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JA 3038 DU 31 MARS AU 6 AVRIL 2019

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ALGÉRIE LA CHUTE DE LA MAISON BOUTEFLIKA

BUSINESS Dans les coulisses de l’

à Kigali

HEBDOMADAIRE INTERNATIONAL NO 3038 DU 31 MARS AU 6 AVRIL 2019

• 25e commémoration du génocide • Crises ouvertes avec l’Ouganda et le Burundi • Macron • Tshisekedi • Opposition • Libertés • « Gay rights », etc. Interview exclusive

Kagame

« Le Rwanda est allé au-delà de l’imaginable » ÉDITION INTERNATIONALE ET AFRIQUE SUBSAHARIENNE

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A0 France 3,80 € Algérie 290 DA Allemagne 4,80 € Autriche 4,80 € Belgique 3,80 € Canada 6,50 $ CAN Espagne 4,30 € Éthiopie 67 birrs Grèce 4,80 €

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Guadeloupe 4,60 € Guyane 5,80 € Italie 4,30 € Luxembourg 4,80 € Maroc 25 DH Martinique 4,60 € Mayotte 4,60 € Norvège 48 NK Pays-Bas 5 €

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Portugal cont. 4,30 € Réunion 4,60 € RD Congo 6,10 $ US Royaume-Uni 3,60 £ Suisse 7 FS Tunisie 4 DT USA 6,90 $ US Zone CFA 2 000 F CFA ISSN 1950-1285


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Béchir Ben Yahmed bby@jeuneafrique.com

Samedi 30 mars

Qu’attendre du mois d’avril?

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evant nous un mois d’avril chargé. Des événements de grande importance sont annoncés sur tous les continents ou presque. Auxquels il me paraît prudent d’ajouter l’imprévu. Les derniers jours de mars ont été eux-mêmes fort chahutés. Mais ce qui nous attend en avril est formidable. Je n’évoquerai ci-dessous que les événements qui nous concernent de près, risquent d’avoir sur nous des effets bénéfiques ou néfastes.

D’abord, ce fameux Brexit, dont on nous rebat les oreilles depuis plus de deux ans. Le 23 juin 2016, les Britanniques ont en effet voté, à une courte mais indiscutable majorité – inégalement répartie entre les composantes du Royaume-Uni –, en faveur du divorce avec l’Union européenne. Dans les années 1960, ils avaient supplié qu’on les acceptât comme membres de cette union. Ce à quoi, en 1973, a consenti Georges Pompidou, successeur

du général de Gaulle, qui, lui, avait dit et répété: « Non et non. » C’est en avril que le divorce, qui entre dans sa phase cruciale, risque d’être prononcé. Attendezvous à du « bruit et de la fureur » et au départ probable de l’incompétente Theresa May, Première ministre du Royaume-Uni. Le fameux 10 Downing Street va devoir changer d’occupant. Je n’exclus pas que le RoyaumeUni se ravise et, par le biais d’un référendum, dans quelques mois, dise que, réflexion faite, il veut rester dans cette Union européenne qu’il a tant vilipendée. Ce serait un remariage après un semi-divorce… Quoi qu’il en soit, ce royaume qui, dans les années 1950, « a perdu un empire et n’a pas trouvé de rôle », poursuit sa dérive vers le statut d’ex-grande puissance vouée au déclin… Nous avons appris, fin mars, que « l’État islamique en Irak et au Levant » avait été vaincu, que ses derniers combattants avaient été tués ou s’étaient rendus. Ses dirigeants, au premier rang

desquels Abou Bakr al-Baghdadi, avaient proclamé, le 29 juin 2014, l’instauration d’un « califat ». Ils ont séduit, ils ont terrorisé, mais ils ont fini par être défaits après avoir fédéré le monde entier contre eux. Leur emprise sur une partie de l’Irak, dont la grande ville de Mossoul, et sur le nord de la Syrie aura tout de même duré cinq ans. Mais où est passé leur chef, Baghdadi, qui s’est fait appeler « le calife Ibrahim »? Où sont ses compagnons? La coalition ne les a ni tués ni faits prisonniers. Elle ne sait pas, ou ne dit pas, où ils ont fui et ce qu’ils sont devenus. On en est donc réduit à spéculer sur ce qu’ils vont faire et sur ce qui leur reste comme pouvoir de nuisance. Gageons qu’ils feront parler d’eux et qu’on en saura plus dès ce mois d’avril. Très certainement, Donald Trump, lui, fera parler de lui en avril plus encore qu’en mars. Il a été le premier à annoncer que le rapport Mueller, qui vient d’être remis au ministère de la Justice, l’absolvait en le lavant de tout soupçon de collusion avec la Russie, et le premier à proclamer que lui et ses alliés avaient vaincu l’État islamique. Comme avant lui George W. Bush, il a dit, en somme, « mission accomplie », mais il est probable que l’avenir le démentira comme il a démenti G. W. Bush. jeuneafrique no 3038 du 31 mars au 6 avril 2019

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Ce que je crois

HUMOUR, SAILLIES ET SAGESSE La caractéristique principale de Donald Trump est d’oser ce que les autres n’osent pas : discuter d’égal à égal avec le dictateur de la petite Corée du Nord, reconnaître Jérusalem comme la capitale d’Israël et y transférer l’ambassade des États-Unis, entériner l’annexion par l’État hébreu du Golan. Peu lui importe si ces initiatives sont bénéfiques ou nuisibles pour les États-Unis et le monde. Il lui suffit de croire que lui peut en tirer profit. Il a donc annoncé, fin mars, que le Golan syrien, occupé par Israël depuis 1967, était définitivement acquis à l’État hébreu (qui d’ailleurs l’avait annexé dès 1981). Benyamin Netanyahou, Premier ministre d’Israël, s’est déclaré ravi et a remercié Donald Trump de ce soutien à lui-même et à son pays, lequel a ainsi « complété sa victoire militaire par une victoire diplomatique ». On verra le 9 avril au soir si le geste de Donald Trump aura permis à son ami Benyamin Netanyahou de remporter les élections législatives anticipées qui se tiendront ce jour-là. Si Netanyahou en sort vainqueur, il rempilera au poste de Premier ministre malgré ses démêlés avec les juges, qui veulent le mettre en examen. S’il est battu, la justice israélienne se saisira de son cas. C’est le 28 avril que s’achève le quatrième mandat d’Abdelaziz Bouteflika, 82 ans et président de l’Algérie depuis vingt ans. Ce quatrième mandat était de trop: tout le monde le savait ou le sentait. Mais personne, y compris nous-mêmes, n’avait rien dit. Les Algériens, eux, s’en sont sentis humiliés et, à la perspective 4

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d’un cinquième mandat, se sont rebiffés: trop c’est trop! Tout au long du mois de mars, en manifestant pacifiquement dans les principales villes du pays, des dizaines de milliers d’Algériens ont dit qu’ils voulaient « le changement maintenant ». Ils en ont assez d’un président invisible, diminué par la maladie, usé par vingt ans de pouvoir et dont le nom et le passé couvrent les excès d’un entourage honni par la majorité des Algériens. Ces derniers ont fini par comprendre, et refusent désormais que cet entourage de quelques personnes exerce pour le président et en son nom la réalité du pouvoir. Il reste à peine un mois pour trouver et mettre en place une autre formule de transition, plus acceptable que celle proposée le 11 mars au nom de Bouteflika par ses proches. Ce cercle de quelques hommes qui gouvernent l’Algérie en s’abritant derrière Bouteflika avait déjà fait la concession de renoncer au cinquième mandat de l’actuel président. Le 26 mars, un des membres les plus éminents de ce proche entourage, le général Ahmed Gaïd Salah, 79 ans, et qui doit à Abdelaziz Bouteflika d’avoir été maintenu à son poste de chef d’état-major de l’armée, en a fait une autre de taille : que l’actuel président soit déclaré, pour cause de maladie, inapte à la fonction et remplacé. Comme on le voit, la formule de sortie de crise s’esquisse. On peut donc espérer que, sauf accident, sera trouvée dans les prochaines semaines la solution qu’on cherche et qui pourrait conduire à la IIe République algérienne.

Pour vous faire sourire, grincer des dents – ou réfléchir –, ici, chaque semaine, une sélection subjective, la mienne, de ce qui a été dit ou écrit au cours des siècles par des hommes et des femmes qui avaient des choses intéressantes ou drôles à nous dire. B.B.Y.

La responsabilité est le prix à payer du succès. Winston Churchill

Les médias reflètent ce que disent les gens, les gens reflètent ce que disent les médias. Ne va-t-on jamais se lasser de cet abrutissant jeu de miroirs ? Amin Maalouf Un vieux assis voit plus loin qu’un jeune debout. Maxime africaine

C’est quand on commence à payer des pensions alimentaires qu’on se rend compte à quel point un mois ça passe vite. Jean Yanne

Rien ne fait plus souffrir que d’aimer. Rien. Il faudrait ne pas aimer pour ne pas souffrir. Yasmina Reza

Quand t’es à la retraite, c’est pas la peine d’avoir une montre qui marque toutes les heures, tu mets « matin, midi, soir », ça suffit. Les Nouvelles Brèves de comptoir

Il y a des femmes que l’on n’écoute que d’un œil. Gilbert Cesbron

Les mouvements totalitaires sont des organisations massives d’individus atomisés et isolés. Hannah Arendt

Qui n’a pas les moyens de ses ambitions a tous les soucis. Talleyrand


COMMUNIQUÉ

SCTP-MGT

F

ort de ses 13 450 km de voies navigables, le fleuve Congo et ses affluents assurent naturellement et historiquement la desserte de toutes les provinces de la RDC. De l’océan à Matadi, le fleuve permet aux navires d’emprunter son cours sur un parcours d’environ 137 kilomètres. Cependant entre Matadi et Kinshasa (350 km) le fleuve est inaccessible dans cette portion, par les monts de Cristal, il creuse une gorge profonde, déroulant une série de cascades et de rapides parmi les plus longues du monde et offrant un potentiel hydroélectrique parmi les plus remarquables. Comptant 32 chutes ou rapides et des nombreuses cataractes, ce parcours rend donc toute navigation impossible. À ce jour, l’éloignement entre les sites de débarquement de marchandises et les centres de consommation, ainsi que l’accroissement du flux des marchandises sont sources de nombreuses problématiques logistiques. Partant du souci de répondre à la demande des usagers, d’offrir un service de qualité et de participer au développement de la RDC, MGT s’allie avec la SCTP pour promouvoir le transport ferroviaire des marchandises entre Matadi et Kinshasa.

La ligne qui relie le port de Matadi à Kinshasa est longue de 366 km. Son écartement est depuis 1931 de 31/2 pieds ou 42 pouces (voie cape 1,067 mètre) mais cette ligne a perdu de grandes parts du marché, suite à l’insécurité sur le rail. Une relance du chemin de fer avec comme objectif d’investir pour améliorer, organiser et structurer cette instance est donc à mettre sur pied en vue d’apporter une solution complémentaire de qualité en soutien aux infrastructures portuaires existantes en RDC. C’est donc dans cette optique que MGT s’allie à la SCTP pour fructifier ce service mis à la disposition des usagers portuaires afin d’éviter des coûteuses charges additionnelles à ces derniers (manutentions, temps d’attente, immobilisation moyens de transport) et ce, en :

• Réduisant le risque d’accident du moyen de transports ; • Réduisant le risque de vol grâce au contrôle constant du processus de la sortie à la livraison ; • Facilitant le transport en grandes quantités sur de longues distances. Ce partenariat est bénéfique pour la SCTP non seulement sur le coût

du transport mais aussi aux coûts de manutentions effectuées et autres charges connexes dans son port fluvial TCPK se situant à Kinshasa. Sur le plan environnemental, l’utilisation du rail réduira considérablement l’émission des gaz à effets de serre (pollution atmosphérique), en considérant l’accroissement du flux des marchandises dans les années à venir, limitera le déversement des marchandises potentiellement toxiques à proximité des villes et des villages et réduira la détérioration de la chaussée sur la nationale n°1. En offrant ce service, la clientèle pourra donc compter sur un service rapide et fiable de bout en bout, et aussi à un coût raisonnable., La clientèle de MGT aura la possibilité d’effectuer le transfert des marchandises à Kinshasa par rail ainsi que de procéder au paiement des factures MGT à la livraison au port TCPK. À travers de ce service, la SCTP et la MGT pourront donc développer le corridor Ouest de la RDC dans le transport multimodal, un domaine dans lequel l’investissement est nécessaire. Ce partenariat ouvre le chemin vers de nouveaux horizons d’innovation en matière de gestion des réseaux de transport et de transfert des marchandises en RDC.

MGT - MATADI GATEWAY TERMINAL 1/2 Avenue Mienze Kiaku- Cellule OEBK - Ville Haute Matadi - Kongo Central - République Démocratique du Congo

DIFCOM/DF - PHOTOS : DR.

Ensemble pour le développement du transport ferroviaire en RDC


ÉDITORIAL

Algérie : et maintenant ? oudain, le miracle a eu lieu. Un éclair de lucidité a frappé les plus fieffés thuriféraires d’Abdelaziz Bouteflika. Tous ceux qui, depuis vingt ans, s’échinent à cirer les babouches du zaïm, y compris depuis que ce dernier n’est manifestement plus en état de diriger un pays aussi complexe que l’Algérie – c’est-à-dire depuis 2012 –, retrouvent soudain la vue et leurs connexions neuronales. L’un après l’autre, comme des dominos,lesplusardentspartisansd’uncinquième mandat se mettent à exiger la démission de « Boutef » et/ou l’application de l’article 102 de la Constitution, qui autorise la destitution du chef de l’État pour raisons de santé. Élégante manière de pousser vers la sortie le fauteuil roulant présidentiel, afin de préserver l’essentiel à leurs yeux: euxmêmes. Le lâchage le plus symbolique, et le plus pharisien, est sans nul doute celui du chef d’état-major de l’armée, le général Ahmed Gaïd Salah, 79 ans. « Je serai avec le moudjahid jusqu’à sa mort », jurait-il naguère. Comme disait jadis l’évêque Massillon (1663-1742), « quiconque flatte ses maîtres les trahit ». Le cas « Boutef » étant réglé, ou en voie de l’être, que va-t-il se passer à présent? Depuis le début de la contestation, il y a plus d’un mois, le pouvoir a lâché tellement de lest qu’on pourrait le croire sur le point de s’envoler ! La vérité est qu’il est dans une impasse. Les multiples concessions qu’il a été amené à faire, avec une parcimonie

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qui confinait à l’improvisation permanente, n’ont fait qu’attiser le foyer de la révolte. La majorité des Algériens ne veulent plus entendre parler d’un processus de transition constitutionnelle. Abdelkader Bensalah, le président du Conseil de la nation (Sénat), censé assurer l’intérim de la présidence jusqu’à l’organisation d’une nouvelle élection (dans un délai compris entre quarante-cinq et cent trentecinq jours) ? Voué aux gémonies. Le Conseil constitutionnel, présidé par Tayeb Belaïz, un affidé de Bouteflika? Récusé.NoureddineBedoui,lePremier ministre ? Abhorré. Ramtane Lamamra, le vice-Premier ministre? Malgré d’honorables états de service et une image davantage préservée, il est, comme les autres – fût-ce Gaïd Salah–,rejeté par la rue: bonnet blanc et blanc bonnet ! Aucune personnalité ayant occupé des fonctions au sein du régime n’échappe à la défiance, voire à la vindicte de la population. « Qu’ils partent tous! »: tel est désormais le slogan des manifestants. Dans ces conditions, difficile d’imaginer qu’ils puissent donner leur aval à une sortie de crise et à un scrutin – auquel personne n’est préparé – organisés par un système qu’ils honnissent. Que réclament-ils donc? La fin du régime

en place, bien sûr, puis l’installation d’un gouvernement provisoire, de personnalités indépendantes et impartiales qui puissent constituer une sorte de comité des sages chargé de diriger la transition et d’organiser des élections libres et transparentes. Des noms sont avancés, qui font (presque) l’unanimité, ceux notamment de l’ancien président Liamine Zéroual, de Djamila Bouhired, la célèbre militante de la guerre d’indépendance, des avocats Mustapha Bouchachi et Ali Haroun, de la magistrate Zoubida Assoul… Pas vraiment l’incarnation de la jeunesse, mais bon…

Bon sens et ingéniosité

Une chose est sûre, la rue ne cédera pas. Mais la voie qu’elle défend, aussi intéressante et potentiellement féconde soit-elle, doit pour l’instant passer sous les fourches caudines d’une loi fondamentale taillée sur mesure pour Bouteflika. C’est donc aux actuels dirigeants de faire preuve de bon sens et d’ingéniosité pour trouver un artifice qui permette de contenter la population. En matière d’inventivité et de petits arrangements avec la légalité, ils ont amplement démontré leurs compétences ! Tous doivent cependant garder en tête un aspect dont personne, pour l’instant, ne parle: l’Algérie ne peut se permettre de perdre davantage de temps. Déjà inquiétante avant le déclenchement de la contestation, le 22 février, la situation économique est aujourd’hui alarmante. Quelles que soient la solution et les échéances retenues, il va falloir s’en préoccuper sérieusement. Et vite.

Aucune personnalité ayant occupé des fonctions au sein du régime n’échappe à la défiance de la population.


Sommaire

Fondateur : Béchir Ben Yahmed, le 17 octobre 1960 à Tunis bby@jeuneafrique.com Édité par SIFIJA Siège social : 57 bis, rue d’Auteuil – 75016 Paris Tél. : +33 (0)1 44 30 19 60 Fax : +33 (0)1 45 20 09 69 Courriel : redaction @jeuneafrique.com Directeur général : Amir Ben Yahmed Vice-présidents : Danielle Ben Yahmed, François Soudan Directeur de la publication : Marwane Ben Yahmed Directeur de la rédaction : François Soudan f.soudan@ jeuneafrique.com La rédaction et l’équipe de Jeune Afrique sont à retrouver sur www.jeuneafrique.com/ qui-sommes-nous/

Diffusion et abonnements

42 ALGÉRIE 3 6

Ce que je crois par Béchir Ben Yahmed Éditorial par Marwane Ben Yahmed

MAGHREB & MOYEN-ORIENT

PROJECTEURS

42 Algérie Le roi est nu 46 Tunisie Nidaa Tounes, de Charybde en Scylla 49 Tribune L’union fait la farce 50 Maroc Très chers politiques

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ÉCONOMIE

8 12

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Confidentiel L’homme de la semaine Azali Assoumani 10 choses à savoir sur… Célestine Ketcha-Courtès Comme le temps passe… Le match Hamma Hammami vs Mohamed Abbou Esprits libres

SPÉCIAL

20 Africa CEO Forum

AFRIQUE SUBSAHARIENNE

30 Rwanda Interview de Paul Kagame, le chef de l’État 37 Tribune Vers la fin de la faim ? 38 RD Congo Rencontre avec… Martin Fayulu, candidat de la coalition Lamuka à la dernière présidentielle 40 Côte d’Ivoire Doumbia met l’armée au pas PHOTOS DE COUVERTURE: ÉDITION INTERNATIONALE ET AFRIQUE SUBSAHARIENNE: VINCENT FOURNIER/JA; BILLAL BENSALEM/APP ÉDITION MAGHREB & MOYEN-ORIENT :JEUNE AFRIQUE; BILLAL BENSALEM/APP

54 Agroalimentaire Olam desserre l’étreinte 58 Têtes d’affiche 59 Aéroports JCDecaux affiche ses ambitions africaines 60 Logistique Interview d’Ammar Kanaan, directeur général de Terminal Investment Limited 62 Affaires déclassées 64 Tribune L’UA est un frein à l’intégration africaine

CULTURE(S)

66 71 72 74

Arts plastiques En leur nom propre Tendance Alcools et vin de palme Style En mode patrimoine Archives De Kutonu à Cotonou

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PROJECTEURS CONFIDENTIEL Politique

RWANDA-FRANCE MARÉCHAUX À KIGALI

DR

À l’initiative du Quai d’Orsay, Rémi Maréchaux, son directeur Afrique et Océan Indien, assistera aux commémorations du génocide des Tutsis, le 7 avril à Kigali. Il se joindra au député Hervé Berville, qui, lui, représentera Emmanuel Macron, ce dernier ayant décliné l’invitation des autorités rwandaises.

L’ancien chef de l’État français et Alassane Ouattara, à Abidjan, en juin 2017.

AFRIQUE

La deuxième vie de Sarkozy Loin des affaires judiciaires dans lesquelles il est empêtré en France, Nicolas Sarkozy prend pied en Afrique. Parallèlement à son activité d’avocat, l’ancien président français s’impose comme l’un des hommes du Qatar sur le continent, travaillant en solo et jouant de ses relations personnelles avec les chefs d’État africains. Il est ainsi très proche d’Alassane Ouattara, qui n’hésite pas à faire part à ses homologues de ses qualités. Le président ivoirien lui a confié une partie de ses dossiers qataris, écartant ainsi son ex-conseiller spécial Mamadi Diané, désormais ambassadeur itinérant, et le Mauritanien Moustapha Chafi, qui avait été le premier à introduire les Qataris à Abidjan. Lorsqu’il se déplace dans cette ville, le Français est souvent accompagné de Cyrille Bolloré, PDG du groupe Bolloré.

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Nicolas Sarkozy travaille avec le Qatar, dont il représente les intérêts au sein d’Accor. En 2017, il avait intégré le conseil d’administration du groupe hôtelier français pour le compte de Katara Hospitality, l’un de ses principaux actionnaires. Également président de son comité « stratégie internationale », Sarkozy gérera à ce titre un investissement de 1 milliard de dollars pour la construction, en Afrique subsaharienne, de 40 établissements dotés de 9 000 chambres. Il a recours aux services de Lionel Zinsou, l’ex-Premier ministre béninois, aujourd’hui associé de la banque Southbridge, pour le conseiller et l’aider à administrer ce fonds aux côtés de Donald Kaberuka. En Guinée, Sarkozy a déjà négocié le retour d’Accor. Son prochain défi : désamorcer la crise qui oppose ce groupe à l’État togolais.

CÔTE D’IVOIRE UNE PREMIÈRE DAME À HEC

En mars, Dominique Ouattara a intégré l’International Advisory Board de HEC Paris, chargé de la stratégie internationale de l’école de management. La première dame ivoirienne siège aux côtés de vingt-trois personnalités, dont Muhammad Yunus, Nobel de la Paix 2006, ou Mostafa Terrab, PDG du groupe marocain OCP.

RD CONGO « FATSHI » REÇOIT LUMUMBA

Le 26 mars, Félix Tshisekedi a brièvement reçu Jean-Jacques Lumumba à l’hôtel Radisson Blu de Kigali. En 2016, ce dernier avait divulgué des documents internes de BGFIBank RDC, que dirigeait alors Francis Selemani, frère adoptif de Joseph Kabila. En exil en France depuis, Lumumba ne peut rentrer en RD Congo sans risquer de perdre son statut de réfugié.


TUNISIE-ONU OÙ EST PASSÉ L’EXPERT ?

CÔTE D’IVOIRE

Rendez-vous manqué

Agnès Monnet a démissionné, le 24 mars, de la branche du FPI que dirige Pascal Affi N’Guessan, et dont elle était la secrétaire générale et la porte-parole. Elle tire ainsi les conséquences de l’échec de son initiative visant à rapprocher ce dernier de Laurent Gbagbo. À la demande d’Affi N’Guessan, elle avait sollicité Emmanuel Aka, l’ancien ambassadeur de Côte d’Ivoire au Ghana, le 3 mars, afin qu’il joue les intermédiaires. Il était prévu que l’ex-Premier ministre arrive à Paris le 20 mars et que le diplomate l’accompagne à Bruxelles pour y rencontrer Gbagbo. Mais le premier a refusé les conditions que posait le second (à commencer par sa démission). Son camp pourrait être frappé par d’autres départs. Les noms de Konaté Navigué et de Diabaté Beh sont notamment évoqués.

DR

Le bureau du coordonnateur résident des Nations unies a écrit au ministère tunisien des Affaires étrangères pour signaler l’arrestation de Moncef Kartas, membre du panel d’experts de l’ONU pour la Libye. Il aurait été interpellé à son arrivée à Tunis, le 26 mars, et serait « introuvable » depuis. Selon nos sources, Kartas, qui a statut de diplomate, est interrogé par la brigade antiterroriste d’El-Gorjani, qui le soupçonne d’espionnage. Il devait présenter son rapport sur le trafic d’armes frontalier, le 30 mars, à l’occasion d’une réunion sur la Libye en marge du sommet de la Ligue arabe. Il y mettait en cause la troïka gouvernementale de 2012-2013, comme s’apprêtait à le faire Saber Laajili, l’ex-patron de la brigade antiterroriste, incarcéré depuis 2017.

VINCENT FOURNIER/JA

VINCENT FOURNIER/JA

TOGO BOKO CLOUÉ AU SOL

Laurent Gbagbo.

CAMEROUN UN VISA POUR DUPOND-MORETTI

Yaoundé a sommé les autorités consulaires camerounaises en France d’expliquer comment Éric Dupond-Moretti a pu arriver au Cameroun le 15 mars. L’avocat français de l’opposant emprisonné Maurice Kamto avait déposé une demande de visa en bonne et due forme à l’ambassade du Cameroun à Paris. Son identité n’avait pas alerté le personnel, qui lui a accordé le précieux sésame, alors que la décision de l’accueillir n’avait pas encore été prise en haut lieu.

Pascal Affi N’Guessan.

CENTRAFRIQUE-CPI ZOKOU SERI À LA BARRE

Transféré en janvier devant la CPI pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité, le Centrafricain Patrice-Édouard Ngaïssona, ancien ministre et ex-chef anti-balaka, a fait appel à l’avocat Simplice Zokou Seri (Phoenix Law). Le défenseur ivoiro-belge fera équipe avec le Centrafricain Timoléon Kokongo et le Néerlandais Geert-Jan Alexander Knoops. Il est aussi, avec ce dernier, le conseil de Charles Blé Goudé, l’ex-ministre ivoirien de la Jeunesse, aujourd’hui en liberté provisoire aux Pays-Bas.

Le 28 mars, la police française de l’air et des frontières a empêché François Esso Boko, l’ex-ministre togolais de l’Intérieur, d’embarquer sur un vol Air France à destination de Lomé. Motif: absence de passeport togolais et défaut de visa sur son passeport européen. Pourtant, selon Boko, qui avait quitté le pays en 2005 après avoir démissionné, Faure Gnassingbé avait donné son accord à ce retour. Barry Moussa Barqué, le conseiller du président, l’avait négocié en personne, mais les « sécurocrates » traîneraient des pieds pour établir un nouveau passeport au demandeur.

TUNISIE LA TÉLÉ SE LIBÈRE DE SES CHAÎNES

Le gouvernement a signé un contrat visant à réformer la télévision nationale, longtemps perçue comme un relais du pouvoir. Il assure l’avoir envoyé à la Haica (l’instance chargée de la régulation des médias), qui après réception le validera à son tour. Cette réforme est le fruit d’années de « combat ». L’avis de la Haica comptera désormais en cas de limogeage du PDG de la télévision, dont le mandat de trois ans sera renouvelable une fois. Le dernier dirigeant en poste (le douzième depuis la révolution) a paraphé ce document.

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PROJECTEURS

CONFIDENTIEL Diplomatie & réseaux

DJIBOUTI-FRANCE

Après une première édition en 2017, les autorités chinoises organiseront à Pékin, du 25 au 27 avril, un deuxième forum consacré aux Nouvelles Routes de la soie. Cinq dirigeants africains ont été conviés en raison de la participation active de leur pays à cette initiative : Abdel Fattah al-Sissi (Égypte), Abiy Ahmed (Éthiopie), Ismaïl Omar Guelleh (Djibouti), Uhuru Kenyatta (Kenya) et Filipe Nyusi (Mozambique). Au total, une trentaine de délégations sont attendues.

INDE-AFRIQUE DELHI À L’OFFENSIVE

L’Inde ouvrira sa prochaine chancellerie à Djibouti. L’ambassadeur Ashok Kumar, jusque-là secrétaire adjoint au ministère des Affaires étrangères, devrait y prendre ses fonctions courant avril. Oscar Kerketta a, quant à lui, pris ses quartiers au Rwanda en décembre 2018. Quatre autres missions (en Guinée équatoriale, au Burkina, au Congo et en Guinée) verront le jour d’ici à la fin de 2019. Entre 2020 et 2021, l’Inde espère ouvrir douze nouvelles représentations en Afrique.

FRANCOPHONIE CLÉS EN MAIN ?

Le Conseil permanent de la francophonie (CPF), qui s’est réuni le 26 mars, a donné son aval à l’OIF pour qu’elle achète à l’État canadien l’appartement qu’occupait Michaëlle Jean. Si la transaction se réalise, il servira de logement de fonction à Louise Mushikiwabo.

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Le juge Tournaire entre deux affaires Réfugié politique en France depuis dix-huit ans, l’opposant djiboutien Mohamed Kadamy, qui réside à Bagnolet (banlieue parisienne), a été auditionné le 28 février à Paris par le juge Serge Tournaire (photo). Agissant à la suite d’une demande de commission rogatoire émise par la juge d’instruction djiboutienne Lamisse Mohamed Saïd, Tournaire avait, deux semaines plus tôt, mis en examen ce chef de la branche radicale du Front pour la restauration de l’unité et de la démocratie (Frud). Motif : sa participation indirecte à une attaque perpétrée, en septembre 2015, contre un convoi de véhicules civils à Marawleh (dans le nord de Djibouti) – attaque que l’intéressé avait alors revendiquée depuis Genève. Selon nos

informations, Kadamy a refusé de répondre aux questions de Serge Tournaire. Le juge français enquête par ailleurs sur le volet djiboutien de l’affaire du financement libyen présumé de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007. Il s’est ainsi rendu à Djibouti en février pour y entendre le banquier Wahib Nacer et l’avocat Mohamed Aref (seul le premier a pu être auditionné), proches de ClaudeGuéant et d’Alexandre Djouhri. La coopération judiciaire bilatérale, qui a repris récemment, fonctionne donc bien. Selon nos sources, les autorités djiboutiennes n’ont pas l’intention de demander l’extradition de Kadamy, qui est par ailleurs un cousin d’Abdoulkader Kamil Mohamed, le Premier ministre. DR

CHINE-AFRIQUE LANGUE DE SOIE

TOGO

Nubukpo va à L’Essentiel À Lomé, fin avril, Kako Nubukpo lancera L’Essentiel, un mouvement de la société civile, à l’occasion d’une conférence-débat intitulée « L’émergence au Togo : mythe ou réalité ? » Des médecins, des économistes, des juristes et des patrons togolais s’activent aux côtés de celui qui est par ailleurs candidat au poste de doyen de la Faculté des sciences économiques et de gestion. Dans la perspective de la présidentielle de 2020, l’ex-ministre de la Prospective de Faure Gnassingbé, qui fut directeur de la Francophonie économique et numérique de l’OIF, entend apporter sa contribution au débat public. Son think tank hébergera le comité créé au Togo à l’issue des États généraux du franc CFA (organisés à son initiative en février, à Bamako) qui réfléchit à une alternative à cette monnaie.


AFFAIRE MEBE NGO’O

Sa vie en prison

BURKINA QUI EST OUMAROU DIALLO?

Après son AVC d’octobre 2018 et une longue convalescence, le chef de l’État gabonais est rentré au pays le 23 mars. À la surprise générale, il avait remanié ses équipes, le 26 février, en Conseil des ministres. Il s’appuie notamment sur ce quatuor pour aborder une nouvelle phase de son second septennat. BRICE LACCRUCHE ALIHANGA Directeur de cabinet. En l’absence d’ABO, cet ancien directeur de BGFI Gabon a géré non sans difficulté les affaires courantes à Libreville. À 38 ans, il tient toujours les rênes du Palais du bord de mer, aux côtés de Jean-Yves Teale, le secrétaire général de la présidence. CYRIAQUE ANDJOUA Le « Monsieur Sécurité » du chef de l’État, dont il est le cousin (son père, Fidèle Andjoua, est le frère de feu Omar Bongo Ondimba). Il succède au Sud-Coréen « Monsieur Park », qui vient de prendre sa retraite. GRÉGOIRE KOUNA Patron de la Garde républicaine depuis l’époque d’Omar Bongo Ondimba. Est le supérieur du saint-cyrien Frédéric Bongo, demi-frère du président et patron des services spéciaux de ladite Garde.

DCP ; DR

Incarcéré depuis le 6 mars au quartier 14 (VIP) de la prison centrale de Kondengui (Yaoundé), Edgar Alain Mebe Ngo’o partage sa cellule avec Gervais Mendo Ze, l’ex-patron de la télévision nationale. Dès le lendemain de son arrivée, l’ancien ministre camerounais de la Défense, qui a troqué ses costumes pour des djellabas, est allé saluer Ephraïm Inoni, l’ex-Premier ministre, détenu depuis sept ans. Il discute beaucoup avec ses amis Basile Atangana Kouna, l’ex-ministre de l’Eau, et Mohammed Iya, qui dirigea la Fecafoot. En revanche, Jean-Marie Atangana Mebara, l’ex-secrétaire général de la présidence, qui lui attribue en partie ses déboires, ne lui a toujours pas adressé la parole. Avec l’autorisation du régisseur de la prison, Mebe Ngo’o a pu parler le 12 mars à son épouse, Bernadette, détenue au quartier des femmes. Pour se faire accepter, il offre des bouteilles d’eau minérale aux prisonniers démunis.

ALI BONGO ONDIMBA

Début mars, l’armée burkinabè a lancé l’opération Otapuanu dans l’est du pays. Selon nos sources, cette vaste offensive antiterroriste, qui mobilise d’importants moyens terrestres et aériens, a permis de neutraliser une trentaine de jihadistes et de démanteler au moins cinq de leurs bases. Plusieurs combattants ont été arrêtés, dont l’un de leurs principaux chefs: Oumarou Diallo, alias Diawo Oumarou. Âgé d’une quarantaine d’années, ce Burkinabè de la communauté peule, originaire de l’Est, a été arrêté à la mi-mars près de la frontière avec le Togo. Après avoir combattu au Mali, où il était lié au chef jihadiste Amadou Koufa, il avait été l’un des premiers à s’implanter dans l’est du Burkina, où il était à la tête d’une katiba de plusieurs dizaines d’hommes, dite « groupe de Diawo ». Il a depuis été transféré à Ouagadougou, où il est interrogé par les services de renseignements.

JEAN-LUC NDONG AMVAME L’aide de camp. En véritable garde du corps, ce lieutenant-colonel de la Garde républicaine est l’un des seuls à n’avoir jamais quitté le chef de l’État durant toute sa convalescence en Arabie saoudite et au Maroc.

MAROC BARLAMANE SUR LE GRIL

Le site d’information barlamane.com, que dirige Mohamed Khabbachi, l’ex-directeur de l’agence de presse officielle MAP, est dans le collimateur des islamistes du PJD. Trois ministres issus de ce parti: Mustapha Ramid (Droits de l’homme), Abdelaziz Rebbah (Énergie et Mines) et Lahcen Daoudi (Gouvernance) ont intenté des procès à ce média, lequel se plaint par ailleurs d’être exclu de la liste des bénéficiaires du soutien financier annuel qu’accorde à la presse Mohamed Laaraj, le ministre de la Communication. Ces dernières années, barlamane.com avait révélé plusieurs affaires de mœurs et de mauvaise gestion embarrassantes pour le PJD, dont les frasques de la députée Amina Maelaïnine et le montant exact de la pension de retraite d’Abdelilah Benkirane.

RUSSIE SPUTNIK ATTERRIT EN AFRIQUE

À l’approche du premier sommet Russie-Afrique, à Sotchi en octobre, l’agence de presse russe Sputnik, considérée comme proche du Kremlin, s’apprête à créer une « rédaction Afrique » que dirigera Christine Holzbauer, ex-journaliste au Monde diplomatique. Le lancement pourrait avoir lieu avant la tenue à Paris, en juin, d’un colloque sur le journalisme en Afrique que coorganise Sputnik. Andreï Kemarski, le chef du département Afrique subsaharienne au ministère russe des Affaires étrangères, devrait y assister.

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PROJECTEURS

LES GENS

HOMME DE LA SEMAINE

Azali Assoumani, chronique d’une victoire annoncée

« Je suis entré en prison nu. J’en ressors l’esprit en paix. Je vais revenir bientôt [et] nous allons continuer le combat. Ne doutez pas un seul instant de notre victoire. »

MICHAEL KOOREN/AP/SIPA

Sans surprise, le président sortant a été réélu à la tête de l’Union des Comores dès le premier tour. Fort de la réforme de la Constitution, il a désormais les coudées franches.

Charles Blé Goudé, ex-leader des Jeunes patriotes en Côte d’Ivoire « On n’arrive pas à ce niveau de fonction sans avoir la carapace un peu dure. Quand on tombe, on se relève et on continue le combat. » Diéné Keita, ministre guinéenne de la Coopération et de l’Intégration africaine « Je suis l’être humain le plus innocent du monde. » Donald Trump, président des États-Unis

OLIVIER CASLIN

Selon les chiffres provisoires communiqués par la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) au soir du 26 mars, Azali Assoumani a été réélu à la présidence de l’Union des Comores dès le premier tour, avec 60,77 % des voix. C’est tout sauf une surprise tant le président sortant semble avoir eu pour préoccupation essentielle, depuis son élection en 2016, de se maintenir au pouvoir au-delà des cinq années prévues par la Constitution. Lui-même n’anticipait-il pas son triomphe dès la mi-février devant la presse internationale avec une franchise qui mettait son équipe de campagne dans l’embarras ? Et ce ne sont pas les

violences qui, une fois encore, ont émaillé le scrutin, pas plus que les cris d’orfraie d’une opposition enfin réunie pour dénoncer ce qu’elle appelle un « hold-up électoral », qui vont faire dévier Azali Assoumani du destin qu’il s’est lui-même tracé depuis son retour à la résidence de Beit-Salam. Les dix-huit derniers mois ressemblent en effet à la chronique d’une victoire annoncée, entre le renforcement du pouvoir présidentiel et la mise à l’écart des principaux leaders politiques du pays – « sans que l’on ne sache jamais si le président agit par machiavélisme ou bénéficie d’un incroyable concours de circonstances », observe un diplomate en poste à Moroni.

« L’Italie a l’un des niveaux d’endettement les plus élevés du monde [133 % du PIB], mais vient de signer 29 nouveaux accords avec la Chine. Cela sera-t-il perçu comme une “mauvaise dette”? » Célestin Monga, vice-président de la BAD

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Selon la commission électorale, le chef de l’État a obtenu 60,77 % des voix.

ALI SOEF

« Nous devons soutenir [Félix Tshisekedi]. Malgré le déni de vérité à l’origine de son accession au pouvoir, nous constatons quand même qu’il y a eu des pas qui ont été faits dans la bonne direction. » Mgr Fridolin Ambongo, archevêque de Kinshasa


Dans le même temps, la commission d’enquête parlementaire sur les dérives du programme de citoyenneté économique a rendu son rapport en avril 2017. Lancé entre 2008 et 2016, pour fournir un passeport comorien à des populations apatrides du Koweït et des Émirats arabes unis, il aurait induit un manque à gagner de 1 milliard de dollars pour les finances comoriennes. Le document cite comme principaux responsables les deux anciens chefs de l’État Ahmed Abdallah Mohamed Sambi et Ikililou Dhoinine. Aucun des deux ne pouvait se présenter à ce scrutin réservé aux ressortissants de la Grande-Comore, mais la mise en détention provisoire de Sambi a provoqué un tel séisme au sein de Juwa que le principal

SOPHIE GARCIA POUR JA NICOLAS MESSYASZ/SIPA JEROME DELAY/AP/SIPA ROMUALD MEIGNEUX/SIPA

Les opposants, incapables de désigner un candidat unique, se sont affaiblis les uns les autres.

ANA

Tripatouillages

parti d’opposition du pays s’est lancé en ordre dispersé dans l’élection. L’affaire a également causé la perte de l’ancien vice-président et ministre des Finances, Mohamed Ali Soilihi, contraint de renoncer, à la suite de sa mise en examen en janvier. En 2016, ce dernier n’avait été battu que de 4000 voix par Azali Assoumani, qui a également vu un autre de ses concurrents potentiels, son propre vice-président, Djaffar Saïd Ahmed Hassane, obligé de se réfugier en Tanzanie pour échapper à un mandat d’arrêt lancé par la Cour de sûreté de l’État, après la tentative d’attentat dont aurait fait l’objet le président en début d’année. Débarrassé de ses principaux adversaires, Azali Assoumani n’a eu aucune peine à l’emporter sur la douzaine d’opposants, incapables de s’entendre sur une candidature unique et qui, plutôt que de mordre sur son électorat, se sont affaiblis les uns les autres. Ils ont bien essayé, au lendemain du vote, de faire descendre la population dans les rues de Moroni, mais sans succès. Personne n’ose aujourd’hui remettre en question la victoire d’Azali Assoumani : pas plus les observateurs internationaux, envoyés par l’UA et la Comesa – qui ont quitté le pays sans pouvoir se prononcer « de façon objective sur la transparence et la crédibilité du scrutin » –, que la France, qui, depuis de nombreux mois, garde un silence assourdissant. Si bien que le chef de l’État, également chef du gouvernement, semble disposer d’un boulevard devant lui. Boulevard qu’il vient encore d’élargir en faisant arrêter, le 28 mars, le colonel Mohamed Soilihi, dit « Campagnard », parfait inconnu il y a deux mois encore et qui venait tout juste de réussir à fédérer une partie de l’opposition derrière lui.

AP/SIPA

Azali Assoumani, 60 ans, a su faire preuve de sens tactique pour tirer le meilleur parti des événements qui se présentaient à lui. C’est le cas avec les assises nationales, dont le principe avait été acté sous son prédécesseur, Ikililou Dhoinine, et dont il confirme la tenue quelques mois seulement après son élection. Parmi les principales conclusions de ces assises, rendues publiques en février 2018, figure la nécessité de réformer la Constitution héritée des accords de Fomboni. La règle d’une présidence tournante entre les trois îles de l’archipel est maintenue, mais pour un mandat de cinq ans renouvelable une fois, contre un seul quinquennat autorisé auparavant. Azali Assoumani prend « le risque », comme il l’affirme luimême, de remettre en jeu son mandat plus tôt que prévu, la nouvelle Constitution, approuvée par référendum en juillet 2018 à plus de 92 %, lui offrant la possibilité de conserver son fauteuil jusqu’en 2029 et non plus 2021.

PAUL KABA THIEBA

Deux mois après avoir quitté ses fonctions à la tête du gouvernement, le Burkinabè rebondit et prend la direction de la toute nouvelle Caisse de dépôts et consignations.

KHALIFA HAFTAR

Le maréchal libyen, en constante quête de soutiens, a été reçu par le roi saoudien, Salman Ibn Abdelaziz Al Saoud, en personne, au palais Al Yamamah de Riyad.

ALI DARASSA

Après l’accord signé à Addis-Abeba, le chef de l’Unité pour la paix en Centrafrique (UPC), l’un des principaux groupes armés actifs du pays, a été nommé conseiller spécial à la primature.

PIERRE FRAIDENRAICH

L’ex-dirigeant de Libération a démissionné de son poste de DG de BFM Business. Il est entendu comme témoin dans le cadre d’une enquête sur un forum organisé par le quotidien français au Gabon, en 2015.

ANDILE RAMAPHOSA

Le fils du président sudafricain a reconnu avoir reçu 140 000 dollars de la part d’une entreprise accusée de corruption, alors même que son père s’est engagé à lutter contre l’opacité financière.

PATRICK HO CHI PING

L’ex-ministre de l’Intérieur de Hong Kong a été condamné par le tribunal fédéral de Manhattan (États-Unis) à trois ans de prison pour avoir tenté de soudoyer des dirigeants africains, dont le Tchadien Idriss Déby Itno.

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PROJECTEURS

LES GENS

Célestine Ketcha-Courtès

La très médiatique édile de Bangangté (ouest du Cameroun) a cédé son fauteuil de maire pour se consacrer pleinement à sa tâche de ministre de l’Habitat et du Développement urbain. Et ça se voit !

Née en 1964, à Maroua (Extrême-Nord), elle a vécu dans différentes villes du Cameroun au gré des mutations de son père, qui était policier. Sa mère, Pauline Wamen Ketcha, qui militait au sein du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC, au pouvoir), lui a donné le goût de la politique.

FÉMINISTE

Elle est en terminale au lycée de Nkongsamba quand elle est élue, en 1986, vice-présidente d’une branche locale de l’Organisation des femmes du RDPC.

COMMERCIALE

Baccalauréat littéraire en poche, elle entame en France des études de gestion et de marketing, mais les abandonne peu après pour rentrer au pays. Par la suite, elle obtiendra un BTS Techniques commerciales, puis entrera à l’Essec, à Douala, dont elle sortira avec un diplôme d’études approfondies de commerce.

DU BÉTON AU POISSON

Elle devient cadre commerciale à la Cimenterie du Cameroun (Cimencam), filiale du groupe français Lafarge. En avril 2005, elle lance, en partenariat avec des actionnaires sud-africains,

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la Queen Fish Company, spécialisée dans l’exportation et la distribution de poisson. Elle possède aussi une exploitation agricole de plusieurs hectares à Sanki, un village situé à 15 km de Bangangté.

TREMPLIN POLITIQUE

À la suite de démêlés judiciaires avec ses actionnaires, elle finnit par se consacrer à la politiquee. Elle est élue maire de Banganngté, en 2007. Elle y fait la dém monstration de l’étendue de sees réseaux et d’un certain taalent en matière de développeement urbain, Bangangté étant souvent citée comme la ville moyenne la plus propre du pays.

HIDALGO ET ROYAL

Présidente depuis 2015 du Réseau des femmes leaders du Cameroun (Refela), qui regroupe des maires, des sénatrices, des députées, des ministres et des chefs d’entreprise, elle étoffe aussi ses réseaux à l’étranger, notamment au sein du Parti socialiste français. Elle est ainsi proche d’Anne Hidalgo, la maire de Paris, et de Ségolène Royal, l’ex-ministre de l’Environnement.

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ADVERSITÉ

dépit de l’hostilité que lui voue le président du Sénat, Marcel Niat Njifenji, son prédécesseur à la mairie de Bangangté.

Elle s’est distinguée par son volontarisme, certes moins démonstratif que celui de Françoise Foning, la maire de Douala Ve, décédée en 2015. Il n’empêche, elle est parvenue jusqu’aux plus hautes sphères du pouvoir en

SOUTIEN ZÉLÉ

VICTOR ZEBAZE POUR JA

DE MÈRE EN FILLE

Son soutien zélé à la candidature de Paul Biya à la dernière présidentielle lui a valu d’être nommée, le 4 janvier, ministre de l’Habitat et du Développement urbain. Le 1er mars, elle a cédé son fauteuil de maire à son premier adjoint afin de respecter le non-cumul des fonctions.

SPORTIVE

Elle pratique le tennis, et c’est sur un green de golf de Tiko (Sud-Ouest) qu’elle a rencontré son futur époux, Jean-Pierre Courtès, qui est en outre passionné d’aviation. Sous son impulsion, elle a passé son brevet de pilote privé à Abidjan, où ils ont vécu.

BULLDOZER

À peine nommée ministre, elle a fait venir des engins d’assainissement de Bangangté pour renforcer les équipements défectueux de la capitale. Et a sommé les entreprises attributaires de marchés publics et bénéficiant depuis 2013 de financements du Fonds routier de livrer les chantiers en retard. Celles-ci ont deux mois pour se mettre en règle. GEORGES DOUGUELI


COMMUNIQUÉ


PROJECTEURS

LES GENS

On parle encore souvent de son ancien gouvernement, mais rarement de lui. Premier ministre en 2007, Abbas El Fassi n’a finalement accompli qu’un mandat de quatre ans. En 2011, le Printemps arabe est passé par là, entraînant une réforme constitutionnelle et des législatives anticipées qui écourtèrent son mandat. Aux affaires lors des manifestations du 20 février, El Fassi acheta la paix sociale au prix fort. L’accord du 26 avril 2011, qu’il signa avec les syndicats, était si généreux que, huit ans plus tard, ses successeurs ne parviennent toujours pas à l’honorer et que cette défaillance de l’exécutif est critiquée à chaque nouveau round de négociations. Certains vont jusqu’à mettre la crise actuelle des enseignants contractuels sur le dos de l’ex-chef du gouvernement, rappelant que le recrutement sous contrat dans la fonction publique a été introduit sous son mandat. « Si Abbas » n’en a cure : à 78 ans, il coule des jours tranquilles entre sa villa rbatie et Paris. Sa dernière sortie publique remonte à 2016, le temps d’une prise de bec avec Hamid Chabat, qui lui a succédé en 2012 à la tête de l’Istiqlal. Aujourd’hui, il conserve une certaine influence, puisque le parti est dirigé par Nizar Baraka, son gendre.

Un chef d’État ayant tout intérêt à profiter de la popularité de ses champions, John Magufuli a offert un terrain à bâtir à chacun des joueurs de l’équipe nationale de football, « en guise de reconnaissance pour le travail accompli » et « pour le grand honneur » qu’ils font à la Tanzanie. Cette prime exceptionnelle se veut à la hauteur de l’événement : cela faisait trente-neuf ans que les Tanzaniens ne s’étaient pas qualifiés pour la phase finale de la CAN.

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MAIXENT ACCROMBESSI

Victime d’un AVC en août 2016, Maixent Accrombessi, 54 ans, n’est plus le tout-puissant directeur de cabinet d’Ali Bongo Ondimba. Certes, il occupe désormais le poste – largement honorifique – de haut représentant du président gabonais, et a conservé son bureau au Palais du bord de mer. Mais, diminué physiquement, il ne s’y rend guère. Il partage son temps entre Dakar, Ouidah et Londres, et fréquente peu Libreville, bien qu’il y conserve une certaine influence, notamment auprès de Jean-Fidèle Otandault, le ministre du Budget. Ce natif de Cotonou a en revanche fait parler de lui le 17 mars au Bénin: il a été intronisé chef des HoundjiHountondji, une lignée royale de l’ancien Dahomey, succédant ainsi à son père, décédé en 2016. Son avenir pourrait se jouer loin de là, à Paris, où il a été mis en examen fin 2017 dans l’affaire Marck, du nom de cette société française d’équipement de sécurité qui avait signé des contrats avec le Gabon en 2005. La juge Claire Thépaut le soupçonne d’avoir touché de l’argent en échange de l’attribution d’un marché de 7 millions d’euros. Il pourrait être convoqué à Paris dans les prochains mois.

VINCENT FOURNIER/JA ; DESIREY MINKOH

ABBAS EL FASSI


TUNISIE Hamma Hammami

Mohamed Abbou

Candidat du Front populaire

Leader du Courant démocrate

amma Hammami et Mohamed Abbou ont en commun un passé de prisonnier politique. Tous deux, aussi, sont mariés à des avocates célèbres. Le premier, avec Radhia Nasraoui, connue pour son soutien à la cause palestinienne et ses années de résistance à la dictature. Le second, avec Samia Abbou, députée à l’Assemblée des représentants du peuple (ARP), et, selon un sondage de Sigma Conseil (novembre 2018), l’une des personnalités politiques les plus populaires du pays. Chacune soutiendra sans doute son époux durant la campagne présidentielle, dont l’épilogue est attendu à la fin de l’année. En mars, la coalition du Front populaire (FP), qui regroupe une dizaine de partis d’extrême gauche, a choisi, pour la seconde fois, Hamma Hammami comme candidat. L’actuel secrétaire général du Parti des travailleurs (PT) a l’expérience de la lutte: son mouvement est issu du Parti communiste des ouvriers de Tunisie (PCOT), qu’il dirigeait dans la clandestinité sous Ben Ali. De son côté, le Courant démocrate (CD) désignera sans doute Abbou, qui fut ministre de la Réforme administrative en 2011-2012, avant de fonder, en 2013, ce mouvement social-démocrate à coloration nationaliste, plus communément appelé Attayar. À gauche, depuis Mao, on cherche la « contradiction principale », le conflit social dont la résolution débouchera sur des changements majeurs. Pour le FP, qui est proche du puissant syndicat UGTT, il se situe clairement du côté de l’organisation économique du pays. Il exige donc la nationalisation des entreprises stratégiques. Par ailleurs, les camarades de Hammami, parmi lesquels de nombreux fonctionnaires (dont des féministes, militantes à l’Association tunisienne des femmes démocrates), se posent en irréductibles adversaires du camp islamiste. Loin de ce purisme marxiste, Attayar assume, lui, une identité tunisienne décomplexée, mâtinée d’un discours

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apte à séduire un électorat plus conservateur. Avant 2013, Abbou fut secrétaire général du Congrès pour la république (CPR), le parti de l’ex-président Moncef Marzouki, qui avait choisi de gouverner avec les islamistes d’Ennahdha. Aujourd’hui, le CD se veut le défenseur des acquis de la révolution de 2011; il a fait de la lutte contre la corruption son cheval de bataille et n’hésite pas à croiser le fer avec la famille destourienne, qu’incarne Nidaa Tounes, le parti présidentiel.

HICHEM ; ONS ABID

JULES CRÉTOIS

Investiture pour la présidentielle

Avec 15 élus à l’Assemblée, le FP est mieux implanté dans le pays que le jeune CD, qui n’en a que 3, dont Mme Abbou. Mais le petit parti a des raisons d’être optimiste. Aux municipales du 6 mai 2018, il avait amélioré ses scores de 2014 et s’était placé en troisième position à Tunis. Mieux, alors qu’il jouissait déjà d’une audience dans la classe moyenne urbaine, il a pris des sièges dans de petites villes ouvrières. Il est ainsi arrivé en tête à Jemna, bourgade qui a attiré l’attention de la presse à l’occasion d’un mouvement social d’oasiens. À Sidi Bouzid, épicentre de la révolution de 2011 et cœur du bassin minier, il a obtenu cinq sièges au conseil communal, juste derrière le FP. Dans le Sud, réputé conservateur et où les attentes sociales sont fortes, Abbou peut donc espérer percer, en tenant un discours proche de celui de l’ancien président Marzouki, qui y a un temps été populaire. Enfin, malgré son marxisme pur jus, le « camarade Hamma » n’est plus le leader incontesté de l’extrême gauche : Mongi Rahoui, député du Watad et lui aussi membre du Front, lui a disputé l’investiture pour la présidentielle. Du côté d’Attayar, le climat est plus serein. La figure montante du parti n’est autre que Samia Abbou, qui incarne la lutte anticorruption mais ne fait pas d’ombre à son époux.

Un marxiste et un nationaliste : deux visions de la gauche tunisienne.

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PROJECTEURS

ESPRITS LIBRES

Où sont les intellectuels africains ? Oswald Padonou Docteur en sciences politiques. Enseignant et chercheur en relations internationales et études de sécurité insi que de nombreuses personnes dans le monde, je lis actuellement l’un des best-sellers du moment : How Democracies Die, coécrit par deux éminents professeurs de Harvard, Steven Levitsky et Daniel Ziblatt. En partant de l’élection de Donald Trump et de sa gouvernance, ils y décrivent l’extinction insidieuse de la démocratie aux États-Unis mais aussi dans d’autres régions du monde. Levitsky et Ziblatt procèdent par une approche sociohistorique comparée avec l’Amérique latine, l’Europe et, j’ajouterais, par similarité, l’Afrique, où la remise en question de l’indépendance de la justice, de la liberté de la presse, ainsi que la délégitimation des institutions de contre-pouvoir et des autorités administratives indépendantes contribuent à polariser fortement le jeu politique. Ces actions et omissions démocraticides finissent par transformer des régimes démocratiquement installés en pouvoirs autoritaires. Sans qu’il n’y ait le moindre coup d’État, le moindre coup de feu. Ce que me rappelle cruellement la lecture de ce livre, ce n’est pas tant l’état chancelant de la démocratie en Afrique – nous en sommes à peu près tous conscients –, c’est davantage la difficulté de trouver, dans la plupart de nos États, suffisamment de Levitsky et de Ziblatt qui aggrave notre sort. Nous manquons clairement d’intellectuels engagés, notamment en Afrique francophone ! Les grands diplômés, les universitaires aux titres ronflants, les experts de tout acabit, nous en avons à foison. Et ce ne sont pas les

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prétentieux et autres imposteurs qui nous feraient défaut dans le débat public, tant il est vrai que tout le monde, chaque citoyen, « intelligent » ou non, y a sa place. Mais le véritable problème, c’est que ceux qui se prévalent du grand savoir – porté à leur crédit par l’opinion publique – ont du mal à devenir ou à rester des penseurs libres et féconds, des intellectuels usant de la force des idées objectivement élaborées pour influer sur le cours de notre histoire, particulièrement sur les processus de démocratisation en cours sur le continent africain.

Laboratoires

Dans les débats sur nos démocraties, et singulièrement dans les phases de tensions politiques qui sont d’ailleurs chez nous des constances, certains de nos « grands » juristes – pour ne citer que ceux-là – obstruent l’espace de « juridismes » bien souvent calculés en fonction de nombre de pesanteurs et d’intérêts particuliers, plutôt que d’observer finement le jeu politique, de recouper historiquement les situations, de les mettre collectivement en perspective dans des équipes et des laboratoires de recherche afin d’élaborer des théories validées scientifiquement sur la durée et à partir desquelles des alertes fondées sur la légitimité d’un travail rigoureux peuvent être lancées. Après les expériences du Togo, du Sénégal, de la Côte d’Ivoire, du

Gabon et même du Bénin actuellement – où les juristes s’affrontent sur l’interprétation de dispositions constitutionnelles ou légales visant soit à accompagner soit à bloquer des projets politiques pour ensuite se contredire sur les mêmes sujets –, il faut se résoudre à l’évidence : celles et ceux qui auraient dû s’affirmer en tant qu’intellectuels éclairés et éclairants restent, hélas, de simples analystes et commentateurs opportunistes de l’actualité politique. Fondé sur les suspicions qui entourent leurs opinions personnelles, le discrédit dont souffrent ces « intellectuels » est, en effet, de plus en plus grand. Il devient donc urgent qu’ils adossent chacun de leurs raisonnements à des travaux rigoureux et pas seulement à leurs seuls titres et grades. Sans ce réajustement, nous perdrions l’usage d’un véritable pouvoir et contre-pouvoir en démocratie : celui de l’influence des sociétés savantes et, dans une certaine mesure, des think tanks animés par des penseurs et par des intellectuels. Certes, dans un contexte africain francophone caractérisé par l’absence de financements destinés à la recherche, le manque d’intérêt de la plupart des citoyens pour la lecture ou encore l’incapacité du plus grand nombre à accéder aux résultats de la recherche, on pourrait être tenté d’accorder des circonstances atténuantes à nos universitaires, qui privilégient d’autres espaces d’expression et d’action.

Les prétentieux et les imposteurs polluent le débat public


L’islamophobie au service du terrorisme Kamel Meziti Historien, spécialiste de l’islam, auteur du Dictionnaire de l’islamophobie Mais non, nous voulons rester exigeants vis-à-vis d’eux parce qu’ils ont du potentiel et les moyens de produire des ouvrages traduits dans plusieurs langues et vendus à des milliers d’exemplaires en Afrique, et, surtout, parce qu’ils ont des idées utiles à la société. Parce que nous croyons au pouvoir de l’intelligence rationnelle, à la force des idées novatrices et à la nécessité de mobiliser des connaissances même complexes, mais aussi des convictions et des valeurs dans le débat public, il nous faut plus que des experts, mieux que des agrégés, des docteurs, des ingénieurs…

Visions avant-gardistes

D’ailleurs, l’intellectuel n’est pas nécessairement un grand diplômé ou un universitaire. En Afrique et dans d’autres régions du monde, des responsables religieux, des journalistes, des syndicalistes, des artisans… ont été et sont encore de grands intellectuels, en raison, entre autres, de leur capacité à proposer à l’opinion une somme équilibrée de connaissances approfondies, de visions avant-gardistes des mutations de la société, de compréhensions et d’explications de phénomènes complexes, mais aussi et surtout d’engagements fondés sur des valeurs et des convictions qui peuvent même être politiques et partisanes… à la condition de savoir faire la part des choses et d’éviter l’imposture ! Il ne reste plus qu’à espérer ne pas avoir à lire ou à écrire prochainement How Intellectualism Dies in Africa !

n 2011, animé par sa haine des musulmans, le Norvégien Anders Behring Breivik tuait 77 innocents, pour la plupart, des adolescents. « Le 22 juillet [jour du massacre] n’est qu’une contribution à la lutte anti-islam. Rien de plus. L’amour de mon peuple, de mon pays, de ma culture prévaut sur l’amour que j’ai de moi-même », s’était justifié le terroriste dans un manifeste. Breivik prônait « la déportation de tous les musulmans hors d’Europe à l’horizon 2083 pour préserver les fondements de la civilisation chrétienne ». Condamné à une peine de vingt et un ans de détention, qu’il purge à la prison de Skien, Breivik a peut-être soupiré d’aise en se découvrant un digne héritier. Le 15 mars 2019, Brenton T. a froidement assassiné 50 musulmans dans deux mosquées de Christchurch, en Nouvelle -Z élande, puisant son énergie mortifère chez les islamophobes les plus haineux: son « chevalier justicier Breivik » d’abord, mais aussi les identitaires français. Lesquels déclarent sur la Toile en toute impunité : « Au concept de “France des lumières”, nous opposons celui de la terre et des morts de Barbès. […] Attachés à la défense de nos identités, nous refusons fermement non seulement l’islamisation de notre société mais également l’immigration extra-européenne […] Ne vous

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méprenez pas: ce texte n’est pas un simple manifeste, c’est une déclaration de guerre. »

Parole libérée

Le 15 mars 2019 est donc la part de « contribution » macabre de Brenton T. à la lutte anti-islam. Et il peut s’enorgueillir d’être l’auteur du plus grand attentat commis contre des musulmans dans un pays occidental – qui en compte à peine 1 %. Qu’on l’admette ou non, l’islamophobie est une idéologie porteuse, d’un point de vue électoraliste. On amalgame tout et on surfe sur les peurs, lesquelles rapportent gros en temps de crises économique et sociale. Rendus responsables de tous les maux, les musulmans sont montrés du doigt, en particulier par une certaine classe politicomédiatique à la parole libérée. Cette dernière porte une part de responsabilité dans la banalisation d’une stigmatisation qui transforme le musulman en ennemi, qui le déshumanise. Dans une Europe en proie à la montée des nationalismes et des fascismes, il est urgent de désamorcer les logiques de guerre de religion et de choc des civilisations que les marchands de terreur veulent nous vendre. Sortons de la léthargie face à cette haine de l’autre qui gangrène nos sociétés et finit par tuer. Il y va de notre humanité de déclarer la guerre à la haine pour coexister au-delà de nos différences.

Il est urgent de désamorcer les logiques de guerre de religion

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SPÉCIAL

Verslemarché Lors de la septième édition de l’AFRICA CEO FORUM, les 25 et 26 mars 2019, à Kigali, le secteur privé s’est montré déterminé à surmonter les obstacles pour que la Zone de libre-échange continentale et une meilleure intégration économique deviennent réalité. Photos : FRANÇOIS GRIVELET, HENRY JOËL, HIMBAZA PACIFIQUE, MUTABAZI FRED, ABAYO SABIN,

MASENGESHO J. CHRISTOPHE JUNIOR

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Carlos Lopes, professeur honoraire à l’université du Cap, Naguib Sawiris, président exécutif d’Orascom Investment Holding, Philippe Le Houérou, directeur général d’IFC, Paul Kagame, président du Rwanda, Sahle-Work Zewde, présidente de l’Éthiopie, Abdulsamad Rabiu, PDG de BUA Group, et Eleni Giokos, présentatrice à CNN et modératrice du débat.

de demain JOËL TÉ-LÉSSIA ASSOKO,

L

envoyé spécial à Kigali

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ovation est longue et solennelle, ce lundi 25 mars au soir, lorsque Tewolde GebreMariam se fraie un chemin dans le grand hall du Kigali Convention Center (KCC) pour recevoir le prix de l’entreprise africaine de l’année, décerné à Ethiopian Airlines, qu’il

dirige depuis 2011. « Merci pour ce fort vote de confiance, alors que nous traversons le plus éprouvant challenge de notre histoire », s’est ému le manager éthiopien, qui a également exprimé ses « plus sincères et profondes condoléances » pour les familles des victimes du crash aérien du 10 mars, qui a entraîné la mort de 157 passagers et employés du transporteur. En honorant la compagnie d’AddisAbeba, surtout en cette période

difficile, le jury de l’Africa CEO Forum (ACF), coorganisé par Jeune Afrique Media Group (JAMG), le spécialiste suisse de l’événementiel Rainbow Unlimited et l’IFC, filiale du groupe de la Banque mondiale, a sans doute voulu marquer le coup et aussi rappeler une évidence. « Ethiopian Airlines est incontestablement un champion de l’intégration régionale en Afrique », salue le Malien Mossadeck Bally, patron du groupe Azalaï Hotels,

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Spécial

pourtant en lice pour cette même récompense. Le pari panafricain d’Ethiopian, qui en une dizaine d’années s’est installé dans quarante pays du continent, a manifestement porté ses fruits avec 2,75 milliards d’euros de revenus en 2017-2018, soit trois fois et demie le volume réalisé en 2010-2011. Une réussite qui illustre bien le thème principal de l’ACF 2019 : « Une Afrique ouverte. Des traités continentaux aux réalités des affaires ». Comme un symbole, c’est en ce même centre de convention, comme l’a rappelé le président rwandais, Paul Kagame, que 44 pays africains ont signé, il y a un an, l’accord sur la Zone de libre-échange continentale (Zlec). « La Zlec est sur le point d’entrer en vigueur. Une seule ratification [d’un des pays signataires] de plus est nécessaire. Cependant, comme nous le savons tous, c’est là que commence le dur labeur. Il est donc tout à fait opportun que nous nous réunissions ici pour discuter de la meilleure façon possible de tirer parti de cet accord historique », a souligné le dirigeant rwandais. « Notre ambition pour ce forum est d’ouvrir un dialogue mondial entre les secteurs public et privé sur la manière d’aller de l’avant tous ensemble », a ajouté Amir Ben Yahmed, président de l’Africa CEO Forum et directeur général de JAMG. Une double exhortation qui semble avoir été entendue.

Échanges très directs

Plus de 1 800 participants, dont 800 patrons d’entreprise, ont été enregistrés pour cette nouvelle édition, soit 200 personnes de plus qu’au forum d’Abidjan en 2018. Avec, pour cette première fois au Rwanda, couverte par 142 journalistes du monde entier, une majorité d’anglophones. Pas moins de quatre chefs d’État – Paul Kagame, Félix Tshisekedi (RD Congo), Faure Gnassingbé (Togo) et Sahle-Work Zewde (Éthiopie) – ont présidé à ces rencontres, auxquelles a également participé Amadou Gon Coulibaly, le Premier ministre ivoirien. « L’Afrique doit créer environ 1,7 million d’emplois par mois pour sa jeunesse. La solution est d’avoir

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C’EST UNE EXCELLENTE OCCASION DE SE SAISIR DE TOUTES LES QUESTIONS CRUCIALES POUR LE DÉVELOPPEMENT AFRICAIN. OLUWATOYIN SANNI, directrice générale d’Emerging Africa Capital Group, Nigeria

un secteur privé compétitif grâce au libre-échange à l’échelle continentale. Pour y parvenir, nous avons besoin de visionnaires et de pragmatiques. Où les trouver si ce n’est à l’Africa CEO Forum ? » a martelé Philippe Le Houérou, directeur général d’IFC, qui déploie 3 milliards de dollars par an sur le continent. Durant ces quarante-huit heures à Kigali, les dirigeants publics comme privés venus de 70 pays, dont 44 africains, ont tenté de répondre à ce défi. Ce ne sont pas moins de 1 milliard de dollars d’opportunités d’investissement qui ont été présentées par les acteurs publics du continent. Ainsi, des dizaines d’investisseurs et d’entrepreneurs se sont pressés aux sessions « Invest in », dont celle du Togo, pendant laquelle l’opérateur de fibre optique Liquid Telecom s’est publiquement engagé à étendre ses activités dans ce pays. Autre moment fort, la séance de questions-réponses avec Amadou Gon Coulibaly, qui a souhaité désamorcer les inquiétudes éventuelles des investisseurs sur les prochaines échéances électorales ivoiriennes et vanté la pérennité du chemin de croissance emprunté par Abidjan. On retiendra aussi ces échanges très directs lors d’un petit-déjeuner informel entre le président Tshisekedi et des entrepreneurs congolais. Ou encore l’imposante délégation marocaine – conduite

par Mohcine Jazouli, ministre délégué chargé de la Coopération africaine, Mohamed El Kettani, patron du groupe bancaire Attijariwafa Bank et désigné CEO africain de l’année durant l’ACF, et Salaheddine Mezouar, ex-ministre des Affaires étrangères et président de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) –, venue inciter les investisseurs africains à tourner leur regard vers Casablanca et Rabat. Après des années d’expansion de leurs entreprises au sud du Sahara, les Marocains jugent cette « réciprocité des investissements » indispensable pour préparer « la mise en œuvre effective de la Zlec ». Le royaume devrait, dans les prochaines semaines, ratifier son adhésion à l’accord de libéralisation commerciale, ouvrant ainsi la voie à son entrée en vigueur. Le forum a également permis aux dirigeants de multiplier les rendez-vous pour faire avancer leurs projets, voire conclure des deals. Le Sénégalais Yerim Sow a été aperçu en grande conversation avec son homologue ivoirien Adama Bictogo, puis le Burkinabè Lassiné Diawara quand la Sénégalo-Monégasque Johanna Houdrouge, directrice juridique du groupe Mercure International, établi à Monaco, prenait langue avec le représentant de MSC au Togo. Le leadership féminin a été régulièrement évoqué, à la tribune comme

L’ACF OFFRE L’OPPORTUNITÉ D’APPROFONDIR SON RÉSEAU, DE CONCLURE DES CONTRATS ET DE BÂTIR LA CONFIANCE ENTRE LE SECTEUR PRIVÉ ET LES GOUVERNEMENTS. KUSENI DLAMINI, président de Massmart, Afrique du Sud


Le très attendu panel présidentiel a rassemblé les chefs d’État rwandais et congolais, Paul Kagame et Félix Tshisekedi.

durant les panels. Depuis quatre ans, l’ACF a fait de l’évolution des mentalités l’une de ses priorités. Cette année, il a organisé un atelier sur l’accès des femmes aux conseils d’administration, auquel ont participé Cina Lawson, ministre togolaise des Postes et de l’Économie numérique, et la Marocaine Nadia Fettah, directrice générale de Saham Finances. Le Kigali Convention Center a également été le théâtre de conversations franches sur les challenges que représente la mise en œuvre de cette libéralisation continentale. Aux mises en garde sincères du tycoon égyptien Naguib Sawiris et de son homologue nigérian Abdul Samad Rabiu, patron du conglomérat BUA Group, sur, entre autres, les risques de dumping dont pourraient souffrir les entrepreneurs africains ont répondu d’affirmatives exhortations en faveur de la Zlec. « Nous devons œuvrer à servir les 1,2 milliard d’habitants du continent africain qui vont bénéficier du futur marché unique continental plutôt que nous focaliser exclusivement sur les situations particulières

Tshisekedi a appelé à une nouvelle ère de coopération entre les anciens rivaux de la région des Grands Lacs. La veille, le dôme du KCC avait même été illuminé aux couleurs du drapeau de la RD Congo. « Notre mission est de construire des ponts et non des murs », a affirmé le président congolais, rappelant les avantages d’une collaboration, notamment dans le domaine de l’hydroélectricité. « Pour que les entreprises puissent fonctionner correctement, elles ont besoin de la coopération du gouvernement. Les deux secteurs ne peuvent pas travailler l’un sans l’autre », a ajouté Tony Attah, directeur général de Nigeria LNG, l’un des leaders africains du secteur gazier. « Ce dont nous avons besoin, c’est beaucoup plus d’activités commerciales, surtout entre pays de telle ou telle économie », a estimé africains, afin de voir émerger des Ade Ayeyemi, directeur général du entreprises d’envergure continengroupe panafricain Ecobank. Un avis tale, qui puissent porter les intéque semblent partager une majorité rêts et les ambitions de des dirigeants africains. nos peuples », a expliSelon une enquête inéqué Paul Kagame. En dite, diligentée par le LE MARCHÉ UNIQUE récompensant Ethiopian cabinet Deloitte et Jeune AFRICAIN VOUS OUVRIRAAirlines et Attijariwafa Afrique, 81 % d’entre eux T-IL DE NOUVELLES OPPORTUNITÉS DE Bank, deux champions considèrent que la créaDÉVELOPPEMENT ? de la promotion des tion de cette zone com(sondage Deloitte et JAMG, relations économiques merciale continentale réalisé auprès de plus de entre les nations du aura un impact positif sur 120 dirigeants d’entreprise africains) continent, l’Africa CEO leur stratégie. Forum a indiqué un che81 % min. Il revient désormais à l’ensemble des opéra« Quoi que nous essayions teurs économiques afride faire, même en matière cains de l’emprunter. de développement éco« Le Rwanda est un pays nomique, si les décisions 19 % qui prend le business au politiques sont mausérieux », n’ont cessé de vaises, tout le reste sera rappeler les dirigeants de mauvais. C’est pourquoi Oui Non Kigali durant ce forum. une gouvernance ouverte, Un an après la signature réceptive et respondu traité historique instituant la sable est si cruciale », a insisté Paul Zlec, le message est on ne peut plus Kagame. Durant le très attendu panel clair pour les dirigeants africains : présidentiel rassemblant les chefs place aux affaires. d’État rwandais et congolais, Félix

Nouvelle ère

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Spécial

Palmarès Et les champions sont…

L’ACF a décerné ses prix aux entreprises et aux dirigeants les plus solides ou les plus prometteurs du continent. Avec, cette année, des lauréats dans deux nouvelles catégories. NOUVEAU EN

2019

CEO OF THE YEAR

Mohamed El Kettani Depuis 2007, il est l’emblématique PDG d’Attijariwafa Bank. Mohamed El Kettani, 60 ans, a même été la cheville ouvrière de la fusion entre Banque commerciale du Maroc (BCM) et Wafabank, qui a donné naissance au groupe en 2004. S’il est encore parfois jugé conservateur, cette étiquette ne peut résumer son parcours, tant il a œuvré pour le développement de la banque marocaine, présente aujourd’hui dans quatorze pays africains et six européens. En 2017, la part du Maroc dans les revenus d’Attijariwafa ne représentait ainsi plus que 48 %, contre 83 % en 2007. Cette même année, le PDG a donné son feu vert pour l’audacieuse acquisition de Barclays Bank Egypt, dans un contexte politique et économique compliqué. Si la rentabilité au pays des pharaons n’est pour l’heure pas au rendez-vous et que la filiale égyptienne a encore besoin d’une période d’intégration, Attijariwafa Bank affiche globalement d’excellentes performances, avec un résultat net part du groupe en hausse de 5,8 %, à 5,7 milliards de dirhams (environ 520 millions d’euros). JULIEN CLÉMENÇOT

Jean-Claude Karayenzi, directeur général Access Bank Rwanda

GENDER LEADER OF THE YEAR

Access Bank

La grande banque nigériane est sacrée « gender leader » pour avoir fait de la réduction des inégalités hommes-femmes dans ses rangs une grande cause morale. Elle est dirigée par une présidente, Mosunmola Belo-Olusoga, et une filiale sur trois est pilotée par une directrice générale. Alors que les femmes étaient absentes de son conseil d’administration en 2007, elles représentent aujourd’hui 33 % de ses membres. Access Bank a aussi institué pour ses salariés un congé maternité de six mois ainsi qu’un congé paternité de deux semaines, alors qu’au Nigeria le premier vient de passer à quatre mois et que le second n’existe tout simplement pas. Sur le plan commercial, l’établissement a lancé plusieurs initiatives pour séduire des clientes – qu’elles soient cadres, femmes d’affaires ou au foyer –, favorisant ainsi la bancarisation et l’entrepreneuriat féminins autour de ses 350 agences au Nigeria, au Ghana, en Zambie, au Congo, au Rwanda, en Sierra Leone et en Gambie. CHRISTOPHE LE BEC

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Ife Oyedele II, cofondateur de Kobo360

LES MEMBRES DES JURYS CEO OF THE YEAR Nadia Fettah, Saham Finances Mohamed Dewji, MeTl Amy Jadesimi, Ladol Jumoke Jagun-Dokunmu, IFC Abdou Diop, Mazars Soufiane El Kassi, Jesa

DISRUPTER OF THE YEAR Thierry Barbaut, Agence Micro Projets Nadia Fettah, Saham Finances Amy Jadesimi, Ladol Mohamed Dewji, MeTL Jumoke Jagun-Dokunmu, IFC Abdou Diop, Mazars Samir Abdelkrim, Startupbrics

NOUVEAU EN

2019

DISRUPTER OF THE YEAR

GENDER LEADER OF THE YEAR Snowy Joyce Khoza, Bigen Daphne Mashile Nkossi, Kalagadi Manganese Françoise Remarck, Canal+ Cathia Lawson-Hall, Société générale Nadia Fettah, Saham Finances Lucy Quist, Quist Blue Diamond Oluwatoyin Sanni, EAC Group Sandra Sancier-Sultan, McKinsey & Company Anne Njambi Kabugi, IFC

Kobo360

Entrée en activité en janvier 2018, la start-up nigériane a très vite rencontré le succès et remporte le prix de l’innovateur de l’année. Cet « Uber des camions » propose aux utilisateurs de prendre en charge leurs marchandises d’un bout à l’autre du Nigeria. L’application met à disposition les services de près de 11 000 véhicules, appartenant à plus de 1400 PME de transport inscrites sur sa plateforme. Pas moins de 297000 tonnes ont d’ores et déjà été déplacées grâce à Kobo360. Les transporteurs sont payés en amont de la course, ce qui bénéficie à leur trésorerie. La position des marchandises peut être suivie en temps réel par les utilisateurs, ce qui était jusqu’alors une gageure au Nigeria. Et l’optimisation du chargement permise par l’application permet de proposer un service à bas coût. Un véritable succès qui lui a vite valu l’intérêt des investisseurs: la start-up a ainsi pu réaliser deux levées de fonds de 1,2 million et 6 millions de dollars. De quoi partir à l’assaut d’autres marchés en Afrique de l’Ouest et de l’Afrique de l’Est.

INTERNATIONAL COMPANY OF THE YEAR Franziska Hollman, DEG Jumoke Jagun-Dokunmu, IFC Grégory Clemente, Proparco Peter Van Mierlo, FMO

AFRICAN CHAMPION OF THE YEAR Mohamed Alaouani Ali Cherif, Mazars AFRICA CEO FORUM

C.L.B.

AFRICAN CHAMPION OF THE YEAR

Ethiopian Airlines De discours en discours, Tewolde GebreMariam (photo), DG d’Ethiopian Airlines, milite pour l’intégration économique africaine, rappelant que 80 % du trafic international vers le continent est aujourd’hui détenu par des transporteurs non africains. La compagnie éthiopienne – dont les revenus africains, en hausse de 18 % en 2018, représentent 28 % de ses résultats globaux – s’est imposée comme la principale plateforme de transit du continent, reliant quarante de ses pays à une soixantaine de destinations mondiales. Ces performances ont poussé le jury à lui décerner le trophée du champion africain de l’année, en dépit du récent crash d’un de ses vols Addis Abeba-Nairobi. Une tragédie dont la cause semble davantage liée aux spécificités de l’appareil utilisé, un Boeing 737 Max 8, qu’à un défaut d’entretien ou de formation des pilotes.

INTERNATIONAL COMPANY OF THE YEAR

Engie Afrique

L’énergéticien français Engie, qui a donné le signal de son offensive continentale en créant sa direction Afrique en 2016, est élu compagnie internationale de l’année. Cette réorganisation lui a permis de saisir de nouvelles opportunités en faisant de la production d’électricité à partir d’énergies renouvelables et des services à l’énergie ses priorités. Depuis, le groupe fait des acquisitions en Ouganda, en Afrique du Yoven Sud, au Maroc et en Côte Moorooven, d’Ivoire. Engie Afrique, directeur général qui a consacré 380 milde Engie Afrique lions d’euros d’investissements sur le continent ces dernières années, s’est distingué par son impact significatif sur les communautés locales. J.C.

RÉMY DARRAS

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1. Wale Shonibare, directeur des solutions financières énergétiques, des politiques et de la réglementation à la BAD, Vijay Iyer, vice-président et directeur des opérations de Miga, et Joel Nana Kontchou, PDG d’Eneo Cameroon.

6. Sahle-Work Zewde, présidente de l’Éthiopie.

11. Ahmed El Sewedy, PDG d’El Sewedy Electric.

7. Ade Ayeyemi, directeur général du groupe Ecobank.

12. Jérôme Petit, directeur général de Bolloré Logistics Afrique.

8. James Mworia, directeur général de Centum Investment Company.

13. Manuel Mota, PDG de Mota-Engil Africa.

2. Abdulsamad Rabiu, PDG de BUA Group.

9. Joshua Oigara, PDG de KCB Group.

3. Gagan Gupta, PDG d’Arise.

10. Françoise Remarck, présidente du conseil d’administration de Canal+ Côte d’Ivoire, Salaheddine Mezouar, président de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), et Patrice Fonlladosa, président du comité Afrique du Medef International.

4. Amir Ben Yahmed, fondateur et président de l’Africa CEO Forum. 5. Amadou Gon Coulibaly, Premier ministre de la Côte d’Ivoire.

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14. Philippe Le Houérou, directeur général d’IFC (au centre), et Kenji Yamada (à sa dr.), vice-ministre japonais des Affaires étrangères. 15. Diane Karusisi, PDG de Bank of Kigali Group, et Tewolde GebreMariam, PDG d’Ethiopian Airlines.


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1. Faure Gnassingbé, président de la République du Togo. 2. Alioune Ndiaye, directeur général d’Orange Middle East and Africa.

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9. Alain Law Min, directeur général de Mauritius Commercial Bank.

3. Christina Foerster, PDG de Brussels Airlines.

10. Dr. Patrick Njoroge, gouverneur de la Banque centrale du Kenya.

4. Abderrahmane Benhamadi, président de Condor.

11. Karim Senhadji, PDG d’OCP Africa.

5. Nancy Kacungira, journaliste de la BBC et modératrice du débat, Olivier Granet, PDG de Kasada Capital Management, Sebastian Mikosz, PDG de Kenya Airways, Mossadeck Bally, PDG du groupe Azalaï Hotels, et Lionel Zinsou, associé gérant chez SouthBridge Group.

12. Aboubaker Omar Hadi, président de l’Autorité des ports et des zones franches de Djibouti.

6. Ambroise Fayolle, vice-président de la Banque européenne d’investissement.

16. Paul Kagame, président du Rwanda.

7. Kuseni Dlamini, président de Massmart.

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8. Valerie Levkov, directrice Afrique, Moyen-Orient et Méditerranée orientale d’EDF.

13. Farid Fezoua, PDG de GE Africa. 14. Mohammed Dewji, PDG de MeTL. 15. Bella Disu, vice-présidente exécutive de Globacom.

17. Mohcine Jazouli, ministre marocain délégué chargé de la Coopération africaine.


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AFRIQUE SUBSAHARIENNE

37 Tribune Vers la fin de la faim ?

RWANDA

Paul Kagame

« Nous sommes allés au-delà de l’imaginable » Du génocide des Tutsis aux relations avec la France, du contentieux avec l’Ouganda à l’élection présidentielle en RD Congo, le chef de l’État n’a éludé aucune question (ou presque). Interview exclusive. Propos recueillis par FRANÇOIS SOUDAN, envoyé spécial à Kigali

E

n moins de deux semaines, fin mars et début avril, Paul Kagame et avec lui le Rwanda seront passés presque sans transition de demain à hier. L’avenir, ce fut, les 25 et 26 mars, la tenue à Kigali du septième CEO Forum, la plus importante conférence de ce type que le pays ait jamais accueillie : près de 2 000 participants de la communauté des affaires venus de toute l’Afrique, mais aussi d’Europe et d’Asie (voir pp. 20-29). Le passé, ce sera le 7 avril la 25e Kwibuka, commémoration du génocide perpétré en 1994 contre les Tutsis, journée de deuil national pour laquelle une trentaine de chefs d’État et de personnalités internationales sont attendus. Ainsi se définit, en permanence, le « Rwandan way of life »: ne rien oublier pour que tout se reconstruise. L’homme de 61 ans qui reçoit Jeune Afrique en ce 23 mars pour un entretien de près de deux heures vient de se livrer à un exercice qu’il affectionne particulièrement. Pendant une semaine, il a réuni l’ensemble des décideurs du pays – ministres, dirigeants des institutions publiques, PDG, hauts fonctionnaires – pour la National Leadership Retreat, haut lieu de

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critique, d’autocritique et de reddition des comptes d’où l’autosatisfaction est bannie, dans l’enceinte d’un camp d’entraînement de l’armée. Pourquoi un tel lieu? « N’y voyez rien de spécial, nous répond Kagame. Un camp militaire est un bien de la République comme les autres. » Il n’empêche : voir dans ce choix l’illustration symbolique de la méthode directive et du culte de la discipline qui sont la marque du « boss » et l’un des ingrédients essentiels du « miracle rwandais » relève de l’évidence. À son habitude, Paul Kagame parle « cash ». De ses réussites, qu’aucun observateur de bonne foi ne saurait nier et que beaucoup d’Africains admirent, mais aussi de ses inquiétudes, au premier rang desquelles figurent, en ces premiers mois de 2019, les vives tensions avec un homme qu’il connaît sur le bout des doigts: le président ougandais, Yoweri Museveni, aux côtés de qui il a combattu lorsque ce dernier s’est lancé, il y a quarante ans, à l’assaut du pouvoir. Petit pays enclavé et surpeuplé de 12 millions d’habitants, le Rwanda est pour l’instant privé, du fait de la crise, de l’une de ses deux artères fémorales : le corridor nord, qui le relie, via l’Ouganda, au port kényan de Mombasa, le

Le 23 mars, à Kigali.


40 Côte d’Ivoire Doumbia met l’armée au pas

VINCENT FOURNIER/JA

38 RD Congo Rencontre avec… Martin Fayulu


Afrique subsaharienne RWANDA

laissant à la merci du seul corridor est, à travers la Tanzanie jusqu’à Dar es-Salaam. Une question de survie, donc. Une de plus. JeuneAfrique:LeRwandacommémorera, le 7 avril, le génocide des Tutsis. Comment expliquez-vous que, vingtcinq ans toutjusteaprèscedrame, des livres,desdocumentairesetmêmedes séries télévisées comme Black Earth Rising, sur Netflix, continuent d’en livrer une version révisionniste, voire négationniste? Paul Kagame : Cela n’a rien de par-

ticulièrement étonnant. Aujourd’hui encore, l’Holocauste continue de faire l’objet de ce genre de tentatives négationnistes. Vous trouverez toujours des gens qui, pour échapper à leurs propres responsabilités, nieront la réalité des génocides. Nous, Rwandais, connaissons notre histoire et savons ce qui s’est passé. Nous préférons consacrer notre énergie à reconstruire nos vies et notre patrie plutôt qu’à écouter ce genre d’aberrations. Le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) est désormais clos, tout comme les tribunaux dits gaçaça. Justice a-t-elle été rendue ?

Pourtant, un certain nombre de personnalités suspectées d’avoir joué un rôle clé dans le génocide sont toujours en liberté. Félicien Kabuga, par exemple, cet homme d’affaires rwandaissurnommé«lebanquierdugénocide ». Personne ne sait où il se trouve. Commentest-ilparvenuàpasserentre les mailles du filet?

Je ne crois pas que Kabuga soit aussi libre que vous le dites, puisqu’il est contraint de se terrer en permanence. Ce n’est pas cela, la liberté, et, d’une certaine manière, il paie pour ce qu’il a fait. Cela dit, le mystère qui entoure son sort, sa disparition et sa fuite perpétuelle signifie qu’il a sans doute bénéficié de complicités, voire d’une conspiration internationale pour qu’il ne soit pas contraint de révéler ce qu’il sait. Il y a aussi le cas du colonel Serubuga, qui vit en France, et celui d’Agathe Habyarimana, la veuve de l’ancien président, qui est installée en région parisienne. Ni expulsable ni régularisable, elle est dans une sorte de vide

juridique. Pensez-vous obtenir un jour son extradition?

Je l’ignore. Mais même si notre demande n’est pas, pour une raison ou pour une autre, considérée, pourquoi cette femme n’a-t-elle jamais été inquiétée par le TPIR ou par la justice française? Pourquoi n’a-t-elle jamais fait l’objet d’une enquête dans le pays où elle s’est réfugiée? Les faits parlent d’eux-mêmes… Peut-on considérer que, depuis que la procédure ouverte par la justice française dans le cadre de l’attentat du 6 avril 1994 a été abandonnée, un nouveau chapitre s’ouvre dans les relations entre Paris et Kigali?

Je ne dirais pas cela. Chaque chapitre se termine par une conclusion, et il n’appartient pas au Rwanda de l’écrire à la place de la France. Tant que ce ne sera pas fait et tant que des cas comme ceux que vous venez d’évoquer seront pendants, il sera difficile de tourner définitivement la page. Pour autant, il est clair que la relation entre nos deux pays est nettement meilleure qu’elle ne le fut. Vous avez invité le président Emmanuel Macron à la 25 e commémoration. En retour, l’Élysée enverra une délégation conduite par un député d’origine rwandaise,

Surnommé « le banquier du génocide », l’homme d’affaires Félicien Kabuga reste introuvable.

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Installée en France, Agathe Habyarimana, la veuve de l’ancien président, n’est ni expulsable ni régularisable.

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PHOTOPQR/LE PARISIEN

GEORGE MULALA/REUTERS

En grande partie, oui. Mais nous n’avons pas voulu nous en tenir à la seule justice. Au-delà, il y a la

réconciliation. Nous avons voulu voir plus loin pour que ce pays trouve enfin son harmonie, sa stabilité, et ses habitants, leur capacité à vivre ensemble. Sur ce plan, nous avons réussi au-delà de ce que nous imaginions.


Il y a certes des réticences de la part de certains, mais elles ne portent pas sur le principe de l’autofinancement, seulement sur ses modalités.

Avec son homologue français, Emmanuel Macron, à l’Élysée, le 23 mai 2018.

Hervé Berville. N’est-ce pas un peu… décevant ?

[Sourire.] Nous avons toujours exigé que nos partenaires, quels qu’ils soient, nous laissent décider de nos actes. Il est donc normal qu’en échange ils soient eux aussi libres de leurs décisions. Venir, ne pas venir, à un haut niveau ou à un niveau moindre, en faire beaucoup, en faire peu… C’est à eux de voir. Je n’ai pas pour habitude de me plaindre, ce n’est pas ainsi que j’aborde les problèmes. Une visite officielle du chef de l’État français au Rwanda est-elle envisageable plus tard, au cours de cette année 2019?

Je n’en ai aucune idée. Mais il est le bienvenu.

Lorsque Louise Mushikiwabo, l’ancienne ministre rwandaise des Affaires étrangères, a été élue à la tête de la Francophonie, certains commentateurs ont posé la question de son indépendance. Ils ont voulu voir en elle un vecteur de votre soft power, arguant que sa feuille de mission serait dictée par Kigali et qu’elle ne défendrait pas les droits de l’homme. Qu’en dites-vous?

C’est un non-sens absolu. Que je sache, je n’ai jamais entendu dire que Michaëlle Jean prenait ses ordres à Ottawa, Abdou Diouf à Dakar ou

Boutros Boutros-Ghali au Caire. Donc parce que Louise Mushikiwabo est rwandaise, ce serait le cas ? Il n’y a pas d’autre mot pour qualifier ce jugement que celui de racisme. Si l’on suit ce raisonnement, les Rwandais, les Africains en général, seraient ataviquement dépendants et hostiles à des droits de l’homme que seuls les Occidentaux seraient en mesure de respecter ! La réalité est que les Africains respectent tout autant les droits de l’homme que les autres, même s’ils peuvent vivre ces droits de façon différente. En tant que président de l’Union africaine en 2018, vous avez connu deux réussites : le Peace Fund et la Zone de libre-échangecontinentale.Êtes-vous d’accord?

Pas tout à fait, car il faut en ajouter une troisième : la réforme de l’UA. Mais il ne faut pas m’accorder plus de crédit que je n’en mérite. Sans le soutien des autres dirigeants africains, je n’y serais pas parvenu. Des réussites, mais aussi une déception:l’UAesttoujoursdépendantedes bailleursdefondsétrangerspourplus de la moitié de son budget…

L’autofinancement est un processus. Le fait qu’une bonne vingtaine d’États aient souscrit à la taxe sur les importations est déjà un vrai progrès.

VILLAGE URUGWIRO

Vous avez accusé l’Ouganda de chercher à déstabiliser le Rwanda. De quelles preuves disposez-vous?

Elles sont nombreuses, irréfutables, et nous les avons fournies aux autorités ougandaises. Kampala offre son aide et ses facilités logistiques à des individus venus d’Afrique du Sud, du Burundi, de RD Congo, du Canada ou d’Europe, lesquels se retrouvent dans la capitale ougandaise pour comploter contre le Rwanda, sous l’œil bienveillant du gouvernement. Nos informations proviennent de multiples canaux, notamment de dirigeants de la rébellion des FDLR [Forces démocratiques de libération du Rwanda] arrêtés fin 2018 au Congo et extradés depuis. Nous avons même interrogé un individu qui venait d’Iran et projetait de commettre des attentats après avoir transité par l’Ouganda. Mais les autorités ougandaises démentent tout cela!

Pas le président Yoweri Museveni, puisque, dans une lettre qu’il m’a envoyée le 10 mars et qu’il a rendue publique avant même que je la reçoive, il a reconnu avoir « accidentellement » reçu une dirigeante du soi-disant Congrès national rwandais [RNC, en anglais]. La vérité est que Kampala est le lieu de contact et de coordination entre toutes ces forces négatives, qu’il s’agisse des anciens génocidaires, du RNC de Kayumba Nyamwasa ou du groupuscule de Paul Rusesabagina. LeprésidentMuseveni etvous-même, vousvousconnaissezdepuisquarante ans. Vous l’avez aidé à accéder au pouvoir, et il vous a aidé dans la lutte de libération. Que se passe-t-il? Que vous reproche-t-il?

Il m’est arrivé de lui poser la question et, en réalité, il n’y a rien de précis ou de cohérent, si ce n’est peut-être le vague sentiment que nous lui serions redevables.

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Afrique subsaharienne

Vos armées respectives se sont affrontées à Kisangani, en RD Congo, il y a vingt ans. Vous l’avez battu. Peut-être ne l’a-t-il jamais digéré…

Nous les avons défaits à trois reprises, c’est exact, et peut-être avezvous raison. Mais il y a sans doute d’autres explications. La volonté de contrôler le Rwanda, de nous maintenir dans une forme de sujétion? C’est probable.

Je le respecte en tant que président de l’Ouganda. Mais il n’est pas le président du Rwanda et ne le sera jamais. Il faut qu’il s’y résolve. Nous n’acceptons aucun diktat, d’où qu’il vienne, vous le savez bien. Du point de vue de la géographie, le Rwanda est un petit pays. Sur les plans idéologique et politique, c’est un grand pays. Une médiation est-elle possible?

Je ne le crois pas. Il n’y a pas de place pour cela. Comme je l’ai dit à Yoweri Museveni, tout dépend de lui. Il ne peut pas répéter qu’il n’a rien contre le Rwanda et laisser faire ce que je viens de vous décrire. La clé des problèmes est en Ouganda, elle est entre les mains de Museveni luimême. Laissez-moi vous raconter une anecdote: nous avons au Rwanda un programme annuel pour nos étudiants à l’étranger qui reviennent au pays pendant les vacances, entre juin et août. C’est une sorte de service national pendant lequel ils reçoivent, sur la base du volontariat, des cours d’histoire, d’économie, d’idéologie, de kinyarwanda, pour ceux qui en ont besoin, et un entraînement militaire d’une semaine. Eh bien, pour Museveni, il s’agit d’un programme hostile. À l’en croire, nous entraînerions une milice pour agresser l’Ouganda! Cela frise la paranoïa… Vous avez tout récemment – et pour la première fois – évoqué l’assassinat en 1998 à Nairobi du ministre de l’Intérieur du premier gouvernement postgénocide, Seth Sendashonga.

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VILLAGE URUGWIRO

Il est votre aîné. C’est un patriarche de 74 ans. Lui auriez-vous manqué de respect?

Vous dites que les informations en votre possession recoupent celles de l’historien Gérard Prunier, selon lesquelles Sendashonga s’apprêtait à déstabiliser le Rwanda avec l’appui du général Salim Saleh, le frère du président Museveni. Pourquoi avoir attendu plus de vingt ans pour dire cela?

C’est très simple. Les personnalités ougandaises qui hier ont aidé Sendashonga dans son entreprise sont les mêmes qui, aujourd’hui, appuient les émules de Sendashonga. L’histoire se répète. Je vous cite: « Sendashonga est mort parce qu’il avait franchi la ligne. Et je ne vais pas m’excuser pour cela. » Cela signifie-t-il que vous revendiquez la responsabilité de ce meurtre?

Ne déformez pas mes propos. Et relisez le témoignage de Gérard Prunier dans From Genocide to Continental War : il y raconte comment son ami Sendashonga recrutait des centaines de miliciens avec le soutien des Ougandais. Avant de conclure que le pouvoir de Kigali avait, selon lui, décidé de l’éliminer parce qu’il « avait franchi la ligne » – les mots sont de lui.

Si vous n’êtes pas responsable, pourquoi préciser que vous ne vous excuserez pas?

Il est clair que je ne regrette pas la mort de Seth Sendashonga, ni d’aucun des ennemis de la nation. C’est à peu près ce que vous avez dit au lendemain de l’assassinat de Patrick Karegeya à Johannesburg, le 1er janvier 2014…

Tout à fait. Mais cela ne signifie en rien que nous en soyons coupables. Quand l’un de mes ennemis décède, de quelque façon que ce soit, n’attendez pas de moi beaucoup de compassion. Le Rwanda est un pays enclavé. En quoicettecriseavecl’Ougandaaffectet-elle vos circuits commerciaux?

Le corridor nord, qui transite via l’Ouganda vers le port kényan de Mombasa, est quasi bloqué. Nos exportateurs de produits laitiers et de minéraux rares, tel le coltan rwandais, de très haute qualité, produit ici même, font l’objet de tracasseries incessantes et interminables. Quant au projet de chemin de fer MombasaKampala-Kigali, les Ougandais ont été très clairs là-dessus : ce sera Mombasa-Kampala-Djouba, au Soudan du Sud. Hors de question, nous ont-ils dit, que le train desserve le Rwanda. Cela fait des années qu’ils ont cette attitude hostile, sans explication.


À Kampala, en mars 2018. Le président Museveni et lui se connaissent depuis longtemps, mais leurs relations sont aujourd’hui glaciales. voisinsdelaRDCongoautourdel’élection contestée de Félix Tshisekedi. Comment l’expliquez-vous?

Vos relations avec Bujumbura sont tout aussi tendues. Considérez-vous le Burundi comme une base arrière pour l’opposition armée, à l’instar de l’Ouganda?

Oui, et ce n’est pas un fait nouveau, tout comme les connexions entre Bujumbura et Kampala. En réalité, les autorités burundaises font tout ce qu’elles peuvent pour nous provoquer et elles doivent avoir des raisons de politique intérieure. Mais c’est un piège dans lequel nous ne tombons pas. Bujumbura demande la tenue d’un sommet de la Communauté de l’Afrique de l’Est pour débattre de ce problème. Pourquoi le refusez-vous?

Il n’y a pas de problèmes entre le Burundi et le Rwanda. Il y a un problème burundais pour lequel le Rwanda sert en quelque sorte de dérivatif. Dès lors, un sommet serait sans objet, sauf s’il concernait le Burundi et le Burundi seul. Nous refusons de nous laisser entraîner dans cette diversion et nous ne répondrons pas aux provocations. À moins qu’elles n’aillent trop loin et que certains commettent l’erreur de nous attaquer directement. Il y a eu beaucoup de confusion entre les membres de l’UA et parmi les

Le terme « confusion » est effectivement approprié. À tous les niveaux. En RD Congo, l’élection a été confuse et a donné lieu à des appréciations divergentes de la part des observateurs, du gouvernement et au sein même de l’opposition. Cette confusion a déteint sur les pays de la région, en particulier sur les membres de la SADC [Communauté de développement de l’Afrique australe], qui ont multiplié les messages contradictoires. À partir d’un certain moment, et compte tenu du fait que la situation au Congo a un impact direct sur chacun de ses neuf voisins, vous en revenez aux fondamentaux et au principe de réalité. Un: l’élection a eu lieu. Deux: la RD Congo est indépendante. Trois: ce n’est pas à nous de lui imposer tel ou tel candidat. Avez-vous confiance dans la capacité de Félix Tshisekedi à s’imposer face au camp de Joseph Kabila? Êtes-vous prêt à l’y aider?

Ce n’est pas mon job. Le fait est qu’il est le président du Congo et que nous ferons le maximum pour coopérer et travailler ensemble. Faut-il féliciter l’ex-président Kabila pour avoir cédé le pouvoir?

Je ne répondrai pas à cette question.

Des FDLR évoluent toujours dans l’est de la RD Congo, et d’autres y transitent entre le Burundi et l’Ouganda. Reprochez-vous encore aux autorités congolaises de fermer les yeux?

QUAND L’UN DE MES ENNEMIS DÉCÈDE, DE QUELQUE FAÇON QUE CE SOIT, N’ATTENDEZ PAS DE MOI BEAUCOUP DE COMPASSION.

Non. Elles font ce qu’elles peuvent pour les en empêcher. Mais l’est de la RD Congo est vaste. Vos rapports avec l’Afrique du Sud se sont-ils améliorés depuis que Cyril Ramaphosa a succédé à Jacob Zuma, il y a un an?

Globalement, oui. Tous les problèmes ne sont pas encore résolus, notamment celui des visas, mais la volonté existe. C’est une affaire de temps. L’ex-général Nyamwasa, que la justice rwandaise accuse de trahison, réside en Afrique du Sud. Pretoria refuse de l’extrader. N’est-ce pas un problème?

Peut-être ne considèrent-ils pas cette situation comme un problème. Mais je pense qu’un jour ou l’autre ils devront y faire face. Nous leur avons transmis son dossier. Nous sommes patients. La justice sud-africaine devrait bientôt rouvrir l’affaire Karegeya sur la base de « soupçons de complicité » entre les suspects et le gouvernement rwandais…

Nous verrons. Je n’ai pas de commentaire à faire.

Au cours de la dernière National Leadership Retreat, qui s’est tenue dans lecamp militairede Gabiro, vous avez évoqué certaines « faiblesses » et certains « échecs » dans l’expérience rwandaise. À quoi faisiez-vous allusion?

Aux lenteurs dans la mise en œuvre de nos politiques et de nos programmes. Nous devons aller plus vite que nous ne le faisons. Cela ne sert à rien de se satisfaire de nos progrès et de notre taux de croissance élevé: ceux qui, à tous les niveaux, sont chargés d’appliquer les objectifs doivent savoir qu’ils peuvent et doivent faire beaucoup mieux. Plus de 7 % de croissance en 2018, c’est bien. Mais pourquoi pas 8 % ou 9 % en 2019? On vous accuse parfois de gonfler artificiellement, voire de truquer, certaines statistiques afin de maximiser

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Afrique subsaharienne RWANDA

vos résultats économiques et sociaux. Qu’avez-vous à répondre?

Rien de particulier, si ce n’est ceci : ceux qui assènent et propagent ce genre de mensonges le font pour deux raisons. Soit par ignorance, depuis leurs bureaux de New York, Bruxelles ou Paris. Soit par malveillance, car ils connaissent la réalité mais ne l’admettent pas. Je sais bien que nos réussites dérangent ceux qui estiment avoir des comptes à régler avec nous. Il suffit de venir ici au Rwanda, d’ouvrir les yeux, de parler avec les gens, d’aller dans les hôpitaux, sur les marchés, dans les écoles, dans les campagnes et d’établir des comparaisons sur ces vingt-cinq dernières années. Enfin, pensez-vous réellement que toutes les grandes institutions économiques et financières internationales, qui ne cessent de nous féliciter, le font les yeux fermés, par complaisance ou parce que le petit Rwanda terrorise et intoxique le monde entier? C’est ridicule, mais, contre la mauvaise foi, je ne peux rien. Selon les nouvelles dispositions du code pénal rwandais adopté en septembre 2018, insulter ou diffamer la personne du chef de l’État dans les médias est passible de cinq à sept ans de prison. N’est-ce pas excessif au regard de la jurisprudence admise Lors de l’entretien, le 23 mars.

ailleurs en matière de délit de presse?

Posez cette question au ministre de la Justice. En ce qui me concerne, ce type de délit n’a pas beaucoup de sens: pourquoi ne pas laisser les gens écrire, insulter, diffamer? Personnellement, cela m’est égal. J’en ai tellement subi que je n’y prête plus attention. Cela dit, j’imagine qu’au-delà de ma personne le législateur a voulu protéger l’institution présidentielle, qu’il s’agisse de moi ou de mon successeur à ce poste. En accordant votre grâce à l’opposante Victoire Ingabire, en septembre dernier, pensiez-vous qu’elle vous serait reconnaissante et cesserait de vouscritiquer–cequimanifestement n’est pas le cas ?

Victoire Ingabire est l’une des 2000 personnes condamnées que nous avons libérées. Nous procédons à ce type de grâces collectives depuis longtemps, et elles ont concerné jusqu’à 30 000 personnes à la fois. Elle est une sur 2 000, et je rappelle qu’elle n’était pas en prison pour délit d’opinion, mais pour des crimes et délits précis sur lesquels je ne reviendrai pas. Pour le reste, cette personne doit savoir que, si elle recommence, elle retournera derrière les barreaux. En Tanzanie et en Ouganda, la communauté homosexuelle fait l’objet

POURQUOI NE PAS LAISSER LES GENS ÉCRIRE, INSULTER, DIFFAMER ? J’EN AI TELLEMENT SUBI QUE JE N’Y PRÊTE PLUS ATTENTION. de discriminations et de violences impulsées au plus haut sommet de l’État. Êtes-vous en faveur d’une législation afin de défendre leurs droits ?

Au Rwanda, l’homosexualité n’est pas un délit, et les membres de la communauté gay ne sont ni arrêtés, ni molestés, ni insultés. Ce n’est donc pas un problème, ni pour moi ni pour les Rwandais. Par contre, vouloir à tout prix légiférer sur ce sujet est la meilleure manière de créer un problème dans une société qui a ses normes, ses valeurs et ses codes depuis des siècles. Les homosexuels existent, nous savons qu’ils existent. Leur liberté ne doit pas interférer avec celle des autres, et réciproquement. Restons-en là. Peut-on dire que le Rwanda est une démocratie encadrée ?

Le Rwanda est une démocratie. Une démocratie, encadrée si vous voulez, par des lois et des règles universelles, mais dont l’expression et la mise en œuvre nous appartiennent en propre. La démocratie est-elle selon vous une condition ou une conséquence de la croissance économique ?

VINCENT FOURNIER/JA

La démocratie est nécessaire à la croissance, et la croissance est importante pour la démocratie. Il n’y a pas de démocratie possible si les conditions socio-économiques ne sont pas réunies et si les inégalités sont trop fortes. Et il n’y a pas de croissance pérenne possible sans État de droit.

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TRIBUNE

Vers la fin de la faim? M

algré la récurrence de cas de malnutrition sévère dans en 1974, par exemple, la grande famine éthiopienne de 1973 certaines régions du Nigeria, du Niger, de Somalie et des a été provoquée par un manque de droits et d’accès aux resdeux Soudans, l’Afrique ne connaît plus vraiment de famines. sources plutôt que par une augmentation de la population Il faut s’en réjouir et en tirer les conclusions qui s’imposent conjuguée à un effondrement de l’offre et de la production pour combattre les stéréotypes. Historiquement, d’abord, agricoles. Le drame s’est en effet déroulé au moment où la l’Afrique a recensé moins de 10 % des victimes des famines dictature marxiste de Mengistu entreprenait de collectiviser les qui, de 1870 jusqu’à nos jours, ont tué plus d’une centaine de terres et de déplacer la paysannerie pour vider les régions aux millions de personnes à l’échelle planétaire. mains de rebelles en armes. L’Europe de l’Est et l’Asie en ont comptabilisé Il y eut certes des exceptions. Au Sahel, en bien davantage, respectivement à hauteur de 1973, la famine a bien été engendrée par la 20 % et 65 %. De plus, la tendance à la dimisécheresse, l’hécatombe des troupeaux qui nution des famines observée dans le monde en résulta et l’absence de nourriture qui en et, plus particulièrement au sud du Sahara, découla. Mais le chercheur britannique Alex de contredit le scénario malthusien des prophètes Waal rappelle que cette crise nutritionnelle a été de malheur. peu meurtrière par rapport aux autres grandes Dans un fameux ouvrage publié en 1968 famines du siècle. En règle générale, la cause (The Population Bomb), le biologiste américain des famines est humaine, et la plus grande vulPaul R. Ehrlich prédisait en l’occurrence que, du nérabilité à la maladie constitue la principale Marc-Antoine fait de la poussée démographique, 4 milliards cause de surmortalité, plutôt que la faim en tant Pérouse d’individus allaient mourir de faim dans les que telle. de Montclos années 1980, dont 65 millions seraient amériDirecteur de cains. Les faits lui ont heureusement donné tort. l’échelle mondiale, la guerre, les dictatures recherches à l’Institut Selon les projections des Nations unies, le taux et les génocides ont ainsi été responsables de recherche pour de croissance annuel de la population mondiale de trois quarts des grandes famines et de la le développement va passer au-dessous du seuil de 0,5 % d’ici à surmortalité qui leur était liée. L’Afrique n’y a (Paris) 2025 et il sera presque nul à la fin du XXIe siècle. pas échappé. Du Biafra en 1968 au Darfour Certes, l’Afrique tarde à amorcer sa transition en 2004, les belligérants ont utilisé la faim démographique. Il n’en reste pas moins que son comme une arme de guerre, voire d’extermiévolution va à l’encontre du grand récit médianation. Au cours du siècle passé, la tendance à tique selon lequel le continent va imploser sous la pression de la diminution des famines peut donc se comprendre comme sa jeunesse. la résultante d’une moindre propension à la violence et d’une amélioration de la gouvernance, qu’il s’agisse de la mise en our l’instant, la corrélation va dans le sens inverse de l’apoplace de systèmes d’alerte ou d’un meilleur respect du droit calypse annoncée par les millénaristes : plus il y a de popuhumanitaire. lation, moins il y a de famine. Faut-il s’en étonner ? Non, si Des études montrent que, depuis 1945, plus de la moitié l’on considère que celle-ci résulte moins des aléas climatiques des famines ayant tué au moins 50 000 personnes se sont et de la poussée démographique que d’une mauvaise redisarrêtées après qu’un régime dictatorial ou colonial a été tribution des richesses. Dans une telle perspective, on peut défait ou renversé, ou bien du fait de son évolution après des alors s’attendre à ce qu’une amélioration de la gouvernance réformes internes ou une intervention extérieure. Dans près permette de combattre plus efficacement la faim. de la moitié des autres cas, les famines ont pris fin quand Le célèbre économiste indien Amartya Sen l’avait déjà monl’objectif militaire et politique du vainqueur a été atteint. Ce tré à sa manière. Comme au Bengale en 1943 et au Bangladesh fut le cas au Biafra en 1970.

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Afrique subsaharienne

RD CONGO RENCONTRE AVEC…

Martin Fayulu

Candidat de la coalition Lamuka à la dernière présidentielle

« Le système Kabila est toujours en place » Il continue de revendiquer la victoire au scrutin du 30 décembre dernier. Et défend une ligne dure face au nouveau chef de l’État, au risque de diviser son propre camp. PIERRE BOISSELET

S

ur ses cartes de visite, Martin Fayulu a fait apposer une tête de léopard, emblème de la RD Congo, suivie de cette mention : « Président élu ». C’est avec ce titre qu’il s’est présenté ces dernières semaines à Paris, au Quai d’Orsay, puis à Bruxelles, au ministère des Affaires étrangères, dans le cadre d’une tournée qui doit le mener jusqu’aux États-Unis. Trois mois après l’élection présidentielle qui a sacré Félix Tshisekedi, Martin Fayulu continue de courir de rendez-vous en meetings pour revendiquer sa victoire, dans son pays comme à l’étranger. À 62 ans, c’est un homme physiquement fatigué qui rend donc visite à Jeune Afrique, en ce 20 mars. Mais sa détermination est intacte. « J’ai été élu avec 62,11 % des voix, et tout le monde le sait », continue-t-il de clamer. En Afrique centrale, il n’est pas le premier à se retrouver dans cette inconfortable position, en espérant que le pouvoir finira par lui revenir. Il y eut Jean Ping au Gabon, Maurice Kamto au Cameroun, et même le père de son adversaire, Étienne Tshisekedi, après les élections de 2011… Quelle qu’ait été la légitimité de leurs revendications, cette stratégie n’a jamais fonctionné. Fayulu se dit pleinement conscient de ces précédents. « Mais

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la situation actuelle est totalement différente, assure-t-il. Nous avons des preuves qui viennent directement des serveurs de la Commission électorale nationale indépendante [Ceni] et de l’observation rigoureuse de la Conférence épiscopale du Congo [Cenco]. Et dans les autres cas, aucun pays n’a jamais donné ces personnalités vainqueurs, comme l’a fait le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian pour moi. Il ne faut pas sous-estimer cette prise de position. »

Accord secret

Il y a toutefois une différence que Martin Fayulu ne mentionne pas. En RD Congo, c’est un opposant qui a été proclamé président. Et cette alternance, bien que partielle – l’ancien président Joseph Kabila a conservé une très large majorité au Parlement –, a placé une grande partie des Congolais dans l’expectative. À Kinshasa on attend encore de voir si le nouveau chef de l’État parviendra à impulser de réels changements. L’opinion de Fayulu, elle, est déjà faite. « Félix Tshisekedi a trahi le peuple et va le payer cher, charge l’opposant, qui ne craint pas d’insulter l’avenir. Il a signé un accord secret avec Kabila. Celui-ci va faire des concessions mineures à certains moments pour donner espoir à la population. Mais son système est toujours en place. »

Pour le moment, la France et les États-Unis parient pourtant sur la capacité de Félix Tshisekedi à marginaliser progressivement Kabila. Ce qui a le don d’énerver le bouillant Fayulu. « La communauté internationale dit “Nous n’avons pas vu de manifestations de rue à l’annonce des résultats”. Mais elle sait bien que Joseph Kabila était encore aux commandes et que toute manifestation aurait été réprimée. Elle voulait un bain de sang ? Je trouve cela malheureux. » Au sein de l’opposition, la ligne dure à laquelle il s’accroche ne fait pas l’unanimité. À ce jour, Moïse Katumbi s’est ainsi refusé à condamner clairement l’accession de Félix Tshisekedi à la présidence. L’entourage de l’ancien gouverneur du Katanga n’exclut pas totalement que le nouveau chef de l’État congolais parvienne à s’appuyer sur l’opinion publique pour s’imposer – et, accessoirement, qu’il lui permette de revenir dans le jeu. Or Martin Fayulu en convient : sa percée lors de la présidentielle doit beaucoup au soutien de la coalition Lamuka (« Réveillez-vous »), qui comprend, outre Katumbi, JeanPierre Bemba, Freddy Matungulu ou encore Adolphe Muzito. « Le peuple congolais voulait un candidat commun pour chasser le système de Kabila. Mes pairs m’ont choisi. Donc j’ai bénéficié de cette onction de Lamuka, reconnaît-il. Mais si ma


Ce serait une trahison. Je suis président élu et je le reste. Et comme l’a dit Pierre Lumbi [son directeur de campagne] : “On ne prend pas une main sale.” » Dans certains cercles diplomatiques, on imagine une nouvelle institution créée sur mesure pour lui permettre de jouer un rôle de supervision. Mais lui a autre chose en tête : il souhaite l’organisation de nouvelles élections, après une période de transition durant laquelle le pouvoir serait partagé. L’idée ne sera pas facile à défendre, alors que les Congolais ont déjà attendu pendant sept ans la dernière élection présidentielle.

BRUNO LEVY POUR JA

Pression de la rue

popularité n’était que circonstancielle, ma récente tournée dans le pays aurait été un échec. Or j’ai réuni des foules encore plus grandes que pendant la campagne ! Le peuple congolais s’est dit : “Je m’attache à ce candidat parce qu’il représente une idée.” » Pas sûr que Katumbi et Bemba, les deux poids lourds de la nouvelle opposition, l’entendent de cette oreille. Puisque Lamuka doit devenir une plateforme politique, la répartition à venir des postes donnera quelques éléments de réponse. Mais la réunion de la coalition à Bruxelles, du 21 au 23 mars, a déjà été riche

d’enseignements. Après des débats animés, ses leaders ont en effet renoncé à condamner l’« accord de partage de pouvoir » entre Tshisekedi et Kabila et à réclamer le recomptage des voix, contrairement à ce que Fayulu souhaitait. « C’était devenu impossible de l’obtenir, admet-il. Les PV des bureaux de vote ont très certainement disparu. » « Des rencontres et des discussions avec le pouvoir en place peuvent nous permettre de trouver un compromis », poursuit-il. Quelle forme prendrait-il ? Fayulu écarte toute entrée au gouvernement, pour lui comme pour ses proches. « Si c’est une nomination par Tshisekedi, non.

Quelle que soit la formule, il y a peu de chance pour que Tshisekedi consente à un compromis à moins d’y être contraint. À ce stade – et c’est l’un des rares sujets qui fait consensus au sein de Lamuka –, seule une importante pression de la rue pourrait le lui imposer. Fayulu a, il est vrai, le profil pour porter un tel mouvement. En l’absence de Katumbi et de Bemba, qui estiment aujourd’hui que les conditions ne sont pas réunies pour leur retour, il est la seule figure d’envergure en mesure de guider la foule. En septembre 2016 déjà, il avait manifesté face aux forces de l’ordre, ce qui lui avait valu un spectaculaire hématome au visage et le surnom de « soldat du peuple ». Mais, à l’époque, la mobilisation prospérait sur un carburant hautement inflammable : l’exaspération face à la volonté de Joseph Kabila de se maintenir au pouvoir, en dépit de l’expiration de son ultime mandat. Rien de commun, donc, avec la situation du nouveau président. C’est en grande partie du succès ou de l’échec de son rival que dépendra l’avenir de Fayulu. jeuneafrique no 3038 du 31 mars au 6 avril 2019

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Afrique subsaharienne

CÔTE D’IVOIRE

L’important remaniement à la tête des institutions militaires et la mise à l’écart d’ex-chefs rebelles portent en partie la marque du nouveau chef d’état-major. Portrait d’un homme à poigne.

VINCENT DUHEM, à Abidjan

e 6 mars, le général Lassina Doumbia a vu son agenda se remplir brusquement. Ce jour-là, le président Alassane Ouattara a procédé à plus d’une centaine de nominations à des postes de commandement au sein de l’armée ivoirienne. Depuis, le chef d’état-major enchaîne les cérémonies de passation de charges, répétant les mêmes gestes, un jour à la Garde républicaine, l’autre à la Gendarmerie ou à la Marine nationale. Ces changements sont les plus importants opérés depuis le début du deuxième mandat de Ouattara. Un coup de pied dans la fourmilière auquel Lassina Doumbia n’est pas étranger et qui lui ressemble bien. Ce militaire d’expérience de 54 ans, originaire de Dabadougou, près d’Odienné,

L

Depuis trois mois, il est le patron de la grande muette.

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APA

Doumbia met l’armée au pas

dans le nord du pays, fait rarement dans la demi-mesure. Au sein de l’univers parfois feutré de la grande muette, le caractère de cet amateur d’art détonne. À Abidjan, il est décrit comme une « grande gueule », qui n’hésite jamais à dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas. Après l’attentat de Grand-Bassam, le 13 mars 2016, lors duquel les Forces spéciales avaient été en première ligne, il s’était ouvertement plaint de la piètre qualité des équipements fournis à ses troupes, particulièrement des gilets pare-balles. « Il a le profil pour reprendre en main l’armée. Il a de la poigne et dégage plus d’autorité que son prédécesseur, le général Sékou Touré », estime le chercheur ivoirien Arthur Banga. Bien qu’il vienne de la même région, il est un peu l’antithèse de Touré, un homme décrit comme effacé, qui a consacré une grande partie de sa carrière à la formation des officiers. « Il n’a jamais vraiment commandé. Il était plus mondain qu’autre chose. Il ne voulait pas de problèmes », tranche un expert militaire. Doumbia est, lui, un homme de terrain qui a gagné le respect de ses hommes sur le théâtre des opérations.


Formé à l’École militaire préparatoire technique de Bingerville, puis au Prytanée militaire de Saint-Louis, au Sénégal, et au Collège royal de l’enseignement militaire supérieur de Kenitra, au Maroc, il prend le commandement des groupes tactiques de l’armée au début de la rébellion, en 2002, avant d’officier en tant que préfet militaire de Toulepleu de 2005 à 2009, puis d’être nommé à la tête du 1er bataillon d’infanterie d’Akouédo par Laurent Gbagbo.

Ascension fulgurante

Lors de la crise postélectorale de 20102011, « Doumbia demeure loyal au pouvoir, mais sans jouer les jusqu’au-boutistes », explique Arthur Banga. « Lorsqu’il a vu que la communauté internationale reconnaissait Ouattara, il a fait le choix du réalisme », poursuit l’un de ses amis. Cette neutralité ne passe pas inaperçue, et, au sortir de la crise, Guillaume Soro, Premier ministre et ministre de la Défense, le choisit pour diriger les toutes nouvelles Forces spéciales. Bien qu’il ne soit pas diplômé d’une école de guerre, le Graal des militaires, Doumbia connaît par la suite une ascension fulgurante, passant en quelques années du grade de lieutenant-colonel à celui de général de division. « Son bilan aux Forces spéciales est très positif, affirme Arthur Banga. Cette unité et son millier d’hommes sont aujourd’hui le fleuron de l’armée. » Sa nomination à la tête de la grande muette, fin 2018, est intervenue dans une période relativement calme sur le plan sécuritaire, mais alors que les crispations politiques entre le pouvoir et Guillaume Soro nourrissaient un fort climat de défiance. Pragmatique, Doumbia est conscient des limites de son armée. Il sait aussi que, après les mutineries de 2017, les autorités veulent à tout prix éviter de nouveaux soubresauts. Quitte, parfois, à acheter la paix sociale, comme le montre la promotion dont ont bénéficié le 19 février près de 400 mutins du contingent des 8 400. Marquée par la promotion de militaires ayant fait carrière sous Gbagbo au détriment d’ex-chefs rebelles jusque-là intouchables, la vague de nominations a, dans ce contexte, alimenté les spéculations. Ainsi, les ex-comzones Chérif Ousmane et Issiaka Ouattara (alias Wattao) quittent

ARRESTATIONS EN SÉRIE Que reproche-t-on à Kader Doumbia et à Hanon Koné ? Arrêtés mi-janvier, ces deux membres de mouvements de soutien à Guillaume Soro ont été déférés à la maison d’arrêt d’Abidjan (Maca) le 26 mars, accusés d’atteinte à la sûreté de l’État. Ancien militaire ayant récemment fait valoir ses droits à la retraite, Kader Doumbia avait été appréhendé avec un talkie-walkie de la gendarmerie en sa possession. Selon nos informations, plusieurs autres militaires ont été arrêtés au cours des dernières semaines : Youssouf Fofana, informaticien de la Garde républicaine (GR), est ainsi détenu à la Direction de la surveillance du territoire (DST). Dramane Koné, un lieutenant d’Issiaka Ouattara, l’ancien commandant de la GR, a, lui, été arrêté fin janvier. Il lui est aussi reproché d’avoir dérobé un talkie-walkie de la gendarmerie. V.D.

la tête du (premier) bataillon des commandos parachutistes et de la Garde républicaine. Ils sont nommés à des maroquins théoriquement plus prestigieux – respectivement sous-chef d’état-major de l’armée de terre et commandant des unités rattachées à l’état-major général des armées –, mais se voient coupés des troupes. « Ils sont écartés de l’opérationnel. C’est un signe qu’on ne leur fait pas confiance », analyse une source diplomatique occidentale. D’autres anciens rebelles sont néanmoins renforcés, comme Losseny Fofana, qui remplace le colonel Hervé Touré, alias Vetcho, au commandement du 3e bataillon d’infanterie de Bouaké, ou comme le colonel Gaossou Koné (alias Jah Gao), qui prend la tête du bataillon de commandement et des services (BCS). « Il n’y a aucune mise à l’écart. Cela fait partie du cycle classique de l’armée. Les affectations changent tous les trois ou quatre ans », répond-on au ministère de la Défense. Wattao paie-t-il sa proximité avec Soro ou son inimitié avec le général Vagondo, le chef d’état-major particulier du président ? Ces dernières semaines, l’ancien chef rebelle semblait s’attendre à devoir quitter son poste et craignait même d’être nommé attaché de défense en Angola. Plus amer, Chérif Ousmane, considéré comme trop instable par certains sécurocrates, vit sa nouvelle affectation comme un vrai désaveu, selon l’un de ses proches, qui précise que l’ex-comzone « ne s’était jamais bien entendu avec le général Doumbia ». « Mon message est celui du rassemblement et de la cohésion. Il fut un moment où la confiance a primé sur la compétence. Ce temps-là est révolu », explique le chef d’état-major.

Apaiser les rancœurs

Le pouvoir, qui cherchait depuis plusieurs années à atténuer l’influence des comzones en mettant en place un système de rotation des postes et en lançant des procédures judiciaires contre certains d’entre eux, semble décidé à passer à la vitesse supérieure. « Il est nécessaire de rééquilibrer l’armée pour apaiser les rancœurs qui existent toujours, notamment chez les officiers étiquetés proGbagbo. Doumbia fait partie des mieux placés pour leur redonner confiance », estime un haut gradé.

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MAGHREB & MOYEN-ORIENT

FARID ALILAT, envoyé spécial à Alger, et NEÏLA LATROUS

D

ans sa résidence médicalisée de Zeralda, sur le littoral algérois, le président Bouteflika est, en ce mois de mars, tel le général romain Marc-Antoine dans l’œuvre de William Shakespeare. Reclus dans son palais d’Alexandrie, abandonné par ses troupes à l’heure où il doit livrer sa dernière bataille contre l’empereur Octave, Marc-Antoine maugrée : « J’ai appris aux lâches à se sauver et à montrer leur dos à l’ennemi. Amis, quittez-moi; je suis décidé à suivre une voie dans laquelle je n’ai aucun besoin de vous. » Le départ d’Abdelaziz Bouteflika n’est plus qu’une question de jours, peut-être d’heures. Démission, destitution pour maladie ou expiration du quatrième mandat le 28 avril, les modalités restent à définir. Mais la fin est inéluctable, et voilà que le raïs se trouve abandonné par ceux qui lui juraient fidélité il y a encore un mois. « Abdelaziz Bouteflika a mis vingt ans à bâtir un système qui s’est écroulé en cinq semaines », résume un homme du sérail qui a longtemps collaboré avec le chef de l’État. Dernière défection en date : celle d’Ahmed Gaïd Salah, vice-ministre de la Défense et chef d’état-major de l’armée. Il se disait « avec Bouteflika jusqu’à la mort ». C’est finalement lui qui plantera le dernier clou du cercueil. En déplacement à Ouargla (Sud) le 26 mars, le général suggère l’activation de l’article 102 de la Constitution, lequel sonne le glas de l’ère Bouteflika (lire encadré). Pas tout à fait une surprise. Quatre jours plus tôt, un autre proche du cercle présidentiel avançait la même option. « Si le président, qui est un ami, venait à me consulter, je lui suggérerais de demander lui-même au Conseil constitutionnel d’appliquer le 102 », glisse l’avocat Farouk Ksentini. L’ancien secrétaire général du FLN, Amar Saadani, lui, tend la main aux militaires dans un entretien à TSA : « Le chef d’état-major aurait pu écarter le président de la République en cinq minutes! Il ne l’a pas fait, parce que l’armée est une institution républicaine qui va laisser le chef de l’État terminer sa mission comme prévu dans la Constitution. » Une date est fixée: le 28 avril. « Laissez-le donc terminer ce mois et partir après », insiste Saadani. La famille Bouteflika était-elle prévenue ? Deux versions contradictoires circulent. Selon la première, Ahmed Gaïd Salah a agi sans en informer le président et ses deux frères. D’après la seconde, tout s’est fait en concertation avec eux, pour leur laisser le temps de sécuriser leurs biens et de se ménager une sortie digne et honorable. Selon une source proche du cercle présidentiel, l’entourage immédiat aurait entamé, dès le 8 mars, les préparatifs pour un retour aux Émirats arabes unis, où la famille possède une grande propriété – à Abou Dhabi – et où exerce Abdelghani, le frère avocat.

« Tout sauf lui »

La rue aurait donc obtenu la chute du clan Boutef grâce aux manifestations sans précédent organisées depuis le 13 février ? « Post hoc ergo propter hoc », latinise un ancien ministre. Ne pas prendre pour la cause ce qui n’est qu’un antécédent. Car, si l’effondrement survient dans la foulée du soulèvement populaire, les fissures, elles, étaient visibles depuis des mois. Au sein de l’appareil sécuritaire notamment, mis à rude épreuve cet été par le scandale des 701 kg de cocaïne, qui a conduit à une lutte fratricide entre policiers et militaires (voir JA no 3018). Mais la division n’a pas épargné les autres appendices du pouvoir. Dès janvier 2019, Saïd Bouteflika, cadet d’Abdelaziz et conseiller à la présidence, confiait craindre que la pilule du cinquième mandat ne passe pas. Les premiers signes de la défiance apparaissent au lendemain de la déclaration de candidature du chef de l’État. Le 11 février, le directeur de campagne Abdelmalek

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Le


46 Tunisie Nidaa Tounes, de Charybde en Scylla

49 Tribune L’union fait la farce

50 Maroc Très chers politiques

ALGÉRIE

roi est nu

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ULRICH LEBEUF/MYOP

Lâché de toutes parts sous la pression de la rue, Abdelaziz Bouteflika vit sans doute ses derniers jours à la tête de l’État. Tandis que son camp s’entre-déchire…

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Maghreb & Moyen-Orient ALGÉRIE

Sellal rencontre la puissante Organisation nationale des moudjahidine (ONM, anciens maquisards) pour s’assurer du soutien de la famille révolutionnaire. L’accueil est froid. « Nous lui avons dit que nous n’avions pas à soutenir le cinquième mandat, raconte un participant. Qui vous voulez, mais pas Bouteflika. » L’association reste marquée par la bataille de l’automne, autour de la présidence de l’Assemblée populaire nationale (APN). Son candidat, l’ancien combattant Saïd Bouhadja, avait été brusquement démis au profit de Moad Bouchareb. Zeralda avait laissé faire. Quelques mois plus tard, l’ONM soutient les manifestants et réclame que lui soit restitué le sigle du Front de libération nationale (FLN), le parti que préside Bouteflika depuis 2005. La légitimité révolutionnaire n’est plus du côté du chef de l’État. D’autant que les anciens du Malg – ministère de l’Armement et des Liaisons générales, ancêtre de la Sécurité militaire, fondé pendant la guerre de libération – font eux aussi défaut. « Le troisième mandat était de trop, le quatrième encore plus. Bouteflika pense qu’aucun président ne peut être plus grand que lui. Son obsession du pouvoir le perdra », jugeait ainsi il y a quelques mois le président de l’association des anciens du Malg, l’ex-ministre de l’Intérieur Dahou Ould Kablia.

Gangrène et trahisons

ABDELAZIZ BOUTEFLIKA PENSE QU’AUCUN PRÉSIDENT NE PEUT ÊTRE PLUS GRAND QUE LUI. SON OBSESSION DU POUVOIR LE PERDRA.

DAHOU OULD KABLIA, ancien ministre de l’Intérieur

Même les zaouïas – confréries religieuses –, ce puissant réseau sur lequel le chef de l’État s’est toujours appuyé, prennent leurs distances. « Le président a été très touché par leur désaffection et par celle des moudjahidine. Il ne voulait même pas croire que ces derniers allaient le lâcher », raconte l’une des rares personnes à avoir rencontré récemment Bouteflika à Zeralda. Mais il y a pire: début février, avant même les premières manifestations, l’équipe de campagne se délite. Son directeur, l’ancien Premier ministre Abdelmalek Sellal, confie en privé n’avoir « eu la main que sur une ou deux nominations ». Le reste du staff lui aurait été imposé par Saïd Bouteflika. Dont le responsable de la communication, Amara Benyounes, avec qui Sellal entretient des relations exécrables. Idem avec Ahmed Ouyahia, Premier ministre et secrétaire général du Rassemblement national démocratique (RND). « En leur présence, l’atmosphère devenait irrespirable », confie un proche d’Ouyahia. Le QG à Alger est presque vide. Les soutiens se défilent alors que le président est encore sur son lit d’hôpital à Genève, où il avait été admis le 25 février. C’est de là qu’il limoge son directeur de campagne le 2 mars. À ses amis, Sellal dira avoir « été victime de l’argent sale ». Car entre-temps

Abou El Fadel Baadji Cadre du Front de libération nationale (FLN)

Que pensez-vous de l’appel du chef d’étatmajor, Ahmed Gaïd Salah? C’est un appel justifié. Et c’est la seule solution constitutionnelle qui subsiste pour sortir de la crise. Il ne faut pas que celle-ci s’éternise 44

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jusqu’après le 28 avril – date d’expiration du mandat d’Abdelaziz Bouteflika –, car il y aurait alors un vide constitutionnel. L’article 102 répond à cette problématique, en prévoyant une étape transitoire. Mais,

pour la mener à bien, il faut d’abord former un gouvernement de compétences, soit d’union nationale, soit de technocrates, composé de personnes qui n’ont jamais été ministres. Cela permettra de reconquérir

DR

« Le parti existe par et pour le peuple » la confiance populaire. Il faut aussi créer une instance indépendante chargée de la préparation et du contrôle de la présidentielle à venir. L’article 102 laisse suffisamment de temps pour le faire.


a fuité l’enregistrement d’une conversation avec Ali Haddad, président du Forum des chefs d’entreprise (FCE) et ami de Saïd Bouteflika. Les Algériens découvrent une majorité profondément divisée sur la réponse à apporter à la rue. Quand Sellal préconise l’apaisement, d’autres brandissent la menace du chaos. Ali Haddad, qui vient de démissionner de la direction du FCE, lui, a un temps misé sur l’essoufflement. Ses troupes lui garantissent, le 22 février, « qu’il n’y aura pas plus de 40000 manifestants ». Ils sont beaucoup plus nombreux. Le patronat se déchire à son tour. Certains hommes d’affaires rejoignent le mouvement populaire, les mêmes qui avaient discrètement refusé de financer la campagne pour le cinquième mandat. Ahmed Ouyahia, limogé le 11 mars, réclame à son tour la démission d’Abdelaziz Bouteflika. « Celui qui a trahi Zéroual [ancien président dont Ouyahia était le chef du gouvernement] me trahira un jour », avait prophétisé Abdelaziz Bouteflika dès 1999.

Solitude du déclin

Dernière citadelle à tomber: l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA), qui se rallie aussi à l’application de l’article 102. À sa tête se trouve pourtant un ancien laudateur zélé de Bouteflika, l’inamovible Sidi Saïd, qui comparait le chef de l’État au Prophète! Si l’homme a fait mine de soutenir l’option du cinquième mandat, il ne cachait plus, en privé, son aversion pour ce président qui s’accroche à son fauteuil. Pendant la campagne, il s’était éclipsé à l’étranger pour soigner le mal qui le ronge. L’occasion fait le larron. « À la fin des fins, le président se retrouvera seul avec sa famille, prévenait l’une de ses connaissances. Il le sait trop bien, lui qui a vécu cette solitude après avoir été évincé de la succession à la mort de Boumédiène en 1978. » L’incendie menace désormais de se propager aux deux partis de la majorité. FLN et RND ont beau avoir lâché Bouteflika – après avoir promu la stabilité –, leurs dirigeants risquent eux aussi de faire les frais du dégagisme. Et les divisions minent chacune des deux formations. Au FLN, Moad Bouchareb est dans la ligne de mire depuis son parachutage en octobre dernier (lire « Questions à… »). La situation d’Ahmed Ouyahia au RND n’est pas plus enviable. Mezza-voce, des cadres lui reprochent d’avoir toujours favorisé aux élections des candidats issus des milieux d’affaires. « La quasi-majorité des députés et sénateurs du RND sont des milliardaires », peste ainsi Belkacem Mellah, fondateur du RND et ex-secrétaire d’État danslegouvernementdeSellal,quialancéuneoffensivepourdestituerOuyahia.

Qui créerait cette instance? Les nouveaux ministres et députés peuvent proposer une loi. Les magistrats, avocats et syndicats indépendants peuvent jouer un rôle dans la supervision de ces élections, et remplacer les 100000 cadres qui ont assuré cette fonction dans le passé. La rue a beaucoup critiqué ces hauts fonctionnaires et estimé qu’ils étaient la cause des

nombreuses fraudes électorales. Leur remplacement peut être un gage de confiance. Vous faites partie des opposants à Moad Bouchareb. Que reprochez-vous au secrétaire général par intérim? Il a nourri une forme de rejet du FLN par ses propos du 23 février, quand il a presque insulté les manifestants. Or le FLN n’a

COURSE CONTRE LA MONTRE

Le recours à l’article 102 de la Constitution accélère le calendrier de manière décisive. Et ce quelle que soit l’option privilégiée pour son application. Si c’est l’alinéa 1 qui est activé – celui qui prévoit l’état d’empêchement du président –, alors un chef de l’État par intérim sera désigné, et la prochaine présidentielle devra avoir lieu dans les cent trente-cinq jours qui suivent sa prise de fonction. Mais, si Abdelaziz Bouteflika démissionne, c’est alors l’alinéa 4 qui s’applique. Auquel cas, la présidentielle doit être organisée quatre-vingt-dix jours maximum après la démission. L’opposition craint de ne pouvoir s’organiser en si peu de temps. Raison pour laquelle elle est vent debout contre la proposition du chef d’état-major de l’armée, Ahmed Gaïd Salah, de recourir à l’article 102.

N.L.

jamais été contre le peuple. Le parti existe par et pour le peuple. Cet homme ne nous représente pas et n’a aucune légitimité à ce poste. Sa nomination enfreint la loi organique du FLN. Il assure l’intérim depuis le 16 novembre 2018, alors que nos règles imposent la tenue d’un comité central sous trente jours pour élire un nouveau secrétaire général. Cela n’a toujours pas été fait.

Aujourd’hui, seul le comité central peut parler au nom du FLN. Que comptez-vous faire? Nous avons entamé une procédure auprès du Conseil d’État pour contester sa nomination et pour rejeter la nouvelle instance exécutive, installée de manière illégale. Et nous sommes très confiants, car la loi est de notre côté. Propos recueillis par SYRINE ATTIA

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Maghreb & Moyen-Orient

TUNISIE

Nidaa Tounes, de Charybde en Scylla Rongé par de graves dissensions internes, frappé de discrédit pour ses promesses non tenues, menacé par l’émergence de formations concurrentes, le parti présidentiel tente désespérément de rebondir. FRIDA DAHMANI, à Tunis, et CAMILLE LAFRANCE

près plusieurs reports, le congrès électif de Nidaa Tounes devrait se tenir à Monastir, fief de Habib Bourguiba, fondateur de la République, à la date anniversaire de son décès, le 6 avril, pour ce qui apparaît comme la dernière chance de relance d’un parti moribond. Car Nidaa Tounes s’est immolé sur l’autel des ambitions personnelles et des promesses non tenues. La démission, en mars, du comité d’organisation du congrès en est le dernier signe en date. En cause, l’incapacité du bureau exécutif et de son chef, Hafedh Caïd Essebsi (HCE) – fils du président de la République –, à le tenir dans la transparence. « Il faut absolument procéder à une véritable autocritique et discuter de la démocratie interne, sinon Nidaa perdra les élections », prévient Boujemaa Remili, membre du comité.

A

de plus de deux cents partis, son logo au palmier reste identifiable jusque dans les coins les plus reculés du pays. Ses guerres intestines continuent de faire parler de lui? Il n’y a pas de mauvaise publicité, estiment les plus présomptueux de ses défenseurs. Le dernier sondage de Sigma Conseil, réalisé en mars, le crédite d’ailleurs de 20 % des intentions de vote aux législatives d’octobre, le plaçant en deuxième position, derrière Ennahdha. « Pour le moment les Tunisiens qui soutiennent les centristes ne connaissent que Nidaa. Les nouvelles formations ne sont pas encore entrées en scène. Ils le citent donc par défaut », nuance Hassen Zargouni, patron de Sigma. Le parti est « devenu une faction avec une clientèle », souligne Hatem M’rad, professeur à la faculté des sciences politiques de Carthage. Un constat partagé en interne. Véritable animal politique, Béji Caïd Essebsi avait su capitaliser sur sa figure de vieux sage il y a cinq ans pour s’attirer les suffrages des électeurs. Aujourd’hui, on reproche au père fondateur son autoritarisme. Pour y remédier, des tentatives d’élargissement de l’encadrement ont été

« Une faction »

Pour l’heure, Nidaa plie mais ne rompt pas. Si le parti mastodonte a perdu une majorité de ses cadres et 1 million de voix sur les 1,6 million réunies en 2014, il peut encore compter sur son image 2 déc. 2014 de marque. Sur une palette

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2 déc. 2015

SOURCE : MARSAD MAJLES/AL BAWSALA

(début des travaux de l’ARP)

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86

HÉMORRAGIE CONTINUE

Nombre de députés depuis décembre 2014

2 déc. 2016

67

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2 déc. 2017

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TUNISIAN PRESIDENCY/AFP

menées. La relance est venue du retour des transfuges, nostalgiques des beaux jours, qui peinent à se positionner dans d’autres structures et n’ont, en réalité, jamais coupé le cordon ombilical. Ceux qui avaient claqué la porte en 2016 ont créé, à l’automne 2018, un courant dissident, Lam Echaml (« Le Rassemblement »). Député et ex-membre du bureau politique, Mondher Belhaj Ali conduit ce courant, avec Abdessatar Messaoudi, ancien avocat personnel de BCE, et Ridha Belhaj, un temps directeur exécutif du parti et chef du cabinet présidentiel. Il pointe une situation de déliquescence et estime que « la direction actuelle s’est éloignée de la politique au profit des manœuvres ». Forts de leur statut de membres fondateurs de Nidaa, les trois hommes réclament « un congrès démocratique et le départ de HCE ». L’équipe de Lam Echaml vient d’ailleurs de porter plainte après avoir relevé une vingtaine d’irrégularités dans l’organisation du congrès. Cette initiative avait pourtant reçu l’appui initial d’un Béji Caïd Essebsi qui multiplie, depuis l’été 2018, les consultations pour donner un nouveau souffle à Nidaa Tounes. C’est dans cette optique

Le chef de l’État, Béji Caïd Essebsi, durant une interview télévisée. À l’écran, à droite, son fils Hafedh Caïd Essebsi, directeur exécutif très contesté de Nidaa.

25 oct. 2018 20 oct. 2018

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(concurrence de la Coalition nationale)

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(fusion avec l’UPL)

qu’il a rappelé sa garde rapprochée de 2014. BCE a aussi consulté des organisations syndicales et patronales… et reçu les dirigeants d’autres formations, dont Yacine Brahim, d’Afek Tounes, et Mehdi Jomaa, d’Al Badil, pour structurer une coalition autour de Nidaa. Le projet semblait ficelé, les listes électorales en cours de préparation. L’intégration de figures indépendantes appréciées de l’opinion publique, telles que les anciens ministres Fadhel Abdelkéfi et Hakim Ben Hammouda ou Mondher Zaïdi, a même été discutée. Les candidats au retour étaient prêts à ménager à HCE une porte de sortie, quitte à le laisser participer aux élections du congrès. Il n’en a rien été. L’organisation du congrès est même repassée entre les mains du premier cercle du fils du président.

Fusion avortée

En attendant les législatives, l’urgence est de stopper l’hémorragie de députés. Ils ne sont plus que 40 à siéger sous la bannière de Nidaa, selon le dernier décompte officiel, contre 86 en 2014. Et leur nombre pourrait encore baisser avec le départ des élus de l’Union patriotique libre (UPL), la fusion amorcée en octobre dernier ayant fait long feu. Nabil Sebaï, ex-directeur exécutif de l’UPL passé par le bureau politique de Nidaa, s’attend « à la démission d’au moins sept députés supplémentaires ». Le rapprochement UPLNidaa était destiné à contrer l’émergence d’autres formations constituées par des personnalités issues du parti présidentiel. Double échec. La concurrence ne brille pourtant pas par sa cohérence. Outre une gestion dynastique qui ne passe pas, beaucoup, au sein de la famille centriste, reprochent à Nidaa son inconsistance. « La crise était inéluctable; le parti a brassé trop large et s’est allié avec Ennahdha en dépit de ses engagements électoraux », résume l’analyste politique Youssef Cherif. À sa création, le parti s’était en effet positionné comme un rempart contre les islamistes. Incarnant la même mouvance, de 2 déc. 2018

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26 mars 2019

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(rupture avec l'UPL)

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Maghreb & Moyen-Orient TUNISIE

Amertume

Les dernières municipales, en mai 2018, ont démontré que la superstructure du parti s’était dégonflée : Nidaa a à peine dépassé les 22 % des voix. Face à la menace d’abstention record qui plane sur les élections à venir, c’est justement en s’appuyant sur ses structures locales que le parti pouvait encore convaincre sur le terrain. Or ces structures ont été affaiblies. « Des candidats ont été parachutés aux municipales, ce qui a engendré beaucoup d’amertume », rapporte Alia Gana. Six mois après la fusion avec Nidaa, les anciens représentants des bureaux régionaux de l’UPL n’avaient toujours pas reçu leur carte d’adhésion – un problème récurrent –, et aucun rôle ne leur avait été attribué, dénonce Nabil Sebaï. « Au sein du parti, beaucoup vivent dans la peur d’être écartés par des magouilles et connaissent des problèmes d’ordre organisationnel », explique-t-il. À l’absence de consultation s’est ajouté un remodelage sans concertation. Aïcha Touati affirme ainsi avoir été évincée de manière intempestive fin octobre du poste

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QUI SOUTIENT ENCORE HCE ? Il serait responsable de nombreux départs de Nidaa Tounes. Très contesté, le directeur exécutif du parti, Hafedh Caïd Essebsi, compte toutefois une poignée de soutiens indéfectibles. Parmi eux, Sofien Toubel, chef du groupe parlementaire, et Ons Hattab, porte-parole de la formation. Tous deux inconnus sur la scène politique en 2014, ils ont gravi les échelons, profitant des places laissées vacantes par les dirigeants qui ont intégré le gouvernement. En jouant la carte Hafedh Caïd Essebsi, ils se sont assuré une ascension fulgurante. Sofien Toubel, plusieurs fois épinglé dans des scandales, semble aussi insubmersible que Raouf Khamassi, coordinateur du parti à

ONS ABID POUR JA

nouvelles formations sont en embuscade et annoncent une offensive électorale. Créé en janvier par des proches du chef du gouvernement, Youssef Chahed, Tahya Tounes pourrait devenir une bannière refuge pour les déçus de Nidaa. Autre concurrent de poids : le Parti destourien libre d’Abir Moussi. « Sa montée en puissance par la mobilisation des anciens réseaux du RCD [ex-parti au pouvoir] qui avaient contribué à la réussite de Nidaa crée une concurrence sérieuse », analyse Alia Gana, de l’Institut de recherche sur le Maghreb contemporain, à Tunis. Pour sauver sa peau, Nidaa pourrait encore envisager une coalition, mais les atermoiements dans ses jeux d’alliance font régner le flou. « Ce qu’il se passe à l’Assemblée est une chose, ce qu’il va se passer en vue des élections en est une autre, confie Kamel Morjane, dirigeant d’Al Moubadara (« L’Initiative »). Nous n’avons pas encore pris de décision, nous verrons quelle sera l’approche la plus positive. » Très attendue, l’éventuelle candidature de Youssef Chahed pèsera dans les choix à venir.

Sofien Toubel, président du groupe parlementaire de Nidaa.

l’étranger, proche du président Béji Caïd Essebsi et ami de longue date de son fils. Au fil des changements d’équilibre au sein de Nidaa Tounes, ce trio a isolé Hafedh Caïd Essebsi. Au point que les dirigeants qui le

soutenaient, notamment par allégeance à son père, ont préféré jeter l’éponge et partir, ou se taire en attendant éventuellement de rebondir, comme Khaled Chouket. F.D., à Tunis

de responsable du bureau des femmes de Ben Arous lorsque le coordinateur régional (parti rejoindre Tahya) a été remplacé. « J’ai eu l’impression qu’ils écartaient ceux qui n’étaient pas proches de HCE », lance celle qui continue à se battre avec le courant Lam Echaml. « Si Nidaa ne change pas, ce sera un beau gâchis », déplore-t-elle. Le parti aurait aussi perdu plusieurs de ses soutiens financiers. Des bureaux ont fermé leurs portes. Le propriétaire d’un local investi par Nidaa à sa création en 2012 dans le Grand Tunis dit accuser 30 000 dinars d’impayés de loyer depuis juin 2016. Il avait pourtant offert un prix cassé. « Je pense qu’ils sont perdus et qu’ils n’ont plus les moyens d’avancer », observe-t-il. Il vient de changer la serrure du local.


MONDE ARABE TRIBUNE

L’union fait la farce L’

accord négocié n’est pas foncièrement une mauvaise chose. cela ne peut plus se faire physiquement, la voie juridique et Mais, dans la culture politique arabe, la quête de « consenl’attaque ad hominem sont toutes désignées. À défaut d’avoir sus » a souvent pour fonction de mettre sous le boisseau les convaincu les Américains que le programme de Trump est une désaccords politiques et d’établir un compromis mou synonyme catastrophe, il s’agit d’en empêcher l’application. d’immobilisme gouvernemental. Elle instaure surtout un rapUn phénomène similaire a pu s’observer en Égypte, entre la port problématique à la contradiction et à la saine confronchute de Moubarak, en 2011, et la reprise en main du pouvoir tation d’idées qu’arbitre le suffrage populaire. De telle sorte par l’armée, en 2013. Les opposants aux Frères musulmans, que, dans des sociétés où chaque parti considère l’accession au incapables de les affronter avec un projet de société pertinent pouvoir des autres comme une menace existentielle, la neutraet cohérent, ont ainsi systématiquement contesté devant les lisation de tous par tous grâce au « consensus » paraît préfétribunaux les initiatives – certes très discutables – du président rable à la domination sans partage d’une faction sur les autres. Mohamed Morsi. La déjà puissante magistrature égyptienne, Au bout du bout ? Le fantasme, nulle part plus répandu que qui n’en demandait pas tant, s’est ainsi vue arbitrer la transisous ces latitudes, d’un introuvable « gouvernement d’union tion politique, alimentant les soupçons d’un complot antifrénationale ». riste fomenté par l’État profond et renforçant de Solution miracle de situations conflictuelles, ce fait l’autisme de Morsi. De débats de fond sur croit-on, ce type de gouvernement « au-dessus la nature de l’État, la place de l’islam, le rôle de des divisions » est pourtant, précisément, l’armée et le modèle de société, nulle trace, ou l’otage des rivalités partisanes. Un Fayez alpresque. À ces questionnements, éminemment Sarraj, en Libye, ou un Youssef Chahed, en politiques, l’on a répondu par la sécheresse du Tunisie, ne prétendront pas le contraire. En réalangage juridique. Mais le droit n’a pas vocalité, la guerre n’est pas l’opposé du consensus : tion à trancher ces débats, lesquels ressurgiront elle en est le corollaire. C’est lorsque le recours immanquablement avec une force décuplée. aux armes est envisageable que le compromis Ils auraient pu faire l’objet d’une vaste consulJihâd Gillon devient souhaitable. Une société où les diffétation nationale pendant la fenêtre de tir de Journaliste rends politiques ne sont pas susceptibles de la transition. à Jeune Afrique dégénérer en conflit n’a que faire du consensus: les élections tranchent et le winner takes it all… n Tunisie, islamistes et modernistes se préjusqu’aux prochaines échéances. valent tous du même impeccable patriotisme. Mais le sens donné à la patrie varie ans le débat politique, l’intervention croissante de l’apradicalement et n’a jamais été sérieusement débattu. Chacun pareil judiciaire participe d’une logique similaire. Il est estime, probablement à juste titre, que l’autre rêve sa mort vrai que « la plus grande démocratie au monde », qui n’est politique. Les idées sont donc reléguées au second plan. pas arabe, en offre en ce moment l’exemple le plus frappant. Quand Ennahdha se débat avec des histoires de terrorisme qui Incapable de battre Donald Trump « à la régulière », le camp menacent de la discréditer définitivement, les cadres de Nidaa démocrate a tout misé sur l’enquête Mueller pour mettre Tounes sont accusés de vouloir rétablir la dictature. Les limites à bas le président américain. Procédure justifiée ou non, il de cette approche se constatent dans la crise politique que vit ne nous appartient pas de statuer. Mais n’est-ce pas là l’efaujourd’hui le pays. fet d’une polarisation extrême – d’une « arabisation » pour Aussi différents qu’ils puissent paraître, ces deux concepts ainsi dire – de la vie politique américaine ? La campagne, très de consensus et de judiciarisation des débats procèdent d’une violente, a en effet mis aux prises deux Amérique à nouveau même tendance de fond des sociétés arabes : l’incapacité à irréconciliables plus d’un siècle après la guerre de Sécession, et régler le différend par la politique, dans son sens le plus noble, dont chacune regarde l’autre comme un danger vital pour son celui de la confrontation des idées. Les Algériens, qui ont modèle. Dans ces conditions, le débat serein est impossible. réussi jusqu’à maintenant à éviter le piège de la récupération, Et l’élimination de l’autre, indispensable. Dans des États où seraient-ils en train de montrer la voie ?

D

E

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Maghreb & Moyen-Orient

MAROC

Très chers politiques Salaire confortable, indemnités en tout genre, avantages en nature… Élus, ministres et hauts fonctionnaires bénéficient de revenus et de privilèges substantiels. Souvent en toute opacité. Enquête.

le manque de moyens. C’est finalement le fils d’un notable de la formation politique – aujourd’hui représentée au gouvernement – et l’un de ses principaux sponsors qui rassembleront la somme. « Pour lui, pas besoin de se faire de l’argent. Il est là pour veiller aux intérêts de papa, qui roule déjà sur l’or », se désole notre source, au franc-parler désespérant, mais si révélateur de l’état d’esprit d’une partie de la classe politique marocaine : le mandat d’élu y est perçu non pas comme une mission au service des citoyens, mais plutôt comme un outil d’enrichissement.

FAHD IRAQI, à Rabat

Exemptés d’impôt

eune, engagé… et calculateur. L’échange a lieu à la veille des législatives de 2016. « Avec un salaire mensuel de 36 000 dirhams [3 400 euros], sur cinq ans, je peux récupérer plus de 2 millions de dirhams [184 000 euros] en un mandat », nous confiait à l’époque un communicant de carrière, aspirant candidat à la députation. « Et il suffit de deux ou trois jolis coups durant cette période pour rentrer dans mes frais, voire gagner beaucoup plus que ma mise de départ. » La mise de départ ? « Trois millions de dirhams [276000 euros] exigés par mon parti pour figurer en tête de la liste nationale des jeunes. L’élection est alors systématique. » Le business plan, tout tracé, aura buté sur un écueil :

J

Et pour cause, dans un pays où le salaire mensuel brut moyen est de 5000 dirhams [460 euros], les parlementaires sont choyés : ils perçoivent sept fois cette somme, sans avoir à payer d’impôt sur le revenu. En outre, ils ne sont pas tous logés à la même enseigne : les présidents des commissions permanentes, les membres des bureaux des deux chambres et les chefs des groupes parlementaires bénéficient d’une indemnité supplémentaire de 7 000 dirhams [643 euros] par mois. Quant aux présidents des deux chambres du Parlement, ils peuvent toucher jusqu’à 80 000 dirhams [7 355 euros] mensuels en cumulant diverses indemnités additionnelles. « Au-delà de ces rémunérations, les chefs de groupe parlementaire et les présidents des deux chambres du Parlement

INFRACTIONS ET DILAPIDATION Jusqu’aux élections communales de 2015, les indemnités des conseillers communaux, préfectoraux, provinciaux et régionaux étaient risibles: entre 1400 et 7000 dirhams [entre 128 et 643 euros], selon le niveau de responsabilité. L’avènement de la régionalisation avancée s’est accompagné d’une refonte des lois organiques régissant les collectivités territoriales et d’une revalorisation substantielle des salaires des élus. Celui du maire d’une

50

grande ville a été multiplié par 5, quand le salaire d’un président de région a fait un bond de près de 800 %. « L’idée était de récompenser financièrement de manière convenable ces responsables, qui consacrent leur temps au développement territorial », nous explique un connaisseur. Mais ces indemnités – ponctionnées sur les budgets des communes – ne sont qu’une goutte d’eau dans l’océan des rémunérations. Car être élu communal reste une activité hautement

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lucrative. « Même un simple élu de base, qui ne touche pas de salaire, est capable de monnayer directement ou indirectement ses interventions auprès de ses collègues, qui signent des autorisations de diverses natures », souligne notre source. Raccordement aux réseaux d’eau et d’électricité sans respect des règlements, autorisations d’habitation pour des logements ne respectant pas les plans d’origine, paiement de frais non justifiés à certains

fournisseurs, surévaluation des marchés publics… La liste des infractions est aussi longue que celle des prérogatives des collectivités territoriales. Au point que chaque inspection des finances d’une commune, par le ministère de l’Intérieur ou par la Cour des comptes, débouche sur un scandale. Deux élus de l’Oriental ont ainsi récemment été condamnés à de la prison ferme pour « dilapidation de deniers publics ».

F.I.


P. FORGET/SAGAPHOTO

disposent de comptes spéciaux, avec des budgets parfois substantiels, qu’ils gèrent souvent à leur guise, sans avoir à rendre de comptes », explique Abdelaziz Derouich, président de l’Instance marocaine de protection des biens publics. Même possibilité de démultiplier son salaire pour les ministres. Leur revenu de base s’élève à 26000 dirhams [2390 euros], mais il peut aisément être doublé, voire triplé, grâce à différentes indemnités (voir infographie), auxquelles s’ajoutent des avantages en nature comme les voitures de fonction et le personnel de maison. Les responsables gouvernementaux ont droit aussi à plusieurs primes et bonus, permettant à certains de cumuler des millions de dirhams au cours de leur mandat. Les Marocains ont découvert avec stupeur l’ampleur de ces primes en 2012, quand un échange de courriers entre le ministre des Finances de l’époque, Salaheddine Mezouar, et le Trésorier général du royaume, Noureddine Bensouda, a fuité dans la presse. Les documents révélaient que les deux hauts commis de l’État s’étaient mutuellement octroyé, pendant deux ans, des primes mensuelles allant

La Chambre des représentants, à Rabat.

jusqu’à 80 000 dirhams [7360 euros]. Bien que les deux protagonistes n’aient jamais nié les faits, un haut fonctionnaire de la Trésorerie générale du royaume a été poursuivi et condamné pour divulgation de secret professionnel.

Primes confidentielles

LES RESPONSABLES GOUVERNE­ MENTAUX ONT DROIT À PLUSIEURS BONUS. CERTAINS CUMULENT DES MILLIONS AU COURS DE LEUR MANDAT.

« Ces bonus de ministres et hauts fonctionnaires… c’est l’un des secrets les mieux gardés du royaume, nous explique un ancien du département des Finances. Même au sein de la Trésorerie générale, qui assure les paiements, seule une poignée de hauts fonctionnaires a accès à ce genre d’informations. » Et l’opacité qui règne en la matière ne s’arrête pas là: le dahir no 1-74-331 datant d’avril 1975 relatif à la situation des membres du gouvernement et à la composition de leurs cabinets n’a jamais été publié au Bulletin officiel. « Dans un véritable État de droit, les salaires des ministres sont illégaux puisque les textes législatifs ne sont applicables qu’une fois publiés au Bulletin officiel », soutient un juriste, qui note en passant que ces salaires sont restés figés : « C’est aberrant qu’ils n’aient pas évolué depuis près d’un demi-siècle, insiste le

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Maghreb & Moyen-Orient MAROC

même. À l’époque où ce barème a été fixé, le dirham valait plus que le franc français. Cela explique certainement les primes versées en toute discrétion. » Abdelaziz Derouich, qui fut chef de cabinet d’une ministre du gouvernement Abbas El Fassi, abonde dans ce sens : « Il n’y a aucun mal à revaloriser les salaires des ministres et de leurs conseillers. En contrepartie, il faut en finir avec les ministères inutiles qui fonctionnent comme des agences de voyages ou de communication, et, au-delà de ça, renforcer la transparence dans la gestion des dépenses. » À tous les niveaux? Les hauts commis qui travaillent aux côtés du roi peuvent, eux aussi, bénéficier de très généreux cadeaux. En 2016, des fuites sur des cessions de terrains du domaine public de l’État à des prix dérisoires avaient fait beaucoup de remous. Là encore, le gouvernement avait renvoyé à un décret remontant à 1995, jamais rendu public, introuvable dans les archives du Bulletin officiel. Incongruité gouvernementale : les ministres empochent aussi, à leur investiture, 10000 dirhams [920 euros] – le double

Driss Jettou, président de la Cour des comptes.

pour le chef du gouvernement – pour mettre à niveau leurs garde-robes. À la fin de leur mandat, et quel que soit le temps passé au gouvernement, ils repartent avec une somme équivalente à dix fois leur salaire de base – 260 000 dirhams [24 000 euros] – au titre d’indemnité de cession de fonctions. Par la suite, ils sont assurés de garder à vie un revenu minimal de 39 000 dirhams [3 780 euros]. « Si un ministre retourne à la vie active et gagne

CUMUL DES REVENUS (en dirhams)

Fonction

Rémunération mensuelle

Indemnité de logement*

Autres indemnités

Revenu mensuel

Indemnité de fin de fonctions

Chef du gouvernement

32 000

15 000

23 000

70 000

320 000

48 000

Ministre

26 000

15 000

19 000

60 000

260 000

39 000

Secrétaire d’État

20 000

15 000

15 000

50 000

200 000

30 000

Président de chambre

42 600

15 000

5 000

80 600

–

5 000****

Parlementaire

36 000

–

5 000****

Président de région

40 000

Maire

30 000

Président de conseil communal

11 000 à 20 000***

–

7 000**

–

23 000

55 000

–

–

–

–

30 000

–

–

–

–

11 000 à 20 000***

–

–

15 000

(*) Sauf en cas de logement de fonctions (**) Uniquement pour les chefs de groupe, présidents de commission et membres du bureau graphique de la commune, de la préfecture ou de la province (****) Pour une législature de cinq ans

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Pension de retraite

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(***) En fonction du poids démo-


DR

Laborieuse moralisation

moins que ce montant, l’État lui verse un complément, mais cela arrive très rarement », confie un ancien membre du gouvernement. Pis: cette pension est héritable par leurs ayants droit à hauteur de 50 %. Ces retraites font souvent polémique. Récemment, Abdelilah Benkirane a révélé que le roi Mohammed VI lui avait attribué une pension de retraite exceptionnelle de 90 000 dirhams [8 278 euros], soit quasiment le double de la pension d’un ancien chef du gouvernement. Celle des parlementaires fait bien davantage jaser. En octobre 2017, la Caisse nationale de retraite et d’assurances (CNRA), qui gère les retraites des élus, a suspendu le paiement des pensions. Selon les chiffres de l’époque, les cotisations des parlementaires (2 900 dirhams par mois et autant ponctionné sur le budget du Parlement) couvraient moins de 50 % des pensions versées en 2016, s’élevant à près de 60 millions de dirhams [5,5 millions d’euros] au profit de 734 anciens élus. Depuis, les différentes propositions de loi pour réformer ce régime sont restées bloquées en commission. C’est que, pour préserver leurs privilèges, les parlementaires n’hésitent pas à jouer de leur pouvoir législatif. L’exemple le plus frappant concerne le cumul des indemnités d’élu. La proposition de loi introduite fin 2017 par le groupe socialiste pour ne garder qu’une seule indemnité est restée lettre morte. Et pour cause, nombre de députés ou conseillers sont aussi maires ou présidents de commune, et touchent les émoluments correspondants (lire encadré). La rente politique a encore de beaux jours devant elle.

Lassé des rumeurs propagées en début d’année sur ses prétendues propriétés immobilières, Saadeddine El Othmani s’est senti obligé de répondre à ses détracteurs. « Je ne possède qu’une seule villa, à Salé, que j’ai acquise grâce à mes économies », a insisté le secrétaire général du PJD lors d’un meeting, fin janvier. Sa réaction en dit long sur la suspicion qui règne quant à l’enrichissement du personnel politique. Mais le chef du gouvernement aurait pu pousser l’exercice de transparence encore plus loin en rendant publique la déclaration de patrimoine qu’il a soumise à la Cour des comptes au début de son mandat. Une déclaration devenue obligatoire en 2010 pour « moraliser la vie publique et consacrer les principes de responsabilité, de transparence et de protection des deniers publics ». Mais certains politiques rechignent encore à se prêter au jeu. En février, la Cour des comptes a saisi le chef du gouvernement afin de déclencher des mesures de révocation à l’encontre de 44 élus « qui n’ont pas régularisé leur situation malgré les mises en demeure qui leur ont été adressées […] et l’échéance du délai légal de soixante jours, décompté à partir de leur notification des mises en demeure ». Pis : l’institution présidée par Driss Jettou n’a pas pu adresser

ces mises en demeure à 23 autres élus qui ont failli à cette obligation… car ils avaient changé d’adresse ! « Si on est incapable de retrouver un élu, comment croire que l’on soit capable de vérifier la véracité de ses déclarations faites sur la base d’un simple formulaire », s’insurg e un juris te. « Cela révèle le manque de moyens humains et matériels de la Cour des comptes, qui, en réalité, ne dispose pas d’un véritable pouvoir judiciaire », commente Ab delaziz Derouich, président de l’Instance marocaine de protection des biens publics.

Contrôle entravé

Cet aveu est consigné dans les rapports annuels de la Cour des comptes. « La base très large des assujettis entraîne un dépôt massif des déclarations et entrave par la suite l’opération de suivi et de contrôle, étant donné, surtout, que la Cour demeure tributaire de la réactivité des autorités gouvernementales à ses lettres de demande d’informations », peut-on lire dans le dernier rapport de l’institution. Qui relève que 10 membres du gouvernement sortant et 168 anciens députés n’avaient pas déposé de déclaration à la fin de leur mandat et qui préconise « la refonte de ces lois ». Les bons comptes font les bons élus. F.I.

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OLAM

Têtes d’affiche / Stratégie / Affaires déclassées / Débats

Sameer Ahmed, directeur de l’usine de Tema au Ghana, et Gabriel Ayiquaye, responsable de la section recherche et développement.


AGROALIMENTAIRE

Olam desserre l’étreinte Face à la résistance de la concurrence, le singapourien infléchit sa « stratégie de l’asphyxie ». Pause dans son offensive ou volonté durable de figer les positions? JULIEN WAGNER

A

u Cameroun, au Ghana, au Sénégal, Olam (30,5 milliards de dollars de chiffre d’affaires en 2018) a discrètement fait passer le message: « La guerre des prix, c’est fini. » Soit. Mais, échaudés par plusieurs années de compétition exacerbée où leurs marges se sont contractées, ses concurrents sont peu enclins à croire la multinationale singapourienne sur parole et restent méfiants… Au Cameroun, par exemple, deux acteurs historiques du secteur, Sali Moussa (Société Moulins d’Afrique) et Mohamadou Abbo (SCMC et SCTC), ont dû mettre la clé sous la porte. Depuis l’entrée en production de son moulin à Douala, en 2015, Olam a provoqué un véritable effondrement des prix, le sac de farine de 50 kg passant de 16 100 F CFA (24,50 euros) à 13 300 F CFA (– 17 %) entre 2015 et 2016. Cette « stratégie de l’asphyxie », le géant asiatique l’a peu ou prou appliquée partout où il s’est installé depuis qu’il a investi le marché de la farine. D’abord au Nigeria, son pays de naissance (1989), où la compagnie a commencé par racheter en 2010 pour 107,6 millions de dollars la

filiale locale du libanais Crown Flour Mills (CFM), dotée de deux moulins, l’un à Lagos et l’autre à Warri, équivalant à une capacité d’écrasement de 1 550 tonnes de blé par jour. CFM est alors troisième producteur du pays derrière Dangote et Flour Mills of Nigeria. « Notre stratégie est de construire un ensemble d’installations de production de farine dans des ports africains […] avec le Nigeria comme point d’ancrage, » dévoilait alors Keshav Chandra Suresh, dit KC, président d’Olam Grains, branche du groupe dévolue aux céréales, créée en 2008. La compagnie va alors cibler des pays avec des caractéristiques bien précises : « Des marchés d’importation d’au moins 500000 t de blé, avec une structure oligopolistique et entourés de pays à l’industrie meunière fragile. » Un mois après le rachat de CFM, en février 2010, Olam déroule son plan et annonce un second investissement au Ghana, de 55 millions de dollars, pour la construction d’un moulin à Tema (à 30 km d’Accra) d’une capacité de 500 t par jour. Suivra l’implantation de deux autres moulins aux caractéristiques identiques au Sénégal et au Cameroun d’une capacité de 500 t/j chacun. Des usines que la compagnie, dirigée par Sunny

+ 11,8%

C’est l’augmentation de la capacité d’écrasement installée en Afrique subsaharienne entre 2014 et 2017, passée de 30,4 à 34 millions de t par an.

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Au Ghana, Olam n’a pas réussi la percée espérée et exporte près de 50 % de sa production. Ici, son usine de Tema.

FLOUR MILLS OF NIGERIA SE RESTRUCTURE ET LORGNE À L’OUEST

Le plus grand meunier d’Afrique s’agissant de la capacité d’écrasement (12 000 t de blé par jour), Flour Mills of Nigeria (FMN) – 1,48 milliard de dollars de chiffre d’affaires en 2018 –, jusqu’ici confiné aux frontières du Nigeria, recherche actuellement des opportunités d’investissement en Afrique de l’Ouest (rachats ou terrains constructibles). « Nous voulons sortir du Nigeria et nous privilégions pour l’instant des investissements au niveau régional », confie un cadre du groupe. FMN est par ailleurs en pleine restructuration pour « gagner des parts de marché dans chacun de ses secteurs d’activité ». Ses actionnaires ont approuvé le 10 mars la fusion de cinq de ses filiales (Golden Noodles Nigeria, Golden Transport Company, FMN Cement Industries, New Horizon Flour Mills et Quilvest Properties) avec le holding FMN Plc. J.W.

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ALAPALA

Économie AGROALIMENTAIRE

Verghese, va construire avec ses propres équipes, en prévoyant de respecter les délais comme les budgets. Parallèlement, au Nigeria, elle étend ses capacités existantes, mais, surtout, rachète en 2016 Amber Foods, la branche farine du nigérian BUA Group, pour 275 millions de dollars et double d’un coup ses capacités totales d’écrasement pour atteindre 6 140 t/j. En 2017, elle double également ses capacités au Ghana, passant de 1 000 t/j à 6 640 t/j.

De nombreux avantages sur ses rivaux

En à peine sept ans, Olam devient ainsi le deuxième producteur de farine au Nigeria et probablement le troisième minotier d’Afrique, derrière l’américain Seaboard Corporation et le nigérian FMN, avec des capacités équivalant à celle du tanzanien Bakhresa, mais devant le sud-africain Tiger Brands. Et avec le rachat d’Amber Foods, le singapourien a commencé sa diversification en s’introduisant dans le business des pâtes, un secteur qui connaît actuellement une progression de près de 8 % par an. En 2017, le groupe a poursuivi cette stratégie en implantant deux usines au Nigeria, dans les États de Kaduna et de Kwara, spécialisées dans l’alimentation animale à partir de son, un sous-produit issu de la fabrication de la farine. Certes, ces importantes capacités d’écrasement lui confèrent dès lors

une supériorité sur nombre de ses concurrents, mais encore lui faut-il parvenir à écouler sa production dans un secteur qui souffre, en Afrique subsaharienne, de surcapacité chronique et où il n’est pas rare de rencontrer des moulins ne tournant qu’à 50 % de leur capacité. Pour ce faire, la compagnie, dont les équipes dirigeantes sont majoritairement d’origine indienne, va choisir d’épuiser ses concurrents en vendant au prix le plus bas possible. Pour y parvenir, la multinationale va s’appuyer sur sa connaissance des marchés et des circuits de distribution, mais aussi sur son activité de trader en blé. Sa capacité à faire baisser les coûts de transport, en gérant au mieux l’approvisionnement de ses moulins – l’achat de blé représentant pour un moulin environ 75 % du coût de production –, et son accès facile à des devises lui offrent des avantages de taille sur ses concurrents locaux. Le plan fonctionne, mais pas au point de faire d’Olam un leader incontesté dans les pays où il est présent. Au Nigeria, FMN reste, par exemple, ultra-dominant, avec près de 42 % de part de marché en 2018, d’après un rapport de Global Credit Rating Co. À eux trois, Olam, Dangote Flour Mills et Honeywell atteignent à peine 40 %. Au Cameroun, Olam est deuxième, avec 25 % du marché, à égalité avec le soudanais Afisa et derrière Somdiaa, la filiale du français Castel. Au Ghana, Olam n’a pas


À lire dans

GAGAN GUPTA PREND ENCORE DU GALON

IE U P O U R JA

Devenu officiellement en mars président d’Arise, filiale des activités infrastructures d’Olam en Afrique, Gagan Gupta était déjà directeur général d’Olam Gabon et « supervisait » les activités du groupe au Tchad et au Cameroun. Toujours installé à Libreville, l’Indien va cependant se concentrer LA IC désormais essentiellement sur ER les projets de construction d’un nouveau terminal dans le port autonome de Nouakchott (Mauritanie) et d’un terminal vraquier à San Pedro (Côte d’Ivoire). AD

« Je ne suis pas convaincu par leur stratégie, nous confie un spécialiste du secteur. Si l’on regarde dans le détail, ils n’ont pas respecté leur promesse de départ en construisant des moulins finalement assez éloignés des ports. Que ce soit à Douala, à Dakar ou à Tema, leurs usines sont situées à 15 ou 30 km des quais. C’est anormalement loin dans ce business, car cela augmente les coûts de transport. Et au niveau géographique, là non plus, la promesse n’est pas parfaitement respectée, avec une usine à Dakar qui forme avec les autres un ensemble éclaté, sans compter que les deux usines nigérianes de CFM sont très éloignées l’une de l’autre. » Un autre bon connaisseur du secteur s’interroge également sur l’importance donnée par Olam à leurs moulins : « Ils donnent parfois l’impression de privilégier leurs activités de trading à celle d’industriel. Au Ghana, par exemple, malgré des capacités de stockage a priori suffisantes, il leur arrive de louer en plus de leurs propres silos des magasins parce qu’ils importent trop de blé. C’est un signe que les rotations ne sont pas maîtrisées. » Un troisième enfin, étonnamment, ne les trouve pas suffisamment offensifs : « Si j’étais eux, avec leurs avantages comparatifs, je serais encore plus agressif et je continuerais d’investir pour asphyxier les concurrents locaux qui n’ont pas leurs capacités financières. Il ne faut jamais oublier qu’ils appartiennent à l’un des plus puissants

Les exclus que vous avez manquées cette semaine

BANQUE

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AGROALIMENTAIRE

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BTP & INFRASTRUCTURES

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AY

Les promesses initiales pas tout à fait respectées

fonds souverains du monde, le fonds singapourien Temasek. » Sollicité à plusieurs reprises, Olam n’a pas souhaité répondre à nos questions pour défendre ses choix. Conscient que la compagnie ne peut indéfiniment courir après les parts de marché sans rentabiliser ses investissements, le groupe serait, d’après nos informations, en train de revoir sa stratégie et tenterait de s’accorder avec ses concurrents pour « revenir à des prix normaux », tout particulièrement au Cameroun, au Sénégal et au Ghana. Est-ce une simple pause dans son offensive ou la volonté de figer durablement ses positions ? Difficile de le dire, mais ce changement de cap alimente les rumeurs. « Ils nous ont habitués à donner des grands coups de volant à gauche et à droite, constate ce spécialiste du secteur. Au Gabon, ils s’étaient lancés dans le bois et, in fine, prospèrent dans les infrastructures et la logistique. Là, ils se sont lancés dans la farine… Mais il n’est pas dit qu’ils y restent… Ce qui est certain, c’est que c’est loin d’être leur activité la plus rentable. » Une opportunité pour FMN, qui cherche à sortir du Nigeria, mais aussi pour Seaboard, à l’offensive depuis plus d’un an.

RR

réussi la percée espérée et exporte près de 50 % de sa production à l’étranger, notamment au Bénin, au Burkina Faso et au Togo. Dans ce dernier pays, Olam avait bien tenté d’acquérir le moulin de Lomé, mais c’est finalement Castel qui l’a acheté en 2014. Quant au Sénégal, d’après nos informations, Olam ne fait toujours pas partie du top 3.

Plus que de l’actualité business, de l’intelligence économique

J.W.

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Économie

STRATÉGIE

TÊTES D’AFFICHE

RICHARD DEITZ

MUHAMMADU BUHARI

VR Capital

P H OT

DR

Par l’odeur alléché

O

de 2010 n’est pas valide, le ministère du Pétrole n’ayant pas le pouvoir de conclure un tel agrément. Abuja a perdu dans la procédure arbitrale lancée à Londres par P&ID, qui a obtenu une indemnisation de 6 milliards de dollars, avec des pénalités de retard qui ont désormais atteint 3 milliards de dollars. En rachetant 25 % de P&ID, VR Capital et le fonds partenaire Lismore Capital Ltd espèrent faire pression sur Abuja pour trouver un accord. Cela en passant par le Congrès américain. Des cabinets de lobbying ont été engagés pour convaincre les parlementaires et l’administration Trump d’intervenir en faveur de P&ID dans ce litige, pour contraindre le Nigeria à revenir à la table des négociations, sous peine de voir les actifs du pays aux États-Unis et en Angleterre saisis par l’entreprise pétrolière. Ces méthodes ont déjà fonctionné par le passé, notamment contre l’Argentine, dont un navire avait été saisi par ses créanciers, menés par le « fonds vautour » américain Elliott Management…

a bataille entre l’entreprise pétrolière britannique Process & Industrial Developments (P&ID) et le gouvernement du président Buhari, vieille de plusieurs années, a pris un nouveau tournant ces derniers mois. Le capital-investisseur américain VR Capital, dirigé par Richard Deitz, est entré au capital de P&ID avec l’objectif de contraindre Abuja à régler une ardoise de 9 milliards de dollars. L’affaire remonte à 2010, lorsque P&ID signe un accord d’approvisionnement et de traitement du gaz avec le gouvernement nigérian. Ce dernier devait, en principe, construire deux plateformes pétrolières offshore, dont la production devait être traitée par une raffinerie mise en place par P&ID. Toutefois, les plateformes n’ont jamais vu le jour, et le projet a été abandonné par Abuja dans la foulée du décès du président Yar Adu’a, en mai 2010. P&ID, qui revendique 40 millions de dollars investis dans la préparation du projet, réclame une compensation pour les gains non réalisés. Le Nigeria maintient, pour sa part, que l’accord

UN

L

Président du Nigeria

JOËL TÉ-LÉSSIA ASSOKO

THABO DLOTI African Bank À 48 ans, ce Sud-africain, diplômé de l’université de Cape Town et de Harvard, a passé treize ans au sein du groupe Old Mutual Ltd. Après avoir dirigé Liberty Holdings pendant trois ans et cofondé son holding d’investissement Sithega Holdings, il est nommé directeur non exécutif et président du conseil d’administration d’African Bank. 58

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EDOSA OBAYAGBONA The Dow Chemical Company Diplômé du Chartered Financial Analyst Institute, de la London South Bank University et de la Clark Atlanta University, ce Nigérian devient DG pour l’Afrique de l’Ouest après trois ans de direction financière en Inde. Il intègre Koch Industries en 2005, après un premier passage de trois ans au sein de Dow Chemical, qu’il retrouve en 2013.

DR

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ON EN PARLE

MOEZ HADIDANE BMCE Capital Asset Management Ce Tunisien formé à la faculté des sciences économiques et de gestion de Tunis et à l’IGR-IAE de Rennes débute chez Amen Invest. Il rejoint Cofib Capital Finances et enseigne en parallèle à Time University. Passé chez Mena Capital Partners de 2012 à 2015, il intègre BMCE Capital Asset Management en 2018.


Aéroports JCDecaux affiche ses ambitions africaines Le leader mondial de la communication extérieure profite de la forte croissance du trafic aérien et des projets de construction de terminaux pour déployer son offre clé en main. RÉMY DARRAS, envoyé spécial à Louxor

our nombre de dirigeants du secteur aéroportuaire réunis à Louxor début mars, le marché de la publicité, à l’instar des recettes issues des commerces, duty free et parkings, représente une part encore faible des revenus des aéroportsafricains.«Maisilaunfortpotentiel », commente Philippe Villard, chef du service politiques économiques du Conseil international des aéroports (ACI). Entre 2016 et 2017, sa croissance était de 7,6 %, soit plus du triple de la moyenne mondiale (2,2 %). Ce chiffre, les dirigeants du groupe français JCDecaux, leader mondial – et africain – de la communication extérieure (chiffre d’affaires de 3,6 milliards d’euros en 2018), le connaissent assurément. Depuis 2015, le français a profité de son rachat du sud-africain Continental Outdoor Media pour étendre sa toile sur le continent, y compris dans le domaine aérien. Il est aujourd’hui présent dans une vingtaine d’aéroports sur le continent notamment en Afrique du Sud, Tanzanie, Angola, Ouganda, Zambie, au Mozambique, Malawi, Swaziland. Alors que le trafic aérien doit doubler dans les vingt prochaines années en Afrique et que les projets de constructionoudemodernisationdeterminaux se multiplient, de nombreux appels d’offres seront prochainement publiés, en Éthiopie, au Congo, au Togo, au Kenya, au Nigeria, au Rwanda… L’occasion pour l’entreprise, dont le secteur aéroportuaire représente moins de 30 % de l’activité en Afrique (40 % dans le monde), de se

P

positionner. D’autant plus que, face à la concurrence d’indépendants et de grands acteurs sud-africains comme Global Outdoor, Primedia et Provantage et le zimbabwéen Alliance Media, il bénéficie d’une plus grande force de frappe grâce à sa présence internationale (un tiers des grands aéroports du monde, dont Dubaï) et à ses liens avec les grands annonceurs. D’après nos informations, l’entreprise, dirigée en Afrique par Jean-Sébastien Decaux, fils cadet du fondateur, a signé il y a quelques jours un contrat pour l’actuel et pour le nouvel aéroport de Libreville (qui sera ouvert en 2022), gérés par GSEZ, filiale du singapourien Olam. Durée de la concession : plus d’une dizaine d’années, car c’est sur du long terme que travaille JCDecaux. Un temps nécessaire pour recouvrir de lourds investissements en équipements (wifi, bornes de rechargement, horloges, salons, grands panneaux lumineux),

SORTIE D’ALGÉRIE ET DE MADAGASCAR

JCDecaux se retire actuellement de Madagascar, et pas seulement des aéroports, en raison de la conjoncture économique défavorable. Il a également annoncé le 26 mars sa sortie d’Algérie, où il regrette le manque de transparence du marché. Il regarde en revanche avec intérêt le marché marocain.

qu’il fournit gratuitement en échange de 50 % des revenus publicitaires. Et il étudie aussi les consultations des aéroports d’Abidjan (marché actuellement détenu par Global Outdoor), où il a remporté en juillet le marché des abribus pour vingt ans, de Lagos, où il a obtenu les panneaux de trafic en novembre, et du Cameroun, où il est déjà actif dans le mobilier urbain.

Les capitales du continent, théâtre d’une implacable guerre des prix

Les aéroports constituent pour le groupe français une bonne porte d’entrée dans les pays. Ils touchent un public de décisionnaires, une cible plus intéressante pour de gros annonceurs. Il lui est surtout plus facile d’y implanter son modèle clé en main qu’en ville. Si certaines villes comme Abidjan commencent à réguler et à assainir leurs espaces publicitaires, les capitales du continent restent souvent des forêts saturées et anarchiques de 4 m × 3 m, lieu d’une implacable guerre des prix. Mais, à l’heure où les aéroports africains cherchent à accroître la part de leurs recettes extra-aéronautiques (seulement 26,7 % de leurs revenus en 2017) et à améliorer leurs prestations, le géant de la communication extérieure, qui promet une augmentation des revenus à ses partenaires, doit encore les convaincre de lui confier l’exclusivité du marché. Ce qui est le cas pour lui au Malawi, au Swaziland et au Gabon. Mais pas encore en Afrique du Sud, où jusqu’à une vingtaine d’affichistes gèrent des espaces publicitaires dans un même aéroport, alimentant une concurrence qui tire les prix vers le bas.

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Économie STRATÉGIE

Logistique Ammar Kanaan, directeur général

TERMINAL INVESTMENT LIMITED

MSC

« Nous comptons doubler notre nombre de terminaux avant l’année prochaine » Nommé il y a un an à la tête de la filiale de MSC, le dirigeant établit un bilan d’étape, présente ses objectifs et livre son analyse de l’évolution du secteur sur le continent. Propos recueillis par OLIVIER CASLIN

l’évidence, Diego Aponte, PDG de Mediterranean Shipping Company (MSC), a fait venir une pointure à la tête de Terminal Investment Limited (TIL), la filiale portuaire de la compagnie maritime italo-suisse. Avant de prendre son poste, Ammar Kanaan a eu une longue et fructueuse carrière aux commandes d’International Port Management (IPM), opérateur de terminaux ou parfois simple prestataire de services, en même temps que laboratoire des meilleures pratiques portuaires. Du développement du port de Beyrouth à celui du terminal saoudien King Abdullah, pour le compte de MSC déjà, cet ancien du MIT a passé plus de trente ans dans le secteur. Le Lloyd’s List l’a rangé parmi les dix personnalités les plus importantes du monde maritime en 2018. Le profil idéal pour faire définitivement de TIL davantage que le manutentionnaire de MSC.

À

Jeune Afrique : Les volumes réceptionnés jusqu’à présent sur le Lomé Container Terminal (LCT) paraissent être assez éloignés de vos prévisions de trafic, au point semble-t-il de provoquer des tensions avec vos partenaires de China Merchants Group (CMG). Le confirmez-vous ? Ammar Kanaan : Je n’ai aucun

commentaire à faire sur une

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information dont je n’ai pas connaissance. À Lomé, nous avons investi près d’un demi-milliard d’euros pour construire et développer ce terminal, selon une vision à long terme, sur vingt ans, voire quarante, comme à chaque fois qu’il s’agit d’infrastructures de ce genre. Bien sûr, il peut y avoir des années moins fastes que d’autres, mais je peux vous affirmer que la tendance générale, sur le LCT, respecte notre plan de marche, et nous n’avons aucune raison de revoir nos prévisions à la baisse. Au contraire. Le port fonctionne très bien, notre productivité sur les quais progresse chaque année, pour faire aujourd’hui de Lomé l’un de nos terminaux les plus performants. Nous avons traité 1,2 million d’équivalents vingt pieds (EVP) en 2018 et nous sommes partis pour faire encore mieux cette année. Vous n’avez donc pas prévu de revoir vos investissements à la baisse sur un terminal déjà dimensionné pour traiter 2,2 millions d’EVP par an ?

Non, nous prévoyons toujours d’investir 500 millions d’euros supplémentaires dans les dix ans. Nous avons pour objectif de porter les capacités du LCT à plus de 4 millions d’EVP par an. Nous avons déjà commencé à livrer de nouveaux portiques pour pouvoir rapidement réaliser 400 000 mouvements de conteneurs supplémentaires chaque année.

Avec la confirmation de Lomé comme plateforme de transbordement, notamment spécialisée dans la réception des lignes maritimes en provenance directe d’Asie, quel rôle réservez-vous à vos installations portuaires de San Pedro?

Le projet initial de construire un hub à vocation sous-régionale reste pertinent, mais nous souhaitons aussi servir le marché ivoirien depuis San Pedro. Il suffit de constater les problèmes de congestion à Abidjan et la difficulté qu’ont les opérateurs à sortir les marchandises du port pour comprendre que la Côte d’Ivoire a besoin impérativement d’un deuxième point d’entrée pour les conteneurs destinés à son propre marché. Et avec le projet de ligne ferroviaire élaboré par le gouvernement pour relier les deux agglomérations, San Pedro deviendra un terminal supplémentaire d’Abidjan. Est-ce justifié pour une compagnie maritime de disposer de deux plateformes dans la sous-région ?

Tout à fait. La situation est identique à celle de l’Europe du Nord. Pourquoi investir des montants considérables dans des ports aussi proches les uns des autres que Le Havre, Anvers et Rotterdam, tous voués à servir le même marché? Nous voyons les choses différemment. Chacun sert son propre « sous-marché », tout en nous apportant une plus grande


souplesse dans la gestion de nos flux et de nos opérations. Et c’est exactement la logique que nous suivons en Afrique avec Lomé et San Pedro, en attendant de renforcer notre position dans la région. Les besoins du marché africain en matière de desserte maritime ne vont cesser d’augmenter. Nous disposons aujourd’hui de quatre terminaux en Afrique, avec Tanger et Tin Can, et nous comptons doubler ce nombre avant l’année prochaine, pour accompagner le développement économique du continent. Existe-t-il une vie pour TIL en dehors de MSC ?

La stratégie d’implantation de TIL est liée aux volumes transportés par MSC. Nous investissons là où la compagnie maritime a besoin de nos services et de nos infrastructures. Elle nous garantit en échange le minimum d’activités requis pour rentabiliser nos installations. Ce qui ne nous empêche pas de travailler pour le compte d’autres armateurs. À l’échelle mondiale, MSC représente plus de 50 % de nos volumes, mais la contribution des autres compagnies est loin d’être anecdotique.

Pourquoi semble-t-il être si importantaujourd’hui pour une compagnie maritime de disposer de son propre manutentionnaire?

Tous les grands armateurs suivent cette tendance, notamment ceux qui cherchent à se positionner sur les activités de transbordement, où règne une très forte concurrence. Pendant longtemps, les terminaux étaient confiés à des opérateurs spécialisés, mais la crise de 2008 a démontré leur faiblesse structurelle face à de telles turbulences. Le poids des compagnies maritimes n’a depuis cessé de s’affirmer sur les quais. Des géants comme MSC, mais également Maersk et CMA CGM, investissent lourdement dans les terminaux, allant jusqu’à créer leur propre filiale de manutention. Cela répond également à la volonté constatée chez nos clients de s’adresser à un seul interlocuteur pour traiter l’ensemble des services de transport et de logistique, comme MSC le propose aujourd’hui avec TIL et Medlog, qui s’occupe du volet terrestre. La desserte de l’hinterland semble aujourd’hui être le principal frein logistique en Afrique. Est-ce un

élément dont vous tenez compte dans votre stratégie d’implantation?

C’est un élément majeur, et nous avons déjà par le passé refusé de nous engager sur certains dossiers qui ne présentaient pas des perspectives de connectivité satisfaisantes avec leur hinterland. Nous ne pouvons pas nous permettre d’investir dans des endroits où la fluidité des courants de marchandises n’est pas envisageable. Quelledoit êtremaintenantlapriorité de TIL en Afrique?

Nous allons poursuivre notre politique d’acquisition de terminaux, mais nous allons surtout travailler à améliorer nos résultats sur l’existant, en matière de productivité, d’efficacité et de développement durable, les trois étant interconnectés. Si nous améliorons notre productivité, nous servons davantage de navires pour la même empreinte environnementale. Nous maximisons le rendement de nos installations en améliorant l’image de l’entreprise, tout en étant en mesure de fournir le service intégré porte-à-porte dont j’ai parlé. C’est exactement la démarche que nous comptons mettre en place pour faire la différence.

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MSC

gestionnaire mondial de terminaux. Présent dans 29 pays.

Le terminal de San Pedro, en Côte d’Ivoire, a toujours vocation à devenir un hub sous-régional.

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Économie STRATÉGIE

AFFAIRES DÉCLASSÉES Retour sur les sujets traités dans Jeune Afrique AÉRIEN Avec la perte de Dakar, Corsair prévoit une année déficitaire

ANGEL FRANCO/NYT-REDUX-REA

Peu connu, l’investisseur allemand Intro Aviation a pris le contrôle à la mi-mars de 53 % de Corsair, jusqu’ici détenu par son compatriote le voyagiste TUI (qui en conserve 27 %), avec la promesse d’y rester au moins trois ans. Recapitalisé pour l’occasion par TUI à hauteur de 35 millions d’euros, Corsair a fait l’acquisition de trois Airbus A330neo et il remplacera à terme tous ses Boeing 747 vieillissants par des Airbus. La flotte passera de sept à treize appareils d’ici à 2023. Le PDG de la compagnie française, Pascal de Izaguirre, s’attend à une année 2019 déficitaire en raison de l’arrêt, le 31 janvier, de l’une de ses lignes les plus performantes, Dakar-Paris (JA n° 2969), dont les droits ont été repris par Air Sénégal. Corsair va passer, en juillet, en liaison quotidienne vers Abidjan l’une des deux lignes qu’il lui reste en Afrique avec celle reliant Paris à Bamako, mais il a suspendu la desserte de Madagascar en novembre 2018. Son projet de partenariat avec Camair-Co n’avance pas, et son dirigeant préfère pour l’heure se concentrer sur l’Amérique du Nord.

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CAPITAL-INVESTISSEMENT Liquidation compliquée pour Abraaj Au moment où nous liquidation, pilotée par questionnions la stratégie du Deloitte, est désormais en capital-investisseur Abraaj cours. Colony Capital est en (JA no 2985), la société bonne position pour fondée par le Pakistanais reprendre le fonds sud-amériArif Naqvi (13,6 milliards de cain. L’offre d’Actis concernant dollars d’actifs) était sur le cinq véhicules financiers, point de se désintégrer en dont ceux relatifs à l’Afrique, coulisses. Plusieurs investisest en revanche contestée par seurs, dont la Fondation Bill certains investisseurs et & Melinda Gates, mettaient inquiète Deloitte. Pour se en cause sa gouvernance. Sa protéger de demandes d’indemnisations éventuelles, ce dernier a réclamé un supplément de 10 millions de dollars. La société d’audit et de consulting a indiqué que le processus de vente pourrait être fortement ralenti si elle n’obtenait pas gain de cause. jeuneafrique no 3038 du 31 mars au 6 avril 2019

AGROALIMENTAIRE Phoenix Global multiplie les projets agricoles Phoenix Global DMCC, basé à Dubaï, continue d’étendre sa toile, et pas seulement autour du riz, sa céréale de prédilection (JA no 2986). Le géant du trading agricole, piloté sur le continent par l’Indien Eklavya Chandra, un ancien d’Olam, a notamment investi à la mi-2018 dans le groupe kényan Karuturi Global Ltd, grand cultivateur de roses de la vallée de Naivasha, qui connaissait de graves difficultés financières. Déjà présent dans des projets agricoles au Mozambique, en Ouganda et au Bénin, dans la riziculture, le maraîchage et la noix de macadamia, le dubaïote entend continuer d’augmenter localement sa production et ses capacités de transformation à travers de nouveaux investissements. Il veut structurer des circuits courts d’approvisionnement à côté de ceux des importations asiatiques, pour diminuer sa dépendance aux fluctuations des prix internationaux et satisfaire ses partenaires africains. Phoenix Global devrait aussi bénéficier d’un prêt d’IFC de 80 millions de dollars, préapprouvé en janvier, pour optimiser sa chaîne logistique globale.


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Économie

DÉBATS TRIBUNE

L’UA est un frein à l’intégration africaine

E

n février 2019 s’est tenue à Yaoundé, au Cameroun, la troimêmes échappatoires. La conséquence de cette indolence sième session du Comité technique spécialisé de l’Union est le maintien d’une Afrique morcelée qui souffre d’échanger africaine (UA) sur les finances, les affaires monétaires, la platrop peu avec elle-même, bridant son potentiel de dévelopnification et l’intégration économiques. Cette instance a opté pement, exposant ses États à la merci des marchés internapour l’entrée en service d’une Banque centrale, d’un Fonds tionaux et facilitant leur conquête par des nations voraces. monétaire africain, d’une banque d’investissements et d’une Bourse panafricaine en… 2045 ! n admettant que dresser un bilan cinquante-six ans après Le projet d’Union monétaire africaine date en réalité de la la création de la première organisation politique panafriréunion à Lagos, en 1980, de la Conférence de l’Organisation caine n’est pas prématuré, on peut aisément constater que de l’unité africaine (OUA, dissoute en 2002 pour laisser place cette démarche n’a rien apporté à l’intégration continentale. à l’UA). C’était bien avant la mise en route de Elle l’a même retardée, tout en maintenant l’euro. Son instauration était prévue pour passifs les Africains, faisant illusion quant à 1990 mais, entre-temps, l’OUA devait avoir cette mission. Prendre conscience de la nécescréé la Communauté économique africaine sité d’en sortir – ou du moins de la contour(CEA), censée conduire à la levée des barrières ner – permettrait à tout pays désirant avancer douanières, la libre circulation des personnes, vers des marchés intégrés de tracer leur la création d’une monnaie technique de réfépropre chemin en s’alliant à d’autres volonrence, comme jadis l’écu pour l’Europe, etc. taires du progrès. Qu’ils soient ses voisins ou Lorsque l’échéance est arrivée, les dirigeants non, sur le continent et au-delà, du Brésil à la de l’OUA repoussèrent la mise en place de la Norvège en passant par les Bahamas… Peu Hervé Mahicka CEA à l’horizon 2025, c’est-à-dire suffisamimporte, l’essentiel étant d’avoir un marché Essayiste, ment loin pour qu’aucun des dirigeants de plus important, régi par des règles standarconsultant spécialisé l’époque ne soit plus aux affaires. disées en matière juridique, économique et dans l’économie politique. Il est peut-être l’heure de rechercher du développement epuis, cette fuite en avant est devenue la des intégrations 2.0 tenant compte du fait et la gouvernance règle de la maison. L’Afrique a été le seul que les continents sont une convention policontinent à n’avoir réalisé aucun des Objectifs tique et non une contrainte infranchissable. du millénaire pour le développement (OMD) Si, pour l’UA, l’échéance de 2045 est la lancés en 2000 par l’ONU sur une programréponse au débat sur la sortie du franc CFA, mation de quinze ans, alors que sa dette a été quasiment supil faut rappeler par ailleurs que cette monnaie commune à primée à cet effet. Seuls trois pays ont atteint le sous-objectif quatorze pays africains reste le seul exemple d’intégration afrifondamental de scolarisation de tous les enfants dans l’enseicaine qui fonctionne sans faille depuis soixante ans. Le second gnement primaire. En 2015, l’ONU a refondu son programme exemple était Air Afrique, qui a duré quarante ans et dont en transformant les OMD en Objectifs du développement les multiples tentatives de refondation africaine ont échoué durable (ODD), à atteindre en 2030. Tout en s’y engageant, depuis sa liquidation en 2002. Ces coopérations continentales l’UA a arrêté son propre plan baptisé Agenda 2063, repousn’ont été rendues possibles que par un concours extérieur. sant d’autant l’atteinte d’objectifs similaires aux ODD. L’Afrique L’UA, bien endormie dans son berceau de l’humanité, contia donc préféré une nouvelle fois éloigner l’échéance en nue quant à elle de répondre à toutes les actions collectives choisissant une date symbolique – le centenaire de l’OUA – qu’il est urgent et nécessaire d’attendre. si lointaine qu’elle défie toute projection raisonnable. Parler aujourd’hui d’une Banque centrale pour 2045 sans L’Afrique, une promesse. Comment l’Afrique s’éveillera, calendrier – pourquoi pas 2029 ou 2048 ? – procède des d’Hervé Mahicka, éditions Michalon, 2018. DR

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Arts plastiques / Tendance/ Style/ Patrimoine

Au Musée d’Orsay (Paris), l’exposition « Le Modèle noir. De Géricault à Matisse » rend une identité à celles et ceux qui posèrent pour les plus grands artistes occidentaux du XIXe et du XXe siècle. Et ouvre des pistes de réflexion jusque-là négligées.

Arts plastiques

En leur nom propre


MUSÉE INGRES, MONTAUBAN, FRANCE

Étude d’après le modèle Joseph, de Théodore Chassériau, 1838.


Arts plastiques

NICOLAS MICHEL

U

ne femme noire, assise, un sein dénudé, les épaules lasses, le bras droit négligemment posé sur la cuisse. Dans ses yeux, un mélange de tristesse, de fatigue et d’interrogation. Dès le début de l’exposition « Le Modèle noir. De Géricault à Matisse », au Musée d’Orsay (Paris) jusqu’au 21 juillet, le ton est donné par ce regard intelligent et scrutateur, où scintille une indéfinissable étincelle de défi. Ce portrait, chef-d’œuvre de la peinture néoclassique, est un tableau de Marie-Guillemine Benoist (1768-1826), élève du peintre Jacques-Louis David (1748-1825). Longtemps, son titre fut Portrait d’une négresse. Dans la présente exposition, les commissaires ont choisi, sans effacer pour autant le caractère raciste de cette ancienne appellation, de le renommer Portrait de Madeleine. « Madeleine était la domestique du couple Benoist-Cavay, colons guadeloupéens qui rentrèrent en métropole pour un bref séjour à la toute fin du XVIIIe siècle, au cours duquel Marie-Guillemine de LavilleLeroux, épouse Benoist et bellesœur des premiers, entreprit le portrait de la servante noire », écrit à ce sujet Anne Lafont dans l’excellent catalogue qui accompagne et complète l’exposition. Quelque trois années auparavant, en 1797, Anne-Louis Girodet (17671824) avait déjà peint Jean-Baptiste Belley, député de Saint-Domingue, mais le portrait de Madeleine est encore plus révolutionnaire en ce qu’il « défie les conventions stylistiques » de l’époque et « replace l’art au cœur de la politique » en donnant à voir une femme, servante et noire de surcroît – même s’il faudra attendre 2019 pour que celle-ci retrouve un prénom. Parmi les plus importants apports de l’exposition, et il est possible d’en

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trouver de nombreux autres, celui-là est fondamental: rendre un prénom, parfois même un nom, à ceux qui en ont été privés. C’est un geste politique puissant, un symbole, qui porte bien au-delà de la seule sphère artistique. Que l’on se souvienne: ce n’est qu’en 1839, à la Guadeloupe, qu’une ordonnance permet aux esclaves affranchis d’obtenir un nom patronymique, et ce n’est qu’après l’abolition de l’esclavage, en 1848, que 87752 Guadeloupéens eurent enfin droit à un état civil! Dans le monde de l’art, les noms de quelques modèles noirs sont évidemment parvenus jusqu’à nous, et l’exposition ne les oublie pas. Il s’agit d’artistes populaires qui, en leur temps, avaient réussi à séduire un vaste public. Il y a bien sûr le clown Chocolat, resté célèbre pour ses numéros avec Foottit; il y a les écrivains Alexandre Dumas père et fils; et il y a, bien sûr, l’icône africaine-américaine Joséphine Baker. Tous suscitèrent un intense engouement et une riche iconographie – au sein de laquelle fleurirent bon nombre de caricatures racistes. Mais, au-delà de ces noms que

BEAUTÉ DE L’AUTRE Si l’exposition « Le Modèle noir. De Géricault à Matisse » propose nombre de chefs-d’œuvre de la peinture occidentale, elle permet aussi de découvrir quelques sublimes sculptures de Charles Cordier (1827-1905). SesVénus africaines, notamment, sont d’autant plus sublimes que l’artiste s’émancipe des classifications raciales, en vogue à l’époque, qui tentent de prouver « scientifiquement » la supériorité blanche. Lui a pris ses distances avec toute forme de déterminisme biologique, affirmant que « le beau n’est pas propre à une race privilégiée ». Son œuvre de 1867 Aimez-vous les uns les autres, montrant un enfant blanc et un enfant noir en train de s’embrasser, prêche en faveur du dialogue et de la rencontre. N.M.

l’histoire n’a pas avalés, il en est bien d’autres tombés aux oubliettes. Qui aujourd’hui connaît Joseph, Laure, Maria Martinez, Jeanne Duval, Aïcha Goblet, Miss Lala, Delmonico, Féral Benga, Aspasie, Adrienne Fidelin, Ira Aldridge ou Elvire Van Hyfte, qui posèrent pour les plus grands artistes?

Artistes visionnaires

Certes, comme le disent Estelle Bégué et Isolde Pludermacher, rester dans l’anonymat n’est pas forcément le lot des seuls Noirs ou métis, et « il convient de rappeler que c’est généralement le cas pour tous les modèles, quelle que soit leur couleur de peau ». Mais que cet anonymat se soit maintenu – ait été maintenu? – après des siècles d’exégèse révèle à quel point le monde de l’art occidental a pu se montrer aveugle à une altérité que certains artistes, visionnaires, n’hésitèrent pas à mettre en avant. Parmi les modèles noirs du XIXe siècle qui retrouvent leur identité grâce à cette exposition, il en est deux qui méritent particulièrement l’attention. Joseph, d’abord, qui posa notamment pour Théodore Géricault (1791-1824), et Laure, évidemment, qui posa pour Édouard Manet (1832-1883). Le premier est au centre du Radeau de La Méduse, de dos, au sommet de la pyramide humaine, agitant un chiffon en un appel à l’aide désespéré. Une Étude de dos (d’après le modèle Joseph), réalisée par Géricault vers 1818-1819, ainsi que sa superbe Étude d’homme, d’après le modèle Joseph, datant de la même année, montrent à quel point ce personnage fut central dans la démarche du peintre. La scène du radeau raconte le naufrage, en 1816, d’une frégate, La Méduse, qui conduisait au Sénégal le nouveau gouverneur de la colonie pour qu’il y rétablisse l’autorité de la France. Géricault, lui, en fait un tableau abolitionniste en représentant trois survivants noirs alors qu’il n’y en eut en réalité qu’un seul. Le fait que ces derniers


PHOTO RMN/PHILIPP BERNARD

« Le Modèle noir. De Géricault à Matisse », Musée d’Orsay, jusqu’au 21 juillet 2019.

Étude de dos (d’après le modèle Joseph), de Géricault, pour Le Radeau de La Méduse.

n’apparaissent qu’à partir de la seconde esquisse du tableau « ne peut s’expliquer que par la réflexion de Géricault sur les réalités quotidiennes du trafic négrier, ses crimes et ses profits; son projet de peindre une Traite des noirs en témoigne », si l’on en croit l’historien Jacques de Caso. Ce Joseph, dont le nom s’est perdu, a une histoire: né à SaintDomingue vers 1793, il s’installe en France, d’abord à Marseille puis à Paris, où il est engagé en 1808 dans la troupe de Madame Saqui pour « jouer les Africains », comme le rappelle la commissaire Isolde

Pludermacher. Repéré dix ans plus tard par Géricault, il devient l’un de ses modèles de prédilection – ce qui lui assure une certaine publicité auprès d’autres peintres. Il pose ensuite pour des artistes comme Horace Vernet, Alfred de Dreux, Nicolas Gosse et sans doute Adolphe Brune… Dès 1832, il est rémunéré comme modèle à l’école des BeauxArts de Paris. Ironie de l’histoire, en 1836, Jean-Auguste-Dominique Ingres commande à l’un de ses élèves, le très doué Théodore Chassériau, de réaliser pour lui le portrait d’un homme tombant d’un rocher « d’après le modèle Joseph le

nègre ». Ingres entend alors peindre une toile représentant « le Seigneur chassant le démon du haut de la montagne ». Dans son idée, et contrairement à celle de Géricault, le Noir va représenter le Mal… Évidemment, il n’en dit rien à Chassériau (« Il n’a pas besoin de le savoir: je lui demande une simple figure de Nègre dans cette attitude »). Dans son Étude de Noir (devenue Étude d’après le modèle Joseph), Chassériau peint un homme expressif et dynamique qui n’a rien de diabolique. Et pour cause. Né en 1819 à Saint-Domingue, le jeune peintre était lui-même métis…

Invisibilité de Laure

Qu’il incarne la cause abolitionniste ou le diable en personne, le modèle Joseph fut, de son vivant, connu et reconnu comme un excellent professionnel à l’esprit alerte, souvent loué pour ses qualités humaines, et néanmoins victime de préjugés racistes dans les articles et ouvrages qui le mentionnent à l’époque. Laure, la servante tenant un gros bouquet de fleurs dans l’Olympia, de Manet, est beaucoup moins connue. C’est d’ailleurs l’interminable silence des critiques à son sujet qui est à l’origine de cette exposition. En effet, lors d’un cours d’histoire de l’art, l’Africaine-Américaine Denise Murrell se rendit compte que, dans les très nombreuses analyses portant sur ce tableau fondateur de la modernité, la servante noire n’était presque jamais citée. Pis, elle était

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Arts plastiques

encore moins étudiée que le chat noir à la queue dressée qui se trouve dans l’angle droit de la peinture! De ce constat sidérant est née la thèse que Murrell a soutenue, en 2013, à l’Université Columbia, Seeing Laure: Race and Modernity from Manet’s « Olympia » to Matisse, Bearden and Beyond. S’est ensuivie une première exposition à la Wallach Art Gallery, que « Le Modèle noir » vient prolonger à Orsay – avant qu’elle rejoigne le Mémorial ACTe, à Pointe-à-Pitre (Guadeloupe). La littérature sur Laure est donc plutôt ténue. Un carnet d’Édouard Manet de la fin de l’année 1862 l’évoque néanmoins en ces termes: « Laure, très belle négresse », avec son adresse au 11, rue de Vintimille près de la place de Clichy. Sans doute pose-t-elle pour le peintre quand il réalise ses Enfants aux Tuileries et La Négresse (rebaptisée Portrait de Laure dans l’exposition). Selon Denise Murrell, il est aussi possible de reconnaître Laure – en tout cas, la ressemblance est frappante – dans Le Baiser enfantin, de JacquesEugène Feyen (1815-1908). « Les femmes noires étaient alors recherchées comme nourrices par les familles de la haute société, non seulement pour la qualité supposée de leur lait, mais aussi parce qu’elles renvoyaient à un imaginaire aristocratique lié à des possessions coloniales », écrivent Bégué et Pludermacher. Ne pas voir Laure, ne pas vouloir la regarder en dit beaucoup sur l’incapacité d’une société à

Ne pas voir Laure en dit beaucoup sur l’incapacité d’une société à considérer l’autre comme une fin et non comme un moyen. 70

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Les dessins du poète sont là pour prouver qu’elle était sans doute beaucoup plus belle que sur le portrait peint par Manet en 1862! La démarche peut paraître normale, elle est en réalité révolutionnaire et marque un tournant. « Les deux Jeune femme aux pivoines de [Frédéric] Bazille marquent donc le début d’une lignée, inspirée par Olympia, de représentations modernisantes du prolétariat parisien noir », souligne Denise Murrell.

Le Modèle noir. De Géricault à Matisse, Collectif, musée d’Orsay-Flammarion, 384 pages, 45 euros

Noir, entre peinture et histoire, de Naïl Ver-Ndoye et Grégoire Fauconnier, Omniscience, 242 pages, 35 euros

considérer l’autre comme une fin et non comme un moyen. Pourtant, tout dans la démarche de Manet laisse à penser qu’il souhaite, lui, montrer une femme en tant que telle, qui n’est pas posée là pour mettre en valeur la prostituée blanche allongée sur son lit. Contrairement aux nombreux peintres orientalistes qui jouent sur le contraste des peaux pour créer une tension érotique – à l’instar de Jean-Léon Gérôme (1824-1904) et son Bain turc –, « la Laure d’Olympia est […] une image réaliste et pragmatique, et non l’objet d’une perversion exotique ou d’un désir sexuel fantasmé ». De la même manière, quand il peint Jeanne Duval, la maîtresse métisse de Charles Baudelaire, Manet ne cherche en rien à l’érotiser.

Danseuse créole

Le monde de l’art et la société d’ensemble acceptent-ils pour autant de voir ce que Géricault d’abord, puis Manet pointent du doigt? Évidemment non, et l’ensemble de l’exposition multiplie les exemples de modèles noirs ou métis qui furent essentiels pour certains créateurs, mais bien moins étudiés, ou mentionnés, que les masques africains qui inspirèrent le jeune Pablo Picasso pour Les Demoiselles d’Avignon. Qui sait qu’Aïcha Goblet, dont le père était originaire de la Martinique, posa pour Jules Pascin, Félix Vallotton, Henri Matisse, Kees Van Dongen, Man Ray, Moïse Kisling? Qui connaît le nom d’Adrienne Fidelin, muse de Man Ray? Qui sait l’influence de plusieurs femmes noires dans l’art de Matisse? Fatma, Aïcha Goblet, Carmen Lahens, Elvire Van Hyfte, Athénore, Katherine Dunham ou Catherine Roy-Meshuit, ses modèles, révèlent un artiste qui, selon Denise Murrell, « a voyagé dans le nouveau monde, s’est intéressé à la culture noire moderne dans son pays et à l’étranger, et a vécu la diversité d’une culture occidentale toujours plus internationale et urbaine ». Explosion de joie, sa Danseuse créole de 1950 le prouve en couleurs et en musique. Exposition somme qui porte bien au-delà de l’intitulé de son sujet, « Le Modèle noir » décortique l’évolution des regards, sans oublier ni les contextes historiques ni les enjeux contemporains. En cela, elle est résolument exemplaire.


Tendance

Alcools et vin de palme

saveur), les commandes se font également sur la page Facebook de la petite entreprise. « Cinquante pour cent de nos commandes passent par le réseau social. Le produit est aussi disponible au Comptoir des artisans de Cocody, au sein du concept store Dozo, situé aux Deux-Plateaux, et sur le site de vente en ligne Shop’In », indique la fondatrice avant d’ajouter que le budget, sur fonds propres, alloué à la création de son entreprise avoisine les 10 millions de F CFA. Sa clientèle: tous les âges et toutes les nationalités. « La curiosité, l’attachement à la consommation et à la culture ivoiriennes sont les dénominateurs communs de tous ces acheteurs. »

Sur le continent, quelques entreprises revisitent les liqueurs traditionnelles, comme le koutoukou ivoirien ou l’Amarula sud-africain. KATIA DANSOKO TOURÉ

L

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Gamme de digestifs

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comme un mélange d’eaude-vie de palmier à huile et de saveurs d’Afrique. Tous les produits que j’utilise sont ivoiriens ou proviennent des pays voisins. Par exemple, je me procure le tamarin et le baobab au Burkina Faso. » En moyenne, ce sont 100 à 200 bouteilles qui sont produites mensuellement dans son atelier de fabrication, à Cocody-Cité-des-Arts. « En période de fête, la production augmente considérablement. En décembre dernier, nous avons vendu plus de 800 bouteilles. » Si le client peut se rendre directement à l’atelier, où l’on trouve également une boutique, pour s’offrir du N’ZanToukou, dont la bouteille coûte 8500 F CFA (environ 13 euros; entre 20 et 30 degrés d’alcool selon la

Abus déconseillé!

DR

Afrique n’a jamais manqué de bière et encore moins d’alcools forts – de l’eau-de-vie tord-boyaux aux boissons ultra-décapantes extraites de feuilles ou de fruits. En Côte d’Ivoire, c’est le koutoukou, obtenu à partir de sève de palmier distillée, qui a traditionnellement le vent en poupe. Il y a un an et demi, l’Ivoirienne Edith N’da Amoin, 46 ans, lance N’ZanToukou, une marque de boisson à base de koutoukou mélangé à du bissap, du gingembre, du jus de baobab, du café robusta, du cacao, du fruit de la passion, du curcuma, du citron vert, du tamarin ou de la pulpe de rônier. « J’ai toujours aimé concocter des cocktails arrangés, que je faisais goûter à l’occasion d’un dîner ou d’une réception », raconte celle qui est aussi employée au sein d’une entreprise de BTP à Abidjan. « Grâce à mes créations, les gens mettaient de côté le préjugé selon lequel le koutoukou est un alcool de piètre qualité. Et, à force de retours positifs, j’ai décidé de me lancer. » En pays baoulé, d’où est originaire Edith N’da Amoin, n’zan signifie « boisson ». « Il faut voir le N’ZanToukou

Eau-de-vie de palmier à huile et saveurs d’Afrique, pour 8 500 F CFA.

Le N’ZanToukou vient s’ajouter à la liste des liqueurs africaines revisitées que l’on trouve sur le marché. Fabriquée à Cotonou et exportée aux États-Unis, Tambour Original est une boisson à base de sodabi (liqueur obtenue par la distillation du vin de palme) et de plusieurs autres ingrédients tels le gingembre ou le bissap (de 1 500 à 13 000 F CFA selon le format). Fondée par un Malien installé en Alsace, la marque Moriba Saveurs d’Afrique propose toute une gamme de digestifs à base de gingembre, proposés dans des bouteilles originales (30 euros au minimum l’unité). En Afrique du Sud, l’Amarula, liqueur à base de crème, de sucre et de fruits du marula, se consomme avec du rhum, du whisky ou même du café. Et, espérons-le, avec modération !

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Style

En mode patrimoine

EVA SAUPHIE

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La créatrice défend la richesse de la double culture.

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DEMOISELLE COCO

Avec Afrikanista, sa marque parisienne, Aïssé N’Diaye réussit à faire rimer stylisme et politique. Remarquée par Beyoncé, elle entend bien conquérir les États-Unis.

roverbes africains oubliés, devise française détournée (« Liberté, égalité, affaire de papiers »), autant de messages imprimés en lettres capitales sur les tee-shirts, sweats et sacs en toile de la marque créée par Aïssé N’Diaye en 2014. Cette fille d’immigrés mauritaniens ayant grandi à Clichy-sousBois – en banlieue parisienne, où ont démarré les émeutes de 2005 – se réapproprie son patrimoine culturel et réinvente un langage teinté de politique. « Les Noirs de France sont toujours considérés comme des citoyens de seconde zone. Je veux montrer que la double culture est une richesse », clame la styliste de 36 ans sobrement vêtue, assise dans l’un de ses cafés préférés du 10e arrondissement de Paris. L’entrepreneuse entend lutter contre les idées reçues et « prouver qu’il y a de la réussite dans l’immigration ». En 2016, deux ans seulement après le lancement de sa marque, l’ancienne chargée de l’identité visuelle dans le prêt-à-porter – dix ans de métier à son actif – retenait déjà l’attention de distributeurs de choix pendant le printemps africain de Paris, alors qu’elle dévoilait ses pièces célébrant l’africanité à l’occasion de l’exposition-vente « So Wax », dans le concept store parisien Merci. Rebelote l’année suivante aux Galeries Lafayette, le temps de l’opération éphémère Africa Now. Peu de temps après, la créatrice s’offrait un pop-up store au Comptoir général, établissement afro-bohème du 10e arrondissement de la capitale prisé par la diaspora branchée.


Pagneusesetrobeuses

Les photos vintage constitueront le point de départ du projet Afrikanista. Après avoir rendu hommage au photographe béninois Roger da Silva et aux tirailleurs sénégalais à travers ses collections, l’« Afro-Française » s’inspire cette année du film Bal poussière, d’Henri Duparc, et s’intéresse au statut de la femme africaine dans un système polygame. Cette comédie ivoirienne sur fond de critique sociale sortie en 1989 raconte l’histoire d’un riche paysan, du nom de Demi-Dieu, souhaitant faire de Binta, une jeune femme de 19 ans, rebelle et progressiste, sa sixième épouse. Les « pagneuses », attachées aux traditions, et les « robeuses », incarnant la nouvelle génération, plus émancipée, se retrouvent immortalisées en lettres et en dessins, aux côtés d’un « sapeur », dans une quatrième collection clairement féministe. « Aujourd’hui les femmes africaines sont à l’intersection de ces deux modèles », observe celle qui revendique sa modernité et son indépendance tout en étant résolument attachée à la culture de ses aînés. Pour cette ligne réalisée

AFRO-AMBASSADRICES Aïssé N’Diaye a monté le projet Poetry Afrikanista en partenariat avec les éditions Présence africaine. Depuis 2018, elle organise des lectures de textes afrodiasporiques dans des Salons de mode et foires d’art contemporain (Who’s Next, Akaa…). Ces performances pour lesquelles elle s’entoure d’ambassadrices vêtues des pièces de sa marque, auréolées de coiffures africaines ancestrales, sont l’occasion de célébrer la littérature afrodescendante, mais aussi la beauté africaine. « Je souhaite que le mouvement d’affirmation de soi et de fierté africaine, notamment porté par les femmes noires qui s’assument avec les tresses et les afros de nos jours, perdure. » E.S.

en collaboration avec la Franco-Camerounaise Marina Wilson – fondatrice de la plateforme Black Square –, Aïssé N’Diaye a fait appel à un créatif établi en Côte d’Ivoire. « C’était une volonté de collaborer avec de jeunes talents du continent », prévient-elle. La série de tee-shirts en coton bio (40 à 55 euros pièce) et de sweats flanqués d’épaulettes frangées (110 euros) rend donc principalement hommage aux figures féminines du long-métrage. Mais elle a également été

Elle s’inspire de photos vintage et de l’univers des « studiotistes ».

NAFOORE QÂA

Aïssé N’Diaye a une vingtaine d’années quand elle ressent le besoin de partir à la découverte de son histoire. Elle remonte d’abord son arbre généalogique, puis épluche les albums de famille et tombe alors sur les portraits de sa mère, enfant, réalisés dans un studio de Dakar à l’aube des années 1970. Des trésors qui l’amènent à découvrir le travail des maîtres du genre, Malick Sidibé et Seydou Keïta. L’identité iconographique de sa marque est toute trouvée.

inspirée par certains costumes de scène de Beyoncé, porte-drapeau pop du féminisme noir. Ce n’est donc pas un hasard si l’Américaine a été séduite par l’univers de la marque. Lors de son concert hommage à Nelson Mandela à Johannesburg en décembre dernier, la reine du R’n’B portait deux tee-shirts conçus par Aïssé N’Diaye, le modèle Union, issu de la collection 2017, et le best-seller Korika, représentant la mère et la tante de la styliste. « L’équipe de Beyoncé a directement contacté mon attachée de presse pour lui faire savoir qu’elle était intéressée par mon travail », peine encore à réaliser la créatrice, pour qui les ventes ont quadruplé depuis la mise en ligne des photos de la chanteuse en Afrikanista sur Instagram. « J’ai, dans la foulée, reçu un pic de commandes sur le site, majoritairement en provenance des États-Unis, et depuis les ventes sont constantes », se félicite la styliste, qui verra bientôt sa marque distribuée sur le site d’e-commerce multimarques Antou Studio, destiné au marché américain. Mais Aïssé N’Diaye n’oublie pas le continent pour autant. Elle creuse également son sillon à Abidjan, avec un point de vente dans le très chic Comptoir des artisans, en attendant Dakar et Lagos.

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Archives

De Kutonu à Cotonou À travers une exposition visible jusqu’en octobre, la Fondation Zinsou invite les Cotonois à (re)conquérir une mémoire partiellement effacée par la parenthèse coloniale.

C

otonou ne doit pas son nom à l’or blanc qui transite par ses artères et remplit les poches de ses transitaires. Kutonu, c’est « la lagune de la mort », en langue fon. Une terre en marge, un bout du monde marécageux d’où a émergé presque soudainement une ville carrefour, cosmopolite et changeant sans cesse. Mais une cité sans histoire, aussi, celle avec un grand H, dont ses voisines Ouidah et Abomey ont écrit les pages au fil des siècles. Sauf que cette réputation est fausse, et l’exposition « Cotonou(s). Histoire d’une ville “sans histoire” », à découvrir jusqu’en octobre à la Fondation Zinsou, y apporte un démenti cinglant. Sur un grand écran, une carte évolutive invite le visiteur à suivre, étape par étape, l’expansion de la ville du début du XVIIe siècle à aujourd’hui. Une croissance quasi organique. Les premières cartes, imprécises, sont l’œuvre des esclavagistes européens, qui ratissent alors le littoral pour leur funeste récolte humaine. Dans un espace presque vide, Cotonou se résume à un chapelet de villages éparpillés, occupés par des clans xwlas, toffinus ou sètos qui ont trouvé là un refuge face à l’avancée des guerriers du royaume d’Abomey.

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Quand celui-ci préempte toute la région en quête d’un accès à la mer, au début du XVIIIe siècle, la carte se noircit peu à peu. Les routes s’étendent, comme autant de veines, pour relier des villages qui prennent de l’ampleur. En 1892, la construction par les colons français du wharf, un quai qui permet aux gros navires d’accoster, marque un tournant. Le commerce se déporte de Ouidah à Cotonou. La ville conquiert l’espace, par cercles concentriques autour du quartier de Placodji. Vient ensuite l’étalement urbain exponentiel des années qui suivent l’indépendance. De 20 000 habitants en 1952, la ville passe à plus de 700 000 aujourd’hui.

Carte postale des années vingt.

Fonds d’archives

Un pas plus loin, on croise les premiers Cotonois à avoir été fixés sur pellicule, à la fin du XIXe siècle. Des tirages grandeur nature qui provoquent un fort sentiment de proximité. Difficile de ne pas être saisi par le regard de cette « femme peule », figée dans une posture fière. Rencontre troublante, également, avec « Bakary », que le photographe dit être nagot: un gamin qui semble n’avoir pas plus de 14 ans, engoncé dans un uniforme militaire aux gros boutons de cuivre remontés jusqu’au ras du menton. Et puis ce « tirailleur sénégalais », affecté à Cotonou pour y maintenir

FONDATION ZINSOU

MATTHIEU MILLECAMPS, envoyé spécial à Cotonou

l’ordre colonial, qui surjoue devant l’objectif une pose conquérante enthousiaste, mais dont le regard dit une autre histoire. La plus grande partie de ces images provient d’un fonds acheté en France en 2017 par Marie-Cécile Zinsou, la présidente de la fondation. Un album de 370 photographies et un carnet d’aquarelles, œuvre d’un certain capitaine Théophile Tralboux, militaire français en poste de 1886 à 1896 à Cotonou. Certes, le

Une galerie de portraits donne un visage à celles et ceux qui sont venus construire la cité, parfois à leur corps défendant.


regard porté sur le développement de la ville est celui du colonisateur. Mais, en attendant que devienne effective la promesse de la France de restituer le patrimoine spolié, ce jour-là, c’est bien avec une part de la mémoire béninoise que l’historienne de l’art est revenue à Cotonou. Pour mettre de l’ordre dans ce fonds d’archives, la fondation s’est adjoint les avis de l’anthropologue Riccardo Ciavolella et de la géographe et urbaniste Armelle Choplin. « On est capable de faire des cours d’histoire précoloniale, coloniale et postcoloniale, alors que la colonisation, c’est soixante-huit années de notre histoire. Comment avoir accès à notre identité d’avant la colonisation ? La colonisation et la révolution marxiste-léniniste ont effacé énormément de traces de notre patrimoine

LA LAGUNE DE LA MORT

« Cotonou(s). Histoire d’une ville “sans histoire” », à la Fondation Zinsou

L’étymologie de Cotonou (ku to nu, « la lagune de la mort », en langue fon) rappelle que la ville est bâtie sur un ancien marécage insalubre. Les noms des quartiers, qu’ils soient officiels ou vernaculaires, portent aussi une part de l’histoire du territoire. Certains

disent l’origine des premières populations, comme Placodji (ou Xwlacodji, pour « sur la terre du peuple xwla »), ou Guinkomey (« sur la terre des populations de Guin »). D’autres font résonner les échos de batailles oubliées, comme Ahouansori

culturel. Le but est de revenir à cette histoire. De retrouver la fierté de notre histoire », explique Marie-Cécile Zinsou. Et là où la galerie de portraits donne un visage à celles et ceux qui sont venus construire la ville, parfois à leur corps défendant, aquarelles et dessins ravivent les empreintes d’un temps parfois volontairement effacé.

Conjurer les vagues

Des fétiches vaudous, installés pour conjurer les vagues, ou des vues de villages aujourd’hui disparus sont ramenés à la vie en quelques coups de crayon. Les instruments de domination aussi. Comme ce fourreau joliment décoré, dans lequel vient se ficher une lame courbe, dessiné sur un panneau sobrement intitulé « Instruments de répression destinés aux esclaves » et sur lequel on observe également des fers. En retrouvant la vibrante atmosphère des rues de Cotonou, on se prend à confronter le visage de la ville d’aujourd’hui avec celui de son passé. Ainsi de l’emblématique cathédrale Notre-Damede-Miséricorde, dont la façade

(ahuan sè-toji, « la guerre finit sur l’eau »), Ahouanlèko (« là où la guerre s’est retournée ») ou Midombo (« repliezvous »). Enfin, ceux qui disent la paix retrouvée, comme Sègbèya (« le destin a mis un terme à la misère ») ou Aïdjèdo (« cœur en paix »). M.M.

rouge et blanche surplombe le boulevard Steinmetz, l’un des « pionniers » du catholicisme au Bénin. Elle a été érigée sur l’emplacement de la case du chef du village d’esclaves de Kutonu… Et puis il y a les traces peu visibles, presque fugaces. Comme ce plot de béton qui, à quelques encablures du rivage, marque l’emplacement de l’ancien village d’Awansari, refuge des toffinus, les « gens sauvés par l’eau ». Lointain ancêtre de l’actuel Awansari – l’un des quartiers les plus pauvres de la ville, qui attire parfois les touristes en quête de photos pittoresques de cité lacustre –, il est surmonté d’un « vaudun » à l’aspect fragile qui veille sur la mémoire perdue des premiers habitants de Kutonu. Mais pour combien de temps encore ? Car à Cotonou, réchauffement climatique oblige, inéluctablement, l’océan gagne du terrain. Et, face aux vagues qui emportent avec elles une part de la mémoire de la ville, le travail amorcé par « Cotonou(s). Histoire d’une ville “sans histoire” » n’en semble que plus nécessaire.

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ANNONCES CLASSÉES FSA-NIGER

KPMG CI pour le compte du Fonds de Solidarité Africaine au Niger recrute pour des postes basés à Niamey au Niger

Le FSA compte actuellement quatorze (14) Etats Membres que sont : le Bénin, le Burkina Faso, le Burundi, la Centrafrique, la Côte d’Ivoire, le Gabon, la Guinée Bissau, le Mali, l’Ile Maurice, le Niger, le Rwanda, le Sénégal, le Tchad et le Togo. Son siège est situé à Niamey au Niger. « Le FSA est notée AA+ avec une perspective stable par l’Agence West Africa Rating (WARA), Agence de notation financière réputée en Afrique ». Dans le cadre des orientations de son Plan de Développement Stratégique à Moyen Terme (PDSMT) 2016-2020 et en vue de renforcer ses effectifs, le Fonds lance un avis de recrutement pour les postes suivants : Un (1) Auditeur interne

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Concernant cette rubrique, adressez-vous à Fabienne Lefebvre Tél. : 01 44 30 18 76 - Fax : 01 44 30 18 77 - Email : f.lefebvre@jeuneafrique.com

Les dossiers de candidature précisant le poste doivent être adressés en ligne sur la plateforme de recrutement www.kpmgcirecrutement.ci au plus tard le 14 Avril 2019 à 23 heures 59 minutes GMT.

KPMG CI on behalf of the African Solidarity Fund in Niger recruits for positions based in Niamey, Niger

The African Solidarity Fund (FSA) is a Multilateral Financial Institution whose mission is to participate in the economic development of its Member States by facilitating investment projects financing in both the public and private sectors. Its main intervention mechanisms are the Financial Guarantee, Refinancing and Interest Rate Subsidy. It also provides its partners with expertise in third-party fund management and financing arrangements. The FSA currently has fourteen (14) Member States including: Benin, Burkina Faso, Burundi, Central African Republic, Côte d’Ivoire, Gabon, Guinea Bissau, Mali, Mauritius, Niger, Rwanda, Senegal, Chad and Togo. Its Headquarters are located in Niamey, Niger. “The FSA is rated AA + with a stable outlook by the West Africa Rating Agency (WARA), a leading financial rating agency in Africa.” As part of the orientations of its 2016-2020 Medium-Term Strategic Development Plan (PDSMT) and in order to strengthen its workforce, the Fund is running a recruitment to fill the following positions: One (01) Internal Auditor

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Appel à candidature pour le recrutement de l’équipe de direction du Fonds d’Investissement Africain Le Comité de Pilotage (COPIL-FIA) du projet de création du Fond d’Investissement Africain (FIA) lance un appel à candidatures pour le recrutement de la future équipe de direction du FIA. Le FIA est un fonds d’investissement en cours de création par la CIPRES à l’initiative de ses membres et qui vise à centraliser, sur une base volontaire, une partie des réserves des Organismes de Prévoyance Sociale (OPS) afin d’optimiser leur gestion financière. La CIPRES (www.lacipres.org) est une organisation régionale africaine chargée du contrôle et de l’appui technique aux Organismes de Prévoyance Sociale (OPS), qui regroupe 17 Etats membres (Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Centrafrique, Congo, Côte d’Ivoire, Gabon, Guinée Bissau, Guinée Equatoriale, Madagascar, Mali, Niger, République Démocratique du Congo, Sénégal, Tchad, Togo et Union des Comores). L’équipe projet du FIA, qui devra être opérationnelle avant septembre 2019, dirigera dans un premier temps les travaux opérationnels de mise en place du FIA, puis est destinée à en prendre la direction.

RECRUTEMENT

1. LES PROFILS RECHERCHÉS : Cette équipe projet est constituée de deux postes : Poste 1 : DIRECTEUR PROJET (FUTUR DIRECTEUR GÉNÉRAL) Ses missions sont de : • Prendre progressivement le projet en main et poursuivre, avec FINACTU, le processus de création opérationnelle du FIA, dans le respect de la planification définie par le COPIL-FIA et selon le calendrier arrêté par lui. • Assurer le lien permanent avec l’ensemble des parties prenantes et suivre de façon continue le cahier des charges (calendrier, livrables). • Assurer un reporting de l’activité sur une base mensuelle. • Assurer la sélection et la mise en place opérationnelle des structures juridiques, des moyens informatiques, des ressources humaines, etc. • Superviser la structuration du processus de gestion d’actif. • Superviser la structuration de l’unité de gestion actif - passif (« ALM »). • Déterminer les processus de gestion pour chaque classe d’actif. Le profil recherché : • est de formation supérieure, de préférence école d’ingénieur ou de commerce de rang A, ou équivalent universitaire (Diplômé Bac +5) ; • bénéficie d’une expérience significative en finance, incluant le management et la gestion de projet ; • maîtrise les problématiques métiers liés à la Finance : marchés financiers, gestion d’actif, finance d’entreprise, contrôle de gestion, trésorerie et flux bancaires, etc. ; • connait les outils financiers (modélisation, analyse financière, business plan, etc.) ; • jouit d’un sens de l’analyse, d’une rigueur, d’une capacité à nouer des contacts de qualité avec les interlocuteurs, et d’excellentes capacités rédactionnelles. La maîtrise de l’anglais serait un plus. Un lien avec le continent africain en général, et avec l’un des pays membres de la CIPRES, serait un plus. Poste 2 : DIRECTEUR PROJET ADJOINT (FUTUR DIRECTEUR GÉNÉRAL ADJOINT, EN CHARGE DE LA GESTION) Ses missions sont, en cohérence avec le Directeur Projet et sous sa supervision : • Prendre progressivement le projet en main et poursuivre, avec FINACTU, le processus de création opérationnelle du FIA, dans le respect de la planification définie par le COPIL-FIA et selon le calendrier arrêté par lui. • Formaliser l’ensemble du processus de gestion, notamment la politique de gestion actif-passif, et le décliner par classe d’actifs. • Mettre en place le Comité d’investissement du FIA, recruter et installer les équipes de gestion et les outils pour chaque classe d’actifs. • Être force de proposition et d’innovation (stratégies, méthodes, outils, partenariats, etc.). Le profil recherché : • est de formation supérieure, de préférence école d’ingénieur ou de commerce de rang A, ou équivalent universitaire (Diplômé Bac +5) ; • bénéficie d’une expérience significative en gestion d’actif ; • jouit d’un sens de l’analyse, d’une rigueur, d’une capacité à nouer des contacts de qualité avec les interlocuteurs, et d’excellentes capacités rédactionnelles. La maîtrise de l’anglais serait un plus. Un lien avec le continent africain en général, et avec l’un des pays membres de la CIPRES, serait un plus. 2. MODALITÉS : L’équipe projet travaillera sous la supervision du Comité de Pilotage (COPIL-FIA) avec l’assistance technique du Groupe FINACTU, retenu pour accompagner la création opérationnelle du FIA. L’entrée en fonction est prévue dans le courant de l’été 2019. Les postes seront basés à Casablanca (Maroc) pendant la phase projet. La date limite de dépôt des candidatures est le 30 avril 2019. 3. EXPRESSION DES CANDIDATURES : Les candidats intéressés, ressortissant d’un pays de la CIPRES, peuvent envoyer leur candidature pour l’un des deux postes ou pour les deux sous la forme d’un curriculum vitae détaillé accompagné d’une lettre de motivation à l’attention du Président du COPIL-FIA à FINACTU. Les candidatures doivent être envoyées par email à Mr Patrick OUNICHE, à l’adresse recrutement-FIA@finactu.com.

Les éventuelles questions peuvent être envoyées à la même adresse. L’équipe de FINACTU examinera les candidatures et les soumettra au Comité de pilotage du projet FIA.

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ANNONCES CLASSÉES

MINISTÈRE DE L’AGRICULTURE ----------------------------------------AGENCE DE DÉVELOPPEMENT RURAL DE LA VALLÉE DU FLEUVE SÉNÉGAL (ADRS) ----------------------------------------Projet de Développement Rural Intégré du District de Kita et de ses environs - Phase 2 (PDRIK II) Tél. : 21 57 39 78 /66 75 12 06. Email : projetpdrik2kita@gmail.com

RÉPUBLIQUE DU MALI Un Peuple – Un But – Une Foi

AVIS D’APPEL D’OFFRES INTERNATIONAL LIMITÉ AUX ENTREPRISES DES PAYS MEMBRES DE LA BID N° 2019/002/MA-ADRS-UGP Date : le 22/03/2019 N° du prêt BID : 2MLI-0118 Titre du prêt : Projet de Développement Rural Intégré du District de Kita et de ses environs Phase 2 (PDRIK II) 1. Le Gouvernement de la République du Mali a bénéficié d’un financement de la Banque Islamique de Développement (BID) pour le financement du Projet de Développement Intégré de Kita et de ses environs, Phase 2 (PDRIK II). Une partie des sommes accordées au titre de ce prêt doit être utilisée pour effectuer les paiements prévus au titre du marché issu du présent Appel d’Offres International.

APPEL D’OFFRES

Les paiements ne seront effectués qu’après que l’organisme de financement ait approuvé une demande présentée par l’État Malien conformément aux clauses et conditions des conventions de financement. Ces paiements seront soumis à tous égards aux dispositions et conditions de ces conventions. 2. Le Ministère de l’Agriculture, au nom du Gouvernement de la République du Mali, lance un Appel d’Offres International pour l’exécution des travaux de construction de deux centres agro business à Founia Moribougou et à Sébékoro dans le cercle de Kita. 3. Les travaux seront réalisés en lot unique, comprennent la construction des bâtiments ci-après par site • Un Bâtiment à trois compartiments pour servir de magasin des intrants agricoles ; • Un bâtiment pour servir d’entrepôt des équipements agricoles et le bureau du gérant • Un bloc de latrine de deux cabines. 4. Le délai d’exécution des travaux est de cent vingt (120) jours au plus. Le délai commence à courir à partir du trentième jour de la date de réception de l’ordre de service de commencer les travaux. 5. La zone des travaux est la région de Kayes et précisément dans le cercle de Kita qui est situé à l’Ouest du Mali. Elle est limitée au Sud par la République de Guinée, à l’est par la région de Koulikoro, au Nord par le cercle de Diéma et à l’Ouest par le cercle de Bafoulabe. 6. L’Administration responsable du marché est le Ministère de l’Agriculture. Le présent Dossier d’Appel d’Offres peut être consulté à l’adresse suivante : Unité de Gestion du PDRIK II Kita – MALI Tél. : (223) 21 57 39 78 / 66 75 12 06 E-mail : projetpdrik2kita@gmail.com Le retrait du Dossier d’Appel d’Offres se fera, à partir du 27/03/2019, contre paiement de la somme de Cinquante Mille (50 000) Francs CFA hors frais d’envoi (ou de sa contre-valeur dans une monnaie convertible), en espèces ou par chèque bancaire établi à l’ordre de Monsieur le Coordinateur de l’Unité de Gestion du PDRIK 2. 7. Toutes les offres, rédigées en langue française, doivent être accompagnées d’une caution de soumission délivrée par une banque agréée par la BID (ou de sa contre-valeur dans une monnaie convertible) d’un montant égal à Un million (1 000 000) de Francs CFA. 8. La date limite de réception des offres est fixée au mardi 28 mai 2019, au plus tard à 10 heures TU, délai de rigueur, quel que soit le mode d’expédition ou de remise des offres. Les envois postaux, par courrier aérien rapide ou par tout autre moyen d’expédition se font aux risques et périls de l’expéditeur. Toutefois, les offres peuvent être reçues en salle, juste avant le début proprement dit de l’ouverture des plis. 9. Tous les renseignements d’ordre technique ou administratif concernant le présent Appel d’Offres peuvent être demandés par écrit au Coordinateur de l’unité de gestion du PDRIK II Kita, un (1) mois, au plus tard, avant la date limite de remise des offres. Aucun renseignement de quelque nature qu’il soit ne sera fourni en dehors de ce délai. 10. L’ouverture des Offres interviendra en séance publique, dans la salle de conférence du siège de l’unité de gestion du PDRIK II à Kita, le mardi 28 mai 2019, à partir de 10 heures TU, en présence des représentants des soumissionnaires qui le désirent. Bamako, le 22/03/ 2019. Le Ministre de l’Agriculture

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ANNONCES CLASSÉES

AVIS D’APPEL D’OFFRES (AA0) Numéro et Titre de l’AAO : AOIL N° T 42/2019 1. Le Gouvernement de la République de Côte d’Ivoire a obtenu deux prêts dont l’un auprès du Fonds Saoudien pour le Développement (FSD) et l’autre auprès de la Banque Arabe pour le Développement Economique en Afrique (BADEA), en vue de financer le Projet d’alimentation en eau potable de la ville d’Abengourou et localités environnantes et se propose d’utiliser une partie des fonds de ces prêts pour effectuer des paiements autorisés au titre du marché pour les « Travaux de construction d’un seuil en béton sur le fleuve Comoé à Dallo ». 2. Le Ministère de l’hydraulique, à travers l’Office National de l’Eau Potable (ONEP), sollicite des offres sous pli fermé de la part de soumissionnaires éligibles et répondant aux qualifications requises pour exécuter les Travaux d’alimentation en eau potable de la ville d’Abengourou et localités environnantes. Les travaux, objet du présent appel d’offres, sont composés d’un (01) lot unique. Le délai d’exécution des travaux est de douze (12) mois. 3. L’appel d’offres est limité aux entreprises Arabes, Africaines et Arabo-Africaines. 4. Les marchés issus de cet appel d’offres seront passés sur prix unitaire. 5. Les soumissionnaires éligibles et intéressés peuvent obtenir des informations auprès de l’Unité d’Exécution du Projet (UEP) de l’Office National de l’Eau Potable (ONEP) et prendre connaissance des documents d’Appel d’offres à l’adresse indiquée ci-dessous de 8 heures à 12 heures et de 13 heures 30 minutes à 17 heures Temps Universel.

6. Les soumissionnaires intéressés peuvent obtenir le Dossier d’Appel d’Offres complet en français en formulant une demande écrite à l’adresse mentionnée ci-dessous contre un paiement non remboursable de la somme de cinquante mille (50 000) francs CFA. Le paiement pourra se faire en versement espèces. 7. Les offres devront être soumises à l’adresse ci-dessous au plus tard le 10/05/2019 à 10 heures Temps Universel. Les offres doivent comprendre une garantie de l’offre, pour un montant de vingt millions (20 000 000) de francs CFA. Les dépôts électroniques ne seront pas admis. Les soumissions présentées hors délais seront rejetées à l’ouverture des plis. 8. Les offres seront ouvertes en présence des représentants des soumissionnaires qui le souhaitent à la salle de conférence à l’adresse indiquée ci-dessous le 10/05/2019 à 10 heures 30 minutes Temps Universel. 9. Le présent appel d’offres est soumis aux lois et règlements en vigueur en Côte d’Ivoire, notamment au décret n°2015-525 du15 juillet 2015 modifiant le décret n° 2009-259 du 06 août 2009 portant code des marchés publics, tel que modifié par le décret n° 2014-306 du 27 mai 2014 et les textes d’application ainsi qu’aux Directives pour la passation des marchés financés par la Banque Arabe pour le Développement Économique en Afrique (BADEA) et Fonds Saoudien pour le Développement (FSD) et ouvert à tous les soumissionnaires de pays éligibles tels que définis dans les Directives.

AVIS D’APPEL D’OFFRES (AA0)

APPEL D’OFFRES

Office National de l’Eau Potable (ONEP) Unité d’Exécution du Projet (UEP) AEP Abengourou Deux Plateaux VALLONS, rue J 93 - ILOT 212 - LOT 2470

04 BP 42 Abidjan 04 Tél. : (+225) 22-51-43-00/22-52-47-16/17 - Fax : (+225) 22-41-26-28 Courriel : kgbandamav@gmail.com, matthieuguessan@yahoo.fr apatamarc@yahoo.fr

Numéro et Titre de l’AAO : AOIL N° T 43/2019 1. Le Gouvernement de la République de Côte d’Ivoire a obtenu deux prêts dont l’un auprès du Fonds Saoudien pour le Développement (FSD) et l’autre auprès de la Banque Arabe pour le Développement Economique en Afrique (BADEA), en vue de financer le Projet d’alimentation en eau potable de la ville d’Abengourou et localités environnantes et se propose d’utiliser une partie des fonds de ces prêts pour effectuer des paiements autorisés au titre du marché pour les « Travaux de construction et d’équipement d’une station d’exhaure de 500 m3/h sur le Fleuve Comoé à Dallo et d’une station de traitement d’eau potable de 500 m3/h à Dallo, d’approvisionnement des sites des stations en électricité sur 12 km, de traitement de piste d’accès sur 17 km, de construction de piste d’accès au fleuve Comoé de 1,2 km, d’aménagement des sites des stations y compris voirie et réseaux divers, de construction de poste de réchloration sur le site du château d’eau d’Abengourou, et d’équipements électriques, d’automatisme et de télégestion de l’ensemble des sites du projet ». 2. Le Ministère de l’hydraulique, à travers l’Office National de l’Eau Potable (ONEP), sollicite des offres sous pli fermé de la part de soumissionnaires éligibles et répondant aux qualifications requises pour exécuter les Travaux d’alimentation en eau potable de la ville d’Abengourou et localités environnantes. Les travaux, objet du présent appel d’offres, sont composés d’un (01) lot unique. Le délai d’exécution des travaux est de dix-huit (18) mois. 3. L’appel d’offres est limité aux entreprises Arabes, Africaines et Arabo-Africaines. 4. Les marchés issus de cet appel d’offres seront passés sur prix unitaire. 5. Les soumissionnaires éligibles et intéressés peuvent obtenir des informations auprès de l’Unité d’Exécution du Projet (UEP) de l’Office National de l’Eau Potable (ONEP) et prendre connaissance des documents d’Appel d’offres à l’adresse indiquée ci-dessous de 8 heures à 12 heures et de 13 heures 30 minutes à 17 heures Temps Universel.

Office National de l’Eau Potable (ONEP) Unité d’Exécution du Projet (UEP) AEP Abengourou Deux Plateaux VALLONS, rue J 93 - ILOT 212 - LOT 2470 04 BP 42 Abidjan 04 Tél. : (+225) 22-51-43-00/22-52-47-16/17 - Fax : (+225) 22-41-26-28 Courriel : kgbandamav@gmail.com, matthieuguessan@yahoo.fr apatamarc@yahoo.fr 6. Les soumissionnaires intéressés peuvent obtenir le Dossier d’Appel d’Offres complet en français en formulant une demande écrite à l’adresse mentionnée ci-dessous contre un paiement non remboursable de la somme de cinquante mille (50 000) francs CFA. Le paiement pourra se faire en versement espèces. 7. Les offres devront être soumises à l’adresse ci-dessous au plus tard le 14/05/2019 à 10 heures Temps Universel. Les offres doivent comprendre une garantie de l’offre, pour un montant de cent millions (100 000 000) de francs CFA. Les dépôts électroniques ne seront pas admis. Les soumissions présentées hors délais seront rejetées à l’ouverture des plis. 8. Les offres seront ouvertes en présence des représentants des soumissionnaires qui le souhaitent à la salle de conférence à l’adresse indiquée ci-dessous le 14/05/2019 à 10 heures 30 minutes Temps Universel. 9. Le présent appel d’offres est soumis aux lois et règlements en vigueur en Côte d’Ivoire, notamment au décret n°2015-525 du15 juillet 2015 modifiant le décret n° 2009-259 du 06 août 2009 portant code des marchés publics, tel que modifié par le décret n° 2014306 du 27 mai 2014 et les textes d’application ainsi qu’aux Directives pour la passation des marchés financés par la Banque Arabe pour le Développement Économique en Afrique (BADEA) et Fonds Saoudien pour le Développement (FSD) et ouvert à tous les soumissionnaires de pays éligibles tels que définis dans les Directives.

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ANNONCES CLASSÉES

AVIS DE PRÉ-QUALIFICATION RELATIF AUX TRAVAUX DE RÉHABILITATION DU CORRIDOR COTONOU – NIAMEY : SECTION BEROUBOUAY – FLEUVE GOUFARI (148,6 KM) Le Gouvernement de la République du Bénin a obtenu de la Banque Islamique de Développement (BID), un financement pour couvrir le coût du projet relatif aux travaux de réhabilitation du corridor Cotonou - Niamey : section Beroubouay - Pont Rivière Goufari (148,6 Km) et entend affecter une partie du produit de ce financement aux paiements relatifs au marché des travaux dudit projet.

DIVERS - APPEL D’OFFRES

Le Ministère des Infrastructures et des Transports (MIT), représenté par la Personne Responsable des Marchés Publics (PRMP), invite les entreprises éligibles à se manifester par la présente en vue de leur pré qualification pour la réalisation des travaux dudit projet. Dans le cadre de l’Avis de Pré qualification ci-dessus cité, nous vous prions pour tout renseignement de bien vouloir visiter les sites de la BID (www.isdb.org), du MIT (www.transports.bj) et le Matinal du jeudi 28 mars 2019. La Personne Responsable des Marchés Publics, Basile KOUDJE

AVIS DE REPORT ET ADDENDUM APPEL D’OFFRES INTERNATIONAL (AOI 2018 E 4026) CONSTRUCTION ET ÉQUIPEMENT DES LIGNES AÉRIENNES HT La Société Tunisienne de l’Electricité et du gaz (STEG) informe les soumissionnaires qui ont retiré les dossiers de l’Appel d’Offres International N° 2018 E 4026 relatif à la : « CONSTRUCTION ET ÉQUIPEMENT DES LIGNES AÉRIENNES HT », que la date limite de remise des offres prévue pour le Mercredi 27 Mars 2019 à 09H00 est reportée pour le Mardi 30 Avril 2019 à 09H00. La séance d’ouverture des offres techniques et financières est publique et elle aura lieu au Siège Social de la STEG au Bâtiment G 3ème étage, le Mardi 30 Avril 2019 à partir de 09H30. Par ailleurs un addendum technique faisant partie intégrante des documents de l’appel d’offres est à la disposition des entreprises ayant retiré les cahiers de charges. Le retrait de cet addendum peut être effectué du lundi au vendredi auprès de la Direction Centrale de l’Equipement, Direction Réalisation Projets Transport d’Electricité, Département Étude Moyens de Transport d’Electricité, au siège de la STEG, 38 Rue Kamel Atatürk-Tunis.

LIS 24 Acquisition de matériel d’irrigation

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Les Plantations du Haut Penja (PHP) envisage d’attribuer un marché de fournitures pour l’acquisition de matériel d’irrigation sous frondaison à Nyombe (Cameroun) financé par les Mesures d’accompagnement aux pays ACP fournisseurs de bananes (MAB). Le dossier d’appel d’offres peut être obtenu à l’adresse suivante : e.schepens@phpcam.net et sera également publié sur le site de l’Assobacam www.assobacam.com. La date limite de remise des offres est fixée à 18h le mardi 21 mai 2019. Des informations supplémentaires éventuelles ou des éclaircissements/ questions au dossier d’appel d’offres seront publiés sur le site de l’Assobacam.

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LE COURRIER DES LECTEURS Envoyez-nous vos réactions, vos réflexions, vos coups de gueule ou de cœur à courrier@jeuneafrique.com ou au 57 bis, rue d’Auteuil, 75016 Paris ROYAUME-UNI

L’autre visage du racisme

Dans JA, les Africains dont il est question sont de vrais citoyens, plutôt « sophistiqués », bien loin des pantins décrits par certains médias occidentaux et qui exigeraient tout sans jamais rien donner en retour. […] En Angleterre, il règne ainsi un racisme sournois, à peine soupçonnable. Le « Noir » n’y est qu’un outil de propagande stupide. On l’instrumentalise pour afficher une prétendue tolérance, il est perçu

comme peu autonome. Fortement « assimilé », il n’est plus rien. Ce racisme subtil est bien plus pernicieux et plus dangereux que le racisme décomplexé dénoncé ailleurs. ZEKRIA IBRAHIMI, Londres, Royaume-Uni

CENTRAFRIQUE

Les chemins inattendus de la paix

Les chefs des groupes armés ont obtenu du pouvoir en place et de l’Union africaine des postes au sein du

gouvernement. Huit postes ministériels, sur les 39 du nouveau gouvernement, leur ont été proposés en contrepartie de leur renonciation à la violence, à l’occupation de 80 % du territoire, au pillage des ressources naturelles du pays auxquels ils se livrent depuis plus de cinq ans. Suffiront-ils à les contenter? J’en doute. Le peuple centrafricain parviendra-t-il d’ailleurs à pardonner les exactions et les pillages ? La raison du plus fort ne serait-elle pas la meilleure ? N’est-ce

pas payer un peu cher le retour à la paix ? Vu l’échec de la Minusca à combattre les groupes armés, le président centrafricain a-t-il le choix ? La paix, cette paix introuvable, aura demandé de passer par des chemins inattendus. Est-on réellement, cette fois-ci, enfin, sur le chemin de la paix ? Ce sont autant de questions que l’on est en droit de se poser. Mais il est trop tôt pour y répondre. PATRICK DAVID, Fontenay-aux-Roses, France

Commission sous-Régionale des PêChes sub-Regional FisheRies Commission

Avis d’Appel à Propositions MISSION D’AUDIT ORGANISATIONNEL ET FINANCIER DE LA CSRP La Commission Sous Régionale des Pêches (CSRP) est une organisation intergouvernementale créée depuis le 29 mars 1985, par les sept (07) Etats membres suivants : Cabo Verde, Gambie, Guinée, Guinée Bissau, Mauritanie, Sénégal et Sierra Leone. Dans le cadre de son budget de fonctionnement 2019, la CSRP a l’intention de mener une mission d’audit organisationnel et financier. A cet effet, elle sollicite des propositions sous plis fermés de la part de soumissionnaires éligibles. La passation du Marché sera conduite par Appel à propositions. Un consultant sera sélectionné selon la Méthode Fondée sur la Qualification des Consultants telle que définie dans le Manuel des procédures de la CSRP. Les Termes de référence peuvent être sollicités au niveau du Secrétariat Permanent de la CSRP, sis Allées Khalifa Ababacar Sy N° 5218 Sicap Liberté IV Dakar, de 9 heures à 17 heures, à l’adresse électronique suivante: spcsrp@csrp.org avec copies à specpm01@gmail.com et sadibousn@gmail.com ; ils sont également disponibles sur le site web www.spcsrp.org Les soumissionnaires intéressés peuvent obtenir le dossier de Demande de propositions complet en Français en formulant une demande écrite à l’adresse susmentionnée: spcsrp@csrp.org avec copie à fatmaseck.sow@spcsrp.org et cheikh.sambe@spcsrp.org La Demande de propositions sera remise en mains propres ou par voie électronique contre un paiement non remboursable équivalent à 75 euros, payable en espèce ou par tout moyen de paiement. Les propositions devront être soumises à l’adresse suivante : Secrétariat Permanent de la CSRP, Allées Khalifa Ababacar Sy N° 5218 Sicap Liberté IV Dakar, au plus tard le 23 avril 2019 à 11 heures TU. Les propositions seront ouvertes en présence des représentants des soumissionnaires présents à la salle de conférence du Secrétariat Permanent de la CSRP, le 23 avril 2019 à 11 heures 15 minutes. Le dépôt des propositions par courrier électronique n’est pas autorisé. Le Secrétaire Permanent Malal SANE

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POST-SCRIPTUM

Solidarité, où es-tu ? uand nous étions enfants, on nous a dit et redit que les Africains, c’est-à-dire nos ancêtres et nos parents, étaient les champions du monde de la solidarité, de la générosité, qu’ils partageaient tout avec le reste de la communauté sans aucune arrière-pensée. Mais en grandissant, pour ne pas dire en vieillissant, nous nous sommes rendu compte que cette fameuse générosité « innée » des Africains relève plus de la légende que de la réalité. Le monde serait parfait si nous pouvions tous avoir le cœur sur la main ou, mieux encore, des cœurs en or. Hélas, tel n’est pas le cas! Et nul n’a le monopole de la générosité ou de l’avarice. Où veux-je en venir ? Au Mozambique, bien sûr, ce pays d’Afrique australe qui a été frappé par un terrible cyclone dans la ville de Beira, sur l’océan Indien. Le bilan est lourd : quelque 700 morts et des disparus, sans parler de toutes les habitations détruites. La désolation est totale, les risques d’épidémie très élevés. Des cas de choléra et de diarrhée ont été signalés par des humanitaires qui s’occupent des rescapés, dont les conditions d’hébergement sont inqualifiables. Se nourrir est également une gageure, car atteindre les survivants est un exercice très difficile. Sauf miracle, le pire est à craindre. Ce qui m’étonne, c’est le silence de notre très chère Union africaine. Je suis tenté de croire qu’elle ne suit

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pas l’actualité du continent. Sinon, elle se serait déjà manifestée, ne serait-ce que pour redonner un peu le moral aux survivants. Que dire alors des autres pays africains, y compris ceux dont les moyens sont cent fois plus importants que ceux du Mozambique ? Où sont donc ceux qui, hier encore, ne juraient que par Samora Moises Machel et Joaquim Alberto Chissano ?

Léthargie

de telles crises plutôt que de laisser les autres, c’est-à-dire la « communauté internationale », s’en occuper ? Même si les pays africains sont pauvres, sont-ils incapables de réunir leurs propres moyens en vue de faire face au déchaînement de la nature ? Et quelle est, aujourd’hui, leur vraie politique en matière de réchauffement climatique, de sécheresse, de conservation de la nature? Sans intervention extérieure, que peuvent faire les pays confrontés à des épidémies qui n’épargnent personne, à des phénomènes naturels qui emportent tout sur leur passage? À force de compter sur les autres, l’Union africaine et ses pays membres se comportent d’une façon irresponsable. Il ne faudra pas me dire que ce manque de prévoyance et de responsabilité est lié au dénuement dans lequel vivrait l’Afrique. Non, le problème est ailleurs : il s’agit de léthargie et d’un manque incroyable de vision. Je peux me tromper. Dans ce cas, qu’on me prouve le contraire. Question : à qui le tour après le Mozambique ? La réponse est dans cette petite phrase connue de tous : gouverner, c’est prévoir. À bon entendeur, salut !

À trop compter sur les autres, les pays de l’UA en deviennent irresponsables.

À ceux qui l’auraient oublié, je rappelle que le Mozambique est parmi les pays les plus pauvres du monde. Son économie est essentiellement fondée sur l’agriculture. C’est aussi ce pays où, il n’y a pas longtemps, les autorités avaient cru malin de cacher certaines de leurs dettes aux organisations financières internationales afin d’emprunter davantage. Et elles ont été prises la main dans le sac. Malheureusement, la dette est passée de 86 % du PIB en 2015 à 130 % en 2016. Le Mozambique est également un pays où ont circulé 200 millions de dollars de pots-devin. Cette corruption à grande échelle ne facilite absolument rien. Face à de telles catastrophes, qu’a prévu l’Union africaine ? Apparemment rien. Est-il vraiment impossible pour une organisation qui réunit 54 États d’apprendre à gérer

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Banque des États de l’Afrique Centrale - Services Centraux Commission Générale n° 02 de passation des marchés

Sélection internationale ouverte n° 12/BEAC/DGEFRI-DERS/SIO/CC/2019 du 27 mars 2019 pour la traduction en anglais du rapport annuel 2017 de la BEAC La Banque des Etats de l’Afrique Centrale envisage de recruter, sur fonds propres, un consultant individuel pour la traduction de son rapport annuel 2017. A cet effet, elle invite par le présent avis de sélection, les consultants remplissant les conditions requises, à soumettre leur proposition. Le processus se déroulera conformément aux dispositions du Règlement n° 01/CEMAC/UMAC/CM/18 portant adoption du Code des marchés de la BEAC notamment la procédure de sélection basée sur la qualité technique et le coût. I. OBJET DE LA SÉLECTION Les prestations, objet de la présente sélection, porteront notamment sur la traduction fidèle en anglais du rapport d’activités de la Banque Centrale pour l’année 2017. Les caractéristiques du rapport à traduire sont les suivantes : - Nombre de pages format A4 : 202 ; - Nombre approximatif de mots : 43 000. II. DOSSIER DE CANDIDATURE Les candidats à la présente sélection devront fournir deux dossiers, en un (01) exemplaire original et quatre (04) copies comprenant les pièces ci-après : Dossier administratif et technique : Les candidats devront fournir un dossier complet comprenant les documents ci-après : - un engagement sur l’honneur de la véracité des informations déclarées et l’authenticité des documents fournis ; - un curriculum vitae précisant l’identité du candidat, ses contacts (téléphone et courriel), les diplômes universitaires obtenus, les références similaires détaillées (clients, objet du marché, prestations réalisées) ; - les justificatifs des prestations antérieures similaires (attestation de bonne exécution etc.) ; - les copies certifiées conformes de la pièce d’identité et des diplômes ; - un agrément délivré par l’autorité compétente ou tout document en tenant lieu ; - la méthodologie de travail proposée. Le consultant devra justifier d’une solide expérience dans le domaine de la traduction en anglais des rapports d’activité et / ou d’autres documents à caractère économique, monétaire et financier. Ses qualifications minimales requises sont : - être titulaire d’un diplôme de niveau bac + 5 ou équivalent dans le domaine de la traduction du français vers l’anglais ; - disposer d’une expérience avérée dans le domaine ; - avoir une expérience dans la traduction en anglais des documents techniques rédigés en français soutenu de nature économique, monétaire et financière et disposer de références pertinentes : un minimum 25 documents de 25 000 mots, dans le domaine de la traduction du français vers l’anglais est requis.

Dossier financier : - la lettre de soumission financière conforme au modèle. III. ÉVALUATION DES CANDIDATURES Les candidatures seront évaluées suivant les critères ci-après. a) Critères d’évaluation Les rubriques seront notées sur 100 points de la manière suivante : • Diplômes universitaires : 20 points ; • Références similaires : 50 points ; • Méthodologie de travail : 20 points ; • Délai de réalisation maximum : 10 points. La note technique minimale requise est de soixante-dix points. b) Pondération applicable Proposition technique : 80 % Proposition financière : 20 % IV. DÉPÔT ET OUVERTURE DES CANDIDATURES Les dossiers de candidature, obligatoirement rédigés en langue française devront être déposés, sous pli fermé, à l’adresse suivante, au plus tard le jeudi 2 mai 2019 à 12H00, heure de Yaoundé : BANQUE DES ÉTATS DE L’AFRIQUE CENTRALE SERVICES CENTRAUX, 736 Avenue Monseigneur Vogt BUREAU D’ORDRE - 15ème étage - Porte 15.01 a : BP 1917 Yaoundé - CAMEROUN L’enveloppe extérieure devra porter uniquement la mention : « SÉLECTION INTERNATIONALE OUVERTE N°12/BEAC/DGEFRI-DERS/SIO/CC/2019 ; À N’OUVRIR QU’EN SÉANCE DE DÉPOUILLEMENT ». Les dossiers de candidature seront ouverts, en deux phases en présence des représentants des soumissionnaires dûment mandatés qui souhaitent assister à la séance d’ouverture. Les dossiers administratifs et techniques seront ouverts le jeudi 2 mai 2019 à 13 heures précises et les propositions financières seront ouvertes le mercredi 15 mai 2019 aux Services Centraux de la BEAC à Yaoundé. Les candidatures reçues après le délai fixé seront rejetées. V. RENSEIGNEMENTS COMPLÉMENTAIRES Les consultants intéressés peuvent obtenir un complément d’information, à l’adresse ci-dessous, entre 9 heures et 12 heures, les jours ouvrés. BANQUE DES ÉTATS DE L’AFRIQUE CENTRALE Services Centraux, 736 Avenue Monseigneur Vogt Direction Générale de l’exploitation, CGAM, 14ème étage, Porte 14.12 a : 1917 Yaoundé – CAMEROUN 6 : (+ 237) 222 23 33 29 - @ : cgam.scx@beac.int Le Président de la Commission,


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