ALGÉRIE LES 10 DÉFFIS D’ABDELMADJID TEBBOUNE
SÉNÉGAL « France dégage ! »
Enquête sur les néo-francophobes
TUNISIE Un nouveau départ ? SPÉCIAL 22 PAGES
HEBDOMADAIRE INTERNATIONAL NO 3087 DU 8 AU 14 MARS 2020
Pourquoi et comment le patron franco-ivoirien du deuxième plus grand groupe financier helvétique (et le plus ancien) a été contraint de démissionner… après en avoir redressé les comptes.
TIDJANE THIAM
Lebanquier
qui dérangeait la Suisse .
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France 3,80 € Algérie 290 DA Allemagne 4,80 € Autriche 4,80 € Belgique 3,80 € Canada 6,50 $ CAN Espagne 4,30 € Éthiopie 67 Br Grèce 4,80 € Guadeloupe 4,60 € Guyane 5,80 € Italie 4,30 € Luxembourg 4,80 € Maroc 25 DH Martinique 4,60 € Mayotte 4,60 € Norvège 48 NK Pays-Bas 5 € Portugal cont. 4,30 € RD Congo 5 $ US Réunion 4,60 € Royaume-Uni 3,60 £ Suisse 7 FS Tunisie 4 DT USA 6,90 $ US Zone CFA 2000 F CFA ISSN 1950-1285
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XINHUA/XINHUA-REA
Dossier Maroc Énergie
SOLAIRE ET ÉOLIEN
Bilan d’étape pour Masen En dix ans, l’agence a fait du royaume un pays clé des énergies renouvelables, qui représentent 35 % de sa production électrique. 58
jeuneafrique no 3087 du 8 au 14 mars 2020
EL MEHDI BERRADA, à Casablanca
A
u milieu des années 2000, le royaume a pris conscience des opportunités liées à son climat ensoleillé et venteux pour trouver de nouvelles sources d’énergie. Une réflexion s’est enclenchée, aboutissant à l’élaboration au début de 2009 de la Stratégie énergétique nationale. De cette feuille de route est née en décembre de la même année la Moroccan Agency for Solar Energy (Masen), une agence à capitaux publics d’un
La ferme solaire de Noor Ouarzazate III.
nouveau genre, dotée d’un conseil d’administration et d’un conseil de surveillance. Initialement chargée des seuls projets solaires, l’agence a vu ses responsabilités s’étendre aux autres énergies renouvelables à partir de 2016, même si son nom n’est devenu Moroccan Agency for Sustainable Energy qu’en 2019. En ce début d’année 2020, l’Agence marocaine pour l’énergie durable fête donc ses 10 ans. Une décennie durant laquelle Masen a pu installer plusieurs grandes fermes solaires mais aussi des barrages et un grand nombre d’éoliennes un peu partout
L’État aurait injecté 2,6 milliards de dollars dans les énergies propres
Le royaume prévoit le passage d’un premier cap en 2021. Au début de janvier, lors de la dixième assemblée générale de l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (Irena), à Abou Dhabi, Aziz Rabbah, le ministre de l’Énergie, des Mines et de l’Environnement, a annoncé, en présence de Mustapha Bakkoury, que le Maroc atteindrait dans deux ans une part de 42 % d’énergies renouvelables. D’après les changements statutaires validés par le Parlement en même temps que son changement de nom, Masen pilote le développement intégré d’installations d’énergies renouvelables et contribue à l’émergence dans le domaine d’une expertise à l’échelle régionale et nationale selon un modèle durable. En 2030, l’agence répondra des résultats de ce pilotage devant le roi. L’autre pièce maîtresse dans ce secteur, c’est l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (Onee), qui est membre du conseil d’administration
de Masen et aussi le client unique de l’agence qui s’occupe naturellement de la distribution après la production. « La relation entre Masen et l’Onee s’est renforcée depuis les changements législatifs de 2016 », assuret-on du côté de l’agence. Le bras armé du gouvernement dans le secteur des énergies renouvelables a toute latitude pour les appels d’offres et les montages financiers. Même si Masen se refuse à communiquer sur le sujet, le rapport « Global Trends in Renewable Energy Investment 2019 », réalisé pour les Nations unies, estime à plus de 2,6 milliards de dollars les montants injectés par l’État, entre autres à travers Masen, dans le développement de ces énergies propres. Aziz Rabbah, de son côté, a très récemment expliqué que le Maroc ambitionne d’investir 40 milliards de dollars à l’horizon 2030 pour développer le secteur énergétique, qui inclut également des centrales thermiques à charbon, telle celle de Jorf Lasfar, pilotée par l’émirati Taqa Morocco (lire p. 64-65). Les trois quarts de cette enveloppe seront, en toute logique, dévolus aux énergies renouvelables, mais pas uniquement à travers Masen. Actuellement, c’est Noor Midelt I qui mobilise l’agence, qui a pris une participation de 25 % dans ce grand projet solaire en développement. Le reste du capital est détenu par les membres du consortium qui a remporté l’appel d’offres international lancé pour la conception, la construction et l’exploitation-maintenance du projet : EDF Renouvelables (35 %), Masdar (30 %) et Green of Africa (10 %). Masen devra injecter 367 millions de dirhams (33,5 millions d’euros) sur les trois années à venir dans ce chantier qui donnera naissance à une centrale hybride de 800 MW associant deux technologies : l’énergie solaire concentrée (CSP, lire encadré p. 62), et le solaire photovoltaïque (PV), pour une capacité de stockage de cinq heures. Avec le Complexe Noor Ouarzazate de 580 MW, doté également de la technologie CSP, ce sont les deux seules fermes
MOHAMED DRISSI KAMILI POUR JA
dans le royaume (voir p. 60). Au total, une quinzaine de projets sont actuellement en exploitation, dont le pharaonique Noor Ouarzazate, considéré comme le porte-drapeau de la stratégie solaire chérifienne. Fin 2019, le Maroc disposait d’une puissance installée de 3684 MW issue de différentes sources renouvelables réparties comme suit : 707 MW pour le solaire, 1 207 MW pour l’éolien, et 1 770 MW pour l’hydroélectrique. La mission confiée à Masen est de sécuriser, en collaboration avec les autres acteurs du secteur, l’exécution du plan d’équipement renouvelable national, qui vise à porter la part des énergies renouvelables dans le mix national à plus de 52 % à l’horizon 2030. À dix ans de cette échéance, le Maroc a déjà atteint les 35 %, et les équipes de Mustapha Bakkoury, indéboulonnable patron de Masen depuis ses débuts (lire ci-contre), sont sereines quant à l’atteinte de leur objectif.
BAKKOURY, UN TECHNOCRATE AUTONOME
Gestionnaire avisé à la fibre politique, Mustapha Bakkoury, 55 ans, a eu plusieurs vies avant de devenir l’homme fort des énergies renouvelables du royaume. Nommé il y a dix ans par le roi Mohammed VI à la tête de la superagence Masen, cet ingénieur de formation, diplômé de la prestigieuse École nationale des ponts et chaussées, à Paris, a eu un parcours de financier au sein du groupe BNP Paribas, en France d’abord, puis au Maroc, dans la filiale BMCI. Il a ensuite été directeur général de la Caisse de dépôt et de gestion (CDG), avant de se faire connaître du grand public grâce à la politique. Proche de Fouad El Himma, conseiller du roi et fondateur du Parti Authenticité et Modernité (PAM, de centre droit), il en a été le secrétaire général de 2012 à 2016 et préside depuis 2015 la région de Casablanca-Settat. E.M.B.
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Dossier Maroc Énergie SOLAIRE ET ÉOLIEN Tanger II 70 MW
LES GRANDS SITES
Tanger 1 140 MW
2010
368 000
Abdelkhalek Torres Tanger
Date de mise en exploitation Émissions de CO2 évitées/an (t)
Puissance en MW Date de démarrage du projet
120 MW
Projets en cours de développement ou en construction
Projets mis en exploitation Solaire 707 MW
2019
2021
2000 235 000 t
Ain Beni Mathar (centrale thermosolaire Onee)
Rabat
Fès
Meknès
Casablanca
Solaire
Midelt 180 MW
Éolien
Éolien 1207 MW
50 MW
Repowering Koudia El Baida
20 MW
2010
Noor Arfoud
40 MW
Noor Midelt II 400 à 800 MW
Safi
Béni Mellal Noor Midelt I
Essaouira
800 MW
Marrakech
Amougdoul (Essaouira) 60 MW 2007 156 000 t
Ouarzazate Agadir
Noor Ouarzazate 582 MW 2012
2018
888 539 t
Noor Zagoura 40 MW
Océan Atlantique 200 km
AUTRES PROJETS SOLAIRES RÉPARTIS ENTRE PLUSIEURS SITES Tiskrad 100 MW
Tarfaya 300 MW
2014 900 000 t
Laayoune Noor Laayoune I 85 MW 2017 Noor Boujdour I 20 MW 2017
2018
2018
Noor PV II : 800 MW, dans les provinces de : Laayoune, Boujdour, Taroudant, Kelaa des Sraghna, Khouribga, Lhajeb, Guercif, Sidi Bennour et Jerada Noor Atlas : 200 MW : Noor Tantan, Noor Tata, Noor Outat El Haj, Noor Ain Beni Mathar, Noor Boudnib, Noor Bouanane, Noor Enjil
104 276 t
23 855 t
SOURCE : MASEN
Boujdour 300 MW
60
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solaires marocaines capables de fonctionner quand le soleil est couché ou voilé, en moyenne entre trois et sept heures par jour à Ouarzazate. Après Noor Midelt I, l’agence devrait cette année lancer un appel d’offres pour le projet Noor Midelt II, aux technologies CSP et PV similaires. Sa capacité oscillera entre 400 et 800 MW. Masen va aussi piloter le projet Noor Atlas, qui devait être réalisé directement par l’Onee, qui a accusé un retard de plusieurs mois dans le lancement du chantier. Ce projet de
3 milliards de dirhams (279 millions d’euros) regroupe sept fermes solaires d’une capacité conjointe de 200 MW. En cours de réalisation et cumulant eux aussi plusieurs années de retard, les projets de Noor Tafilalet (120 MW), Erfoud (40 MW), Missour (40 MW) et Zagora (40 MW) représentent un coût total estimé à 1,3 milliard de dirhams. Du côté de l’éolien, les travaux du projet Repowering Koudia Al Baida ont débuté en 2019 et son entrée en service est prévue pour l’année prochaine. Le chantier est situé
dans une commune rurale de la région de Tanger-Tétouan réputée pour la qualité du vent. Autre chantier majeur, le projet Éolien intégré de 850 MW, estimé à quelque 11 milliards de dirhams, qui regroupe cinq parcs éoliens : Midelt avec 180 MW, Boujdour, 300 MW, Jbel Lahdid (à Essaouira), 200 MW, Tiskrad (à Tarfaya), 100 MW et Tanger II, 70 MW. En 2016, il a été remporté par le groupement constitué du marocain Nareva Holding (filiale du holding royal Al Mada) et de l’italien Enel Green Power, en partenariat avec l’allemand Siemens pour la fabrication des pales. Ces parcs doivent entrer en service à partir de 2021, le premier étant celui de Jbel Lahdid.
Par-delà les frontières, des projets au Sahel, à Djibouti, au Rwanda…
L’agence marocaine chargée de développer les énergies renouvelables sur le territoire national a également étendu son champ d’action géographique. Elle propose désormais ses services à plusieurs pays subsahariens qui souhaitent profiter de ce que la nature leur offre pour produire de l’énergie. Au Sahel, Masen a lancé avec la Banque africaine de développement l’initiative Desert to Power (lire ci-dessous). Plusieurs autres projets en matière
MASEN
Dossier Maroc Énergie SOLAIRE ET ÉOLIEN
Parc éolien de Tanger, géré par l’Onee.
d’énergies renouvelables ont aussi vu le jour plus au sud sur le continent. En 2019, Djibouti a fait appel aux équipes de Mustapha Bakkoury pour développer un projet solaire de 30 à 50 MW comprenant une capacité de stockage. Au Rwanda, Masen joue le rôle d’assistant à la maîtrise d’ouvrage pour la première phase du programme Nyabarongo II, un barrage et une centrale hydro électrique installés à Shyorongi et d’une capacité de 43,5 MW. L’agence marocaine conseille et accompagne également le Rwanda Energy Group lors des négociations avec
ÉLECTRIFIER LE SAHEL En 2018, Masen et la Banque africaine de développement (BAD) se sont associés pour lancer le projet Desert to Power, qui a pour ambition de développer la production d’énergie solaire dans les onze pays du Sahel. L’agence marocaine des énergies renouvelables va évaluer la ressource solaire disponible et les conditions techniques
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de déploiement de projets dans la région. Elle va aussi proposer des modèles de financement pour des projets potentiels. Près de 10 000 MW d’électricité solaire pourraient être produites pour approvisionner quelque 60 millions de personnes d’ici à 2030. La BAD a annoncé son intention de financer l’initiative à hauteur de
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20 millions de dollars, appelant d’autres institutions financières et fonds à se joindre à cette initiative. En septembre 2019, une réunion a rassemblé sur le sujet les ministres de l’Énergie de la Mauritanie, du Tchad, du Mali, du Burkina Faso, du Niger ainsi que l’ancien Premier ministre britannique Tony Blair. E.M.B.
l’entreprise chinoise Sinohydro, qui va investir 214 millions de dollars pour la construction de ce projet. En Zambie, Masen participe avec Zesco (gestionnaire de réseau en Zambie) au codéveloppement d’un programme énergies renouvelables de 450 MW (dont 200 MW d’énergie solaire, 150 MW d’éolien, ainsi que 100 MW d’hydraulique et de géothermique). Masen a clairement positionné le Maroc comme le pays clé dans les domaines du solaire et de l’éolien sur le continent, attirant la plupart des grands groupes internationaux du secteur, et développant une industrie et une expertise spécialisée à domicile. Le bilan de l’agence est salué par les spécialistes interrogés par JA, même si plusieurs projets, solaires notamment, sont en retard. Le rôle de Masen s’est étendu à toutes les énergies renouvelables, et son champ d’action dépasse dorénavant les frontières du Maroc pour des missions d’assistance technique et de conseil au sud du Sahara. Il reste toutefois encore une décennie de chantiers solaires, éoliens et hydrauliques pour parachever cette œuvre, en renforçant ses partenariats – notamment avec l’Onee – afin de parvenir en 2030 à couvrir plus de la moitié des besoins du Maroc grâce aux énergies renouvelables.
COMMUNIQUÉ
ENTRETIEN AVEC RAMSAY RANKOUSSI,
Vice President, Development, Middle East, Turkey and Africa, Radisson Hotel Group
Quels sont les changements et la future direction stratégique de Radisson Hotel Group ? En 2018, le groupe est devenu Radisson Hotel Group et a changé son positionnement grâce à un plan quinquennal pour devenir l’un des leaders mondiaux de l’hôtellerie. Son rachat en 2019 permet une plus grande flexibilité pour offrir les meilleures solutions à nos partenaires. Nous avons investi dans une nouvelle infrastructure, une nouvelle centrale d’achats, un site Web et une application mobile unique. Tout repose sur une architecture simplifiée : de l’accessible au luxe, des complexes hôteliers de loisir aux hôtels d'affaires et des solutions d'appart-hôtels. De nouvelles chartes techniques nous permettant d'accélérer la vitesse de construction pour chaque marque font de nous l'une des entreprises les plus compétitives avec des solutions optimisées créatrices de valeur.
RADISSON HOTEL GROUP Regional Office : Middle East & Africa PO BOX 72331 Dubai, UAE Tél. : (+971) 4 390 0070 Email : emeadevelopment @radissonhotels.com
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Quels sont les résultats en Afrique et en particulier en Afrique francophone sur 2019 ? En 4 ans, Radisson Hotel Group a doublé son portefeuille africain, avec 15 nouveaux projets hôteliers en 2019 . Nous avons ouvert 3 établissements en Afrique francophone en 2019 : Radisson Blu Hotel, Casablanca City Center au Maroc, Radisson Blu Hotel, Alger Hydra
Radisson Blu Hotel, Antananarivo Waterfront
en Algérie et Radisson Blu Hotel & Conference Center, Niamey au Niger. Le Maroc représente pour nous un des plus gros potentiels de croissance avec une ambition de 15 hôtels d’ici 5 ans. Nous souhaitons renforcer notre offre à Casablanca et introduire nos marques à Rabat, Tanger, Agadir et sur certaines destinations balnéaires ou culturelles. Après le succès de Radisson Blu à Marrakech et Casablanca, nous espérons introduire Radisson Collection dans la catégorie luxe dans ces deux mêmes villes tout en lançant Radisson RED, notre marque lifestyle.
Quels sont vos plans de développement et vos marchés cibles dans cette région ? Nous visons à ajouter plus d’une trentaine d’hôtels à notre portefeuille africain d'ici 2024, dont 65 % proviendront de nos nouvelles marques, en particulier Radisson, qui est positionné dans le segment 4 étoiles, faisant de la marque la solution la plus pertinente pour les centres urbains en Afrique. Nous avons identifié des pays prioritaires pour une expansion à grande échelle : le Maghreb, l’Égypte, la Côte d'Ivoire, le Sénégal, le Cameroun, la République démocratique du Congo, e t l’île Maurice. L’océan indien est un marché clé, avec un portefeuille actuel de sept hôtels opérationnels et en cours de développement.
JAMG - PHOTOS : D.R.
Radisson Blu Hotel, Casablanca City Center
Dossier Maroc Énergie
TAQAMOROCCO
JORF LASFAR
Taqa Morocco et l’Onee renouvellent leurs vœux L’émirati et l’organisme public ont reconduit le contrat portant sur la production de la centrale thermique emblématique qui fournit 40 % de l’électricité du royaume. EL MEHDI BERRADA
ne nouvelle page s’est ouverte depuis le début de l’année dans la relation entre Taqa Morocco, premier producteur d’électricité du Maroc, et l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (Onee). Les deux parties ont renouvelé le bail concernant la fourniture d’énergie électrique produite par les unités 1 à 4 (1 356 MWh) de la centrale thermique à charbon installée à Jorf Lasfar (à 130 km au sud de Casablanca, au bord de l’Atlantique). Ce nouvel accord prendra fin en même temps que celui concernant
U
les unités 5 et 6, qui produisent 700 MWh et ont coûté plus de 1,4 milliard d’euros. Jusqu’en 2044, Taqa Morocco, qui a réalisé 9,1 milliards de dirhams de chiffre d’affaires (837 millions d’euros) en 2019, va donc pouvoir faire jouer les synergies entre les six unités de Jorf Lasfar, qui s’étend sur une superficie de 60 hectares et consomme annuellement quelque 5,5 millions de tonnes de charbon. Le groupe va prendre en charge la modernisation et la valorisation de cette infrastructure entrée en exploitation en 1996 et qui fournit presque 40 % de la consommation marocaine
d’électricité. L’investissement global sur lequel les deux parties se sont mises d’accord atteint près de 450 millions d’euros. Pour rappel, les unités 1 et 2 ont été bâties par l’Onee, puis transmises à ABB Energy Ventures et CMS Generation, qui ont construit les unités 3 et 4 avant de tout céder en 2007 à Taqa Morocco. Actuellement, le fournisseur d’électricité et l’Onee sont liés par un contrat de take or pay. Autrement dit, l’autorité publique marocaine s’engage à rémunérer Taqa Morocco sur la base de la puissance disponible dans l’ensemble des unités de la centrale, et non pas en fonction de la demande.
Le complexe s’étend sur 60 hectares et consomme 5,5 millions de tonnes de charbon par an.
Taqa Morocco, filiale de l’émirati public Taqa (85,7 % du capital), revendique une capacité installée de 17 095 MW dans le monde, dont 2 052 MW au Maroc – mais aussi 1 037 MW aux États-Unis. « Ces contrats de long terme nous donnent de la visibilité pour lancer de nouveaux développements stratégiques, notamment en diversifiant nos sources d’énergie, en particulier dans
le renouvelable, et en vue d’une expansion africaine », se réjouit le Marocain Abdelmajid Iraqui Houssaini, le président du directoire de Taqa Morocco, qui, depuis Casablanca, regarde attentivement les opportunités de projets aussi bien dans le royaume qu’ailleurs sur le continent. Le développement des activités de la filiale marocaine de Taqa a été salué en Bourse. En 2013, les dirigeants de Taqa Morocco avaient réalisé la plus grosse IPO (introduction en Bourse) jamais enregistrée au Maroc depuis celle du promoteur immobilier Alliances Développement cinq ans plus tôt. Le producteur d’électricité valorisé alors à plus de 9 milliards de dirhams avait récolté environ 1 milliard de dirhams en cédant 9,47 % de son capital aux souscripteurs de la place de Casablanca. Plus de sept ans après, Taqa Morocco y pèse désormais plus de 21 milliards de dirhams.
BIENTÔT UN GENDARME DE L’ÉLECTRICITÉ Le royaume a entamé en 1994 une libéralisation graduelle du marché de l’électricité. À cette date, l’Onee (One, à l’époque) a perdu son monopole sur la production, puis, en 1997, celui sur l’acheminement. Outre Taqa Morocco, présent à Jorf Lasfar, d’autres producteurs indépendants ont émergé, notamment dans les énergies renouvelables, tel Nareva (filiale du holding royal Al Mada), ou le saoudien ACWA Power – tous deux sont liés à l’Onee à travers des contrats BOT (Build, Operate, Transfer) ou BOOT (Build, Own, Operate, Transfer). Attendue depuis 2016, l’Autorité nationale de régulation de l’électricité doit entamer son activité dans les mois à venir, ainsi que la loi de finance l’a enfin prévu. Ce gendarme devra fixer les tarifs et les conditions d’accès au secteur. E.M.B.