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Pdf ja 2942 du 28 mai au 3 juin 2017

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RD Congo Prison Break à Kinshasa Le récit exclusif de l’évasion du siècle

HEBDOMADAIRE INTERNATIONAL INDÉPENDANT • 57e année • no 2942 • du 28 mai au 3 juin 2017

Côte d’Ivoire ADO face au casse-tête militaire

Maroc Salafisme vs salafistes

jeuneafrique.com

France Les «Africains » de Macron

ALGÉRIE

Dans les coulisses

du pouvoir Boumédiène, Chadli, Zéroual, Bouteflika… Témoin privilégié de près d’un demi-siècle d’Histoire, le général Rachid Benyelles dévoile, dans ses Mémoires, secrets de palais et dessous des événements clés qui ont façonné le destin du pays. ÉDITION INTERNATIONALE

France3,80€•Algérie250DA•Allemagne4,80€•Autriche4,80€•Belgique3,80€•Canada6,50$CAN•Espagne4,30€•Éthiopie67birrs•Grèce4,80€•Guadeloupe4,60€ Guyane 5,80 € • Italie 4,30 € • Luxembourg 4,80 € • Maroc 25 DH • Martinique 4,60 € • Mauritanie 1200 MRO • Mayotte 4,60 € • Norvège 48 NK • Pays-Bas 4,80 € Portugal cont. 4,30 € • Réunion 4,60 € • RD Congo 6,10 $ US • Royaume-Uni 3,60 £ • Suisse 6,50 FS • Tunisie 3,50 DT • USA 6,90 $ US • Zone CFA 1900 F CFA • ISSN 1950-1285


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CHIFFRES CLÉS AU 31.12.2016

Capital autorisé

1 155,000 milliards de FCFA

Capital souscrit

1 098,000 milliards de FCFA

Fonds propres :

634,693 milliards de FCFA

PNB

34,131 milliards de FCFA

Résultal Net Bénéficiaire

10,548 milliards de FCFA

Total bilan

2 263,357 milliards de FCFA

Approbations 2016 Total des engagements pour 1044 opérations

500,600 milliards de FCFA 4 410,000 milliards de FCFA

A PROPOS DE LA BOAD Fondée en 1973, la Banque Ouest Africaine de Développement est une institution commune aux 8 Etats membres de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Elle a pour missions de promouvoir le développement équilibré des Etats membres et de contribuer à la réalisation de l’intégration économique de l’Afrique de l’Ouest. Très engagée sur les questions environnementales et climatiques, elle est accréditée comme agence d’exécution auprès du Fonds d’Adaptation (2011), du Fonds pour l’Environnement mondial (FEM, 2015) et du Fonds Vert pour le Climat (2016). En 2015, les agences internationales Moodys et Fitch ont attribué à la BOAD des notes d’investissement (respectivement « Baa1 »et «BBB»), avec des perspectives stables. Les deux agences ont confirmé ces notes en 2016, permettant à l’institution de mener avec succès sa première émission sur le marché financier international (750 millions de dollars levés).

Notre ambition : Devenir une banque de développement forte, pour l'intégration et la transformation économique en Afrique de l'Ouest B.P. : 1172 Lomé TOGO - Tél.: +228 22 21 59 06 / 42 44 - Fax : +228 22 21 52 67 / 72 69 - site web : www.boad.org - E-mail : boadsiege@boad.org


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Comment les Marocains s’imposent au sud du Sahara

HEBDOMADAIRE INTERNATIONAL INDÉPENDANT • 57e année • HORS-SÉRIE

NO 46

jeuneafrique.com

LE CLASSEMENT DES

200 PREMIÈRES BANQUES AFRICAINES

HEBDOMADAIRE INTERNATIONAL INDÉPENDANT • 57e année •

PORTRAITS De Casa à Douala, elles sont les reines de la finance

CIMENT De Dakar à Douala, Dangote rebat les cartes REPORTAGE Dans l’antre du malien Toguna, roi des engrais

INTERVIEW Amine Bouabid « Mes ambitions pour Bank of Africa »

INVESTISSEMENT Le groupe Mabrouk cale à l’étranger, accélère en Tunisie PORTRAITS Ces DRH au cœur des stratégies de croissance africaines

HORS-SÉRIE NO 44

jeuneafrique.com

ENQUÊTE INNOVATIONS TECHNOLOGIQUES, SERVICES MOBILES

Notre classement exclusif des 54 pays africains

HEBDOMADAIRE INTERNATIONAL INDÉPENDANT • 57e année

UNION AFRICAINE Les grands défis

18e ÉDITION

PALMARÈS EXCLUSIF 2017

premières entreprises africaines ÉDITION GÉNÉRALE France 6 € • Algérie 360 DA Allemagne 8 € • Autriche 8 € Belgique 7 € • Canada 11,99 $ CAN DOM 8 € •Éthiopie 95Birr • Italie 8 € Maroc 45 DH • Mauritanie 1 800 MRO Norvège 75 NOK • Portugal 8 € Suisse 14 FS • Tunisie 6,50 DT Zone CFA 3 200 F CFA ISSN 1959-1683

HORS-SÉRIE NO 45

INTERNATIONAL Obama et l’Afrique, l’heure du bilan

jeuneafrique.com

ÉCONOMIE Faut-il croire au libre-échange ?

MODE Y a pas que la sape !

ZONE FRANC Le Maroc écrase la France AFRIQUE DE L’OUEST Charles Kié, un Ivoirien à Lagos

3FOIS PARAN,DESHORS-SÉRIESINDISPENSABLESETCOMPLÉMENTAIRES POUR APPROFONDIR L’ACTUALITÉ ÉCONOMIQUE DE L’AFRIQUE

INTERVIEWS Abdennour Bidar et Ngozi Okonjo-Iweala

Comment les révolutions digitales vont changer l’assurance et la banque en Afrique

Dans un contexte économique difficile, le chiffre d’affaires des grandes compagnies du continent recule. Pour la troisième année consécutive.

Spécial

FINANCE  Bourse  Assurances  Mobile banking

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ÉDITION GÉNÉRALE France 6 € • Algérie 360 DA • Allemagne 8 € • Autriche 8 € • Belgique 7 € • Canada 11,99 $ CAN • DOM 8 € • États-Unis 13 $ US • Éthiopie 95 Birr • Italie 8 € • Maroc 45 DH • Mauritanie 1800 MRO • Portugal 8 € Suisse 14 FS • Tunisie 6,50 DT • Zone CFA 3200 F CFA • ISSN 1959-1683

18 E ÉDITION

ÉDITION GÉNÉRALE

79,99

€

ÉDITION PAPIER

France 7,90 € • Algérie 420 DA • Allemagne 9 € • Autriche 9 € • Belgique 9 € • Canada 13,99 $ CAN • Espagne 9 € • États-Unis 15 $ US • Éthiopie 110 birrs• Guadeloupe9 €• Guyane12 €• Italie 9 € • Maroc 50 DH• Martinique 9 € • Mauritanie2500MRO • Mayotte 12 € • Portugal cont. 9 € • Réunion 9 € • Royaume-Uni 8,50 £ • Suisse 15 FS • Tunisie 8 DT • Zone CFA 4800 F CFA ISSN 1959-1683

ÉDITION DIGITALE

L’Afrique en

2017 Toutes les clés pour comprendre les (r)évolutions du continent

Avec les contributions deII

Patrice Talon, Dominique Ouattara, Donald Kaberuka, Ali Benmakhlouf, Glez, Biram Dah Abeid, Fatima Denton, Acha Leke, Yonov Fred Agah, Yves Aubin de La Messuzière, Katsumi Hirano, Aimé Bonny, Antonio M.A. Pedro, Jonathan Ledgard, Bruno Losch

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Dossier

SIA KAMBOU/AFP

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Finance

GOUVERNANCE

BGFI à l’épreuve de la fraude

DIGITALISATION

Une révolution pas si virtuelle Menacées sur leur propre terrain par les opérateurs de télécoms, les banques africaines ont entamé une mue numérique depuis trois ans, avec l’aide de nouveaux acteurs pour contourner les difficultés technologiques. Objectif : rationaliser leur fonctionnement et gagner des clients. N 0 2942 • DU 28 MAI AU 3 JUIN 2017

JEUNE AFRIQUE


PARTENARIAT

La CDC française imprime sa marque sur le continent

INVESTISSEMENT

Richard Arlove négocie son tournant ouest-africain

STRATÉGIE

Le Maroc parie sur le modèle islamique

réticentes à l’innovation. Notamment en raison des obligations auxquelles elles sont astreintes en matière de gouvernance et de gestion des risques. « Il leur a fallu par exemple dix ans pour se convertir à la carte à puce », rappelle Yves Eonnet, un ancien du leader de la sécurité numérique Gemalto qui a fondé la plateforme TagPay. Cette start-up française fournit et conçoit des solutions digitales pour une vingtaine de banques en Afrique, parmi lesquelles la congolaise Trust Merchant Bank (TMB), la sénégalaise Cofina ou encore la française Société générale (actionnaire de TagPay à 8 %). Ces succursales traditionnelles, parfois assimilables à des banques privées dans des régions subsahariennes où le taux de bancarisation plafonne à 15 %, s’adressaient en grande partie à une clientèle aisée de particuliers ou à un public corporate. Elles étaient surtout présentes dans les grandes villes. Mais, alors que les charges de fonctionnement de ces réseaux tirent vers le bas leur rentabilité, les principaux groupes bancaires ont entamé une révolution silencieuse depuis environ trois ans pour digitaliser leurs offres (lire encadré p. 68).

J

RÉMY DARRAS

usqu’à présent, l’expansion du secteur bancaire dans les pays africains passait uniquement par des ouvertures d’agences. « Une tendance que l’on pouvait encore constater au Maroc, avec une moyenne de 50 à 60 nouvelles succursales par an, voire jusqu’à une centaine ces dernières années », rapporte Pierre-Antoine Balu, responsable des services financiers pour l’Afrique francophone au sein du cabinet d’audit et de conseil PwC. Gage de sérieux et de sécurité, ces banques de détail conçues sur le modèle associant frontoffice (guichet) et back-office, avec pour fonction principale de gérer du cash, se sont montrées JEUNE AFRIQUE

Le groupe Ecobank propose une application mobile qui permet d’accéder à des services classiques jusqu’ici proposés seulement en agence.

PRISE DE CONSCIENCE. Ils n’auraient pas pu engager aussi vite un tel virage sans l’explosion des portefeuilles électroniques, comme Orange Money ou MTN Mobile Money, mis en place par les opérateurs de télécoms. Ces derniers proposent des solutions de transfert de fonds, mais aussi de plus en plus de services financiers, notamment l’ouverture de comptes rémunérés. Des « telcos » qui se sont même offert le luxe de narguer les acteurs bancaires jusqu’à décrocher, comme Orange en mars 2016, un agrément d’émetteur de monnaie électronique, quand d’autres ont racheté des banques, à l’instar du sud-africain Econet, qui a repris en 2012 TN Bank, devenu Steward Bank. Des offres qui ont tout pour être prometteuses et menaçantes. Car, pour accroître la pénétration de son offre, Orange peut miser sur ses 100 millions de clients africains, quand Standard Bank, la plus grande banque du continent, en détient à peine 15 millions. « C’est tout cela qui a déclenché chez les banques une vraie prise de conscience », pointe Pierre-Antoine Balu. D’autant plus que sauter dans le train de la digitalisation peut aussi faciliter la rationalisation de leur fonctionnement et alléger les procédures, fluidifier les échanges, en éliminant le cash des circuits. Pour convaincre de nouveaux clients, Ecobank, qui est présente dans trente-six pays, commence à déployer toute une panoplie de services digitaux, après avoir perdu 131 millions d’euros en 2016 et annoncé début mai la fermeture d’agences (elles passeront de 479 à 405 au Nigeria) et des N 0 2942 • DU 28 MAI AU 3 JUIN 2017

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Dossier Finance suppressions d’emplois. Le groupe, basé à Lomé, propose une application mobile qui permet d’envoyer de l’argent instantanément hors des frontières, d’ouvrir un compte depuis son portable, d’accéder à des produits d’épargne, d’assurance et de crédit, de consulter son compte ou de faire opposition sur sa carte de crédit. Outre ces services classiques, elle a également mis au point le paiement par QR Code, grâce à un partenariat engagé avec le géant américain des systèmes depaiement Mastercard. « Nous voudrions réussir notre conversion totale d’ici à De profonds 2020 en touchant 100 millions changements de clients pour couvrir, au La digitalisation modifie l’organisation travers de notre offre digitale, des banques, avec : tous les aspects de la banque », • la possibilité donnée aux clients assure Patrick Akinwuntan, le de réaliser certaines opérations vingtdirecteur exécutif d’Ecobank. qautre heures sur vingt-quatre ; À l’instar d’Attijariwafa • l’accès à des services simplifiés Bank, qui a lancé « L’Banka et une relation utilisant tous les canaux ; Lik », sa banque 100 % mobile, • la refonte des processus opérationnels, en novembre 2016, Bank of qui passe par la dématérialisation Africa (BOA), qui dispose des documents, la décision en temps d’un réseau de 500 agences, réel ou la signature électronique ; • la transformation des business models, teste actuellement son offre de qui implique des diversifications mobile banking en Tanzanie, en et des partenariats. Ouganda et au Kenya, avant de l’étendre aux pays francophones. « La digitalisation est un canal de distribution supplémentaire. Nous allons peut-être ralentir l’ouverture d’agences là où nous sommes déjà présents, mais nous allons continuer d’en ouvrir là où nous sommes très peu présents », précise-t-on, prudemment, à la BOA. À terme, les banques veulent développer une offre utilisant tous les canaux (agences, internet, mobile, DAB, call centers) qui permettra un suivi en temps réel grâce à une connexion aux systèmes informatiques des entreprises, des commerces et des administrations. Elles souhaitent de cette façon assurer le paiement des factures, pensions, salaires, subventions. C’est déjà le cas pour les traitements des fonctionnaires en République démocratique du Congo, sous la houlette de TMB.

LA POSTE, UN ALLIÉ INATTENDU

P

our de plus en plus d’observateurs, les postes africaines ont un rôle extrêmement important à jouer dans la banque digitale et l’inclusion financière. Alors qu’elles sont confrontées à une baisse de leur activité courrier, elles bénéficient d’un maillage qui pourrait intéresser les acteurs de la finance et du digital. C’est ainsi que des opérateurs privés se sont associés en Angola N 0 2942 • DU 28 MAI AU 3 JUIN 2017

avec la poste pour créer ex nihilo une banque digitale, Banco Postal, opérationnelle depuis mars. En RDC, la Société congolaise des postes et télécommunications a mis à disposition deTrust Merchant Bank, en mai, 60 de ses 365 bureaux de poste. Objectif : fournir des services bancaires de base à une population exclue jusque-là R.D. des services financiers.

C’est ainsi qu’Ecobank a noué un partenariat avec le groupe informatique américain Microsoft afin, entre autres, de digitaliser le décaissement des frais de scolarité ou encore la collecte des taxes municipales. Autre objectif : convaincre des populations jusque-là non bancarisées de se tourner vers les offres en ligne. Mais ces changements obligent les établissements à revoir totalement leurs outils et leurs procédures, car ils ne disposent pas de la technologie adéquate et de l’agilité pour la mettre en œuvre, notamment pour mesurer rapidement la solvabilité de leurs clients (scoring). OFFRES DÉMULTIPLIÉES. « Digitaliser, c’est rem-

placer complètement le système d’information autour duquel une banque est organisée, ce n’est pas mettre une application sur un vieux corps », explique Yves Eonnet. Cette mutation peut s’avérer particulièrement lourde et longue, lorsqu’elle s’appuie sur une architecture existante, alors que certains acteurs de la « fintech », comme TagPay, revendiquent de pouvoir créer un système bancaire 100 % digital en trois mois et à moindre coût, autour de 300 000 euros. « À partir d’un téléphone portable relié à un compte en banque, la technologie permet de démultiplier les offres de crédits ou de prêts innovantes comme des prêts flashs qu’on distribue en 500 millisecondes, avec un scoring immédiat, des avances sur salaire ou des crédits pour un seul achat », note-t-il. Certains établissements bancaires, comme Société générale avec Manko au Sénégal et Youp en Côte d’Ivoire, préfèrent se dédoubler. Comment ? En créant des petites sœurs digitales qui évoluent en permanence pour répondre à la demande de leurs clients. « Une solution que préfèrent les banques, car en général elles ne parviennent pas à changer de système d’information », poursuit le fondateur de TagPay. Paradoxalement, qui dit banque digitale ne dit pas nécessairement banque virtuelle. Car, dans les milieux ruraux ou mal desservis, les banques peuvent déléguer à des tiers de confiance les opérations de retrait, de dépôt et de transfert d’argent. En témoignent TMB, qui a créé un réseau de commerçants et s’est rapproché de la poste congolaise ; Ecobank, qui a signé le 17 mai un accord avec OiLibya pour la distribution de ses produits financiers numériques dans les stations-service de dix-huit pays ; et Manko, filiale de la Société générale, dont les commerciaux sillonnent à scooter depuis 2013 les quartiers de Dakar, munis d’une tablette connectée, pour proposer des offres bancaires simples. Une opération que la banque française entend bien rééditer en Côte d’Ivoire à la suite du lancement, en février, de la banque alternative Youp, qui permettra d’effectuer des paiements sécurisés sans avoir besoin d’un compte. JEUNE AFRIQUE


Dossier Finance

XAVIER BOURGOIS POUR JA

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GOUVERNANCE

BGFI à l’épreuve de la fraude

BGFIBank (ici à Libreville) a enregistré un bénéfice net en hausse de 31 % en 2016.

S’il affiche ses bons résultats, le groupe bancaire doit renforcer ses systèmes de contrôle et de sécurité : sa filiale la plus importante, au Gabon, a été la cible d’une attaque informatique.

L

’

exercice 2016 aurait pu être une année difficile pour BGFIBank. Il n’en a rien été. Alors que sa région de prédilection, la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac), malmenée depuis deux ans par la chute du prix du pétrole, est plongée dans une profonde crise économique, le groupe financier gabonais a annoncé un bénéfice net en hausse de 31 %, à 39 milliards de F CFA (59,5 millions d’euros). Le total de bilan a quant à lui atteint 2 935 milliards de F CFA, soit une baisse de 1,87 % en un an. « Toutes les filiales, à l’exception de celles de Madagascar et de São Tomé-et-Príncipe, ont affiché un résultat positif », s’enthousiasmet-on à la direction générale du N 0 2942 • DU 28 MAI AU 3 JUIN 2017

groupe. Ajoutant que, si la Guinée équatoriale ou le Congo ont vu leur résultat net reculer durant l’exercice clos le 31 décembre, des pays comme le Cameroun et le Gabon ont bien « performé ». Ce dernier a par exemple vu son bénéfice net progresser de 14 %. « Notre diversification est géographique et, par conséquent, sectorielle, parce que les pays dans lesquels nous sommes implantés ne dépendent pas tous du pétrole », poursuit un haut cadre du groupe présent dans onze pays en Afrique de l’Ouest, dont la Côte d’Ivoire, le Sénégal et le Bénin, pour expliquer de façon générale ses bons résultats. D’après lui, un autre élément est à prendre en compte : le coût de gestion du risque, qui a été moins élevé en 2016 que l’année

Libreville chapeauté par des intérimaires À la suite des fraudes à la carte Visa, Edgard Théophile Anon a été suspendu de son mandat de directeur général au sein de BGFI­ Gabon. L’intérim est assuré par Emmanuel Berre et Marie-Ange Ndoungou, en attendant la nomination de son successeur, en juin ou en juillet.

précédente. En 2015, le groupe a dû faire face à une forte hausse de ses provisions en raison d’une nouvelle réglementation du régulateur du secteur dans la zone Cemac, obligeant les établissements financiers à couvrir désormais 0,5 % des crédits sains. « Pour cette année de démarrage, nous avons dû provisionner un gros montant – près de 48 milliards de F CFA, contre un peu plus de 33 milliards un an plus tôt. Mais, les années suivantes, nous payons le delta, et c’est moins coûteux », explique notre haut cadre. BÉMOL. Il faut cependant mettre

un bémol à ce tableau très optimiste. Celui-ci concerne le contrôle et la sécurité. En début d’année, la filiale gabonaise, la plus importante JEUNE AFRIQUE


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(39 % des actifs du groupe), a ainsi été victime d’une vaste fraude à la carte Visa prépayée menée par des hackers. Montant du préjudice : 1,9 milliard de F CFA. « Toutes les banques sont exposées à ce type de fraude. Dans notre cas, elle a été très vite circonscrite et n’a eu aucun impact sur nos clients », se défend-on à la direction du groupe, tout en assurant que des mesures ont été prises pour empêcher que ce genre d’incident ne se reproduise, que ce soit au Gabon ou dans d’autres implantations du groupe. BGFIBank a en effet eu recours à des consultants extérieurs, comme Airbus CyberSecurity, Oracle ou encore Verizon, pour mettre en place une nouvelle gouvernance du système d’information et renforcer son dispositif sécuritaire. De même, le cabinet EY a été sollicité pour trouver la faille qui a permis aux hackers d’entrer dans les systèmes de la banque et pour sécuriser ces derniers.

Parallèlement, Henri-Claude Oyima, le PDG de BGFIBank, a resserré la vis du côté du management etauniveaudelastratégieauseinde BGFIBankGabon.EdgardThéophile Anon a d’abord été limogé de son poste d’administrateur directeur général,demêmequ’unedizainede dirigeants de cette filiale. Un conseil d’administration tenu début mars a appelé à une « gouvernance opti-

la banque des entreprises et celle des particuliers haut de gamme ». Les activités de la banque de détail en direction des jeunes actifs et des populations sous-bancarisées, avec le mobile money et les financements spécifiques, doivent ainsi être exclusivement réservées aux filiales Finatra et Loxia, respectivement spécialisées dans les crédits à la consommation et le microcrédit.

Les administrateurs ont demandé un recentrage sur les métiers fondamentaux de l’entreprise.

REM O T IVAT IO N. Si tant de

misée », avec une nouvelle organisation en trois pôles (opérationnel, support, contrôle) pilotés par un directeur général adjoint, et trois directeurs (audit interne, risques et contrôle permanent, conformité). Ensuite, les administrateurs de l’établissement ont appelé les dirigeants de BGFIBank Gabon à un « recentrage sur les métiers fondamentaux du groupe que sont

mesures ont été prises à la suite de la fraude, c’est que cet incident a inévitablement rappelé la crise de 2012-2013, qui avait ébranlé BGFIBank Bénin et provoqué le renvoi d’une vingtaine de cadres, sur fond de soupçons de mauvaise gouvernance et de malversations. Mais l’entreprise dirigée par Henri-Claude Oyima assure que tous ces problèmes sont résolus. Et que la direction est désormais dans une phase de remotivation des troupes. STÉPHANE BALLONG


Dossier Finance PARTENARIAT

La CDC française veut imprimer sa marque sur le continent Les Caisses des dépôts et consignations, dont cinq ont été créées en Afrique sur le modèle hexagonal, apparaissent comme l’un des outils qui permettraient de réduire la dépendance à l’aide extérieure.

L

es besoins de financement des 54 pays africains pour la construction des barrages, routes, voies ferrées, lignes électriques, ports, hôpitaux, universités ou encore centres urbains qui leur font défaut restent élevés. En compilant les estimations d’experts, laConférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced) est parvenue à les chiffrer à plus de 600 milliards de dollars (536 milliards d’euros) par an ! Peut-on compter sur l’aide publique ? Non, car, même au niveau mondial, elle est quatre fois inférieure à ce montant. Sur les prêts ? Non : ils atteignent en effet déjà un niveau alarmant qui fait craindre un défaut de remboursement de certains pays. Sur les investissements privés étrangers ?

Pasdavantage,puisqu’ilsarriventau compte-gouttes. Il faut donc compléter ces fonds par d’autres sources de financement. L’Agenda 2063 adoptéle31janvier2015parl’Union africaine propose que les Africains financent les Africains. Elle prévoit de réduire de moitié la dépendance du continent à l’égard de l’aide extérieure et de doubler la contribution des marchés de capitaux africains au développement du continent. Parmi les nouveaux outils qui pourraient contribuer à cette indépendance figurent les Caisses des dépôts et consignations, dont cinq ont été créées sur le modèle de leur homologue française, au Maroc, en Tunisie, au Gabon, en Mauritanie et au Sénégal. Deux autres sont en cours d’installation, au Burkina Faso et en Côte d’Ivoire. Pourquoicetengouement?

Le Burkinabè Paul Kaba Thieba (au centre), avec, notamment, Pierre-René Lemas, le directeur général de la CDC, le 4 avril.

« L’accès au financement est l’une de nos principales contraintes, au moment où nous avons besoin d’investissementsstructurants,explique le premier ministre burkinabè, Paul Kaba Thieba. Il nous faut rentabiliser et protéger les fonds de retraite publics et privés ainsi que l’épargne des travailleurs pour les mettre au service du développement. » En France, par exemple, les fonds des livrets A sont confiés à la Caisse des dépôts pour financer le logement social. De même, en Tunisie, son alter ego draine les dépôts de la Caisse d’épargne nationale tunisienne. Dans tous les cas, il s’agit de transformerdesdépôtsàcourtterme en investissements de long terme. « La Caisse travaille sur plusieurs fronts », explique Mohamed Ben Néji, directeur chargé des partenariats et de la communication de la Caisse tunisienne, citant l’énergie, les forêts, l’économie verte, l’urbanisme et les grands projets structurants. Cela s’effectue « en appui aux politiques de l’État, tout en

AFD

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N 0 2942 • DU 28 MAI AU 3 JUIN 2017

JEUNE AFRIQUE


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Dossier Finance maintenant son action entamée en matière de soutien aux PME ». De la doyenne, la Caisse marocaine,auxfuturesCaissesburkinabè et ivoirienne, les sources d’argent liquide sont comparables : fonds des livrets d’épargne, des caisses de retraite et des notaires, cautionnements, réserves d’établissements publics. La plupart s’en servent pour apporter des capitaux aux entreprises de leur pays et aux grands travaux décidés par le gouvernement. On retrouve les CDC au capital des sociétés qui financent le logement social (Maroc, Sénégal, Mauritanie), des très petites entreprises (Mauritanie, Tunisie) ou des projets industriels (Gabon). BRAS ARMÉ. La Caisse sénégalaise

a pris des participations dans Air Sénégal. La tunisienne a investi dans les technopoles de Sousse, de Sfax et de Sidi Thabet. La gabonaise est entrée dans le tour de table de la société forestière privée qui réalise desplantationsd’okoumés.Ellesont affronté des vents contraires, par exemple dans le secteur immobilier pour la marocaine. Mais aucune n’a jamais fait faillite et toutes affichent des bénéfices. Quel est l’apport de leur grande sœur française ? « Comme le libéralisme ne fonctionne pas bien et le dirigisme, plus du tout, les dirigeants africains viennent nous voir,

car ils ont entendu parler de la CDC française qui a été, depuis bientôt deux siècles, le bras armé de l’État grâce à l’épargne des Français », répondLaurentZylberberg,ledirecteur des relations institutionnelles et internationales. La CDC a financé des ports, des chemins de fer, des écoles primaires, des villes nouvelles, des stations balnéaires, des stations de ski, le numérique… « Outre des sources durables de recettes et de bons investissements à réaliser, il leur faut trouver les moyens pour que la Caisse inspire confiance aux citoyens et aux épargnants, ajoute-t-il. Cela implique la pérennité de l’État, comme au Burkina Faso, où des chefs d’État de sensibilités très différentes se sont succédé sans renier les engagements de leurs prédécesseurs. Cela exige aussi que la Caisse ne soit ni trop loin ni trop près de l’État. » Trop loin, son action ne s’inscrirait pas dans les stratégies gouvernementales. Trop près, elle risquerait de financer des actions profitant exclusivement aux cercles du pouvoir. Suffisamment indépendante, la Caisse tunisienne ? Le décret-loi qui l’a créée précise que ses investissements dans le secteur privé comme dans les domaines stratégiques publics doivent être réalisés « tout en veillant à leur viabilité économique », terme qui « est une

L’Afrique prioritaire Les Caisses des dépôts africaines seront les premières bénéficiaires du fonds de 600 millions d’euros de capital en cours de création par la CDC française et l’Agence française de développement, a promis PierreRené Lemas, le directeur général de l’institution française. Ce fonds investira en priorité dans les infrastructures et sous forme de prises de participation

Des caisses de tailles variées (bilans en milliards d’euros)

1,9

CDG du Maroc 1959

18,8

bilan 2015 0,296

0,262

0,167 CDC de Tunisie 2011 - bilan 2015

CDC du Gabon 2011 - bilan 2014

CDD de Mauritanie 2011 - bilan 2014

Date de création Le bilan de la CDC française créée en 1816 était de 167 milliards d'euros en 2016. N 0 2942 • DU 28 MAI AU 3 JUIN 2017

CDC du Sénégal 2006 - bilan 2014

première dans la législation tunisienne, qui veille à l’indépendance de la Caisse, sachant qu’elle gère les ressources sacrées de l’épargne postale », répond Mohamed Ben Néji. ÉCHANGES. Comment consolider

cette indépendance ? La France a choisi pour cela de placer sa CDC sous le contrôle de l’Assemblée nationale. Pour éviter un têteà-tête exclusif, donc dangereux, entre Caisses et gouvernements, il serait sain « d’ouvrir à des opérateurs étrangers le capital des sociétés auxquelles participent les Caisses », préconise Benoît Chervalier, associé-gérant de la société de conseil One2five et ancien de la Banque africaine de développement, qui ajoute: « Cela suppose des privatisations, mais cela ne pourrait intervenir que dans un deuxième temps. » L’appui de la CDC française est fourni à titre gratuit et consiste en une transmission d’expériences. « Nous disons à nos interlocuteurs: nouspouvonsvousprésenterceque nous avons fait au cours de notre histoire, nos réussites comme nos échecs, raconte Christian Badaut, le directeur du pôle international. Mais c’est à vous de choisir quelle sorte d’institution vous souhaitez créer et pour quoi faire. » Depuis 2011, ces échanges d’expériences se prolongent, tous les deux ans, à l’occasion d’un Forum mondial des Caisses de dépôts auquel participent la CDC française, la Cassa Depositi e Prestiti italienne ainsi que la Caixa brésilienne. Sa prochaine réunion se tiendra à Rome en septembre. Les groupes de travail s’y pencheront sur le développement des infra­ structures, des PME et du développement urbain. Quelles que soient leur ancienneté et la taille de leur bilan, les Caisses pèsent toutes le même poids dans ce Forum. Elles y rivaliseront d’imagination pour trouver les moyens de relever le défi du financement de la transition énergétique et de l’émergence d’une Afrique de bientôt trois milliards d’habitants. ALAIN FAUJAS JEUNE AFRIQUE


Dossier Finance INVESTISSEMENT

Depuis Abidjan, Richard Arlove négocie son tournant ouest-africain Alors que les transactions de Maurice avec l’Inde diminuent, le patron de la société de conseil Abax Corporate Services se réoriente vers le continent. Avec pour porte d’entrée la capitale ivoirienne.

C

e 3 février, sous les lambris de l’hôtel Potocki, siège de la Chambre de commerce et d’industrie de Paris Île-de-France, souffle un vent d’afro-optimisme. De nombreux chefs d’entreprise, businessmen, avocats et communicants s’affairent, venus participer au Forum Afrique 2017, organisé par le magazine Le Moci et le Conseil françaisdesinvestisseursenAfrique (Cian).Parmieux,ungrandhomme à cravate rouge aussi discret qu’affable, entouré de deux associés. Directeur général depuis 2001 de la société de conseil et d’affaires Abax Corporate Services, domiciliée à

Maurice, Richard Arlove est venu présenter les activités de son septième bureau, qui a été inauguré en avril à Abidjan. Une première en Afrique de l’Ouest pour cette société fiduciaire de gestion née en 1992 (sous le nom de BCM Trustees), déjà pré-

Son constat est simple : près de 50 % des flux se dirigent désormais vers l’Afrique. sente à Nairobi, à Johannesburg, à Singapour, à Londres et à Dubaï. L’entreprise gère aujourd’hui 24 milliards de dollars (environ 22,5 milliards d’euros) d’actifs et emploie 250 personnes. STABILITÉ. Si elle a choisi de s’éta-

DR

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blir dans la capitale ivoirienne, c’est parcequecelle-cifaitfiguredeporte d’entrée privilégiée des investissements en Afrique de l’Ouest, mais aussi pour ses liens avec l’Europe. « Aujourd’hui, c’est à Abidjan qu’une entreprise qui veut faire du business dans la zone s’implantera d’abord. Ces dernières années, la capitale ivoirienne a en effet démontré qu’elle était parvenue à assurer une grande stabilité politique et économique ainsi qu’une croissance sérieuse associée à la mise en place d’un écosystème qui favorise l’établissement des entreprises. Pour mieux capter les flux, un client a besoin d’une présence multiple dans des hubs financiers complémentaires qui offrent les meilleures perspectives pour investir et entreprendre»,plaidecet expert-comptable de formation. Et Abax ne compte pas s’arrêter là : la société devrait

prochainement ouvrir d’autres bureaux, à Accra et à Lagos. Marié et père de trois enfants, Richard Arlove a fait ses armes au seinducabinetdeconseilaméricain Pricewaterhouse(aujourd’huiPwC) à Maurice et au Royaume-Uni, au seinduquelilestrestéunedécennie. Puis il a travaillé dix autres années dans le domaine du marketing de marques, avant de « mixer les deux expériences ». Sa société n’est pas un fonds d’investissement ou un chasseur de deals, précise-t‑il tout de suite, mais plutôt une structure qui fournit des services dans les domaines de la gestion administrative et financière, de l’enregistrement de la propriété intellectuelle, des ressources humaines et des transactions transfrontalières à tout un portefeuille de clients composé de multinationales, de fonds d’investissement, de fonds de private equity et de riches entrepreneurs, dont il taira soigneusement les noms. Compte tenu de la fiscalité avantageuse qu’offre Maurice (3 % d’imposition sur le bénéfice) – à laquelle Richard Arlove refuse d’associer les termes de « centre offshore » et de « paradis fiscal » –, son entreprise a jusque-là servi de plateforme à ces acteurs internationaux pour investir en Inde. L’île héberge en effet bon nombre de holdings actifs dans ce pays. « Si une société dont le holding est basé à Maurice fait appel à nos services, nous entrons dans son conseil d’administration, avec pour objectif de toujours chercher le meilleur moyen de valoriser ses actifs », explique-t‑il. Mais, ces dernières années, l’homme a noté de nombreux changements dans les flux d’investissements internationaux, en majorité américains : près de 50 % de JEUNE AFRIQUE


Dossier Finance

Le Centre international de conférences Abdou-Diouf (Cicad), à Diamniadio.

SYLVAIN CHERKAOUI/COSMOS

78

Des zones économiques soutenues par Maurice Fer de lance des investissements de l’île, le Mauritius Africa Fund (MAF) finance des programmes de développement de zones économiques spéciales sur le continent africain. Outre le Village des technologies de l'information et de la biotechnologie (Vitib), qui s’étend sur 700 hectares dans le nord de Grand-Bassam, en Côte d’Ivoire, des accords ont été signés avec le Sénégal pour la prise en charge à hauteur de 8,7 millions de dollars de la ville nouvelle de Diamniadio. L’île est également en discussion avec le Ghana pour participer à la construction du parc technologique et logistique de Dawa, situé à 70 kilomètres d’Accra, ainsi qu’avec Madagascar pour l’établissement d’une zone pilote à Fort-Dauphin, dans le sud-est de la Grande Île, orientée vers la logistique, l’industrie, les services financiers et les activités touristiques.

ceux qu’il voit passer se dirigent désormais vers l’Afrique. C’est donc logiquement que son entreprise a pris un tournant stratégique vers le continent. DIVERSIFICATION. Un autre aspect a particulièrement motivé l’ouverture du bureau d’Abidjan. Alors que l’accord de non-double imposition établi entre l’Inde et Maurice a pris fin le 31 mars et que l’on constate depuis deux ans une baisse des échanges financiers entre lesdeuxpays,ilapparaîturgentpour l’île de diversifier ses affaires. « Tous les partenaires de l’Inde, comme ChypreetSingapour,ontététouchés par la révision de ces accords, mais cela a davantage frappé Maurice, car il y était le principal investisseur, représentant plus de 35 % des investissements directs étrangers. » N 0 2942 • DU 28 MAI AU 3 JUIN 2017

« Nous avons amorcé cette stratégie de diversification dès 2007, poursuit-il. Les clients qui investissent en Inde, autrefois majoritaires, constituent maintenant une petite partie de notre portefeuille. » En avril 2016, à Abidjan, lors du forum économique organisé par la Confédération générale des entreprises de Côte d’Ivoire (CGECI), Richard Arlove a ainsi suivi de très près le rapprochement entre Port-Louis et le secteur privé ivoirien. Les deux pays ont conclu un accord-cadre incluant la protection réciproque des investissements, une convention fiscale, une harmonisation des politiques économiques financières, ainsi que la création d’un SPV (Special Purpose Vehicle, fonds commun de créance). « Celui-ci donnera des avantages à des acteurs

internationaux souhaitant investir en Côte d’Ivoire via la plateforme mauricienne », assure Richard Arlove. « Nous avons joué un rôle de facilitateur », confirme l’économiste Laurent Chabrut, manager régional pour l’Europe francophone et le Maroc, qui pilote le bureau d’Abidjan. L’accord-cadre se traduira par une règle de non-double imposition, bientôt ratifiée. « Beaucoup de fonds attendent impatiemment la mise en application de ce traité pour investir dans les infrastructures, l’agroalimentaire… Maurice permet de faire plus facilement des décaissements et des levées de fonds. Depuis l’île, on peut investir partout dans le monde, alors qu’en zone Uemoa, la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM) ne propose que 40 actions. Par ailleurs, convertir des francs CFA en dollars occasionne beaucoup de tracas », réagit l’Ivoirien Youssouf Carius, directeur général de Pulsar Partners et client d’Abax, qui dispose de deux véhicules d’investissement actifs en Côte d’Ivoire, mais domiciliés à Maurice. Alors que Yamoussoukro mise sur l’expertise de Port-Louis pour développer le projet pilote du Village des technologies de l’information et de la biotechnologie (Vitib) de GrandBassam, Richard Arlove compte orienter les investissements de ses clients vers des secteurs porteurs : la technologie, la finance, les fintechs, l’agriculture, l’énergie, l’immobilier… Jonglant avec les langues de Molière et de Shakespeare,

Maurice et la Côte d’Ivoire ont signé un accord de protection réciproque des investissements. l’homme vante le bilinguisme et le multiculturalisme de son île. S’il ne détaille pas plus avant les projets dans lesquels il s’engagera, il affirme vouloir faire des atouts de Maurice les cartes maîtresses de la réconciliation de l’Afrique francophone et de l’Afrique anglophone sur le terrain des affaires. RÉMY DARRAS JEUNE AFRIQUE


Dossier Finance STRATÉGIE

Le Maroc parie sur le modèle islamique Même si le chantier fiscal a pris du retard, la banque centrale du royaume a déjà octroyé cinq agréments. Sa référence : la réussite de la Malaisie.

D

ansledomainedela finance islamique, le Maroc a le potentiel pour être la Malaisie du continent africain. » Le constat est de Mohamed Damak, responsable en chef de la finance islamique chez Standard & Poor’s (S&P), qui relève que le royaume a suivi les traces de ce pays d’Asie en instaurant un cadre réglementaire spécifique à cette activité avant de l’autoriser. Ce n’est qu’en début d’année, soit trois ans après l’adoption d’une nouvelle loi bancaire introduisant la finance islamique (dite participative), que la banque centrale marocaine a fait le grand saut: elle a accordé cinq agréments de banques islamiques et autorisé trois autres établissements conventionnels à commercialiser des produits conformes à la charia. Dans les starting-blocks, de grands noms du secteur (Qatar International Islamic Bank, Al Baraka Banking Group ou encore la Banque islamique de développement) qui ont établi des partenariats avec les principales banques marocaines. « Deux banques ont déjà accompli toutes les démarches nécessaires. Le déploiement de leur réseau est imminent », nous confie une source au sein de la banque centrale. « Nous allons profiter du mois sacré de ramadan pour lancer les premiers produits », confirme de son côté le responsable d’une nouvelle banque islamique. POTENTIEL. Selonplusieurs spécia-

listes, ces établissements de crédit, labellisés halal, devraient permettre de capter une nouvelle clientèle. Et le potentiel est énorme. Une étude de S&P estime que « la finance islamique au Maroc peut représenter, N 0 2942 • DU 28 MAI AU 3 JUIN 2017

JALAL MORCHIDI/ANADOLU AGENCY/AFP

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dans une dizaine d’années, 10 % à 15 % de l’actif bancaire ». Et les perspectivesdudéveloppementvont au-delàduseulmarchédomestique. « La forte implantation des banques marocaines peut permettre une expansionsoutenuesurlecontinent, affirme Mohamed Damak. Au-delà de la commercialisation de produits islamiques auprès des particuliers, leurs filiales peuvent contribuer au montage de sukuks souverains ou corporate pour le financement de grands projets d’infrastructures. » En effet, de tous les instruments qui s’offrent actuellement à l’Afrique pour résorber son déficit de financement, estimé à environ 100 milliards de dollars par an, la finance islamique s’impose de plus en plus comme l’un des plus crédibles. Le continent rattrape timidement son retard pour pouvoir enfin profiter de cette manne de 2000 milliards de dollars qui se déverse dans l’économie mondiale. Selon un rapport de la Banque islamique de développement, les actifs bancaires de cette industrie en Afrique représentent à peine 1 % de l’actif mondial. Et les opérations de sukuks restent rares. Mais, avant de pouvoir exporter son modèle, le Maroc doit faire ses preuves en la matière. « Il nous reste encore à régler la question fiscale,

Le président de la Banque islamique de développement, Bandar Al Hajjar, le 22 février à Rabat.

Troisième acteur en Tunisie Depuis fin avril, Wifak Bank, créée en 2015 après la transformation de la société El Wifack Leasing en banque universelle, opère conformément aux dispositions de la finance islamique. C’est la troisième banque à évoluer sur ce créneau en Tunisie après Banque Zitouna et Al Baraka Bank. La finance islamique représente 7 % du marché bancaire tunisien.

nous avons pris du retard sur ce sujet », nous explique notre source à la banque centrale. BRÈCHES. Les spécialistes de la

finance islamique relèvent aussi quelques brèches juridiques dans la réglementationactuelle,notamment sur la manière de gérer les pénalités de retard en cas de défaut de paiement. « Il y a, aussi, la question de l’assurance islamique takaful dont dépend toute la panoplie des produits, ajoute cette source. Vu le retard pris dans ce dossier, nous allons devoir autoriser les banques islamiques à s’appuyer sur les fonds créés dans les pays du Golfe pour gérer ce genre d’assurance, le temps de créer les nôtres. » Mais l’essor de la finance islamique dépend aussi d’un coup de pouce des pouvoirs publics. L’État étant lui-même le premier intervenant sur le marché de la dette, une émission souveraine de sukuks est attendue pour dynamiser ce nouveau marché de capitaux. « Nous prévoyons de mener une telle opération au cours du troisième trimestre afin justement de donner une impulsion à ce marché », nous confie Mohamed Boussaïd, le ministre des Finances. FAHD IRAQI, à Casablanca JEUNE AFRIQUE


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