CÔTE D’IVOIRE ABIDJAN 3.0
SPÉCIAL 25 PAGES
NO 3106 – NOVEMBRE 2021
MÉMOIRES DE BBY Autoportrait à l’encre verte
GOLFE MBZ, MBS, Tamim : la (nouvelle) guerre des trois
INTERVIEW MOHAMED BAZOUM «Les dirigeants maliens ont tout intérêt à nous écouter »
Les hommes de l’ombre de l’État hébreu en Afrique
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RD CONGO Pour qui votent les religieux ?
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INTERNATIONAL
Le Premier ministre espagnol, Pedro Sánchez (à dr.), et le président du Ghana, Nana Akufo-Addo, au palais de La Moncloa, à Madrid, le 29 mars 2021, avant le lancement de Focus Afrique 2023.
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ESPAGNE-AFRIQUE
À l’aube d’une décennie dorée
Après avoir dévoilé son Plan Afrique III, Madrid affine sa stratégie. Grâce à son nouveau programme de coopération, baptisé Focus Afrique 2023, le royaume entend devenir en une dizaine d’années un partenaire de premier plan pour le continent.
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INTERNATIONAL ESPAGNE-AFRIQUE
MARIE VILLACÈQUE
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D epuis le lancement du Plan Afrique III, en 2019, Madrid a fait du continent africain la nouvelle priorité de sa politique extérieure. « Quand l’Afrique, dans quelques années, émergera comme un continent stable et en pleine croissance, l’Espagne devra avoir amélioré sa présence diplomatique, politique, entrepreneuriale, économique », expliquait Raimundo Robredo Rubio, le directeur général pour l’Afrique au ministère des Affaires étrangères, lors de la présentation de Focus Afrique 2023, le 29 mars à Madrid. Un résumé on ne peut plus clair des objectifs espagnols sur le continent. Le programme de Madrid comprend différents volets sur la coopération dans les domaines des migrations, de l’économie, de la sécurité ou encore de l’appui au rôle des femmes dans le développement. Il regroupe plus de 250 actions à réaliser dans les deux années à venir, allant du renforcement des liens diplomatiques et culturels à l’accompagnement des investissements du secteur privé espagnol en Afrique. Bien que le pays compte de nombreuses entreprises implantées sur le continent, les échanges avec ce dernier ne représentent que 6 % de ses exportations et 7 % de ses importations.
Priorité à l’Angola et au Sénégal
« Nous allons faire de ces dix prochaines années la décennie de l’Espagne en Afrique », a ajouté le chef du gouvernement Pedro Sánchez, lors de la même présentation, en présence de Nana Akufo-Addo, président du Ghana. Dans la foulée, il s’est envolé pour l’Angola et le Sénégal, deux pays considérés comme prioritaires par Madrid. Le 8 avril, à Luanda,
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il a notamment signé avec João Lourenço, le président angolais, un accord de transport aérien, ainsi qu’un mémorandum d’accord dans les secteurs de l’agriculture, de la pêche et de l’industrie. Au Sénégal, aujourd’hui l’un des principaux partenaires de l’Espagne dans la lutte contre l’immigration illégale depuis le continent, Pedro Sánchez s’est entretenu, le 9 avril, avec Macky Sall, le président sénégalais, avant de rencontrer les équipes locales de la Guardia Civil et de la police espagnole, ainsi que les militaires du détachement Marfil, qui combat le djihadisme au Sahel. Mais le voyage officiel à Dakar a surtout donné un coup de projecteur à l’une des grandes réussites de Madrid cette année : l’ouverture du premier Institut Cervantès en Afrique subsaharienne, en septembre 2021, dont le Premier ministre espagnol a tenu à visiter le chantier.
Le chef de la diplomatie espagnole n’a pas commencé sa tournée par Rabat, comme le veut la tradition, mais par Alger, pour parler gaz, migrations et Sahara occidental. « Ce projet est important pour le gouvernement, c’est un véritable outil diplomatique », explique Nestor Nongo, le directeur de l’Institut Cervantès de Dakar. D’origine congolaise, naturalisé espagnol, cet ancien du ministère de la Culture à Madrid a obtenu son poste en mars 2020. Et entre les retards dus à la pandémie de Covid-19, la recherche des futurs bâtiments et le recrutement du personnel, l’institut, finalement ouvert en septembre, ne sera officiellement inauguré qu’en novembre prochain. Plus de 1,6 million de personnes apprennent aujourd’hui l’espagnol à travers l’Afrique subsaharienne dans son ensemble. Les contingents les plus importants se trouvent respectivement en Côte d’Ivoire (566 000),
au Bénin (412 000) et au Sénégal (350 000), « qui a surtout été distingué pour sa stabilité et parce qu’une association de professeurs espagnols y est très active. Nous venons donc les accompagner », poursuit Nestor Nongo, qui rappelle que son pays a également ouvert une antenne à Abidjan en mars dernier. L’institut doit aussi participer à la mise en place d’un Observatoire de l’espagnol en Afrique subsaharienne.
Stratégies coordonnées
Sur la péninsule Ibérique, malgré la crise sanitaire, plusieurs des projets du Plan Afrique III prennent forme. Le programme de bourses attribuées aux fonctionnaires de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) a démarré cette année avec l’arrivée de six boursiers en Espagne, alors que la première Mesa Africa s’est tenue à la fin de 2020. Chapeautée par Alberto Viella, ancien ambassadeur au Sénégal de 2015 à 2020 et aujourd’hui en mission spéciale pour le Plan Afrique III, celle-ci est destinée à coordonner les stratégies de l’administration publique et de la société civile (ONG, think tanks, secteur privé…) sur le continent. Un outil qui n’a d’équivalent dans aucun autre département du ministère. Si l’Afrique subsaharienne retient toute l’attention de Madrid, c’est le Maroc, premier partenaire du royaume ibérique sur le continent africain, qui a occupé le devant de la scène ces derniers mois. Fortement critiquée pour sa gestion de la récente crise diplomatique avec le royaume chérifien (lireencadré), la ministre des Affaires étrangères Arancha González Laya a été remplacée le 12 juillet par José Manuel Albares, jusqu’alors ambassadeur de l’Espagne à Paris. Parfait francophone, ancien élève de l’école américaine de Tanger, le nouveau ministre n’a pas commencé sa tournée nord-africaine par Rabat, comme le veut la tradition, mais par Alger, pour parler gaz, migrations et Sahara occidental. De quoi fragiliser les relations avec le partenaire historique marocain, avec qui ce proche de Pedro Sánchez doit pourtant absolument poursuivre la politique d’apaisement en cours. Tout en assurant la continuité du Plan Afrique III.
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Espagne-Maroc Par ici la sortie de crise
L
a r é vo c a t i o n d ’A r a n c h a González Laya, le 10 juillet, et la nomination de son successeur, José Manuel Albares, ont été interprétées comme un gage de réconciliation entre Madrid et Rabat. En désavouant sa ministre des Affaires étrangères, l’Espagne espérait-elle que le Maroc passerait l’éponge sur l’affaire Ghali? Tout commence en avril, lorsque la presse espagnole dévoile l’hospitalisation en urgence, dans la province de la Rioja, du chef du Polisario Brahim Ghali, atteint du Covid-19. Il n’en fallait pas plus pour provoquer l’ire de Rabat, qui reprochait déjà à Madrid de ne pas avoir suivi le président Trump dans la reconnaissance de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, le gouvernement espagnol préférant conserver sa neutralité, dans le respect des dispositions onusiennes. En donnant le feu vert à l’entrée de Ghali sur son territoire,
sous une fausse identité, l’Espagne n’a pas pris la mesure de l’ampleur de la crise. Rappel des ambassadeurs, ouverture par le Maroc de la frontière avec l’enclave de Ceuta qui a permis le passage de près 10000 migrants en quelques jours, fermeture des liaisons maritimes entre les deux pays durant deux mois, interdisant tout retour pour l’été des centaines de milliers de Marocains établis de l’autre côté du détroit de Gibraltar… L’exacerbation des tensions entre l’Espagne et son premier partenaire africain a provoqué la pire crise depuis seize ans.
Dissensions persistantes
À partir du 20 août, la situation commence à s’apaiser. Le roi Mohammed VI, dans son discours à la nation, parle d’inaugurer « une étape inédite » avec le royaume ibérique. « Nous avons toujours considéré le Maroc comme un allié
stratégique », lui répond Pedro Sánchez, le chef du gouvernement espagnol. Le retour en Espagne de l’ambassadrice du Maroc, Karima Benyaich, est sérieusement évoqué, tandis que la réunion Rabat-Madrid, reportée en raison du Covid‑19 puis de la brouille diplomatique, revient dans les agendas. Mais les dissensions d’arrière-fond n’ont pas pour autant disparu. Les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla, les flux migratoires et, surtout, la question du Sahara occidental restent des points épineux entre les deux voisins. En annulant, le 29 septembre, les accords commerciaux de 2019 établis entre le Maroc et l’Union européenne – qui incluaient le territoire et les eaux poissonneuses du Sahara occidental –, la Cour de justice européenne a jeté un nouveau coup de froid sur des relations déjà tendues. Marie Villacèque
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Vous trouverez ci-dessous, une brève présentation des taux réduits de taxation applicables dans un État contractant, lorsque le bénéficiaire effectif est un résident de l’autre État contractant.
Sébastien Lechêne Senior Legal, Tax & Business Consultant Founding partner chez Lechêne, Iñiguez & Partners, SL
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5 %* ou 15 %
0 %* ou 10 %
9 %*ou 12 %
10 %* ou 15%
Intérêts et revenus assimilés
5%
5%
10 %
Redevances et revenus assimilés
5%
5%
12 %
Javier Iñiguez Attorney-at-Law. Senior Legal, Tax & Business Adviser Partner chez Lechêne, Iñiguez & Partners, SL
Sénégal
Tunisie
7,5 %* ou 10%
10 %
10 %* ou 15%
10 %
7,5%
10 %
10 %
5 %* ou 10%
7,5 %* ou 3,75%
10 %
10 %
*Si le bénéficiaire effectif est une société de l’autre État remplissant les conditions de détention posées par la convention
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DIPLOMATIE
José Manuel Albares « L’Espagne a encore beaucoup à offrir à l’Afrique » Quatre mois après sa nomination, le ministre espagnol des Affaires étrangères détaille la mise en œuvre du programme d’action élaboré par Madrid à destination du continent.
MARIE VILLACÈQUE
N
ommé le 12 juillet, José Manuel Albares, 49 ans, a quitté l’ambassade d’Espagne à Paris pour le palais de Santa Cruz, à Madrid. À charge pour lui, désormais, de renforcer les relations du royaume ibérique avec le Maroc et, au-delà, de développer un ambitieux projet de partenariat avec le continent. Jeune Afrique: Vous avez pris vos fonctions en juillet. Quelle est votre feuille de route concernant l’Afrique? José Manuel Albares : L’Afrique a toujours revêtu une importance géostratégique, et nous avons la ferme intention d’accompagner le continent dans ses transformations. Avec 22 ambassades, l’Espagne est l’un des pays de l’Union européenne [UE] les mieux représentés à travers l’Afrique subsaharienne. Madrid a déjà beaucoup fait, et je suis convaincu que nous avons encore beaucoup à offrir.
Depuis votre nomination, les relations semblent s’apaiser avec le Maroc. Confirmez-vous cette détente? Nous constatons en effet une amélioration du contexte, et les signaux que nous recevons du Maroc ces derniers mois sont positifs. Les messages
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publics du roi Mohammed VI sont également très clairs. Nous sommes, de notre côté, prêts à ouvrir une étape nouvelle dans notre relation, fondée sur la confiance, la transparence et le respect des engagements pris.
Nous sommes prêts pour une étape nouvelle dans notre relation: confiance, transparence et respect des engagements pris.
Comment deux partenaires comme l’Espagne et le Maroc ont-ils pu connaître une telle crise? Maintenant que la communication est rétablie, le plus important est de travailler pour éviter la répétition de telles situations. Nos relations diplomatiques restent intactes, notre ambassadeur est toujours à Rabat. La décision du retour à un fonctionnement normal de l’ambassade du Maroc à Madrid relève maintenant exclusivement des autorités marocaines.
Avec le Plan Afrique III, dévoilé en 2019, l’Espagne a montré qu’elle avait des ambitions sur le continent africain. Deux ans plus tard, où en êtes-vous? Le Plan Afrique III établit un partenariat global avec le continent, couvrant les domaines sécuritaire, politique et économique. Il implique les institutions – gouvernement, administration, ambassades –, mais aussi la société civile, les collectivités locales, les entreprises et les universités espagnoles. Rien de comparable n’avait jamais été proposé par notre politique étrangère en direction de l’Afrique ou de toute autre région du monde. La pandémie de Covid-19 nous a certes contraints à limiter nos déplacements, mais nous avons accueilli de nombreuses visites de responsables africains. Nana Akufo-Addo, le président ghanéen, était à Madrid en mars lors de la présentation du programme Focus Afrique 2023. Son homologue angolais, João Lourenço, était en visite en septembre. Nous avons également eu des consultations politiques avec le Sénégal, l’Afrique du Sud, le Kenya, le Soudan et la Côte d’Ivoire. Par ailleurs, nous avons ouvert des discussions consacrées à l’Afrique avec nos partenaires européens, comme la France, l’Italie ou
COMMUNIQUÉ
PN Holding Group est fier de ses réalisations et souhaite poursuivre son expansion en Afrique P N - H G en Afrique
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vec une expérience de plus de 20 ans en Europe, PN-HG concentre son activité principale autour de la réalisation de projets de construction verticale. Le groupe espagnol débute en Afrique en 2015 avec la construction de 340 logements sociaux et économiques au Burkina Faso avec sa filiale PN-BF. Depuis, il a entrepris le projet de construction de plus de 6000 logements sociaux économiques au Bénin un projet de 125 Milliards FCFA, confié à sa filiale PN-BN. En 2020, le Groupe s’installe en Côte d’Ivoire avec sa filiale PN-CI pour la construction du nouveau siège de MSC à Abidjan et le démarrage de plusieurs projets de développement immobilier au cœur de la ville. Un futur prometteur pour les filiales de PN-HG qui poursuivent leur expansion en Afrique.
Projet de construction du Siège MSC à Abidjan par PN Côte d’Ivoire (PN-CI), Conception par ATAUB Architectes
PN Holding Group et ses filiales en Afrique ; PN-BF (Burkina Faso), PN-BN (Bénin) et PN-CI (Côte d’Ivoire) se développent autour de 4 axes : • Une constructionverticale : Nos réalisations adoptent les nouvelles technologies comme moyen d’améliorer et de rationaliser le processus de construction. Ceci, dans le but de réduire les coûts et les délais de production, tout en garantissant la satisfaction des besoins de nos clients en respectant les contraintes prédéterminées de chaque projet.
Christain Vande Craen, Directeur développement PN-HG sur le salon de Shelter Afrique à Yaoundé Juin 2021
Penser global, agir local pour faire face aux défis du continent.
• Un logement abordable pour tous en Afrique : PNHG s’engage à construire et développer des projets de logements sociaux accessibles, durables et de qualité suivant son procédé d’industrialisation.
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• Développons des projets qui améliorent les cadres de vie : Notre ambition se résume à apporter de la valeur afin d’attirer de nouveaux habitants et investisseurs pour faire des villes africaines un centre d’attraction régional fort où il fait bon vivre, habiter et travailler.
MINISTÈRE ESPAGNOL DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES
INTERNATIONAL ESPAGNE-AFRIQUE
José Manuel Albares, au ministère des Affaires étrangères, à Madrid, le 8 septembre 2021.
le Portugal, ainsi qu’avec d’autres pays amis tels que les États-Unis, le Royaume-Uni et le Japon. Tout cela témoigne de l’intérêt de l’Espagne à devenir un acteur majeur dans les relations avec le continent. Depuis deux ans, nous renforçons aussi nos relations avec les organisations continentales. Avec l’Union africaine [UA] par exemple, nous négocions à propos d’un nouvel instrument d’une portée beaucoup plus large que le mémorandum d’entente en matière de coopération signé en 2009. Le programme Focus 2023 s’inscrit-il dans la continuité du Plan Afrique III? Il s’agit du programme d’action du Plan Afrique III, avec une importante mise à jour sur deux nouvelles réalités : un défi, celui de la crise du Covid-19 avec la nécessité d’être prêt pour le « scénario post-pandémique » ; et une opportunité, avec la création d’une zone de libre-échange sur le continent africain, la Zlecaf. Celle-ci marquera un tournant sur le continent et aura des répercussions
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directes sur nos relations. Le Plan Afrique n’a pas de date d’expiration, alors que Focus 2023 est assorti d’un délai spécifique de mise en œuvre qui correspond à la durée de la législature. Qu’est-ce que l’Espagne peut apporter de spécifique à l’Afrique? C’est à nos partenaires africains d’évaluer nos forces et nos faiblesses. Notre expérience dans le domaine des réformes institutionnelles, le dynamisme de nos entreprises et leur capacité avérée à s’adapter aux besoins d’autres pays, ainsi que la vocation de la société espagnole à partager ses acquis dans le domaine des droits et des libertés sont des atouts réels qui correspondent, selon moi, aux aspirations des Africains. Diriez-vous que les priorités espagnoles sur le continent sont aujourd’hui davantage axées sur la sécurité et l’immigration, ou sur l’économie? Nosprioritéssontinterdépendantes: la sécurité, la bonne gouvernance et la
mobilité ordonnée sont essentielles au développement durable et au partage équitable des ressources. C’est exactement l’approche de l’Agenda 2063 adopté par l’UA, qui inspire notre orientation stratégique. Nous avons des priorités partagées avec l’Afrique. Ou, plutôt, avec les personnes qui vivent sur le continent. Vous étiez ambassadeur d’Espagne à Paris. Quel regard portez-vous sur la relation de la France avec l’Afrique? La France dispose de solides liens historiques avec l’Afrique subsaharienne, que nous n’avons pas. Mon passage comme ambassadeur à Paris m’a permis de constater que l’expérience française est intéressante pour notre propre stratégie. La décision de placer la société civile, et en particulier les jeunes, au centre du Sommet Afrique-France du 8 octobre à Montpellier coïncide avec notre conviction que les relations entre l’Europe et le continent dépassent celles que les gouvernements entretiennent.
COMMUNIQUÉ
BTESA : infrastructures et solutions de télécommunications pour l’Afrique BTESA, groupe technologique espagnol né il y a 26 ans, a gagné la place privilégiée d’être un des principaux intégrateurs de solutions technologiques clé en main en Afrique, en délivrant une large gamme de solutions telles que : réseaux TNT, centres de production de programmes TV et Radio, réseaux hertziennes et d’accès à internet sans fils, Data Centers, centrales solaires, solutions IoT, défense militaire ou encore des routes intelligentes. LE FAISCEAU HERTZIEN LE PLUS LONG DU MONDE L’un des piliers de BTESA est son engagement dans la mise en œuvre des dernières technologies en Afrique. Parmi les derniers travaux remarquables, l’exécution d’une liaison radio numérique d’une capacité de 1 Gbps et d’environ
300 km, qui sert à l’opérateur de télécommunications équato-guinéen GETESA à relier la ville de Malabo avec la région continentale. Carlos Esono MIKO NSING, directeur général de GETESA, a déclaré : « Nous faisons des efforts et mettons les moyens pour donner à GETESA l’impulsion nécessaire pour être à la pointe de la technologie. Grâce à BTESA qui a déployé l’une des liaisons radio numériques les plus longues et puissantes du monde, en complément de notre réseau de fibre optique, nous multiplions notre efficacité opérationnelle et financière en offrant des avantages qualitatifs à notre opérateur ». RÉSEAUX TNT et CENTRES DE PRODUCTION Dans le domaine de la Télévision Numérique aussi, BTESA est réputé pour déployer les
réseaux et centres TNT les plus robustes du continent, étant l’une des principales activités de l’entreprise qui la fait rester en contact permanent avec les broadcasters africains, actuellement concentrés sur l’extension des réseaux existants. Ces dernières années, la confiance des pays africains et des investisseurs en BTESA s’est accrue, et des projets pour des nouvelles chaînes de radio et de télévision ou même l’actualisation des existants sont déjà en cours, tant dans la sphère privée que publique. José SABATER, directeur régional pour l’Afrique de l’Ouest d’expliquer : « La confiance de nos clients et la bonne réputation de la marque BTESA nous permettent de continuer à croître. Pour cette raison, l’entreprise a pris des décisions stratégiques afin de renforcer et créer des alliances ainsi que d’intégrer des ressources clés ». SOLUTIONS D’ACCÈS À INTERNET Faciliter l’accès à Internet est aussi une des priorités dont les actions se font sur différents axes : - La conception et la livraison de centres de données avec des solutions personnalisées pour les besoins de Data Centers hébergeant des serveurs et des équipements dans des conditions de fonctionnement optimales.
JAMG - PHOTOS DR
- L’accès de dernier kilomètre à travers une filiale du groupe, ALBENTIA Systems, qui fabrique l’un des équipements d’accès Internet pour des opérateurs d’accès sans fil (WISP) les plus robustes et économiques du marché. - D’autres services tels que des campagnes de mesure QoS personnalisées et du conseil pour vérifier la qualité des réseaux cellulaires. Centre National de Distribution pour la TNT, Ouagadougou.
Union Européenne Fonds Européen de Développement Régional - FEDER « Une façon de faire l’Europe »
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ÉCONOMIE
Business durable Dans sa stratégie Focus Afrique 2023, l’Espagne a placé en tête de ses priorités l’investissement privé, en vue notamment de répondre aux défis du réchauffement climatique et de la gestion des ressources.
«
L
’Espagne est chaque fois plus proche de l’Afrique, et viceversa. » C’était en mars dernier, lors du sommet El Foco Africa 2023. L’occasion pour Pedro Sánchez de souligner combien le continent devient prioritaire pour son pays. « Nous souhaitons faire de l’Espagne la tête de pont de l’Union européenne sur le continent », insistait alors le président du gouvernement espagnol, en se référant à la diplomatie mais aussi aux affaires économiques. À cette fin, Madrid n’hésite plus à marquer sa solidarité à l’égard des grands projets économiques du continent, à commencer par
« Nous souhaitons faire de notre pays la tête de pont de l’Union européenne sur le continent », insiste le président du gouvernement espagnol. celui de l’intégration économique incarné par la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf). Ni à soutenir les mesures qui favorisent l’investissement privé sur le continent, en particulier dans les secteurs des infrastructures, des énergies
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renouvelables et de l’industrie manufacturière. « À cet égard, l’assistance technique axée sur le développement économique sera renforcée dans les domaines prioritaires pour l’Union africaine et la Cedeao, en s’efforçant de tirer parti de l’expérience des agences de développement régionales espagnoles », explique-t-on du côté des autorités ibériques. Une collaboration renforcée à laquelle s’ajoute la volonté de fluidifier les flux de capitaux vers les pays endettés. L’Espagne participe activement aux négociations du Club de Paris et du G20. L’objectif étant d’octroyer un moratoire sur le service de la dette extérieure des pays à faible revenu, dont 41 sont africains. « Nous encouragerons la prolongation de la durée temporaire de cette initiative jusqu’à la fin de l’année 2021 », promet l’exécutif ibérique.
Partage d’expériences
Concrètement, ce rapprochement devrait se traduire par de nouvelles initiatives, notamment dans les domaines de la lutte contre le changement climatique et de la gestion durable des ressources, des thématiques particulièrement sensibles sur les deux rives de la Méditerranée. À ce titre, un forum hispano-africain sur les villes durables devrait être organisé prochainement. Il s’agira d’une plateforme de partage d’expériences susceptible de générer des collaborations techniques et de l’investissement privé.
ANDRES BALLESTEROS/AFP
MARJORIE CESSAC
Dans ce domaine d’ailleurs, l’Espagne compte mobiliser des ressources du Fonds vert pour le climat et contribuer à la construction de cités plus résilientes, en particulier par le biais du programme Recide (Resilient City Development), dirigé en partie par la Banque mondiale. Dans un autre registre, Madrid veut également participer à l’appui de programmes de gestion durable de la pêche, notamment par la promotion
INTERNATIONAL ESPAGNE-AFRIQUE
Le président angolais, João Manuel Gonçalves Lourenço, lors du déjeuner officiel organisé au Palais royal de Madrid, le 28 septembre 2021.
d’activités de coopération grâce au navire-école Intermares. En parallèle, la coopération dans le domaine de la recherche océanographique doit également être développée entre les instituts scientifiques espagnols et ceux des pays africains.
Nouveau regard
« Un déclic s’est opéré du côté des autorités espagnoles vis-à-vis de l’Afrique. Très clairement, le
regard a changé depuis quelques années », constate Rafael GómezJordana Moya, consultant chez K2 Intelligence. Une évolution qu’il attribue en partie à la prise de conscience du potentiel réel du continent en lien avec la taille de sa population. « Les bonnes intentions du gouvernement sont sincères, néanmoins sa stratégie ne pourra être menée à bien sans l’alliance des entreprises
privées. C’est la clé de la réussite », poursuit-il. Certes, l’Espagne exporte désormais plus vers l’Afrique – qui a par exemple capté 6,4 % de ses exportations en 2019 – que vers l’Amérique du Sud. Toutefois, le montant des investissements reste, lui, encore limité. Moins de 2 % seulement sont destinés au continent. De surcroît, ceux-ci se concentrent encore majoritairement au Maroc et en Algérie, et dans une moindre mesure en Égypte JEUNE AFRIQUE – N° 3106 – NOVEMBRE 2021
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INTERNATIONAL ESPAGNE-AFRIQUE et en Afrique du Sud, ces quatre pays totalisant 77 % des montants investis en Afrique.
Instruments incitatifs
« Que le gouvernement braque le projecteur sur l’Afrique ne peut qu’encourager les entreprises espagnoles à aller vers elle », concède Roberto Barros, directeur international de la chambre de commerce de Tarragone, sans conteste la plus active du pays vis-à-vis du continent. « Il peut y avoir
à la clé des accords de coopération, des instruments d’aide financière qui incitent ces groupes privés à venir nous voir et à sauter le pas pour aller sur le terrain », conclut-il. En dépit de la pandémie, son agence a d’ailleurs tenté de maintenir quelques missions commerciales de terrain. Trois ont été menées dès octobre 2020. Avant que l’activité ne retrouve un semblant de normalité, avec cette année un total de onze missions qui ont permis à une
centaine d’entreprises de se rendre dans une vingtaine de pays. Parmi elles, surtout des PME, comme le fabricant de produits en céramique Saloni, ou les spécialistes des compo sants technologiques PAT Group ou Bego Costa África & Worldwide. « Désormais, il faudrait que d’autres suivent le mouvement, et pas seulement derrière des écrans, insiste Roberto Barros. Notre savoir-faire ne sera reconnu que si nous nous mobilisons pour aller sur place. »
QUESTIONS À…
Marta Blanco « Les échanges commerciaux Espagne-Afrique ont augmenté de 40 % en dix ans » La très puissante Confédération espagnole des entreprises (CEOE) a nommé un responsable Afrique. Une première qui marque les nouvelles ambitions du royaume ibérique, selon la présidente de la branche internationale de l’organisation patronale.
JAVIER JIMÉNEZ/CEOE
Marta Blanco, en février 2021, au siège de la CEOE.
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Jeune Afrique : Pourquoi la Confédération espagnole des entreprises (CEOE) portet-elle une attention particulière à l’Afrique ? Marta Blanco : Depuis que je suis arrivée, il y a trois ans, j’ai pu constater un intérêt grandissant pour l’Afrique. Notre but aujourd’hui est d’intensifier notre présence sur le continent, où nos entreprises sont de plus en plus demandées. Jusqu’en février dernier, la région Afrique dépendait du même département que l’Asie à la CEOE. Désormais, nous avons un responsable chargé exclusivement du continent africain.
INTERNATIONAL ESPAGNE-AFRIQUE Comment soutenez-vous concrètement les actions de vos adhérents en Afrique ? Nous organisons régulièrement des rencontres entre entreprises espagnoles et africaines. Nous travaillons aussi avec le corps diplomatique africain en Espagne. Le but de la CEOE est d’informer davantage sur les marchés en Afrique et, côté africain, de faire connaître les entreprises espagnoles. À la suite des visites officielles, nous mettons en place un suivi avec les organisations patronales du pays concerné. Les déplacements des responsables du gouvernement sont aussi très importants
pour nous car ils ont toujours une dimension économique forte. Que pensez-vous des actions gouvernementales mises en place pour soutenir le secteur privé espagnol sur le continent ? Nous nous félicitons de tous les efforts réalisés depuis la présentation du Plan Afrique III, il y a deux ans. Ils montrent l’importance que l’Espagne accorde au continent africain. Tout récemment, le 7 septembre, le gouvernement a approuvé, sur proposition du ministère de l’Industrie et du Commerce, la création d’une ligne
de financement de 50 millions d’euros pour l’internationalisation des entreprises pour la période 2021-2023. Avec une priorité donnée à l’Asie, mais surtout à l’Afrique. Quels sont les pays africains et les secteurs où les entreprises espagnoles sont le plus présentes ? Dans les secteurs de l’agroalimentaire, des transports, des infrastructures, de l’environnement, du tourisme ou encore de la santé. La très grande majorité d’entre elles est présente au Maroc et en Algérie. L’Afrique du Sud reste de son côté la première
destination subsaharienne pour les exportations espagnoles. En tenant compte du potentiel de nos entreprises, cette présence reste trop peu importante. On note cependant une évolution croissante dans les échanges commerciaux Espagne-Afrique. Ces dix dernières années, ils ont augmenté de 40 %. En 2019, avant la pandémie, ils représentaient 13 % des échanges de l’Espagne avec l’extérieur. En revanche, 1 % seulement des investissements espagnols à l’étranger sont réalisés en Afrique et ils se concentrent pour l’essentiel au Maghreb. Propos recueillis à Madrid par Marie Villacèque