NOVEMBRE 2020
COVID-19 DIDIER RAOULT :
« Pourquoi l’Afrique s’en sort mieux que l’Occident » NO 3094 – NOVEMBRE 2020
RD CONGO
NOUVELLE ÈRE ? 30 PAGES
TÉLÉCOMS
Branle-bas de combat chez les opérateurs
TURQUIE
Bonjour l’Afrique Spécial 8 pages
MAROC-ALGÉRIE
JEUNE AFRIQUE N O 3 0 9 4
Algérie 420 DA • Allemagne 9 € • Belgique 9 € Canada /A 12,99 $CAN • Espagne 9 € • France 7,90 € Grèce 9 € • DOM 9 € • Italie 9 € • Maroc 50 MAD Pays-Bas 9,20 € • Portugal continental 9 € • RD Congo 10 USD Suisse 15 CHF • Tunisie 8 TND • TOM 1 000 XPF Zone CFA 4800 F CFA • ISSN 1950-1285
La guerre froide
FEMMES La fin du plafond de verre ?
Cheffes de gouvernement, dirigeantes d’institutions internationales ou de grandes entreprises… Elles sont de plus en plus nombreuses à occuper des postes jusque-là peu accessibles. Enquête sur ces Africaines qui bousculent les préjugés.
FOCUS CAMEROUN AGRIBUSINESS STRATÉGIE
Comment la Sodecoton relance la filière
152
no3094 – NOVEMBRE 2020
Poids lourd national de l’or blanc, la société a déjà obtenu la moitié des 65 millions d’euros nécessaires à la rénovation de ses installations. Un investissement indispensable pour répondre à la hausse de sa production depuis quatre ans.
P
OMER MBADI, À YAOUNDÉ
ISSOUF SANOGO/AFP
Dans un champ de coton du village de Djalingo, dans le nord du Cameroun.
rincipale agro-industrie du septentrion came rounais, la Société de développement du coton (Sodecoton) subit les effets de la crise sanitaire liée au Covid-19. En mai, au terme de la campagne de récoltes du cinquième producteur africain, il manquait plus de 50 000 tonnes par rapport à la même période en 2019, induisant une baisse non encore estimée du chiffre d’affaires et une augmentation des coûts de stockage, précise une source interne. Malgré les affres de la crise sanitaire, l’entreprise, détenue par l’État (59 %), AdvensGeocoton (30 %) et la Société mobilière d’investissement du Cameroun (Smic, 11 %), de Baba Danpullo, a réalisé une performance honorable sur l’année écoulée. En hausse de 18,6 % par rapport à 2018, son chiffre d’affaires s’est établi à 154,6 milliards de F CFA (235,7 millions d’euros), dont près de 85 % reposent sur la vente de la fibre de coton, tandis que l’entreprise réalise une troisième année bénéficiaire, avec 3,04 milliards de F CFA en 2019. Un bénéfice cependant en chute de 40 % par rapport à l’année précédente. Des chiffres validés lors du conseil d’administration du 27 juillet, qui viennent consolider son redressement. Car l’entreprise revient de loin. Une baisse des capacités de ses neuf usines d’égrenage et de ses deux huileries, couplée à la vétusté des camions de transport de l’or blanc et aux difficultés de la centrale hydroélectrique de Lagdo, avait considérablement allongé la durée des campagnes cotonnières entre 2013 et 2016. « À cette époque, elles se sont étalées sur deux cent cinquante jours, jusqu’en pleine saison des pluies, quand la durée normale d’une campagne est de cent cinquante jours. Ce qui est catastrophique pour le coton », se souvient un cadre de l’entreprise. Conséquence :
une perte en trois ans de 36,5 milliards de F CFA de fonds propres, réduits à 5 milliards de F CFA en 2016. Arrivé à la tête de la société en juin 2016, l’ingénieur agroéconomiste Mohamadou Bayero Bounou, ancien cadre de la maison, a mis sur pied un plan de redressement. Il négocie une convention de dettes croisées avec l’État, ce qui permet à Sodecoton d’empocher plus de 30 milliards de F CFA pour rémunérer les producteurs, et obtient un remboursement de crédit de TVA de 8,5 milliards de F CFA.
Avec 1,5 tonne à l’hectare, le Cameroun est le premier producteur du continent
Pour être en phase avec l’Ohada (Organisation pour l’harmonisation en Afrique du droit des affaires) concernant les fonds propres, une recapitalisation suivie d’une baisse du capital social, réalisée en 2018, a ramené celui-ci de 23 milliards à 1,5 milliard de F CFA. Ce qui s’appelle un « coup d’accordéon ». Une soixantaine de camions ont été achetés ainsi que des groupes électrogènes pour accroître les volumes traités par l’appareil industriel, qui passent de 50 % à 85 % de capacité pour les usines d’égrenage, et de 62 % à 90 % pour les huileries. Mieux rémunérés et encadrés, les producteurs ont augmenté leur productivité. Pour la campagne écoulée, le rendement a atteint 1,5 t à l’hectare – ce qui classe le Cameroun en tête des producteurs du continent devant le Bénin (à 1,1 t/ha) –, une amélioration due à l’accroissement des surfaces. Grâce au soutien de la BID, l’entreprise a pu distribuer 30 milliards de F CFA de crédits en intrants (pesticides et engrais) et en matériel aux cotonculteurs, ce qui leur permet de dégager 336 000 F CFA (512 euros) de marge brute à l’hectare, après remboursement du crédit. Cela s’est traduit par une progression de la production ces quatre dernières saisons, passée de 240 222 t à 328 448 t (+ 36,7 %). Fait significatif, la durée
no3094 – NOVEMBRE 2020
153
20 ans déjà que la Socapalm développe sa production d’huile de palme dans une logique de développement durable
La Société Camerounaise des Palmeraies (Socapalm), leader de la production d’huile de palme au Cameroun, fête cette année les vingt ans de son rachat par le Groupe Socfin. Durant ces deux décennies, l’entreprise s’est développée et a réussi à s’adapter aux défis qui se sont dressés devant elle, tout en intégrant les principes de développement durable et responsable de ses activités. La Socapalm gère des plantations sur une superficie totale de 34651 hectares répartis sur 6 sites. Elle emploie, tous statuts confondus, près de 5200 travailleurs et contribue à la sécurité alimentaire du Cameroun en produisant 40 % de l’huile de palme consommée. Une « success-story » expliquée en quelques lignes Depuis sa privatisation en 2000, l’entreprise a mis en œuvre des moyens considérables pour améliorer ses performances agronomiques, industrielles, financières mais également le climat social à l’intérieur et aux alentours des concessions. Ainsi, ce sont plus de 150 milliards de F CFA qui ont été investis au cours des vingt dernières années pour améliorer les structures de production, entretenir les moyens de communication, rénover les parcs immobiliers et soutenir les populations riveraines. D’autre part, l’entreprise s’est toujours engagée à fournir un salaire supérieur au minimum légal à l’ensemble de ses travailleurs à travers des revalorisations régulières de ses grilles salariales.
La production d’huile de palme à la Socapalm a également connu une augmentation spectaculaire puisque celle-ci est passée de 62 266 tonnes en 2000 à 140 349 tonnes en 2019. La Socapalm est ainsi devenue un acteur essentiel pour la sécurité alimentaire du pays. Pour arriver à ce résultat, le rendement a été optimisé via un programme continu de régénération des palmeraies. De nouvelles cultures
agricoles entrent en production chaque année, ce qui permet de garantir une augmentation continue de l’offre. Une nouvelle huilerie de 30 tonnes/heure a été construite en 2012 à Mbambou. Les cinq autres huileries sont scrupuleusement entretenues et modernisées afin de maintenir un processus d’extraction d’huile de qualité, qui soit également respectueux de l’environnement et assure un environnement de travail sûr pour les employés.
COMMUNIQUÉ Par ailleurs, un vaste plan de construction et de rénovation de logements a débuté en 2017 pour une durée de huit ans. Ainsi, environ 600 logements ont déjà pu être construits ou rénovés, et ce processus se poursuivra sur les quatre prochaines années.
En 2014, la Socapalm a été la première plantation d’huile de palme d’Afrique Centrale certifiée ISO 14001. Ce label a été renouvelé cette année dans sa dernière version : ISO 14001:2015. Différents audits et autres contrôles sont régulièrement effectués afin d’assurer le respect de ces normes. En 2017, l’entreprise a entamé son processus d’adhésion à la certification RSPO (Roundtable on Sustainable Palm Oil) avec la mise en place de ses procédures et exigences spécifiques. Dans ce cadre, la Socapalm, la Safacam et le WWF travaillent ensemble auprès des communautés riveraines et autres parties prenantes en organisant des réunions d’information auprès des populations. Des études scientifiques d’identification des zones HVC (Hautes Valeurs de Conservation) ont également été menées sur tous les sites, permettant de mettre en évidence les zones environnementales à préserver et à protéger : des zones dans lesquelles se trouvent une faune et une flore des plus diversifiées.
C’est donc tout naturellement que la Socapalm leur apporte son soutien, notamment en offrant un « paquet minimum » de rentrée, permettant aux établissements scolaires des plantations, mais également à ceux situés aux alentours, de disposer de matériel didactique pour démarrer l’année. D’autres types de supports sont apportés ponctuellement en fonction des besoins, tels que : la construction de nouvelles salles de classe, la rénovation des locaux, la donation d’autres fournitures comme des bancs d’école, et enfin, la prise en charge d’une partie du salaire des enseignants. La création de centres de loisirs est engagée sur tous les sites ainsi que la mise à disposition de clubs multisports et de matériel sportif pour diverses activités (football, basketball, volleyball, handball, tennis, etc.). Des activités sportives organisées pour les travailleurs. La Socapalm a d’ailleurs accueilli, en 2019, son second tournoi de football « inter-plantation » : PALMFOOT. L’occasion pour les participants de se réunir et de se divertir dans un contexte non-professionnel. Un partenariat avec les planteurs
Des centres médicaux sont présents sur chacun des sites permettant aux travailleurs et à leurs familles de bénéficier d’une prise en charge médicale gratuite. Les soins externes (ne pouvant donc pas être effectués dans ces structures) sont pris en charge à 80 %. Ce sont, au total, environ 14 000 personnes qui peuvent bénéficier de la prise en charge médicale mise à disposition par la société.
Un appui dans la lutte contre la Covid-19 Enfin, il est essentiel de mentionner les mesures de protection mises en place par la Socapalm pour ses employés, leurs ayant-droits et les populations riveraines dans le cadre de la lutte contre la Covid-19, comme la contribution à hauteur de 50 000 000 F CFA faite au Fonds National de Lutte contre le coronavirus du Cameroun, la distribution de masques réutilisables, la distribution de stations de lavage des mains, les multiples sensibilisations auprès des travailleurs et populations villageoises, la distribution d’équipements de protection individuelle aux équipes médicales, etc. Et ceci, sans parler du fait que l’entreprise a pu conserver des niveaux de performance élevés en dépit des circonstances. L’activité du palmier n’a subi aucun jour d’arrêt de production et d’exploitation. Le succès de l’entreprise au cours de ces vingt dernières années est donc le résultat des investissements stratégiques considérables de modernisation et d’innovation dans différents secteurs, mais aussi et surtout de la place prépondérante consacrée au personnel et aux populations environnantes. La Socapalm continuera sur la même lancée afin de pérenniser cette évolution positive dans le futur.
SOCAPALM - PRODUCTION D'HUILE DE PALME
tonnes
L’engagement social de l’entreprise Les conditions de vie des travailleurs et de leurs familles étant au centre de ses préoccupations, la Socapalm ne cesse de mettre en œuvre les moyens pour les améliorer.
L’entretien de relations paisibles avec les populations riveraines, leur apportant des bénéfices visibles, est également l’un des
Ainsi, depuis plusieurs années, la Socapalm travaille en partenariat avec les planteurs villageois riverains de l’entreprise, par le biais de la collecte de leurs régimes, la mise en place ou la réhabilitation de pistes agricoles, la fourniture d’une assistance technique agronomique et d’outils agricoles ou d’engrais à la demande et, bien entendu, le paiement selon un prix progressif et transparent des productions. On notera ainsi une progression constante des volumes achetés d’année en année, atteignant 140 300 tonnes d’huile de palme en 2019.
Poly. (Production d’huile de palme)
JAMG - Photos : D.R. (sauf flacon © master1305 / Freepik)
Une gouvernance responsable
L’aspect social ne peut être abordé sans traiter les questions d’éducation. En effet, les 52 écoles situées au sein des plantations accueillent actuellement près de 9 800 élèves.
piliers de l’engagement de la Socapalm pour son intégration dans ses régions hôtes.
FOCUS CAMEROUN AGRIBUSINESS
COTON
de la campagne a été ramenée à une moyenne de cent quatre-vingts jours, et l’objectif de cent cinquante jours est à portée si l’effort d’aménagement des voies d’évacuation de la fibre se poursuit. Des données qui masquent un problème structurel. Faute d’investissements suffisants, l’outil industriel vieillissant a de plus en plus de mal à absorber cette production en croissance, dont le nouvel horizon est d’atteindre 600 000 t en 2025. La Sodecoton, avec ses 5 500 employés, dont 2 000 permanents, fait actuellement face à une contrainte qui suscite de l’inquiétude au sein de la filière.
À la recherche de 30 millions d’euros pour une troisième huilerie
« Le parc de production n’a pas été renouvelé depuis 1960. Nous produisons 400 000 t de coton par an, mais la Sodecoton ne peut pas nous accompagner pour collecter, égrener et commercialiser les productions à temps », déplore à Bebnone Payounni, vice-président de la Confédération nationale des producteurs de coton du Cameroun (CNPC), forte de 250 000 membres.
« Le relèvement des capacités nous permet d’absorber 340 000 t pour l’égrenage. Nous pouvons pousser l’outil actuel jusqu’à 400 000 t, mais ce serait risquer d’achever des machines déjà sursollicitées », renchérit le cadre de Sodecoton contacté. L’entreprise recherche 43 milliards de F CFA pour résoudre cet épineux problème. Environ la moitié, soit 34 millions d’euros, devrait provenir de l’Union européenne par l’intermédiaire d’un don de 9 millions pour construire des centrales solaires et d’un prêt de la BEI de 25 millions d’euros pour les deux usines d’égrenage supplémentaires dont la Sodecoton a tant besoin. Les 30 millions d’euros supplémentaires doivent en principe servir à la réalisation d’une troisième huilerie, qui ferait passer la production de 1,2 million de cartons actuellement à 1,7 million. L’entrée en activité de ces nouvelles structures à la date initialement prévue – 2021 – est pour le moment compromise du fait des délais de conclusion des prêts qu’imposent souvent les institutions de financement de développement. À moins qu’un nouvel investisseur ne se présente.
C
«
ela ne passera pas. Et s’il le faut, nous allons saisir le président », affirmait au début de juillet un parlementaire de la région du Nord quelques jours après qu’Abbas Jaber, patron d’Advens, eut rencontré le Premier ministre, Joseph Dion Ngute, et le secrétaire général de la présidence, Ferdinand Ngoh Ngoh. La pression des barons politiques du Nord aurat-elle fini par payer ? L’entretien prévu le 10 juillet entre le président Paul Biya et Jaber a été annulé à la dernière minute par le chef de l’État. Détenteur de 30 % de la Sodecoton à travers sa filiale Geocoton, le groupe français veut monter dans le capital de l’entreprise à hauteur de 51 %. En contrepartie, Abbas Jaber s’engage à investir 60 milliards de F CFA (91,5 millions d’euros) pour
156
no3094 – NOVEMBRE 2020
remettre l’outil de production à niveau. La pilule a du mal à passer auprès d’une élite du septentrion qui a mal vécu, il y a plus de deux décennies, le fait d’être empêchée de prendre des parts du capital de la Sodecoton, un emblème économique et politique du nord du pays. Certains barons du cru, à l’instar de l’ancien monarque (lamido) de Rey-Bouba, de l’ancien Premier ministre Sadou Hayatou ou de l’actuel président de l’Assemblée nationale, Cavaye Yéguié Djibril, avaient tenté une prise de contrôle de la société cotonnière à la faveur d’une opération de privatisation en 1998. Cela leur avait été refusé par la présidence. Seul Baba Danpullo, originaire d’une autre région, le Nord-Ouest anglophone, avait pu à l’époque acquérir 11 % des parts. Abbas Jaber, échaudé par la tentative ratée en 2018 de prise de contrôle
BRUNO LEVY POUR JA
Privatisation Abbas Jaber face aux barons du septentrion
Abbas Jaber, le président d’Advens-Geocoton.
de CotonTchad – que lui avait soufflée le singapourien Olam –, avance avec prudence sur ce dossier sensible. Ses équipes continuent de déminer le terrain discrètement, et il a mis entre parenthèses la présentation de son business plan à Yaoundé dans le courant de septembre. O.M.
COMMUNIQUÉ
Complexe agro-industriel de production et de transformation du palmier à huile dans les localités de CAMPO et NIETE
CAMVERT SORT DE TERRE
Le 12 septembre, l’entreprise Cameroun Vert SA (CAMVERT) a enterré les premiers plants de ce qui est appelé à devenir l’une des plus grandes palmeraies d’Afrique centrale, à l’horizon 2033. Lancé fin 2019, le projet s’est vite matérialisé, sous la direction de M. ABOUBAKAR AL FATIH, opérateur économique camerounais.
◊ d’une palmeraie industrielle de 50 000 ha, soutenue par des palmeraies communautaires de 5 000 ha pour les riverains (Plantations individuelles, associatives, coopératives ou communales), sous contrat avec CAMVERT ; ◊ de 3 unités de transformation d’une capacité minimale chacune à termes de 60 000 tonnes d’huile de palme et de 10 000 tonnes d’huile de palmistes ; ◊ de 3 centrales à cogénération d’une capacité chacune de 6 720 Kwe et de 24 t/h de vapeur pour les utilités énergétiques ; ◊ de 3 centrales de traitement des eaux usées par anaérobie ; ◊ Une unité de traitement de la biomasse pour la production des chips et des pellettes. Ce projet structurant générera près de 8 000 emplois directs et 15 000 emplois indirects et, aura un effet réducteur substantiel sur les importations en matière d’huile de palme dont, un effet direct sur l’amélioration de la balance commerciale du Cameroun. L’ensemble du projet porte sur un investissement de 237 milliards de francs CFA. La Société CAMVERT va produire chaque année 180 000 tonnes d’huile de palme, plus 16 000 tonnes d’huile de palmiste à partir de 2033. L’ensemble de la production sera réservée au marché national, pour satisfaire la demande en huile raffinée, en savons et autres produits dérivés, en forte augmentation à travers le pays. Les retombées économiques et sociales du projet sont énormes. Plus de 700 personnes sont déjà à pieds d’œuvre dans la palmeraie. La population locale bénéficiera également des revenus supplémentaires
tirés des palmeraies communautaires, ainsi que des infrastructures de santé et d’éducation, dont un centre de formation aux métiers du palmier annoncé. Sur le plan social, il faut noter la signature des cahiers des charges entre CAMVERT et les communes de Campo et Niété ainsi que tous les groupements de la localité. Un protocole de collaboration entre CAMVERT et les OSC Campo-Ma’an a été également signé. Ce protocole permettra à ces ONG de suivre le strict respect des dispositions des cahiers des charges signés avec les Communautés. Au-delà de toutes ces conventions, un mémorandum d’entente entre le MINFOF et CAMVERT est en cours de négociation pour la gestion durable de la biodiversité. Sur le plan de la mise L’émancipation de la femme au cœur des en œuvre des cahiers préoccupations de CAMVERT. Les femmes des charges, la société de CAMVERT, le 8 Mars 2020 à Kribi. CAMVERT a déjà développé des plantations communautaires pour le compte de la commune de CAMPO, le groupement MVAE et le groupement IYASSA. Des sociétés coopératives de gestion de ces plantations ont été créées. Ceci montre l’étroite collaboration existante entre CAMVERT et les communautés locales. Le Projet CAMVERT est un joyau pour le Cameroun en raison des retombées économiques multiformes qu’il se propose d’engranger à court, moyen et long terme, s’agissant notamment de la création d’emplois et de la richesse, de l’inversion du déficit de la production nationale d’huile de palme, et de la balance commerciale afférente. Cette structure, pilotée par une équipe jeune et dynamique, propose des solutions innovantes en matière de préservation de l’environnement.
• CAMVERT, Siège Tsinga à coté de NSIA Assurance, BP 35 450 Yaoundé ‚ (+237) 697 090 708 \ info@camvert.cm
www.camvert.cm
JAMG - Photos : D.R.
Le projet CAMVERT envisage de mettre en place un complexe agro-industriel structuré autour :
FOCUS CAMEROUN AGRIBUSINESS
L’INFOGRAPHIE
Grenier de la Cemac
SOURCE : FAO
SOURCE : FAO
Au début d’avril 2020, à la suite de la VALEUR DE LA PRODUCTION EXPORTATIONS fermeture par Libreville de sa frontière AGRICOLE DE LA CEMAC CAMEROUNAISES avec le Cameroun en raison de (en %, 2018) VERS LES PAYS CEMAC Guinée l’épidémie de Covid-19, le prix des équat. (en milliards de F CFA, 2019) 100 0,5 denrées alimentaires est allé jusqu’à 42 % Centrafrique 8,4 doubler au Gabon. Avec une économie Gabon 2,6 orientée vers l’extraction pétrolière, Congo 3,6 Tchad le pays, très urbanisé (à 90 % 65,9 80 en 2019), fait venir des pays voisins une bonne part de ses produits alimentaires Tchad 32,6 – essentiellement du 60 manioc, des bananes, des tomates et des piments – 6 % Guinée équat. Total 9,9 pour ses 2,1 millions 158,2 d’habitants. Les seules milliards de F CFA exportations camerou40 naises officiellement Congo enregistrées au Gabon ont 17,7 Cameroun Centrafrique 11 % 52,3 représenté quelque 41,2 23 milliards de F CFA en 20 Gabon 23,5 2019 (35 millions d’euros), 26 % chiffre qui n’inclut pas les volumes informels, importants mais difficilement quantifiables. 15 % 0 Les infographies ci-contre le montrent : le Cameroun – dont le premier client SOURCE : INS DU CAMEROUN régional est le Tchad – est incontestablement le grenier de la zone Cemac. VALEUR DES EXPORTATIONS AGRICOLES DE LA CEMAC (en millions de dollars) Le pays mérite son surnom d’Afrique en miniature, qui lui a été donné pour la Cameroun Congo Gabon Guinée équat. Centrafrique Tchad variété de son climat et de sa 1 500 végétation. Selon la FAO, la valeur de sa production agricole pèse plus de la moitié de celle de la région (52,3 %). 1 200 Le déséquilibre est encore plus fort à l’export, du fait de la performance de ses grandes filières agricoles, banane 900 et coton en tête. Toujours selon la même agence de l’ONU, les exportations agricoles du Cameroun ont atteint 600 1,2 milliard de dollars en 2017, ce qui représente 88 % de la valeur de celles de toute la région Cemac. 300 CHRISTOPHE LE BEC
0
158
no3094 – NOVEMBRE 2020
2009
2010
2011
2012
2013
2014
2015
2016
2017
COMMUNIQUÉ
Nana Bouba Group, acteur stratégique du développement de l’agroalimentaire au Cameroun Nana Bouba Group est engagé dans une stratégie d’investissements pour renforcer ses capacités de production et accroître les flux d’exportation vers les pays voisins. Au total, 2 500 créations d’emplois sont prévues d’ici 2025. Opérationnelle depuis 2015, la holding Nana Bouba Group rassemble de grandes entreprises qui ont fait leurs preuves dans le paysage camerounais des affaires. Celles-ci se retrouvent dans plusieurs secteurs d’activités : industrie, distribution, BTP, immobilier et agriculture. Plusieurs investissements de grande envergure sont actuellement en cours de réalisation.
Huile de palme : répondre à une demande en forte croissance Au sein du pôle industriel, le groupe a engagé des investissements importants afin d’accroître la capacité de raffinage d’huile de palme de la société Azur S.A. Une deuxième unité de raffinage permettant de quintupler la capacité actuelle est actuellement en construction. Elle sera opérationnelle à la fin de 2021. Grâce à cet investissement, la capacité de production actuellement sera multiplié par cinq.
Augmenter la capacité de production du concentré de tomate Un autre projet important concerne le doublement de la capacité de production de concentré de tomate de la société SAGRI SA, qui fait partie également du pôle industriel. Grâce à une technologie de pointe, l’usine, située à Douala, sera en mesure de doubler sa capacité de production d’ici fin de 2021. Cette extension permettra de couvrir une demande qui est en forte expansion sur le marché camerounais mais également sur le marché tchadien.
Un pôle agricole émergent Nana Bouba Group souhaite développer la production agricole et a lancé un projet ambitieux de plantation de 20 000 hectares de palmiers à huile sur une période de huit ans. La société GREENFIL SA, créée en 2013 conduit cette activité qui est implantée à Yabassi, dans le département du Nkam (région du Littoral). L’objectif final est de sécuriser les approvisionnements tout en garantissant la provenance éco-responsable de l’huile de palme. Un millier d’hectares ont déjà été plantés.
La société Azur SA, spécialisée dans la fabrication de savon de ménage, d’huile de table raffinée et de glycérine, a mis l’accent sur la qualité de ses produits et l’efficacité de ses services de distribution, ce qui a permis à la marque de savon Azur d’être leader sur le marché national et appréciée dans les pays voisins. La société a développé les opérations d’exportations vers le Tchad et une présence accentuée dans les autres pays de la zone Cemac (Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale).
Un pôle de distribution de plus en plus moderne
La mise en service de la 2e raffinerie permettra de faire face à une demande en évolution croissante et de mieux couvrir les besoins des clients sur l’ensemble du territoire du Cameroun. Par ailleurs, la société Azur SA envisage d’exporter vers la République centrafricaine (RCA).
La société alimentaire du Cameroun (SOACAM) créée en 1991 avec un réseau de distribution bien étoffé sur le territoire camerounais et dans la zone CEMAC se modernise avec sa nouvelle branche d’activités de supermarché « BEL ACHAT ».
Renforcer l’export
JAMG - PHOTOS : D.R.
La société exporte régulièrement vers le Congo, le Gabon, le Nigéria et le Tchad. L’objectif est d’attaquer de nouveaux marchés, notamment la République démocratique du Congo, et de renforcer la présence de la marque au Nigéria, un marché de grande importance compte tenu de sa population (plus de 200 millions d’habitants). Cette stratégie prendra appui sur les facilités douanières offertes par la future zone de libreéchange continentale africaine.
Le groupe compte également développer les exportations de savon de ménage fabriqué par la société IBI SA dans son usine située en zone franche dans la Dibamba. Cette unité, qui est opérationnelle depuis 2018, est dédiée exclusivement à l’exportation.
Au total, grâce à ces différents investissements, ce sont près de 2 500 emplois qui devraient être créées d’ici 2025. Nana Bouba Group devrait ainsi renforcer son positionnement comme acteur clé de l’industrie agroalimentaire mais aussi contribuer au développement économique et social du Cameroun.
SOACAMBuilding,MarchéCongo3e étage-BP3031Douala,Cameroun-Tél.:(237)696004082/699962910-E-mail:informations@nanaboubagroup.com- www.nanaboubagroup.com
FOCUS CAMEROUN AGRIBUSINESS
BANANE
l’ambassadeur de l’UE au Cameroun, Hans-Peter Schadek. La décision de l’Union européenne permettra d’achever la remise en plantation de 414 hectares de l’entreprise publique, dont les fruits sont attendus courant novembre, mais aussi l’aménagement de 554 ha par les Plantations du Haut-Penja (PHP, groupe Compagnie fruitière, à Marseille), le premier producteur du pays. Elle offrira aussi l’occasion de boucler, le mois prochain, la modernisation du terminal fruitier du port de Douala pour peu que la crise sanitaire ayant affecté les ouvriers et retardé l’acheminement du matériel ne fasse pas des siennes.
RENAUD VANDERMEEREN
Les producteurs espèrent retrouver le lustre des années 2012-2016. Ici, une plantation à Tiko, province du Sud-Ouest.
En quête d’une nouvelle dynamique
L
OMER MBADI, À YAOUNDÉ
’horizon s’éclaircit sous le ciel de la filière camerounaise de la banane. Tout d’abord, la Cameroon Development Corporation (CDC), deuxième producteur du pays, a repris ses exportations en juin, après une interruption de près de deux ans due à la crise sécuritaire dans les régions anglophones, où se situent ses plantations.
Ensuite, l’Union européenne a accédé à la demande de Yaoundé de proroger jusqu’en 2022 les mesures d’accompagnement banane (MAB), son programme de soutien à la compétitivité de la filière, pour la période 2013-2022, de 48 millions d’euros, dont moins de la moitié a été utilisée. « La plupart de nos financements à la CDC avaient été suspendus à sa demande, quelque 80 % des montants lui revenant au titre du programme restent à décaisser », indique
Le retour de la CDC, un acteur de poids
Avec ce retour d’un acteur de poids et les résultats des investissements consentis, la filière espère retrouver le lustre qu’elle avait acquis entre 2012 et 2016, période pendant laquelle elle avait connu une croissance de 6 % de son chiffre d’affaires annuel. En 2015, le Cameroun avait momentanément ravi à la Côte d’Ivoire la première place des producteurs africains grâce à une production culminant à 278450 tonnes. Deux années plus tard, ses exportations avaient atteint un pic de 387000 t. Mais, depuis 2017, la crise sécuritaire qui affecte tous les membres de l’Association bananière du Cameroun (l’Assobacam comprenant, outre la CDC et PHP, Boh Plantations Ltd, de l’entrepreneur camerounais Njong Eric
un raccourcissement des crédits de TVA et un réexamen de la taxe mensuelle sur le chiffre d’affaires, passée en 2015 de 1,1 % à 2,2 %.
à proportion. Avec 180 000 t exportées (en tonnes, en 2019) par an, l’impact pour 1 Côte d'Ivoire 339 297 PHP serait une perte 2 Cameroun 188 566 immédiate de 13 millions d’euros, pour 3 Ghana 85 118 un chiffre d’affaires 4 Angola 4 889 de 115 millions d’euDes menaces sur 5 Afrique du Sud 125 ros. Il est peu probable le marché européen 6 Ouganda 123 que nous puissions Mais des menaces exté7 Madagascar 59 y survivre », prérieures pèsent aussi 8 Mozambique 22 vient Pascal Ferrier, beaucoup sur l’avenir, 9 Rwanda 2 qui compte sur émanant du marché le plaidoyer mené à européen, qui absorbe Bruxelles par l’Association des la quasi-totalité de la production producteurs africains de bananes. camerounaise. L’UE n’a pas abanLe maintien par l’UE des droits de donné l’idée de faire descendre le douane sur la banane dollar d’Améprix plancher payé aux producteurs rique latine – que ne supportent pas d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique les producteurs ACP – semble acquis (ACP), actuellement de 75 euros la pour l’instant, mais ne le sera sans tonne. « Nous travaillons depuis pludoute pas éternellement. D’ici à leur sieurs exercices à marge nulle, voire suppression, il faudra que la filière négative. La baisse de cette protecbananière camerounaise se soit tion engendrerait mécaniquement trouvé un second souffle. une chute de notre chiffre d’affaires
Exportations de bananes dans l'UE
SOURCE : COMMODAFRICA
Njong), couplée à des conditions climatiques et à des prix peu favorables, a sonné le glas de cette belle dynamique. En deux ans, les exportations dans l’UE ont chuté de plus de 60 %, pour être ramenées à 188566 t en 2019. Pour atteindre l’objectif ambitieux de 500 000 t en 2025 que s’est fixé le gouvernement, la filière espère un plan de relance qui tarde à prendre corps. « Il est impératif de mettre en place un dispositif d’allègements fiscaux au niveau national pour cette filière, sensible à des risques climatiques, sécuritaires et économiques auxquels échappent les concurrents latino-américains », soutient le directeur général de PHP, Pascal Ferrier. « En comparaison avec d’autres pays producteurs africains, comme le Ghana et la Côte d’Ivoire, l’environnement fiscal de la filière au Cameroun n’est pas le plus favorable », confirme Hans-Peter Schadek. L’allègement sollicité par les membres d’Assobacam passe par
SEMENCES DE HAUTE QUALITÉ POUR L’AFRIQUE ET LES ZONES TROPICALES Distribuées dans 54 pays
Depuis 1985
Semences innovantes et de qualité
Variétés traditionnelles et mondialement cultivées
500 variétés
Leader des semences tropicales
Membre du groupe Novalliance
67 partenaires commerciaux Données au 01/01/2020
www.technisem.com