ALGÉRIE MALAISE DANS LES RANGS jeuneafrique.com
de Je
LE P
une
Hebdomadaire international indépendant • 54e année • no 2771 • du 16 au 22 février 2014
MAROC L’APPEL DU SUD
ÉNERGIE LA MÈRE DE TOUTES LES BATAILLES
LUS
Afriq
ue
GUI
N
ÉE U meil ne bien leure mine
Spécial 30 pages
Milicien anti-balaka à Bangui, Centrafrique, le 9 février.
CPI
Quelle justice pour l’Afrique ?
Jamais le besoin de mettre fin à l’impunité des criminels de guerre n’a été aussi urgent. Et jamais la Cour pénale internationale chargée de les juger n’a été aussi contestée. Pour ou contre la CPI : J.A. ouvre le débat. ÉDITION INTERNATIONALE ET AFRIQUE SUBSAHARIENNE
France 3,50 € • Algérie 180 DA • Allemagne 4,50 € • Autriche 4,50 € • Belgique 3,50 € • Canada 5,95 $ CAN • Espagne 4 € • Éthiopie 65 birrs Grèce 4,50 € • Guadeloupe 4 € • Guyane 5,50 € • Italie 4 € • Maroc 23 DH • Martinique 4 € • Mauritanie 1 100 MRO • Mayotte 4 € • Norvège 45 NK Pays-Bas 4 € • Portugal cont. 4 € • RD Congo 5,50 $ US • Réunion 4 € • Royaume-Uni 3,50 £ • Suisse 5,90 FS • Tunisie 3,30 DT • USA 6,50 $ US Zone CFA 1 700 F CFA • ISSN 1950-1285
Avec la BICIGUI, votre Chargé d’Affaires Entreprises est votre interlocuteur privilégié pour vous assurer une relation personnalisée. Les experts des lignes de métiers spécialisés vous sont dédiés pour vous accompagner au quotidien dans le développement de votre activité. Et si l’on se rencontrait dans notre Centre d’Affaires pour en parler ?
bicigui.org biciguibanque
biciguinée
biciguibanque
3
Ce que je crois Béchir Ben Yahmed • bby@jeuneafrique.com
SAMEDI 15 FÉVRIER
Une nouvelle Amérique attirer l’attention sur les conséquences positives de l’élection d’Obama, de sa réélection et même de son exercice du pouvoir. Ignorées ou sous-estimées, ces conséquences positives sont cependant considérables.
n
Ceux qui ont connu la Maison Blanche de George W. Bush, et même, avant lui, celle du démocrate Bill Clinton, sont frappés par l’ampleur du changement. Ce qu’on appelle la West Wing (aile ouest) de la Maison Blanche, qui comprend trois niveaux, abrite au rez-de-chaussée le président, son célèbre Bureau ovale, la Cabinet Room, le Rose Garden, son secrétariat et ses plus proches collaborateurs (voir plan).
n
Le 21 janvier, ce président, dont le père était kényan, a lancé à une cinquantaine de chefs d’État africains une invitation au « sommet États-Unis - Afrique » – le premier du genre – qui se tiendra à Washington, les 5 et 6 août prochain. Le 28 janvier, il prononçait son discours sur l’état de l’Union : c’était sa sixième prestation dans cet exercice annuel, et l’on sait que, l’année prochaine, à cette date, il prononcera l’avant-dernier : il sera alors, déjà, dans la seconde moitié de son dernier mandat présidentiel. Début février, on l’a vu recevoir en grande pompe le président François Hollande, qui effectuait une visite d’État en Amérique. En janvier et février, Barack Obama a été sous les feux de la rampe plus que jamais auparavant, et les Africains, en particulier, l’ont beaucoup vu et entendu ces derniers jours. J’ai donc pensé que c’était le moment de répondre aux quesp Plan du rez-de-chaussée de l’aile ouest de la Maison Blanche. tions que nous nous posons à son sujet. n Elle n’est plus occupée à 90 % par de très hauts foncInespérée ou presque, sa victoire de 2008 nous a tionnaires wasp* de 60 ans ou plus. En 2014, on y voit émoustillés ; elle a été considérée dans le monde entier au travail des hommes et des femmes plus jeunes, de comme un événement historique, et l’on a placé sur les la génération Obama (45 à 50 ans) ; une bonne partie épaules de ce jeune et beau président – plume de talent d’entre eux sont africains-américains, hispaniques, et orateur doué de surcroît – d’immenses espoirs qui juifs (de gauche) ; les femmes sont nettement plus nombreuses qu’il y a cinq ou dix ans ; les « gays » sont ne pouvaient qu’être déçus. Beaucoup d’entre nous sont désappointés et formulent plus visibles. ce sentiment de diverses manières. Je le suis moi-même quelque peu, mais je voudrais * White Anglo-Saxon Protestant : Anglo-Saxon protestant blanc. JEUNE AFRIQUE
N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
DR
B
arack Obama, premier président noir des ÉtatsUnis d’Amérique. On se pose de plus en plus de questions sur son action à la tête de la Maison Blanche, et une certaine presse a même osé s’aventurer sur le terrain de sa vie privée pour s’interroger sur la solidité de son couple…
4
Ce que je crois C’est la nouvelle Amérique. Elle a accédé au pouvoir il y a cinq ans avec l’élection d’Obama et a peu à peu pris ses marques ; elle occupe la Maison Blanche. n
Elle est de centre gauche, égalitariste, et les minorités y sont largement représentées. Elle incarne l’actuel sommet du pouvoir américain, dont la sensibilité tranche avec celle des proches de George W. Bush, même si ces derniers ont compté parmi eux Colin Powell et Condoleezza Rice, tous deux noirs. Ses analyses et sa vision du monde sont tout aussi différentes: l’occupation des territoires palestiniens par Israël et leur colonisation choquent cette nouvelle Amérique ; Netanyahou et sa rhétorique ne sont pas de son monde ; le nouveau président iranien, Hassan Rohani, et ce qu’il professe l’intéressent, tandis que le wahhabisme des Saoudiens lui paraît d’un autre âge. Susan Rice, Africaine-Américaine de 49 ans, conseillère du président pour la sécurité nationale après avoir été la représentantepermanentedesÉtats-UnisauprèsdesNations unies, est représentative de cette nouvelle Maison Blanche. Les chefs d’État africains qui vont se rendre à Washington en août prochain pour participer au sommet ÉtatsUnis - Afrique feraient bien de tenir le plus grand compte de ce renouvellement : la Maison Blanche a changé ; celle qui prépare la rencontre entre Obama et ses pairs africains n’a rien à voir avec celle que leurs aînés (ou les plus anciens d’entre eux dans la fonction) imaginent ou ont pu connaître.
n
Même si Barack Obama s’est gardé de bousculer le système solidement établi qu’il a trouvé à son arrivée, son élection et sa réélection l’ont modifié plus qu’il n’y paraît. Le juriste américain Randall Kennedy (professeur de droit à Harvard) l’a constaté et le dit éloquemment : « Un homme noir (accompagné de son épouse noire) a occupé la Maison Blanche. Un homme noir a été le commandant en chef des forces américaines. Un homme noir a été la personne dont l’action a été la plus commentée au cours des six dernières années aux États-Unis. Si un Noir peut être président des États-Unis, alors un Noir peut accéder à toutes les fonctions. L’élargissement des horizons sera l’héritage le plus important du phénomène Obama. Son administration a tranquillement pris des décisions favorables aux minorités ethniques. Certaines de ces décisions ne sont pas raciales dans leurs motivations ou dans leurs formes, mais aident de manière considérable les minorités, comme, par exemple, la réforme de l’assurance maladie et les efforts consentis pour diminuer le nombre d’Américains emprisonnés pour des délits non violents. L’administration Obama dépense beaucoup plus d’énergie que les précédentes pour faire appliquer les lois qui interdisent les discriminations des Noirs à l’embauche, en matière de logement et de vote. Et, contrairement à l’administration Bush, l’administration Obama défend la discrimination positive. » l
Humour, saillies et sagesse Pour vous faire sourire, grincer des dents – ou réfléchir –, ici, chaque semaine, une sélection subjective, la mienne, de ce qui a été dit ou écrit au cours des siècles par des hommes et des femmes qui avaient des choses intéressantes ou drôles à nous dire. B.B.Y. u Il faut vouloir vivre et savoir mourir. Napoléon Bonaparte u Si le temps passe et que tu t’aperçois que ton nom circule parmi les hommes, n’en fais pas plus de cas que de tout ce que tu trouves dans leur bouche. Rainer Maria Rilke u Un cocu ? Un entier qui partage sa moitié avec un tiers. Alphonse Allais u La démocratie, c’est aussi le droit institutionnel de dire des bêtises. François Mitterrand u C’est le cœur qui sent Dieu, et non la raison. Blaise Pascal N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
u Ce n’est pas parce que tu charges d’or un mulet qu’il remportera la course devant les chevaux. Proverbe africain u Une femme peut faire tout ce que peut faire un homme, et en plus elle peut faire des enfants. Marlène Dietrich u Celui qui ouvre une prison doit savoir qu’on ne la fermera plus. Mark Twain u Hollande, il défend ni les pauvres ni les riches, alors que Sarko au moins il défendait les riches. Le Grand Café des brèves de comptoir
u À partir d’un certain âge, on ne choisit plus tant ses amis que l’on est choisi par eux. André Gide u Vous existez réellement, entièrement, si et seulement si vos conversations (ou vos écrits) ne peuvent être facilement reconstruites à partir d’extraits d’autres conversations. Nassim Nicholas Taleb u Traiter son prochain de con n’est pas un outrage, mais un diagnostic. Frédéric Dard u Agis avec gentillesse, mais n’attends pas de la reconnaissance. Confucius JEUNE AFRIQUE
6
Éditorial François Soudan
PHOTOS DE COUVERTURES : ÉDITION GUINÉE : AFP PHOTO/ISSOUF SANOGO ÉDITION MAGHREB & MOYEN-ORIENT : AFP PHOTO/ISSOUF SANOGO ÉDITION INTERNATIONALE : AFP PHOTO/ISSOUF SANOGO
« Nul sentier ne conduit à l’arbre qui ne porte pas de fruits »
À
sa parution, en 2006, nous avions dans ces colonnes dit tout le bien que nous pensions de l’ouvrage salutaire L’Afrique des idées reçues, dirigé par le géographe français Georges Courade, l’un des meilleurs spécialistes des problèmes de développement en Afrique. Sous un titre un peu convenu*, mais avec la même veine à la fois pédagogique, décentrée, lucide et dérangeante, Courade nous livre la suite de ses itinérances. De cette exploration, en dix-huit chapitres limpides, des chemins possibles des « Afriques » en devenir se dégagent parmi bien d’autres quelques pistes de réflexion essentielles. Le défi majeur, en Afrique subsaharienne, a pour nom la jeunesse. On estime à 20 millions le nombre des 15-24 ans déscolarisés et désœuvrés, masse désemparée prête à toutes les aventures, de l’émigration clandestine à la délinquance, et ouverte à toutes les manipulations, ethniques ou politiciennes. Cette bombe à retardement peut cependant devenir un puissant facteur de changement positif, à condition de lui offrir un avenir. Certes, le salarié africain est le moins cher du monde – quatre fois moins cher qu’un ouvrier chinois! –, mais cet avantage comparatif, qui devrait inciter les investisseurs à créer des emplois, signifie-t-il pour autant que l’Afrique est compétitive? Non, car la compétitivité n’est pas qu’une affaire de coût du travail. Elle dépend tout autant du niveau d’éducation, des infrastructures, de l’accès aux capitaux et de l’utilisation des compétences. Or l’un des handicaps majeurs du continent est que les compétences n’y sont bien souvent pas reconnues, que les cadres honnêtes y ont moins de chance de réussir que ceux qui ne le sont pas et que les aînés ne cessent d’empêcher les cadets d’émerger. Ce dernier point est important, car il nous faut bien parler culture. Se demander par exemple avec Courade si la greffe démocratique importée et ses procédures occidentales d’élections pourront réellement prendre tant que dans la plupart des autres instances de la vie – famille, religion, entreprises, etc. – les individus restent soumis à des formes autoritaires de pouvoir. Parler d’enracinement d’une culture de la démocratie alors que les normes citoyennes se délitent, que règne la mal-gouvernance (pas partout, heureusement) et que la combinaisondesdeuxdonnenaissanceàdevéritablessociétésinciviles, n’est-ce pas un leurre ? Comment peut-on exiger des Africains qu’ils accomplissent en quelques décennies ce que la France a mis plus d’un siècle à bâtir? Comment passer presque du jour au lendemain de la recherche du consensus et de la soumission des gouvernés, gage ancestral de survie de la communauté, au vote individuel dans l’isoloir? « On voudrait que nous fassions notre révolution sous le contrôle des ONG », a dit un jour l’historien Laurent Gbagbo. 1789 sous l’œil d’Amnesty International : on imagine les rapports incendiaires ! C’est pourtant ce que la conscience internationale attend aujourd’hui de l’Afrique. Est-ce vraiment raisonnable? l * Les Afriques au défi du XXIe siècle, de Georges Courade, éd. Belin, 2014, 320 pages, 26 euros
N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
10 ALGÉRIE MALAISE DANS LES RANGS Un chef d’État qui n’a pas encore annoncé s’il serait candidat. Des généraux qui s’en mêlent. À deux mois du scrutin, le brouillard ne se dissipe pas, au contraire !
36 3 8
CENTRAFRIQUE LA PAIX À TOUT PRIX Les efforts pour arrêter ce qui semble être une épuration religieuse demeurent insuffisants. Mais avec le doublement des effectifs de la mission africaine et l’arrivée d’un contingent européen, la tendance pourrait s’inverser.
Ce que je crois Par Béchir Ben Yahmed Confidentiel
10
L A SEM A IN E D E J EU N E A F RIQ U E
10 14 15 16 18 20 22 22 24
Algérie Malaise dans les rangs Hillary Clinton Gossip girl Jean-Baptiste Ouédraogo C’est grave, docteur ? Justice Tripoli au pilori Mali Sale temps pour les généraux Liberté de la presse Bons, brutes et truands Philatélie Mandela poste restante Business Maxi-Coca pour Benmoussa Tour du monde
26
G RA N D A N G L E
26
Cour pénale internationale Quelle justice pour l’Afrique?
36
A F RIQ U E SU BSA H A RIEN N E
36 40 41 42 43
Centrafrique La paix à tout prix Mali Sanogo entre quatre murs Congo Souvenirs, souvenirs RD Congo Jamais tranquille Zimbabwe Qui après « Bob » ? JEUNE AFRIQUE
Dans Jeune Afrique et nulle part ailleurs
26
GRAND ANGLE
140
TÉMOIGNAGE SAMUEL FOSSO Vivant à Bangui depuis 1972, le photographe camerounais s’est réfugié en France. C’est en observateur avisé qu’il a assisté à la descente aux enfers de son pays d’accueil.
CPI Quelle justice pour l’Afrique ?
118 44
MAROC L’APPEL DU SUD À la veille de la visite d’État de Mohammed VI à Bamako et à Conakry, la diplomatie marocaine s’active pour placer le royaume au centre de l’échiquier sahélien. Par souci de prestige, mais aussi au nom d’impératifs sécuritaires.
63
GUINÉE UNE BIEN MEILLEURE MINE Le cap des législatives est passé, le Parlement installé, le gouvernement remanié. Ça y est, le pays peut avancer.
M AGHREB & MOY E N - O R I E N T
44 47 48 50 52
Maroc L’appel du Sud En vérité De Laayoune à Tombouctou Tunisie Ennahdha met de l’eau dans son thé Liban Terre des assassins tranquilles Algérie Front du refus, énième édition
54
E UROPE, AMÉR I Q U E S, A S I E
54 58 60 61 62
Europe La Suisse fait sécession France Ces drôles de Creusois à la peau sombre… Parcours Béa Diallo, la force contenue Homosexualité Supplice chinois Espace L’Amérique latine sur orbite
63
L E PLUS DE JEU N E AFR I Q U E
63
Guinée Une bien meilleure mine
118 122 123 124 125
ÉCON OMIE Électricité Et si on remettait le courant ? Bénin Mélo coton Les indiscrets Gabon Dur comme fer Libye Attention mirage !
JEUNE AFRIQUE
130
DOSSIER EAU LES VILLES BOIVENT LA TASSE Face à une population urbaine qui ne cesse de croître, les pays du continent peinent à satisfaire les besoins en eau de leurs populations…
Spécial 30 pages.
44
118
ÉLECTRICITÉ ET SI ON REMETTAIT LE COURANT… Mieux répartir les rôles entre secteurs public et privé, telle est la recette de plusieurs États subsahariens pour répondre aux besoins des habitants.
126 128 129 130 130 140 140 143 144 146 148 150 160 160 162
Mines Dénicheur de pépites Maroc Les avocats déchantent Baromètre D O SSIER EAU Distribution et assainissement Les villes boivent la tasse C U LT U RE & MÉD IA S Témoignage Samuel Fosso, la Centrafrique dans le sang Musique Soldat de première classe Cinéma Fabrice Éboué : « Le cliché, c’est la nourriture du comique » Philosophie La question africaine La semaine culturelle de Jeune Afrique Radio Agitateur d’idées VOUS & NOUS Le courrier des lecteurs Post-scriptum
N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
7
8
Côte d’Ivoire Ouattara: la vérité sur son opération
C
’
est à l’hôpital américain de Neuilly (et non à l’hôpital d’instruction des armées Percy, à Clamart, comme l’ont affirmé la plupart des sites d’information ivoiriens) que le président Alassane Dramane Ouattara (ADO) a été opéré d’une sténose du canal lombaire dans la matinée du 8 février. L’opération, qui a duré près de trois heures, a été un succès. Elle a été réalisée par un chirurgien orthopédiste, le Pr Claude Laville, un spécialiste des affections du rachis, de la hanche et du genou formé au sein de la prestigieuse équipe du Pr Roy-Camille, à la Pitié-Salpêtrière. La sténose (réduction du calibre) du canal lombaire dont souffrait Alassane Ouattara est une pathologie relativement banale et sans gravité, mais dont les
ELODIE GREGOIRE/REA
Souffrant de sténose, le chef de l’État a été opéré avec succès, à Neuilly-surSeine.
conséquences – difficulté à marcher et à rester debout plus de cinq à dix minutes, la compression des racines nerveuses entraînant de vives douleurs – sont pénibles. Le président ivoirien, qui souffrait particulièrement de la jambe gauche, a d’abord été traité par des infiltrations de corticoïdes. Les symptômes devenant plus vifs, une laminectomie (élargissement du canal lombaire par la suppression de lames vertébrales) a été décidée – et pratiquée. C’est à Paris, pour que ses médecins puissent intervenir en cas (peu fréquent) d’hématome ou d’infection postopératoire, qu’Alassane Ouattara, qui devrait sortir de l’hôpital dans la semaine du 17 février février, passera sa convalescence. Celle-ci durer durera de deux à trois semaines. Le chef de l’État devrait semaines donc être de retour à Abidjan à la mi-mars. La visite officielle que devait faire à Abidjan, durant cette période, le président français a évidemment été reportée. François Hollande, qui s’est entretenu au téléphone avec Alassane Ouattara la veille de son opération, puis à son retour des États-Unis, se rendra donc le 27 février à Abuja, où il assister assistera au centième anniversaire de la création du Nigeria (un sommet sur la sécurité en Afrique de l’Ouest est annoncé en marge des cérémonies), sans faire ensuite escale à Abidjan, comme prévu. En attendant, ADO, qui marche de nouveau normalement, partage ses journées entre le repos, les visites de ses proches collaborateurs et les appels de ses amis. Nicolas Sarkozy a ainsi été l’un des premiers à se manifester. l N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
FRANÇAFRIQUE QU’EST ALLÉ FAIRE GUÉANT À ABIDJAN ?
Ancien ministre français de l’Intérieur et bras droit de Nicolas Sarkozy, Claude Guéant a fait escale à Abidjan le 12 février. Il connaît bien la Côte d’Ivoire, où il s’est rendu dès septembre 2010, sous la présidence de Laurent Gbagbo. Après l’arrivée au pouvoir d’Alassane Ouattara, il a aidé Hamed Bakayoko à remettre sur pied la police ivoirienne et noué d’excellentes relations avec Amadou Gon Coulibaly, le secrétaire général de la présidence. Aujourd’hui avocat d’affaires et patron du cabinet Guéant et Associés, il cherche, selon de bonnes sources, à promouvoir un nouveau logiciel sur le marché de la révision des listes électorales. LE CHIFFRE
57
millions de tonnes : la production céréalière en 2013 au Sahel et en Afrique de l’Ouest, selon le Comité permanent inter-États de lutte contre la sécheresse dans le Sahel (Cilss). L’augmentation est de 16 % par rapport à la moyenne des cinq années précédentes.
LIBYE AVOCAT FRANÇAIS POUR LES VICTIMES DE TAWERGHA
L’avocat français Marcel Ceccaldi s’est rendu le 8 février à Tunis pour rencontrer les représentants des victimes du massacre perpétré dans la localité libyenne de Tawergha pendant la révolution de 2011 – la ville avait pour sa part été totalement détruite. Il s’agissait de Libyens noirs accusés par les puissantes milices de la ville voisine de Misrata de soutenir JEUNE AFRIQUE
Retrouvez en page 123 notre rubrique « Les indiscrets », consacrée aux informations confidentielles économiques
Politique, économie, culture & société
9
JEAN-YVES LE DRIAN, le ministre français de la Défense, a réussi à convaincre Idriss Déby Itno de ne pas s’opposer au déploiement immédiat de Casques bleus en Centrafrique. Comme plusieurs de ses pairs africains, le chef de l’État tchadien, qui a été reçu le 14 février par François Hollande à l’Élysée, n’était initialement pas favorable à leur arrivée avant le mois de juillet. Membre non permanent du Conseil de sécurité de l’ONU jusqu’en 2015, le Tchad envisage désormais de coparrainer avec la France une résolution autorisant le remplacement de la Misca par une force onusienne. Le courant « passe parfaitement » entre Déby Itno et Le Drian. Les deux hommes se sont rapprochés depuis le déclenchement de l’opération Sangaris en Centrafrique. Ils se tutoient et se sont échangé leurs numéros de téléphone personnels. Signe de cette forte relation, le Français s’est rendu à quatre reprises dans la capitale tchadienne entre la fin de décembre 2013 et le début de février. Paris souhaite installer dans ce pays le centre de commandement de l’ensemble de ses opérations antiterroristes dans la bande sahélienne. L’arrivée d’un nouveau contingent de 300 soldats français est prévue. Les effectifs de l’opération Épervier, présente au Tchad depuis 1986, seront ainsi portés à environ 1 400 hommes. l
Kaddafi. Aujourd’hui encore, un millier d’habitants de Tawergha sont illégalement détenus par les miliciens de Misrata, torturés et parfois tués, à en croire International Crisis Group. M e Ceccaldi, qui a déjà défendu plusieurs membres de la famille et du clan Kaddafi, est désormais chargé du dossier avec deux confrères tunisiens, Mes Salah Hassen et Maher Amayed. Ces derniers comptent également parmi les défenseurs de l’ancien Premier ministre Mahmoudi al-Baghdadi, actuellement détenu à Tripoli dans l’attente de son procès. Ceccaldi s’apprête à déposer une plainte à Paris contre les miliciens, contre le Premier ministre, Ali Zeidan, et contre plusieurs membres du gouvernement originaires de Misrata. Pour crime contre l’humanité et génocide. CENTRAFRIQUE BABA LADDÉ EST DE RETOUR
Radié à vie, fin octobre 2013, de son mouvement, le Front populairepourleredressement (FPR),l’ancienrebelletchadien Abdelkader Baba Laddé est de JEUNE AFRIQUE
retour dans le nord-ouest de la Centrafrique. Fin janvier, il a été repéré dans un convoi d’une centaine decombattants de la Séléka lourdement armés qui remontait vers la frontière tchadienne. Le 4 février, ledit convoi a été attaqué par des combattants de Révolution et Justice, un mouvement majoritairement chrétien créé en septembre 2013 par le commandant Armel Sayo, ancien directeur de la sécurité du président Ange-Félix Patassé. Opérant le long de la frontière tchadienne, sur l’axe Bang-Poua, ce groupe compterait environ 1 200 hommes, principalement des anciens de l’Armée populaire pour la restauration de la démocratie (APRD) et des jeunes de la
région. Régulièrement payés, ces combattants auraient reçu dernièrement des armes et des uniformes. Ils compteraient dansleursrangsunmercenaire blanc dont l’identité et le parcours demeurent mystérieux.
TUNISIE VERS UN REPORT DES ÉLECTIONS Des élections législatives et présidentielle devaient avoir lieu cette année en Tunisie, de manière à clore la période de transition. À l’Assemblée nationale constituante (ANC), des débats concernant le futur code électoral se sont engagés. Pourtant, les Tunisiens vont sans doute
Maroc M6 l’Africain Lors de sa prochaine tournée africaine, Mohammed VI se rendra au Mali du 18 au 23 février, puis en Guinée, du 26 février au 2 mars, en visite officielle. Ce sera son deuxième déplacement à Bamako et son premier à Conakry depuis son intronisation, en 1999. Entre ces deux dates, le souverain fera une escale en Côte d’Ivoire pour une simple visite d’amitié. Même statut au Gabon où il est annoncé à partir du 2 mars. (Lire aussi pp. 44-47.) l
MARTIN BUREAU/AFP PHOTO
Tchad-France Entre Déby Itno et Le Drian, le courant passe
devoir attendre encore un peu. Des sources concordantes proches du gouvernement et des partis membres de l’ex-troïka au pouvoir estiment en effet que les scrutins ne pourront avoir lieu avant, dans le meilleur des cas, le premier trimestre de 2015. Parce que les partis ne sont pas prêts et que la sécurité est encore loin d’avoir été rétablie. Pour faire passer la pilule de ce report, une date symbolique pourrait être retenue, comme le 14 janvier, jour anniversaire du déclenchement de la révolution, ou le 20 mars, pour la fête de l’indépendance. Ennahdha n’envisage pas de présenter à la présidentielle un candidat issu de ses rangs, mais ne verrait pas d’un mauvais œil la candidature de Mustapha Ben Jaafar, président de l’ANC et membre du Forum démocratique pour le travail et les libertés (Ettakatol) N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
10
La semaine de Jeune Afrique
ALGÉRIE
Malaise dans Un chef d’État qui n’a pas encore annoncé s’il serait candidat. Un entourage présidentiel qui le presse de le faire et accuse les services secrets de s’y opposer dans l’ombre. Des généraux qui s’en mêlent. À deux mois du scrutin, le brouillard ne se dissipe pas, au contraire !
I
l a fallu le crash d’un avion militaire, un Hercules C-130 (un seul survivant sur les 78 passagers et membres d’équipage) qui a heurté, le 11 février, le mont Fertas, dans la région d’Oum el-Bouaghi (à 450 km à l’est d’Alger), pour qu’Abdelaziz Bouteflika intervienne, par voie de communiqué, dans un débat où le linge sale de l’institution militaire ne se lavait plus seulement en famille. « Nous sommes N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
CHERIF OUAZANI
habitués, à l’approche de chaque échéance électorale, à entendre des propos excessifs émanant de certains milieux. Mais cette fois, cet acharnement a pris une ampleur inédite », s’est-il emporté sans préciser à quels milieux il faisait allusion. À deux mois des élections, le président, 76 ans, affaibli par la maladie, n’a toujours pas fait savoir s’il compte briguer un quatrième mandat. Ses proches, qui le pressent de se prononcer, accusent le Département recherche et sécurité (DRS, services de renseignements) de s’opposer dans l’ombre à cette perspective. Sans doute le communiqué présidentiel avait-il pour objet de calmer le jeu après huit jours de tensions. Petit flash-back… Le 3 février, dans une interview au site tsa-algerie.com, Amar Saadani, secrétaire général du FLN, suggère au général Mohamed JEUNE AFRIQUE
11
Mediène, alias Toufik, patron du DRS depuis un quart de siècle, de démissionner. À l’en croire, de l’assassinat du président Mohamed Boudiaf le 29 juin 1992 à l’attaque terroriste contre le site gazier de Tiguentourine (In Amenas) le 16 janvier 2013, en passant par l’enlèvement et l’exécution des moines français de Tibhirine en 1996, Mediène a échoué dans sa mission de protéger le pays et ses institutions. Le secrétaire général du FLN ne se contente pas de dénoncer les « défaillances » du DRS : il l’accuse d’être devenu une véritable police politique, de s’être infiltré dans tous les rouages de l’État et, surtout, d’avoir lancé des enquêtes dans des affaires de corruption visant l’entourage d’Abdelaziz Bouteflika. Face à ces graves accusations, Mediène, comme toujours, garde le silence. D’habitude prompt à JEUNE AFRIQUE
p Devant l’épave de l’Hercules C-130, au mont Fertas, le 12 février, au lendemain du crash.
FAROUK BATICHE/AFP
les rangs engager des poursuites judiciaires contre des journalistes dès que l’honneur de l’Armée nationale populaire (ANP) est mis en cause, le ministère de la Défense, dont fait partie le DRS, ne réagit pas non plus, donnant à penser que Bouteflika, chef suprême des armées et président d’honneur du FLN, cautionne ces attaques. D’autant que la curieuse ascension d’Amar Saadani, nommé secrétaire général de ce parti le 29 août 2013, un mois et demi après le retour du président de l’hôpital parisien du Val-de-Grâce, où il soignait les séquelles de son AVC d’avril 2013, a bénéficié de son aval. Circonstance aggravante, cette sortie médiatique intervient alors que le climat est délétère dans les mess d’officiers. Le 13 janvier 2014, le général Gaïd Salah, chef d’état-major de l’ANP, a présidé un conclave de N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
La semaine de J.A. L’événement
RS ID
D
BA
SH
ER
ZAM
RY /A F P
Qu’un général à la retraite prenne part au débat à la veille d’une présidentielle ne constituepasunepremière.En1999déjà, Khaled Nezzar avait traité le candidat Bouteflika de « vieux canasson », avant E de se rétracter puis de le soutenir. Cinq M HA MO ans plus tard, Rachid Benyellès, ex-patron de la Marine nationale, s’en était pris au même Bouteflika, alors en lice pour un deuxième mandat, tandis que Mohamed Lamari, chef d’état-major à l’époque, prenait fait et cause pour Ali Benflis, rival du président sortant.
MI
hauts gradés. Objectif : mettre à la retraite une centaine d’officiers supérieurs, parmi lesquels des généraux et des colonels du DRS. Le tout sur fond de restructuration des Services – une initiative interprétée comme une volonté d’affaiblir l’influence considérabledugénéralMedièneetderogner ses prérogatives. Cette mise à la retraite d’office, entrée en vigueur le 1er février, est présentée comme une conséquence de l’enquête interne portant sur l’attaque du site de Tiguentourine. Parmi les officiers remerciés, seul le général Hassan fait de la résistance. De son vrai nom Abdelkader Aït Ouarabi, ce haut gradé issu des forces spéciales dirige, depuis 2008, la structure de coordination de la lutte antiterroriste – un poste stratégique puisqu’il chapeaute l’ensemble des forces de sécurité, gendarmerie et police comprises. Le refus d’obtempérer du général, réputé proche de Toufik, a-t-il été l’élément déclencheur de la campagne de Saadani? Tout porte à le croire. Récusant sa mise à la retraite, Hassan aurait confié à ses collaborateurs que « les décisions prises après le retour de Bouteflika du Val-de-Grâce sont nulles et non avenues ». Selon d’autres sources, citées par la presse privée, le général aurait refusé de quitter son poste tant qu’il n’aurait pas briefé son successeur. Or l’état-major n’a toujours pas officiellement désigné de remplaçant… Quoi qu’il en soit, son attitude lui vaut une interpellation musclée et son déferrement devant un juge du tribunal militaire de Blida, qui l’a placé sous contrôle judiciaire pour insubordination.
SA
12
p Le général Gaïd Salah, chef d’étatmajor de l’armée (ci-dessus), et Amar Saadani, le secrétaire général du FLN.
« VIEUX CANASSON ». Comme si tous ces remous,
perçus comme une guerre de clans opposant la présidence et l’état-major au DRS, ne suffisaient pas, un général en retraite jette de l’huile sur le feu. Dans une interview au journal El Watan, parue au lendemain de la catastrophe aérienne du mont Fertas, Hocine Benhadid, ex-patron de la 8e division blindée, fleuron des forces terrestres, qui affirme parler au nom de ses frères d’armes, demande à Bouteflika de ne pas briguer un quatrième mandat.
FLASHEZ-MOI et retrouvez toute l’actualité de la présidentielle algérienne sur jeuneafrique.com
DÉBALLAGE. En revanche – et c’est nouveau –,
jamais aucun officier supérieur, d’active ou à la retraite, ne s’en était pris au commandement de l’armée. Benhadid franchit ce pas en tançant ouvertement Gaïd Salah, qui, selon lui, a perdu toute crédibilité en acceptant de cumuler sa fonction militaire de chef d’état-major avec celle, civile, de vice-ministre de la Défense. Épisode dramatique dans le feuilleton de la présidentielle, le crash de l’Hercules C-130 a permis au président convalescent d’intervenir pour mettre fin au grand déballage qui agite l’armée et menace la cohésion de sa chaîne de commandement. Comment réagit la classe politique ? Certains comptent les coups que se portent les deux clans au pouvoir. Moussa Touati, candidat à la présidentielle pour le Front national algérien (FNA, opposition), se frotte les mains : « Qu’un groupe abatte l’autre, cela ne sera que bénéfique pour nous. » Pour les islamistes, qui ont décidé de boycotter la présidentielle, la réponse de Bouteflika est salutaire, mais insuffisante car il n’a pas fait connaîtresesintentions.DucôtéduRassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), Othmane Mazouz, son secrétaire à la communication, affirme que « cette guéguerre au sommet a au moins eu le mérite de dévoiler que les résultats de la supercherie électorale du 17 avril seront actés et arbitrés par le grand collège de l’ombre ». À deux mois du scrutin, l’horizon est toujours aussi nébuleux, et les Algériens continuent de naviguer à vue. l
De turbulences en turbulences 13 janvier 2014
27 avril 2013
AVC d’Abdelaziz Bouteflika, évacué vers l’hôpital du Valde-Grâce (Paris). Il rentre en Algérie le 16 juillet
Août 2013
Rapport d’enquête sur l’attentat du site gazier de Tinguentourine. Désignation controversée d’Amar Saadani à la tête du FLN
N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
11 septembre 2013
Remaniement ministériel. Gaïd Salah cumule la fonction de chef d’état-major et celle de vice-ministre de la Défense
Conclave de l’armée mettant à la retraite de nombreux officiers supérieurs
3 février 2014
Amar Saadani, portevoix des partisans du quatrième mandat de Bouteflika, s’en prend au général Mediène
5 février 2014
Arrestation du général Hassan pour insubordination
11 février 2014
Crash d’un avion militaire dans le mont Fertas. Bouteflika décrète un deuil de trois jours et demande à ses proches de cesser leurs attaques contre l’armée et les autres institutions de la République
12 février 2014
Interview au quotidien El Watan du général en retraite Hocine Benhadid, qui s’en prend au chef d’étatmajor
JEUNE AFRIQUE
La semaine de J.A. Les gens
Hillary Clinton Gossip girl Sa popularité est au plus haut, elle pourrait être la candidate démocrate à la présidentielle américaine… Mais voilà que ses confidences à une amie sortent dans les médias. Comme par hasard.
«
Y
a-t-il quelqu’un pour réunion parents-professeurs de sa fille arrêter Hillary ? », se unique, Chelsea (à Washington). On la demandait le magazine découvre aussi coquette, adorant porter américain Time mides chaussures à talons, changeant soujanvier. Depuis quelques mois, l’ex-First vent de coiffure, même si cela « perturbe Lady, ex-sénatrice, ex-secrétaire d’État, les gens ». est partout. Sur le terrain comme dans Au fil des pages, on la voit prendre goût au jeu politique, et au pouvoir. Si les médias, Hillary Rodham Clinton, dite sa première année à la Maison Blanche HRC, semble avoir pleinement endossé son rôle de prétendante à la Maison Blanche. Sans même avoir annoncé sa candidature à la primaire démocrate pour la présidentielle de 2016, elle caracole en tête des sondages. Selon celui du Washington Post et de la chaîne ABC, diffusé fin janvier, HRC remporterait l’investiture avec 73 % des voix, contre 12 % pour son plus sérieux adversaire, Joe Biden, vice-président des États-Unis. Quant au scrutin présidentiel, elle y obtiendrait 53 % des suffrages ! Les spécialistes de la vie politique américaine, eux, rappellent que le grand rendez-vous est tout de même dans trente-trois mois. Autant dire une éternité, au cours de laquelle tout est possible… Surtout le plus inattendu. Premier tour de chauffe p L’ex-secrétaire d’État en décembre 2013. le 9 février: The Washington Free Beacon, un site conservateur, est « horrible », notamment à cause des publie des conversations et courriers « sales types » qui y traînent, elle regrette privés datant des années 1990 entre une HRC alors première dame et Diane Blair, assez rapidement que nul n’y soit « assez une amie proche décédée en 2000. dur et coriace ». Cherchant à définir son Au cours de cette quarantaine de pages rôle, elle lit des dizaines de biographies de rédigées dans un style télégraphique, HRC First Ladies. Lorsque son mari lui confie apparaît dans un registre assez intime. le dossier de la réforme du système de En une journée, elle jongle entre le dissanté, elle travaille dur et comprend que cours de Bill à l’ONU (à New York) et la personne – y compris au sein du Parti
démocrate – ne lui fera de cadeau. Deux ans plus tard, le projet est abandonné et HRC traverse une longue période de doute : « Je n’ai pas de vrai pouvoir… Bill en a, lui, il peut faire bouger les choses. » Avant d’ajouter: « Je suis une femme fière. Je ne suis pas stupide. Je sais que je devrais faire plus, cirer les pompes à la presse, faire comme si je n’avais aucune opinion, mais je ne le ferai pas. Je suis complexe et ils vont devoir faire avec. » DÉGOÛTANT. Complexe, voire paradoxale… Jugeant que les journalistes ont de « gros ego, mais pas de cerveau », elle est obnubilée par leurs écrits. Tout en défendant les nominations féminines au sein de l’administration, elle n’apprécie guère les « pleurnicheuses » qui, en 1993, accusent de harcèlement sexuel un sénateur républicain dont elle a « besoin » pour faire avancer sa réforme du système de santé. À propos de la fameuse affaire Monica Lewinsky, en 1998, elle n’excuse pas son mari, mais tient « à replacer les choses dans leur contexte. Il a essayé de rompre, de s’éloigner de cette femme qui était une narcissique looney toon [personnage de dessin animé]. C’était hors de tout contrôle ». Et de continuer : « Ce comportement était dégoûtant, inapproprié, mais c’était consenti. Et ce n’était pas du sexe au sens propre du terme. » Etcesrévélationsnesontqu’un début. Son amie a retranscrit des années de conversations, les plus anciennes datant des années 1970. Archivées par l’université de l’Arkansas, où Diane Blair travaillait, elles ont été rendues publiques en 2010 sans que personne s’en soucie. Désormais, les demandes de consultationaffluent.Lesrépublicainspromettent déjà un « un plein camion de dossiers contre Hillary ». So, wait and see… l MOLLY RILEY/NEWSCOM/SIPA
14
HABY NIAKATE
NOMINATIONS
MOHAMED FADEL BENYAICH MAROC Ex-chargé de mission au cabinet du roi, cet ancien condisciple de Mohammed VI au Collège royal vient d’être nommé, à 51 ans, ambassadeur du Maroc en Espagne, le pays natal de sa mère. N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
DANIEL DEE ZIANKHAN LIBERIA Ce colonel libérien a été proposé au poste de chef d’état-major de l’armée, le 11 février, par la présidente Ellen Johnson-Sirleaf. Depuis la fin de la guerre civile en 2003, la fonction revenait à un général étranger. JEUNE AFRIQUE
EN HAUSSE
15
OUMAMA MINT CHEIKH SIDYA
Ex-président du Burkina, pédiatre de formation, il joue les médiateurs entre Blaise Compaoré et l’opposition. Une opération délicate…
N
À 44 ans, cette avocate, épouse d’un officier supérieur de l’armée, est la première femme à accéder à la magistrature en Mauritanie. Une révolution dans ce pays, où les fonctions de juge étaient théoriquement interdites aux femmes.
WATT
Jean-Baptiste Ouédraogo C’est grave, docteur?
BILL DE BLASIO Le nouveau maire démocrate de NewYork a annoncé le 10 février que la ville délivrerait une carte d’identité municipale au demi-million de sans-papiers qui y résident. Objectif: leur permettre d’accéder au logement et aux services bancaires. CHRISTINE IRÈNE MINDJOM
JEAN-PIERRE KEPSEU
Cette Camerounaise est devenue, le 11 février, la première femme commissaire central àYaoundé. Diplômée de l’École nationale supérieure de la police, elle a fait l’essentiel de sa carrière à la Direction générale de la sûreté nationale. EN BAISSE
DR
SAMIR EL WAFI L’animateur vedette de la télévision tunisienne s’est attiré les foudres de la profession après avoir laissé ses invités faire l’apologie du terrorisme. Ils avaient présenté Kamel Gadhgadhi, l’assassin de Chokri Belaïd, comme un martyr.
MEUNIER AURELIEN/SIPA
DIEUDONNÉ Les dernières perquisitions menées au domicile de l’humoriste franco-camerounais, qui s’était déclaré insolvable, ont montré qu’il était toujours propriétaire de sa résidence située en Eure-et-Loir et qu’il menait un train de vie fastueux. DUDUZANE ZUMA
DR
HIPPOLITE SAMA
JEUNE AFRIQUE
SIPA
«
’est pas médiateur qui veut », moque un leader de l’opposition. Sévère (et un peu hâtif), son jugement sur les premiers pas de Jean-Baptiste Ouédraogo en tant qu’arbitre danslacrisequetraverseleBurkinadepuisplusieurssemaines n’en estpas moinspartagépar unepartiedelaclassepolitique. Le pédiatre et ancien médecin militaire Ouédraogo, éphémère président – sans grande autorité – d’une république de putschistes tiraillée entre conservateurs et révolutionnaires (1982-1983), a beau faire preuve « de volonté », dit-on à Ouagadougou, il ne possède « ni l’expertise ni l’expérience » pour mener à bien la mission délicate qu’il s’est lui-même fixée : trouver un terrain d’entente entre l’opposition et la majorité en vue d’aboutir à ce qu’il appelle « une transition démocratique apaisée ». Las, depuis qu’avec trois dignitaires religieux et l’assentiment du président il s’est, fin janvier, « autoinvesti » de cette gageure, Ouédraogo multiplie les couacs. Début février, les prises de contact ont à peine commencé que Il avait été écarté du pouvoir par Thomas Sankara, en 1983. l’un des médiateurs rend son tablier. Puis, Ouédraogo distribue un document dans lequel il fait dire à Blaise Compaoré (à la grande surprise de ses représentants) qu’il renonce à modifier l’article 37 de la Constitution, qui limite à deux le nombre de mandats présidentiels. Cinq jours plus tard, l’opposition, échaudée, exige que les négociateurs de la majorité soient officiellement mandatés par le président. C’est l’impasse. Depuis la polyclinique Notre-Dame-de-la-Paix, qu’il dirige et dans laquelle il exerce toujours à 71 ans, Ouédraogo se dit pourtant confiant. « Les débuts sont laborieux, mais nous avons réussi à réunir toutes les parties autour d’une table. C’est déjà pas mal. » Certains se demandent encore ce qu’il est venu faire dans cette galère. Depuis qu’il avait été écarté du pouvoir en 1983 par des sous-officiers menés par le capitaine Sankara, il s’était consacré à la médecine. Un art dans lequel il excelle. l RÉMI CARAYOL
Le fils du président sud-africain risque d’être poursuivi pour homicide involontaire après avoir percuté un taxi au volant de sa Porsche, le 1er février. L’accident a coûté la vie à une personne et en a blessé deux autres. N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
La semaine de J.A. Décryptage
Justice Tripoli au pilori Mauvais traitements, nonrespect des droits de la défense : Human Rights Watch critique sévèrement la procédure visant plusieurs piliers du régime Kaddafi, dont Seif el-Islam.
D
ans l’attente de leur procès, quatre hauts dignitaires du régimedeMouammarKaddafi, dont son fils Seif el-Islam, sont toujours détenus à Tripoli et à Zintan dans des conditions dénoncées par l’ONU et différentes ONG. Human Rights Watch, qui a rencontré fin janvier Seif el-Islam Kaddafi (41 ans), les ex-Premiers ministres Abou Zeid Dorda et Baghdadi Mahmoudi (tous deux âgés de 69 ans), ainsi qu’Abdallah Senoussi (65 ans), ancien chef des renseignements intérieurs, exhorte ainsi Tripoli à faire « davantage d’efforts » pour leurassureruntraitementéquitable.«Leur procès n’aura pas plus de crédibilité qu’un tribunal de pacotille si les autorités ne leur accordent pas le droit fondamental à des procédures régulières », a estimé Nadim Houry, directeur adjoint de l’ONG pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord. Hormis Seif el-Islam, ces caciques de l’ancien régime sont incarcérés à la prison d’El-Hadba el-Khadra, à Tripoli, contrôlée par le ministère de la Justice. Senoussi et Dorda sont à l’isolement, dans des cellules de trois mètres sur quatre, tandis LE DESSIN DE LA SEMAINE
AFP
16
p Une partie des 37 prévenus lors d’une audience préliminaire, en septembre 2013.
que Mahmoudi partage un espace exigu avec quatorze détenus. Le fils de l’ex-Guide est, lui, retenu dans un lieu tenu secret, à Zintan (sud-ouest de Tripoli). Une dent de devant manquante, deux doigts de la main droite en moins, il ne s’est pourtant pas plaint de sa santé, mais a dit avoir été contraint par la force d’avouer des crimes de guerre, des viols et sa participation à un trafic de drogue. COMMIS D’OFFICE. Les puissantes milices de Zintan font fi des demandes de transfert de la Cour pénale internationale (lire aussi pp. 26-35), qui veut le juger pour crimes contre l’humanité, mais aussi de Tripoli, où il a été inculpé, le 24 octobre dernier, avec Senoussi, Dorda, Mahmoudi et 33 autres membres du
régime Kaddafi, pour des crimes commis lors du soulèvement de 2011. Le dossier d’accusation, que les avocats de certains des 37 accusés n’auraient pas pu examiner en intégralité, comprend 70000 pages de preuves et 4000 de témoignages. Les quatre détenus rencontrés par l’ONG n’ont pu ni prendre connaissance des éléments retenus contre eux, ni s’entretenir en privé avec leurs défenseurs. Si certains sont assistés par des conseils désignés par leur famille ou des proches du clan Kaddafi, Abdallah Senoussi et Seif el-Islam disent n’avoir pas eu la possibilité de choisir les leurs. À propos de ses deux défenseurs commis d’office, ce dernier lâche : « Je ne les connais pas. Je n’ai pas d’avocat. Seul Dieu est mon avocat. » l JOAN TILOUINE
Chappatte • The International New York Times FRANCE - ÉTATS-UNIS « VOUS N’ÊTES PAS ACCOMPAGNÉ ? »
LA VISITE de François Hollande à Washington devait faire oublier l’affaire Gayet, du nom de cette actrice fréquentée par le président à l’insu de sa désormais ex-compagne officielle. C’est raté, tant les bourdes se sont succédé. Ainsi, lors du dîner à la Maison Blanche, le 11 février, la chanteuse Mary J. Blige n’a rien trouvé de mieux que d’entonner Ne me quitte pas, de Jacques Brel. Quant à l’humoriste Stephen Colbert, également invité, il n’a pu s’empêcher d’imaginer Monica Lewinsky en première dame. Classe ! N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
JEUNE AFRIQUE
Genève, 17-19 mars 2014
2E ÉDITION
Le forum des dirigeants des grandes entreprises africaines Une plateforme exceptionnelle de rencontres. Un outil stratégique pour développer votre activité en Afrique et à l’international. Inscriptions et informations : www.theafricaceoforum.com Ils participent au AFRICA CEO FORUM
DONALD KABERUKA Président, Banque Africaine de développement
MARIA LUISA ABRANTES DG, Angola Investment Agency (ANIP)
MOULAY HAFID ELALAMY Ministre de l'Industrie et du Commerce (Maroc)
ASHISH THAKKAR PDG, Mara Group (Ouganda)
JEAN-PHILIPPE PROSPER Vice-président, IFC
ISSAD REBRAB Président, Cevital (Algérie)
EMMANUEL FABER Directeur Général Délégué, Danone (France)
KOLA KARIM PDG, Shoreline Group (Nigeria)
VALENTINE SENDANYOYE RUGWABIZA PDG, Rwanda Development Board
TEWOLDE GEBREMARIAM PDG, Ethiopian Airlines
CAROLE KARIUKI DG, Kenya Private Sector Alliance (KEPSA)
JEAN KACOU DIAGOU Président de la Fédération des Organisations Patronales d’Afrique de l’Ouest
SAÏD IBRAHIMI PDG, Casablanca Finance City
DAPHNE MASHILE-NKOSI Présidente, Kalahari Resources (Afrique du Sud)
CO-HOST
DIAMOND
PLATINUM
GOLD
PARTNERS
OFFICIAL CARRIER Islamic Corporation for the Development of the Private Sector
AWARDS
rainbow
unlimited
GALA DINNER
MEDIA PARTNERS
KNOWLEDGE & COMMUNICATION PARTNER
La semaine de J.A. Décryptage
18
Mali Sale temps pour les généraux
Retrouvez toute l’actualité africaine en continu sur
jeuneafrique.com
Nouveau rebondissement dans l’affaire des « bérets rouges » : après Amadou Haya Sanogo en novembre 2013, le chef d’état-major particulier du président IBK a été à son tour arrêté.
Cette semaine, à la une :
AIMIE ELIOT
L’Ouganda, terre d’asile pour réfugiés sud-soudanais
LE TWEET @madanitall
« Plus le temps passe, moins Kidal se sent malienne. Il convient d’accepter cette donnée, au-delà du déni. » Madani Tall, homme politique malien
CARTE INTERACTIVE L’itinéraire de Salahoudine al-Faransi, jeune jihadiste français, jusqu’en Syrie
Paris Alep
N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
ien ni personne ne semble octobre 2013, Yamoussa Camara était pouvoir arrêter le juge Yaya monté en grade : de général de brigade Karembé dans sa quête de il était devenu général de division. vérité sur l’affaire dite des Jamais pourtant, malgré cette proxibérets rouges. Vingt et un de ces paramité, le président n’a tenté de lui éviter chutistes fidèles à l’ancien président la case prison, assure-t-on au palais de Koulouba : « IBK l’a encore répété le Amadou Toumani Touré avaient disparu en avril 2012 après avoir tenté de rensoir de l’annonce de l’inculpation de verser la junte d’Amadou Haya Sanogo. Camara : il ne couvrira personne. » Après Leurs corps (ou ce que les enquêteurs son incarcération, le général devrait être pensent être leurs corps, ceux-ci n’ayant suspendu de ses fonctions. pas encore été identifiés) ont été retrouvés dans une fosse commune en décembre 2013. Ce 13 février, moins de trois mois après avoir fait arrêter le général Sanogo – qui croupit en prison depuis (lire p. 40) – pour « complicité d’enlèvement de personnes », le magistrat a une nouvelle fois frappé un grand coup. C’est un autre haut gradé qu’il a inculpé de « complicité d’assassinat » et placé sous mandat de dépôt : le général Yamoussa Camara, un proche de Sanogo qui participa au coup d’État du 22 mars 2012, fut ministre de la Défense dans le gouvernement de transition jusqu’à l’élection d’Ibrahim p Yamoussa Camara a été inculpé de « complicité Boubacar Keïta (IBK), en d’assassinat » par le juge Yaya Karembé. août 2013… avant d’être nommé au poste stratéD’autres officiers pourraient à leur tour gique de chef d’état-major particulier du président. être entendus dans les prochains jours. Il y a quelques semaines, le juge Karembé BRÛLANT. Ce dernier l’avait appelé à a adressé à Soumeylou Boubèye Maïga, le ministre de la Défense, une demande ses côtés « parce qu’il le connaissait, comme beaucoup d’officiers, et lui faisait de mise à disposition de plusieurs généconfiance », indique un proche d’IBK : raux. « Nous ne ferons pas obstacle à « C’est un homme réputé compétent la justice, indique un collaborateur du ministre. Mais nous demandons que le et rigoureux, qui présentait l’avantage principe de présomption d’innocence d’avoir commencé le travail de refonsoit respecté. » l dation de l’armée », l’un des dossiers RÉMI CARAYOL les plus brûlants dont a hérité IBK. En JEUNE AFRIQUE
ISSOUF SANOGO/AFP
R
VIDÉO
La semaine de J.A. Décryptage
Portugal Tunisie
Liberté de la presse Bons, brutes et truands
Maroc Algérie
Cap-Vert
Certains pays progressent, d’autres régressent. Le classement 2014 de Reporters sans frontières fait le tour du monde… et de la question.
C
ommechaqueannée,Reporters sans frontières (RSF) a publié, le 12 février, son rapport mondial de la liberté de la presse. Établi pour 180 pays, ce classement 2014 déplore une « légère dégradation globale », principalement imputable aux conflits armés (Syrie, Centrafrique), mais également aux mesures édictées dans les « grandes démocraties » afin de « protéger la sécurité nationale », souvent liberticides pour les journalistes et autres « lanceurs d’alerte ». L’affaire Snowden explique ainsi le spectaculaire recul des États-Unis, qui rétrogradent de la 32e à la 46e place. Comme l’an dernier, les pays scandinaves (Finlande, 1re, Norvège, 3e) trustent les places d’honneur, aux côtés des Pays-Bas (2e). Et, sans changement là non plus, le Turkménistan (178 e), la
Syrie
Mauritanie
Sénégal Gambie Guinée- Guinée Bissau SierraLeone
Mali
Libye
Égypte
Tchad
Niger
Arabie saoudite
Soudan
Érythrée
Burkina
Nigeria Togo Côte Ghana Bénin Centrafrique d’Ivoire Cameroun Liberia Guinée équat.
R.D.C.
au Point de retirer tous leurs articles citant les enregistrements de l’affaire Bettencourt réalisés par le majordome de la milliardaire à son insu. La Turquie, qui pointe à une indigne 154e place et vient d’adopter une loi restreignant l’accès à internet, est quant à elle devenue la plus grande prison du monde pour les journalistes…
Angola
Kenya
Burundi
Zambie
Malawi
Zimbabwe
Namibie Botswana
Somalie
Éthiopie
Tanzanie
Madagascar
Mozambique
Swaziland Afrique du Sud Lesotho
COURAGE. Sur le continent africain, la
situation reste contrastée. La Namibie (22 e), le Cap-Vert (24 e) et le Ghana (27e) font la course en tête, suivis par le Botswana et l’Afrique du Sud. Celle-ci gagne dix places en partie grâce à une décision courageuse de son président : Jacob Zuma a renoncé à promulguer une loi qui aurait autorisé la mise en œuvre de poursuites contre des personnes ayant révélé des affaires de corruption. Les pays de l’Afrique de l’Ouest e (52e) La Turquie occupe un rang indigne, – Niger (48 ), Burkina e ou Sénégal (62 ) – se disles États-Unis dégringolent, tinguent par un climat de relative liberté. Difficile l’Afrique du Sud gagne dix places. d’en dire autant de l’Afrique Corée du Nord (179e) et l’Érythrée (180e), centrale (la RD Congo est classée 151e, la Guinée équatoriale 168e). qualifiés de « trous noirs de l’informaDans le monde arabo-musulman, la tion », ferment la marche. situation reste problématique. L’Égypte La France, 39e, se maintient sensibleest 159e, non loin du Soudan (172e) et ment au même niveau que précédemment. Elle est notamment pénalisée de la Somalie (176e). Si la Mauritanie figure à une très honorable 60e place, par une décision de justice qui, en 1’Algérie (121e) et le Maroc (136 e – il juillet 2013, a enjoint à Mediapart et
Djibouti Soudan du sud Ouganda Rwanda
Congo Gabon
Yémen
SOURCE : RSF
20
L’info en Afrique, selon RSF Situation bonne Situation plutôt bonne Problèmes sensibles Situation difficile Situation très grave
paie sans doute l’emprisonnement d’Ali Anouzla) stagnent. La Tunisie gagne cinq places, au 133e rang. Mais dans ce cas précis, ce classement, qui repose sur une pondération de critères institutionnels, reflète-t-il réellement le dynamisme d’un secteur médiatique qui vit une révolution permanente, s’est affranchi de la censure dans presque tous les domaines et franchit les lignes rouges en permanence ? On est en droit de se poser la question… l SAMY GHORBAL
À SUIVRE LA SEMAINE PROCHAINE
24
AU 27 FÉVRIER Congrès mondial de la téléphonie mobile à Barcelone, en présence de 50 000 professionnels qui évoqueront l’avenir des marchés et la stratégie à suivre. N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
1ER
AU 8 MARS À Abidjan, Bouaké et Bassam, 8e Marché des arts du spectacle africain (Masa). Avec plus de 480 artistes (musiciens, danseurs, conteurs, acteurs, humoristes).
2
MARS À Hollywood, 86e cérémonie des Oscars. Favoris pour le meilleur film : Gravity (aventure spatiale), American Bluff (thriller) et 12Years a Slave (drame sur l’esclavage). JEUNE AFRIQUE
ILS ONT DIT
La semaine de J.A. Décryptage
« Les Égyptiens ont changé après la révolution de janvier 2011. Un dirigeant qui ne répondra pas aux demandes du peuple fera long feu. »
Philatélie Mandela poste restante
VINCENT FOURNIER/J.A.
IL A ÉTÉ ÉDITÉ à 5 millions d’exemplaires. Mais, à moins de l’acheter, vous ne le recevrez sans doute jamais. Vendu 50 rands (3,30 euros), ce timbre à l’effigie de Nelson Mandela, lancé par la poste sud-africaine le 11 février (date anniversaire de sa sortie de prison, en 1990), est avant tout destiné aux collectionneurs. Sa valeur faciale est celle d’un affranchissement ordinaire (2,80 rands). Et 2 rands par exemplaire vendu sont
GAMAL GHITANY Écrivain égyptien
« L’improvisation et la danse – qui m’a aidé à ne plus avoir honte de mon corps – sont mes deux meilleurs diplômes. »
« Il pourrait sembler au premier abord que je suis le ministre de la Guerre plutôt que celui de la Paix. C’était d’ailleurs l’appellation de mon ministère jusqu’au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. » JEAN-YVES LE DRIAN Ministre français de la Défense
« “Tu as vu comment elle est habillée celle-là ? Et comment il est vêtu celui-ci ?“ Parfois, on papote comme cela après la me messe. On ne doit pas le faire. » PAPE FRANÇOIS
VINCENT FOURNIER/J.A.
«
La Chine est en train de changer. Il y a dix ans, même sous la pr pression internationale, le les Chinois n’auraient pas brûlé un stock d’ivoire ou renoncé à servir de la soupe aux aileron ailerons de requin lors d’un repas officiel. Ils l’ont fait. » l’on JANE GOODALL Primatologue Prim britannique, brita fondatrice de fon l’ONG Roots and l’ON Shoots Sho N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
AP/SIPA
JAMEL DEBBOUZE Humoriste et acteur franco-marocain
reversés à la fondation de l’ancien président. Tiré d’une photo noir et blanc de Madiba à l’âge de 88 ans, ce timbre est le premier à avoir été émis depuis la mort de l’icône, le 5 décembre 2013, à l’âge de 95 ans. Un hommage à celui qui écrivit de nombreuses lettres – souvent censurées – au cours de ses vingt-sept années de détention. Plusieurs timbres représentant Mandela avaient déjà été émis sur tout le continent, dont quatre fois en Afrique du Sud : après son élection en 1994, en hommage à son prix Nobel en 1996, en 2001, puis en 2008, à l’occasion de son 90e anniversaire. Même après sa mort, Madiba continue de faire vendre… l PIERRE BOISSELET
Business Maxi-Coca pour Benmoussa C ’E ST U N E P R E M I È R E pour un Africain : à 40 ans, le Marocain Imad Benmoussa vient d’être nommé président de Coca-Cola France. Après des études de management à l’École supérieure de gestion de Casablanca et un passage chez Colgate-Palmolive, il a passé la plus grande partie de sa carrière au sein du groupe agroalimentaire américain : depuis 1999, il a évolué successivement au Maroc, en Algérie, en Côte d’Ivoire, en Égypte et aux Émirats arabes unis. Jusqu’au 1er mars, il reste d’ailleurs, depuis Dubaï, directeur général de Coca-Cola pour le Moyen-Orient. Dans cette région, le groupe subit encore la domination de Pepsi, qui est le soda favori des habitants du Golfe. Mais Coca-Cola grignote des parts de marché et investit massivement pour améliorer son image. En témoigne, en Égypte, la guerre publicitaire que les deux marques se sont menées en 2011, à grand renfort d’interminables spots télévisés, pour surfer sur la vague révolutionnaire. Fait notable, Imad Benmoussa a reçu les félicitations de Mohammed VI. Dans un message diffusé par MAP, l’agence marocaine de presse, il est qualifié de « compétence nationale par excellence ». Pour trinquer halal, rien de mieux que YOUSSEF AÏT AKDIM l’American champagne ! l JEUNE AFRIQUE
DR
22
LE PREMIER FORUM PUBLIC PRIVÉ SUR L’ÉCONOMIE DE LA SANTÉ EN AFRIQUE
GENÈVE, 16-17 MAI 2014
UNE RENCONTRE STRATÉGIQUE ENTRE DÉCIDEURS AFRICAINS ET INTERNATIONAUX
w w w. a f r i c a h e a l t h fo r u m . co m
La semaine de J.A. Tour du monde Cheunruethainaitham, l’un des chefs de file de la contestation, a été emprisonné, tandis que plusieurs dizaines de mandats d’arrêt étaient lancés. Quelques jours auparavant, l’expulsion de Satish Segal, un homme d’affaires indien accusé d’avoir participé à des manifestations antigouvernementales, avait déclenché un vaste mouvement de solidarité. Et relancé du même coup la contestation, qui, selon tous les observateurs, avait tendance à s’essouffler.
FRANCE
Parenthèse enchantée
D
e sombres nuées s’accumulent au-dessus de la tête de François Hollande. L’asthénie de l’économie est telle qu’il est illusoire de songer à inverser la courbe du chômage. La dette continue d’enfler (2 000 milliards d’euros à la fin de l’année, selon la Cour des comptes), et personne ne sait où le gouvernement va pouvoir trouver les 50 milliards qu’il s’est engagé à économiser. Les mécontents prennent périodiquement possession de la rue, la majorité tire à hue et à dia, et les sondages, désespérément orientés à la baisse (19 % d’opinions favorables pour Hollande, selon TNS Sofres), augurent mal des résultats des élections municipales, en mars, et européennes, en juin. Mais chacun sait que, dans l’adversité, il est important de pouvoir compter sur un ami. François Hollande vient de s’en découvrir un, il se nomme Barack Obama. L’indiscutable succès de sa visite d’État aux États-Unis, dont l’apogée fut le fastueux dîner donné en son honneur à la Maison Blanche, le 11 février, a dû mettre un peu de baume au cœur au président français, qui certes en avait bien besoin. l
Le chiffre
1548
LE NOMBRE de filiales d’entreprises du CAC 40 domiciliées dans des paradis fiscaux, selon une enquête publiée le 13 février par la revue Projet. Cela permet tout à la fois aux grands groupes français – au premier rang desquels BNP Paribas, LVMH et Kering – d’alléger la pression fiscale qui leur est imposée et de réduire l’intéressement de leurs salariés aux bénéfices.
CUBA
Les Européens passent l’éponge CHIP SOMODEVILLA/GETTY IMAGES/AFP
24
p François Hollande entre Michelle et Barack Obama, le 11 février.
VENEZUELA
Journaux en danger APRÈS LES PRODUITS alimentaires de base, le papier. Les pénuries s’enchaînent au Venezuela. Une dizaine de journaux ont cessé, au moins provisoirement, de paraître. Beaucoup d’autres ont été contraints de réduire leur pagination. Le 11 février, patrons de presse, journalistes et ouvriers imprimeurs ont manifesté à Caracas pour protester contre N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
la politique monétaire du gouvernement. Les restrictions imposées sur le marché parallèle des changes les empêchent en effet d’importer du papier. THAÏLANDE
Retour de flamme L’OPPOSITION RÉCL AMANT depuis des mois la démission du gouvernement, celui-ci a fini par se fâcher. Tout rouge. Le 10 février, Sontiyan
SOIXANTEQUINZE opposants arrêtés lors de la grande vague de répression de 2003 ayant été libérés, les vingt-huit ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne réunis à Bruxelles le 10 février ont lancé un processus censé aboutir à la normalisation des relations avec Cuba dans un délai d’un à deux ans. Les négociations comporteront un important volet économique et commercial. Mais tout est conditionné par la poursuite des avancées dans le domaine des droits de l’homme, des réformes et de la modernisation du pays. ROYAUME-UNI
Hominidés en balade EN MAI 2013, d’énigmatiques cavités avaient été découvertes à marée basse sur la plage de Happisburgh, dans l’est de l’Angleterre. Après analyse minutieuse, les scientifiques sont désormais formels : il s’agit de quarante-quatre traces de pas laissées il y a quelque JEUNE AFRIQUE
ARRÊT SUR IMAGE
JONATHAN BACHMAN • Reuters
ÉTATS-UNIS
Le caméléon pris au piège IL N’EST NI NOIR NI BLANC, NI RÉPUBLICAIN NI DÉMOCRATE. Véritable caméléon, Clarence Ray Nagin Jr passe froidement d’un parti à l’autre au gré de ses intérêts. Maire de La Nouvelle-Orléans en 2005, il eut à conduire la reconstruction de la ville dévastée par l’ouragan Katrina. Cela lui vaut de se retrouver aujourd’hui devant un juge. Il est accusé de corruption, blanchiment d’argent, association de malfaiteurs et évasion fiscale. Entre autres.
780 000 ans – à l’époque, la GrandeBretagne n’était pas une île et la plage était un estuaire ! – par cinq hominidés de statures et d’âges très différents. Une famille vraisemblablement. Ce sont les plus anciennes traces de pas humains découvertes hors d’Afrique.
C’est Takashi Niigaki, son ghostwriter, qui, après dix-huit ans de composition dans l’ombre, a fini par révéler le pot aux roses. « Une honte, a commenté un internaute, Samuragochi n’a plus qu’une solution : faire seppukku » (hara-kiri).
ESPAGNE BRÉSIL
JAPON
Samuragochi, l’imposteur IL ÉTAIT UN MUSICIEN star, une véritable idole nationale. Las, le compositeur Mamoru Samuragochi, surnommé le Beethoven japonais en raison de sa surdité précoce, était surtout un imposteur : il n’a écrit aucune des œuvres qui ont fait sa renommée. Ni la symphonie no 1, Hiroshima (dont le CD s’est vendu à 180 000 exemplaires), ni la musique sur laquelle Daisuke Takahashi doit patiner lors des Jeux de Sotchi. JEUNE AFRIQUE
ont repris depuis la fin janvier. Elles dégénèrent presque à chaque fois en raison de la présence de groupes anarchistes. Un peu inquiétant à quatre mois du coup d’envoi du Mondial de football.
Mort d’un cameraman C’EST LE PREMIER journaliste tué depuis qu’une véritable fronde sociale a éclaté au Brésil, en juin 2013. Atteint à la tête par une fusée d’artifice tirée en direction de la police lors d’une manifestation de protestation contre l’augmentation du prix des transports, le 6 février à Rio de Janeiro, Santiago Ilidio Andrade (49 ans), un cameraman de la chaîne de télévision Bandeirantes, est décédé quatre jours plus tard. Les manifestations antigouvernementales
Jiang Zemin poursuivi ALORS QUE LES autorités espagnoles envisagent d’abroger le principe de juridiction universelle qui, en cas de crime contre l’humanité, permet aux juges de mener des enquêtes à l’étranger, la Cour suprême a confirmé le 10 février qu’un mandat d’arrêt international avait été lancé contre l’ancien président chinois Jiang Zemin. Motif : génocide présumé au Tibet. Pékin avait récemment demandé à Madrid de mettre un terme à ces poursuites. Les relations entre les deux pays pourraient être meilleures. N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
25
26
Grand angle
COUR PÉNALE INTERNATIONALE
Quelle justice
Grand angle
27
pour l’Afrique ? Des enquêtes visant exclusivement des ressortissants du continent, une politique du deux poids deux mesures : les accusations fusent contre la CPI, qui voit sa légitimité mise en doute. Remplit-elle correctement sa mission ? Deux juristes répondent. FRANÇOIS SOUDAN
C
Illustrations : RAFAEL RICOY
’
est l’histoire d’une cour de justice installée en Europe mais qui ne traite que de l’Afrique, financée par des puissances occidentales qui ne sont autres que les oppresseurs coloniaux d’hier et qui se consacre à juger ces délinquants de luxe que sont les dirigeants africains, alors que les citoyens ordinaires doivent se contenter de leurs propres tribunaux, jugés précaires et éminemment corruptibles. Ainsi peut se résumer le procès intenté à la Cour pénale internationale (CPI) par l’Union africaine, mais aussi par nombre de juristes et d’intellectuels sur le continent. En annonçant le 7 février l’ouverture d’un examen préliminaire sur les crimes commis en République centrafricaine depuis septembre 2012, la procureure, Fatou Bensouda, a certes fait œuvre de salut public, mais elle a aussi renforcé un peu plus le tropisme africain reproché à la CPI. Sur les neuf procédures d’enquête initiées par la cour de La Haye depuis son entrée en fonction, il y a plus de onze ans, toutes concernent des dossiers de violations des droits de l’homme en Afrique, le cas de la Centrafrique servant de base à deux affaires distinctes. AU NOM DU PEUPLE. Longtemps diffus, le malaise est devenu public avec
le cas kényan et le maintien des poursuites engagées par la CPI contre Uhuru Kenyatta et William Ruto, alors même que ces derniers venaient d’être élus aux postes de président et vice-président. Toute action judiciaire ne peut en effet se justifier que si elle est faite au nom du peuple et dans son intérêt. Or les électeurs kényans ont dans leur majorité choisi d’élire démocratiquement les deux présumés coupables, en sachant qu’ils étaient sous le coup d’une investigation de la CPI. Dès lors, pourquoi ne pas avoir suspendu la procédure le temps qu’ils accomplissent leurs mandats, en application d’une immunité présidentielle temporaire commune en droit international ? Sans doute est-ce cette impression d’acharnement qui gêne, tout comme la politique du deux poids deux mesures appliquée dans certains cas (la Côte d’Ivoire par exemple) et plus généralement le déséquilibre géopolitique global des interventions de la Cour. Prompt à saisir la CPI du dossier de pays africains pourtant non parties au statut de Rome, comme le Soudan ou la Libye, le Conseil de sécurité de l’ONU est incapable d’agir de la sorte à propos de la Syrie – dont le régime criminel bénéficie de la protection de la Russie, de l l l N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
Grand angle Cour pénale internationale
Kenneth Roth « Un dernier recours pour les victimes »
l l l la Chine et dans le cas d’espèce des… États-Unis, qui n’ont jamais faite leur cette exigence. On peut certes admettre que les systèmes judiciaires africains sont souvent peu fiables et, pour certains d’entre eux, dans l’impossibilité de juger sereinement et équitablement, loin de toute pression, des responsables politiques. Mais la solution consiste-t-elle, comme l’écrit l’avocat camerounais Bernard Muna, ancien procureur adjoint près le Tribunal pénal international pour le Rwanda, à « déporter nos présumés criminels à l’état brut vers les systèmes judiciaires occidentaux plus modernes, afin que ces derniers nous renvoient des verdicts prêts à consommer » ? Ne faudrait-il pas plutôt laisser les juges africains « apprendre par essai et erreur à juger leurs leaders politiques, de la même manière qu’ils jugent les justiciables ordinaires » ?
Les critiques visant la Cour reflètent avant tout les limites de la justice internationale, estime le directeur exécutif de Human Rights Watch. Qui réaffirme son utilité.
Q
ue penser du fait que, depuis sa création il y a plus de onze ans, la Cour pénale internationale (CPI) n’ait poursuivi que des Africains ? Doit-elle être condamnée pour discrimination, comme l’affirment certains dirigeants du continent, ou au contraire applaudie pour l’attention particulière qu’elle porte aux atrocités qui y sont commises – signe que quelqu’un se préoccupe enfin des innombrables victimes ignorées, comme le soutiennent de nombreux militants africains ? Ce débat est au cœur de l’une des crises les plus graves que la CPI ait eu à gérer. Les attaques dont elle est actuellement victime pourraient en effet menacer son avenir. Contrairement à la Cour internationale de justice, également basée à La Haye et qui règle les différends juridiques entre États, la Cour pénale internationale traite des crimes commis par des individus. Elle a été créée en 2002 (en vertu d’un traité négocié lors d’une conférence mondiale à Rome et ratifié par 122 pays à ce jour) et pensée comme un organe judiciaire indépendant pouvant mettre fin à l’impunité en ce qui concerne les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité et
EGO. Une chose est sûre : jeter le bébé avec l’eau du bain et prôner un retrait massif des États africains de la CPI serait une incontestable régression, tant que cette solution conviendra à des chefs d’État dont l’unique objectif est d’organiser leur propre impunité. Mais Fatou Bensouda, qui a hérité d’une institution largement modelée par l’ego de son prédécesseur, Luis Moreno-Ocampo, serait bien inspirée de penser à réformer les modes d’intervention d’une cour pénale qui pour l’instant n’a d’internationale que le nom. Il est vrai qu’ici comme ailleurs qui paie commande. Or la grande majorité des 34 pays africains membres de la Cour n’a jamais mis un seul dollar pour financer cette lourde machine*. Tant que perdurera cette situation, l’épée de Damoclès qu’est la CPI restera suspendue au-dessus d’un seul continent : l’Afrique. Abus de faiblesse? Le débat est ouvert. Deux juristes, l’ancien procureur fédéral américain Kenneth Roth, directeur exécutif de l’ONG Human Rights Watch depuis vingt ans, et le professeur de droit public Albert Bourgi, spécialiste reconnu des systèmes politiques africains, croisent ici leurs arguments. l * Quatre pays assurent à eux seuls près de 50 % du financement de la CPI: le Japon, l’Allemagne, le Royaume-Uni et la France.
MICHAEL SOHN/AP/SIPA
28
Dans cinq des huit pays où des suspects sont poursuivis, les États ont eux-mêmes saisi le tribunal.
Il y a loin du mandat au procès RD CONGO
SOUDAN
8 juillet 2005
22 août 2006
27 avril 2007
Mandat d’arrêt contre Joseph Kony, commandant de l’Armée de résistance du seigneur (LRA), et quatre de ses adjoints (dont l’un est décédé depuis). Actuellement en fuite
Mandat d’arrêt contre Bosco Ntaganda. Audience de confirmation des charges ouverte le 10 février 2014
Mandat d’arrêt contre Ahmad Muhammad Harun, ex-ministre soudanais de l’Intérieur, et Ali Muhammad Ali Abd-AlRahman (dit Ali Kushayb), chef de milices Djandjawid. En fuite
N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
PETER DEJONG/AP/SIPA
STR/AP/SIPA
OUGANDA
JEUNE AFRIQUE
ROBIN VAN LONKHUIJSEN/AFP
Quelle justice pour l’Afrique ?
p La Gambienne Fatou Bensouda, procureure depuis 2012.
les génocides. Trop souvent, pour éviter des poursuites dans leur pays, certains dirigeants impitoyables ont corrompu juges et procureurs ; ceux de La Haye sont hors de leur portée. La CPI est donc un dernier recours pour les victimes qui ne peuvent obtenir justice dans leur pays. Mais aussi un outil de dissuasion à l’égard des gouvernants. La critique accusant la Cour de se focaliser sur l’Afrique a pris de plus en plus d’importance à mesure que progressait la procédure lancée contre le président kényan, Uhuru Kenyatta. Ce dernier est accusé d’être en partie responsable des violences qui ont secoué son pays à la
RD CONGO
JEUNE AFRIQUE
PROTÉGER. La CPI est loin d’être une
institution anti-Africains. Sur les 122 États parties au statut de Rome, 34 sont africains, et ils ont été au cœur des négociations qui ont abouti à ce traité. Ces 34 États – dont le Kenya fait partie – représentent plus de la moitié des 54 pays du continent. Depuis 2012, la procureure de la CPI est Fatou Bensouda, une Gambienne, qui avait auparavant occupé le poste de procureure adjointe pendant huit ans.
CENTRAFRIQUE
* NDLR: un examen préliminaire a été ouvert le 7 février sur les crimes commis en République centrafricaine depuis septembre 2012. Contrairement à l’enquête lancée en 2007 après que les autorités centrafricaines avaient déféré la situation à la CPI, cette nouvelle procédure a été initiée par le bureau du procureur.
SOUDAN
Mandat d’arrêt (remplacé par un nouveau mandat le 10 juin 2008) contre Jean-Pierre Bemba, commandant en chef présumé du Mouvement de libération du Congo (MLC). Procès en cours
4 mars 2009
ALI NGETHI/AP/SIPA
23 mai 2008 PETER DEJONG/AP/SIPA
2 juillet 2007
Mandat d’arrêt contre Germain Katanga, commandant présumé de la Force de résistance patriotique en Ituri (FRPI). Jugement attendu le 7 mars 2014
fin de 2007 et au début de 2008, à la suite d’une élection présidentielle contestée, et qui auraient fait 1 100 morts et forcé 650 000 personnes à quitter leur maison.
En tant que juges ou au sein du bureau du procureur, de nombreux Africains travaillent pour l’institution. En réalité, la focalisation sur le continent qu’on reproche à cette dernière est en grande partie le reflet des limites de la justice internationale. La CPI n’est en effet compétente que pour juger les crimes commis par un ressortissant d’un État partie ou sur le territoire d’un État partie, ainsi que ceux qui ont été renvoyés devant elle par le Conseil de sécurité de l’ONU. Résultat: si bien des personnalités non africaines pourraient faire figure de suspects potentiels, par exemple au Sri Lanka, en Corée du Nord, en Ouzbékistan, en Israël, en Palestine, en Syrie ou en Irak, la Cour ne peut pas les poursuivre car aucun de ces pays ne compte parmi ses membres. Le Conseil de sécurité aurait pu les lui déférer, mais il s’en est abstenu, ses membres permanents se montrant souvent soucieux de protéger certains États. De plus, si la CPI s’est concentrée sur le continent, c’est en grande partie à l’initiative de ce dernier. Dans cinq des huit pays où des suspects sont activement poursuivis (l’Ouganda, le Mali, la Côte d’Ivoire, la République centrafricaine* et la RD Congo), l’État en question a luimême demandé au tribunal d’intervenir. Dans deux autres pays (le Soudan et la Libye), c’est le Conseil de sécurité de l’ONU qui a saisi la CPI. Le dossier l l l
Mandat d’arrêt contre Omar el-Béchir, président du Soudan
N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
29
Grand angle Cour pénale internationale
30
kényan est le seul ouvert à l’initiative De même, Alassane Ouattara, le chef de du bureau du procureur. l’État ivoirien, semblait approuver l’action Jusqu’à ce que la Cour commence à de la Cour quand son rival, l’ancien préenquêter sur des présidents africains, sident Laurent Gbagbo, a été envoyé à elle bénéficiait d’ailleurs d’un large souLa Haye pour répondre d’accusations de tien parmi les dirigeants du continent. Le crimescontrel’humanité.IlappréciebeauCongolais Joseph Kabila, par exemple, coup moins, aujourd’hui, la perspective a salué les poursuites engagées contre que la CPI puisse s’intéresser aux atrocités plusieurs chefs de milices de l’est de la commises par les forces qui l’ont soutenu RD Congo, qui ont commis de nompendant la guerre civile qui a éclaté au lenbreuses exactions contre des civils. Son demain des élections contestées de 2010. gouvernement a remis quatre suspects au tribunal, dont Thomas Lubanga Dyilo FASTIDIEUX. La Cour est en partie res(condamné) et Mathieu Ngudjolo Chui ponsable des problèmes qu’elle rencontre. (acquitté). Un autre suspect congolais, L’Argentin Luis Moreno-Ocampo, qui en le commandant rebelle Bosco Ntaganda, a été le procureur durant les neuf années s’est rendu, craignant apparemment pour suivant sa création, semblait plus intéressé sa vie. Les accusations de la CPI avaient parl’émissiondemandatsd’arrêtqueparle contribué à l’affaiblir, le rendant même fastidieux travail d’enquête pénale. Jusqu’à gênant pour le mouvement qu’il dirigeait présent, 6 des 31 poursuites qu’il a engaet ses alliés rwandais. gées – 3 au Kenya, 2 en RD Congo et 1 au D’autres dirigeants africains ont Soudan – ont été abandonnées, rejetées, éprouvé des sentiments plus mitigés ou ont conduit à un acquittement (qui à la suite de l’ouverture de procédures fait l’objet d’un appel) faute de preuves. concernant leur pays. Fatou Bensouda, qui lui Yoweri Museveni, le a succédé, a augmenté Refuser de président ougandais, la capacité d’enquête du poursuivre des qui est devenu l’un des bureau du procureur. dirigeants en principaux partisans Dans ses premières de la campag n e de années, la CPI semble exercice pourrait Kenyatta contre la CPI, en inciter certains s’être concentrée sur des personnalités impopuavait d’abord invité le trià tout faire pour bunal à poursuivre les laires, jouissant de peu de dirigeants de l’Armée de soutien, comme Joseph rester au pouvoir. résistance du seigneur Kony ou les seigneurs de (LRA). Mais dans les années qui ont guerre de l’est de la RD Congo. Cela a changé en 2009, lorsqu’elle a cherché à suivi l’émission de mandats d’arrêt visant Joseph Kony, chef de la LRA, et quatre arrêter le président soudanais, Omar elde ses adjoints, l’attitude de Museveni Béchir, pour les atrocités commises au a changé. Il semble qu’il ait craint que Darfour. Aujourd’hui, malgré un mandat les poursuites engagées ne compliquent d’arrêt, El-Béchir est toujours au pouvoir ses efforts pour négocier la paix avec la à Khartoum et fait des pieds de nez à la LRA et que la CPI ne se tourne un jour Cour en poursuivant ses déplacements contre lui et son gouvernement. à l’étranger, dans différents pays qui
lll
27 août 2009
8 mars 2011
Citation à comparaître notifiée à Abdallah Banda, commandant en chef du Mouvement pour la justice et l’égalitédirection collective. Ouverture du procès prévue le 5 mai 2014
Citation à comparaître signifiée à Uhuru Kenyatta (à g.), actuel président du Kenya, William Ruto (à dr.), son vice-président, ainsi qu’au journaliste Joshua arap Sang. Le procès de ces derniers a débuté le 10 septembre 2013, l’ouverture de celui de Kenyatta a été ajournée
N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
MICHAEL KOOREN/AP/SIPA
KENYA
SAYYID AZIM/AP/SIPA
TOUSSAINT KLUITERS/AP/SIPA
SOUDAN
promettent de ne pas l’appréhender. Un petit jeu auquel de nombreux États parties au statut de Rome – sous la pression des activistes et des médias locaux, entre autres – ont refusé de se livrer, ou n’ont acquiescé qu’avec réticence, même après que l’Union africaine (UA) a demandé à ses membres de ne pas extrader le dirigeant soudanais. Les mouvements d’ElBéchir ont été sévèrement restreints, et sa stature internationale diminuée. Le Conseil de sécurité des Nations unies n’a jamais accédé à la demande du Soudan de reporter sa mise en accusation. En engageant des poursuites contre Kenyatta et son vice-président, William Ruto, la CPI s’en est prise à des adversaires plus redoutables. À l’origine, Kofi Annan, qui conduisait une médiation de l’UA, avait demandé à Nairobi de créer un
JEUNE AFRIQUE
Quelle justice pour l’Afrique? La convocation, en octobre, d’un sommet extraordinaire de l’UA a fait craindre un retrait en masse de la Cour des États africains parties. Cela ne s’est finalement pas produit, mais Nairobi a réussi à obtenir de l’organisation continentale qu’elle demande au Conseil de sécurité de l’ONU de différer les poursuites contre Kenyatta, arguant de sa fonction de chef d’État. C’est le Rwanda qui a mené la fronde au sein du Conseil, dont il est actuellement membre non permanent. Sans succès. Plusieurs personnalités africaines comme Kofi Annan et Desmond Tutu, ainsi que des groupes kényans de défense des droits de l’homme s’étaient déclarés opposés à la demande de l’UA. JOUET. Mais les autorités kényanes
tribunalspécialcomprenantdesmagistrats internationaux pour juger les violences postélectorales, les tribunaux kényans ne semblant pas en mesure de le faire. Mais, à deux reprises, un projet de loi à cet effet a été rejeté par le Parlement kényan, du fait de l’opposition des alliés de Kenyatta et de celle de William Ruto [son adversaire, à l’époque]. Sans doute avaient-ils estimé qu’un tribunal spécial kényan constituait pour eux une menace plus sérieuse que la perspective, qui semblait alors lointaine, de poursuites à La Haye. Un mauvais pari. En 2008, une commission d’enquête kényane a remis à Kofi Annan une liste confidentielle de personnes soupçonnées d’avoir orchestré les violences, en lui demandant de la remettre à la CPI si le gouvernement n’établissait pas de tribunal. Encouragé par Mwai Kibaki, alors
président du Kenya, Annan s’exécuta à contrecœur en 2009. L’enquête de la Cour a conduit à la convocation, en 2011, de six Kényans:Kenyatta,Rutoetdeuxcomplices présumés de chacun d’eux. RETRAIT. Face à ces poursuites, Kenyatta
et Ruto ont enterré leurs différends politiques et formé une alliance – parfois surnommée avec dérision la « coalition des accusés ». En mars 2013, ils ont remporté au premier tour, avec 50,07 % des voix, une élection présidentielle serrée et émaillée d’accusations de fraudes. La dénonciation de la CPI avait été l’un de leurs thèmes de campagne, et Kenyatta a vite interprété sa courte victoire comme un mandat l’autorisant à ignorer les légitimes demandes de justice des victimes des violences de 2007-2008.
poursuivent leur offensive contre la CPI, avec deux arguments principaux. Tout d’abord, Nairobi soutient que la focalisation du tribunal international sur les crimes commis en Afrique est injuste et constitue une forme moderne de colonialisme. La Cour « a cessé d’être la maison de la justice le jour où elle est devenue le jouet des puissances impériales en déclin », a ainsi déclaré Kenyatta au sommet de l’UA en octobre 2013. Un point de vue auquel les dirigeants africains – dont beaucoup ont leurs propres raisons de ne pas souhaiter que soit créé un précédent qui pourrait conduire les chefs d’État à rendre des comptes – ont été particulièrement réceptifs. Il n’est guère surprenant que les soutiens les plus importants du Kenya soient l’Éthiopie et le Rwanda, qui n’ont jamais rejoint la CPI, et l’Ouganda, dont le président Museveni est devenu de plus en plus autocratique au fil de ses vingt-huit années de règne et dont les forces armées ont une longue lll histoire d’abus violents.
CÔTE D’IVOIRE
CÔTE D’IVOIRE
27 juin 2011
23 novembre 2011
21 décembre 2011
Mandats d’arrêt contre Seif el-Islam Kaddafi (photo), actuellement détenu à Zintan, et Abdallah Senoussi, détenu à Tripoli et dont la première chambre préliminaire de la CPI a estimé le 11 octobre 2013 qu’il devait être jugé en Libye
Mandat d’arrêt contre Laurent Gbagbo, l’ancien président ivoirien. Une deuxième audience de confirmation des charges est attendue au premier semestre de 2014
Mandat d’arrêt contre Charles Blé Goudé, ancien leader des Jeunes patriotes. Aujourd’hui incarcéré en Côte d’Ivoire
JEUNE AFRIQUE
AMMAR EL-DARWISH/AP/SIPA
LIBYE
N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
31
LEX VAN LIESHOUT/AP/SIPA
32
p L’ancien président ivoirien Laurent Gbagbo lors de sa première comparution à La Haye, le 5 décembre 2011.
REBECCA BLACKWELL/AP/SIPA
Que les criminels de guerre lll échappent à la justice dans des États où la Cour ne peut pas agir n’est pas une raison pour que celle-ci s’abstienne de mener des poursuites là où elle en a la possibilité. Toutefois, l’argument selon lequel les normes de la justice internationale ne sont appliquées qu’aux Africains – et pas aux Afghans, aux Irakiens, au Sri-Lankais ou encore aux Israéliens – fait mouche sur un continent dont la population a souffert du colonialisme. Et même si la plupart des États européens ont ratifié le statut de Rome, le fait que d’autres grandes puissances – les États-Unis, la Chine, la Russie, l’Inde, pour n’en nommer que quelques-unes – s’en soient abstenues n’aide pas. Cette critique rencontre toutefois moins d’écho au sein des peuples africains
N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
soumis aux régimes les plus implacables. Les membres de la société civile du continent ont été prompts à souligner que la CPI – qui, en vertu de son statut, doit s’en remettre à la justice nationale lorsque celle-ci manifeste la volonté d’agir – ne fait que réagir face à l’incapacité de l’Afrique à poursuivre les responsables des atrocités commises sur son sol. IMMUNITÉ. Le second argument avancé
par Nairobi, avec le soutien marqué de certains autres membres de l’UA, est qu’un chef d’État devrait être exempté de poursuites pendant la durée de son mandat. Les autorités kényanes ont utilisé l’attaque menée en septembre 2013 par le groupe islamiste armé Shebab sur le centre commercial Westgate, dans la capitale, pour renforcer cet argument.
Kenyatta explique ainsi qu’il ne devrait pas être détourné de ses fonctions et de la lutte contre le terrorisme par les poursuites en cours à La Haye. Une déclaration qui recèle un chantage implicite: les pays occidentaux ne doivent pas compter sur l’assistance du Kenya contre les Shebab s’ils continuent de soutenir les procédures judiciaires contre ses dirigeants. Pourtant, l’objectif central de la CPI est de poursuivre les responsables, qui, sinon, pourraient utiliser leur position pour garantir leur impunité. En conformité avec le droit international et la pratique depuis les procès de Nuremberg, le traité de Rome, qui régit la Cour – et que tous les États parties, y compris le Kenya, ont ratifié –, prévoit que « la qualité officielle de chef d’État ou de gouvernement […] ne doit en aucun cas exempter une
CÔTE D’IVOIRE
SOUDAN
RD CONGO
29 février 2012
1 mars 2012
13 juillet 2012
Mandat d’arrêt contre Simone Gbagbo, l’expremière dame de Côte d’Ivoire. Détenue à Odienné (nord du pays)
Mandat d’arrêt contre Abd el-Rahim Muhammad Hussein, ministre soudanais de la Défense. Exécution du mandat en attente
Mandat d’arrêt contre Sylvestre Mudacumura, présumé commandant suprême des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR). Actuellement en fuite
er
JEUNE AFRIQUE
Quelle justice pour l’Afrique ?
PARIAS. Le bras de fer entre Nairobi et La Haye est en suspens. Kenyatta et Ruto affichent leur coopération avec la Cour afin d’éviter l’émission de mandats d’arrêt à leur encontre qui feraient d’eux des parias comme El-Béchir. Le procès de William Ruto a commencé en septembre 2013. Celui d’Uhuru Kenyatta devait s’ouvrir ce mois-ci, mais le procureur a demandé un délai en raison de problèmes avec des témoins. Jusqu’à présent, tout ce que les deux hommes ont obtenu, c’est un assouplissement de l’obligation d’assister à leur procès. Mais ils maintiennent la pression. Au-delà du cas kényan, l’essentiel pour la CPI semble bien devoir se jouer en Afrique. En particulier si l’UA fait de l’immunité des chefs d’État en exercice un cheval de bataille, alors que jusqu’à présent le soutien de la plupart des dirigeants du continent à Nairobi a été purement rhétorique. Si Kenyatta et Ruto étaient en mesure d’orchestrer une défection massive des pays africains membres de la Cour, ils le feraient sans aucun doute et cela pourrait être dévastateur pour la justice internationale. L’avenir de la CPI dépend maintenant en grande partie de la bataille que se livrent des dirigeants africains peu soucieux de justice et leurs populations, y compris les nombreux militants et victimes, qui considèrent la fin de l’impunité comme essentielle pour le continent. On ne peut qu’espérer que le bien-être des peuples prévale sur les intérêts des gouvernants. l © The New York Review of Books et Jeune Afrique, 2014. Tous droits réservés JEUNE AFRIQUE
Albert Bourgi « Une Cour influencée par les grandes puissances » Pour le Franco-Sénégalais, professeur des universités en droit public, l’action de la CPI est politisée.
P
rofesseur émérite de droit public à l’université de Reims (nord-est de la France), Albert Bourgi est un homme de gauche, proche des partis socialistes sénégalais et français et ami de longue date de l’ancien président ivoirien Laurent Gbagbo ainsi que du chef de l’État guinéen, Alpha Condé. FrancoSénégalais, il est un expert de la politique africaine. Il s’est par ailleurs intéressé de près aux constitutions du continent, un sujet sur lequel il a notamment publié en 2002 « L’évolution du constitutionnalisme en Afrique : du formalisme à l’effectivité » dans la Revue française de droit constitutionnel.
constat est largement partagé pas seulement en Afrique, mais aussi au sein de la communauté juridique internationale. Cette dernière avait déjà émis de sérieuses réserves lors de la signature, à Rome, en 1998, du traité portant création de la Cour pénale internationale, y compris sur son statut d’organe juridictionnel. Les attributions de l’organe éminemment politique qu’est l’Assemblée des États parties en matière de désignation du procureur de la Cour, de son adjoint, ainsi que des juges, confortent largement cette opinion. Depuis lors, et au regard des pratiques erratiques et discriminatoires de la Cour, les critiques se sont amplifiées.
JEUNE AFRIQUE : Que reprochez-vous à la Cour pénale internationale (CPI) ? ALBERT BOURGI : Les reproches que
Ces critiques proviennent surtout d’Afrique. Le continent aurait-il un problème avec la notion de justice internationale ?
VINCENT FOURNIER/J.A.
personne de la responsabilité pénale ». La Constitution du Kenya ne prévoit d’ailleurs pas d’immunité pour les crimes tombant sous le coup d’un traité international comme celui de la CPI. Plusieurs chefs d’État ont déjà été poursuivis par des tribunaux internationaux, y compris Omar el-Béchir, Charles Taylor (Liberia), Mouammar Kaddafi (Libye) et Slobodan Milosevic (ex-Yougoslavie). En outre, refuser de poursuivre des dirigeants en exercice pourrait inciter ceux devant faire face à de graves accusations à tout faire pour rester en place, notamment en commettant des crimes que la CPI est censée aider à prévenir.
l’on peut adresser à la CPI procèdent du constat de politisation de l’institution Paradoxalement, les accusations de depuis l’entrée en vigueur du statut de politisation portées contre la CPI et Rome, en 2002. La Cour n’a pas répondu la critique de ses manquements aux aux espoirs de ceux qui, principes d’indépendance et d’impartialité dans les années 1990, – et La Cour n’a pas j’en faisais partie – miliqui sous-tendent toute répondu aux justice digne de ce nom taient pour la démocratie espoirs de ceux et la défense des droits de avaient été soulevées, l’homme sur le continent. qui militaient pour au moment de sa créaIls voyaient dans l’avènetion, non pas par les la défense des ment d’une juridiction États africains, mais droits de l’homme par les grandes puispénale internationale le meilleur moyen de lutter sances, notamment les sur le continent. contre l’impunité dont États-Unis. Qui n’a en jouissaient certains pouvoirs autoritaires, mémoire l’empressement de la diploen Afrique comme ailleurs dans le monde. matie américaine à faire signer, à travers Or aujourd’hui, et les procédures le monde et en particulier en Afrique, en cours depuis quelques années en des accords garantissant l’immunité juridictionnelle des citoyens américains témoignent amplement, la CPI, tant afin d’éviter tout risque d’extradition dans son organisation que dans son fonctionnement, n’a plus que les appavers La Haye ? La France elle-même rences d’une institution judiciaire. Ce avait marqué quelques hésitations, l l l N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
33
34
Grand angle Cour pénale internationale sans aller pour autant jusqu’à refuser d’adhérer à la CPI, comme l’ont fait les États-Unis, la Chine et la Russie. À l’inverse de cette attitude de méfiance des grandes puissances qui, depuis, ont su faire un bon usage diplomatique et politique de l’institution en l’intégrant pleinement dans le système international qu’elles contrôlent et régulent, l’Afrique a très largement soutenu la création de la CPI. Au cours des années 1990, les ONG africaines de défense des droits de l’homme ont joué un grand rôle dans sa gestation, et le Sénégal, dirigé à l’époque par Abdou Diouf, a été le premier pays à ratifier le statut de Rome. Autant dire qu’il n’y avait pas d’a priori de l’Afrique et des Africains à l’encontre de la CPI. La défiance actuelle du continent à l’égard de la Cour, illustrée par le refus solennel de l’Union africaine [UA] de coopérer avec elle « à l’arrestation et au transfert du président soudanais Omar el-Béchir », suspecté de crimes dans la guerre du Darfour, a pris depuis lors une dimension politique et diplomatique, susceptible à terme de saper l’autorité de la CPI. lll
Comment expliquez-vous que les neuf procédures en cours concernent toutes le continent ?
ou encore de celles qui font suite à une saisine par le procureur de la Cour de sa propre initiative, obéissent à un titre ou à un autre à des considérations politiques. Celles-ci tirent leur inspiration des règles de fonctionnement d’une société internationale qui, depuis 1945, à travers les structures de l’ONU, consacre l’hégémonie des grandes puissances, notamment des cinq membres permanents du Conseil de sécurité, et plus particulièrement, lorsqu’il s’agit de l’Afrique, de ce qu’on appelle le P3, c’est-à-dire la France, le Royaume-Uni et les États-Unis. Ce sont eux qui détiennent le pouvoir de saisine dont dispose le Conseil de sécurité au titre de ses attributions en matière de maintien de la paix et d’action coercitive. Parmi les trois modes de saisine de la Cour, c’est bien entendu celui reconnu au Conseil de sécurité qui prédomine. Par ailleurs, l’organe restreint de l’ONU peut, à tout moment et en se fondant sur la notion très ambiguë de « préservation de la paix et de la sécurité », demander au procureur de la CPI de suspendre, pour une période renouvelable de douze mois, les enquêtes et les poursuites menées dans une affaire dont la Cour est saisie. Avez-vous des exemples précis de politisation de la CPI ?
La réponse à cette question se trouve Les prises de position du Conseil de dans les dérives de la Cour, et dans l’usage sécurité orientent le plus souvent les politique et diplomatique que celle-ci a enquêtes menées par le procureur. Cela fait de sa mission de dire uniquement s’est amplement vérifié en Côte d’Ivoire. le droit et en toute indépendance. Ce À l’image de ce qui s’est passé pour la constat saute aux yeux Libye et le Darfour, les lorsqu’on observe de résolutions du Conseil L’activisme près les procédures en de sécurité sur la Côte de la CPI est cours, toutes africaines, d’Ivoire, notamment celle et les acrobaties juridu 30 mars 2011 (résolud’autant plus diques auxquelles se livre insupportable que tion 1975), ont fait le lien le bureau du procureur entre l’usage de la force le continent est en destiné à détruire les pour dresser les dossiers d’accusation. armes lourdes détenues pleine mutation. Même si les principales par le camp Gbagbo et critiques adressées à la Cour renvoient la protection des populations civiles. surtout aux méthodes expéditives et C’est à partir de cette interprétation parcavalières auxquelles a eu trop longtiale, éminemment politique, comme l’a temps recours l’ancien procureur, Luis montré la suite des événements, que le Moreno-Ocampo, elles ont aussi mis en procureur Moreno-Ocampo a focalisé ses lumière le rôle décisif que jouent dans le enquêtes sur la crise postélectorale, ignofonctionnement de la Cour les grandes rant l’autorisation donnée par la chambre préliminaire de la CPI d’enquêter sur les puissances, et parmi elles celles qui ne crimes commis entre le 19 septembre sont pas parties au statut de Rome. Les procédures en cours devant la CPI, 2002, date de déclenchement de la sanqu’il s’agisse des affaires portées devant glante rébellion conduite par Guillaume Soro, et le 28 novembre 2010, début de elle par des États parties, de celles déféla crise postélectorale. rées par le Conseil de sécurité de l’ONU N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
C’est dire qu’en dehors des seules apparences qu’offre le déroulé des séances de la Cour, celle-ci donne l’image d’une justice politique dont l’une des vocations est d’agir en conformité avec la défense des intérêts des grandes puissances, qu’ils soient politiques, économiques ou stratégiques, et ceux de leur clientèle politique locale. La CPI fait ainsi figure de garde-fou pour les chefs d’État en place, leur permettant d’asseoir leur autorité et d’écarter les opposants grâce à la possibilité qu’ils ont, en tant que président d’un État partie au statut de Rome, de saisir la Cour. C’est pour cette raison aussi que le président et le vice-président du Kenya ont pu éviter le sort qui les attendait s’ils n’étaient pas sortis vainqueurs de l’élection présidentielle, à savoir d’être traduits devant la CPI, ou à tout le moins d’être obligé de comparaître en ce qui concerne William Ruto. Le départ des 34 pays africains parties au traité de Rome vous paraît-il envisageable et souhaitable ? JEUNE AFRIQUE
Quelle justice pour l’Afrique ? selon qu’il sert ou non politiquement le pouvoir en place. Il suffit de prendre l’exemple de la République centrafricaine et de la Côte Ce clivage existe sans doute. Mais j’ai d’Ivoire. Dans le premier cas, la quesplutôt l’impression que la très grande tion ne s’est guère posée de savoir si la majorité des chefs d’État du continent République centrafricaine avait ou non ressent la même indignation de voir que les moyens de juger Jean-Pierre Bemba, l’institution censée incarner la justice car l’objectif était d’ordre politique, à savoir éloigner le plus vite et le plus pénale internationale réserve jusqu’à préloin possible celui qui était considéré sent ses poursuites et ses jugements aux seuls Africains. À croire que les crimes comme le principal adversaire de Joseph Kabila en RD Congo. Quant à la Côte de guerre, les crimes contre l’humanité d’Ivoire, la question du transfèrement et le crime de génocide sont l’apanage de Laurent Gbagbo à de l’Afrique ! Qu’en estLa Haye en 2011 ne s’est il des violences comQu’en est-il pas posée en termes de mises ailleurs dans le des violences capacité ou non de la monde, en Irak depuis commises ailleurs justice ivoirienne de le 2003, en Afghanistan, en Tchétchénie, en Palestine, poursuivre et de le juger, dans le monde, au Bangladesh, etc. ? mais a traduit la volonté en Irak, en L’activisme de la CPI commune des pouvoirs Afghanistan ou en Afrique est d’autant ivoirien et français de plus insupportable que l’époque d’humilier et en Tchétchénie ? d’éloigner l’ancien préle continent est en pleine sident, histoire de faire place nette à mutation et qu’il peut se donner les moyens de lutter contre l’impunité sur Alassane Ouattara. Cela veut dire que la règle de complémentarité est en fin de son sol, en érigeant par exemple une juridiction continentale ou des tribucompte laissée au bon vouloir politique naux régionaux qui sanctionneraient des pouvoirs en place. les crimes relevant aujourd’hui de la compétence de la CPI. L’idée est dans La CPI continue de demander le transl’air et mériterait que l’UA s’en saisisse. fert des Ivoiriens Charles Blé Goudé et Comment faire la part des choses entre les chefs d’État qui critiquent la CPI de bonne foi et ceux dont la motivation est d’organiser leur propre impunité ?
Ce départ n’est ni envisageable ni souhaitable. L’Afrique, pour peu qu’elle s’en donne les moyens et en exprime la volonté politique, est en mesure de changer le cours des choses à la CPI. Pour cela, il faudrait aussi qu’elle parle d’une seule voix, pas seulement le temps d’une session de l’UA, mais à travers des prises de position concrètes allant bien au-delà de la seule CPI. L’inégalité de traitement entre l’Afrique et le reste du monde à la cour de La Haye, qui fait de plus en plus figure d’organe d’exécution du Conseil de sécurité de l’ONU, est malheureusement le reflet de la place a minima qu’occupe le continent sur la scène internationale et de sa faible représentation au sein des instances décisionnaires des grandes organisations comme l’ONU. L’UA est sans conteste une bonne tribune pour les revendications du continent, mais encore faudrait-il aussi qu’elle passe aux actes et fasse enfin valoir ses atouts politiques et économiques sur la scène internationale. On en est, hélas, encore loin. JEUNE AFRIQUE
La CPI s’en tient officiellement à la règle de complémentarité, qui veut qu’elle n’intervienne que lorsque la justice ne peut s’exercer convenablement dans le pays concerné. Est-ce une bonne règle ? Vous paraît-elle respectée ?
Ce principe constitue le fondement de la Cour pénale internationale : cette dernière n’est censée intervenir que si les États normalement compétents pour juger les crimes ne peuvent pas ou ne veulent pas poursuivre, arrêter et juger leurs auteurs et complices. Cette règle procède de la volonté des rédacteurs du statut de Rome de respecter la souveraineté des États. Mais son appréciation, aussi bien par la CPI que par les pays concernés, est à géométrie très variable. Elle dépend des circonstances et du contexte politique des États concernés, mais aussi des pressions que peuvent exercer des pays extérieurs au continent, comme ce fut le cas de la France en Côte d’Ivoire. Le principe de complémentarité est brandi dans un sens ou dans un autre selon les circonstances,
Simone Gbagbo, mais elle vient d’accepter que le Libyen Abdallah Senoussi soit jugé dans son pays. Quels commentaires vous inspire cette disparité ?
Dans ces trois cas, l’explication est à rechercher dans des raisons de politique intérieure, ainsi que dans les avantages et inconvénients que revêt pour les pouvoirs ivoirien et libyen la solution retenue. Dans le cas de la Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara n’agit certainement pas par humanité en ne transférant pas deux des figures politiques les plus en vue sous Gbagbo, mais par calcul exclusivement politique. Sans doute a-t-il mesuré le risque d’être contraint, après un éventuel transfert de Simone Gbagbo et de Charles Blé Goudé, de faire de même pour d’autres personnes très proches de lui, et dont les mandats d’arrêt émis par la CPI sont toujours placés sous scellés. Quant au cas de Senoussi, en Libye, il trouve son explication dans la fragilité de l’actuel régime libyen. La question qui se pose est en effet de savoir qui gouverne réellement ce pays. l Propos recueillis par FRANÇOIS SOUDAN N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
35
36
Afrique subsaharienne
CENTRAFRIQUE
La paix à to Dans le pays, la situation s’envenime et les efforts pour arrêter ce qui semble bien être une épuration religieuse demeurent pour l’instant insuffisants. Mais avec le doublement des effectifs de la mission africaine et l’arrivée d’un contingent européen, la tendance pourrait s’inverser.
Afrique subsaharienne CHRISTOPHE BOISBOUVIER
U
«
n nettoyage ethnicoreligieux est en cours », déclare António Guterres, le haut-commissaire de l’ONU pour les réfugiés. « Les violences interconfessionnelles sont en train de changer la démographie du pays, la partition de facto de la Centrafrique est un risque désormais réel », renchérit Ban Ki-moon, le secrétaire général de l’ONU. Depuis l’offensive, le 5 décembre 2013, des milices d’autodéfense anti-balaka, les musulmans sont en danger de mort à Bangui et dans l’ouest du pays. Selon Amnesty International, 100 000 personnes ont fui vers le nord-est, le Tchad et le Cameroun. Lynchages, destructions de mosquées, pillages de maisons… Les anti-balaka veulent se venger de l’ex-Séléka – la coalition qui a dévasté le pays de décembre 2012 à janvier 2014 – et effacer toute trace de l’islam. « À Bangui, les derniers musulmans se regroupent maintenant au Kilomètre 5 [un quartier de la ville] et autour de la grande mosquée centrale », concède Jean-Jacques Demafouth, ministre-conseiller à la présidence centrafricaine. « Pouvons-nous rester les témoins impuissants d’un nettoyage ethnique ? » lâche un officier français en poste à l’aéroport de Bangui. Pour les 1600 militaires hexagonaux de l’opération Sangaris et les 5 400 soldats africains de la Mission internationale de soutien à la Centrafrique (Misca), le piège risque de se refermer très vite.
ut prix t Catherine Samba-Panza, la présidente centrafricaine de la transition, et Jean-Yves Le Drian, le ministre français de la Défense, le 12 février à Mbaïki.
FRED DUFOUR/AFP
TRAQUÉS. Afin de montrer que rien n’est perdu,
Catherine Samba-Panza, la présidente de la transition, et Jean-Yves Le Drian, le ministre français de la Défense, se sont rendus le 12 février à Mbaïki. Dans cette sous-préfecture située à 80 km au sudouest de Bangui, les troupes françaises ont évité le pire. Début février, au lendemain du départ des combattants de l’ex-Séléka, les anti-balaka ont voulu tuer les civils musulmans. Une colonne de Sangaris est arrivée juste à temps pour empêcher le massacre. Mais les quelque 3 000 musulmans de la ville ont dû fuir. Aujourd’hui, ils ne sont plus que quelques dizaines. « Il n’y a pas d’épuration confessionnelle ou ethnique. Il s’agit d’un problème d’insécurité », a lancé la chef de l’État centrafricaine. « On va aller en guerre contre les anti-balaka. Ils pensent que, parce que je suis une femme, je suis faible. Mais maintenant, ceux qui voudront tuer seront traqués. » Et Jean-Yves Le Drian d’ajouter : « Personne n’acceptera une partition du pays. Il faut absolument l’empêcher. » Comment sécuriser un pays à feu et à sang de 622 980 km2 avec 7 000 hommes ? « C’est évidemment impossible. Rien qu’à Bangui, il faudrait déployer 500 soldats dans chacun des huit arrondissements. Pour tout le pays, 30 000 hommes N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
37
38
Afrique subsaharienne Centrafrique seraient nécessaires », estime un officier de la gendarmerie centrafricaine. Pour l’heure, les contingents de la Misca se sont réparti les quartiers de la capitale comme ils ont pu. Les Burundais dans le centre-ville, les Congolais (du Congo-Brazzaville) dans le 3e arrondissement, les Gabonais dans le 4e, les Rwandais dans le 7e, etc. Les Français, eux, stationnent aux grands ronds-points. Dès qu’un chef de quartier appelle à l’aide, ils interviennent en appui des soldats de la Misca. En province, les contingents nationaux africains se sont déployés dans les régions proches de leurs frontières. Les Congolais sont au sud, les Camerounais à l’ouest et les Tchadiens au nord du pays. Les Gabonais, eux, sont au centre. Fontils de la figuration ? « Non. Grâce à nos forces, le ravitaillement de Bangui par la route a repris », se réjouit le colonel gabonais Léon Ndong Ntutume, officier chargé de la communication à la Misca. « Nous avons déjà escorté quatre convois depuis la frontière camerounaise. » Au nord-est, à Bambari et à Bria, les forces tchadiennes de la Mission ont réussi à cantonner les combattants de l’exSéléka. « C’est bon signe, cela prouve que les forces impartiales exercent un ascendant moral sur les belligérants », se félicite le général sénégalais Babacar Gaye, représentant spécial du secrétaire général de l’ONU à Bangui.
Quatre grands tournants
10 décembre 2012 Première offensive de la Séléka
24 mars 2013 La Séléka prend le pouvoir, Michel Djotodia se proclame chef de l’État
10 janvier 2014 Démission de Michel Djotodia
20 janvier Catherine Samba-Panza est élue présidente de la transition
CHARISME. Les forces tchadiennes sont-elles
vraiment impartiales ? Mi-décembre, une équipe d’enquêteurs du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme a recueilli « des témoignages crédibles de collusion entre des éléments tchadiens de la Misca et des forces de l’ex-Séléka ». Fin janvier, l’ONG Human Rights Watch a affirmé que plusieurs chefs de l’exrébellion circulaient entre Bangui et le nord de la Centrafrique sous la protection de convois de l’armée tchadienne. N’Djamena a démenti catégoriquement. « Si les Tchadiens conduisent
des ex-Séléka jusque chez eux et les désarment, cela fait des combattants en moins chez nous », se rassure Jean-Jacques Demafouth. Mais les unités de la Misca ne suivent-elles pas en priorité les ordres de leur pays d’origine ? « Non, elles obéissent au “comforce” [commandant de la composante militaire] de la Misca, le général camerounais Martin Tumenta Chomu, et à son adjoint, le général burundais Athanase Kararuza », répond le colonel Ndong Ntutume de la Misca. Commentaire de Demafouth : « Tumenta a le charisme et le ton pour commander. Kararuza dirige le Centre de commandement opérationnel [CCO], c’est un planificateur né. Les deux hommes s’entendent bien et sont respectés. » Comment éviter « la partition de facto » que redoute Ban Ki-moon? Laurent Fabius, le ministre français des Affaires étrangères, compte sur deux renforts militaires. En mars devraient arriver 500 soldats européens, qui sécuriseraient l’aéroport de Bangui. Les troupes françaises se déploieraient alors dans le nord-est pour soutenir la Misca. Et en juillet, les effectifs de la Misca doubleraient, ces forces passant alors sous la bannière de l’ONU. L’Union africaine acceptera-t-elle que la Misca passe sous la tutelle des Nations unies ? Catherine Samba-Panza le souhaite, mais son homologue tchadien Idriss Déby Itno n’est pas pressé de voir entrer des Casques bleus dans un pays dont il connaît mieux que personne l’importance sécuritaire pour son propre État. « Les opérations de maintien de la paix de l’ONU, où ont-elles fait la paix? » a-t-il lancé à un ministre français de passage à N’Djamena. « Au Soudan? En Somalie? » Comme le Tchad siège au Conseil de sécurité jusqu’à fin 2015, la France tente d’amadouer Déby Itno. La partie est serrée. Confidence d’un diplomate français : « L’influence de Déby en Centrafrique peut être positive. Le 10 janvier, c’est lui qui a fait tomber Djotodia [l’ancien numéro un de l’ex-Séléka]. Il n’a pas intérêt à ce que ça se passe mal à sa frontière sud. » l
« L’ÉTAT SÉLÉKA » OU LA TENTATION DU PIRE
P
rès de 1 600 ex-rebelles sont toujours cantonnés à Bangui. Mais depuis le départ forcé du pouvoir, en janvier, du président de la transition Michel Djotodia, l’essentiel de l’ex-Séléka se regroupe dans le nord de la Centrafrique. Les hommes présents dans le sud et l’ouest du pays se sont repositionnés entre KagaBandoro, Kabo et Batangafo, un triangle proche de la frontière tchadienne. Leur
N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
but : rejoindre les « sélékistes » d’ores et déjà repliés dans les points stratégiques de l’Est et du Nord-Est, N’Délé, Birao et Bria (la capitale du diamant). Affaiblie par l’arrivée des forces françaises de Sangaris en décembre, l’ancienne rébellion compte-t-elle mettre à exécution ses menaces de sécession, ce fameux « plan B » que Djotodia, son bras droit Noureddine Adam, et les
autres ont évoqué pendant plusieurs mois ? Cette option est « sérieusement envisagée par l’aile radicale, mais il faudrait du temps pour la concrétiser. On ne divise pas un pays du jour au lendemain », souligne une source sécuritaire française. En outre, une frange du mouvement espère toujours jouer un rôle politique à Bangui, n’envisageant une scission pour créer un « État Séléka »
musulman que comme un dernier recours. D’autant que certains ex-rebelles sont au cœur de la transition. Le frère cadet de Michel Djotodia, Arnaud Djoubaye Abazene, et son neveu, Herbert Gontran Djono-Ahaba, ont ainsi été nommés respectivement ministre desTransports et ministre desTravaux publics, de l’Urbanisme et de l’Habitat dans le gouvernement d’André Nzapayéké. l VINCENT DUHEM JEUNE AFRIQUE
La paix à tout prix lorsqu’il dirigeait la transition, les travaux se sont accélérés depuis son installation au Bénin. L’ancien chef de l’État s’y rend presque chaque après-midi et y reste de longs moments.
AFRIQUE IMAGES
PETITE FORTUNE. Entièrement libre de
p La future maison de l’ex-chef rebelle, à Calavi.
Djotodia, cool à Cotonou Exilé au Bénin, l’ex-président s’est bien adapté à sa nouvelle vie et joue les gentlemen-farmers. Mais la Cour pénale internationale pourrait mettre fin à cette paisible retraite…
JEUNE AFRIQUE
à la vie civile sans difficulté. Il est très aimable. On peut même dire que c’est l’un des nôtres », raconte, admiratif, Éric Minavoa, un habitant du quartier. Le reste du temps, il se consacre à ses deux passions : sa ferme, située à 70 km au nord de Cotonou, près de Toffo, et sa nouvelle maison, en construction dans la cité d’Arconville, à Calavi, un quartier de la capitale. Lancés timidement
SEIDIK ABBA, avec FIACRE VIDJINGNINOU
CHANTAL, ÉPHÉMÈRE PREMIÈRE DAME L’EX-PREMIÈRE DAME de Centrafrique est béninoise. Chantal Djotodia (photo), née VinadouTohouégnon, 32 ans, était à la fois la trésorière et la conseillère la plus influente de son époux. Cette ex-infirmière a rencontré Michel Djotodia en 2008: elle était visiteuse de prison, et lui, détenu à Cotonou. Elle en devient l’épouse en juin 2012. Ancienne présidente de la fondation La Renaissance, c’est elle qui a mené la transaction immobilière
POLYCARPE TOVIHO/EAHOUNOU
U
ne maison blanche, ordinaire, coincée entre l’école primaire et l’antenne-relais, à Ayène, un quartier situé à la sortie nord de Cotonou. C’est ici, derrière de hauts murs, que vivent Michel Djotodia, l’ancien président centrafricain de la transition, sa famille et quelques proches. Ils sont arrivés les uns après les autres pour entamer un exil imposé par l’éviction de l’ex-chef de la Séléka du pouvoir, le 10 janvier. Dans la maison, des agents de renseignements et deux gardes du corps béninois assurent leur sécurité. Visiblement, Djotodia a tourné la page et repris une vie normale. Entre ses cinq prières quotidiennes, l’ancien leader de la rébellion reçoit. Parmi ses visiteurs réguliers, Octave Houdégbé, le fondateur de l’université béninoise privée North American University, et Dah Kakanakou, un chaman brièvement chargé de mission à la présidence à Bangui… L’ex-président ouvre aussi ses portes aux étudiants centrafricains venus solliciter sa générosité pour régler leurs droits d’inscription ou une ordonnance médicale. « Il nous reçoit, nous prodigue des conseils. Il aide volontiers », affirme Dimanche Noël, l’un de ces étudiants inscrit à l’université publique de Calavi, au Bénin. Selon ses voisins, l’homme ne s’embarrasse pas de « protocole » et arrive « sans crier gare » pour bavarder. « Il est revenu
ses déplacements, Djotodia aime se faire conduire à la ferme à l’arrière de son 4x4 Infiniti noir le week-end. Des membres de sa famille ou quelques confidents viennent lui tenir compagnie. De retour en ville, il lui arrive de passer en début de semaine au maquis La Congolaise, dans la banlieue est de Cotonou, un bar prisé des ressortissants d’Afrique centrale. Si le Bénin lui a offert l’hospitalité, l’exprésident doit subvenir lui-même à ses besoins. Ce qui ne lui pose guère de problème. Pendant la rébellion, il a amassé une petite fortune personnelle grâce à de généreux « mécènes » du Golfe puis il s’est enrichi, durant sa brève présidence, dans le commerce de pierres précieuses. De quoi s’assurer des jours tranquilles, à lui-même ainsi qu’aux vingt-quatre membres de son entourage. Reste que son sommeil pourrait se voir troubler : le 7 février, la Cour pénale internationale (CPI) a ouvert un examen préliminaire sur les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité commis en Centrafrique depuis septembre 2012. Affaire à suivre… l
de la maison où vit le couple à présent. Elle aussi qui a organisé le déménagement à Cotonou. Anticipant la chute du régime de la Séléka, elle y avait pris ses quartiers trois semaines avant son
mari. En revanche, elle semble vivre plus difficilement son départ du pouvoir que ce dernier. Elle prenait très au sérieux ses fonctions de première dame, et y avait pris S.A., avec F.V. goût. l N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
39
Afrique subsaharienne collaborateurs. Figure controversée de la scène politique malienne, Oumar Mariko, quiavaitsoutenulecoupd’Étatdu22mars, rencontre régulièrement l’ancien homme fort de Bamako. « Il a un excellent moral et Inculpé de complicité dans la disparition d’une vingtaine de « bérets n’apasperdusonsensdel’humour,confierouges », l’ancien chef de la junte est incarcéré depuis plus de t-il. À chaque visite, nous discutons durant deux mois. Mais pas en prison : à l’École nationale de gendarmerie. plusieurs heures autour d’un thé dans sa cellule. Il est à la fois serein pour la suite de epuis plusieurs semaines, la procédure et amer parce qu’il considère tenté un contre-coup d’État le 30 avril l’École nationale de gendar2012. Pis, celui qui se pensait intouchable qu’il n’a rien à faire en détention. » merie de Faladié, à Bamako, est écroué dans la foulée. Même si Mariko parle d’une cellule, héberge un pensionnaire Depuis, l’ancien putschiste prend l’école de gendarmerie fait figure de priatypique. Pas l’un des jeunes adjudants son mal en patience. Il tue le temps en son dorée. Amadou Haya Sanogo n’est en formation qu’on y croise d’ordinaire, regardant des chaînes d’information en pas enfermé comme un prisonnier de mais un haut gradé bien connu de ses continu, telles CNN et France 24, ou en droit commun, mais confiné dans un compatriotes : Amadou Haya Sanogo, se plongeant dans des livres en français espace de vie que ses proches refusent auteur du coup d’État du 22 mars 2012 et en anglais. Musulman pratiquant, il lit de décrire, et surveillé par un dispositif de contre le président Amadou Toumani également le Coran et fait ses cinq prières sécurité renforcé. Il n’y retrouve certes pas Touré (ATT), qui y est placé en détenle confort du camp militaire tion provisoire depuis son arrestation, le de Kati, mais on est loin de Il est toujours en uniforme, tiré 27 novembre 2013. la chaleur étouffante et des à quatre épingles, ses galons de Ce jour-là, l’ex-homme fort du Mali, cellules surchargées de la fraîchement promu général quatre étoiles, général bien visibles sur les épaules. prison civile de Bamako. Pourtant, au ministère de tombe de son piédestal. Il est inculpé la Justice, on soutient que le général ne par le juge Yaya Karembé de « compliquotidiennes. Levé tôt le matin, couché bénéficie d’aucun traitement de faveur. cité d’enlèvement de personnes » dans tard le soir, il est toujours en uniforme, tiré à quatre épingles, ses galons de général Enfin, l’ex-putschiste se consacre à l’enquête sur la disparition d’une vingbien visibles sur les épaules. la préparation de sa défense. Ses deux taine de « bérets rouges » (commandos parachutistes) fidèles à ATT, qui avaient avocats, Harouna Toureh et sa consœur FILE D’ATTENTE. Le chef du défunt sénégalaise Dior Diagne, lui rendent réguComité national pour le redressement lièrement visite. D’après Me Toureh, son de la démocratie et la restauration de client « se porte à merveille et n’est pas maltraité ». « Nous sommes confiants, l’État (CNRDRE, l’ex-junte) reçoit aussi nous croyons en un futur acquittement, beaucoup. Tellement, même, que l’un des ajoute-t-il. Nous nous préparons à une derniers à l’avoir rencontré évoque une nouvelle audition par le juge, pour cette « file d’attente de plusieurs personnes » fois être entendus sur le fond du dossier. » patientant pour le voir. Tous les visiteurs doivent au préalable obtenir une autoriUne demande de remise en liberté condisation écrite du juge Karembé. tionnelle a été formulée. Elle est pour Parmi eux, des membres de sa famille, l’heure restée sans réponse. l mais aussi d’anciens partisans ou BENJAMIN ROGER MALI
Sanogo entre quatre murs
D
p Le 28 juillet 2013, lors du premier tour de la présidentielle.
N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
EMMANUEL DAOU BAKARY
u Le camp où l’ex-putschiste est détenu depuis le 27 novembre dernier.
EMILIE REGNIER POUR J.A.
40
JEUNE AFRIQUE
t Denis Sassou Nguesso et le président sud-africain, Jacob Zuma, le 11 février. CONGO
Souvenirs, souvenirs
Wade,lesPrixNobelMohamedel-Baradei et Muhammad Yunus, et l’ex-présidente irlandaise Mary Robinson… Après la projection du documentaire Chefs d’État, Prix Nobel, anciens espions… Il y avait du beau monde à Plot for Peace, la cérémonie a pris des Brazzaville à l’occasion de l’anniversaire du protocole historique faux airs de making of, avec l’organisaqui permit, il y a vingt-cinq ans, de ramener la paix en Afrique australe. tion d’un jeu de questions-réponses. Sur scène : plusieurs intervenants, dont le habitude, ils fuient les pronumérounsoviétiqueMikhaïlGorbatchev. Finlandais Martti Ahtisaari, Prix Nobel jecteurs. Mais ce 11 février, Le processus de paix était alors dans l’imde la paix, qui a été envoyé spécial des Nations unies pour la Namibie, et Jeanune fois n’est pas coupasse. Mais Brazzaville entra en jeu et Yves Ollivier, le héros du film, silhouette tume, anciens espions, enclencha un cercle vertueux. diplomates et politiciens étaient réunis épaisse, chevelure poivre et sel et poignée autour d’une table sur le podium du DÉFILÉ. Aujourd’hui, les acteurs de cet demainénergique.Cemystérieuxhomme Palais des congrès de Brazzaville. Tous accord veulent que l’Histoire leur rende d’affaires français avait réussi à convaincre ont accepté l’invitation du président justice. Des personnalités de la diplomatie les Occidentaux et les Africains de discuter congolais, Denis Sassou Nguesso, à venir souterraine et de l’espionnage ont défilé, avec le pouvoir raciste. Né en Algérie en célébrer le 25e anniversaire – repoussé à dont l’ancien cadre de la CIA Michael 1944, il a vécu l’exode des pieds-noirs, et la suite du décès de Nelson Mandela – du Ledeen, le négociateur angolais Antonio a persuadé le gouvernement de Pieter Protocole de Brazzaville sur la paix en França Ndalu et même Nick Du Toit. Botha que la minorité blanche pouvait encore éviter la catastrophe. Grâce à ses Afrique australe, signé le 13 décembre Au bras de sa femme, Belinda, ce der1988. entrées à Pretoria et à ses accoinC’est grâce à cet « accord miracle » que tances avec les services secrets C’est grâce à cet « accord la Namibie obtint son indépendance, que français, il est parvenu à réunir miracle » que la Namibie les troupes cubaines et sud-africaines se les belligérants et leurs parrains retirèrent d’Angola et que les négociations des blocs de l’Est et de l’Ouest a pu obtenir son indépendance. s’engagèrent en Afrique du Sud entre la dans un hôtel de Brazzaville. majorité noire et le pouvoir. Deux années nier n’avait plus rien de ce membre des Cette commémoration est aussi une plus tard, Nelson Mandela était libéré. forces spéciales sud-africaines capturé en belle opération de communication pour C’est en pleine période de violence que le Angola par les Cubains alors qu’il s’aple chef de l’État congolais. En rappelant protocole fut signé. En Namibie, occupée prêtait à saboter des installations d’une ainsi son premier fait d’armes de médiapar l’Afrique du Sud, la guerre durait déjà compagnie pétrolière américaine. Sa teur, Denis Sassou Nguesso conforte depuis treize ans. En Angola, 52000 soldats libération avait été l’occasion d’un vaste sa stature de facilitateur régional, cubains, venus en renfort du MPLA de échange de prisonniers. Également prénotamment en Centrafrique. À preuve, José Eduardo dos Santos, combattaient sents : Michel Roussin, Jean-Christophe Catherine Samba-Panza, la présidente Mitterrand, Hervé Bourges, ces personnal’armée sud-africaine et l’Unita de Jonas centrafricaine, arrivée le 8 février à lités incontournables de la Françafrique. Savimbi soutenues par les Américains. Brazzaville pour s’entretenir avec lui, Mais aussi le président sud-africain Jacob Devenue l’un des théâtres de la guerre est repartie dans un avion rempli de Zuma, le Togolais Faure Gnassingbé, médicaments offerts par son homologue froide, l’Afrique australe était l’un des congolais. l GEORGES DOUGUELI, le Santoméen Manuel Pinto da Costa, points de désaccords qui opposaient le président américain Ronald Reagan et le l’ancien président sénégalais Abdoulaye envoyé spécial à Brazzaville
D
’
JEUNE AFRIQUE
N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
BAUDOUIN MOUANDA POUR J.A.
41
Afrique subsaharienne t Le président de l’Union pour la nation congolaise, de passage à J.A., en août 2013.
VINCENT FOURNIER/J.A.
42
RD CONGO
Kamerhe était arrêté sur le tarmac de l’aéroport de Ndjili, près de Kinshasa, au motif qu’il n’aurait pas présenté sa carte d’identité – il avait pourtant son passeport sur lui. « Vital Kamerhe m’a appelé pour se plaindre, raconte Richard Muyej, le ministre de l’Intérieur. J’ai été surpris de découvrir qu’il était à l’aéroport, car nous avions un rendez-vous le lendemain, justement pour préparer cette visite. Je lui ai déconseillé de prendre cet avion, car ses partisans s’agitaient à Bukavu. C’est ma responsabilitéde garantir lapaixdanscette région fragile. » Reste que la délégation de l’Union européenne en RD Congo a jugé la situation assez grave pour se fendre d’un communiqué déplorant les « restrictions de déplacement » dont Kamerhe, entre autres, a fait l’objet.
Jamais tranquille
SPECTACLE. Kinshasa a-t-il cherché à l’éliminer politiquement ? Il est certain que l’opposant fait grincer des dents au Tracas judiciaires, restrictions de déplacement, expulsion locative… PPRD. Auteur d’une tribune très critique Les déboires se suivent et se ressemblent pour Vital Kamerhe, dans Jeune Afrique fin janvier, il se pose qui se présente comme le principal adversaire de Kabila en 2016. en principal adversaire de Joseph Kabila pour 2016. De fait, il n’est pas certain que le sadescented’avion,le5février Elle faisait partie de ma cellule de commuprésident du Mouvement de libération du àKinshasa,VitalKamerhe,ton nication du temps où j’étais commissaire Congo (MLC), Jean-Pierre Bemba, détenu ferme et torse bombé, avait général du gouvernement. Puis, lorsque par la Cour pénale internationale, soit fixé annoncé la couleur: « Peuple j’étais secrétaire général du PPRD, c’est sur son sort d’ici là. Quant au leader de congolais, n’aie pas peur ! Nous allons de moi qui lui avais accordé l’investiture l’Union pour la démocratie et le progrès pour la députation en 2006. » l’avant! » L’opposant revenait d’Afrique du social (UDPS), Étienne Tshisekedi, que Pour celui qui est entre-temps passé Sud en catastrophe pour livrer bataille. La l’on dit très fatigué, il aura alors 83 ans. à l’opposition en tant que président de veille, le procureur du tribunal de grande « Kamerhe n’est pas persécuté, balaie instance de La Gombe (un quartier admil’Union pour la nation congolaise (UNC), Richard Muyej. Il se donne en spectacle nistratif de la capitale) avait prononcé un les déboires – toujours très médiatisés – se et va crier dans les chancelleries, mais réquisitoire particulièrement sévère dans c’est pour se victimiser. » une ancienne affaire de « dénonciation Après une réunion entre Au ministère de l’Intérieur, on se calomnieuse »: trois ans de prison ferme. le ministre de l’Intérieur défend de persécuter l’opposant. Ce qui menaçait de lui faire passer l’élecet l’équipe de l’opposant, tion présidentielle, prévue pour fin 2016, le 12 février à Kinshasa, derrière les barreaux. suivent et se ressemblent. Le 7 février, au l’heure est néanmoins à la décrispation. Ce réquisitoire fait étrangement remonpetit matin, Kamerhe était expulsé d’un « L’échange était apaisé, assure Kamerhe. ter à la surface un vieux dossier. Après la logement public qu’il louait depuis 2004. Nous avons obtenu l’assurance de pouprésidentielle de 2011, Kamerhe avait Le même jour, un avion qu’il avait affrété voir effectuer sans entrave notre tournée adressé aux observateurs internationaux pour l’emmener, avec sa délégation, en dans l’est du pays. Quant aux juges, ils ont une lettre accusant de fraude Wivine tournée dans l’est du pays (notamment à décidé de ne pas suivre les réquisitions Moleka, une députée du Parti du peuple Goma et dans son fief de Bukavu) se voyait du procureur. » En attendant un prochain interdire de décollage – la compagnie pour la reconstruction et la démocratie rebondissement, cet épisode aura en tout (PPRD,aupouvoir).Celle-ci,quiestparailde location n’aurait pas réglé ses précécas présenté un avantage pour Kamerhe: leurs la sœur d’Albert Moleka, directeur de dentes factures. Rebelote deux jours plus celui de convaincre les électeurs de l’oppocabinet de l’opposant Étienne Tshisekedi, tard: alors qu’il tentait de prendre place à sition que son compagnonnage avec le avaitdéposéplainteendécembre2011.«Je bord d’un appareil de la Compagnie africamp présidentiel est bel et bien terminé. l la connais très bien, explique Kamerhe. caine d’aviation en partance pour Goma, PIERRE BOISSELET
À
N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
JEUNE AFRIQUE
Coulisses
Afrique subsaharienne
ZIMBABWE
Qui après « Bob »? Alors que Mugabe fête ses 90 ans, la vice-présidente et le ministre de la Justice sont dans les starting-blocks.
C
’
est le sujet dont on ne parle surtout pas en public à Harare : la succession de Robert Mugabe, 90 ans le 21 février, au pouvoir depuis l’indépendance de l’ex-Rodhésie du Sud, en 1980. Si l’on ajoute à ce monopole à la tête du Zimbabwe l’état de santé fragile du capitaine, on comprend mieux la sourde lutte de succession qui traverse, en coulisses, différents clans au cœur de l’État. Deux noms se détachent, pour l’heure, parmi les prétendants : Joice Mujuru, 58 ans, vice-présidente de la République, et Emmerson Mnangagwa, 65 ans, ministre de la Justice. Veuve de Solomon Mujuru, héros de la lutte de libération nationale au côté de Mugabe, la première a mis en place une stratégie qui allie la prise en main de l’Union nationale africaine du ZimbabweFront patriotique (Zanu-PF, au pouvoir) et le contrôle de l’appareil d’État. Résultat : deux proches de Joice Mujuru occupent les portefeuilles de la Défense (Sydney Sekeramayi) et de l’Intérieur (Kembo Mohadi), et, au sein du parti, neuf provinces sur dix lui sont acquises. « C’est une excellente stratège qui a capitalisé sur son statut de veuve d’une grande figure de la lutte pour l’indépendance. Elle jouera un rôle important dans l’ère post-Mugabe », assure la journaliste Anne Dissez, spécialiste du Zimbabwe. Pour autant, son rival ne considère pas que la partie est jouée d’avance. Emmerson Mnangagwa met en avant son expérience à la tête des ministères clés de la Défense et des Finances, mais aussi sa poigne dans la gestion des manifestations organisées contre le pouvoir dans les années 1980. Reste que l’autre inconnue dans la succession de « Bob », tout aussi importante que l’identité du prochain président, c’est la capacité de l’actuel chef de l’État à aller jusqu’au bout de son mandat de cinq ans, entamé en août 2013. l SEIDIK ABBA JEUNE AFRIQUE
SÉCURITÉ LES POLICES AFRICAINES SE SERRENT LES COUDES C’est une première. Les États du continent ont annoncé, le 11 février àAlger, leur intention de créer un mécanisme africain de coordination et de coopération des institutions policières (Afripol). Ils ont choisi la capitale algérienne comme siège de cette structure, qui devrait contribuer à définir des outils communs d’évaluation des menaces et de renforcement des capacités policières. Afripol est en outre envisagé comme un levier de soutien à la formation, notamment en matière de police scientifique et te ch n i q u e , d e gouvernance et de partage de bonnes pratiques. Pour éviter un délai trop long entre cette décision et sa mise en œuvre concrète, l’Algérie s’est engagée à faire inscrire le débat sur surAfripol Afripol à l’ordre du jour du prochain sommet de l’Union africaine (UA), prévu en juin ou juillet à Malabo, en Guinée équatoriale. l
BRACONNAGE TOUS CONTRE, À LONDRES Au lendemain de la destruction par la France, le 6 février, de 3 tonnes d’ivoire de contrebande, que faire des 45 tonnes (d’une valeur d’environ 15 millions d’euros) accumulées dans le monde à la suite de saisies? C’est pour tenter de répondre à cette question et trouver la meilleure parade contre le trafic d’ivoire que David Cameron, le Premier ministre britannique, a réuni le 13 février à Londres dirigeants politiques, représentants de la société civile et organisations internationales.
Il y a urgence à agir: près de 50000 éléphants ont été tués en Afrique en 2013, selon l’ONG Robin des Bois.
BURUNDI PLUIES MEURTRIÈRES Les pluies diluviennes qui se sont abattues au Burundi ont provoqué les 9 et 10 février la mort d’une soixantaine de personnes et fait des milliers de sans-abri, principalement à Bujumbura. En raison du relief escarpé de la région, l’eau est descendue dans les rues de la capitale, charriant de la boue et des cadavres.
Précision Dans J.A. n° 2770 (du 9 au 15 février), page 32, une malencontreuse erreur de transcription s’est glissée dans la citation attribuée à Mamadou Koulibaly, président du parti ivoirien Lider. Il fallait lire: « S’il était inacceptable en 2000 de toucher à la Constitution pour qu’Alassane Ouattara ne soit pas candidat, il serait absurde aujourd’hui de le faire pour qu’il reste au pouvoir. »Toutes nos excuses à l’intéressé et à nos lecteurs.
N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
43
44
Maghreb & Moyen-Orient
MAROC
L’appel du Sud
À la veille de la visite d’État de Mohammed VI à Bamako et à Conakry, la diplomatie marocaine s’active pour placer le royaume au centre de l’échiquier sahélien. Par souci de prestige, mais aussi au nom d’impératifs sécuritaires.
YOUSSEF AÏT AKDIM
L
ongtemps trusté par l’Algérie, le Mali est le nouveau terrain d’action de la diplomatie marocaine, qui y a fait un retour remarqué le 31 janvier. Si l’objectif était de frapper un grand coup, il a été atteint. Avec une image-choc, celle de Bilal Ag Acherif priant à la droite de Mohammed VI à la mosquée de la Koutoubia, à Marrakech. Dans la foulée, le secrétaire général du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) a été reçu en audience par M6. Un symbole fort quand on sait que la construction de la Koutoubia fut ordonnée par le souverain almoravide Youssef Ibn Tachfin. Sultan de l’épopée impériale marocaine, grand bâtisseur de mosquées – dont celle de Tlemcen –, Ibn Tachfin plonge ses racines dans le SudOuest saharien de culture nomade. Comme le rappelle l’historien français Daniel Rivet, « avec les Almoravides, c’est le Sud profond, saharien, sans une once de sédentarité, qui fait une entrée fracassante sur la scène historique du Maroc ». Plus de neuf cents ans après son achèvement, la Koutoubia témoigne encore de ce lien du N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
royaume chérifien avec le Sahel, terre d’origine des dynasties berbéro-marocaines. L’entrée en lice du roi du Maroc dans la danse malienne est une surprise. Le communiqué officiel publié par le Palais après l’audience accordée à Ag Acherif a d’ailleurs voulu en situer le contexte. Après le choc des photos, la sécheresse des mots : « souci constant du Maroc de préserver l’unité territoriale et la stabilité du Mali », « volonté constante de parvenir à une solution à la crise malienne », « liens historiques ». Tout un langage diplomatique visant à dissiper d’éventuels malentendus sur l’objectif de cette nouvelle médiation marocaine, qui survient aprèslestentativesburkinabèetalgérienne. À Rabat comme à Bamako, À Rabat, on insiste on insiste sur le feu vert donné sur le feu vert donné par le président malien, Ibrahim par le président malien. Boubacar Keïta (IBK), à la rencontre M6-Ag Acherif. « Depuis l’accord de juin 2013, Blaise Compaoré a lâché l’affaire », croit savoir une source marocaine très informée sur les pourparlers en cours entre Touaregs et Bamako. Le mois dernier, le MNLA refusait de signer la charte d’Alger entre le gouvernement malien et JEUNE AFRIQUE
AZZOUZ BOUKALLOUCH/MAP
45
différents représentants de la rébellion au NordMali. Récusant ce qu’il considère comme une tutelle d’Alger, il espère trouver auprès du Maroc un intermédiaire plus neutre. De son côté, le pouvoir malien s’agace de la protection accordée en Algérie à Iyad Ag Ghaly, chef d’Ansar Eddine. L’homme est activement recherché par les Français depuis le déclenchementdel’opérationServalenjanvier2013. « Paris est déçu du manque de coopération de l’Algérie. Après l’autorisation de survol donnée à l’armée française, les deux états-majors n’ont pas pleinement coopéré », confie une source française. Les premiers contacts entre la direction du MNLA et des représentants de la société civile marocaine remontent à octobre 2012. À l’époque, Moussa Ag Attaher, porte-parole du mouvement et coordinateur de son action diplomatique en Europe, s’appuyait sur les réseaux militants amazighs pour faire passer un message difficile à entendre : « Nous lui avons organisé des entretiens avec la presse marocaine et internationale accréditée sur place. Il s’agissait pour le MNLA de marquer sa distance avec les groupes jihadistes actifs dans le nord du pays. » Ces premiers contacts ont été fructueux. JEUNE AFRIQUE
p Bilal Ag Acherif (turban blanc), secrétaire général du MNLA, priant au côté du souverain chérifien, le 31 janvier, à la mosquée de la Koutoubia, à Marrakech.
Certaines personnes très actives sur le dossier de la sécurité au Sahel ont pris langue avec le MNLA, qui a multiplié les contacts à Rabat, puis à Agadir et à Tanger. En août 2013, Moussa Ag Attaher était l’invité d’un festival culturel amazigh, à Tanger, organisé par Ilyas El Omari, très proche du conseiller royal Fouad Ali El Himma. Plus récemment, la préparation de l’audience royale a impliqué les services de la Direction générale des études et de la documentation (DGED, renseignements extérieurs), présidés par un autre proche du roi : Yassine Mansouri. VOISIN. « Sans prendre la place de quiconque, le
Maroc conteste la théorie algérienne de l’État-pivot qui se traduit par une volonté de mise sous tutelle de toute la région sahélienne », analyse l’universitaire Mohammed Benhammou, président du Centre marocain des études stratégiques (Cmes). Pour de nombreux observateurs, le Maroc se sent directement concerné par la situation sécuritaire qui le menace à ses portes. « Pendant des années, ajoute Benhammou, nous avons prêché dans le désert. Nous avons multiplié les mises en garde l l l N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
Maghreb Moyen-Orient Maroc
GOUHIER-POOL/SIPA
46
contre le développement de bandes terroristes et criminelles s’appuyant sur les différents trafics (contrebande,droguesdures,immigration)etcontre la fragilité politique de ces territoires (Touaregs, Sahara occidental). » Force est de constater que le discours marocain, balayé du revers de la main comme une propagande anti-Polisario, voire antiAlgériens,arencontréuneréalitédramatiquedepuis 2011 et les conséquences de l’effondrement du régime kaddafiste. Dans sa stratégie sahélo-saharienne, Mohammed VI peut compter sur les entreprises marocaines : les banques (Attijariwafa, BMCE et Banque populaire), les assurances (CNIA-Saham), l’immobilier (Addoha, Alliances), les communications (Maroc Télécom) trouvent au sud du Sahara des relais pour leur croissance. Ce volontarisme des secteurs privé et marchand a compensé un temps lll
p Allocution du roi Mohammed VI lors de la cérémonie d’investiture du président Ibrahim Boubacar Keïta, le 19 septembre 2013, à Bamako.
RABAT-TÉHÉRAN RÉCHAUFFEMENT TEMPÉRÉ Le prince Moulay Rachid, frère de Mohammed VI, s’est entretenu le 7 février avec le président du Parlement iranien, Ali Larijani, en marge des cérémonies marquant, à Tunis, l’adoption de la nouvelle Constitution. Une première depuis la rupture, il y a cinq ans, des relations diplomatiques entre Rabat et Téhéran. Les N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
ministres des Affaires étrangères, Salaheddine Mezouar et Javad Zarif, se sont parlé au téléphone, et le secrétaire d’État iranien aux Affaires arabes et africaines, Hossein Amir Abdollahian, a même annoncé la « réouverture prochaine » des ambassades des deux pays. Pas si vite, tempèrent les
Marocains. « Oui à une reprise des contacts et à l’échange de visites », explique en substance un officiel. Les ambassadeurs attendront. Les 18 et 19 février, cinq parlementaires marocains participeront au congrès de l’Organisation de la coopération islamique (OCI), à Y.A.A. Téhéran. l
une certaine discrétion diplomatique. Aujourd’hui, le Maroc a fini de payer son retrait de l’Organisation de l’unité africaine (OUA, actuelle Union africaine, UA), il y a trente ans en raison du conflit avec le Polisario. Épisodiquement, des pays amis (Sénégal, Congo, etc.) réclament le retour du royaume au sein de l’UA, mais la diplomatie chérifienne semble se satisfaire du statu quo. Tant que la République arabe sahraouie démocratique (RASD) sera reconnue comme membre de l’organisation, le come-back ne semble pas de mise. En attendant, le Maroc continue d’assister officieusement aux grands-messes d’Addis-Abeba. Fin janvier, la ministre déléguée aux Affaires étrangères, Mbarka Bouaida, a multiplié les contacts bilatéraux en marge du sommet de l’UA. Cette jeune Sahraouie originaire de la région de Guelmim conduisait une délégation marocaine très visible. « Le Maroc a pris l’habitude d’être présent en marge de ces réunions et tente à chaque fois de sensibiliser les pays africains à la nécessité de développer des partenariats privilégiés », explique Bouaida, l’une des benjamines (38 ans) du nouveau gouvernement, nommé en octobre dernier. SOFT POWER. Loin de disposer des mêmes res-
sources que la diplomatie algérienne, laquelle peut s’appuyer sur des finances presque illimitées et sur une position d’hégémonie reconnue dans la région, le royaume mise davantage sur le soft power. Le pouvoir militaire, voire la domination économique et commerciale semblent hors de portée. Même dans le domaine sécuritaire, les divisions héritées de la guerre froide n’ont plus cours, et il n’est plus permis de faire cavalier seul. Le royaume dispose pourtant d’un atout considérable. Privé des ressources financières de son voisin oriental, le Maroc s’appuie, de manière de plus en plus assumée, sur JEUNE AFRIQUE
L’appel du Sud la carte religieuse. On le sait, Mohammed VI reste, en vertu de la Constitution de 2011, chef de l’État et Commandeur des croyants. Ce dernier statut lui est reconnu au-delà même des frontières nationales. Lorsqu’il s’est déplacé au Sénégal et au Mali en 2013, des musulmans pieux l’ont accueilli d’abord comme un chef religieux, auréolé du prestige de chérif, descendant du Prophète, selon l’hagiographie royale. Depuis Bamako, et plus encore dans le septentrion brutalisé par des groupes radicaux
adeptes d’un islam wahhabite, rigoriste et hors sol, on loue la modération de l’islam marocain. Après le lancement d’un programme de formation de 500 imams maliens, le ministère marocain des Habous et des Affaires islamiques a reçu « trois demandes de coopération en matière de gestion de la chose religieuse ». Ces demandes émanent de la Guinée – où M6 doit se rendre début mars –, mais aussi, de manière plus surprenante, de la Tunisie et de la Libye. l
EN VÉRITÉ
Opinions & éditoriaux François Soudan
De Laayoune à Tombouctou
L
A POLITIQUE ÉTRANGÈRE MAROCAINE n’a jamais fait bon ménage avec les effets de manche, ni avec les déclarations tonitruantes. La réception très médiatisée du chef des Touaregs maliens du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) au palais royal de Marrakech, le 31 janvier, et la mission de bons offices menée par MohammedVI entre ce mouvement autonomiste et les autorités de Bamako ont donc surpris les observateurs, qui ont aussitôt inscrit cette initiative dans le cadre de la rivalité algéro-marocaine. À tort? Disons que cette approche n’est pas fausse, mais qu’elle est réductrice. Il existe en effet une vraie politique sahélienne du Maroc, dont la caractéristique est d’être multidimensionnelle, à la différence de celle menée par l’Algérie, avant tout sécuritaire. Voulu et décliné par le roi lui-même, l’engagement marocain au sud de La Gouera s’articule autour de quatre axes. Militaire. C’est l’un des non-dits de l’opération Serval au Mali, mais l’appui apporté par Rabat aux troupes francotchadiennes en guerre contre les jihadistes en 2013 n’a pas été que diplomatique. Il a été, aussi, opérationnel. Dans la plus grande discrétion, des forces spéciales marocaines ont été engagées sur le terrain. Et le Maroc a intensifié ses programmes de formation, dans les écoles militaires, des cadres issus des armées de plusieurs pays de la région.
Social. La grande pauvreté étant l’un des principaux pourvoyeurs de munitions dans l’arsenal dont disposent les jihadistes, la coopération marocaine a beaucoup investi depuis quinze ans dans des projets de sécurité alimentaire et sanitaire, où son expertise est reconnue : gestion de l’eau, élevage, création de centres de soins. Pays cibles, le Niger et le Burkina. En préparation, par ailleurs : un vaste programme opérationnel de remise à niveau, au Maroc, de plusieurs centaines de hauts fonctionnaires et responsables administratifs sahéliens. Politique. C’est à la demande du MNLA, qui a en quelque sorte rompu avec l’Algérie, et avec l’accord d’Ibrahim Boubacar Keïta que Mohammed VI a reçu le secrétaire général du mouvement touareg. L’objectif est également de rapprocher IBK de Blaise Compaoré, dont la médiation est rejetée par Bamako depuis quelques mois. L’inclusion du Maroc dans la crise sahélienne, en particulier malienne, s’appuie donc sur une politique à long
L’inclusion du Maroc dans la crise sahélienne, notamment malienne, met fin à une anomalie.
Spirituel. L’Afrique de l’Ouest est une plateforme religieuse de 190 millions de musulmans, auprès desquels l’islamisme radical fait volontiers son marché. Dans ce contexte volatile, l’islam malékite et le référentiel soufi prônés par le Maroc constituent un vrai contrepoids et un vrai levier d’influence. Le programme de formation de 500 imams maliens au Maroc et celui visant à construire et à rénover plusieurs dizaines de mosquées au Mali, en Guinée, au Sénégal et au Bénin sont deux des applications de cette politique. JEUNE AFRIQUE
terme. Souhaitée par tous les acteurs (à l’exception de l’Algérie), y compris par la France et les États-Unis, elle met un terme à une anomalie. Longtemps, Alger a tenu Rabat à l’écart de tout processus de règlement des conflits dans la zone sahélo-saharienne, allant jusqu’à chercher à lui disputer le leadership religieux dans cette région (on se souvient du congrès de la confrérieTidjaniya organisé fin 2005 en Algérie). C’était oublier un peu vite que la sécurité du royaume, dans toute sa partie méridionale, est directement concernée par cette situation. En intervenant à Tombouctou, Mohammed VI défend aussi Laayoune. l N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
47
48
Maghreb Moyen-Orient fonctions de ministre que les principaux ténors islamistes renouaient avec le terrain. Ali Larayedh, chef du gouvernement sortant, et Meherzia Labidi, vice-présidente de l’Assemblée nationale constituante (ANC), sont allés à la renAprès s’être assuré une sortie honorable en quittant volontairement le contre de la communauté tunisienne en France, la plus importante à l’étranger, gouvernement, le parti islamiste ne ménage pas ses efforts pour se tandis que Houcine Jaziri, ancien secrérefaire une virginité, avec, en ligne de mire, les prochaines élections. taire d’État chargé de l’immigration, et Abdellatif Mekki, ex-ministre de la Santé, tentaient de séduire Kairouan, es islamistes ont beau dire, faillitegouvernementaleetaurejetdel’opic’est la volonté de la rue qui nionnationaleetinternationale»,décrypte fief de l’islamisme radical. Chacun à sa les a poussés vers la sorAbdelwahab el-Hani, fondateur du parti manière, ils ont développé le nouveau tie », assène un militant de Al-Majd. En interne, le parti islamiste credo du parti : Ennahdha est favorable à la formation de gauche Al-Massar. Mais a procédé à un examen autocritique et un consensus national, elle n’a pas quitté Ennahdha n’a pas pour autant quitté la identifié les raisons de son échec: excès de le pouvoir mais a transmis le flambeau, scène politique, bien au contraire. Depuis confiance après son succès aux élections conformément aux décisions du dialogue l’adoption, le 26 janvier, de la Constitution de 2011, manque de lucidité face à sa perte national, dont elle a cosigné la feuille de et l’installation, le lendemain, du gouverde popularité, sous-évaluation du poids route. Elle est favorable à un report des nement de Mehdi Jomâa, elle s’exprime de Nida Tounes, des destouriens et d’un élections afin de ménager un temps de peu mais mieux. Fini le temps des invecfront de gauche capable de mobiliser la rue concertation. Mais dans tous les cas, tives et des débats houleux, les idées maîavec l’appui de la société civile, errements elle respectera le résultat des urnes. Un tresses de Rached Ghannouchi, président revers ne serait que l’occasion de la formation, sont reprises par tous les pour le parti de se réorganiser. Réel changement de doctrine ou membresdubureaupolitique.Désormais, On est loin des menaces de approche tactique ne dénotant Ennahdha se montre consensuelle et mettre « le pays à feu et à sang aucune évolution ? ouverte à toutes les alliances « pour le en cas de défaite » proférées bien de la Tunisie », et reconnaît même par Rached Ghannouchi à ses erreurs, y compris à l’égard des anciens dans la gestion des affaires économiques la veille des élections d’octobre 2011. partisans du Rassemblement constitutionet sécuritaires du pays. L’étape du bilan « Ennahdha a été usée par deux ans de nel démocratique (RCD), parti de Ben Ali franchie, les islamistes partent aujourd’hui pouvoir. Son approche actuelle est pureaujourd’hui dissous. Exit la loi d’exclusion, en formation serrée à la reconquête de ment tactique et ne dénote pas un chanNida Tounes n’est plus l’ennemi, la coexisleur électorat. gement de doctrine. Elle est déjà entrée tence de toutes les sensibilités politiques Comme cela était prévisible, ils ont en campagne », explique Abdelwahab vaut tous les sacrifices… commencé par se prévaloir de la finaliel-Hani. Ce que confirme une saillie « Ennahdha a compris que les discours sation de la Constitution et de la mise en de l’ancien ministre des Transports musclés n’aboutissent à rien. Faire profil place du processus de justice transitionAbdelkarim Harouni : « Nous avons abandonné les postes pour investir les bas lui permet de composer avec une nelle devant conduire à une réconciliation marge de manœuvre réduite due à sa nationale. À peine avaient-ils quitté leurs places publiques. » Dans cette recherche TUNISIE
Ennahdha met de l’eau dans son thé
«
L
MENACE À DROITE DANS LES ENCLAVES démunies – urbaines ou rurales –, des hommes vêtus d’un gilet orange viennent souvent en aide aux populations. Ce ne sont pas des brigades d’intervention mais des militants du Hizb Ettahrir (Parti de la libération), dont le prosélytisme s’opère par capillarité. Présent dans soixante-dix pays, ce mouvement a pour objectif l’instauration d’un califat supranational. Bien que se N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
réclamant d’une idéologie religieuse, ce qui est contraire à la loi, sa branche tunisienne a obtenu son agrément en 2012. Plus à droite qu’Ennahdha, Hizb Ettahrir, qui a fait son apparition dans les sondages avec 1,5 % d’intentions de vote aux législatives, plus que les démocrates d’Ettakatol ou d’Afek Tounes, attire d’anciens sympathisants et militants islamistes ayant payé un lourd tribut sous
Ben Ali et qui se sentent floués par le parti de Rached Ghannouchi. Il séduit également certains puristes de l’islam, car il ne prône pas le recours à la violence. « Le changement ne peut avoir lieu que dans le cadre de l’action politique pacifique », assure Fouad Azzouz, membre du bureau politique, qui prend soin de ne pas rappeler que son parti rejette le principe même
de la démocratie et qu’il ne reconnaît qu’une constitution, celle du Coran. « Au bout du compte, Hizb Ettahrir ne passera pas. Les déçus d’Ennahdha expriment aujourd’hui leur désapprobation, mais une fois aux urnes, ils ne voteront pas pour des ultras », estime Hassen Zargouni, patron du bureau d’études et de sondages Sigma Conseil. l F.D. JEUNE AFRIQUE
Maghreb Moyen-Orient bénéficie de l’appui des chancelleries étrangères, qui n’ont cessé de lui prodiguer conseils et encouragements. L’affirmation de François Hollande selon laquelle « l’islam est compatible avec la démocratie » lui a fait gagner des points auprès des instances internationales, si bien que, dans la foulée, Rached Ghannouchi est parti en tournée aux États-Unis, tandis que Hamadi Jebali, ancien chef du gouvernement, était reçu par le roi d’Espagne. Autre atout et non des moindres : Ennahdha a la faculté de se conformer à des directives de communication, à la différence de la plupart des partis politiques tunisiens. t Le faucon Abdellatif Mekki (à dr.), avec des sympathisants, le 3 août 2013, à Tunis.
JEUNE AFRIQUE
SOURCE : EMRHOD CONSULTING, DÉCEMBRE 2013
ONS ABID
ont quitté le gouvernement, ils n’en demeurent pas moins influents avec une majorité de sièges à l’ANC, ce qui leur permettra de peser sur les décisions politiques et sur l’examen des lois destinées à être revues ou promulguées en que l’exercice des responsabilités et la fonction de la Constitution. Abdellatif promotion d’une idéologie n’allaient Mekki précise que « le problème ne se pas de pair. Elle doit d’urgence retrouver sa crédibilité auprès de son électorat de situe pas dans les textes de loi mais dans leur application, car sans celle-ci il n’est base, réorganiser ses rangs et préserver son unité en s’appuyant sur des figures pas possible d’aller vers un mieux ». Ainsi phares. Son objectif est de faire aussi bien Ennahdha n’a-t-elle pas renoncé à son qu’aux élections de 2011 [40 % des voix]. » objectif de changer la société, mais elle s’y Avec le pragmatisme qu’on lui connaît, prend de manière plus subtile et mise sur Ennahdha semble bien partie pour tirer le temps et sur l’effet des lois. Elle profite son épingle du jeu, d’autant qu’elle également des errements de ses adversaires et a, par exemple, bu du petit-lait quand la désorganisation de la célébraIntentions de vote tion de la nouvelle Constitution, entachée (en % des voix) par le discours d’Ali Larijani, président de l’Assemblée consultative islamique d’Iran, a été imputée aux conseillers du LÉGISLATIVES chef de l’État, Moncef Marzouki, fonNida Tounes 23,3 % dateur du Congrès pour la République (CPR), son ancien allié dans la troïka Ennahdha 16,4 % gouvernementale. Front populaire 5,3 % Selon Abdelwahab el-Hani, « l’échec du gouvernement actuel pourrait relancer Al-Joumhouri 1,8 % Ennahdha, d’autant qu’elle connaît désorHizb Ettahrir 1,5 % mais les réseaux et les rouages de l’État », mais les islamistes ont également compris Alliance démocratique 1,4 % la nécessité de s’ouvrir à des alliances, Tayyar el-Mahabba 1 % d’où les signaux à peine masqués envoyés à Béji Caïd Essebsi, président de Nida Tounes. « Il faut pourtant que le pays échappe à la bipolarisation », commente PRÉSIDENTIELLE un membre du parti Afek Tounes, tandis Béji Caïd Essebsi 35,2 % que les formations modernistes tentent de se rassembler dans un front commun afin Mehdi Jomâa 14,8 % de se présenter sous la même bannière Moncef Marzouki 7,8 % aux prochaines élections. l
SOURCE : SIGMA CONSEIL, 30 JANVIER 2014
de proximité, tous les arguments sont bons. À ceux qui reprochent au parti de ne pas avoir tenu ses engagements, dont la constitutionnalisation de la charia, Abdellatif Mekki répond en exhumant une étude de 2011 démontrant que les lois tunisiennes en sont largement inspirées, argument abondamment utilisé par les constitutionnalistes et les élus de gauche lors des débats à l’ANC. Et Mekki de marteler que l’islam défend et protège les libertés individuelles, la justice sociale et la souveraineté du peuple, valeurs clés de la nouvelle Constitution. Pourtant, personne n’a oublié les réticences des élus d’Ennahdha à voter certains articles garantissant droits et libertés. Cette remise en selle du parti s’accompagne du silence de son conseil consultatif, qui s’est souvent opposé aux orientations de Ghannouchi. « Le mouvement a détenu le pouvoir sans gouverner, et sans réussir à faire appliquer la loi et à préserver la suprématie des institutions et la souveraineté de l’État. C’est une responsabilité grave que d’abandonner les revendications et les objectifs de la révolution, et d’accepter la réintégration des résidus de l’ancien régime », s’insurge l’élu démissionnaire Riadh Chaïbi, chargé de la préparation du 9e congrès du mouvement. « Le Conseil est important mais, à cette étape, c’est le bureau politique qui compte, estime le politologue Slaheddine Jourchi. La tactique d’Ennahdha rejoint sa stratégie, et réciproquement. Deux ans passés au pouvoir lui ont fait comprendre
INFLUENTS. Mais si les islamistes
Ali Larayedh
7,8 %
FRIDA DAHMANI, à Tunis N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
49
50
Lire aussi l’interview de Lynn Maalouf, sur notre site.
Maghreb Moyen-Orient LIBAN
Terre des assassins tranquilles Si l’attentat qui a coûté la vie à Rafic Hariri en 2005 a donné lieu à une enquête approfondie, la quasi-totalité des crimes commis par des milices et groupes armés depuis 1975 est restée impunie.
A
upaysduCèdre,oùlavendetta se pratique quotidiennement à chaud, la justice est un plat rare qui se mange froid. Avec l’ouverture, le 16 janvier, à La Haye, du procès de l’assassinat de Rafic Hariri, les Libanais ont enfin l’espoir d’y goûter. Il y a neuf ans, le 14 février 2005, une formidable onde de choc soulevait le sol de Beyrouth. Le convoi ultrasécurisé de l’ex-Premier ministre Rafic Hariri venait de sauter sur 1,8 tonne d’explosifs en plein centre-ville. Parmi les décombres calcinés, les corps sans vie du magnat devenu géant politique et de vingt-deux autres victimes. Créé en 2007 dans le cadre d’un accord entre la République libanaise et l’ONU, le Tribunal spécial pour le Liban (TSL) fait certes le procès de quatre absents, membres du Hezbollah, que le mouvement politicomilitaire chiite, grand allié du régime syrien, refuse de livrer. Mais, pour une fois, bouleversant la tradition des assassinats politiques au Liban, une enquête approfondie a été menée, des suspects ont été identifiés, des responsables ouvertement soupçonnés. « Jusqu’à l’assassinat de Rafic Hariri, explique l’homme politique et intellectuel Samir Frangié, les Libanais étaient fatalistes et ne pensaient pas que la justice pouvait être une réalité. Lorsque le TSL a été institué, beaucoup se sont demandé ce qui justifiait la création d’un tribunal pour un seul crime, alors que les 150 000 morts de la guerre civile attendent encore que justice soit rendue. Je leur répondais que ce crime était celui de trop et que, d’une certaine manière, les Libanais obtiendraient justice pour toutes les autres victimes si la lumière était faite sur cet assassinat. » Entre 1975 et 1991, des milliers de vies ont été englouties par le Moloch de la guerre civile, victimes des combats, de la crapule et du terrorisme. Passant trop rapidement l’éponge sur ce long bain de sang, la loi d’amnistie générale du 26 août 1991 a absous les crimes perpétrés par les milices et groupes armés avant le 28 mars 1991. Cette loi, qualifiée parfois de « loi d’amnésie générale », avait pour vocation proclamée de « tourner une nouvelle page ». Elle a surtout blanchi les seigneurs de la N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
guerre, devenus grands notables de la paix par la grâce des accords de Taëf conclus en 1989 entre les différentes factions sous les auspices syriens. Toutefois, l’article 3 de la loi d’amnistie en exclut « l’assassinat ou la tentative d’assassinat de personnalités religieuses ou politiques, et de diplomates arabes ou étrangers ». Justice aurait donc dû être faite pour les meurtres du leader politique Kamal Joumblatt, tué par balle en 1977, de l’ambassadeur de France Louis
Cibles variées
de poursuites a fait l’objet de procédures. « Les conséquences de cette culture de l’impunité sont graves, souligne le journaliste Paul Khalifeh, rédacteur en chef de L’Hebdo Magazine. La guerre civile s’est terminée sur une incompréhension; il n’y a eu ni travail de mémoire, ni construction d’un récit national, ni aucun processus de réconciliation du type de ceux mis en place en Afrique du Sud, au Rwanda ou en Colombie. Les leçons de la guerre n’ont pas été tirées, et celle-ci, qui couve fiévreusement depuis 2005, pourrait se rallumer à tout moment… »
6 mars 1975 : Saad Maarouf
LA LOI DU PLUS FORT. Certes, quelques
(liste sélective)
(syndicaliste, député)
16 mars 1977 : Kamal Joumblatt (leader politique)
4 septembre 1981 : Louis Delamare (ambassadeur de France)
14 septembre 1982 : Béchir Gemayel (leader politique)
5 mars 1986 : Michel Seurat (journaliste français)
1er juin 1987 : Rachid Karamé (Premier ministre)
16 mai 1989 : le cheikh Hassan Khaled (grand mufti de la République)
22 novembre 1989 : René Moawad (président)
24 janvier 2002 : Elie Hobeika (chef de milice)
14 février 2005 : Rafic Hariri (ex-Premier ministre)
12 décembre 2005 : Gebran Tuéni (journaliste)
27 décembre 2013 : Mohamed Chatah (homme politique)
Delamare, exécuté à bord de sa voiture en 1981, du grand mufti de la République, le cheikh Hassan Khaled, mort dans l’explosion d’une voiture piégée en 1989, comme leprésidentRenéMoawadlamêmeannée, et de tant d’autres. Mais vingt-trois ans après la fin de la guerre, seule une infime partie de la trentaine de crimes passibles
assassins ont été traduits en justice, mais c’est une justice qui fait surtout valoir la loi du plus fort. « Les poursuites engagées dans le cadre de la loi de 1991 comme les amnisties qu’elle permet ont montré que ce texte n’était qu’un outil pour servir des intérêts politiques », analyse Lynn Maalouf, chercheuse libanaise qui a effectué des études approfondies sur la question. En 1994, Samir Geagea, chef du mouvement chrétien des Forces libanaises, rétif à l’occupation syrienne, est ainsi poursuivi pour un attentat perpétré la même année dont il sera rapidement innocenté. Mais la procédure a entraîné la levée de l’amnistie pour les crimes antérieurs à 1991 qui lui sont imputés, et l’ancien chef de guerre est traduit devant le Conseil de justice, la plus haute instance judiciaire libanaise chargée de juger les crimes politiques. Accusé de l’assassinat du Premier ministre Rachid Karamé, tué par une bombe dans son hélicoptère en 1987, et de celui du leader chrétien Dany Chamoun, exécuté avec sa femme et ses deux enfants en 1990, Samir Geagea est condamné à mort plusieurs fois, peine commuée en réclusion à vie. Amnesty International dénonce alors « le caractère sélectif de la loi d’amnistie ». Geagea, qui n’a pas plus de sang sur les mains que bien d’autresdevenusministresoudéputés,restera enfermé dans les sinistres oubliettes du ministère de l’Intérieur jusqu’au départ des troupes syriennes du Liban, en 2005. Cetteannée-là,l’assassinatspectaculaire de Rafic Hariri, très vite imputé au maître JEUNE AFRIQUE
Maghreb Moyen-Orient
HUSSEIN MALLA/AP/SIPA
51
p Le 27 décembre 2013, Mohamed Chatah, un proche de Saad Hariri, était tué dans un attentat à la voiture piégée.
de Damas et à son allié local, le Hezbollah, achève d’exaspérer la population, qui manifeste massivement pour le départ de l’occupant syrien. « Qui est le prochain? » scandaient les premiers manifestants antiSyriens,brandissantdesportraitsdeHariri, mais aussi ceux de bien d’autres personnalités politiques assassinées, comme le président Béchir Gemayel, tué dans l’explosion d’une bombe en 1982. Soumis à une pression populaire et diplomatique sans précédent, le régime syrien évacue le pays en avril 2005. Mais ses espions, les Moukhabarate, restent sur place, et Damas peut compter sur la coopération de puissants alliés locaux. En 2005-2006, les assassinats ciblés atteignent un pic: six personnalités politiques et médiatiques sont tuées, de nombreuses autres blessées. Chargé de juger les assassins de Rafic Hariri, le TSL a élargi sa compétence aux attentats commis contre les personnalités politiques antisyriennes Marwane Hamadé, Georges Hraoui et Elias al-Murr. « Près de 400 témoins ont été entendus, précise Samir Frangié, alors que s’ouvre le procès,etnousallonsapprendrebeaucoup de choses dans les mois à venir… » Des « choses » qui pourraient coûter cher aux alliés locaux du régime syrien, JEUNE AFRIQUE
présumé innocent mais dont peu de gens doutent de l’implication dans la plupart des crimes politiques commis au Liban depuis 1975.
Chatah – proche de Saad Hariri, fils de Rafic et chef de file de la coalition antisyrienne – était tué dans un attentat à la voiture piégée. « Pour nous, les suspects sont ceux qui se dérobent à la justice TRAVAIL DE MÉMOIRE. Principal internationale et qui propagent l’incendie relais de la politique syrienne au Liban, régional à la nation [libanaise] », déclarait aujourd’hui très engagé contre l’insurHariri, faisant une allusion transparente rection anti-Bachar, le Hezbollah est sur au Hezbollah. Quelles pourraient être les la sellette. Et ne cesse de dénoncer une conséquences d’une condamnation du instrumentalisation politique du TSL. « Si « parti de Dieu » par le TSL, seul moule Hezbollah ne reconnaît pas la légitimité vement autorisé par le tuteur syrien à garder ses armes à la fin de la guerre et qui constitue Le procès des meurtriers présumés aujourd’hui un véritable de l’ex-Premier ministre est État dans l’État? Alors que la guerre syrienne menace l’occasion d’une catharsis. d’engloutir le Liban dans du tribunal, pourquoi alors a-t-il accepté, un nouveau déferlement de violence, en 2011, de poursuivre son financement? Frangié ne cache pas son appréhension, Pourquoi mobilise-t-il un appareil de mais le pays du Cèdre ne doit en aucun défense médiatique et judiciaire si imporcas, dit-il, laisser passer cette occasion tant ? » s’interroge Frangié, qui rappelle unique de faire face à son histoire, à la l’initiative de réconciliation interlibanaise vérité : « À la fin de la guerre de 1975proposée en 2010 par l’Arabie saoudite 1990, les Syriens ont bloqué tout travail maisrefuséepar le Hezbollah.«Uneerreur de mémoire et de réconciliation. Seul monumentale, commente l’intellectuel. ce travail de justice et de vérité pourra Ce processus aurait permis d’apaiser les ouvrir une véritable culture de la paix, du tensions avant que ne tombe le verdict du vivre-ensemble, une nouvelle ère pour le TSL. » Le 27 décembre 2013, Mohamed Liban. » l LAURENT DE SAINT PÉRIER N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
52
Maghreb Moyen-Orient ALGÉRIE
Front du refus, énième édition Les élections présidentielles ont toujours été marquées par des appels au boycott. Celle du 17 avril ne dérogera pas à la règle.
M
algré les 80 candidats à la candidature, parmi lesquels deux anciens Premiers ministres (Ahmed Benbitour et Ali Benflis), un général à la retraite (Mohand Tahar Yala), un ex-ministre du Budget (Ali Benouari) et une dizaine de chefs de partis de l’opposition, dont Louisa Hanoune, secrétaire générale du Parti des travailleurs (PT, trotskiste), et Moussa Touati, patron du Front national algérien (FNA), l’élection présidentielle du 17 avril sera boudée par une partie de la classe politique. Elle se tiendra ainsi sans les laïcs du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD, de Mohcine Belabbas), qui a décidé, le 24 janvier, de ne pas participer à un « scrutin qui n’obéit pas aux règles démocratiques ». Le RCD estime que sa demande « de dessaisir le ministère de l’Intérieur de la gestion des élections et [de mettre sur pied une] commission de gestion permanente et autonome, à l’instar de ce qui se fait chez [les] voisins […], a été ignorée et rejetée ». Les différentes composantes du courant islamiste ont également annoncé, le 26 janvier, qu’elles boycotteraient le scrutin. Des Frères musulmans du Mouvement de la société pour la paix (MSP, d’Abderrezak Mokri) aux salafistes quiétistes d’El-Islah en passant par l’électron libre des fondamentalistes algériens, Abdallah Djaballah, leader du Front de la justice et du développement (FJD), tous exigeaient, comme le RCD, que l’organisation et la supervision du scrutin soient confiées à une commission indépendante sur le modèle de l’Instance
supérieure indépendante pour les élections (Isie) tunisienne. Une exigence difficile à satisfaire car, aux termes de la loi, cette mission incombe à l’administration sous la supervision du pouvoir judiciaire, incarné par 1 500 magistrats. S’il s’est abstenu de répondre à cette revendication, formulée dans une lettre ouverte signée par une quarantaine de formations politiques, le ministère de l’Intérieur n’a pas tardé à réagir à l’annonce du boycott actif. Tayeb Belaiz, ministre d’État, a ainsi déclaré, le 31 janvier, devant le Conseil de la nation (Sénat), que « seuls les candidats dont le dossier a été validé par le Conseil constitutionnel seront autorisés à faire campagne ». Une menace dont
Mohamed Talbi, directeur général des libertés publiques et des affaires juridiques au ministère de l’Intérieur, a précisé les contours : « Les 3 250 salles et sites prévus pour les meetings électoraux durant la campagne seront exclusivement mis à la disposition des candidats qui disposent du quitus délivré par le Conseil constitutionnel. » PIÉGÉS. La constitutionnaliste Fatiha
Benabbou estime que le gouvernement joue sur du velours: « Selon la loi, les candidats sont ceux que le Conseil constitutionnel considère comme tels et dont les noms sont publiés au Journal officiel de la République algérienne [Jora]. Tous ceux qui ne remplissent pas cette condition
UN RENFORT DE POIDS EN 2004, ils s’étaient déjà illustrés en demandant à l’armée d’empêcher Abdelaziz Bouteflika de briguer un deuxième mandat. Même au prix d’un coup d’État militaire. Dix ans plus tard, ils récidivent. Cette N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
fois, ils n’en appellent pas à l’institution militaire mais aux électeurs, qu’ils exhortent à bouder les urnes. Ahmed Taleb Ibrahimi, 82 ans, ancien chef de la diplomatie, Me Ali Yahia Abdennour,
93 ans, vétéran du combat pour les droits de l’homme, et le général Rachid Benyellès, benjamin du trio avec ses 75 printemps, ont fait paraître, le 10 février, une déclaration dressant un tableau noir des quinze
ans de règne du président Abdelaziz Bouteflika et appelant les Algériens à boycotter le scrutin du 17 avril si l’actuel locataire d’El-Mouradia briguait un quatrième mandat. l CH.O. JEUNE AFRIQUE
Coulisses
GÂCHIS. Quant aux opposants qui se sont lancés dans la course aux parrainages, s’ils se gardent de juger publiquement le front du refus, ils n’en considèrent pas moins celui-ci comme l’allié objectif d’un pouvoir rétif à toute idée de changement. « Ce n’est pas en boycottant les élections que l’on fera partir le système », assure un membre du staff du candidat Ali Benflis. Dans l’entourage d’Ahmed Benbitour, on déplore un gâchis dont la responsabilité incombe en premier lieu à un pouvoir autiste. Entre inflation de candidatures et promesses d’abstention record, l’épais brouillard qui entoure le scrutin du 17 avril n’est pas près de se lever. l CHERIF OUAZANI JEUNE AFRIQUE
53
MIKHAIL METZEL/AP/SIPA
sont donc hors jeu. » Mais la juriste pointe une contradiction entre cette disposition, qui empêche les tenants du boycott de faire campagne, et l’article 41 de la Constitution, qui garantit la liberté d’expression. Ni le RCD ni le MSP, principaux animateurs du front du refus, n’ont envisagé de poser la question de la constitutionnalité de la loi électorale au moment où elle a été adoptée. « Leur manque de réactivité a fait qu’aujourd’hui ils sont totalement piégés », conclut Fatiha Benabbou. Seulement voilà, ni les laïcs ni les islamistes ne semblent disposés à renoncer à leur droit de faire campagne pour le boycott. Depuis 2009, dernière élection présidentielle en date, l’Algérie a changé. L’audiovisuel et ses influents médias ne relèvent plus du monopole de l’État. Les quelque dix chaînes de télévision privées qui ont vu le jour ne vont pas s’embarrasser du juridisme gouvernemental et interdire leur antenne aux dirigeants du RCD, des Frères musulmans et de tous ceux qui prônent le boycott. Autre bonne nouvelle pour le front du refus : le renfort de trois éminentes personnalités nationales. Ahmed Taleb Ibrahimi, Me Ali Yahia Abdennour et le général Rachid Benyellès (lire encadré p. 52). Le poids de ce trio a apporté un peu d’oxygène aux partisans du boycott, accusés par une partie de l’opinion d’avoir peur d’affronter le suffrage universel.
Maghreb & Moyen-Orient
p Le président russe accueillant Abdel Fattah al-Sissi, le 13 février, à Moscou.
ÉGYPTE POUTINE VEND LA MÈCHE
Quand le journal koweïtien Al-Seyassah a annoncé, début février, la candidature du maréchal Abdel Fattah al-Sissi à la présidence, l’armée égyptienne s’est empressée de démentir le scoop. Les propos de l’homme fort du Caire auraient été mal interprétés. Il n’aurait jamais dit qu’il se « présenterai[t] devant le peuple d’Égypte pour renouveler sa confiance par un vote libre ». Poussé par de larges franges de l’opinion depuis le coup d’État contre les Frères musulmans, Sissi, 59 ans, n’avait pas encore rendu publiques ses intentions, lesquelles étaient demeurées secrètes. Jusqu’à cette visite, le 13 février, à Moscou, au cours de laquelle Égyptiens et Russes ont discuté de contrats d’armement, pour une valeur d’environ 2 milliards de dollars (1,5 milliard d’euros). Le président russe Vladimir Poutine n’y est pas allé par quatre chemins : « Je sais que vous avez décidé d’être candidat à la présidence.Au nom de tout le peuple russe, je vous souhaite bonne chance. » l
JORDANIE NOM D’UNE PIPE! Colère dans les cafés jordaniens. En application d’une loi antitabac votée en 2008, le gouvernement a décidé de révoquer la licence de 5000 établissements proposant à leurs clients le narguilé, fameuse pipe à eau qui glougloute depuis des siècles sur toutes les terrasses du Levant. Les intoxiqués réfractaires encourront de 16 à 26 euros d’amende et jusqu’à un mois de prison. La mesure menace 12000 emplois et un marché de 1,1 milliard d’euros.
IRAK TRAVAUX PRATIQUES… Au matin du 10 février, une violente explosion a fauché 21 apprentis martyrs dans la localité rurale de Jilam, au nord de Bagdad. Le maître jihadiste qui enseignait à ses
adeptes l’art de se faire sauter avec une ceinture d’explosifs aurait malencontreusement déclenché le dispositif. Selon d’autres sources, c’est une voiture piégée qui aurait sauté au cours du tournage d’une vidéo de propagande.
MAURITANIE LAGHDAFETTES Si la reconduction de Moulaye Ould Mohamed Laghdaf à la tête du nouveau gouvernement mauritanien a entériné la large victoire du parti présidentiel aux législatives de novembre 2013, la présence inédite de six femmes, dont cinq entrantes, parmi les 26 ministres fait l’effet d’une petite révolution. Quinze des portefeuilles sont restés aux mains des ministres sortants, notamment les ministères régaliens de l’Intérieur, de la Justice, des Affaires étrangères et des Finances. N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
Europe, Amériques, Asie
EUROPE
La Suisse fait Le 9 février, les électeurs ont décidé de mettre fin à la libre circulation des étrangers et d’instituer un système de quotas. Premières victimes: les Allemands, les Français, les Italiens et les Portugais. La réplique de l’UE s’annonce virulente. ALAIN FAUJAS
C
oup de tonnerre dans le ciel européen: 50,34 % des électeurs et une majorité de cantons de la Confédération helvétique ont adopté le 9 février une « initiative contre l’immigration de masse » soumise à votation sur proposition d’un parti ultraconservateur, l’Union démocratique du centre (UDC). Contre l’avis du gouvernement central, des chefs d’entreprise et de tous les autres partis. En 2005, cette même UDC avait déjà affiché sa xénophobie en faisant adopter par les urnes l’interdiction des minarets. Cinq ans plus tard, elle avait obtenu le renvoi des délinquants étrangers dans leur patrie. Ce vote obtenu par 19000 voix de majorité fait obligation au gouvernement de modifier la Constitution dans les trois ans de façon à mettre fin à la libre circulation des étrangers et à instaurer un système de quotas. Les Européens, qui croyaient que leur culture, leur niveau d’éducation et leurs religions semblables à ceux des Suisses les préservaient de ces mesures protectionnistes, tombent de très haut. Car la Confédération, qui ne fait pas partie de l’Union européenne, a décidé de se protéger contre « l’immigration de masse »… des Allemands, des Français, des Italiens et des Portugais ! INACCEPTABLE. Les réactions ont été à la mesure
de la surprise de ce résultat qu’aucun sondage n’avait prévu. Aussitôt, les eurosceptiques et autres populistes ont exulté. À l’unisson de l’AfD allemande, du PVV néerlandais ou de la Ligue du Nord italienne, Marine Le Pen, la présidente du Front national français, s’est félicitée du « bon sens helvète », tandis que Nigel Farage (Ukip, Royaume-Uni) déclarait que ce vote était « une merveilleuse nouvelle pour les amoureux de la liberté et de la souveraineté nationale ». La Commission européenne a répliqué que la politique des quotas était « inacceptable ». Angela Merkel, la chancelière allemande, que le vote poserait « des problèmes considérables » à la Suisse. Thierry Repentin, le ministre français délégué aux Affaires européennes, qu’il allait falloir revoir l’ensemble des accords entre Bruxelles et Berne. Enfin, Daniel Cohn-Bendit, député Vert européen, a enfoncé le clou en estimant que l l l N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
u La Suisse ferme ses frontières et viole l’accord de libre circulation conclu en 2002 avec l’UE. Les souverainistes pavoisent.
CHAPPATTE
54
Europe, Amériques, Asie
sécession
55
56
Europe, Amériques, Asie Suisse « la Suisse a parfaitement le droit de se refermer sur elle-même », mais que « nous n’avons rien à lui céder, sinon nous y perdrons tous ». En France, l’Élysée est demeuré silencieux, mais les socialistes ont condamné cette régression. Quant à l’UMP, elle a commencé avec François Fillon par applaudir les Suisses pour leur projet de quotas avant de s’apercevoir que celui-ci pénalisait 145 000 travailleurs frontaliers français ! L’indignation n’a pas été moindre en Suisse. À Berne, des manifestants ont déployé des banderoles pour exprimer leur « honte ». L’Association des banques suisses redoute quant à elle que « les effectifs disponibles de personnels qualifiés décroissent » en raison des nouvelles barrières à l’immigration. Voilà donc le pays coupé en deux. Ont voté contre l’initiative antiimmigration : la Suisse romande (francophone), les villes, les intellectuels et les classes aisées. Ont voté pour: la Suisse alémanique (germanophone), le monde rural et les laissés-pour-compte de la mondialisation. lll
VOTE DE RICHES. Paradoxe, la Suisse se ferme alors que
les accords de libre-échange conclus avec l’UE lui ont donné accès à un marché de 500 millions d’habitants qui absorbe 55 % de ses exportations. Si, malgré tout, elle a émis un vote anti-immigration, c’est parce que, chaqueannée,arriventsursonterritoire80000étrangers, qui provoquent une hausse des prix de l’immobilier, un encombrement des transports en commun et des écoles. « C’est un vote de riches, analyse Yves Bertoncini, directeur de Notre Europe-Institut Jacques Delors. Ce pays compte 3,5 % de chômeurs et 23,3 % d’étrangers. Ses citoyens ont clairement choisi de défendre leur identité, de rester entre eux, en échange d’une moindre prospérité. Les Africains, par exemple, auront du mal à comprendre ce choix, eux qui adoreraient pouvoir jouir de la libre circulation sur leur continent. » Les conséquences de ce repli nationaliste sont encore difficilement mesurables. Chercheuse à l’Institut français des relations internationales (Ifri), Emma Broughton estime que toutes les politiques antimigratoires ont avant tout un objectif « électoraliste ». Car, dit-elle, « toutes les études montrent que l’immigration apporte toujours plus à un pays qu’elle ne lui prend en termes de finances publiques, et qu’un immigré ne
se substitue pas à un national dans un emploi ». Les quotas? « Techniquement, il est compliqué de découvrir de quelles compétences ont besoin les entreprises. En France, des listes de métiers où il existe des manques de main-d’œuvre ont été établies en 2007, mais elles n’ont jamais été mises à jour, et les nomenclatures de Pôle emploi sont incohérentes avec les besoins des entreprises. » La balle est dans le camp helvétique. Bon gré mal gré, le Conseil fédéral (gouvernement) devra se plier au vote populaire. Mais il sait que si la libre circulation est remise en question, les six autres accords signés en 2012 avec Bruxelles, notamment en matière de transports, d’agriculture, de recherche et de marchés publics, deviendront caducs. Comme l’a dit sans ambages la commissaire Viviane Reding : « Vous prenez tout ou vous laissez tout. » Il semble peu vraisemblable que les Européens Cette nouvelle politique établis en Suisse – ils sont migratoire à un prix : 1 million – en soient chassés, 0,3 point de croissance. car 430 000 Suisses leur font pendant au sein de l’Union. Il n’empêche que le Crédit suisse estime que la nouvelle politique migratoire devrait coûter à la Confédération 0,3 point de croissance, ou 1,2 milliard de francs suisses (980 millions d’euros) en trois ans. « Ils se sont tiré une balle dans le pied », commente Philippe Herzog, président de l’association Confrontations Europe. Pour sortir de l’impasse, il propose d’élaborer « une politique de la mobilité à l’échelle du continent ». Car faute de cadre migratoire négocié, on est toujours le « plombier polonais » de quelqu’un. En d’autres termes : on est ressenti comme une menace pour l’emploi du voisin. Le 10 février, les négociations concernant la création d’un marché commun de l’électricité ont été suspendues. Et si une nouvelle votation interdisait l’entrée en vigueur, le 1er juillet, de l’accord de libre circulation conclu avec la Croatie, l’UE stopperait l’application de son accord avec la Suisse dans le domaine de la recherche, ainsi que le programme Erasmus d’échange d’étudiants. Les diplomates vont devoir faire preuve de beaucoup de talent pour éviter que la Suisse ne se retrouve isolée au cœur de l’Europe ! l
POURQUOI BRUXELLES EST CATASTROPHÉ
T
rois raisons justifient le concert de protestations qui a suivi la votation suisse en faveur d’une politique d’immigration très contrôlée. • Ce vote contrevient à l’accord conclu en 2002 entre la Suisse et l’Union européenne, qui définit quatre libertés de circulation: celles des personnes, des biens, des services et des capitaux. Enlever l’une d’elles, c’est
N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
supprimer les autres et saper les fondements de l’Union. • Un million d’Européens travaillent et/ou résident en Suisse, dont 300000 Allemands et 145000 frontaliers français. Si la Suisse mettait en place une politique de quotas par nationalité et par profession, l’obtention d’un permis de travail prendrait plusieurs semaines, au lieu de cinq
jours actuellement. Les étrangers seraient menacés de perdre leur emploi; la Suisse sortirait de l’espace Schengen; et un passeport serait obligatoire pour franchir ses frontières. • La position du Premier ministre britannique, qui a récemment dénoncé l’abus fait par les immigrés roumains et bulgares des allocations chômage, s’en
trouve renforcée. Concurrencé par l’aile souverainiste de la droite britannique, David Cameron a promis d’organiser à partir de 2017 un référendum en vue de restituer au royaume la maîtrise de sa politique migratoire et de rétablir une frontière avec l’Europe.Tout en conservant un accès privilégié au marché A.F. continental! l JEUNE AFRIQUE
featuring:
AFRICA 2014
la plus grande exposition de puissance et l’énergie en Afrique
11 – 14 Mars 2014 Sandton Convention Centre Johannesburg, South Africa
Avec 250 exposants, des conférences edge stratégique et participation des services publics africains, des société d’énergie globalement, le monde africain de puissance et Electricité a consolidé sa position dans l’industrie, attirant 4500 participants Enregistrez-vous sans frais www.terrapinn.com/powerafrica
Europe, Amériques, Asie FRANCE
Ces drôles de Creusois à la peau sombre… De 1963 à 1981, 1 600 jeunes Réunionnais furent contraints de s’exiler en métropole afin de repeupler les campagnes. L’État va-t-il enfin reconnaître sa responsabilité dans ce drame ?
de La Réunion. D’abord, pour contrarier les menées autonomistes de Paul Vergès, le frère jumeau de l’illustre avocat (Jacques Vergès, décédé l’an dernier), qui dirige le Parti communiste local. Mais aussi pour combattre le chômage et la surnatalité : une Réunionnaise fait, en moyenne, sept enfants. Un mois après son élection, il crée donc le Bureau pour le développement des migrations dans les départements d’outre-mer (Bumidom). Plus de 72 000 Réunionnais adultes sont ainsi expédiés en métropole pour travailler aux PTT (l’ancêtre de La Poste) ou sur les chaînes de montage des usines Renault.
t Simon Apoi, président de l’Association des Réunionnais de la Creuse, avec son épouse et l’un de ses enfants.
EXODE RURAL. L’autre grande préoccu-
BRUNO ARBESU/WWW.PICTURETANK.COM
58
E
lleestfine,presquefrêle,maisson regard trahit sa détermination. Marie-Thérèse Gasp est née il y a quarante-neuf ans dans l’île de La Réunion, petite possession française perdue dans l’océan Indien. Séparée de sa famille à l’âge de 6 mois, elle a été contrainte deux ans et demi plus tard de s’exiler en métropole. Plus précisément, dans le département de la Creuse. Comme quelque 1600 jeunes Réunionnais retirés à leur famille, souvent en toute illégalité. Cet exil forcé a commencé il y a tout juste cinquante ans, raison pour laquelle une résolution reconnaissant la responsabilité de l’État français dans cette triste affaire sera soumise au Parlement le 18 février, à l’initiative d’Ericka Bareigts, la députée (socialiste) de l’île. « C’est un premier pas, mais il en faudra d’autres, commente Marie-Thérèse. Toute la lumière doit être faite sur les chiffres et sur les responsabilitésdesunsetdesautres.»Retourenarrière. N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
La Réunion, printemps 1966. Depuis des mois, les fiches signalétiques affluent à la Direction départementale des affaires sanitaires et sociales (Dass). Toutes concernent des enfants à la tenue « douteuse » et à la santé « déficiente », vivant dans des cases « exiguës ». Les autorités sanitaires estiment que leurs pères ne manifestent pas un grand « sens des responsabilités ». Certes, ils travaillent régulièrement dans des plantations, mais « pour peu de temps ». Depuis des mois, ces gosses de familles en difficulté vivent dans la hantise de voir surgir la 2 CV fourgonnette qui les emportera au loin. CHÔMAGE. C’est Michel Debré, le principal rédacteur de la Constitution de la Ve République, qui orchestre l’opération. En mai 1963, il n’est plus depuis un an le Premier ministre du général de Gaulle en raison de son hostilité à l’indépendance de l’Algérie. Alors il s’est fait élire député
pation, presque l’obsession, de Michel Debré, c’est le dépeuplement de la France rurale. Des départements comme la Creuse, le Gers ou le Tarn sont particulièrement touchés. Pourquoi ne pas remédier à cet exode rural en organisant l’implantation sur ces terres désertées de gens nés sous d’autres cieux ? Dans un premier temps, il cible les mineurs orphelins dûment immatriculés comme « pupilles de la nation ». Ceux-ci ne suffisant pas à la tâche, les critères d’élection, si l’on peut dire, sont bientôt étendus aux indigents. Il suffit pour cela que les parents renoncent à leurs droits… Jean-Jacques Martial n’est pas orphelin de naissance. Il n’a pas non plus été abandonné par ses parents. Dans un livre publié en 2002, il évoque ce jour d’avril 1966 où deux fonctionnaires de la Dass se sont présentés au domicile familial munis d’un document portant la signature du secrétaire général de la préfecture : « L’enfant Martial Jean-Jacques, né le 27-5-1959 à Saint-André (de La Réunion), est admis dans les services de l’aide sociale à l’enfance. » Quelques jours plus tard, son père appose son pouce imprégné d’encre en bas d’un texte imprimé que lui présente le garde champêtre : « M. Martial Antoine nous déclare vouloir effectuer l’abandon à la Direction de l’action sanitaire et sociale de Martial Jean-Jacques. » Un rapport rédigé ultérieurement évoquera une séparation « très pénible » ayant provoqué « un choc affectif », mais qu’importe : le garçonnet de 6 ans en tongs, short et chemisette est embarqué dans un avion en partance JEUNE AFRIQUE
Europe, Amériques, Asie pour la France. Quand il atterrit à l’aéroport d’Orly, il fait – 5 °C. Il est expédié directement dans la Creuse, au foyer de l’enfance de Guéret. SPORTS D’HIVER. En même temps
que lui, plusieurs dizaines de petits Réunionnais furent ce jour-là arrachés à leur île. Les plus jeunes avaient 6 mois, les plus âgés, 20 ans. Ses quatre premières années, les plus belles, Jean-Jacques les passe chez un couple d’agriculteurs qui ne lui ménage pas son amour. Jusqu’au jour où un homme et une femme, les Barbey, se présentent à la ferme sous le prétexte de l’emmener aux sports d’hiver. Après des heures de route, il se retrouve à SaintVaast-la-Hougue, dans la presqu’île du Cotentin, sur la côte normande. Second arrachement. À l’école, il découvre sur ses cahiers un nom qui n’est pas le sien : « Barbey Jean-Jacques ». Il fait contre mauvaise fortune bon cœur, car les Barbey, qui sont l’un et l’autre enseignants, se montrent très attentifs avec lui. Autant en profiter pour s’instruire… Trois ans plus tard, le couple se sépare, et Jean-Jacques est confié à son père adoptif, qui, assure-til, abusera par la suite régulièrement de lui. En dépit de ce lourd passif, Jean-Jacques apprend un métier (cuisinier), fonde une famille (il a deux enfants) et, en 2004, après trois tentatives infructueuses, réussit à récupérer son patronyme : Martial. Sa plus grande fierté, c’est d’avoir osé, en janvier 2002, assigner l’État français en justice pour « enlèvement et séquestration de mineur » et pour « rafle et déportation ».
ils ne se sont pas suicidés. Ceux qui ont survécu conservent la trace profonde de leur déracinement culturel et affectif. Pour la députée Ericka Bareigts, ces « petits créoles », comme on les appelait dans la Creuse, verront donc, si la résolution est adoptée, leur tragédie inscrite dans l’histoire de France : « Le texte prévoit également une reconnaissance de la responsabilité morale de l’État français. Il s’agit de permettre aux Réunionnais de s’approprier cette période pour mieux panser leurs blessures et se projeter dans l’avenir. Pas d’instruire le procès de Michel Debré. » Cadretechnico-commercialàlaretraite, Michel Calteau, 63 ans, estime pour sa part qu’une simple reconnaissance morale ne suffit pas : « Si l’État est en infraction, estime-t-il, il L’instigateur de l’opération ? faut des réparations à hauMichel Debré, ancien Premier teur des préjudices subis. » Le plus grave, dit-il, « c’est ministre et député de La Réunion. moins le fait de nous avoir fait venir ici que de nous avoir ensuite tri » où les enfants étaient classés par catéabandonnés à notre sort ». Pour lui, les gories d’âge. « Il y avait de la demande ! Certains enfants arrivaient le soir au 10 % d’enfants qui ont fini par trouver leur foyer et repartaient dès le lendemain », place dans la société française ne doivent raconte-t-il. pas faire oublier les autres. À leur arrivée Il est successivement placé dans deux en métropole, les enfants souffraient de familles d’accueil. À chaque fois, il fugue carences affectives graves, mais ils n’ont et se réfugie au foyer de Guéret. Au fil des jamais rencontré de psychologues, sauf pour des tests d’orientation professionannées, il réussit néanmoins à maintenir nelle. On a menti à des familles pour un lien avec ses frères et sœurs, à décroleur enlever leurs enfants. Calteau a été cher un emploi et à fonder une famille. Il le premier à utiliser le terme de « déporestime avoir eu de la chance. Car certains tation ». Et il ne le renie pas. l de ses camarades ont sombré dans la dépression ou la délinquance, quand CLARISSE JUOMPAN-YAKAM Afin, dit-il, de « provoquer un choc », il réclame 1,5 milliard d’euros d’indemnité. Et c’est ainsi que fut révélé au grand jour le scandale des 1 600 enfants arrachés à leur île entre 1963 et 1981 afin de repeupler soixante-quatre départements français. Toutes leurs histoires se ressemblent. Certains ont été adoptés, d’autres placés en foyer, d’autres encore soumis dans des fermes à un esclavage déguisé. Dans le sillage de celle de Jean-Jacques Martial, d’autres plaintes ont été déposées. Toutes ont été classées sans suite. CHANCE. Arrivé le 6 septembre 1966 avec ses trois frères, dont il est vite séparé, Simon Apoi, aujourd’hui président de l’Association des Réunionnais de la Creuse, décrit un « véritable centre de
Bienvenue à bord et bonne lecture. Retrouvez-nous sur vos compagnies aériennes préférées.
59
60
PARCOURS | D’ici et d’ailleurs
p « La démocratie n’est pas une question d’ethnie ou de personne, c’est une façon de vivre. »
Béa Diallo La force contenue Ce champion de boxe d’origine guinéenne est aujourd’hui élu au Parlement belge et échevin d’Ixelles.
I
L EST LOIN DE MONROVIA, ce café d’Ixelles (Belgique), où le député Lansana Béa Diallo commande un poisson bouilli des plus diététiques, ne touchant ni aux frites ni à la mayonnaise. Du Liberia, où il est né en 1971, celui qui fut aussi champion de boxe et chef d’entreprise se souvient « des belles villas, des jardins luxuriants », ne faisant pas mystère de son enfance favorisée de fils de diplomate. Il doit d’ailleurs son nom à la visite, le jour de sa naissance, du ministre guinéen de l’Économie, Lansana Béavogui, futur Premier ministre et président par intérim… Son propre pays, Béa Diallo le retrouve entre 1976 et 1977 : il ne garde aucun souvenir de ce moment. En revanche, l’arrivée à Paris où son père est nommé premier conseiller de l’ambassade l’année suivante lui laisse un goût amer. « Terrible.Tu quittes l’Afrique où tu croises de temps en temps des Blancs pour Paris
N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
où tu croises de temps en temps des Noirs… » dit-il. Le plus dur sera d’apprendre la langue. Quant à sa couleur de peau, Diallo en prend très tôt politiquement conscience. « Dès le début des années 1980, j’étais un gamin très engagé. En pleine montée du Front national, les mouvements de lutte contre le racisme se développaient, et je suivais mes frères. » Présent dans les manifestations où il vend des badges SOS Racisme, l’adolescent turbulent fait aussi le coup de poing. « Lors d’un grand concert auTrocadéro, un ami a été gravement blessé, se souvient-il. Je suis devenu ultraviolent. » Rebelle, il réagit au moindre regard. « C’était une provocation: on me regardait parce que j’étais noir! » Paradoxalement, cette violence qui lui vaut d’être renvoyé de l’école se veut justicière. Avec sa bande, ils dévalisent le Prisunic pour donner à manger aux sans-domicile-fixe. Résultat : un
passage au commissariat, une raclée et un article de presse qui parle de « Robin des Bois des temps modernes ». La spirale de violence aurait pu mal finir. Sans doute est-il sauvé par une force de caractère qui l’empêche de tomber dans la drogue et par un déménagement à Bruxelles, où son père est muté en 1985. Tout ne s’améliore pas du jour au lendemain, mais avec la bande black-blanc-beur de « justiciers » qu’il monte à Bruxelles, Béa Diallo se rend un jour dans une salle de boxe « socialement et racialement mixte ». « On avait l’habitude de se battre dans la rue, mais on a pris une vraie rouste, se souvient-il. Je suis le seul à être resté. Je me suis entraîné, entraîné, entraîné. Je n’acceptais pas la défaite, je voulais me venger à la loyale. » Un événement parachève la métamorphose: le jour où il casse la figure d’un voleur (blanc), c’est lui que l’on menotte, avant que les témoignages en sa faveur le sauvent… « Convaincu que le Noir aurait toujours tort, j’ai beaucoup réfléchi… J’ai lu Martin Luther King Jr et Gandhi. Désormais, je voulais être le meilleur, sans violence. » JEUNE AFRIQUE
Europe, Amériques, Asie
Son pays d’origine, redécouvert peu à peu, a alors toute son attention: il s’y implique en investisseur (conserverie, transport, club de foot…), se heurtant de plein fouet au problème de la corruption. La politique? Il y viendra peut-être comme il y est venu en Belgique. Ses divers engagements, comme celui pour la défense des femmes battues, lui ont valu d’être contacté par le Parti socialiste. Élu à la chambre des députés de la région de Bruxelles-Capitale en 2004, réélu en 2009, candidat à sa succession en 2014, il a remporté son mandat local d’Ixelles en 2006. En Guinée, il s’est impliqué quand Moussa Dadis Camara a été blessé: « J’ai proposé un gouvernement d’union nationale, mais ils m’ont envoyé à la mer car ils voulaient tous être présidents. La démocratie, pourtant, ce n’est pas une question d’ethnie ou de personne, c’est une façon de vivre. » Ce père de quatre enfants aurait-il des ambitions pour son Mouvement pour une Guinée nouvelle? En tout cas, il cogne déjà comme un politique sur le président, « qui fait pire que ses prédécesseurs », comme sur son principal opposant, « qui a été Premier ministre par le passé, non? » Et il ne chercherait pas le KO? l
HOMOSEXUALITÉ
Supplice chinois Cinq cliniques pékinoises proposent une thérapie de choc pour « soigner » les gays : électrodes sur les parties génitales et décharge électrique. Vous avez dit torture ?
E
n Chine, trente millions d’homosexuels sont encore trop souvent vus comme des malades mentaux qu’il convient de soigner. À Pékin, le centre lesbiennes, gays, bisexuels et transsexuels (LGBT) vient de lancer une campagne pour sensibiliser l’opinion aux véritables tortures qui leur sont imposées – ou qu’ils s’imposent parfois à eux-mêmes. Le mois dernier, une manifestation a eu lieu devant l’une des cinq cliniques de Pékin qui proposent une thérapie à base de décharges électriques. Cettetechniqueexistedepuisledébutdu XXe siècle mais a vite été abandonnée en Occident. Très critiquée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), elle est aussi simple que douloureuse. On applique des électrodes sur les parties génitales du patient en lui projetant un film pornographique; s’il réagit aux images, il reçoit une décharge électrique. « Après chaque décharge,lepatientinterromptsespensées et se démarque de ses fantasmes », lit-on sur le site internet de la clinique Haiming, qui facture ce traitement plusieurs centaines d’euros. Les sessions durent trente minutes et sont réalisées à plusieurs jours d’intervalle. Selon l’un des spécialistes de la clinique, cette méthode choc n’est utilisée que pour « les cas les plus graves ». En Chine, la pression sociale et familiale est si forte que nombre de gays préfèrent cacher leur orientation sexuelle.
On estime que huit sur dix choisissent de se marier avec une personne du sexe opposé. Certains poussent d’euxmêmes la porte de ces cliniques. L’un de ces patients s’est récemment confié à la presse : « Je pensais qu’il fallait que j’essaie ça, pour voir si j’avais une chance de devenir une personne normale. » DÉPRESSION. Zhang, 25 ans, assure s’être payé lui-même ces sessions car il refusait d’affronterle regard de ses proches. Comme lui, des millions d’enfants uniques portent tous les espoirs d’une famille. Se marier et avoir une descendance est pour euxunpassageobligé.Zhangaperdutoute libido et traverse une grave dépression. Il s’est endetté pour payer les frais médicaux, et sa famille ne lui parle plus. Le centre LGBT de Pékin demande aux autorités d’annuler les licences de ces cliniques. Certaines d’entre elles sont disposées à renoncer aux électrodes, mais continuent de croire que l’orientation sexuelle peut être corrigée. Elles proposent ainsi des méthodes plus douces à base de « conseils psychologiques » et d’antidépresseurs. « Tout cela n’est qu’une affaire d’argent, explique Wei Xiaogang, un activiste gay. Beaucoup d’homosexuels en détresse sont prêts à tout. » On l’aura compris : la Longue Marche des homosexuels chinois est loin, très loin d’être terminée. l SÉBASTIEN LE BELZIC, à Pékin
AFP
La boxe, c’est « son moteur et son sauveur », ce qui lui permet de réussir ses études, d’exprimer sa rage en douceur. « Je ne cherche pas le KO, cela me fait peur. Comme l’escrime, la boxe est pour moi un art du toucher… » En 1988, il devient champion de Belgique novice et passe professionnel deux ans plus tard – pour remporter le championnat professionnel. Il est aussi diplômé en sciences économiques de l’Université libre de Bruxelles et lance, avec les économies de petits boulots accumulés, une florissante entreprise de sécurité. À l’entendre, sa carrière de boxeur ne culmine pas avec la conquête du titre de champion intercontinental des poids moyens en 1998, à la fin duquel il lève les drapeaux belge et guinéen. Non, c’est plutôt dans le stade du 28-Septembre, à Conakry, qu’il connaît sa plus forte émotion en battant Rob Bleakley et en faisant tomber la pluie, comme les marabouts l’avaient prévu.
NICOLAS MICHEL, envoyé spécial à Bruxelles. Photo : COLIN DELFOSSE pour J.A. JEUNE AFRIQUE
61
p Gay Parade à Changsha, capitale du Hunan, en mai 2013. N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
Europe, Amériques, Asie
62
ESPACE
L’Amérique latine sur orbite Pour échapper à l’espionnage de leurs communications par les États-Unis et affirmer leur indépendance, les pays du sous-continent multiplient les lancements de satellite. Avec l’aide de la Chine.
reste par l’État bolivien. En 2008, Morales avait déjà vécu semblable événement en compagnie de feu le président vénézuélien Hugo Chávez : la mise sur orbite du Simón-Bolívar, qualifié à l’époque, non sans emphase, de « satellite socialiste au service du peuple ». L’héritier politique du Comandante sait fort bien que, en prenant ses distances avec les Américains, il caresse son électorat dans le sens du poil à l’approche de la présidentielle du 5 octobre. « C’est avant tout une opération de marketing politique », confirme Carlos Malamud, analyste à l’Institut Real Elcano, à Madrid.
AIZAR RALDES/AFP
PLATEFORME. En matière spatiale,
la Chine collabore depuis déjà plusieurs années avec des pays comme l’Argentine, le Venezuela, l’Équateur ou le Nicaragua. Elle est même aujourd’hui l’une des principales plateformes de développement satellitaire. Fruit d’une coopération sino-brésilienne, le satellite CBERS-3 a été placé sur orbite le 9 décembre 2013. Il est équipé de caméras permettant de surveiller les activités agricoles et forestières sur toute l’étendue de l’immense territoire brésilien. Et notamment de fournir le maximum d’informations sur la déforestation de l’Amazonie. p Le président bolivien Eva Morales (2e à dr.) inaugure une station La plupart des satellites ont été satellitaire à Amachuma, au sud de La Paz, le 2 décembre 2013. construits en Amérique du Sud, mais aucun pays ne dispose d’une base de résil et Bolivie se sont à leur que les responsables latinos se tournent lancement. Un projet de construction tour résolus à poursuivre vers la Chine, le rival numéro un de est en cours au Brésil, mais il a pris du retard après un accident qui, en 2003, l’aventure spatiale. Les pays l’Amérique ? d’A m é r i q u e l a t i n e s o n t provoqua la mort de 25 scientifiques sur aujourd’hui propriétaires de 72 satelMARKETING. C’est le cas par exemple la base d’Alcântara (Nord-Est). D’ici à lites. Ils devraient en compter 98 en d’Evo Morales. Flanqué d’une impo2020, la Chine ambitionne de conquérir 2017 – et seulement dans le domaine des sante délégation de ministres, le chef 15 % du marché mondial des mises sur de l’État bolivien, grand contempteur télécommunications. Cette évolution orbite. était inéluctable : c’est une question de des États-Unis devant l’Éternel, s’est À quelques mois du Mondial de footrendu le 20 décembre 2013 sur la base sécurité nationale. ball et à deux ans des Jeux olympiques Après la révélation, en juillet 2013, de Rio de Janeiro, en 2016, des activités d’espionnage menées par le Brésil a évidemment CBERS-3 permet au Brésil de les États-Unis au Brésil et au Mexique, d’autres objectifs : le dévesurveiller les activités agricoles Dilma Rousseff a accéléré les projets loppement des services de de lancement de plusieurs nouveaux téléphonie, d’internet et de sur l’ensemble de son territoire. satellites. Pour tenter d’échapper à la télévision. Un appel d’offres surveillance du Big Brother américain. chinoise de Xipang (dans le sud-ouest de a été lancé en vue de l’exploitation de Il faut savoir que, lorsque la présila Chine), sur l’équateur. Il y a suivi avec quatre satellites géostationnaires… Dès dente brésilienne envoie un e-mail à une émotion non dissimulée le lance1985, il avait innové en la matière avec ment de Túpac Katari, le premier satellite Cristina Kirchner, sa collègue argenl’achat au Canada de Brasilsat A1. Il est de télécommunications de son pays. tine, le message a toutes les chances vrai que, dans un monde de plus en Quatre-vingt-cinq pour cent de l’invesde passer par un serveur à Miami, en plus globalisé, aucun État souverain tissement – 300 millions de dollars (près Floride, comme c’est le cas de plus de ne peut plus se dispenser de posséder 80 % de la circulation d’informations en de 220 millions d’euros) – ont été assurés des satellites. l Amérique latine… Comment s’étonner par la China Development Bank et le MARIE VILLACÈQUE
B
N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
JEUNE AFRIQUE
LE PLUS
de Jeune Afrique
POLITIQUE Et le gagnant est… la Guinée
63
INTERVIEW Mohamed Diaré, ministre de l’Économie REPORTAGE Fria: cauchemar à l’usine MÉDIAS Dans l’œil du Lynx
u Le président Alpha Condé.
GUINÉE
Un climat politique apaisé, un Parlement prêt à siéger, de nouveaux investissements dans les infrastructures, le fer, la bauxite, les services… De quoi repartir sur de bonnes bases. Et tenir le cap jusqu’à la présidentielle, en 2015.
JEUNE AFRIQUE
N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
VINCENT FOURNIER/J.A.
Une bien meilleure mine
LE PLUS
Le Plus de Jeune Afrique
de Jeune Afrique
GUINÉE
Une bien meilleure mine
Prélude François SOUDAN
Alpha II
L
ES VIOLENTES ÉCHAUFFOU obèse, démantelé les monopoles d’importation du riz, assaini les circuits RÉES du 10 février, en grande banlieue de Conakry, entre des administratifs et financiers, fait la chasse habitants exaspérés par les interaux emplois fictifs. Résultat : beaucoup minables coupures d’électricité et les d’ennemis, une tentative d’assassinat, forces de l’ordre, font partie de ces mais la naissance au forceps d’une piqûres de rappel dont il se serait volonGuinée nouvelle sur les cendres d’un état mafieux. tiers passé. S’il est une chose dont Alpha Condé est conscient en effet, c’est qu’aux Si cet accouchement-là est encore deux tiers de son mandat présidentiel loin d’être terminé, le syli – l’éléphant, il est plus que temps, s’il souhaite en emblème national sous Sékou Touré – remporter un second, de s’atteler à réduire les délestages récurrents, les est, lui, de retour. De Davos au G8, du pénuries d’eau courante, le déficit béant Présent sur tous les fronts, des transports et tout ce Alpha Condé était déjà président. qui fait le fardeau quotidien des 12 millions Désormais, il « fait » président. de Guinéens. L’ampleur forum de Londres sur la transparence de la tâche ne signifie évidemment pas des industries extractives à la conféque rien n’a été réalisé depuis trois ans, rence d’Abou Dhabi sur l’investissec’est même l’inverse. ment, le VRP Alpha Condé a réinscrit la Guinée sur la carte de la mondialiL’élection fin 2013 de la première Assemblée nationale pluraliste depuis sation. Médiateur dans la crise bissaul’indépendance a clos une période de guinéenne, président du Conseil de paix transition au cours de laquelle la Guinée et de sécurité de l’Union africaine, à a fait son apprentissage démocratique jour dans toutes ses cotisations envers de façon accélérée, sans essai autorisé les organisations internationales… Le ni stage de découverte, et sans droit temps où les chefs d’État guinéens à l’erreur. Certes, les équilibres qui étaient considérés comme infréquensous-tendent le nouveau Parlement tables est révolu. demeurent avant tout ethniques et régionaux, mais le simple fait que le La bataille politique étant désormais parti au pouvoir n’y dispose pas de largement circonscrite à l’enceinte de la majorité absolue à lui seul est sufl’Assemblée nationale – tout au moins fisamment rare en Afrique pour être jusqu’en 2015, année de l’élection préremarqué. sidentielle, ce qui ne lui laisse que peu de temps –, Alpha Condé va bénéficier Pendant trois ans, malgré de vives d’un certain climat de détente propice tensions internes et en partant d’à peine aux investissements et enfin pouvoir plus de zéro tant le bilan des gestions déléguer, quitte à se faire violence, une antérieures, marquées par la prédation, partie de la gestion quotidienne à ceux était catastrophique, Alpha Condé s’est de ses collaborateurs que les miasmes démultiplié sur tous les fronts. À sa du passé n’ont pas contaminés. Ceux manière, parfois brouillonne et improqui le fréquentent assurent d’ailleurs visée, mais en mouillant le boubou. Il que l’homme a changé. Alpha I était a établi les codes d’une régulation du déjà président. Désormais, Alpha II secteur minier, dégraissé une armée « fait » président. l JEUNE AFRIQUE
N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
POLITIQUE Et le gagnant est… la Guinée
p. 66
ENTRETIEN Saïd Djinnit, chef du bureau des Nations unies pour l’Afrique de l’Ouest p. 69 PARLEMENT En piste
p. 72
GOUVERNEMENT Alpha et les quadras p. 76 INTERVIEW Mohamed Diaré, ministre de l’Économie p. 83 INFRASTRUCTURES Attention travaux p. 87 MINES Mont (Simandou) et merveilles
p. 92
REPORTAGE Cauchemar à l’usine p. 94
MÉDIAS Dans l’œil du Lynx
p. 101
SOCIÉTÉ Conakry, banlieue nord p. 106
65
66
Le Plus de Jeune Afrique
POLITIQUE
Et le gagnant est... Le cap des législatives est passé, le Parlement installé, le gouvernement remanié. Ça y est, le pays peut avancer. SEIDIK ABBA
C
e n’est qu’en avril que commencera le vrai travail parlementaire pour les 113 députés guinéens – le 114e refusant de siéger – avec l’examen des projets de loi transmis par le gouvernement, les débats, l’audition des ministres en sessions plénières ou en commissions… Mais l’installation de l’Assemblée nationale mi-janvier (lire pp. 72-73) a déjà donné le ton de la législature. Qu’ils soient dans la majorité ou dans l’opposition, les députés ne feront pas de leur institution une simple chambre d’enregistrement ou un appendice de l’exécutif. Cette étape qui, trois ans après l’élection d’Alpha Condé, candidat du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG) au sein de l’Alliance Arc-en-Ciel,
N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
parachève l’édifice institutionnel du pays, ouvre surtout des perspectives de consolidation du cadre démocratique. L’opposition, emmenée par l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) de Cellou Dalein Diallo et l’Union des forces républicaines (UFR) de Sidya Touré, n’aura plus besoin de faire descendre ses militants dans la rue. Elle dispose désormais de la tribune parlementaire pour interpeller le gouvernement, auditionner de hauts fonctionnaires, procéder à des enquêtes… En un mot, exercer ses prérogatives constitutionnelles. Quoi de plus normal, même en Guinée, où la loi fondamentale consacre le régime présidentiel. URGENCES. Pourtant, le grand bénéficiaire de l’apaisement du climat social et politique devrait être l’exécutif. Libéré des pesanteurs de sa rivalité avec ses opposants, il pourra enfin s’occuper des vraies urgences du pays. Et Dieu sait qu’elles sont partout : eau, électricité, éducation, forces de JEUNE AFRIQUE
67
la Guinée sécurité, économie… En trois ans, des progrès ont été accomplis dans la gestion des deniers publics, avec le retour de l’unicité de caisse (avant, chaque ministère avait la sienne), et dans la passation des marchés publics et des contrats miniers. Une performance pour un pouvoir qui n’a trouvé que 400 dollars (300 euros) dans les caisses de la Banque centraledeGuinéelorsdesoninstallation.Toutefois, le chemin pour remettre le pays sur les rails est encore long. D’où la formation d’une « équipe de choc » autour de Mohamed Saïd Fofana, lors du remaniement gouvernemental du 20 janvier. C’est sans doute plus pour sa loyauté que pour son bilan ou son leadership que le chef de l’État a reconduit le Premier ministre. Dans le cas des ministres en revanche, l’obligation de résultats a joué. Les méritants ont été maintenus ou promus, comme François Lonsény Fall, qui reste aux Affaires étrangères, ou Kerfalla Yansané, qui passe des Finances aux Mines. D’autres ont été remerciés. C’est le cas de Papa Koly Kourouma (Énergie) et JEUNE AFRIQUE
p Les Guinéens n’avaient pas voté depuis 2010.
Fini les manifestations, désormais c’est à la tribune qu’il faudra s’exprimer.
JÉRÔME DELAY/AP/SIPA
Ousmane Bah (Travaux publics). La profondeur du remaniement semble traduire une volonté d’accélérer la cadence des réformes, avant que le pays ne soit rattrapé par ses vieux démons. Objectif : des résultats, des résultats et encore des résultats, qui seront portés au bilan de l’exécutif à l’orée de la campagne pour la présidentielle de 2015. Le gouvernement Fofana II devrait pouvoir s’appuyer à cet égard sur le dégel des aides internationales – en particulier celle de l’Union européenne, qui a annoncé fin janvier la reprise de sa coopération avec la Guinée –, ainsi que sur le retour des investisseurs étrangers. DIFFICULTÉS. Reste que les divergences entre la majorité et l’opposition sur l’organisation des élections, certes surmontées, n’ont pas été réglées. Si elle a accepté les résultats des législatives après la médiation internationale (lire pp. 69-70), l’opposition demande toujours une composition plus équilibrée de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), une révision transparente des listes électorales et un opérateur technique plus neutre que le tandem guinéo-sud-africain retenu pour les législatives. Ces désaccords pourraient réapparaître dès les élections locales, prévues cette année, et se durcir lors de la présidentielle de 2015. Un scrutin qui s’annonce plus disputé que le précédent. En effet, les législatives ont équilibré le rapport de force entre la majorité (60 sièges) et l’opposition (54) au Parlement. De toute évidence, il ne reste plus grand-chose de l’Alliance Arc-en-Ciel qui a porté Alpha Condé au pouvoir en 2010. Le RPG demeure certes la première force politique du pays avec 53 députés, mais ses alliés n’ont remporté que 7 sièges. En face, l’UFDG (37 sièges) et l’UPR (10) ont confirmé leur avancée, suivis, de loin, par l’Union pour le progrès de la Guinée (UPG, de Jean-Marie Doré, 2) et par le Parti de l’espoir pour le développement national (PEDN, de Lansana Kouyaté, 2). Mais l’opposition semble désunie. La bataille dans ses rangs entre Jean-Marie Doré et les autres candidats pour la vice-présidence de l’Assemblée a montré leur difficulté à s’entendre. Autre inconnue: la mise en œuvre de l’accord du 3 juillet 2013, signé sous l’égide de l’Algérien Saïd Djinnit, le facilitateur nommé par le secrétaire général des Nations unies, et qui avait permis la tenue des législatives. Des difficultés persistent, mais soyons optimistes car, en politique, « impossible » n’est semble-t-il pas guinéen. On se souvient des quatre mois douloureux entre les deux tours de la présidentielle de 2010, des deux années de reports des législatives… Élections que l’opposition n’a finalement pas boycottées, et dont elle a admis les résultats pour, enfin, siéger dans l’hémicycle. Les Guinéens trouveront toujours des compromis pour faire avancer la démocratie. Mais ils perdent un temps précieux et devraient s’attaquer aux urgences. l N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
Guinée Une bien meilleure mine
69
INTERVIEW
Saïd Djinnit « Ni la majorité ni l’opposition ne veulent revivre les tensions d’hier » Si les législatives ont bien eu lieu, c’est aussi grâce à lui. Le chef du bureau des Nations unies pour l’Afrique de l’Ouest revient sur le dialogue politique qu’il a accompagné et se dit confiant en l’avenir.
JEUNE AFRIQUE : Au lendemain de votre nomination en tant que facilitateur, le président Alpha Condé fixait la date des législatives au 30 juin 2013, une option dont l’opposition ne voulait pas entendre parler. Avez-vous eu l’impression qu’on vous savonnait la planche ? SAÏD DJINNIT : J’ai été nommé le
12 avril, et en effet le décret présidentiel JEUNE AFRIQUE
SYLVAIN CHERKAOUI POUR J.A.
I
l aurait pu devenir sapeur-pompier. Mais c’est à travers la diplomatie préventive que l’Algérien Saïd Djinnit, 59 ans, a choisi d’éteindre les incendies. Sa carrière au sein de l’Union africaine a des allures de course de fond pour spécialiste en résolution des conflits : Liberia, Centrafrique, Burundi, Sierra Leone, Somalie, Darfour… En tant que représentant spécial du secrétaire général de l’ONU et chef du bureau des Nations unies pour l’Afrique de l’Ouest depuis 2007, il a participé aux longues négociations qui ont conduit au retour à l’ordre constitutionnel en Guinée à la suite du coup d’État mené par Moussa Dadis Camara en décembre 2008. Durant la seule période de la transition, il a effectué cinquante-trois séjours à Conakry. Une implication qui, en avril 2013, a conduit Ban Ki-moon à le nommer facilitateur international du dialogue interguinéen pour la préparation des élections législatives, après que les crispations entre l’opposition et l’alliance présidentielle avaient laissé craindre un feu de brousse aux conséquences funestes. Sa feuille de route : permettre aux deux camps de trouver un terrain d’entente pour que les législatives, sans cesse reportées depuis 2011, puissent enfin être organisées. Mission accomplie.
convoquant le collège électoral pour le 30 juin est tombé le 13… À mon arrivée à Conakry, deux jours plus tard, ma tâche était donc délicate. La date du scrutin est devenue un enjeu essentiel, pour le camp présidentiel, qui entendait imposer celle du 30 juin, comme pour l’opposition, qui la refusait avec obstination, au point de décliner toute concertation avec le pouvoir. L’ancien Premier ministre de transition, Jean-Marie Doré, apparemment peu
convaincu de la marge de manœuvre dont vous disposiez, a même ironisé sur le fait que vous étiez venu à Conakry « faire du tourisme »…
Ma priorité était de ramener l’opposition à la table des négociations. J’étais conscient que la présidence n’accepterait pas d’annuler ce décret. La seule option était donc de parvenir à un consensus sur la date de l’élection. Pour cela, encore fallait-il dialoguer. Je suis finalement parvenu à convaincre l’opposition du caractère inéluctable de ce dialogue. N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
Le Plus de J.A. Guinée Comment le consensus sur un report du scrutin à septembre a-t-il été atteint ?
Lorsque nous avons commencé à examiner les dimensions techniques, la date initialement fixée est apparue discutable. J’avais formé un comité d’experts des questions électorales, et ils ont proposé un chronogramme réaliste, que nous avons adapté aux nécessités du calendrier politique.
SYLVAIN CHERKAOUI POUR J.A.
70
Quels étaient les autres points de désaccord ?
L’opposition mettait en doute l’impartialité de la Ceni [Commission électorale nationale indépendante], dont la composition était jugée trop favorable à la mouvance présidentielle. La question du recensement à vocation électorale et le vote des Guinéens de l’étranger ont également fait l’objet de débats, ainsi que le changement d’opérateur technique décidé par le gouvernement au profit d’une compagnie guinéenne œuvrant en partenariat avec une société sud-africaine. L’opposition soupçonnait ces deux opérateurs d’être trop proches du gouvernement. Pour apaiser cette inquiétude, la communauté internationale a donné l’assurance qu’il y aurait des mesures de sécurisation du fichier électoral.
p Le 24 janvier, à Dakar.
C’était une grande satisfaction pour chacun que ces élections se soient déroulées de manière pacifique et que tout le monde ait accepté d’y participer. Dans le jargon des observateurs internationaux, elles ont été qualifiées de « généralement acceptables ». Mais il est vrai qu’on a constaté un certain nombre d’irrégularités, ce que la communauté internationale a admis. Toutefois, à en croire certaines déclarations de l’opposition, on aurait pu s’attendre à un véritable raz-de-marée au profit de la mouvance présidentielle.
Je me suis astreint à une attitude d’impartialité et de professionnalisme. Dans ce contexte de tensions exacerbées, comment êtes-vous parvenu à conserver la confiance des uns et des autres ?
Je me suis astreint à une attitude d’impartialité et de professionnalisme, en ayant pour seule boussole l’intérêt général de la Guinée. Je sais que cette préoccupation était partagée par l’ensemble des leaders politiques, mais, dans ce pays comme ailleurs, le jeu politique peut parfois conduire des partis à considérer que leur position correspond exactement à l’intérêt général. Le facilitateur que j’étais disposait d’un peu plus de recul. Au lendemain des législatives, comme après la proclamation des résultats provisoires par la Ceni – trois semaines plus tard, le 18 octobre –, l’opposition a dénoncé des fraudes massives et demandé l’annulation du scrutin. Avezvous craint que la situation dégénère ? N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
Or ce fut loin d’être le cas. Quand les résultats définitifs ont été annoncés par la Ceni, nous avons invité les deux camps à déposer des recours devant la Cour suprême lorsqu’ils s’estimaient lésés. L’alliance présidentielle et l’opposition ont suivi cette recommandation, mais la Cour suprême a botté en touche, se déclarant incompétente. Là encore, n’at-on pas frôlé le dérapage ?
Un certain temps s’est écoulé entre la proclamation des résultats par la Ceni, le dépôt des recours et la décision de la Cour suprême. Cela a laissé le temps aux protagonistes de s’habituer aux résultats. Ce que j’ai perçu, c’est que ces chiffres sont peu à peu devenus acceptables pour chacun et que la projection vers l’avenir l’a emporté. Même si l’opposition s’est dite outrée par cette déclaration d’incompétence, ses principaux leaders ont su dépasser leur frustration.
Ils menaçaient tout de même de ne pas siéger dans la nouvelle Assemblée…
Personnellement, je n’ai jamais imaginé qu’ils mettraient cette menace à exécution. Car malgré la déception des uns ou des autres, cette élection s’est traduite par un certain équilibre des forces. D’un côté, l’opposition a une présence forte à l’Assemblée. De l’autre, la mouvance présidentielle dispose d’une majorité qui lui permet de gouverner mais qui est insuffisante pour modifier la Constitution… Le peuple guinéen a en quelque sorte « invité » les partis politiques à se concerter en cas de modification de la loi fondamentale. Peut-on espérer que l’organisation des élections locales prévues cette année et, surtout, de la présidentielle de 2015 se passe de manière plus sereine ?
Une partie de la solution réside dans la mise en œuvre des dispositions contenues dans l’accord du 3 juillet 2013 entre la majorité et l’opposition. Par exemple, les parties se sont entendues sur des mesures d’apaisement et sur la nécessité de désigner un nouvel opérateur technique en prévision de la présidentielle. La voie à suivre, c’est celle de la concertation, en particulier au sein de l’Assemblée nationale. Il n’existe pas de contentieux que le dialogue ne permette pas de dépasser. Les Guinéens savent qu’ils sont passés à côté de la catastrophe, la paix sociale a été sérieusement menacée. Aucun des deux camps n’a envie que ça se répète. Lorsque j’ai assisté à l’investiture de la nouvelle Assemblée, à Conakry, j’ai ressenti cet immense sentiment de soulagement qui prévaut aujourd’hui dans la capitale. Je suis plein d’espoir pour ce pays. l Propos recueillis à Dakar par MEHDI BA JEUNE AFRIQUE
PUBLI-INFORMATION
CONSIGNATION - MANUTENTION - TRANSIT - TRANSPORT - LOGISTIQUE
Leader dans les secteurs du transport, de la logistique, du transit, de la consignation maritime et de la manutention portuaire en Guinée et dans les pays voisins, TRANSCO S.A. met à votre service une expertise forgée en plus de 25 ans d’expérience et une solide connaissance du terrain. Son équipe dynamique et multilingue et ses équipements performants couvrent l’ensemble de vos besoins, même les plus complexes, avec des solutions efficaces et de classe internationale. La société est certifiée ISO 9001/2008 par Bureau Veritas. Membre de la WCA family, agent agréé IATA Cargo, TRANSCO S.A. offre également des services en « door to door » grâce à son large réseau de partenaires internationaux.
• Consignation maritime • Transit maritime, aérien, terrestre • Logistique & supply chain • Dégroupage & stockage • Meet & Greet Services
Leader du transport et de la logistique
8e avenue - Almamya - B.P. 3871 - Conakry, République de Guinée Tél. : (+224) 631 74 76 93 / 631 70 14 72 / 631 70 14 74 E-mail : transco@transco-gn.net - Site Web : www.transco-guinee.com
DIFCOM/DF - PHOTOS : DR
• Manutention portuaire
Le Plus de J.A. Guinée
TOTAL MAJORITÉ :
60 SIÈGES
PARLEMENT
En piste Enfin élus, enfin prêts à siéger, les députés vont pouvoir débattre dans l’hémicycle.
Rassemblement du peuple de Guinée (RPG, 53 sièges)
Autres partis de l’Alliance Arc-en-Ciel (7 sièges)
C
e début d’année est à marquer d’une pierre blanche pour la démocratie guinéenne. Mi-janvier, l’élection du président et du bureau de la nouvelle Assemblée nationale s’est déroulée quasiment sans accroc. Pourtant, après les élections du 28 septembre, les relations entre l’opposition – dont les élus contestaient les résultats du scrutin et menaçaient de ne pas siéger – et la majorité étaient, une fois encore, quelque peu tendues. Il n’y avait pas eu de législatives depuis 2002. Le Parlement, dont le renouvellement prévu en 2007 avait été reporté, s’était trouvé dissous à la suite du coup d’État de décembre 2008. Et si la présidentielle de 2010 avait mis fin au régime militaire, les nombreux reports des législatives depuis décembre 2011 laissaient un fort goût d’inachevé à la sortie de crise. L’installation du nouveau Parlement marque donc le plein retour du pays sur la
TOTAL OPPOSITION :
54 SIÈGES Autres (3 sièges)
Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG, 37 sièges)
Parti de l’espoir pour le développement national (PEDN, 2 sièges) Union pour le progrès de la Guinée (UPG, 2 sièges) Union des forces républicaines (UFR, 10 sièges)
ges
TOTAL
è 114 si
COMPOSITION Femmes 25 (21,93 %) Hommes 89 (78,07 %)
SOURCES : CENI, AN, IPU
scène démocratique. Le Rassemblement du peuple de Guinée (RPG), d’Alpha Condé, compte 53 élus. Avec les 7 sièges remportés par les autres partis de l’Alliance Arc-en-Ciel, il bénéficie d’une courte majorité de 60 députés sur 114 (voir l’infographie). Une représentation relativement équilibrée, qui augure de débats mouvementés et, espère-t-on, féconds. Seul un élu persiste à refuser de siéger : l’ancien Premier ministre Lansana Kouyaté, président du Parti de l’espoir pour le développement national
(PEDN). Le 14 janvier, Zalikatou Diallo, la seconde élue du PEDN, a d’ailleurs été exclue du parti, dont elle était secrétaire nationale, pour avoir décidé d’honorer son mandat. D’ici à l’ouverture de la session, début avril, les députés vont pouvoir préparer leurs dossiers et peaufiner leurs stratégies pour développer le pays… Et pour les scrutins à venir. Portraits de quelquesuns de celles et ceux qui vont faire cette rentrée parlementaire tant attendue. l CÉCILE MANCIAUX
Claude Kory Kondiano Député du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG), président de l’Assemblée nationale, 72 ans
I
l se définit plus volontiers comme un technocrate que comme un politique. Banquier de formation, Claude Kory Kondiano a été élu président de l’Assemblée nationale le 13 janvier. Il a recueilli 64 voix sur 113 (contre 48 pour la candidate de l’opposition, Anne-Marie Tofany, et 1 vote nul). Originaire de Kondiadou, en Guinée forestière, cet économiste exigeant et rigoureux, militant du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG) depuis 1992, avait le soutien du président Alpha Condé – lequel avait promis qu’au sein des institutions et du gouvernement les postes seraient répartis de manière équilibrée N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
YOURI LENQUETTE POUR J.A.
72
entre les quatre régions naturelles du pays. « Je suis président de tous les députés et de toutes les familles politiques, insiste cependant Kory Kondiano. J’ai milité vingt ans dans l’opposition, je
sais combien c’est dur. Je ferai tout pour que les opposants puissent s’exprimer. » Par le passé, il a eu pour élèves des ténors de l’opposition – dont Cellou Dalein Diallo, avec qui il dit entretenir d’excellentes
relations. Et, au tout début des années 1990, il a participé à la création de l’Union pour le progrès de la Guinée (UPG), de Jean-Marie Doré. Formé au Conservatoire national des arts et métiers de Paris, puis à Sciences-Po et à La Sorbonne, où il a soutenu une thèse sur la politique monétaire de son pays, Kory Kondiano a effectué une bonne partie de sa carrière au sein de la Banque centrale de Guinée et fut secrétaire d’État au commerce sous Lansana Conté. Désormais au perchoir, il veut se concentrer sur les grands dossiers, notamment l’économie. l JOAN TILOUINE, envoyé spécial JEUNE AFRIQUE
73
Mouctar Diallo Député, président des Nouvelles Forces démocratiques (NFD), 38 ans
Hadja Nantènin Chérif Konaté Députée du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG), 70 ans
A
ux côtés d’Alpha Condé, elle a connu la clandestinité, l’exil à Paris, les manifestations dans le Quartier latin et les longues années de lutte. Leur rencontre remonte à 1963, et, depuis, elle lui est toujours fidèle. Rentrée au pays en 1992, Hadja Nantènin Chérif Konaté, surnommée par certains la Ellen Johnson-Sirleaf de Guinée ou, tout simplement, Nantou, est membre du bureau politique du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG), dont elle coordonne la stratégie à l’Assemblée nationale. En tant que tête de liste du parti aux législatives, elle aurait dû présider la Chambre, mais elle ne le souhaitait pas. « Je préfère jouer un rôle au RPG », précise cette native de Kankan, qui a fait de la haute Guinée l’un des fiefs de l’Alliance Arc-en-Ciel, où elle mobilise et organise les soutiens depuis les années 1990. Femme politique aguerrie, Hadja Nantou Chérif Konaté était en première ligne dans les âpres négociations de l’Alliance avec l’opposition pour les postes de président de commission et de vice-président de l’Assemblée. Aujourd’hui, elle se dit confiante, prête à défendre ses idées dans l’hémicycle, et « réjouie de voir une opposition consistante et structurée. Un gage de débats démocratiques sains ». l J.T.
Anne-Marie Tofany Députée, vice-présidente de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), 62 ans
E
lle était la seule femme candidate à la présidence de l’Assemblée nationale. Anne-Marie Tofany, vice-présidente de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), de l’opposant Cellou Dalein Diallo, n’a pas été élue. Mais elle n’a pas ressassé sa déception. Sitôt la victoire de Claude Kory Kondiano annoncée, elle a tout laissé en plan pour aller le saluer. « Hier, avec la majorité, nous étions dans l’adversité. Désormais, nous sommes dans la diversité. À l’Assemblée, nous sommes tous là pour la nation », résume-t-elle. Croyante fervente, active au diocèse et à l’archevêché de Conakry, AnneMarie Tofany se tient à l’écart des batailles politiciennes. Dans l’hémicycle, elle entend soutenir les droits des femmes et répondre aux attentes de la population, notamment en matière de développement. « On ne va pas être des béni-oui-oui face à la majorité, on
YOURI LENQUETTE POUR J.A.
YOURI LENQUETTE POUR J.A.
l incarne la nouvelle vague d’une opposition jeune, mais expérimentée et déterminée à tenir tête à la machine Arc-en-Ciel. Né en 1975 à Dakar, Mouctar Diallo participe à ses premières manifestations à l’âge de 15 ans. En janvier 2007, il coordonne la grève générale contre Lansana Conté et critique parmi les premiers le coup d’État militaire de 2008. Avec son parti, les Nouvelles Forces démocratiques (NFD), composé principalement de jeunes – parfois qualifiés « d’ambitieux » par les caciques de l’opposition –, l’activiste veut bouleverser l’establishment. Ministre de l’Élevage dans le gouvernement de transition, Mouctar Diallo entend bien jouer de son CV de révolté et veut croire qu’il est « perçu comme une menace à l’Assemblée nationale ». La NFD, qui revendique plus de 58 000 sympathisants, n’y a cependant obtenu qu’un seul siège, sur la liste de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG, de Cellou Dalein Diallo). « Je ne me laisserai pas faire, nous allons dérouler notre partition pour instaurer une meilleure gouvernance », affirme Diallo. Il envisage déjà de se présenter à la présidentielle de 2020 et, en attendant, soutiendra Cellou Dalein Diallo dans l’hémicycle ainsi que pour la présidentielle de 2015. l J.T.
YOURI LENQUETTE POUR J.A.
I
va défendre des idées », prévient-elle avec le positivisme qui la caractérise et dont elle a fait un slogan : « Rêver, oser, agir ». l J.T. N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
Pionnier de l’Internet en Guinée Société de services spécialisée dans les télécommunications et l’informatique,
MouNa GroupTechnology SA accompagne le développement des TIC dans le pays depuis sa création en 2002.
CONTACT MouNa Group Technology S.A BP 4742 – Conakry, Guinée Tél. : (+224) 664 00 00 45 E-mail : info@mounagroup.com www.mounainternet.net
PUBLI-INFORMATION
Deux ans plus tard, en janvier 2004, l’entreprise bénéficie d’une licence pour l’installation et l’exploitation de stations privées de radiocommunication à Conakry. Cette licence de réseau BLR lui assigne 700 MHz microwave (1785-1795 Mhz et 1910-1915 MHz). L’année suivante, en juin 2005, une licence lui est délivrée pour l’installation et l’exploitation d’un réseau privé de VSAT (Internet par satellite) dans la bande de fréquence 3,62 – 4,2 et 5,85 – 6,42 GHz.
2008-2012 : Les années de déploiement Pour soutenir sa politique de croissance, MouNa Group Technology S.A obtient en avril 2008, du ministère des Postes et Télécommunications, une autorisation d’installation et d’exploitation des stations privées de radiocommunication à Conakry pour un réseau VoIP (téléphonie sur Internet). Cette licence lui assigne de nouvelles fréquences dans la bande 3,62 – 4,2 et 5,85 – 6,42 GHz. Le 2 avril 2008, la société bénéficie d’une convention de concession d’opérateurs de services à valeur ajoutée en République de Guinée. En août de la même année, une concession de Carte prépayée internationale lui permet de se développer fortement dans la téléphone avec l’activité MouNaTel. Enfin, en août 2012, MouNa Group Technology S.A reçoit de l’Autorité de Régulation des Postes et Télécommunications un acte de reconnaissance de son activité : le Certificat d’Installateur d’Équipements de Radio Télécommunications.
Aujourd’hui, la fibre optique La connexion de la Guinée au câble sous-marin ACE est une aubaine pour tous les opérateurs et annonce un fort accroissement de la concurrence entre eux dans le déploiement de leur réseau. Pour atteindre son objectif de croissance et continuer à jouer un rôle dominant dans le secteur des télécommunications en Guinée, MouNa Group Technology S.A a souscrit à 2,55 % du capital de la société La Guinéenne de Large Bande (GUILAB), l’entreprise chargée de l’implantation de ce nouveau réseau Internet. Cet investissement permet à MouNa Group Technology S.A de revenir en bonne position sur le segment de marché « Internet et Data ».
Services Résidentiels • Quadruple-play (WiMax, Internet, chaînes TV, films, téléphonie, fax, etc.) à la demande et sur abonnement • Services prépayés de téléphonie sur IP • Réseau de Hotspots (WiFi public) à travers Conakry
Services aux Entreprises • Offres Internet haut débit • Ingénierie de systèmes Informatiques et de télécommunication • Plateformes de communications unifiées • Mise en œuvre de centres de données • Vidéo surveillance & Hosting • Développement, hébergement et référencement d’applications Web • Maintenance électronique • Services IT Managés
Produits & Facilités • Distributeur Mikrotik, Cisco, HP • Progiciels de Gestion Intégrée (Open Source ERP) • Réseau de Cybercafés • Virtual Office (services de secrétariat & IT, salles de conférence, Internet, fax, téléphonie, adresse postale, etc.) où que vous vous trouviez • Plus de 500 points de distribution et de contact avec notre clientèle
DIFCOM/DF - PHOTOS : DR
E
n 2002, année de sa création par Monsieur Moustapha Naité, qui est son actionnaire majoritaire, MouNa Group Technology S.A obtient le 3 janvier l’agrément officiel pour s’établir comme prestataire d’accès Internet. Ayant compris très tôt les opportunités et les avantages que peut procurer le secteur des télécoms, Mr Moustapha Naité s’y est très vite investi avec pour seuls bagages sa persévérance et son abnégation. De retour dans son pays, la Guinée, en 2002, après ses études aux États-Unis, il a cru en son projet : créer des cybers-cafés afin de permettre à tous les Guinéens de se connecter à moindres coûts et ainsi avoir accès à toutes les informations. Il a en outre mis en place, avec d’autres jeunes Guinéens, des structures d’encadrement et d’appui à la jeunesse notamment dans le cadre de l’éducation et de l’emploi jeune. Le Salon de l’Emploi (SADE) et le Forum des Jeunes pour l’Emploi en Guinée (FOJEG) en sont de réelles illustrations.
Le Plus de J.A. Guinée
76
national de la démocratie en Guinée (ONDG), est un homme « à part », une sorte d’électron libre qui dit n’appartenir à aucun club… Il est aussi populaire que critiqué par ses homologues du gouverIls sont jeunes et brillants, ont étudié et vécu à l’étranger. Ces ministres ou conseillers ont intégré l’équipe de choc du président. nement, qui lui reprochent son manque de solidarité et un certain franc-parler. « Dans notre pays, on a l’impression ls s’appellent Moustapha Naïté, qu’il n’y a ni lois, ni justice, ni forces de à dix-huit mois de prison pour « abus Khalifa Gassama Diaby, Koutoub sécurité, ni élus locaux. Bref, qu’il n’y d’autorité et rébellion ». Il a fait appel et a pas d’État garantissant la sécurité, le Moustapha Sano ou Ibrahima Khalil dit avoir « confiance en la justice ». premier des droits de l’homme », a-t-il Kaba. Nés à la fin des années 1960 Réservé, presque timide, cet économiste ainsi déclaré en juillet 2013, en plein ou au début des années 1970, ils sont diplômé de la prestigieuse université améministres ou conseillers à la présidence ricaine Tufts veut poser les fondations d’un journal télévisé, après des manifestations d’Alpha Condé. Jeunes, brillants, élégants, «rêveguinéen », incarné notammentselon violentes contre des coupures d’électricité ils sont plutôt « beaux gosses » et ont de lui par son « ami proche » Kabiné Sylla, à Conakry. l’entregent… Tous ont vécu à l’étranger, riche importateur et intendant général du Certains de ces quadras se retrouvent y ont fréquenté de grandes universités et palais présidentiel, surnommé Bill Gates. le matin au salon de thé Le Damier pour entamé des carrières prometteuses avant « Je veux prouver aux jeunes Guinéens le petit déjeuner. Ils commentent l’actuade rentrer au pays. Ils se connaissent, lité politique, les coulisses cultivent amitiés ou liens familiaux et et les arcanes d’un gouverLe matin, certains se retrouvent forment une sorte de petit club de quadras nement fraîchement remaau salon de thé Le Damier et au sein de l’exécutif. nié et dont la population Patron du fournisseur d’accès à internet attend tellement. « Nous commentent l’actualité politique. Mouna, Moustapha Naïté, 37 ans, est sommes bien conscients le benjamin du groupe. Entré en polique le travail paie », explique le jeune que les Guinéens veulent du concret. Nous devons être dans l’action et les tique en 2010 aux côtés d’Alpha Condé père de famille. résultats », expliquent-ils. en tant que leader du Forum des jeunes Au sein du gouvernement, il sait qu’il peut compter sur d’autres jeunes politide Guinée, il est devenu le porte-parole du Rassemblement du peuple de Guinée ciens, un peu plus expérimentés. À comLANGUE DE BOIS. Deux quinquagénaires (RPG) durant les législatives. Il a quitté sa mencerparKhalifaGassamaDiaby,41ans, se joignent parfois à eux : Damantang fonction sensible de directeur général du pétulant ministre des Droits de l’homme, Albert Camara, le porte-parole du goupatrimoine bâti public pour endosser le qu’il a appelé quelques heures avant la vernement et ministre de l’Enseignement costume de ministre de la Jeunesse lors du cérémonie de passation de pouvoirs pour technique, de la Formation professionremaniement de janvier. Avant sa nomisavoir s’il serait présent à ses côtés. nelle, de l’Emploi et du Travail, et Naby nation, il avait été inquiété par la justice, De l’avis de tous, ce juriste de formaYoussouf Kiridi Bangoura, porte-parole qui l’a condamné en première instance tion, ancien président de l’Observatoire et ministre-secrétaire général de la Présidence de la République. Rompus q Koutoub Moustapha Sano, 47 ans, ministre de la Coopération internationale. au discours politique – comme à la langue de bois –, ils sont tous les deux chargés d’assurer le service après-vente de la politique présidentielle, notamment auprès des médias. En revanche, même si son bureau est très proche du Damier, on a peu de chances d’y croiser Koutoub Moustapha Sano, 47 ans, le ministre de la Coopération internationale. Ce père de 10 enfants est aussi l’oncle de Moustapha Naïté, porte-parole du RPG. Entre deux parapheurs, dans un arabe limpide, il s’entretient avec des partenaires publics et privés d’Abou Dhabi, de Ryad, où il a étudié, de Kuala Lumpur, où il a enseigné pendant seize ans, ou encore du Maroc, où cet habitué des Causeries hassaniennes de ramadan (discussions religieuses) jouit de contacts privilégiés au Palais. Des discussions qui portent sur des centaines de millions GOUVERNEMENT
Alpha et les quadras
YOURI LENQUETTE POUR J.A.
I
N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
JEUNE AFRIQUE
YOURI LENQUETTE POUR J.A.
Une bien meilleure mine
arabe » du gouvernement. S’il parle volontiers d’un « club de quadras » où les échanges sont facilités parce que ses membres ont des parcours similaires, il souligne qu’ils sont avant tout loyaux à Alpha Condé : « Il nous a donné envie
A
SEG
LA AU SERVICE DES CONSOMMATEURS
ujourd’hui, il n’est un secret pour personne que la Société des Eaux de Guinée (SEG) gère un déficit d’eau potable compte tenu de la vétusté des installations de production, de distribution et de transport, résultat du manque d’investissements majeurs dans le secteur urbain de l’eau potable en République de Guinée depuis plusieurs années.
Conscient de cet état de fait et de la mission qui lui incombe, le Coordonnateur Général de la société, M. Mamadou Diouldé Diallo, a pris l’initiative d’implanter, sur fonds propres, des bornes
HABY NIAKATE ET JOAN TILOUINE, envoyés spéciaux
fontaines dans plusieurs quartiers de Conakry. Au total, une vingtaine sont déjà réalisées dans les zones de Kaloum, Ratoma, Wanindara et Cimenterie. Parmi elles, il existe des bornes fontaines reliées à la nappe phréatique avec des points d’injection du chlore, des bornes fontaines reliées au réseau de distribution de la SEG et des bornes fontaines approvisionnées en eau potable par des citernes alimentaires. L’objectif de la SEG est d’offrir un service de proximité et de qualité au moindre coût et d’éviter aux populations des maladies d’origine hydrique.
Société des Eaux de Guinée SOCIÉTÉ ANONYME À PARTICIPATION PUBLIQUE
SIÈGE SOCIAL : Almamya - BP : 150 Conakry, République de Guinée Tél. : (+224) 657 33 00 04 E-mail : info@segguinee.com www.segguinee.com La SEG a installé en urgence des bornes fontaines au service de la population.
Le siège de la SEG, à Conakry.
IGOR TARASOV - FOTOLIA
de dollars de dons ou de prêts accordés par les partenaires internationaux de la Guinée. « Je mène une diplomatie économique et une coopération offensive mais diversifiée, au service du développement », confie le « monsieur monde
DIFCOM/DF - PHOTOS : DR
p Moustapha Naïté, 37 ans, ministre de la Jeunesse et de l’Emploi des jeunes.
de nous engager et nous ressentons le même profond attachement aux valeurs de la démocratie. » Un point de vue que semble partager Ibrahima Khalil Kaba, discret ministrechef de cabinet civil à la présidence de la République âgé de 40 ans. Fils de Hadja Saran Daraba Kaba – ministre sous Lansana Conté, première femme guinéenne à se présenter à une élection présidentielle, en 2010, et actuelle secrétaire générale de l’Union du fleuve Mano (UFM) –, il a obtenu un doctorat en mathématiques à l’université de Louisiana Tech, aux États-Unis, où il a enseigné jusqu’en 2011. Chargé, entre autres, de travailler au retour des cadres de la diaspora (lire pp. 98-99), il exercerait une influence grandissante auprès d’Alpha Condé, notamment grâce aux liens tissés avec le fils unique de ce dernier, Alpha Mohamed Condé. « Des histoires ! » rétorque-t-il, fustigeant au passage ceux qui « relient tout au fils du président ». l
77
Relancer la dynamique Sud-Sud, un impératif pour le développement économique du continent
«L
es accords économiques pris entre les Pères des indépendances africaines auraient pu être un véritable pont de développement durable et de partage des compétences entre tous les pays dʼArique. Pour exemple, les accords signés en 1970 entre le Maroc et la Guinée, qui sont autant de catalyseurs de développement, ont été trop peu utilisés. Il est temps que nos pays développent et dynamisent leur relations économiques et sʼimposent, ensemble, en vecteur incontournable du développement du continent. »
pas rester un concept. Encourager les partenariats public privé, le partage des compétences et les expertises Sud-Sud, favoriser la formation à tous les niveaux sur le continent : ce sont les règles de conduite des affaires que nous devrons adopter afin de devenir véritablement indépendants. Nous savons que la relance économique des pays du Nord passe par ceux du Sud. Nous avons là une opportunité unique dʼasseoir, au-delà dʼun partenariat gagnant-gagnant, nos économies, notre développement et le bien-être de nos concitoyens.» Fière de ses origines et des combats de sa famille pour toutes les libertés, Chantal Colle considère que « lʼindépendance économique de lʼAfrique reste à acquérir ». Elle y participe aujourdʼhui par le développement dʼun groupe de médias africains, libre et indépendant. Africa Today Television (TA TV), lancée en 2012, est depuis lʼorigine conçue comme une télévision panafricaine. Un groupe fait pour et par les Africains, plus en lien avec leurs besoins, leurs attentes, leurs aspirations. « Être panafricain nʼest pas un concept. Pour moi, cʼest une règle de travail et de conduite des affaires. » Cet engagement dans les médias répond à ses ambitions premières : les libertés et leurs pouvoirs, le rayonnement de lʼAfrique et lʼamélioration du niveau dʼéducation. Les médias et les nouvelles technologies peuvent aider à dépasser de nombreux problèmes liés à lʼenseignement et à lʼéducation. Cʼest le moyen le plus efficace dʼaccélérer le développement économique et social du continent et de la Guinée en particulier.
« Être panafricain, une règle de conduite et de travail » • À Bambetto, rencontre avec les Imams et les sages.
« LʼAfricanisme, sur le plan économique, reste à inventer. » Chantal Colle développe ce credo depuis plus de quinze ans. Elle a toujours milité pour la multiplication dʼalliances entre entreprises africaines : « Structurer et développer un secteur privé organisé et réglementaire panafricain ne doit
TA TV
COMMUNIQUÉ
La chaîne africaine qui veut rejoindre les grandes Africa Today Television (TA TV) a été créé en septembre 2012. Aujourdʼhui, cette chaîne généraliste guinéenne a pris une réelle place sur le marché. Dʼici à la fin de lʼannée 2014, elle sera installée sur le bouquet Canal+
puis fera son entrée au second marché en 2015. Dans cet objectif, la chaîne a opté pour une politique de programmation basée sur des séries africaines (60 %), de la musique et divers magazines économicopolitiques africains produits par le groupe. Persuadée que la réussite de ce projet repose sur les ressources humaines et la formation, Chantal Colle a réuni un vivier de jeunes collaborateurs formés et rompus aux nouvelles technologies de lʼinformation. Avec la déter-
mination et la formation permanente de ses équipes, elle est certaine dʼatteindre ce défi et de participer ainsi à une Afrique qui gagne.
• Plateau du journal de 20 h, avec Aboubacar Condé.
PORTRAIT DE CHANTAL COLLE
Chantal Colle est un acteur économique important en Guinée. Docteur en communication, elle a entrepris des investissements dans la télévision, la radio, les médias électroniques, la téléphonie mobile, la distribution, lʼédition, le conseil, le cinéma... Lʼinformation et la formation sont ses deux nouveaux axes de développement. Elle a créé 1 500 emplois directs et indirects et reconnaît volontiers quʼelle ne serait rien sans ses équipes : « Mon parcours en Guinée, je le dois en premier lieu à ceux qui mʼont encouragée à rentrer chez moi en 1996. En particulier au Général Lansana Conté, Président de la République dʼalors, qui mʼa fait confiance et mʼa soutenue. Mais aussi à des collaborateurs qui, chaque jour, travaillent à mes côtés, partagent ma vision et mʼinspirent pour aller de lʼavant ». Populaire en Guinée Les Guinéens la connaissent et lʼapprécient. Ils la reconnaissent comme celle qui a démocratisé lʼaccès à la téléphonie mobile. Mais aussi celle qui défend ses prises de position avec franc-parler, ce qui lui valut dʼêtre expulsée en 2007 pour avoir dénoncé certaines gabegies financières. Il en fallait plus pour la décourager. De retour quatre mois plus tard, elle jette les bases de son groupe de médias, exactement comme elle sʼy était engagée avant de partir. Engagée dans le respect des droits de lʼhomme, Chantal Colle mène en parallèle plusieurs combats, notamment face à la junte militaire
• Avec son équipe de direction du département distribution. Elle a créé 1 500 emplois en Guinée.
de Dadis Camara, entre 2008 et 2010. Nominée Femme de lʼAnnée 2010 en Guinée, elle dédie son titre aux femmes victimes de viols lors du massacre du 28 septembre 2009. « Elle représente cette Afrique sans complexe qui veut réussir », dira dʼelle en 2012 son ami le rappeur sénégalais Didier Awadi, lorsquʼelle reçoit le prix de lʼexcellence du Gotha Noir de France. Femme dʼaffaires engagée et passionnée Quadra, métisse, mère de deux enfants, elle a reçu de nombreuses distinctions sur plusieurs continents. Elle intervient dans différentes universités, notamment la prestigieuse University of Columbia, à New York. En toutes occasions, elle assume pleinement son engagement en faveur du développement de lʼAfrique et se donne les moyens de le mener à bien. Ses équipes partagent son enthousiasme et sa détermination. Tous la voient déjà, à lʼhorizon 2016, à la tête dʼun groupe de médias libre et indépendant coté au second marché dʼune Bourse européenne. Dʼici là, le Dr Chantal Colle ne manque pas de projets. Elle lancera en septembre 2014 une école de la communication et des métiers de lʼinformation. Elle envisage aussi dʼinvestir dans des projets de dépollution et de protection de lʼenvironnement. Fidèle à sa vision de développement de lʼAfrique par les Africains, elle souhaite sʼallier à des entreprises dʼautres pays du continent pour développer ces projets.
Une Fondation pour aider les plus démunis Chantal Colle a fait du partage et de la responsabilité sociale son cheval de bataille. En toute discrétion, elle met ces principes en pratique à travers la Fondation quʼelle a créée pour aider les orphelins, soutenir les jeunes dans leurs études, aider les femmes en difficulté et les victimes dʼinjustices ou de catastrophes. De lʼaudace, des réalisations, des projets et une ambition : montrer un nouveau visage de lʼAfrique. • ARIANE HABA
• À lʼorphelinat de Matoto, sa Fondation prend en charge la scolarité des 32 enfants.
AFRICA TODAY TV Immeuble Pita Cité Chemin de Fer BP 2899 ‒ Conakry, Guinée Tél. : (+224) 666 99 90 90 FONDATION CHANTAL COLLE Tél. : (+224) 666 91 91 91 ww.chantalcollefondation.com
DIFCOM/DF - PHOTOS : DR
Son but ? Participer activement à lʼémergence économique de lʼAfrique
Le Plus de J.A. Guinée
80
JUSTICE
Septembre meurtrier Plus de quatre ans après le massacre du stade de Conakry, l’enquête se poursuit. Trop lentement selon les familles des victimes. Mais la procédure pourrait s’accélérer.
À
Conakry, ils sont nombreux à espérer que la fin de la transition politique, marquée par l’installation du Parlement, permettra de se pencher sur l’état du troisième pouvoir et des dossiers sensibles dont il a la charge. Des espoirs renforcés par la nomination, lors du remaniement de janvier, d’un nouveau ministre de la Justice, Cheick Sako, un avocat franco-guinéen inscrit au barreau de Montpellier (France). Parmi ces dossiers, celui du massacre perpétré à Conakry le 28 septembre 2009 – et les trois jours qui suivirent – par les forces de sécurité guinéennes. C’était il y a quatre ans. Malgré l’interdiction prononcée la veille par le président autoproclamé Moussa Dadis Camara, 35000 Guinéens s’étaient réunis dans le plus grand stade de la capitale pour manifester pacifiquement, à l’appel de l’opposition, contre la candidature du chef de la junte à la présidentielle. Ils furent rapidement rejoints par une centaine de soldats et de gendarmes qui
ouvrirent le feu. Bilan : 157 morts, des dizaines de femmes violées et mutilées, des centaines de blessés. C’était il y a quatre ans. Et malgré l’ouverture d’une instruction en février 2010, aucun des responsables du massacre n’est passé devant un tribunal. « Ce qui manque, c’est une volonté politique forte et durable de remettre la justice au premier plan et d’apporter un véritable soutien
ont interrompu leurs travaux pendant plusieurs mois, raconte le membre d’une ONG. Par ailleurs, ils sont censés travailler exclusivement sur cette affaire mais, en réalité, ils jonglent entre plusieurs dossiers. » Si tous s’accordent à dire que les conditions de travail des magistrats se sont largement améliorées depuis le début de l’instruction, les moyens humains et financiers s’avèrent toujours insuffisants.
SOUS LE SOLEIL. Pour le moment, plus de 400 victimes ont été entendues et 8 militaires, dont 7 hauts gradés, ont été inculpés. Derniers en date: un gendarme accusé de viol (avril 2013) et le capitaine Claude Pivi, chef de la sécurité présidentielle depuis 2008 (juin 2013). « C’est un bilan en demi-teinte pour le moment, regrette Antonin Rabecq. « Les Guinéens ont droit à la vérité. Des figures influentes de l’ex-junte sont épinglées, Après de tels crimes, on ne peut mais la plupart restent s’en sortir à bon compte. » introuvables, en liberté ou pis sont maintenues dans KHALIFA GASSAMA DIABY, ministre des Droits de l’homme leurs fonctions comme Pivi. aux trois magistrats chargés de l’enquête En outre, si les victimes entendues sont pour qu’ils se sentent entièrement libres nombreuses,lestémoinslesontbeaucoup d’inculper ou d’entendre qui ils veulent », moins. Ils sont pourtant essentiels pour explique Antonin Rabecq, représentant les contre-interrogatoires, les confronde la Fédération internationale des ligues tations, etc. » des droits de l’homme (FIDH) en Guinée. Quant à Moussa Dadis Camara, il coule D’autres dénoncent une trop forte des jours heureux à Ouagadougou, au dépendance à l’agenda politique: « Avant Burkina. Ni lui ni les membres de son cercle le plus proche n’ont été entendus. les législatives, les juges d’instruction Deux commissions rogatoires internationales ont pourtant été émises pour qu’il soitinterrogépardesmagistratsburkinabè. En vain. Selon des sources bien informées, il serait pourtant prêt à leur répondre désormais… « Maintenant que le pays semble retrouver une certaine sérénité politique et institutionnelle, j’espère vivement que ce dossier va avancer rapidement et qu’un procès va se tenir. La Guinée ne pourra et ne doit pas y échapper », assène Khalifa Gassama Diaby, le ministre des Droits de l’homme. « Après de telscrimes, ajoute-t-il, on ne peut s’en sortir à bon compte. Les Guinéens ont droit à la vérité et les coupables doivent être punis conformément à la loi pour que le pays en finisse enfin avec la culture de l’impunité. Et que cela ne se reproduise plus. » l
PANAPRESS/MAXPPP
HABY NIAKATE
Corps de victimes exposés sur l’esplanade de la Grande-Mosquée, le 2 octobre 2009. N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
JEUNE AFRIQUE
Construtora OAS Guinée S.A. Construire aujourd´hui la Guinée de demain. Guinée - Brésil : « Wontanara ! » (1)
L
e groupe brésilien Construtora OAS est l’une des plus importantes entreprises de BTP, de construction et d’ingénierie au monde. Avec une expérience de plus de 36 ans dans 21 pays et plus de 90 000 employés, OAS réalise des ouvrages dont l’excellence fait référence dans les secteurs publics, privés et les concessions. L’entreprise est présente dans les secteurs de l’énergie (projets hydroélectriques, centrales thermiques), des infrastructures (aéroports, ports, routes et rail), du pétrole et du gaz (raffineries, par exemple). OAS est réalise actuellement d’importants projets dans cinq pays d’Afrique : Guinée, Mozambique, Angola, Ghana et Guinée Équatoriale. Construtora OAS Guinée S.A., filiale établie en 2011, est actuellement impliquée dans deux projets pour lesquels le groupe a détaché sur place des équipements lourds et des ingénieurs. Dans ce cadre, la société a recruté des employés guinéens, représentant un total de près de 500 emplois, directs et indirects. Comme tout le groupe OAS, Construtora OAS Guinée S.A. a pour règle de recruter et former les employés locaux et de partager son expérience avec eux.
OAS a déjà créé près de 500 emplois en Guinée.
Construtora OAS Guinée est implantée à Conakry depuis 2011.
(1) Wontanara : ensemble, pour longtemps !
VOIRIES URBAINES DE CONAKRY Construtora OAS Guinée S.A. est chargée de la réalisation du marché « Travaux prioritaires de construction et de bitumage de la voirie de Conakry, phase 1 ». Les travaux couvrent 30 tronçons répartis dans les cinq communes de Conakry, pour un total de 26,8 km. D’une durée de 24 mois, les travaux comprennent le terrassement, l’assainissement et le bitumage des routes.
ROUTE 2X2 VOIES DABOMPA-PK 36
En menant à bien ces travaux, Construtora OAS Guinée S.A. se donne pour mission de permettre à la Guinée devenir un pays émergent. La société s’implique par conséquent dans le respect des communautés locales et la valorisation du travail bien fait avec la main-d’œuvre locale. Elle tient à apporter aux Guinéens des opportunités d’emplois et d’amélioration des conditions de vie de leur famille. Le groupe OAS s’engage à long terme en Guinée pour y mener à bien de nombreux chantiers qui apporteront une meilleure qualité de vie (diminution des accidents, réduction des embouteillages, meilleur mobilité urbaine). Pour transformer l´image internationale de la Guinée.
Guinée - Brésil - « Wontanara ! » (1)
Construtora OAS Guinée S.A. Rue Corniche Nord, D.I. 265 - Quartier Landreah, Commune de Dixinn BP 959 - Face de l’ambassade du Japon - Conakry, République de Guinée Tél. : + 224 62251-7174 / 224 62849-4341 - www.oas.com
DIFCOM/DF - PHOTOS : DR
PUBLI-INFORMATION
Construtora OAS Guinée S.A. est également en charge du marché « Travaux d’aménagement de la route à 2x2 voies Dabompa – PK36 ». Il porte sur l’aménagement de la Route nationale 1 – la plus importante du pays – et son passage à 2x2 voies sur une longueur de 8 kilomètres à réaliser dans un délai de 20 mois. Les travaux concernent le terrassement, le pavage, les aménagements de drainage et d’assainissement, et des fournitures supplémentaires, comme la signalisation verticale et horizontale.
Guinée Une bien meilleure mine
YOURI LENQUETTE POUR J.A.
83
p À Conakry, en janvier.
INTERVIEW
Mohamed Diaré « Les jeunes doivent garder espoir » Malgré une année 2013 difficile, le ministre de l’Économie et des Finances voit l’avenir d’un bon œil. Selon lui, la croissance sera au rendez-vous, et l’emploi devrait suivre.
N
atif de Kissidougou, dans le sud-est du pays, Mohamed Diaré a été formé à l’université de Conakry, puis à l’Institut du Fonds monétaire international (FMI) et à l’École nationale d’administration (ENA) française. Ministre délégué au Budget depuis 2011, il s’est vu confier le portefeuille de l’Économie et des Finances, avec rang de ministre d’État, lors du remaniement du 20 janvier. Selon lui, le cadre macroéconomique étant en passe de se stabiliser, il faut désormais favoriser l’investissement privé. JEUNE AFRIQUE: Comment a évolué l’économie guinéenne ces dernières années? MOHAMED DIARÉ : La situation était
catastrophiqueànotrearrivée.Aprèsl’élection d’Alpha Condé en 2010, tous les indicateurs étaient dans le rouge, la croissance stagnait autour de 1 % et le taux d’inflation s’élevait à 21 %. Avec l’appui du FMI, nous avons redressé l’économie en mettant en œuvre, dès 2011, un programme de référence dont la bonne exécution a permis JEUNE AFRIQUE
l’ordre de 1 400 milliards de francs [plus de 140 millions d’euros] en 2013, soit un peu plus de 3,1 % du PIB. Quelles sont les perspectives pour 2014?
la conclusion d’un programme triennal 2012-2014 afin d’alléger le poids de la dette tout en lançant un ensemble de réformes macroéconomiques.Uneréussite,puisque la dette de 3,1 milliards de dollars [environ 2,3 milliards d’euros] représentant environ 67 % du PIB en 2010, a chuté à moins de 20 % en 2012. Les objectifs fixés pour 2013 n’ont pourtant pas été atteints…
L’année a été difficile. Il est vrai qu’au départ nous tablions sur un taux de croissance de plus de 5 %, mais il n’était que de 2,5 % fin décembre. Il faut souligner que 2013 a été marquée par une conjoncture globale défavorable, en particulier pour le secteur minier, avec une chute des cours mondiaux de l’or et du fer. Le tout dans un contexte politique instable, caractérisé par des mouvements de rue entraînant une baisse de l’activité économique. En période électorale, les opérateurs économiques s’abstiennent de s’engager. Tout cela a eu un fort impact sur les recettes de l’État, générant un manque à gagner de
Elles sont bonnes. L’économie redémarre et nous prévoyons une croissance de 4,5 % à 5 % cette année, selon que les intentions d’investissements annoncées en novembre 2013 lors de la conférence des bailleurs de fonds d’Abou Dhabi se concrétiseront ou non. Nous comptons aussi sur l’examen des contrats miniers, toujoursencours,aveclesoutiendelaBAD [Banque africaine de développement], qui nous procurera certainement des ressources additionnelles. Dans le budget 2014, nous avons baissé les dépenses de fonctionnement de l’État, notamment en stabilisant la masse salariale et en donnant la priorité aux dépenses d’investissement. Nos priorités sont l’énergie, qui absorbera 11,6 % de ce budget, et les travaux publics, avecdesinvestissementsenhaussede56% par rapport à 2013. Enfin, l’éducation et le secteur agricole mobiliseront respectivement 11,2 % et 6 % du budget de l’État. Le budget 2014, adopté par le Conseil national de la transition, qui, depuis, a laissé la place à l’Assemblée nationale, N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
Le Plus de J.A. Guinée a été critiqué par une partie de l’opposition. Est-il définitif ?
Il n’est pas question de revenir dessus. Mais si la conjoncture et l’évolution des engagements y contraignaient le gouvernement, nous demanderions à l’Assemblée nationale d’examiner une loi de finances rectificative. Donc, sauf circonstance exceptionnelle, il n’y aura pas de modification du budget. Comment comptez-vous lutter contre le chômage ?
Par l’amélioration du climat des affaires, car c’est à travers l’installation des entreprises et les grands projets que nous allons pouvoir créer des emplois, et ce dans tous les secteurs : l’agriculture, la pêche, l’énergie, les travaux publics… Il faut attirer toujours plus d’investisseurs et de capitaux privés étrangers. Grâce aux récents satisfecit des institutions financières internationales, ces investissements devraient croître en 2014. Cette dynamique générera des emplois. Les jeunes doivent garder espoir, les réformes en cours auront des conséquences positives pour tout le pays. Qu’en est-il du projet Simandou, le plus grand gisement de fer non exploité du continent ?
Le processus suit son cours [lire p. 92]. Fin janvier, nous avons rencontré notre partenaire Rio Tinto à Paris. Nous devons
nousmettred’accordsurunnouveaucadre d’investissement d’ici au 15 mars pour le soumettre à l’Assemblée nationale en avril. La reprise du projet, prévue au second semestre de cette année, dépend de la signature de ce cadre. Le financement des infrastructures telles que le port et le chemin de fer, que l’État devait initialement prendre en charge à hauteur de 51 %, constituait l’un des points de blocage – il a été levé. Avec Rio Tinto, nous examinons désormais les offres de partenaires potentiels pour réaliser ces chantiers. Nous allons vite, sans toutefois nous précipiter.
PIB (En milliards de $, en prix courants, éch. de gauche)
CROISSANCE (Variation du PIB réel, en %, en prix constants, éch. de droite)
8
6,6
6
4,9
4
5,1 3,9
5,6
7,1
L’économie du pays reste très dépendante des mines. Comment la diversifier?
En2013,notreéconomieasouffertd’une croissance négative dans le secteur minier et d’une stagnation dans celui de l’énergie, mais elle a été quelque peu sauvée, ou du moins soulagée, par l’agriculture. Il ne faut pas oublier que près de 70 % des Guinéens en vivent et nous voulons redynamiser ce domaine. En outre, les projets miniers comme Simandou intègrent un développement du commerce et de l’agriculture, ainsi que des programmes d’aide à la
5,2
3,9 2,9
2 2010
2011
0,6 14,6
2012
2013*
2014*
25,6 19,2
INVESTISSEMENTS (Total d’investissements en % du PIB) 2013* 2012 2011 2010 N 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014 O
(Rang dans le classement « Doing Business 2014 » sur le nombre total de pays classés)
5
175e
2014
189
178e
185
4
2013
3
2012
179e
183
2011
179e
183
2
1,9
0
CLIMAT DES AFFAIRES
6
1
diversification. Le boom minier prévu pour les années à venir et les recettes budgétaires supplémentaires qu’il va générer permettront de renforcer la sécurité et de veiller à un plus grand respect de la justice, ce qui améliorera le climat des affaires. Une condition sine qua non pour attirer plus d’entreprises et d’investissements étrangers. Enfin, d’ici à 2015, le réseau électrique aura très largement progressé dans le pays, ce qui permettra de diversifier les activités et contribuera à l’essor de secteurs à forte dépendance énergétique, telle l’industrie.
Nous voulons redynamiser l’agriculture : 70 % des Guinéens en vivent.
Sur la voie du progrès ?
1
84
INVESTISSEMENTS DIRECTS ÉTRANGERS (En flux entrants, en millions de $)
141 101
956
744
L’Union européenne (UE) a annoncé la reprise de sa coopération avec la Guinée. Comment le gouvernement va-t-il renforcer et élargir ses partenariats, notamment avec l’Asie ou les pays arabes ?
À travers le Fonds européen de développement [FED], l’UE vient de débloquer 140 millions d’euros, qui serviront d’abord à la construction et à la réhabilitation de routes [lire pp. 87-88], ainsi qu’à la justice, à la sécurité, aux finances publiques et à la décentralisation. Il est important de maintenir une relation harmonieuse avec les bailleurs internationaux, avec nos partenaires bilatéraux traditionnels, de même qu’avec les Brics [Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud] et les pays arabes. La France reste notre premier partenaire bilatéral, mais notre objectif de développement, qui est de porter les investissements à plus de 40 % du PIB par an, nécessite d’élargir le cercle. Ainsi, l’Inde s’apprête à investir un peu plus de 200 millions de dollars dans l’agrobusiness. Notre partenariat public avec les Émirats arabes unis, à hauteur de 100 millions de dollars de dons pour 2014, sera, lui, consacré aux secteurs de l’agriculture et de l’énergie. Dans le domaine du privé, le fonds émirati Mubadala a annoncé un investissement de 5 milliards de dollars dans le développement d’une mine de bauxite et d’une raffinerie [à Sangarédi, lire encadré p. 94]. Enfin, nous entretenons une relation ancienne avec la Chine, qui nous a accordé plusieurs prêts et nous a fait des dons: le Palais du peuple en 1967 et le stade de Nongo [en 2011]. l Propos recueillis à Conakry par
2009 2010
2011
2012
* prévisions
JOAN TILOUINE et HABY NIAKATE JEUNE AFRIQUE
ITQANE INTERNATIONAL est une entreprise citoyenne
PUBLI-INFORMATION
africaine qui fait de l’artisanat marocain, un produit d’exportation utile. Cette société dont le nom en arabe signifie « perfection », est bâtie sur des valeurs humaines techniques et esthétiques fortes. Elle s’est vite imposée comme l’Intégrateur immobilier de référence et acteur majeur de la professionnalisation de l’artisanat et de métiers de la construction en Afrique. ITQANE est en cela emblématique de l’émergence récente des compagnies africaines qui maitrisent le facteur clé de succès sur le continent et qui alignent l’ensemble de leurs principes organisationnels, offre des services et fonctionne sur les standards internationaux les plus exigeants. Les bâtisseurs d’ouvrages immobiliers prestigieux et complexes se satisfont du sens de la précision et de l’exigence que le fondateur M. Kamal Mekouar a su importer de son métier de base, n’acceptant aucun compromis sur la qualité et les délais. Ainsi ITQANE s’est vu décerner par le Royaume du Maroc le statut d’acteur de référence. Sa passion : l’amour du beau, du bel ouvrage, du bon travail fini. Sa mission : donner vie et âme au projet architectural conçu par les designers sélectionnés par la clientèle. Grâce à sa chaîne de fabrication intégrant tous corps de métiers (du sol au plafond en passant par les murs et le mobilier de tous types), ITQANE assure à sa clientèle un produit fini, clef en main. Un produit personnalisé, du sur mesure. Il est aujourd’hui l’un des
M. Kamal Mekouar devant le Palais des Nations à Conakry en Guinée, entièrement rénové par ITQANE L’AFRICAINE.
plus importants acteurs du secteur de l’aménagement, l’agencement et de la production des meubles au Maroc. C’est aussi un représentant de marques de prestiges haut de gamme et ce grâce à la confiance que lui accordent ses prestigieux partenaires à l étrangers. Ainsi, dans le cadre de la coopération sud-sud, avec le concours significatif d’Ecobank Guinée, ITQANE L’AFRICAINE a rénové l’imposant Palais des Nations, à Conakry, construit dans les années 1980 sur l’ancien site de la plage « Perron » par les coréens du Nord. Dernièrement, la tenue des travaux de l’OCI dans les locaux du Palais des Nations, prouve à suffisance la capacité d’innovation de cette société marocaine, aux pratiques originales et qui, contre toute attente, a intégré le concept architectural de ce palais dans son environnement urbain de Kaloum. Toutes choses qui mettent en valeur la splendeur de cette belle Cité des Nations, édifiée à quelques encablures de la mer. À y voir de près, ITQANE a tenu compte de toutes les fonctions, à la fois pédagogique et didactique. Toutes les tailles et toutes les échelles ont été réalisées selon l’objectif de l’événement. En réalité, la réhabilitation rapide de ce palais est la preuve palpitante que cette compagnie internationale africaine développe un savoir-faire africain de premier ordre dans les domaines de la reconstruction de l’aménagement, de l’agencement et de la production de l’immobilier.
CONTACTS Maroc (+212) 660 14 58 28 Guinée (+224) 621 962 915 E-mail : info@itqane.com www.itqane.com
DIFCOM/DF - PHOTOS : DR
Acteur majeur du design marocain, ITQANE l’Africaine, une marque de renommée internationale au service de l’Afrique
Guinée Une bien meilleure mine
YOURI LENQUETTE POUR J.A.
87
INFRASTRUCTURES
Port du casque obligatoire Voirie, barrages, réseaux d’eau potable… Les chantiers se multiplient dans toutes les régions. Mais le retard à combler est énorme. Et les attentes des habitants sont considérables.
N
«
os priorités s’articulent autour de trois axes : la route, l’énergie et l’eau », souligne Mamadi Condé, qui, à la tête de l’Administration et contrôle des grands projets (ACGP), orchestre le processus d’étude et de réalisation des infrastructures engagé par l’État guinéen depuis 2011. Selon l’administrateur général, 59 ans, surnommé Thalès pour sa rigueur scientifique, « la plupart des projets sont bien avancés », et une bonne partie d’entre eux – notamment le complexe hydroélectrique de Kaléta, en Guinée maritime – seront achevés en 2015, année de l’élection présidentielle. Et si, en ce début 2014, les chantiers semblent de plus en plus nombreux, il ne s’agit pas d’un calcul préélectoral : « Certains ont commencé cette année seulement car les études ont pris du temps, il fallait apporter des réponses appropriées aux besoins des habitants », explique Mamadi Condé. Si, côté ferroviaire, le Transguinéen JEUNE AFRIQUE
p Quelque 27 km de routes sont en cours de bitumage à Conakry.
européenne a annoncé la reprise complète de sa coopération avec la Guinée, suspendue depuis le coup d’État de 2008. Le jour même, la Commission européenne a débloqué l’enveloppe de 140 millions d’euros gelée depuis cinq ans pour financer cinq projets de développement dans le pays. Le projet d’appui au secteur des transports (Past) en mobilisera 83 millions dans le cadre des politiques d’urbanisme et d’aménagement du territoire, afin d’améliorer le
n’est plus à l’ordre du jour, les chantiers routiers, eux, vont bon train. À commencer par l’axe stratégique achevé en janvier, qui, en reliant Labé, Sériba et Bouméhoun à la frontière sénégalaise, va faciliter l’intégration sous-régionale. Parmi les chantiers routiers les plus marquants: quelque 27 km sont actuellement bitumés dans Bonne nouvelle ! L’Europe Conakry ; la route entre la a débloqué les 140 millions capitale et Coyah est en cours de réhabilitation ; et d’euros gelés depuis cinq ans. les 190 km entre Kankan et Kissidougou doivent l’être cette année. niveau de service du réseau routier. Cela La construction d’une route de 100 km permettra notamment de réhabiliter les entre Mandiana et Kankan va également axes entre Kissidougou et Guéckédou, et, débuter. ainsi de décloisonner la région forestière, l’un des poumons agricoles et miniers POUMON. L’État guinéen va par ailleurs du pays. bénéficier d’un coup de pouce finanPour résorber le chômage des jeunes, l’État veut ouvrir huit écoles régionales cier non négligeable puisqu’en saluant, le 27 janvier – après l’installation du des arts et métiers, à Conakry, Boké, Kindia, Labé, Mamou, Faranah, Kankan nouveau Parlement (lire pp. 72-73) –, la tenue des législatives qu’elle a qualifiées et Nzérékoré, afin de former une main« d’inclusives et de pacifiques », l’Union d’œuvre qualifiée dans le BTP. Budget N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
88
Le Plus de J.A. Guinée Un pays en chantiers SÉNÉGAL MALI GUINÉEBISSAU
Bouméhoun Gaoual
Boké
Moyenne Guinée
Sériba
Labé
Boffa Dubréka
CONAKRY
Haute Guinée
Pita
Sangarédi Guinée maritime Fria
Kamsar
Tougué
Diabola
Siguiri
Kouroussa
Mamou
Mandiana
Kindia
Kankan
Faranah
Coyah Forécariah
Océan Atlantique
SIERRA LEONE
Kissidougou Guinée forestière
Kérouané Beyla
Macenta Sérédou
Centrales thermiques Centrales hydroélectriques
LIBERIA
Routes principales
200 km
Voies de chemin de fer
global de leur construction : environ 85 millions de dollars (plus de 62 millions d’euros). Pour le moment, seul le Fonds saoudien de développement a donné son accord pour participer au financement, à hauteur de 26,5 millions de dollars. Ce qui est suffisant pour lancer le projet. Surnommée « le château d’eau de l’Afrique de l’Ouest », la Guinée semble en passe de mieux exploiter son potentiel hydroélectrique. La livraison d’un barrage et d’une centrale d’une puissance de 240 MW à Kaléta (près de Kindia, en Guinée maritime), prévue en juin 2015, devrait résorber une partie du déficit
Lola Nzérékoré CÔTE D'IVOIRE
énergétique (lire encadré) qui freine le développementéconomiqueethumaindu pays. Cette infrastructure aura un impact direct sur l’approvisionnement en électricité de Fria (lire pp. 94-95), où un poste d’interconnexion doit être installé, tout comme à Maneah (région de Kindia) et à Conakry, où le réseau électrique, en cours de modernisation, sera renforcé par une nouvelle ligne à haute tension de 110 kV d’un montant de 94 millions de dollars. LAMPADAIRES. Réalisés par China
International Water & Electric, les travaux représentent un budget de 446 millions
de dollars, dont 25 % sont financés par l’État guinéen et 75 % par China Exim Bank. « En cinquante-deux ans, depuis l’indépendance jusqu’à l’arrivée d’Alpha Condé au pouvoir, le pays a installé une puissance totale de 200 MW. En cinq ans, nous la ferons passer à 340 MW », souligne Mamadi Condé. Un autre complexe hydroélectrique (de 580 MW) est en construction sur le fleuve Konkouré, à Souapiti (moyenne Guinée), pour redynamiser les bassins industriels de Fria, Boké et Dian-Dian. Son coût : 1 milliard de dollars. Outre l’augmentation des capacités de production, l’État a élaboré un programme de « dispatching national » qui vise à optimiser – via des logiciels – la commande et la surveillance du réseau électrique. L’État guinéen recherche actuellement les 30 millions de dollars nécessaires pour le mettre en œuvre. Enfin, 7000 lampadaires photovoltaïques ont été installés sur les principales artères des 33 préfectures du pays. Autre chantier d’aménagement urbain prioritaire : l’amélioration de l’accès à l’eau potable. Le renforcement du réseau d’adduction d’eau de la capitale doit commencer avant la fin du premier trimestre de cette année. Doté d’un budget de 15,77 millions de dollars, dont plus de 14 millions sont financés par la Banque islamique de développement (BID), ce projet concerne d’abord les quartiers défavorisés situés sur les hauteurs de Conakry tels que Hamdallaye, Koloma ou Simbaya. Dans les seules préfectures de Boké et de Télimélé, l’amélioration de l’accès à l’eau potable demande déjà 14 millions de dollars. Des chantiers similaires doivent être menés dans les villes de Gaoual, Tougue, Lelouma, Lola et Yomou. l JOAN TILOUINE
SERVICE PUBLIC DÉFAILLANT CHERCHE PARTENAIRE PRIVÉ MOTIVÉ
M
algré la réhabilitation – en cours – de ses infrastructures, le réseau électrique guinéen est dans un état critique, et les experts estiment que 110 millions d’euros d’investissement au minimum sont nécessaires pour le mettre à niveau. L’État a déjà financé pour 26 millions d’euros de travaux en 2013, sans
N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
compter la location d’une centrale temporaire de 50 MW au britannique Aggreko, dont le contrat de six mois s’achève en mars. Électricité de Guinée (EDG) mise sur la réhabilitation de la centrale deTombo 1, à Conakry, et multiplie les efforts pour minimiser le déficit énergétique. Nava Touré, son directeur général,
ne peut cependant que déplorer « le ratio peu flatteur » réalisé par l’entreprise publique, qui emploie 1 700 personnes et a produit 640 GWh seulement en 2013, couvrant à peine 60 % des besoins nationaux. Si l’État a su éviter sa mise en faillite jusqu’à présent, « EDG a besoin d’une profonde restructuration et d’un
nouveau schéma de gestion », explique Nava Touré, ajoutant qu’il est indispensable de « faire de la place au privé ». Le processus est en cours d’élaboration avec la Banque mondiale, et des appels d’offres seront lancés prochainement pour qu’un partenariat public-privé soit effectif avant la fin de J.T. l’année. l JEUNE AFRIQUE
Une bien meilleure mine
Le PAC n’est plus en rade
VINCENT FOURNIER/J.A.
Certes, le Port autonome de Conakry n’est pas près de rivaliser avec Dakar ou Abidjan. Mais il devient plus compétitif.
p Le Palm Camayenne a été inauguré le 31 mai 2013.
Pluie d’étoiles sur Conakry Sous la houlette d’investisseurs espagnols, chinois, marocains et américains, la capitale se dote d’un parc d’hôtels haut de gamme.
B
ientôt fini le casse-tête de l’héParmi ceux-ci, l’hôtel Kaloum (5 étoiles, bergement pour les organisa290 chambres) fait l’objet d’une rénovation en profondeur menée par la société teurs de grands événements à Conakry ? C’est ce que laissent espérer chinoise Kaloum SA. Le chantier a les nombreux chantiers d’hôtels de été confié à Shanghai Construction standing qui jalonnent la capitale. Le Group (SCG) pour un montant estimé 31 mai 2013, l’hôtel Palm Camayenne à 260 milliards de francs guinéens (plus (ex-Hôtel Camayenne), premier de 27 millions d’euros). C’est égale5-étoiles du pays, était inauguré en ment le cas de l’hôtel Niger (4 étoiles, grande pompe en présence de Hadja 194 chambres), dont la réhabilitation, Djènè Kaba Condé, la première dame conduite par le bureau français BMS guinéenne. Ingénierie pour un coût de 20 millions Situé dans la commune de Dixinn, Architecture méditerranéenne, sur la corniche nord mobilier design, cuisine raffinée… de Conakr y, l’établissement compte Le Palm séduit les plus exigeants. 123 chambres, à 250 euros au minimum la nuit. d’euros environ, est financée par des Architecture méditerranéenne, mobiinvestisseurs marocains. lier design, cuisine raffinée, vue sur Par ailleurs, de grands groupes interl’océan et centre-ville à proximité : en nationaux ont annoncé l’ouverture quelques mois, le Palm est devenu prochaine d’établissements sous leurs l’un des lieux de rendez-vous d’affaires enseignes phares. Ainsi, l’américain préférés des décideurs économiques et Starwood Hotels & Resorts, premier politiques. Bien qu’entièrement remis opérateur mondial en Afrique, inauà flots pour un investissement estimé gurera en 2015 un Sheraton Conakry (282 chambres, 5 étoiles) dans le quarà 16 millions d’euros grâce au groupe espagnol Unicon, qui en assure désortier chic de Kipe, tandis que son commais la gestion, le Palm Camayenne patriote Carlson Rezidor Hotel Group reste propriété de l’État. envisage de créer un Radisson Blu Hotel (249 chambres) dans le quartier Actuellement, pas moins de sept grands projets hôteliers sont en cours. de Koloma mi-2016. l HABY NIAKATE JEUNE AFRIQUE
D
ans l’enceinte du terminal à conteneurs du Port autonome de Conakry (PAC), la plus grande centrale de béton de Guinée tourne à plein régime. Elle recrache d’imposants blocs de béton de plus de 120 tonnes qui sont stockés sur le remblai de 5 ha (gagnés sur la mer) avant de servir à prolonger le quai, qui, au mois de juin, mesurera 338 m de long. Engagés en 2011, les travaux d’extension du terminal à conteneurs, qui dispose d’un terre-plein de 12,5 ha (contre 8 ha auparavant) et d’un tirant d’eau de 10,5 m à 13 m sur ladite extension, sont réalisés par l’opérateur français Bolloré Africa Logistics (BAL) et sa filiale Conakry Terminal pour 47 millions d’euros. « Nous avons amélioré les cadences en passant de 12 conteneurs par heure en 2011 à 35 aujourd’hui, avec un taux d’occupation du quai de 50 %. Et avec ce prolongement, les bateaux n’attendront quasiment pas », expliqueJean-MichelMaheut,directeurde BAL Guinée. « On a changé les comportementsetgagnélaconfiancedestravailleurs tout en leur inculquant les valeurs du groupe », souligne Arnaud Jobard, le responsable d’exploitation. Désormais, dans cette zone du PAC, tout est informatisé, automatisé, traçable – presque aseptisé. BADAUDS. Le contraste avec le reste du
port n’en est que plus saisissant : marchandises stockées çà et là, camions, voitures et badauds circulant où bon leur semble… Beaucoup reste à faire pour améliorer la sécurité et la compétitivité. Pourtant, la zone portuaire est stratégique: 90 % des échanges commerciaux du pays avec l’étranger transitent par le PAC, qui génère 40 % des recettes du budget national. Début février, à la suite d’un appel d’offres, l’État a reçu des propositions pour la réalisation d’études sur la compétitivité et le développement du port dans son ensemble, ainsi que sur les réformes à engager. L’objectif ? En faire une référence à l’échelle régionale et tenir tête à la concurrence, notamment celle de Dakar, d’Abidjan et de San Pedro. l J.T. N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
89
Maximiser le potentiel minier de la Guinée dans les secteurs de l’alumine et de la bauxite Une nouvelle phase dans le développement de la Guinée Le 24 novembre a marqué une étape importante pour l’industrie minière en Guinée. S’appuyant sur les accords bilatéraux existants entre les Emirats Arabes Unis et la Guinée, la conférence des partenaires et des investisseurs pour la Guinée qui s’est tenue à Abu !"#$% &'( )*+(&,'& -.%/)#0(' '%12%30#(%4' )*,+ 5& -67&5*))&/&2( 60*2*/%8,& -, )#9': ;*,' 5& ("</& = >,%2&# %' *)&2 4*+ $,'%2&'' », l’événement témoigne de l’optimisme suscité par le potentiel de la Guinée. A cette occasion, des investissements à hauteur d’environ 6 milliards de dollars destinés à des projets de développement ont été annoncés. S’exprimant pendant cette conférence, Son Excellence Professeur Alpha Condé, Président de la République de Guinée, a fait part -& '# -6(&+/%2#(%*2 ? )*,+',%7+& 5&' &44*+(' &21#16' )*,+ -92#/%'&+ 5.&27%+*22&/&2( 60*2*/%8,& @ = A*2 1*,7&+2&/&2( &'( déterminé à attirer des partenaires stratégiques qui partagent notre vision et qui veulent travailler avec nous pour atteindre nos objectifs dans ces secteurs clés ». Dans le prolongement de ce partenariat stratégique, Guinea Alumina Corporation (GAC) a annoncé un programme d’investissement de 5 milliards de dollars visant à développer les secteurs de la bauxite et de l’alumine qui sont, avec le minerai de fer et l’agriculture, les piliers du potentiel économique de la Guinée émergente. Le plan de développement de GAC en Guinée L’accord de GAC permet la mise en œuvre d’un projet en plusieurs étapes, à savoir : le développement d’un nouveau port, ',%7% -.,2& /%2& -& $#,M%(& W &( 32#5&/&2( 5# 0*2'(+,0(%*2 -.,2& +#432&+%& -.#5,/%2& #%2'% 8,& 5.&M)#2'%*2 -& 5# /%2& -& $#,M%(&: Le développement du projet GAC, qui s’appuie sur des investissements de 5 milliards de dollars, créera jusqu’à 14 000 emplois directs et indirects au cours du projet et contribuera de /#2%<+& ',$'(#2(%&55& ? 5.#00+*%''&/&2( -, XYD -& 5# >,%26&:
Formation à la santé et à la sécurité
;*2 HM0&55&20& U&+4#55# P#2'#26B A%2%'(+& -.H(#( 0"#+16 -&' A%2&' &( -& 5# >6*5*1%&B # -605#+6 @ = F# 0*246+&20& -&' investisseurs et des partenaires pour la Guinée nous a aidé à mettre en avant les opportunités économiques qu’offre la Guinée. L’accord signé avec GAC est une contribution importante à l’économie guinéenne, qui permettra de créer des emplois pour les Guinéens mais aussi d’améliorer nos infrastructures, y compris les infrastructures sociales, à travers des projets de développement social ».
A#/#-9 P*,5#B !%+&0(&,+ >626+#5 -& >ELB # #Q*,(6@ = R*,' '*//&' (+<' "&,+&,M -.#7*%+ 0& )5#2 -& -67&5*))&/&2( )#+ )"#'&' 8,% permet, de manière réaliste, de développer, dans la première phase, des infrastructures ouvertes à usage multiple, et en suite de permettre le développement des ressources de bauxite et d’alumine. Cette approche est une opportunité pour la Guinée de maximiser sur le long terme son important potentiel ».
Ce que prévoit le projet de développement de GAC: S L*2'(+,0(%*2 -.,2& 2*,7&55& /%2& -& $#,M%(& ? ;#21#+6-% -&'(%26& ? 5.&M)*+(#(%*2B *)6+#(%*22&55& &2 IJKT S !67&5*))&/&2( -.,2 )*+( *,7&+( ? ,(%5%'#(&,+' /,5(%)5&' ? U#/'#+ -.%0% IJKT S L*2'(+,0(%*2 -& IJKV ? IJII -.,2& +#432&+%& -.#5,/%2& -.,2& 0#)#0%(6 %2%(%#5& -& I /%55%*2' -& (*22&' )#+ #2 !"# $%&"#'$##"()# *" +,-. /0)1" 2%3%1$4)" "' 35$6%"7"%' #')3'86$9(" GAC est aujourd’hui une succursale du groupe émirati récemment formé, Emirates Global Aluminum (EGA) qui occupera en 2014 la cinquième place mondiale en )+*-,0(%*2 -.#5,/%2%,/B &( -*2( 5&' 4*2-#(&,+' '*2( A,$#-#5# &( !CDEF: A,$#-#5#B un groupe d’investissement et de développement détenu par le Gouvernement d’Abu !"#$% &( 16+#2( ,2 )*+(&4&,%55& -.#0(%4' -& GG /%55%#+-' -& -*55#+' &( !CDEF 8,% +&5<7& du gouvernement de Dubai étaient des investisseurs minoritaires de GAC depuis 2007. En juillet 2013, ils ont fait l’acquisition de 100% de GAC, assurant ainsi la survie du projet. H2 2*7&/$+& IJKIB A,$#-#5# # 61#5&/&2( '%126 ,2 #00*+- #7&0 5# L*/)#12%& -&' D#,M%(&' -& >,%26& NLD>O )*,+ 5.#))+*7%'%*22&/&2( ? 5*21 (&+/& -&' H/%+#(' E+#$&' Unis en bauxite.
L’achèvement de la phase II d’EMAL portera la production d’EGA à 2,4 mtpa augmentant ainsi les besoins des Emirats Arabes Unis en alumine
PUBLI-INFORMATION
R S91)("#,0 20'.--1*+# $# "9.*$,-+0.# $# "91",).*.,) 1,F T).01+- U018#- V*.-6 #+ -#besoins importants à hauteur de 5 millions de tonnes par an, sont des vecteurs de $%&#"'((#)#*+ $# WUX #* W,.*%#6 20%1*+ (10 "3 $#- 8%*%P2#- ),+,#"- (',0 +',-Y Z U8$,""1 =1"81*6 [OW $%-.5*% $9T).01+#- W"'81" U",).*.,) !"# $%&%'("# #)(*+,- ". /"# 01)21+33"# "&4*1)&&"3"&.+,- 5, 01)6". 5" 789 en Guinée ! I.*#6 ('0+ #+ .*/01-+0,2+,0#- EACJ?KACJLGM N,-<,93 @ CCC #)("'.- $.0#2+- #+ indirects pendant la construction ! O%&#"'((#)#*+ $# "1 01/P*#0.# $91",).*# EACJQKACAAGM N,-<,93 JJ CCC #)("'.directs et indirects pendant la construction GAC accorde une attention particulière à la bonne gestion sociale et environnementale du projet à travers des projets à vocation sociale réalisés au cours des 6 dernières année s: ! > %2'"#- .*2",1*+ "1 2'*-+0,2+.'* #+ "9%<,.(#)#*+ ! ? 2#*+0#- $# -1*+% 1.*-. <,# "1 /'0)1+.'* $#- (0'/#--.'**#"- $# -1*+% et la fourniture de médicaments essentiels, ainsi que des programmes communautaires d’éducation sur le VIH / SIDA et la sécurité routière ! @ 2#*+0#- 2')),*1,+1.0#- #+ A@ (,.+- 2')),*1,+1.0#! $#- 0',+#- #+ $#- ('*+-
Formation des contractants
! "1 0%.*-+1""1+.'* $# A &.""15#- #+ "1 ("1*+1+.'* $# AB CCC 1080#- /0,.+.#0-6 $#jardins maraîchers et des pâturages ainsi que la délivrance de vaccins bovins ! $#- 2',0- $91"(;18%+.-1+.'* (',0 1$,"+#! $#- (0'501))#- 2')),*1,+1.0#- $# 5#-+.'* $# "1 )1"10.1 GAC est également engagé dans des projets visant à minimiser l’impact environnemental de ses activités, à travers une série de programmes dédiés couvrant: ! "# 2'*+0D"# $# "1 <,1".+% $# "9#1, E$# -,0/12# #+ #1,F -',+#001.*#-G ! "# 2'*+0D"# $# "1 <,1".+% $# "91.0 #+ $#- *,.-1*2#- -'*'0#! "1 5#-+.'* $# "1 <,1".+% $#- -'"- #+ "# 2'*+0D"# $# "9%0'-.'* ! "1 -,0&#.""1*2# #+ "1 (0'+#2+.'* $# "9;18.+1+ $, 2;.)(1*H% Les chantiers à venir en 2014 autour du port de Kamsar et de la mine de $+,-*." : ;+&2+1%5* 2014 marquera le début des travaux du port et de la mine de bauxite, notamment: ! "# $%&#"'((#)#*+ $# *',&#""#- .*/01-+0,2+,0#- -'2.1"#- 3 41*510%$.6 7 2')(0.- "1 construction de plusieurs puits et des écoles ! "# $%8,+ $9%+,$#- $%+1.""%#- $9.*5%*.#0.# ! "1 -.5*1+,0# $#- 122'0$- $9122:- 1, ('0+ ! "912;:&#)#*+ $, <,1. 3 2'*+#*#,0- $# =1)-106 (#0)#++1*+ "# $%2;105#)#*+ $# 2'*+#*#,0- 3 =1)-10
Programme de formation en matière de prévention de la malaria
Pour plus d’informations, veuillez consulter : www.guineaalumina.com
En 2014, le premier groupe d’apprentis guinéens se rendra aux Emirats Arabes Unis dans le cadre du programme de formation et de développement des compétences des Guinéens.
Le Plus de J.A. Guinée MINES
Mont (Simandou) et merveilles Le plus grand gisement de fer du continent n’est toujours pas exploité. Mais l’État et le géant australien Rio Tinto s’apprêtent à signer un accord sur les infrastuctures qui va relancer le projet.
projet aurait lui aussi progressé. Grâce aux bons offices de Chalco, l’allié chinois de Rio Tinto, des banques de l’empire du Milieu – Industrial and Commercial Bank of China (ICBC), China Investment Corporation et China Development Bank – ont été approchées et pourraient participer au financement des infrastructures. Par ailleurs, à la suite de contacts noués par la Guinée fin 2013 à Abou Dhabi, les fonds souverains de cet émirat (Mubadala), du Koweït et du Qatar pourraient eux aussi mettre la main au portefeuille. Mubadala a d’ailleurs déjà noué l’an dernier un partenariat de 5 milliards de dollars avec la Guinée pour le développement de mines de bauxite et d’une raffinerie d’alumine dans le pays (lire encadré p. 94). ANTHONY BANNISTER/RIO TINTO
92
L
e mont Simandou est l’exemple le plus emblématique du potentiel géologique inexploité du pays. Ce massif isolé de la Guinée forestière, à 850 km à l’est de Conakry, détient des réserves de fer estimées à 5 milliards de tonnes de minerai à haute teneur, soit le plus important gisement du continent. Objet de toutes les convoitises depuis les années 1990, le projet a été plusieurs fois reporté. Mais cette année s’annonce décisive. La remise à plat du volet portant sur les infrastructures, qui représentent à elles seules un investissement d’environ 6 milliards de dollars (plus de 4,4 milliards d’euros), devrait aboutir dans les prochaines semaines à la signature d’un accord sur les modalités de financement et de construction d’une voie ferrée de 650 km et d’un port minéralier près de Forécariah (au sud de Conakry) – tous deux cruciaux pour évacuer le minerai. Ces derniers mois, les négociations entre l’État guinéen et le géant australien Rio Tinto – détenteur, avec son partenaire N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
CONFLIT. Toutefois, le projet de Rio Tinto
au Simandou est encore loin d’entrer en production. « Nous avons encore plusieurs semaines de négociations, puis il faudra quelques mois pour que la convention soit ratifiée par le nouveau Parlement et, ensuite, quatre années pour construire la voie ferrée », rappelle p À Ouelaba, prélèvement d’échantillons. une source guinéenne proche du dossier. Le gouvernement devra également Chalco (Aluminium Corporation of résoudre le conflit qui l’oppose au groupe China Limited), de deux des quatre perBSGR, détenteur des autres permis sur mis miniers du Simandou – ont permis le mont Simandou et accusé de corrupde lever plusieurs points de blocage. tion dans l’obtention de ces licences. Alors que Rio Tinto souhaitait utiliSi la commission d’audit décide de les ser la voie ferrée seul, pour bénéficier lui retirer, son partenaire, le brésilien d’une meilleure flexibilité logistique et Vale, devra se prononcer sur son avenir commerciale, il a finalement accepté en Guinée : s’il souhaite rester, il devra renoncer à son partenariat Pour environ 6 milliards de dollars, avec BSGR, puis signer une nouvelle convention avec un port minéralier et une voie l’État guinéen, après appel d’offres. ferrée de 650 km, entre autres. Des démarches juride la partager avec des miniers de la diques qui prendront du temps. Pour région tels que Beny Steinmetz Group se décider, Vale devra aussi prendre Resources (BSGR)-Vale, l’autre coentreen compte la nouvelle configuration prise présente au Simandou, ou l’austrades infrastructures. Il n’est pas sûr lien Bellzone, installé près de Faranah, qu’il accepte de dépendre de la voie également pour le fer. L’État, qui, de son ferrée gérée par Rio Tinto, son princicôté, aurait préféré confier la voie à une pal concurrent dans le fer, sachant que société ferroviaire à capitaux majoritaileur collaboration en matière logistique rement publics, s’est résolu à laisser Rio s’avère déjà difficile au Mozambique, Tinto en être l’opérateur. dans la filière charbon. l Selon les deux parties, le montage CHRISTOPHE LE BEC, financier de la partie infrastructures du envoyé spécial au salon Mining Indaba, au Cap JEUNE AFRIQUE
Le Plus de J.A. Guinée
q L’unité Rusal-Friguia, à 160 km de Conakry.
REPORTAGE
Cauchemar à l’usine Depuis longtemps, Fria vivait de sa raffinerie d’alumine. Avec l’arrêt de son activité début 2012, la ville a sombré dans une profonde crise économique et sociale.
F
ria est né il y a cinquante-sept ans, lorsque le village de Kimbo a laissé place à « la première usine d’alumine en terre africaine » –, comme le revendiquent encore les pancartes de la raffinerie de Friguia. C’était au temps de l’industrialisation de la Guinée, qui deviendra indépendante l’année suivante, en 1958. À l’époque, le « non » de Sékou Touré à de Gaulle se doubla d’un « oui » ambigu au développement de la compagnie Fria par un consortium d’entreprises occidentales cornaqué par le français Pechiney, désireux d’exploiter la bauxite guinéenne. « Entre décolonisation et guerre froide, l’histoire s’est aussi jouée ici, à Fria », constate Ibrahima Talibé Diallo. Cet érudit de 68 ans, qui a travaillé quarante-cinq ans dans l’usine, en connaît toute l’histoire. « Le projet initial prévoyait une unité trois fois plus grande et un barrage hydroélectrique sur le fleuve Konkouré censé alimenter tout le pays ainsi que ses voisins, mais il a été revu à la baisse pour des raisons politiques », se souvient-il. Soucieux de ne pas laisser passer sa chance en Guinée (qui abrite un tiers des réserves mondiales du minerai), Pechiney décida de créer une ville industrielle ex nihilo. Ainsi naquit Fria, au milieu de nulle part ou, plutôt, au cœur d’une épaisse forêt
inhospitalière, à 160 km de Conakry. De la terre ocre jaillirent trois tours destinées à héberger les employés expatriés, selon les principes de l’architecture verticale éprouvés dans les banlieues françaises pour loger les travailleurs immigrés. Et Pechiney se chargea de tout ce que l’État guinéen ne pouvait offrir en ces terres reculées : l’électricité (fournie par l’usine), les logements sociaux pour les employés locaux, les écoles, les hôpitaux de qualité gratuits pour tous, mais aussi un cinéma, une piscine olympique, un stade… Sans oublier une ligne de chemin de fer jusqu’à Conakry, « à voie métrique », ainsi que l’avait exigé le socialiste chef de l’État. Force est de constater que Sékou Touré n’eut pas trop de mal à tolérer ce très rentable « bastion capitaliste », où résidaient près de 2 500 expatriés, et qui produisit plus de 7,3 millions de tonnes d’alumine entre 1960 et 1973 et généra plus de 46 millions de dollars (33 millions d’euros) pour l’État, qui deviendra actionnaire majoritaire de la société d’économie mixte Friguia. Étrangers et travailleurs locaux, syndiqués ou non, coulèrent des jours heureux à Fria, « le petit Paris ». Mais en 1997, Pechiney se retira, cédant l’entreprise à l’État. Et peu à peu, le ciel de carte postale
BEAU COMME BAUXITE LA GUINÉE DÉTIENT un tiers des ressources mondiales de bauxite, le minerai dont est issu l’aluminium, avec plus de 40 milliards de tonnes, devant l’Australie (6 milliards) et le Brésil (2,6 milliards). Mais elle n’en est que le 6e producteur mondial, avec 19 millions de tonnes exportées brutes en intégralité depuis l’arrêt en 2012 de l’usine d’alumine de Friguia (dont la capacité était de 650 000 tonnes/an). En attendant sa réouverture, le consortium Guinea Alumina Corporation (GAC), qui regroupe Dubai Aluminium et le fonds émirati Mubadala, s’est engagé dans un accord conclu le 25 novembre avec l’État à investir 5 milliards de dollars (3,66 milliards d’euros) d’ici à 2021 dans le développement de la mine de Sangarédi (Nord-Ouest). Sur cette somme, 1 milliard sera consacré à l’exploitation et 4 milliards à la construction d’une raffinerie (d’une capacité de 2 millions de t/an), ainsi que d’un port, à Kamsar. La mine et le port seront livrés d’ici à 2017, pour un début de production en 2022. l CÉCILE MANCIAUX N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
JOAN TILOUINE/J.A.
94
s’assombrit. « Ç’a été le bonheur pour tous ici, mais aujourd’hui nous vivons l’enfer », soupire Ibrahima Talibé Diallo. Sa maison fait face aux trois tours reconverties en « centre d’affaires » d’une ville désormais asphyxiée, manquant de tout: d’eau, d’électricité, de nourriture et d’espoir. GRÈVE. Chaque matin à l’aube, Thérèse
Collier, 25 ans, se rend dans une salle sombre au rez-de-chaussée de la tour 6B. Derrière une porte métallique cabossée s’alignent des dizaines de réfrigérateurs. « Je récupère la glace que je vais vendre aux pêcheurs sur les marchés, explique la jeune mère de famille. Sans cela, nous n’aurions plus de revenus. Avant, mon mari travaillait à l’usine et nous vivions grâce à elle. Comme tout le monde ici. » Désormais, seuls les trois immeubles décatis, deux hôpitaux et le marché du centre-ville sont alimentés par le filet d’électricité produit par la raffinerie de Friguia (fermée depuis deux ans), où quelques ouvriers – bénévoles – assurent le service minimum. Au 3e étage, Alseiny Madi Camara, 40 ans, raconte l’histoire de l’usine, où il a travaillé pendant onze ans. L’État a cédé 85 % de ses parts à l’américain Reynolds Metals, qui les a vendues en mars 2003 à Rusal. Le groupe russe a fini par acquérir la totalité des actions de la société pour un prix estimé dérisoire par la justice guinéenne (22 millions de dollars), assorti de promesses d’investissements de plus de 5 milliards de dollars. JEUNE AFRIQUE
95
Le leader mondial de la bauxite est donc devenu maître de l’usine et de la ville. À l’époque, Fria comptait près de 120000 habitants, dont 2600 travaillaient pour l’unité d’alumine de Friguia ou pour ses sous-traitants. « C’est là que les problèmes ont commencé », déplore Alseiny MadiCamara.Àpartirde2007,lademande mondiale déclinant, l’usine a tourné au ralenti, puis s’est arrêtée complètement début avril 2012, à la suite d’une importante grève, jugée « illégale » par Rusal, mais « nécessaire » par les ouvriers, exaspérés par « les méthodes brutales » de leur employeur. « Cela faisait plusieurs années que le groupe ne remplaçait plus les pièces défectueuses. Il nous contraignait à un rythme de production ralenti et menaçait defermer»,confientlestravailleurs,encore tous sous contrat avec Rusal. Plus qu’une usine qui s’arrête, c’est un rêve qui s’effondre. Et une population qui se découvre impuissante face à une multinationale. « Rusal n’a jamais voulu discuter avec les syndicats et nous laisse sans rien. Officiellement, nous sommes encore employés, mais nous ne touchons ni salaire, ni indemnité, ni retraite », explique Alseiny Madi Camara, membre du collège syndical. Au 9e et dernier étage, treize journalistes d’une petite radio privée, La Voix de Fria, relatent quotidiennement la tragédie qui frappe la ville et portent la rancœur, la colère et les attentes de ses habitants. « Les gens ne mangent plus à leur faim, les quartiers sont privés d’électricité », JEUNE AFRIQUE
s’indigne Abdoulaye Diallo, son énergique rédacteur en chef, qui qualifie la situation de « crime social ». Au grand dam du préfet Mohamed Conté, qui a tenté de fermer l’antenne – en vain. Lui-même se veut optimiste : « Ce n’est pas facile pour Fria, mais j’ai rencontré le syndicat national, et le président Alpha Condé s’est engagé à protéger la population. Rusal va reprendre ses activités, mais je ne peux pas dire quand. »
les possibilités de relance. » Un cabinet d’audit en aurait évalué le montant à près de 60 millions de dollars. Une rencontre a eu lieu en décembre 2013 à Paris entre les représentants de Rusal et le ministère guinéen des Mines. Pendant un temps, Rusal avait soumis la réouverture de l’usine à l’obtention de l’exploitation de Dian-Dian, le plus grand gisement mondial de bauxite. « Rusal a eu Dian-Dian et rien n’a bougé », confiet-on au gouvernement, où on évoque un DIAN-DIAN. Les employés ont été reçus éventuel projet de reprise de l’usine par par le président le 18 avril 2012, et l’État a une société canadienne. « Les préparatifs payéleurssalairespendantquelquesmois. pour le lancement du projet Dian-Dian Mais aujourd’hui, ils en sont réduits à errer avancent. L’accord pour les modalités dans la ville-usine, « en mendiant, dans d’exploitation a été promulgué par le président de la République en mars 2013, et d’autres C’est un rêve qui s’effondre. Et la projets sont en cours, ce population se découvre impuissante qui prolonge la vie de l’entreprise de huit ans au face à une multinationale. minimum », se réjouit-on un état de souffrance permanente », décrit chez Rusal. Mais pas un mot pour Fria et Amadou Boury Barry, 54 ans, ouvrier ses travailleurs, au chômage forcé, minés depuis 1981. La situation est inquiétante, par la précarité qui s’est installée en même selon le ministre des Droits de l’homme, temps que la hausse de la délinquance, Kalifa Gassama Diaby, qui s’est rendu à des maladies liées au stress, de la prosFria fin novembre 2013, quelques jours titution, etc. après une pénurie d’eau causée par une La population survit en espérant que l’État interviendra. Mais le petit Paris n’est panne de groupes électrogènes. Quand Rusal relancera-t-il les activités? plus depuis longtemps. « J’ai peur que Fria La question est dans tous les esprits. Si disparaisse », s’inquiète Aïssata Camara des négociations sont en cours, Rusal reste – vingt-huit ans de service chez Friguia. évasif : « L’action illégale d’avril 2012 a Désormais, le destin de la ville-usine se causé d’importants dommages financiers joue entre Moscou et Conakry. l JOAN TILOUINE et techniques. Mais la compagnie examine N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
Le Plus de J.A. Guinée
98
DIASPORA
Home, Sweet Home Les cadres expatriés sont généralement peu enclins à revenir travailler au pays. Pourtant, certains sautent le pas.
«
N
ejamaisabandonnerce qu’on a en main pour ce qu’on espère avoir », dit le proverbe guinéen. Un adage que nombre de cadres de la diaspora, estimée à 2 millions de personnes, semblent suivre. Contrairement à certains de ses voisins ouest-africains comme la Côte d’Ivoire, le Ghana ou le Sénégal, la Guinée a du mal à convaincre ses ressortissants les plus diplômés de rentrer. Si quelques grands groupes privés internationaux, notamment miniers, parviennent à les attirer avec de très bons salaires, c’est une tout autre histoire dans le public. Quant à revenir pour créer sa propre entreprise, c’est encore plus rare.
Pourtant, les choses bougent. Ainsi, Ibrahima Khalil Kaba, 40 ans, ministrechef de cabinet civil à la présidence de la République (que l’on dit proche d’Alpha Mohamed Condé, fils unique du chef de l’État), travaille depuis plus d’un an sur la question. « La problématique des ressources humaines est fondamentale en Guinée. Notamment dans le secteur public, où il y a toujours une part de sacrifices à faire accepter aux candidats potentiels, surtout sur le plan salarial », précise-t-il. Outre le faible niveau des rémunérations, les principaux freins évoqués sont le risque d’instabilité politique ainsi que la crainte d’une trop grande différence
de mentalité au travail. « C’est pourtant la solution idéale pour les Guinéens de l’étranger qui veulent se sentir utiles et participer au redressement du pays », souligne Ibrahima Khalil Kaba. Ancien professeur de mathématiques à l’Embry-Riddle Aeronautical University de Floride, aux États-Unis, où il a vécu près de vingt ans, Ibrahima Khalil Kaba est lui-même rentré en Guinée en 2012. Actuellement, il travaille sur le « Transfert des connaissances par l’intermédiaire des expatriés » (Tokten), un projet du Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) qui devrait débuter fin février, ainsi que sur le plan pilote de l’« Appui au changement », financé par l’Africa Governance Initiative (AGI), l’ONG de l’ancien Premier ministre britannique Tony Blair. Lancé depuis près d’un an, ce programme incite les Guinéens rentrés depuis peu pour travailler dans le secteur privé à intégrer l’administration. À ce jour, seuls quatre d’entre eux en ont profité pour sauter le pas. l HABY NIAKATE
Alhassane Bah Fondateur et directeur associé de Fiduxis, 37 ans
I
YOURI LENQUETTE POUR J.A.
l a toujours su qu’il reviendrait. Né en Guinée, Alhassane Bah a grandi entre son pays et le Sénégal, avant de poursuivre ses études en France. Membre de l’ordre des experts-comptables de Paris et, depuis 2011, de celui de Guinée, il a fait ses armes dans plusieurs cabinets parisiens, avant d’intégrer Aplitec Audit Associés, puis le fonds d’investissement XAnge Private Equity (filiale de La Banque postale), où il est resté trois ans, jusqu’en 2011, lorsqu’il a décidé de rentrer au pays. « Je voulais me rendre utile, raconte Alhassane Bah. Et je savais aussi qu’il y aurait de bonnes opportunités. » En effet, la Guinée ne compte que 40 experts-comptables pour près de 12 millions d’habitants, soit 3 experts environ pour 1 million d’habitants (la France en compte 300 par million). À son retour, Alhassane Bah travaille d’abord quelques
N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
mois pour Grant Thornton Guinée, avant d’ouvrir son propre cabinet, Fiduxis, spécialisé en audit, accompagnement comptable et conseil en organisation. « Il a fallu se réadapter, comprendre les relations d’affaires et composer avec les lenteurs de l’administration locale, se souvient le jeune patron. Mais malgré une économie plutôt morose, notamment à cause du ralentissement du secteur minier, les deux premières années d’activité, 2012 et 2013, ont été correctes. » De quoi rendre l’entrepreneur encore plus confiant pour les prochaines années. Fiduxis emploie une dizaine de collaborateurs, tous en CDI et, même si la majorité de ses clients sont des filiales d’entreprises européennes – le cabinet dispose d’ailleurs d’une antenne à Paris –, Alhassane Bah tient à recruter de jeunes Guinéens formés dans le pays. l H.N. JEUNE AFRIQUE
Une bien meilleure mine
Thierno Diallo Fondateur et directeur général d’AddValis, 36 ans « ’est un pari un peu tout comme les entreprises
C
YOURI LENQUETTE POUR J.A.
fou, mais le jeu en vaut la chandelle », assure Thierno Diallo. Consultant en systèmes d’information, le Franco-Guinéen a quitté son très confortable emploi parisien pour s’installer à Conakry et y monter, en décembre dernier, son entreprise. Diplômé en sciences de gestion à la Sorbonne et formé au Conservatoire national des arts et métiers (Cnam), Thierno Diallo a enchaîné pendant treize ans les postes à responsabilités chez Thales Services, puis au sein de Micropole et d’Aneo, sociétés de conseil en intelligence économique installées à Paris. « J’avais envie de me mettre à mon compte et,
PROJECT MANAGEMENT FINANCE FORMATION TECHNIQUE LOGISTIQUE ET ASSEMBLAGE PIÈCES DÉTACHÉES SUPPORT TECHNIQUE CONTRATS DE SERVICE FORMATION TECHNIQUE RECONDITIONNEMENT MOTEURS ET COMPOSANTS QUALITÉ ET SÉCURITÉ
Information et contact sur africa.biagroup.com
p p p p p p p p p p
françaises et européennes qui se tournent vers l’Afrique et ses très enviables taux de croissance, le choix du continent – et de la Guinée dans mon cas – a été une évidence », analyse-t-il. Thierno Diallo a créé AddValis, une agence de conseil spécialisée dans les systèmes d’information et les solutions organisationnelles. Grâce à son épouse, avocate, les démarches administratives ont été simples et rapides. « En quelques heures à peine, mon cabinet était créé. » Depuis le lancement, fin 2011, de l’Agence pour la promotion des investissements privés (Apip) et de son guichet
unique centralisant les formalités, les conditions de création d’entreprises se sont considérablement améliorées en Guinée – le pays a gagné 14 places en un an dans le classement relatif à ce domaine dans le « Doing Business 2014 » de la Banque mondiale (voir infographie p. 84). AddValis maintenant sur pied, Thierno Diallo prospecte, recrute et se montre plutôt optimiste. « Avec la fin de la transition et l’installation de l’Assemblée nationale, on espère une reprise de l’activité économique. La diaspora guinéenne a énormément de choses à apporter. Elle mérite qu’on lui tende un peu plus souvent la main. » l H.N.
Qui peut vous apporter une solution complète?
99
UNIVERSITÉ
KOFI ANNAN
L’ambition de l’excellence et de la modernité ■ Un établissement d’enseignement supérieur avec la triple ambition : - de proposer des formations aussi bien générales que professionnelles ; - de développer la recherche scientifique ; - de s’appuyer sur les nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC), pour moderniser ses méthodes d’enseignement et sa gestion ; - de contribuer au développement du pays. ■ La seule université véritablement pluridisciplinaire de Guinée, offrant à ses 9000 étudiants : >>> Une large palette de formations : Cinq Facultés : • Faculté des Lettres et Sciences Humaines : Anglais, Arabe, Communication, Journalisme, Sociologie ; • Faculté des Sciences Économiques et de Gestion : Gestion, Finances, Marketing, Administration des Affaires ; • Faculté des Sciences Juridiques et Politiques : Droit des Affaires, Carrières Judiciaires, Droit Public, Relations Internationales ; • Faculté des Sciences Informatiques ; • Faculté des Sciences Médicales : Médecine, Pharmacie, Obstétrique, Soins Infirmiers. Une École polytechnique, travaillant en partenariat avec l’École Mohammadia d’Ingénieurs de Rabat (EMI, Maroc) et formant, après un tronc commun de deux ans, des ingénieurs de conception en : • Génie civil ; • Génie électrique ; • Génie minéral. Un Institut Professionnel préparant à des
licences professionnelles et à des BTS du secteur tertiaire : Comptabilité-Finances, BanqueAssurance et Microfinance, Gestion CommercialeMarketing, Logistique-Transport … >>> des formations de différents niveaux (allant jusqu’au doctorat d’exercice), reconnues par l’État ; >>> des formations encadrées par des enseignants de rang magistral (professeurs, maîtres de conférences, agrégés CAMES et français) et dispensées par des universitaires et des professionnels praticiens. ■ Un établissement inséré dans le milieu économique et social guinéen et ayant noué des relations de coopération au niveau national (Université Gamal Abdel Nasser de Conakry, Université Général Lansana Conté), régional (Université Cheikh Anta Diop de Dakar - UCAD, Centre Africain d’Études Supérieures en Gestion - CESAG, Dakar…) et international (université de Coimbra, Portugal…). ■ Une université en forte expansion, soucieuse de répondre aux attentes d’un nombre croissant d’étudiants : • en améliorant la qualité de la formation et des services qui leur sont proposés ; • en développant ses capacités d’accueil, tant physiques (constructions) que « virtuelles » (services numériques aux usagers : site institutionnel avec offre de formation en ligne, équipements informatiques, Intranet, bibliothèque virtuelle…).
Dr Ousmane KABA Président-Fondateur Docteur d’État ès Sciences économiques, Université de Paris I (PanthéonSorbonne), Diplômé de l’Université de Harvard (Boston).
Pr Daniel GOUADAIN Recteur HEC (Paris), Docteur ès Sciences de gestion, Agrégé des Facultés de Droit et des Sciences économiques et de gestion.
Le mot du Président-Fondateur, Dr Ousmane KABA
«
Mon objectif est de m’assurer que les Jeunes que nous formons seront prêts à affronter la révolution technologique du 21e siècle en s’appuyant sur des connaissances universelles solides tout en gardant leurs racines culturelles. En conjuguant Africanité et Modernité, l’Université participe efficacement au développement et au renouvellement qualitatif de la société dont elle est l’émanation. Cette quête n’est réalisable que si les acteurs et les partenaires du système éducatif croient en la vertu de l’honnêteté et de l’effort intellectuel en toute occasion.
»
Université Kofi ANNAN de Guinée, BP 1367 Kipé - Conakry - République de Guinée Tél. : (224) 664 45 58 54 ou (224) 664 87 23 88 - Site : http///univ-kag.org
DIFCOM/FC - Photos : DR
PUBLI-INFORMATION
LA PLUS GRANDE ET LA PLUS ANCIENNE UNIVERSITÉ PRIVÉE DE GUINÉE
Salle informatique
Bâtiment principal
Cours d’anatomie
Guinée Une bien meilleure mine t Souleymane Diallo, 69 ans, fondateur et administrateur général du groupe de presse.
YOURI LENQUETTE POUR J.A.
où il travaillait pour le quotidien d’État Fraternité Matin. De retour à Conakry, il monte une petite équipe pour lancer le premier hebdomadaire satirique du pays. À l’époque, la presse privée et indépendante est quasi inexistante. « On nous disait qu’une telle aventure était vouée à l’échec car les Guinéens ne lisent pas », raconte-t-il. Trois journalistes, ex-exilés eux aussi, le suivent, ainsi que le caricaturiste Youssouf Ben Barry, dit Oscar, et l’écrivain Williams Sassine (décédé en 1997). MOUCHE. Le 7 février 1992 paraît le premier numéro du Lynx – nom choisi en référence à la vue perçante du félin. Sur les 3 000 exemplaires tirés, seuls 500 sont vendus. « En caisse, on avait seulement de quoi assurer la parution pour six mois. On ne se versait pas de salaires, mais parfois des primes », se souvient Abdoul MÉDIAS Gadiry Diallo. De 1992 à 1997, le journal est mis sous presse chaque week-end à Abidjan, où l’impression est moins chère, puis acheminé par avion à Conakry. Les Créé en 1992, il n’épargne personne, de feu Lansana Conté caricatures, le style et l’écriture, mêlant l’humour et l’ironie pour dénoncer les à « Alpha Grimpeur ». Au fil des convocations judiciaires, dérives du pouvoir, font rapidement l’hebdomadaire satirique est devenu une institution. mouche. Et les ventes augmentent. « Ça a vraiment pris à partir de 1994. Et là, ça e 20 janvier une fois encore, dossiers, explique en riant Souleymane a fait mal, sourit Souleymane Diallo. Le Le Lynx a frappé fort. En réponse Diallo. On y empile même tout ce qu’il pouvoir s’est fâché et s’est mis à nous à la reconduction, la veille, du y a de plus inutile ! Disons qu’en cas de emmerder. » perquisition policière cela ralentirait Premier ministre Mohamed Saïd Les convocations en justice se sucles recherches… » cèdent. Pour Fofana par le président Alpha Condé Il faut dire qu’en « offense au chef – qui avait annoncé quelques jours aupavingt-deux années de l’État », « falravant un nouveau « gouvernement de Qui se cache derrière de collaboration sification de mission » –, l’hebdomadaire satirique ces surnoms? les deux comparses document », « difa titré : « Gouvernement, démission ! » ont eu plusieurs fois famation »… Sous Succès garanti : il n’a pas fallu attendre De nombreux hommes politiques africains ont été affublés de affaire aux forces de longtemps pour que les lecteurs se le Lansana Conté (au sobriquets par Le Lynx. Dans ses l’ordre. Et quand ils procurent et que le journal envahisse pouvoir de 1984 à colonnes, on a ainsi pu croiser Henri racontent, non sans les rues de Conakry, les sièges avant des 2008), Souleymane Konan Gros Bébé et Laurent-lefierté, ces épisodes voitures et les couloirs des ministères. Diallo est empriBravorien (Côte d’Ivoire), Eyadémon mouvementés de Au siège du Lynx, situé en plein centresonné à deux Gnassingbé (Togo), Charles Terreur ville, on est directement connecté à la leur carrière, c’est reprises. Le géné(Liberia), Idriss Débris (Tchad) ou rue : les sempiternels embouteillages et tout un pan de l’hisral était en effet la Wade Cocotaillé (Sénégal). À vous les conversations des passants résonnent toire contemporaine cible privilégiée de deviner l’identité des intéressés… dans les locaux. Imperturbables dans leur de la Guinée qu’ils des enquêtes de bureau exigu, Souleymane Diallo, 69 ans, déroulent. l’hebdomadaire, fondateur et administrateur général du Tout commence qui l’avait surjournal, et Abdoul Gadiry Diallo, 63 ans, en 1990. Souleymane nommé Fory Coco qui en fut longtemps le rédacteur en chef, Diallo rentre d’exil. Journaliste, – clin d’œil à l’expression croulent sous des montagnes de papiers. il avait fui le régime de Sékou « chérie-coco », « Fory » « Il n’y a rien d’important dans ces Touré pour la Côte d’Ivoire, signifiant « l’aîné brut
Œil de « Lynx »
L
JEUNE AFRIQUE
N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
101
Le Plus de J.A. Guinée et égoïste » en soussou. Lorsque Conté confie, lors de l’une de ses rares conférences de presse : « Je n’ai pas peur des critiques », Le Lynx reprend la citation, associée à celle du journaliste et écrivain britannique Arthur Koestler : « L’histoire se fiche pas mal que vous vous rongiez les ongles. » Aujourd’hui encore, les deux maximes figurent en manchette du journal. RADIO. Devenu au fil des irrévérences
une véritable institution, Le Lynx a reçu de nombreuses distinctions, dont le prix Presse et Démocratie du Festival médias Nord-Sud de Genève en 2009, et a même fait l’objet de trois thèses universitaires en France. Désormais, 75 personnes travaillent pour le groupe, qui a créé un hebdomadaire d’information générale,
La Lance, en 1996, et une radio, Lynx FM, Dernier coup en date : la divulgation en 2012. Le tirage du journal satirique, du coût des voyages à l’étranger du préqui vit aussi grâce à la publicité, se situe sident Alpha Condé – surnommé Alpha dorénavant entre 5 000 et 7 000 exemGrimpeur en référence à l’épisode de 1991 plaires par semaine. où, lors d’un meeting, on l’avait aperçu « Nous sommes un hebdomadaire indépenSon dernier scoop: la divulgation dant, tient à souligner du coût des voyages à l’étranger Souleymane Diallo. Cela du chef de l’État. ne consiste pas à critiquer le pouvoir le lundi et l’opposition le mardi, mais à prendre toutes escalader un mur pour échapper aux nos décisions sans qu’aucun gros bonforces de l’ordre. « Nous le connaissons net ne s’en mêle, d’où qu’il vienne. » Et pour l’avoir beaucoup soutenu lorsqu’il était opposant. La presse satirique, il en qu’importe s’ils sont nombreux à classer connaît le fonctionnement et sait que le journal satirique dans la presse dite nous continuerons à faire notre travail, d’opposition. « Nous sommes d’opposition, peut-être, mais nous ne sommes conclut avec malice Souleymane Diallo. pas l’opposition », précise l’un des Nous n’avons aucun problème avec lui. » l journalistes. HABY NIAKATE
Système D-brouille Dans un pays où la vente des journaux est entièrement informelle, difficile de trouver son titre favori…
Q
uiconque a déjà tenté de se procurer un journal à Conakry sait que cette démarche, anodine dans la plupart des grandes villes du monde, devient une gageure dans la capitale guinéenne – sans parler du reste du pays. Les kiosques à journaux y sont plus que rares, et les quelques points de vente sont approvisionnés de façon très aléatoire. « Il n’y a pas de système centralisé, la distribution se fait entièrement de façon informelle, explique Mamadou Dian Baldé, directeur de publication de l’hebdomadaire L’Indépendant. Les seuls circuits existants sont bâtis autour de personnes qui jouent le rôle de grossistes : ils prennent des journaux, les répartissent entre leurs revendeurs, récoltent le produit des ventes et ensuite nous rendent des comptes. »
À LA CRIÉE. En Guinée, il n’existe pas de quotidien (quelques titres, dont La République, paraissent deux ou trois fois par semaine). Les grands hebdomadaires comme L’Indépendant, Le Démocrate et Le Lynx se débrouillent avec ces réseaux informels et avec quelques vendeurs à la criée qu’ils ont réussi à fidéliser. « Quand ce ne sont pas N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
VINCENT FOURNIER/J.A.
102
p Les kiosques sont approvisionnés de manière très aléatoire.
des membres des rédactions qui distribuent leurs propres publications… », déplore Sanassa Diané, directrice de la Maison de la presse de Guinée. Certaines institutions internationales installées à Conakry se sont d’ailleurs rapprochées de l’association professionnelle, qui assurera bientôt une livraison régulière des journaux à la représentation de l’Union européenne en envoyant un membre de son équipe les chercher directement au sein des rédactions de la capitale. Interrogé par Jeune Afrique, Alhousseny Kaké Makanéra, le ministre de la
Communication, explique qu’il lancera bientôt des consultations auprès des médias publics et privés « afin de comprendre leurs besoins ». Toutefois, selon lui, le problème de la presse écrite ne réside pas « fondamentalement » dans les questions liées à sa distribution. « Le lectorat de la presse diminue, dit-il, mais c’est surtout la pertinence des sujets traités par les journalistes qui est en question. Et lorsque vous regardez la télévision, vous n’avez plus besoin d’acheter les journaux. » C’est une façon de voir les H.N. choses… l JEUNE AFRIQUE
COMMUNIQUÉ
Le partenaire de la filière bâtiment et travaux publics
G
roupe industriel créé en 1989, Guinée Industries (GI) est le leader sur le marché des tôles et accessoires pour le BTP et, depuis 2011, le deuxième cimentier du pays. Groupe de production et de commercialisation de produits métallurgiques et de ciments, Guinée Industries propose un ensemble de solutions pour les principaux acteurs de la filière bâtiment et travaux publics. Guinée Industries est reconnu par tous comme un partenaire compétent et de confiance qui livre des produits de qualité supérieure et assure l’amélioration continue de ses produits et services.
GI CIMENTS GI Ciments est une SARL créé en 2011. L’usine située à Kagbelen (Préfecture de Dubréka, à proximité de Conakry), dont les travaux ont été achevés en janvier 2013, a été inaugurée en février de la même année par le Président de la République, S.E.M. Alpha Condé. D’une capacité de production annuelle d’un million de tonnes, Guinée Industries Ciments emploie 230 personnes, dont une trentaine de cadres.
GI TÔLES Leader de la commercialisation de tôles pour le bâtiment en Guinée, GI Tôles est une SARL dont l’usine est implantée à Kissosso, près de Conakry. Cette usine a démarré sa production en 1989. GI Tôles commercialise plusieurs gammes de tôles, ainsi que de nombreux accessoires associés (gouttières, faîtières…). GI Tôles emploie 170 personnes.
GI Ciments produit et commercialise deux types de ciments (CPJ 42.5 N et CPJ 32.5 N), ainsi que d’autres sur commande.
www.guineeindustries.com
BP 3835 Conakry/Kissosso, Guinée Tél : (+224) 622 21 21 91 E-mail : groupegi@guineeindustries.com
DIFCOM/FC - Photos : DR
DIFCOM/FC - Photos : DR
i a m e d s «Bâtisson
» e d i l o s n sur du
Le Plus de J.A. Guinée PORTRAIT
Point cardinal Bien qu’il soit installé à Rome depuis 2001, Mgr Robert Sarah garde un œil attentif sur son pays. Et n’hésite jamais à en interpeller les dirigeants.
P
our les catholiques guinéens, Mgr Robert Sarah, 68 ans, est la preuve que rien n’est impossible à Dieu. Et qui s’est déjà rendu à Ourouss prend conscience du miracle que constitue le parcours de l’enfant de ce petit village, « créé » cardinal en 2010 par le pape Benoît XVI, et préfet du conseil pontifical Cor Unum, le « ministère de la coopération et de la charité » du Vatican. Pour atteindre sa région natale, aux confins de la Guinée et du Sénégal, il faut plus de quinze heures de taxi-brousse depuis Conakry. C’est sur cette terre de mission pour l’Église catholique, évangélisée à partir de 1910, qu’a grandi le futur prélat. Initié comme ses frères aux traditions coniaguis (petite ethnie qui s’opposa aux Peuls puis aux colons français), il a toujours fait preuve de pugnacité.
devient le plus jeune prélat au monde. À peine ordonné archevêque, Sarah dit ses quatre vérités à Sékou Touré, fustigeant la répression de toute tentative d’opposition – réelle ou supposée –, évoquant dans ses prêches un « pouvoir qui use les hommes ». Après la mort du dictateur, en 1984, il poursuit sur le même ton avec Lansana
deux de la Congrégation pour l’évangélisation des peuples, chargée, entre autres, de la nomination des évêques en Afrique. Bien qu’éloigné de son pays, Sarah reste vigilant à l’égard du pouvoir politique de Conakry. « Il a toujours “mal à la Guinée”. Il est touché par la violence et les événements politiques, mais aussi par les divisions qui y affectent l’Église catholique », confie Mgr Claude Dagens, évêque d’Angoulême et académicien français, ami de Sarah depuis 2001. En 2010, alors que le général Sékouba Konaté, patron de la junte militaire, demande à être récompensé pour avoir débarrassé la Guinée d’un dictateur, il interroge : « Est-ce qu’on peut demander à sa maman, qui nous a enfanté et nourri, de nous récompenser pour le bien qu’on lui fait ? »
SURSAUT. Une vigilance qui ne se relâche pas avec l’arrivée au pouvoir d’Alpha Condé, avec lequel il a pourtant une relation suivie. Sous le régime de Lansana Conté, Sarah avait publiquement plaidé pour sa libération et il l’avait régulièrement rencontré lors de son exil parisien. Après l’élection du président, en 2010, le cardinal lui confie une sorte de feuille de route. Revenant sur l’histoire douloureuse du pays, VÉRITÉS. L’appel du sacerSarah y appelle ses compadoce, il l’a entendu dès l’âge triotes à un sursaut moral : de 12 ans, au contact des mis« La marche de notre peuple sionnaires spiritains. Il devient pour changer le cours de prêtre dans une Église en butte son histoire et atteindre les aux foudres d’Ahmed Sékou rives de la prospérité a été Touré. Comme certains diriprincipalement entravée par geants du bloc soviétique, le l’étouffement de la démopremierprésidentguinéensoucratie et des libertés. Afin de haitait couper les catholiques de Rome pour les rattacher à construire notre économie, il son autorité. En 1967, il fait faudra engager une lutte sans merci contre la corruption, expulser l’ensemble des missionnaires européens. Quand qui a atteint des proportions insupportables, même dans Sarah est ordonné, en 1969, les milieux insoupçonnables ils ne sont que neuf prêtres des hauts dirigeants, des catholiques guinéens, face à un p Ordonné archevêque à l’âge de 34 ans, il fut le plus jeune pouvoir de plus en plus agrescadres civils et des militaires », prélat au monde. sif. Un an plus tard, le régime dénonce-t-il. Et de préciser : Conté, le nouveau président. « Je suis faitemprisonnerl’archevêquedeConakry, « Cette lutte contre la corruption ne doit Mgr Raymond-Marie Tchidimbo, qui inquiet: la société guinéenne se construit pas être le combat du seul président de passe neuf années au sinistre camp Boiro. sur l’écrasement des petits par les puisla République, mais celui de tous les Lorsque le Vatican désigne Robert sants, sur le mépris du pauvre et du Guinéens, si nous voulons une Guinée faible », s’indigne-t-il en 2001, lors de son Sarah pour succéder à Mgr Tchidimbo, meilleure et prospère. » l CHRISTOPHE LE BEC en 1979, le prêtre, alors âgé de 34 ans, départ pour Rome. Il y devient le numéro AFP
104
N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
JEUNE AFRIQUE
UNAÉROPORT
EN PLEINE MUTATION
Un nouveau visage pour l’aéroport international Conakry Gbessia La Société de Gestion et d’Exploitation de l’Aéroport de Conakry (SOGEAC) a lancé en août 2013 une nouvelle phase de modernisation de l’aérogare internationale. Ils visent en priorité l’amélioration du confort des passagers afin de les accueillir dans des installations modernes, performantes et sécurisées. Les travaux concernent principalement le côté ville et portent notamment sur : • le réaménagement et la climatisation de la zone Arrivées, • l’extension et la climatisation de la zone Enregistrement, • la création de points vente de billets, • l’extension des zones de parkings avions, • le réaménagement de la façade de l’aérogare.
En complément à ces travaux, et dans le but de développer la desserte de Conakry, la SOGEAC envisage à moyen terme : • d’investir pour développer de nouveaux commerces et espaces conviviaux dans l’aérogare, • de répondre aux besoins opérationnels des usagers, • d’impulser le respect des mesures de sûreté, de sécurité et de facilitation, en collaboration avec toutes les autorités aéroportuaires, • d’influencer et d’encourager la desserte de la Guinée en allant à la recherche de nouvelles compagnies aériennes et opérateurs de tourisme. Le Président de la République, le Professeur Alpha Condé, et son Gouvernement sont déterminés et tiennent à offrir aux citoyens Guinéens et à tous les voyageurs un aéroport de classe internationale. Le meilleur de la sous-région Ouest Africaine en lui permettant de mieux se connecter au monde.
BP 3126 – Conakry République de Guinée Tél. : (+224) 631 40 47 41 - E-mail : sogeac@biasy.net
DIFCOM/DF - PHOTOS : DR SAUF MENTION.
JMCREATION /FOTOLIA
PUBLI-INFORMATION
Le Plus de J.A. Guinée
106
marquées par des violences meurtrières, dont le bilan est d’une cinquantaine de morts. « On a frôlé plusieurs fois la catastrophe dans ces quartiers, confie Hamdallaye, Bambéto, Cosa… Ces quartiers populaires du nord un ministre de l’actuel gouvernement. C’est une zone où, au fil des années, se de la capitale sont célèbres pour leur côté bouillonnant. Reportage. sont concentrés tous les problèmes de la Guinée : pauvreté, jeunesse, ethnicil faut bien tenir ton sac, plus de quinze ans. C’est de là que sont sation, conséquences sous-estimées de hein ! » Mohamed Boury parties nombre de protestations contre l’exode rural, urbanisation anarchique. Diallo, chauffeur de taxi Lansana Conté (1984-2008), Moussa Un échec total… » Dadis Camara (2008-2010) et Sékouba Un fiasco né seize ans plus tôt, lors d’une cinquantaine d’années, a le tutoiement facile. Le rond-point de Konaté (2009-2010). Et c’est là que, des événements de mars 1998, dits de Bambéto n’est plus qu’à quelques mètres. depuis l’élection fin 2010 d’Alpha Condé Kaporo-Rails, du nom de ce quartier « En fin de matinée, l’endroit sera noir (qui est malinké), débutent quasiment entièrement rasé par Lansana Conté pour de monde, il faut faire attention. » En toutes les marches de l’opposition et de bâtir une cité administrative et une autoattendant, il remonte la fameuse route Le son leader, Cellou Dalein Diallo (peul), route – qui n’ont toujours pas vu le jour. Prince, l’un des deux principaux axes de À l’époque, les habitants de Conakry, qui relie de nombreux quartiers Kaporo, des Peuls venus C’est ici que naissent les marches populaires, dont Hamdallaye, Bambéto, du Fouta-Djalon (moyenne de protestation, que l’actualité Cosa, Enco 5, Wanindara et Kagbelen. Guinée) en majorité, ont Situés dans la banlieue nord-ouest de pris le projet pour une politique et sociale prend vie. la capitale, ces derniers forment ce que attaque. les Guinéens appellent « L’Axe ». président de l’Union des forces démoUn sentiment renforcé par les arresQu’il soit l’axe « du mal » que tations de leaders peuls de l’opposition cratiques de Guinée (UFDG), dont c’est dénoncent ses pourfendeurs ou celui le fief. qui suivirent. « Après les multiples dis« de la démocratie » que vantent ses Ces manifestations qui, l’an dernier, criminations subies par les Peuls sous partisans, il est au cœur de l’actualité dénonçaient les modalités d’organisation Sékou Touré, cette opération de déguerpolitique et sociale guinéenne depuis des législatives (lire pp. 72-73), ont été pissement était l’événement de trop », SOCIÉTÉ
Au cœur du « Chaudron »
«
I
YOURI LENQUETTE POUR J.A.
q Une rue de Bambéto.
N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
JEUNE AFRIQUE
107
Kagbelen
COLÈRE. Enfin, voilà Bambéto et son fameux rond-point. Surnommé le Chaudron et situé au centre de L’Axe, le quartier est au carrefour des différents quartiers nord. Il en est devenu le symbole. Comme prévu, les trottoirs sont saturés, débordant d’étals branlants. Le bruit est assourdissant. La chaleur et les effluves des pots d’échappement assommants. Les pas pressés et stressés des passants se mêlent à la nonchalance d’adolescentes qui, bras dessus, bras dessous, rient aux éclats. Le coin est vivant, bouillonnant, presque banal. Mais la police y a parfois trouvé « des fusils de chasse, des cartouches, des grenades offensives et même une kalachnikov », a déclaré Alpha Condé à Jeune Afrique l’an dernier (no 2736, p. 24). Pour Sékou Batouta Camara, le maire de la commune de Ratoma, qui abrite les quartiers de L’Axe, « cet engrenage violent, débuté sous l’ancien régime, est aussi dû aux arrivées successives de réfugiés venus de Sierra Leone, du Liberia et de Côte d’Ivoire, dont une frange verse facilement dans la délinquance ». Dans son grand bureau, où les administrés entrent comme dans un moulin, l’édile s’emporte : « À Bambéto, il y a tant de jeunes sérieux, de diplômés, de cadres ! Il ne faut pas réduire le quartier à cette mauvaise réputation. » Et n’évoquez pas de problème ethnique devant lui qui est baga et qui a « une femme peule, une autre malinkée »… Et d’ajouter : « Ça me brise le cœur. Tous les Guinéens sont égaux. Le vrai problème, c’est l’occupation JEUNE AFRIQUE
L’autre visage de Conakry
Pri n
ce
Wanindara
Le
Enco 5
N1
ut e
analyse Joschka Philipps, sociologue à l’Université de Bâle (Suisse) et auteur de Bandes de jeunes et émeutes urbaines en Guinée-Conakry (L’Harmattan, 2013). Des habitants s’y opposèrent et affrontèrent les forces de l’ordre. Résultat : 9 morts, une cinquantaine de blessés et autant d’arrestations, 10 000 maisons détruites, 120 000 déplacés sans indemnisation. La majorité d’entre eux a alors investi les quartiers les plus proches : Hamdallaye, Bambéto, Cosa, etc. « Dès lors, le ressentiment envers l’État n’a fait que s’amplifier dans la zone, et il est toujours aussi prégnant dans les esprits, selon Joschka Philipps. C’est là toute la spécificité de L’Axe. Car à Conakry, il y a d’autres quartiers défavorisés, d’autres endroits à forte concentration peule, mais ils ne sont pas aussi prompts à s’embraser. »
RATOMA
Cosa 2 km
Ro
Bambéto Hamdallaye N1
Baie de Sangarea
l’information passe très vite. » D’où leur capacité à rameuter leurs troupes et à barrer des routes en un rien de temps. « Ces associations de jeunes fonctionnent mieux que certains partis politiques, Kaloum (centre-ville) anarchique et elles ont une hiérarchie claire, des élecillégale de terrains tions internes, des caisses d’assurance qui n’étaient pas prémédicale, etc. », explique le chercheur parés à accueillir autant de Joschka Philipps. monde. » Sont-ils ralliés à l’opposition de Cellou La route Le Prince s’étire jusqu’à Cosa. Dalein Diallo ? Tout en admettant que C’est là que vit Mohamed Boury Diallo, L’Axe lui est effectivement acquis, Alsény le chauffeur. « On souffre, c’est vrai. Mais Diallo décrit l’association comme « apola colère est seulement due aux coupures litique et transethnique. Les Peuls y sont très fréquentes d’eau et d’électricité, il ne certes majoritaires, mais il y a aussi des faut pas chercher plus loin. » Grâce à ses Soussous et des Malinkés. Et chacun y a courses, Mohamed gagne en moyenne ses propres opinions politiques ». Leur 100000 francs guinéens (soit 10,70 euros) raison d’être ? « Défendre la cause des jeunes, touchés de plein fouet par la pauvreté et le chômage. Nous Passants pressés et stressés, voulons ramener l’État dans cette adolescentes nonchalantes zone qu’il a abandonnée depuis des années et où l’on manque bras dessus, bras dessous… de tout : collège et lycée publics, par jour. « Je me contente de ce que je centre de santé, complexe sportif, jardin gagne, sourit-il. C’est le secret pour tenir public… » ici. » Une version qui ne convainc pas vraiPas sûr que les jeunes leaders de L’Axe ment un enseignant du quartier, qui partagent cet avis. Quatre d’entre eux préfère témoigner anonymement : « La ont accepté de s’exprimer : ils ont une force de Cellou, ce sont ces bandes ! Les vingtaine d’années et appartiennent aux autres habitants du quartier ne bougent Jeunes de l’axe Hamdallaye-Kagbelen jamais le petit doigt. Ce sont ces jeunes pour le développement (Jelhakd), une qui, parce qu’ils sont rapides, organisés, association créée en 2006. Alsény Diallo, manipulables aussi, font peur aux forces son coordonnateur, s’assoit le premier. de l’ordre et aux partis politiques. » En réalité, ces regroupements de jeunes sont Journaliste de la radio Chérie FM, il est assez nombreux et très hétérogènes. Ils chargé de parler. Les autres, en retrait, sont plus ou moins ethnicisés et politisés, ne piperont mot. « On a des membres certains sont tournés vers le business, et dans tous les quartiers, affirme-t-il. d’autres, comme dans toutes les métroNous avons créé une sorte de maillage poles, sont des gangs criminels. lll sur l’ensemble de L’Axe, grâce auquel N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
Le Plus de J.A. Guinée
YOURI LENQUETTE POUR J.A.
108
p Dans le nord d’Hamdallaye. lll Pour améliorer leur sort, les Jelhakd ne comptent pas vraiment sur les pouvoirs publics. Ils parient même plus sur les prières. « La religion a un poids très important ici, admet Thierno Souleymane Diallo, 44 ans, imam et sage de l’une des mosquées de Bambéto. Les jeunes respectent les anciens et s’y réfèrent. Mais il ne faut pas faire d’amalgames, l’islam n’encourage pas la violence. Je comprends les manifestations, il est normal de défendre ses droits lorsque l’on se sent lésé, mais il faut le faire de manière civilisée. » Paradoxalement, il croit davantage au changement et fonde quelques espoirs sur la mise en place récente de l’Assemblée nationale.
CINÉMA. À Wanindara, l’un des quar-
tiers les plus enclavés de L’Axe, Daoud, 31 ans, joue les guides d’un jour. Une route goudronnée coupe le quartier en deux. De part et d’autre, des allées se succèdent. En les empruntant, on tombe sur des maisons individuelles. Petit à petit, la ville laisse place à un paysage urbano-rural de chemins sinueux, d’arbres fruitiers, de puits… Le calme est saisissant. La maison familiale de N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
ou gestion de l’environnement, et sont tous sans emploi. À tort ou à raison, ils croient mordicus qu’il n’y a pas de travail pour eux en ce moment en Guinée. Tout d’abord parce qu’ils seraient trop jeunes et ensuite parce que leurs noms à consonances peules seraient un handicap. L’un deux, 28 ans, a ouvert une petite salle de cinéma « pour faire passer le temps ». Ce jour-là, ils sont une quarantaine Sous un cocotier, une dizaine à s’y entasser pour suivre de jeunes font du thé. un match de football entre Tous diplômés, tous désœuvrés. deux équipes britanniques. Sur le chemin du retour, habitants de Wanindara disent être Mohamed Boury Diallo, le taximan, est approvisionnés en eau trois fois par fidèle à lui-même. Irrésistiblement semaine, le mardi, le jeudi et le samedi. bavard. Tout au long de la journée, il La maison voisine est celle des a eu le temps de se faire une opinion : Doumbouya, une famille amie et malin« Le problème de ces jeunes, en fait, c’est kée. Juste devant, sous un cocotier, une qu’ils veulent un job qui corresponde à dizaine de jeunes hommes, âgés de 20 leurs études. Ils préfèrent, pour beauà 31 ans. En milieu de semaine, en plein coup, ne rien faire de leurs journées après-midi, ils font du thé. C’est la mère plutôt que d’occuper des emplois au de famille, vendeuse de chaussures au rabais. Résultat, ils n’éprouvent aucune marché de la Madina, le poumon éconofatigue, ni physique ni intellectuelle, et mique de Conakry, qui l’a acheté, ce thé. sont de plus en plus frustrés. En gros, ils « Au moins comme ça, je les ai sous les veulent tout et maintenant. Est-ce qu’il faut leur en vouloir pour cela ? Je ne sais yeux », lance-t-elle. Ils sont tous diplômés, en droit des affaires, journalisme pas. » l HABY NIAKATE Daoud est toute blanche, très coquette. Sous la véranda, son père, fonctionnaire à la retraite, se repose. Il n’aime pas les « parlotes » et préfère les résumés : « Tout se fait individuellement ici. Si tu as de l’argent, tu installes ta pompe, que tu raccordes au réseau général d’eau, tu achètes un groupe électrogène… Si tu n’en as pas, tu te débrouilles. » Les
JEUNE AFRIQUE
La réussite grandeur nature
• La SOGUIPAH accompagne les paysans pour valoriser les plantations villageoises et développer de nouvelles activités (riziculture, pisciculture, apiculture...).
SOGUIPAH met ses compétences au service des populations. Une référence de développement agro-industriel en Guinée et en Afrique de l’Ouest.
COMMUNIQUÉ
ondée en 1987, la Société Guinéenne de Palmiers à Huile et d’Hévéas (SOGUIPAH) a créé et gère d’importantes plantations industrielles de palmiers à huile et d’hévéas. Plus grosse entreprise agroindustrielle de Guinée, avec plus de 4 000 salariés, elle possède également une huilerie, une savonnerie et une usine de traitement du caogulum (processus post-récolte du latex). Dans le cadre du développement agro-industriel du pays, la SOGUIPAH s’est donné la mission de combiner efficacement plantations industrielles et plantations familiales. Dans cet objectif, elle accompagne les paysans pour l’exploitation des plantations villageoises de palmiers et d’hévéa. La société est également à leurs côtés pour développer de nouvelles sources d’alimentation, telles que la riziculture, la pisciculture et l’apiculture. Ces activités ont également un impact d’amélioration et de protection de l’environnement (pistes d’utilité publique, reforestation, etc.). L’impact de ces réalisations est tangible dans tous les domaines de la vie socio-économique de la Guinée et, plus particulièrement, de la Guinée forestière.
L’augmentation de la productivité et de la production agricole favorise l’amélioration des revenus des populations, ainsi que de leur alimentation et leur cadre de vie. Industriel engagé dans la lutte contre la pauvreté, la SOGUIPAH contribue à la sécurité alimentaire, la protection des ressources naturelles et de l’environnement. En cela elle constitue, tant en Guinée qu’en Afrique de l’Ouest, une référence et un exemple rare de réussite en développement agro-industriel. La démonstration réussie du modèle SOGUIPAH est d’ailleurs à la base de la volonté du Gouvernement et des agences internationales de soutien au développement de reproduire à l’échelle du pays ce concept original qui repose sur le développement durable. Concrètement, il s’agit de l’aménagement de l’espace rural par la création d’un noyau industriel de plantations et d’industries de transformation de produits agricoles, avec implantation en périphérie de plantations familiales de palmier à huile et d’hévéa soutenues par un ensemble de mesures d’accompagnement, le tout ayant pour finalité la protection durable des ressources naturelles, la création d’emplois et de revenus en milieu rural.
Coleah Corniche Sud - BP 123 - Conakry, République de Guinée - E-mail : soguipah@biasy.net
DIFCOM/DF - PHOTOS : DR
F
Guinée Une bien meilleure mine montre notre attachement à l’islam et notre respect de toutes les autres religions, qui peuvent aussi se retrouver dans ce message, explique King Salomon. C’est aussi une manière de dire que si nous sommes artistes, c’est qu’il en a été décidé ainsi. » L’album se fait rapidement remarquer, notamment avec le titre « Ko Ma Bourama » (« Il n’y a pas mieux que chez soi »), dont le texte exhorte les jeunes à ne pas emprunter la route de l’exil et ses embarcations de fortune. « Lors de notre première séance de dédicaces, près de 20 000 personnes se sont déplacées, se souvient Konko Malela. C’est là qu’on s’est dit que ça devenait sérieux ! » Combien ont-ils vendu de disques ? Ils ne s’en soucient pas. « Si nous comptions sur les ventes, nous ne ferions plus de musique, explique Abdou Mbaye, leur manageur. Aujourd’hui, en Guinée, ce sont les spectacles qui font vivre les artistes. » Dans un pays où le secteur de la culture est sinistré et où le système de droits d’auteur est plus que déficient, Banlieuz’art ne s’attend d’ailleurs à aucune aide publique.
MUSIQUE
Complaintes mandingues
YOURI LENQUETTE POUR J.A.
Dix ans déjà que Banlieuz’art, le duo phare de la scène urbaine, tourne à Conakry… et à l’étranger. Sans jamais avoir été tenté par l’exil.
GALÈRES. « Pour le moment, mash’Allah
[“grâce à Dieu”], tout va pour le mieux et il y a toujours autant de monde lors de nos concerts », se réjouit le duo, qui se produit dans nombre de pays du continent (Burkina Faso, Ghana, Mali…) ainsi qu’en p Dreadlocks pour King Salomon, crête pour Konko Malela. Europe (France, Belgique, Allemagne, Suisse, Pays-Bas…) et au Canada, dans Conakry, ils réussissent l’exet si King Salomon, « le fils de cultivale cadre du Guinée Urban Tour, organisé ploit d’être cités à la fois par teur », n’a eu aucune difficulté à imposer chaque année par son label depuis 2011. lespolitiquesetparlesgamins sa carrière de musicien à ses proches, Sans jamais avoir eu l’envie de s’y installer, des rues. Pour les premiers, Konko Malela, « le fils d’ambassadeur », disent-ils, « contrairement aux nombreux ils sont « indéniablement à la mode », a dû compter sur le temps pour vaincre artistes guinéens qui sont partis à l’étranquand les seconds en parlent comme du les réticences des siens. ger et y sont restés… Comme s’ils s’étaient « groupe le plus kiffé » du moment. Même Lorsque l’aventure du groupe a débuté, servis de la musique pour quitter le bled si, à 29 ans, Konko Malela et King Salomon, en 2004, ils étaient cinq, mais, peu à peu, et ses galères ! » les deux membres de Banlieuz’art, ne sont « les autres sont partis, ils ont préféré De ces tournées, les Guinéens ont tiré plus vraiment des minots, ils se consiun second album, Koun dèrent néanmoins comme des porte-voix Faya Koun. Le Voyage, sorti Fin 2013, le groupe a remporté de la jeunesse guinéenne, notamment fin 2012. Ils continuent d’y le Djembé d’or du meilleur album celle des quartiers populaires, et se veulent relayer les problèmes de la de musique urbaine. apolitiques. Mêlant reggae, ragga, rap, soul jeunesse sur des rythmes et influences mandingues, leur musique dansants, car « il faut tout est à leur image: décomplexée et mariant poursuivre leurs études ou se sont découde même s’amuser et décompresser ». les contraires. ragés ». En 2007, Banlieuz’art apparaît sur Et ça marche. Le groupe a remporté de « Ne serait-ce que physiquement, nous une compilation du label de musiques multiples récompenses en Guinée, dont sommes très différents, plaisante King urbaines Meurs Libre Productions, que le Djembé d’or du meilleur album de le duo n’a plus quitté depuis. Les projets Salomon. J’ai des dreadlocks, Konko a musique urbaine, en novembre 2013. une crête et des tatouages. Pourtant nous s’enchaînent et, en 2010, sort un premier Pour fêter son dixième anniversaire, créons ensemble. La musique, c’est gérer album, Koun Faya Koun – une phrase du Banlieuz’art prépare un grand concert, les différences, c’est s’entendre. » Ils ne Coran qui résume la création de l’univers qui devrait se tenir à Conakry en avril. sont pas non plus issus du même milieu, par Allah (« Qu’il soit, et il fut »). « Ce titre HABY NIAKATE Inch’Allah… l
À
JEUNE AFRIQUE
N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
111
Le Plus de J.A. Guinée Angers], Baissama Sankoh [Guingamp] ou Idrissa Sylla [Zulte Waregem, Belgique], qui ont entre 20 ans et 23 ans, ont découvert le niveau international. Mais il faut À l’approche des éliminatoires de la CAN 2015, une nouvelle qu’ils aient du temps de jeu dans leur club, ce qui n’est pas toujours le cas », génération reprend le flambeau en équipe nationale. Des talents déplore-t-il. Salim Cissé, sous contrat avec prometteurs, mais qui doivent s’aguerrir. le Sporting Portugal, a ainsi demandé à est Ibrahima Traoré qui le être prêté à Arouca, un club portugais de souligne l’entraîneur. Depuis plus d’un dit, et cette analyse en forme an, il a des difficultés à confirmer. Il doit moindre envergure, afin de jouer régude confession prend un sens comprendre que son apprentissage est lièrement. « Il a eu raison », commente particulier dans la bouche loin d’être terminé. Car le talent ne fait Dussuyer. pas tout. » de l’un des joueurs emblématiques de Comme Ibrahima Traoré, le Français la nouvelle génération : « La Guinée est voit plutôt d’un bon œil des hommes à la croisée des chemins. Elle a un bon RÉSERVOIR. Depuis qu’il est revenu à la d’affaires guinéens investir dans de grands potentiel, avec des éléments de qualité ; tête du Syli national il y a presque quatre clubs de la capitale (Antonio Souaré, PDG elle a les moyens de tenir un rôle intéans, après un premier passage entre 2002 de Guinée Games, dans l’Horoya AC, et ressant à l’avenir en Afrique… Mais elle Aboubacar Sampil, PDG peut aussi passer à côté de son objectif de Nimba Holding, dans « À part Constant et Traoré, si certains d’entre nous ne confirment l’AS Kaloum). « C’est intéaucun international n’évolue pas. On dira alors que cette équipe n’a ressant pour le football dans de grands clubs. » pas su faire face à ses responsabilités. » À guinéen, lance le joueur de 25 ans, le milieu offensif du club allemand MICHEL DUSSUYER, sélectionneur jusqu’à la fin de 2013 Stuttgart. Ces clubs vont voir de VfB Stuttgart a endossé, avec Kevin leurs structures s’améliorer et 2004, Dussuyer a appelé en sélection Constant (Milan AC), le costume de leader et cela devrait profiter à la formation des plusieurs jeunes, dont beaucoup sont d’une sélection dont une partie de l’avenir jeunes joueurs, car tout ou presque reste nés en France. « Le réservoir de joueurs se jouera en septembre, avec le début des à faire à ce propos. La formation, c’est une phases de poules éliminatoires pour la n’est pas énorme, et cela limite les choix. partie de l’avenir du football national. » Ces derniers mois, des garçons comme Avis aux intéressés. l Coupe d’Afrique des nations (CAN) 2015. Mohamed Yattara [qui joue en France, à Sur le papier, le Syli national présente ALEXIS BILLEBAULT plutôt bien. Comme la plupart des sélecq Ibrahima Traoré (à g.) lors d’un match amical contre le Sénégal, en février 2013. tions africaines – à l’exception de la Côte d’Ivoire (avec Drogba, Yaya Touré ou Gervinho) ou du Cameroun (Eto’o) –, la Guinée ne compte aucune tête d’affiche de niveau mondial, mais elle aligne assez de joueurs talentueux pour (re)devenir à moyen terme l’une des bonnes équipes du continent. « À part Constant et Traoré, aucun international n’évolue dans de grands clubs, à l’inverse d’un certain nombre de Camerounais, d’Ivoiriens ou de Sénégalais », reconnaît Michel Dussuyer, sélectionneur de l’équipe nationale jusqu’au 31 décembre dernier, mais qui pourrait finalement rester au moins un an de plus à Conakry. « Certains appartiennent à des clubs moyens dans des championnats d’un bon niveau, mais ils peuvent avoir du mal à percer. » C’est notamment le cas de Sadio Diallo (23 ans), passé de Bastia à Rennes, où il a traversé la saison 2012-2013 comme un fantôme, avant d’être prêté à Lorient en août. « Il est arrivé directement en France en provenance de son pays et il n’a pas eu une formation à l’européenne, FOOTBALL
Jouez jeunesse!
C
’
ERIC BALADENT/ICON SPORT
112
N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
JEUNE AFRIQUE
COMMUNIQUÉ
CNSS
La Caisse Nationale de Sécurité Sociale
L’assurance d’une vie bien protégée
L
A partir de janvier 2011, la Direction Générale consciente du rôle que la CNSS devra jouer désormais, au regard du nouveau contexte socio économique et face aux défis auxquels le pays est confronté, notamment celui de la lutte contre la précarité, s’est fixé l’objectif de parvenir à des politiques plus ambitieuses, à savoir : M. MALICK • Assurer aux usagers de la CNSS, un niveau miniSANKHON, Le régime couvre : mum de garantie de revenu et un accès aux soins DIRECTEUR GENERAL • Tous les travailleurs soumis au code du travail ; de santé plus efficace ; • Les salariés de l’État et des collectivités publiques, auxiliaires • Etendre la couverture de la sécurité sociale ; et contractuels qui ne font pas partie d’un cadre permanent Pour y parvenir, la CNSS a entrepris d’importantes reformes : d’une administration publique et ne relevant pas du statut • L’enrôlement biométrique des assurés sociaux ; général de la fonction publique ; • Diversification des ressources de la CNSS en investissant • Les élèves des écoles professionnelles ; avec les fonds additionnels de sécurité sociale (prise d’ac• Les personnes placées dans les centres de formation, de tions à NSIA Banques Guinée, construction d’un Hôtel réadaptation et de rééducation professionnelle ; 3 étoiles à Boké, projet de construction des logements • Les stagiaires et les apprentis pour les branches et selon les sociaux) ; modalités qui sont déterminées par décret sur proposition du • Modernisation de l’institution par la mise en place d’un outil Ministre de tutelle ; informatique efficace de gestion. • D’autres catégories de personnes, en cas de création de régimes spéciaux de sécurité sociale pour certains secteurs Le dispositif informatique de dernière Génération intègre au professionnels biens définis. sein d’un réseau local toutes les données de l’Agence Comptable et du Recouvrement en permettant un partage en temps Il convient de noter que les fonctionnaires sont exclus du réel de l’information. champ d’application de la CNSS et sont couverts par une régie Pour la Direction Générale de la CNSS, la réussite de tous ces de l’État. programmes doit être le fruit d’une Gestion exclusivement La Caisse Nationale de Sécurité Sociale (CNSS) administre Axée sur les Résultats introduite depuis janvier 2012 et qui a quatre branches : les pensions, les Risques Professionnels, les permis de définir des objectifs stratégiques clairs assignés aux Prestations Familiales et les Maladies. De plus, elle gère un départements et qui guident désormais les actions de la CNSS fonds d’action sanitaire et sociale. à l’horizon 2016.
CNSS - commune de Kaloum quartier kouléwondy Avenue Tubman, Rue KA 035 - BP 138 CONAKRY - Tél. : +224 622750019 - www.cnssguinee.org
DIFCOM/FC - Photos : DR
a Caisse Nationale de Sécurité Sociale est un établissement public à caractère administratif, doté de la personnalité civile et de l’autonomie financière. Elle est dirigée par un organe de décision, le Conseil d’Administration et un organe d’exécution, la Direction Générale.
COMMUNIQUÉ
Le système monétaire et financier de la Guinée est en ordre de marche En trois ans, la Banque centrale de République de Guinée (BCRG) a mené à bien les réformes indispensables pour remettre le pays sur la voie du
E
n 2010, les principaux indicateurs de l’économie guinéenne présentaient une forte dégradation. En cinq ans, le déficit budgétaire s’était creusé fortement, pour atteindre 14,4 % du PIB, et l’endettement du Trésor public avait bondi de 87,2 %. En conséquence, la masse monétaire a augmenté de 74,4 % entre 2009 et 2010 et le taux d’inflation à grimpé de 7,9 % fin 2009 à 20,8 % un an plus tard. Les réserves de change représentent alors moins d’un mois d’importations et le Franc Guinéen (FRG) se déprécie de 19 % par rapport au dollar et de 12 % par rapport à l’euro. Les écarts de change entre les marchés officiel et parallèle par rapport à ces devises atteignent 17,2% et 14,5% respectivement.
développement
socio-économique. Des réformes conséquentes
Dr. Louncény Nabé, Gouverneur de la Banque centrale de la République de Guinée.
Dans le cadre des réformes économiques et financières engagées par le Gouvernement du Pr Alpha Condé dès le premier trimestre de 2011, la BCRG a mis en œuvre des mesures monétaires et des changes conséquentes : • Instauration du principe des dépenses de l’Etat sur base caisse • Resserrement de la politique monétaire (relèvement du taux directeur et du coefficient des réserves obligatoires) • Reconstitution des réserves de change • Instauration du marché interbancaire de change pour appuyer le financement des importations • Mise en place de la supervision bancaire basée sur les risques, cette mesure s’accompagnant du relèvement du capital minimum des banques (de GNF 50 milliards à GNF 100 milliards) afin de renforcer leurs fonds propres. En outre, la BCRG a lancé la modernisation du système national de paiement et la modernisation de son système d’information. Ces actions seront complétées par le lancement, dès le premier trimestre 2014, de cartes à puce biométriques hautement sécurisées en faveur des populations, même en zone rurale.
BANQUE CENTRALE DE LA RÉPUBLIQUE DE GUINÉE B. P. N° 692 – Conakry, Guinée Tél. : (+224) 664 31 33 33 www.bcrg-guinee.org
L’évaluation du secteur financier a été engagée avec, en filigrane, la perspective de la mise en place d’une Bourse des valeurs. De même, pour permettre aux entreprises de disposer d’une gamme plus variée d’instruments de financement, une loi sur le crédit-bail a été promulguée.
Siège de la BRCG, à Conakry. L’accompagnement de ce mouvement a nécessité l’élaboration d’une nouvelle loi bancaire qui a été promulguée en vue notamment, de renforcer les missions de réglementation et de supervision du secteur financier, de protéger les déposants, de cerner les risques et de mettre à disposition un ensemble plus complet d’outils de prévention et de résolution de crises.
Des résultats encourageants À fin décembre 2013, les indicateurs se présentent en nette amélioration. L’inflation se situe autour de 10 %. Le taux de change est stabilisé à environ GNF 7 000 pour 1 dollar et les primes de change entre les marchés officiel et parallèle sont de 1,5 % pour le dollar et 0,9 % pour l’euro. Les réserves de change se sont fortement confortées. La confiance des agents économiques dans le système bancaire s’est rétablie et la part de la circulation fiduciaire dans la masse monétaire a considérablement chuté au profit des dépôts bancaires. Le taux de croissance du PIB, bien que faible, a été de 2,5 % et le point d’achèvement de l’initiative en faveur des pays pauvres très endettés a été atteint, ce qui a permis une réduction de 66 % de la dette extérieure du pays. Enfin, avec l’installation de la nouvelle Assemblée Nationale et la poursuite du dialogue politique, la situation sociopolitique continuera de s’améliorer, permettant à la Guinée d’amorcer véritablement son processus de décollage économique et de rassurer davantage les investisseurs. La croissance pourrait ainsi atteindre 5,4 % en moyenne entre 2014 et 2016 et davantage les années suivantes. Ce qui permettrait de réduire de façon significative la pauvreté qui sévit dans le pays. DIFCOM/FC - Photos : DR
VINCENT FOURNIER/J.A.
115
SORTIR
Les désirs du palais Bienvenue au Fouta-Djalon ! Dans ce café-restaurant parisien, Africains comme Européens viennent déguster des plats guinéens et retrouver l’ambiance du continent.
C
e n’est ni un simple restaurant, ni tout à fait un bar-restaurant. C’est tout cela à la fois et certainement bien plus. À deux pas de la place de la République, au 27, boulevard Saint-Martin, dans le 11e arrondissement, le Fouta-Djalon est une sorte de « maison de la Guinée » au cœur de Paris. En tout cas, l’une de ses meilleures adresses africaines. On y vient pour manger un bon mafé (riz sauce viande), un savoureux yassa (riz au poulet) ou un délicieux thiebou (riz au poisson). Certains clients reviennent au Fouta parce qu’ils ont goûté l’excellent « capitaine braisé », servi avec de l’attiéké (semoule de manioc) ou de l’aloko (bananes plantains frites). D’autres, comme l’auteur de ces lignes, y viennent, y reviennent et y amènent des amis pour déguster la succulente queue de bœuf ou le gombo au touwo (pâte de maïs). « On n’a jamais fait la moindre publicité. La réputation du restaurant s’est construite de bouche à oreille. Quand on mange ici, on revient parce que les produits sont frais. On ne réchauffe jamais ! » prévient Oumou Barry, l’une JEUNE AFRIQUE
des deux propriétaires, qui balaie avec cet argument les quelques reproches de lenteur dans le service. Mais la force d’attraction du Fouta, c’est sa politique de petits prix. Aucun plat ne dépasse les 17 euros – y compris le capitaine braisé. MICRO-AFRIQUE. Entrelerez-de-chaussée
et l’étage, le restaurant peut servir 70 couverts, tous les jours de midi à 2 heures du matin, avec un pic de fréquentation le week-end. À côté des clients français et asiatiques, on remarque des Guinéens, des Congolais,desSénégalaisoudesBurkinabè installés à Paris ou de passage en France. Pour ces derniers, le Fouta est une escale obligatoire entre deux courses dans les nombreux magasins alentour. Pendant un bon repas arrosé au gingembre ou au bissap, les chaînes nationales de télévision africaines offrent un voyage à Kinshasa, Niamey, Conakry, Bamako… en passant par Dakar ou Libreville. « Je viens au Fouta-Djalon parce que c’est une sorte de microAfrique avec ses langues, ses délices, ses tam-tams, » explique un Malien. Il aurait pu ajouter sa musique. Car entre
p Mamasta Fofana (à g.) et Oumou Barry, les propriétaires.
les Guinéens Sekouba Bambino, Takana Zion ou Sory Kandia Kouyaté, la Malienne Oumou Sangaré, le Sénégalais Youssou Ndour et le Congolais Koffi Olomidé (RD Congo), les oreilles se régalent aussi. Ce restaurant est le fruit d’une aventure vécue par deux belles jeunes femmes – comme le sont les Guinéennes – qui décident de s’associer. Elles louent un premierrestaurantàParis,puisenachètent un second, et l’appellent Le Fouta-Djalon, à la suite d’un compromis intelligent entre laPeuleduFoutaetlaSoussoudeConakry, Mamasta Fofana. C’était il y a vingt ans. Commesesconcurrents,l’établissement connaît des hauts et des bas. Il lui arrive de faire « juste » 40 à 50 couverts par jour. De quoi assurer le fonctionnement de la maison, payer les salaires des quatre employés et des deux associées. Même pendant les pires périodes, il n’a jamais été question de baisser le rideau. « On a eu des moments de doute, de sérieux problèmes, que nous avons gérés sans que nos clients ne soupçonnent quoi que ce soit. On poursuit l’aventure avec dignité, y compris en nous privant de certaines choses. Le Fouta, c’est notre bébé, on se battra pour qu’il ne meure jamais! » C’est sans doute aussi le vœu de la diaspora guinéenne à Paris, l’une des plus importantes d’Afrique subsaharienne dans la SEIDIK ABBA capitale française. l N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
PUBLI-INFORMATION
GUITER MINING
MINING
Née dans le pays qui a produit quelques uns des plus gros diamants du monde, et titulaire d’un permis minier à très fort potentiel, la société veut relever le défi du développement d’une mine d’avenir en Guinée. >>> GUITER S.A. s’est intéressée aux opérations minières en 2001 par voie de sous-traitance. Sa filiale GUITER MINING fut donc fondée en 2011 après qu’elle se soit portés acquéreuse en 2010 d’une concession minière. Après rétrocession de 50% de la superficie initiale, GUITER MINING a actuellement une concession minière de 173km2. Cette riche zone diamantifère est située dans le bassin moyen de la rivière Baoulé, entre les latitudes 9°13’ 00’’ et 9°17’ 00’’. Sur ce permis, GUITER MINING a réussi en peu de temps à remettre en place une industrie complète de production dont la structure simplifiée et le fonctionnement mesuré assurent la meilleure rentabilité possible. Avec un personnel qualifié et un nombre important d’engins miniers, la société produit entre 2000 et 3 000 carats par mois.
>>> Des ressources très prometteuses Deux ans de recherches ont confirmé à GUITER MINING l’existence d’immenses gisements alluvionnaires et kimberlitiques sur son permis d’exploitation. En attendant l’exploration d’autres parties (le haut Bassin de Sèrè au Sud de Sirigbèdou et Karako), trois zones se révèlent particulièrement prometteuses. ■ ZONE DE DAMAYA (RESSOURCES ALLUVIONNAIRES) Cette zone comprend actuellement sept blocs dont l’un, situé au nord du village de Damaya et s’étendant sur 90 ha, avait été défini comme réserves prouvées par le précédent exploitant, Aredor Guinée. Un autre bloc, plus proche du village, est livré à des exploitants illégaux qui cependant ne peuvent prélever que moins de 25 % de la teneur réelle. La partie restante de la plaine de Damaya comprend, sur environ 100 ha, cinq petits blocs suffisamment riches pour justifier des investissements en vue d’une exploitation efficiente. ■ ZONE DE GBENKO Cette zone comprend quatre blocs définis sur la base d’une grille de 100 X 50m. Ils présentent des teneurs relativement faibles mais sont réputés contenir des pierres de bonne qualité et grosses
La société produit aujourd’hui 2 000 à 3 000 carats par mois.
(100 à 500 carats). Leur prix élevé des diamants justifie l’intérêt de leur exploitation. ■ RESSOURCES KIMBERLITIQUES Une seule des pipes kimberlitiques connues dans la région diamantifère du sud-est de la Guinée a fait l’objet d’évaluation sérieuse à ce jour. Il s’agit du K14, qui se trouve dans le permis de GUITER MINING. D’après les études chimiques et minéralogiques réalisées par Aredor FCMC et Rio Tinto entre 1999 et 2002, elle constitue l’une des deux kimberlites du pays présentant le plus fort potentiel pour une exploitation de grande envergure. Le dernier grand test réalisé par Aredor FCMC sur un échantillon de1 500 m³ a prouvé une teneur remarquable de 0,50 ct/ m³. La profondeur de prélèvement était inférieure à10 m.
>>> Objectif : plus de 10 000 carats par mois S’appuyant sur le potentiel diamantifère de sa concession, GUITER MINING réunit de réels atouts pour devenir l’un des principaux moteurs de développement de la Guinée. Son expérience réussie d’une production rentable à échelle modeste lui confère toutes les compétences pour devenir un exemple de réussite d’opérateur économique guinéen dans le secteur minier. Ses actionnaires, ses dirigeants et son personnel sont ouverts à des partenariats sérieux et durables pour atteindre l’objectif de production de 10 000 à 15 000 carats de diamants par mois.
EM
RO
UT
IE
S AS RR
R
TE T EN
GUITER SA
GUINNENNE DE
Au service du développement >>> Fondée en 1989, GUITER SA fournit des services de construction de routes au gouvernement et ses partenaires au développement dans et entre les villes en Guinée. Nos équipes sont entièrement équipées pour conduire n’importe quel projet. Nous produisons également les pavés, l’agrégat, l’asphalte et le béton, pour la satisfaction des besoins de nos clients. Avec son marketing socialement responsable, GUITER SA garantit à ses clients des services complets de construction de haute qualité. La compagnie fournit à ses propriétaires des retours satisfaisants sur leur capital investi et procure à ses employés des opportunités à l‘épanouissement personnel. À GUITER SA, les affaires sont conduites sur la base de la confiance, la flexibilité et l’association, le savoir-faire et la coopération, avec toute la responsabilité envers l’environnement et la société. Nous créons la valeur supplémentaire pour des clients en même temps que la satisfaction et la croissance personnelle de nos employés. Nous faisons un pas dans le futur avec la tradition, l’expérience, la connaissance et l’expertise.
tâchons de comprendre entièrement les caractéristiques et les exigences de nos clients. Nous construisons la valeur. En plus de 25 ans, GUITER SA a constitué des équipes fortement professionnelles ; les meilleures dans le pays. En tant que tel, nous consacrons énormément de temps et d’énergie pour établir les bases d’une prospérité à long terme dans l’avenir. GUITER SA continuera à être synonyme de bonne qualité dans le domaine de construction et un choix fiable pour ses clients. Afin de réaliser notre mission, GUITER SA se fixe pour objectif de fournir des services innovateurs, pratiques et de bonne qualité de construction à nos clients, par la constance et l’engagement à préserver nos valeurs partagées. Nous encourageons et favorisons la promotion de nos valeurs, tâchons de développer le potentiel de leadership de chaque employé, créer une culture dans laquelle enseignement et apprentissage deviennent une stratégie, offrir des récompenses, des incitations et reconnaissances à la performance, attirer et maintenir les talents reconnus.
Nous nous concentrons sur la sécurité, les valeurs familiales et la qualité de vie, faisant ainsi une différence positive dans notre Communauté. Par notre engagement et nos projections à long terme à cette initiative, nous sommes reconnus en tant que compagnie qui est absolument attachée à la qualité de ses services. Nous construisons la qualité. Avant que nous fassions n’importe quelle construction ou fournissions n’importe quel service, nous
GUITER MINING - GUITER SA Siège Social : Cité Chemin de Fer, Immeuble Labé, 1er Etage, droite BP : 2075 - Conakry, République de Guinée, Tél : (+224) 62 12 41 41 - Email : guitersa@yahoo.fr
DIFCOM/FC - Photos : DR
Aujourd’hui, les activités de GUITER SA comprennent des travaux de différents genres au niveau des services pour le génie civil et l’entretien de routes. Avec son éventail de services, GUITER SA peut réaliser des projets très exigeants. Nous exécutons toutes les phases de construction, nous réalisons notre succès sur la base des contacts et de la coopération étroite avec nos clients à toutes les étapes de nos projets.
Économie
118
ÉLECTRICITÉ
Et si on remettait
HAMILTON/REA
le courant?
N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
JEUNE AFRIQUE
BÉNIN
Mélo coton
GABON
Dur comme fer
LIBYE
Attention mirage !
DÉCIDEURS
MAROC
Mark Bristow PDG de Randgold Resources
Les avocats déchantent
Séparer les activités de production, de transport et de distribution de l’énergie, et répartir clairement les rôles entre secteurs public et privé. Telle est la recette mise en œuvre dans plusieurs États subsahariens pour répondre, enfin, aux besoins des habitants. STÉPHANE BALLONG, avec OMER MBADI, à Yaoundé
t Chantier d’interconnexion, au Burkina Faso, sur la ligne reliant Ouagadougou à la Côte d’Ivoire.
L
’
Afrique subsaharienne auraitelle commencé sa révolution énergétique ? Un peu partout, le secteur de l’électricité mobilise des moyens comme jamais auparavant. En trois ans, près de 1 milliard de dollars (environ 735 millions d’euros) ont été investis dans ce domaine en Côte d’Ivoire. Le grand barrage d’Inga III, véritable « éléphant blanc » de RD Congo, n’a jamais été aussi près d’obtenir les financements nécessaires à son démarrage. Et le Nigeria a annoncé, le 11 février, le déblocage de 550 millions de dollars, via son fonds souverain, pour doper le secteur. Géant démographique (170 millions d’habitants) et économique du continent, le pays est un nain énergétique qui produit actuellement à peine 5 000 mégawatts (MW). « C’est presque trois fois moins que la ville de New York [13 000 MW], qui compte moins de 10 millions d’habitants », observe Rolake Akinkugbe, directrice de la recherche énergie, pétrole et gaz au sein du groupe Ecobank. USINE À GAZ. En 2013, Abuja a lancé la
réorganisation de fond en comble de toute sa filière électrique, avec l’objectif de porter sa capacité de production à 20 000 MW à l’horizon 2020. Le plan est clairement ficelé : séparation des différentes activités (production, transport et distribution), attribution de chacune d’elles à des acteurs différents et création d’une autorité indépendante chargée de réguler et de veiller au bon fonctionnement du secteur. Résultat : l’usine à gaz qu’était devenue la Power Holding Company of Nigeria (PHCN), la compagnie publique chargée de la fourniture d’électricité, a été scindée en six sociétés de production et onze de distribution. Fin 2013, une quinzaine de ces entreprises ont trouvé des l l l JEUNE AFRIQUE
N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
119
Entreprises marchés
120
4 841 30%
Top 5 des producteurs en Afrique subsaharienne*
Un continent sous-alimenté (taux d’accès à l’électricité, en % de la population)
(capacité installée en 2013, en MW, et part des opérateurs privés en %)
2 025 3%
1 642 17%
SOURCE : PROPARCO
2 312 18%
GHANA
ZAMBIE
TANZANIE
l l l repreneurs privés, pour un montant total d’environ 2,5 milliards de dollars. Une privatisation à marche forcée ? Non, plutôt une reconnaissance des forces et des faiblesses des secteurs public et privé. « C’est dans la production que les acteurs privés peuvent rapidement se montrer plus efficaces. Motivés par des perspectives de gains, ceux-ci gèrent leurs centrales thermiques de manière plus performante [à plus de 90 % de leur capacité, contre à peine 65 % pour les entités publiques en Afrique subsaharienne] », explique, depuis Dakar, Bertrand Heysch de la Borde, directeur infrastructures Afrique de la Société financière internationale (IFC, filiale de la Banque mondiale chargée du secteur privé).
LIMITE. Pour un grand nombre de spécialistes,
l’exercice a toutefois une limite : pour que les investisseurs réussissent leur mission, il faut créer un environnement favorable, via une politique publique et une réglementation claires, et trouver un acheteur crédible et solvable. « C’est un aspect important », confirme Jean-Pierre Barral, le responsable du développement Afrique de ContourGlobal, un producteur indépendant américain : « Par exemple, grâce à un contrat qui garantit la vente de notre électricité à la Compagnie d’énergie électrique du Togo pendant vingt-cinq ans, nous avons pu obtenir un financement à long terme de l’Opic [l’agence américaine de développement] pour la construction d’une centrale thermique [opérationnelle depuis 2010] à Lomé. » Au Nigeria, pour gagner la confiance des producteurs indépendants, l’État a créé Nigerian Bulk Electricity Trading (NBET), une société qui achète l’intégralité de l’énergie des producteurs N 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014 O
Moyenne mondiale
*hors Afrique du Sud
1 534 18%
33 93
NIGERIA
81
20
Amérique latine et Caraïbes
KENYA
Afrique subsaharienne*
Asie du Sud
et la revend aux sociétés de distribution. Et pour éviter tout défaut de paiement, cette nouvelle entité bénéficie du soutien de la Banque mondiale, qui apporte une garantie partielle à hauteur de 800 000 dollars. Présidé par Ngozi Okonjo-Iweala, la ministre des finances, NBET devrait recevoir plus de 350 millions de dollars – sur les 550 millions que vient de débloquer le gouvernement – pour renforcer sa trésorerie. Autant de mesures qui ont convaincu de richissimes hommes d’affaires du pays de prendre part au processus Les français Veolia (lire p. 121). et GDF Suez n’ont plus C’est justement le schéma nigérian que le Cameroun tente de vraiment la cote. reproduire en séparant production et distribution. Jusque-là, toutes les activités de la filière étaient gérées par AES-Sonel. Après la cession au fonds d’investissement britannique Actis des 56 % détenus par l’américain AES Corporation, en novembre 2013, Philémon Yang, le Premier ministre, a demandé au tandem formé par Electricity Development Corporation (EDC, public) et l’Agence de régulation du secteur de l’électricité (Arsel) de réfléchir à la création d’une entreprise publique gestionnaire du réseau de GENÈVE, transport. Celle-ci devrait démarrer ses activités 17-19 MARS le 1er juillet au plus tard. La place des entreprises Dans ce tableau, les multinationales n’ont plus africaines dans les contrats vraiment la cote. AES a globalement échoué au d’infrastructures figure parmi les thèmes majeurs du Cameroun (lire p. 121). Ailleurs, l’expérience a AFRICACEOFORUM même parfois tourné au cauchemar. À Libreville, 2014 le français Veolia, qui détient 51 % de la Société d’énergie et d’eau du Gabon (Seeg) depuis 1997, a souvent été en conflit avec les autorités, qui l’accusent régulièrement de manquer à ses obligations d’investissement pour l’entretien du réseau theafricaceoforum.com
JEUNE AFRIQUE
Entreprises marchés et l’ont à plusieurs reprises menacé de mettre un terme à sa concession. À Lomé, GDF Suez a plié bagage en 2005, cinq ans après avoir racheté Togo Électricité à l’État : l’affaire s’est réglée au Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (Cirdi). ALCHIMIE. D’après un économiste d’une insti-
tution internationale, « malgré certains succès, comme en Côte d’Ivoire ou en Ouganda, les premières tentatives de privatisation du secteur en Afrique subsaharienne ont aussi échoué parce qu’elles concernaient l’activité de distribution, plus complexe à gérer ». L’accès à l’électricité étant un sujet socialement sensible, certains États refusent de la faire payer à son véritable coût. Mais la politique de subventions étant souvent défaillante et mal ciblée, la viabilité du secteur est régulièrement mise en jeu. Ces derniers temps, les conditions se seraient toutefois améliorées. « De plus en plus d’États prennent des engagements qui incitent à l’investissement dans le secteur de l’électricité et s’efforcent de les respecter », constate Vincent Le Guennou, codirecteur du capital-investisseur Emerging Capital Partners, actionnaire majoritaire de la Compagnie ivoirienne d’électricité (CIE) et de la Compagnie ivoirienne de production d’électricité (Ciprel). Les institutions financières de développement, quant à elles, apportent systématiquement leur appui aux grands projets. L’IFC assure ainsi avoir injecté près de 2 milliards de dollars dans le secteur entre 2012 et 2013. Les investisseurs sont là, les financements aussi : c’est de la délicate alchimie entre États, producteurs, distributeurs et clients que naîtra un début de solution. l
Des Nigérians survoltés
Femi Otedola Le patron de Zenon Petroleum & Gas a formé un consortium (Amperion Power Distribution Company) avec l’Israélien Beny Steinmetz pour reprendre 51 % de la centrale thermique de Geregu (434 MW), pour 132 millions de dollars
Tony Elumelu C’est avec l’américain Symbion Power que le très médiatique patron du conglomérat Transcorp s’est uni pour investir environ 300 millions de dollars dans la centrale d’Ughelli (947 MW)
Ibrahim Babangida Avec l’appui de l’ancien président, le consortium formé par le nigérian North-South Power Company, China Three Gorges Corporation et des investisseurs locaux a acquis la centrale hydroélectrique de Shiroro (600 MW) pour 111 millions de dollars JEUNE AFRIQUE
AES-Sonel, un échec camerounais Arrivé en 2001, l’américain AES Corporation n’est pas parvenu à combler le déficit chronique d’énergie dont souffre le pays. Fin 2013, il a jeté l’éponge.
A
u siège d’AES-Sonel, à Douala, on brandit les chiffres comme des trophées. Plus de 630 milliards de F CFA (960 millions d’euros) investis en douze ans, essentiellementdanslaconstruction de centrales thermiques. Plus de 400000 nouveaux abonnés, soit un doublement du portefeuille existant lorsquel’américainAESCorporation avait repris 56 % de l’entreprise, en 2001. Et, surtout, une capacité de production dépassant l’objectif de 1 000 MW initialement fixé, pour atteindre aujourd’hui 1 238 MW grâce à la création de deux filiales: Dibamba Power Development Corporation, qui gère une centrale thermique en banlieue de Douala,etKribiPowerDevelopment Corporation, chargée de la centrale à gaz de la cité balnéaire du sud du pays. Reste que la réalité ressemble plutôt à une contre-performance. AES l’a bien compris, qui vient de vendre ses parts au fonds d’investissement britannique Actis. Quelque 600000 clients auraient dû être raccordés depuis 2001. Et si la production a augmenté, elle n’a pas réussi à combler le déficit chronique d’énergie, avec une demande qui croît de 6 % annuellement. Résultat: l’État a dû mettre sur pied un programme thermiqued’urgencedès2009,comprenant six centrales d’une capacité totalede100MWpourfairel’appoint en période d’étiage. FRICTION. Le barrage de Lom
Pangar, dans l’est du pays, fut l’un des points de friction entre AESSonel et l’État en 2006. Censé réguler le débit de la Sanaga, principal cours d’eau du pays, pour éviter les décrues qui provoquent les délestages en saison sèche, l’ouvrage, dont la construction est
toujours en cours, a été retiré du portefeuille de l’entreprise pour être confié à Electricity Development Corporation, une entité publique. «AlphonseSiyamSiwé[l’ex-ministre de l’Eau et de l’Énergie] a pris une décision courageuse. AES ayant voulu porter plainte, il a brandi la menace d’un audit qui a calmé tout le monde », observe un haut fonctionnaire familier des questions d’énergie. Le problème du transport de l’électricité fut tout aussi épineux. À leur décharge, les Américains avaient hérité en 2001 d’un réseau en piteux état, faute d’investissements conséquents dans la maintenance au cours des années 1990. « AES a donc exploité l’existant jusqu’à saturation avant de songer à certaines réhabilitations ou à la construction de nouvelles lignes », remarque le haut commis. Un professionnelajoute: « Le management a accru l’offre d’énergie mais n’a pas amélioré le réseau. Sur la haute et moyenne tension, le taux de déperdition était supérieur à 30 % en 2001. Actuellement, il demeure au-dessus de 20 %. C’est énorme. » En dépit de la libéralisation de la production, en 1998, le monopole de fait d’AES-Sonel a entravé le développement du marché. « Des entreprises désirant investir dans la production ont été découragées, car la mainmise d’AES sur le réseau de transport lui permettait de fixer des prix exorbitants aux concurrents », soutient une source autorisée. Pour corriger l’anomalie, le gouvernement a décidé de créer, à travers la loi sur le secteur de l’électricité de 2011, un gestionnaire du réseau de transport. Cette entité publique, dont le lancement est prévu en juillet, régulera les prix en faisant le lien entre producteurs et distributeurs. l O.M. N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
121
Entreprises marchés Dans l’usine Fludor, à Bohicon.
BENOIT TESSIER/MAXPPP
122
IMBROGLIO. En attendant la fin
BÉNIN
Mélo coton D’un côté, les huileries demandent une renégociation du prix des graines. De l’autre, l’État exige le paiement de la campagne précédente. Résultat : la récolte pourrit au bord des champs, et les usines sont à l’arrêt.
«
I
ls sont en train de casser la filière coton par autisme et de mettre à mal le tissu industriel béninois, sans compter l’effet désastreux que cela aura sur les investisseurs. » Roland Riboux, PDG de Fludor, l’une des deux huileries du pays, et président du Conseil des investisseurs privés au Bénin, ne décolère pas : « La graine de coton se raréfie et, quand elle est disponible, elle est de mauvaise qualité. Aujourd’hui, nous en avons encore besoin d’une quantité significative pour tourner, et il est désolant de penser que cela fait déjà plus de deux mois qu’ils préparent leur coup pour nous punir. » «Ils»,cesontlespouvoirspublics, qui exigent le paiement des graines de la campagne précédente. Et si les industriels sont « punis », c’est pour avoir demandé une réfaction sur le coton de mauvaise qualité qui leur est livré. Résultat de cette mésentente : la récolte actuelle pourrit au bord des champs et les usines sont à l’arrêt.
N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
agricole (Sonapra), auraient décidé de vendre les graines de la campagne actuelle directement hors du territoire. Quelque 2,5 millions de sacs commandés à la société Filtisac, en Côte d’Ivoire, ont été livrés le 1er février. La destination logique pourrait être le Nigeria, où les clients offrent un peu moins de 80 F CFA pour un kilo de graine de coton, contre 70 F CFA pour les huileries béninoises. « Pour accéder aux graines de la campagne actuelle, les triturateurs doivent payer sans discuter ce qu’ils doivent à l’État au titre de la campagne précédente. Ce n’est pas négociable », affirme Fatouma Djibril.
Retourenarrière.Àdeuxreprises, le 18 décembre 2013 puis le 7 janvier, Fludor et la Société des huileries du Bénin (SHB), qui emploient en tout plus de 900 personnes, ont demandé l’ouverture de négociations sur le prix de cession de la graine pour la nouvelle campagne. Quinze jours plus tard, le 22 janvier, le comité interministériel chargé de la filière a convoqué leurs dirigeants pour réclamer le paiement du solde dû au titre de la campagne précédente (2 milliards de F CFA, soit environ 3 millions d’euros), solde contesté par les triturateurs, mécontents de la mauvaise qualité des graines reçues. Un taux excessif d’humidité dans la récolte, exposée aux intempéries, aurait augmenté selon eux le taux d’acidité du coton, les obligeant à utiliser beaucoup plus d’intrants chimiques pour en extraire l’huile. Faute d’accord entre les deux parties, Fatouma Djibril, la ministre de l’Agriculture, et Idrissou Bako, le directeur général de la Société nationale pour la production
3
millions d’euros C’est le solde (contesté) que Fludor et la SHB doivent à l’État au titre de la campagne 2012-2013
de cet imbroglio, la récolte tarde à commencer, deux mois après le début habituel de la campagne. Le 10 janvier, le gouvernement a réquisitionné les six usines d’égrenage de la Société de développement du coton(Sodeco),qui,commelaSHB, appartient à l’homme d’affaires Patrice Talon, ex-financier des campagnes présidentielles de Boni Yayi, entre-temps tombé en disgrâce. Environ 22000 tonnes de coton ont étéégrenéesentroissemaines,mais c’est toujours nettement moins que les 150 000 t traitées sur la même période en 2013. Le 3 février, une trentaine de maires originaires de la boucle du coton se sont rendus à la présidence pour exprimer à Boni Yayi leur mécontentement quant à la gestion de la campagne cotonnière. « Nous regardons pourrir le coton au bord de nos champs, sous la pluie. C’est ma dernière année dans le coton », lâche, consterné, Bio Toko, cotonculteur à Bello Tounga, dans le nord-est du Bénin. Du côté des industriels, on a pris les devants. « Chez Fludor, cela fait maintenant des années que nous diversifions nos activités pour ne plus dépendre que du coton », souligne Roland Riboux, dont l’entreprise s’est développée dans l’huile de soja et le beurre de karité. l FIACRE VIDJINGNINOU, à Cotonou JEUNE AFRIQUE
Entreprises marchés
Les indiscrets
BAD
Coup de balai à Abidjan
D
primature. Si elle parvient à résoudre ces problèmes, la RD Congo p ou r rait fac il ement rattraper son voisin zambien, qui a extrait 915 000 t de cuivre sur les onze premiers mois de 2013. TOGO UNE CDC À LOMÉ ?
JIMMY KETS/REPORTERS-REA
C’est le niveau le plus haut atteint depuis dix ans. La RD Congo a produit en 2013, selon les chiffres que le pays s’apprête à officialiser, 920 000 tonnes de cuivre… soit 300 000 t de plus que l’année précédente. Le pays revient de loin : en 2002, la
production était tombée à 190 000 t. « Sur cette quantité, 875 000 t ont été exportées, mais nous aurions largement dépassé le million de tonnes si les problèmes électriques n’avaient pas ralenti le rythme de l’extraction au Katanga », confie Albert Mbafumoya, conseiller mines et énergie à la
JEUNE AFRIQUE
VINCENT FOURNIER/J.A.
CUIVRE RECORD CONGOLAIS
BRUNO LEVY/THEAFRICACEOFORUM
onald Kaberuka (photo), le président de la Banque africaine de développement (BAD), a décidé de faire le ménage parmi les équipes chargées du retour de l’institution à son siège statutaire, à Abidjan. Le Congolais Nono Matondo-Fundani (RD Congo), responsable des opérations depuis près d’un an, a été débarqué de son poste à la fin du mois de janvier. C’est la Sénégalaise Aminata Niane qui le remplace, avec comme objectif de remettre sur de bons rails un processus qui doit être achevé avant le cinquantenaire de l’institution, en novembre. Longtemps patronne de l’Agence chargée de la promotion de l’investissement et des grands travaux (Apix) dans son pays, elle avait rejoint la BAD en mai 2013. l
BANQUE ROTHSCHILD AU GHANA Fidelity Bank, sixième acteur du secteur bancaire ghanéen, s’apprête à accueillir un trio d’investisseurs étrangers à son capital. Parmi eux, la société d’investissement Amethis Finance, qui apporte 35 millions de dollars (25,7 millions d’euros) en club avec le fonds Eres, de la Compagnie financière Edmond de Rothschild. Un fonds sud-africain issu du Black Economic Empowerment contribue lui aussi à hauteur de 35 millions de dollars et signe ainsi son premier investissement en dehors de son marché domestique. Cette opération, d’un montant total de 70 millions de dollars, constitue la plus importante augmentation de capital réalisée au sein du secteur.
Désormais conseiller économique du président togolais, Guy Lorenzo, l’ancien ministre chargé du Commerce et de la Promotion du secteur privé, travaille à la création d’une Caisse des dépôts et consignations. Et c’est à Capgemini qu’il a confié l’étude de faisabilité du projet. Présent à Paris en décembre lors du sommet Afrique-France, il en a profité pour rencontrer les dirigeants du cabinet international d’audit et de conseil.
ORRICK AGBOYIBOR AU SOMMET Patron de la pratique Afrique, Pascal Agboyibor vient d’être nommé membre du conseil d’administration mondial d’Orrick. Le Togolais, qui dirige aussi le bureau parisien depuis 2008, siégera parmi les onze plus importants avocats de ce cabinet américain, qui se classe parmi les 20 premiers du monde. La décision, prise ces dernières semaines, sera annoncée publiquement à la fin du mois. N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
123
Entreprises marchés et Port-Gentil, ce n’est pas l’avis du groupe Eramet, gestionnaire de la voie. « L’acheminement du manganèse est déjà difficile, il n’est pas envisageable de faire passer le fer de Belinga en plus. Il faudrait doubler la ligne, car les quantités à transporter seront de dix à cent fois supérieures à ce qui y transite actuellement », confie Pietro Amico, directeur d’Eramet au Gabon, qui n’est pas candidat à la gestion de la future voie ferrée.
GABON
Dur comme fer L’État veut croire au réveil du projet de Belinga, en sommeil depuis 2006. Après avoir racheté les parts du chinois CMEC, il cherche un nouveau partenaire pour développer la mine.
ÉCHAUDÉ. Libreville sait qu’il lui
AFRIKIMAGES
124
L
es Gabonais étaient nombreux au Cap (Afrique du Sud), du 3 au 6 février, pour la 20e édition de Mining Indaba, la grande conférence qui rassemble professionnels et investisseurs du secteur minier africain. Objectif de la délégation de Libreville, conduite par Régis Immongault, le ministre des Mines: trouver des partenaires pour le développement du gisement de fer de Belinga. Libreville a même organisé, le 5 février, en marge de la conférence officielle, une réunion de présentation du projet coordonnée par le Français Patrick de Saint-Simon, patron de la société de conseil TGM. Connu depuis les années 1950, tour à tour convoité par les géants Vale et BHP Billiton puis attribué en 2006 à China Machinery Engineering Corporation (CMEC) – qui l’avait laissé en sommeil –, le gisement de Belinga est revenu entre les mains de l’État à la suite d’une décision d’arbitrage et d’un rachat des parts des Chinois, fin
N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
décembre 2013. Depuis, Libreville avance ses pions. « Le cabinet indépendant SRK a confirmé des réserves de 463 millions de tonnes de minerai à haute teneur », fait valoir Mathurin Ango, conseiller au sein du cabinet de Régis Immongault: « Cela nous donne un potentiel de 1 milliard de tonnes, ce qui fait de Belinga le deuxième gisement de fer en Afrique après celui du mont Simandou, en Guinée [lire p. 92]. » Mais comme pour le projet guinéen, le financement et la construction de la voie ferrée promettent d’être complexes à Belinga, situé à 600 km au nord-est de Libreville. « Nous avons mandaté la société d’ingénierie américaine Bechtel pour étudier les futures infrastructures qui permettront d’acheminer le fer par rail jusqu’à un terminal minéralier, probablement à PortGentil », explique Mathurin Ango. Si le gouvernement estime que seuls 300 km de voie ferrée seront à construire entre Belinga et la ligne existante reliant Franceville
p Le gisement est connu depuis les années 1950.
Du potentiel en réserve Avec 1 milliard de tonnes de minerai, Belinga est la deuxième mine de fer en Afrique après celle du mont Simandou, en Guinée (5 milliards de tonnes)
faut agir vite s’il veut avoir une chance de faire avancer ce projet – d’un coût estimé à 2,9 milliards d’euros par le gouvernement –, alors que les fonds disponibles sur les marchés internationaux sont limités et que trois autres projets de fer, encore en gestation, se font concurrence en Afrique. À seulement 80 km de Belinga, la junior Sundance Resources développe le complexe de Mbalam-Nabeba, à cheval sur le Cameroun et le Congo. Dans ce dernier pays, Glencore poursuit le développement du gisement de Zanaga. Enfin, en Guinée, Rio Tinto s’active pour terminer l’exploration du Simandou… PourRégisImmongault,échaudé par les déconvenues précédentes, le partenaire idéal ne doit pas être une des majors du fer, « qui ne sont pas les plus rapides à lancer les projets ». Sundance, qui a fait part de son intérêt pour Belinga, n’a pas non plus la faveur des Gabonais. « C’est un acteur trop petit, il n’a pas les moyens de lever des fonds », juge Mathurin Ango, qui refuse aussi de mutualiser les coûts en évacuant le minerai par la voie ferrée camerounaise de Sundance. Reste la piste Anglo American… Un avocat proche du dossier indique que le groupe anglo-sud-africain étudierait Belinga avec intérêt. « Anglo American a la réputation d’aller vite, le Gabon pourrait y être sensible », estime-t-il. Mais pour qu’un groupe s’engage, il faudra que l’État présente à son partenaire des garanties solides sur les futures infrastructures ferroviaires et portuaires. Ce n’est pas gagné. l CHRISTOPHE LE BEC, envoyé spécial au Cap JEUNE AFRIQUE
125
LIBYE
Attention mirage! En apparence, la multiplication des commerces est un bon signe. Mais sans grands investissements ni réformes ambitieuses, le décollage n’est pas durable.
A
près un repas au tout nouveau restaurant Beyrouth, les clients peuvent pousser jusqu’à Debenhams, Marks & Spencer ou Mango, avant de prendre un café chez Cinnabon. Nous ne sommes pas dans un centre commercial de Dubaï, mais dans une rue commerçante de Tripoli. Malgré les coups de feu des milices, le commerce de détail explose dans la capitale. Un mouvement qui s’accompagne d’un bond de la construction à travers la Libye, dopée notamment par la hausse des salaires des fonctionnaires et le recrutement de dizaines de milliers de miliciens par le gouvernement. BLOCAGE. La résurrection de ces
petites entreprises est-elle durable? LaLibyesouffreencored’immenses problèmes macroéconomiques, aggravés par le blocage des installations pétrolières. Bien que la chute de Mouammar Kaddafi ait permis d’entamer une période de capitalisme sans entrave, la plupart des réglementations de l’ancien régime et le malaise bureaucratique perdurent, entretenant les inquiétudes de ceux qui pourraient envisager des investissements importants.
Les grands investissements susceptibles de créer de l’emploi restent rares, et beaucoup de nouvelles entreprises emploient surtout du personnel étranger et vendent des marchandises importées, faisant sortir l’argent du pays. « Sur le long terme, il n’y a rien, déplore Abouzom Allafi, économiste à l’université de Sabha. Nous n’avons vu aucun développement après la révolution, aucun investissement. Dès que quelqu’un gagne un peu d’argent, la première chose qui lui vient à l’esprit est d’ouvrir une boutique. Ce n’est pas durable. » De nouveaux restaurants, lancés notamment par des entrepreneurs turcs ou syriens, ont fleuri jusque dans des villes reculées comme Sabha ou Derna, où ils sont devenus un élément de base de la vie nocturne. « Les Turcs sont culturellement proches de nous et ont une tolérance au risque plus élevée que les autres hommes d’affaires, de sorte qu’ils sont les bienvenus », explique Sam Zaptia, rédacteur en chef du quotidien anglophone Libya Herald, qui conclut : « Ici, nous aimons les kebabs. » l
q Dans une rue commerçante de Tripoli.
BORZOU DARAGAHI, à Tripoli © Jeune Afrique et Financial Times
Retrouvez sur
economie.jeuneafrique.com toute l’actualité économique et financière du continent Cette semaine, à la une :
Finance Le sud-africain PIC va investir en Côte d’Ivoire Télécoms Le Tchad (re)privatise la Sotel Hydrocarbures Winxo (ex-CMH) va construire le plus grand terminal pétrolier du Maroc Sénégal La BOAD prête 21 millions d’euros au port de Dakar et à Satrec
Tous droits réservés
L’interview de la semaine
Sanofi
LIBYA SPACE CO/TRANSTERRA MEDIA
« Nous renforçons notre présence industrielle en Afrique »
JEUNE AFRIQUE
VINCENT FOURNIER/J.A.
Didier Rousselle (photo) et Hugues Lebeau
N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
Décideurs MINES
Dénicheur de pépites En dates
Malgré la chute du cours de l’or, Mark Bristow ne se fait pas de souci pour Randgold Resources. Fort de gisements prometteurs au Mali et en RD Congo, il prévoit d’augmenter sa production de 30 % en 2014.
1959 Naissance en Afrique du Sud, à Estcourt (Kwazulu-Natal) 1986 Directeur de la division métaux de base de Rand Mines
P
our Mark Bristow, la crise que traverse la filière aurifère pourrait être salvatrice… à condition que les miniers en tirent les leçons. « Notre industriedoitseréinventer.Pendant dix ans, la plupart des groupes ont entretenu les attentes irréalistes de leurs actionnaires, des gouvernements et des populations des pays dont ils exploitent les gisements. Ils ont fait comme si la hausse du prix de l’or n’allait jamais s’arrêter! » s’indigne le patron de Randgold Resources, premier groupe aurifère en Afrique francophone. Et le Sud-Africain, connu pour son franc-parler, de prédire des lendemains difficiles à ceux qui ont manqué de prudence : « Il y aura des faillites parmi les juniors qui ont ciblé des gisements trop petits ou qui ont tardé à lancer leurs projets. Désormais, dans l’or, il n’y a plus d’argent à lever sur les marchés internationaux… » À 55 ans, Mark Bristow est cependant serein pour Randgold, qui, en 2013,avendu910000onces–soitun chiffre d’affaires de 1,267 milliard de dollars(920millionsd’euros)–etréalisé 326 millions de dollars de bénéfices. La chute du cours de l’or, passé de1680à1210dollarsl’oncel’année dernière,ilditl’avoirvuevenirdepuis longtemps. « Nous avons toujours maintenu une pressiontrès fortesur lescoûts,quin’excèdentpas950dollars l’once produite, que ce soit en Afrique de l’Ouest ou en RD Congo. Même si le prix de l’or descendait à 1000 dollars, nous serions encore rentables », affirme-t-il. Quant aux besoins d’argent de Randgold, le PDG est aussi N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
1991 Rachat, avec des associés, des actifs de Rand Mines dans l’or, et premières visites au Ghana, au Mali et au Burkina 1995 Création de Randgold Resources
SIMON DAWSON/BLOOMBERG/GETTY
126
2013 Premiers lingots de la mine de Kibali, en RD Congo
tranquille : « Le plus gros de nos investissements est derrière nous : il s’agissait de démarrer notre mine de Kibali, en RD Congo, dont le premier lingot a été fondu en octobre dernier, et d’étendre celle de Loulo-Gounkoto, au Mali. Nous avons de quoi voir venir. En 2014, la production de Randgold va gonfler grâce à ces deux projets phares. Nous visons 550 000 onces à Kibali et 640 000 à Loulo-Gounkoto, ce qui nous permettra d’augmenter de 30 % notre production. » VEINE. Né à Estcourt, dans l’est de
l’Afrique du Sud, le docteur Bristow aurait pu rester chercheur à l’université du Natal, à Pietermaritzburg. « J’ai longtemps enseigné et étudié les gisements de platine et de
p Géologue de formation, le Sud-Africain s’est intéressé à l’Afrique de l’Ouest dans les années 1990.
chrome de la région du Bushveld [dans le nord du pays] », racontet-il. Ce n’est qu’en 1986 qu’il rejoint RandMinespourprendrelaresponsabilité de sa division métaux de base (fer, cuivre, zinc et aluminium). À la fin de l’apartheid, comme d’autres groupes sud-africains, la direction, effrayée par l’arrivée au pouvoir du Congrès national africain (ANC), se sépare de ses actifs dans l’or (la filière la moins mécanisée), jugés trop risqués à cause du climat social. « Avec plusieurs autres cadres de la société, nous croyions en leur potentiel et nous les avons rachetés en 1991 pour créer Randgold & Exploration, dont j’ai dirigé les activités en dehors de l’Afrique du Sud », se souvient Mark Bristow. JEUNE AFRIQUE
Décideurs
JEUNE AFRIQUE
DR
ON EN PARLE
DR
SAMI CHABENNE GROUPE SAHAM Ce polytechnicien vient d’être nommé directeur général délégué chargé de la stratégie du holding marocain. Il était jusque-là associé-gérant au sein de Boston Consulting Group, dont il codirigeait le bureau casablancais.
SARAN KEBET-KOULIBALY IFC Cadre de la Société financière internationale (filiale de la Banque mondiale) depuis 1993, elle en devient la directrice régionale pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale. Basée à Dakar, elle couvrira 23 pays.
DR
sa manière de dialoguer avec les C’est ainsi qu’il découvre le Ghana, grand producteur d’or, et gouvernements. « C’est d’abord le Mali, qu’il visite dans les années un géologue, il n’hésite pas à dire 1990. « À l’époque, le géant BHP ce qu’il pense aux ministres pour Billiton vendait ses permis d’exque les mines se développent, ploration dans l’or au Mali et au poursuit Mahamadou Samaké. Il Burkina Faso. J’y ai vu une belle n’est pas dans une démarche comopportunité. Il n’y avait aucune merciale avec eux. Il est parfois un raison que ces pays, situés sur la peu abrupt, mais il respecte ses même veine géologique que le interlocuteurs et fait confiance à Ghana, ne recèlent pas autant de ses cadres locaux pour arrondir les minerai. Et je me suis décidé à créer angles. » Mark Bristow s’est ainsi mon entreprise. » En 1995, après beaucoup investi auprès du gouune levée de fonds à San Francisco vernement ivoirien dans la révision et à New York, Randgold Resources du code minier. « La Côte d’Ivoire voit le jour et rachète les licences a fait des progrès considérables ouest-africaines. Les prédictions pour accueillir les investisseurs du de l’entrepreneur, surnommé « le secteur extractif. Le premier précow-boy sud-africain », s’avèrent sident, Félix Houphouët-Boigny, avait concentré ses efforts sur rapidement justes : un an plus l’agriculture et avait fait l’impasse tard, la nouvelle société met au jour le gisement sur les richesses du de Morila, qui va sous-sol », estime Connu pour son le PDG. en faire le premier franc-parler, il producteur d’or du pays.Puisviennent peut compter sur MOTO. Installé à ceux de Loulo, toul’île Maurice, cet ses cadres locaux amateur de motojours au Mali, en pour arrondir 1997, et de Tongon, cross – avec ses deux fils, il a rallié en Côte d’Ivoire, en les angles. en deux-roues la 1998. Chez Randgold, Grande-Bretagne à Mark Bristow limite au maximum Bamako – n’envisage pas d’implanles coûts d’administration. « Tout ce ter Randgold dans son pays natal. quenousdépensonsvadirectement « Nous avons bâti une base solide en dans nos projets. Notre siège, sur Afrique de l’Ouest et en RD Congo. l’île de Jersey [un paradis fiscal], Malgré son nom, Randgold n’est pas une société sud-africaine, même ne compte que sept salariés, et nous avons seulement quelques si elle compte des cadres sud-africains et si nous vendons notre or à employés dans nos bureaux de une raffinerie sud-africaine », fait représentation à Londres et de valoir celui qui garde par ailleurs logistique à Johannesburg. Il n’y a des intérêts en Afrique du Sud pratiquement pas d’expatriés dans comme propriétaire de Rockwell nos mines, nous misons sur des Diamonds, une compagnie active employés locaux », affirme-t-il. Un dans le diamant. mode de fonctionnement confirmé par Mahamadou Samaké, direcÀ l’avenir, Mark Bristow n’entend pas cesser de parcourir l’Afrique teur de Randgold en Afrique de francophone. « Comme la santé l’Ouest : « Dans ma région, Mark Bristow a su former et accompafinancière de Randgold est bonne, gner une équipe ouest-africaine nous continuons d’investir dans de professionnels compétents. l’exploration. Notre portefeuille minier doit se renouveler d’ici à cinq Contrairement aux dirigeants des ans. Pour cela, nous avons acquis majors anglo-saxonnes, il a su douze permis en Côte d’Ivoire et déléguer localement », affirme ce Malien qui a commencé sa carrière nousexploronsactivementlarégion chez BHP Billiton avant de rejoindre de l’Ituri, en RD Congo, et le sud Randgold en 1996. du Mali. » Jusqu’à tomber sur une Autre caractéristique de l’énernouvelle pépite. l CHRISTOPHE LE BEC gique et chaleureux Sud-Africain,
LEHLOHONOLO PITSO SOUTH AFRICAN TOURISM Il est le nouveau directeur Afrique de l’Ouest de l’office du tourisme sud-africain. Ancien cadre du groupe hôtelier Protea, il devra mettre en œuvre une stratégie marketing pour attirer les voyageurs de la région. N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
127
128
Finance MAROC
Les avocats déchantent Arrivés en masse à Casablanca dans les années 2000, les cabinets juridiques internationaux doivent se rendre à l’évidence : le marché n’est pas assez étendu pour satisfaire tout le monde.
E
n toute discrétion, Bird & Bird a rompu, début janvier, son partenariat d’exclusivité avec le marocain El Amari & Associés. Annoncée en fanfare en octobre 2011, l’alliance n’aurait pas résisté, selon nos informations, à un déséquilibre dans les relations d’affaires entre les deux cabinets d’avocats et à un « refus d’investir » du géant britannique. À Casablanca, où une vingtaine de cabinets se sont installés depuis le début des années 2000, le recul de Bird & Bird reflète une situation plus générale : plusieurs groupements d’avocats sont désormais en difficulté sur un marché qui n’a pas tenu toutes ses promesses. « L’écrémage est inévitable », juge un des avocats d’affaires les plus en vue au Maroc : « En haut de l’échelle, il y a de la place pour deux cabinets anglo-saxons, deux ou trois français, peut-être un espagnol. Et en bas, les cabinets locaux vont devoir se renforcer pour satisfaire la demande de correspondants de la part des internationaux. Bref, c’est le ventre mou qui va souffrir. »
espagnols Garrigues et Cuatrecasas, venus Cu accompagner la vague d’investissements des entreprises nationales. Enfin, les cabinets anglo-saxons se sont réellement implantés à partir de 2011, quand Allen & Overy a débauché l’équipe de Hicham Naciri chez Gide, soit une trentaine d’avocats. Jusqu’à un certain point, cet afflux a pu servir le marché, mais l’environnement économique n’est plus aussi bon qu’au début des années 2000. Christophe Eck,
RUÉE. Comment expliquer l’arrivée
massive de nouveaux acteurs du droit des affaires au cours de la dernière décennie? D’importantes réformes structurelles ont été engagées par l’État, et un grand nombre de projets ont été lancés, tandis qu’un changement de génération s’opérait à la tête du royaume, avec des dirigeants plus ouverts sur l’international. « Il y a eu une ruée vers l’or », admet un avocat. Les cabinets français sont arrivés les premiers – Gide Loyrette Nouel, UGGC, Jeantet et Lefèvre Pelletier & Associés –, suivis par les N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
Les « Big Five », figures et faits d’armes Allen & Overy Hicham Naciri, conseil du holding royal SNI dans la cession de 24,5 % de Cosumar Clifford Chance Mustapha Mourahib, conseil de Wilmar dans l’acquisition de 27,5 % de Cosumar
Norton Rose Fulbright Alain Malek, conseil de l’Agence marocaine pour l’énergie solaire dans la première phase du complexe Noor, à Ouarzazate Baker & McKenzie Kamal Nasrollah, conseil de l’État dans la cession
de 4 % de Maroc Télécom à la Bourse de Casablanca Gide Loyrette Nouel Julien David, conseil de Veolia dans la cession de ses activités d’eau et d’électricité au Maroc pour 370 M€
associé de Gide Loyrette Nouel, confir confirme : « Le pays est en crise, notamment du fait de sa dépendance vis-à-vis de l’Europe. » Le Printemps arabe a également affecté le volume d’affaires des avocats. Sur l’exercice en cours,plusieurs cabinets delaplace ont vu leurs revenus diminuer en raison de la forte baisse de leurs activités en Afrique du Nord. Selon un observateur, « les Espagnols souffrent de n’avoir pas su élargir leur clientèle aux groupes locaux, tandis que très peu de Français tiennent la route, surtout depuis l’arrivée des Anglo-Saxons ». En outre, un cabinet ne se monte pas en quelques années. « La qualité du réseau est fondamentale, et beaucoup n’ont pas la patience de le constituer, estime Mohieddine El Amari, l’ancien partenaire de Bird & Bird. Il faut entre quinze et vingt ans pour construire un cabinet disposant d’une clientèle corporate significative. » Valorisante sur le papier, l’association avec un cabinet international n’est pas toujours une opération gagnante. « Cela peut même s’avérer coûteux JEUNE AFRIQUE
Baromètre
PARASITES. Afin de conquérir ou
de conserver des parts de marché, certains cabinets se sont lancés dans une véritable guerre des prix. Quitte à se saborder « à force de proposer des tarifs très largement inférieurs à la moyenne », explique un avocat marocain, qui ajoute : « Dans un secteur en restructuration, la guerre des prix va avoir des conséquences négatives. » Surtout qu’avec l’arrivée des cabinets internationaux les salaires des juristes marocains ont flambé, au point de flirter avec les tarifs pratiqués à Paris. « On constate un double mouvement, se plaint un avocat. Moins de dossiers à cause de l’attentisme des opérateurs économiques et, à cause des parasites, une difficulté à gagner de l’argent. Résultat : on se concentre sur les dossiers les plus rémunérateurs. » Pour les grands cabinets, l’issue se joue en partie hors du Maroc. « La croissance viendra de l’international », juge Hicham Naciri, qui a lui-même déjà conseillé plusieurs opérations en dehors du pays, notamment en Côte d’Ivoire, et dont le cabinet réaliserait un tiers de ses revenus ailleurs sur le continent. Christophe Eck fait le même constat. Mais il doute que, dans l’immédiat, Casablanca puisse devenir une plateforme d’investissement panafricaine : « Le hub marocain pour l’Afrique subsaharienne n’est pas encore assez alimenté pour entretenir un vrai deal flow. » Tous les espoirs reposent sur la capacité du projet Casablanca Finance City à attirer des multinationales qui constitueront la clientèle des cabinets internationaux. « Il faut d’abord que les clients viennent, ensuite les cabinets, analyse un avocat. On a mis la charrue avant les bœufs. » l
HUILE DE PALME
« Après la poussée haussière, gare à la chute! » APRÈS AVOIR CHUTÉ EN 2012 pour tomber en fin d’année à 2 042 ringgits la tonne (496 euros) sur la place de Kuala Lumpur, le cours de l’huile de palme a entamé une forte remontée à partir de juin 2013 et a même flambé en novembre et décembre. Il a ainsi progressé de 46,73 % ces six derniers mois, pour atteindre 3 633 ringgits la tonne aujourd’hui. Il y a plusieurs raisons à cela. Primo, les exportations indonésiennes et malaisiennes ont fléchi, la production de ces deux pays – 85 % des volumes mondiaux – alimentant en priorité les filières a g r o - i n d u s t ri e l l e s locales. Secundo, les traders ont anticipé un
probable léger recul de la production indonésienne pour la première fois depuis 1998. Enfin, l’Indonésie, qui s’est engagée sur la voie des biocarburants, impose depuis le 1er janvier l’incorporation d’au moins 10 % d’huile dans la fabrication du diesel. La Malaisie pourrait d’ailleurs lui emboîter le pas en adoptant une mesure similaire. Malgré cette poussée haussière, le prix de l’huile de palme d e m e u re b i e n e n deçà du sommet de février 2011 – il avait alors atteint 3 982 ringgits la tonne. La hausse devrait donc se poursuivre dans les prochains mois. Par la suite, il est probable que l’annonce du chiffre de la production malaisienne, qui devrait être record, et la forte disponibilité mondiale de
Edward George Directeur de la recherche sur les matières premières agricoles d’Ecobank
soja entraîneront une nouvelle brusque chute du cours entre juillet et septembre prochains. Cette volatilité des prix ne devrait cependant pas trop affecter les producteurs africains, contrairement à leurs homologues asiatiques. L’immense majorité de leur production est en effet écoulée au niveau régional, niveau auquel la demande demeurera très forte. » l
Cours à la Bourse de Kuala Lumpur (en ringgits/tonne) 3 800 8000
3 769
15.11.2013
3 600 6000 3 400 4000 3 200 2000 3 000 0000 2 800 8000 2 600 6000
2 251 15.3.2013
2 400 4000 2 200 2000 15 février 2013
4 avril
22 mai
9 juillet l
26 août août
11 octobre octobre octobr obr 28 novembre novembre novemb embre 15 janvier janvier 2014
SOURCE : LES ÉCHOS
pour les deux parties, explique Azzedine Kettani, fondateur de Kettani Law Firm. Généralement, le cabinet local va apporter à son nouveau partenaire une partie de son activité en contentieux, domaine dans lequel il n’a besoin de personne. Mais que reçoit-il en échange ? »
Finance
NICOLAS TEISSERENC JEUNE AFRIQUE
N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
129
Dossier
Eau
NABIL ZORKOT POUR JA
130
DISTRIBUTION & ASSAINISSEMENT
Les villes boivent
Face à une population urbaine qui ne cesse de croître, les pays du continent peinent à satisfaire les besoins en eau de leurs populations, faute d’investissements publics suffisants. Certaines agglomérations tirent néanmoins leur épingle du jeu grâce à l’appui de partenaires privés. JULIEN CLÉMENÇOT
L
e XXIe siècle sera-t-il celui des guerres de l’eau ? Pas celles où s’affrontent des États riverains d’un même fleuve, comme l’Éthiopie et l’Égypte. Mais celles, plus incontrôlables encore, issues des insurrections populaires. En Afrique, le risque existe. Surtout dans les villes, dont la population doublera dans les vingt prochaines années. En janvier, à Brits, au nord-ouest de Pretoria, quatre manifestants ont été tués lors d’affrontements avec la police. Ils protestaient N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
contre des coupures d’eau qui survenaient régulièrement depuis des mois. Une colère alimentée par des soupçons de malversations au moment de l’attribution du marché public. En septembre 2013, à Dakar, la rupture d’une grosse canalisation en sortie d’usine a privé d’eau la capitale sénégalaise pendant quinze jours. Résultat : des quartiers entiers ont été en proie à des émeutes. Tout porte à croire que ces « révoltes de la soif » n’ont pas fini de se multiplier. Non seulement la population urbaine du continent croît considérablement – avec un taux de près de 4 % par an, le plus élevé au monde –, mais avec le JEUNE AFRIQUE
INTERVIEW
Jean-Yves Gadras
ALGÉRIE
Régime sans sel
Directeur Afrique de Degrémont
PORTRAITS
Ça coule de source
q Travaux d’adduction d’eau potable, à Abidjan.
la tasse développement économique sont apparus de nouveaux besoins. La demande d’eau en Afrique pourrait quadrupler au cours des vingt-cinq prochaines années. Problème : la Banque mondiale constate que les ressources du continent diminuent et que leur qualité se dégrade. En Ouganda, la ville de Mbale a dû rationner sa consommation d’eau, en février 2012, lorsqu’une de ses rivières s’est asséchée. Des populations installées en amont avaient détourné ses affluents afin d’arroser leurs champs. Les grandes agglomérations sont de plus en plus obligées de se tourner vers des sources d’approvisionnement plus éloignées et plus coûteuses à exploiter. À Abidjan par exemple, le déficit en eau potable – 150 000 m3 par jour – sera en grande partie comblé par la nappe de Bonoua, située à plus de 50 km. La majorité du coût du projet – 50 milliards de F CFA (environ JEUNE AFRIQUE
150 000 mètres cubes par jour C’est le déficit en eau potable à Abidjan
76 millions d’euros) – est consacrée à l’achat et à la pose des canalisations. Pour pallier la faiblesse de leurs réserves, beaucoup de pays misent désormais sur des usines de dessalement. Pionnière dans ce domaine, avec une dizaine de stations actives, l’Algérie devrait inaugurer cette année une usine produisant plus de 500 000 m3 par jour, l’une des plus importantes au monde, construite et exploitée par le singapourien Hyflux. La Tunisie, le Maroc, Djibouti, le Sénégal, la Mauritanie et le Ghana parient, eux aussi, sur cette technologie. Mais même si son prix a chuté de 30 % ces dix dernières années, l’eau ainsi produite coûte deux fois plus cher que si elle était puisée dans une nappe ou une rivière. ÉPONGE. Mais c’est aussi la gestion de la distribution de l’eau qui doit évoluer. Selon la Banque mondiale, qui plaide pour une délégation de ce service au secteur privé, l’émergence d’une classe moyenne, plus exigeante, devrait favoriser une meilleure gouvernance et une amélioration des services. Jusque dans les années 2000, l’approvisionnement des villes était souvent géré sous la forme de concessions. Depuis, ces accords ont l l l N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
131
Dossier Eau
KRIS PANNECOUCKE/HH-REA
132
été délaissés au profit des affermages (contrats d’exploitation) ou des contrats de management. « La difficulté d’exploitation des concessions tient à leur mauvaise rentabilité. Un opérateur privé ne peut assurer les investissements nécessaires à l’amélioration des réseaux sur la base des recettes collectées. Et investir de l’argent emprunté sur le marché ferait exploser le prix de l’eau », explique Vincent Le Guennou, directeur général du capital-investisseur Emerging Capital Partners (ECP), actionnaire principal des sociétés ivoirienne et sénégalaise de distribution des eaux. Si Suez Environnement, concessionnaire à Casablanca, est satisfait de ses relations avec les pouvoirs publics marocains, c’est notamment parce que les travaux d’extension du réseau sont en partie financés par une redevance que paient les promoteurs de projets immobiliers. De son côté, Veolia Environnement a préféré jeter l’éponge et vendre ses activités, exploitées en concession à Rabat et Tanger, à la société d’investissement Actis. L’opération doit encore être approuvée par les autorités. lll
FUITE. Quand les États ont à leur charge l’améliora-
tion et l’extension des infrastructures, la faiblesse de leurs ressources financières affecte souvent la qualité du service. À Dakar, où la Sénégalaise des eaux, contrôlée par ECP, gère la distribution, le manque d’investissement de la société publique propriétaire du réseau a été responsable de l’énorme coupure survenue en septembre 2013. Et si Alger, dont la gestion de l’eau est réalisée dans le cadre d’un contrat de management avec Suez Environnement depuis 2006, est souvent cité en exemple, c’est parce que le gouvernement a consenti à réaliser N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
des travaux d’amélioration, reconnaît Marie-Ange Debon, la directrice générale adjointe de Suez Environnement chargée de l’international. Pour la plupart des pays, le recours aux financements des bailleurs – dons et prêts à taux concessionnel – est indispensable, et les montants disponibles sont malheureusement inférieurs aux besoins. Autre difficulté récurrente: si les meilleurs opérateurs privés arrivent à recouvrer 95 % des factures, le tarif appliqué est souvent trop bas pour permettre la maintenance des infrastructures. C’est pourquoi il arrive que les fuites atteignent jusqu’à 50 %. « Sur le plan politique, la question de la hausse du prix de l’eau est épineuse. Les gouvernements ont tendance à renoncer lorsqu’il s’agit de l’appliquer », résume Vincent Le Guennou. En RD Congo, le tarif est le même depuis 1982. Pour contourner les difficultés, les sociétés privées – dont les objectifs financiers tournent autour de 5 % de marge nette pour un affermage – cherchent souvent à gérer en même temps la fourniture d’eau et celle d’électricité afin de procéder à des péréquations financières entre les deux activités.
pUne borne-fontaine, à Kinshasa.
NÉGLIGÉ. L’équilibre économique de la distribution de l’eau dans les villes africaines est si fragile que le volet de l’assainissement est largement négligé. Seulement 43 % de la population urbaine africaine bénéficie de toilettes personnelles raccordées à un égout ou à une fosse septique pour collecter les eaux usées. Pourtant, selon une évaluation des Nations unies, chaque dollar investi dans l’eau et l’assainissement dégage un bénéfice de 9 dollars (environ 6,50 euros) en matière de santé publique. « Même au Sénégal, malgré l’appui de la Banque mondiale dès 1995, l’office chargé de l’assainissement manque cruellement de moyens », rappelle Grégoire Diouf, ex-ingénieur de la Société nationale des eaux du Sénégal (Sones). « Les bons élèves font figure d’exception au sud du Sahara », reconnaît Monia Moumni, experte 1 dollar investi dans à la Banque africaine de développel’eau dégage un bénéfice ment (BAD). Au Cameroun, selon l’Organisation mondiale de la santé de 9 dollars en matière (OMS)etleFondsdesNationsunies de santé publique. pour l’enfance (Unicef ), le taux d’accès en zone urbaine à des installations sanitaires améliorées aurait décliné de 65 % à 56 % entre 1990 et 2008. En 2011, la Banque mondiale déplorait encore le manque d’activité de la Camerounaise des eaux dans le traitement des eaux usées. « Les bailleurs auront un rôle important à jouer dans les cinq années à venir. Créer des réseaux dans des zones déjà urbanisées exige d’importants moyens », estime Debon. Des réflexions qui devront prendre en compte la gestion des déchets solides, dont l’accumulation dans les systèmes de collecte favorise les inondations pendant la saison des pluies. Pour les villes africaines, la coupe est pleine ! l JEUNE AFRIQUE
Les villes boivent la tasse
Abidjan étanche sa soif La capitale ivoirienne est en chantier. Objectif: amener de l’eau potable dans la ville en allant la chercher à sa source… située à plus de 50 km.
A
bidjan vit une opération à cœur ouvert. Partout dans la capitale, des ouvriers creusent des tranchées pour y installer des canalisations. Des artères qui devraient être capables d’apporter de l’eau aux habitants d’ici à l’année prochaine. « Actuellement, nous estimons le déficit à environ 150 000 m3 par jour [de quoi subvenir aux besoins de 1,8 million d’habitants à raison de 80 litres chacun] », explique Antoine Koffi Djaa, conseiller du ministre des Infrastructures économiques. Pendantplusdedixans,l’absence d’investissements et la croissance urbaine ont rendu la situation intenable. Dans certains quartiers, les robinets ne coulent qu’au milieu de la nuit.
Le chantier le plus important concernelaproductionde80000m3 d’eauparjouretleuracheminement depuis la nappe de Bonoua, située à plus de 50 km d’Abidjan. Un projet de 50 milliards de F CFA (environ 76 millions d’euros), financé par un prêt de la China Exim Bank, auquel l’État contribue en mettant à disposition le foncier nécessaire. Soixante-dix pour cent de ce montant sera utilisé pour la pose de 130kmdecanalisations,géréeparla Compagnied’ingénieriegéologique de Chine (CGC). POMPES. C’est à Port-Bouët, au sud
de la capitale, que les Abidjanais peuventmesurerl’étatd’avancement du projet. La CGC y construit deux réservoirs tampons de 5 000 m3 à
Station de Traitement des Eaux de Bouregreg - Rabat.
Coût du projet de Bonoua
76
millions d’euros
partir desquels sera notamment alimentélechâteaud’eaudeKoumassi. Fin janvier, les deux cylindres de 7 m de hauteur et de 30 m de diamètre étaient quasiment terminés. Les ouvriers se concentrent désormais sur la construction de la station de reprise dont les pompes permettront de pousser l’eau vers la capitale. Sur le chantier, plus d’une centaine de manœuvres ivoiriens s’activent sous le contrôle d’ingénieurs chinois. Pour l’heure, les délais sont respectés. Mais les équipes pourraient être doublées. Pas question pour la CGC de payer des pénalités, fixées à un millième du coût du projet par jour de retard. Les infrastructures terminées, la Société de distribution d’eau de la Côte d’Ivoire (Sodeci) installera une pompe chloreuse et du matériel de télégestionpourunemiseenservice prévue en décembre 2014.l JULIEN CLÉMENÇOT, envoyé spécial à Abidjan
Parc Eolien de Tanger.
Acteur de référence pour le développement durable au Maroc
Centrale Thermo Solaire d’AIN Béni Mathar.
Alimentation en eau potable rurale .
Office National de l’Electricité et de l’Eau Potable - Avenue Mohamed Belhassan El Ouazzani-Rabat-Maroc Tél. : +212 5 37 75 96 00 - Fax : +212 5 37 75 91 06 - E-mail : communication@onee.ma
133
Dossier Eau INTERVIEW
Jean-Yves Gadras
Directeur du développement pour l’Afrique et l’océan Indien chez Degrémont
« Les Chinois sont nos partenaires » En matière d’eau potable, les besoins de l’Afrique sont immenses. Concurrence, investissements : un haut responsable de la filiale de Suez Environnement analyse l’évolution du secteur.
S
pécialisée dans la conception et la construction de stations de traitement de l’eau, Degrémont, filiale du groupe Suez Environnement, est présente sur le continent depuis soixante ans. En mars 2013, la société y a renforcé sa présence en signant quatre nouveaux contrats de construction et de réhabilitation d’usines de traitement d’eau en Angola, en Tanzanie, au Burkina et en Éthiopie, pour un montant total de 40 millions d’euros. Jean-Yves Gadras, qui pilote depuis treize ans le développement de l’entreprise en Afrique, revient sur les tendances du secteur.
JEUNE AFRIQUE : Boom démographique, urbanisation galopante… Où en est le continent en matière d’accès à l’eau potable ? JEAN-YVES GADRAS: L’Afrique du Nord est plutôt
bien lotie. Le Maroc et la Tunisie ont stimulé le marché, et l’Algérie a réalisé de grands progrès ces dix dernières années. Du coup, ces pays se sont penchés sur le traitement des eaux résiduaires [usées]. En Afrique subsaharienne, exception faite du Sénégal, qui a développé l’assainissement, la grande priorité reste l’accès à l’eau potable dans les villes comme dans les campagnes. Cela dit, concernant l’assainissement – une problématique essentiellement urbaine –, on évolue à l’échelle du continent vers une démarche qui associe collecte et traitement. Actuellement, le traitement des eaux usées, qui vise à préserver l’environnement, représente environ 15 % de notre activité en Afrique. Quelle est l’évolution du chiffre d’affaires de Degrémont en Afrique ?
Il avoisine les 60 millions d’euros par an, soit près de 15 % de notre chiffre d’affaires mondial pour la construction d’usines de traitement de l’eau – une part qui croît depuis dix ans. En 2004, il ne dépassait pas les 20 millions d’euros. La tendance va encore s’accélérer durant les dix prochaines années grâce aux investissements des États en matière d’accès à l’eau potable et d’assainissement. Les besoins sont importants, mais le délai de mise en application est long : cinq à six ans séparent l’identification d’un besoin et la réalisation du projet. N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
VINCENT FOURNIER/J.A.
134
p Le traitement des eaux usées représente 15 % de l’activité du groupe sur le continent.
Comment vous adaptez-vous aux besoins locaux?
Avecnosunitésdetraitementdeseauxcompactes [prêtesàmonter],nousavonsétélespremiersànous positionner sur un modèle particulièrement adapté aux situations postcrise. Envoyées en conteneurs et assemblées sur place en moins de six mois, elles permettent à des villages d’un millier de personnes d’accéder à l’eau potable. Le dessalement de l’eau de mer représente-t-il une voie d’avenir ?
Ces dix dernières années, l’Algérie a axé une partie de son activité de production d’eau potable sur le dessalement grâce à des partenariats public-privé [PPP]. Le Maroc a fait de même, mais sans recourir à des PPP. Djibouti, où l’eau des nappes souterraines commence à être surexploitée, pourrait leur emboîter le pas, mais n’a pas encore lancé d’appel d’offres. Le Sénégal, qui a opté pour l’adduction d’eau pour alimenter sa capitale, envisage aussi cette solution. Cette activité va être amenée à se développer, notamment au sud du Sahara. Mais au départ, vous n’avez pas été partie prenante de ces projets de dessalement. Pourquoi ? JEUNE AFRIQUE
135
À l’époque où l’Algérie a lancé son programme de dessalement, nous n’étions pas en capacité d’investir. Aujourd’hui, notre situation nous le permet.
47
Chinois, quant à eux, développent des projets complets d’adduction d’eau, du pompage à la distribution, ou d’assainissement. Ils bénéficient de technologies adaptées et de moyens financiers importants. Mais plutôt que de les considérer comme des concurrents, nous signons des partenariats avec eux, comme au Cameroun, en Tanzanie et au Congo. C’est ainsi que notre filiale Degrémont Chine vient de terminer la construction de la station d’eau potable de Djiri, qui alimente Brazzaville dans le cadre d’un projet d’adduction d’eau financé par la China Exim Bank et monté par la société chinoise CMEC, qui réalise l’ensemble du projet.
300
Vous avez remporté quatre gros contrats africains l’année dernière, actuellement en cours d’exécution. Sur quels projets vous positionnez-vous désormais?
Les États ont-ils les budgets nécessaires pour financer des projets ?
Traditionnellement, ce sont surtout les bailleurs de fonds internationaux, multilatéraux ou bilatéraux qui financent les infrastructures de traitement de l’eau. Depuis une dizaine d’années, on voit apparaître des financements de pays émergents, notamment de la China Exim Bank. Très récemment, l’Inde a commencé à financer des projets d’infrastructures dans ce secteur. Seule une minorité de projets est autofinancée, comme en Angola ou en Algérie. Dans de très rares cas, c’est le concessionnaire qui s’en charge. Les groupes chinois sont-ils devenus vos principaux concurrents ?
Degrémont en Afrique Présent dans pays africains avec collaborateurs
525 stations de traitement
Dans le domaine du traitement de l’eau, on voit arriver des sociétés européennes – espagnoles, italiennes et portugaises en tête – qui ont comme atouts des coûts inférieurs aux nôtres. Les
de l’eau
Nous accompagnons l’Algérie dans son développement de l’assainissement. Nous avons élaboré divers projets de construction ou d’extension d’usines à Djibouti, au Mali, au Burkina, au Kenya, au Nigeria et en Côte d’Ivoire, en coopération avec des partenaires locaux. l
ALTAIR et IZAR
Solutions intelligentes pour le comptage de l’eau
Sappel - Diehl Metering propose des solutions complètes et modulables adaptées à toutes les configurations terrain. ALTAIR V4, le compteur d’eau volumétrique, offre une dynamique de mesure très précise des petits et hauts débits; IZAR, la radio haute performance, permet un relevé des données en modes fixe ou mobile. www.diehl.com/metering Contact : Sappel S.A.S. | 67, rue du Rhône, BP 10160, F-68304 Saint-Louis Cedex Tél. +33 (0)3 89 69 54 21 | Email : export@sappel.fr
SAPPEL devient Diehl Metering
Propos recueillis par FANNY REY
Dossier Eau
SIDALI DJENIDI
136
ALGÉRIE
Régime sans sel
L’unité d’El-Maqtaa produira 500 000 m3 par jour.
Il était temps ! Après deux années de retard, la plus grande usine de dessalement au monde devrait bientôt entrer en service. Une bonne nouvelle pour Oran, qui verra enfin ses besoins en eau potable intégralement comblés.
E
lle devait entrer en service à la fin de l’année 2011. Et pourtant, la plus grande usine de dessalement d’eau au monde, située à El-Maqtaa, à 100 km à l’est d’Oran, n’est toujours pas opérationnelle. Ce qui n’empêche pas les autorités locales de se
montrer confiantes. Le 8 janvier, Hocine Necib, le ministre des Ressources en eau, assurait que l’unité fonctionnerait dans un délai de trois mois. Pour l’heure, il est difficile de savoir si cette nouvelle échéance sera respectée. De son côté, le service de presse du constructeur singapourien
Hyflux – certainement échaudé par les nombreux contretemps – se veut plus prudent : « Le groupe a d’ores et déjà franchi de nombreuses étapes dans le processus de finalisation de l’usine. Nous attendons d’avoir terminé la dernière phase de tests pour la mettre en service. » D’après
des sources locales, citées dans la presse algérienne, le leader asiatique du dessalement aurait procédé avec succès à des essais techniques en décembre 2013. Pour justifier un tel retard, plusieurs raisons sont avancées, comme le raccordement tardif du chantier à l’électricité, ou l’incendie qui s’est propagé au cœur du complexe industriel en 2012, provoquant d’importants dégâts matériels. OSMOSE. D’une capacité de
500 000 m3 par jour, l’usine, établie sur 17,4 ha, a été construite dans le cadre d’un contrat dit build own operate, intégrant une concession de trente ans. Elle sera exploitée par la filiale locale de Hyflux, créée en 2008, et codétenue à hauteur de 49 % par Algerian Energy Company (AEC), un joint-venture qui réunit les groupes publics Sonatrach et Sonelgaz. Le prix du mètre cube produit, grâce à la technologie dite « d’osmose inverse », qui utilise des membranes pour la filtration, sera vendu à 0,55 dollar aux deux clients, l’Algérienne des eaux (ADE) et Sonatrach. Au total, un investissement de 492 millions de dollars (360 millions d’euros) a été nécessaire. Il a été financé à 70 % par des emprunts auprès des banques publiques algériennes et à 30 % par des prêts octroyés par les actionnaires de la société mixte Tahlyat Myah Magtaa, chargée du projet (AEC, ADE et MenaSpring Pte Ltd, filiale d’Hyflux). Outre l’approvisionnement en eau potable de la wilaya d’Oran, dont les besoins journaliers sont estimés à 325 000 m3, l’usine d’ElMaqtaa permettra aussi d’alimenter les wilayas voisines de l’Ouest algérien (Mostaganem, Relizane, Tiaret), très souvent affectées par la sécheresse. Cette usine fait partie d’un ambitieux programme gouvernemental qui vise à réaliser 43 stations de dessalement à travers le territoire d’ici à 2019, et à faire du pays un pionnier dans le domaine en Afrique. l RYADH BENLAHRECH JEUNE AFRIQUE N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
Dossier Eau PORTRAITS
Ça coule de source L’or bleu, c’est encore mieux quand on peut le boire. Ces trois patrons l’ont bien compris. Spécialisées dans les eaux minérales, leurs sociétés sont parmi les leaders dans leurs pays.
Algérie Kaci Ibrahim 44 ans, gérant d’Ifri est très rude. Pour la conserver, nous devons garder le même rythme de Ibrahim, 44 ans, reste sous croissance et d’innovation », pression malgré la belle explique le gérant d’Ifri, qui réussite d’Ibrahim & Fils a rejoint les affaires de son (Ifri), le leader de l’eau père en 1992 après avoir minérale en Algérie, créé suivi des études de gestion en 1996 par son père Hadj en France. Sa recette? Laïd Ibrahim. Avec environ 30 % de part de marché et un La qualité de l’eau, mais surtout des investissements taux de croissance annuel de 20 %, la société – détenue continus qui lui ont permis d’être le premier à utiliser à 100 % par la famille du fondateur – domine pourtant des emballages en PET (dérivé du pétrole, peu ses concurrents, Guedila fragile, léger et recyclable) ou Nestlé Waters. « La place et à se diversifier. « Nos de numéro un est difficile à maintenir car la compétition objectifs: réduire nos coûts,
améliorer notre gestion des stocks et être plus autonome », explique ce père de trois enfants. Une stratégie payante. En dix-huit ans, le groupe est passé de 60 employés à 1700, répartis entre 4 sociétés distinctes: Ifri (eau minérale et jus de fruits), Plast (emballages), Béjaïa logistique (transport) et Huilerie Ouzellaguen (huile d’olive). Le chiffre d’affaires ainsi cumulé s’élève à environ 16 milliards de dinars (150 millions d’euros), dont 75 % viennent d’Ifri. l RYADH BENLAHRECH
SIDALI DJENIDI
d’une fratrie Q uatrième de neuf enfants, Kaci
Rwanda Théogène Bazimya 37 ans, directeur commercial d’Inyange Industries
I
l a fait siennes les ambitions d’Inyange Industries : « Contribuer au boom économique du Rwanda ». En 2012, lorsqu’on lui propose le poste de directeur commercial de l’un des fleurons rwandais, Théogène Bazimya, 37 ans, saisit cette occasion de « rentrer au pays ». Après avoir suivi des études de commerce à la Bond University, en Australie, et à la Makerere University, en Ouganda, le jeune homme fait ses armes chez Xerox et Liquid Africa Holdings avant de s’envoler vers l’Angola. Il y restera plus de cinq années comme responsable de l’export et des nouveaux marchés pour Barco Trading. Mais c’est au pays des Mille Collines qu’il poursuit sa carrière. À l’échelle du Rwanda, le groupe Inyange Industries, créé en 1997, est un mastodonte commercial: eau minérale (qui représente environ 23 % du chiffre d’affaires), lait pasteurisé, yaourts, jus de fruits… Avec plus de 80 % de part de marché, l’entreprise jouit d’un quasimonopole. Détenue par la société d’investissements Crystal Ventures, N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
THAÏS BROUCK
138
dont la plupart des administrateurs sont membres du Front patriotique rwandais (FPR au pouvoir), Inyange Industries se sent désormais à l’étroit. « Nous voulons que notre chiffre d’affaires à l’étranger atteigne 40 % d’ici à 2016 ou 2017 », avance le directeur commercial. La route est encore longue: il n’atteint pas encore les 15 %. En attendant, on trouve des produits du groupe sur les étals du Burundi, de l’Ouganda, et de la RD Congo. Prochains objectifs: le Kenya dans quelques mois, le Ghana, le Gabon, le Congo-Brazzaville et le Nigeria d’ici à trois ans. « Pour réussir, nous devons poursuivre la diversification de nos produits à l’étranger », analyse-t-il. Concernant le chiffre d’affaires, le groupe est ambitieux. Il a atteint à 9,7 milliards de francs rwandais (environ 12 millions d’euros) en 2012 et devrait avoisiner les 11 milliards en 2013. « Nous espérons doubler ce résultat en 2014, affirme Bazimya. Nos commerciaux sont jeunes et dynamiques, nous y parviendrons. » Pour lui c’est clair, l’ambition et l’optimisme sont les clés de la réussite. l THAÏS BROUCK JEUNE AFRIQUE
139
Tunisie Mohamed Salah Ramzi ohamed Salah Ramzi est un entrepreneur chanceux : à la recherche d’une carrière de marbre pour un moyen d’accroître la production de l’une de ses entreprises, il découvre en 2006, à 1 000 mètres d’altitude, dans les montagnes de Kalaat Senan (dans le nord-ouest de la Tunisie), une source aux qualités exceptionnelles. Trois ans et 3 millions d’euros d’investissement plus tard, la success-story de la société La Source et de son eau, Dima, débutait. Avec une production de 130 000 bouteilles par jour, elle réalise environ 1,2 million d’euros de chiffre d’affaires et se hisse, grâce à une stratégie de marketing dynamique, en cinquième position sur le marché des eaux minérales, dont la consommation nationale est passée
de 650 millions de litres en 2009 à 1,1 milliard de litres en 2012. À 69 ans, cet ingénieur est fier de son parcours : « Je suis originaire de Boujebbar, une zone minière, et j’habite au pied de la table de Jugurtha. J’ai voulu investir dans ma région. Il ne faut pas que nos campagnes se vident », assène celui qui emploie 150 personnes sur le site de Dima et qui a dû faire face à plusieurs grèves organisées à la suite de la révolution. « La situation a été parfois difficile, mais nous n’avons pas baissé les bras », assure-t-il. Même s’il a délégué la supervision de Dima, Salah Ramzi veut pérenniser son projet de diversification de l’activité, notamment grâce à une joint-venture avec la marque allemande Sinalco. Pour un investissement de 10 millions d’euros dès la fin de ce mois de
NOTRE EXPÉRIENCE AU SERVICE DE VOTRE
février, il produira toute une gamme de boissons gazeuses et fruitées dans la zone d’El Haoudhdans, avec des perspectives d’exportation vers les autres pays du Maghreb. l
AVENIR
FRIDA DAHMANI
www.degremont.com
M
HICHEM
69 ans, directeur général de La Source
Filiale de SUEZ ENVIRONNEMENT, Degrémont est le spécialiste mondial du traitement de l’eau. Depuis plus de 70 ans, Degrémont conçoit, construit, met en route, exploite et finance des installations de traitement d’eau conjuguant performance technique et économique et respect des sites naturels ou urbains. Production d’eau potable ou d’eau de process, dessalement, traitement des eaux usées, recyclage, traitement des boues... les installations de Degrémont équipent à ce jour plus de 80 capitales à travers le monde. Présent dans plus de 70 pays avec près de 5000 collaborateurs, Degrémont met en oeuvre ses expertises avec la détermination d’accompagner ses clients municipaux et industriels en leur proposant les solutions les plus avancées, les plus adaptées aux ressources et aux contextes locaux, les plus fiables et accessibles en termes de coûts.
LES SPÉCIALISTES DE L’USINE DE TRAITEMENT DE L’EAU
140
Culture & médias
TÉMOIGNAGE
Samuel Fosso La Centrafrique dans le sang Vivant à Bangui depuis 1972, le photographe camerounais s’est réfugié, pour l’instant, en France. C’est en observateur avisé qu’il a assisté à la descente aux enfers de son pays d’accueil au bord de la rupture.
VINCENT DUHEM
S
Accompagné par son oncle maternel, un cordonnier installé depuis plusieurs années à Bangui, il rallie la capitale centrafricaine le 2 janvier 1972 après un long voyage de quatre jours. Il n’a pas encore 10 ans et fui son village natal pour échapper à l’armée nigériane, lors de la guerre du Biafra. Pendant un an, Fosso travaille chez cet oncle vendeur de chaussures pour femmes dans le 3e arrondissement (centre-ville), avant de devenir l’assistant d’un photographe nigérian. En 1975, il ouvre un premier studio, le « studio photo national », puis un deuxième à Miskine. Il ne quittera plus ce quartier, aujourd’hui majoritairement musulman, considéré comme le poumon économique de Bangui, où il photographiera plusieurs générations d’habitants. tout
amuelFossoaquittélaCentrafrique le 7 janvier comme il y était arrivé près de quarante ans plus tôt : précipitamment, fuyant la guerre et l’horreur. Un mois après son départ, la maison de ce photographe de 51 ans mondialement connu a été pillée par des jeunes de son quartier, à Miskine, dans le 5e arrondissement de Bangui. À Paris, dans l’attente d’un visa pour le Nigeria, où vit sa famille, Samuel Fosso semble encore éprouvé psychologiquement : « Je ne comprends toujours pas ce qui s’est passé. Il y a eu des affrontements entre les anti« J’ai balaka et la Séléka, dans la confuentendu sans sion mon portail a été détruit. » La GARDES IMPÉRIAUX. « À mon arririen pouvoir folie incontrôlée qui accompagne vée, le 5e arrondissement était déjà les scènes de pillages collectifs a faire. J’ai ouvert mélangé. Il y avait des musulmans tout emporté : tôle ondulée, câbles et des chrétiens, des Camerounais, la porte et électriques. Par chance, plusieurs des Sénégalais, des Tchadiens, des découvert son journalistes occidentaux alertés Maliens, des Congolais ou encore sont parvenus à sauver une partie corps sans vie. » des Nigérians. Très rapidement, des 15 000 clichés et négatifs qui l’arrivée massive de nouveaux étrantapissaient le sol piétiné par la foule. gers et les commerces qu’ils y ont établis ont permis Né le 17 juillet 1962 à Kumba, au Cameroun (à au quartier de se développer. » la frontière avec le Nigeria), l’Ibo Samuel Fosso Le studio photo qu’il prend en main est assez a passé l’essentiel de sa vie en Centrafrique. simple. « De grosses cuvettes faisaient office de réflecteur. Je m’étais inspiré d’une carte postale de C’est en observateur avisé qu’il a assisté à la Bucarest pour peindre un fond. Tous les matins, je descente aux enfers de ce pays aujourd’hui au développais mes pellicules, puis je faisais sécher bord de la rupture, où la soif de vengeance a mes tirages sur le trottoir. Le soir, après avoir tiré conduit à un déchaînement de violence inouï le rideau, je recevais souvent des amis, on l l l et incompréhensible. N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
u L’artiste devant l’une de ses œuvres chez son galeriste parisien, Jean-Marc Patras (le 10 février). JEUNE AFRIQUE
141
VINCENT FOURNIER/J.A.
Culture médias
JEUNE AFRIQUE
N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
Culture médias Témoignage
SAMUEL FOSSO, 2013/COURTESY JEAN-MARC PATRAS GALERIE
142
p Autoportrait inédit de la série The Emperor of Africa (2013).
l l l refaisait le monde jusque tard dans la nuit. » Son travail est apprécié, sa réputation se répand comme une traînée de poudre dans toute la ville. « Les gens venaient des quatre coins de Bangui. » Pour « s’amuser, avoir des souvenirs et finir les pellicules de ses clients », il s’essaie à l’autoportrait. « Un jeu » qui fait un tabac lors des premières Rencontres africaines de la photographie de Bamako en 1994. Samuel Fosso est devenu, depuis, l’un des artistes africains les plus cotés. Ses clichés font le tour du monde. Fosso a découvert la Centrafrique au beau milieu du règne de Jean-Bedel Bokassa, chef de l’État puis empereur resté quatorze ans au pouvoir (19661979), avant d’être renversé par David Dacko, avec l’aide de la France de Valéry Giscard d’Estaing, et dont les années au pouvoir ne furent que violence spectaculaire, gestion patrimoniale et clientéliste, succession de scandales. Pourtant, Samuel Fosso, adolescent à l’époque, en garde un souvenir assez édulcoré. Car pour les Centrafricains, volontiers nostalgiques, Bokassa demeure aussi l’exemple du vrai chef, celui qui peut assurer l’ordre et imposer la discipline. Le seul à avoir construit le pays malgré ses inacceptables excès. « J’étais frappé par la tranquillité. Il n’y avait pas de voleur, pas de coup de feu dans la ville. La police et les militaires se faisaient discrets. Et puis les choses étaient moins chères, on pouvait bien vivre avec peu d’argent », confie-t-il. Il se souvient du couronnement de l’empereur Bokassa en 1977 comme d’une « belle fête ». « Tout le monde venait prendre des photos dans mon studio. Même les gardes impériaux avec leur costume voulaient un souvenir. »
RÉSILIENCE. Mais « les choses ont commencé à se
dégrader à partir de 1979 ». En janvier, le pouvoir réprime violemment une révolte étudiante. « C’était la première fois que j’entendais des tirs à Bangui. Je suis resté enfermé dans mon studio pendant trois jours. On a tué des gens devant moi, j’ai eu peur. » Bokassa est déposé la même année. Les soubresauts militaires ne faisaient que commencer. Les mutineries qui frappent Bangui en 1996-1997 le touchent directement. Une nuit de mai 1996, le jour de la fête des Mères, des soldats tentent N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
de piller l’un de ses voisins et amis. L’homme, un commerçant sénégalais, résiste avant d’être froidement assassiné. « Nous avions un mur mitoyen. J’ai tout entendu sans rien pouvoir faire, puis j’ai ouvert la porte et découvert son corps sans vie. » Samuel Fosso tirera de ce drame un autoportrait. Une photo en noir et blanc, le mettant en scène de dos, nu, l’oreille vissée sur la porte de sa maison. De 1972 à 2013, Samuel Fosso a été témoin de l’instabilité politique chronique. Bokassa, David Dacko, André Kolingba, François Bozizé, Michel Djotodia, tous ont pris le pouvoir par les armes. Pour lui, « rien ne les différencie ». Comme beaucoup de Banguissois, Fosso a développé une forme de résilience face à la multiplication des putschs. « On a commencé à s’y habituer. Tous les coups d’État se ressemblaient, avec leur lot de pillages et de vols. Ça durait quelques jours, puis tout rentrait dans l’ordre. » Mais quand la Séléka de Michel Djotodia a pris le pouvoir, en mars 2013, les pillages n’ont pas cessé. VIOLENCE AVEUGLE. DanssonquartierdeMiskine,
Samuel Fosso a vu la Séléka recruter à tour de bras au sein de la population. Des voisins se sont retrouvés « colonels », ont commencé à martyriser ceux qui n’étaient pas de leur famille ou de leur religion. « C’était la loi du plus fort. Celui qui avait les armes dominait. » Peu à peu, l’équilibre social et confessionnel s’est rompu. La situation est devenue particulièrement critique après l’attaque des anti-balaka sur Bangui le 5 décembre. Au petit matin, ces milices animistes, et non chrétiennes, mènent plusieurs assauts coordonnés avant de se replier en commettant de nombreuses atrocités. Les représailles de la Séléka, souvent accompagnée de civils musulmans, sont terribles : en trois jours, plus de 1 000 personnes perdent la vie. Samuel Fosso est aux premières loges. « Tout était très confus. Les tirs ne s’arrêtaient pas, on ne savait pas vraiment qui était qui. Quelqu’un disait: “Lui, c’est un anti-balaka”, cela suffisait pour qu’il se fasse tuer. On a abattu, égorgé. » Pendant plusieurs semaines, les tirs et les combats n’ont guère cessé, forçant la population à fuir. Les uns se réfugiant à l’aéroport, les autres prenant le chemin de l’exil vers le Tchad ou le Cameroun. « On entendait des tirs de jour comme de nuit, il fallait rester terré chez soi. On ne pouvait sortir acheter à manger. Moi, j’avais des réserves. Comment ont fait ceux qui n’avaient rien ? » s’interroge le photographe. La fuite de la Séléka a laissé place au déferlement des combattants anti-balaka et des pillards. « Une violence incompréhensible, aveugle et folle. » Aujourd’hui, Miskine s’est vidé de l’ensemble de sa population musulmane. Son quartier est brisé. Peut-on encore sauver la Centrafrique? « On l’espère et on prie pour, souffle Samuel Fosso. Notre pays est touché par une maladie que l’on mettra des années à guérir. » l JEUNE AFRIQUE
Culture médias affirme son producteur, Nicolas Guibert. Cet artiste a des choses à dire et il y met les formes. Il possède un style naturel. Il me rappelle le MC anglais Roots Manuva. » Contrairement à l’univers organique d’Art Melody, influencé par les instruments traditionnels, le son de Joey Le Soldat est plus clinique, répondant aux injonctions de beats martiaux, toujours au service d’un bagou empruntant aussi bien au moré qu’au français. Nulle emphase ici, mais plutôt des rimes percutantes et des saillies verbales porteuses d’une verve indéniable. « J’essaie de privilégier ma langue maternelle. Ça me permet de faire exister ma culture au-delà des frontières. Je suis mossi et je n’oublie pas d’où je viens », précise-t-il non sans fierté.
MUSIQUE
Soldat de première classe À 28 ans, le rappeur burkinabè Joey Le Soldat sort son second album solo. Au programme : des rimes percutantes en moré ou en français, une verve indéniable et des beats martiaux.
ESPOIR. La conférence de Berlin, les
SOPHIE GARCIA POUR J.A.
mariages forcés, les héros du panafricanisme, les prédations sur les ressources naturelles ou encore le quotidien des enfants des rues sont autant de thèmes évoqués au gré des douze morceaux. Deux collègues de l’internationale hip-hop francophone ont prêté mainforte : l’explosive Guinéenne Anny Kassy (« Tempoco ») et le Togolais Elom 20ce en mode ragga jamaïcain lancinant p Au centre culturel Georges-Kaboré, à Ouagadougou, le 11 février. (« Révolution »). « L’Hivernage » est un retour au village ous ses airs faussement débonlà que j’ai peaufiné ma technique. C’est natal Koumbri (à la frontière avec le naires, Joey Le Soldat évolue la débrouille ici. Je monte moi-même Mali). Joey Le Soldat loue les mérites d’un pas alerte, que ce soit des sound systems dans mon quartier d’une pluie bienfaisante, disant que, dans son quartier Tanghin, avec des planches et des vieux pneus de même au cœur de la saison chaude, tout secteur 23, à Ouagadougou, ou dans sa camion pour faire la scène. » L’artiste, peut arriver. Jadis, les Américains de carrière de rappeur prometteur. Grand et qui a choisi son nom de scène en homCreedence Clearwater Revival chantaient élégant dans ses habits hip-hop, il publie mage à son grand-père ancien tirailleur, « Who’ll Stop The Rain », une métaphore Burkin Bâ deux ans après l’éloquent La peaufine ses textes tout en cultivant ses pour savoir qui mettrait fin à la guerre parole est mon arme et quelques hauts improvisations avec une rigueur évidente du Vietnam en plein délitement de la faits remarqués au sein du collectif rétro dans son flow, une voix joliment grave et présidence Nixon. Nul doute que les futuriste Waga 3000. un remarquable sens de l’ellipse. manifestations du 18 janvier contre les À 28 ans, le rappeur vit toujours chez Après l’expérience d’Art Melody, qui modifications de la Constitution qui ses parents, alternant les petits boua signé en 2013 l’un des chefs-d’œuvre permettraient au président Compaoré de lots, jardinier ou cafetier. Dans la cour du hip-hop africain avec briguer un troisième manfamiliale, à l’ombre d’un manguier, où Wogdog Blues, coproduit dat en 2015, où la pluie est ce diplômé en lettres modernes donne par deux labels, Tentacule apparue comme par miracle, des cours du soir à des enfants du quarRe c o rd s e n F ra n c e e t entretiennent cet espoir de tier sur un tableau noir et crayeux, il se Akwaaba Music au Ghana, changement. Loin d’en faire confie : « J’ai découvert le rap avec le Burkin Bâ marque une nouun combat d’arrière-garde, Wu-Tang Clan à 14 ans. J’ai alors comvelle collaboration entre Joey Le Soldat et une poimencé à écrire mes textes et j’ai monté un rappeur burkinabè, des gnée d’autres rappeurs afriun premier groupe, Phénomène. » beatmakers français et un cains sont en train d’écrire ingénieur du son américain. la bande-son d’un futur Burkin Bâ, de ELLIPSE. Il poursuit : « J’ai d’abord par« Quand Art Melody nous a où tout semble désormais Joey Le Soldat ticipé à des freestyles dans les concours fait écouter Joey Le Soldat, possible. l (Akwaaba Music/ organisés à la radio ou dans la rue ; c’est on a tout de suite été séduits, Tentacule Records) FLORENT MAZZOLENI
S
JEUNE AFRIQUE
N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
143
144
Culture médias CINÉMA
Fabrice Éboué « Le cliché, c’est la nourriture du comique » Sur le mode de la parodie, l’humoriste s’attaque aux autocrates africains et à la Françafrique. C’est lourd, c’est gras, mais c’est bien vu.
U
n putschiste fantasque et autoritaire, une femme influente, un conseiller français nostalgique de la colonisation, une jeune gloire africaine du football français… Avec Le Crocodile du Botswanga, l’humoriste Fabrice Éboué transporte la comédie française en Afrique. Avec pour référence majeure le court règne de Moussa Dadis Camara en Guinée. C’est lourd, c’est gras et c’est bien vu. Rira-t-on de bon cœur dans les Palais ? Pas certain… Rencontre avec le réalisateur franco-camerounais, en pleine « affaire Dieudonné ». JEUNE AFRIQUE : Moussa Dadis Camara, c’est votre modèle ? FABRICE ÉBOUÉ: Nous sommes tombés
« sous le charme » des fameuses vidéos de Moussa Dadis Camara qui ont fait le tour de la planète. Ce capitaine avait la faculté d’être un grand guignol à un instant et très dangereux la seconde d’après. Nous nous en sommes clairement inspirés. Évidemment, il faut tout de même un certain recul parce que ce n’est pas toujours drôle : l’avenir d’un pays pauvre est en jeu… Et puis Dadis, malgré les aspects extrêmes de sa personnalité, a mené ses combats contre le trafic de drogue et la corruption avec du cœur et de réelles convictions. Il aimait réellement son pays. Le problème, c’est quand la mégalomanie aidant il a fini par se préférer à son pays.
l’extraordinaire documentaire de Barbet Schroeder et Le Dernier Roi d’Écosse, dont la construction – une plongée progressive dans l’horreur – m’a inspiré. J’ai étayé tout cela avec les documentaires sur la Françafrique que sont La Raison d’État et L’Argent roi, passionnant sur toute la période Jacques Foccart – qui devient Jacques Taucard dans le film. Pour les costumes,commeMobutuavaitleléopard, nous avons choisi la peau de crocodile. Quant à Bokassa, il y avait plein de petites anecdotes amusantes sur ses parties de chasse avec notre ex-président Valéry Giscard d’Estaing. L’empereur étant un piètre chasseur, on blessait les bêtes pour que ce soit plus facile pour lui. Légende ou réalité, peu importe ! Vous n’avez pas épargné les femmes de dirigeant…
J’ai utilisé les deux volets de Femmes de dictateurs écrits par Diane Ducret.
Celle incarnée par Claudia Tagbo a un côté Elena Ceausescu… Les dictateurs roumains n’étaient pas les plus cultivés du monde, et dans le couple Babimbi il y a une certaine surenchère de la bêtise. La femme de Bobo l’accuse en permanence d’avoir grandi dans une case ! Mais c’est aussi un esprit malfaisant qui le pousse vers le mal. Les femmes de dictateur étaient souvent soit très soumises et effacées, soit très influentes. Les personnages secondaires sont importants, comme ce Taucard, une sorte de croisement entre Foccart et Le Pen.
C’est un nostalgique de l’Algérie française. Dans ce film, j’ai essayé de glisser beaucoup de références au passé colonial et à la Françafrique d’aujourd’hui. J’en ai souvent croisé de ces nostalgiques d’une époque où c’était la « belle vie »… mais au détriment de tout un peuple ! Vous suivez les développements actuels de la politique française en Afrique ?
Comment ne pas le faire avec ce qui se passe au Mali et en Centrafrique ! Mais au-delà, pourquoi ai-je traité ce sujet,
Pour humilier le directeur des douanes, le président Bobo Babimbi le nomme ministre des Cabinets de la nation. Une référence au Premier ministre guinéen de l’époque, Kabiné Komara ?
Bien entendu. J’ai fait l’amalgame de tout ce que j’ai pu entendre ou lire sur les chefs d’État africains. C’est une comédie, et il faut que ce soit drôle, au final. Vous avez fait beaucoup de recherches?
Oui, surtout sur les autocrates francophones, mais il est vrai qu’avec Idi Amin Dada j’ai été servi puisqu’il existe à la fois N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
JEUNE AFRIQUE
Culture médias en dehors du fait que je suis d’origine camerounaise par mon père et que je m’intéresse à l’époque qu’il a vécue ? Parce que les relations de la France avec l’Afrique perdurent sur le plan géopolitique, mais aussi dans tous les grands débats politiques. On se pose mille et une questions sur l’intégration, l’immigration, la repentance ou l’islam en France, mais on ne traite pas le sujet en profondeur. Alors que tout découle de ce passé que la France n’a jamais mis à plat. La question symbolique de l’hymne national et du football, que j’ai reprise dans le film, est très signifiante. Pourquoi reproche-ton aux joueurs noirs de ne pas chanter l’hymne national ? Tant que la France n’aura pas fait son examen de conscience, on aura du mal à avancer ensemble. Comment appréhendez-vous la question du cliché ?
Le cliché est inévitable, c’est la nourriture du comique. Dans une comédie comme sur scène, il ne faut pas se voiler la face : si vous n’êtes pas dans le cliché, on ne vous suit pas. Si vous commencez à tergiverser, à verser dans la nuance, ce n’est plus de la comédie. Le principe de la caricature, c’est d’exagérer. Maintenant, il existe une différence entre se servir du cliché pour s’en moquer et l’utiliser pour faire de la propagande contre une communauté ou une religion. Un cliché
peut être pernicieux, mais aussi vecteur de rire, et donc d’unité.
Il faut brandir le drapeau de la liberté d’expression en continuant de faire ce qu’on a toujours fait.
Avez-vous volontairement équilibré vos piques contre les religions ?
Vous étiez opposé à l’interdiction des spectacles de Dieudonné ?
La trinité des trois religions… Moimême, je ne sais pas si je l’ai fait consciemment ou inconsciemment pour éviter d’être pris à partie. À l’heure où sort ce film, il valait néanmoins mieux qu’il en soit ainsi. Vous vous moquez aussi des Juifs…
Totalement. Cette interdiction est scandaleuse et extrêmement dangereuse. Ça m’amuse beaucoup, cette France-paysdes-droits-de-l’homme qui donne toujours des leçons aux pays africains. Je viens de lire des articles sur la nouvelle présidente de la Centrafrique qui affirment : « C’est super, c’est une femme, c’est une évolution pour ces pays-là! » Mais quand a-t-on vu une présidente de la République en France ? Regardez déjà la manière dont on traite les premières dames! Interdire un spectacle, Le Crocodile du je trouve ça très grave. Botswanga, de
Je fais les choses en mon âme et conscience, je n’ai pas de souci vis-à-vis de telle ou telle communauté. J’ai toujours vécu de manière cosmopolite, avec le même humour un peu taquin envers tout un chacun. Il ne faudrait Fabrice Éboué et pas non plus que ce qui Lionel Steketee, sortie vient de se passer autour Pourquoi n’avez-vous en France le 19 février de Dieudonné pose une pas tourné votre film au chape de plomb sur l’huCameroun ? mour en général. Je crois que la première J’avais envie de tourner dans le pays forme de racisme pour un comique ce de mon père, comme Thomas Ngijol, serait de s’empêcher de rire de ou avec qui est aussi camerounais. Après, il y a la telle ou telle communauté parce que cela logistique, le lieu adéquat, les décors, les risque de lui retomber dessus. Je ne vais techniciens sur place… Bref, nous n’avons pas m’édulcorer ou aller vers quelque pas réussi à monter le film là-bas. Mais à chose qui ne me correspondrait pas. Cuba où il y a un cinéma d’État, pas cher, avec des techniciens très performants. M. Castro nous a accueillis à bras ouverts. t Pour des raisons de logistique, Fabrice Éboué (à g.) a tourné son film à Cuba et non au Cameroun.
Vos racines camerounaises sont importantes pour vous ?
De plus en plus. Mon père ne nous y a pas emmenés quand on était petits, j’ai découvert le pays sur le tard, et maintenant j’y retourne de plus en plus souvent avec une envie de garder le lien et d’essayer de voir ce qu’il est possible d’y faire. Le Cameroun n’a même plus une salle cinéma. Mais c’est lent et compliqué.
JOHN WAXXX/MARS DISTRIBUTION
L’esclavage avec Case départ, la Françafrique avec ce film, c’est une forme d’engagement ?
JEUNE AFRIQUE
Nous cherchons à parler du fait d’être noir en France, de la manière dont cette mémoire historique pèse sur nous, avec ceux qui choisissent de s’en délester, ceux qui prennent ça comme un fardeau ou l’utilisent comme une excuse. Le dernier volet portera sur l’influence de la culture noire américaine. l Propos recueillis par NICOLAS MICHEL N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
145
Culture médias PHILOSOPHIE
La question africaine Quels ont été les grands débats philosophiques sur le continent? Le Sénégalais Souleymane Bachir Diagne y répond dans un ouvrage de vulgarisation en lice pour le prix Essai de France Télévisions.
U
n « “mémento” ou un “précis” de l’activité philosophique en Afrique » : c’est ainsi que Souleymane Bachir Diagne présente son dernier essai, L’Encre des savants, publié chez Présence africaine. Écrit à la demande du Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique (Codesria), ce petit ouvrage est une sérieuse mise au point qui déconstruit quelques clichés tenaces qui ont trait à l’Afrique en général, et en particulier à la philosophie telle qu’elle se pratique sur le continent. À 58 ans, l’intellectuel sénégalais qui enseigne à la prestigieuse université Columbia (New York) n’a donc pas cherché à écrire une histoire de la philosophie africaine. Mais il revient sur diverses problématiques qui ont alimenté le débat philosophique africain ces soixante-dix dernières années: quelle place accorder à La Philosophie bantoue de Placide Tempels et à l’ontologie vitale qu’il décrit ? Premier texte à parler de
philosophie africaine – et non plus de « mentalité primitive » – dès 1945, le livre du révérend belge est « à la fois néocolonial et postcolonial », explique Souleymane Bachir Diagne, qui en propose une nouvelle lecture. TRADUCTION. Peut-on réellement parler
d’une conception africaine du temps qui serait dépourvue de futur et d’avenir au point qu’un certain président de la République française ait pu dire que « l’homme africain n’est pas assez entré dans l’Histoire » ? Pensons et créons plutôt « le temps par notre projet », notre action, encourage ce fidèle lecteur de Gaston Berger, théoricien de la prospective. Souleymane Bachir Diagne réfute également la thèse selon laquelle il ne saurait y avoir de philosophie africaine dans la mesure où les langues africaines sont incapables d’abstraction et où les civilisations du continent ne seraient pas des cultures de l’écrit. Il appelle alors à penser contre le « paradigme du griot
PASCAL PERICH POUR J.A.
146
qui identifie l’Afrique à l’oralité, pour envisager une histoire de l’érudition (écrite) en Afrique ». Si l’on n’y prend garde, la modestie du propos de Souleymane Bachir Diagne et son effort de vulgarisation du débat
LUMIÈRES D’ISLAM
Q
uand, dans les années 1980, le spécialiste de l’algèbre de Boole qu’est Souleymane Bachir Diagne voit arriver sur le campus de l’université Cheikh-Anta-Diop des jeunes filles voilées sous l’influence de la révolution iranienne, il décide qu’il est « primordial » de rappeler aux voix fondamentalistes qu’il existe « une tradition de libre-pensée dans l’islam » ; ce qu’il fait notamment dans Comment philosopher en islam ?, dont deux rééditions viennent de paraître, l’une franco-sénégalaise, l’autre dakaroise. Dans cet essai, Souleymane Bachir Diagne rappelle que la philosophie N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
en islam est née de la rencontre de la philosophie grecque (à travers la traduction essentiellement des textes d’Aristote) et des rationalités juive, chrétienne et musulmane. Dans un exposé solide et pédagogique, il revient sur les disputes qui ont lieu à l’intérieur même de l’islam quant à la place à accorder à la pensée critique, à travers les portraits et les parcours de figures intellectuelles tels Abu Bishr Matta, Ibn Sina (Avicenne), Al-Farabi, Al-Ghazali, Ibn Rushd (Averroès), Muhammad Iqbal… « La question comment philosopher en islam ? a été
Comment philosopher en islam ?, de Souleymane Bachir Diagne, éditions Philippe Rey/Jimsaan (16 euros) et Jimsaan (9 000 F CFA).
et est toujours l’expression d’une hostilité, de la part de certains “penseurs” musulmans, à une discipline et à une démarche qu’ils jugent à la fois inutiles et corrosives lorsqu’il s’agit d’avoir une bonne intelligence de ce que la religion commande de penser, de croire et de faire », écrit-il. Mais, plus que jamais, il est « vital que la pensée en islam mette en avant esprit critique et pluralisme », défend ce fils d’une famille de lettrés musulmans de SaintLouis. l S.K.-G. JEUNE AFRIQUE
Culture médias t L’ancien élève d’Althusser sur le campus de l’université Columbia (New York).
philosophique pourraient effacer la complexité de sa démonstration et l’idéeforce avancée en filigrane tout au long de ce bref – une petite centaine de pages – mais dense ouvrage, mais aussi au fil de ses écrits. Il n’est pas tant question de s’ériger contre cette fâcheuse tendance à voir en l’Afrique une terre à part où tout ferait sens de manière radicalement autre que d’ériger un paradigme de la traduction qui insère pleinement l’Africain au cœur de l’humanité. L’universalité de l’homme, défend-il, ne se donne que dans des cas particuliers. Ainsi peut-on concevoir, à la manière de Nkrumah ou de Senghor, qu’il n’y a pas un seul modèle de socialisme ; ce qui nous autorise à concevoir des socialismes africains. De la même manière, la démocratie peut revêtir plusieurs formes et se fondre dans le moule des sociétés qui la portent. Il s’agit donc, lance l’ancien conseiller à l’Éducation et à la Culture du président Abdou Diouf (1993-1999), de « penser aujourd’hui une traduction et une appropriation africaine de la démocratie » et de « penser le rapport de l’ethnicité à la citoyenneté ». Les mouvements dits du Printemps arabe nous l’ont appris : « L’exigence d’une démocratie multipartite est universelle. » L’on ne saurait plus longtemps maintenir JEUNE AFRIQUE
Souleymane Bachir Diagne appelle alors les philosophes africains à penser dans leurs langues, ainsi que l’incitait déjà dans les années 1980 le Ghanéen Kwasi Wiredu. De la difficulté de traduire certains termes, comme le « cogito » par exemple, dans les langues africaines naissent des questionnements philosophiques. Par ailleurs, « une tradition existe en la matière établie par ces lettrés d’Afrique qu’Ousmane Kane a appelés “les intellectuels non europhones” », ceux-là mêmes qui sont le témoignage de la rencontre en Afrique de la philosophie grecque et de l’islam. « Ainsi est-il nécessaire, dans le champ africain, de s’instruire aussi de ce qu’il en est de la philosophie islamique, ou plutôt de la philosophie en terre d’islam, dont les centres intellectuels, que furent Djenné, Tombouctou, Coki (Sénégal) et autres lieux d’érudition de l’Ouest africain, ont aussi constitué des réceptacles. »
des régimes forts en affirmant que la démocratie et les droits humains sont des importations occidentales, met en garde le philosophe. Les dictatures ont trouvé leur légitiARISTOTE. Et de rappeL’Encre des mation dans une « raison de ler que l’Afrique n’a pas savants. culture » qui « déclarait que la attendu l’arrivée de la Réflexions sur la philosophie tradition africaine, inventée colonisation occidenen Afrique, tale au XIXe siècle pour bien sûr, voulait que toujours de Souleymane l’individu fût au service de la entendre parler d’ArisBachir Diagne, éd. communauté, représentée tote. Ce qu’il a démontré Présence africaine, évidemment par le Père [de notamment dans deux 128 pages, 12 euros la nation] ». Mais « pour le ouvrages précédents : progrès des libertés sur le Tombouctou. Pour une continent », il faut au contraire affirmer histoire de l’érudition en Afrique de l’importance de la personne, de l’individu l’Ouest, qu’il a codirigé avec Shamil et de ses droits. Jeppie (Codesria, 2011), et Comment philosopher en islam ?, qui vient d’être UNIVERSEL. L’exercice de la traduction réédité (lire encadré). Qui se rappelle est décisif : il nous apprend que rien de aujourd’hui que l’on débattait de la ce qui est humain ne nous est étranlogique d’Aristote (Organon) en Afrique de l’Ouest entre le XIIIe et le XVIIIe siècle? ger, pour paraphraser Terence, l’ancien « Tout ce que représente Tombouctou, sa esclave africain (berbère) né à Carthage au début du IIe siècle avant J.-C. et dont signification pour l’Afrique aujourd’hui, l’œuvre a considérablement fait évoluer écrit le philosophe sénégalais, s’exla comédie latine par ses emprunts à la prime dans cette reprise par Ahmad tragédie grecque. Traduire, c’est vivre au Bâba [1556-1627] de la parole qui est un message essentiel de l’islam : plus cœur de la communauté humaine, c’est puiser chez d’autres de quoi se construire précieuse que le sang des martyrs est soi, c’est tirer de l’universel de quoi s’alil’encre des savants. » l menter et se développer. SÉVERINE KODJO-GRANDVAUX N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
147
Culture médias En vue
n n n Décevant
n n n Pourquoi pas
n n n Réussi
n n n Excellent
PHOTOGRAPHIE
Les aînés colorisés Le photographe sénégalais Omar Victor Diop s’est fait remarquer en 2011, lors des Rencontres internationales de la photographie de Bamako (Mali), en habillant ses mannequins d’objets de rebut – comme des bouteilles en plastique. Aujourd’hui, il publie un petit carnet où, à la manière des maîtres Malick Sidibé ou Seydou Keïta, il reprend la tradition des portraits posés, en studio. En y ajoutant ses couleurs clinquantes, joyeuses et optimistes. Sympathique, mais bien moins intéressant que sa série Onomollywood, réalisée avec le photographe Antoine Tempé, qui reprend des scènes cultes de classiques du cinéma dans un contexte africain. l NICOLAS MICHEL DR
148
CINÉMA
Choix cornéliens Écrit par un duo israélo-palestinien, Bethléem revient sur le conflit qui embrase la région de manière non manichéenne.
Omar Victor Diop, photographe, éditions de l’Œil, 28 pages, 5,60 euros nnn
THÉÂTRE
Plus belle la vie Un loup capturé par les hommes et un enfant africain qui, par un caprice du sort, s’échoue en Occident se livrent l’un à l’autre et racontent les épreuves qu’ils ont dû surmonter. Cette fable, adaptée du roman éponyme de Daniel Pennac, rappelle que la beauté du monde se donne à qui veut la voir et est intelligemment mise en scène par Clara Bauer et interprétée par Vincent Berger et Habib Dembélé. À faire découvrir à un S.K.-G. jeune public. l
L’Œil du loup, de Daniel Pennac, mise en scène de Clara Bauer, jusqu’au 23 février à la Maison des métallos (Paris) nnn N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
U
n film de plus sur l’intermisécurité d’Israël l’exige. L’affaire, en effet, nable conflit israélo-palesprend un tour tragique quand, après tinien ? Certes, le décor est avoir organisé un attentat, Ibrahim bien celui-là. À la fin de la devient l’ennemi public numéro un seconde Intifada, en 2005, les services d’Israël. Et quand il apparaît que ce secrets israéliens et divers groupes de dirigeant du bras armé du Fatah se fait la résistance armée palestinienne s’affinancer par le Hamas. frontent. Mais Bethléem En quelque sorte une est un film haletant, au version israélienne de rythme et au style du thrill’excellent long-métrage Omar du Palestinien ler, qui se démarque en traitant de façon jamais Hany Abu-Assad sorti en simpliste des événements octobre dernier (voir J.A. qui font apparaître les n° 2753), Bethléem, dont coulisses du conflit. le scénario a été écrit par Les protagonistes, un duo israélo-palestiSanfur, un adolescent nien, est particulièrement palestinien, et Razi, un réussi pour un premier agent israélien, sont film. On peut apprécier confrontés à des choix son côté non manichéen Bethléem, deYuval cornéliens. Sanfur est le mais aussi regretter que, Adler (sortie en jeune frère d’un dirigeant à force de ne pas vouFrance le 19 février) nnn loir choisir son camp des Brigades d’Al-Aqsa prénommé Ibrahim. Mais et de privilégier l’action il est recruté comme informateur par pour l’action, il évacue la dimension Razi. Une trahison pour protéger des proprement politique du sujet. Pour membres de sa famille et qu’il n’assume quelle cause agissent les acteurs du conflit tous prêts à risquer leur vie ? pas vraiment en jouant un double jeu. Quant à Razi, qui éprouve des sentiBien qu’omniprésente, cette quesments paternels à l’égard de Sanfur, il ne tion n’est jamais vraiment abordée. l peut se résoudre à le sacrifier même si la RENAUD DE ROCHEBRUNE JEUNE AFRIQUE
Culture médias TÉMOIGNAGE
Et il est comment le dernier…
Au nom des femmes C’EST UNE ŒUVRE MONUMENTALE sauvée de l’oubli. À la fois autobiographie et récit quotidien de la descente aux enfers de la Somalie, le témoignage du Dr Hawa Abdi révèle comment une jeune gynécologue formée en ex-Union soviétique a pu épargner près de 90 000 vies à partir d’une clinique ouverte en 1983 à la périphérie de Mogadiscio. Grâce à la seule force de sa volonté et de son courage, elle a créé un sanctuaire de paix et d’amour au milieu d’un univers de barbarie entretenu par les seigneurs de la guerre. l SEIDIK ABBA Docteur de l’espoir, de Hawa Abdi avec Sarah J. Rubbins, traduit de l’anglais par Marie Boudewyn, éd. JC Lattès, 250 pages, 20 euros nnn
ESSAI
Qui perd gagne ANTOINE GLASER est un malin. Après avoir labouré avec talent le sillon de la Françafrique pendant trois décennies, le temps d’éditer une lettre confidentielle et de publier une demi-douzaine de livres, puis avoir sonné dans Comment la France a perdu l’Afrique le glas dudit succube, le voici qui exhume le cadavre, le ranime et lui fait faire demi-tour: place, cette fois, à l’Africafrance – laquelle semble bien partie pour durer. Le scénario est presque le même et le casting remanié, sauf que les rôles sont inversés puisque cette fois ce ne sont plus les Français mais les dirigeants africains qui mènent le bal. Certes, on savait depuis Houphouët et Bongo père que les supposées marionnettes tiraient parfois les fils, mais force est de reconnaître que Glaser a vu largement juste. Du Congo au Cameroun, du Gabon au Sénégal, de la Côte d’Ivoire au Tchad, ce livre raconte d’une plume alerte comment l’Afrique a pris la main à Paris. « Qui paie commande », conclut Glaser. Difficile de lui donner tort. l FRANÇOIS SOUDAN
Africafrance. Quand les dirigeants africains deviennent les maîtres du jeu, d’Antoine Glaser, éd. Fayard, 352 pages, 20 euros nnn JEUNE AFRIQUE
… JOSÉ EDUARDO AGUALUSA ?
S
i vous n’avez jamais eu la rue. Luanda est dévorée par la l’occasion de lire l’écrivain folie d’une nation qui se déchire à angolais José Eduardo l’indépendance et sombre aux Agualusa, ne vous fiez pas au titre mains des « policiers de la de son dernier roman. Théorie pensée ». C’est aussi une capitale générale de l’oubli n’a, en effet, rien « bourrée de mystères », avec ses d’un austère traité philosophique innombrables personnages hauts en reposant sur une démonstration couleur qui se battent pour survivre froide et implacable. Roman au cœur d’une lutte idéologique existentiel ou fable contemporaine, sans merci. On y croise un chanteur cette cinquième œuvre de fiction à congolais en exil qui fait danser un être traduite en français est portée hippopotame nain, un jeune homme par une écriture ronde, poétique, qui révolté qui devient un riche vous retient de la lire vite pour la entrepreneur, un ex-agent des savourer pleinement. Ce qui fait la services secrets qui rêve qu’on force de ce livre, c’est sa manière l’oublie, un journaliste collectionnant de réinventer un les disparitions, un monde à partir écrivain avalé par la d’une histoire vraie terre… Les intrigues incroyable, comme s’entremêlent pour les affectionne ne se dénouer que l’auteur de lorsque la vieille Barroco tropical. femme finit par À l’indépendance de accepter de l’Angola, en 1975, recouvrer la vie. une Portugaise, Ludovica Fernandes La dictature a Mano, s’emmure laissé place à une vivante dans un autre, qui se remplit appartement de « la bouche de Luanda. Elle y grands mots, Théorie générale restera cloîtrée Justice sociale, de l’oubli, de José vingt-huit ans avec Liberté, Révolution, Eduardo Agualusa, pour seule et pendant ce traduit du portugais (Angola) par Geneviève compagnie son temps les gens Leibrich, éd. Métailié, chien Fantôme et un dépérissent, 176 pages, 17 euros cadavre. tombent malades, nnn Vingt-huit années beaucoup durant lesquelles meurent ». Puis « le elle survit grâce aux maigres système socialiste fut démantelé récoltes de son potager créé sur sa par les mêmes personnes qui terrasse et durant lesquelles elle l’avaient mis sur pied et le couche par écrit son quotidien. capitalisme ressuscita de ses « Les jours s’écoulent comme s’ils cendres, plus féroce que jamais ». étaient liquides. Je n’ai plus de Au final, que faut-il faire pour cahier où écrire. / J’écris des vers construire un nouveau vivresuccincts sur les murs, avec des ensemble ? « Les erreurs nous bouts de charbon de bois. / corrigent. Il est peut-être nécessaire J’économise la nourriture, l’eau, le d’oublier », croit savoir la vieille feu et les adjectifs. » À l’ennui femme devenue quasi aveugle. Ce succède peu à peu l’effacement au que refuse l’un des personnages, un point qu’elle « pourrait écrire une ancien mercenaire à qui la vie aura théorie générale de l’oubli ». offert une seconde chance : Vingt-huit années durant « Oublier c’est mourir […]. Oublier lesquelles la peur du monde et du c’est capituler. » l SÉVERINE KODJO-GRANDVAUX ciel la tient éloignée de la fureur de N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
149
Culture médias RADIO
Agitateur d’idées
à l’antenne. « En quinze ans, nos auditeurs ont évolué. Pour le premier numéro sur le sida, on a eu beaucoup de mal à recueillir des réactions. Aujourd’hui, les gens parlent beaucoup plus facilement de tous les sujets. Le rapport aux médias a changé, les gens vont droit au but, ils savent qu’ils ont peu de temps. »
Chaque jour, des millions d’auditeurs de RFI sont au rendez-vous pour suivre Appels sur l’actualité de Juan Gomez. Retour sur un homme discret devenu une véritable star en Afrique.
« FLUX TENDU ». Réveillé tous les jours
à 5 heures du matin, Juan Gomez est aussi un travailleur acharné qui « n’envisage pas d’arriver à l’antenne sans avoir travaillé à fond [son] sujet. Je dois être capable de répondre de la manière la plus pertinente qui soit à mes auditeurs ». Sa collaboratrice, Camille Deloche, rappelle: « On travaille à flux tendu et chacun dans l’équipe est autonome. Juan nous fait confiance. C’est quelqu’un qui gère très bien le stress et qui a même besoin de cette adrénaline. » Quand on lui demande comment il vit sa notoriété sur le continent, le journaliste ne peut pas s’empêcher de sourire en évoquant le souvenir d’un voyage en Afrique, où des dizaines de personnes L’animateur lors de son émission diffusée en direct, le 11 février. ont suivi sa voiture pour le toucher ou avoir un autographe. « C’est flatteur bien uan Gomez est un homme heutendu. Mais j’ai toujours pensé qu’à force sûr, mais je suis toujours très surpris. Je reux. Souriant, chaleureux, le de travail on pouvait arriver à tout », ne fais qu’une émission de radio, sur journaliste de Radio France interaffirme-t-il. Pour Juan Gomez, le succès des sujets graves en plus. Mais je me dis nationale (RFI) aime son métier de l’émission s’explique d’abord par le qu’on répond à une demande. » Camille avec la même passion depuis vingt ans. format interactif, qui permet à chacun Deloche confirme l’admiration des audi« Pour moi, la radio, c’était un rêve de d’aborder, sans tabou ni censure, les teurs pour Juan Gomez : « C’est le grand gosse. Mes parents, d’origine espagnole, sujets les plus divers. « Les auditeurs frère, la star. Ils ont un lien très affectif sont sensibles au respect qu’on leur l’écoutaient beaucoup pour s’informer. avec le programme: c’est leur émission. » porte : on n’émet pas de jugement, et J’étais fasciné par ce média, qui avait Ses nombreux voyages en Afrique, le don d’abolir les distances, de nous chacun a le droit de défendre son point ses rencontres avec son public lors de mettre au contact de la musique, de la de vue. » Sensible à la magie de la radio, numéros réalisés sur place l’ont attalangue et de l’actualité d’un autre pays », ché à ce continent qu’il connaît se souvient-il. Né en 1970, Juan Gomez « Les auditeurs ont un lien très et apprécie de plus en plus. Il est devenu au fil des ans une véritable regrette d’ailleurs que les médias affectif avec le programme : star en Afrique. Chaque jour, des millions de l’Hexagone ne se penchent c’est leur émission. » d’auditeurs sont au rendez-vous pour son sur l’Afrique que lorsque cela CAMILLE DELOCHE, RFI émission Appels sur l’actualité. concerne directement les intérêts Une consécration pour ce journaliste de la France. Chroniqueur dans qui a fait ses premiers pas à 19 ans comme le journaliste s’émerveille toujours qu’un l’émission quotidienne de débat et de standardiste sur France Inter, alors qu’il Sénégalais vivant en Australie puisse décryptage de l’actualité 28 Minutes sur était encore étudiant de lettres et civilidiscuter avec un auditeur de Kinshasa et Arte, il essaie d’ailleurs d’évoquer quand sations espagnoles. Il deviendra par la être contredit par un Malien de Bamako. il le peut les réalités du continent. suite l’assistant d’Alain Bedouet dans « C’est un média qui rassemble, et c’est Après quinze ans d’émission, Juan son émission phare Le téléphone sonne. ce qui me plaît. » Gomez dit n’éprouver aucune lassitude, En 1996, il a 26 ans quand il prend les L’émission, qui n’a jamais changé aucun désir de changement de format rênes d’Appels sur l’actualité. Il connaît d’heure, est devenue un point fort de ou de sujet. « J’apprends des choses tous alors très peu le continent africain, mais la station. Chaque jour, l’équipe reçoit les matins grâce aux auditeurs. J’aime le il aborde ce défi sans angoisse. « Bien des centaines de messages sur Facebook, débat, le partage des idées. Je me lève par e-mail ou par téléphone et rappelle sûr, la première fois que j’ai eu à traiter tous les jours avec plaisir. » l tous les auditeurs avant de les faire passer du génocide rwandais, j’étais un peu LEÏLA SLIMANI VINCENT FOURNIER/J.A.
150
J
N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
JEUNE AFRIQUE
QUI EST LE MIEUX PLACÉ POUR VOUS PARLER DE L’ACTUALITÉ POLITIQUE ET ÉCONOMIQUE AFRICAINE ?
ONNEZ-VOUS B A À
135 €*
L’actualité revisitée de la semaine et des sujets exclusifs Des interviews sans compromis Focus pays au travers d’enquêtes et d’analyses Les stratégies d’investissement des entreprises et des mises en perspectives L’Afrique vue au travers de sa richesse culturelle
au lieu de 196 €
02 38 90 89 53
abonnement-ja@jeuneafrique.com
AMIX Service abonnements Jeune Afrique 326, rue du Gros Moulin - B.P. 10320 - 45200 Amilly - France
OUI,
JE M’ABONNE À JEUNE AFRIQUE POUR 1 AN Comme Un Soleil - Crédit photo : swillklitch - Fotolia.com
Je souhaite recevoir une facture acquitée
PUB JA 12 13
52 nos dont 4 doubles + 3 hors-séries
* Offre valable jusqu’au 31/03/2014 en France métropolitaine. Pour les autres pays, frais de port en complément : Europe, Maghreb, CFA : 24 €, USA/Canada : 74 €, Reste du monde : 94 €. Jeune Afrique est une publication du groupe Jeune Afrique, S.C.A. au capital de 15 000 000 € 57 bis rue d’Auteuil - 75016 Paris - France SIRET 784 683 484 00025. Conformément à la loi informatique et liberté du 6 janvier 1978, vous disposez d’un droit d’accès et de rectification aux données vous concernant en écrivant à Jeune Afrique, service abonnements.
J’INDIQUE MES COORDONNÉES Nom
Prénom
......................................
.............................................................................................
Adresse
............................................................................................
..........................................................................................................
Code postal Pays
France métropolitaine
135 €
Europe / Maghreb / CFA
159 €
USA / Canada
209 € 229 €
............................................
Société
Je coche l’abonnement de mon choix
Reste du monde
(Top finance 200, Top 500 entreprises, L’État de l’Afrique)
Ville
...................................................
.................................................
Tél.
........................................
................................................................................................
JE JOINS MON RÈGLEMENT PAR Chèque à l’ordre de SIJIFA Carte bancaire
Visa
Mastercard
Amex
N° Date de validité Notez les 3 derniers chiffres figurant au dos de votre carte Virement bancaire : CIC Paris EST Taitbout GCE, 11 bis Bd Haussmann 75009 Paris - IBAN FR76 3006 6106 6000 0100 4680 237 Date et signature obligatoires :
FRIQUE
soit 30 % de remise Abonnement 1 an 52 nos dont 4 doubles 3 hors-séries
www.laboutiquejeuneafriquecom
BULLETIN D’ABONNEMENT
J
A NE EU
Chaque semaine, plongez au cœur de l’actualité de tout un continent.
ANNONCES CLASSÉES
Concernant cette rubrique, adressez-vous à Fabienne Lefebvre -Tél. : 01 44 30 18 76 - Fax : 01 44 30 18 77 - Email. : f.lefebvre@jeuneafrique.com DIFCOM Régie publicitaire centrale du Groupe Jeune Afrique - 57 bis, rue d’Auteuil 75016 Paris - France
LA PRÉSIDENCE DE LA RÉPUBLIQUE GABONAISE ET L’AGENCE NATIONALE DES GRANDS TRAVAUX
AVIS D’APPEL D’OFFRES OUVERT INTERNATIONAL Visa de conformité de la DGMP : Date de lancement : 17 Février 2014 Appel d'offres : N°13ZUA14-077 Nom du projet : Réhabilitation de la Cité de la Démocratie Source de financement : Etat gabonais
1. OBJET La Présidence de la République gabonaise et l’Agence Nationale des Grands Travaux, en sa qualité de Maître d’Ouvrage Délégué, lancent un appel d’offres pour l’aménagement paysager de la Cité de la Démocratie. Ces prestations consistent, entre autres, à la préparation du site et du sol, l’acquisition et la transplantation de végétation indigène, ainsi que l’acquisition, le transport et la plantation de végétation d’importation. Elles incluront également quelques travaux de génie civil ponctuels tels que la réalisation de bordures, de surfaces inertes et de chemins piétonniers. 2. ALLOTISSEMENT Le présent appel d’offres est constitué d’un lot unique et indivisible. 3. PARTICIPATION Sont admis à concourir, tous les soumissionnaires non concernés par les mesures d’exclusion et d’incapacité de l’article 74 du décret n°0254/PR/MEEDD du 19 juin 2012 portant Code des Marchés Publics en République gabonaise.
Appel d’offres
4. CRITÈRES DE QUALIFICATION En application des dispositions des articles 71 à 73 du code des Marchés publics, les soumissionnaires doivent justifier aux fins d’attribution du marché, de leurs capacités juridiques, techniques et financières. 5. RETRAIT DES DOSSIERS ET RENSEIGNEMENTS Le dossier d'appel d'offres peut être retiré à l’adresse ci-dessous et/ou transmis via le site web dédié contre paiement au Trésor Public d'un montant non remboursable de 500 000 (Cinq cent mille) francs CFA. Les soumissionnaires intéressés peuvent obtenir des renseignements complémentaires à la même adresse : Agence Nationale des Grands Travaux (A.N.G.T) Hôtel HELICONIA II (Angondjé) - Département des Projets Spéciaux - B.P. : 23765, Libreville, Gabon A l’attention de : M. Rodrigue IPANDY –– ripandy@angt.ga ; C.c. M. Jean Louis TREMBLAY - jtrembla@angt.ga Le paiement au Trésor Public du Gabon pourra être fait, par référence au présent appel d’offres, selon les modalités suivantes : • au Gabon : en se présentant au guichet du Trésor Public, à Libreville ; • de l’étranger : par un virement Swift à l’ordre de : Nom de la Banque : BEAC (Banque des Etats de l’Afrique Centrale) Siège Social : B.P. 112, Libreville Gabon Bénéficiaire : Trésor Public Gabon N° de compte : 50.311 101.0.5001 0000000000 Swift code : beacgali 6. CRITÈRES D’ÉVALUATION Les offres seront évaluées conformément aux dispositions de l’article 31 des Données Particulières du Dossier d’Appel d’Offres (DPAO). 7. DÉPÔT DES OFFRES ET GARANTIE DE SOUMISSION Les offres doivent être déposées à l’adresse mentionnée ci-dessus au plus tard le Jeudi 03 avril 2014 à 09h00 (heure locale) et être accompagnées d'une garantie de soumission d’un montant équivalent à 1% du montant de l’offre hors taxes (HT). 8. OUVERTURE DES PLIS Les plis seront ouverts en présence des représentants des soumissionnaires qui souhaitent être présents, le jeudi 03 avril 2014 à 10h00 (heure locale).
Le Directeur Général des Marchés Publics Fridolin ONGUINDA N° 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
Le Directeur Général de l’ANGT Emmanuelle MATTEI JEUNE AFRIQUE
MINISTÈRE DE L'ÉDUCATION NATIONALE ET DE L'ALPHABÉTISATION
BURKINA FASO Unité- Progrès- Justice
SECRÉTARIAT GÉNÉRAL UNITÉ DE GESTION DU PROJET DE DÉVELOPPEMENT DE L'ENSEIGNEMENT DE BASE PHASE IV-BID
AGEM Développement Agence d’Execution et Management des Projets de Développement Tel :50 31 40 40/ 50 48 36 74 Email : agem.d@fasonet.bf BURKINA FASO
AVIS D’APPEL D’OFFRES INTERNATIONAL
Avis d’Appel d’offres International n° 003/2014/MENA/AGEM-D Le Président de la Commission d’Attribution des Marchés de AGEM Développement A Tous soumissionnaires éligibles
Lot n°1 : Bâtiments tous corps d’état : - Terrassements généraux - Aménagement VRD (voirie ; réseau d’assainissement et d’électrification - Divers logements (personnel, maîtres et gardiens) - Des latrines scolaires et de logements - Forages plus château d’eau et réseau AEP - Cuisines extérieures pour magasin et réfectoire - Infirmerie - Parkings autos et motos - Des terrains de sports - Mur de clôture, guérite et plusieurs bâtiments annexes JEUNE AFRIQUE
Lot n°2 : Bâtiments tous corps d’état - Administration - Blocs de salles de classes et de salles spécialisées - Réfectoire - Salle d’animation culturelle - Bibliothèque - 1 bloc de salle de sciences d’équipement pédagogique et - d’économie familiale Lot n°3 : Bâtiments tout corps d’état : - 4 dortoirs garçons - 3 dortoirs filles N.B. Un soumissionnaire ne peut être attributaire de plus d'un lot que s'il satisfait aux critères exigés pour chacun des lots. Dans le cas où un soumissionnaire soumissionne pour un, deux ou l’ensemble des trois (03) lots, il devra présenter une soumission séparée pour chaque lot. Les soumissionnaires éligibles, intéressés peuvent obtenir des informations supplémentaires et consulter gratuitement le dossier d’Appel d’offres international au secrétariat de la coordination de l’Unité de Gestion du Projet de Développement de l’Enseignement de Base, phase IV/BID sise à l’immeuble de la DEP/MENA, adresse postale : 01 BP 363 Ouaga 01, Tél. 50 30 84 95/ 70 23 37 43/ 70 23 17 38 Email : ugppdeb_bid4@yahoo.fr ou à AGEM-Développement Sis rue 7.05 secteur 7 ; 10 BP 269 Ouagadougou 10 Tél : (+226) 50 31 40 40/50 48 36 74/ 70 25 32 47 ; Email : agem.d@fasonet.bf Tout soumissionnaire éligible, intéressé par le présent avis, peut acheter un jeu complet du dossier d’Appel d’Offres International, à AGEMDéveloppement moyennant paiement d’un montant non remboursable de : Deux cent cinquante mille (250 000) francs CFA par lot. Les offres présentées en un (01) original et trois (03) copies, marquées comme telles conformément aux Instructions aux soumissionnaires, et accompagnées d’une garantie de soumission du montant suivant : Lot n°1 : trente cinq millions (35 000 000) Francs CFA Lot n°2 : vingt millions (20 000 000) Francs CFA Lot n°3 : vingt cinq millions (25 000 000) Francs CFA devront parvenir ou être remises au secrétariat de AGEMDéveloppement au plus tard le 31 mars 2014 à 9h00 TU. L’ouverture des plis se fera immédiatement en présence des représentants des soumissionnaires qui souhaitent y assister. En cas d’envoi par la poste ou autre mode d’envoi, la Direction de AGEM-Développement ne pourra être tenue pour responsable de la non réception du dossier par le soumissionnaire dans les délais. Les soumissionnaires resteront engagés par leurs offres pour un délai de cent vingt (120) jours, à compter de la date limite de remise des offres. L’Administration se réserve le droit de ne donner aucune suite à tout ou partie du présent Appel d’offres. Ouagadougou, le 07 janvier 2014 Le Président de la Commission d’Attribution des Marchés de AGEM Développement Jean Urbain KORSAGA N° 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
Appel d’offres
Le gouvernement du Burkina Faso a obtenu auprès de la Banque Islamique de Développement (BID) un financement sous forme de prêts UV 120 et 121 d’un montant total de 12,58 millions $EU en vue de financer les coûts de la mise en œuvre du Projet de Développement de l’Enseignement de Base – Phase. Il est prévu qu’une partie des sommes accordées au titre de ce crédit sera utilisée pour effectuer les paiements autorisés des entreprises chargées de l’exécution des travaux de construction de l’École Nationale des Enseignants du Primaire (ENEP) de Tenkodogo. Les décaissements de fonds par la BID sont entièrement assujettis aux termes et conditions de l’accord de financement y compris les Directives relatives à l’acquisition des biens et services et travaux dans le cadre du financement de la BID. Sauf accord explicite de la BID aucune partie autre que le gouvernement du Burkina Faso ne peut se prévaloir des dispositions de l’accord de financement ni avoir quelques prétentions que ce soit sur le produit du financement. Par la présente, l’Agence d’Exécution et de Management des Projets de Développement (AGEM- Développement) Rue 7.05 secteur 7 ; 10 BP 269 Ouagadougou 10 BURKINA FASO ; Tél. (+226) 50 31 40 40/50 48 36 74/70 25 32 47 agissant en tant que Maître d’Ouvrage Délégué lance un Appel d’Offres International limité aux pays membres de la BID pour les travaux de construction de l’ENEP de Tenkodogo qui comporte : - Divers bâtiments administratifs, culturel et pédagogiques - Des dortoirs et ateliers - Des aménagements VRD - Des terrains de sports - Assainissement pluvial - Éclairage public etc… La participation à la concurrence est ouverte à toutes les personnes physiques ou morales ou groupements desdites personnes des pays membres de la BID pour autant qu’elles ne soient pas sous le coup d’interdiction ou de suspension et en règle vis-à-vis de l’Administration et de la BID. Les soumissionnaires ont la possibilité de soumissionner pour un, deux ou pour l’ensemble des trois (03) lots indivisibles définis de la façon suivante :
154
Annonces classées LA SOCIÉTE DES LIGNES INTÉRIEURES ET INTERNATIONALES (TUNISAIR EXPRESS)
Retrouvez
APPEL D'OFFRES INTERNATIONAL N°01/2014 RELATIF À LA VENTE D'UN ATR 72-200 ET D’UN STOCK DE PIÈCES DE RECHANGES
toutes
La société des lignes Intérieures et internationales, TUNISAIR EXPRESS se propose de lancer l’appel d’offre suivant pour la vente au plus offrant d'un avion de type ATR 72-200 et d'un lot de pièces de rechange.
nos
Il s'agit d'une excellente occasion d'acquérir un ATR 72-200 qui a été mis en service avec TUNISAIR EXPRESS depuis 1992. Pendant ce temps, l'appareil a été maintenu par Tunisair Technics aux normes du fabricant.
annonces sur le site :
Le lot de pièces de rechange ATR 72-200 comprend : • Un Stock de pièces de rechange révisables et consommables ; • Des pièces de rechange réparables ; • Outillages ;
Manifestation d’intérêt - Appel d’offres
www.jeuneafrique.com
Pour retirer le cahier des charges, prière contacter la direction générale de TUNISAIR EXPRESS à l'adresse suivante: 10 rue de l'artisanat Z.I charguia II-2035 Tunis carthage. La date de clôture de l'appel d'offre est fixée au 12 Mars 2014.
MINISTÈRE DE L’ÉQUIPEMENT ET DES TRANSPORTS - REPUBLIQUE DU MALI
Sollicitation de manifestations d’intérêt 1. Le Gouvernement de la République du Mali a obtenu de la Banque Islamique de Développement (BID) un Prêt d’Assistance Technique pour financer le coût de l’Etude de faisabilité et d’Avant Projet Détaillé du tronçon Kidal-Timiaouine (Frontière Algérienne), 365 km de la route Transsaharienne en République du Mali. Les sommes accordées au titre de ce Prêt seront utilisées pour effectuer les paiements prévus au titre de l’exécution du Contrat pour l’Etude de faisabilité et d’Avant Projet Détaillé du tronçon Kidal-Timiaouine (Frontière Algérienne), 365 km de la route Transsaharienne en République du Mali. 2. Le Ministère de l’Equipement et des Transports lance une sollicitation de manifestations d’intérêt auprès des sociétés internationales spécialisées (Bureaux d’études), limitées aux Pays membres de la Banque Islamique de Développement (BID) conformément aux principes directeurs régissant la sélection de consultants en vue d’établir la liste restreinte des sociétés à consulter pour l’exécution du contrat sus mentionné. 3. Les prestations concernent l’étude de faisabilité (Avant Projet Sommaire) et d’Avant
N° 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
Projet Détaillé des travaux de construction et de bitumage du tronçon Kidal-Timiaouine (Frontière Algérienne), 365 km de la route Transsaharienne en République du Mali. 4. La date probable de démarrage des prestations est prévue au courant du 3ème trimestre de 2014 pour un délai d’exécution de Quinze (15) mois. 5. Les bureaux d’études intéressés sont invités à présenter leur candidature. Les bureaux d’études éligibles intéressés doivent produire les informations sur leur capacité et leur expérience démontrant qu’ils sont qualifiés pour les prestations prévues. Ils fourniront à cet effet, la documentation indiquant leurs qualifications (références professionnelles, expérience dans des missions comparables, disponibilité du personnel qualifié, etc.). 6. Les bureaux d’études intéressés peuvent obtenir des informations complémentaires à l’adresse mentionnée ci-dessous aux heures locales (TU) et jours d’ouverture des bureaux : Direction Nationale des Routes Av. de la Liberté - BP 1758 - Bamako Tél: (223) 20 22 29 02 / 20 23 60 88 Fax: (223) 20 23 60 92
Les manifestations d’intérêt devront être déposées ou adressées, à l’adresse mentionnée ci-dessous au plus tard le 20 février 2014 à 12 heures locales (TU): Direction des Finances et du Matériel Ministère de l’Equipement et des Transports Avenue de la Liberté - Face Grand Hôtel BP 78 - Bamako Tél. : (223) 20 22 23 81 / 20 23 14 50 Fax : (223) 20 23 90 60 Les manifestations d’intérêt doivent porter expressément la mention « Manifestation d’intérêt pour l’étude de faisabilité (Avant Projet Sommaire) et d’Avant Projet Détaillé des travaux de construction et de bitumage du tronçon Kidal-Timiaouine (Frontière Algérienne), 365 km de la route Transsaharienne en République du Mali ». Il est à noter que l’intérêt manifesté par un bureau d’études n’implique aucune obligation de la part de l’Administration de les inclure sur la liste restreinte.
JEUNE AFRIQUE
Annonces classées
155
RÉPUBLIQUE DE GUINÉE - MINISTÈRE DE L’ÉNERGIE ET DE L’HYDRAULIQUE SERVICE NATIONAL DES POINTS D’EAU (SNAPE)
PROJET D’APPROVISIONNEMENT EN EAU POTABLE ET ASSAINISSEMENT DANS LES PRÉFECTURES DE BOKÉ ET TÉLIMÉLÉ (PAEPA-BT) : GUI 0111
AVIS D’APPEL À MANIFESTATION D’INTÉRÊT (AAMI) N° 002/MEH/SNAPE/2014 DU JEUDI 13 FÉVRIER RECRUTEMENT D’UN BUREAU D’ÉTUDES POUR LA MAÎTRISE D’ŒUVRE DU PROJET (Élaboration des dossiers d’appel d’offres pour la consultation des entreprises, Participation à l’évaluation des offres, Études d’implantation des ouvrages, incluant la prospection géophysique si nécessaire, Contrôle des travaux, Suivi technique et financier du projet) Client : Ministère de l’Énergie et de l’Hydraulique (MEH) / Service National des Points d’Eau (SNAPE) / Projet d’Approvisionnement en Eau Potable et Assainissement dans les Préfectures de Boké et Télimélé (PAEPA-BT) : GUI 0111. Titre : Manifestation d’intérêt « pour le recrutement d’un Bureau d’Études pour la maitrise d’œuvre du Projet (PAEPA-BT) »
JEUNE AFRIQUE
N° 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
Manifestation d’intérêt
1. Le Gouvernement de la République de Guinée a sollicité un financement de la Banque Islamique de Développement (BID) en vue de financer le coût du Projet d’Approvisionnement en Eau Potable et Assainissement dans les Préfectures de Boké et Télimélé et se propose d'utiliser une partie des fonds de ce crédit pour effectuer des paiements autorisés au titre du contrat suivant : Service de consultant pour le recrutement d’un bureau d’études pour la maitrise d’œuvre du Projet d’Approvisionnement en Eau Potable et Assainissement dans les Préfectures de Boké et Télimélé (PAEPA-BT) : GUI 0111. 2. Le Ministère d’État chargé de l’Énergie à travers le Service National des Points d’Eau (SNAPE) sollicite des propositions en vue de la fourniture des services de consultants ci-après : «i) l’élaboration des dossiers d’appel d’offres, ii) la participation à l’évaluation des offres, iii) les études d’implantation des ouvrages, incluant la prospection géophysique si nécessaire, iv) le contrôle des travaux de réalisation de forages, de mini- adductions d’eau potable (mini-aep) et de construction de latrines et v) le suivi technique et financier du projet ». La durée des prestations est de 36 mois. 3. Les candidats intéressés sont invités à manifester leur intérêt pour la prestation des services décrits ci-dessus en fournissant les informations indiquant qu’ils sont qualifiés pour exécuter les services. Les consultants peuvent exprimer leurs intérêts sous les formes de groupement, validées par un accord entre les membres du groupement qui spécifie clairement le type d’association, c'est-à-dire une joint-venture et les formes intermédiaires ou de soustraitances. 4. Les critères devant permettre de sélectionner une firme de consultants sont les suivants : a. le consultant est jugé éligible en vertu des règles d’éligibilité de la BID ; b. le consultant jouit d’une bonne réputation professionnelle lui permettant d’entretenir de bonne relation de travail avec le client, ou, dans le cadre d’un pays bénéficiaire où l’industrie de services de consultant est en développement, le consultant possède les références et les compétences nécessaires à l’accomplissement de sa mission ; c. l’expérience et la performance passées du consultant dans le domaine recherché doivent être satisfaisantes ; d. la capacité financière du consultant pour entrer en ligne de compte, au cas par cas, et selon la portée et la complexité de la mission. La longue présence de consultant sur la scène internationale constitue un facteur permettant de juger de sa stabilité et une bonne indication de sa solvabilité permanente pendant toute la période de ses services ; e. le consultant ne doit pas être en situation de conflit d’intérêt. 5. Il est demandé aux candidats de fournir ces informations en ne dépassant pas 100 pages environ. Les candidats peuvent s’associer pour renforcer leurs compétences respectives. 6. Une liste de meilleurs candidats (6 à 8) présentant au mieux les aptitudes requises pour exécuter les prestations sera établie par l’Autorité contractante ; ces candidats présélectionnés seront ensuite invités à présenter leurs propositions techniques et financières et un candidat sera retenu sur la base de la qualité technique et du montant de la proposition (sélection qualité‐coût). 7. Les consultants intéressés peuvent obtenir des informations supplémentaires au sujet des documents de référence à l’adresse mentionnée ci-dessous et aux heures suivantes : Du lundi au jeudi de 10 heures à 15 heures GMT et vendredi de 10 heures à 12 heures GMT. 8. Les manifestations d’intérêt, portant la mention « Manifestation d’intérêt pour la maitrise d’œuvre du Projet d’Approvisionnement en Eau Potable et Assainissement dans les préfectures de Boké et Télimélé (PAEPA-BT) : GUI 0111 », doivent parvenir sous pli fermé en trois (3) exemplaires (un original et deux copies) à la même adresse ci-dessous au plus tard le lundi 03 mars 2014 à 11h 00mn GMT. L’ouverture aura lieu en séance publique le même jour à 11h30 mn dans la salle de conférences du SNAPE. Service National des Points d’Eau (SNAPE)/ Projet d’Approvisionnement en Eau Potable et Assainissement dans les Préfectures de Boké et Télimélé (PAEPA-BT) : GUI 0111. Quartier Almamya, Rue KA 026, BP 2064 Conakry, République de Guinée, Tél : (224) 622 54 56 83/ 622 23 41 11 ; à l’attention de Monsieur le Directeur Général. E-mail : snape.guinee@gmail.com Le Ministre Idrissa THIAM
156
Annonces classées
AVIS GÉNÉRAL DE PASSATION DE MARCHÉS RÉPUBLIQUE GABONAISE
NOM DU PROJET : PROJET D’AMÉNAGEMENT DU BASSIN VERSANT DE TERRE NOUVELLE SECTEUR : EAU ET ASSAINISSEMENT FINANCEMENT N0. GAB 0095 Le Gouvernement de la République Gabonaise a demandé et obtenu auprès de la Banque Islamique de Développement (BID), un financement d’un montant de 29 603 339 410 F CFA (45 130000 euros) pour financer le projet d’aménagement du bassin versant de Terre Nouvelle. Il se propose d’utiliser les fonds pour régler des fournitures, des travaux et services devant être acquis dans le cadre de ce projet.
Avis de Marchés
1. Le projet comporte les composantes suivantes : a) Travaux d'aménagement :Avec une superficie de 294,04 ha et un linéaire des branches égale à 7,1 km, les travaux d'aménagement comprendront la construction de : - 13 voies de circulation, 11 ouvrages de franchissement, 25 passerelles ; - 13 voies de circulation ; - 1 Centre de Transfert, 8 quais de transbordement. b) Services de Consultants pour la reprise des études, la surveillance et le contrôle des travaux de construction du projet mentionnés ci-dessus ; c) Services de consultant pour l’Assistance Technique ; d) Renforcement des capacités ; e) Services de Consultant pour l’Audit du Projet. 2. Les marchés financés par la BID seront passés conformément aux procédures spécifiées dans les Directives pour la Passation des Marchés financés par la Banque Islamique de Développement (édition Mai 2009) et sont ouverts à tous les candidats qui remplissent les conditions spécifiées dans les Directives. Les consultants seront choisis conformément aux directives pour l’Utilisation des consultants dans le cadre des projets financés par la Banque Islamique de Développement (édition Mai 2009). 3. Les avis relatifs aux différents marchés qui doivent être passés conformément aux procédures d’appel à la concurrence internationale de la banque Islamique de Développement seront publiés, dès leur communication, sur le site Web de la Banque (www.isdb.org), dans au moins un journal commercial ayant une grande diffusion internationale et dans les journaux à large diffusion de la République Gabonaise. 4. Il sera procédé à une présélection pour le marché concernant les travaux d’Aménagement du bassin versant de Terre Nouvelle. 5. Les soumissionnaires potentiels satisfaisant aux critères de provenance et souhaitant figurer sur la liste des destinataires d’avis de présélection/d’appel d’offres dans le cadre des procédures d’appel à la concurrence internationale, ou ceux ayant besoin de renseignements complémentaires, devront s’adresser à : L’Unité de Coordination de l’Etude et des Travaux (UCET) Immeuble Filao B sise à Centre Affaires Rénovation BP 12 336 – Libreville - Gabon Email : ugpgabbad@yahoo.fr et ugpgabbad2@gmail.com Tél. +(241) 01 20 97 39 // +(241)01 20 97 42 N° 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
JEUNE AFRIQUE
Annonces classées
157
Directeur Supply Chain (H/F) - 100K€
Industrie Algérie - CDI
Rattaché à la Direction Générale Pays et au Directeur Supply Chain de la zone, vous êtes en charge de toutes les activités Supply Chain en amont et en aval de la société. Vous travaillez étroitement avec le département commercial, marketing, financier et avec l’usine pour optimiser les importations, les stocks, la prévision des ventes et la livraison de commandes. Vous avez des contacts réguliers avec les clients de l’entreprise et les autorités du pays. Membre du comité de direction, vous êtes un acteur principal de la conduite du changement au sein de l’entreprise et vous communiquez activement avec l’ensemble de vos équipes. Ce poste a une forte dimension opérationnelle. Diplômé d’une formation supérieure, vous justifiez d’une expérience professionnelle de plus de 10 ans dans l’industrie et vous êtes capable de mener de front des projets transversaux.
Réf. : 041585
Postulez par mail : faam@fedafrica.com
www.fedafrica.com
RECRUITMENT OF A PROJECT PROCUREMENT ANALYST I.D.B. REGIONAL OFFICE OF DAKAR
JEUNE AFRIQUE
N° 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
Recrutement
Job Purpose : The Islamic Development Bank (I.D.B) is an International Financial Institution established in pursuance of the Declaration of intent issued by the Conference of Finance Ministers of Muslim Countries held in Jeddah in 1973 to foster the economic development and social progress of member countries. Actually the membership consists of 56 member countries. The Bank was formally opened on October 20th 1975. The Bank’s Headquarters are located in Jeddah in the Kingdom of Saudi Arabia. The Regional Office of Dakar was opened in 2008 and covers a constituency of 11 countries: Benin, Burkina Faso, Cote d’Ivoire, Gambia, Guinea Bissau, Guinea Conakry, Mali, Niger, Senegal, Sierra Leone and Togo. In order to strenghten its internal capacity, the I.D.B is looking for a talented and experienced staff, citizen from the countries under the constituency referred to above, for permanent Dakar-based local position of Project Procurement Analyst. The incubent will work as a technical Staff receiving all functional assignments and technical guidance on Project Procurement matters/issues from the Division Manager, Project Procurement; to provide operational and analytical support on all Project Procurement matters and support implementation of Project Procurement arrangement under Bank financed operations. Educational Qualifications: Bachelor level Degree in related fields (Engineering, Law, Business Administration). Advanced Degrees are highly preferable. Language Skills: English and French. Arabic is an additional advantage. Years of Experience: Minimum five (5) years Nature of Experience: • Proven analytical and evaluative skills, including the ability to independently provide well researched analyses of key project procurement issues and problems. • Ability to carry out necessary analysis of project procurement issues to support decisions making by Senior Procurement Staff. • Ability to carry out supervision work to ensure that projects procurement management systems are functioning appropriately, including the review of periodic interim reports for project procurement related activities. Interested applicants should send their application letters, CV and references by email to: RODK@isdb.org Deadline for submission: 02/03/2014
158
Annonces classées
www.sai2000.org COURS INTENSIFS D’ANGLAIS École Commerciale Privée fondée en 1955 THIS SCHOOL IS AUTHORIZED UNDER FEDERAL LAW TO ENROLL NONIMMIGRANT ALIEN STUDENTS
Comptabilité sur ordinateur Gestion de bureau sur ordinateur dBase Management® Microsoft Office Suite - Windows Traitement de texte Microsoft® Lotus Suite - (T1) Internet access • Membre accrédité du “ACICS” • Établissement reconnu par le Département d’Éducation de l’État de New York • Commence dès ce mois-ci • Cours offerts le matin, l’après-midi et le soir. Tél. (212) 840-7111 Fax (212) 719-5922 SKYPE : StudentClub SPANISH-AMERICAN INSTITUTE 215 W 43 St. (Times Square) Manhattan, NY 10036-3913
CFO Project employment in West Africa As CFO you will be part of the cooperation between the two international helicopter companies Blueway Offshore and Caverton Helicopters. The two companies have a technical cooperation on delivering offshore helicopter services to Shell/Nigeria. The operation is headquartered in Murtala Muhammed Airport in Lagos and will last until at least June 2017. You will report to the Project/Contract Manager and Blueway’s/Caverton’s steering group for the contract, and you will be responsible for the total overview of the project’s management, accounts, cash flow, and reporting. If the job is interesting to you, please upload your application and CV on www.mercuriurval.dk (reference number: DK-414-51722).
Recrutement - Formation
info@sai2000.org
FORUM de recrutement
2014
> managers pour l’afrique
DAKAR
21 et 22 mars AU KING FAHD PALACE
PLUSIEURS CENTAINES DE POSTES À POURVOIR
WWW.AFRICTALENTS.COM
AfricSearch, 1er cabinet de recrutement et de conseil en ressources humaines pour l’AFRIQUE a été fondé en 1996 par Didier Acouetey, il est né d’une volonté de participer au développement du continent africain. Dans la continuité naturelle d’identification des ressources humaines à la recherche d’opportunités professionnelles sur le continent et des entreprises en quête de futurs collaborateurs qualifiés, l’initiative se poursuit par le biais d’AfricTalents depuis 1999. AfricTalents Paris a réuni plus de 800 candidats le 29 novembre dernier aux Salons Hoche, avec notamment la présence de Groupes comme BNP Paribas, Société Générale, Attijariwafa Bank ,IFC, Tractafric, Gallina Blanca, Shell Gabon, Bollore Africa Logistics, Saham Group, Eramet Comilog, Jeune Afrique, pour ne citer que ceux-là. AfricSearch Sénégal représenté par Céline Thiam, organise la 9e édition d’AfricTalents Dakar les 21 & 22 mars au King Fahd Palace. Une quinzaine d’entreprises sera présente, et une campagne de sélection des meilleurs candidats est en cours depuis plusieurs mois afin de répondre au mieux aux attentes de nos partenaires recruteurs. Aux candidats : « Vous êtes jeune diplômé ou cadre expérimenté, vous êtes à l’écoute du marché et vous souhaitez donner un nouvel élan à votre carrière? Inscrivez-vous dès à présent sur www.africtalents.com » Aux recruteurs : « Vous cherchez le meilleur moyen de rencontrer les hauts potentiels du Sénégal, d’Afrique ou d’ailleurs, de vous constituer un vivier de candidats, de mettre en avant votre marque employeur et de communiquer sur vos activités en Afrique et par le Monde, contactez nos équipes via dakar@africtalents.com. Nous nous ferons un plaisir de vous accompagner dans votre développement ! » AfricTalents, c’est aussi des interventions de dirigeants et de DRH, des conférences d’experts liées à des thèmes d’actualités en Afrique ! RDV sur www.africtalents.com
N° 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
JEUNE AFRIQUE
Annonces classées
159
APPEL À CANDIDATURE NATIONAL POUR L’AMÉLIORATION DE LA CONNAISSANCE LOCALE DES SYSTÈMES AQUIFÈRES (ÉTUDIANTS EN MASTER ET THÈSE)
Dans le cadre du projet GICRESAIT financé par la Facilité africaine de l’eau et le Fonds français pour l’environnement mondial, l’Observatoire du Sahara et du Sahel, organisation internationale basée à Tunis, lance un d’appel à candidature pour l’amélioration de la connaissance locale des systèmes aquifères en Algérie, au Bénin, au Burkina Faso, au Mali, en Mauritanie, au Niger et au Nigeria. Le délai de soumission des dossiers de candidature est fixé au 07mars 2014.
Fabrication & Commercialisation de Groupes Electrogènes toutes puissances Études & réalisations
Toutes les formalités de candidature, sont disponibles sur le site de l’OSS
Assistance technique
http://www.oss-online.org/fr/appel-offrenational-gicresait
Maintenance
Ghana
Pièces de rechange
BP N°1 - 37190 Vallères - France www.lepron-sa.com - 33(0)2 47 45 45 50
Algérie
Divers
hangars métalliques préfabriqués
!"#$% &'$#%(')$% *'+,% %( -.$)/0% )(."@.$)1"2'#34"2 +32 3 353 33 99
frisomat.com/afrique
Nigéria JEUNE AFRIQUE
N° 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
Vous & nous
Le courrier des lecteurs Envoyez-nous vos réactions, vos réflexions, vos coups de gueule ou de cœur à redaction@jeuneafrique.com ou au 57 bis, rue d’Auteuil, 75016 Paris.
UA Dlamini-Zuma rattrapée par la réalité IL FALLAIT à Nkosazana Dlamini-Zuma, présidente de la Commission de l’Unionafricaine,unplanfuturistepourl’Afriquepouressayer de masquer son impuissance. Celle-làmêmequiafrappétous ses prédécesseurs, lesquels étaient soupçonnés par Pretoria d’être à la solde des puissances occidentales, et notammentàcelledelaFrance. L’organisation n’a opéré aucune mue depuis l’élection de la Sud-Africaine. Elle dépend toujours, pour son budgetdefonctionnement,des financementsextérieurs.Alors àquel«agenda2063»DlaminiZuma veut-elle nous faire rêver?Pourquoiprévoirmaintenant un futur radieux alors que le présent est si incertain, voire chaotique, pour nombre depaysafricains?Pendantque la Centrafrique se meurt, l’Afriquedu Sud etle Nigeriase battent pour une histoire de sigle: Caric (Capacité africaine de réponse immédiate aux crises [pour la première]) et FAA(Forceafricaineenattente [pourlesecond]).Avantd’envisager 2063, on aimerait bien noter une rupture entre l’ère Jean Ping et l’ère de l’illusionniste Nkosazana DlaminiZuma. l
seulement celui-ci ne brûlait pas les étapes. Il est déraisonnable de s’offrir plusieurs costumes alors qu’on n’a ni sandales ni sous-vêtement. Quel intérêt d’investir dans
Africa24quandlapressenationale est quasi inexistante ? Construire le Paseo Marítimo quandlespopulationsn’ontni eau potable ni électricité ? Édifier la clinique La Paz,
Centrafrique Mandela, réveille-toi ! LA CENTRAFRIQUE est plongée dans le chaos et la violence. De nationalité française, j’ai été élève au lycée Barthélemy-Boganda, à Bangui, entre 1966 et 1971. J’ai eu un coup de cœur pour ce pays dont j’ai gardé jusqu’à ce jour la nostalgie : Bangui avec ses flamboyants en fleur, le fleuve Oubangui, les chutes de Boali, ses villages perdus dans la brousse, la nuit bruissant des coassements des crapauds-buffles. Les femmes et les hommes si chaleureux, accueillants ; mes camarades passionnés de littérature, de mathématiques… et ouverts sur le monde.
Abidjan, Côte d’Ivoire
Le prix de la réconciliation
Abidjan, Côte d’Ivoire
N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
JEAN-MARIE AKPWABOT,
PATRICK DAVID, Fontenay-aux-Roses, France
TOUNGARA BALLA,
Obiang L’émergence à des années lumière VOTRE ARTICLE sur la Guinée équatoriale est objectif (J.A. no 2770, du 9 au 15 février). Les rêves de bâtisseur du président Obiang seraient en effet salués si
inaccessible à la population, quandlamortalitéinfantileest endémique? Proposer un prix àl’Unescoquandl’écoleesten piteux état et les adultes incapables de situer leur propre pays sur une carte d’Afrique? Le chemin vers l’émergence est hélas hors de portée avant delonguesdécennies. l
J’ai par la suite soutenu une thèse de doctorat d’État à Paris-XI sur l’Union africaine et l’élaboration d’un droit régional de la guerre civile. J’ai également effectué un stage à Jeune Afrique à la fin des années 1970. Cette passion pour l’Afrique ne me quitte pas. Mais, de tous les pays que j’ai visités au hasard des postes de mon père diplomate (Guinée-Conakry, Nigeria, Togo, Bénin, Ghana, Tchad), la Centrafrique est celui qui m’a le plus touché. Atterré par ce qui s’y passe, j’envoie à tous mes condisciples du baccalauréat 1971, pour la plupart perdus de vue (j’ai 61 ans), mes salutations les plus fraternelles, en espérant que leurs familles et eux-mêmes ont pu échapper aux massacres et résister à la tentation de la vengeance, aveugle par définition. J’espère qu’une femme ou un homme de la dimension d’un Mandela ou d’un Gandhi rétablira la concorde et la réconciliation entre les habitants de ce pays, qui a trop souvent supporté des régimes forts, voire dictatoriaux. Il le mérite. l
GUY LE QUERREC/J.A.
160
p Bangui, 1er décembre 1970. Douzième anniversaire de la proclamation de la République centrafricaine.
LA PAIX EN CENTRAFRIQUE, on en parlera encore longtemps au futur. Car l’esprit de vengeance, affiché par des ex-Faca (Forces armées centrafricaines) hilares devant les clichés du lynchage d’un présumé ex-Séléka, ne laisse présager aucun retour au calme. Catherine Samba-Panza, présidente de la transition, devra se montrer plus ferme et traduire en justice les auteurs de cette barbarie. La réconciliation nationale est à ce prix-là ! l SERGE ABOU OUAMBI, N’Djamena, Tchad JEUNE AFRIQUE
Vous nous
Précision L’inhumation de Tshombe DANS UN ARTICLE intitulé « Kabila peut-il rebondir? » (J.A. no 2767, du 19 au 25 janvier 2014), vous affirmez que Moïse Tshombe, ancien président du Katanga sécessionniste puis Premier ministreduCongo,estinhumé en Algérie. Il n’en est rien. Il repose au cimetière d’Etterbeek, à Wezembeek, en Belgique. l RICHARD TSHOMBE (neveu de Moïse Tshombe)
Réponse : Merci de votre vigi-
lance. Si Moïse Tshombe est décédé en Algérie en juin 1969, il est bien enterré en Belgique au cimetière d’Etterbeek à Wezembeek, dans la banlieue de Bruxelles. Après les concertations nationales du dernier trimestre 2013, des pourparlers ont été engagés avec sa famille en vue de sa réhabilitation et du retour de sa dépouille en RD LA RÉDACTION Congo. l
Homophobie Question de culture C’EST AVEC GRAND intérêt que j’ai lu votre dossier sur « Le continent homophobe » qu’est l’Afrique (J.A. no 2769, du 2 au 8 février). Les défenseurs des droits « humains » ne cessent de dénoncer l’homophobie de paysafricains,dontlemien,le
Tunisie Nida Tounes en construction LA PUBLICATION, dans le no 2767 de Jeune Afrique, de l’article intitulé « Nida Tounes, l’heure de vérité », appelle quelques réflexions de la part d’un militant de base. En juin prochain, Nida Tounes aura seulement deux ans. Parti de rien, Béji p J.A. no 2767, du 19 au 25 janvier 2014, Caïd Essebsi a construit un parti qui, en un pages 42 et 43. temps record, a permis de rééquilibrer les forces en présence sur la scène politique tunisienne. Son projet, il l’a fondé sur l’idée de rassemblement pour la Tunisie, au-delà des idéologies. Il l’a voulu à l’image de la société, diverse, plurielle, tournée vers l’avenir et vers la modernité, les pieds bien ancrés dans trois siècles d’une histoire commune. Malgré sa présence dans toutes les régions du pays, Nida Tounes est toujours en pleine structuration. Mettre en place une ossature solide et crédible n’est pas chose aisée. Un parti politique n’est pas un corps inerte. Nida Tounes se développe, croît au long des mois, trébuche, se blesse et se relève par la seule volonté de ses militants. Les divergences, les oppositions, voire les conflits aboutissant dans certains cas à des démissions, ne doivent en aucun cas nous faire douter, comme l’a mentionné l’universitaire Mahmoud Ben Romdhane. Ils témoignent simplement de cette « crise de croissance » que traverse Nida Tounes. Quoi de plus normal dans la vie d’un parti en construction ? l MUSTAPHA-KAMEL METAHNI, Sousse, Tunisie
Cameroun, sans chercher à en comprendre les causes profondes. Pour eux comme pour vous, la seule solution, c ’est la légalisation de l’homosexualité. Dans le contexte actuel, se plier à cette exigence reviendrait, pour nos États, à livrer les homosexuels à la vindicte populaire. Au nom des droits « humains », le politique serait encore accusé de ne rien
faire pour les protéger. En se cachant, eux-mêmes se protègentaussi.Et,jevousl’assure, c’est mieux ainsi. L’homophobie est liée à notre culture. Pour en venir à bout, il faudra du temps. En Europe, la polygamie est condamnée par la loi, parce qu’elleestcontraireauxvaleurs des peuples européens. Or les Africains s’y reconnaissent. N’est-ce pas refuser un droit
« humain » aux Africains que de la mettre hors la loi ? Dans votre dossier, l’homme politique,laloi,lafamille,lasociété (àmajorité),touscondamnent l’homosexualité. Évacuer l’aspect culturel du problème, ce serait manquer de discernement. Cette tolérance que vous attendez de nous, faitesen déjà preuve vous-même. l ENGELBER WONG ONDOA, Yaoundé, Cameroun
DR
Don Cent vingt numéros de Jeune Afrique pour l’Université de Mbandaka
p Mbandaka, 11 février 2014, à la bibliothèque de l’Unimba.
JEUNE AFRIQUE
PARTAGER AVEC LES AUTRES ce que l’on a de plus cher procure une immense joie. Je l’ai expérimenté ce 11 février en faisant don à l’Université de Mbandaka (Unimba, province de l’Équateur) de cent vingt numéros de Jeune Afrique représentant ma collection sur trente mois. Pour l’occasion, une cérémonie a été organisée dans la salle de lecture de la modeste bibliothèque universitaire, devant de nombreux étudiants et professeurs. J’ai fait cette démarche après avoir constaté que le coin de lecture que j’avais
précédemment ouvert au centre-ville de Mbandaka pour pallier l’absence de kiosques à journaux avait du mal à drainer du monde. L’Université de Mbandaka m’a paru un lieu mieux indiqué, l’idée étant de susciter le goût de la lecture chez les 2 500 étudiants des cinq facultés. Je crois pouvoir dire que mon geste a été apprécié: Gratien Ekoko, recteur de l’Unimba, en a profité pour annoncer l’ouverture prochaine de la faculté de la communication. l JEAN-PIERRE EALE IKABE, Kinshasa, RD Congo N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
161
162
Post-scriptum Tshitenge Lubabu M.K.
Fondateur : Béchir Ben Yahmed, le 17 octobre 1960 à Tunis bby@jeuneafrique.com
Édité par SIFIJA Siège social : 57 bis, rue d’Auteuil – 75016 PARIS Tél. : 01 44 30 19 60 ; télécopieurs : rédaction : 01 45 20 09 69 ; ventes : 01 45 20 09 67 ; courriel : redaction@jeuneafrique.com Directeur général : Danielle Ben Yahmed Vice-présidents : Aldo de Silva, Danielle Ben Yahmed, François Soudan, Amir Ben Yahmed Directeur de la publication : Marwane Ben Yahmed
Hommes de haine
RÉDACTION
C
E QUI SE PASSE depuis des mois en République centrafricaine n’a rien de nouveau au regard de l’histoire de l’humanité. Depuis toujours, les nations se forment dans le sang et la fureur. Mais, en s’inspirant de l’expérience des autres, il est possible, me semble-t-il, de limiter les dégâts. Comme chacun le sait, la terre de Barthélemy Boganda n’est pas un pays de cocagne. Ses ressources sont tellement limitées que la pauvreté de la grande majorité de la population est endémique. Si cette majorité n’a quasiment rien à se mettre sous la dent, pourquoi ce déchaînement de haine et de violence ? Il n’a échappé à personne que ce pauvre pays est victime, depuis son accession à l’indépendance, d’ingérences étrangères dans ses affaires internes. Hier, c’était la France, de De Gaulle à Giscard. Aujourd’hui, ce sont les pays voisins, en particulier le Tchad, qui adoubent n’importe quel rigolo. Avaient-ils prévu l’explosion ?
On nous dit que la République centrafricaine est déchirée par un conflit interreligieux, un affrontement entre chrétiens et musulmans. Cela veut-il dire que les uns veulent éradiquer les autres ? Pourtant, chrétiens et musulmans ont toujours cohabité, se sont toujours acceptés. Le problème ne vient-il pas de tous ces agitateurs, ces apprentis sorciers, ces politiciens du dimanche qui ont injecté dans les cœurs le venin de la haine ? Cette haine qui aveugle au point qu’on se trompe d’adversaire, qu’on s’imagine que la solution réside dans l’extinction de l’autre. Or la religion, à ce que je sache, est amour, tolérance, fraternité. Je me trompe certainement. En réalité, se réclamer de telle ou telle autre religion, dans le cas de la République centrafricaine, mais pas seulement, n’est qu’une mauvaise plaisanterie tant qu’on ne respectera pas la vie humaine. Les pyromanes faiseurs et défaiseurs (permettez ce néologisme) de présidents sur les rives de l’Oubangui avaient-ils prévu ce désastre ? Comme si cela ne suffisait pas, vous avez vu comme moi, à la télévision, ces militaires en train de lyncher, sur la place publique, à Bangui, un pauvre homme soupçonné d’être un ancien rebelle. Naïvement, je me demande si c’est bien là le rôle d’une armée. Mais où étaient ces matamores lorsque la rébellion s’est emparée du pouvoir ? On pourra me rétorquer que l’armée centrafricaine était sous-équipée, démotivée, clochardisée, dépassée. Peut-être. C’est oublier que, dans la plupart des pays du continent, l’armée sort de son rôle de défenseur de l’intégrité territoriale pour se transformer en bandes de détrousseurs, de racketteurs, de pilleurs, de violeurs qui en font voir de toutes les couleurs à la population. Et tout se passe en toute impunité. Les lyncheurs de Bangui répondront-ils de leurs crimes devant la justice ? J’espère que oui, pour servir d’exemple. Comment sauver cette terre gorgée du sang des innocents ? Comment mettre hors d’état de nuire tous ces hommes de haine qui fauchent des vies sans aucun remords ? La communauté internationale doit se montrer ferme dans son action. Le rôle de l’Organisation des Nations unies n’était-il pas d’imposer la paix là où elle est menacée ? Je rêve peut-être. l N O 2771 • DU 16 AU 22 FÉVRIER 2014
HEBDOMADAIRE INTERNATIONAL POLITIQUE, ÉCONOMIE, CULTURE
JEUNE AFRIQUE
Directeur de la rédaction : François Soudan (f.soudan@jeuneafrique.com) Directeurs exécutifs : Marwane Ben Yahmed (mby@jeuneafrique.com), Amir Ben Yahmed (aby@jeuneafrique.com) Rédaction en chef : Seidik Abba (s.abba@jeuneafrique.com), Élise Colette (éditions électroniques, e.colette@jeuneafrique.com), Laurent Giraud-Coudière (technique, lgc@jeuneafrique.com) Secrétariat : Chantal Lossou, Joëlle Bouzignac Chefs de section : Joséphine Dedet (La semaine de J.A.), Michael Pauron (Grand angle), Anne Kappès-Grangé (Afrique subsaharienne), Tarek Moussa (Maghreb & Moyen-Orient), Frédéric Maury (Économie), Jean-Michel Aubriet (Europe, Amériques, Asie), Cécile Manciaux (Le Plus de J.A.), Séverine Kodjo-Grandvaux (Culture & médias), Clarisse Juompan-Yakam (Vous & nous) Secrétaires de rédaction : Sabine Clerc, Fabien Mollon, Ophélie Négros, Louisa Yousfi Rédaction : Youssef Aït Akdim, Farid Alilat, Mehdi Ba (à Dakar), Stéphane Ballong, Pierre Boisselet, Rémi Carayol, Julien Clémençot, Frida Dahmani (à Tunis), Georges Dougueli, Samy Ghorbal, Trésor Kibangula, Christophe Le Bec, Nicolas Michel, Haby Niakate, Cherif Ouazani, Laurent de Saint Périer, Joan Tilouine, Tshitenge Lubabu M.K. ; collaborateurs : Edmond Bertrand, Christophe Boisbouvier, Renaud de Rochebrune ; accords spéciaux : Financial Times Responsable de la communication : Vanessa Ralli (v.ralli@jeuneafrique.com) RÉALISATION Maquette : Marc Trenson (directeur artistique), Emeric Thérond (premier rédacteur graphiste), Christophe Chauvin, Stéphanie Creuzé, Julie Eneau, Valérie Olivier ; révision : Nathalie Bedjoudjou (chef de service), Vladimir Pol ; fabrication : Philippe Martin (chef de service), Christian Kasongo ; service photo : Dan Torres (directrice photo), Nathalie Clavé, Vincent Fournier, Claire Vattebled ; documentation : Anita Corthier (chef de service), Sylvie Fournier, Florence Turenne, Angéline Veyret JEUNEAFRIQUE.COM Direction éditoriale : Élise Colette ; chefs d’édition : Pierre-François Naudé, Frédéric Maury (économie) ; rédaction : Joël Assoko, Vincent Duhem, Jean-Sébastien Josset, Trésor Kibangula, Mathieu Olivier, Benjamin Roger et Nicolas Teisserenc Responsable web : Jean-Marie Miny ; studio : Cristina Bautista, Jun Feng et Maxime Pierdet DIFFUSION ET ABONNEMENTS Direction : Danielle Ben Yahmed et Amir Ben Yahmed ; vente au numéro : Sandra Drouet (responsable adjointe) ; Maty N’Dome (chef de produit) ; abonnements : AMIX, Service abonnements Jeune Afrique, 326 rue du Gros Moulin, BP 10320, 45200 AMILLY. Tél. : 33 2 38 90 89 53, Fax : 33 2 38 98 41 15, courriel : abonnement-ja@jeuneafrique.com COMMUNICATION ET PUBLICITÉ DIFCOM (AGENCE INTERNATIONALE POUR LA DIFFUSION DE LA COMMUNICATION) S.A. au capital de 3 millions d’euros – Régie publicitaire centrale de SIFIJA 57 bis, rue d’Auteuil – 75016 Paris Tél. : 01 44 30 19 60 Fax : 01 45 20 08 23/01 44 30 19 86. Courriel : regie@jeuneafrique.com Président : Danielle Ben Yahmed ; directeur général : Amir Ben Yahmed ; direction centrale : Christine Duclos ; direction du développement : Florian Serfaty ; secrétariat : Chantal Bouillet ; chef de studio : Chrystel Carrière ; gestion et recouvrement : Pascaline Brémond ; service technique et administratif : Carla de Sousa Direction de la publicité : Laure Nitkowski, avec Catherine Weliachew, Virginie Vatin, Zehia Yahiaoui (directrices de clientèle), Nsona Kamalandua (chef de publicité), assistées de Patricia Malhaire ; annonces classées : Fabienne Lefebvre avec Blandine Delporte, Richelle Abihssira, assistées de Sylvie Largillière Chargées de mission : Nisrine Batata, Zine Ben Yahmed, Fatoumata Tandjan REPRÉSENTATIONS EXTÉRIEURES MAROC SIFIJA, Nabila Berrada. Centre commercial Paranfa, Aïn Diab, Casablanca. Tél. : (212) (5) 22 39 04 54 Fax : (212) (5) 22 39 07 16. TUNISIE SAPCOM, Mourad Larbi (m.larbi@sapcom-jeuneafrique.com) 15-17, rue du 18-Janvier-1952, 1001 Tunis. Tél. : (216) 71 331 244 ; Fax : (216) 71 353 522. SOCIÉTÉ INTERNATIONALE DE FINANCEMENT ET D’INVESTISSEMENT S.C.A. au capital de 15 millions d’euros. Principal actionnaire : Béchir Ben Yahmed Siège social : 57 bis, rue d’Auteuil – 75016 PARIS | RCS PARIS B 784 683 484 TVA : FR47 784 683 484 000 25 Gérant commandité : Béchir Ben Yahmed ; Directeur général adjoint : Jean-Baptiste Aubriot ; secrétariat : Dominique Rouillon ; contrôle de gestion : Charlotte Visdeloup ; finances, comptabilité : Monique Éverard et Fatiha Maloum-Abtouche ; juridique, administration et ressources humaines : Sylvie Vogel, avec Karine Deniau (services généraux) et Delphine Eyraud (ressources humaines) ; Club des actionnaires : Dominique Rouillon IMPRIMEUR SIEP - FRANCE. COMMISSION PARITAIRE : 1016C80822. DÉPÔT LÉGAL : À PARUTION. ISSN 1950-1285.
EN RÊVER, PARTIR, DÉCOUVRIR
Format : 13,5 x 26 cm - 272 pages.
PRIX * L SPÉCIA ¤
20
57 bis, rue d’Auteuil - 75016 Paris, France • Tél. : +33 (0) 1 40 71 71 90 • Fax : +33 (0) 1 40 71 71 91 E-mail : jaguar@jeuneafrique.com •
www.leseditionsdujaguar.com
¤ de 26 au lieu
à BON DE COMMANDE Je commande
Nom :
LA GUINÉE AUJOURD’HUI
Prénom :
Adresse :
au prix unitaire de 20 ¤* au lieu de 26 ¤ (frais de port offerts). PRIX SPÉCIAL valable jusqu’au 31/03/14. Ci-joint mon règlement par chèque de à l’ordre des Éditions du Jaguar. Signature :
Date :
¤
Code postal :
Ville :
Pays :
Tél.:
Fax :
E-mail :
* PRIX SPÉCIAL VALABLE JUSQU’AU 31/03/2014 ET RÉSERVÉ AUX CLIENTS COMMANDANT EN LIGNE OU PAR CORRESPONDANCE DIRECTEMENT AUPRÈS DE L’ÉDITEUR.