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CAMEROUN ÉPERVIER: LA CHASSE EST (R)OUVERTE jeuneafrique.com

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MAGHREB LES NOIRS SONT-ILS DES CITOYENS COMME LES AUTRES ?

LIBYE ALI ZEIDAN : « Je n’ai pas dit mon dernier mot »

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HEBDOMADAIRE INTERNATIONAL INDÉPENDANT • 54e année • no 2779 • du 13 au 19 avril 2014

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Avoir 20 ans en Algérie Vie, envies, rêves, tabous, obstacles… Enquête sur cette génération post-décennie noire qui n’a connu qu’Abdelaziz Bouteflika, ou presque. ÉDITION INTERNATIONALE ET MAGHREB & MOYEN-ORIENT

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Éditorial François Soudan

« Les faits sont têtus »

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UZZ : TERME ANGLAIS signifiant bourdonnement d’insecte et technique de marketing viral consistant à amplifier l’effet d’un événement ou d’un produit. En recevant J.A. le 27 mars au matin, à dix jours des commémorations du vingtième anniversaire du génocide, le président rwandais Paul Kagamé a-t-il calculé l’effet qu’allaient produire ses déclarations sur le rôle de la France avant et pendant cette tragédie ? A-t-il volontairement planifié le buzz assourdissant que ses accusations allaient produire ? Sans doute pas. Pour lui comme pour beaucoup de Rwandais, en effet, il ne s’agit là que de banalités répétées à l’envi depuis des années, en particulier dans la bouche d’un chef d’État coutumier du « parler cash ». Lorsqu’une première alerte sur le contenu de notre interview est diffusée par l’AFP le 5 avril et que l’Élysée annonce en début de soirée l’annulation de la participation française aux cérémonies, Kagamé est donc surpris : plus d’une semaine s’est écoulée depuis l’entretien – qu’il n’a pas demandé à relire avant publication – et il n’a visiblement pas anticipé la rapidité et le niveau de cette réaction. Mais il assume, bien sûr. Et, avec un art consommé de la communication telle qu’il la conçoit, voit immédiatement l’avantage qu’il peut en tirer. Alors qu’à Paris la machine médiatique s’emballe le 6 avril, Paul Kagamé modifie l’entrée en matière du discours qu’il doit prononcer le lendemain au stade Amahoro. Ce qui donne la phrase désormais culte à Kigali, en français dans le texte : « Les faits sont têtus. » Les faits sont têtus, mais la mémoire de la France – ou, plus exactement, de l’armée française – l’est tout autant. On peut certes comprendre qu’Alain Juppé, Hubert Védrine, tel ou tel général à la retraite, bref ceux qui étaient aux affaires entre 1990 et 1994, défendent leur honneur et récusent l’accusation pour le moins discutable de participation directe au génocide. Après tout, c’est à la France de ces années-là et à sa politique africaine de l’époque que s’en prend Kagamé, non à celle de 2014. Mais la question qui se pose est la suivante: pourquoi François Hollande et son gouvernement se sentent-ils comptables et responsables, vingt ans après, de cette page trouble d’un passé à laquelle ils n’ont pris aucune part, au point que le ministre de la Défense, Jean-Yves le Drian, ait éprouvé la nécessité, dans un « message aux armées » délivré le 10 avril, de comparer sans aucune nuance l’opération Turquoise à celles menées au Mali et en Centrafrique, toutes trois confondues dans le même hommage ? Sans doute faut-il admettre qu’en France si les présidents, les majorités et les gouvernements changent, la Grande Muette demeure, elle, intouchable, à l’abri de toute introspection (sauf s’il s’agit de l’exonérer de ses responsabilités : il suffit de lire le rapport de la commission Quilès pour le comprendre), immuable et hors champ démocratique. Soixante ans après, les « sales guerres » que l’armée française a menées en Algérie, au Cameroun, en Indochine, à Madagascar ou ailleurs demeurent ainsi des sujets tabous. On permettra donc aux Rwandais de ne pas attendre, pour tirer leurs propres conclusions, que soit enfin levée cette chape de plomb. l JEUNE AFRIQUE

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PHOTOS DE COUVERTURES : ÉDITION AFRIQUE SUBSAHARIENNE : LUDOVIC-POOL/SIPA ÉDITION INTERNATIONALE : CHRISTIAN ALS/PANOS-REA

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Confidentiel

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L A SEM A IN E D E J EU N E A F RIQ U E

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NIGERIA

Champion d’Afrique

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Iyad Ag Ghaly Arrête-moi si tu l’oses Rached Ghannouchi Moi, diplomate Religions De tout pour faire un monde Cinéma Dark Vador SDF ? Droits des femmes Le marathon des Saoudiennes Interview Daniel Kablan Duncan, Premier ministre ivoirien Rail La boucle est bouclée Tour du monde

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G RA N D A N G L E

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AFRIQUE DU NORD Cachez ce Noir… 28

A F RIQ U E SU BSA H A RIEN N E

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Cameroun Prison express Reportage Course d’obstacles sur le fleuve Congo Mali Interview de Soumaïla Cissé, opposant malien Afrique centrale L’Oncle Sam joue les shérifs N O 2779 • DU 13 AU 19 AVRIL 2014


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Dans Jeune Afrique et nulle part ailleurs

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CAMEROUN Prison express

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ALGÉRIE Génération Bouteflika

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M AG H REB & M OYEN - O RIEN T

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Algérie Génération Bouteflika Libye Interview d’Ali Zeidan, ex-Premier ministre Casablanca Peur sur la ville Égypte Kaki business Tunisie Le blues des filles de joie

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EU RO PE, A M ÉRIQ U ES, A SIE

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États-Unis Hillary Clinton, on the road again Diplomatie La guerre par d’autres moyens Parcours Faïza Guène, écrire, dit-elle Espagne Complot à la Zarzuela Chine Le baiser du Dragon

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L E PL U S D E J EU N E A F RIQ U E LE PLUS

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ALGÉRIE La stratégie de l’évitement

TCHAD DANS L’ŒIL DU CYCLONE

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ÉTATS-UNIS On the road again

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Dans du cycl’œil lone

ÉC O N O M IE Algérie La stratégie de l’évitement Les indiscrets Hôtellerie Mangalis a foi en ses étoiles Interview Franck Legré, directeur général Afrique d’Air France-KLM Santé Saham passe au bistouri Bénin Jean-Baptiste Satchivi, militant économique Émission obligataire Chère Zambie Baromètre C U LT U RE & MÉD IA S Danse À corps perdus Seconde Guerre mondiale Éric Jennings : « L’Afrique a financé la résistance française » Musique Dobet Gnahoré, polyglotte cosmopolite La semaine culturelle de Jeune Afrique V O U S & NO U S Le courrier des lecteurs Post-scriptum

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DANSE À corps perdus

N O 2779 • DU 13 AU 19 AVRIL 2014

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Gabon-France Un intermédiaire nommé ABO

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n visite de travail à Paris, le président Ali Bongo Ondimba (ABO) a rencontré François Hollande dans la matinée du 8 avril pour une séance de travail d’une heure trente, dont trente minutes en tête à tête – tutoiement de rigueur. Emmanuel Issoze-Ngondet, son ministre des Affaires étrangères, Maixent Accrombessi, son directeur de cabinet, Germain Ngoyo Moussavou, l’ambassadeur du Gabon en France, et Jean-Yves Teale, son conseiller diplomatique, se sont ensuite joints aux discussions. Au menu, la crise centrafricaine et la décision du président tchadien Idriss Déby Itno de rapatrier ses soldats ; mais aussi les relations commerciales, que les deux

RWANDA-FRANCE KAGAMÉ ET SA CONSCIENCE

Lors d’un café littéraire organisé le 9 avril à Kigali par le TchadienKoulsyLamko,leprésident Paul Kagamé a répondu en ces termes à un écrivain qui lui demandait s’il regrettait ses récentes déclarations à Jeune Afrique sur la France et le génocide rwandais : « C’est vis-à-vis de ma conscience que je ne serais pas à l’aise si je n’avais pas répondu ce que j’ai répondu. » ALGÉRIE LES GÉNÉRAUX FONT LA TÊTE

La décision d’Abdelaziz Bouteflika de réduire de 18 à 12 mois la durée du service militaire illustre le bras de fer qui oppose la présidence de la République à l’état-major. La majeure partie de celui-ci est opposée à la professionnalisation des forces armées. Elle craint à la fois une diminution de leur efficacité et la disparition de leur caractère populaire. Comme l’explique un général, « l’Armée nationale populaire [ANP] ne deviendra jamais une Armée nationale N O 2779 • DU 13 AU 19 AVRIL 2014

professionnelle ». La réduction de la durée de la conscription devrait entrer en vigueur à partir du mois de juin. MALI-FRANCE LE TON MONTE

On attend toujours la signature du nouvel accord de défense franco-malien (qui aurait dû avoir lieu le 19 janvier). En dépit de demandes réitérées, Bamako refuse de s’engager sur une nouvelle date, ce qui agace militaires et diplomates français. Ce différend s’ajoute aux critiques françaises contre

pays souhaitent développer ; le cas Total, à qui le fisc gabonais réclame 800 millions de dollars ; et le réchauffement climatique (Paris accueillera en 2015 la Conférence sur le climat). ABO a par ailleurs transmis à Hollande un message d’apaisement de Paul Kagamé, qu’il avait rencontré la veille à Kigali, lors des cérémonies commémoratives du vingtième anniversaire du génocide. On sait que, dans une récente interview à J.A., le président rwandais a évoqué « le rôle direct de la France dans la préparation politique du génocide et sa participation à son exécution même ». Et que cette déclaration a provoqué une nouvelle crise diplomatique. l

la gestion par le président Ibrahim Boubacar Keïta de la crise au Nord-Mali. Côté malien, on soupçonne Paris d’être à l’origine de la fuite dans la presse, fin mars, des procès-verbaux de l’enquête concernant les liens entre IBK et l’homme d’affaires français Michel Tomi. DIPLOMATIE ÇA BOUGE À TUNIS

Sans attendre le traditionnel mouvement diplomatique de l’été, quatre nouveaux

Mali Cheick Aoussa, le mouton et la Minusma À KIDAL, où il est revenu il y a deux mois, Cheick Aoussa mène une vie paisible. Il s’y promène librement, en sort comme il veut (il a été aperçu récemment à Ouagadougou) et y revient de même. Il lui arrive aussi d’inviter les Casques bleus de la Minusma à partager un mouton. Ces derniers se doutent-ils qu’il était, il y a encore quelques mois, le numéro deux d’Ansar Eddine, groupe considéré comme terroriste par les Nations unies et qui fut le fer de lance de la conquête du Nord-Mali, en 2012, par Iyad Ag Ghaly ? Les soldats maliens, de leur côté, enragent. Ils savent que Cheick Aoussa a joué un rôle central, en janvier 2012, dans l’attaque de la caserne d’Aguelhok, au cours de laquelle une centaine de leurs frères d’armes furent tués. l

ambassadeurs de Tunisie vont être nommés. Tous sont diplomates de carrière et présumés neutres. Ancien consul de Tunisie à Toulouse, Mohamed Slim Hammami représentera son pays auprès de l’Unesco, à Paris. Le poste était vacant depuis le départ de Khemaïs Chamarri, en février. Ancien ambassadeur à Tokyo et à Séoul, Ilyès Gasri ira pour sa part à Alger, tandis que Raouf Chatti sera nommé à Tripoli et Nadra Drij à Berne. COLONISATION HOLLANDE ET LES « TIRAILLEURS »

L’Élysée veut réparer l’omission des Subsahariens sur la plaque gravée en hommage aux soldats musulmans morts pour la France lors des deux guerres mondiales et dévoilée par François Hollande le 18 février à la Grande Mosquée deParis.Unajoutmentionnant « le régiment des tirailleurs sénégalais » (nom générique des troupes coloniales d’Afrique subsaharienne) va être apposé. Pour l’heure, la plaque ne mentionne que les soldats maghrébins. JEUNE AFRIQUE


Retrouvez en page 112 notre rubrique « Les indiscrets », consacrée aux informations confidentielles économiques

Politique, économie, culture & société

qu’Ibrahim Boubacar Keïta devait entamer ce 13 avril au Sénégal : démontrer à Macky Sall qu’il ne le boude pas ! Les Sénégalais en effet s’étonnaient : pourquoi le président malien multipliait-il les voyages dans la sous-région sans jamais passer par Dakar ? Ils s’en sont ouverts à ses proches, qui se sont empressés de rectifier le tir. Explication de l’un d’eux : « Depuis son élection, le président a pris soin de se rendre dans tous les pays où il avait besoin de rétablir la confiance. Or nous n’avons aucun problème avec le Sénégal… » La présence dans la capitale sénégalaise d’Amadou Toumani Touré, l’ancien président malien sur lequel pèse la menace d’un procès à Bamako, devrait cependant être au centre des discussions entre les deux hommes.

Ibrahimal-Jadhran,quibloque les terminaux pétroliers de Cyrénaïque depuis août 2013, a conclu un accord le 6 avril avec les autorités. Mais, selon ses proches, cet accord « ne sera pas vraiment respecté » et n’a été conclu que sous la pression de l’ambassadrice des États-Unis, l’hyperactive Deborah Jones. Acculé par un « ultimatum informel » de Washington, le milicien a concédé la réouverture des ports de Zueitina et de Hariga. Il conserve en revanche le contrôle de celui d’Es-Sider, auquel il ne renoncera, ditil, que si ses exigences sont satisfaites : levée de la notice rouge délivrée contre lui et son frère Khaled Awed par Interpol ; règlement rétroactif des salaires de ses hommes; et mise en place d’une commission d’enquête sur les exportations de pétrole. Il accuse en effet les dirigeants de Tripoli d’avoir détourné une part de la manne pétrolière. RD CONGO TSHISEKEDI S’ACCROCHE

« Ce n’était qu’une grippe saisonnière, mais qui l’a fortement affaibli », confie Valentin Mubake, le conseiller spécial d’Étienne Tshisekedi. À l’en croire, le président de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), 81 ans, est « en train de se rétablir ». Depuis le 3 mars, tous ses rendez-vous ont été suspendus pour lui permettre de se reposer. « L’évacuation sanitaire » annoncée par certains membres de son parti et de sa famille n’est donc apparemment plus d’actualité. Et ceux qui espéraient la convocation rapide d’un congrès extraordinaire afin d’engager l’après-Tshisekedi en sont pour leurs frais. « Le sujetdelasuccessionesttabou, c’est insensé », s’insurge un cofondateur du parti, qui, avec d’autres députés UDPS, vient JEUNE AFRIQUE

p Tunis, 2 avril. Le président Marzouki accueille le souverain qatari.

Tunisie Quand l’émir du Qatar bouscule le protocole EN L’ABSENCE DE MEHDI JOMÂA, le chef du gouvernement, et de Mustapha Ben Jaafar, le président de l’Assemblée nationale constituante, la visite officielle enTunisie, le 2 avril, du cheikhTamim ben Hamad AlThani, émir du Qatar, a été réduite à la portion congrue: le souverain n’a été reçu que par le président Moncef Marzouki, dont le pouvoir de décision est limité. Au bout du compte, c’est une singulière entorse au protocole qui a surtout retenu l’attention. À l’issue du dîner officiel, l’émir a superbement ignoré ses hôtes, et notamment Marzouki, qui s’apprêtait à le raccompagner, pour s’entretenir familièrement avec Rached Ghannouchi, président du parti islamiste Ennahdha. l

de rallier le camp de Léon Kengo wa Dondo, le président du Sénat, désormais à la tête d’une Opposition républicaine. Comme lui, nombre de cadres de l’UDPS pensent tout bas qu’il serait temps que

Tshisekedi passe la main. Pas sûr qu’ils soient entendus. MALI-SÉNÉGAL LES RAISONS D’UNE VISITE

Premier obje ctif de la visite d’État de trois jours

HICHEM

LIBYE MILICIEN EXIGEANT

CENTRAFRIQUE DEMAFOUTH OMNIPRÉSENT L’influence de JeanJacques Demafouth, l’ancien ministre de la Défense d’Ange-Félix Patassé, sur Catherine Samba-Panza, dont il est le conseiller spécial chargé de la sécurité, ne cesse de s’accroître. Lors du sommet UE-Afrique (2-3 avril), il a pris en charge l’organisation du séjour à Bruxelles de la présidente de la transition. Il était même présent lors de son entretien avec Laurent Fabius, le ministre français des Affaires étrangères, le 4 avril à Paris. À Bangui, il place ses proches dans l’appareil sécuritaire. Le général Jérôme Bouba a ainsi été nommé chef d’étatmajor de l’armée, et le lieutenant-colonel GuyBertrand Damango, directeur général de la gendarmerie. N O 2779 • DU 13 AU 19 AVRIL 2014

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La semaine de Jeune Afrique

PALMARÈS

Le Nigeria,

champion d’Afrique Le 6 avril, le pays est devenu la première économie du continent, devant l’Afrique du Sud. Par la magie d’un nouveau calcul de son Produit intérieur brut, mais aussi grâce à de réels progrès.

C

inq cent dix milliards de dollars. Retenez ce seuil, car c’est désormais celui qu’a atteint la nouvelle superpuissance économique du continent. Le 6 avril, après plus de deux ans d’attente, le Bureau national des statistiques du Nigeria a en effet annoncé le montant révisé du Produit intérieur brut (PIB) national : 80 222 milliards de nairas. Un chiffre qui a aussitôt déclenché un buzz sans précédent. « Notre pays est devenu la première économie d’Afrique en termes de PIB et la 26e dans le monde », s’est réjouie Ngozi Okonjo-Iweala, la ministre des Finances. « Le Nigeria pourrait figurer parmi les quinze plus importantes économies de la planète d’ici à 2050 », ont renchéri quelques jours plus tard les analystes de l’agence Moody’s, clôturant une semaine quasi euphorique pour Abuja. Car au petit jeu des superpuissances le Nigeria supplante désormais l’Afrique du Sud ou la Thaïlande, et talonne la Belgique, la Pologne et l’Argentine. Il pourrait se voir ouvrir les portes du G20, le club des plus grandes puissances mondiales, dont Pretoria était jusqu’à présent le seul membre africain. À la suite d’une révision de son mode de calcul (lire l’encadré p. 10), le PIB nigérian a en effet bondi de 89 %. Les économistes les plus optimistes s’attendaient à une hausse de 60 % environ, de l’ordre de celle que le Ghana avait connue en 2010. En un après-midi, le Nigeria s’est découvert une richesse supplémentaire équivalant à vingt-deux Burkina Faso (ou à treize Guinée équatoriale). Et a réalisé que sa structure économique avait totalement changé : les hydrocarbures ne représentent plus que 14 % de la richesse nationale contre un tiers auparavant, le poids de l’agriculture a lui aussi fortement diminué. À l’inverse, les télécoms sont devenues l’un des secteurs d’activité les plus importants du pays, contribuant à 8,7 % du PIB N O 2779 • DU 13 AU 19 AVRIL 2014

FRÉDÉRIC MAURY

Télécoms, industrie, Nollywood… Tous les secteurs sont en plein boom.

(contre 0,8 %). L’industrie trie manufactufactur i è re a e l l e aussi grandi, passant de 2 % à 7 %, signe gne que l’on se dirigee vers davantage de créations d’emplois. Même les films mi-kitsch mi-glamour de Nollywood ood se sont fait une place: 1,4 % (0 % avant). « Ce sont nt les services qui ont le plus contribué à ce bond : leur part est passée de 25 % à 50 % du PIB, explique plique Yvonne Mhango, économiste à la banque d’affaires Renaissance Capital. Autrement dit, c’est le consommateur nigérian qui a fait la différence ence ». JALOUSIE. LOUSIE. Le pays peut aussi se réjouir d’une conséquence uence purement mécanique de l’essor du PIB : son niveau d’endettement est tombé à moins de 10 % de sa richesse nationale. De quoi faire pâlir de jalousie une bonne partie de la planète et ouvrir à Abuja la possibilité de trouver de nouvelles elles ressources financières pour accélérer son développement. eloppement. « Grâce à cet indicateur, le Nigeria devient de plus en plus attirant pour les investisseurs. seurs. La perspective d’y faire de bonnes affaires leur apparaît plus clairement encore », soulignee Gaimin Nonyane, économiste senior chez Ecobank. obank. Cette nouvelle place de leader, le Nigeria la doit pourtantt davantage à sa population (170 millions d’habitants) bitants) qu’à une réelle modernisation de son économie. onomie. « Il lui reste beaucoup à faire pour rattraperr Pretoria dans de nombreux domaines : capacités acités de production, énergie, infrastructures, poursuit Gaimin Nonyane. Un exemple: il dispose d’une capacité électrique de 5 000 MW, contre 44 000 MW pour l’Afrique du Sud, pourtant l l l JEUNE AFRIQUE


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p Le président Goodluck Jonathan va-t-il réussir à faire entrer son pays dans le club du G20 ? JEUNE AFRIQUE

N O 2779 • DU 13 AU 19 AVRIL 2014


La semaine de J.A. L’événement quoi pavoiser. Deux ans après les grèves provoquées par la décision (amendée depuis) de cesser les subventions aux carburants, le risque d’une aggravation des tensions sociales dans un pays où 61 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté (contre 52 % en Afrique du Sud) ne va-t-il pas s’accroître ? « L’existence de très fortes disparités de revenus est désormais confirmée, commente Razia Khan. Au vu de ces nouvelles estimations, les autorités seront sans doute soumises à de fortes pressions pour créer un filet de protection sociale. » OUTIL. En filigrane, la révision du PIB confirme

trois fois moins peuplée. » Selon la même source, seulement 15 % des 193 200 kilomètres de routes sont goudronnés. Pour le climat des affaires, Abuja se classe au 147e rang mondial. Sa capacité à collecter taxes et impôts est encore faible : 14 % du nouveau PIB, soit moins que la moyenne de l’Afrique subsaharienne. « Ce que cela change pour le Nigérian lambda? Pas grand-chose, lâche Razia Khan, économiste en chef chargé de l’Afrique chez Standard Chartered. Les uns sont aussi riches et les autres aussi pauvres qu’ils l’étaient avant le changement de mode de calcul. » Le revenu annuel par habitant (près de 3 000 dollars) a certes crû lui aussi, d’environ 75 %, mais il reste faible. Le pays se classe loin derrière l’Afrique du Sud (7 500 dollars) et les grandes puissances mondiales, pointant son nez bien après le 100e rang, quelque part entre la Mongolie et les Philippines. Pas vraiment de lll

p À Lagos Island, dans le centre de la capitale économique.

que depuis deux décennies les responsables politiques naviguaient à vue en matière économique, faute d’un outil statistique fiable. Comment lutter efficacement contre le chômage quand on ne connaît pas son poids réel ? Ou définir une stratégie industrielle lorsqu’on ne sait pas si ce secteur représente 2 % ou 7 % du PIB ? Malheureusement, le cas du Nigeria est loin d’être unique. « L’annonce d’Abuja suit une douzaine d’autres révisions du même type réalisées par d’autres États africains depuis dix ans environ, avec des changements de revenu national variant de – 11 % dans le cas du Botswana à + 66 % dans celui de la RD Congo », rappellent les analystes de Moody’s. Autrement dit, une quarantaine de pays du continent n’ont pas mis à jour leurs outils statistiques depuis quinze à vingt ans, alors qu’il est recommandé d’actualiser sa base de calcul tous les cinq ans. Le Kenya devrait bientôt le faire, avec une hausse attendue de l’ordre de 15 % à 20 %. L’Angola, troisième économie subsaharienne, y travaille aussi activement. « C’est l’économie africaine dans son ensemble qui est sous-estimée, d’autant que l’ampleur du secteur informel, si elle est connue, n’est pas mesurable », indique Chukwudozie Ezigbalike, responsable des statistiques à la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique. l

FINI LES PIB AU PIF « LE PIB RÉEL est calculé à partir d’une année dite de référence, ce qui permet de calculer la croissance réelle, c’est-à-dire à prix constants, explique Chukwudozie Ezigbalike, responsable des statistiques à la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique. Mais avec le temps, la structure de l’économie change, de nouveaux secteurs N O 2779 • DU 13 AU 19 AVRIL 2014

apparaissent, et il devient nécessaire de modifier l’année de référence. » Jusqu’à présent, le Nigeria fonctionnait ainsi, avec comme référence l’année 1990. Depuis 2011 et durant près de trois ans, les équipes du Bureau national des statistiques ont travaillé à mieux mesurer la réalité de sa structure économique, prenant en compte le poids des différentes activités au

cours de 2010, devenue la nouvelle année de base. Avec un travail plus fin de collecte : le calcul se fonde désormais sur des sondages réalisés auprès de 851 628 entreprises, contre 83 733 auparavant. Et les résultats ont été avalisés par le Fonds monétaire international (FMI), la Banque mondiale et la Banque africaine de développement (BAD). l F.M.

Top 5 des économies subsahariennes PIB 2013 (en milliards de dollars, à prix courants) 500 400 300 200 100 0

Nigeria* Afrique Angola Kenya* Éthiopie du Sud *Révisé

SOURCES : FMI, NBS, FT RESEARCH

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La semaine de J.A. Les gens

Iyad Ag Ghaly Arrête-moi si tu l’oses

libération de l’Azawad (MNLA) fin 2011, il a fondé Ansar Eddine, ce fut avec l’assentiment des Algériens. Aujourd’hui, selon des sources dignes de foi, il leur dit: « Vous m’avez demandé de créer Ansar Eddine, sortez-moi de là. »

Recherché pour terrorisme par le monde entier, le chef touareg semble pourtant poursuivi avec bien peu d’ardeur. Et pour cause : il reste un acteur essentiel dans la région.

VIRGINITÉ. LaFrance,quisaitoùletrouver,

I

yad Ag Ghaly a beau avoir disparu Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), des écrans radars depuis son offenrépertorié comme tel (terroriste) par les sive suicidaire du 10 janvier 2013 sur Nations unies, et fortement soupçonné Konna, le célèbre rebelle touareg reste par la justice malienne d’avoir orchestré au cœur des rumeurs qui courent au Sahel. la terrifiante attaque d’Aguelhok en janLe 8 avril, la chaîne algérienne Ennahar vier 2012 (une centaine de soldats maliens TV annonce l’arrestation du chef d’Ansar tués). Pourtant, personne ne songe à le Eddine par des soldats français, près de la frontière entre Il a pris de l’âge et a perdu le Mali et le Burkina Faso. À de sa superbe depuis qu’il a vraidire,lebruitcirculedepuis épousé les thèses salafistes. une semaine. Les jours suivants, au ministère français de laDéfensecommeàl’état-majordel’armée chercher là où il se trouve certainement, au pied de l’Adrar des Ifoghas. malienne, la réponse est la même: « C’est Les Algériens? Le Malien les dérange, faux. » « Impensable, réagit un membre mais impossible de le laisser tomber. des services de renseignements maliens. Selon les renseignements français, c’est Qui voudrait l’arrêter!? » Iyad, c’est un cas à part. Théoriquement, en territoire algérien, dans les environs de Tinzaouten, tout près de la frontière il est l’un des hommes les plus recherchés au monde, placé depuis plus d’un an sur malienne,qu’ilseterreraitdepuisquelques la très infréquentable liste des terroristes mois.Quand,frustrédenepasavoirobtenu ciblés par les États-Unis pour ses liens avec la direction du Mouvement national de  Le leader de la rébellion de 1990 est toujours aussi influent auprès des siens.

ROMARIC OLLO HIEN/AFP

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ne semble pas plus pressée de lui mettre la main dessus. Quand J.A. demande au ministre français de la Défense s’il voit Iyad comme un terroriste, celui-ci répond: « C’est à lui de dire comment il se considère. » Autant dire que la porte est ouverte. À Paris, on a besoin d’Iyad pour obtenir la libération des deux otages français encore détenus dans le Sahara. Il a déjà joué un rôle central dans celle des quatre otages d’Areva, en octobre 2013. Son entourage a d’ailleurs profité de ces négociations pour tenter de lui redonner une virginité. « Promettez-lui une liberté de mouvement, ce sera plus facile », répétaient ses proches aux médiateurs nigériens. Quant au Mali, il ne peut pas grand-chose: ses soldats sont absents de la zone contrôlée par les hommes d’Iyad, dans les environs d’Abeïbara. « Et même si nous pouvions l’arrêter,nous ne le voudrionspas,explique notre source. Cela reviendrait à déclarer la guerre aux Touaregs. » Certes, Iyad a pris de l’âge (60 ans) et perdu de sa superbe depuis qu’il a épousé les thèses salafistes, au début des années 2000. Mais le leader de la rébellion de 1990 reste une figure tutélaire chez les Touaregs. « On l’admire toujours autant. C’est un héros », résume un jeune habitant d’Agadez. « Il peut amener la paix… ou la guerre. Personne à Kidal ne travaillera contre lui », explique un médiateur du désert. De fait, même s’il n’est pas libre de ses mouvements, il joue toujours un rôle majeur dans les décisions politiques. « Son influence sur les groupes armés et sur les Ifoghas est considérable, assure un Touareg du Niger qui le connaît bien. Plus encore que celle de l’aménokal [Intalla Ag Attaher, chef spirituel de la tribu]. On ne peut envisager de solution politique sans lui. » l RÉMI CARAYOL

NOMINATIONS

WAHIDA DJAIT TUNISIE La représentante de l’Office national du tourisme tunisien (ONTT) à Londres devient la directrice générale de l’organisme. N O 2779 • DU 13 AU 19 AVRIL 2014

MGR BRUNO ATEBA EDO CAMEROUN À 49 ans, il est le premier évêque camerounais à être nommé au diocèse de Maroua-Mokolo, dans l’ExtrêmeNord, évangélisé tardivement et à majorité musulmane. JEUNE AFRIQUE


EN HAUSSE

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ANNICK GIRARDIN

Rached Ghannouchi Moi, diplomate AFP

Fort de ses nombreux contacts noués dans le monde arabe, le leader islamiste tunisien se rêve en médiateur sur la scène politique libyenne.

Élue de Saint-Pierre-etMiquelon, membre du groupe radical de gauche à l’Assemblée nationale française, elle entre à 49 ans dans le gouvernement de Manuel Valls comme secrétaire d’État au Développement et à la Francophonie. KOLO ROGER

DR

Ce médecin de 67 ans, candidat malheureux à la dernière présidentielle malgache, a été nommé Premier ministre le 11 avril par le chef de l’État Hery Rajaonarimampianina.

ONS ABID POUR J.A.

SANUSI LAMIDO SANUSI

JEUNE AFRIQUE

JEAN-CLAUDE KOUASSI Le directeur général du CHU de Cocody, à Abidjan, a été relevé de ses fonctions à la suite de graves dysfonctionnements ayant entouré la mort du jeune mannequin ivoirien Awa Fadiga, agressé en mars. DR

DÉCONFITURE. Ce n’est sans doute pas un hasard s’il a formulé sa proposition de médiation après la visite à Tunis, le 3 avril, de l’émir Tamim Ibn Hamad Al Thani, en tournée dans plusieurs pays arabes. Grâce à l’appui de Youssef al-Qaradawi, prédicateur d’Al-Jazira et mentor des Frères musulmans, Ghannouchi est devenu un leader officieux de la confrérie préférée du Qatar. Ce qui lui a permis, bien que le régime de Kaddafi lui ait fermé les portes de la Libye, de rencontrer les principaux opposants durant les congrès de la mouvance islamiste en Égypte, au Soudan ou en Europe. Le 7 avril, il s’est entretenu avec Brahim Essahd et Khaled al-Mechri, membres du Parti de la justice et du développement libyen. Il est également proche d’Abdelhakim Belhaj, ancien jihadiste libyen devenu homme politique. Sa légitimité est néanmoins restreinte. Certains observateurs rappellent la déconfiture de la diplomatie tunisienne menée par son gendre Rafik Abdessalem sous le gouvernement de la troïka, et l’échec de l’initiative des « amis de la Syrie » lancée par le président Moncef Marzouki et soutenue par Ennahdha. À Zintan, bastion des milices libyennes, les chefs de tribu dénoncent déjà une ingérence étrangère. « Les réunions de Tunis ne nous engagent pas », ont-ils déclaré. Ghannouchi est prévenu. l FRIDA DAHMANI, à Tunis

EN BAISSE

ABDELILAH BENKIRANE

A.DUPREYRON

n 2012, le magazine américain Time avait classé Rached Ghannouchi parmi les 100 personnalités les plus influentes au monde. Deux ans plus tard, le Tunisien tente de mettre à profit cette supposée aura en proposant d’œuvrer en faveur d’un dialogue national réunissant tous les acteurs politiques libyens. Âgé de 72 ans, le cofondateur et président du parti islamiste Ennahdha n’a jamais caché son ambition de jouer un rôle clé dans le monde arabe. Homme d’influence, il a mis à profit ses vingt-trois années d’exil à Londres pour cultiver ses réseaux et compte aujourd’hui de nombreux soutiens, notamment au Qatar.

VF/J.A.

p Le président d’Ennahdha est proche du Qatar.

Le chef du gouvernement marocain a vu sa cote de popularité chuter lourdement. En deux ans, elle est passée de 88 % à 45 % de satisfaits, selon un sondage de notre confrère L’Économiste et de l’institut Sunergia. BENY STEINMETZ

DR

E

La justice nigériane a réhabilité l’ancien gouverneur de la Banque centrale en exigeant que son passeport lui soit restitué et que l’État lui verse 300 000 dollars (216 400 euros environ) de dommages et intérêts.

Un rapport du Comité technique de revue des titres et conventions miniers guinéen recommande au gouvernement d’Alpha Condé de résilier le contrat de l’homme d’affaires franco-israélien, soupçonné de corruption. N O 2779 • DU 13 AU 19 AVRIL 2014


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La semaine de J.A. Décryptage

Religions De tout pour faire un monde Chrétiens, juifs, musulmans, animistes, athées… Sur Terre, ce n’est pas la diversité qui manque. Une enquête recense les pays où elle est le plus forte. Première en Afrique, la Guinée-Bissau.

Indice de diversité religieuse

SOURCE : PEW RESEARCH CENTER

C

compte de groupes religieux variés et équivalents en proportion, meilleure est sa note. L’indice montre l’hétérogénéité ou l’homogénéité des pays sur le plan religieux, mais ne prend cependant pas en compte la qualité des relations entre les différents groupes de croyants. Si Singapour et Taïwan se classent aux deux premiers rangs mondiaux, la Guinée-Bissau (5e), le Togo (6e), la Côte d’Ivoire (7e), le Bénin (10e) et le Mozambique (12e), peuplés principalement de chrétiens, de musulmans et d’animistes, tirent bien leur épingle du jeu. À l’inverse, les pays du Maghreb, la Somalie et le Niger (musulmans à plus de 98 %) ou la République démocratique du Congo (dont 96 % de la population est chrétienne), sont en queue de peloton. NON-CROYANTS. À l’échelle mon-

Très élevé

’

est une première. L’institut de recherche américain Pew, spécialisé dans les enquêtes sur les religions, a publié le 4 avril un rapport classant 232 pays – dont 51 États africains – selon un indice de diversité religieuse (IDR) défini tout spécialement pour l’occasion. Or plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest et, dans le Sud-Est, le Mozambique, LE DESSIN DE LA SEMAINE

Élevé

Modéré

Faible

caracolent en tête de ce palmarès. Cet IDR est calculé en fonction du pourcentage des différents groupes présents au sein d’un pays : croyants des cinq grandes religions (christianisme, judaïsme, islam, hindouisme et bouddhisme), mais aussi des religions traditionnelles (animisme), et groupe des « non-affiliés » (incluant agnostiques et athées). Plus un pays

diale, la zone Asie-Pacifique est la plus diversifiée sur le plan religieux. Des pays européens, qui comptent des chrétiens, une forte proportion de noncroyants et des musulmans, font aussi preuve d’une importante variété de croyances. La France se classe ainsi au vingt-cinquième rang mondial. A contrario, les pays d’Amérique du Nord avec 77 % de chrétiens, mais uniquement 17 % de non-affiliés et des populations juives et musulmanes peu nombreuses (inférieures à 1 %), apparaissent plus loin dans le classement. l CHRISTOPHE LE BEC

Chappatte • Le Temps • Genève ONU LENT C’EST LENT

« PLUS JAMAIS ÇA ! » Lors des célébrations du vingtième anniversaire du génocide rwandais, cette phrase est revenue comme un leitmotiv dans la bouche des représentants des États membres du Conseil de sécurité des Nations unies. Pourtant, ils ont mis des mois à décider d’envoyer une opération de maintien de la paix en Centrafrique, où un nettoyage ethnico-religieux est à l’œuvre. Et il faudra encore attendre septembre pour que cette force de 12 000 hommes soit opérationnelle. N O 2779 • DU 13 AU 19 AVRIL 2014

JEUNE AFRIQUE


ILS ONT DIT

« Le golf est un condensé de la vie. Tant d’aspects y sont réunis : concentration, détermination, frustration, exubérance, solitude… »

FRIDA DAHMANI, à Tunis

Droits des femmes Le marathon des Saoudiennes L’ÉMANCIPATION DES Saoudiennes passera-t-elle par les stades ? Le 8 avril, au terme d’échanges très disputés, le Majlis el-Choura, l’assemblée consultative du royaume, a recommandé au ministère de l’Éducation de permettre la pratique du sport dans les écoles publiques de filles. En mai 2013, une autorisation similaire avait été accordée aux établissements scolaires privés. Ce geste doit beaucoup au roi Abdallah, sensible à la cause féminine. Le souverain est aussi populaire auprès du beau sexe qu’il passe pour un dangereux révolutionnaire aux yeux des religieux ultraconservateurs. Pour la première fois, en 2012, deux Saoudiennes avaient été autorisées à participer aux Jeux olympiques, à Londres. Le Comité international olympique avait dû trouver un compromis : les deux compétitrices avaient concouru voilées, accompagnées de chaperons. Mais le symbole avait été mondialement remarqué. L’Arabie saoudite est l’un des pays où les droits des femmes sont le plus restreints au monde (elles restent sous la tutelle permanente des hommes de leur famille). Pourtant, le pays a montré de multiples signes d’ouverture depuis l’arrivée d’Abdallah au pouvoir, en 2005. En 2009, la première femme fait son entrée au gouvernement. En 2011, la gent féminine se voit accorder le droit de vote aux élections locales et, en 2013, trente élues entrent au Majlis. Des mesures qui ne leur donnent pas encore un réel poids social. Mais en sport comme en politique, l’évolution des mentalités est une course de fond. l LAURENT DE SAINT PÉRIER JEUNE AFRIQUE

TIGER WOODS Champion américain de golf

« Le mariage a été inventé pour protéger la femme qui ne travaille pas. C’est un modèle ancien. Il faut apprendre à vivre avec la réalité d’aujourd’hui. » CATHERINE DENEUVE Actrice française (à propos du mariage gay)

« J’ai goûté au plaisir d’écrire, à l’avantage et à l’intérêt de représenter le Rwanda, d’inscrire ce petit pays dans la littérature. C’est unique au monde, je ne peux décevoir. » SCHOLASTIQUE MUKASONGA Écrivaine rwandaise

« Si le régime égyptien venait à s’effondrer, les régimes du Golfe s’effondreraient aussi. » DHAHI KHALFAN Chef de la police de Dubaï

« Les dictateurs veulent des moutons qui suivent les règles, pas des individus. Moi, à Téhéran, je rasais mes cheveux et me bandais la poitrine pour passer pour un garçon et sortir, me sentir libre, faire du vélo, alors que c’était interdit aux filles. » GOLSHIFTEH FARAHANI Comédienne franco-iranienne

PIXELFORMULA/SIPA

plusieurs associations ont lancé un appel aux dons pour réunir les 137 000 euros nécessaires à la préservation du village alors que d’autres vestiges historiques de la région (fortin romain de Ksar Ghilane, peintures rupestres de Ghomrassen) mériteraient aussi d’être secourus. Au fil des ans, Mos Espa est devenu un lieu de pèlerinage et de curiosité pour de nombreux fans de science-fiction autant que pour les amateurs de randonnées. L’appel de fonds intervient alors qu’un nouveau volet de La Guerre des étoiles est en préparation. Une chance pour Mos Espa d’attirer l’attention des donateurs. l

AP/SIPA

Cinéma Dark Vador SDF? LE VILLAGE DE DARK Vador va-t-il disparaître ? Mos Espa, le lieu imaginé par George Lucas, le réalisateur de La Guerre des étoiles, pour raconter la jeunesse d’Anakin Skywalker, le futur homme noir au sabre laser, est menacé par les sables. C’est le site, tout à fait réel, de Onk el-Jmel, dans le sud de la Tunisie, qui avait servi de décor au tournage de la célèbre saga hollywoodienne. L’avancée des dunes a endommagé plusieurs bâtiments, et 10 % d’entre eux ont déjà été recouverts. Le vent, très puissant dans cette région, déplace rapidement les monticules de sable. À terme, tout le site pourrait être englouti. Pour y faire face, le ministère du Tourisme tunisien et

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La semaine de J.A. Décryptage

Daniel Kablan Duncan « Nul n’échappera à la justice »

examinés au cas par cas. Et nul n’échappera à la justice, quel que soit son bord. À entendre Pascal Affi N’Guessan, le président du Front populaire ivoirien [FPI], ce transfèrement va avoir des conséquences négatives sur la réconciliation nationale…

Aujourd’hui Charles Blé Goudé, demain Simone Gbagbo… Le Premier ministre ivoirien insiste sur la nécessité de juger tous les acteurs de la crise postélectorale. La réconciliation est à ce prix.

Il est important que les auteurs de faits graves soient jugés. Que l’on sache ce qui s’est exactement passé avant d’envisager le pardon. L’impunité a fait beaucoup de tort à notre pays. Nous allons continuer de travailler selon la feuille de route confiée au gouvernement par le président Alassane Ouattara autour de trois enjeux essentiels : la paix et la sécurité, la réconciliation nationale, et la reconstruction. Nous y travaillons ardemment, sachant qu’il reste encore du chemin. VINCENT FOURNIER/J.A.

16

p « L’impunité a fait beaucoup de mal à notre pays », juge le chef du gouvernement.

L

e 20 mars, la Côte d’Ivoire décidait de transférer Charles Blé Goudé, ancien leader des Jeunes patriotes proche de l’ex-président Laurent Gbagbo, à la Cour pénale internationale (CPI). Premier ministre depuis novembre 2012, Daniel Kablan Duncan, 70 ans, s’en explique.

JEUNE AFRIQUE : Pourquoi avoir décidé de transférer Charles Blé Goudé à La Haye après plusieurs mois d’atermoiements ? DANIEL KABLAN DUNCAN : Le souhait

avaient été complètement détruites. À cela s’ajoute la complexité des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre qui ont fait au moins 3 000 morts pendant la crise postélectorale. Nous avons donc pris le temps d’instruire le dossier de Charles Blé Goudé depuis son arrestation au Ghana, en janvier 2013, avant de décider de le transférer à La Haye. Simone Gbagbo sera pour sa part jugée en Côte d’Ivoire. Tous les dossiers seront

de la Côte d’Ivoire, c’est de juger tous ses ressortissants sur place. Mais nous sortions d’une situation de conflit qui a poussé de nombreux magistrats sur le chemin de l’exil, et certaines juridictions

Comment avez-vous accueilli la naissance, fin mars, de l’Alliance des forces démocratiques de Côte d’Ivoire autour du FPI ?

C’est une nouvelle preuve de la vitalité de notre démocratie. La Côte d’Ivoire est un pays libre qui tolère l’union des partis politiques. Notre famille politique est pour sa part regroupée au sein du Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix [RHDP]. L’existence d’autres alliances ne nous fait pas peur. En dernier ressort, ce sera aux électeurs de trancher. Je ne doute pas que leur choix portera sur la philosophie politique qui donne les meilleurs résultats. l Propos recueillis par HABY NIAKATE et JULIEN CLÉMENCOT

Précision. Une malencontreuse erreur s’est glissée dans la retranscription des propos de Daniel Kablan Duncan dans notre dernier numéro (no 2778, p. 9). Il fallait lire : « En 1996, les pays de l’UE représentaient 55 % des échanges extérieurs de la Côte d’Ivoire. Aujourd’hui, ils n’en représentent plus que 24 %, même si les montants ont augmenté [ils sont passés de 3,3 milliards à 4,9 milliards d’euros entre 1999 et 2012]. »

À SUIVRE LA SEMAINE PROCHAINE

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AVRIL -3 MAI 9e Salon international de l’agriculture au Maroc (SIAM), à Meknès. Y participeront plus de 1000 exposants, 700000 visiteurs, des chefs d’État et des ministres. N O 2779 • DU 13 AU 19 AVRIL 2014

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AVRIL -4 MAI 30e anniversaire du festival Vues d’Afrique. Une centaine de films en provenance d’Afrique ou des Caraïbes seront projetés à Ottawa, Montréal et Québec.

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AVRIL Au Vatican, canonisation des papes Jean XXIII et Jean-Paul II, décédés respectivement en 1963 et 2005. Entre 3 et 5 millions de fidèles sont attendus. JEUNE AFRIQUE


La semaine de J.A. Décryptage

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Cette semaine, à la une : Tronçon à réhabiliter Tronçon à construire MALI

NIGER

Dori Kaya

Sokoto

BURKINA

Bamako

Diaporama

Niamey

Ouagadougou BÉNIN

Tamale

Parakou TOGO

Lagos Yamoussoukro Abidjan

Kumasi Accra

NIGERIA

Lomé Cotonou Golfe de Guinée

400 km

CAMEROUN

Port Harcourt

Douala Yaoundé

Les 10 top-modèles noires qui ont changé la mode Flashez ce code QR pour retrouver Katoucha, Lupita, Naomi et les autres

Rail La boucle est bouclée Abidjan, Ouagadougou, Niamey, Cotonou et Lomé reliées par le chemin de fer ? Ce n’est plus un rêve, les travaux commencent.

Géolocalisation TANGER ASSILAH

Mer Méditerranée

Martil Tetouan

ASSILAH

10 km

TETOUAN OUAN

Océan Atlantique

Oued-Laou

So Souk-el-Arba

«

L

JEUNE AFRIQUE

al Hoceima

El Jabha

Larache

’événement est historique. » Issoufou, son homologue béninois Boni La formule employée par Yayi et le patron français Vincent Bolloré. Mahamadou Issoufou, Son groupe, Bolloré Africa Logistics (BAL), le 7 avril, est bien choia été désigné comme partenaire stratésie. En posant la première pierre de la gique, à hauteur de 40 % du capital, de l’axe Cotonou-Niamey. Il devra trouver gare de Niamey, le président nigérien a officiellement lancé les travaux de la le milliard d’euros nécessaire aux travaux boucle ferroviaire ouest-africaine, qui, – qui doivent commencer cette année – et sur plus de 2 800 km, traversera Abidjan, se chargera de réhabiliter les 448 km exisOuagadougou, Niamey, Cotonou et Lomé. tants entre Cotonou et Parakou, avant de Ce sera la première ligne aux normes traverser la frontière pour construire une internationales reliant nouvelle ligne de 625 km cinq métropoles africaines, vers Niamey. Il pourrait Le 7 avril, dans une véritable logique ensuite bénéficier d’une Mahamadou d’intégration sous-régioconcession d’exploitation Issoufou a posé nale – aujourd’hui si chère de vingt ans. aux bailleurs de fonds. En C’est le deuxième tronla première connectant les mines et çon de la boucle remporté pierre de la gare par BAL, dont la filiale ivoiles plaines agricoles de de Niamey. rienne, Sitarail, exploite l’intérieur aux ports du déjà – et ce jusqu’en littoral, elle doit faciliter 2030 – les 1 154 km de l’axe Abidjanles échanges commerciaux et doper les Ouagadougou. Nombre d’observateurs exportations des pays de l’Union écone cachent pas leur surprise devant la nomique et monétaire ouest-africaine rapidité d’une décision qui n’était pas (UEMOA). attendue, au mieux, avant 2015. Mais ACCÉLÉRATEUR. Annoncé régulièrement Vincent Bolloré, qui était présent à Niamey depuis dix ans, le projet, dont le coût total le 7 avril, semble avoir tout fait pour préoscillerait entre 3 milliards et 3,6 milliards cipiter le mouvement. Ne serait-ce que, d’euros, a connu un sérieux coup d’accéselon un expert du secteur, pour écarter lérateur le 7 novembre 2013 avec la signaune concurrence chinoise de plus en plus ture d’un mémorandum par Mahamadou pressante. l OLIVIER CASLIN

Cultures de cannabis supérieures à 2500 hectares

FAHS-BNI MAKADA TANGER

Asilah

LARACHE

Taguidit Tarquist Ouezzane

Dar Drius Rualam alam NADOR

AL HOCEIMA

CHEFCHAOUEN

Issaguen

Océan Atlantique

Ulad Mo hand MAROC ALGÉRIE

MAURITANIE

MALI

Taounate

TAOUNATE TAZA

Maroc : vers une légalisation du cannabis ? Les principaux lieux de production

Carte interactive

L’avortement, entre tabou et désinformation. Pays par pays, l’état des législations sur l’interruption volontaire de grossesse Flashez ce code QR

N O 2779 • DU 13 AU 19 AVRIL 2014

BOISIERE/SIPA ; PN2/WENN.COM/SIPA ; JON FURNISS/AP/SIPA

Abuja

GHANA

CÔTE D’IVOIRE


La semaine de J.A. Tour du monde

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UKRAINE

Sur le fil du rasoir

L

e 6 avril, les pro-Russes sont passés à l’offensive dans l’est de l’Ukraine, avec le soutien des services spéciaux de Vladimir Poutine. À Donetsk, à Lougansk, à Kharkiv, ils ont pris le contrôle de bâtiments administratifs (dans cette dernière ville, ils s’en sont depuis retirés) et réclament l’organisation d’un référendum d’autodétermination sur le modèle criméen, voire le rattachement pur et simple à la Russie. Celle-ci a massé plusieurs dizaines de milliers de soldats à la frontière, menace d’augmenter de 80 % le prix du gaz qu’elle livre à son voisin du Sud et invite fermement les autorités de Kiev à s’abstenir de commettre « l’irréparable ». Les Ukrainiens dénoncent une tentative de déstabilisation, et même de démembrement, de leur pays et appellent à l’aide leurs alliés occidentaux. Les États-Unis ont haussé le ton et dépêché un destroyer en mer Noire. Reste que les deux camps prennent bien garde de maintenir ouverte la porte d’un possible compromis. Il est probable que des pourparlers entre les ÉtatsUnis, la Russie, l’Ukraine et l’Union européenne s’engagent cette semaine. Mais on est sur le fil du rasoir. l

 Communistes pro-Russes contre nationalistes radicaux : chaude ambiance au Parlement ukrainien, le 8 avril !

pour corruption, ses partisans venus de tout le pays – les fameuses Chemises rouges – affluent à Bangkok, où des milliers de militants des deux camps se font face – pacifiquement pour l’instant. Mais Jatuporn Promphan, l’un des leaders des Chemises rouges, n’a pas hésité à brandir le spectre d’une guerre civile si la démocratie venait à être mise en danger par « un coup d’État judiciaire ».

Le chiffre

18546

MIGRANTS CLANDESTINS ont été recueillis en mer Méditerranée par la marine italienne entre le 18 octobre 2013 et le 10 avril 2014. Ces sauvetages à répétition ont nécessité l’engagement quotidien de 5 navires militaires (avec leurs hélicoptères) et de 900 soldats et officiers. Coût pour le ministère italien de la Défense : 9 millions d’euros par mois.

QUÉBEC

VLADIMIR STRUMKOVSKY/AP/SIPA

L’indépendance aux calendes grecques

ARGENTINE

État d’urgence CONFRONTÉ À LA multiplication des lynchages, des braquages et des meurtres de toute nature, Daniel Scioli, le gouverneur de la province de Buenos Aires, s’est résolu le 5 avril à décréter l’état d’urgence pour douze mois. Cinq mille policiers retraités ont été mobilisés pour renforcer les patrouilles dans les banlieues chaudes de la capitale. Principale préoccupation des Argentins devant l’inflation, l’insécurité s’annonce N O 2779 • DU 13 AU 19 AVRIL 2014

comme l’un des thèmes principaux de la campagne présidentielle de 2015.

CONTRAINT d’abandonner le pouvoir en septembre 2012 à la suite d’un interminable mouvement de contestation étudiante, le Parti libéral du Québec (PLQ) a pris une éclatante revanche, le 7 avril. Avec 41,5 % des voix et 70 sièges sur 125 au Parlement régional, il surclasse les indépendantistes du Parti québécois (PQ) au pouvoir (25,4 %). Philippe Couillard (56ans),sonleader,remplacedoncPauline Marois en tant que Premier ministre. Le PLQétantfavorableaumaintienduQuébec dans la fédération canadienne, la tenue d’un nouveau référendum d’autodétermination est remise aux calendes grecques.

THAÏLANDE

Face-à-face à Bangkok L’ÉTAU SE RESSERRE AUTOUR de Yingluck Shinawatra, la Première ministre, sommée depuis des mois par l’opposition de démissionner. Alors que la Cour constitutionnelle pourrait d’un jour à l’autre annoncer sa destitution

HONGRIE

L’Europe s’éloigne LE FIDESZ, PARTI DU Premier ministre conservateur Viktor Orban, a largement remporté les élections législatives du 6 avril avec 44,5 % des voix. Il perd certes plus de 8 % par rapport à 2010, mais c’est le Jobbik, parti d’extrême droite antisémite et xénophobe, qui en récupère JEUNE AFRIQUE


ARRÊT SUR IMAGE

VYACHESLAV OSELEDKO • AFP

KIRGHIZISTAN

À Bichkek, le feu couve sous la braise DEPUIS L’IMPLOSION DE L’URSS, en 1991, le Kirghizistan présente la double caractéristique d’être dirigé par des autocrates et, périodiquement, de s’en libérer sans ménagement. On se souvient de la Révolution des tulipes, en 2005… Qu’en sera-t-il cette fois ? Les opposants qui, le 10 avril à Bichkek, la capitale, manifestent pour exiger l’adoption de réformes démocratiques ne paraissent pas bien redoutables, mais sait-on jamais ?

l’essentiel, ce qui lui permet de franchir la barre des 20 %. Le scrutin a été jugé « inéquitable » par l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) en raison de la mobilisation des médias d’État en faveur du parti au pouvoir à laquelle il a donné lieu. Orban se moque de plus en plus ouvertement des admonestations de l’Union européenne, dont la Hongrie est membre, et lorgne avec insistance du côté de Moscou. BRUNEI

La charia fait des vagues D’ORDINAIRE, LES SUJETS de Hassanal Bolkiah Muizzadin Waddaulah, 29e sultan de Brunei, ne critiquent pas les décrets de leur souverain. Ils ont fait une exception après l’annonce de l’instauration de la charia à la fin de ce mois d’avril. Les réseaux sociaux se sont fait l’écho de leur grogne, ce que le sultan a fort mal pris. Il a exigé l’arrêt immédiat JEUNE AFRIQUE

des « insultes » et rappelé qu’elles étaient passibles de lourds châtiments, conformément à… la charia. Brunei, qui compte 67 % de musulmans, 13 % de bouddhistes et 10 % de chrétiens, dispose depuis des générations d’une batterie de lois d’inspiration islamique dont tout le monde s’accommodait jusqu’ici fort bien. MEXIQUE

Le ministre, sa femme et les Templiers IL EXISTE DES PREUVES qu’il a discuté avec les principaux chefs des Chevaliers Templiers, un cartel de narcotrafiquants. On a de surcroît découvert que son épouse n’est autre que la bellesœur du parrain dudit cartel. Secrétaire à l’Intérieur de l’État du Michoacán (il fut aussi gouverneur par intérim d’avril à octobre 2013), José Jesús Reyna est dans de sales draps : le 4 avril, il a été placé en détention préventive. D’autres membres

du gouvernement du Michoacán sont visés par des enquêtes en raison de leurs liens présumés avec les Templiers. INDE

Peine de mort pour trois violeurs C’EST UN AVERTISSEMENT clair à l’intention de la société indienne qu’a lancé un tribunal de Bombay, le 4 avril, en condamnant à la peine capitale trois hommes reconnus coupables d’un viol non suivi de la mort de la victime. Les mentalités changent dans ce pays où les agressions contre les femmes ont longtemps bénéficié d’une totale impunité. D’abord, parce que la victime a eu le courage de porter plainte. Ensuite, parce que plusieurs femmes violées par le même gang sont ensuite sorties de l’ombre. Enfin, parce que la police a reçu de nouvelles directives et que le dossier n’a pas été classé sans suite. Une première. N O 2779 • DU 13 AU 19 AVRIL 2014

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Grand angle

Cachez ce AFRIQUE DU NORD

Les Maghrébins à la peau sombre sont-ils vraiment des citoyens comme les autres ? Bien qu’établies dans la région depuis parfois des millénaires, les populations noires souffrent d’un manque de visibilité, voire d’un racisme persistant.

C

LAURENT DE SAINT PÉRIER

hapeaudepailleàlargesbords,costume sombre un peu fatigué, Abdul remonte le chemin qui serpente de la médina de Chefchaouen vers les villages perchés sur les hauteurs du Rif marocain. Employé dans un hôtel de la ville, il regagne son douar au soleil couchant. Il est berbère, dit-il, comme ses voisins blancs de la montagne, mais son ancêtre est arrivé il y a trois siècles du bilad es-sudan, le « pays des Noirs », au-delà du Sahara.

N O 2779 • DU 13 AU 19 AVRIL 2014

L’aïeul faisait-il partie de l’Abid al-Boukhari, l’armée composée d’esclaves noirs qu’avait constituée au XVIIe siècle le sultan Moulay Ismaïl ? À 5 000 km de là, le 4 avril, dans la ville d’Assouan, en Haute-Égypte, les hommes du clan des Daboudiya, des Nubiens établis dans la région depuis toujours ou presque, attaquaient les Banu Hilal, une tribu arabe dont des membres auraient tagué les murs du quartier noir pour rappeler qu’ils étaient « les maîtres des lieux ». Quatre jours de combats ont laissé 26 morts dans les rues de la ville. Ces deux scènes antithétiques sont symboliques desrelationsqu’entretiennentlespopulationsnoires établies en Afrique du Nord avec les « Blancs », entre symbiose et animosité. Certaines y vivent depuis les temps protohistoriques, mais nombre de leurs membres s’y sentent toujours traités en citoyens de seconde zone, voire en étrangers sur leur terre natale. JEUNE AFRIQUE


En 2004, Jeune Afrique s’était posé la question: « Les Maghrébins sont-ils racistes? » L’évocation du tabou avait provoqué une tempête de réactions dissonantes. Natifs ou migrants, les Noirs s’indignaient d’être les cibles d’un mépris sans nom, essuyant quotidiennement brimades, crachats et nomsd’oiseaux: kahlouch(«nègre»),qird(«singe»), abid(«esclave»)…Àl’opposé,lesMaghrébinsblancs s’indignaient de concert que l’on puisse même se poser la question: « Kahlouch, par exemple, est un terme amical que les Noirs acceptent en riant », nous avait écrit un Marocain. Et un lecteur tunisien de conclure que ce que nous considérions comme du racisme était « un comportement spontané, inconscient, ordinaire, sans importance ». Dix ans et un Printemps arabe plus tard, force est de constater que ce regrettable « ordinaire » se perpétue.Pis,cesdernièresannées,l’attentionportée parlesmédiaslocauxauxpérilsquereprésenteraient

JEUNE AFRIQUE

p Du 18 au 21 mars, les manifestations contre le racisme organisées en Tunisie ont peu mobilisé.

TABOUS. Militante tunisienne contre le racisme,

Maha Abdelhamid (lire sa tribune p. 27) relate que, bien des fois, les taxis de la capitale ne l’acceptent que lorsqu’ils l’ont entendue parler le tunisien natal. Dans le Sud, où des Noirs vivent en nombre depuis des siècles, « le regard est différent et il y a une grande sociabilité, poursuit-elle. Noirs et Blancs se rendent visite, s’invitent aux fêtes, se confient leurs secrets. Mais il y a des barrières invisibles comme celle, quasi infranchissable, du mariage : nous pouvons tout partager sauf le sang ». Du Golfe à l’Atlantique, les préjugés et les tabous surlapeausombresontenracinésdansunemémoire collective qui remonte à l’esclavage, figeant l’image de l’homme noir en éternel serviteur. Du Caire à Casablanca,ceuxquireconnaissentleracismelatent de leurs sociétés expliquent: « C’est l’Histoire qui refait surface. » Aux XVIIIe et XIXe siècles, près de 2 millions de Subsahariens ont été emmenés en Afrique du Nord pour servir comme soldats, domestiques ou ouvriers agricoles. Les générations l l l N O 2779 • DU 13 AU 19 AVRIL 2014

LOTFI GHARIANI

Noir…

les migrants subsahariens donne à ce racisme « spontané » une dimension xénophobe dont les Noirs du Maghreb ne sauraient pourtant être l’objet. Titrant en couverture « Le péril noir » son dossier sur l’immigration en novembre 2012, le magazine Maroc Hebdo semblait ainsi mettre dans le même sac natifs et exilés.


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Grand angle Afrique du Nord Nord-Sud : des liens historiques Pistes de comme commerce transsah co transsaharien Routes de pè pèlerinage

Mogador Goulim limine ine

Draa

Sahara ara maure mau

Fez

Oran

Tafilelt filelt

Ghadam Ghadamès Gha damès In Salah

SaintSai nt-Lou ntLouis Lou is

Tombouctou Tom Tombou bou Oualataa Oualat

Dakar Dak ar

Diara Diara

Ban Bani

Sokoto Sok oto

Kankan Kankan Kongg Kon

Tripoli Benghazi ghazi zi Der Derna

Tuwat wat

Sahara ara algérien érien

Ouadan Oua danee dan

Alger er Tunis Tu Tun

Gha Ghat

Kano

Kano Kan

Le Cai Caire re Djarbo Dja Djarboub

Koufra Kou

Mourzo Mou rzouk Ténéré Tén éré

Désert ert lilibyque

Pays Pay toubou tou bou

Tibesti est

Assiout Ass iout Port-Soudan Port-S an Nubie Nubie Massawaa Mas

Abéché ché El Fasher

Salaga Sal aga

issuesdesanciensmaîtresauraient,inconsciemment, perpétué le regard de leurs aïeux sur les descendants des affranchis. Plus alarmant, les Maghrébins noirs eux-mêmes semblent se soumettre au joug d’une certaine perception de l’Histoire. En mai 2013, des manifestations contre le racisme organisées en Tunisie n’ont rassemblé qu’un petit nombre d’entre eux. Maha Abdelhamid, qui a participé à l’organisation de l’événement, explique: « Les Noirs ont toujours cultivé la discrétion, ils ont peur qu’en s’exprimant cela n’entraînedesréactionshostiles.Et,eux-mêmes,s’ils en parlent entre eux, en viennent à nier l’existence d’un racisme à leur égard. Il y a un double déni. » ●●●

AMNÉSIE. L’explication par l’Histoire reste par-

tielle : les esclaves blancs étaient également très prisés, jadis, des maîtres du Maghreb, sans que leurs rejetons se voient aujourd’hui qualifiés de mamelouks (soldats esclaves ou affranchis). C’est donc en premier lieu le caractère nigritique de ces populations autochtones qui les voue au racisme « naturel » de leurs compatriotes, au mépris de leur contributionàlagrandeHistoiredelaMéditerranée, qui a vu des pharaons nubiens régner sur l’Égypte, des empereurs à la peau sombre gouverner Rome, l’Abyssin Bilal, l’un des compagnons du Prophète, choisi pour lancer les premiers appels à la prière de l’islam, et nombre de descendants d’esclaves conquérir des positions élevées dans les cours musulmanes, comme Ahmen Ben Moussa, devenu entre 1894 et 1900 grand vizir et régent du Maroc. Au-delà de la barrière psychique héritée de l’Histoire, les Maghrébins noirs sont victimes d’une représentation fantasmée – et amnésique – de la géographie. Perçu comme un espace vide et stérile, le Sahara constituerait un sas entre une Afrique blanche, arabo-musulmane et civilisée, et une Afrique noire, jungle de bêtes féroces et de sorciers vouée à l’anarchie. C’est oublier les nombreuses voies qui sillonnent le désert depuis des temps immémoriaux (voir carte ci-dessus). N O 2779 • DU 13 AU 19 AVRIL 2014

Alexandrie driee

1 000 0 00 km

! Il y a 6 000 ans, le Sahara devenait une vaste étendue aride, mais les hommes ne l’ont pas déserté pour autant. Peu après le début de l’ère moderne, l’apparition du dromadaire a permis de développer les communications transsahariennes, favorisant la traite d’importantes populations d’esclaves noirs vers le nord et la propagation de l’islam vers le sud, après la conquête arabe au VIIe siècle.

LIRE l’interview de l’anthropologue Stéphanie Pouessel

SOURCE : J. SCHMITZ, K. BENNAFLA

Té Tétouan Sal Salé

L’implantation séculaire de l’islam au-delà des fleuves Sénégal et Niger rappelle l’importance des déplacements transsahariens. Avant de soumettre le Marocseptentrionaletl’Andalousie,lesAlmoravides se sont emparés de l’empire du Ghana en 1054, et la confrérie gnaoua serait issue des esclaves emmenés à la conquête du Nord. En 1591, c’est au tour du sultan Al-Mansour de prendre Tombouctou, alors centre universitaire rayonnant de l’islam malékite avec lequel les oulémas d’Afrique du Nord entretenaient des rapports étroits. Des facteurs plus récents expliquent la construction de cette frontière mentale. Notamment, selon l’anthropologueStéphaniePouessel,quiadirigéune étude sur les Noirs au Maghreb (Karthala, 2012), « le dispositif scientifico-colonial à l’origine de la construction de ces deux aires », le monde arabe et l’Afrique subsaharienne. Après les indépendances, l’idéologie panarabe a accentué la scission, et le tropisme européen des nouveaux États a achevé de leur faire tourner le dos à leur espace géographique naturel. Vient alors la grande question: comment distinguer le Noir du Blanc? Toutes les nuances de peau existent de Tombouctou à Tunis. Et tel, qu’un Noir percevraitcommeblanc,peutêtreperçucommenoir par un Blanc… Paradoxe ultime, un Noir d’Algérie se qualifie plus facilement d’arabe qu’un Blanc du même pays s’avouerait africain. Mais loin de s’exclure, arabité et négritude peuvent se conjuguer. La preuve? Djibouti, les Comores et la Somalie sont membres de la Ligue arabe. Et la geste du poète guerrier Antar (525-615 apr. J.-C.), un des héros suprêmes de la civilisation arabe, est une magnification du métissage qui devrait être contée à tous les enfants du Maghreb. Fils d’un roi arabe et d’une JEUNE AFRIQUE


Cachez ce Noir…

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LIBYE

esclave noire, Antar avait d’abord été rejeté, avant que sa bravoure ne fît de lui un roi adulé. Aujourd’hui, l’absence de Noirs dans les hautes sphères politiques et économiques des pays du Maghreb – la Libye faisant exception – est pour les militants antiracistes la preuve d’une discrimination sinon dans la loi, du moins dans les faits. Certes, les Maghrébins noirs sont victimes d’un racisme rampant, mais celui-ci n’est pas comparable à la xénophobie politique et idéologique courante en Occident. Le phénomène des migrations a permis que soit ouvert le débat sur la situation des Noirs en général, mais les pouvoirs publics ne semblent pas décidés à prendre des mesures concrètes. CONSCIENCE. L’expérience du juriste tunisien Yadh

Ben Achour, qui a conduit la mise en place des structures gouvernementales postrévolutionnaires, est éclairante:«LorsdestravauxsurlaConstitution,une associationdedéfensedesNoirsestvenuedemander à l’Assemblée qu’y soit introduite une disposition sur la lutte contre les discriminations raciales. Les députés n’ont pas voulu en entendre parler: “Vous cherchez à créer un problème qui n’existe pas !” Avec les derniers progrès sur la Constitution plutôt libérale qui a été élaborée, les premières portes ont été ouvertes, mais il restera après son adoption de nombreux chantiers, dont celui de la lutte contre le racisme. Avec l’émergence d’une conscience civile sur ce problème et la libération de l’expression, je suis optimiste: à moyen terme, un vrai débat aura lieu et des mesures seront prises pour combattre cette discrimination insidieuse. » l JEUNE AFRIQUE

P

«

our les Noirs libyens, tout allaitbien…jusqu’àlarévolution. » Tel est le constat, amer, d’un ancien membre du Conseil national de transition (CNT). Pourtant, dans cette Libye plus tournée vers le désert que vers la Méditerranée, la couleur de peau compte bien moins que l’appartenance tribale ou régionale. Mais les rancœurs politiques et claniques, elles, sont tenaces. Et nul n’a oublié l’influence de Béchir Salah Béchir, l’indéfectible directeur de cabinet de feu Mouammar Kaddafi, souvent seul Noir des délégations de la Jamahiriya. Né au Niger et issu de l’ethnie touboue, ce fidèle de l’ancien régime représente, pour de nombreux Libyens, le côté intriguant des Noirs du pays. AMALGAME. Personne n’a oublié,

non plus, les combattants sahariens – notamment tchadiens – à la solde du défunt « Guide ». Dès septembre 2011, pourtant, Jean Ping, alors président de la Commission de l’Union africaine, avait mis en garde le CNT contre le risque d’amalgame entre Noirs et mercenaires. En vain. Après la

révolution,descitoyensnoirsparmi les plus vulnérables se sont subitement retrouvés livrés à la vindicte de puissants groupes armés. Et aujourd’hui, à Tawergha, petite ville réduite en poussière par les milices de Misrata, des dizaines de milliers de Libyens noirs sont des déplacés internes, claquemurés dans des camps de fortune dont ils ne sortent pas, de peur d’être enlevés, torturés ou, pire encore, tués. Parallèlement, au sein même du gouvernement et de l’armée, des Noirs ont conservé des fonctions importantes. Le chef toubou Mohamed Sidi Ibrahim, par exemple, est secrétaire d’État au ministère des Martyrs, tandis que le charismatique général Wanis Boukhmada, ancien gouverneur du Fezzan, occupe le poste sensible de commandant des forces spéciales de l’armée à Benghazi, avec des pouvoirs élargis. Enfin, last but not least, l’actuel chef de gouvernement a la peau ébène : le 8 avril, Abdallah al-Theni, le ministre de la Défense, a été nommé Premier ministre par le Congrès général national (CGN, parlement),enremplacementd’Ali Zeidan. l JOAN TILOUINE

u Abdallah al-Theni, le Premier ministre.

STUART PRICE/AP

p Héros de la civilisation préislamique, le poète guerrier Antar était le fils d’un roi arabe et d’une esclave abyssinienne.

Bien que représentés dans les plus hautes sphères, les Noirs sont trop souvent assimilés aux mercenaires de Kaddafi, et, à ce titre, persécutés.

CRÉDIT PHOTO

COLLECTION DAGLI ORTI/PALAIS HAZEM DAMAS/THE PICTURE DESK

Boucs émissaires des milices

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Grand angle MAURITANIE

« Les Haratines sont traités comme des objets » Président de l’Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste, Biram Dah Abeid dénonce la subsistance de pratiques esclavagistes.

LAURENT PRIEUR

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M

ilitant antiesclavagiste subversif, Biram Dah Abeid, lui-même descendant d’esclaves, est la bête noire du régime mauritanien depuis qu’il a, en 2008, fondé l’Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste (IRA). En 2012, il a été détenu plusieurs mois (sans avoir été jugé) pour avoir brûlé des écrits considérés par certains comme sacrés mais qu’il qualifie pour sa part d’esclavagistes et d’anti-islamiques. Ce passage par la case prison ne l’a pas dissuadé de poursuivre son combat. À 49 ans, Biram Dah Abeid, qui a reçu le prix des droits de l’homme des Nations

p Des militants de l’IRA, le 28 janvier, à Nouakchott.

unies en 2013, est candidat à l’élection présidentielle de juin prochain. JEUNE AFRIQUE: Un Noir a-t-il les mêmes droits qu’un Maure aujourd’hui en Mauritanie ? BIRAM DAH ABEID : Tout le monde

sait très bien que non. Les Maures sont largement minoritaires, mais ils s’accaparent tous les leviers du pouvoir : politiques, économiques et administratifs. Ils représentent 90 % des membres du gouvernement, 100 % des hommes affaires, 95 % des officiers supérieurs… La discrimination est en contradiction

ALGÉRIE

Ils frappent à la porte Peu présents dans les instances du pouvoir, les habitants du Grand Sud se distinguent dans le sport, la musique… et les études.

A

ucune opération de recensement ne prenant en compte le critère ethnique, on ignore le nombre d’Algériens noirs. Toutefois, en prenant en considération la répartition géographique de la population, on apprend que 8 % des 38,6 millions d’habitants résident – ou circulent – dans le Grand Sud. Dans cette partie du territoire, on estime que trois citoyens sur quatre sont noirs. Sur la base de ce calcul, et si l’on y ajoute les quelques dizaines de milliers de Noirs vivant dans les grands centres urbains du Nord (essentiellement Oran et accessoirement Alger, Sétif, N O 2779 • DU 13 AU 19 AVRIL 2014

Constantine et Tlemcen), on parvient à 2,5 millions d’individus, soit un Algérien sur quinze. Pourtant, leur visibilité au sein de la communauté nationale est quasi nulle. Le Mouvement national algérien, censé représenter l’émancipation de l’Afrique face au colon français, ne comptait nul dirigeant noir. Un demisiècle plus tard, ce n’est guère mieux. Abdelkader Zoukh est le seul wali noir (sur 48 préfets), même s’il s’agit de celui de la capitale. Et parmi les ministres, seul Noureddine Bedoui, titulaire du portefeuille de la Formation et de

avec les lois en vigueur, mais celles-ci sont faites seulement pour tromper les Occidentaux, qui se satisfont des apparences. La loi qui criminalise l’esclavage n’a jamais été appliquée : les Haratines, qui représentent 20 % de la population, sont toujours des esclaves par ascendance et, à ce titre, considérés comme la propriété des Arabo-Berbères. Ce sont des objets. Ils n’ont pas droit à l’éducation, à la propriété, à l’état civil… Peut-on parler de racisme ?

Biensûr!Danslesdiscourscommedans les pratiques. Les Maures se considèrent

l’Enseignement professionnels, a la peau sombre. Enfin, nulle trace de cette minorité au sein de la haute hiérarchie militaire : le seul général noir de l’histoire de l’Armée nationale populaire est Hassan Bendjelti, alias Abderazzak, ancien patron des services de contreespionnage, aujourd’hui à la retraite. DIWANE. Une note d’espoir, cependant.

La visibilité des Noirs algériens s’améliore au fil du temps. Jadis, lorsqu’un Algérois croisait un Noir, il s’adressait à lui en français, persuadé d’avoir affaire à un Malien ou à un Sénégalais. Mais ça, c’était avant. Dans le monde sportif, les années 2010 ont vu deux footballeurs noirs s’imposer parmi les Fennecs, le gardien Raïs M’Bolhi et l’attaquant El Arbi Hillel Soudani. Dans le domaine musical aussi, les Noirs sont plus visibles. À commencer par le plus connu


Cachez ce Noir… comme des Blancs, des « beïdane », et nous appellent les « soudan », les Noirs. Pour eux, c’est synonyme d’esclave. À quel âge avez-vous pris conscience de tout cela ?

J’avais 8 ans. Quand je suis né, on transhumait, mes parents et moi, derrière nos animaux,desdeuxcôtésdufleuveSénégal. Nous ne vivions pas avec les Maures. Mais avec la sécheresse, nous nous sommes installés dans un bourg à 35 km de Rosso. Il y avait là-bas cinq familles maures et 300 familles négro-mauritaniennes. Mais c’étaient les Maures qui dirigeaient tout. Quand on avait des problèmes avec les enfants maures, on nous corrigeait, mais les enfants maures, eux, n’étaient jamais corrigés.Etquandl’Étatdistribuaitquelque chose aux populations, il fallait toujours passer par les Maures. C’est là que j’ai commencé à poser des questions à mon père.

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TUNISIE

Slah Mosbah baisse les bras Ce chanteur, l’un des plus populaires du pays, ne veut plus être « le Noir de service » qui cache une forêt de préjugés. À 55 ans, il songe même à s’exiler.

U

ne silhouette imposante et un caractère trempé ne suffisent pas à masquer la sensibilité à fleur de peau de Slah Mosbah : « J’ai soldé mes comptes avec mon pays natal. Je suis las de me battre pour rien », assène le chanteur, l’un des plus populaires de Tunisie, qui envisage de s’installer sous d’autres cieux. « De préférence dans une société où les

minorités sont puissantes », précise l’auteur-compositeur, connu pour ses provocations. À 55 ans, ce natif du Bardo, à l’ouest de Tunis, trouve regrettable que de ses quarante années de carrière et de ses 884 interprétations le public ne retienne qu’un titre, Yamma lasmar douni (« Maman, le brun est-il mauvais ? »). Pourtant la reprise, l l l

Comment faire évoluer les mentalités ?

Les mentalités ont déjà évolué. Mais nous devons continuer. Il faut que le pouvoir cesse d’être le fait d’une minorité qui fonde sa gouvernance sur la discrimination. Pour cela, il faut que l’élite noire accepte d’enfreindre les règles et dénonce le discours officiel qui présente, de façon très hypocrite, la Mauritanie comme une nation multiethnique. l Propos recueillis par RÉMI CARAYOL

CHERIF OUAZANI JEUNE AFRIQUE

p « Dans les sociétés orientales, on ne supporte pas qu’un homme de couleur s’identifie à un Arabe. »

ONS ABID

d’entre eux : Cheb Khaled. De même, les concerts de Hasna el-Becharia (la diva de Bechar), de Joe Batoury ou du groupe El Ferda affichent complet dans toutes les régions d’Algérie. Et la musique diwane, issue de l’esclavage, est particulièrement prisée. Absents des hautes sphères du pouvoir, les Noirs seraient-ils cantonnés aux rôles d’amuseurs publics, balle au pied ou micro à la main ? Ce serait oublier les professeurs de médecine, les avocats reconnus ou les titulaires de chaires universitaires qui sont issus du Grand Sud. Ayant bénéficié, au même titre que les autres Algériens, de la démocratisation de l’enseignement supérieur, les habitants des régions sahariennes trustent même, aujourd’hui, les places de majors de promotion. l

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Grand angle en 1991, de cet air ancien, symbolique de l’abolition de l’esclavage décrétée par la Tunisie dès 1846, a largement contribué à sa notoriété. Mais Slah Mosbah souffre d’être enfermé dans le rôle du « Noir de service ». Il en veut à la terre entière et assure que l’on n’est jamais mieux trahi que par les siens. La preuve ? L’absence de Noirs dans le public de ses concerts. Surtout, ce père de deux enfants, dont l’épouse Saadia est une égérie du mouvement antiraciste en Tunisie, ne s’est pas remis d’une attaque d’Abdelbaki Hermassi, ministre de la Culture sous Ben Ali, qui lui avait lancé : « Tu souffriras comme tes ancêtres ! » « Ce n’est pas tant le propos que la volonté de me rabaisser par le tutoiement qui m’a blessé », raconte l’artiste, qui considère que l’émergence du racisme est liée à l’exode rural des années 1970 et que la ségrégation a été légitimée par l’ancien régime, qui a conforté une image folklorique des Noirs tunisiens. La révolution a-t-elle changé quelque chose ? Attaqué par des intellectuels de gauche jusque sur sa page Facebook, Slah Mosbah ne le croit pas. « Avec grossièreté, on m’a enjoint de me taire, mais je suis libre de dire ce que je veux et je ne dois rien à personne », lâche-t-il. lll

GRIOT. Surnommé el qamar el

asmar (« la lune noire »), l’artiste est présenté par les médias du Moyen-Orient comme le griot noir de l’Afrique blanche et est l’auteur de deux ouvrages à paraître à Damas. Leur thème : la condition des Noirs dans les pays arabes. « Dans les sociétés orientales, on ne supporte pas qu’un homme de couleur s’identifie à un Arabe. Or Bilal Ibn Rabah, l’affranchi du prophète Mohammed, a été le premier à appeler à la prière. Quant au chevaleresque Antar [poète préislamique du VIe siècle, né d’un père arabe et d’une mère abyssinienne], l’opinion en a fait un bandit et un assassin dont les seules qualités se révélaient au lit ! » Et Slah Mosbah de rappeler que l’islam, au nom de l’égalité des hommes devant Dieu, proscrit toute discrimination fondée sur la couleur de la peau. À bon entendeur… l FRIDA DAHMANI, à Tunis N O 2779 • DU 13 AU 19 AVRIL 2014

MAROC

Une composante comme une autre ?

Dans la Constitution, la culture « saharo-hassanie » est l’un des socles du royaume. Bien pratique pour esquiver la question des discriminations…

P

ortier d’un immeuble art déco du centre-ville chic de Casablanca, Ali est marocain et noir. Le premier qualificatif est revendiqué. Le second, une évidence à l’œil. Des petits métiers comme le sien, Casablanca en offre quantité aux nouveaux arrivants poussés par l’exode rural. La trentaine bien entamée, Ali est originaire de la région d’Agdz. Témoignant, par sa géographie et sa démographie, de la proximité du Maroc avec le reste de l’Afrique, cette ville du sudest du royaume est surtout célèbre pour son bagne, qui accueillit des opposants à Hassan II. Ce dernier avait écrit, au milieu des années 1970, que « le Maroc est un arbre dont les racines plongent en Afrique et qui respire par ses feuilles en Europe ». Des racines que, de retour d’une énième tournée sur le continent,

son fils et successeur Mohammed VI a réaffirmées. Arrivé enfant dans la grande ville, Ali n’aborde pas facilement le sujet du racisme. La violence qui émaille parfois le quotidien des étrangers subsahariens au Maroc l’interpelle, bien sûr: « Nous avons une tradition d’hospitalité bien connue. Il faut être à la hauteur de cette réputation. Beaucoup de Noirs subsahariens sont des musulmans comme nous. Les accueillir dignement est une obligation religieuse. » Quant au racisme qui vise les Noirs marocains, il est encore recouvert d’un voile pudique. « Il y a parfois des remarques désagréables, reconnaît Ali. Mais je ne pense pas que le terme azzi [« négro »] soit raciste. » Et la campagne « Masmiytich Azzi » (« je ne m’appelle pas négro »), lancée le 21 mars par des JEUNE AFRIQUE


Cachez ce Noir…

TRIBUNE

Opinions & éditoriaux

STÉPHANE LAGOUTTE/MYOP

MAHA ABDELHAMID

p La musique gnaoua plonge ses racines au sud du Sahara.

associations de défense des migrants subsahariens ? Ali n’en a pas entendu parler : « Tu sais, au final, nous sommes tous des Marocains. » AFFLUENT. Cette esquive par le plus grand dénominateur commun est commode. Depuis 2011, le préambule de la Constitution place la culture « saharo-hassanie » au même niveau que les composantes « arabo-islamique » et « amazighe » parmi les socles de l’identité marocaine. Il y est en outre fait référence à l’« affluent africain ». Une manière, sans doute, de réconcilier le royaume avec son histoire, qui fut aussi impériale, transsaharienne et esclavagiste. Récemment, l’hebdomadaire TelQuel retraçait les revendications socioéconomiques des Haratines, habitants noirs de la vallée du Draâ, descendants d’esclaves amenés de force il y a quatre siècles. Victimes de discriminations diverses (administration, justice, foncier), ils demandent collectivement une égalité de traitement et de meilleures conditions de vie. Comme des citoyens à part entière. l YOUSSEF AÏT AKDIM, envoyé spécial JEUNE AFRIQUE

Militante tunisienne, cofondatrice de l’Association de défense des droits des Noirs

Mauvais œil

H

ISTORIQUEMENT, les échanges entre l’Afrique du Nord et l’Afrique subsaharienne étaient surtout commerciaux : piment, épices, or… et êtres humains. Les musulmans ont pratiqué l’esclavage avec fierté. Fiers d’être propriétaires, puis anciens propriétaires d’esclaves. Ce prestige a demeuré chez les descendants tunisiens d’esclavagistes, à tel point qu’on en retrouve des traces dans les expressions actuelles comme atig jaddi (« l’affranchi de mon grandpère »), abidna (« nos esclaves ») et plus simplement abid (« les esclaves ») et wesfan (« les esclaves domestiques »). CertainsTunisiens ne conçoivent toujours pas qu’un Noir puisse être unTunisien, comme eux. Et inversement, beaucoup deTunisiens noirs portent encore le fardeau de l’esclavage de leurs ancêtres et font tout pour effacer leurs origines. Ils contournent l’histoire et redessinent un arbre généalogique le plus « blanc » ou le plus « noble » possible.

L’absence de Noirs dans la société résulte simplement d’une exclusion étatique et institutionnelle depuis les beys. Avec Bourguiba, il n’y a pas eu de changement fondamental. Après sa chute, Ben Ali a déclaré, lors du discours du 7 novembre 1987 : « Il n’y aura plus de place pour le racisme. » C’était une reconnaissance implicite du racisme de l’État tunisien. Mais ces paroles sont restées sans effet. Dans les médias comme dans les programmes d’enseignement, les Noirs sont demeurés absents, invisibles. Effacés de l’image collective. Et en matière de racisme, les Dans les médias et intellectuels et les artistes tunine sont pas en reste. En l’éducation, les Noirs siens novembre 2013, le chanteur ont été effacés de l’image Ghazi Ayadi, dans un télé-crochet diffusé en direct sur collective tunisienne. HannibalTV, a ainsi lancé à un jeune candidat noir : « De toute façon, on te gardera pour que tu chasses le mauvais œil »… Un mouvement de jeunesTunisiens noirs réclamant une vraie citoyenneté, un droit à la visibilité et à l’égalité des chances a vu le jour deux mois après la révolution tunisienne. Les partis politiques, toutes tendances confondues, n’ont pas considéré le sujet comme prioritaire et continuent de se persuader que le racisme n’existe pas enTunisie. Lors du débat sur la Constitution, seuls Mohamed Abbou et Mustapha Ben Jaafar ont timidement abordé le sujet. Mais la marche organisée les 18, 19, 20 et 21 mars et boycottée par la société civile démontre bien, s’il le fallait encore, que laTunisie n’a toujours pas le cran d’affronter cette question. l N O 2779 • DU 13 AU 19 AVRIL 2014

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Afrique subsaharienne

CAMEROUN

Prison

Vingt-quatre heures. C’est le temps passé par Louis Bapès Bapès, ministre des Enseignements secondaires, derrière les barreaux avant de reprendre son travail comme si de rien n’était. Couac judiciaire ou revirement politique ? GEORGES DOUGUELI

L

’

image est désormais gravée dans les rétines. Celle d’un homme malingre au visage buriné et aux cheveux grisonnants, effectuant les formalités de levée d’écrou de la prison Kondengui. Louis Bapès Bapès, le ministre des Enseignements secondaires, vient de passer la nuit du 31 mars au 1er avril dans une cellule, avant d’être libéré sur ordre venu « d’en haut », comprendre du président du Cameroun, Paul Biya. Suprême humiliation, des caméras de télévision immortalisent l’événement, qui fera l’ouverture des journaux du soir. Il est la dernière victime en date de l’opération Épervier, une vaste campagne judiciaire de lutte anticorruption, lancée en 2006 sous la pression des bailleurs de fonds internationaux. Fait inédit : le ministre a été placé en détention préventive sans avoir été démis de ses fonctions. Le 1er avril, sitôt libéré, il se rend à son bureau. Comme si de rien n’était. Le 6 avril, Bapès Bapès prononce même, crânement, un discours sur les vertus du sport devant plus d’un millier d’élèves venus de tout le pays participer aux Jeux nationaux scolaires. On s’attend à le voir hurler à l’abus de pouvoir, dénoncer une justice arbitraire. Il n’en est rien. Pas question non plus de démissionner pour rétablir son honneur bafoué, ni même de répondre à une interview proposée par un journaliste qui lui tend son micro. Sans doute ce haut responsable n’a-t-il pas pris la pleine mesure de ce que cette affaire révèle du régime de Yaoundé et des mœurs politiques en cours… Soupçonné de détournement de fonds, « le ministre avait refusé à deux reprises de se rendre chez la juge d’instruction du tribunal criminel spécial qui l’avait convoqué », confie un avocat proche du dossier. N O 2779 • DU 13 AU 19 AVRIL 2014

JEUNE AFRIQUE


Afrique subsaharienne

express

p Louis Bapès Bapès à sa sortie de la prison centrale de Kondengui. JEUNE AFRIQUE

EQUINOXE TV

Selon Issa Tchiroma, le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, la magistrate « n’a obéi qu’à sa conscience pour prendre sa décision et a agi en connaissance de cause ». Même son de cloche chez son collègue, Laurent Esso, le garde des Sceaux. Répondant aux questions des députés à l’Assemblée nationale, ce dernier a tenté de mettre fin à la polémique en assurant que la juge avait agi en toute indépendance. Cet argumentaire n’a pas convaincu grand-monde. Peu de personnes imaginent que les juges de l’opération Épervier aient pu attaquer un membre du gouvernement sans en informer le garde des Sceaux et le chef de l’État. « C’est inimaginable, estime notre avocat. Le dossier est remonté à la présidence, qui a prescrit une accélération de la procédure. » Un geste probablement lié à la perspective d’un remaniement ministériel donné comme imminent depuis plusieurs mois.

GUERRE DES CLANS. Pourquoi cette incarcération suivie d’une remise en liberté à peine vingt-quatre heures plus tard ? Peut-être l’ordre présidentiel, vague et donné oralement, a-t-il été mal interprété ? À moins que tout cela ne relève d’une impitoyable guerre des clans qui se déroule en coulisses. « C’est un processus de déstabilisation orchestré par des personnalités qui gravitent dans l’entourage du président, estime Thierry Michel Atangana, l’homme d’affaires libéré en mars après dix-sept ans d’incarcération au Cameroun. C’est par le même engrenage politico-judiciaire que j’ai été retenu au fond d’un cachot pendant si longtemps. » Atangana avait dû attendre que le directeur de cabinet civil de Paul Biya se déplace en personne à la prison pour le faire sortir de sa cellule. Dans le cas de Bapès Bapès, on sait que Paul Biya a exigé sa libération immédiate peu avant de s’envoler, le 1er avril, pour le sommet Union européenne-Afrique de Bruxelles. Il y a quelques années, c’est Catherine Abena, numéro deux du ministère des Enseignements secondaires et collaboratrice de Bapès Bapès, qui avait été poursuivie. Sans qu’il soit possible de dire si les deux affaires sont liées. Limogée du gouvernement en juillet 2009, Catherine Abena est arrêtée et emprisonnée en janvier 2010 pour un détournement présumé de 250 millions de F CFA. Elle clame son innocence l l l N O 2779 • DU 13 AU 19 AVRIL 2014

29


Afrique subsaharienne Cameroun

30

t Thierry Michel Atangana a passé dix-sept ans dans une cellule du secrétariat d’État à la Défense.

VINCENT FOURNIER/J.A.

L’opération Épervier

19 dossiers ont bénéficié d’un non-lieu

l l l et dit avoirété piégée. Peine perdue. La machine est enclenchée. Désespérée, elle entreprend une grève de la faim qui durera sept mois. Hospitalisée sous bonne garde, elle est libérée le 4 février 2011. Son affaire n’est, pour autant, pas réglée par les tribunaux. Malade et sans revenus, Catherine Abena est décédée à 59 ans, le 19 mars dernier. « Ma famille est en colère, mais nous n’avons rien à voir avec les ennuisjudiciairesdeM.BapèsBapès»,balaieNicolas Abena, frère de Catherine et journaliste à Paris. Le malaise est perceptible. Depuis la tenue des élections sénatoriales et législatives d’avril et septembre 2013, le gouvernement travaille peu, tétanisé par la peur de commettre une bourde, épuisé par l’incertitude d’un changement d’équipe. Le président, lui, prend son temps. Rien ne presse pour ce tacticien à l’agenda secret, qui joue avec les nerfs de la classe politique. Pour les membres du gouvernement, leur limogeage sonne souvent le début de la descente aux enfers. En février 2006, Alphonse Siyam Siwé,

105

dossiers sont en instance au tribunal criminel spécial

2,4 milliards de F CFA ont été récupérés

21

personnalités incarcérées, dont 7 anciens membres du gouvernement

ministre de l’Énergie et polytechnicien bon teint, passé par la direction du Port autonome de Douala, devient l’une des premières victimes de l’opération Épervier. Il ne rentre pas chez lui après son renvoi. Le temps de transmettre ses dossiers à son successeur, il est conduit par des gendarmes devant un juge et écroué le soir même avant d’être condamné à trente ans de prison. Funeste destin, qui hante ses anciens collègues toujours aux affaires. Ils vivent avec la peur de passer des ors de la République aux fers de la détention. RUMEUR. À la suite de Bapès Bapès, on annonce

d’autres arrestations dans les prochains jours. Le téléphone d’André Mama Fouda, le ministre de la Santé, n’a pas arrêté de sonner. Une rumeur évoquait son incarcération. Il a dû rassurer ses amis et ses proches : « Je n’ai pas été arrêté. Je suis à mon bureau. » Marafa Hamidou Yaya, ancien ministre de l’Administration territoriale actuellement détenu au secrétariat d’État à la Défense (SED), demande, lui, que toute la lumière soit faite sur l’assassinat, le 26 janvier 2014, de Christiane Soppo, son ancienne assistante. Une liste est parvenue à Jeune Afrique, avec des noms de ministres dont l’arrestation serait imminente. Le document annonce un coup de filet au sein de la compagnie aérienne Camair-Co et du fournisseur d’électricité AES-Sonel… En attendant le décret qui fait et défait les carrières, c’est toute la classe politique qui est déjà frappée de discrédit. Au profit de qui ? l

JUSTICE À LA CARTE LA JUSTICE A ÉTÉ clémente avec Louis Bapès Bapès, arrêté et aussitôt libéré. L’embarras suscité par cette affaire a sans doute expliqué cette soudaine rapidité à traiter le dossier, alors que l’institution judiciaire n’est d’ordinaire pas réputée pour sa célérité. Marafa HamidouYaya a lui aussi battu un record. Arrêté le 12 avril 2012, cet ancien ministre, candidat déclaré à la prochaine présidentielle, a été jugé et condamné en seulement cinq mois. La Justice, en revanche, a été plus lente pour l’ancien Premier ministre Ephraïm Inoni. Il N O 2779 • DU 13 AU 19 AVRIL 2014

a attendu octobre 2013 pour savoir qu’il passerait vingt ans en prison. Polycarpe Abah Abah, ancien ministre des Finances, incarcéré depuis 2008, attend lui encore son verdict. L’avocate LydienneYen Eyoum croupit, elle, en prison depuis quatre ans. Preuve de l’implication du pouvoir exécutif dans son affaire, une note de 2009 (voir ci-contre) du secrétaire général de la présidence de l’époque (et actuel garde des Sceaux) autorisant le ministre de la Justice à faire déférer l’avocate. l GEORGES DOUGUELI JEUNE AFRIQUE


Afrique subsaharienne REPORTAGE

Course d’obstacles sur le fleuve Congo En attendant le pont qui reliera un jour Brazzaville et Kinshasa, maintes formalités et « pourboires » sont nécessaires au voyageur qui veut gagner l’autre rive.

D

ifficile de s’y retrouver lorsqu’on débarque pour la première fois au « beach », le port fluvial de Brazzaville, pour se rendre à Kinshasa, de l’autre côté du majestueux fleuve Congo. Par où commencer les formalités ? Impossible de le savoir sans l’assistance d’un « démarcheur ». Nelson, 32 ans, fait partie de ces « agents » informels qui aident les passagers, moyennant quelques billets, à accomplir les démarchesnécessaires à l’embarquement. « Sans eux, on passerait toute la journée à attendre », reconnaît Sophie Bouyou, une Brazzavilloise qui fait souvent la navette entre les deux capitales du monde les plus proches géographiquement… et pourtant si lointaines administrativement. Maints tampons et autant de billets sont en effet nécessaires pour avoir le droit de monter à bord d’une embarcation pour gagner l’autre rive – dans un sens comme dans l’autre.

devant le bureau du Service spécial frontalier du beach de Brazzaville, des commis de la Direction des chantiers et des transports fluviaux et leurs collègues de la Direction de la navigation fluviale procèdent à l’enregistrement des voyageurs. Outre le ticket de transport (qui coûte 11 000 F CFA, soit 16,77 euros), il faut acquitter divers frais, notamment la vignette sur passagers (400 F CFA), la redevanceportuaire(1200FCFA)etlataxe sur le colis. Même la Brigade de surveillance et de contrôle portuaire monnaie à 1 000 F CFA sa fouille du voyageur…

INVASION. Où

BANCS. Cela com-

mence dès l’entrée du beach. Un agent en civil, assis derrière une table banalisée, vérifie si tous les passagers en partance pour Kinshasa disposent bien d’un laissez-passer ou, pour les ressortissants de la RD Congo, d’une pièce d’identité. Et malheur à celui dont le passeport porte la mention « employé »! Il devra ajouter à son dossier l’autorisation de sortie de son employeur. Mais « on finit toujours par s’arranger », glisse l’agent. Décodage : un « petit pourboire » suffit généralement à faire oublier l’absence du document exigé. À l’intérieur du port, c’est un labyrinthe de procédures. Sur des bancs alignés JEUNE AFRIQUE

Quatre kilomètres et sept minutes de navigation plus tard, nous voilà au beach de Kinshasa. À l’arrivée, des agents de la Direction générale de l’immigration récupèrent cartes d’identité et passeports pour vérification. À deux pas de là, un commis perçoitlaredevanceportuaire(1500francs congolais, soit 1,17 euro). « Bientôt, toutes ces longues procédures seront allégées », rassure Pius Ngoie, conseiller chargé de la planification au ministère des Infrastructures de la RD Congo: « Lorsque lepontserajetésurlefleuve,iln’yauraplus qu’un point de passage. » Autrement dit, les passagers ne seront contrôlés que dans la ville de départ.

Après environ deux heures de formalités, on peut enfin prendre place à bord du Transpool, le canot rapide motorisé qui doit nous emmener à Kinshasa. Des gilets de sauvetage d’un autre âge sont distribués, on ne s’en plaindra pas. Car derrière notre embarcation, c’est pire: passagers, marchandises et animaux (chèvres, poules…) s’installent vaille que vaille dans un autre bateau aux équipements bien plus rudimentaires qui attend encore le feu vert pour se lancer.

est en le projet de pont route-rail entre Brazzaville et Kinshasa ? Le financement de l’ouvrage, dont le coût est estimé à plus de 700 millions d’euros, reste à boucler, pour un lancement de l’appel d’offres prévu d’ici à la fin de 2014. Dans les deux capitales, on y croit. Les appréhensions de départ – la provinceduBas-Congo craignait que l’activité du port de Matadi ne soit affectée par la concurrence du pont, tandis que les Brazzavillois redoutaient une invasion des Kinois – se sont estompées, rassure-ton dans les ministères chargés du dossier, où l’on est convaincu qu’avec la croissance économique et la production en constante augmentation il faut créer davantage de voies d’évacuation des marchandises. En attendant, la traversée Brazza-Kin ou Kin-Brazza demeure un parcours du combattant. l TRÉSOR KIBANGULA, envoyé spécial N O 2779 • DU 13 AU 19 AVRIL 2014

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VOIR AUSSI la vidéo de l’interview sur jeuneafrique.com

Afrique subsaharienne MALI

Soumaïla Cissé « IBK n’a pas de feuille de route » Réconciliation, sécurité, justice… Soucieux de ne pas « hurler avec les loups », l’opposant numéro un à Ibrahim Boubacar Keïta n’en a pas moins une vision critique de l’action du président.

P

erdant du second tour de l’élection présidentielle d’août 2013, Soumaïla Cissé, 64 ans, fait office d’opposant numéro un à Ibrahim Boubacar Keïta (IBK). Mais un opposant tempéré, soucieux de ne pas tomber dans l’anathème permanent. Alors que le président traverse une mauvaise passe, le député de Niafunké dresse un bilan mitigé des premiers pas d’IBK à la tête du Mali. JEUNE AFRIQUE : Sept mois après sa nomination, le Premier ministre Oumar Tatam Ly a présenté sa démission le 5 avril. Est-ce un échec pour IBK ? SOUMAÏLA CISSÉ : Aucun président

au monde ne pense garder un Premier ministre si peu de temps. Il y a eu soit une erreur de casting, soit des dysfonctionnements réels. Or la lettre de démission du Premier ministre est claire : il y a un problème de gouvernance au sommet de l’État. Cela confirme ce que je pensais : il manque une feuille de route à ce gouvernement, les priorités n’ont pas été définies. Moussa Mara est-il la bonne personne pour diriger le nouveau gouvernement?

C’est un jeune qui a des qualités, je lui souhaite bonne chance, mais je doute de sa capacité à rassembler. Son parti compte un seul député sur 147 à l’Assemblée. Le président n’a pas tenu compte du vote des Maliens aux dernières législatives. Quel bilan tirez-vous des premiers mois d’IBK à la présidence ?

L’attente des Maliens était très forte sur des sujets comme la sécurité, la réconciliation nationale, la justice… On n’a pas beaucoup bougé depuis. Kidal est toujours quasi inaccessible. Dans le Nord, on assiste à une recrudescence de l’insécurité, et l’attaque du domicile de l’ancien président Alpha Oumar Konaré [le 5 avril] nous rappelle que Bamako n’est pas à l’abri. Les négociations avec les groupes armés piétinent. Enfin, les investisseurs ne sont pas encore rassurés, et l’aide internationale de 3 milliards d’euros n’est toujours pas débloquée.

d’avoir participé à des violences ne sont pas inquiétés, certains ont même été élus députés… Cela jure avec la philosophie de l’impunité prônée par le président. Vous faites référence à Ahmada Ag Bibi. Son élection sous la bannière du Rassemblement pour le Mali [au pouvoir] vous reste en travers de la gorge ?

Il ne faut pas laisser croire que nous avons une justice à deux vitesses. Si des gens ont commis des fautes, il faut qu’ils les reconnaissent, qu’ils demandent pardon et que la justice soit saisie en cas de crime. Peut-on discuter avec Iyad Ag Ghaly, le chef rebelle d’Ansar Eddine ?

À mon avis, il a franchi la frontière. Cela fait vingt ans qu’on discute avec lui… Et avec le Mouvement national de libération de l’Azawad [MNLA] ?

Je ne sais même plus qui représente ce mouvement. Le problème du MNLA, c’est la crédibilité de ses représentants. Avec qui va-t-on discuter pour être sûr que, si accord il y a, il sera respecté ? Idem pour le Mouvement arabe de l’Azawad. Qui est responsable du blocage des négociations ?

Plusieurs responsables de la junte, dont Amadou Haya Sanogo, ont été inculpés et incarcérés. Cela doit vous réjouir.

Les responsabilités sont partagées. Les groupes armés sont divisés, mais le gouvernement n’a pas non plus une ligne très claire. La seule chose évidente, c’est que le président ne veut plus d’intermédiaire. Est-ce le bon schéma ? À mon avis, il faut tout de même un médiateur.

Des responsables de la junte sont en détention, mais des gens convaincus

Qui ? Blaise Compaoré ?

Moussa Mara, jeune premier Nommé le 5 avril, le nouveau chef du gouvernement n’a que 39 ans.

D

onner un nouveau souffle à l’action gouvernementale, accélérer les réformes et, surtout, faire savoir que ce n’est pas parce qu’Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) voyage sans cesse à l’étranger qu’il ne travaille pas au redressement du Mali. Voilà N O 2779 • DU 13 AU 19 AVRIL 2014

les missions que le président a assignées à son nouveau Premier ministre, Moussa Mara, 39 ans. « Depuis sept mois, notre communication est catastrophique », reconnaît un conseiller d’IBK. Mara a beau présenter le CV du parfait expert-comptable formé en France, c’est aussi un politique, un vrai. Il n’a pas 30 ans quand il mène une liste de jeunes aux élections communales de 2004 ; il en a 32 quand, en 2007, il met en

 Cet expertcomptable a créé son propre parti en 2010. JEUNE AFRIQUE

ÉMILIE RÉGNIER POUR J.A.

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 Le député de Niafunké, le 4 avril, à Levallois-Perret (France).

Les objectifs qui lui avaient été fixés ont été atteints : élections présidentielle et législatives, accords sur l’intégrité du territoire et sur la laïcité de l’État. Maintenant, il faut voir quelles sont les perspectives nouvelles qui s’offrent au Mali. Peut-on imaginer une autonomie plus large dans le Nord ?

Une large décentralisation pourrait être la solution pour toutes les régions du Mali. Mais si on veut décentraliser, il faut s’assurer de la qualité des ressources humaines et d’un apport financier sur le long terme – dix ans au minimum. Il faut un « plan Marshall » pour les régions défavorisées, en particulier celles du Nord.

ballottage un certain IBK lors des législatives; et 34 quand il conquiert la commune IV de Bamako, en 2009. L’année suivante, il crée son parti, Yéléma, dont le nom (« changement » en bambara) traduit l’ambition : changer de système – il est partisan d’une forte décentralisation –, de pratiques – il fut l’un des premiers à rendre public son patrimoine – et, surtout, de têtes. « Le Mali a besoin d’hommes neufs », déclarait-il en 2013. Ce qui ne l’a pas empêché de soutenir IBK au second tour de la JEUNE AFRIQUE

La Mission des Nations unies au Mali remplit-elle sa mission ?

Vous tenez un discours très mesuré pour un opposant…

Beaucoup de Maliens s’attendaient à ce que la Minusma aide notre armée à reconquérir Kidal, ce qui n’a pas été le cas. À Gao etTombouctou,lesCasquesbleussemblent commis à un service minimum. Seule la France mène la chasse aux jihadistes.

Je ne veux pas hurler avec les loups. Notre opposition est républicaine, nous critiquons les programmes et nous nous prononçons sur les résultats. Les Maliens nous jugeront à la tâche. Pourriez-vous travailler avec IBK?

Mohamed Aly Bathily, le ministre de la Justice du gouvernement d’Oumar Tatam Ly, vous a accusé d’avoir volé 22 milliards de F CFA [33,5 millions d’euros] quand vous étiez ministre des Finances…

J’ai déjà solennellement demandé au ministre d’apporter le moindre début de preuves à ses allégations. J’attends encore.

présidentielle après son piètre score du premier tour (1,53 %). Parce que, expliquait-il alors, « il représente le camp de la rupture ». BAGNE. Réputé rigoureux et

intègre, Mara sait parler aux masses, surtout aux jeunes. Il a compris qu’en politique il faut des résultats, et vite. Son bilan de maire est « excellent », estime-t-on dans l’entourage du président. Son action au ministère de l’Urbanisme, ces sept derniers mois, « également », même s’il n’a pas

Je n’exclus rien. Je ferai tout pour que mon pays s’en sorte. Aujourd’hui je suis dans l’opposition et je critique ce qui n’est pas bon. Mon combat est de construire une opposition républicaine avec un statut reconnu par l’État. l

eu le temps d’y faire grandchose. Autre atout : il maîtrise les deux dossiers prioritaires du moment. L’armée ? Il a été nourri à son sein. Son père, Joseph Mara, fut membre du Comité militaire de libération nationale qui mit fin au règne de Modibo Keïta en 1968 –avantdeconnaîtreladisgrâce et le bagne. Moussa Mara, qui a grandi dans le camp de Kati, connaît tous les militaires de sa génération, notamment ceux qui ont pris le pouvoir en 2012. Il suit aussi de près la question du Nord. Il y a un an, il lançait

Propos recueillis par RÉMI CARAYOL et BENJAMIN ROGER

les bases de la Plateforme des Kel Tamasheq pour démontrer que tous les Touaregs ne sont pas indépendantistes. « Le plus dur commence », a-t-il tweeté le 6 avril. Mara devra en effet composer avec le cabinet du président, avec des ministres qu’il n’a pas choisis, et surtout avec une Assemblée nationale échaudée. Les caciques du Rassemblement pour le Mali (70 députés, contre 1 pour Yéléma) n’ont pas vraiment apprécié de voir la primature leur échapper au profit de ce jeune loup. l R.C. N O 2779 • DU 13 AU 19 AVRIL 2014

SANDRA ROCHA POUR J.A.

33


Afrique subsaharienne

MIGUEL MEDINA/AFP

34

AFRIQUE CENTRALE

L’Oncle Sam joue les shérifs En RD Congo ou au Burundi, Washington s’oppose à toute modification de la Constitution destinée à permettre à un chef d’État de se maintenir au pouvoir. Et le fait savoir.

A

ccra, juillet 2009. « L’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts. Elle a besoin d’institutions fortes. » Dans les capitales du continent, tout le monde a gardé en tête les mots du président américain, Barack Obama, censés guider la nouvelle politique des États-Unis en Afrique. Et à en croire les déclarations récentes de Washington, le temps est venu de mettre en pratique ce discours en s’opposant publiquement aux modifications constitutionnelles permettant aux présidents en place de se représenter. Ainsi à Kinshasa, en janvier, Russ Feingold, l’envoyé spécial américain dans la région des Grands Lacs, a encouragé vivement les présidents africains à « respecter les mandats qui leur ont été assignés ». Bis repetita le 8 avril, à Bujumbura : « Nous encourageons le respect de la Constitution et de l’État de droit », a déclaré Samantha Power, l’ambassadrice des États-Unis auprès des Nations N O 2779 • DU 13 AU 19 AVRIL 2014

unies, après sa rencontre avec le président Pierre Nkurunziza. Dans le contexte burundais actuel, où le pouvoir vient d’échouer à faire adopter une réforme constitutionnelle et chercherait – selon l’opposition – à revenir à la charge par d’autres voies, la déclaration de Power a été interprétée comme une mise en garde. Mais Bujumbura n’a pas voulu s’en offusquer. « Les États-Unis ont fait

p Samantha Power, ambassadrice des États-Unis à l’ONU, salue des policiers congolais en Centrafrique, le 9 avril.

un simple commentaire », affirme Willy Nyamitwe, le porte-parole adjoint de la présidence : « Cela ne nous gêne pas car le président Nkurunziza a affirmé à Samantha Power que la Constitution ne serait pas modifiée avant les élections », prévues pour 2015. Et de toute façon, selon Nyamitwe, la loi fondamentale n’empêcherait pas Nkurunziza de concourir à nouveau, « puisque sa première élection, en 2005, était au suffrage indirect » et que la limitation à deux mandats ne porterait « que sur les élections au suffrage direct »… Une interprétation de la Constitution

ET LES EUROPÉENS ? VIS-À-VIS DE LA RD CONGO, la position des Européens diffère sensiblement de celle de Washington. « Les Américains sont beaucoup plus offensifs que les Belges et les Français sur la question du respect de la

Constitution. Nous ne nous permettons pas de tenir le même discours qu’eux », reconnaît un diplomate européen en poste à Kinshasa. À Paris, on assume cette position plus réservée : « Nous n’avons pas à nous prononcer sur tel ou

tel pays, explique Romain Nadal, le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères. Nous nous fierons au jugement de l’Union africaine, qui est la gardienne des principes démocratiques. » l P.B. JEUNE AFRIQUE


Coulisses

MAINS LIBRES. Mais la voix de l’Oncle Sam porte davantage dans la région des Grands Lacs. « Depuis quelque temps, les États-Unis font preuve de plus de fermeté avec leurs alliés dans cette zone, remarque Jason Stearns. C’est le cas pour l’Ougandais Yoweri Museveni sur la question des droits des homosexuels. Cela a été le cas pour le Rwandais Paul Kagamé et la rébellion du Mouvement du 23-Mars. Et aussi pour le Congolais Joseph Kabila avec les déclarations de Feingold. » Même si le pouvoir congolais s’est abstenu de réagir publiquement, lesdites déclarations ont été très remarquées et ont agacé en haut lieu. « Pour des raisons historiques et économiques, la voix des Américains pèse lourdement en RD Congo », glisse un diplomate en poste à Kinshasa, où, selon la Constitution, Joseph Kabila doit quitter le pouvoir en 2016. Quant à Museveni, la question ne se pose plus pour lui : le président ougandais a les mains libres depuis l’abrogation, en 2005, de la limitation des mandats. Enfin, au Rwanda, une révision de la Constitution n’est pas exclue, à en croire Paul Kagamé dans un récent entretien à Jeune Afrique (no 2778, du 6 au 12 avril). Mais le problème d’une éventuelle nouvelle candidature de sa part ne se posera pas avant la prochaine présidentielle, prévue pour 2017. D’ici là, l’administration Obama ne sera plus en place. l PIERRE BOISSELET JEUNE AFRIQUE

35

CEDEAO EBOLA POUR TOUS, CHACUN POUR SOI Le virus mortel se dissémine rapidement en Afrique de l’Ouest. Après la Guinée (101 morts à la date du 9 avril), son foyer de naissance, Ebola a atteint le Liberia (10 décès), la Sierra Leone et le Mali. « C’est l’une des épidémies les plus problématiques auxquelles nous ayons été confrontés », a déclaré Keiji Fukuda, sous-directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Ces propos alarmants ont ajouté à la panique générale et conduit certains pays de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) à remettre en question les acquis de l’intégration régionale. Le Sénégal a fermé sa frontière avec la Guinée, qui assure en temps normal une grosse partie de son approvisionnement en produits agricoles frais. Et la Côte d’Ivoire a rétabli le contrôle d’identité sur les passagers en provenance de Conakry afin, selon un haut responsable du pays, de ne pas « laisser entrer la fièvre Ebola ». l  À Guékédou, en Guinée, le 1er avril.

SEYLLOU/AFP

qui est loin de faire consensus. Et si le département d’État des États-Unis se refuse à trancher ce débat, un de ses responsables fait savoir « qu’une démocratie qui ne connaît pas de transmission régulière et pacifique du pouvoir n’en a que le nom ». Washington a fait passer le même message de fermeté à Brazzaville et Ouagadougou. « L’intransigeance grandissante des États-Unis tient en partie à la personnalité de ces deux diplomates [Russ Feingold et Samantha Power] récemment nommés, constate Jason Stearns, spécialiste de la région des Grands Lacs à l’université américaine de Yale. Mais elle n’est pas totalement nouvelle. » En 2012, déjà, Washington avait en effet désapprouvé la volonté du président sénégalais d’alors, Abdoulaye Wade, de se représenter. Cela ne l’avait toutefois pas empêché de le faire, en s’appuyant sur une lecture contestée de la Constitution – pour être finalement battu dans les urnes.

Afrique subsaharienne

AFRIQUE DU SUD ZELDA RACONTE MADIBA Zelda la Grange, la fidèle assistante de feu Nelson Mandela, publiera en juin ses Mémoires aux éditions Penguin Books, sous le titre Good Morning, Mister Mandela. L’ouvrage, que d’aucuns voient déjà comme un best-seller, racontera les années passées par « Zeldina », 43 ans, aux côtés du héros de la lutte antiapartheid. Elle avait accompagné Madiba tout au long de sa présidence (1994-1999) et après son départ du pouvoir.

MALI QUI EN VEUT À KONARÉ? Le 9 avril, trois suspects ont été placés en garde à vue, à Bamako, dans le cadre de l’enquête sur l’attaque, dans la nuit du 4 au 5 avril, de la résidence de l’ex-

président malien Alpha Oumar Konaré (AOK). Aminata Maïga Keïta, la première dame, s’est rendue chez Adame Ba Konaré, l’épouse d’AOK, dans le quartier deTitibougou, afin de l’assurer de la solidarité d’Ibrahim Boubacar Keïta.

SOUDAN DU SUD REFUGE ÉTHIOPIEN Au moins 80 000 Sud-Soudanais fuyant la guerre sont arrivés ces derniers mois en Éthiopie, selon Médecins sans frontières (MSF) qui, le 9 avril, a lancé un appel à l’aide pour subvenir aux besoins des réfugiés en eau, en nourriture et en infrastructures sanitaires. L’ONG estime que 70 000 autres personnes pourraient franchir la frontière éthiopienne dans les prochaines semaines. N O 2779 • DU 13 AU 19 AVRIL 2014


Maghreb & Moyen-Orient

ALGÉRIE

Génération

Certains ne songent qu’à partir. D’autres trouvent des raisons d’espérer. Tous n’auront connu qu’un seul président. Coup de projecteur sur une jeunesse pas si dépolitisée qu’on le dit. FARID ALILAT,

F

envoyé spécial à Alger

aceàlacaméradutéléphoneportable qui le filme, le jeune homme parle en versifiant en arabe dialectal : « Ils nous veulent pauvres ou jetés en prison. Nous brûlerons la frontière, même si nous devons mourir en mer. Ils nous veulent miséreux, vivant dans le rokhs (indignité)… » Alors que le soleil se couche à l’horizon, le Zodiac file à vive allure sur les eaux limpides de la Méditerranée. À son bord, le jeune homme et ses sept compagnons, tous harraga (« brûleurs de frontières »), voguent vers les rivages de l’Espagne. Sans gilets de sauvetage, avec un kilo de bananes et une poignée de fraises pour seules victuailles, ils espèrent atteindre les côtes de cet eldorado européen dont rêvent tant d’Algériens. Sur le Zodiac, la caméra tourne encore. Cette fois, c’est un autre candidat à l’immigration clandestine qui s’exprime en faisant de la main un geste d’adieu. « Bye bye Bouteflika, chante-t-il. On te laisse l’Algérie et ton quatrième mandat… » Diffusée sur YouTube, cette vidéo a été tournée le 17 mars, un mois jour pour jour avant l’élection présidentielle qui devrait normalement assurer au président Abdelaziz Bouteflika, au pouvoir depuis 1999, un quatrième mandat en dépit de son âge avancé, 77 ans, et de sa santé fragile. Largement commentée dans les médias, sur les réseaux sociaux et dans les meetings politiques, la vidéo a fait irruption dans le débat électoral pour illustrer le désespoir de ces Algériens condamnés à fuir leur pays au péril de leur vie. Si le phénomène des harraga est apparu avant le retour aux affaires de Bouteflika, il n’en a pas moins pris une ampleur spectaculaire au cours des dix dernières années, d’autant que l’Algérie d’aujourd’hui ne ressemble en rien à celle d’il y a quinze ans. Elle est désormais apaisée après les années de terreur et de violences qui ont fait plus de 150 000 morts. Les caisses de l’État et des banques publiques croulent sous les pétrodollars. Les réformes politiques, économiques et sociales ont contribué à rendre ce pays plus « vivable ». N O 2779 • DU 13 AU 19 AVRIL 2014

FERHAT BOUDA/AGENCE VU

36

1,4

million d'étudiants

230 000

diplômés par an

650 000

jeunes en formation professionnelle

RÉSEAUX SOCIAUX. On ne le souligne jamais

assez : la population algérienne, qui s’élève à plus de 38 millions d’habitants, est essentiellement composée de jeunes. Selon les derniers chiffres de l’Office national des statistiques (ONS), la part des moins de 30 ans atteint 60 %, avec une forte proportion des moins de 18 ans. Une jeunesse avide de liberté, d’évasion, de loisirs, mais aussi de réussite et de promotion à des postes à responsabilité. Promotion ? Meziane Abane, 29 ans, a manqué de s’étrangler quand il a entendu Abdelmalek Sellal, ancien Premier ministre et directeur de campagne du candidat Bouteflika, répéter à l’envi que le JEUNE AFRIQUE


Maghreb Moyen-Orient

Bouteflika

 Groupe de jeunes rappeurs, en avril, à Alger.

« quatrième mandat du président sera l’occasion de transmettre le flambeau à la jeunesse ». Ingénieur en électromécanique, journaliste, blogueur, ce militant des droits de l’homme se définit comme un globe-trotteur de la contestation sociale. « Les Algériens sont fatigués des discours des hommes politiques, qu’ils soient au pouvoir ou dans l’opposition, analyse Meziane. Prenez l’exemple de Bouteflika. Il s’était engagé en mai 2012 à céder le pouvoir aux nouvelles générations, avant de se dédire deux ans plus tard en postulant à la présidence à vie. Comment croire encore à leurs promesses alors que la génération qui a pris les JEUNE AFRIQUE

60% des 38,7 millions d'Algériens ont moins de 30 ans

commandes du pays en juillet 1962 s’y accroche désespérément au-delà de toute raison ? » Désabusé mais pas désespéré, Meziane estime que les jeunes ne doivent pas attendre qu’on leur cède la place, mais plutôt investir le terrain, faire du travail de proximité, en se servant davantage d’internet et des réseaux sociaux, devenus une véritable arme d’information et de propagande. « Contrairement aux idées reçues, les jeunes Algériens sont politisés même s’ils s’impliquent très peu dans la vie politique, souligne notre blogueur. La politique consiste aussi à se battre pour avoir du gaz de ville, une route goudronnée, de l’électricité, N O 2779 • DU 13 AU 19 AVRIL 2014

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Maghreb Moyen-Orient Algérie

Suivez notre couverture de l’élection présidentielle avec nos envoyés spéciaux

une école, un dispensaire, faire respecter les droits d’un travailleur injustement licencié. On l’oublie assez souvent, mais les héros qui avaient pris les armes en 1954 pour libérer le pays du colonialisme français étaient, à l’époque, âgés de moins de 30 ans. À notre tour de libérer l’Algérie de ceux qui la gouvernent depuis cinquante ans. »

gouffre financier autant qu’un pis-aller. Selon les statistiques, 50 % des entreprises créées grâce à ces dispositifs ont fait faillite. Il y a ceux qui partent, ceux qui rêvent de partir à toutprixetceuxquicroientquelepaysestunparadis pourlesaffaires.C’estlecasdeHani,BadisetNassim. Amoureux du Grand Sud, ces trois jeunes Algérois ont décidé d’investir dans le tourisme en ouvrant, en CRÉDITS. Ne dites surtout pas à Lyes Berchiche, 2009, une maison d’hôtes à Taghit, une oasis située 19 ans, que Bouteflika doit passer la main. Élève au centre de la wilaya de Béchar, dans l’ouest du dans un lycée de Kouba, sur les hauteurs d’Alger, Sahara algérien. Avec leurs propres moyens, sans il est militant du Rassemblement national démorecourir à des crédits bancaires, les trois amis ont fait cratique (RND), qui fait campagne pour le préle pari d’attirer des touristes algériens et étrangers sident sortant. Fils d’un médecin et dans cette région déconseillée pour d’une directrice de collège, le jeune des raisons de sécurité. Pari gagné. « Le président homme s’est engagé en politique à La maison d’hôte affiche complet. est garant l’âge de 17 ans, peu de temps avant Ingénieur en commerce internatiode la stabilité. nal, Hani Hamidou est optimiste : les législatives de mai 2012 rempor« Les jeunes peuvent investir, même tées par le vieux Front de libération Les critiques nationale (FLN). « Bouteflika est dans les secteurs les plus difficiles, en qu’on lui garant de la stabilité de notre pays, l’occurrence le tourisme, et réussir. adresse sont plaide Lyes. Certes, il est malade L’Algérie est un beau pays. Il suffit et âgé, mais les critiques qu’on lui de faire confiance aux compétences excessives. » adresse sont excessives. Il a non nationales, jeunes de préférence. » seulement apporté la paix et la sécurité, mais il Vivre en Algérie est une véritable lagya (« ennui »), a aussi réconcilié les Algériens. Qui d’autre que s’exclame Wiam, 20 ans. Étudiante en pharmacie lui a fait mettre en place des mécanismes de à la faculté d’Alger, elle dit se sentir oppressée. « Je financement pour aider les jeunes à monter des ne me sens vraiment pas en sécurité, confie-t-elle. petites entreprises ? L’Algérie est le seul pays au Les femmes sont marginalisées, harcelées ou ignomonde où l’on accorde des milliards aux jeunes rées. Je n’ai pas connu le terrorisme, étant jeune pour les encourager à investir sans exiger d’eux à cette époque, mais je ressens les séquelles de des garanties rédhibitoires. J’ai de nombreux amis ces violences. Partout, on voit des gens angoissés, qui sont passés du statut de chômeur à celui de hypertendus. Si au moins on disposait de lieux de chef d’entreprise prospère en moins de dix ans. » loisirs et de distraction pour oublier un quotidien Lyes dit vrai. Depuis une dizaine d’années, l’État difficile et morose. Dans la capitale et sa banlieue, a accordé des milliards de dollars de crédits aux il n’y a guère de salles de cinéma, de théâtres, de jeunes dans le but de résorber le chômage, véritable lieux où les jeunes couples peuvent se fréquenter fléau social. Agroalimentaire, transport, services, loin des regards indiscrets. Il ne reste que les cafés des milliers de petites entreprises ont vu le jour ou les espaces publics. Ce pays est très compliqué, dans le cadre de ce programme national de soutien c’est tellement difficile d’expliquer notre malaise. Du à l’emploi. Sauf que ce dispositif est devenu un coup, je comprends ceux qui veulent le quitter. » l

pu Dans un restaurant de karaoké à Alger (ci-dessus). Jeunes désœuvrés dans une rue de la capitale (ci-contre).

CARTE MILITAIRE : UN « CADEAU » AUX JEUNES

C’

est une mesure dont même les plus farouches adversaires d’Abdelaziz Bouteflika lui savent gré: l’amnistie offerte aux insoumis du service national. À son arrivée au pouvoir, en avril 1999, le président a demandé à l’institution militaire de régulariser la situation des jeunes qui avaient refusé, pour diverses raisons (terrorisme, études, exil…), d’effectuer la conscription. Des centaines de milliers de jeunes ont ainsi afflué, dès le début de l’été 1999, dans les casernes et centres de recrutement militaire pour obtenir la fameuse « carte militaire », précieux sésame pour voyager à l’étranger ou pour accéder à un emploi.

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C’est que, depuis l’instauration du service national, d’une durée de vingt-quatre mois, tout Algérien âgé de plus de 18 ans se devait de l’effectuer sous peine d’être embarqué de force dans une caserne ou empêché de quitter le territoire. Conséquence: des légions d’Algériens, bloqués à l’étranger pendant plus de dix ans pour certains, ne pouvaient plus rentrer au pays par peur de représailles, tandis que d’autres n’étaient en mesure ni d’en sortir ni de prétendre à un emploi. Au fil du temps, le cas de ces insoumis a fini par constituer un frein pour l’économie autant qu’un facteur d’aggravation du

malaise social. Quinze ans après cette grâce, l’armée continue de régulariser les « rebelles » du service national. Et Bouteflika de faire un nouveau geste, le 10 avril, une semaine avant le scrutin, en ramenant la durée du devoir patriotique à douze mois. La carte militaire, un vrai cadeau de Bouteflika? Sans conteste. Même si l’ex-ministre de la Communication Abdelaziz Rahabi assure que cette mesure était sur le bureau de l’ex-président Liamine Zéroual, qui « a décidé de laisser ce dossier à son successeur pour que celui-ci puisse entamer son mandat par une mesure F.A. populaire ». l JEUNE AFRIQUE


CHRISTIAN ALS/PANOS-REA

LAHCテ起E ABIB/SIGNATURES

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JEUNE AFRIQUE

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Maghreb Moyen-Orient LIBYE

Ali Zeidan « Je n’ai pas dit mon dernier mot » Démis de ses fonctions à l’instigation des islamistes, l’ex-Premier ministre aujourd’hui en exil entend revenir à Tripoli malgré les risques encourus.

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our certains, c’est une fuite. Pour lui, c’est une étape. Renversé le 11 mars par un vote de défiance du Congrès général national (CGN, Parlement), Ali Zeidan se considère toujourscommelePremierministrelibyen (posteoccupéaujourd’huitemporairement par le ministre de la Défense, Abdallah elThinni). Si, le même jour, il quittait le pays précipitammentpourrejoindrelessiensen Allemagne,ilatrèsvitecontre-attaqué,multipliant les entretiens, d’abord à Londres, puis à Paris. Ali Zeidan tente de rassurer ses partenaires, lesquels ne savent plus quels sont leurs interlocuteurs à Tripoli et observent, inquiets et impuissants, la lente descente aux enfers du pays. À 63 ans, Ali Zeidan veut croire à son retour à Tripoli, où, désormais, ce sont les islamistes qui dominentlesfragilesinstitutionspolitiques, tandis que sur le terrain les milices font la loi.

Nouri Abou Sahmein ne mérite pas que l’on s’attarde sur lui. Il a été placé à ce poste par les mêmes groupes politico-militaires qui m’ont combattu. Même sa présence à Rome [lors de la conférence des Amis de la Libye, le 6 mars, où le pays était représenté pardeuxdélégationsconcurrentes]amontré les limites du personnage. Il n’est pas maître de ses choix, il est la marionnette des islamistes. Avez-vous quitté précipitamment la Libye pour des raisons de sécurité?

Non, pas du tout. Aujourd’hui, la Libye estauxmainsdesmilices.Unepartiedeces groupesarméssoutenaientmongouvernement, d’autres servent des intérêts divers. Ma seule inquiétude était que la situation ne dégénère et que le sang ne coule. Mais jen’aipaspeuretjeprévoisderetourneren Libye dans les prochaines semaines. Ne craignez-vous pas d’être tué?

JEUNE AFRIQUE: Pourquoi contestez-vous votre limogeage? ALI ZEIDAN : La procédure suivie est

complètement illégale. Le gouvernement n’a pas été convoqué ni questionné avant ce vote. Il n’a même pas eu l’occasion de répondre, voire de démissionner s’il le souhaitait.Jemeconsidèretoujourscomme le Premier ministre de la Libye.

Si j’avais une telle crainte, j’aurais déjà quitté le pouvoir après mon enlèvement le 11 octobre 2013 ou après les innombrables attaques armées contre le siège de la primature.

quenousdevonsmaintenirdanslerespect de notre souveraineté. Le ministre des Affaires étrangères MohamedAbdelaziz a récemment prôné la restauration de la monarchie des Senoussi comme un préalable au retour de la stabilité, qu’en pensez-vous?

Lamonarchieestuneoptiondébattueen Libye, pas seulement par Abdelaziz. Tout ce qui est de nature à ramener la stabilité est bienvenu. Mais comme pour la revendication fédéraliste, cela doit être réglé de manière démocratique, par référendum. Vous n’avez pas réussi à désarmer les milices. Comment lutter contre le trafic d’armes et amorcer une démilitarisation?

Laproliférationdesarmesetl’extrémisme religieuxserenforcentmutuellement,cequi constituelapremièremenacepourlastabilité. Il est grand temps qu’une coopération internationalesemetteenplace,qu’ellesoit onusienne,arabeouafricaine.L’essentielest de sortir la Libye de ce chaos et de sauver ainsi toute la région. Pour ma part, j’ai toujours cherché à garder le contact avec les milices et à maintenir le dialogue. L’instabilité en Libye n’est-elle pas due à l’incapacité de maîtriser les frontières, surtout avec le Tchad et le Niger ?

Pas du tout. L’insécurité s’explique d’abord par la circulation des armes à l’intérieur du pays. Le congrès de Rome a proposé la création d’un mécanisme de contrôle des zones frontalières. Mais rien n’a encore été activé. Je ne veux pas anticiper les événements, mais les

Je suis favorable à la réconciliation nationale, y compris avec les kaddafistes.

Qui est responsable de votre limogeage?

J’ai été la cible de deux blocs de parlementaires intégristes qui veulent contrôler l’ensemble du CGN: le Bloc de fidélité au sang des martyrs et celui des Frères musulmans. Ils se sont opposés à mon élection il y a seize mois et ont systématiquement cherché à me démettre.

Certains vous accusent d’avoir laissé le pays aux mains des islamistes…

prochains mois devraient être décisifs.

C’estfaux.LaLibyeestencoreauxmains des Libyens, et nous ferons face aux terroristes.D’autresquemoidéfendentlesidées d’ouverture et de tolérance.

Est-il nécessaire de faire intervenir des forces internationales pour stabiliser la situation sécuritaire ?

Êtes-vous l’homme des Occidentaux? Vous avez été accusé par le CGN de détournements de fonds massifs…

Uneenquêteestencoursetnousverrons bien quelles sont les preuves. C’est donc la guerre ouverte avec le président du CGN, Nouri Abou Sahmein? N O 2779 • DU 13 AU 19 AVRIL 2014

Jesuisunpatrioteauservicedesintérêtsde monpays.Enmêmetemps,nousn’avonspas à rougir de nos relations avec les pays occidentaux.Nousavonsdesintérêtscommuns. La France nous a soutenus pendant notre révolution. Nous avons de vieilles relations avecleRoyaume-Uni,lesÉtats-Unis,l’Italie,

Je pense que les Libyens doivent réfléchir par eux-mêmes à la nature du mécanisme de sécurité à mettre en place. Gouvernement et Parlement doivent agir de concert. Or le problème est que le CGN a d’autres enjeux en tête. Je vous donne un exemple : le gouvernement a émis une condamnation claire du terrorisme et a demandé l’aide internationale pour le combattre. Cette position officielle a JEUNE AFRIQUE


Maghreb Moyen-Orient

été alors transmise au CGN. Au lieu de l’endosser, la majorité parlementaire a cherché à noyer le débat en demandant au préalable que l’on définisse le terrorisme. Les partisans de l’ancien régime représentent-ils un danger ?

Les kaddafistes ne représentent pas réellement un danger. Le CGN a commis une grave erreur en adoptant les lois d’isolation politique [qui excluent de la vie publique tout ancien collaborateur du régime de Kaddafi]. Tous ceux qui ont servi sous l’ancien régime ne sont pas des criminels. Si on persiste à les exclure, ils n’auront d’autre choix que de devenir nos ennemis. J’appelle donc à un dialogue et à un processus de réconciliation nationale pour leur permettre de retourner en Libye et de participer à la reconstruction du pays. Quel doit être le rôle de la nouvelle Libye en Afrique ?

Auparavant, la relation avec les pays africains était centrée sur la personne JEUNE AFRIQUE

de Mouammar Kaddafi. Aujourd’hui, la Libye doit revenir sur le continent avec des projets réalistes et fondés sur la défense d’intérêts communs. Par ailleurs, nous avons relancé le Cen-Sad avec nos voisins et nos partenaires, notamment le Tchad et le Niger. Comment avez-vous convaincu Mahamadou Issoufou, le président nigérien, de vous livrer Saadi Kaddafi et Abdallah Mansour ?

Je ne l’ai pas convaincu personnellement. Ce sont les preuves qui l’ont convaincu que ces personnes avaient le projet de déstabiliser la Libye. Comment sont vos relations avec l’homme fort de l’Égypte, le maréchal Abdel Fattah al-Sissi ?

Bonnes. Nous sommes d’accord sur le danger que représentent les Frères musulmans. Nous travaillons avec tous les pays arabes pour la stabilité et la sécurité communes. Même avec le Qatar, en dépit de quelques sujets sensibles.

Pourquoi l’Égypte ne veut-elle pas remettre Ahmed Kaddaf Eddam [cousin de Kaddafi] aux autorités libyennes ?

Je ne peux parler au nom de l’Égypte, car c’est un pays souverain. Nous avons émis un mandat d’arrêt via Interpol. Quel plan de sortie de crise voulez-vous mettre en œuvre à votre retour ?

Il faut dissoudre le CGN et élire un véritable Parlement et un président. Le problème tient à la qualité des personnes qui siègent aujourd’hui au CGN. En majorité, elles ne comprennent rien à la politique, ni à l’économie, ni aux affaires internationales. Elles savent bien que si le CGN est dissous, elles n’auront plus d’avenir politique. Je rappelle qu’aucun candidat des deux blocs islamistes majoritaires n’a été élu lors des élections du groupe des soixante [élus de la Constituante]. C’est pourquoi les extrémistes s’agrippent au pouvoir et veulent contrôler le pays. Je ne les laisserai pas faire. l Propos recueillis par JOAN TILOUINE N O 2779 • DU 13 AU 19 AVRIL 2014

CAMILLE MILLERAND POUR J.A.

t À l’hôtel InterContinental, à Paris, le 1er avril.

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AIC PRESS

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CASABLANCA

Peur sur la ville La multiplication des actes de délinquance dans la capitale économique marocaine nourrit un fort sentiment d’insécurité au sein de la population. Qui ne cache plus son ras-le-bol.

S

i la saleté envahissante, les klaxons intempestifs, le niveau de pollution atmosphérique inquiétant sont autant de motifs de désamour pour les habitants de la capitale économique du Maroc, ce sont les vols avec violences et les agressions à l’arme blanche qui restent en tête de la liste des griefs. Deux faits divers récents ont particulièrement marqué les esprits: une attaque contre un salon de coiffure huppé dans un beau quartier et la descente de dizaines de jeunes hooligans armés de sabres contre les joueurs du Wydad de Casablanca (l’un des deux grands clubs de football de la ville), qu’ils ont dépouillés de tous leurs biens après les avoir pris en otages et abreuvés d’insultes pour leurs résultats sportifs jugés insuffisants. « Casablanca, où se côtoient riches et pauvres, est la ville des disparités sociales les plus criantes. C’est la ville des gratte-ciel et des bidonvilles. C’est le centre de la finance et des affaires, mais aussi de la misère, du chômage et d’autres maux. » Ce constat sans appel n’est pas celui d’un opposant ou d’une plume nihiliste. Ce sont les mots de Mohammed VI, en octobre 2013, lors N O 2779 • DU 13 AU 19 AVRIL 2014

de l’ouverture de la session d’automne du Parlement. Consacrant une large partie de son adresse aux élus aux problèmes de Casablanca, le roi avait alors su se montrer solidaire, faisant état de sa préoccupation face à la situation vécue au quotidien par les Bidaouis. TCHARMIL. La presse en ligne n’a pas

manqué de se ruer sur ces sujets très rentables en clics. C’est alors que le grand publicadécouvertunphénomènejusquelà connu des seuls initiés : le tcharmil, en référence à la charmoula, une marinade

Maîtres mots du ministère de l’Intérieur : rapidité et fermeté. qui accompagne les viandes et nécessite l’usage de grands couteaux de boucher, tels ceux exhibés par de jeunes délinquants, qui, par bravade, postent sur Facebook les photos de leurs exploits, armes et butins. Fanfaronnade ou trouble à l’ordre public? Pour la police judiciaire, c’est surtout une belle occasion de mettre en avant son travail.

 Butin : survêtements, portables, montres, basket…

En visite à Casablanca pour présider la cérémonie de signature des conventions de financement du nouveau quartier du port – marina, résidences de luxe, centres commerciaux, cité des sciences – pour un montant global de 6 milliards de dirhams d’investissement (532 millions d’euros) et lancer la nouvelle stratégie industrielle du gouvernement (voir J.A. no 2778), Mohammed VI ne pouvait ignorer le ras-le-bol des habitants, en proie à une paranoïa sécuritaire galopante. Comme à chaque visite royale, Casablanca bruisse de rumeurs de limogeage de responsables de la sécurité. Le 7 avril, le ministère de l’Intérieur a donné des instructions à tous les services pour réagir et rassurer la population, à Casablanca et dans les autres régions. Rapidité et fermeté sont les maîtres mots d’une véritable opération de communication au cours de laquelle journalistes et photographes sont invités, quasi quotidiennement, à constater les arrestations qui se succèdent. Dans une version un peu cheap du perp walk (marche de celui qui a perpétré le crime), des jeunes sont filmés de dos, derrière des tables parsemées de butins présumés de vol : quelques montres, des survêtements, des sabres et autres armes blanches. Pour les programmes de réinsertion et la présomption d’innocence, il faudra repasser… l YOUSSEF AÏT AKDIM JEUNE AFRIQUE


Maghreb Moyen-Orient ÉGYPTE

Kaki business L’annonce par l’armée d’un don de plusieurs terrains pour la construction de 1 million de logements sociaux relance les spéculations sur son poids économique et financier.

LARGE SPECTRE. Selon des analystes occidentaux, l’empire économique de l’armée représenterait 40 % de l’économie nationale. Un chiffre largement exagéré, selon le général Mohamed Amin, chargé des affaires financières et des intérêts économiques des militaires. Ce dernier, qui a récemment rejoint le Conseil suprême des forces armées (CSFA), évalue à 1,75 milliard de dollars la valeur totale des avoirs de l’institution au 30 juin 2013, soit moins de 1 % du PIB. « Toutes nos entreprises ont d’abord pour objectif d’assurer à l’armée une autosuffisance afin qu’elle ne devienne pas un fardeau pour les pouvoirs publics », explique le général Amin dans un entretien au Financial Times. Sur son site web, le ministère de la Défense recense une longue liste d’entreprises sous son contrôle dont les activités couvrent un large spectre (pâtes, eau minérale, ciment, gaz industriels, insecticides, engrais…). L’armée est également un grand propriétaire terrien, est active dans le secteur de JEUNE AFRIQUE

les Émirats arabes unis portant sur la construction de 50 000 logements, des écoles, des centres médicaux et des ponts de chemin de fer. Ce sont des entreprises appartenant à l’armée qui se sont vu confier ces chantiers, soustraitant certaines tâches à des sociétés privées, lesquelles sont habituées à travailler avec les militaires, jugés plus efficaces que l’État pour mener à bien ce type de grands projets, et plus sûrs en termes de paiement. Hommes d’affaires et experts sont plutôt sceptiques quant aux affirmations selon lesquelles l’armée détiendrait une part significative de la production nationale. « Je n’y crois pas, confie un économiste cairote. En revanche, les propriétés foncières représentent une richesse importante, ce qui est différent des parts dans le PIB. » Si les activités économiques de l’armée sont sans com-

l’agriculture mais aussi de la construction navale et possède ses propres hôtels, clubs et hôpitaux, dont beaucoup sont ouverts au public. Bien que les comptes de cette galaxie d’entreprises demeurent opaques, tout comme le budget de la Défense, le général Amin soutient que les données financières sont transmises à l’agence centrale d’audit chargée de surveiller les dépenses publiques. En novembre dernier, le gouvernement de transition avait suscité bien des craintes en annonçant que des appels d’offres pourraient être annulés afin de perEn 2011, l’institution militaire mettre l’octroi de contrats avait prêté 1 milliard de dollars… publics à l’armée ou à des entreprises étatiques de à la Banque centrale. son choix. Selon des analystes proches du gouvernement, cette mune mesure avec celles des grandes décision était motivée par la volonté entreprises du secteur privé, l’instid’accélérer la relance économique dans tution est plus puissante que jamais, tant financièrement – elle a, en 2011, un environnement postrévolution et prêté 1 milliard de dollars à la Banque de prémunir des ministres contre un secteur privé redouté pour son niveau centrale – que politiquement. l de corruption. Dans la foulée, l’armée HEBA SALEH a été chargée de mettre en œuvre un © Financial Times et Jeune Afrique 2014 projet d’aide économique financé par Tous droits réservés

DAVID DEGNER

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’

armée égyptienne fait un retour fracassant sur la scène économique avec l’annonce, en mars, d’un don de plusieurs terrains – en tout 160 millions de m2, répartis dans treize provinces, notamment dans le Sud – qui serviront à la construction de 1 million de logements sociaux. Le projet a été confié à Arabtec, une société de bâtiment émiratie. Ce don, ajouté à l’octroi par le gouvernement de grands projets d’infrastructures d’un montant de 1 milliard de dollars (724,4 millions d’euros) à des sociétés détenues par des militaires, a relancé les spéculations sur un secret bien gardé : le poids économique et financier de l’armée. Cette initiative laisse aussi à penser que les militaires veulent accroître leur influence dans la sphère économique après s’être imposés sur le terrain politique en renversant le président islamiste élu Mohamed Morsi, en juillet 2013.

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p Centre de distribution de produits alimentaires fabriqués par des sociétés contrôlées par le ministère de la Défense. N O 2779 • DU 13 AU 19 AVRIL 2014


Maghreb Moyen-Orient TUNISIE

Le blues des filles de joie

t Une prostituée de l’impasse Sidi-AbdallahGuech, en février 2011, à Tunis.

Des prostituées réclament la réouverture des maisons closes, dont certaines ont été fermées sous la pression des salafistes. Et veulent retrouver le statut protégé qui était le leur.

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ne manifestation de femmes sur la place du Bardo? Rien de plus normal depuis l’installation de l’Assemblée nationale constituante (ANC) sous la coupole de l’ancien palais beylical, fin 2011. Mais, en ce 11 mars, ce sont une dizaine de prostituées de Sousse (Sahel) qui sont venues battre le pavé pour interpeller les élus et réclamer la réouverture des maisons closes. « Le 8 mars, ils ont célébré les femmes, en oubliant celles qui ne sont pas à la fête. Nous étions 40 et faisions vivre nos familles, soit près de 300 personnes », s’insurge l’une d’elles. Toutes sont sans ressources depuis que des salafistes les ont expulsées du quartier qui leur avait été concédé sous les remparts de Sousse et ont obtenu des autorités sa fermeture. Le même scénario s’est reproduit au Kef, à Béja et à Kairouan. « Sur 14 maisons closes en Tunisie, seules 4 sont encore opérationnelles », indique un policier en civil qui surveille les abords de l’ANC. Au même moment, on s’empressait de tirer la lourde porte de fer qui désormais marque l’entrée de l’impasse Sidi-Abdallah-Guech, dans la médina, aménagée en une multitude de réduits qu’occupent les filles de joie de Tunis. « Ici, nous avons été protégées; les forces de l’ordre sont intervenues immédiatement quand, le 8 février 2011, N O 2779 • DU 13 AU 19 AVRIL 2014

les barbus ont voulu détruire et murer nos locaux.Voilààquoiilsavaientlatêtequand le pays faisait sa révolution ! » raconte Naïma, l’une des locataires de l’ancien bordel indigène de l’époque coloniale. Elle revendique, comme ses consœurs, un statut conforme à la réglementation en vigueur, car en Tunisie l’activité en maison close est reconnue et contrôlée par l’État. Le ministère de l’Intérieur recense ainsi les travailleuses du sexe, leur assure deux fois par semaine une visite médicale et leur octroie la qualité d’employée du ministère à titre de profession sur leur

carte d’identité. En dehors de ce cadre, l’activitéestconsidéréecommeduracolage et tombe sous le coup de la loi. Les prostituées de Sousse ont été reçues par la vice-présidente de l’ANC, Mehrezia Labidi, du parti islamiste Ennahdha, qui a été la seule personnalité à se prononcer sur la question : « En tant qu’élue, je suis prête à les écouter et à examiner leurs revendications, d’autant que ces femmes vivent dans des conditions sociales et financières difficiles. » Les autres partis politiques préfèrent éluder le sujet pour ménager les susceptibilités de leurs électeurs, tandis que les mouvements féministes et démocrates rejettent ce qu’ils considèrent comme une exploitation et soutiennent la fermeture des maisons closes, rejoignant ainsi, pour des raisons

DU CÔTÉ DES GAYS SI ÊTRE GAY EST difficile à assumer dans un pays musulman, faire commerce de son corps l’est encore plus. La prostitution masculine est d’autant plus discrète que l’homosexualité est interdite et sévèrement sanctionnée par la loi. Pourtant, le phénomène existe et prend de l’ampleur.

Pendant longtemps, on a imputé la prostitution des hommes, surtout jeunes, à l’essor du tourisme sexuel, mais aujourd’hui, il y a une demande locale. « Grosso modo, 10 % desTunisiens sont homos. Beaucoup s’en cachent ; la prostitution en est une conséquence. Dans les zones urbaines, les gays ont leurs lieux de

prédilection – cafés, hammams –, où ils peuvent faire des rencontres ou satisfaire des clients curieux et qui cherchent, paradoxalement, à affirmer leur virilité », préciseYasser, qui tapine sur l’avenue Mohammed-V, quand il ne racole pas dans des soirées privées. l F.D. JEUNE AFRIQUE

FETHI BELAID/AFP

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Coulisses différentes, les plus conservateurs. « Au nom des droits humains, plusieurs pays ont fermé les maisons closes mais sont revenus sur cette décision », explique le professeur Ridha Kamoun, président de l’Association tunisienne de lutte contre les maladies sexuellement transmissibles (MST) et le sida, même s’il ajoute qu’il est difficile d’établir une corrélation entre la fermeture des maisons closes et une éventuelle augmentation des agressions sexuelles ou la diffusion des MST, tout en notant que « les chiffres du sida sont stables mais dans certaines populations à risque, dont celle des prostituées, on est dans une phase d’épidémie concentrée avec des taux qui sont passés de 0,03 % à 13 % depuis 2010 ».

FRIDA DAHMANI, à Tunis JEUNE AFRIQUE

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ISRAËL-PALESTINE BIBI OU LA STRATÉGIE DU POURRISSEMENT En déclarant, le 8 avril, qu’Israël était responsable du blocage des négociations de paix, le secrétaire d’État américain, John Kerry, n’a pas fait vaciller Benyamin Netanyahou. Le lendemain, le Premier ministre israélien demandait à ses ministres de restreindre leurs contacts avec leurs homologues palestiniens. « Fâcheux », répliquait Washington. L’escalade a débuté le 29 mars, quand Tel-Aviv refuse de libérer le dernier contingent des 104 détenus palestiniens qu’il s’était engagé à relâcher, prétextant le refus de Ramallah de reconnaître Israël comme « État juif ». En réponse, le chef de l’Autorité palestinienne (AP) déclarait que son État ferait acte de candidature à quinze organes de l’ONU, la hantise d’Israël, qui annonçait dans la foulée la construction de 700 logements à Jérusalem et menaçait l’AP de sanctions financières. Un pourrissement qui n’est pas de bon augure à quelques jours de la date butoir des négociations fixée au 29 avril. l t Benyamin Netanyahou à l’issue du Conseil des ministres du 6 avril.

GALI TIBBON/AP/SIPA

ESPACES RÉGULATEURS. Aujourd’hui,

la prostitution est une réalité qui s’organise surtout de manière clandestine pour répondre aussi à la demande étrangère. Quand les filles d’Abdallah-Guech facturent leurs prestations entre 3 et 10 euros et paient des impôts, certaines clandestines « peuvent se faire jusqu’à 1500 euros par mois ! » affirme Leïla, 22 ans, qui a abandonné ses études et pour laquelle « vendre son corps » est moins immoral que voler ou dealer. Elle rappelle que dans des quartiers comme Ennasr, le racolage dans les cafés est monnaie courante et que les cinémas du centre-ville sont aussi devenus, à certaines heures, des lieux de passe. Leïla assume sa situation, mais Yamina, 35 ans, qui fait de l’e-prostitution, justifie son choix par l’enfant qu’elle a à charge. Dans ce milieu interlope, aucune fille de joie n’évoque de proxénète. Pourtant, la brigade des mœurs assure que les réseaux existent et que ce n’est pas tant les prostituées que leurs souteneurs qui les intéressent. « Je ne me hasarde pas avec des inconnues ; je préfère une maison close où les filles sont propres, même si elles ne sontplustoutesjeunes»,reconnaîtKhaled, un artiste qui fréquente Abdallah-Guech depuis plus de quarante ans. Quant à l’opinion, si elle s’offusque du racolage trop voyant, elle ne conteste pas l’utilité de la prostitution. « Dans une société coincée par les tabous autour du sexe, du corps et de la femme, il faut des espaces régulateurs pour endiguer les pulsions. Contrairement aux idées reçues, ici l’atmosphère est bon enfant, cette gaudriole est certainement plus saine que ce que l’on peut imaginer », conclut Khaled. l

Maghreb & Moyen-Orient

SYRIE MORT D’UN HOMME DE PAIX Prêtre jésuite néerlandais, le père Van der Lugt, 75 ans, vivait en Syrie depuis 1966 et avait refusé de quitter le pays par solidarité avec une population dont il était très proche. Le 7 avril, un homme est venu chercher à son domicile, à Homs, celui qui déclarait en février qu’il se sentait « comme un Arabe parmi les Arabes », l’a sorti dans la rue, avant de lui tirer deux balles dans la tête.

IRAN - 5+1 KHAMENEI REDIT « OUI » Le Guide suprême de la République islamique d’Iran a déclaré le 9 avril qu’il approuvait la décision de son gouvernement de mener des négociations avec la

communauté internationale sur le programme nucléaire afin de « faire éclater la vérité ». Selon Mohammad Javad Zarif, chef de la diplomatie iranienne, les deux parties seraient parvenues à s’entendre à « 50 % ou 60 % » sur les contours du futur accord.

ÉGYPTE TRIO TRAHI Poursuivis pour avoir participé à une manifestation interdite contre une loi restreignant le droit de se rassembler, trois figures « laïques » de la révolution, Ahmed Maher, Mohamed Adel et Ahmed Douma, tous membres du Mouvement du 6-Avril, ont vu, le 7 avril, leur condamnation à trois ans de prison confirmée en appel. Leur avocat entend se pourvoir en cassation et, si nécessaire, saisir la Cour africaine des droits de l’homme. N O 2779 • DU 13 AU 19 AVRIL 2014


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Europe, Amériques, Asie

ÉTATS-UNIS

ON THE ROAD

AGAIN Ex-First Lady, ex-secrétaire d’État et ex-rivale d’Obama, Hillary Clinton est loin d’avoir fait une croix sur la présidence. Son staff de campagne est déjà en place et piaffe d’impatience. Si tout va bien, elle deviendra en 2016 la première femme à diriger l’hyperpuissance planétaire.

JEAN-ÉRIC BOULIN,

E

lle est partout. Même quand elle n’exerce aucune fonction officielle, Hillary Clinton (66 ans) sature l’espace public. Sa très probable candidature à la présidentielle de 2016 – elle devrait se déclarer l’année prochaine – est en train de virer à l’obsession. En janvier, elle a fait simultanément la couverture de Time et du New York Times. Dans les deux cas, la métaphore était la même : la « planète Hillary » autour de laquelle l’ensemble du système politique américain est censé graviter. Un mois plus tard, un énième livre a été publié sur le sujet. Son titre ? HRC, pour Hillary Rodham Clinton, comme il y eut naguère JFK. Seule entorse à cette clintonmania aiguë : l’annulation par NBC et CNN d’une minisérie et d’un documentaire consacrés aux époux Clinton. Les républicains ne supportaient pas l’idée que Hillary puisse être présentée sous un jour par trop favorable… Il faut dire que sa popularité reste au zénith: 60 % des Américains ont d’elle une opinion favorable, contre 47 % pour le vice-président Joe Biden, qui devrait être son challengeur le plus sérieux lors de la primaire démocrate. Même le redoutable Robert Gates, qui fut le secrétaire à la Défense de G. W. Bush avant d’être celui de Barack Obama, l’épargne dans ses Mémoires publiés au début de l’année – alors qu’il étrille allègrement l’ensemble de l’establishment washingtonien. Deux mots reviennent constamment pour décrire Hillary: compétence et loyauté. Malgré son affrontement très dur avec Obama lors de la primaire de 2008, elle fut une secrétaire d’État fidèle, qui s’abstint N O 2779 • DU 13 AU 19 AVRIL 2014

même d’informer son ancien président de mari de l’envoi d’un commando au Pakistan pour assassiner Oussama Ben Laden… Elle sera une candidate d’autant plus difficile à battre que sa machine de campagne tourne déjà à plein régime. Son comité de soutien, un super-PAC baptisé Ready for Hillary, est en place et s’apprête à collecter à son profit des millions de dollars auprès (notamment) des gros donateurs démocrates. Ceux qui ont fait le succès des deux campagnes d’Obama. Selon certaines estimations, le trésor de guerre de Mrs Clinton – qui, depuis qu’elle n’est plus secrétaire d’État, se fait payer 200 000 dollars pour chacun de ses discours – pourrait atteindre 1,7 milliard de dollars. Record absolu. Une équipe de choc a également été constituée afin de combattre les contrevérités qui pourraient être proférées sur son compte. En choisissant de lancer très tôt sa campagne de 2016, Hillary s’efforce semble-t-il de désamorcer les conflits d’ego qui avaient miné celle de 2008. Quant à Bill Clinton, il devrait jouer cette fois un rôle plus marginal, par crainte du caractère imprévisible de certaines de ses interventions.

à New York

TALON D’ACHILLE. Alors, Hillary a-t-elle déjà

u Affiche de soutien à la probable candidate démocrate, à New York, en décembre 2013.

gagné ? Pas si sûr, car elle conserve des points faibles, notamment son passé de First Lady. La présidence de son mari reste un talon d’Achille sur lequel les républicains ne se font pas faute de tirer. Très probable candidat à la primaire républicaine, le sénateur Rand Paul a par exemple critiqué dans une récente interview le « comportement prédateur » de Bill Clinton à l’égard de Monica Lewinsky. Ce scandale vieux de plus de quinze années vient de refaire surface avec la publication par un site conservateur de la correspondance échangée l l l JEUNE AFRIQUE


Europe, Amériques, Asie

WALTER MCBRIDE/CORBIS

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JEUNE AFRIQUE

N O 2779 • DU 13 AU 19 AVRIL 2014


Europe, Amériques, Asie États-Unis entre Hillary et Diane Blair, l’une de ses amies prochesdécédéeen2000.HillaryyqualifieLewinsky de «timbréenarcissique»,maissoulignelecaractère consensuel de sa relation avec Bill: non, ce dernier n’aurait à aucun moment mit à profit son statut de président pour parvenir à ses fins avec Lewinsky. Une révélation qui a déçu beaucoup de femmes enclines à voir en Hillary un exemple. La future candidate se qualifie d’ailleurs, à plusieurs reprises, de glass ceiling cracker : celle qui a brisé le plafond de verre. Cette correspondance montre aussi une First Lady complètement bunkerisée et se méfiant comme de la peste des journalistes : « beaucoup d’ego et pas de cervelle », dit-elle. Une image confortée par la récente publication, dûment autorisée cette fois, de milliers de pages d’archives de la présidence Clinton. On y découvre une Hillary très impliquée dans la lutte politique, qui, en 1993, lutta de toutes ses forces, mais en vain, pour faire aboutir son projet de réforme de l’assurance santé. Ironie du sort, l’Obamacare, la réforme de ce même système de santé que l’actuel président a, lui, réussi à faire adopter – non sans mal! – pourrait constituer un véritable boulet dans sa course à la présidence: une nette majorité d’Américains en a une opinion défavorable. lll

OPAQUE. L’attaque du consulat américain à

Benghazi le 11 septembre 2012 – elle a endossé l’entière responsabilité de ce drame – devrait également donner du grain à moudre à ses adversaires. De même que son bilan en tant que secrétaire d’État, plutôt maigre comparé à celui de l’hyperactif John Kerry. Et puis, il est permis de s’interroger sur les raisons qui l’ont poussée à conserver Huma Abedin comme assistante personnelle. La jeune femme est mariée à Anthony Weiner, éphémère candidat à la mairie de New York. Or celui-ci avait l’étrange habitude d’envoyer des textos salaces à d’innombrables femmes à travers le pays ! Autre zone d’ombre, la santé financière de la Fondation Clinton – récemment rebaptisée Fondation Bill, Hillary and Chelsea Clinton. Celle-ci soutient de nombreux projets pour la défense des droits des femmes à travers le monde. Mais, selon le New York Times, l’opacité de son financement pose problème. Le déficit budgétaire qu’elle accuse depuis plusieurs années aussi. Si Hillary se présente à la présidentielle, on risque de voir éclore diverses accusations de conflit d’intérêt. Chelsea, la fille du couple, vient d’ailleurs d’être bombardée à sa tête pour déminer le terrain et remettre un peu d’ordre dans cette pétaudière. Autre lièvre levé par le quotidien new-yorkais : les liens entre Hillary et Victor Pinchuk, magnat de l’acier ukrainien et, accessoirement, gros contributeur de la Fondation Clinton. Des liens plus qu’embarrassants depuis que les propriétaires de plusieurs aciéries en Ohio et en Pennsylvanie ont traînéPinchukdevantlestribunauxaméricainspour N O 2779 • DU 13 AU 19 AVRIL 2014

t La mère et la fille à la Maison Blanche, en novembre 2013.

LA NOUVELLE VIE DE CHELSEA APRÈS S’ÊTRE longtemps cherchée professionnellement – elle a fait du conseil financier avant de devenir journaliste sur la chaîne NBC –, Chelsea Clinton, 34 ans, a enfin trouvé sa voie : gardienne du temple familial. Il y a deux ans, elle a été nommée vice-présidente de la Fondation Clinton, qui porte désormais son prénom accolé à ceux de ses parents. Une arrivée qui a fait grincer quelques dents chez les vieux complices de Bill qui géraient jusqu’ici la fondation. C’est notamment le cas de Doug Band, qui est un peu comme un fils pour l’ancien président. Selon les mauvaises langues, c’est Band qui serait à l’origine

Parmi ses handicaps : son âge, sa santé et son bilan au secrétariat d’État.

des rumeurs insistantes sur les problèmes conjugaux de Chelsea et de son mari, Marc Mezvinsky. La jeune femme n’a pas attendu pour imprimer sa marque. Elle a diligenté un audit des finances de la fondation et veille sur l’héritage de son père. Elle s’est notamment beaucoup impliquée dans le tournage par Martin Scorsese d’un documentaire sur lui pour la chaîne HBO. Enfin, dans une interview pour Vogue en 2012, elle n’excluait pas de se présenter un jour à une élection. Que diable, on est une Clinton ou on ne l’est pas ! l J.-É.B.

concurrence déloyale. On peut rêver mieux pour séduire l’électorat ouvrier de ces deux swing States! Et si, contre toute attente, Hillary décidait finalement de ne pas briguer la présidence ? D’abord, en raison de son âge : elle aura 69 ans en 2016. D’autre part, sa santé pourrait être meilleure : en décembre 2012, on lui a découvert un caillot de sang dans le cerveau, et cette alerte pourrait l’avoir fait réfléchir. D’ailleurs, elle évoque à longueur d’interviews le bonheur qu’elle éprouve désormais à « regarder des films stupides » avec Bill – qu’elle voyait très peu quand elle était secrétaire d’État ? Dans sa correspondance avec Diane Blair, elle ne cessait de se plaindre de sa vie à Washington, cette « ville folle ». Alors, la question ne peut pas ne pas être posée : a-t-elle vraiment envie de revenir à la Maison Blanche ? Mais peu importe après tout son envie : on n’échappe pas à son destin. Surtout lorsqu’on s’appelle Hillary Rodham Clinton. l JEUNE AFRIQUE

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Europe, Amériques, Asie DIPLOMATIE

La guerre par d’autres moyens

Principaux pays sanctionnés par les Nations unies et les pays occidentaux

Frapper les intérêts russes à l’étranger pour dissuader le Kremlin d’envahir de nouveau l’Ukraine ? Cette politique de sanctions ciblées est dans l’air du temps. Ses résultats sont pourtant mitigés.

P

lusieursraisonsexpliquentquela crise du canal de Suez, en 1956, soit l’un des moments clés de l’histoire moderne. Elle illustra le déclin de l’empire britannique, témoigna delamontéeenpuissancedunationalisme arabe et donna lieu à un très exceptionnel désaccord entre le gouvernement des États-Unis et Israël. Mais la crise de Suez fut aussi la preuve que des sanctions internationales peuvent, par exception, contraindre un gouvernement à retirer ses troupes d’un territoire conquis par la force. Quand Dwight Eisenhower, le président américain, menaça de bloquer l’octroi au RoyaumeUni de prêts internationaux, il déclencha une ruée sur la livre sterling et contraignit les forces britanniques, françaises et israéliennes à se retirer de la zone du canal dont elles avaient chassé les Égyptiens.

Les États-Unis mettent actuellement en œuvre vingt-quatre programmes de sanctions contre des pays (Côte d’Ivoire, Biélorussie, Syrie) ou des sociétés impliquées dans le trafic des « diamants de la guerre ». Mais depuis les années 1990, ces programmes semblent être moins rigoureusement appliqués. Il est vrai que les sanctions imposées à l’Irak ou à Cuba, par exemple, sont notoirement des échecs. Dans le premier de ces pays, elles ont eu pour principal résultat de renforcer le pouvoir en place : contrôle accru sur les activités commerciales, développement de la corruption… Dans le second, où elles ont été instaurées il y a un demi-siècle, on attend toujours qu’elles contribuent au renversement des frères Castro ! C’est la raison pour laquelle, dans les années 1990, l’administration Clinton fut amenée à introduire la notion de sanction « ciblée », qui permet de punir tel individu particulier,telle entitéclairementidentifiée plutôt qu’une population entière. Pendant laguerredesBalkans,certainsmembresdu gouvernement serbe furent ainsi pris pour cible. De même, on s’employa à bloquer les avoirs bancaires de certains barons sud-américains de la drogue. On appelait cela, à l’époque, la « liste Clinton »… Après les attentats du 11 Septembre, l’administration Bush s’attaqua au système financier dans son ensemble. Elle entreprit de bloquer les transferts de fonds illicites, tenta d’utiliser la prééminence du dollar dans la finance mondialisée pour

ISOLEMENT. Après l’invasion de la Crimée, le mois dernier, Américains et Européens ont averti la Russie qu’elle s’exposait à de sévères sanctions internationales. L’administration Obama a parlé de l’« isoler » économiquement, à la fois pour la punir et pour l’amener à renoncer à l’avenir à tout aventurisme militaire. « Ensemble, par le biais des sanctions, nous avons imposé à l’annexion un coût qui a marqué la Russie, a estimé le président, le 26 mars à Bruxelles. Et si les dirigeants de ce pays s’obstinent dans la même voie, qu’ils soient assurés que, ensemble, nous allons renforcer leur isolement. » Il est bien difficile de contraindre En dépit de l’enthouun État à s’amender. Surtout siasme américain, l’Histoire depuis Suez démontre après une occupation militaire. qu’une telle politique ne donne que des résultats mitigés : il est neutraliser les banques soupçonnées de financer le terrorisme… Le département bien difficile de contraindre un État à changer d’attitude, singulièrement après du Trésor mit en œuvre des moyens consiune occupation militaire. « Les sanctions dérables pour développer des capacités ne forceront pas la Russie à quitter la autonomes en matière d’espionnage : au renseignement humain et électromagnéCrimée », confirme l’universitaire amétique s’ajouta bientôt le renseignement ricain Daniel Drezner. N O 2779 • DU 13 AU 19 AVRIL 2014

Sanctionnés par Nations unies Union européenne États-Unis Autres pays/organisations intergouvernementales

Type de sanction Financière Interdiction de voyager Embargo sur les armes SOURCE : FINANCIAL TIMES

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Sur les produits de base Aérienne/ maritime Diplomatique

financier. Plusieurs de ses responsables se rendirent dans un château près de Bruxelles où se trouve le siège du Swift, le système de paiement international, afin d’obtenir l’autorisation de consulter sa base de données et de repérer d’éventuels transferts de fonds réalisés par tel ou tel groupe terroriste. Au cours des dernières années, nombre de ces nouveaux outils ont été utilisés contre l’Iran. L’opération passe pour l’un des succès les plus éclatants de la politique des sanctions. Reste au moins une question. Cette politique aura-t-elle un impact quelconque sur l’attitude de la Russie au cours des prochaines semaines ? Le principal atout des sanctions ciblées est leur capacité supposée à susciter des tensions entre le gouvernement mis en cause et ses partisans. Celles qu’Américains et JEUNE AFRIQUE


Europe, Amériques, Asie

BIÉLORUSSIE

RUSSIE

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CORÉE DU NORD

SYRIE

LIBYE*

CUBA

IRAN

MYANMAR CÔTE D'IVOIRE*

RD CONGO*

ZIMBABWE

SOMALIE

FIDJI

SOUDAN * Ne visent pas en premier lieu le régime en place

Européens ont décrétées à l’encontre de la Russie se concentrent sur une poignée de responsables politiques et d’hommes d’affaires proches de Vladimir Poutine. Et sur une banque notoirement proche du Kremlin. « Si vous réussissez à empêcher les oligarques de faire du business à l’étranger, vous avez une chance de voir apparaître des fissures dans le socle même du pouvoir russe. En tout cas, ça ne risque pas d’améliorer la cohésion de l’équipe dirigeante », analyse Juan Zarate, un ancien de l’administration Bush. Pourtant, il n’est nullement exclu que les sanctions contribuent au contraire au renforcement du pouvoir de Poutine. Si le big business est contraint de rapatrier ses avoirs à l’étranger, l’influence du président sur le monde des affaires n’en sera-t-elle pas accrue ? JEUNE AFRIQUE

Si les sanctions bancaires constituent un outil indiscutablement efficace pour influer sur la politique d’un État, elles doivent être utilisées avec circonspection enraisondel’énormeressentimentqu’elles sont de nature à provoquer. La plupart des gouvernements – et leurs alliés proches – détestent que les États-Unis s’arrogent le droit de décider avec qui ils sont, ou ne sont pas, autorisés à faire des affaires. DISSUASIF. Cette nouvelle politique américaine présente un autre inconvénient : il est souvent plus facile d’imposer des sanctions que de les lever. Pour contraindre l’Iran à revenir à la table des négociations sur le nucléaire, l’administration Obama a multiplié les pressions économiques. Mais sans le soutien du Congrès, fort réticent sur ce point, elle a

bien peu à offrir en échange d’éventuelles concessions de Téhéran. Les responsables américains restent pourtant convaincus de l’effet dissuasif des sanctions. Certes, il serait surprenant qu’elles contraignent les troupes russes à se retirer de la zone frontalière avec l’Ukraine, mais elles peuvent inciter Poutine à faire preuve à l’avenir de davantage de retenue. Elles ne doivent pas être considérées comme une punition pour la Crimée, mais comme la preuve que les États-Unis sont résolus à frapper les intérêts russes à l’étranger si le Kremlin s’avise d’envahir d’autres régions ukrainiennes. Comme le dit Drezner, « c’est quand elles restent à l’état de menace qu’elles sont souvent le plus efficaces ». l GEOFF DYER © Financial Times et Jeune Afrique 2014. Tous droits réservés. N O 2779 • DU 13 AU 19 AVRIL 2014


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PARCOURS | D’ici et d’ailleurs

p « Gamine, j’écrivais des tas de petites histoires sur des cahiers de brouillon », se souvient l’écrivaine précoce.

Faïza Guène Écrire, dit-elle Depuis le best-seller Kiffe kiffe demain, paru il y a dix ans et vendu à 400 000 exemplaires, la jeune auteure n’a pas cessé d’écrire. Dernier opus : Un homme, ça ne pleure pas. ELLE A SES PETITES HABITUDES, comme quelqu’un qui a beaucoup vécu. Faïza Guène, écrivaine française, 28 ans au compteur, n’a pas pris une ride, malgré le temps qui passe. Le rendez-vous est fixé près de son domicile, dans un troquet du 19e arrondissement de Paris qu’elle fréquente beaucoup. Elle est née en 1985 à Bobigny (Seine-Saint-Denis), a grandi dans la ville d’à côté (Pantin), où elle vit toujours. Ses parents sont tous les deux algériens, d’AïnTémouchent, une bourgade de 75000 habitants, à 70 bornes d’Oran, dans l’ouest de l’Algérie. Voilà pour la minibio. À part le serveur, personne ne semble la connaître. « Les gens oublient vite, mais ça ne me dérange pas. J’aime la discrétion et puis c’était il y a dix ans », dit-elle très calmement. La première fois que Faïza Guène est apparue sur les écrans de télé, c’était en N O 2779 • DU 13 AU 19 AVRIL 2014

2004. À l’époque, elle venait de publier Kiffe kiffe demain (Hachette Littérature). À la sortie du bouquin, une consœur du Nouvel Observateur avait consacré une double page à Kiffe kiffe demain en disant tout le bien qu’elle pensait du livre. Le début d’un emballement médiatique. Ce premier roman casse la baraque. Traduit en 26 langues, il se vend à 400000 exemplaires. La raison de ce succès ? L’histoire de Doria, une ado de 15 ans qui livre sa vie dans un journal intime, parle à tout le monde. Et surtout, le livre est bien écrit. Pour de nombreux journalistes de l’époque, elle est aussi l’une des rares banlieusardes à être publiée chez un gros éditeur. « Je n’ai jamais compris pourquoi on nous considère comme des écrivains de banlieue, ditelle. C’est comme si on disait pour quelqu’un qui vient du 16e que c’est un

écrivain bourgeois. » Dix ans après Kiffe kiffe demain, son statut a un peu changé. « On me considère de plus en plus comme un écrivain à part entière. Pour preuve, j’ai été invité à La Grande Librairie, l’émission littéraire de France 5, sourit-elle. Et puis en dix ans, d’autres écrivains issus de la banlieue ont émergé, alors forcément les mentalités ont évolué avec. » Entre Faïza Guène et les livres, c’est une longue histoire d’amour. Elle a sauté la classe de CP pour se retrouver directement en CE1 après la maternelle parce qu’elle savait déjà lire. « Quand le professeur m’a demandé comment j’avais appris à lire, je lui ai répondu « en regardant La Roue de la fortune », dit-elle avec un joli sourire. « Gamine, j’écrivais des tas de petites histoires sur des cahiers de brouillon », poursuit-elle. Douée pour la plume, elle devient, sans surprise, rédactrice en chef du journal de son collège, où un prof de français anime un atelier d’écriture. « Dès le premier cours, j’ai adoré. Je venais tout le temps. Je peux dire aujourd’hui que je dois une partie de mon parcours à ce prof. » Lequel JEUNE AFRIQUE


Europe, Amériques, Asie

Rédigé en deux ans, Un homme, ça ne pleure pas est sorti en début d’année chez Fayard. L’histoire se passe à Nice, où l’on suit les Chennoun, une famille algérienne, dans ses tumultes. Le livre raconte la transmission, l’héritage et le décalage qu’il peut y avoir entre les générations. Faïza Guène nous entraîne, au fil des pages, dans une histoire drôle et douloureuse à la fois. Est-ce autobiographique ? « Pas vraiment, même si, comme tous les écrivains, je m’inspire de ma vie. » Cette vie qui n’est plus la même depuis que son père a quitté le monde d’en bas : elle relativise beaucoup plus. C’était l’été dernier… L’avenir, le sien, elle le voit peut-être en Algérie, où elle se rend chaque année. « Ma mère, mon frère et ma sœur sont en France, mais le reste de ma famille est là-bas. » Continuerat-elle d’écrire de l’autre côté de la Méditerranée? « Je ne sais pas. J’écris quand je suis inspirée. Dans l’absolu, oui: j’aimerais continuer d‘écrire, mais je ne ferai pas un livre juste pour faire un livre. Il faut que j’aie des choses à raconter. » l NADIR DENDOUNE Photo : CAMILLE MILLERAND pour J.A. JEUNE AFRIQUE

ESPAGNE

Complot à la Zarzuela Le roi a-t-il, en 1980, donné son feu vert à une tentative de coup d’État militaire ? C’est la thèse d’un livre qui fait scandale.

M

adrid, 23 février 1981, 18 h 21. Flanqué d’un groupe de gardes civils armés jusqu’aux dents, le lieutenant-colonel Antonio Tejero pénètre dans l’hémicycle du Congrès des députés et interrompt la séance. C’est une tentative de coup d’État. L’affaire échoue quelques heures plus tard. Grâce au roi, Juan Carlos, qui, à la télévision, défend la Constitution et relève de leurs fonctions les généraux rebelles. Présente ce jour-là dans la tribune de presse, la journaliste Pilar Urbano a choisi de raconter dans un livre intitulé Le Grand Oubli* les dessous de l’événement. Le moins que l’on puisse dire est que l’aura de héros attachée depuis trente ans au souverain en prend

Armada, du nom du général qui, si le coup d’État avait réussi, était censé remplacer Suárez. Ancien cadre du franquisme, ce dernier avait pris les rênes du gouvernement en juillet 1976, mais sa politique de réformes (liquidation du franquisme, autorisation des partis politiques, etc.) lui avait vite attiré l’hostilité des militaires. Affaibli au sein de son parti, l’Union du centre démocratique (UCD), et privé du soutien du roi, il démissionne le 29 janvier 1981. Mais il est déjà trop tard. Mécontents du choix de Leopoldo CalvoSotelo pour le remplacer, les militaires persistent dans leur projet putschiste et passent à l’action le 23 février… « La chute de Suárez suffisait au roi, il ne voulait pas que le coup d’État ait lieu, précise Pilar Urbano. Mais il a eu lieu quand même, et Suárez a immédiatement compris que Juan Carlos l’avait trahi. » ALZHEIMER. Le

DE/EFE AGENCIA/SIPA

est tombé sur les trente premières pages de Kiffe kiffe demain, le roman qu’elle était alors en train d’écrire. « Je ne l’écrivais pas pour en faire un livre, c’était plutôt un loisir. » Lui pense que Kiffe kiffe demain, qui ne s’appelle pas encore comme ça, mérite d’être publié et insiste pour montrer son pas-tout-à-fait-livre à une maison d’édition. Quelques jours plus tard, Isabelle Seguin, éditrice chez Hachette Littérature, appelle la jeune fille. « Isabelle avait tellement aimé qu’elle m’a proposé de finir d’écrire l’histoire. C’était bizarre, ça s’est fait tellement vite. » On connaît la suite… Faïza Guène publiera encore deux autres livres, Du rêve pour les oufs et Les Gens du Balto, chez Hachette Littérature avec Isabelle. « On est devenus très proches toutes les deux. Ça a été très dur de la voir partir », raconte-t-elle toujours avec autant d’émotion. Isabelle est morte au printemps 2012, alors que Faïza venait d’entamer l’écriture d’un quatrième roman.

livre, on l’imagine, suscite la polémique. Surtout depuis le décès d’Adolfo Suárez, le 23 mars. Victime de la malad i e d’A l z h e i m e r depuis 2005, l’ancien chef de gouvernement ne se souvenait p Juan Carlos et Adolfo Suárez premier chef du plus avoir dirigé le gouvernement de l’après-franquisme (en 2002, à Madrid). pays. Ce n’est donc un sacré coup. Il est vrai qu’Urbano n’a pas lui qui risquait d’infirmer ou de jamais été très tendre avec la monarchie confirmer la thèse de la journaliste. La espagnole, qu’elle a égratignée dans famille royale a quant à elle publié un plusieurs essais très documentés… démenti, et le fils du défunt a demandé Cette fois, elle soutient que Juan le retrait de l’ouvrage. « Quand il lira le Carlos a, en réalité, comploté pour livre, il me remerciera : c’est un monument à la mémoire de son père, ce grand évincer son ami Adolfo Suárez, chef d’Espagne », a répondu Urbano. l du gouvernement de transition après MARIE VILLACÈQUE la mort du dictateur Francisco Franco, en novembre 1975. Le 5 juillet 1980, à * La Gran Desmemoria. Lo que Suárez olvidó la résidence royale de la Zarzuela, il y el rey prefiere no recordar (Planeta, 2014). aurait donné son feu vert à l’opération N O 2779 • DU 13 AU 19 AVRIL 2014

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Europe, Amériques, Asie C’est de facto une réunification non pas politique, mais économique. La Chine est en train de nous avaler. » Depuis 2008, les rapports s’étaient pourtant peu à peu détendus entre les deux Chines. On était loin de la guerre civile qui, en 1949, accoucha de deux États : la République de Chine et la République populaire de Chine, l’une et l’autre revendiquant la pleine autorité sur l’ensemble du pays. « La Chine n’ayant renoncé à aucun de ses objectifs de réunification, les gens se disent qu’elle s’efforce d’y parvenir par les moyens de l’économie », commente Stéphane Corcuff, du Centre d’études français sur la Chine contemporaine, à Taipei. Cette « révolution des tournesols » s’inspire également de l’exemple hongkongais. Après la rétrocession, le territoire pensait avoir devant lui de longues années

CHINE

Le baiser du Dragon De Taïwan à Hong Kong et de Bangkok à Jakarta, la République populaire étend les tentacules de son économie surpuissante. Beaucoup lui reprochent d’avoir l’affection un brin envahissante.

O

n la surnomme déjà la « révolution des tournesols ». Une révolution encore pacifique mais qui, chaque jour, se durcit un peu plus. Du 18 mars au 10 avril, des étudiants ont occupé le Parlement taïwanais. Et le 30 mars, une gigantesque manifestation a rassemblé entre 80 000 et 100 000 personnes contre le frère ennemi chinois, de l’autre côté du détroit de Formose. Pendant ce temps-là, les Hong-Kongais se mobilisent contre le « nuage de criquets », comme ils surnomment, peu aimablement, les Chinois. L’excolonie britannique rétrocédée en 1997 – elle a aujourd’hui le statut de Région administrative spéciale – supporte de plus en plus difficilement l’influence grandissante de Pékin. Liberty Times, un quotidien taïwanais, n’a pas hésité à publier une tribune signée par plusieurs centaines de Hong-Kongais appelant leurs cousins taïwanais à dire

« non » à la sinisation. « Vous devez tirer les leçons de notre expérience, écrit le journal. En ouvrant trop largement notre économie à la République populaire, nous avons perdu notre identité. Hong Kong et Taïwan sont aujourd’hui dans le même bateau, et celui-ci est la cible de la Chine. » TROMPE L’ŒIL. Sur le banc des accusés :

une série d’accords économiques visant à instaurer une sorte de marché commun entre les trois parties. « C’est un accord en trompe l’œil, « Le temps de la réunification proteste le professeur Lin, par les armes est passé. de l’université de Taïwan. Voici celui du soft power ! » La puissance économique chinoise est telle que les petits Dragons [surnom donné par les de paix grâce à la formule « un pays, deux économistes à ces nouveaux pays indussystèmes » négociée par Londres et Pékin. trialisés que sont Taïwan, Hong Kong, La lune de miel n’a pas duré, l’influence Singapour et la Corée du Sud] que nous du régime communiste est de plus en plus sommes ne tiendront pas longtemps. forte. Dans tous les domaines. Et les flots de touristes chinois qui déferlent dans q Des étudiants taïwanais occupent le Parlement, le 7 avril, les rues de Central District, le quartier pour dénoncer un récent accord commercial avec la Chine. des affaires, provoquent des pulsions racistes chez nombre de Hong-Kongais exaspérés. « Désormais deuxième économie mondiale, la Chine est devenue plus pragmatique, estime le professeur Cheng Li, de l’université de Pékin. Il n’est plus question de réunification par les armes, mais de soft power. Cette influence “douce” se ressent jusqu’en Asie du Sud-Est, à Bangkok ou à Jakarta. Mais en même temps, la Chine continue de faire peur. » Et de fait, parallèlement à cette vague d’accords économiques, des bruits de bottes retentissent ici ou là. Des différends territoriaux opposent en effet la Chine à plusieurs de ses voisins – Japon, Vietnam, Philippines, etc. – à propos d’archipels en mer Jaune ou en mer de Chine méridionale. Et la répression au Tibet et dans la province musulmane du Xinjiang ne fait pas dans la dentelle. Bref, beaucoup d’Asiatiques en viennent à penser que le grand Dragon chinois a décidément l’affection bien… envahissante. l SOURCE : FINANCIAL TIMES

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N O 2779 • DU 13 AU 19 AVRIL 2014

STÉPHANE PAMBRUN, à Pékin JEUNE AFRIQUE


LE PLUS

de Jeune Afrique

PANORAMA La métamorphose

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INTERVIEW Bédoumra Kordjé, ministre des Finances ÉCONOMIE BTP, transports, pétrole… Ce qui bouge REPORTAGE L’Ennedi et le sourire bleu de Khadija

TCHAD

En paix depuis cinq ans, le pays s’est préservé des turbulences qui affectent ses voisins et se concentre sur ses problèmes intérieurs. Développement économique et social, aménagement, modernisation de l’administration… Les changements apparaissent enfin. JEUNE AFRIQUE

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Dans l’œil du cyclone


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Le Plus de Jeune Afrique

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de Jeune Afrique

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Prélude François Soudan SOUDAN

C

Les Tchadiens ont payé le prix du e n’est pas à 61 ans et après deux décennies et demie à la sang dans l’Adrar des Ifoghas, accueilli tête de l’État qu’Idriss Déby des milliers de réfugiés à leur frontière Itno va entamer une carrière méridionale, protégé les ghettos de tirailleur. Ceux qui en doutaient musulmans du nord-ouest de la encore ont appris, le 3 avril, que le Centrafrique, joué le jeu des Français, qui président tchadien n’était décidément au exigeaient le départ du pouvoir de Michel service de personne. Sans concertation Djotodia et de sa Séléka, et les voici cloués ni information préalables – pas même de au pilori du Haut-Commissariat aux son allié français – « Idi » a annoncé le droits de l’homme, sur la base d’une retrait de son contingent de Centrafrique, enquête partielle qui n’a pas jugé bon de le plus important au sein de la force recueillir leur propre version des faits ! multinationale présente dans ce pays, Au-delà du coup de sang, c’est à embarrassant les diplomates et prenant un coup de poker auquel s’est livré de court les militaires. Personnage fier et imprévisible, adepte Idriss Déby Itno. Las d’être considéré comme partie du problème autant des solutions tranchées – le taux de rotation gouvernementale des ministres que de la solution en Centrafrique, le tchadiens est l’un des plus élevés du président entend démontrer qu’aucune continent –, l’ancien pilote de Transall stabilisation de ce pays n’est envisageable qui gagna ses galons de « comchef » en écrasant Personnage fier et imprévisible, les légions de Kaddafi il n’a pas supporté que l’ONU accuse n’a pas supporté que ses boys d’avoir tiré sur des civils. l’ONU accuse ses boys d’avoir tiré sur un marché banguissois bondé de civils désarmés, sans sa propre participation, quitte à le 29 mars, au point de remettre en laisser entrevoir un vide sécuritaire question l’octroi du label de Casques anxiogène. Message reçu cinq sur cinq bleus aux troupes tchadiennes, dans le à Paris, où l’on a tout fait, depuis le 3 avril, cadre de l’opération de maintien de la pour obtenir que « notre ami Idriss » paix que les Nations unies sont en train ne mette pas la totalité de sa menace à exécution. de préparer en Centrafrique. Longtemps considéré comme un chef Pour le chef de l’État tchadien, de guerre qui a réussi, puis comme un qui estime que ses hommes ont agi autocrate sur le fil du rasoir, menacé par en état de légitime défense face à la des rébellions répétitives, Idriss Déby Itno furie islamophobe des miliciens antia chèrement acquis son statut actuel de balaka, ce coup de canif porté à l’image partenaire fiable et incontournable de de respectabilité qui est la sienne dans la communauté internationale, à la tête la région depuis son intervention au d’un pays en pleine phase de décollage Mali il y a un peu plus de deux ans n’est économique. Il n’entend manifestement pas acceptable. pas le voir remis en question. l JEUNE AFRIQUE

N O 2779 • DU 13 AU 19 AVRIL 2014

PANORAMA La métamorphose

p. 58

CHRONIQUE Habré et le fantôme de Hassan Djamous p. 62 INTERVIEW Bédoumra Kordjé, ministre des Finances et du Budget p. 67 DÉCRYPTAGE Risky business ?

p. 73

AMÉNAGEMENT N’Djamena et tout le tralala

p. 76

A. BARRY POUR J.A.

Notre ami Idriss

Dans l’œil du cyclone

PORTRAITS Des patrons en béton p. 78 TRANSPORTS Appel d’air Bus, clim et vidéos

p. 82 p. 83

AGRO-INDUSTRIE Jours amers pour la Compagnie sucrière p. 86 HYDROCARBURES Chinoiseries pétrolières p. 90 REPORTAGE L’Ennedi et le sourire bleu de Khadija p. 100 MUSIQUE Mawndoé, comme neige au Sahel

p. 107


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Le Plus de Jeune Afrique

PANORAMA

La métamorp Profitant d’une stabilité retrouvée et de ses revenus pétroliers, le pays se transforme en profondeur. Grands travaux, relations d’affaires, consommation… Tout bouge.

GEORGES DOUGUELI, envoyé spécial

A

hmat Hassan a perdu ses repères. Comme des centaines de Tchadiens établis en Centrafrique (RCA, lire p. 97), où son père s’est installé il y a presque quarante ans, le jeune homme a dû fuir les violences perpétrées par les milices anti-balaka. Il a d’abord atterri dans un camp pour rapatriés du Salamat (dans le sudest du Tchad). Puis, sur la route de la capitale, Ahmat a redécouvert son pays d’origine. Que de changements depuis son dernier séjour, il y a une dizaine d’années… N’Djamena n’était alors qu’une bourgade figée, hors du temps, aux allures de préfecture provinciale. La ville était marquée par les stigmates des combats qui avaient opposé l’armée régulière aux assaillants venus de l’est pour tenter de renverser le pouvoir. À l’époque, sur cette terre chaude et meurtrie, la guerre était une fatalité. Les populations fuyaient vers les pays voisins. Aujourd’hui, ceux qui sont partis reviennent dans un pays stable et apaisé. Mais ces « retournés » vont devoir se réadapter, tant la métamorphose est radicale. La capitale est hérissée de grues, comme autant de signes de la multiplication des grands chantiers. Sur les rives du fleuve Chari, des bâtiments ultramodernes poussent (lire p. 76-77). Derrière des murs de clôture élevés, certains quartiers se muent en enclaves pour citadins aisés, aux loyers exorbitants, ce qui chasse les plus modestes. Certes, la ville compte encore beaucoup de routes cahoteuses et poussiéreuses, mais elles sont progressivement bitumées, équipées de drains, de trottoirs, de mobilier urbain, et de nouveaux grands boulevards, éclairés la nuit, ont déjà profondément changé son visage. Chaque année, l’État investit entre 70 et 80 milliards de F CFA (entre 107 et 122 millions d’euros) dans les voiries N O 2779 • DU 13 AU 19 AVRIL 2014


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phose

urbaines. Alors qu’elle disposait de moins de 20 km de routes asphaltées en 1990, la capitale en compte aujourd’hui près de 200. Une modernisation bienvenue compte tenu du renouvellement de son parc automobile. Si ce dernier affiche encore une belle collection de Peugeot 504 poussives et vieillottes, la suprématie des reines françaises des pistes est désormais contestée par de gros 4x4 japonais. Leurs conducteurs ? Des quadras et des quinquas, technocrates ou administrateurs, formés à l’étranger et récemment rentrés à N’Djamena pour travailler dans la fonction publique, très demandeuse de cadres compétents, ou dans le privé, en pleine expansion. Hydrocarbures, BTP, banque, téléphonie mobile… Dans tous les secteurs, les entreprises ont besoin de collaborateurs qualifiés pour mieux s’implanter sur cette terre où tout est à faire, et se développer. « Je ne regrette pas d’être rentré au pays », se félicite Barma R. Barka, salarié d’Atepa, le cabinet d’architecture du Sénégalais Pierre Goudiaby Atepa. Le groupe est maître d’œuvre de Cité internationale des affaires, en cours de construction, dans le centre de N’Djamena. Barka supervise les différents chantiers du futur complexe. Sous la pression du gouvernement, ouvriers chinois et tchadiens mettent les bouchées doubles. Début mars, le Premier ministre en personne est venu observer l’avancement des travaux. L’enjeu est de taille : fin juin 2015, la capitale doit être prête à accueillir le 25e sommet de l’Union africaine. D’autres bâtiments seront édifiés pour héberger invités et délégations, notamment deux complexes hôteliers, et 75 villas de luxe où séjourneront les chefs d’État.

t Ex-ennemis, Idriss Déby Itno (à g.) et son homologue soudanais Omar el-Béchir se rencontrent désormais régulièrement (ici à Khartoum).

MOHAMED NURELDIN ABDALLAH/REUTERS

INCIDENTS. Comme sa capitale, le Tchad change

énormément. Grâce aux revenus du pétrole, dont la production a commencé en 2003 à Doba et en 2010 dans le bassin de Bongor (lire pp. 90-91), le gouvernement poursuit son programme d’investissements massifs. Il vise en particulier à développer les infrastructures et à réduire la dépendance énergétique du pays à l’égard de ses voisins. Redevances et dividendes pétroliers, droits de douane divers, taxes et impôts sur les sociétés, à commencer par les majors opérant dans le sud du pays… Selon le ministère de l’Énergie, « les ressources provenant de l’exploitation pétrolière représentent désormais 75 % du budget général de l’État ». Après un léger ralentissement dû à des incidents techniques sur certains champs pétroliers au premier trimestre 2013, le pays compte produire 200 000 barils par jour en 2014 (contre 106 000 b/j en 2013), et le Fonds monétaire international l l l N O 2779 • DU 13 AU 19 AVRIL 2014


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Le Plus de J.A. Tchad C’est la course aux investissements Total en 2013, en % du PIB

Niger

36

Gabon

32

Tchad

28

Congo

26

Nigeria

24,6

Soudan

20,3

Cameroun

19,3

Angola

13,8

HORS TEXTE

SOURCE : FMI, OCT. 2013, ESTIMATIONS

(FMI) estime que la croissance du PIB devrait atteindre 10,8 % pour l’année en cours (contre 3,6 % en 2013). Afin de diversifier les sources de financement de l’économie, l’État a lancé avec succès deux appels publics à l’épargne sur les marchés financiers d’Afrique centrale en trois ans. En 2011, le gouvernement a émis un emprunt obligataire pour un montant de 100 milliards de F CFA (il arrivera à échéance en 2016) et en a émis un second fin 2013 pour 85 milliards de F CFA (pour la période 2013-2018). lll

OLÉODUC. Autres canaux de financement : les fameux package deals proposés par les partenaires chinois en contrepartie de l’octroi de concessions pétrolières. Depuis que N’Djamena a rétabli ses relations diplomatiques avec Pékin, en juillet 2006, la Chine a pris une part considérable dans les programmes de développement du Tchad. Ses grands groupes ont raflé des appels La culture d’entreprise « à la d’offres majeurs, avec chinoise » irrite parfois ? Vite, le soutien de la puison diversifie les partenaires ! sante China Eximbank. Ainsi la China National Petroleum Corporation (CNPC), qui exploite les gisements pétroliers du bassin de Bongor, a construit et gère la première raffinerie du pays, mise en service en 2011 à Djermaya, dans la banlieue nord de la capitale (un investissement de 450 millions d’euros), ainsi que l’oléoduc qui permet de l’alimenter, sans oublier une centrale électrique d’une puissance de 20 mégawatts. Mais la culture d’entreprise « à la chinoise » a ses limites, et, même si des compromis ont toujours été trouvés, Tchadiens et Chinois se sont sévèrement accrochés à plusieurs reprises : en 2012 à cause du prix du carburant jugé trop élevé pour les ménages, ces derniers mois en raison des mauvaises pratiques environnementales et du N O 2779 • DU 13 AU 19 AVRIL 2014

non-respect du code du travail… Une raison de plus pour diversifier ses partenaires. Cela tombe bien: attirés par le retour de la stabilité, le lancement d’importants projets d’aménagement et l’émergence de nouveaux besoins de consommation (produits et services), les opérateurs africains, américains, asiatiques et européens sont de plus en plus nombreux à convoiter le marché tchadien. Les entreprises françaises, notamment, manifestent un regain d’intérêt pour le pays, dont elles s’étaient détournées depuis des lustres. Conduite par Michel Roussin, ancien ministre de la Coopération et viceprésident de Medef International, une délégation du patronat français a séjourné fin février à N’Djamena, réunissant une trentaine de dirigeants de groupes et de PME-PMI actifs dans l’agro-industrie, l’élevage, le BTP, le transport et la logistique, l’énergie, l’eau, l’environnement, la santé, le textile, la sécurisation de l’état civil… VOISINS. Situé à la confluence des grands ensembles régionaux sahélo-sahariens et d’Afrique subsaharienne, le pays diversifie également ses relations régionales, l’objectif étant de se désenclaver tout en évitant une trop grande dépendance à l’égard de l’un ou l’autre de ses voisins. Membre de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac), le Tchad s’est aussi rapproché de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), qui lui a accordé le statut d’observateur. En Afrique de l’Ouest, sa participation à la reconquête du nord du Mali lui a conféré une influence diplomatique considérable. Il espère en tirer des bénéfices dans ses relations avec les États de la région, notamment sur le plan économique et sécuritaire. Si le pays est parvenu à restaurer la paix et la sécurité à l’intérieur de ses frontières en 2009, il en va autrement à l’extérieur. À l’ouest, avec ses voisins nigérian et nigérien, mais aussi au nord, avec la crise libyenne, il doit continuer à endiguer le risque de déstabilisation causé par les groupes terroristes armés qui sévissent dans la bande sahélo-saharienne. À la frontière est, il n’y a plus rien à craindre du Soudan, jadis principal soutien des groupes rebelles tchadiens. L’heure est aux projets de développement conjoints. En 2011, le Tchad a négocié un espace neuf fois supérieur à celui dont il disposait auparavant (27 000 m2 contre 3 000 m2) à Port-Soudan… Où se sont retrouvés, le 7 mars dernier, le président Idriss Déby Itno, en visite d’amitié, et son homologue soudanais Omar el-Béchir. Ils ont évoqué la construction de la ligne de chemin de fer Port-Soudan - AbéchéN’Djamena-Moundou. Un projet qui devrait être réalisé par la China Civil Engineering Construction Corporation pour la bagatelle de 5,4 milliards d’euros. l JEUNE AFRIQUE


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Le Plus de J.A. Tchad CHRONIQUE

Opinions & éditoriaux Georges Dougueli

Hissène Habré et le fantôme de Hassan Djamous

D

ANS LA NUIT DU 1ER AU 2 AVRIL 1989, le commandant en chef des Forces armées nationales, Hassan Djamous, soupçonné par le président Hissène Habré de fomenter un complot pour le renverser, s’enfuit de N’Djamena. Se sachant surveillé et susceptible d’être arrêté à tout moment, le « comchef » part donc pied au plancher vers l’est, en direction du Darfour soudanais, à la tête d’une colonne de 4x4 et de 74 fidèles issus pour la plupart de l’ethnie zaghawa. C’est ainsi que Djamous, ingénieur devenu stratège, rompt avec le régime de terreur de Hissène Habré. Ce faisant, il met sa vie en danger, ainsi que celle de ses proches. En particulier celle de ses cousins, Idriss Déby Itno (IDI), alors conseiller de Habré pour la défense et la sécurité, et Mahamat Itno, ministre de l’Intérieur. Si IDI et Itno n’avaient pas eux aussi quitté N’Djamena, le tyran paranoïaque leur aurait alors immanquablement fait payer la défection de Djamous. Car, auTchad, les fidélités sont claniques. Les alliances se scellent ou se rompent avec l’assentiment des parents. Les deux cousins, Djamous et Déby, savent d’autant plus ce qu’ils risquent qu’ils connaissent bien Habré : en 1982, le trio avait chassé Goukouni Weddeye du pouvoir. Avec d’autres membres de sa famille, Idriss Déby Itno rejoint donc Djamous sur les routes de l’est sans attendre la visite des tortionnaires de la tristement célèbre Direction de la documentation et de la sécurité (DDS), la police politique. Dans cette vaste étendue désertique, le groupe compte constituer – avec l’aide du Soudan – une armée assez forte pour tenter de renverser Habré.

Abakar dans Chronique d’une enquête criminelle nationale (L’Harmattan, 2006). Selon le rapport de la commission d’enquête, rendu public en 1991, « les différents témoignages recueillis sur le sort de Hassan Djamous concordent pour dire qu’il a été arrêté vivant avec une blessure à la jambe. Mais la manière dont ses bourreaux l’ont exposé et photographié en dit long. Le cadavre a été jeté par terre. Il est torse nu, porte juste un pantalon. Le visage est tuméfié et les yeux bouffis. Un soldat se tient debout à côté du cadavre.Toutes ces données reflétées par la photo confirment la thèse selon laquelle Djamous a succombé à la suite d’épouvantables tortures ».

Le pouvoir prend vite ombrage des héros. Djamous l’a payé de sa vie.

Pendant ce temps, à N’Djamena, le dictateur n’entend pas laisser se former une nouvelle rébellion et réunit sans attendre le meilleur de ses troupes pour donner la chasse aux insoumis. Le 12 avril 1989, au terme d’une coursepoursuite harassante, le groupe est rattrapé en territoire soudanais. Après de violents combats, les pertes sont lourdes dans les deux camps. Trois soldats issus de la famille Habré périssent. Déby Itno parvient à s’échapper. Djamous est blessé, capturé et ramené à N’Djamena. La suite de l’histoire est confuse. Mais lorsque les troupes d’IDI prennent la capitale, le 2 décembre 1990, une partie de l’horreur du régime est révélée. Exhumée des sinistres archives de la DDS. Dans le fatras du bureau de son directeur, on retrouve la photo d’un corps. « “C’est Djamous, mon mari !”, criera sa veuve », raconte Mahamat Hassan N O 2779 • DU 13 AU 19 AVRIL 2014

D’autres sources indiquent qu’il aurait été tué quelques heures seulement avant la fuite de Habré vers le Cameroun. Il aurait donc été détenu sept mois durant dans les cellules de la DDS. Vingt-cinq ans plus tard, les circonstances de sa mort demeurent un mystère. Peut-être va-t-on pouvoir enfin y voir plus clair lors du procès de Hissène Habré. Réfugié au Sénégal, ce dernier a été inculpé le 2 juillet 2013 par le parquet des Chambres africaines extraordinaires, créées par le Sénégal sous l’égide de l’Union africaine pour juger les crimes commis au Tchad sous sa présidence, de 1982 à 1990. L’État tchadien et un millier de familles se sont portés partie civile. Dans l’imaginaire desTchadiens, Djamous était bien plus qu’un homme politique ordinaire. Aujourd’hui encore, il incarne la figure du héros de guerre. Celui qui a bouté l’armée de Mouammar Kaddafi hors du pays en 1987. Victorieux à Fada, Bir Kora, Ouadi Doum, le commandant en chef Djamous reste celui qui mena l’attaque contre la base aérienne de Maaten al-Sarra, en territoire libyen, à 100 km de la frontière tchadienne. Plus de 1 000 soldats du « Guide » furent tués et nombre d’aéronefs détruits. La Libye abandonna la bande d’Aouzou. Et tout alla pour le mieux jusqu’au retour du comchef dans la capitale. Mais le pouvoir prend vite ombrage des héros. Djamous l’a payé de sa vie. En attendant que justice soit faite, ses anciens compagnons lui ont rendu hommage en donnant son nom à l’aéroport international de N’Djamena, la principale porte d’entrée du pays. l JEUNE AFRIQUE


COMMUNIQUÉ

Arab Contractors-Tchad (A.C.T.) est une société anonyme spécialisée dans la construction de bâtiments, les travaux publics et le génie civil.

Banque des États de l’Afrique Centrale à Abéché.

Ministère des Affaires Étrangères et de l’Intégration Africaine à N’Djamena.

DIFCOM/FC - Photos : DR

Filiale de la société égyptienne internationale « The Arab Contractors, Osman Ahmed Osman & co. », A.C.T. est installée au Tchad depuis Wael M. Selim, architecte. l’année 2012. Sa fondation a été Directeur Général & motivée par une idée présentée à Membre du conseil son Excellence Idriss Deby Itno, Président de la république du Tchad, par son Excellence Ibrahim Mahlab, Premier Ministre égyptien - président de la société « The Arab Contractors » à l’époque - afin d’améliorer les relations tchadiennes/égyptiennes et d’augmenter le transfert d’expertise entre les deux pays. Dès sa création, l’A.C.T. s’est imposée dans la réalisation des projets nationaux tchadiens en utilisant principalement la main d’œuvre locale. La construction du Ministère des Affaires Étrangères et de l’Intégration Africaine et de sa salle de conférences, localisés

à N’Djamena est le 1er projet de la société sur le territoire tchadien, commencé au mois de septembre 2013 avec un délai contractuel d’exécution de 24 mois. Le projet de construction de la Banque des États de l’Afrique Centrale localisée à Abéché a commencé en octobre 2013 avec un délai contractuel d’exécution de 18 mois. L’A.C.T. assure des travaux de haute qualité, exécutés dans de très courts délais avec une coopération complète des différents corps d’états tchadiens. L’A.C.T. soumet au gouvernement tchadien des propositions de projets qui servent la république et le peuple tchadien.

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Le Plus de J.A. Tchad EX-RÉBELLION

Mutins de Panurge

pays a assez souffert. Désormais, il faut le développer », explique l’ancien rebelle. NEVEU FÉLON. Soubiane n’est pas le

seul à avoir troqué le treillis de combat contre un costume-cravate. Mahamat Nour Abdelkerim est lui aussi rentré à N’Djamena,le6février.Ultimeretouraprès ses nombreux va-et-vient entre rébellion hmat Hassaballah Soubiane et pouvoir ? de briguer un troisième mandat (cette est l’un de ces hommes qui réforme sera adoptée en 2005). Limogé, le En avril 2006, à la tête d’une colonne murmurent à l’oreille du diplomate quitte les États-Unis et prend le du Front uni pour le changement (FUC), président. Conseiller spémaquis dans l’est du Tchad, à la frontière le chef de guerre tente de renverser Idriss cial d’Idriss Déby Itno (IDI), cet ancien avec le Soudan. Déby Itno. Avant de signer la paix, à la ambassadeur à Washington a une préfaveur d’un accord de réconcidilection pour la diplomatie. Même si, liation scellé en novembre 2006 Quelques irréductibles refusent comme une grande partie de l’actuelle à Tripoli, sous l’égide de encore de capituler. Mais ils classe politique tchadienne, ce sexagéMouammar Kaddafi. Nour est sont de plus en plus isolés. naire à la voix douce et au ton professoral même nommé ministre de la Défense. Mais, là aussi, l’idylle a passé une partie de sa vie l’arme au tourne court. Il démissionne en 2007 et poing dans les rangs des mouvements Coalisé avec d’autres groupes rebelles, reprend les armes. Pas pour longtemps, « politico-militaires ». Aujourd’hui, il il échoue à prendre N’Djamena en 2006. reçoit dans le vaste bureau qu’il occupe Mais IDI appréciant cet homme raffiné car ses soutiens soudanais le pressent une au siège du Mouvement patriotique du et courtois, des négociations aboutissent nouvelle fois de négocier. salut (MPS), le parti au pouvoir, dont il à son retour. « Il faut en finir avec cette En octobre 2010, un nouvel accord de préside le Conseil permanent des fondapériode sombre de notre histoire. Notre paix est conclu. IDI, Mahamat Nour et les teurs – une sorte de bureau autorités soudanaises mettent politique bis. sur pied une force mixte de Arabe originaire de l’est sécurisation le long de la frondu pays, Ahmat Hassaballah tière tchado-soudanaise, et Soubiane fait partie de ceux Nour le rebelle part s’instalqui ont rejoint la rébellion en ler dans les Émirats, à Dubaï. 1989 contre Hissène Habré. Rentré à N’Djamena début « La paranoïa de Habré avait février2014dansl’indifférence rendu l’atmosphère irrespigénérale,ilditsouhaiterdésorrable. Personne n’était à l’abri mais « une paix définitive ». d’une accusation de complot. Comme Nour et Soubiane, Cela pouvait arriver à tout la plupart des anciens chefs moment et à chacun d’entre rebelles sont rentrés au pays nous », se souvient-il. ou envisagent de le faire. Seule En 1990, les troupes une poignée de seigneurs de conduites par Déby Itno guerre, de plus en plus isolés, c h a s s e n t l e d i c t at e u r. refuse de rendre les armes. Le Soubiane devient ministre principal mouvement résiduel de l’Intérieur, mais il n’est pas est l’Alliance nationale, dirigée en bons termes avec Tom et par Mahamat Nouri, qui, privé Timan Erdimi, alors toutde ses soutiens soudanais et puissants dans l’entourage du libyens, a peu de chances de chef de l’État. IDI le nomme parvenir à conquérir le pouambassadeur aux États-Unis voir à la kalachnikov. Pas plus et au Canada. quel’UniondesforcesderésisEn 2004, les divergences tance (UFR), de Timan Erdimi, deviennent criantes, notamréduit à menacer de lancer ment lorsque Soubiane des attaques si le pouvoir ne adresse une lettre aux milinégocie pas avec lui. Or il n’est tants du parti au pouvoir pour pas sûr que la réconciliation leur expliquer son opposiavec Timan, son neveu félon tion à une modification de réfugié à Doha (Qatar), soit la Constitution de 1996 qui une priorité pour Idriss Déby p Ahmat Hassaballah Soubiane, à N’Djamena, le 7 mars : il est conseiller spécial du président Idriss Déby Itno depuis 2010. Itno. l GEORGES DOUGUELI permettrait au chef de l’État

Les uns après les autres, la plupart des anciens chefs de guerre ont déposé les armes et rentrent au pays. Fini le maquis, ils aspirent à une paix durable.

A

ABDOULAYE BARRY POUR J.A.

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N O 2779 • DU 13 AU 19 AVRIL 2014

JEUNE AFRIQUE


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Tchad Dans l’œil du cyclone

ABDOULAYE BARRY POUR J.A.

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INTERVIEW

Bédoumra Kordjé « La croissance, ce n’est pas qu’un chiffre » La maîtrise des dépenses et la diversification des sources de revenus sont des priorités. Mais, pour le ministre des Finances, ces efforts n’ont de sens que si la population en bénéficie pleinement.

D

epuis son retour au Tchad en 2012, l’ancien vice-président de la Banque africaine de développement (BAD) ne chôme pas. Après le portefeuille du Plan, de l’Économie et de la Coopération, puis le secrétariat général de la présidence, Bédoumra Kordjé, 61 ans, a été nommé ministre des Finances et du Budget le 17 octobre 2013. Atteinte du point d’achèvement de l’initiative des pays pauvres très endettés (PPTE), assainissement des comptes, plan d’action pour la modernisation de la gestion des finances publiques (Pamfip)… Chaque jour, il jongle entre les nombreux dossiers prioritaires. Et c’est après 18 heures qu’il reçoit Jeune JEUNE AFRIQUE

Afrique dans son bureau. Le temps de raccrocher le téléphone et de repousser le parapheur. « Je suis à vous ! » lance-t-il avec un large sourire. JEUNE AFRIQUE : Vous avez annoncé votre volonté de renouer avec le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale. Depuis cinq ans, le pays a retrouvé une relative stabilité, alors pourquoi n’y a-t-il toujours pas d’accord ? BÉD OUM RA KORDJÉ : Le terme

« renouer » n’est pas approprié parce qu’il n’y a jamais eu rupture entre le Tchad et les institutions de Bretton Woods. Nous avons toujours eu de bons rapports avec la Banque mondiale, qui a continué à

financer des projets dans notre pays. Le FMI, quant à lui, envoie régulièrement des missions pour évaluer notre situation économique et financière, et donner des conseils au gouvernement. En revanche, la réalisation du programme devant conduire au point d’achèvement de l’initiative PPTE avait pris du retard. Le processus a été très perturbé par les événements de février 2008 [une insurrection rebelle venue du Soudan était arrivée aux portes de la présidence à N’Djamena, avant d’être repoussée]. Nous avons mis quelques années à nous relever, mais les négociations ont repris. Et si elles n’ont malheureusement pas encore abouti, notre volonté politique est intacte. l l l N O 2779 • DU 13 AU 19 AVRIL 2014


68

Le Plus de J.A. Tchad Des progrès certes, mais en dents de scie CROISSANCE (Variation du PIB réel, en %, en prix constants, éch. de droite)

PIB (En milliards de $, en prix courants, éch. de gauche) 15

10

13,6

12,9

12,2

15,7

13,6

9

10

5

5

0,1 0

15

10,8

10,7

2010

3,6

2011

2012

2013*

2014*

0,4 6 37

282

313

TAUX D’INFLATION (En %, moyenne en 2013)

3

23 2012 2011 2010 2009

9,4

INVESTISSEMENTS DIRECTS ÉTRANGERS (Flux entrants, en millions de dollars)

En avril 2013, nous nous sommes mis d’accord avec le FMI sur un programme de référence, qui s’est achevé à la fin de l’année. Deux missions du Fonds sont déjà venues en évaluer la réalisation, en septembre et en décembre 2013. Une autre est attendue ce mois-ci. Nous espérons qu’elle aboutira à un accord sur un programme de facilité élargie de crédit [en 2012, le pays est déjà arrivé au point de décision, ce qui lui a permis de bénéficier d’un allègement intérimaire de sa dette]. lll

DÉFICIT DU COMPTE COURANT EXTÉRIEUR (En % du PIB, en 2013)

(Chiffres FMI Tchad 2013 et 2014 fondés sur la mission FMI de septembre et décembre 2013)

0

Les mauvaises pratiques dénoncées par les institutions de Bretton Woods ont-elles cessé ?

Il y a en effet eu des excès dans les dépenses avant ordonnancement, ainsi que dans les marchés de gré à gré, autorisés par le code des marchés publics. Aujourd’hui, notre perspective est différente. Au-delà des remarques du FMI et de la Banque mondiale, ces pratiques budgétaires ne sont pas acceptables. Nous travaillons à les réduire, en attendant de les éradiquer. Les plus hautes autorités ont donné des instructions en ce sens. Et le ministère des Finances veille à les faire respecter pour que ces

QUE LES FONCTIONNAIRES LÈVENT LE DOIGT !

D

ans l’étroit couloir du ministère de l’Intérieur et de la Sécurité publique, des dizaines de policiers, porte-documents sous le bras, font la queue. Chacun attend son tour pour passer devant la commission chargée de recenser les effectifs et doit se présenter muni de son diplôme, de son arrêté d’intégration à la fonction publique, de ses états d’avancement… Bref, de tout document prouvant qu’il est un agent de l’État. Dans la file, un lieutenant d’une quarantaine d’années, arborant une barbe de deux jours, grommelle : « C’est la troisième fois en deux ans qu’on nous demande de venir nous faire recenser. Je me demande bien à quoi ça sert ? À moins que les N O 2779 • DU 13 AU 19 AVRIL 2014

responsables du contrôle des effectifs fassent mal leur travail… En tout cas y en a marre ! » Comme lui, de nombreux fonctionnaires ont été obligés de suspendre leurs tâches quotidiennes pour se plier à l’exercice et aller « pointer » auprès de leurs administrations de tutelle. Un nouveau recensement qui marque la volonté des ministères de la Fonction publique et des Finances de maîtriser les effectifs des agents de l’État, mais également leur masse salariale. Grâce à un système intégré de gestion administrative et salariale du personnel de l’État (Sigaspe), lancé depuis la fin janvier dans le cadre du plan d’action pour la modernisation des finances publiques (Pamfip), la

situation administrative de chaque fonctionnaire (recrutement, avancement, retraite…) est désormais traitée directement puis envoyée auTrésor public, qui procède au virement de son salaire. Lancé en début

relèvent du « secretdéfense » et qu’il sera semble-t-il difficile de maîtriser « au détail près », explique un agent recenseur, ainsi que les personnels exerçant dans des hameaux et provinces reculées où il n’y a pas d’agence bancaire. En Objectifs du recensement : effet, jusqu’à maîtriser les effectifs et présent, un clarifier le système de paie. agent duTrésor venait sur place d’année, le système a déjà payer ces derniers en liquide. facilité le règlement des La généralisation des salaires des trois derniers virements va les obliger mois dans un délai très court. à parcourir de longues Pourtant, si l’expérience distances pour toucher leur semble concluante, elle salaire.Toutefois, l’ouverture devrait avoir du mal à prévue dès cette année de s’appliquer à tous les corps. représentations bancaires Deux catégories de dans 7 des 23 régions du fonctionnaires devraient faire pays devrait apporter un de la résistance : les début de solution. l MADJIASRA NAKO, à N’Djamena militaires, dont les effectifs JEUNE AFRIQUE


Dans l’œil du cyclone t Ingénieur en télécoms, Bédoumra Kordjé affiche vingt-huit années de carrière au sein de la BAD, dont il a été secrétaire général (2008-2009), puis viceprésident (2010-2011). Il pourrait être candidat à la succession du président de la banque, Donald Kaberuka, en 2015.

facteurs – et d’autres – n’entraînent pas l’échec du programme défini avec le FMI. En septembre, afin de mieux maîtriser les dépenses, le chef de l’État avait déjà ordonné la suspension de tout nouveau contrat jusqu’à la fin de l’année 2013 et, depuis le mois de janvier, nous sommes passés à une phase de contrôle de ces dépenses. Des instructions sont données pour qu’il n’y ait plus de marché de gré à gré, sauf exception. Il en est de même pour les dépenses avant ordonnancement, pour lesquelles nous avons un seuil à ne pas dépasser dans le cadre de l’accord avec le FMI. La diminution des revenus pétroliers en 2013 a-t-elle provoqué la reprise des discussions avec vos partenaires financiers ?

ABDOULAYE BARRY POUR J.A.

Absolument pas. Tout d’abord, il ne faut pas exagérer la notion de « pays pétrolier » s’agissant du Tchad. Nous produisons à peine plus de 100 000 barils par jour, ce qui est peu comparé à d’autres États africains qui en comptent 1 million par jour et qui, malgré ces moyennes importantes, pensent à diversifier leurs sources de revenus. Pour être en mesure de faire face à ses dépenses en cas de baisse des ressources pétrolières, le Tchad doit adopter la même stratégie. Par ailleurs, la baisse que vous évoquez vaut pour 2013. Cette année, trois nouveaux puits entrent en production, l’un d’eux est déjà actif. La tendance est donc plutôt à la hausse. Les dépenses du pays en matière de défense ont toujours été un sujet de discorde avec les bailleurs de fonds. Êtes-vous parvenu à un modus vivendi ?

Cette question doit être appréhendée dans son contexte historique. Si, dans le passé, nos dépenses militaires ont fait l’objet de critiques, l’expérience a montré qu’il était nécessaire de revoir cette approche. En 2008, si l’État avait cessé d’exister, il n’aurait pas été là pour financer la santé ou l’éducation. Il s’est donné les moyens d’assurer sa sécurité et sa stabilité, moyens qui lui ont permis d’aider des pays frères comme le Mali ou la Centrafrique. La menace terroriste internationale actuelle est un défi pour tous les pays. Aujourd’hui, les bailleurs comprennent mieux la question et reconnaissent que ces dépenses ont été judicieuses. Après une petite croissance de 3,6 % l’an dernier, le PIB devrait augmenter à JEUNE AFRIQUE

10,8 % en 2014. Le pays est-il enfin sur les rails de l’émergence ?

L’économie se porte bien, les perspectives de croissance sont bonnes, mais rien n’est acquis, et nous devons surtout améliorer un certain nombre d’indicateurs, notamment nos ressources hors pétrole. Il nous faut aussi veiller à ce que cette croissance ait un impact sur la vie quotidienne des Tchadiens. Beaucoup d’investissements ont été réalisés dans le domaine social, les conditions de vie s’améliorent, mais il reste de nombreux défis à relever, en particulier en matière de santé, d’éducation, de soutien aux femmes et aux jeunes par le microcrédit… Par ailleurs, nous multiplions les efforts pour faire en sorte que, d’ici à

la fin de l’année, il y ait de l’électricité en permanence à N’Djamena. Quelles sont les performances en matière de ressources hors pétrole ?

Pour l’exercice 2013, les douanes ont dépassé l’objectif qui leur était fixé. Et les impôts, qui ont recouvré 248 milliards de F CFA [378 millions d’euros], sont allés bien au-delà des 216 milliards de F CFA prévus. Cette année, nous allons placer la barre très haut. Nos capacités de recouvrement des recettes fiscales sont énormes, et ne sont pas encore atteintes. En outre, faire face à certaines de nos dépenses en comptant sur des ressources non pétrolières est un gage de stabilité pour notre économie. N O 2779 • DU 13 AU 19 AVRIL 2014

69


70

Le Plus de J.A. Tchad Cela fait plus de dix ans que le gouvernement n’a pas élaboré de loi de règlement [un document comptable qui arrête le montant définitif des dépenses et recettes de l’État à la fin de chaque exercice, et doit normalement être soumis à l’approbation du Parlement]. N’est-ce pas une preuve que le budget est mal exécuté ? lll

Il est vrai que c’est une situation peu enviable. Lors de l’adoption du budget de l’année 2014, les députés en ont d’ailleurs fait l’un des principaux points de discussion, et le gouvernement s’est engagé à remédier à cette situation. Depuis, nous avons fait le point et allons être en mesure de soumettre au Parlement quelques lois de règlement qui permettront probablement de remonter jusqu’aux résultats budgétaires de l’exercice 2012. Fin janvier, vous avez lancé un recensement et un système de gestion informatisé des fonctionnaires (lire p. 68). Dans quel but, et où en est l’opération ?

Le système intégré de gestion administrative et salariale du personnel de l’État [Sigaspe] que nous venons de lancer permet, depuis les administrations et services publics, de transmettre électroniquement au ministère des Finances des informations sur la situation d’un fonctionnaire pour le calcul de son salaire et le virement automatique dudit salaire par le Trésor. Depuis le mois de janvier, les fonctionnaires qui sont payés par virement bancaire perçoivent la somme assez rapidement. C’est un gain de temps énorme, et cela nous permet aussi de maîtriser la masse salariale. Les méthodes de paiement utilisées jusqu’à présent facilitaient les fraudes. C’est pour cela que, parallèlement, nous avons engagé une phase de recensement physique.

Loin du tableau d’honneur… CROISSANCE

Chaque mois, le Trésor débloque des milliards de francs CFA en cash pour régler les fonctionnaires non bancarisés. Nous ne pouvons pas continuer ainsi. Cette pratique comporte beaucoup de risques : agressions, pertes… Et de plus, N O 2779 • DU 13 AU 19 AVRIL 2014

Rang sur 189 pays classés, en 2013 Nigeria

147e

Soudan

149e 163e

Gabon

168e

Cameroun Tchad Soudan Cameroun Angola Congo Nigeria Niger Gabon

Niger

176e

Angola

179e

Congo

185e 189e

Tchad

INVESTISSEMENTS DIRECTS ÉTRANGERS Flux d’IDE entrants, en millions $, en 2012

Nigeria

Niger Cameroun Tchad Gabon

Soudan

Congo

2 466

2 758

Angola

323 507 702

793

– 6 898

Rang sur 187 pays classés, en 2012

106e 142e Sources : FMI, oct. et déc. 2013 – Banque mondiale, Doing Business 2014 – Cnuced, juillet 2013 – Pnud, mars 2013

7 029

DÉVELOPPEMENT HUMAIN

148e

150e

153e 171e

Gabon

Congo

on ne peut pas être totalement sûr que les destinataires sont bien des agents de l’État. Beaucoup de fonctionnaires arguaient du fait qu’ils percevaient plus rapidement leur argent quand ils étaient payés en liquide. Avec le Sigaspe, cet argument ne tient plus. Il s’agira donc désormais d’obliger les fonctionnaires à

Chacun doit prendre ses responsabilités pour faire reculer la corruption. Pourquoi certains fonctionnaires sontils toujours payés en liquide ?

CLIMAT DES AFFAIRES

6,6 6,2 6,2 5,8 5,6 4,5 3,9 3,6

En %, en 2013*

ouvrir des comptes en banque. Certains évoquent l’absence de tels établissements dans leur ville, ce qui les contraint à de longs déplacements. C’est exact, et c’est pourquoi nous avons travaillé avec les banques, qui ont planifié l’ouverture d’agences dans sept villes d’ici à la fin de 2015.

Angola Cameroun Nigeria Soudan

184e 187e Tchad

Niger

Certains fonctionnaires chargés de gérer des fonds ont été mis en cause par des missions de contrôle. Incompétence ou corruption ? Que faire pour résoudre le problème ?

La lutte contre la corruption doit commencer par la réduction des risques. Au ministère des Finances, nous venons de mettre en place un système automatisé du circuit de la dépense et avons réduit au maximum le contact entre fonctionnaires et usagers. Nous travaillons aussi à un système de suivi sur écran de la progression des dossiers. C’est aussi aux usagers de dénoncer les tentatives de corruption. Tout le monde doit s’engager. Mais il ne faut pas être naïf : ceux qui en profitent feront tout pour saboter ces efforts. Chacun doit prendre sa part de responsabilité pour faire reculer la corruption, ne fût-ce que d’un pas. l Propos recueillis à N’Djamena par MADJIASRA NAKO JEUNE AFRIQUE


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Le GROUPE AL-MANNA est une Société Anonyme créée par Mr AbakarTahir Moussa ayant pour activité principale l’achat et la vente des produits pétroliers. Le GROUPE AL-MANNA développe également les activités suivantes : • CONSTRUCTION (BTP) • PÉTROLE •TRANSPORT • COMMERCE GÉNÉRAL

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DIFCOM/DF - PHOTOS : DR

COMMUNIQUÉ

DIRECTION GÉNÉRALE DUTRÉSOR ET DE LA COMPTABILITÉ PUBLIQUE.


La L BCC, des d financements efficaces e et efficients e pour p un Tchad émergent é

L

a Banque Commerciale du Chari (BCC) est une banque Tchadolibyenne créée le 01/02/1973 dans le but de promouvoir les relations économiques, commerciales et bancaires entre deux pays africains, le Tchad et la Libye, à travers le financement de projets économiques et agricoles. Son capital est de 12.000.000.000 FCFA, détenu à 50 % par l’État tchadien représenté par le Ministère des Finances et du Budget, et à 50 % par la Libye via la Libyan Arab Foreign Bank. Située sur l’avenue Charles de Gaulle, une des rues les plus dynamiques de la capitale tchadienne, la BCC a une très bonne position géographique lui permettant d’attirer une clientèle nombreuse et variée, et d’occuper une place importante

dans da le paysage bancaire tchadien. Disposant de compétences en phase avec l’évolution des activités bancaires, de véritables moyens matériels et financiers, ainsi que d’un large réseau de transactions bancaires de par le monde, la BCC fournit à ses usagers un cadre idéal pour leurs diverses activités. Outre son Siège à N’djaména, elle dispose de six (6) détachements à travers tout le pays. Les Agences du Marché Central et de la Rue de 40 mètres sont également localisées dans la capitale et trois (3) autres dans les villes d’Abéché, Moundou et Amdjarass. Toujours en phase avec son ambition de couvrir l’essentiel du territoire tchadien, la BCC a en perspective l’ouverture de trois (3) Agences supplémentaires sur la période 2014-2015.

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DIFCOM/DF - PHOTO : DR

COMMUNIQUÉ

Banque Commerciale du Chari (B.C.C.)


Tchad Dans l’œil du cyclone DÉCRYPTAGE

Opinions & éditoriaux Alain FAUJAS

Risky business?

S

URPRISE, LETCHAD VA MIEUX ! Oh, ce n’est pas la gloire, et tout y est beaucoup plus compliqué que chez ses voisins. « Mais on oublie que la croissance y est tirée par le pétrole, rappelleYves Boudot, directeur du département Afrique à l’Agence française de développement (AFD). C’est un État fort militairement et faible en termes de maîtrise d’ouvrage. Son développement passera par l’accélération de la mise en œuvre des réformes. » Véritable catastrophe économique et sociale, le pays reste abonné aux dernières places dans tous les classements mondiaux : indice de développement humain de l’ONU, Doing Business de la Banque mondiale, Forum économique de Davos, indice de perception de la corruption de Transparency International…

Et pourtant, si l’amélioration est trop lente et peu équitablement répartie, elle est réelle. Certes, les 106 000 barils extraits chaque jour ne profitent guère à la population, mais ils remplissent les caisses de l’État. Ces caisses ont beau être encore opaques, elles permettent d’assurer un investissement public important, à défaut d’être optimal, et de développer les infrastructures routières, énergétiques ou immobilières. Reste que, avec une espérance de vie d’à peine cinquante ans, on vit encore cinq ans de moins en moyenne auTchad que dans le reste de l’Afrique subsaharienne, malgré un indice de pauvreté qui recule d’environ 1 % par an depuis dix ans. Des progrès sont également perceptibles du côté de la croissance et des finances publiques. La fin des affrontements armés a permis de réduire les dépenses militaires, et de nouveaux champs pétroliers entrent en production. En conséquence, une forte hausse du PIB est annoncée, de plus de 10 % pour l’année 2014. À en croire le Fonds monétaire international (FMI), un tiers des dépenses publiques étaient exécutées selon une procédure d’urgence entre 2007 et 2010. Cette proportion a été ramenée à un cinquième en 2012, et la clarté des comptes de l’État s’en est trouvée un peu améliorée.

Sébastien Dessus, chef économiste à la Banque mondiale pour une partie de la zone sahélienne. En signe de bonne volonté, N’Djamena a mis fin à un prêt trop coûteux de 2 milliards de dollars contracté auprès de l’Eximbank chinoise. Ce retour à l’orthodoxie devrait bientôt permettre l’effacement de près de 1 milliard de dollars de dette tchadienne. C’est important, moins en raison des 40 à 50 millions de dollars que le Tchad n’aura plus à rembourser chaque année que parce qu’il ne sera plus en situation de dette insoutenable. Ce qui permettra à de nombreux bailleurs de fonds de revenir vers lui. » Reste que le retour des bailleurs de fonds publics ne suffira pas à consolider le développement tchadien. Il lui faudra aussi séduire les investisseurs privés pour faire décoller l’emploi et le secteur formel, mais les fonds étrangers demeurent effrayés par les foucades du pouvoir et les méandres d’une administration peu efficace. « On perçoit bien la volonté officielle d’assainir le climat des affaires, souligne Jaouhar Ben Zid, directeur opérationnel

Services, infrastructures, énergie… À peu près tout reste à faire dans ce pays. Pour les investisseurs étrangers, le jeu en vaut la chandelle.

Mais que la guerre est jolie… Avec son intervention militaire au Mali, le Tchad a prouvé aux institutions de Bretton Woods qu’elles ne pouvaient plus ignorer les exigences financières de la sécurité régionale. « La Banque mondiale et le FMI ont donc réactivé le processus d’annulation de la dette duTchad bloqué depuis 2002, explique JEUNE AFRIQUE

du nouveau bureau de Deloitte à N’Djamena. Mais il ne semble pas que l’agence des investissements chargée de simplifier la vie des créateurs d’entreprise ait les moyens nécessaires pour réduire les délais des procédures. LeTchad demeure enclavé, et le manque d’infrastructures routières augmente le coût des produits importés. La main-d’œuvre est peu formée, l’accès à l’électricité aléatoire et la fiscalité inéquitable, puisqu’elle ne pèse que sur le secteur formel et que leTchad n’a pratiquement pas signé de conventions fiscales avec d’autres États qui éviteraient la double imposition. » Est-ce à dire que le Tchad demeure une destination dangereuse en termes économiques que tout entrepreneur rationnel doit éviter ? « Absolument pas, répond Jaouhar Ben Zid. À peu près tout reste à faire dans ce pays, et l’offre, à tous points de vue (services, infrastructures, énergie…), y est si peu développée que ceux qui y investiront les premiers connaîtront un développement très rapide et bénéficieront d’une sécurité rétablie. » La prise de risque en vaut la peine. Oui, que la guerre est jolie… quand elle s’arrête. l N O 2779 • DU 13 AU 19 AVRIL 2014

73


COMMUNIQUÉ

MINISTÈRE DE L’ASSAINISSEMENT PUBLIC ET DE LA PROMOTION DE LA BONNE GOUVERNANCE

Tchad Une politique déterminée de prévention et de lutte contre la corruption

Abdraman Salha, Ministre de l’Assainissement public et de la promotion de la bonne gouvernance.

... le ministère est également chargé de la coordination, de la mise en œuvre, du suivi et de l’évaluation de la politique du Gouvernement en matière de promotion de la bonne gouvernance

L

a création du ministère chargé du Contrôle général d’État et de la Moralisation en juillet 2004, devenu Ministère de l’Assainissement public et de la Promotion de la bonne gouvernance en mars 2010 a démontré la volonté des plus hautes autorités de la République de Tchad de mettre fin à certaines pratiques de corruption devenues trop fréquentes et, dans tous les cas, nuisibles aux efforts de développement du pays. >> UN MINISTÈRE QUI DISPOSE DES MOYENS DE SES ACTIONS Les compétences du ministère chargé du Contrôle général d’État et de la Moralisation, puis de celui qui lui a succédé en 2010, sont encadrées par un Décret de septembre 2005, qui investi le ministère de pouvoirs d’inspection, de contrôle et de suivi des activités dans les administrations publiques, les collectivités territoriales décentralisées, les projets, programmes et organismes publics et privés bénéficiant d’aide ou de subvention de l’État. Ce texte organise également les conditions dans lesquelles les travaux de contrôle et d’inspection doivent être menés. Il institue des garanties et des droits en faveur de la personne contrôlée et prévoit des sanctions en cas d’entrave ou de refus de collaborer. Aujourd’hui, le ministère de l’Assainissement public et de la Promotion de la bonne gouvernance est

également chargé de la coordination, de la mise en œuvre, du suivi et de l’évaluation de la politique du Gouvernement en matière de promotion de la bonne gouvernance et de toutes les actions y contribuant. L’administration centrale du ministère est structurée en trois directions générales comprenant chacune plusieurs directions techniques. Plusieurs autres institutions participent du dispositif de lutte contre la corruption avec le ministère, comme la Chambre des comptes de la Cour suprême (une Cour des Comptes est en cours d’institution), les Inspections générales internes des autres ministères, le Collège de contrôle et de surveillance des ressources pétrolières, ainsi que l’Agence nationale des investigations financières, un service institué par le règlement de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac) dans le cadre de la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme.


MINISTÈRE DE L’ASSAINISSEMENT PUBLIC ET DE LA PROMOTION DE LA BONNE GOUVERNANCE

>> LE DISPOSITIF JURIDIQUE ÉVOLUE ET SE MODERNISE Alors que la corruption et les infractions assimilées ont longtemps été concernées par le seul code pénal de 1967, la Loi du 16 février 2000 marque le début du processus de prévention et de lutte contre la corruption. Elle punit sévèrement le détournement des deniers publics, la corruption, la concussion, le trafic d’influence et les infractions assimilées. Elle prévoit une détention préventive obligatoire et la possibilité d’une peine assortie de sursis en cas de paiement des sommes détournées. L’Ordonnance du 15 juin 2012 lui succède. Élaboré à partir du guide législatif de la convention des Nations unies sur la corruption, cet outil juridique essentiel et moderne comporte des dispositions qui incriminent et punissent, outre la corruption active et passive des agents publics, le trafic d’influence actif et passif, la soustraction, le détournement et l’usage illicite de biens publics, l’enrichissement illicite, l’entrave au bon fonctionnement de la justice, l’abus de fonctions et le blanchiment d’argent. Ce texte complet, clair et simple est bien accueilli par les professionnels du milieu judiciaire et la société civile, mais aussi par le secteur privé et les organismes internationaux qui attendaient une réponse nationale énergique et conforme aux standards internationaux. Il prévoit la protection des dénonciateurs et des témoins, ainsi que des techniques d’enquêtes particulières (écoutes téléphoniques, livraisons surveillées, infiltrations, captation de données informatiques, d’images…).

>> DES RÉSULTATS ÉLOQUENTS De 2005 à 2011, le ministère de l’Assainissement public et de la Promotion de la bonne gouvernance a réalisé plus de 100 missions de contrôle, qui ont permis le recouvrement de plusieurs milliards de F CFA. Au début de l’année 2012, le ministère a lancé l’« Opération Cobra », vaste campagne de contrôle et d’inspection des administrations civiles et militaires dans différentes régions du pays. Les résultats sont éloquents. Entre mai et novembre 2012, 23 missions de contrôle à N’Djamena, 9 missions du ministère et 13 missions interministérielles dans les régions ont permis de recouvrer près de 25 milliards de F CFA. Dans ce cadre, 107 personnes ont été interpellées, s’ajoutant au plus de 280 personnes poursuivies de 2006 à 2001. Douze nouvelles plaintes sont déposées en 2013, mettant en cause 33 personnes.

>> NOMBREUSES ACTIONS DE SENSIBILISATION ET DE PROMOTION En parallèle, le Ministère a initié plusieurs activités de sensibilisation et de moralisation de la vie publique. C’est notamment le cas dans les milieux scolaires et estudiantins où sont menés des débats sur la violence en milieu scolaire, la scolarisation des jeunes filles, la grossesse précoce ou encore les maladies sexuellement transmissibles. Des panneaux appelant au respect de la chose publique, à la non violence et au respect des droits humains ont été posés aux endroits les plus fréquentés. Des séminaires sur la déontologie et l’éthique professionnelle ont été organisés à l’intention des cadres et agents de différents départements ministériels. En outre, une Commission nationale de lutte contre la corruption et de promotion de la bonne gouvernance a été mise en place, réunissant des représentants de l’administration publique, du secteur privé, de la société civile, des syndicats et de la presse. Enfin, le ministère a commandité depuis 2009 une enquête nationale sur la perception de la corruption assortie d’un plan d’action en vue de mener à bien sa politique de promotion de la bonne gouvernance. Les conclusions ont conduit à l’élaboration d’une stratégie nationale de bonne gouvernance et à l’élaboration d’un projet de code d’éthique et de déontologie des agents de l’État, en voie d’adoption.

COMMUNIQUÉ

... mettre fin à certaines pratiques de corruption

SG Djamal Dirmy Haroun.

... de nombreuses actions de sensibilisation et de promotion

>> LE TCHAD, NOUVEL ACTEUR SUR LA SCÈNE INTERNATIONALE L’Assemblée nationale de la République du Tchad a adopté, le 24 Décembre 2012, la Loi autorisant le Président de la République, Chef de l’État, à ratifier la Convention de l’Union Africaine sur la Prévention et la Lutte contre la Corruption. Les documents de ratification ont été déposés auprès de l’Union Africaine. Dans le même élan, le Président de la République a signé le 16 janvier 2013 le Protocole du Mécanisme Africain d’Évaluation par les Pairs (MAEP). Le Tchad a reçu une délégation du MAEP et l’évaluation de ce mécanisme est actuellement en cours. Une structure spécifique a été mise en place à cet effet et plusieurs activités sont menées dans ce cadre. Enfin, sur sollicitation du ministère de l’Assainissement public et de la Promotion de la bonne gouvernance, la procédure de ratification de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la corruption est en cours.

SGA Daga Laoukissam.

Difcom - F.C. Photos : DR


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Le Plus de J.A. Tchad AMÉNAGEMENT

N’Djamena et tout le tralala Plongée dans la poussière et le bruit, la ville s’apprête à changer de look. Tout doit être prêt en juin 2015, pour le 25e sommet de l’Union africaine.

À

Sabangali, les habitants ont agréable. » Outre ces travaux de voirie, appris à vivre avec le bruit, l’État conduit un grand programme de les vibrations et la poussière. construction des immeubles qui accueilDepuis plusieurs mois, les leront l’événement ainsi que les nomtravaux se multiplient dans ce secteur du breuses délégations. Principal ouvrage : 3e arrondissement de N’Djamena. Avec le Centre de conférences international, ses larges avenues – Mobutu, Bokassa, pour lequel le Tchad a déboursé 60 milCharles-de-Gaulle, de Marseille… –, ce liards de F CFA (près de 91,5 millions grand quartier résidentiel qui borde le d’euros). Conçu sur le modèle de celui de fleuve Chari, à moins de 2 km de l’aéroMalabo, en Guinée équatoriale (où s’est port international Hassan-Djamous, sera déroulé le sommet de l’UA en 2011), il l’un des centres nerveux du sommet de s’élève peu à peu sur le site de l’ancienne l’Union africaine que la capitale accueilÉcole de police. Le complexe comprenlera en juin 2015. Tout le réseau routier La capitale va se doter de secondaire est en cours de 3 000 chambres supplémentaires. construction ou de réhabilitation. Derrière le siège de Contre 1 800 à ce jour. l’Office national de radio et télévision du Tchad (ONRTV), certains dra un auditorium d’une capacité de grands axes, déjà asphaltés, restent fer1 200 places, une grande salle de réunion més à la circulation pour que les ouvriers VIP, un restaurant de 1 500 couverts ainsi puissent aménager les drains, caniveaux que plusieurs bâtiments connexes. Le et trottoirs en toute sécurité. projet a été confié à l’américain Salim Pour se déplacer dans ce beau quartier Group, filiale de STM dont le PDG et fondateur, Emil Youssefzadeh, détient en plein chambardement, il faut donc également le futur Hilton N’Djamena. enfourcher un deux-roues, seul véhicule capable de se faufiler entre les barrières de béton qui bloquent les avenues. PARFAIT ORGANISATEUR. Les visites « Ce n’est pas facile de venir travailler, régulières des membres du gouvernement explique Haroun, jeune employé d’un sur les différents chantiers trahissent une petit hôtel situé près de l’avenue Mobutu. certaine fébrilité. Le pays misant sur la Mais après les travaux, le quartier aura réussite de ce sommet pour couronner sa de belles routes et sera vraiment plus « diplomatie de paix » et asseoir son image

CHANTIERS À TOUS LES ÉTAGES LES GRANDS travaux menés par l’État sont pilotés par le ministère des Infrastructures et desTransports, ainsi que par la Direction générale des grands travaux et projets présidentiels (DGGTPP). À la tête de celle-ci, Daoussa Idriss Déby Itno, l’un des fils du chef de l’État. Cette structure se charge N O 2779 • DU 13 AU 19 AVRIL 2014

prioritairement des « urgences sociales », tandis que le ministère donne l’impulsion aux programmes gouvernementaux. En moins de dix ans, ce dernier a ainsi fait bitumer 2000 km de routes à travers le pays (qui n’en comptait que 300 en 2003). Grâce aux projets engagés par les deux acteurs

publics ces dernières années, leTchad a notamment construit 120 centres de santé, deux hôpitaux de référence à N’Djamena, et il achève un programme de couverture sanitaire reposant sur la réalisation de 40 hôpitaux de district et de 10 établissements G.D. régionaux. l

de parfait organisateur, il est impératif de réceptionner les différents ouvrages avant juin 2015. N’Djamena doit notamment pouvoir loger 4 000 invités, dont 600 journalistes étrangers… L’avancée des travaux est donc suivie avec attention. Selon Adoum Younousmi, le ministre des Infrastructures et des Transports, chargé de préparer l’événement, la capitale va rapidement se doter de 3 000 chambres supplémentaires. Elle n’en compte que 1 800 à ce jour. Près du centre de conférences, au bord du fleuve, les travaux du Hilton – qui comprendra 250 chambres, quelques suites, et cinq restaurants – avancent à un rythme satisfaisant. LUXE. Non loin de là, dans le quartier

Moursal, même course contre la montre sur le chantier du Grand Hôtel, autre futur complexe haut de gamme. Financé par l’État pour un montant estimé à 57 milliardsdeFCFA,l’établissementdevraitêtre livré en mai. Il comportera 254 chambres de luxe, 16 suites ministérielles, 2 suites JEUNE AFRIQUE


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ABDEL NASSER GARBOA POUR J.A.

t Chantiers des appartements présidentiels, du Grand Hôtel et, en arrière-plan, du Hilton.

présidentielles et 1 suite royale. Pour augmenter la capacité d’hébergement de la ville, le gouvernement a par ailleurs lancé une politique d’incitation à l’investissement privé. « Nous sommes en contact avec des partenaires qui envisagent de construire des hôtels. L’État leur octroie des terrains, des subventions ainsi que des exonérations douanières

pour faciliter la mise en œuvre des chantiers lorsque les projets présentent une capacité de 80 à 100 chambres, explique Adoum Younousmi. Et nous envisageons d’appuyer ces projets privés par des investissements importants. » À condition, bien sûr, que lesdits partenaires s’engagent à achever les chantiers avant la date du sommet.

Si le mécanisme produit les résultats attendus, la capitale tchadienne pourrait bien atteindre ses objectifs, voire les dépasser. Ce qui devrait inciter les pouvoirs publics et les opérateurs privés à développer le tourisme d’affaires, puis celui de loisirs, afin d’assurer la rentabilité de ces nouveaux établissements. l GEORGES DOUGUELI


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Le Plus de J.A. Tchad PORTRAITS

Trois patrons en béton Les châteaux de sable ? Très peu pour eux ! Pour ces bâtisseurs, la réussite, c’est du solide.

I

ngénieurs ou hommes d’affaires, ils ont pendant longtemps évolué dans l’ombre de grands groupes étrangers. Désormais, leurs entreprises enchaînent les contrats et les chantiers. La manne financière engrangée depuis le début de la production pétrolière en 2003, le retour à la paix en 2009, le choix de l’État d’investir une bonne partie de ses nouvelles ressources dans le BTP et, parfois, de donner à ces sociétés un coup de pouce dans l’attribution des marchés ont favorisé leur émergence. Résultat, en quelques années, nombre de patrons tchadiens du secteur ont considérablement développé leurs activités dans le pays et, pour certains, à l’étranger. Parmi eux : Abakar Tahir Moussa, Théophile Yombombé et Amir Adoudou Artine.

N O 2779 • DU 13 AU 19 AVRIL 2014

Abakar Tahir Moussa 52 ans, PDG du groupe Almanna IL AURAIT PU ÊTRE journaliste. Ou se consacrer entièrement à la politique, étant le plus ancien membre du bureau politique national du Mouvement patriotique du salut (MPS, au pouvoir). Mais il préfère les affaires. Après des études en Égypte et un diplôme en communication et droit islamique de l’université saoudienne de Jeddah, Abakar Tahir Moussa a pris la tête d’Almanna, l’un des principaux groupes de BTP du Tchad aujourd’hui. Une entreprise dont il a été l’un des associés, puis le propriétaire, alors qu’il vivait encore en Arabie saoudite.

En 1996, il rentre au pays pour créer un groupe du même nom, actif dans les services pétroliers, le commerce général et, à partir de 2004, la construction. « J’aurais pu rester en Arabie saoudite, mais j’ai décidé de rentrer et de travailler pour la postérité, expliquet-il. Je veux faire en sorte que, demain, on ne montre pas des immeubles à mes enfants en disant : “Voici ce que votre père a mal bâti.” » Ce serait plutôt le contraire: Abakar Tahir Moussa a reçu à Paris l’Oscar du leadership 2013, remis par le Conseil international des manageurs africains.

En dix ans, Almanna BTP s’est rapidement développé, s’attachant les services de spécialistes mondiaux. Parmi ses 150 employés, on compte des ressortissants de sept pays (France, Inde, Italie, Liban, Tunisie, Turquie et Philippines). Le groupe a notamment été chargé de la construction du siège du Trésor et de la tour de l’Office national de radiodiffusion et télévision du Tchad (ONRTV). Financé par l’État à hauteur de 19 milliards de F CFA (29 millions d’euros), le nouveau siège de l’audiovisuel public, situé dans le 2e arrondissement de la JEUNE AFRIQUE


Dans l’œil du cyclone

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Théophile Yombombé Madjitoloum 44 ans, directeur général de la Centrale d’ingénierie et d’assistance technique (Ciat)

MADJIASRA NAKO

Consulting Africa a pour gence, C.A. est fier de contri-

CORRESPONDANT

ambition d’être un cabinet très proche des Entreprises, des Organisations et des Institutions en leur proposant des services de qualité à forte valeur ajoutée. Dans une nouvelle dynamique où le Tchad pose ses premiers pas vers l’emer-

buer avec les différents acteurs, en proposant des services d’Audit, de Conseil et de Stratégie à ses clients, pour developper des pôles de croissance, atteindre une grande transparence et être un acteur majeur de la bonne gouvernance.

ABDOULAYE BARRY POUR J.A.

capitale, sera le plus grand bâtiment du pays (70 m de haut, 11 étages). Après la phase d’étude, confiée au cabinet émirati Dar El Amara, Almanna BTP s’est associé à des architectes italiens et tunisiens pour sa construction. Le chantier, ouvert en 2011, devrait être achevé à la fin de 2014. l

EXPERT. Le bureau est spécialisé dans la conception de plans d’aménagement urbain (Abéché, Bitkine, Maro…), l’adduction d’eau et les réseaux d’approvisionnement en électricité. Depuis 2008, les ingénieurs de Ciat collaborent avec ceux d’Egis BCEOM International sur la question de l’accès à l’eau dans plusieurs villes du Tchad et, depuis 2010, le bureau travaille comme expert associé, avec WYG International Ltd, sur le projet d’interconnexion électrique entre le Tchad et le Cameroun. Il assure aussi des missions de contrôle et d’évaluation des ouvrages. L’ingénieur, qui a suivi des formations chez Afnor Compétences et Veritas Certification, a notamment été récompensé par le Trophée

international Europe à la qualité 2012, qui lui a été remis à Madrid par le Global Trade Leaders’ Club. Et il compte bien continuer à cultiver cette exigence de qualité au sein de son bureau et à travers les projets qui lui sont confiés, même s’il a aussi des obligations liées à son mandat de député des

Monts-de-Lam (Logone oriental, Sud), où il a été élu en 2011 sous la bannière du Rassemblement national des démocrates tchadiens (RNDT-Le réveil). « De toute façon, les fonctions politiques sont passagères, conclut-il, je resterai ingénieur. » l M.N.

DIFCOM/DF

ABDOULAYE BARRY POUR J.A.

C’EST SANS DOUTE l’un des grands patrons les moins connus du secteur. Pourtant, le discret vice-président de l’Assemblée nationale dirige, depuis 2004, l’un des cabinets d’ingénieurs les plus cotés dans l’attribution des marchés relatifs aux projets financés par les principaux partenaires du Tchad, tels que l’Agence française de développement (AFD), la Banque mondiale ou le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud). Né à Bongor, diplômé de l’École nationale d’ingénieurs de Bamako (Mali) et de l’École nationale supérieure polytechniquedeYaoundé(Cameroun), Théophile Yombombé a effectué une partie de sa carrière en tant que chef de projet à la Société tchadienne d’eau et d’électricité (STEE), avant de créer la Centrale d’ingénierie et d’assistance technique (Ciat ingénieurs conseils).

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Le Plus de J.A. Tchad

Amir Adoudou Artine 44 ans, président du conseil d’administration de Geyser

ABDOULAYE BARRY POUR J.A.

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DIPLÔMÉ EN sciences économiques de l’Université libre de Belgique, c’est naturellement que ce fils d’industriel a intégré en 1996 l’entreprise de BTP dont son père était actionnaire. Directeur général adjoint de la Société tchadienne de construction hydraulique et d’équipement (Steche) pendant deux ans, il quitte finalement l’entreprise à la suite de malentendus entre les actionnaires et, en 1998, décide de créer Geyser SA, une société spécialisée dans les travaux de forage, le terrassement, l’hydraulique et le BTP. Le développement du champ pétrolier du bassin de Doba, au début des années 2000, permet à l’entreprise de faire ses preuves et de se développer. Au contact des multinationales, notamment américaines, Geyser gagne en expérience et en réputation pendant cinq ans. Au point d’être retenu par la Société financière internationale (IFC, branche de N O 2779 • DU 13 AU 19 AVRIL 2014

la Banque mondiale spécialisée dans la promotion du secteur privé), pour bénéficier d’un prêt au développement de 1 million de dollars (734, 5 millions d’euros). De quoi permettre au jeune patron de renouveler son matériel. Les affaires suivent : le chiffre d’affaires annuel passe de 7 millions à plus de

parmi ses clients l’État tchadien, qui lui a notamment confié l’aménagement d’un site aux portes du désert pour le lancement du recensement de l’élevage. L’opération est une réussite. Amir Artine, qui a un goût prononcé pour les activités agropastorales (passionné de chevaux, il possède une ferme de 420 hectares à 40 km de N’Djamena), Coiffé de son chapeau de cow-boy, a même été ministre du Développement pastoral il visite les chantiers pour vérifier et des Productions anique tout avance selon les règles. males en 2013. Après onze mois au sein du gouverne8 milliards de F CFA (de 10 600 euros ment, il est retourné à ses chantiers. à 12,2 millions d’euros) entre 1999 et On l’y aperçoit souvent, vérifiant que tout avance dans les temps et dans les aujourd’hui. Dernière réalisation, la règles, coiffé d’un chapeau de cow-boy… construction d’une base de vie pour Quand il ne flatte pas l’encolure des le pétrolier canadien Caracal dans les chevaux de son écurie, les après-midi, bassins de Dosséo et Salamat (Sud). sur la base aérienne de N’Djamena. l Outre les opérateurs pétroliers et MADJIASRA NAKO leurs sous-traitants, Geyser compte JEUNE AFRIQUE


Le Plus de J.A. Tchad certificats de transport ont été suspendus en juillet 2012, elles cherchent à se mettre en conformité avec les autorités de l’aviation civile afin de pouvoir effectuer des vols internationaux. Selon l’Adac, chargée de la Avec le retour à la stabilité et le décollage économique, certification, Toumaï Air Tchad, qui avait une kyrielle de nouvelles compagnies font cap sur N’Djamena. satisfait début mars à 80 % des exigences, Et, concurrence oblige, les tarifs baissent un peu. pourrait rapidement reprendre du service dans le ciel africain. n aller-retour N’Djamena-Paris le vol inaugural est pour ce mois d’avril », Pour rendre la destination N’Djamena à moins de 1 000 euros ? La explique Brahim Guihini Dady, directeur encore plus attrayante pour les opérateurs, proposition a séduit de nomgénéral de l’Adac. Ce sera un concurrent les autorités ont notamment réduit le breux voyageurs, qui, début de plus pour la dizaine de compagnies prix du Jet A-1 (carburant à base de kérodécembre 2013, se sont littéralement jetés habituées au tarmac de l’aéroport internasène), qui est produit par la raffinerie de sur les billets du vol inaugural de Turkish tional Hassan-Djamous, parmi lesquelles Djermaya, au nord de la capitale, mise en Airlines, malgré le détour par Istanbul. Asky et Ethiopian Airlines, qui assurent service en 2011 (lire pp. 88-89). « On allège Opérateur traditionnel des rotations entre des liaisons quotidiennes, Air France et le prix final en supprimant ou en dimiParis et la capitale tchadienne, Air France Camair-Co (trois rotations par semaine), nuant le coût de certains prélèvements a même dû (légèrement) ajuster ses prix Soudan Airways (deux) ou encore la comfiscaux », explique Brahim Guihini Dady. pour ne pas se laisser déborder par la D’autres frais, comme la taxe sur concurrenceetproposedésormaisdesvols l’assistance aéroportuaire, ont Air Côte d’Ivoire, Air France, en tarif économique à moins de 900 euros. également été réduits. Autre nouveau venu dans le ciel tchadien, Enfin, dans la perspective du et bientôt Egyptair et la RAM… Air Côte d’Ivoire propose désormais un 25e sommet de l’Union africaine Ça se bouscule au portillon. vol direct N’Djamena-Abidjan à un prix l’an prochain (lire pp. 76-77), des intéressant, à partir de 510 000 F CFA travaux d’aménagement sont en (777,50 euros). Une liaison déjà assurée pagnie libyenne Afriqiyah Airways (deux), cours, qui vont permettre d’augmenter par Asky Airlines, mais via une escale à qui tente de reprendre sa place sur le la capacité d’accueil et de traitement de Lomé (Togo). marché tchadien après une année de l’aéroport Hassan-Djamous, ainsi que le Selon l’Autorité de l’aviation civile suspension de ses activités, en 2012. Les nombre de places de parking. Tout cela du Tchad (Adac), deux nouvelles comspécialistes des vols cargos, tels que le devrait rendre le hub aérien de N’Djamena pagnies attendent leur certification et luxembourgeois Cargolux ou l’émirati compétitif, surtout pour les étrangers, devraient bientôt desservir l’aéroport de Etihad, assurent eux aussi des dessertes car « tant que le niveau de revenu des N’Djamena : Royal Air Maroc (RAM) et de plus en plus fréquentes à N’Djamena. Tchadiens ne leur permettra pas de se Egyptair. « Le retard est simplement dû à payer un billet d’avion et de suivre le moul’absence d’accords préalables avec leurs EXIGENCES. Quant aux compagnies de vement, on ne pourra pas parler de réel pays d’origine, mais tout est en passe droit tchadien Sahara Aero Services (SAS), changement », fait remarquer un usager. l d’être réglé dans le cas de la RAM, dont RJM Aviation et Toumaï Air Tchad, dont les MADJIASRA NAKO AÉRIEN

Appel d’air

U

p Turkish Airlines a inauguré ses vols vers la capitale tchadienne en décembre 2013. N O 2779 • DU 13 AU 19 AVRIL 2014

TURKISH AIRLINES

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JEUNE AFRIQUE


ABDELNASSER GARBOA POUR J.A.

Dans l’œil du cyclone

TRANSPORTS

BOISSONS. Dans un premier temps, les

sociétés se sont équipées de bus climatisés

MADJIASRA NAKO

p Nouveau véhicule climatisé.

Avant, voyager était un calvaire. Aujourd’hui, on peut, depuis Abéché ou Sarh, rallier la capitale en moins d’une journée. Grâce à l’asphaltage des routes et à la mise en service de cars tout confort.

N

JEUNE AFRIQUE

PONCTUALITÉ. La différence avec les

vieux taxis-brousse est devenue très nette depuis l’interdiction des surcharges, véritables points noirs pour la rapidité et la sécurité. « Désormais, les transporteurs refusent de prendre certains bagages. Ils proposent, moyennant paiement, de les transférer à bord de leurs camions spécialisés dans le transport de marchandises et les acheminent à destination. Cela permet de désengorger les bus et de voyager confortablement », apprécie Ngoudjo Mélaine, un usager. La concurrence entre compagnies est devenue rude et profite aux voyageurs. Abou Salam (qui assure également la liaison N’Djamena-Abéché, à l’est, en une journée, via 800 km de route asphaltée) a réduit ses tarifs de 10 000 F CFA à 9 000 F CFA ; Sud Voyage propose pour sa part un dixième voyage gratuit sur présentation de neuf tickets ; la Société tchadienne de transport et de location (STTL) communique sur la ponctualité, et Safa Express donne la possibilité aux voyageurs de bénéficier d’une réduction de 10 % s’ils achètent leur billet avec la monnaie virtuelle que propose l’opérateur de téléphonie Airtel. l

Bus, clim et vidéos

a s s a r t eb ay e Ng u e n ga r n’a pas résisté à l’envie de commenter son voyage. Sur sa page Facebook, il écrit « N’Djamena-Sarh. Il y a treize ans ce même voyage était un calvaire. Aujourd’hui, excepté le prix du poulet à Bongor, qui est passé de 2 000 F CFA à 3 000 F CFA [de 3 à 4,50 euros], on a la chance d’être dans un bus où l’air est conditionné et où l’on peut regarder des clips vidéo. Pas mal ! » Une semaine auparavant, Nassartebaye avait fait le voyage jusqu’à Sarh pour rendre visite à sa famille. Il s’apprête aujourd’hui à reprendre le chemin de la capitale pour rejoindre son travail. Un trajet qu’il racontera, photos à l’appui, sur les réseaux sociaux. À chaque ville traversée ses spécialités: Koumra, Doba, Moundou et leurs marchandes de fruits; Kélo et ses vendeusesdepintades;Bongor,sespoulets grillés et ses aubergines… Toutes défilent sous ses yeux en quelques heures, ce qui était inimaginable il y a encore quelques années. Parcourir ces 750 km de route était alors une épreuve « interminable » à cause des nids-de-poule, qui ralentissaient considérablement la circulation.

d’une trentaine de places, qui ont déjà considérablement amélioré le confort comparé aux minibus dans lesquels les voyageurs étaient auparavant entassés – quand ils ne voyageaient pas sur la carrosserie, assis sur les bagages. Depuis deux ans, toutes se sont dotées de grands cars climatisés, offrant des films et des boissons pendant le trajet. « Pour aller à un séminaire qui a lieu à N’Djamena le lendemain, il suffit de quitter Sarh le soir après le boulot. On a le temps de dormir pendant le trajet et d’arriver le matin en forme pour travailler », raconte Djimanko, fonctionnaire au ministère de l’Éducation nationale.

Depuis, grâce à l’argent du pétrole et au prêt du Fonds européen de développement (FED), 50 km de route ont été asphaltés chaque année en moyenne. Si bien qu’en 2009, plusieurs sociétés de transport (Abou Salam, Sud Voyage, Safa, STTL) ont développé des services de liaisons interurbaines et assurent désormais le trajet N’Djamena-Sarh en une seule journée, ou en une nuit. Une véritable révolution pour les passagers, qui sont plusieurs centaines chaque jour à être du voyage.

SERVICES COMPRIS EN PLUS DUTRANSPORT de voyageurs, les compagnies ont développé d’autres services. Grâce à leur présence dans plusieurs villes de province, elles assurent l’acheminement de colis et de courrier. Elles facilitent aussi les transferts de fonds grâce à un procédé simplifié. Pas besoin de pièce d’identité. Il suffit d’avoir un téléphone et d’indiquer le montant attendu. L’opérateur fait sonner le téléphone du récepteur, et le tour est joué. Ce service, bien qu’illégal, est assuré avec une efficacité et une facilité qui captent une bonne part de la clientèle traditionnelle de la Poste et des M.N. sociétés de services financiers. l N O 2779 • DU 13 AU 19 AVRIL 2014

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LA PASSION D’ENTREPRENDRE POUR L’AVENIR

Le Groupe 3A, sous la houlette de son Président Directeur Général, ALI AHMED ALI, regroupe trois grandes entreprises :

> ENCOBAT SA (Entreprise de construction de bâtiments et travaux publics),

> GLM (General Logis tics and Manutention, spécialisée dans la logistique pétrolière),

> TPS (Gardiennage et sécurité).

www.encobat3a.com


■ NOS ACTIVITÉS Nous sommes spécialisés dans deux secteurs : Génie civil : Terrassement, Bâtiments, Route, Plate forme, Béton. Logistique Pétrolière : Levage, Transport, Manutention

ALI AHMED ALI Président directeur Général

QUALITÉ ET SÉCURITÉ DANS L’EXÉCUTION DE NOS TRAVAUX

■ SECTEUR GÉOGRAPHIQUE N’Djamena, Moundou, Sarh, Kome ■ NOS PRINCIPAUX CLIENTS • État du Tchad : Route, Bâtiments, Forages, etc. • Esso : Plate forme pétrolière, pistes, Installation camp, Service chauffeur, etc. • Petrotchad : Installation camp, Béton, Piste d’atterrissage, Logistique pétrolière, Manutention, Route, etc. • United Hydrocarbon : Piste, Installation camp, Plate forme pétrolière, Logistique, Forage, etc. • Ministère de l’Urbanisme des Affaires Foncières et du domaine : Drainage des eaux pluviale, etc.

■ NOTRE VISION Expansion sous régionale, amélioration des conditions de vie des populations, promotion de l’emploi des jeunes, formation de la jeunesse, etc. ■ NOS FORCES >>> Utilisation des équipements neufs et à la pointe de la technologie >>> Mixage d’une main d’œuvre locale et expatriée >>> La diversification de nos activités >>> Un partenariat économique à nulle part ailleurs avec les banques locales ainsi que les bailleurs de fonds internationaux >>> Une expérience sans pareille dans le secteur pétrolier ■ NOTRE CRÉNEAU Servir et satisfaire le client est le but de notre existence ■ NOTRE DEVISE La passion d’entreprendre pour le futur.

DIFCOM/FC - Photos : DR

3A HOLDING GROUPE - Route Nationale, Toukra - B.P. 5375 - N’Djaména - Tchad Tél. : +235 66 29 82 10 - Fax : +235 97 22 27 67 - Email : encobat@encobat3a.com


Le Plus de J.A. Tchad

ABDEL NASSER GARBOA POUR J.A.

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p À Banda, l’atelier mécanique de la CST a été réquisitionné pour le stockage. AGRO-INDUSTRIE

Tout n’est pas rose au pays du candi Non-paiement de taxes, contrefaçon… La Compagnie sucrière du Tchad s’insurge contre les mauvais procédés de ses concurrents nigérians, soudanais et asiatiques, qui grignotent ses positions.

A

près avoir suspendu les activités de son usine de N’Djamena en 2012, la Compagnie sucrière du Tchad (CST) a annoncé, le 25 février, qu’elle allait fermer sa principale unité, située à Banda (près de Sarh, dans le Sud), et mettre au chômage 2 500 employés. Un électrochoc. Mais pour l’entreprise, il n’était pas sérieusement question de fermer l’usine, il s’agissait de faire réagir les pouvoirs publics. Depuis sa création en 1970, la CST (filiale tchadienne de Somdiaa, le groupe agro-industriel panafricain dirigé par le Français Alexandre Vilgrain), seul producteur de sucre du pays, avait le monopole de sa commercialisation. Jusqu’à ce que, en 2008, l’État en autorise l’importation et la vente pour combler les déficits de production. Résultat : en moins de cinq ans, les sucres soudanais, nigérians et N O 2779 • DU 13 AU 19 AVRIL 2014

asiatiques à bas prix ont envahi le marché national. En janvier, la CST a lancé une première alerte en déplorant que, sur les 120 270 tonnes de sucre consommées par les Tchadiens en 2013 (10,5 kg par habitant et par an), 30 % seulement aient été produites localement. Les 70 % d’origine étrangère, elles, ont été « introduites en toute illégalité ». Sur le marché

Caillau, directeur général adjoint de la CST. Plus grave encore, alors que l’entreprise s’est vue contrainte de fermer, en juillet 2012, sa confiserie de Farcha, près de N’Djamena, des tonnes de pains de sucre estampillés Princesse Tatie – sa marque – circulent sur les marchés… « Nous avons prévenu les autorités et porté plainte contre X pour fraude et contrefaçon », indique Patrick Caillau.

CONTREBANDE. Début mars, les dirigeants de la CST ont assuré à Kalzeubet Payimi Deubet, le Premier ministre, qu’il n’était pas question de fermer l’usine de Banda pour Les entrepôts de N’Djamena, le moment. Le chef du gouMoundou et Banda ne sont pas vernement a promis quant à seulement pleins, ils débordent ! lui un appui plus conséquent et plus efficace afin de freiner de N’Djamena, l’écart entre les prix des la contrebande et les contrefaçons, aux sucres tchadien et nigérian est de plus frontières comme sur les lieux de vente. Pour l’État également, les enjeux sociode 50 %. Même constat pour celui du économiques et financiers sont de taille. Soudan, qui alimente désormais l’est et La CST emploie 4 000 personnes, dont la le centre du pays. « Ce sucre est vendu à bas prix parce qu’il n’est soumis à aucune plupart à Banda, où ses plantations de taxe à l’importation », se plaint Patrick canne à sucre s’étendent sur 11 000 ha JEUNE AFRIQUE


Dans l’œil du cyclone Consommation de sucre au Tchad en 2013 En milliers de tonnes

En kg par habitant

10,5

Part de la production locale

120

30%

SOURCE : CST

le long du fleuve Chari, près de son complexe industriel (d’une capacité de 40 000 t/an). L’entreprise finance par ailleurs le centre de santé de Banda, fréquenté par tous les habitants de la région, ainsi qu’une dizaine d’écoles alentour. Et elle a versé quelque 12 milliards de F CFA (18,3 millions d’euros) d’impôts et de taxes au Trésor public en 2012. Une contribution tombée à 4 milliards de F CFA en 2013. « Si les choses ne changent pas, nous risquons de ne plus rien avoir à payer, résume Patrick Caillau. Nous ne demandons pas de faveur, seulement que les règles soient les mêmes pour tous. Il faut que la concurrence s’acquitte elle aussi de ses taxes. Vous verrez alors que nous saurons tenir notre place sur le marché. » En attendant, sur 23 000 t de sucre commercialisables, la CST en avait vendu moins de 1 200 t sur les deux premiers mois de l’année. Ses entrepôts de N’Djamena et de Moundou, comme son magasin de Banda (7 000 t) ne sont

pas seulement pleins, ils débordent. « Nous sommes obligés de stocker les sacs de sucre dans la cour », explique le directeur de la production, Mahamat Alamine Maouloud. « Mais nous allons continuer à nous battre », prévient Patrick Caillau, précisant que le groupe

a seulement mis entre parenthèses le projet de construction d’une nouvelle unité sur les rives du Bahr Sara, non loin des installations actuelles. Un investissement estimé à 400 millions d’euros, qui permettrait d’atteindre 120 000 t par an. l

Raison de sourire N°1

LE PLAISIR

de pouvoir communiquer partout au Tchad :-) LE RÉSEAU TIGO, N°1 AU TCHAD COUVRANT PLUS DE 85% DE LA POPULATION

MADJIASRA NAKO

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COMMUNIQUÉ

OFFICE TCHADIEN DE RÉGULATION DES TÉLÉCOMMUNICATIONS

« Avec l’application des nouvelles lois, tout ira pour le mieux » Idriss Saleh Bachar, Directeur Général de l’Office Tchadien de Régulation des Télécommunications (OTRT) se prononce sur le développement des TIC au Tchad en relevant les insuffisances et les possibilités de rendre l’Internet accessible grâce à l’octroi de la licence 3G. Il s’est aussi prononcé sur la loi régissant les Télécommunications au Tchad qui est en cours de promulgation. III Dans quel contexte est créé l’OTRT et pourquoi faire ? Idriss Saleh Bachar : Le secteur des télécommunications, à l’instar des autres secteurs de l’économie, souffrait d’un manque de cadre institutionnel adapté à l’évolution technologique et d’une insuffisance de réseaux. A cet effet, le Gouvernement a décidé d’explorer les voies et moyens devant permettre l’évolution du secteur des télécommunications pour soutenir le développement des activités économiques nationales. C’est ainsi qu’une étude de restructuration a été faite et renforcée par la déclaration de la politique sectorielle qui a fixé les orientations principales de cette évolution du secteur à court et moyen terme. La promulgation le 17 août 1998 de la Loi portant sur les télécommunications a ainsi créé l’Office Tchadien de Régulation des Télécommunications (OTRT). Sa mission se focalise essentiellement sur la régulation et le développement des télécommunications au Tchad et il l’exerce sous la tutelle du Ministère des Postes et des Nouvelles Technologies de l’Information. III Il semblerait que l’OTRT changera d’appellation et sera ouvert aussi aux activités pos-

tales. Qu’est ce qui est à l’origine de ce changement ? I. S. B. : Compte tenu de l’évolution fulgurante des Technologies de l’information et de la communication (TIC), l’OTRT semble être de moins en moins outillé pour assurer efficacement sa mission. Il s’agit plus précisément des outils de réglementation de certains aspects induits par les activités liées aux TIC. Il apparaît dès lors indispensable de remédier à cette situation qui est préjudiciable à la fois à l’Etat en tant qu’institution, aux consommateurs en tant qu’utilisateurs des services des TIC et aux opérateurs en tant qu’acteurs. Pour que l’OTRT s’attelle à sa nouvelle mission, il change de route mais pas de cap, ainsi il devient : Autorité de Régulation des Communications Electroniques et des Postes (Arcep). NOMBRE DE CLIENTS INTERNET 2009 Celtel 0 Tigo 60 494 Internet Mobile 60 494 Internet Fixe 143 Abideynet (FAI*) 20 PrestaBist (FAI*) 70 Saonet (FAI*) 64 Total 60 791 * FAI : Fournisseur d’Accès à Internet.

III En attendant que le changement s’opère. Quels sont les activités de l’Office les plus en vue pour 2014 ? I. S. B. : Pour 2014, un plan d’action a été adopté. Il en ressort des actions prioritaires qui s’articulent autour des points suivants : • la mise en place des outils de la régulation ; • l’intensification des actions et moyens de contrôle de la qualité de service et des fréquences ; • la mise en place d’une stratégie de la gestion des dividendes numériques ; • la révision du cadre législatif et réglementaire ; • le développement de la portabilité des numéros ; 2010 0 106 253 106 253 331 23 60 60 106 727

2011 343 224 187 926 531 150 15 799 26 85 56 547 116

2012 1 729 338 238 922 1 968 260 19 454 34 85 54 1 987 887


OFFICE TCHADIEN DE RÉGULATION DES TÉLÉCOMMUNICATIONS

• la vulgarisation de l’Internet en milieu scolaire et universitaire ; • la mise en application du projet TARIF 2012 (interconnexion) etc. III Quels facteurs devraient permettre le développement des TIC dans votre pays ? I. S. B. : Le développement des TIC se fait par la mise en place des infrastructures de transmission large bande et développement des contenus. Il ne faut pas non plus perdre de vue, l’accessibilité et la permanence de l’énergie. Avec une bonne infrastructure, de l’énergie en permanence et les outils informatiques à moindre coût, la vulgarisation des TIC deviendra une réalité au Tchad. III A part la fibre optique venant du sud. Est-ce qu’il est prévu d’autres connexions ? I. S. B. : Le Gouvernement de la République du Tchad compte déployer la fibre optique sur l’ensemble du territoire. Une connexion sera établie entre N’Djaména et la ville frontalière soudanaise El Djenéna. Il est aussi prévu de se connecter avec le Nigeria, le Niger et la RCA. Ces différentes connexions, nous garantiront le haut débit, la sécurisation du réseau et l’accès à l’international. Ainsi le Tchad deviendra le hub numérique pour l’Afrique de l’Ouest, du Centre et de l’Est. III Votre pays vie une accalmie, pensez-vous qu’il est propice d’investir dans le secteur des

télécommunications ? I. S. B. : Avec le développement du marché des télécommunications et l’amélioration du climat des affaires ces dernières années (voir les tableaux) il y a lieu d’appeler à l’investissement dans le secteur. Sur une population de 12 millions, il y a moins de 5 millions qui sont abonnés à la téléphonie. Nous publions chaque année le rapport sur le marché des télécommunications. En scrutant ces différents rapports, on arrive à une conclusion soudaine que le marché Tchadien des télécom est ouvert donc peut encore accueillir d’autres acteurs. III Certains pays du continent fonctionnent déjà avec la 3G. A quand le lancement effectif de la 3G au Tchad ? I. S. B. : C’est pour bientôt. Une commission est mise sur pied et travaille pour l’octroi de cette licence. Nous pouvons vous rassurer que les discussions avancent très bien, ça ne saurait tarder. La mise à la disposition aux opérateurs les technologies des nouvelles générations est une priorité pour le Ministère de la tutelle. L’Office est en train d’œuvrer aux côtés de la tutelle pour que le développement des services à valeur ajouté soit réel. III Où en êtes-vous avec les différentes lois ? I. S. B. : L’Assemblée nationale a adopté en février 2014 une série des lois. Parmi lesquelles la loi portant sur la Régulation

des communications électroniques et des activités postales. Nous attendons sa promulgation et les décrets d’application. Une fois promulguée, l’OTRT a six mois à jouir pleinement de son nouveau nom de baptême qu’est Arcep. III Pouvez-vous nous citer quelques nouveautés ? I. S. B. : Le fait qu’il y ait des nouvelles lois qui remplacent celle qui est veille de 15 ans, est une nouveauté. Pour rappel, les règlement et directives de la CEMAC*/ CEEAC** ont été les bases de ces lois. Avec ces lois, nous aurons un pouvoir plus étendu, un champ d’action plus large et nos activités s’étaleront à la régulation du secteur postal. Une chose est sure, avec les nouvelles lois, tout ira pour le mieux. III Votre mot de fin, que diriezvous ? I. S. B. : Nous devons veiller à la protection des consommateurs et inspirer confiance aux investisseurs. Les opérateurs doivent appliquer à la lettre les engagements contenus dans leurs cahiers de charges. *CEMAC : Communauté Economique et Monétaire de l’Afrique Centrale **CEEAC : Communauté Economique des Etats de l’Afrique Centrale

OTRT B.P : 5808 N’Djaména Avenue Général Daoud Soumaïne (Tchad) Tél. : (00235) 22 52 15 16 Tél. : (00235) 22 52 15 11 Fax : (00235) 22 52 15 17 E-mail : info@otrt.td

www.otrt.td

DIFCOM/FC - Photos : DR DIFC

ÉVOLUTION DU NOMBRE D’ABONNÉS DE LA TÉLÉPHONIE MOBILE ET FIXE 2008 2009 2010 2011 2012 Celtel 1 036 987 1 211 704 1 393 954 1 697 509 2 278 974 Tigo 541 159 1 017 159 1 429 350 1 894 278 2 029 882 Salam 10 000 24 000 52 000 73 874 93 426 Total abonnés GSM 1 588 146 2 252 863 2 875 304 3 665 661 4 402 282 Sotel fixe 12 674 12 328 11 671 11 298 9 905 Tawali 0 0 0 20 541 9 919 Sotel fixe + tawali 12 674 12 328 11 671 31 839 19 824 Nombre total de clients 1 600 933 2 265 345 2 887 118 3 697 667 4 422 279


Le Plus de J.A. Tchad

SRN

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p La Société de raffinage de N’Djamena produit 20 000 barils par jour. HYDROCARBURES

Chinoiseries pétrolières Tout n’est pas simple au royaume de l’or noir. Surtout avec des opérateurs qui ne respectent ni les droits des salariés ni l’environnement.

D

ernier rebondissement dans les relations tumultueuses entre pétroliers chinois et pouvoirs publics tchadiens : la notification de payer 1,2 milliard de dollars (870 millions d’euros) que le ministère tchadien de l’Environnement a adressée le 21 mars à la China National Petroleum Corporation (CNPC). À l’origine de cette amende, la découverte, au cours d’une visite surprise effectuée en

juillet 2013 par les équipes du ministère du Pétrole en mission d’inspection sur les gisements du bassin de Bongor (à 240 km au sud de N’Djamena, dans le sud-ouest du pays), de graves dégâts causés par les activités de la CNPC, en « violation flagrante des normes environnementales ». Les mauvaises pratiques d’exploration, d’exploitation et de gestion des déchets étaient telles que Djerassem Le Bémadjiel, le ministre de l’Énergie

Toujours plus brut

Réserves prouvées

SOURCE : BP STATISTICAL REVIEW OF WORLD ENERGY, JUIN 2013

900

millions de barils

1,5

168

milliard de barils

GRÈVES PERLÉES. Mi-mars, les employés

173 153

144

127

118

122

114

101

Dix ans de production

(en milliers de barils/jour)

24 Fin 2009

Fin 2012

N O 2779 • DU 13 AU 19 AVRIL 2014

2003

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2009

2010

et du Pétrole, avait ordonné ab irato la suspension immédiate des activités de la CNPC et l’ouverture d’un audit environnemental, dont les conclusions ont abouti à la notification du 21 mars. Le constat est alarmant. Des tonnes de pétrole brut et de boues de forages, résidus hautement toxiques, ont été sommairement déversées dans des fosses à ciel ouvert, provoquant une contamination des eaux souterraines et de surface. Alors qu’elles ne devraient pas excéder 1,50 m selon les normes en vigueur, des carrières de 3 à 4 m de profondeur ont été creusées sans être sécurisées, ce qui constitue un danger pour la population et la faune locales. Enfin, les employés chargés des opérations de nettoyage travaillent sans équipement adapté.

2011

2012

de deux autres entreprises chinoises, la Greatwall Drilling Company (GWDC) et la China National Logging Corporation (CNLC), qui interviennent également dans les bassins de Bongor et du Logone, mettaient fin à plusieurs semaines de grèves perlées. Ils protestaient contre la faiblesse de leurs salaires, leurs conditions de vie et de JEUNE AFRIQUE


Dans l’œil du cyclone travail difficiles sur les chantiers, et réclamaient le droit de se constituer en syndicats… « Pour parvenir à nos fins, nous avons dû batailler ferme, ne seraitce que pour organiser l’élection de nos délégués. Mais dans cette guerre des nerfs, nous ne nous sommes pas découragés. Les responsables des compagnies viennent rencontrer l’inspecteur du travail, acceptent tout, mais une fois revenus dans l’entreprise, ils jouent la montre », explique le syndicaliste Lagmet Harge. Il a cependant obtenu pour le compte de plus de 1 500 employés de la GWDC et de la CNLC le droit d’élire des délégués du personnel, une augmentation de 20 % des salaires et quelques avantages. Ils restent cependant moins bien lotis que les ouvriers et ingénieurs employés sur les sites du bassin de Doba, exploité depuis 2003 par un consortium composé des américains ExxonMobil et Chevron, et du malaisien Petronas. « Concernant les salaires, le respect du droit du travail ou des normes environnementales, la différence entre les opérateurs tient évidemment à la culture d’entreprise de leur pays d’origine, souligne le sociologue Rémadji Hoïnanty. Les contremaîtres

chinois ne tiennent parfois pas compte du fait que celle qui prime ici est différente de la leur. » Par ailleurs, la CNPC a finalement accepté de participer à l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE) en déclarant désormais les sommes (impôts, taxes…) qu’elle verse à l’État tchadien. « Ils étaient un peu

est détenue à 40 % par l’État et à 60 % par la CNPC. Là aussi, après plusieurs brouilles entre les deux partenaires au début de la commercialisation des produits pétroliers, le Tchad a pu obtenir une augmentation significative des salaires des employés tchadiens. « Entre 2012 et aujourd’hui, les salaires ont plus que doublé », indique un cadre supérieur de la raffinerie. Des tonnes de résidus très Pendant ce temps, la toxiques ont été déversées CNPC a continué à forer de nouveaux puits sur les dans des fosses à ciel ouvert. 220 000 km2 de concession dont elle dispose dans le bassin de réticents au début. Il a fallu insister pour qu’ils se plient à l’exercice », explique un Bongor et a acquis d’autres champs dans cadre du ministère du Pétrole. le sud et le nord du pays. Par ailleurs, le groupe public chinois opère au Niger, BROUILLES. À la raffinerie de Djermaya où il s’est vu accorder en novembre 2013 (à 40 km au nord de N’Djamena), inauguun second permis d’exploitation sur le rée en 2011, la situation s’est également champ d’Agadem (dans la région de améliorée. Depuis le début de la phase Diffa, dans l’est du pays), en production de pleine exploitation des gisements depuis fin 2011. La CNPC prévoit de du bassin de Bongor (qui sont entrés en construire un pipeline complémentaire production en juillet 2010 et alimentent le de 600 km de longueur pour relier les complexe) menée par la CNPC, la Société blocs d’Agadem au bassin de Doba, afin de raffinage de N’Djamena (SRN) produit de pouvoir exporter le brut nigérien via 20 000 barils par jour, ce qui répond larl’oléoduc Tchad-Cameroun. l gement à la demande nationale. La SRN MADJIASRA NAKO

SAS À BÉBÉDJIA

E

n délicatesse avec les autorités nigérianes, Ali Modu Sheriff, alias SAS, ex-gouverneur et ancien sénateur de l’État de Bornou (dans le nord-est du Nigeria, frontalier avec leTchad), vit désormais à N’Djamena. Alors que certains de ses compatriotes lui attribuent la paternité de la secte islamiste Boko Haram, l’homme d’affaires est menacé par des éléments de cette même secte. Plutôt bien introduit auprès des autorités tchadiennes, il a créé sa compagnie, baptisée SAS Petroleum, puis Global Petroleum (GP), qui s’est vu attribuer deux blocs pétroliers à Bébédjia, près de Doba (Sud). En novembre dernier, l’arrivée des premières équipes de GP et de quelques gros engins sur le JEUNE AFRIQUE

terrain a suscité une vague d’inquiétude au sein des populations locales, entretenue par les fantasmes liés au passé du patron de la compagnie attributaire du bloc. Une folle rumeur s’est répandue comme une traînée de poudre dans Bébédjia : c’était imminent, GP allait forer des puits en ville et dans un rayon de 15 km alentour, une partie de la population allait être déportée… Très vite, l’affaire a pris un tour politique, obligeant le ministre de l’Énergie et du Pétrole à se déplacer pour rassurer. Il ne s’agissait que d’équipes venues procéder à des tests sismiques pour permettre à GP de décider s’il exploitera ou non le bassin. Et le ministre d’expliquer que, même si les études sont concluantes, il

ne sera évidemment pas question de déplacement de population. Cette mise au point a fait un peu retomber la tension, mais n’a pas totalement convaincu… Pour NgarledjiYorongar, opposant historique et député de Bébédjia depuis 1996, les contours de l’opération ne sont pas clairs. Il accuse l’entreprise d’incompétence et promet de se battre contre le développement du projet. Échaudés par le non-respect de certaines promesses formulées par les opérateurs du champ de Doba, les habitants de Bébédjia sont eux aussi dubitatifs. Dans un mémorandum adressé au gouvernement, ils exigent des éclaircissements, indiquant qu’ils n’accepteront pas de « se retrouver deux fois sous le

même arbre ». Selon Moyombaye Urbain, membre d’Epozop (Entente des populations de la zone pétrolière), une ONG locale : « Les populations de Nya paient le prix des promesses non tenues du projet Doba. Aujourd’hui, on veut nous refaire le même coup. Nous ne l’accepterons pas tant que nous ne serons pas assurés qu’aucun dommage ne sera causé à l’environnement et tant que les investissements en faveur de la région ne seront pas faits. » Depuis, les tests sismiques sont finis. Des analyses sont en cours pour évaluer les réserves du bassin. Si elles se révèlent intéressantes, les engins de GP reviendront. En attendant, l’entreprise a dépêché plusieurs missi dominici dans la région afin d’arrondir les angles. l M.N. N O 2779 • DU 13 AU 19 AVRIL 2014

91


THE ARAB CONTRACTORS Grande entreprise égyptienne de travaux publics

F

ondée en 1955, l’entreprise égyptienne « ARAB CONTRACTORS » compte aujourd’hui parmi les plus grandes entreprises de génie civil, bâtiment et travaux publics au Moyen-Orient et en Afrique. Grâce à ses réalisations et ses projets, elle est parvenue à s’imposer dans le domaine de la construction à travers plusieurs pays.

COMMUNIQUÉ

ARAB CONTRACTORS est présente au Tchad depuis une quinzaine d’années. Présente pour la première fois en 1999 pour la construction de l’hôtel KEMPINSKY, hôtel 5 étoiles considéré comme le plus grand de N’Djamena, puis une deuxième fois en 2002 pour la construction de la route Massaguet-Bisney. Elle est revenue en 2008, sur invitation du Président de la République du Tchad pour la construction de routes, vaste opération de modernisation des infrastructures routières tracée par le gouvernement tchadien. Depuis lors, ARAB CONTRACTORS a achevé la réalisation de trois grandes routes, avec actuellement deux routes en cours de réalisation, et de nouveaux projets en prévision.

ARAB CONTRACTORS entend donc s’inscrire dans la perspective du développement économique du Tchad, sous l’impulsion du Président DRISS DEBY, pour faire du Tchad la capitale de la sous-région d’Afrique Centrale. Un défi auquel ARAB CONTRACTORS compte participer, et pour lequel le gouvernement tchadien demande son implication à ARAB CONTRACTORS, par la réalisation et la réhabilitation des équipements et des voiries de la capitale N’Djamena, qui rappelons-le, va accueillir en 2015 plusieurs importants évènements nationaux et internationaux.

CENTRALE D’ENROBAGE.

THE ARAB CONTRACTORS MR ASHRAF ABDEL AATY, DIRECTEUR GÉNÉRAL DE THE ARAB CONTRACTORS.

Tél. : 00 235 22 52 40 68 Fax : 00 235 22 51 13 82 E-mail : chad@arabcont.com E-mail : arabcontractorschad@yahoo.com


CENTRALE DE CONCASSAGE.

La société

ARAB CONTRATORS TRAVAUX DE COMPACTAGE

est présente dans plus de 25 pays.

MISE EN ŒUVRE DE L’ENROBÉ.

ROUTE TERMINÉE.

DIFCOM/DF - PHOTOS : DR

MISE EN ŒUVRE DE LA COUCHE DES FONDATIONS.


Le Plus de J.A. Tchad

ABDEL NASSER GARBOA POUR J.A.

94

p Riziculteurs près de Doba.

DÉVELOPPEMENT RÉGIONAL

Pétrole contre nourriture La loi alloue 5 % des revenus de l’or noir à la région du Logone oriental pour ses projets de développement. Déjà 1 300 paysans en bénéficient. Les autres attendent impatiemment leur tour.

G

aston Djingamnaël est un chanceux. Ce paysan de Mbonian, un village des bords de la Nya, la rivière qui serpente à côté des puits de pétrole et de la route nationale menant à Doba, fait partie des premiers agriculteurs locaux à avoir bénéficié de crédits et de l’aménagement des plaines pour la culture du riz. Ils sont déjà 1 300 exploitants de la région du Logone oriental, dans le sud du pays, à avoir profité de l’opération « champ-école », lancée par le Comité provisoire de gestion des revenus pétroliers (CPGRP) et organisée localement par « les agents du 5 % ». Ce programme illustre en effet l’une des premières applications concrètes de la loi de gestion des revenus pétroliers, selon laquelle 5 % de ces derniers doivent être reversés par l’État à la région productrice du sud pour ses projets de développement. Dix ans après le début de l’exploitation des gisements du bassin N O 2779 • DU 13 AU 19 AVRIL 2014

de Doba par les majors ExxonMobil, Chevron et Petronas, les premiers bénéficiaires locaux apprécient enfin ces nouveaux moyens, mais nombreux sont ceux qui attendent encore « leur part » de pétrole. D’autant que le Logone oriental, majoritairement rural et très peuplé (38 % de la population tchadienne), reste l’une des régions les plus pauvres du pays. Grâce à une partie de ces fameux 5 % de manne pétrolière, le comité local de

Les promoteurs de ces champs-écoles croient à un effet multiplicateur. « En enseignant les bonnes pratiques aux paysans bénéficiaires, ceux-ci, grâce à leur abondante production, vont susciter la curiosité des autres, qui voudront faire pareil. C’est toute la région qui bénéficiera de cette évolution technique », explique le Dr Derla Békayo, l’agronome chargé des champs-écoles pour le compte du CPGRP. COMPOST. Dans son champ d’une super-

ficie d’un demi-hectare, Djingamnaël cultive alternativement du riz et des légumes. Depuis un an, il bénéficie des crédits octroyés par le CPGRP. Avec la somme de 1,5 million de F CFA (environ 2 300 euros) qu’il a perçue, il a pu s’acheter une moto« Sur un demi-hectare, j’ai récolté pompe, des outils et des 13 sacs de riz paddy de plus cette semences. Il a également année », se réjouit Gaston. profité des conseils du technicien recruté par le gestion des ressources a aménagé des Comité. « Grâce aux conseils des agents plaines pour augmenter les surfaces du 5 % sur la fabrication du compost et nécessaires aux différentes cultures. Et, sur la manière de suivre mon champ, j’ai outre les prêts qui leur sont octroyés, les réussi à augmenter ma production. Sur exploitants sont accompagnés par des un demi-hectare, j’ai ainsi récolté 23 sacs techniciens agricoles qui leur permettent de riz paddy alors qu’avant j’en retirais d’optimiser les rendements. à peine 10 [un sac équivaut à 80 kg] », JEUNE AFRIQUE


Dans l’œil du cyclone explique Djingamnaël. Même succès avec les autres cultures telles que le maïs et les légumes, confirme le Dr Derla Békayo. Plus loin, sur les rives de la Pendé, derrière l’usine de la CotonTchad de Doba, Élie Massrangar, maraîcher depuis plus de vingt ans, a révolutionné sa production à l’aide d’un prêt issu de l’argent du pétrole. Grâce à la motopompe et aux outils qu’il a achetés, il a accru la surface de son potager. « En deux récoltes, j’ai gagné plus de 700 000 F CFA », s’enthousiasme-t-il. LÉGUMES. Les fonds étant gérés par les

« politiques », on a procédé à un saupoudrage de manière à ce que chaque canton producteur de pétrole de la région du Logone oriental bénéficie de l’opération pour améliorer la production agricole, développer l’élevage ou soutenir la création d’entreprises. « Vu l’ampleur des besoins, c’est une goutte d’eau dans la mer », objecte Urbain Moyombaye, membre de l’ONG Entente des populations de la zone pétrolière (Epozop).

Au CPGRP, on se dit conscient du petit nombre de bénéficiaires de l’opération. « Les premiers résultats obtenus incitent à faire profiter le plus grand nombre de cette expérience », estime Iréné Mbaigoto, vice-président du Comité. « En admettant que la moitié des riziculteurs adopte la technique que

n’avons pas encore de chiffres », avance Mbaigoto. Pour la société civile du Logone oriental, l’opération gagnerait cependant à être mieux organisée. Des retards dans l’octroi des crédits, des livraisons tardives de semences ou une mauvaise communication sont ainsi dénoncés. Ce que les promoteurs s’engagent à corriger au fil des ans. Une Grâce à ces crédits, Élie actiond’autantplusnécessaire le maraîcher s’est outillé. qu’il s’agit aussi d’atténuer les effets néfastes de l’exploitation Et a révolutionné sa production. pétrolière : diminution des nous préconisons, il y aura un boom rendements agricoles – que les paysans de production rizicole dans la région. imputent au torchage du gaz –, perte de Ce qui contribuera significativement à terres fertiles occupées par les puits, interassurer la sécurité alimentaire », ajoutediction faite à certains agriculteurs de se t-il, optimiste. Pour l’heure, seulement rendreauxchampsaunomdelasûretédes 150 millions de F CFA ont été injectés infrastructures liées aux hydrocarbures… dans l’opération. Des arguments utilisés par les populations Deux ans après le lancement des deDoba,trèsremontéescontrelesactivités champs-écoles, les premiers effets pétrolières, colère qui s’était traduite fin sont déjà visibles. « Il y a de plus en 2011 par une plainte adressée au médiaplus de légumes sur le marché de Doba. teur de la Banque mondiale. l C’est un bon indicateur, même si nous MADJIASRA NAKO, envoyé spécial à Doba

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Ensemble pour la construction d’un Tchad prospère

SIÈGE DU MINISTÈRE DU DOMAINE

MARCHÉ MODERNE DE BOL

HÔTEL MODERNE DE BOL

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a société WADI KOUNDI est une entreprise spécialisée dans la construction des bâtiments, des travaux publics et du génie civil. Elle a été créée au Tchad depuis l’année 2006 et son siège social se trouve à N’Djamena au Quartier FARCHA Zone Industrielle. Sa fondation a été sous-tendue par une idée toute simple qui est de mettre à la disposition des personnes, des entreprises et de l’État le capital de compétences et d’expériences que nous avons accumulé toutes ces années dans le BTP.

ACTIVITÉS DE LA SOCIÉTÉ WADI KOUNDI • COMMERCE GÉNÉRAL • IMPORT- EXPORT • TERRASSEMENT • DÉMOLITION • AMÉLIORATION DU SOL • ÉQUIPEMENTS SPÉCIAUX • LABORATOIRE • CONSTRUCTION MÉTALLIQUE • TRAVAUX DE VOIRIE ET D’ASSAINISSEMENT • CONCASSAGE • FORAGE • DÉCORATION INTÉRIEURE

Aujourd’hui, la société WADI KOUNDI s’est constituée une place de choix dans le secteur en accroissant considérablement ses moyens en personnel, en parc matériel et en logistique. Elle compte à ce jour plus d’une centaine de salariés tchadiens et une vingtaine d’expatriés. C’est une équipe dynamique et rompue à la tâche, constituée de professionnels qualifiés et triés sur le volet. Nous disposons d’un parc de matériels modernes très performant que nous continuons à élargir afin d’être toujours à la hauteur des projets les plus ambitieux. Nos techniques et méthodes de construction sont éprouvées par les nombreuses réalisations que nous avons pu livrer (CECOQDA, Gouvernorat de BILTINE, l’école des Enfants de Troupe à N’Djamena, La Délégation Finance de SARH, l’Inspectorat du Ministère de l’Élevage à N’Djamena…) et qui sont en cours de réalisation (le Stade Omnisports de KOUMRA, Lycée de TRENE et le CEG de MBOURSOU-LERE dans le département de Lac Léré, le Lycée de KALAÏT et le Gouvernorat de FADA dans la région de l’ENNEDI… Dans le domaine de l’hydraulique, nous avons à notre actif de nombreux travaux de réalisation de mares dans les régions de OUADDAÏ etWADI FIRA ; de HADJER LAMIS ; du BATHA ; du SALAMAT… Nous disposons en outre d’un large panel de partenaires (Direction Générale des Grands Travaux et Projets Présidentiels, Gouvernement tchadien…) intervenant dans le secteur et dans des activités connexes pour étendre notre domaine de compétence et booster nos performances. Découvrez une équipe de professionnels fiables et dynamiques qui réalisera pour vous tous travaux de construction de bâtiments, de travaux publics et du génie civil. SALEH ABAKAR ABDRAMAN, Président Directeur Général

ENTREPRISE DE CONSTRUCTION DES BÂTIMENTS, DES TRAVAUX PUBLICS ET DU GÉNIE CIVIL

Farcha zone industrielle • BP 5142 • N’Djamena,TCHAD • Tél.: (+235) 22 53 00 89 / 66 29 16 68 E-mail : wadikoundi@yahoo.fr • www.wadikoundi.com

DIFCOM/FC - PHOTOS : DR

SALEH ABAKAR ABDRAMAN, Président Directeur Général


Tchad Dans l’œil du cyclone

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RÉFUGIÉS

Moundou, kilomètre zéro Fuyant la Centrafrique, ces musulmans ont échoué au Cameroun avant d’être acheminés dans la capitale économique tchadienne. Retour sur l’épopée de ce premier convoi, arrivé mi-mars.

JEUNE AFRIQUE

ABDELNASSER GARBOA POUR J.A.

L

undi 17 mars. Avec un jour de retard, le premier convoi de réfugiés tchadiens et centrafricains en provenancedunordduCameroun fait son entrée dans la cour d’un lycée en construction à l’entrée de Moundou, la capitale économique du Tchad. D’une dizaine de bus (loués à un transporteur camerounais)descendentdesfemmes,des enfants, des personnes âgées et quelques jeunes. Ils viennent d’un camp de transit établi par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) à Nzekou, petite localité camerounaise. Ils s’y étaient réfugiés après avoir fui les villes de Bambari et de Carnot, respectivement dans le centre et l’ouest de la Centrafrique (RCA). Leurs histoires se ressemblent. Nés en RCA, où leurs familles sont établies depuis une ou deux générations, voire plus, ils partagent le même sentiment d’incompréhension face à la violence extrême et soudaine dont ils font l’objet parce qu’ils sont musulmans. S’ils sont tous soulagés et se réjouissent d’être sains et saufs, ils se demandent comment et où recommencer leur vie. Abdel Razak, la quarantaine, a gardé des liens avec sa famille – de lointains cousins – installée à N’Djamena. Après quelques jours au centre d’accueil de Moundou, il gagnera la capitale tchadienne grâce aux moyens de transport de l’OIM. « Mes cousins feront tout pour me permettre de m’insérer socialement avec mes deux femmes et mes sept enfants », assure-t-il. L’avenir de Chamsadine est plus incertain. Fils d’un commerçant de Mbaïki (sud-ouest de la RCA), lui et son frère sont les seuls membres de leur famille à avoir survécu au massacre, mais son frère est devenu fou. Quant à Chamsadine, il a perdu trois doigts de la main droite : des miliciens anti-balaka ont jeté une grenade dans la boutique de son père. Sans contact avec sa famille restée au Tchad, il espère qu’une bonne âme lui prêtera de l’argent pour ouvrir une boutique. « Sans le plein usage de ma main, c’est la seule chose que je pourrai faire facilement pour le moment », avoue-t-il, la voix brisée. Le 19 février, le Tchad a annoncé la fin de l’évacuation de ses ressortissants

p Réfugiés accueillis dans un lycée de Moundou, le 17 mars.

Foura Sassou Madi, coordinateur du site d’urgence de Sido pour Médecins sans frontières (MSF France). Sur le marché de la petite ville de 17 000 habitants, qui héberge près de 9 000 « retournés », le prix des céréales a doublé. « Si nous ne recevons pas de surplus d’ici à la saison des pluies, nous risquons la famine », s’inquiète Abel Nguerta, le chef traditionnel de la ville. En concertation avec les Démuni, Chamsadine espère ONG, le gouvernement réfléqu’une bonne âme lui prêtera chit à long terme, notamment de quoi ouvrir une boutique. à des solutions de réinsertion des réfugiés. Parmi les pistes surtout Sido, à la frontière avec la RCA – envisagées : offrir des terres et des outils ainsi qu’à N’Djamena. Au fil des semaines, aux agriculteurs, aménager davantage l’élan de solidarité s’estompe, les dons d’espaces de transhumance pour les élediminuent. Dans les camps de fortune, veurs arrivés avec leurs bêtes (selon une les vivres viennent parfois à manquer. Et enquête, 1,8 million de têtes de bétail la promiscuité commence à peser. ont traversé la frontière) et aider ceux qui s’installent en ville à monter leur BÉTAIL. Pour les ONG, le défi immédiat entreprise. Tout un programme dont le est la saison des pluies (de mai à sepTchad, qui abrite déjà des « retournés » tembre). « D’ici là, il faut protéger les de Libye et du Nigeria – ainsi que des abris sommaires, améliorer les conditions réfugiés soudanais – devra supporter le d’hygiène en installant des latrines et poids. l des systèmes d’adduction d’eau potable MADJIASRA NAKO, pour éviter les cas de choléra », explique envoyé spécial à Moundou et à Sido fuyant la RCA. Mais, par petits groupes, des musulmans tchadiens et centrafricains arrivent toujours. Selon l’OIM, ils étaient 82000 début mars, près de 100000 fin mars, et leur nombre devrait croître dans les prochaines semaines. Ces rapatriés et réfugiés sont accueillis dans les grandes villes du Sud principalement – Moundou, Sarh, Doba, Am-Timan et

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COMMUNIQUÉ

GROUPE

SNER Mise en œuvre de l’enrobé.

La route du développement passe par le développement de la route. La Société Nouvelle d’Études et des Réalisations (SNER) a connu des profondes mutations depuis sa création. Ils sont loin les balbutiements du temps de l’OFNAR (Office National des Routes), sur les cendres duquel est née la SNER devenue aujourd’hui une société à capital entièrement privé. La SNER est l’exemple type de privatisation réussie.


COMMUNIQUÉ

Un concasseur de 150 tonnes à l’heure.

Chargement de l’enrobé à la centrale d’enrobé.

Colonnes du pont Hellobongo.

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ne dizaine d’années après sa privation, la SNER est devenue un groupe composé d’entreprises dont chacune d’elle est spécialisée dans un domaine bien précis. Le groupe SNER est composé de la SNER qui s’occupe de la construction des routes, des aéroports, des barrages, de l’aménagement des mares, de l’assainissement etc… ; d’AFCORP, qui est spécialisée dans la construction des ouvrages d’arts et des bâtiments ; de la SATRANS (Société Africaine des Transports), dont l’activité principale est le transport des matériaux de construction tels que le sable, le remblai, le déblai et le gravier ; de la SCHL (Société de Concassage de Hadjar Lamis), qui produit et commercialise du gravier ; de la STMT (Société Tchadienne des Matériels et de Technologie), qui gère, répare et loue tout matériel des BTP ; de la SCIA (Société Civile Immobilière Africaine), qui s’occupe de la gestion de l’immobilier et enfin, de la STA (Société Tchadienne d’Approvisionnement), qui est une centrale d’achat de toutes les entreprises du groupe.

Essai de carottage sur l’enrobé.

Le groupe SNER se positionne chaque jour comme le leader national dans les BTP au Tchad. A travers tout le pays, le label SNER est perceptible. La panoplie de ses réalisations (routes, ponts, bâtiments, barrage, assainissement etc…) suscite respect et fierté. Mise en œuvre de la couche de fondation de l’Aéroport International d’Amdjarass.

Avec une vision claire et une ambition affichée, le Groupe SNER poursuit sa montée en puissance et revendique fièrement sa place. Conscient de la concurrence accrue et de l’exigence imposée par le secteur, le staff du Groupe a décidé de mettre en valeur les ressources humaines et l’investissement dans les matériels de toute première gamme. Le Groupe SNER accompagne le gouvernement dans sa politique du désenclavement du pays et de la réduction du chômage en créant de la main d’œuvre. Il emploie plus de 4000 personnes de toutes catégories confondues. Le Groupe SNER, c’est mieux que ce que vous imaginez. Toujours à la pointe des nouvelles technologies, le groupe a déjà une très grande expérience dans le domaine des BTP.

Société Nouvelle d’Études et de Réalisations Siège Social : Zone industrielle de Farcha B.P. 756 N’DJAMENA - TCHAD Tél. : +235 22 52 26 02 - Fax : +235 22 52 32 74 E-mail : sner@intnet.td

Difcom - F.C. Photos : DR


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Le Plus de J.A. Tchad REPORTAGE

Le sourire bleu de Khadija Les Toubous passent pour batailleurs et susceptibles. Leur fief, le massif de l’Ennedi, ne se dévoile qu’à une poignée de privilégiés. Mais arrêtons de rêver… et suivons le guide !

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p Encore infirmière il y a peu, elle est la seule femme guide employée par Toumay Voyage.

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Ennedi, c’est d’abord le sourire bleu de Khadija Allatchi. Cette jeune Touboue, qui était encore infirmière il y a peu à l’hôpital de l’Amitié-Tchad-Chine à N’Djamena, est la seule femme guide employée par Toumay Voyage, la structure qui représente l’agence Point-Afrique localement. Bonnet de laine sur la tête, pardessus à la Colombo posé sur les épaules, yeux rieurs cachés derrière des lunettes de soleil, Khadija Allatchi accompagne depuis deux ans des groupes de touristes occidentaux débarqués à Faya-Largeau pour découvrir les merveilles de la région du Borkou-EnnediTibesti (BET). Sa lèvre inférieure a le bleu dense d’un ciel de crépuscule. Une marque traditionnelle. « Par souci d’esthétique, les jeunes filles se font tatouer la lèvre inférieure, pour la rendre plus sombre et plus épaisse. Elles font appel à une femme plus âgée qui pique la lèvre de multiples trous avec une épine et frotte la blessure avec de l’antimoine ou de la poussière de charbon de bois préalablement pilé », N O 2779 • DU 13 AU 19 AVRIL 2014

écrit l’anthropologue Catherine Baroin dans Les Toubou du Sahara central. Fière et posée, dotée d’un caractère bien trempé, Khadija a dû batailler ferme, notamment contre sa famille, pour en arriver là. « Quand tu es une Touboue, explique-t-elle, il faut avoir la tête dure si tu veux travailler. » Aujourd’hui, elle fait partie de l’équipe de dix guides formés par Point-Afrique pour accompagner les touristes autour des lacs d’Ounianga, dans le massif de l’Emi Koussi (un ancien volcan, dans le Tibesti) ou sur les franges du désert. Employée pendant trois mois, elle est payée environ 15 000 F CFA (22,90 euros) par jour, auxquels s’ajoutent les pourboires des voyageurs, qui peuvent multiplier la somme par deux. Ces derniers ont été un peu plus de 500, cette année, à venir d’Europe grâce aux dix vols directs organisés depuis Marseille (sud de la France). Point-Afrique, qui a reçu une aide de 180 000 euros de l’État tchadien, en espérait 1 300. Perte annoncée : entre 50 000 et 70 000 euros. « C’est un moindre mal, vu l’aspect catastrophique de la saison, confie Kévin Girard,

le directeur d’exploitation du tour-opérateur. La conjoncture est très mauvaise dans cette région. Mais nous voulons nous battre pour des gens comme Khadija ! » Un constat amer qui n’entame pas une vive détermination à relancer la machine dès la fin de 2014. « La géopolitique locale sera bien entendu décisive. » Cette année, effrayé par la dissémination des sbires d’Al-Qaïda à travers toute la zone sahélienne, et dans le Sud libyen en particulier, le Quai d’Orsay a tout fait pour mettre des bâtons dans les réacteurs du voyagiste, refusant même d’alimenter ses avions en kérosène, alors qu’une base militaire française est installée à Faya-Largeau. Chez Point-Afrique, chacun se veut serein quant à la situation dans le nord du Tchad. Quoique musulmans, les Toubous ne seraient pas prêts à accepter la présence de « barbus » sur leur territoire. Le développement qu’apporte le tourisme, en outre, serait le meilleur moyen de combattre le fléau obscurantiste. « Nous travaillons à la professionnalisation des acteurs, poursuit Girard, et le Tchad commence à ressembler à une véritable JEUNE AFRIQUE


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t Campement nomade près de la guelta (point d’eau) d’Archeï.

400 km LIBYE

TIBESTI NIGER

BORKOU Faya-Largeau

Fada ENNEDI

Abéché

LacTchad

SOUDAN

Mongo

NIGERIA

N’DJAMENA Sarh Moundou CAMEROUN

Doba

SOUDAN DU SUD CENTRAFRIQUE

t Un moula-moula, ou traquet à tête blanche.

destination touristique, un peu comme le Mali dans les dernières années »… quand Point-Afrique proposait des circuits entre les régions de Gao et de Mopti, avant qu’elles soient classées en zone rouge. FANTASMAGORIE. Les curieux qui débarquent dans le nord du Tchad ne sont pas des consommateurs compulsifs de crème solaire attirés par l’eau chlorée des piscines, les décibels des boîtes de nuit ou le farniente sous les palmiers. Ce sont en général des amoureux du désert, frustrés de ne pouvoir vivre leur passion comme autrefois dans le Hoggar (Algérie) ou l’Acacus (Libye). Si tous connaissent le traquet à tête blanche (Oenanthe leucopyga), ce petit oiseau noir et blanc qui accompagne les voyageurs des régions désertiques et que les Touaregs nomment moula-moula, la terre des Toubous leur est moins familière, et l’aide de Khadija leur sera précieuse, sinon indispensable. D’abord parce que circuler dans les tassilis labyrinthiques de l’Ennedi, où l’érosion a creusé et usé la masse du grès pour lui donner des formes toutes JEUNE AFRIQUE

plus abracadabrantes les unes que les autres, est loin d’être évident. Aidée par des chauffeurs comme Ibrahim, un ancien militaire, qui connaissent le terrain comme leur poche, la jeune infirmière devenue guide mène chaque expédition de main de maître, avec un sens consommé de la lumière selon l’heure de la journée. De la guelta (point d’eau) d’Archeï à l’arche monumentale d’Aloba, du canyon de Bashiké au labyrinthe d’Oyo, elle est celle qui dévoile les beautés cachées, celle qui rend visite au chef local pour

monnayer le bivouac, celle qui presse le pas quand la nuit approche, celle qui gère à distance le remplacement du 4x4 dont la boîte de vitesses vient de lâcher en plein milieu de l’erg du Djourab. La fantasmagorie sans limites de la roche (cheminées de fées, cavernes, falaises, escarpements…) et la richesse discrète des formes de vie animale et végétale (crocodiles, fennecs, gazelles, singes patas ; acacias et calotropis…) rendent à elles seules l’expédition enthousiasmante. Mais Point-Afrique n’est pas une agence de safari. Ce que Khadija N O 2779 • DU 13 AU 19 AVRIL 2014


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Le Plus de J.A. Tchad Allatchi propose en réalité, c’est un vertigineux voyage dans le temps balayant bien des repères. Ces grès que les vents chargés de sable sculptent sans relâche et qui offrent aux regards leurs ocres somptueux sont les

plus vieilles sentinelles des lieux. Âgés de plus de 350 000 millions d’années, ils datent du dévonien, une période de l’ère paléozoïque (dite primaire) bien antérieure à l’apparition des premiers ancêtres de l’homme. Jugez plutôt :

q Les grès, âgés de plus de 350 000 millions d’années, sont bien plus vieux que l’espèce humaine.

Toumaï (Sahelanthropus tchadensis), découvert au Tchad en 2001 dans le site fossilifère de Toros-Menalla, ne serait âgé « que » de 7 millions d’années… Si Khadija Allatchi n’est guère versée en géologie et en paléontologie, elle connaît tout de même la plupart des cavernes du coin où les nomades, après avoir pilé des nodules d’ocre et mélangé la poudre obtenue à une matière grasse, peignaient sur les parois des hommes, des femmes, des chevaux, des vaches, des dromadaires… « L’art rupestre de l’Ennedi, comme celui de tout le Sahara, ne correspond pas à une brève période d’activité ; il s’étage au contraire sur une longue période au cours de laquelle il est loin d’être resté semblable à lui-même », écrivait Gérard Bailloud dans son superbe ouvrage Art rupestre en Ennedi. RAZZIAS. L’ère paléozoïque est désor-

t Un T-55 libyen de fabrication soviétique, vestige du conflit.

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mais loin, et les figures rouges, orange ou blanches replongent les visiteurs courbés en deux sous les plafonds bas dans le cours de l’histoire humaine. Parfois envahis par des nids de guêpes maçonnes, certains dessins font penser aux découpages bleus d’Henri Matisse. Ils appartiennent pourtant à des périodes bien plus reculées. Les plus anciens datent des Ve et IVe millénaires avant notre ère, les autres s’étalent entre les trois derniers millénaires avant notre ère (période bovidienne, marquée par la forte présence de bovidés domestiques) et le premier millénaire de notre ère (étage camelin, marqué par la forte présence de chameaux et de chevaux). Les spécialistes distinguent de nombreux styles, comme celui de Tamada, caractérisé par ses bœufs rouge et blanc, celui de Gribi, montrant des chevaux et des chameauxlancésdansdetrèsdynamiques « galops volants » – une position fréquente réinterprétée de manière complètement différente au camelin récent, où les équidés ont la queue en épi et un demi-cercle frangé sur la tête. Sous les hautes falaises, ces petits musées en rien protégés des déprédations racontent la vie plus que frugale, les fêtes et sans doute les violentes razzias vécues, ou conduites, par les éleveurs de la région. « Puissent leurs descendants veiller jalousement à la préservation de ce patrimoine contre les risques réels de destruction liés au développement du tourisme », écrit Bailloud. Que les Toubous veillent sur des peintures rupestres vieilles de plusieurs milliers d’années, rien de moins JEUNE AFRIQUE


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p La guelta d’Archeï.

sûr. Mais une chose ne fait pas de doute : les abris rocheux d’hier restent les abris d’aujourd’hui, comme en témoignent les reliefs de bivouacs et les détritus jonchant parfois les fonds de grottes. Un regard superficiel tendrait à faire croire qu’ici rien ou presque n’a changé depuis des lustres. L’élevage des vaches, des chèvres et des dromadaires, les caravanestransportantlenatron(uncarbonate de sodium) nécessaire à leur bonne santé, le sable piétiné autour des puits par le ballet des troupeaux, les ânes utilisés pour le bât, les tentes de nattes qui, tressées avec des feuilles de palmier doum, se montent et se démontent facilement, les poignards de coude dont les hommes ne se séparent jamais… Tout tend à accréditer l’idée d’un ordre immuable assujetti à la rigueur des

saisons. Mieux vaut pourtant laisser de côté ces fantasmes. Dans le sable orangé ne poussent pas seulement des acacias et des squelettes de chèvres. Il est fréquent de tomber sur un reste d’obus, des douilles de 17 mm, voire des carcasses de tanks. Non loin de Fada (région d’où est originaire Idriss Déby Itno, l’actuel chef de l’État, né à Berdoba), Khadija désigne les restes rouillés d’un T-55 libyen de fabrication soviétique. « Il a été détruit par cet autre char, là, de fabrication française », dit-elle en montrant un amas de tôles un peu plus loin. Si le colonisateur français, entré en 1891, ne s’imposa jamais réellement dans la région du BET, le colonel Kaddafi s’y cassa les dents. C’est ainsi du moins que Khadija présente le conflit opposant le Tchad à la Libye pour le

contrôle de la bande d’Aouzou, entre 1978 et 1987. Dans la dernière phase des combats, connue sous le nom de « guerre des Toyota », en référence aux pick-up utilisés par les Tchadiens, l’armée libyenne fut lourdement défaite. « Kaddafi appelait cet endroit la 40e barrière. Il craignait les soldats toubous… », clame Khadija face au cirque de Ouinimia – une forêt de pitons, comme autant de statues gardant cette cuvette circulaire, blottie entre de hautes murailles rocheuses. IMPULSIFS. Les lèvres de Khadija dessinent un sourire mi-figue mi-raisin quand elle évoque le caractère des siens : querelleurs, batailleurs, impulsifs, susceptibles, incontrôlables, violents, indisciplinés… « De tout temps, les l l l

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Le Plus de J.A. Tchad

p Forêt de tassilis (pitons de grès). À LIRE, À VOIR…

Les Toubou du Sahara central Catherine Baroin, Vents de Sable Éditions, Paris, 2003, 132 pages, 32 € Art rupestre en Ennedi Gérard Bailloud, Éditions Sépia, 1997, 160 pages, 43,70 € Le Tchad Collection « Aujourd’hui », Les Éditions du Jaguar, 2010, 208 pages, 26 € Atlas du Tchad Collection « Atlas de l’Afrique », Les Éditions du Jaguar, 2012 Disponible en français et en arabe, 136 pages, 25 € p Les plus anciennes peintures rupestres du massif datent des Ve et IVe millénaires avant notre ère.

Toubous ont été impossibles à dominer, confirme Catherine Baroin dans son livre. Dès que son honneur est en cause, le Teda ou le Daza [les deux composantes principales du groupe ethnique toubou] dégaine son poignard et se précipite sur son adversaire. Comme l’exprime un proverbe daza : owor gaddé wouni, sagaddè wounichi, “le cœur tout d’abord est de feu, ensuite il est de cendre”. » Légende bien entretenue ? Peut-être. En tout état de cause, Khadija abonde dans ce sens quand, le soir, assise sur une natte devant un thé noir, sous la lumière changeante d’un feu de bois, elle évoque la venue de l’animateur de télévision français lll

N O 2779 • DU 13 AU 19 AVRIL 2014

Nicolas Hulot, la politique à N’Djamena, ses compatriotes, son ethnie et sa vie de femme.Aveclemêmehumourdiscret,elle raconte les rébellions et sa propre rébellion. Avant de divorcer, elle profitait des avantages de son travail, à l’hôpital, pour prendre discrètement la pilule, contre l’avis de son mari… Catherine Baroin, elle, généralise ce trait de caractère à l’ensemble des Toubous : « Il s’agit d’une société anarchique, non pas parce qu’elle est dénuée de chefs, mais parce que ces chefs sont sans influence. » Bienvenue en Ennedi ! l Reportage texte et photos NICOLAS MICHEL, envoyé spécial


Tchad Dans l’œil du cyclone

Drôle Mawndoé Depuis la séparation du groupe Yeleen, l’artiste poursuit seul son singulier parcours. Ky veut chan-T et dan-C avec lui ?

D

ans le minuscule studio D&G où il prépare la sortie de son troisième album solo, Ky Dan-C, prévue en juin, Célestin Mawndoé prend le temps de discuter. Et quand il s’agit de parler de ses créations, il est intarissable. Le sculpteur, auteur-compositeur-interprète et directeur artistique veut aussi, en marge de ce prochain opus, lancer un nouveau concept : un enchaînement de gestes, presque une danse, qu’il veut être « une synthèse du Tchad ». Son premier album solo, Daari (« mon pays »), marquait son retour à N’Djamena après dix années passées au Burkina Faso. C’est là, en 2001, après avoir abandonné ses études pour partir à Ouagadougou à la recherche d’un espace de création différent et de nouvelles inspirations, qu’il fonde le groupe Yeleen avec le rappeur burkinabè Louis Salif Kiékiéta, alias Smarty. La réussite sera autant artistique que publique. Alliant la voix mélodieuse de l’un au flow « conscientisateur » de l’autre, le duo enchaîne les tournées, sort cinq albums et reçoit de multiples récompenses, devenant l’un des groupes les plus célèbres d’Afrique de l’Ouest. Sa séparation en 2011 marque le retour de Célestin sur ses terres natales, là où sa grand-mère, issue de l’ethnie ngambay, lui apprit à chanter. Est-ce l’effet de ce long exil ? Daari évoquait les rêves de Mawndoé pour son pays, le tout sur des mélopées acoustiques, des rythmes d’influences diverses (Afrique centrale, Afrique de l’Ouest et du Nord, chant traditionnel, afrobeat, hip-hop, R&B, reggae, rumba, jazz) et accompagnés de textes écrits dans les trois langues qui ont bercé son enfance : le ngambay, le français et l’arabe (sans oublier un soupçon d’anglais). Le résultat est magique: lorsque résonne la dernière note, on a l’impression d’avoir fait le tour du Tchad… Un « voyage » que Mawndoé a poursuivi en 2013 avec son deuxième album, Doum Pah, qui signifie « ce que l’on ne peut exprimer » (à moins de le mettre en musique, de le chanter et de le danser…). « C’est un peu ce que j’essaie de faire JEUNE AFRIQUE

encore aujourd’hui, confie-t-il. Cette fois, on va ajouter une chorégraphie : la gestuelle du chameau, celle des oiseaux ou encore du babouin… Je ferai en sorte que tout y soit. » RÊVE. À la fin de l’été, il lancera égale-

ment une émission de téléréalité réunissant des adolescents, qui accompagnera le lancement de Ky Dan-C (prononcer « qui dansé »). « L’idée, c’est de montrer aux jeunes qui cherchent aujourd’hui à nous ressembler que le rêve, c’est à eux de le créer. Si nous aimons ce que les autres font, c’est qu’ils ont osé l’inventer. Il faut montrer que nous aussi pouvons passer sur les chaînes internationales avec ce qui fait notre spécificité,

il suffit d’y croire », insiste l’ex-membre de Yeleen. Depuis son retour à N’Djamena, Mawndoé a conservé sa popularité et son hyperactivité : concerts au Tchad, au Burkina ou à Paris, émissions de radio ou de télévision nationales et étrangères… Dès que le nouvel album sera prêt, Célestin s’attellera à la préparation de la 3e édition du festival de musique Neige au Sahel, qui se tiendra à N’Djamena en décembre, dont il est le directeur et fondateur et dont la réussite va croissant. En 2012 comme en 2013 (avec pour parrain A’Salfo, le leader du groupe ivoirien Magic System), Neige au Sahel a réussi à mobiliser de nombreux artistes du continent et d’Europe, à attirer un large public, mais aussi à récolter des fonds qui permettent de financer des puits dans les villages du pays. Pour Mawndoé, tout cela est logique. De ses chansons pétries de liberté naissent des rêves, comme celui de faire couler de l’eau au Sahel. l MADJIASRA NAKO

t Son troisième album solo sort en juin (ici au festival Neige au Sahel 2013).

Daari, 2011 (15 titres), Doum Pah, 2013 (10 titres) N O 2779 • DU 13 AU 19 AVRIL 2014

ABDOULAYE BARRY

MUSIQUE

107


Économie

ZOHRA BENSEMRA/REUTERS

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INDISCRETS

Bolloré, Elalamy, Diouf, Jaber…

HÔTELLERIE

Mangalis a foi en ses étoiles


INTERVIEW

Franck Legré, directeur général Afrique d’Air France-KLM

SANTÉ

Saham passe au bistouri

DÉCIDEURS

Jean-Baptiste Satchivi, président de la CCI du Bénin

ALGÉRIE

La stratégie

de l’évitement

Corruption, investissements étrangers, diversification des activités et fin de l’économie de rente… Pendant la campagne présidentielle, les sujets les plus cruciaux pour l’avenir du pays ont été consciencieusement ignorés. Revue de programmes. AMIR RABAH,

D

à Alger, et

FRÉDÉRIC MAURY

ans quelques jours, la campagne de la présidentielle algérienne prendra fin. Le vote est prévu le 17 avril. Or, bien qu’elle entre dans une phase très incertaine, l’économie est la grande absente des débats. Après plusieurs années de hausse, les revenus pétroliers ont baissé en 2013, entamant largement l’excédent commercial du pays et faisant planer le risque d’un retour à l’endettement extérieur. L’Algérie dépend de plus en plus de l’étranger pour nourrir une population de plus de 37 millions d’habitants. En 2013, 9,5 milliards de dollars (6,9 milliards d’euros) de produits alimentaires ont été importés (+ 6,2 %). L’industrie est agonisante et représente moins de 4 % du PIB, selon le Forum des chefs d’entreprise (FCE). Depuis 2001, le gouvernement multiplie les plans d’investissements publics pour faire tourner l’économie, avec un risque évident de dérapage… « Il faut faire davantage attention aux finances publiques, on ne peut pas continuer à augmenter

les investissements sans tenir compte du terrain », met en garde Mustapha Mekideche, économiste et membre du Conseil national économique et social (Cnes). Malgré ce tableau inquiétant, les six candidats à la présidentielle n’ont rien dit – ou très peu – des questions économiques. Dans son programme électoral, Abdelaziz Bouteflika a globalement prôné la continuité : utilisation de la dépense publique comme moteur de croissance, aides massives au logement, révision du code de l’investissement, lutte contre la corruption endémique et le marché noir… Face à lui, Ali Benflis, ancien chef du gouvernement, s’est engagé à faire bouger quelques lignes, mais sans être très précis. Il serait difficile de trouver dans leurs programmes respectifs un quelconque mode opératoire ou des hypothèses chiffrées. Ont-ils des conseillers économiques? Qui sont-ils et quelle est leur influence ? Impossible de le savoir. « Les candidats évitent d’aborder les problèmes fondamentaux. On dirait une élection communale », tranche l’économiste algérien Abderrahmane Mebtoul. Examen détaillé.

 Une usine de la Sonatrach à Krechba, à 1 200 km au sud d’Alger.

109


110

Entreprises marchés Ces chiffres qui inquiètent

9,5

– 48,51 %

milliards de $

en 2013

22

milliards de $

Excédent commercial en chute libre

Produits alimentaires importés en 2013 (+ 6,2 %)

La fin de l’âge d’or énergétique

fin des subventions qui est suggérée – ce que redoutent les Algériens, qui souhaitent que l’État continue de payer les logements, de subventionner les produits de première nécessité et les carburants », lâche Slim Othmani, un important chef d’entreprise algérien. Mais c’est oublier un élément central : la découverte massive de pétrole et de gaz de schiste aux États-Unis a changé la donne et tire déjà les prix vers le bas. « En 2011, les exportations algériennes d’hydrocarbures vers les États-Unis représentaient de 11 à 12 milliards de dollars. L’année dernière, elles sont tombées à 5,1 milliards de dollars », insiste Mebtoul.

L’Algérie vit sur sa manne pétrolière. Depuis le début des années 2000, et grâce à la hausse du prix des hydrocarbures, le pays a accumulé les réserves de change (200 milliards de dollars à fin 2013), mais elles ont été pour l’essentiel investies à l’étranger ou dans le financement d’une généreuse politique de subventions publiques. Renforçant la logique d’économie rentière. « Un tiers du PIB est consacré aux transferts sociaux et aux subventions », souligne Abderrahmane Mebtoul. Pour les candidats, la campagne électorale n’aura nullement été l’occasion de rompre avec cette logique de rente. En témoigne le plan quinquennal 2014-2019 d’investissements publics proposé par Abdelaziz Bouteflika. « Évoquer de façon insistante la rupture avec la rente pourrait être contre-productif, car, en filigrane, c’est la

Toujours des promesses…

DES PATRONS TÉTANISÉS

L

e 15 mars, Slim Othmani démissionnait bruyamment du Forum des chefs d’entreprise (FCE) après l’annonce, par l’organisation patronale, qu’elle apportait son soutien à Abdelaziz Bouteflika (comme en 2004 et en 2009). Depuis, personne ne l’a officiellement suivi. Un désaveu? « Vu le nombre impressionnant de messages de soutien qu’il a reçus de toutes parts, certainement pas », commente un proche du patron. Selon nos informations, une trentaine de dirigeants auraient suivi son exemple en N O 2779 • DU 13 AU 19 AVRIL 2014

quittant eux aussi le FCE, mais sans bruit. De fait, les chefs d’entreprise algériens ont globalement choisi de garder le silence, malgré l’indigence du débat économique pendant la campagne. Les seuls à s’être engagés officiellement se rangent derrière Bouteflika, à l’instar d’Ali Haddad, le PDG d’ETRHB Haddad, un géant privé du BTP, ou de Reda Kouninef, dont le groupe est actif dans l’agroalimentaire, les travaux publics et les médias. Ce sont d’ailleurs eux qui ont poussé le FCE à prendre position. Issad Rebrab, le plus grand chef

Subventions annuelles aux prix des carburants (environ 10 % du PIB)

d’entreprise du pays, qui s’était prononcé contre Bouteflika en 2004 et 2009, s’est tu cette fois. Les décideurs économiques algériens font preuve de résignation ou, c’est selon, de pragmatisme. « Je préfère la continuité à l’aventure », résume un membre du conseil national du FCE. « Lorsque l’on fait des affaires, on ne peut pas se faire un ennemi du pouvoir », explique un autre, présent lors du vote de soutien et tétanisé, comme beaucoup d’autres, par un système omnipotent et sans vision économique. l A.R. et F.M.

L’Algérie peine à diversifier une économie fortement dépendante des hydrocarbures – ils représentent plus de 97 % des recettes en devises. Les autorités répètent régulièrement leur volonté de réduire cette dépendance, mais sans y parvenir. Amara Benyounes, porte-parole (contesté) du candidat Bouteflika, fixait ainsi dans le journal Metronews l’objectif de « faire passer le secteur non pétrolier de 4 %-5 % à 10 %-15 % du PIB dans les cinq prochaines années ». Mais cet homme politique plutôt libéral fait-il le poids face à un Ahmed Ouyahia, également conseiller du chef de l’État ? Ce dernier promet un soutien à la production nationale, le redéploiement des entreprises publiques en partenariat avec des groupes étrangers et la révision (sans davantage de précision) du code de l’investissement. Ali Benflis ne prône pas autre chose en proposant de développer la production nationale, de réduire les importations et d’encourager l’investissement. Il entend en particulier résoudre le problème du manque de foncier industriel et faciliter la création d’entreprises. « L’Algérie est le seul pays au monde où l’on doit demander une autorisation pour investir dans le pays et créer des richesses », déplore Issad Rebrab, le patron de Cevital, premier groupe privé algérien dont plusieurs projets attendent l’aval du gouvernement (par le biais du Conseil national de l’investissement) depuis des années. Un sujet sur lequel les candidats restent silencieux.

L’investissement à l’étranger Alors que le Maroc déploie sa diplomatie du business au sud du Sahara, l’Algérie ne semble JEUNE AFRIQUE


Entreprises marchés De 11-12 milliards de $ en 2011 à milliards de $ en 2013

5,1

Exportations algériennes d’hydrocarbures vers les États-Unis

21,35 %

4%

Part de l’industrie dans le PIB

7

Algérie Maroc Moyen-Orient et Afrique du Nord

6 5 4 3 2 1

Chômage des 16-24 ans en 2013

Croissance en 2013

La règle des 51 %-49 %

Le yoyo des PIB (en %) 8

2,7 %

2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013

pas savoir ce qu’est la géopolitique économique. Et ce malgré la puissance de la Sonatrach, première entreprise du continent et géant du pétrole. Pis, pour investir à l’étranger, les entrepreneurs doivent demander une autorisation. « On ne peut pas développer les exportations hors hydrocarbures sans transférer des devises pour investir et créer des structures à l’étranger », s’indigne Ramdane Batouche, patron de Général Emballage (carton ondulé), une entreprise privée installée à Akbou, en Kabylie, et qui exporte une partie de sa production. Benflis souhaite autoriser les entreprises locales à investir hors des frontières nationales pour leur permettre de se développer. « La volonté politique ne suffit pas. Il faut des instruments efficaces pour déployer des stratégies économiques, ce qui n’existe pas en Algérie », ajoute le PDG d’un groupe privé de services.

C’est une loi qui a beaucoup fait parler d’elle. Mise en place en 2009, elle oblige les investisseurs étrangers à s’associer avec un entrepreneur algérien (à hauteur de 51 %). Ali Benflis s’est engagé à revoir cette mesure, qui, bien que son bilan soit contesté, semble plutôt bien vue par un grand nombre d’entrepreneurs pour son rôle positif en matière de transfert de technologies. L’ancien Premier ministre compte la réserver aux secteurs stratégiquesuniquement,sanslesdéfinir.Bouteflika, lui, ne se prononce pas, ne prenant même pas la peine de la défendre. Quant à la réglementation de change dénoncée par les investisseurs étrangers, ni l’ex-chef de gouvernement ni l’actuel président ne se sont exprimés sur le sujet.

Un climat des affaires plombé Point noir de l’économie algérienne, le climat des affaires est plombé par plusieurs scandales de corruption, notamment autour de contrats signés avec des compagnies étrangères. « Personne n’aborde le sujet de la corruption », déplore Abderrahmane Mebtoul. La question de la fin de l’économie informelle, frein à la production nationale et à la diversification des ressources fiscales, n’est pas abordée non plus. Les banques publiques, qui dominent le secteur, ont une politique de crédit souvent difficile à comprendre ou qui, en tout cas, exclut les PME. « Aujourd’hui, il vaut mieux être importateur que producteur en Algérie », déplore un entrepreneur. Ce dossier non plus n’aura pas été examiné lors de la campagne. l

Parmi les auteurs annoncés au 11e salon africain du livre, de la presse et de la culture de Genève qui se tiendra à Palexpo du 1er au 5 mai 2014 : Aminata Traoré, Boubacar Boris Diop, Souleymane Bachir Diagne, Léonora Miano, Cheikh Hamidou Kane, Eric Fottorino, Amal Sewtohul, Séverine Kodjo-Grandvaux. salondulivre.ch

111


Les indiscrets

Transports Quand Bolloré

rencontre Timis

VINCENT FOURNIER/J.A. ; K. LATHIGRA

L

e Français Vincent Bolloré (photo, à g.) et l’Australo-Roumain Frank Timis (photo, à dr.) devraient bientôt se rencontrer à Ouagadougou. Les deux hommes d’affaires, en concurrence nce depuis fin 2013 pour la réhabilitation, tion, l’extension et l’exploitation de l’axe ferroroviaire Abidjan-Ouagadougou, viendront ont présenter leurs solutions respectives aux chefs d’État ivoirien et burkinabè. « Avant ant la fin du mois », affirme une source proche he du dossier. D’après le même informateur, eur, Vincent Bolloré – dont la société gère re jusqu’en 2030 Sitarail, qui assure le serrvice depuis Abidjan jusqu’à Kaya (situé ué à une centaine de kilomètres au nord d de la capitale burkinabè), compte bien conserver sa concession, laissant à son n adversaire la construction d’une ligne gne de 280 km entre Kaya et le site minier de Tambao détenu par Pan African Minerals, als,

HUILE JABER REPREND LA MAIN

SEYLLOU DIALLO/AFP

Auborddelabanqueroute fin 2013, Suneor va mieux. L’huiliersénégalaisdétenu par le groupe Advens d’Abbas Jaber a collecté près de 100 000 tonnes d’arachides, grâce aux 45 millions de dollars (32,8 millions d’euros) de financement levés auprès des banques. Suneor espère récolter 25 000 t de plus avant la

N O 2779 • DU 13 AU 19 AVRIL 2014

une société de Timis. Selon ce schéma, l’extension s’insérerait ensuite dans la boucle ferroviaire qui devrait un jour relier Niamey, Lomé et Cotonou. l

fin de la campagne, dans une poignée de semaines. Et alors que les cours internationaux de l’arachide sont au plus bas, Abbas Jaber a décidé de vendre son huile sur le marché national. Objectif: réduire l’offre internationale pour faire remonter les prix. L’hommed’affairesentend prendre avant septembre le contrôle des Grands Moulins de Strasbourg, un géant de la farine en Europe.

TÉLÉCOMS RE-PRIVATISATIONS

La société de conseil Linkstone (Pape Diouf, fils d’Abdou Diouf ) et le cabinet Mazars (Armand Fandohan), appuyé par le cabinet d’avocats Bird and Bird, ont été choisis pour la privatisation de Libercom, filiale mobile de Bénin Télécom, et pour la privatisation de Sotelgui. Des décisions prises de gré à gré par les gouvernements béninois et guinéen. Linkstone avait voulu céder Bénin Télécom en 2010, mais l’opération avait échoué : seule la filiale de l’opérateur mobile changera de mains. La banque avait également essayé de vendre Sotelgui en 2009, sous le régime de Dadis Camara. Sans succès.

BOURSE BATAILLE DE TITRES « Miriem Bensalah et Moulay Hafid Elalamy (photo) [MHE, ministre de l’Industrie et du Commerce] règlent leurs comptes en Bourse. » Voilà comment les analystes du marché casablancais expliquent la chute surprise du titre Saham Assurance, propriété du second, qui a perdu en une semaine plus de 16 % de sa valeur, et la réservation à la baisse de la valeur Oulmès, firme agroalimentaire de la première. « La dégringolade de Saham Assurance est incompréhensible vu ses résultats et sa valorisation. Quant à Oulmès, c’est une valeur illiquide qui ne nous a pas habitués à ce genre de mouvements », explique un patron de société de Bourse. Ce « blitzkrieg » intervient quelques jours après l’annonce de la stratégie industrielle de MHE. Un événement qui a mis au jour les différends opposant ce dernier au patronat marocain. Lequel avait, quatre jours avant cette annonce, court-circuité le ministre en présentant une étude sur la compétitivité des entreprises marocaines. Un rapport qualifié par MHE de « liste d’épicier ». De quoi déplaire à Miriem Bensalah, qui a déboursé la coquette somme de 2,5 millions de dirhams (environ 217000 euros) pour cette analyse du cabinet Valyans…

BRUNO LEVY THE AFRICA CEO FORUM

Entreprises marchés

112

JEUNE AFRIQUE


Entreprises marchés

113

HÔTELLERIE

Mangalis a foi en ses étoiles La filiale de Teyliom lance Yass, son enseigne économique. Et redéfinit la place de ses marques Seen et Noom dans la gamme.

EBOLA. Aucun hôtel du groupe

Mangalis n’a encore vu le jour, mais une quinzaine d’établissements sont en construction. Malgré la propagation du virus Ebola en Afrique de l’Ouest, c’est en Guinée que la filiale du groupe Teyliom du Sénégalais Yérim Sow JEUNE AFRIQUE

MANGALIS

L

e groupe hôtelier Mangalis poursuit son développement en lançant Yaas, une gamme d’établissements à petits prix. Cette enseigne complète Seen, imaginée comme « économique » et désormais moyenne gamme, et Noom, qui se situe dans le haut de gamme, afin de concurrencer les Pulmann et consorts. Le projet de créer un hôtel de catégorie luxe est, lui, resté dans les cartons, faute d’un marché suffisant dans les premiers pays d’implantation du groupe. La construction du premier hôtel économique de 89 chambres, le Yaas Dakar, va commencer en juin prochain dans la capitale sénégalaise, quartier des Almadies. Il devrait ouvrir au deuxième trimestre 2015. « Yaas sera notre enseigne design deux étoiles pour nous développer sur un très gros marché », estime Olivier Jacquin, le nouveau directeur général de Mangalis, pour qui « la clientèle sera composéede jeunes entrepreneurs, de familles ou d’équipes sportives en déplacement ». La fourchette des prix affichés devrait se situer entre 70 et 90 euros. Et « 15 % des chambres seront familiales, avec quatre couchages », poursuit-il. Après Dakar, le programme de développement de Yaas n’a pas été communiqué, mais l’enseigne devrait surtout miser sur des franchises.

p Les premiers clients du Noom Conakry sont attendus en septembre.

ouvrira ses portes. Prévue pour le mois de juin, l’inauguration n’aura lieu qu’en septembre. « Ce léger retard n’a rien à voir avec Ebola », précise Olivier Jacquin. Le directeur général du futur hôtel, JeanFrançois Rémy est déjà installé dans la capitale guinéenne. Yérim Sow sait sur qui compter : il l’a

JACQUIN, L’ESPRIT START-UP PARCOURS international et ADN africain. Olivier Jacquin, nouveau directeur de Mangalis depuis le départ de Denis Sorin pour raisons familiales, aime à raconter que c’est au Sénégal qu’il a lancé son premier projet hôtelier, à Saly-Portudal. Après vingt-cinq ans d’expérience chez Concord Hotels, Europcar et Carlson, Olivier Jacquin rencontre

Yérim Sow en 2008. Le premier est alors vice-président chargé des ventes chez Carlson Rezidor, le second lance son projet de Radisson Blu (ex-enseigne de Rezidor) à Dakar. « Ce qui me plaît dans le projet Mangalis, c’est l’esprit start-up, avec le lancement de nouveaux produits et concepts », dit le nouveau patron. l F.M.

connu alors qu’il était directeur du Radisson Blu à Dakar. « La première phase de nos projets aura totalement pris forme d’ici trois à cinq ans, mais nous avons aussi été approchés pour des contrats de gestion en Mauritanie, au Nigeria, au Mozambique et en Algérie », souligne Olivier Jacquin, qui dit « regarder aussi le Maroc et la Tunisie sur un positionnement “éco” et moyenne gamme ». Le nouveau directeur général sait que la concurrence s’annonce féroce : le rachat du sud-africain Protea par Marriott a fait de ce groupe le leader de l’hôtellerie en Afrique alors que le numéro un historique, le groupe français Accor (Sofitel, Pullman, Mercure…) se réveille. Mangalis devrait aussi entrer en concurrence avec la chaîne d’hôtels Onomo, portée par un nouvel actionnariat puissant, la famille Ruggieri. Le directeur se dit confiant : « Il y a 5 % d’hôtels de marque en Afrique subsaharienne contre 26 % en Europe, 44 % en France et au Royaume-Uni et plus de 70 % aux États-Unis. » Tout un marché à conquérir. l FRÉDÉRIC MAURY N O 2779 • DU 13 AU 19 AVRIL 2014


Entreprises marchés INTERVIEW

Franck Legré

Directeur général Afrique d’Air France-KLM

« Nous n’entrerons pas dans une guerre des prix » Pour faire face à la concurrence européenne et moyen-orientale, cet ancien patron de la zone Chine au sein de la compagnie française préconise un positionnement haut de gamme.

P

ur produit d’Air France, où il est entré en 1987, Franck Legré, 59 ans, a assumé des responsabilités commerciales dans les Antilles, en Amérique du Sud, en Europe et au Maghreb. Mais jamais au sud du Sahara. Lors de sa nomination en ju juillet 2013, le nouveau directeur général pour l’Afrique subsaharienne ienne se qualifiait de « nouveau venu nu » dans la région. Depuis, il a fait le tour des différentes escales de la tégie. compagnie et défini sa stratégie. En s’inspirant de ses expériences iences précédentes. JEUNE AFRIQUE : Vous avez dirigé la région Chine pour Air France. Le marché africain suit-il la même trajectoire que les marchés asiatiques, qui ont vu l’essor des compagnies à bas coûts ? FRANCK LEGRÉ : Je ne crois ois pas

que l’Afrique prenne le même envol. L’émergence du modèle dèle low cost, qui a dopé le trafic asiatique, ique, n’est pas pour tout de suite sur le continent. Le carburant y est 30 % plus cher et les coûts d’opéopération sont deux fois plus élevés, en raison des monopoles dans la maintenance et les opérations ions aéroportuaires. Quant aux flux de passagers, rs, ils sont bien moins importants qu’en Asie. Le trafic entre Kuala Lumpur mpur et Singapour n’est pas comparable able à celui entre Dakar et Abidjan. an. Le trafic de passagers chinois vers l’Afrique devient, lui, très important…

À Pékin en 2006, j’ai vu la rapidité de l’ouverture de la Chine N O 2779 • DU 13 AU 19 AVRIL 2014

à l’Afrique et son offensive économique. Aujourd’hui sur le continent, j’en vois les résultats partout ! Il n’y a plus un seul aéroport où les Chinois ne soient présents. La Chine a une capacité de mobilisation incroyable. L’Afrique avec ses 54 États ne peut en faire de même. Le marché subsaharien est en forte croissance [9 % par an], mais les différents pays de la zone en

Les marchés dynamiques: Nigeria, Côte d’Ivoire, Gabon.

SANDRA ROCHA POUR J.A.

114

sont à des étapes différentes de développement. Des marchés comme le Nigeria, la Côte d’Ivoire ou le Gabon sont dynamiques. D’autres sont moins avancés. Il faut nous adapter à chacun. Quelle est la stratégie d’Air France-KLM au sud du Sahara ?

Legroupedoitêtreperçucomme Legroupedoitêtre une compagnie hau haut de gamme. Nous sommes prêts à baisser nos tarifs, mais cela ne se fera pas aux dépens de la qualité de nos presta prestations. Nous n’entrerons pas dans une guerre des pr prix. La rénovation de 44 Boeing 777, dont une par partie dessert l’Afrique, es est le signe que la stratégie de montée en gamme, prôné prônée par notre PDG, Alexandr Alexandre de Juniac, est valable parto partout. Nos clients qui voyageront sur ces appar appareils disposeront de classes « premièr première », « business », et « économique » d’un confort maximal. confor Nous sommes une compagnie de sercompa vices, je ne cesse vices de le répéter à nos équipes. Même si équip les infr infrastructures de cer certains aéroports africains ne sont pas optimales,  Selon le dirig dirigeant, l’arrivée de l’A380 à Abidjan va booster le mar marché ivoirien. JEUNE AFRIQUE


115

Air France-KLM doit faire la différence par un souci constant accordé au client. L’année 2013 n’a pas été excellente pour votre groupe. Votre recette par siège-kilomètre (l’unité de mesure des revenus dans le secteur aérien) a baissé de 3,8 % au sud du Sahara…

Corsair et Aigle Azur ont lancé une offensive sur le Sénégal et la Côte d’Ivoire, deux pays importants pour vous. D’autres compagnies, comme Turkish Airlines, s’implantent également. Air FranceKLM est-il menacé ?

La concurrence s’est accrue, c’est un fait. Pour des destinations touristiques comme le Sénégal, il Mais nous avons augmenté de était logique que des acteurs ayant commencé avec des vols charters, 8 % en 2013 la capacité de nos un peu passés de mode, se lancent avions dans la région. C’est un effort important que nous allons dans des lignes régulières. Les compoursuivre. Cela nous a permis pagnies ibériques ont elles aussi de faire des économies d’échelle accru leur présence en Afrique et d’en faire profiter nos clients : de l’Ouest. 40 % des passagers ivoiriens ont Mais je ne sais pas si tous ces bénéficié de tarifs promotionacteurs resteront. Je suis plus attennels ! Le chiffre que tif à des compagnies vous évoquez n’est qui veulent s’implanFutur plan donc pas une mauter durablement, avec de vol vaise nouvelle : nous de vrais réseaux subsa+ 8 % de capacité en 2014 avons baissé nos prix, hariens, comme Royal (en siège-kilomètre) mais notre rentabilité Air Maroc, compagnie Lignes renforcées : est préservée. « amie » [Air France Abidjan, Dakar, Freetown, en détient 5 %], qui Pointe-Noire, Le Cap, Le trafic aérien avec la développe son hub Libreville de Casablanca, ou Côte d’Ivoire n’a pas Ligne fermée : Turkish Airlines, très redémarré aussi vite Monrovia (mi-juin 2014) que prévu après la offensive ces derniers crise politique. Qu’en temps. Ligne programmée :

toute l’actualité économique et financière du continent Cette semaine, à la une :

Mines En Guinée, Beny Steinmetz et Vale pourraient perdre leurs titres Phosphates Les agences de notation s’inquiètent pour la dette d’OCP Finance La Zambie lance un eurobond de 1 Md$

Port-Gentil (2014)

En 2013, le nombre Vo u s r e v e n e z d e Ouvertures envisagées : de nos liaisons hebLomé, où vous avez Lubumbashi, Maputo domadaires Parisrencontré vos équipes Abidjan est passé de commerciales dans la sept à dix. Certes, le second vol région. Quel est leur état d’esprit, quotidien de milieu de journée face à cette nouvelle concurau départ d’Abidjan, lancé l’année rence ? dernière, n’a pas connu le même Nous sommes sereins. Nous succès que l’horaire traditionnel du connaissons bien le continent soir. Mais l’arrivée en octobre 2014 africain pour y avoir ouvert des de l’A380, qui desservira Abidjan liaisons il y a déjà soixante ans. cinq fois par semaine, va changer la Nous avons augmenté nos capadonne : en gardant l’horaire habicités de transport de plus de 25 % tuel, il remplacera, avec plus de vers Dakar, Abidjan et Libreville. confort, deux vols de Boeing 777Cela montre que nous sommes 300 à lui tout seul. présents pour du long terme. C’est grâce à la mobilisation des Nous ne sommes pas dans autorités ivoiriennes que l’A380 la même logique que les transpourra atterrir dans la capitale. porteurs aériens qui viennent quelques mois « tester » un marché L’avion devait aussi desservir avant de repartir aussi vite qu’ils São Paulo (Brésil), mais, là-bas, sont venus. l les aménagements de piste n’ont pas été faits dans les temps. Propos recueillis par CHRISTOPHE LE BEC JEUNE AFRIQUE

economie.jeuneafrique.com

Innovation RD Congo: portrait d’un développeur pionnier L’interview de la semaine

Daniel Kablan Duncan Premier ministre VINCENT FOURNIER/J.A.

est-il aujourd’hui ?

Retrouvez sur

« N’en demandez pas trop à la Côte d’Ivoire. »

N O 2779 • DU 13 AU 19 AVRIL 2014


Entreprises marchés ce modèle, admet Ghita Lahlou. Nous avons développé un partenariat très fort avec le groupe espagnol Asisa pour le développement de centres de soins au Maroc. » Pas de dispensaires pour le milieu rural au programme mais une médecine privée moderne et spécialisée.

SANTÉ

Saham passe au bistouri Le groupe privé marocain jette son dévolu sur un secteur très porteur : les cliniques. Une activité complémentaire de son pôle assurance.

STEPHANIE SINCLAIR/VII/GETTY

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P

ionnier des centres d’appels, leader de l’assurance panafricaine, Saham se met en ordre de bataille pour conquérir un nouveau marché : la santé. Le groupe marocain aux 672 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2012 a porté sur les fonts baptismaux un pôle à part entière, Saham Santé, dont la direction a été confiée à Ghita Lahlou, une fidèle de Moulay Hafid Elalamy, fondateur du holding. Sa mission : déployer des centres de soins un peu partout en Afrique. « Notre priorité est d’être présent dans la vingtaine de pays où Saham opère déjà. Nous irons avant tout là où la réglementation est favorable à un tel investissement. C’est le cas en Côte d’Ivoire, au Ghana ou au Nigeria », insiste cette centralienne qui a bourlingué dans le groupe ONA (Omnium Nord-Africain), avant de rejoindre Saham en 2001. Ghita Lahlou considère également le Gabon et le Sénégal comme des pays « intéressants ». PROMETTEUR. Le holding inves-

tit un terrain quasiment vierge mais très prometteur. La Société N O 2779 • DU 13 AU 19 AVRIL 2014

financière internationale (IFC), filiale de la Banque mondiale, a estimé il y a quelques années les besoins en investissements dans le secteur de la santé en Afrique à plus de 22 milliards d’euros. « Le secteur public ne peut pas répondre seul à tous les besoins des citoyens. Et la santé cadre parfaitement avec la stratégie du groupe : accompagner les habitants du continent dans toutes les étapes de leur vie », relève la directrice de Saham Santé. Assurances, cliniques et même médicaments (le groupe a acquis

p Saham Santé investira en priorité dans des spécialités comme la cancérologie ou la neurochirurgie au Maroc.

« Le secteur public ne peut pas répondre seul à tous les besoins des citoyens. » GHITA LAHLOU, directrice de Saham Santé

en mars 2011 le site de fabrication marocain de la compagnie internationale Glaxosmithkline) : Saham entend offrir toute la palette de services liés à la santé. Sur le modèle d’Espírito Santo au Portugal, présent de la banque à la santé en passant par l’assurance ? « On s’inspire quelque peu de

TRAITEMENT. Au Maroc, où plus de 300 cliniques privées opèrent pour la plupart en chirurgie générale ou obstétrique, priorité sera donnée à des spécialités comme la cancérologie ou la neurochirurgie. « On recense 35 000 nouveaux cas de cancer chaque année. La demande est énorme pour ce type de pathologies », explique un haut fonctionnaire du ministère marocain de la Santé. En Afrique subsaharienne, Saham investira plutôt dans des centres plus généralistes : diagnostic, radiologie, laboratoires d’analyses ou obstétrique. Sans exclure la possibilité de racheter des structures existantes, Saham « part sur un investissement direct à l’étranger (IDE) de conseil, afin d’obtenir au plus vite des centres qui respectent [son] cahier des charges, en termes de qualité, de technologie et de transparence », souligne Ghita Lahlou. L’objectif est de disposer à terme de centres d’une capacité moyenne de 100 lits pour un coût unitaire allant de 120 à 200 millions de dirhams (10 à 17 millions d’euros). Elle sait qu’un obstacle important peut contrarier ses plans : les réglementations locales. Au Maroc, la détention des établissements de santé privés est réservée aux médecins. La loi pourrait évoluer en permettant l’ouverture du capital des cliniques avant la fin de l’année. Au risque d’une dérive mercantile? « Le volet médical sera géré par un collège de médecins. Nous n’avons pas vocation à les remplacer », assure Ghita Lahlou, pour qui « son rôle est de financer toutes les infrastructures et d’assurer un management moderne et des services de qualité. » Au Maroc comme dans le reste de l’Afrique. l MEHDI MICHBAL, à Casablanca JEUNE AFRIQUE


Décideurs BÉNIN

Jean-Baptiste Satchivi, militant économique Dans un contexte national hostile au secteur privé, le nouveau président de la Chambre de commerce et d’industrie s’est donné cent jours pour redresser l’organisation.

L

e téléphone sonne. JeanBaptiste Satchivi s’excuse. À l’autre bout du fil, Thomas Boni Yayi est inquiet : en cette mi-mars, les autorités nigérianes ont à nouveau fermé la frontièrequisépareleur pays,désormais première puissance économique du continent, de son « petit » voisin ouest-africain. Si le président béninois appelle, c’est pour recueillir l’avis de l’un des principaux – et des rares – capitaines d’industrie du pays. Quelle stratégie tenir face aux tensions sur les importations de riz, de pneumatiques ou d’autres biens ? « Le Nigeria ferme régulièrement sa frontière avec le Bénin », décrypte Jean-Baptiste Satchivi, une fois la conversation terminée. Récemment élu à la tête de la Chambre de commerce et d’industrie du Bénin (CCIB), l’hommed’affairesad’ailleursfaitde ces fermetures à répétition l’un des points importants de son mandat. « Nous allons établir une plateforme de discussion permanente entre les entreprises du Nigeria et celles du Bénin », souligne-t-il, ajoutant : « Comment peut-on être situé à côté de la première puissance économique du continent et ne pas être la deuxième ? »

JEUNE AFRIQUE

Bio express

1957

Naissance à Ouidah (Bénin)

1987

DESS entreprise et développement à l’université Paris-Descartes (France)

1988

Fonde une poissonnerie à Cotonou

2001-2007 Vice-président du patronat béninois

2004

Crée Agrisatch ERIC LARRAYADIEU CEO FORUM POUR J.A.

PORTE-ÉTENDARD. Moustache et mouche finement taillées, cheveux ras légèrement grisonnants, regard noir perçant, Jean-Baptiste Satchivi a l’aisance de l’homme habitué au succès. Mais pas l’arrogance. Fondateur, avec son épouse Gilberta, du groupe CDPAAgrisatch, un leader de l’aviculture et du négoce alimentaire au Bénin, il semble ne plus avoir qu’une seule idée en tête : redonner vie à une CCIB à la dérive depuis cinq ans l l l

et même pratiquement à l’abandon depuis deux ans. Au terme d’une campagne de près d’une année, 84 élus consulaires ont été désignés le 5 janvier dernier. Vingt jours plus tard, un

bureau central de sept personnes et des bureaux régionaux étaient nommés, avec, à leur tête, JeanBaptiste Satchivi. « Je veux bâtir une chambre de commerce forte, au service de tous, active sur un territoire étendu et porte-étendard du secteur privé à l’international », souligne le patron. Le 15 juin, la période des cent jours fixée par le nouveau dirigeant s’achèvera. Les audits opérationnels et financiers de cette institution employant 90 personnes, la rénovation du siège et la modification du schéma organisationnel seront en principe achevés. « C’est un budget de 750 millions de F CFA l l l

2007

Lance les brasseries SBB à Porto-Novo

2014

Élu président de la CCI

N O 2779 • DU 13 AU 19 AVRIL 2014

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Décideurs [1,15 million d’euros] pour cette seule période », lâche Satchivi. Le patron entend revoir la gestion financière d’une CCIB qui n’avait mêmepluslesmoyensderemplacer lesmoteursdeses50véhicules,bâtir un budget solide et redynamiser un dialogue public-privé qui, selon lui, « peine à décoller ». Et bien sûr faire la promotion du Bénin qui avance. Sur le coton – « il faut monter à un taux de transformation de 30 % à 40 %, contre 5 % aujourd’hui » –, l’industrie (le « parent pauvre du Bénin »), les énergies renouvelables ou les partenariats public-privé, Satchivi se montre disert. Mais orientezladiscussionsurlapolitique économique de Thomas Boni Yayi ou le très délicat climat des affaires au Bénin, et il se montre plus prudent. Pas un mot plus haut que l’autre, Satchivi reste souriant. « Il veut vraiment rester neutre sur le plan politique », analyse un financier qui le connaît bien. Dès sa nomination, il a eu à traiter un cas très épineux: celui des deux huileries du pays en conflit avec l’État sur la question cotonnière. Satchivi a fait preuve de la plus grande habileté, demandant aux huiliers de prouver les avaries (humidité excessive et acidité du coton) qu’ils dénonçaient avant de se prononcer… « Outre Talon, d’autres hommes d’affaires de premier plan ont été plus ou moins bannis. Notamment Sébastien Ajavon, un concurrent direct de lll

Satchivi. D’autres, comme Razaki Olofindji Babatundé, ont été un peu écartés, explique un entrepreneur, qui s’interroge: Comment Satchivi fait-il pour ne pas être emporté par la vague paranoïaque qui atteint le sommet de l’État ? » POLITIQUE. Pour Boni Yayi, Satchivi

incarne l’entrepreneur vertueux, celui dont le pays a besoin. Une sorte d’anti-Patrice Talon. Le président et ses proches ne se privent pas de le mettre en avant publiquement. De fait, le parcours qui a mené à la création d’un groupe dynamique au chiffre d’affaires de 75 millions d’euros a tout du beau symbole. En1988, Jean-Baptiste et Gilberta se lancent dans l’aventure avec une poissonnerie à Dantokpa, le marché de Cotonou. L’activité décolle grâce aux qualités de manageur du premier ainsi qu’à la (modeste) fortune familiale de la seconde. En 2007, le couple ouvre dans la zone de Porto-Novo la Société de brasserie et de boissons (SBB), qui fabrique l’Obama Beer à partir de produits locaux comme le sorgho. Deux ans plus tard, Agrisatch, une autre filiale de CDPA, inaugure un complexe avicole moderne de 25 ha dans la commune de ToriBossitô, à 35 km de Cotonou. Tout est automatisé, 90 000 œufs sont produits chaque jour, 28 000 futurs poussins sont en incubation. En 2013, le groupe reçoit le soutien

Talon a été banni, Ajavon et Olofindji Babatundé ont été écartés… Pas lui.

des agences financières de développement française Proparco et belge BIO dans le cadre d’un projet d’extension de la production. Le marché nigérian voisin, énorme consommateur de volailles, est dans la ligne de mire. Depuis son élection à la tête de la CCIB, Jean-Baptiste Satchivi a officiellement laissé la direction du groupe à son épouse et à JeanClaudeSodatonou,directeuropérationnel. « Dans la pratique, Gilberta avait déjà une très grande influence, précise un proche. Elle essaie de préserver CDPA, l’activité d’importexport qui constitue encore la part la plus importante du groupe. Les deux pôles industriels, Agrisatch et SBB, c’est son aventure à lui. » L’entreprise familiale ne devrait donc pas pâtir des nouvelles fonctions de Satchivi. Mais jusqu’où ira-t-il, se demandent certains, songeant à Jean-Louis Billon, président de Sifca, dont la nomination à la tête de la CCI ivoirienne a constitué le premier pas vers une carrière politique. « Les CCI sont l’antichambre des ministères », commente un financier. Satchivi n’en dit mot. Mais son programme pour l’économie du pays est clair: discuter en permanence avec les autorités pour prévenir les problèmes plutôt que d’avoir à les régler en pleine crise, être un militant économique du Bénin et lancer les états généraux du privé. La suite viendra en son temps. l FRÉDÉRIC MAURY

JOHN VITALO ATLAS MARA Débauché par Bob Diamond pour devenir directeur général de la société d’investissement, John Vitalo était depuis 2009 le directeur Moyen-Orient et Afrique du Nord de la banque britannique Barclays. N O 2779 • DU 13 AU 19 AVRIL 2014

NSN

JEKESAI NJIKIZANA/AFP

ON EN PARLE

NICK HARVEY/WIREIMAGE

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SALVATORE MAISANO NSN L’ancien vice-président chargé des ventes de Nokia Solutions and Networks Moyen-Orient et Afrique a été nommé responsable des activités pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale. Entré chez l’équipementier en 1999, il y a exercé différentes responsabilités.

JOHN MANGUDYA BANQUE CENTRALE DU ZIMBABWE Ancien directeur général de CBZ, l’économiste prend le poste de gouverneur de la banque centrale du pays. Il succède à Gideon Gono, parti en décembre après dix années passées à la tête de l’institution. JEUNE AFRIQUE


Finance

Baromètre

CUIVRE

ÉMISSION OBLIGATAIRE

Le pays emprunte à nouveau. Mais, avec son déficit budgétaire, à un taux plus élevé qu’en 2012.

L

usaka a lancé le 7 avril un emprunt obligataire de 1 milliard de dollars (729,5 millions d’euros) sur le marché international. Le taux de 8,6 % sur dix ans est légèrement inférieur aux prévisions des banquiers. Cependant, le coût de l’emprunt a augmenté par rapport à l’émission réalisée en 2012 (5,63 %). Cette hausse tient au recentrage des investisseurs sur les économies développées, mais aussi aux inquiétudes des milieux financiers concernant le déficit budgétaire du pays. Si, grâce aux secteurs des mines et de la construction, l’économie zambienne doit croître de 6,5 % cette année selon le Fonds monétaireinternational,lapolitique d’investissement du gouvernement dans des projets d’infrastructures routières et ferroviaires risque de porter le déficit budgétaire à 8,5 % du PIB. Par ailleurs, le deuxième producteurdecuivreducontinentdemeure exposé à la baisse actuelle du cours du métal. Standard & Poor’s a ainsi maintenu sa perspective négative, notant le pays B+, au même niveau que le Kenya et la RD Congo. La hausse de l’inflation pourrait également noircir le tableau. Pour l’heure, la Zambie profite encore de la faiblesse de la monnaie de l’Afrique du Sud, d’où provient une grande partie de ses importations. À ce niveau de retours sur investissements, le taux de l’emprunt est proche de celui émis l’an dernier par le Ghana, dont les fondamentaux sont moins bons. Cela reste donc un bon placement, estime toutefois Max Wolman, analyste au seind’AberdeenAssetManagement, cité par le Financial Times. l

« Les cours devraient se stabiliser » EN 2013, la production de cuivre, en hausse de 10 % en volume, a surpris. Finalement, les mines vieillissantes, et notamment celles du Chili, premier producteur du globe, n’ont pas réduit leurs cadences. Il y a donc eu un surplus important de concentré de cuivre sur les marchés, ce qui a fait baisser les cours [de 10,5 % en un an à la Bourse de Londres, au 9 avril]. Dans le même temps, les coûts moyens de production n’ont cessé de monter : sur les sites miniers anciens, les investissements nécessaires sont plus importants. Les marges des grands groupes se sont donc réduites, et ils se montreront plus sélectifs désormais. La situation est différente en Afrique. Dans les grandes

mines de sa ceinture de cuivre – à cheval sur la RD Congo et la Zambie –, grâce aux économies d’échelle et à la bonne teneur en minerai, les coûts de production sont très bas. En 2013, le continent en a produit 1,85 million de tonnes, soit une hausse de 21 % par rapport à 2012. Cette progression est principalement due aux dernières implantations de grands groupes au Katanga, en RD Congo [notamment Freeport-McMoRan, GlencoreXstrata et Eurasian Natural Resources Corporation]. Pour garder ce niveau, les autorités congolaises et zambiennes devront néanmoins résoudre des problèmes d’approvisionnement en électricité. Côté demande, la Chine garde une

Paul Dewison Analyste chez SNL Metals & Mining

place prépondérante, consommant 42 % du cuivre mondial. En 2014, ses achats devraient encore progresser de 5 %, et ceux des autres régions du monde de 4,5 %. Ce qui est de l’ordre des 4 % d’augmentation prévus pour la production mondiale. Les prix du cuivre, de 6 651 dollars la tonne le 8 avril, devraient ainsi, après une baisse importante, se stabiliser autour de 6 100 dollars la tonne d’ici à la fin de l’année. » l

Cours du cuivre à Londres (en dollars par tonne) 7600

7 508 12.4.2013

7400 7200

6 651 8.4.2014

7000 6800 6600

6 489,50 14.3.2014

6640 12.04.13

30.05.13

17.07.13

03.09.13

21.10.13

06.12.13

23.01.14

12.03.14

SOURCE : LES ÉCHOS.FR

Chère Zambie

JULIEN CLÉMENÇOT JEUNE AFRIQUE

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Culture & médias

DANSE

ÀCORPSPERDUS Tantôt vénérée tantôt méprisée, la danse orientale peine aujourd’hui à se produire sur les scènes du monde arabe. Retour sur un art populaire à la technique rigoureuse et à l’image sulfureuse.

LEÏLA SLIMANI

E

lles s’appelaient Samia Gamal, Tahia Carioca, Neima Akef. Adulées dans tout le monde arabe et en particulier en Égypte, ces stars ont fait rêver des générations, des années 1930 aux années 1970. Actrices dans des comédies musicales populaires, elles se produisaient aussi dans des cabarets cairotes à la renommée internationale. Dans son spectacle Au temps où les Arabes dansaient, présenté à Paris en mars, le chorégraphe tunisien Radhouane El Meddeb rend hommage à cet âge d’or de la danse orientale. Comme beaucoup, il a été profondément marqué par ces danseuses à la technique exigeante. Aujourd’hui,ramenerladanseorientalesurscène n’est pas seulement un acte artistique. Il suppose aussi un certain regard critique sur la place de la danse et, partant, du corps, dans le monde arabe. N O 2779 • DU 13 AU 19 AVRIL 2014

« Ce spectacle est l’écho lointain de ces chants et de ces danses pris dans la tendresse de l’espoir et du souvenir. Mais c’est aussi l’une des faces d’un présent cruel, terne et frappé de stupeur », expliquet-il. En effet, cette pratique vit une situation de relégation dans le monde arabe. La déliquescence de l’industrie du cinéma, notamment égyptien, a ôté à ces danseuses leur seul lieu d’expression, dans des pays où les infrastructures théâtrales sont rares sinon inexistantes. Depuis la fin des années 1980, la montée en puissance des conservatismes fait peser une pression supplémentaire sur les artistes. En Égypte, les écoles de danse sont tout simplement interdites. Les professeurs ne peuvent espérer enseigner qu’au prix d’interminables tracasseries administratives et en enregistrant leur studio comme salle de sport. « Associée à la prostitution, considérée comme provocante, la danse orientale a toujours eu une image sulfureuse. Déjà, sous Nasser, il y JEUNE AFRIQUE


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PATRICK BAZ/AFP

Culture médias

avait de grands débats pour savoir s’il fallait ou non cacher le nombril des danseuses ! » rappelle Leïla Haddad. Syro-Tunisienne née à Djerba, la danseuse et chorégraphe est sans doute la plus dévouée des ambassadrices de cette discipline. « Je milite pour que cet art retrouve sa place sur les scènes de théâtre. Depuis le début, je me suis heurtée à beaucoup de refus en raison de préjugés qui perdurent en Orient comme en Occident. On confond trop souvent la danse orientale avec la danse du ventre, telle qu’elle se pratique dans les hôtels de luxe ou les cabarets. » MODERNITÉ. Danse millénaire qui s’est nourrie d’influences très diverses, le raqs al sharqi, comme l’appellent les Arabes, requiert une pratique difficile, rigoureuse, et a été incarné par des danseuses à la technique affûtée. On ne peut pas la réduire à un déhanchement destiné à affoler les hommes. Samia Gamal venait par exemple de la danse classique. JEUNE AFRIQUE

p Tajwal, du Libanais Alexandre Paulikevitch. Une ode à la liberté des corps.

Nelly Mazloum et Mahmoud Reda ont incorporé des éléments du ballet dans leurs chorégraphies, et leur influence s’est fait sentir chez les danseurs égyptiens modernes. Si la danse orientale n’a pas encore trouvé toute sa place dans les théâtres arabes, elle continue de vivre dans les cercles privés. Transmise de mère en fille, pratiquée en famille, elle est également incontournable lors des grands mariages ou des réceptions. Danse de la liberté, elle est aussi populaire et, à ce titre, souvent rejetée par une élite qui a la main sur la programmation des grandes scènes de la rive sud. « Le fait d’être une danse populaire est aussi une chance. C’est le moyen de toucher d’autres couches de la société, qui ont moins l’occasion ou les moyens d’aller au théâtre par exemple », ose croire Leïla Haddad. Forte personnalité, érudite sur son art, cette coquette aux longs cheveux nattés a fait voyager la danse orientale sur les scènes du monde entier, de TokyoàHelsinkienpassantparlesÉtats-Unis.«Mais N O 2779 • DU 13 AU 19 AVRIL 2014


je ne me suis produite que sur deux scènes dans le monde arabe : Tunis et Beyrouth », regrette-t-elle. Comment expliquer ce désintérêt du monde arabe pour une danse qui fait si profondément partie de sa culture? À cela, Leïla Haddad donne deux explications : « Pour les jeunes, c’est tout simplement passé de mode. Avec la mondialisation, les goûts ont évolué. C’est à nous, danseurs, de reconnecter notre art avec une certaine modernité. » Contrairement au classique, la danse orientale n’est pas codifiée ou académique. Elle n’est pas enseignée dans le monde arabe et elle ne survit que par la passion de ceux qui l’interprètent. « Pour dire les choses, elle a perduré dans les cercles familiaux et dans les bordels », confie-t-elle. Ce sont donc des milliers d’artistes de l’ombre qui font évoluer cet art et qui souvent vivent dans des conditions très difficiles, contraints de cacher leur profession à leur famille. Rares sont ceux qui arrivent à se faire un nom à l’instar de la Marocaine Noor, qui a été l’élève de Leïla Haddad. Transsexuelle, née homme, Noor a appris la danse en regardant les films égyptiens et en imitant les grandes actrices. Actrice, danseuse, Noor se produit dans le monde entier et a contribué elle aussi à réhabiliter l’image de la danse orientale dans le monde.

Au temps où les Arabes dansaient…, chorégraphié par Radhouane El Meddeb, actuellement en tournée

 De gauche à droite : Samia Gamal (1952) et Tahia Carioca (1942)

BOB LANDRY/TIME LIFE PICTURES/GETTY IMAGES

LOOMIS DEAN/TIME LIFE PICTURES/GETTY IMAGES

FÉMINITÉ. Subversive, populaire, cette discipline réunit pourtant tous les ingrédients de la modernité. Et c’est peut-être cela qui explique l’intérêt renouvelé de nombreux danseurs pour le raqs al sharqi. Des artistes de renommée internationale s’en sont emparés, comme l’ancien danseur étoile et ex-directeur de la danse à l’Opéra national de Paris PatrickDuponddansunspectacle,Fusion,avecLeïla

Da Rocha. « L’Orient et l’Occident doivent tout faire pour que cette danse puisse envahir les théâtres. À nous de montrer que la danse orientale n’est pas qu’une danse de cabaret mais plutôt une danse sacrée », expliquait alors cet interprète virtuose. Dernièrement,leLibanaisAlexandrePaulikevitch, présent au festival DañsFabrik à Brest (dans l’ouest de la France) à la fin du mois de mars, essaie lui aussi de ramener cette pratique au sein des lieux consacrés aux arts de la scène. Habillé d’une longue robe ou d’un jupon rouge, il exprime, dans son spectacle Tajwal, sa propre vision de la féminité. Ses mouvements du bassin et ses déhanchements sont une ode à la liberté des corps. Son message, clairement politique, s’oppose à celui des plus conservateurs, qui voudraient séparer de manière étanche mondes féminin et masculin. Enseignant à Beyrouth depuis 2006, Alexandre Paulikevitch voit dans le dédain pour cet art un mépris pour le corps et pour la femme en général. Pour Leïla Haddad, « amener la danse orientale sur scène est une démarche politique. Danser, ce n’est pas seulement mettre son corps en mouvement, c’est avant tout défendre sa vision du monde ». Comme l’explique Radhouane El Medded, « la danse orientale est une danse vivante. Elle n’est pas figée dans une tradition, elle ne peut pas non plus être réduite à une danse folklorique et sensuelle. Nous avons aujourd’hui, à travers la danse contemporaine par exemple, les moyens de redonner toute sa force à cet art. » Nourrie d’influences diverses, reprise à leur compte par de grands artistes contemporains, il y a fort à parier que la danse orientale a de beaux jours devant elle, quoi qu’en disent ses contempteurs. l

AGATHE POUPENEY

Culture médias Danse

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JEUNE AFRIQUE


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Culture médias SECONDE GUERRE MONDIALE

Éric Jennings « L’Afrique a financé la résistance française » Sans l’engagement d’une partie du continent, de Gaulle aurait-il pu vaincre l’Allemagne nazie ? Pas sûr. C’est ce que démontre l’historien dans un ouvrage fort documenté, fruit d’une large enquête menée dans les archives nationales du Congo et du Cameroun.

É

ric Jennings n’est pas prêt d’oublier sa soutenance de thèse de doctorat ! C’était en 1998, à l’université de Berkeley, il venait présenter les résultats de ses recherches portant sur la politique coloniale de Vichy. L’undesmembresdujuryl’interrogeaalors sur la politique coloniale de la France libre. Il fut incapable de répondre… Devenu depuis professeur d’histoire contemporaine à l’université de Toronto, il s’est lancé dans une enquête historique pendant une dizaine d’années, avec la rigueur universitaire qui caractérise ses travaux. Des archives nationales du Sénégal à celles du Congo et du Cameroun, sans oublier celles d’outre-mer, à Aix-en-Provence, Éric Jennings a retrouvé des documents dont certains n’avaient jusque-là jamais été exploités. Au fil de ses recherches et de ses découvertes, l’historien de 43 ans a saisi à quel point l’Afrique a joué un rôle déterminant – et parfois occulté – dans la France libre. C’est pourtant en AfriqueÉquatoriale française et au Cameroun que de Gaulle a trouvé les hommes et les ressources nécessaires pour mener son combat contre Vichy, l’Italie fasciste et l’Allemagne nazie. Et ce dès l’été 1940. Son dernier ouvrage, La France libre fut africaine, relate cette épopée militaire, économique et humaine, où la libération du joug nazi se mêle à une colonisation parfois brutale, au service de la France. JEUNE AFRIQUE : Quel a été le rôle de l’Afrique dans la France libre ? ÉRIC JENNINGS: C’est en Afrique équa-

toriale française (AEF) et au Cameroun que naît, dès 1940, la France libre du général de Gaulle tandis que la Résistance décollera trois ans plus tard en France métropolitaine. Hormis une très belle thèse de Léonard Sah sur le Cameroun, il y avait très peu de recherches menées sur la France libre en Afrique et sur la place des Africains dans cette première résistance. N O 2779 • DU 13 AU 19 AVRIL 2014

Le rôle de l’AEF et du Cameroun a-t-il été déterminant ?

Cet embryon d’État de France libre en Afrique a pâti d’un déficit de crédibilité et de légitimité, expliquez-vous.

En 1940, le régime repose sur pas grandchose sinon sur une légitimité coloniale. Le message du 18 Juin n’est pas particulièrement entendu en Afrique et ne deviendra mythique que par la suite. Il y a eu une volonté de créer un État qui se nomme juridiquement Afrique française libre et qui englobe le Cameroun et l’AEF. À la tête de cette structure, un haut-commissaire est nommé: Edgard de Larminat. Mais ses attributions se recoupent et empiètent sur celles du gouverneur général Félix Éboué. Donc, dès le départ, cet embryon d’État est complexe à gérer. Toutefois, le gaullisme est vécu par les populations locales de manière très dure et marque une dégradation des conditions de vie. On constate une recrudescence des excès du travailforcéavecnotamment la collecte du caoutchouc à la main, la réapparition en Oubangui (actuelle Centrafrique) de vêtements en écorce… Pour Edgard de Larminat, cette Afrique est une machine de guerre qui doit être plus efficace.

Sur le plan économique, c’est l’exploitation des ressources telles que le caoutchouc et l’or notamment qui a permis de financer la Résistance, de subvenir aux besoins de l’allié britannique et d’entretenir une armée. Sur le plan militaire, les combattants africains ont joué un rôle crucial et étaient majoritaires dans les rangs. Entre 1940 et 1943, 17 013 Africains sont recrutés par la France libre en AEF et au Cameroun. À l’été 1943, les Forces françaises libres (FFL) comptent 39 000 citoyens français et 30 000 coloniaux. Ce qui nous amène à réévaluer le cliché du résistant blanc de la première heure. Sans la participation économique et militaire de ces territoires africains, le général de Gaulle n’aurait pas pu dire que la France avait combattu dès 1940 grâce La France libre aux batailles de Koufra et fut africaine, de Bir Hakeim en Libye ou d’Éric Jennings, éd. de Ksar Ghilane en Tunisie. Perrin/ministère de Comment ces colonies ontelles rallié la France libre ?

Comment se déroule la cogouvernance de Félix Éboué et d’Edgar de Larminat?

la Défense français, 352 pages, 23 euros

Ces colonies ont basculé dans le camp de la France libre les 26, 27 et 28 août 1940. Le Cameroun a été pris avec une vingtaine de pistolets dans une sorte de putsch. Les populations n’ont pas été consultées. Elles ont été contraintes, par la force, à contribuer à l’effort économique de la guerre et à rejoindre les rangs des FFL. Mais il serait faux de dire que certains Africains ne se sont pas enrôlés par idéologie pour combattre le fascisme et le racisme de Vichy et du régime nazi à l’égard des Noirs, comme le martèle très tôt la propagande de la France libre en Afrique.

La relation entre ces deux personnalités est conflictuelle. En fait, ils ne se supportent pas et ont d’importantes divergences en matière de républicanisme. Larminat ainsi que son successeur Adolphe Sicé, comme le général Leclerc, estiment que la république est responsable de la défaite de 1940, et qu’il faudra envisager un autre type de régime après la victoire. Éboué ne partage pas cette vision. Il est également plus sensible au sort des populations. Que va représenter la prise de Koufra dans le Sud-Est libyen ?

Le raid sur Koufra constitue la première victoire française libre. Sous le commandement remarquable du colonel JEUNE AFRIQUE


Culture médias t De nationalités américaine, canadienne et française, le chercheur enseigne à l’université de Toronto (le 22 mars, à Paris).

troupes de l’AEF et du Cameroun démontreront encore une fois leur valeur au combat. Les contingents se composent de 2 700 Africains pour 550 Européens et remporteront victoire sur victoire contre les Italiens puis contre les Allemands au fil de leurs avancées vers la Tunisie.

SANDRA ROCHA POUR J.A.

Comment se passe la cohabitation entre les soldats africains et européens ?

Leclerc, les troupes ont douché le scepticisme exprimé dans les télégrammes de Larminat transmis à Londres. Ils ont traversé près de 1 000 km de désert pour combattre non plus Vichy mais l’Italie de Mussolini, qui s’attaque à la France alors qu’elle s’effondre. Cette expédition comptait 295 militaires africains contre 101 militaires européens. Pour contrer la propagande vantant les capacités militaires de la France libre sur la BBC notamment, Vichy qualifiera de « nègres » les combattants de Koufra et les tirailleurs de l’Oubangui à Bir Hakeim, au sud de Tobrouk, en 1942. JEUNE AFRIQUE

Qu’est-il advenu des soldats africains qui ont participé à la conquête du Fezzan qui vient ensuite ?

Après l’impression du livre, j’ai retrouvé, grâce à l’un de mes étudiants, une note secrète allemande dans laquelle le régime nazi s’inquiétait du flanc faible saharien. Ils étaient préoccupés de ce flanc sud, en se disant que Koufra montrait bien que la Cyrénaïque et le Fezzan étaient vulnérables. Ils n’avaient pas tort. La traversée du désert du sud vers le nord va caractériser l’effort français libre venu du Sud pour libérer le Nord. Lors de la campagne du Fezzan, en 1942-1943, les

Dans les archives, je suis tombé sur cette incroyable lettre de doléances du gouverneurFélixÉbouédanslaquelleilinformele commandement d’injustices et de racisme à l’encontre de soldats noirs. Ce qu’il faut placer dans le contexte de l’époque : dans les rangs de l’armée britannique ou belge, c’est souvent pire. Nous connaissions bien le « blanchiment » de 1944 avec l’exclusion de soldats noirsau prétextequ’il faisait trop froid pour qu’ils défilent à Paris. J’ai été surpris de découvrir un « blanchiment » une année plus tôt dans l’armée française libre dirigée par Leclerc à laquelle s’étaient ralliées des unités de Vichy originaires du nord du Sahara. Leclerc a toujours privilégié les troupes maghrébines, et un grand nombre de bataillons de marche de l’AEF et du Cameroun vont être dissous ou renvoyés à leurs bases. Même ceux qui se sont battus glorieusement à Bir Hakeim se sont retrouvés marginalisés. En 1943, révélez-vous, le scientifique et humaniste Théodore Monod fait part, dans une lettre, de son indignation quant au traitement réservé par la France libre aux populations locales.

Je crois avoir découvert ce document. C’était par hasard, lors de mes recherches aux archives de l’Ordre de la Libération. Cette lettre de Monod datée du 13 août 1943 accompagnait une lettre anonyme de Côte d’Ivoire transmise à René Pleven, commissaire aux colonies de la France libre. Monod est alors en Afrique occidentale française, qui a connu le régime de Vichy, et il constate que la France libre n’a pas changé le quotidien des populations, au contraire. Et il ose la comparaison entre nazisme et colonialisme… bien avant le Discours sur le colonialisme d’Aimé Césaire. l Propos recueillis par JOAN TILOUINE N O 2779 • DU 13 AU 19 AVRIL 2014

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Culture médias MUSIQUE

Dobet Gnahoré, polyglotte cosmopolite Bété, malinké, dida, lingala, créole, français, anglais… Le répertoire de la chanteuse semble n’avoir pas de limites. Et gagne en épaisseur dans un nouvel album porté par une voix riche en émotions.

évolution : « Avec ce disque, j’ai fait le choix d’un album moins rythmé, moins puissant au niveau musical et vocal. J’ai voulu plus de mélodie, de douceur, et des chansons simples que n’importe qui puisse retenir. Le style de musique que je fais est susceptible de toucher tout le monde, il n’est pas associé à une mode particulière, c’est vraiment la musique que je ressens et c’est peut-être pour ça que je suis toujours là ! » OBAMA. Comme elle l’a toujours fait,

Dobet Gnahoré célèbre une nouvelle fois les femmes : « Je parle des femmes battues, des amoureuses, de celles qui accouchent dans des conditions difficiles, des mariages arrangés… J’ai conscience de tout ce qu’elles endurent et de la force qu’elles ont pour surmonter certaines difficultés, en Afrique plus qu’ailleurs. Je pense que les choses changent petit à petit, mais il y a encore beaucoup à faire! Pour cette raison, la femme doit être chantée tous les jours, car elle est merveilleuse et courageuse,ellepossèdeuneforcementale incroyable et elle peut changer le monde. » Na Drê évoque aussi le développement inexorable du continent. « Les Africains p Un pied en Europe, l’autre en Afrique, l’Ivoirienne tournera aux États-Unis en 2015. doivent se réveiller pour vraiment changer les choses. Dans “Baara”, je chante : n marge des divas actuelles, de Quelle que soit la langue choisie, sa “Travaillons ensemble pour notre Afrique.” la Malienne Oumou Sangaré à voix a gagné en épaisseur et se confronte Il nous reste vraiment à cultiver l’union la Béninoise Angélique Kidjo, ici à des sonorités plus cosmopolites, et l’amour et à arrêter de dire des mots, en accord avec son nouveau look. Son rien que des mots. Il faut agir maintel’Ivoirienne Dobet Gnahoré est style vestimentaire tranche en effet avec nant, chaque geste a son importance. en train de tisser une œuvre singulière. celui affiché sur ses albums précédents, Les mentalités aussi doivent évoluer », Vive et sans complexe, elle poursuit notamment l’acoustique Ano Neko, qui ajoute-t-elle, confiante. un parcours riche en émotions, en lui a valu un large succès d’estime en Si elle joue essentiellement en Europe, rencontres et en créations. Installée 2004. « Je crée moi-même mon style en aujourd’hui en Belgique, celle qui a DobetGnahoréentameraunegrandetourdessinant des modèles de costumes et commencé sa carrière comme danseuse néeaméricaineen2015.«Macollaboration je les fais coudre par des couturiers qui et percussionniste au sein de la troupe avec India Arie m’a ouvert des portes aux réalisent mes idées », avance-t-elle, alors Ki Yi Mbock, une compagnie artistique États-Unis, surtout après la victoire de la panafricaine basée à Abidjan, sort Na qu’elle arbore sur la pochette de Na Drê chanson “Pearls” aux Grammy Awards Drê. une coiffure, un maquillage et des boucles qui m’a donné plus de visibilité. J’ai aussi Un quatrième album dans lequel elle d’oreille à faire pâlir d’envie chanté “Palea” en duo avec chante en bété, en malinké, en dida, en une danseuse du groupe India Arie devant la famille lingala, en créole haïtien, en français Africa ’70 de Fela Kuti. Obama à Washington! » En dépit de ce succès amériet en anglais ! « J’aime promouvoir la Donnant son nom à cain, l’Ivoirienne préfère richesse de nos langues maternelles l’album, « Na Drê » est retourner jouer en Afrique, – qui, pour certaines, ont tendance à une comptine amoureuse où elle se sent revivre à disparaître – pour faire passer un mestouchée par la grâce, qui sage d’unité entre les peuples sur notre chaque performance. Ce l’installe au panthéon continent », déclare-t-elle en disciple retour sur le continent pare des chanteuses afriNa Drê, de Dobet avisée de Miriam Makeba, figure tutélaire sa musique de couleurs inécaines contemporaines. Gnahoré (Contre-Jour/ et polyglotte qui l’a beaucoup inspirée. dites. l FLORENT MAZZOLENI Elle explique ainsi son Socadisc) ANTOINE TEMP√©

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ENQUÊTE

Sur les traces des « dahalo »

BILAL TARABEY

Madagascar dahalo, de BilalTarabey, No Comment Éditions, 224 pages, 13 euros nnn

ESSAI

BILAL TARABEY A DONNÉ DE SA PERSONNE pour suivre la trace des dahalo, ces voleurs de zébus armés de kalachnikovs qui traumatisent le Sud malgache. Il a parcouru la montagne brumeuse, interviewé des personnes dont il ne comprenait pas la langue et il a même dû soutenir le regard d’un colonel accusé d’avoir incendié des dizaines de maisons durant la traque de Remenabila, le plus célèbre des dahalo. Cela donne une enquête accablante pour le régime de la Transition, mais aussi un agréable moment de lecture. Car le récit subjectif et imagé de Tarabey, journaliste indépendant basé à Tana, est aussi une plongée dans une région désertique que même les dieux semblent avoir oubliée. l RÉMI CARAYOL

ROMAN

Sahel Connection SUR LA FOI DE TÉMOIGNAGES de première main et d’une solide enquête de terrain, le journaliste franco-béninois Serge Daniel, 48 ans, dresse, dans un style accessible et fluide, une typologie inédite et complète des mafias maliennes et sahéliennes. Il décrypte également des faits saillants de la vie sociopolitique du Mali tels que la chute d’Amadou Toumani Touré, l’opération Serval, le tabassage de Dioncounda Traoré, la démission forcée de Cheik Modibo Diarra. Sur tous ces sujets, le correspondant de l’AFP et de RFI à Bamako réussit à déjouer le piège du déjà-luailleurs. l SEIDIK ABBA

Les Mafias du Mali. Trafics et terrorisme au Sahel, de Serge Daniel, éd. Descartes et Cie, 320 pages, 19 euros nnn N O 2779 • DU 13 AU 19 AVRIL 2014

Ode à la mère Mariama Ndoye rend un hommage émouvant à sa yaye boye, sa « maman chérie », décédée en 2012.

«

T

u sais quoi, maman ? Tu ne vas pas t’ennuyer, je vais te raconter tes funérailles. Tu y assistais, bien sûr, puisque l’on dit que, de là-haut, vous nous observez sans pouvoir rien dire ni vous montrer. » Dans L’arbre s’est penché, Mariama Ndoye rend un hommage émouvant à sa yaye boye, sa « maman chérie », décédée en 2012. De Dakar à Abidjan en passant par La Mecque, elle nous dévoile, au fil de ses souvenirs, une vie et une culture dans lesquelles la lectrice ou le lecteur, africain ou européen, se retrouve sans p La lauréate du prix Ivoire. peine tant ce témoignage d’amour et de respect filiaux est universel. Certes, ce récit poignant évoque une perte irréparable, mais il est écrit de manière si imagée et vivante qu’il parvient à transcender l’absence. Édité en Suisse, où il a reçu un accueil enthousiaste (« un ouvrage bouleversant », écrit Isabelle Falconnier, directrice du Salon du livre et de la presse de Genève, dans le principal hebdomadaire du pays), le roman-récit de Mariama Ndoye a été lauréat 2012 du prix Ivoire, l’une des plus importantes récompenses littéraires d’Afrique de l’Ouest. Après avoir étudié les lettres classiques à l’université de Dakar et la muséologie à l’École du Louvre (Paris), Mariama Ndoye a occupé de hautes fonctions culturelles dans son pays (conservatrice du Musée de l’Ifan, SAFIA RACHED directrice du livre au ministère de la Culture, etc.). l L’arbre s’est penché, de Mariama Ndoye, coédition Éburnie (Côte d’Ivoire) – Favre (Suisse), 160 pages, 15 euros nnn JEUNE AFRIQUE

ÉDITIONS ÉBURNIE

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Culture médias TÉMOIGNAGE

Et il est comment le dernier…

La rage de vivre

… Calixthe Beyala ?

IL Y A, À L’ÉVIDENCE, une volonté de revanche dans le livre de Benjamin Rutabana. Ce rescapé du génocide des Tutsis, ancien soldat du Front patriotique rwandais (FPR), est devenu un chanteur très populaire (« Benja » sort également un album et se produira le 29 avril au New Morning à Paris) puis un dissident, à qui le pouvoir a reproché son engagement en faveur de la monarchie – ce qui lui a valu de faire de la prison. Aujourd’hui réfugié en France, il tient des propos ambigus sur la politique de réconciliation. Mais son témoignage, porté par une belle écriture, reste précieux pour qui veut comprendre les méthodes de l’appareil sécuritaire rwandais et, sans doute plus encore, pour explorer l’organisation du FPR pendant sa lutte, à la fois héroïque et terrible. ● PIERRE BOISSELET De l’enfer à l’enfer : du Hutu Power à la dictature de Kagamé, de Benjamin Rutabana, Books Éditions, 288 pages, 19 euros Amnesia, de Benja Rutabana (No Direction Home Music)

C

alixthe Beyala a au moins un talent : celui de faire croire à ses lecteurs occidentaux que l’Afrique n’est autre qu’une terre miséreuse victime de son passé et de la mondialisation. Une image tantôt caricaturale, tantôt exotique. Le Christ selon l’Afrique, son dernier roman, est aussi parfois, mais pas toujours, bien écrit. L’intrigue pourrait être bien menée si les digressions insistantes et pesantes de l’auteure sur les Blancs, l’Occident, l’Afrique et la corruption… ne venaient contaminer son récit.

■■■

CINÉMA

Images d’Épinal

DR

DES LIONS QUI CHASSENT le phoque au bord de l’océan en Afrique australe ou qui grimpent aux arbres en Tanzanie, des troupeaux d’éléphants qui se baignent dans le delta de l’Okavango… Le spectateur est invité à regarder en 3D la vie d’espèces menacées au cours d’un long voyage des côtes de la Namibie, le long de l’Atlantique, au sommet du Kilimandjaro, non loin de l’océan Indien. Avec pour guides, dans leurs 4x4, des spécialistes anglo-saxons de la faune sauvage très enthousiastes. Après les safaris-photos, voici le temps du documentaire safari en relief. L’Afrique, certes avec des images très belles et un discours écologiste, est telle que des Occidentaux veulent la montrer à leurs concitoyens. Une Afrique sans Africains. ● RENAUD DE ROCHEBRUNE

African Safari, de Ben Stassen (sortie à Paris le 16 avril) ■■■ JEUNE AFRIQUE

Les affres de Boréale, jeune Camerounaise vivant à Douala, dans le quartier pauvre de Kassalafam, sont traitées parfois avec humour parfois sur un ton plus grave. Femme de ménage chez une Blanche (« L’Afrique avait vu s’abattre sur elle une flopée de Blancs chassés de l’Europe par la crise économique, écrit Beyala. Ils avaient choisi ce continent béni des dieux parce que, avec leur minuscule rente, ils pouvaient s’y payer trois boys, six maîtresses et y vivre les pieds dans l’eau. »), trompée par un évangéliste improvisé, Homotype, elle finit par accepter de louer son ventre contre une belle somme d’argent à une tante stérile fortunée, encouragée par sa mère et la pauvreté dans laquelle elle survit. L’oncle finit par tomber

amoureux, Boréale l’éconduit, garde l’enfant et se remet avec Homotype, pardonné à force de pugnacité. Fin de l’histoire. Lorsque le lecteur réussit à se détacher des clichés, le combat de ce petit bout de femme dans un monde régi par les hommes et l’argent apparaît au grand jour. Boréale incarne cette jeunesse connectée au monde, baignée du rêve d’une vie meilleure et de plaisirs simples : travailler, se nourrir, offrir un toit à sa famille,

Le Christ selon l’Afrique, de Calixthe Beyala, Albin Michel, 270 pages, 19,50 euros ■■■

s’habiller avec coquetterie, s’amuser, consommer. Dommage que l’auteure n’ait pas laissé plus de place à son personnage, qui mérite bien plus que de servir d’excuse pour véhiculer des généralités sur un continent qui n’a, décidément, pas besoin de ça. ● MICHAEL PAURON N O 2779 • DU 13 AU 19 AVRIL 2014

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SOLLICITATION DE MANIFESTATION D’INTÉRÊT INTERNATIONAL Avis à manifestation d’intérêt international pour l’élaboration d’une loi règlementant le sous secteur des hydrocarbures et la définition de spécifications techniques nationales pour les produits pétroliers et dérivés 1. Le Ministère des mines et de l’énergie du Burkina Faso lance un avis à manifestation d’intérêt international pour l’élaboration d’une loi règlementant le sous secteur des hydrocarbures et la définition des spécifications techniques nationales pour les produits pétroliers et dérivés. 2. Les prestations comprennent : i) Faire une actualisation de l’étude diagnostique réalisée en 2004 en prenant en compte les évolutions survenues dans le sous secteur des hydrocarbures depuis cette dernière étude ; ii) Elaborer un avant-projet de loi règlementant le sous secteur des hydrocarbures et iii) Définir des spécifications techniques nationales pour les produits pétroliers et dérivés. 3. Les consultants éligibles intéressés doivent produire les informations ci-dessous sur leur capacité et expérience démontrant qu’ils sont qualifiés pour les prestations en question : - Brochure de présentation et description des domaines de compétence, - Références concernant l’exécution de contrats analogues (incluant l’intitulé de la mission, nom et adresse du commanditaire, source de financement, montant et année de réalisation, pages de garde et de signature des contrats, attestations de bonne exécution, etc.). Les consultants (bureaux d’études) peuvent s’associer pour renforcer leurs compétences respectives. 4. Les consultants intéressés peuvent obtenir les informations supplémentaires au sujet des documents de référence aux heures ouvrables (de 08H00 à 12H00 et de 15H30 à 17H00) auprès de la Direction des marchés publics du Ministère des mines et de l’énergie ou de la Direction générale de l’énergie dudit Ministère. 5. Les manifestations d’intérêt doivent être déposées à l’adresse ci-dessous au plus tard le 27 mars 2014 à 09 H00 TU : Direction des marchés publics sise dans l’enceinte du BUMIGEB, Route de Fada ; 01 BP 644 Ouagadougou 01 ; Tél : (226) 50.40.78.44 / 50 36 71 24 / 50 36 57 49 ; Courriel : prm.mmce@yahoo.fr / o_moumouni@yahoo.fr Le Président de la Commission d’attribution des marchés Constant Bernard CONOMBO

UNION EUROPÉENNE

AVIS D’APPEL À MANIFESTATION D’INTÉRÊT Dans le cadre de la réalisation d’une étude de faisabilité pour le barrage hydro-électrique de Ngoulmendjim, situé sur le fleuve côtier Komo, dans la province de l’Estuaire, à 125 km de Libreville, la capitale du Gabon, le Ministère de l’Energie et des Ressources Hydrauliques en sa qualité de Maître d’Ouvrage et l’Agence Nationale des Grands Travaux, en tant que Maître d’Ouvrage Délégué, lancent conjointement l’avis d’appel à manifestation d’intérêt N°14HNPO2-003. A ce titre, l’Agence Nationale des Grands Travaux (ANGT), invite les bureaux d’études intéressés à soumettre leur dossier de pré qualification, conformément aux prescriptions de l’avis d’appel à manifestation d’intérêt précité, au plus tard le Mardi 22 Avril 2014 à 11h00 (heure de Libreville - GABON). L’avis d’appel à manifestation d’intérêt N°14HNPO2-003 ainsi que toutes les conditions de participation sont disponibles sur le site web de l’ANGT http://www.angt-gabon.com/appels-d-offres/appels-d-offres/etude-defaisabilite-du-barrage-hydro-electrique-de-ngoulmendjim. Les dossiers de candidatures seront déposés à : Agence Nationale des Grands Travaux (A.N.G.T) 1er étage de l’Immeuble du bord de mer (A côté de l’ancien gouvernorat) Département des Contrats et Approvisionnements B.P. : 23765, Libreville, Gabon A l’attention de : Madame Chancia Verra ALONDA- calondam@angt.ga JEUNE AFRIQUE

RÉPUBLIQUE ISLAMIQUE DE MAURITANIE

FINANCEMENT 10E FED - MR/FED/2010/22588 PROGRAMME DE L’UNION EUROPÉENNE POUR LA SOCIÉTÉ CIVILE ET LA CULTURE (PESCC)

APPEL À MANIFESTATION D’INTÉRÊT POUR ASSESSEURS Le PESCC, en Mauritanie, est un programme de coopération qui a notamment pour missions le financement de projets initiés par des Organisations de la Société Civile (OSC) ou Collectifs d’OSC en Mauritanie. Dans le cadre de 2 appels à propositions, le PESCC cherche à se constituer une base d’experts, appelés assesseurs, qui seront chargés de l’évaluation technique et financière des projets proposés par les OSC en 2014 et en 2015. Les évaluations couvrent pour l’année 2014, une durée estimée pour les deux Appels, de 20 jours à Nouakchott, durant les mois de juin 2014 (5 jrs, du 17 au 21 juin), juillet 2014 (10 jrs, du 8 au 17 juillet) et août 2014 (5 jrs, du 17 au 21 août). Il en sera de même pour le second semestre 2015. Les détails relatifs aux conditions et à la constitution du dossier de candidature sont consultables sur le site du Programme : www.pescc.org Délai de dépôt des dossiers : mercredi 23/04/14, à 17h00 (LT).

N° 2779 • DU 13 AU 19 AVRIL 2014

Formation - Manifestation d’intérêt

info@sai2000.org

MINISTÈRE DES MINES ET DE L’ÉNERGIE SECRÉTARIAT GÉNÉRAL DIRECTION DES MARCHÉS PUBLICS N° 014-0017MME/SG/DMP


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Annonces classées AAOI N° 007, 008 ET 009 BEAC-BDEAC

INSTITUTION : BANQUE DES ÉTATS DE L’AFRIQUE CENTRALE (BEAC) - YAOUNDÉ - CAMEROUN NOM DU PROJET : PROJET DE RENFORCEMENT DES CAPACITÉS DES INSTITUTIONS RÉGIONALES DE LA CEMAC (P099833) CRÉDIT IDA N° : 45290 – RAF

PUBLICATION DES AVIS D’APPEL D’OFFRES INTERNATIONAUX N° 007, 008 ET 009 L’Unité de Gestion des Réformes des Institutions Financières (UGRIF) a publié dans les sites web de la BEAC, de la BDEAC ainsi que le Development business les avis d’appels d’offres internationaux suivants :

Manifestation d’intérêt - Appel d’offres

Désignation de l’appel d’offres

Date dépôt

Date ouvertures

Montant de la caution

Frais d’achat de dossier

N° 007/BEAC-BDEAC/PRCIRC/UGRIF/2014/ AOI Fourniture et installation des équipements informatiques et réseaux et sécurité au profit de la BDEAC

10 juin 2014 à 12 heures

10 juin 2014 à 13 heures

5 000 000 FCFA

50 000 FCFA

N° 008/BEAC/PRCIRC/UGRIF/2014/AOI Mise en place de la Centrale des Incidents de Paiement (CIP) de la CEMAC : La conception, la fourniture et la mise en fonctionnement opérationnel des outils, matériels et logiciels nécessaires afin d’assurer la gestion de la Centrale des Incidents de Paiement (CIP) de la CEMAC

27 mai 2014 à 12 heures

27 mai 2014 à 13 heures

20 000 000 FCFA

150 000 FCFA

N° 009/BEAC/PRCIRC/UGRIF/2014/AOI Fourniture, installation, intégration et mise en service d’un Système d’Information des Ressources Humaines (SIRH) de la BEAC (SIRH/BEAC)

27 mai 2014 à 13 heures

27 mai 2014 à 14 heures

15 000 000

150 000 FCFA

Le processus se déroulera conformément aux procédures d’appel d‘offres international (AOI) décrites dans les Directives : Passation des marchés financés par les Prêts de la BIRD et les Crédits de l‘IDA de mai 2004, révisée en octobre 2006. A cet effet, les candidats intéressés remplissant les conditions requises peuvent prendre connaissance des différents avis complets publiés dans le sites web de la BEAC (www.beac.int), de la BDEAC (www.bdeac.org) et le Development business, www.devbusiness.com ou obtenir un complément d’informations auprès de l’Unité de Gestion des Réformes des Institutions Financières (UGRIF) à l’adresse suivante : UGRIF/BEAC, 736, avenue Monseigneur Vogt, B.P. : 1917 Yaoundé – CAMEROUN Tél : +237 22 23 40 30/60, mail : adoum@beac.int Yaoundé, le 1er avril 2014 Le Coordonnateur du Projet ADOUM MAHAMAT SARWAL

RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO

AUTORITÉ DE RÉGULATION DES MARCHÉS PUBLICS DIRECTION GÉNÉRALE PROJET DE RENFORCEMENT DES CAPACITÉS DES FONCTIONS DE BASE DE GESTION DE L’ADMINISTRATION PUBLIQUE - (PRC GAP)

SOLLICITATION À MANIFESTATION D’INTÉRÊT SOURCE DE FINANCEMENT : DON IDA N° : H7210-ZR - N° D’AVIS À MANIFESTATION D’INTÉRÊT : AMI N° 003/ ARMP/ 2014 DATE DE PUBLICATION : 14/04/2014 - DATE LIMITE DE MANIFESTATION D’INTÉRÊT : 15/05/2014 OBJET : RECRUTEMENT D’UN CABINET POUR UNE MISSION D’ASSISTANCE TECHNIQUE À LA MISE EN ŒUVRE DU NOUVEAU SYSTÈME DE PASSATION DES MARCHÉS PUBLICS EN FAVEUR DE L’AUTORITÉ DE RÉGULATION DES MARCHÉS PUBLICS « ARMP-RDC »

1. Le Gouvernement de la République Démocratique du Congo a obtenu auprès de l’Association Internationale de Développement (IDA) un don n° H7210-ZR, pour le financement des activités du Projet de Renforcement des Capacités des fonctions de base de Gestion de l’Administration Publique « PRC GAP », et a l’intention d’utiliser une partie du montant dudit don pour financer les services repris en objet. 2. L’objectif de la mission est de contribuer à la mise en œuvre et au bon fonctionnement du nouveau système de passation des marchés publics édicté par la Loi n° 10/010 du 27 avril 2010 relative aux marchés publics, en République Démocratique du Congo. La durée de la mission est de trois (3) ans intégrant la soumission du rapport final. 3. L’ARMP, invite les candidats intéressés à manifester leur intérêt à fournir les services décrit ci-dessus.Les Consultants intéressés doivent fournir des informations pertinentes indiquant leurs capacités techniques à exécuter lesdits services (brochures, références concernant l’exécution de contrats analogues, expérience dans des conditions semblables, etc.). Les consultants intéressés peuvent s’associer pour renforcer leurs compétences respectives. Dans le cas d’une association, les consultants doivent indiquer clairement le Chef de file et sa nationalité. N° 2779 • DU 13 AU 19 AVRIL 2014

4. Les candidats seront préselectionnés conformément aux Directives de la Banque « Sélection et Emploi des Consultants par les Emprunteurs de la Banque Mondiale de janvier 2011 ». Les candidats retenus sur la liste restreinte recevront une Demande des propositions par le biais d’une lettre d’invitation à soumissionner. 5. Les candidats intéressés peuvent retirer les Termes de réference et obtenir toute information au siège de l’ARMP situé à l’adresse indiquée ci-dessous de 9h00 à 12h00 du lundi au vendredi. Les manifestations d’intérêts seront rédigées en langue française et comprendront au moins :la lettre d’intention,les références des activités similaires déjà réalisées et les copie des documents attestant de l’expérience mentionnée, et doivent parvenir, à l’adresse ci-dessous au plus tard le 15/05/2014 à 15h00, heure de Kinshasa soit l4h00 T.U., et porter clairement la mention : AMI N°003/ARMP/2014 ; Recrutement d’un Cabinet pour l’Assistance technique à l’ARMP » A Monsieur Stanys BUJAKERA SANGANO Directeur Général de l’ARMP 4e niveau, immeuble CROWN TOWER A Kinshasa / Gombe République Démocratique du Congo. Tél : + 243 812 474 186 Email : bsang50@yahoo.fr Stanys BUJAKERA SANGANO Directeur Général JEUNE AFRIQUE


Annonces classées

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AVIS D’APPEL D’OFFRES INTERNATIONAL Société APIX s.a.

TRAVAUX DE MISE HORS D’EAU DANS LE CADRE DE LA RESTRUCTURATION DE PIKINE IRRÉGULIER SUD DATE 9 AVRIL 2014

Agence d’Exécution des Travaux d’Intérêt Public (AGETIP)

PROJET D’AUTOROUTE À PÉAGE DAKAR DIAMNIADIO NUMÉRO DU CRÉDIT : 4579-SN - AOI N° : 008/14 FINANCEMENT : ÉTAT DU SÉNÉGAL/BANQUE MONDIALE/AGENCE FRANÇAISE DE DÉVELOPPEMENT

JEUNE AFRIQUE

8. La passation du Marché sera conduite par Appel d’offres international (AOI) tel que défini dans les « Directives pour la passation des marchés de travaux et de services (autres que les services de consultants) par les Emprunteurs de la Banque mondiale dans le cadre des Prêts de la BIRD et des Crédits et Dons », Edition de Janvier 2011 et ouverte à tous les soumissionnaires de pays éligibles tels que définis dans les Directives. 9. Les exigences en matière de qualifications sont : (a) Avoir effectué des travaux de construction pendant les cinq (05) dernières années, pour un montant annuel moyen d’au moins douze (12) Milliards de Francs CFA. Justifier ce montant par la production des états financiers certifiés desdites années (05 dernières années). (b) justifier d’un montant de liquidités et/ou facilités de crédit net d’autres engagements contractuels de deux milliards cinq cent millions (2 500 000 000) de F CFA. (c) avoir une expérience d'entrepreneur principal de travaux correspondant au moins à deux (02) marchés de travaux que ceux spécifiés dans le présent appel d’offres pendant les dix (10) dernières années avec une valeur minimum chacun de douze milliards (12 000 000 000) F CFA qui ont été exécutés de manière satisfaisante ; (d) avoir pour les marchés référencés ci-dessus ou pour d’autres marchés exécutés en tant qu’entrepreneur principal, membre de groupement, ensemblier ou sous-traitant pendant les dix (10) dernières années, une expérience minimale de construction et de fourniture et pose achevées de manière satisfaisante dans chacun des domaines suivants : • Construction de 200 ml de dalots cadre sous chaussée en un an ; • Construction de 200 ml de collecteur en béton armé, exécuté en nappe en un an ; • Construction de 1 000 ml de Collecteur en béton type dalot et canaux. en un an ; • Fourniture et pose de 2000 ml des conduites en PVC pour eau potable en un an ; • Fourniture et pose de 1 000 ml de buse en un an ; • Construction de 1 000 ml de Caniveau en béton en un an ; • Aménagement de 2 ha de bassins de rétention y compris ouvrages annexes en un an. (e) disposer du personnel clé (voir dossier d’appel d’offres) ; et (f) disposer du matériel nécessaire (voir dossier d’appel d’offres). (g) une marge de préférence sera octroyée aux soumissionnaires éligibles. Voir le document d’Appel d’offres pour les informations détaillées. 10. Les critères obtenus par chacun des membres d’un groupement d’entreprises sont ajoutés pour déterminer si le soumissionnaire répond aux critères de sélection minimums énoncés ci avant. Toutefois pour qu’un groupement d’entreprises remplisse les conditions fixées pour les chiffres d’affaires, le chef de file doit satisfaire à au moins 40% des critères minima suscités et les autres membres à au moins 25 %. [Signature autorisée] Moussa DIARRA Directeur Général de l’AGETIP

N° 2779 • DU 13 AU 19 AVRIL 2014

Appel d’offres

1. Le Gouvernement du Sénégal a obtenu un crédit de l’Agence Internationale pour le Développement (IDA) et de l’Agence Française de Développement (AFD) pour financer le coût du Projet d’autoroute à péage Dakar-Diamniadio et à l’intention d’utiliser une partie de ce crédit pour effectuer des paiements au titre du Marché relatif aux Travaux de mise hors d’eau dans le cadre de la restructuration de Pikine Irrégulier Sud : DAO N°008/14. A cet effet, l’Agence d’Exécution des Travaux d’Intérêt Public contre le Sous-Emploi (AGETIP), agissant pour le compte de la Société APIX S.A chargée de la mise en œuvre du projet autoroute à péage DakarDiamniadio, intervient comme Agence d’Exécution chargée du Projet de Restructuration de Pikine Irrégulier Sud. 2. L’AGETIP sollicite des offres sous pli fermé de la part de soumissionnaires éligibles et répondant aux qualifications requises pour exécuter les Travaux de mise hors d’eau dans le cadre de la restructuration de Pikine Irrégulier Sud. Le délai d’exécution estimé pour les travaux est de 25 mois calendaires maximum. Il comprend : (i) le délai de réalisation des travaux y compris les travaux préparatoires, les études d’exécution et la période d’essai et de mise en service ; (ii) une période de trois (3) mois calendaires à compter de l’ordre de service de démarrer les travaux, durée qui correspond à la période de vérification et de validation par la mission de supervision des résultats du modèle SWMM des études techniques du projet de restructuration de Pikine Irrégulier Sud ; (iii) une période de cinq (5) mois calendaires correspondant à la période de libération progressive d’emprises et à la démolition de bâtiments ou ouvrages existants. Le délai d’exécution proposé par le Soumissionnaire retenu deviendra le délai d’exécution contractuel. 3. Les soumissionnaires éligibles et intéressés peuvent obtenir des informations auprès de l’Agence d’Exécution des Travaux d’intérêt Public contre le sous-emploi (AGETIP), Bld Djily Mbaye x Béranger Ferraud – tél : (221) 33 839 02 02 – Fax : (221) 33 821 04 78 – B.P. 143 Dakar (Sénégal) de 9h à 13h et 14h à 17h du lundi au vendredi – Adresse électronique : mdiarra@agetip.sn ; hdiouf@agetip.sn; edgnimassou@agetip.sn. 4. Les soumissionnaires intéressés peuvent obtenir le Dossier d’Appel d’Offres complet en français en formulant une demande écrite à l’adresse ci-dessus mentionnée contre un paiement non remboursable de F CFA 150 000. La méthode de paiement sera cash ou chèque de banque. Le Dossier d’Appel d’Offres sera remis en mains propres. 5. Les Instructions aux Soumissionnaires et les Cahier des Clauses Administratives et Générales sont ceux du Dossier Type d’Appel d’Offres pour Travaux – Droit Civil. 6. Les offres devront être soumises à l’adresse ci-dessus au plus tard le 3 juin 2014 à 15 H 00 mn. Les offres remises en retard ne seront pas acceptées. Les offres devront être valides pour une période de cent vingt jours (120 j) et être accompagnées d’une garantie d’offre d’un montant de Cent Cinquante Millions (150 000 000) F CFA valable jusqu’à 28 jours après l’expiration de la validité des offres. 7. Les offres seront ouvertes en présence des représentants des soumissionnaires qui le souhaitent à la même adresse ci-dessus, le même jour à 15 H 00 mn.


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Annonces classées AVIS D’APPEL D’OFFRES (AA0) RÉPUBLIQUE DU SÉNÉGAL MINISTÈRE DES INFRASTRUCTURES, DES TRANSPORTS TERRESTRES ET DU DÉSENCLAVEMENT

CONSEIL EXÉCUTIF DES TRANSPORTS URBAINS DE DAKAR (CETUD)

PROJET D’APPUI AU TRANSPORT ET À LA MOBILITÉ URBAINE - PATMUR FINANCEMENT : IDA - CRÉDIT N° : 4737- SN

Divers - Appel d’offres

POUR LA FOURNITURE DE MATÉRIELS DE MESURE DE LA POLLUTION DE L’AIR POUR LE CGQA (ÉCHANTILLONNEURS DE PARTICULES, APPAREILS DE MESURE POLLUTION VÉHICULES, APPAREIL DE MESURE COV, ANALYSEURS MULTIGAZ ET ANALYSEURS PORTABLE DE PM) 1. Cet Avis d’appel d’offres fait suite à l’Avis Général de Passation des Marchés paru le le 31 décembre 2013 dans « Le Soleil ». 2. Le Gouvernement du Sénégal a reçu un crédit de l’Association internationale de développement pour couvrir le coût de Projet PATMUR. Le Gouvernement du Sénégal entend affecter une partie du produit de ce crédit aux paiements relatifs au marché pour la fourniture de matériels de mesure de la pollution pour le CGQA. 3. Le CETUD sollicite des offres sous pli fermé de la part de soumissionnaires répondants aux qualifications requises pour la fourniture de matériels de mesure de la pollution pour le CGQA en lot unique. Le délai de livraison est de 90 jours au maximum. 4. La passation du Marché sera conduite par Appel d’Offres International (AOI) telle que définie dans les « Directives : passation des marchés financés par les Prêts de la BIRD et les Crédits de l’IDA, Edition janvier 2011 ». 5. Les soumissionnaires intéressés peuvent obtenir des informations auprès de Monsieur Alioune THIAM, Directeur Général du CETUD, Adresse électronique : cetud@cetud.sn et prendre connaissance des documents d’Appel d’offres à l’adresse mentionnée ci-dessous de 9H00 à 17H00 à partir du 14 avril 2014 : 6. Les exigences en matière de qualifications sont : • Le soumissionnaire devra fournir les états financiers certifiés au cours des trois derniers exercices (2010, 2011, 2012) ; • Le Soumissionnaire devra apporter la preuve qu’il existe au Sénégal un service après vente de qualité pour l’entretien et la réparation des fournitures qu’il propose, il en donnera les principales indications pour permettre au client de se déplacer pour en visiter les installations ; • Le Soumissionnaire devra montrer qu’il a exécuté au moins deux (2) marchés de nature et taille similaires pendant les cinq (5) dernières années (2009 à 2013). Aucune marge de préférence ne sera pas octroyée aux soumissionnaires. 7. Les soumissionnaires intéressés peuvent obtenir le Dossier d’Appel d’Offres complet en français contre un paiement non remboursable de 50 000 F CFA. La méthode de paiement sera en espèces. 8. Les offres devront être soumises à l’adresse ci-dessous au plus tard le 03 juin 2014 à 10 H 00 GMT. Les offres remises en retard ne seront pas acceptées. Les offres seront ouvertes en présence des représentants des soumissionnaires présents en personne à l’adresse mentionnée ci-dessous à la Salle de Réunion du CETUD le 03 juin 2014 à 10 H 00 GMT. Les offres doivent comprendre une garantie de l’offre, pour un montant de 4 000 000 FCFA. La période de validité de l’offre sera de 120 jours à compter de la date limite de dépôt des plis. La garantie d’offre doit demeurer valide vingt-huit (28) jours après l’expiration de la validité de l’offre. 9. L’adresse à laquelle il est fait référence ci-dessus est : Monsieur Alioune THIAM, Directeur Général du CETUD, Conseil Exécutif des Transports Urbains de Dakar (CETUD), Ex-TP SOM, Route du Front de Terre-Hann, BP 17 265, Dakar Liberté, email : cetud@cetud.fr. Tél. +221 33 859 47 20

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JEUNE AFRIQUE


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RÉPUBLIQUE TUNISIENNE MINISTÈRE DE LA DÉFENSE NATIONALE

AVIS D’APPEL D’OFFRES INTERNATIONAL

N° 05/DGHS/2014

La Direction Générale de l’Habillement et des Subsistances lance l’appel d’offres international n° 05/DGHS/2014 pour l’acquisition de cuir. Les cahiers des charges peuvent être retirés à l’adresse suivante : « La Direction Générale de l’Habillement et des Subsistances sise à la Base Militaire Ksar Said Avenue l’Indépendance 2009 Tunis », contre paiement de la somme de 25 dinars, par mandat adressé au nom du régisseur des recettes du Ministère de la Défense Nationale C.C.P. n° 1700100000000616-82-24. Les offres doivent être obligatoirement envoyées sous plis fermés portant cachet soit par voie postale en service recommandé soit par service rapid-poste ou déposées directement au bureau d’ordre de La Direction Générale de l’Habillement et des Subsistances contre un bon de reçu. Elles doivent porter lisiblement en haut et à gauche la mention « NE PAS OUVRIR A/O INTERNATIONAL N° 05/DGHS/2014 » acquisition de cuir. Les offres doivent parvenir au plus tard le 15 mai 2014 (Le cachet du bureau d’ordre faisant foi). Adresse : MINISTÈRE DE LA DÉFENSE NATIONALE DIRECTION GÉNÉRALE DE L’HABILLEMENT ET DES SUBSISTANCES BASE MILITAIRE KSAR SAID AVENUE L’INDÉPENDANCE 2009 TUNIS

Algérie

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N° 2779 • DU 13 AU 19 AVRIL 2014

Appel d’offres - Divers

Ghana


Vous & nous

Le courrier des lecteurs

REPORTAGE BISSAU CONNECTION

Hebdomadaire international indépendant • 54e année • no 2777 • du 30 mars au 5 avril 2014

CENTRAFRIQUE SAMBA-PANZA « SI BOZIZÉ REVIENT, IL SERA ARRÊTÉ »

Envoyez-nous vos réactions, vos réflexions, vos coups de gueule ou de cœur à redaction@jeuneafrique.com ou au 57 bis, rue d’Auteuil, 75016 Paris.

Édito Satisfecit à MBY J’ACCORDE UNE NOTE de 10 sur 10 à l’éditorial de Marwane Ben Yahmed (J.A. n o 2778, daté du 6 au 12 avril), que je considère comme un vaillant défenseur du peuple africain… Je constate par ailleurs que, pour certains dirigeants d’Afrique, il n’y a aucune différence entre les fils de leurs pays qui arrivent en Europe via Lampedusa et ceux qui rejoignent le « Vieux Continent » par avion et y sont bien accueillis… La preuve : lorsqu’ils se rendent à l’étranger par n’importe

quel moyen (à pied, à la nage, à vélo, en voiture, par avion ou même – par extrapolation – dans les airs par le truchement de la sorcellerie…), les ressortissants du Congo-Brazzaville perdent systématiquement leurs droits civiques : la capacité de voter et celle d’être élus… Pourquoi donc la diaspora congolaise ne participe-t-elle pas aux élections (notamment au scrutin présidentiel) concernant le pays dont ils ont la nationalité ? Serait-ce parce que ce pays n’a pas de représentation diplomatique à l’étranger ? Je nourris l’espoir de recevoir une

« explication » dans vos prochains numéros, ou de lire la réponse du chef de l’État congolais ! l PATRICK TCHICAYAT, Sevran, France

N O 2779 • DU 13 AU 19 AVRIL 2014

jeuneafrique.com

DOSSIER INFRASTRUCTURES Spécial 12 pages

BURKINA

DU DUO AU DUEL Entre le chef de l’État, Blaise Compaoré, et l’ancien président de l’Assemblée Roch Marc Christian Kaboré, rien ne va plus. Chronique d’un divorce annoncé.

ÉDITION AFRIQUE SUBSAHARIENNE

Burkina Quand le spectre de 2011 plane TOUS MES ENCOURA GEMENTS à la rédaction de Jeune Afrique, qui a coutume de prédire les crises sur le continent et de nous aider à les décrypter. Ainsi, j’ai été particulièrementimpressionné par un récent article sur le Burkina titré en couverture

Adieu Raph Uwechue DIPLOMATE, JOURNALISTE, éditeur et grande figure de la communauté ibo, le Nigérian Raph Uwechue est décédé à Abuja le 13 mars, à l’âge de 79 ans. Historien formé à l’université d’Ibadan, puis ambassadeur du Nigeria en France en 1966, il adhère à la sécession biafraise en 1967 et officie en tant que représentant du colonel Ojukwu à Paris jusqu’à la fin de 1968. Son premier livre, Réflexions sur la guerre civile nigériane, préfacé par Léopold Sédar Senghor et Nnamdi Azikiwe, est édité l’année suivante par Jeune Afrique. Uwechue, qui prône désormais le fédéralisme, rejoint ensuite le groupe de Béchir Ben Yahmed, avec qui il lance en 1971 le mensuel Africa, avant de prendre seul les rênes de ce périodique jusqu’à sa disparition, en 1986. Ce panafricaniste militant fut aussi un éditeur reconnu, publiant notamment la série des livres Know Africa (« Africa Who’s Who », « Makers of Modern Africa » et « Africa Today »). Proche du président Olusegun Obasanjo, qui voyait en lui « une OUA personnifiée », Raph Uwechue poursuivit ensuite une double carrière de diplomate

SANTÉ FAUT-IL AVOIR PEUR D’EBOLA ?

France 3,50 € • Algérie 180 DA • Allemagne 4,50 € • Autriche 4,50 € • Belgique 3,50 € • Canada 5,95 $ CAN • Espagne 4 € • Éthiopie 65 birrs Grèce 4,50 € • Guadeloupe 4 € • Guyane 5,50 € • Italie 4 € • Maroc 23 DH • Martinique 4 € • Mauritanie 1 100 MRO • Mayotte 4 € • Norvège 45 NK Pays-Bas 4 € • Portugal cont. 4 € • RD Congo 5,50 $ US • Réunion 4 € • Royaume-Uni 3,50 £ • Suisse 5,90 FS • Tunisie 3,30 DT • USA 6,50 $ US Zone CFA 1 700 F CFA • ISSN 1950-1285

p J.A. n° 2777, du 30 mars au 5 avril 2014.

« Du duo au duel » (J.A. no 2777, daté du 30 mars au 5 avril). Pour que l’adjectif « sanglant » ne vienne pas compléter ce terme « duel », j’exhorte le président Blaise Compaoré à respecter l’article 37 de la Constitution qui lui interdit de se représenter en 2015. Les événements de 2011 sont encore présents dans les mémoires. Que la communauté internationale – France en tête – prenne ses responsabilités dès aujourd’hui pour éviter le pire demain… l RICHARD SORO, Abidjan, Côte d’Ivoire

DR

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p L’ex-éditeur est décédé le 13 mars 2014. (ambassadeur au Liberia, émissaire personnel du chef de l’État en Sierra Leone, puis représentant de la Cedeao en Côte d’Ivoire, de 2002 à 2007) et de chef traditionnel dans son Delta State natal. J.A. lui rend hommage. l F.S.

Centrafrique Massacres en continu MALGRÉ LE SOUTIEN de la France à la Misca, la situation sécuritaire continue de se détériorer dans le pays, entraînant des centaines de morts et des milliers de d é p l a c é s à t r av e r s l a sous-région. Un échec qui confirme aussi l’inexistence de l’Union africaine, dont la plupart des chefs d’État ont en partage leur illégitimité et leur désir de mourir au pouvoir tout en préemptant les richesses du pays au profit de leurs proches. Conséquence : l’Afrique, totalement dépendante de « l’aide internationale » pour sa sécurité comme pour la gestion JEUNE AFRIQUE


Vous nous

de ses affaires internes, se prosterne à Bruxelles devant l’Union européenne pendant que les Centrafricains s’entretuent à coup de machettes. En Centrafrique, les antibalaka pro-Bozizé et la Séléka pro-Djotodia illustrent bien cette faillite des dirigeants africains. Même s’ils ont beau jeu de dissimuler leurs incompétences derrière une pseudo-guerre interreligieuse opposant chrétiens et musulmans. l ALPHA ISSA BARRY, La Chaux-de-Fonds, Suisse

Intégration Au-delà des blocs régionaux J’AI PRIS SOIN de lire les enseignements et les recommandations des participants au dernier Africa CEO Forum, que vous nous avez présentés dans J.A. no 2777. En particulier l’intervention d’Albert Yuma Mulimbi, président de la Fédération des entreprises du Congo, qui, évoquant lesorganisationséconomiques régionales auxquelles la RD Congo a adhéré, a oublié de citer la Communauté économique des pays des Grands Lacs (CEPGL). En effet, depuis longtemps, la RD Congo est consciente des besoins et des avantages liés à l’intégration régionale, ce qui donne lieu à une prolifération d’accords régionaux

Rwanda Kagamé tel qu’en lui-même J’AI LU AVEC BEAUCOUP D’ATTENTION l’entretien que vous a accordé le président rwandais Paul Kagamé (J.A. no 2778, daté du 6 au 12 avril). Pas besoin d’être un fin psychologue pour avoir confirmation, dans les propos qu’il tient, du dirigeant qu’il est, qu’il a pu être, et qu’il entend bien être au-delà de 2017. Ce qui m’a particulièrement choqué, ce sont ses déclarations à l’égard de la France, qu’il accuse d’avoir participé à la préparation du génocide et à son exécution. Pourquoi de telles affirmations sans nuances ? Dans son louable souci de faire du Rwanda une nation Une et Indivise (la rwandité : attention, ça rappelle la Côte d’Ivoire et son concept d’ivoirité), désigner l’autre – et en particulier son principal ennemi – comme l’un des grands responsables de cette abominable extermination permet, lui semble-t-il, de gommer bien d’autres responsabilités. Mais le temps conduira inévitablement à attribuer à chacun sa vraie part de responsabilité, dont celle de l’interviewé. Merci pour cet entretien sans complaisance, même si des questions sur le rôle de Paul Kagamé au sein du Front populaire rwandais (FPR) avant 1993 auraient peut-être permis d’apporter un éclairage supplémentaire. l BERNARD JORRY, Courbevoie, France

pas toujours rationnellement ni judicieusement intégrés. À preuve, la RD Congo est le seul pays africain à appartenir à quatre communautés (26 des 54 États du continent sont membres de 2 communautés économiques régionales différentes, 21 appartiennent à 3 communautés, et seuls 6 pays sont membres d’une seule communauté). Il s’ensuit des doublons d’activités, des charges plus lourdes pour les États membres et des chances moindres de voir leurs efforts collectifs couronnés de succès. À l’heure où la RD Congo préside le Marché commun d’Afrique orientale et australe (Comesa), l’un des plus grands défis serait, à mon avis, de privilégier l’interconnectivité et les échanges commerciaux

avec une seule organisation économique régionale, de préférence la plus dynamique, fût-elle la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC, Southern African Development Community). Au-delà donc des blocs régionaux actuels. l

musulmans », « Bienvenue chez les Fangs », etc.). N’est-ce pas finalement avouer la désunion et les divisions du continent au-delà de la noble idéologie unitaire ? l BARTOLOMEO DIENG, Bordeaux, France

ÉRIC LUBANGU, Lubumbashi, RD Congo

Panafricanisme Admettre la désunion UN PEU MAL À L’AISE avec votre reportage « Un Maghrébin en Israël » (J.A. 2773, du 2 au 8 mars), j’ai découvert que le plus panafricain des magazines mettait parfois en avant une vision un peu tribaliste du continent (« Planète peule », « Juifs et

Réponse

L’aspiration à l’unité africaine n’est en rien une négation de sa diversité, au contraire : c’est en renforçant le sentiment africain que l’on préserverasarichesseplurielle. Les segmentations ethniques, religieuses,sontréelles–ceque nous regrettons. Mais ce sont des réalités qui influencent l’actualité et nous ne pouvons ni les gommer ni les ignorer. l

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LA RÉDACTION

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HEBDOMADAIRE INTERNATIONAL POLITIQUE, ÉCONOMIE, CULTURE

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Post-scriptum Fouad Laroui

Édité par SIFIJA Siège social : 57 bis, rue d’Auteuil – 75016 PARIS Tél. : 01 44 30 19 60 ; télécopieurs : rédaction : 01 45 20 09 69 ; ventes : 01 45 20 09 67 ; courriel : redaction@jeuneafrique.com

RÉDACTION Directeur de la rédaction : François Soudan (f.soudan@jeuneafrique.com) Directeurs exécutifs : Marwane Ben Yahmed (mby@jeuneafrique.com), Amir Ben Yahmed (aby@jeuneafrique.com)

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est une aventure ahurissante qui se déroule en ce moment dans une prison du Brabant. Ça commence comme ça : un détenu – on va l’appeler John – se met à grossir de façon spectaculaire. Il faut dire que les prisonniers mènent une vie plutôt sédentaire, et rien ne les oblige à faire de l’exercice. John passe son temps dans sa cellule, à méditer ou à rêvasser ou à lire. En tout cas, il ne bouge pas d’un centimètre, on dirait une baleine échouée sur une plage.

Mais au moment des repas, il mange. Que dis-je, il mange ? Il dévore, il bâfre ! Les prisons du Brabant sont bien gérées, de la nourriture il y en a, et les prisonniers ont le droit de recevoir des colis. La famille de John l’approvisionne en saucisses et en chips – tant et si bien que l’homme devient énorme. De plus, c’est un Batave typique, très grand : plus de deux mètres sous la toise. En fin de compte, c’est réellement une sorte de monstre marin qui gonfle et s’étend dans la cellule 271. Tant et si bien que le médecin constate que John est trop grand et trop gros pour son lit (il en déborde), pour la cuvette des toilettes (il manque l’engloutir), pour la chaise qu’il brise d’effroi rien qu’à la regarder. Il ne peut plus passer la porte de la cellule, ce qui pose problème en cas d’incendie. C’est quasiment une question de vie ou de mort – et, après tout, la peine de mort est abolie en Europe. Le directeur de la prison, sous la pression du médecin, des pompiers et de l’ébéniste réunis, obtient d’un juge la décision qui s’impose : John est autorisé à quitter la prison. Il accomplira le reste de sa peine chez lui, at home. Pas la peine de le faire surveiller, il ne se meut. Tout est rentré dans l’ordre, n’est-ce pas ? Eh bien, pas du tout. Les quelques détenus d’origine marocaine qui peuplent la prison ont bien noté la chaîne de circonstances qui a conduit à l’élargissement – si l’on peut dire… – de l’ami John. Du coup, ils se disent, chacun dans son coin : pourquoi pas moi ? Et les voici à s’engraisser à mort. Comme la cuisine marocaine est délicieuse mais pas forcément diététique, ils mobilisent leurs mères, leurs sœurs, leurs tantes et même la voisine Saâdia, et les colis affluent, pleins de trucs graisseux, mielleux, bourrés de calories. Les prisonniers ne bougent plus, sinon pour aller vérifier qu’ils peuvent encore passer par la porte de la cellule. Le jour où ce ne sera plus possible, ils ameuteront les pompiers, le médecin et Amnesty International pour exiger d’être autorisés, eux aussi, à aller purger le reste de leur peine à la maison – et si possible, outre-Méditerranée. On en est là. Les kilos s’accumulent, l’espoir aussi. Je lance un appel à ceux qui, au Maroc, s’activent pour que la cuisine locale soit plus diététique : avez-vous pensé aux pauvres malfrats qui comptent sur elle pour gagner la liberté ? Attention, ils finiront par créer un mouvement du genre « Touche pas à mon tagine » (bien graisseux) ! l N O 2779 • DU 13 AU 19 AVRIL 2014

bby@jeuneafrique.com

Directeur général : Danielle Ben Yahmed Vice-présidents : Aldo de Silva, Danielle Ben Yahmed, François Soudan, Amir Ben Yahmed Directeur de la publication : Marwane Ben Yahmed

Touche pas à ma graisse!

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Fondateur : Béchir Ben Yahmed, le 17 octobre 1960 à Tunis

JEUNE AFRIQUE

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