de deux nouveaux parcs verdoyants construits sur les décharges à ciel ouvert d’Oued Smar et d’Ouled Fayet, mettant ainsi fin à leurs nuisances, c’est grâce non seulement aux ressources en hydrocarbures du pays, mais aussi à l’engagement de l’État. Selon Fatma Zohra Zerouati, la ministre de l’Environnement et des Énergies renouvelables, plus de 2 milliards de dollars (1,7 milliard d’euros) ont été investis entre 2001 et 2017 dans l’éradication de 2000 décharges sauvages, la réhabilitation d’une dizaine de décharges publiques ainsi que la construction de 177 centres
LE BON ÉLÈVE BURKINABÈ Le Plan national de développement économique et social (PNDES) 2016-2020 du Burkina Faso, qui a obtenu 12,7 milliards d’euros de promesses d’engagements auprès de ses partenaires internationaux en décembre 2016, prévoit la construction de cinq centres d’enfouissement et de treize unités de recyclage de déchets plastiques à l’horizon 2020. Le pourcentage de communes disposant d’un système de gestion des déchets solides est déjà passé de 16,8 % en 2016 à 22,3 % en 2018. S.A.-H.
d’enfouissement technique (CET) et de 16 centres de tri d’ordures ménagères. Pour autant, le recyclage ne concerne encore que 5 % des déchets. Sept des 13 millions de tonnes générées chaque année par le pays seraient « valorisables », selon la ministre, qui en appelle à l’innovation et à l’esprit entrepreneurial des jeunes Algériens.
L’ambition est de réduire les risques
« Les partenaires financiers ont besoin de clarté institutionnelle et stratégique, ce qui est le cas au Sénégal, au Maroc, mais aussi de plus en plus au Burkina Faso, au Kenya et en Afrique
GUILLAUME MOLLE POUR JA
Le Maroc ambitionne d’atteindre un taux de recyclage de 20 % en 2022, contre 5 % aujourd’hui.
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du Sud, poursuit Jean-Michel Ossete. On s’est aperçu lors du bilan 2015 des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) que beaucoup de pays sont loin du compte, car ils consacrent leurs efforts à mobiliser des financements auprès de leurs partenaires internationaux sans prendre en compte l’apport du secteur privé. Les opportunités d’affaires sont pourtant énormes, il ne faudrait plus parler de déchets mais de ressources. C’est cela que les bailleurs promeuvent en mettant en relation investisseurs et porteurs de projets. » Des excreta transformés en fertilisants en Éthiopie grâce à un don de 1,5 million d’euros de la FAE, des boues de vidange qui fournissent de l’énergie au Ghana, des briquettes de papier qui remplacent le bois de chauffe au Burkina Faso, un système de collecte des déchets efficace dans les bidonvilles… L’objectif de la FAE est de faire remonter les expériences concluantes puis de les partager. L’Association africaine de l’eau (AAE) propose même à certaines villes, plus avancées sur la question, de faire du mentorat auprès d’autres municipalités. L’ambition est aussi de réduire les risques dans un secteur où les investissements peuvent être importants et les amortissements tardifs. Les changements de majorité dans les municipalités ne doivent ainsi plus être synonymes de valse des prestataires privés. En mars, l’entreprise libanaise Averda, aussi présente à Casablanca et à Brazzaville, a par ailleurs dû cesser temporairement la collecte à Libreville en raison d’une dette publique de 16 milliards de F CFA (29,1 millions d’euros). Au début de l’année, c’est le camerounais Hysacam, ex-filiale de la Lyonnaise des eaux également présente à Niamey, N’Djamena, Cotonou et Monrovia, qui a cessé le travail à Douala à cause d’impayés. À l’inverse, le conseil de la ville de Casablanca a résilié en septembre dernier le contrat de Sita Blanca (Suez) et pourrait faire de même avec Averda afin d’améliorer un cahier des charges qu’il estimait par ailleurs peu respecté.
NICOLAS REMENE/REA
MARCHÉS
Le groupe gère depuis 2015 la collecte des déchets à Bamako.
Ozone veut capitaliser sursonancrageauMaroc Multipliant les contrats dans le royaume, le groupe poursuit son expansion sur le continent. Il entend bousculer les grands acteurs du secteur grâce à sa politique de prix bas.
S
ONE
on PDG, Aziz El Badraoui, le raconte sur le ton de la boutade, mais sa fierté est perceptible : « Le ministre malien de l’Intérieur m’a dit : “Vos agents sont mieux vus que nos soldats.” » À Bamako, le groupe marocain Ozone vient de signer un contrat pour le tri et l’exploitation des déchets organiques. Le premier marché qu’il y avait obtenu, il y a trois ans et demi, d’un montant de 150 millions de dirhams (13,5 millions d’euros), concernait la collecte des déchets, la gestion de la décharge et l’assainissement liquide. La commune de Ségou (130000 habitants) compte aussi parmi les clients de la société. Le PDG d’Ozone souhaite inscrire sa stratégie dans les pas de la « diplomatie économique » vers l’Afrique subsaharienne en œuvre depuis plusieurs années. « Le terrain
est tracé, confie Aziz El Badraoui, quand vous présentez des offres en face de présidents et de chefs de gouvernement. » Pourtant, selon le dirigeant, c’est bien l’expertise et l’approche d’Ozone qui lui ont valu l’obtention de ces marchés: « On présente une offre adaptée, techniquement et financièrement,
OZ
STÉPHANIE WENGER, à Rabat
le plus réaliste possible. À Bamako, où nous avons succédé à Veolia, nous avons créé 1 500 postes. » Au Nigeria, son groupe est en lice pour les deux tiers de la ville de Lagos, où vivent 15 millions d’habitants. Ozone compte aussi trois contrats au Soudan. Au Maroc, où il détient 49 marchés, la résiliation des contrats de Suez et, il y a peu, du libanais Averda à Casablanca éveille naturellement son intérêt. La recette, qui semble aussi fonctionner en dehors du royaume, ce sont des prix bas, des prestations d’une « qualité irréprochable » et une très bonne connaissance du terrain. « On a une mentalité de gestion adaptée, au plus près des attentes des clients, mais aussi à l’écoute des agents de la commune, des ouvriers… », confie Aziz El Badraoui, passé par des multinationales du secteur, comme Veolia ou Pizzorno, puis par des groupes marocains avant de fonder Ozone. De l’avis du dirigeant, il est encore tôt, au Maroc comme ailleurs en Afrique, pour instaurer le tri sélectif par les ménages, même s’il peut être mis en place dans de petites unités résidentielles. Le modèle est plutôt le centre de tri semi-automatique, comme celui qui vient d’être installé à Fès, une technologie allemande séparant les déchets organiques des autres, qui seront récupérés après un tri manuel. L’investissement, auquel s’est associée la BMCE Bank, s’élève à 70 millions de dirhams. L’innovation intéresse déjà des pays comme le Mali ou le Soudan.
L’ACTEUR QUE L’ON N’ATTENDAIT PAS
Créée en février 2008, l’entreprise assure d’abord des contrats de nettoyage ou de jardinage, mais Aziz El Badraoui, titulaire d’un DESS en gestion et aménagement du territoire de l’université Mohammed-V, avait son idée fixe: la gestion
des déchets solides. Le premier contrat en gestion déléguée, signé en 2010, concerne la petite commune de Had Oulad Frej. Huit ans plus tard, l’entreprise est passée de dix employés à 7500 salariés, et a décroché des marchés dans 49 villes, dont
Essaouira et Fès. Dans cette ville, 42 « chiffonniers » ont été formés et intégrés à Ozone, comme l’exigent les contrats de délégation. En 2017, le chiffre d'affaires était de 51,5 millions d'euros, dont 34 % réalisés au sud du Sahara. S.W.
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Focus Gestion des déchets
VALORISATION
Au Congo, la seconde vie des résidus d’hydrocarbures L’adoption par les pays d’Afrique centrale de normes environnementales exigeantes incite des entreprises à investir le marché de l’assainissement.
ANTONIN BORGEAUD POUR JA
+ 40 % DE RENDEMENT AGRICOLE
La raffinerie de Total E&P Congo, à Pointe-Noire.
R.-M.B. ROSE-MARIE BOUBOUTOU
e miniboom pétrolier d’il y a dix ans, couplé à la faiblesse du nombre d’acteurs de la filière, a convaincu quelques industriels de l’assainissement de faire le pari du Congo. Les filiales du groupe français Ortec, Tecor Congo et Loango Environnement, sont devenues leaders sur le marché. Leur portefeuille de clientèle se confond d’ailleurs avec le Who’s Who des opérateurs pétroliers dans le pays : Total E&P Congo, ENI, la SNPC… Parmi leurs concurrents : Scomi Oiltools Ltd, filiale du groupe malaisien Scomi, le camerounais Bocom International-Congo ou Tank Services, fondé par le Français Pierre Mignot. Le marché est soutenu par l’adoption de normes environnementales de plus en plus contraignantes par les pays d’Afrique centrale. Ceux-ci tendent depuis cinq ans vers le standard pratiqué en mer du Nord: le zero
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Couplés aux engrais chimiques, les fertilisants agricoles issus des boues d’hydrocarbures restaurent la fertilité des sols et augmentent leur rendement. Une expérimentation menée en Égypte dans des champs de fraises a par exemple permis d’observer une hausse du rendement de 40 %. Au Congo, l’efficacité des engrais a été testée avec succès, en partenariat avec le ministère de la Recherche scientifique, sur les cultures d’arachide et de moringa.
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discharge, soit l’interdiction totale de rejet dans l’environnement. Donner une seconde vie aux résidus d’hydrocarbures constitue encore un marché de niche. Les hydrocarbures de substitution, ces résidus pétroliers traités afin d’augmenter leur concentration pour qu’ils servent de combustible, sont absents du marché. « L’arrivée de compagnies ayant de gros besoins thermiques, comme la fonderie de la zone industrielle de Nkok, au Gabon, ou le cimentier Dangote, au Congo, pourrait changer la donne », analyse John Youyatte, de Scomi Oiltools Ltd.
Un coût élevé
La société Green Services Congo, créée en 2013, innove en transformant les boues d’hydrocarbures en fertilisants agricoles biologiques. Grâce à la technologie du land farming, des bactéries naturelles décontaminent les sols et produisent du compost suivant un
processus complexe. Une technique au coût élevé, à la capacité de traitement limitée, mais qui n’engendre pas de pollutions secondaires. La société saint-marinaise Biotecnologie per l’Ecologia e l’Agricoltura (BEA) fournit les bactéries à Green Services Congo. L’entreprise intervient à la raffinerie de Pointe-Noire de la Congolaise de raffinage (Coraf), filiale de la SNPC, son client unique depuis 2014. Elle a déjà traité avec cette méthode plus de 3 000 tonnes d’eaux huileuses et de boues. Green Services Congo investit 500 millions de F CFA (700000 euros) pour construire un centre de traitement à Tandou Mboma, au sud de Pointe-Noire. D’une capacité de 2 000 tonnes de déchets par an, il s’agit du premier centre de ce type en Afrique centrale. Green Services, présent uniquement au Congo, ambitionne d’installer d’autres biocentres dans la sous-région ainsi qu’au Maghreb.
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