LUXURIOUS LIVING

THE SOUND OF DESIGN


![]()

THE SOUND OF DESIGN


Avec le bon partenaire, c’est toujours le bon moment pour vendre ou acheter un bien immobilier. Votre agent local, avec un réseau international, est à votre disposition dans toute la Belgique.
Chez Engel & Völkers, vous bénéficiez d’un service personnalisé, de l’évaluation à l’acte notarié, ou du premier entretien à l’achat final. Nous vous accompagnons à chaque étape pour trouver l’acheteur parfait ou le bien de vos rêves.
Discutons de ce que nous pouvons faire pour vous –contactez-nous dès aujourd’hui pour être dirigé vers une agence locale près de chez vous.

ENGEL & VÖLKERS BELGIQUE
SABATO MAGAZINE FAIT UNE PAUSE D’UNE SEMAINE LE PROCHHAIN NUMÉRO SORTIRA LE 19 AVRIL. PLUS D’IDÉES ET D’INFOS SUR WWW.SABATO.BE.

Même les araignées arrivent parfois à saturation. La semaine dernière, le NewYorkTimes a publié une étude révélant qu’elles tissent désormais leur toile différemment, dans le seul but d’atténuer le bruit ambiant. En tant que biologiste diplômée, je peux le confirmer: non, les araignées n’ont pas d’oreilles, mais elles perçoivent les vibrations. Et celles-ci deviennent peu à peu difficiles à supporter, surtout à NewYork.Leur solution astucieuse? Optimiser les propriétés antibruit de leur toile.
Le bruit est une source majeure de stress.Si vous me proposez une chambre d’hôtel qui n’est pas parfaitement insonorisée,mes vacances seront gâchées. Dans ce numéro de Sabato, placé sous le signe du calme et de la sérénité, nous poussons les portes d’intérieurs où luxe rime avec quiétude. Nous dressons également le portrait de trois jeunes designers textile qui s’envoleront la semaine prochaine pour la Design Week de Milan. Leurs créations ne se contentent pas d’atténuer les bruits du quotidien:

P.10
C’EST PARTI! UN SAMEDI EN COMPAGNIE DU SERIAL ENTREPRENEUR
STEVE SYMONS
elles apaisent aussi le tumulte intérieur.À l’image des araignées, elles tissent une toile de sérénité. Ce ne sont pas les araignées, mais les libellules qui ont inspiré Morpho, la première collection de mobilier de Tomorrowland, conçue par le célèbre architecte Dieter Vander Velpen. En travaillant sur des projets de design et d’hôtellerie,le célèbre festival de musique entend traduire son style caractéristique en termes d’architecture et de décoration d’intérieur. «Nous ne voulions pas d’une ambiance de parc d’attractions, mais une atmosphère luxueuse, ponctuée de touches de fantaisie bien dosées»,lance Michiel Beers de Tomorrowland, qui se rendra cet été à LasVegas avec un nouveau concept de festival, Unity. Les araignées peuvent déjà commencer à tisser leur toile.
AN BOGAERTS RÉDACTRICE EN CHEF

P.22 DE LA SCÈNE PRINCIPALE AU SÉJOUR FAMILIAL: TOMORROWLAND FAIT
LE SHOW CHEZ VOUS




P.42
LE MONDE DU SILENCE EN QUÊTE DES DERNIERS ESPACES SUR TERRE OÙ
RÈGNE LE SILENCE

P.60
DO NOT DISTURB VISITE PRIVÉE DE DEMEURES ÉLOIGNÉES DU TUMULTE, DE LANZAROTE À LONDRES
P.28
PÉNÉLOPES CONTEMPORAINES
TROIS ARTISTES TEXTILES TISSENT À L’UNISSON

P.102
ZÉRO MERCATO
LES GRANDS CRÉATEURS DE MODE QUI SONT RESTÉS MAÎTRES DE LEUR AFFAIRE
P.88
LA COLLECTION D’ANCÊTRES DE PAUL MECHELE
P.108
NOUVEL ACCORD
LE PARFUM CHANCE A LA GRÂCE D’ANGÈLE
P.118
SKY IS THE LIMIT ET GORDON RAMSAY A DÉCIDÉ D’Y ALLER
P.121
LE SEGWAY VOLANT DES MERS: GADGET OU MUST-HAVE DE L’ÉTÉ?




















A NEW BRAND BY OBUMEX PRESENTING CAREFULLY CURATED PIECES OF FURNITURE, OBJECTS, ART AND MORE.









Le samedi de Steve Symons, entrepreneur en série et fondateur de Mazu: traverser les polders en Bentley, faire un peu de lèche-vitrines et finir (parfois) la soirée au Kitsch Club.
Reportage: Bert Voet Photo: Wouter Maeckelberghe
A VENDU SA DERNIÈRE PARTICIPATION DANS BUZZISPACE EN 2023. LANCE MAZU, UNE SOCIÉTÉ QUI CONÇOIT D’INNOVANTES JARDINIÈRES LUMINEUSES.
CI-CONTRE STEVE SYMONS
A LANCÉ UNE NOUVELLE
ENTREPRISE, MAZU, APRÈS AVOIR VENDU SON
ENTREPRISE DE MOBILIER DE BUREAU, BUZZINSPACE.
«Travail, vie privée, semaine, week-end... qu’est-ce que cela veut-il encore vraiment dire? Chez nous, tout s’entrelace naturellement.Nous travaillons tous les jours,mais à notre manière.» Après une avant-première réussie au salon Maison & Objet à Paris,Steve Symons (54 ans) lance son nouveau label,Mazu,à la Milan DesignWeek.Mazu crée des jardinières design en aluminium dotées d’un éclairage LED étanche intégré.«Nous illuminons la plante ou l’arbre sans devoir recourir ni à un projecteur,ni à un câble, ni à une batterie. Nous partons de la lumière autour de la plante et, de là, mon associé Christophe Scheyvaerts conçoit le modèle de jardinière. On m’a dit que c’était comme le premier iPhone: cela n’existait pas encore. Christophe, qui vient du secteur des jardinières, a seize ans de moins que moi.»
Suite à la vente de Buzzispace,son entreprise de mobilier de bureau acoustique innovant,on lui demandait s’il allait continuer à travailler,question à laquelle il répondait par l’affirmative:il fait construire des villas de luxe en Espagne et est associé,entre autres, au fonds de capital-investissement Strada Partners et à la Belgian Spirits Company, qui produit gin, vodka et mocktail pour le compte de tiers, dont Havn, sa propre marque.
8H00 - «Le samedi,je dors un peu plus longtemps et je vais me chercher deux bons cafés pour me réveiller au lit.»
8H30 - «Pluie ou pas, j’enchaîne directement avec une marche de près de dix kilomètres dans le Zwin. C’est toujours le même parcours.Je sais exactement à quel endroit chaque kilomètre fera vibrer ma montre.Même quand je voyageais souvent,
«Mon plaisir coupable:
ma vie à l’hôtel était réglée à la minute près:à telle heure,je devais avoir pris mon petit déjeuner,m’être brossé les dents,avoir appelé un Uber... Serait-ce une forme légère d’autisme?»
9H30 - «La promenade se termine chez Blé d’Or, ma boulangerie habituelle du vieux Zoute.»
10H15 - «Retour à la maison.C’est l’heure d’un copieux petit déjeuner avec Evie.Il faut se battre pour mettre la main sur le Sabato. Nos deux fils ont déjà quitté la maison. Ma belle-fille est rentrée de son kot, mais on la voit rarement de si bon matin. Nous nous sommes installés au Zoute juste avant la pandémie et nous avons découvert à quel point la vie y est agréable. Cette magie tient surtout à la tranquillité. On profite des avantages d’une station balnéaire avec tous les commerces accessibles à pied, tout en étant à bonne distance de tout. Et dès qu’on franchit le seuil, on entre littéralement dans le Zwin.»
11H00 - «Start your engines! Comme chaque semaine, lorsque je suis en Belgique,nous partons faire un tour en ancêtre à travers les polders de Zélande.Là aussi,les itinéraires sont plutôt fixes, par exemple vers Sint Anna ter Muiden. J’ai une Bentley Peking to Paris: c’est une original rebuilt. Ce modèle date des années 1930 et le châssis, de 1949. La voiture a été reconstruite récemment, avec la technologie de l’époque - actualisée, bien sûr.À condition d’en prendre bien soin, elle peut servir de voiture de tous les jours, mais avec les inconvénients d’une voiture d’avant-guerre: freins modestes, pas de direction assistée ni d’Apple CarPlay.»
13H30 - «Nettoyer la voiture fait partie du rituel.Ensuite, c’est à notre tour de passer sous la douche.»
CI-DESSOUS LE SAMEDI, STEVE
SYMONS PARCOURT LES POLDERS DE ZÉLANDE AU VOLANT DE SA BENTLEY SPECIAL «PEKING TO PARIS», UNE VOITURE QUI A ÉTÉ RECONSTRUITE AVEC LA TECHNOLOGIE DE L’ÉPOQUE.

14H30 - «Evie et moi discutons de nos projets en Espagne, où nous cherchons des terrains pour y faire construire des villas.Nous faisons également le point sur le projet Havn Pilates Studio: elle est instructrice certifiée et ouvrira bientôt son propre studio à Benissa,en Espagne.Pour éviter le stress, nous visons une ouverture à la fin de l’été.»
16H00 - «C’est l’heure de faire un peu de lèche-vitrine.Voir les gens flâner, le sourire aux lèvres, ça aussi, c’est Knokke. Ce que je préfère, ce sont les galeries d’art et ici, il y en a plus que nulle part ailleurs.Sur la digue,la MauriceVerbaet Gallery propose beaucoup d’œuvres du début du XXE siècle, ce qui correspond parfaitement à mes goûts. La dernière pièce que j’ai achetée est une œuvre de MarkVerstockt, via la Callewaert-Vanlangendonck Gallery à Anvers. Je suis également fan de Luc Peire, qui a vécu et travaillé à Knokke. Le Peiremuzee est extraordinaire.»
19H30 - «Nous retrouvons des amis au Bistro Chou, une adresse encore assez confidentielle, mais très prisée des locaux. Claudine et son mari sont adorables et servent des classiques comme de l’aile de raie ou des boulettes d’agneau accompagnées de stoemp. Et je peux choisir moi-même une bouteille dans leur belle cave à vins.»
23H00 - «Je suis un oiseau de nuit et si nous sommes en bonne compagnie, nous poursuivons la soirée. On commence par une bière au bar du Boudin Sauvage et,si la nuit se prolonge,on pousse jusqu’au Kitsch Club, où l’on s’attendrait à croiser plutôt un jeune public alors que c’est le rendez-vous des habitants de Knokke, typique de l’ambiance hors saison. On ne rentre jamais plus tard que deux heures du matin.»
TROIS BONS PLANS
1. ACQUIRED «MON PODCAST PRÉFÉRÉ ET DE LOIN. CHAQUE MOIS, BEN GILBERT ET DAVID ROSENTHAL PARLENT DE L’HISTOIRE ET DE LA STRATÉGIE D’UNE MARQUE MONDIALE. AU MOINS QUATRE HEURES DE PLAISIR D’ÉCOUTE QUE J’ATTENDS AVEC IMPATIENCE.»
2. DUOLINGO «L’APPLI IDÉALE POUR APPRENDRE UNE LANGUE. APRÈS 415 JOURS D’UTILISATION CONTINUE, MON ESPAGNOL EST DÉJÀ D’UN BON NIVEAU.»
3. ROYAL BELGIAN SAILING CLUB À DUINBERGEN «C’EST ICI QU’IL Y A LES PLUS BEAUX ET LES PLUS LONGS COUCHERS DE SOLEIL DE TOUT KNOKKE. ON VOIT LE SOLEIL S’ENFONCER DANS LA MER, LITTÉRALEMENT.»
Milan à domicile: les indispensables du Salone del Mobile 2025 ◆ L’art de pétiller: des bulles signées Sergio Hermans ◆ Tout ce qui brille: la rétrospective de Cartier au musée V&A à Londres ◆ De la cuisine au living: Obumex met le design sur le gril
◆
Maison Margiela x Louboutin: la célèbre Tabi affiche une semelle rouge

01 CHEZ TACCHINI, LA DESIGNER BRITANNIQUE FAYE TOOGOOD DÉVOILE UNE TOUTE NOUVELLE
COLLECTION, «BREAD AND BUTTER», BASÉE SUR DES EXPÉRIMENTATIONS AUTOUR, DU PAIN ET DU BEURRE.
02 STEVE SYMONS , NOTRE «MON SABATO» DE LA SEMAINE, PRÉSENTE UNE NOUVELLE MARQUE À MILAN, MAZU. PREMIER OPUS: UNE JARDINIÈRE LUMINEUSE.
03 GEBRÜDER THONET VIENNA LANCE UNE RÉÉDITION DU BUREAU «BOOMERANG», UNE CRÉATION D’ENZO MARI DE 2001.
04 LA MARQUE BRITANNIQUE OUTDOOR COCO WOLF , QUI PARTICIPE AU SALON DU DESIGN AVEC LA SOCIÉTÉ
BELGE RENSON , PRÉSENTE
LA COLLECTION «ZANTE», CONÇUE PAR LE BELGE MATHIAS DE FERM.
05 POUR LES SOIXANTE ANS DE L’ICONIQUE LAMPE «PIPISTRELLO», MARTINELLI LUCE DÉVOILE UNE ÉDITION SPÉCIALE EN BLANC MAT.
06 STUDIO JOB SIGNE LA «STEAM TABLE» POUR GUFRAM
07 DANS LE CENTRE-VILLE DE MILAN, L’EXPOSITION «GOOD SELECTION» PRÉSENTE UNE GALERIE IMPRESSIONNANTE DE DESIGNERS, DONT LE BULGARE YURI GONCHAROV QUI A CONÇ CETTE CHAISE «ALTA METALLIC MOTA».
Plus de 2.100 exposants venus de 37 pays seront à Milan ce week-end pour le Salone del Mobile, le rendez-vous incontournable de l’univers de l’intérieur. Pendant une semaine, ce ne seront pas seulement les allées du salon, au nord de la ville, qui vivront au rythme des tables, chaises et accessoires: le centre-ville deviendra un foisonnement de lancements, de collabs inspirantes et d’inaugurations de showrooms. En attendant notre numéro spécial dédié à cette grande messe du design, à paraître le 26 avril, voici un avant-goût des nouveautés de cette édition.
Par exemple, les jardinières lumineuses de Mazu, une




nouvelle marque lancée par Steve Symons, à retrouver dans la rubrique Mon Sabato de ce numéro (p.10). Ou le nouveau showroom Tacchini, qui dévoilera le canapé de la Britannique Faye Toogood, ainsi que les nouvelles créations de Studio Job pour la célèbre marque italienne Gufram à qui l’on doit la patère en forme de grand cactus vert.À suivre! (AB)










Il y a des années, l’artiste Jasper Krabbé avait été si profondément ému lors d’un dîner à l’Oud Sluis qu’il avait offert sur-le-champ une œuvre à son chef, Sergio Herman. Leur amitié trouve aujourd’hui un nouvel élan: Krabbé a dessiné l’étiquette de la cuvée de champagne lancée par Herman en label privé et ses œuvres sont exposées jusqu’au 26 avril au restaurant Le Pristine à Anvers.
«Le travail de Jasper m’apporte de la joie et de l’entrain», confie le chef. «Il a la même complexité et la même profondeur qu’un grand plat.» (EM)
SERGIO HERMAN, CHAMPAGNE JEANDON PÈRE & FILS, BRUT, SUR COMMANDE AU PRISTINE (115 EUROS) OU SUR LE SITE WWW.HERMANWINES.COM (50 EUROS). BOÎTE DE DEUX BOUTEILLES PEINTES À LA MAIN (21 EXEMPLAIRES NUMÉROTÉS), 1.035,50 EUROS.

TO DISCOVER
Le 27 avril, la Journée du Patrimoine mettra notre richesse architecturale à l’honneur. En Flandre et à Bruxelles, on pourra apprécier la riche histoire de nos bâtiments historiques. C’est le cas de l’immeuble du XIXe siècle conçu par les architectes Henri Beyaert, Paul Hankar et Alban Chambon, qui abrite aujourd’hui l’hôtel Fleur deVille.Autrefois siège de la Caisse Générale d’Épargne et de Retraite, ce joyau du patrimoine bancaire belge au cœur de la capitale voit désormais défiler les chariots à bagages dans son hall majestueux.
Ici, «apprécier le patrimoine» prendra tout son sens:dans une ancienne salle de réunion aux plafonds vertigineux et aux escaliers majestueux, le restaurant Era proposera quelques créations inédites concoctées par le chefYonatan Cohen. Il restera fidèle à sa signature en proposant de la cuisine classique en mode zéro déchet,préparée avec des produits locaux de saison et agrémentée d’accents fusion contemporains. (EB)
RUE DU FOSSÉ AUX LOUPS 46 À BRUXELLES, WWW.HOTELFLEURDEVILLE.COM





Depuis 110 ans le coeur de Maserati bat au rythme de la passion et de l’excellence. Nous concevons des voitures sportives et élégantes dont le plaisir de conduite reste l’unique raison d’être. Fidèle à l’ADN de la marque, le SUV Grecale vous apporte une nouvelle vague de technologies et de performances. Combinée à des moteurs puissants, sa construction légère vous garantit les meilleures sensations de conduite. Oubliez les compromis et choisissez la motorisation qui vous convient le mieux : thermique ou 100% électrique.
Maserati Grecale Folgore consommation (WLTP): cycle combiné 24.7 kWh/100 km // Émissions de CO2 : cycle combiné 0 g/km
TO DISCOVER
«Tout le monde nous connaît pour nos cuisines et nos intérieurs, mais peu savent que nous réalisons également du mobilier sur mesure», analyse Thomas Ostyn d’Obumex. Pour mettre en lumière cette facette méconnue de son savoir-faire, le label de design sur mesure haut de gamme lance sa collection de mobilier, «Collected by Obumex», des créations au design affirmé et intemporel.
L’architecte d’intérieur Aurélie Penneman a
conçu ce canapé en bois de racine et une série de tables en mosaïque de verre, inspirées par l’île de Capri et la Casa Malaparte. La collection inclut également une table trapézoïdale imaginée par l’architecte Bernard De Clerck, ainsi que des pièces conçues par les designers d’Obumex, comme des tabourets ou une table ovale.Chaque pièce est réalisée sur commande et numérotée. (IDF)
LA COLLECTION EST PRÉSENTÉE AU SHOWROOM OBUMEX À GAND (KORTRIJKSESTEENWEG 1123). WWW.OBUMEX.BE

CI-CONTRE OBUMEX LANCE UNE LIGNE DE MOBILIER EXCLUSIVE, «COLLECTED BY OBUMEX», DONT FONT PARTIE CE CANAPÉ EN BOIS DE RACINE ET CETTE TABLE EN MOSAÏQUE DE VERRE.


















































































TOUT CE QUI BRILLE
UNE EXPOSITION ÉTINCELANTE PRÉSENTE 350 PIÈCES SIGNÉES CARTIER -DIADÈMES PRÉCIEUX, GEMMES HISTORIQUES, MONTRES ICONIQUES-, AUTANT DE TRÉSORS QUI RETRACENT L’ÉVOLUTION DE LA MAISON EN TERMES DE DESIGN ET DE SAVOIR-FAIRE TOUT AU LONG DU XXE SIÈCLE. CES JOYAUX VOUS FONT ENVIE? RENDEZ-VOUS À LA BOUTIQUE DU MUSÉE. (EM)
CARTIER, À PARTIR DU 12 AVRIL AU MUSÉE V&A SOUTH KENSINGTON. WWW.VAM.AC.UK
TOTE BAG, 24 EUROS. WWW.VAM.AC.UK/SHOP


Avec le retour du printemps,l’envie de profiter des premiers beaux jours se fait plus pressante. Soleil radieux, barbecue allumé, carafe de sangria sur la table du jardin signée Tom Dixon: que demander de plus?
Le designer londonien est connu pour ses luminaires aux formes arrondies en cuivre ou en laiton -dont la célébrissime «Mirror Ball», mais ses meubles, comme la «Slab Lounge Chair» et la «Fat Dining Chair», font également craquer les amateurs de design.
Le nouvel objet du désir est «The Groove Collection»: une ligne de chaises, tables et tabourets aux accents Art déco,déclinée en beige et vert. C’est aussi la première collection outdoor du designer. Fruit de plus de dix ans de réflexion,ces chaises sont en aluminium,ce qui les rend merveilleusement légères et faciles à empiler,des qualités parfaites pour les petits jardins urbains.La marque assure qu’il est possible d’en porter six à la fois.À tester! (LK)
Ce que Martin Margiela en pense, nul ne le sait: le mystérieux créateur a vendu son label en 2002 avant de tourner définitivement le dos à la mode. Par contre, son modèle de chaussure signature, laTabi, poursuit sa route. Ce modèle audacieux, lancé dès sa première collection en 1989, revient dans une version luxe signée Christian Louboutin -avec une semelle rouge, évidemment.Inspirée de la chaussette japonaise traditionnelle,qui sépare le gros orteil des autres, la Tabi de Maison Margiela est devenue culte: on l’adore ou on la déteste. (EM)
DISPONIBLE DANS UNE SÉLECTION DE BOUTIQUES AINSI QUE SUR WWW.CHRISTIANLOUBOUTIN.COM ET WWW.MAISONMARGIELA.COM
Le silence, nouveau critère du luxe. De la scène au séjour (sans acouphènes): Tomorrowland fait swinguer la décoration ◆ Un luxe calme, travaillé avec soin: trois créatrices parlent à l’oreille de leur métier à tisser ◆ La vannerie dans l’univers de la mode: le secret le plus fou de Geel ◆ En quête des espaces les plus silencieux de la planète avec le chasseur de silence Gordon Hemtpon ◆ Le Japon unplugged: trois univers de tranquillité

REPORTAGE: THIJS DEMEULEMEESTER

TOMORROWLAND ET L’ARCHITECTE DIETER VANDER VELPEN LANCENT GREAT LIBRARY DESIGN STUDIO, UNE AGENCE QUI CONÇOIT DU MOBILIER DESIGN ET DES HÔTELS DANS UN STYLE «TOMORROWLAND ÉPURÉ». LA SEMAINE PROCHAINE, ILS FERONT LEURS PREMIERS PAS AU SALONE DEL MOBILE DE MILAN POUR PRÉSENTER LEUR LIGNE DE DESIGN, MORPHO. NE PARLEZ PAS DE MERCHANDISING. «CE N’EST PAS UNE COLLABORATION PONCTUELLE: NOTRE AMBITION EST DE CONCEVOIR DU MOBILIER ET DES HÔTELS.»
05.04.25
N«ous venons d’emménager, le bureau est enfin terminé!»,déclare Michiel Beers.Avec son frère Manu, il est propriétaire de We Are One World, l’entreprise de divertissement qui gère Tomorrowland. On s’attendait à rencontrer un entrepreneur discret,mais c’est tout le contraire:il est jovial et même intarissable quand il s’agit d’évoquer ses projets. «Un petit café avant de commencer?»
Dans le nouveau siège de Tomorrowland à Anvers,le lobby est un bar où un barista prépare des cafés parfaits sous une aile de libellule géante.Au comptoir de marbre vert, collaborateurs et fournisseurs échangent de façon informelle.Autour du bar, des réunions confidentielles se tiennent dans les coins salons nichés dans les plantes tropicales.À l’étage, dans la serre sur le toit, les équipes passent leurs appels au bord du ruisseau qui coule entre les dalles de béton.
FANTAISIE BIEN DOSÉE
Les fauteuils,tabourets de bar et jardinières du siège ne sortent pas d’un catalogue standard: ils ont été créés sur mesure par Great Library Design Studio, le nouveau studio de design fondé par l’architecte Dieter Vander Velpen avec Tomorrowland. Les tables et les chaises des salles de réunion ainsi que les robinets de la salle de bains ont également été conçus par le studio. «Tomorrowland fête ses 20 ans et mon studio en a 10,mais,avec Great Library, nous nous retrouvons en mode start-up. C’est super stimulant», déclareVanderVelpen. «Cela fait trois ans que nous travaillons sur ce projet.Il s’agit de constructions permanentes, complémentaires de l’architecture temporaire de la scène principale du festival.» Beers: «On nous avait souvent demandé si nous ne voulions pas ouvrir un hôtel, un resort ou un restaurant àTomorrowland.Nous avons enfin des projets concrets pour des meubles et des hôtels. Pour cela, il fallait d’abord traduire notre style signature en termes d’architecture et d’aménagement d’intérieur. Plutôt qu’une ambiance de parc d’attractions,nous avons opté pour une atmosphère luxueuse,ponctuée de touches de fantaisie bien dosées.»
Pour les frères Manu et Michiel Beers, cet emménagement sur le site Montevideo arrive à point nommé. «Dieter a conçu l’aménagement de notre bureau précédent, un projet de grande qualité, pensé pour des décennies. Hélas, il est devenu trop exigu bien plus vite que prévu et nous avons été contraints de louer des locaux supplémentaires. À la fin, nos équipes étaient dispersées sur cinq sites différents, ce qui complique la cohésion. Ce nouvel environnement doit donner un nouvel élan à notre équipe de 200 personnes, même si nous n’avons pas besoin de grandir davantage.»
C’est exactement ce que nous répète Dieter VanderVelpen lors de nos rencontres et, à chaque
CI-DESSOUS MORPHO FAIT ENTRER
LA MAGIE DE TOMORROWLAND À
L’INTÉRIEUR, DU MOBILIER HAUT DE GAMME AUX OBJETS RAFFINÉS.
À DROITE LA COLLECTION MORPHO EST SIGNÉE GREAT LIBRARY DESIGN STUDIO, LE STUDIO DE DESIGN DE L’ARCHITECTE DIETER VANDER VELPEN ET DE TOMORROWLAND, ET EST PRODUITE PAR ETHNICRAFT.
«Tomorrowland a 20 ans; mon agence a 10 ans. Grâce à Great Library, nous revoilà revenus à la case start-up.»




fois, son équipe s’est encore agrandie. Lui aussi vient de quitter ses anciens locaux, devenus trop exigus, pour s’installer avec ses 14 collaborateurs dans un nouveau siège, installé dans une ancienne confiserie.N’aurait-il pas été plus logique de s’implanter directement chezTomorrowland,étant donné leur collaboration au sein de Great Library Design Studio? «Nous restons deux entités distinctes. Nous gardons nos équipes respectives, même si elles se croisent régulièrement.DieterVanderVelpen,c’est une architecture résidentielle sur mesure,des projets haut de gamme à l’échelle internationale.Great Library Design Studio,c’est une branded architecture dans le style deTomorrowland,une marque de divertissement mondiale. Je ne suis pas l’architecte attitré de Tomorrowland: je dirige une équipe capable de concevoir des objets et des bâtiments avec cette identité visuelle particulière. Avoir pu contribuer à définir ce nouveau langage formel au cours des trois dernières années a été une occasion unique.C’est le début d’une nouvelle histoire.Sans savoir où elle nous mènera dans trois ans.»
ART NOUVEAU CONTEMPORAIN
«Si je devais définir notre style architectural, je parlerais d’Art nouveau contemporain»,annonce Michiel Beers.«Si l’architecte Victor Horta revenait parmi nous,que concevrait-il? S’il voyait notre travail,j’ose espérer qu’il l’apprécierait.»
On peut douter qu’Horta soit fier de la perpétuation de cet héritage,car il avait détruit ses archives.Et on peut légitimement se demander quelle est aujourd’hui la pertinence d’un retour à ce style.Cependant,les parallèles formels avec l’Art nouveau sont évidents: une inspiration puisée dans la nature, un savoir-faire artisanal et une ambition de créer une œuvre d’art totale. Le mobilier et les pièces de design créés par Great Library Design Studio pour les bureaux deTomorrowland ainsi que pour les futurs projets du groupe forment la collection Morpho.«Du nom de la libellule de notre dernier roman fantastique,‘The Spirit of Life’,publié l’année dernière»,détaille Beers.«Une équipe de six auteurs y a travaillé pendant un an et demi.Si vous lisez ce livre,vous comprendrez chaque détail de la scène principale,qui nous a également demandé un an et demi de travail.Peu importe si l’on ne fait pas le lien entre le livre et la scène:ce qui compte, c’est que notre storytelling soit irréprochable.»
La collection Morpho est le fruit d’une étroite collaboration avec plusieurs entreprises belges de design:RVB pour la robinetterie complexe,AtelierVierkant pour la céramique et Ethnicraft pour le mobilier. «QuandTomorrowland propose une collaboration, il est difficile de rester indifférent», confie Stefan Dusart d’Ethnicraft. «Nous avons été immédiatement séduits par les rendus 3D de leur collection de meubles.Avec leurs détails empreints de fantaisie, ces pièces se distinguent radicalement de ce qui existe déjà sur le marché.La transition de ces images numériques à des objets concrets s’est avérée un processus particulièrement complexe. Le design ne se limite pas à l’apparence: un meuble doit aussi pouvoir être fabriqué, transporté, vendu à un prix juste (la chaiseVolita revient à 1.499 euros;le relax Solis,à 13.439 euros) et être confortable.Ce défi,nous l’avons relevé dans nos ateliers en Indonésie.»
Les nouveaux bureaux de Tomorrowland sont aménagés avec les belles pièces de la collection Morpho.Et dès la semaine prochaine,le reste du monde les découvrira au Salone del Mobile de Milan, le rendez-vous de la scène internationale du design. Morpho y présentera son stand, conçu par Great Library De-

sign Studio. «Nous voulons clairement afficher notre ambition : notre collection n’est ni un simple lancement éphémère,ni une collaboration ponctuelle,ni une simple opération de merchandising pourTomorrowland»,déclare Beers.«Morpho s’adresse aux particuliers comme au secteur de l’immobilier.La collection sera distribuée à l’international via des enseignes de mobilier et de design.»VanderVelpen:«Nous avons déjà présenté la collection à quelques insiders et leur réaction a été enthousiaste.Je ne connais aucun groupe hôtelier qui édite une collection aussi étoffée. Et encore moins une marque de festival.»
Morpho organisera-t-elle une soirée de lancement à Milan, comme le font toutes les marques de design qui ont quelque chose de spécial à célébrer? «Tomorrowland n’organise jamais de soirée à la légère», tranche Beers. «Chez nous, l’expérience doit être parfaite.»
Tout architecte ambitieux a besoin d’un client de premier plan qui lui accorde sa confiance dès le début et continue à faire appel à lui au fil du temps. PourVincentVan Duysen, premier employeur de DieterVanderVelpen, ce fut l’entrepreneur Rob Heyvaert,pour qui il conçut une dizaine de projets.PourVander Velpen,cette figure clé est Michiel Beers.«Il y a dix ans,alors que mon agence n’était qu’un one-man-show, Michiel m’a confié la conception de sa résidence. Une mission regorgeant de défis, comme un puits de lumière dans l’esprit de James Turrell», se souvientVanderVelpen.
L’architecte a conçu les premiers bureaux deTomorrowland et le restaurant Mesa -aujourd’hui fermé. Le nouveau siège de Tomorrowland et la collection Morpho ont été réalisés sous la bannière Great Library,Lab ofTomorrow in Boom.«Ces derniers temps,de nombreux projets ne se sont pas concrétisés»,explique VanderVelpen. «Michiel et moi échangeons en permanence de nouvelles idées.» Michiel Beers: «On dit que Tomorrowland se réinvente sans cesse et c’est vrai, mais je peux vous assurer que nous avons plus d’idées que de réalisations.»
VOIR ENCORE PLUS GRAND
Michiel Beers et DieterVanderVelpen partagent plus de points communs qu’il n’y paraît.Tous deux considèrent leur entreprise

CI-DESSUS LA MARQUE MORPHO A ÉTÉ CRÉÉE EN COLLABORATION AVEC
PLUSIEURS ENTREPRISES DE DESIGN
BELGES: RVB POUR LA ROBINETTERIE, ATELIER VIERKANT POUR LA CÉRAMIQUE ET ETHNICRAFT POUR LE MOBILIER.
CI-DESSOUS L’ARCHITECTE DIETER
VANDER VELPEN A ÉGALEMENT
DESSINÉ LE NOUVEAU SIÈGE DE TOMORROWLAND À ANVERS.

comme une marque à vocation mondiale portée par une approche à 360°. Ils comprennent mieux que quiconque l’importance du visuel, du détail, de la qualité et de l’innovation.VanderVelpen ne s’en cache pas:pour lui,la communication,le marketing,l’image de marque et le brand building sont aussi importants que l’architecture,l’aménagement d’intérieur et le design. Son ambition est d’être non seulement architecte, mais surtout directeur artistique d’une agence qui produit de l’architecture et du design, de la scénographie et du développement immobilier.
AvecWe Are OneWorld, les frères Beers font la même chose à l’échelle mondiale:en plus d’organiser des festivals et des événements en Belgique, à l’Alpe d’Huez en France et à São Paulo au Brésil, leur entreprise publie des livres, gère un camping de luxe, fait du 3D shaping, construit des scènes, produit des vidéos, assure le booking et le management d’artistes, diffuse sa radio et forme les DJ de demain au sein de son Academy.
Les deux hommes s’inspirent-ils l’un l’autre sur le plan entrepreneurial? «Nous ne débattons pas de la stratégie à long terme de nos entreprises. Nous ne siégeons pas dans le conseil d’administration fictif l’un de l’autre»,déclareVanderVelpen. «Mais grâce à Michiel,j’ai appris à oser voir encore plus grand.» ◆
HTTPS://MORPHO.WORLD/ @GREATLIBRARYDESIGNSTUDIO

0,7-12,5 L/100 KM - CO2 : 16-283 G/KM (WLTP)
Contactez votre concessionnaire pour obtenir des informations complètes sur la taxation de votre véhicule. Informations environnementales (AR 19/03/04) : landrover.be. Modèle illustré équipé d’options et d’accessoires. Priorité à la sécurité.


UNE TAPISSERIE MURALE INSONORISE UN SALON, MAIS AUSSI LA CHAMBRE D’AMANDINE DAVID ET D’EMMA TERWEDUWE. ET QUAND ROSIE BROADHEAD TISSE UN VÊTEMENT AUX ALLURES DE BIEN-ÊTRE, ELLE EN DEVIENT ZEN. DU 6 AU 13 AVRIL, CES TROIS JEUNES DESIGNERS TEXTILES -PARMI 16 AUTRES- PRÉSENTERONT LEUR «LUXE TRANQUILLE» À L’EXPOSITION «WOVEN WHISPERS» À ALCOVA, À MILAN, DANS LE CADRE DE «BELGIUM IS DESIGN». JUSTE AVANT LEUR DÉPART EN ITALIE, NOUS NOUS SOMMES ENTRETENUS AVEC ELLES.

«Suite à mon bachelor en design de produit, j’ai découvert ma passion pour l’artisanat lors d’un projet chez un céramiste en Éthiopie», détaille
Amandine David.«Le jour où notre interprète ne s’est pas présenté, j’ai senti que l’artisanat pouvait devenir un langage commun.»
«Ensuite, j’ai cofondé le programme de résidence itinérant Hors Pistes, qui permettait à des artisans et designers d’échanger leurs connaissances à travers des projets collaboratifs pour estomper la frontière entre concept et création.Les résultats ont d’abord été exposés localement (des éditions ont eu lieu au Burkina Faso et au Groenland,NDLR), avant de voyager afin d’attirer l’attention internationale sur la valeur des savoir-faire et l’importance de la collaboration dans le secteur.»
COLLE ET DESIGN
Pendant six ans,Amandine David a fait le lien entre artisanat et design au sein du programme Hors Pistes. Lorsqu’elle a commencé son master en «social design» à la Design Academy Eindhoven, elle a été confrontée à des outils qui l’ont déconcertée dans un premier temps, comme Arduino. «Pour mon projet de fin d’études, Crossing Parallels, j’ai exploré, avec Esmé Hofman et Joris van Tubergen, le parallèle entre l’impression en 3D et le coiling, une technique traditionnelle de vannerie.Cela illustre parfaitement mon travail actuel basé sur la recherche des relations entre savoir-faire artisanaux et modes de production numériques.

CI-DESSOUS AMANDINE DAVID
ESTOMPE LA FRONTIÈRE ENTRE
ARTISANAT ET TECHNOLOGIE. SES
PROJETS DE TISSAGE, QUI EXPLORENT
LA MEUSE ET D’AUTRES ÉLÉMENTS
NATURELS, CRÉANT UN LIEN PLUS PROFOND ENTRE L’HUMAIN ET SON ENVIRONNEMENT.
À DROITE AMANDINE VOULAIT
RETROUVER LES ONDULATIONS DE LA RIVIÈRE: «‘MAAS RIVER_20231128’, COMPOSÉE DE DEUX PARTIES
QUI, ENSEMBLE, FORMENT UNE SEULE IMAGE, EST L’UNE DE CES RÉALISATIONS. ELLE S’INSPIRE D’UNE DE MES PHOTOS PIXELISÉES.»

«J’ai envisagé la Meuse comme une langue à interpréter.»

«Travailler avec des artisans génère une richesse de connaissances, de nouvelles perspectives créatives ainsi que des processus de création et de fabrication hybrides», explique-t-elle.
Aujourd’hui,son travail figure dans les collections du CID Grand Hornu et du Design Museum Gent, ainsi que dans des collections privées.En 2022,elle était déjà à Milan avec une série de pièces en céramique imprimées en 3D,Alhambra.gcode. Actuellement,elle tisse du saule pour une installation paysagère àVorselaar,en collaboration avec le collectifTaat,et enseigne le design autonome au KASK à Gand.
NOSTALGIE DE LA MEUSE
«À Milan, je présente Maas river_20231128, une collaboration entre Taat, Soap et la Meuse. Les bases de ce projet ont été posées fin 2023 lors de ma résidence au Maas Lab», précise Amandine David. Pendant un mois, elle a observé quotidiennement la Meuse et documenté les ondulations de l’eau, qu’elle considère comme le langage du fleuve. «J’ai traduit en photos ce que je sentais que la Meuse cherchait à me dire. Le titre de l’œuvre fait référence à la date à laquelle ces photos ont été prises», explique-t-elle.
«Quand je suis rentrée chez moi,mon lien avec la Meuse et ce rythme de vie différent,loin de l’agitation,m’ont manqué. Pour me reconnecter, j’ai commencé à tisser en me basant sur le langage pixelisé de mes photos de la Meuse. Maas river_20231128, composée de deux parties qui, ensemble, forment une seule image, est l’une de ces réalisations.»
«Le tissage m’installe dans un rythme et me ralentit. Il aiguise mon attention tout en sollicitant mon cerveau de manière différente. Inconsciemment, de nouvelles idées ou perspectives surgissent pendant que je tisse. C’est d’ailleurs le seul métier artisanal que je maîtrise véritablement.»
◆ 32 ANS
◆ TROISIÈME PARTICIPATION À LA DESIGN WEEK DE MILAN.
◆ VIT À ANVERS.
◆ WWW.SKINSERIES.ORG
◆ SES TEXTILES SONT ÉGALEMENT DISPONIBLES DANS LE MAGASIN DE TISSUS BAKERMAT À ANVERS.
CI-CONTRE ROSIE BROADHEAD TRANSFORME LES TEXTILES EN UNE EXPÉRIENCE DE BIEN-ÊTRE, EN DÉVELOPPANT DES TISSUS QUI NON SEULEMENT SOUTIENNENT LE CORPS, MAIS EN PRENNENT ÉGALEMENT SOIN
ROSIE BROADHEAD
Stella McCartney,Thom Browne: Rosie Broadhead a décroché après son bachelor en fashion design des postes convoités dans le secteur. «Même au sein du département R&D de Rapha, la marque de vêtements de cyclisme qui sponsorisait laTeam Sky,qui a remporté leTour de France, et qui collabore aujourd’hui avec l’équipe Ineos Grenadiers», raconte la Londonienne. Ses jobs l’ont confrontée à la face sombre de l’industrie de la mode, dont l’usage massif de produits chimiques, «pour neutraliser les odeurs de transpiration, rendre les tissus plus aérodynamiques, déperlants, infroissables, ou pour qu’un tissu noir absorbe moins la chaleur...Si vous saviez tout ce qu’il y a dans les vêtements,vous n’auriez plus envie de les porter sur la peau»,déclare-t-elle.
Elle décide alors de suivre un master en Material Futures à Central Saint Martins à Londres. «Mon objectif était de développer des
textiles qui soient à la fois fonctionnels et performants et qui intègrent des substances naturellement présentes sur le corps.»
UN BODY QUI FAIT SENSATION
Elle n’a pas seulement travaillé à Londres: à Gand, elle a troqué sa familière table à dessin pour un laboratoire à l’UGent. «Pendant mon master, j’ai collaboré avec le Dr Chris Callewaert sur le projet ‘Probiotic Textiles’ (devenu une spin-off de l’université, NDLR). Pour ces tissus probiotiques -des tissus pour une peau saine-, nous utilisons des bactéries naturellement présentes sur la peau. En sept ans, les probiotiques se sont généralisés dans les cosmétiques, mais ils sont encore rares dans le textile», poursuit Broadhead. «Je continue à chercher des manières de‘biohacker’le corps!» (rires)

«Si vous saviez tout ce qu’il y a dans vos vêtements, vous n’auriez plus envie de les porter sur la peau.»


Quand elle a dévoilé un body futuriste, conçu en textile probiotique, elle a suscité une prise de conscience de l’impact des vêtements sur le corps. Dans le prolongement de ses recherches, elle a lancé son propre label, Skin Series, qui propose des collections, des créations sur mesure et des textiles. «J’aimais beaucoup cette nouvelle façon de travailler, mais la création me manquait», confie-t-elle. «Avec Skin Series, je développe des textiles bénéfiques pour la santé, qui, par exemple, intègrent des fibres d’algues réputées pour leur effet positif sur le système immunitaire de la peau. On pourrait presque parler de cures de bien-être à travers le textile.» Ses créations s’inspirent d’ailleurs de la structure cellulaire des bactéries observées au microscope dans le tissu. Nous avons repéré sa collection automne 2025 à la Paris Fashion Week et Kylie Jenner est fan.
RÉACTIONS CHIMIQUES
«Avec The Hormone Hacker, j’ai participé à l’exposition ‘Superpower Design’ au CID Grand-Hornu», poursuit Rosie Broadhead. «Belgium is Design a découvert mon travail à cette occasion et y a vu un lien avec l’exposition à Woven Whispers à Milan.» Elle y présente ses textiles sous forme de hamac/table de massage et de piles de vêtements à peine portés, pour illustrer l’impact de ses tissus sur le corps. «Je suis une workaholic, mais j’aime ce que je fais. Créer déclenche en moi une réaction chimique: voir une idée prendre forme entre mes mains, c’est presque une séance de thérapie.»
À GAUCHE «AVEC SKIN SERIES, JE DÉVELOPPE DES TEXTILES QUI, PAR EXEMPLE, INTÈGRENT DES FIBRES D’ALGUES RÉPUTÉES POUR LEUR EFFET POSITIF SUR LE SYSTÈME IMMUNITAIRE DE LA PEAU», EXPLIQUE ROSIE BROADHEAD.
CI-DESSOUS LES MOTIFS DES TISSUS DE ROSIE BROADHEAD S’INSPIRENT DE LA STRUCTURE CELLULAIRE DES BACTÉRIES VUE AU MICROSCOPE.


CI-CONTRE EMMA TERWEDUWE
CRÉE DES COLLECTIONS DE TEXTILES D’INTÉRIEUR AINSI QUE DES PIÈCES SUR MESURE.
EMMA TERWEDUWE
EmmaTerweduwe était très jeune quand elle a flashé sur le tissu, à l’occasion de ses voyages en Asie. Elle envisageait une carrière dans la mode jusqu’à ce qu’elle change d’avis et bifurque vers le design textile. «Pendant mon master, j’ai été fascinée par la tactilité des objets et leur durabilité (émotionnelle)»,confie Emma.«Je voulais comprendre comment les matériaux évoluent et vieillissent. Mon projet de fin d’études m’a amenée à expérimenter le tissage jacquard et le feutrage.»
Ces intérêts et essais continuent de nourrir ses créations. En 2022, elle décroche une médaille de bronze aux Henry van de Velde Awards pour son tapis The Gradient Rug, une distinction qui lui ouvre les portes de Bozar,
Maison & Objet et, dès demain, une troisième participation à la Milan Design Week. «À partir de juin, mon travail sera également exposé pendant un an au nouvel hôtel cinq étoiles Les Hauts de Sancerre, à Sancerre, en France.»
BONNE ACOUSTIQUE
Pourtant, sa voie n’était pas toute tracée, au contraire. «Après mes études, je suis partie à Copenhague pour un stage chez le créateur de mode Henrik Vibskov. Un an plus tard, je suis rentrée en Belgique, alors en pleine pandémie. Un emploi à temps partiel m’a offert l’opportunité -tant financière que mentaled’explorer ce que j’avais réellement envie de faire. Je fonçais dans tout ce qui se présentait
à moi et m’intéressait: de la participation à des expositions avec mon projet de fin d’études à ma première collection de plaids», poursuit la designer.
Aujourd’hui,cette entrepreneuse indépendante crée des collections de textiles d’intérieur ainsi que des pièces sur mesure pour des clients tant privés que B2B. Dans son atelier, mais aussi sur le métier à tisser ultime, le TC2 qui se trouve au Musée de l’Industrie à Gand. «La demande pour une bonne acoustique est en forte hausse», constate-t-elle. «Dans leurs habitations en béton,les clients recherchent des tapisseries qui allient art et acoustique.»
Dès demain, les visiteurs du Salone del Mobile de Milan pourront voir un aperçu de son travail. «Transience est une pièce monumentale dans les tons bleu vert. Elle a vu le jour il y a deux ans, quand j’ai fait des essais sur un métier à tisser industriel lors d’une résidence au TextielLab à Tilburg», précise Terweduwe.
«Les visiteurs peuvent en faire le tour, car ses deux faces sont très différentes,tant à la vue qu’au toucher.J’ai tissé de quinze matières dif-
CI-DESSOUS PORTÉE PAR SA
PRÉFÉRENCE POUR LES MATIÈRES QUI
VIEILLISSENT ET SE TRANSFORMENT, EMMA TERWEDUWE FAIT UN VOYAGE À TRAVERS LES TEXTILES ET LE TEMPS.
férentes sur du fil de pêche,toutes issues de l’impressionnant arsenal duTextielLab.Le contact entre les matières fait naître une diversité de textures.» D’un côté, elle a utilisé des fils de lin qu’elle a retordus et, de l’autre, des matières comme une épaisse laine recyclée.
«Son sujet, la durabilité (émotionnelle), confère à l’œuvre une double profondeur, à la fois concrète et symbolique: nous devons utiliser des matières recyclées, mais comment évoluent-elles avec le temps? Quel est l’effet des teintures naturelles sur ces matières? C’est ce que je cherche à explorer avec ce travail en cours: comment concevoir des objets qui durent et auxquels nous pouvons nous attacher émotionnellement, pour éviter de les jeter dès que nous ne les trouvons plus beaux?»
«Pour moi, le tissage, dans sa dimension manuelle, a quelque chose de méditatif. Je ne planifie pas les dégradés: face à mon métier à tisser, je construis mon travail intuitivement, fil à fil. C’est un processus qui m’apaise totalement. Un vrai moment de bonheur: peindre avec des fils, laisser mes pensées vagabonder et lâcher prise.» ◆
«WOVEN WHISPERS», DU 6 AU 13 AVRIL À ALCOVA, VILLA BAGATTI VALSECCHI, 48 VIA VITTORIO EMANUELE II, VAREDO (MILAN), WWW.BELGIUMISDESIGN.BE
«La durabilité ne se limite pas aux matières recyclées, leur valeur émotionnelle compte aussi.»




REPORTAGE:
THIJS DEMEULEMEESTER
PHOTO:
WOUTER MAECKELBERGHE
Comment allez-vous? Jeanny Bouwen:«Bien.Je suis fière du chemin parcouru.J’ai réalisé mon premier panier en 2000 grâce à un livre emprunté à la bibliothèque. En 2013, j’ai fondé l’atelier de vannerie De Ratelaar chez nous, à Geel. Notre fils, Jefke, partage ma passion: à cinq ans, il faisait son premier panier en vannerie et, aujourd’hui, nous travaillons ensemble dans une ancienne porcherie reconvertie, juste derrière la maison. À 21 ans, il est déjà passé maître dans l’art de la vannerie fine, une technique de vannerie extrêmement exigeante, réalisée à partir de brins fendus, soigneusement rabotés à la largeur et à l’épaisseur parfaites.En 2023,il a remporté le premier prix dans sa catégorie au Festival international de vannerie en Pologne,un concours réunissant 140 vanniers venus de 62 pays et le grand prix, toutes catégories confondues. C’est là qu’une femme chasseur de talent, mandatée par une grande maison de luxe française, l’a repéré. Peu après,elle nous a contactés pour visiter l’atelier.Depuis lors,nous réalisons des commandes en vannerie fine.»
Avez-vous fait votre chemin? Jefke Geysels: «J’espère pouvoir répondre ‘oui’ à cette question quand j’aurai septante ans.Après avoir remporté le BKRK Award du musée en plein air de Bokrijk, ainsi
que le grand prix au Festival en Pologne, j’ai décidé de travailler à plein temps au sein de l’atelier de ma mère. Même si nous avons chacun nos projets et nos spécificités, nous travaillons ensemble.»
Jeanny Bouwen: «Travailler avec mon fils est un cadeau. Il est très solide, tant sur le plan technique que physique.Jefke est un des plus jeunes artisans de ce secteur.Cela dit,je constate que la profession attire de plus en plus de jeunes.Avant, je donnais cours à un public d’artisans grisonnants,mais ce n’est plus le cas:les trentenaires et les quadragénaires aussi fréquentent les stages et les festivals.Les gens ont à nouveau envie de travailler de leurs mains pour se vider la tête.»
Comment faites-vous la différence? Jeanny Bouwen: «On parle toujours de paniers en osier, alors qu’ils sont le plus souvent en saule. Il existe des paniers en osier,mais ce matériau est importé.Nous n’importons rien: nous ne travaillons qu’avec des brins de saule cultivés localement. Nous avons nos propres saules, qui poussent ici,dans notre champ,et nous les étêtons juste au-dessus du sol.Les troncs sont plantés très serrés de sorte que les tiges poussent droit vers le soleil. C’est ainsi qu’on obtient la meilleure qualité.Une fois coupés,les brins sont triés avec la plus grande rigueur. Ceux qui ne répondent pas à nos critères finissent sur le bûcher: même si c’est dommage, cette sélection est essentielle en ce qui nous concerne. Il existe de
Entretien avec Jeanny Bouwen et son fils Jefke Geysels, dirigeants de l’atelier de fine vannerie De Ratelaar, à propos de leur travail pour des maisons de luxe françaises, de cours avec des artisans grisonnants et d’essais ratés qui finissent sur un bûcher.

CI-DESSUS JEFKE GEYSELS, UN DES PLUS JEUNES
MAÎTRES DE LA VANNERIE
FINE, DONNE UNE NOUVELLE
DIMENSION À CE SAVOIR-FAIRE TRADITIONNEL.

«Si nous ne sommes pas pleinement satisfaits, la pièce finit sur le bûcher.»
vente. Et elle finira sur le bûcher.»
Qu’est-ce qui vous faciliterait la vie? «Nous tenons à rester un atelier à taille humaine,ce qui ne nous empêche pas d’avoir des ambitions de croissance. Nous aimerions engager quelqu’un pour fabriquer des pièces destinées au secteur funéraire, par exemple,mais ce n’est pas encore à l’ordre du jour. Aux Pays-Bas, les cercueils ou les urnes en vannerie sont déjà beaucoup plus répandus qu’ici. C’est une belle image: on rend à la nature une matière que la nature nous a donnée.»
très beaux matériaux ou variétés de saules pour la vannerie à travers le monde, mais pourquoi vouloir cultiver ici des espèces inadaptées à notre sol? Ce n’est pas pour rien que les vanniers norvégiens utilisent l’écorce de bouleau à croissance lente et que les Amérindiens travaillent le bois de cèdre. Si j’étais là-bas, j’aimerais essayer, mais ici, ça n’a pas de sens. En Belgique, nous avons à disposition un matériau parfaitement adapté, alors pourquoi importer des matières premières exotiques? Produire localement et de manière durable sont aujourd’hui les maîtres mots, mais, dans notre métier, c’est une évidence.»
Avez-vous déjà commis une erreur? Jeanny Bouwen: «Le saule est un matériau naturel, donc imparfait: chaque récolte est différente, chaque brin a ses particularités. Pour nous, ce ne sont pas des défauts,mais il faut parfois l’expliquer aux clients.L’imperfection peut aussi provenir du processus de fabrication. Pour bien travailler, je dois être connectée émotionnellement à ce que je fais. Le plus souvent, cela vient naturellement, mais si je ne suis pas dans un bon jour ou si j’ai trop de choses en tête, cela se ressent dans mon travail. Personne ne voit ces imperfections, mais nous, on les sent. Si nous ne sommes pas pleinement satisfaits du résultat, la pièce ne sera pas mise en
Les créations de l’atelier de vannerie De Ratelaar seront exposées au Salon du Design de Milan à partir du 7 avril. Une grande première. «VAKlab, le centre d’expertise du musée en plein air de Bokrijk, nous a mis en contact avec le product designer limbourgeois Michaël Verheyden. Il est venu à l’atelier pour nous rencontrer en vue d’une éventuelle collaboration. Nous maîtrisons les techniques et lui, il apporte des idées pour de nouvelles applications», explique Jefke Geysels.
«Je réalise des abat-jour pour Michaël: il souhaitait un modèle épuré aux angles droits, réalisé grâce à une technique traditionnelle qui n’était pas adaptée. Il a fallu beaucoup d’essais et de réflexion pour rendre son idée réalisable. Cette application innovante nous a ouvert de nouvelles perspectives. Sa nouvelle collection sera présentée en avantpremière lors de la Semaine du design de Milan, au mois d’avril.»
www.mandenmakerijderatelaar.be
Qu’est-ce qui vous préoccupe? «Nous avons fait évoluer notre atelier pour en faire une petite entreprise digne de ce nom.Cependant,conjuguer artisanat et entrepreneuriat est un défi quotidien. Vivre de son savoir-faire, ce n’est vraiment pas évident en Belgique.En Grande-Bretagne,notre métier bénéficie d’une meilleure reconnaissance et les créations artisanales sont rémunérées de manière plus équitable.»
Quel message souhaitez-vous faire passer?
Jeanny Bouwen: «Il faut savoir d’où l’on vient pour savoir où l’on peut aller. Nous avons emprunté cette devise à Esmé Hofman, la plus grande spécialiste néerlandaise de la vannerie fine. Nous perpétuons la tradition, à notre manière:il est inutile de réinventer la roue.Ce n’est qu’une fois que l’on maîtrise une technique sur le bout des doigts que l’on peut commencer à s’en affranchir. Le problème, c’est que les artisans très compétents ne partagent pas souvent leurs connaissances. Heureusement, j’ai toujours eu des maîtres heureux de partager leur savoir-faire. Bien sûr, divulguer ses petits secrets de fabrication peut encourager les imitateurs, mais cela oblige aussi à se réinventer constamment.C’est pourquoi j’aime enseigner, en Belgique comme à l’étranger. J’espère ainsi contribuer à faire éclore les talents de demain. La vannerie est un artisanat millénaire et ce serait vraiment dommage que notre génération soit la dernière à la pratiquer.Je ne veux pas que ce savoir-faire se perde.» ◆



LÀ OÙ L’ON PEUT ENTENDRE L’HERBE POUSSER
REPORTAGE: JESSE BROUNS
GORDON HEMPTON A UNE MISSION: TRAQUER LE SILENCE. EN TANT QUE «SOUND TRACKER», IL A LE DON DE REPÉRER LES ENDROITS OÙ LA NATURE N’A PAS ENCORE ÉTÉ NOYÉE PAR LE TUMULTE DES BRUITS CRÉÉS PAR L’HOMME, CAR, SELON LUI, DEPUIS LA RÉVOLUTION INDUSTRIELLE, NOUS VIVONS DANS UN MONDE DE BRAILLARDS, DOMINÉ PAR LE VACARME. «ET CELA POSE PROBLÈME À BIEN DES ÉGARDS.»
Gordon Hempton se définit comme un «sound tracker»: il traque le silence, mais aussi les sons que le silence rend audibles.Armé d’un micro, d’un magnétophone et d’un casque, il part en quête d’espaces encore épargnés par le bruit. Ces endroits deviennent de plus en plus rares et ce que l’on y entend peut être bouleversant. «Le silence, l’authentique silence naturel, n’est pas l’absence de quelque chose», admet le spécialiste. «C’est la présence de tout. La nature parle, chuchote, chante. Nous aurions tout intérêt à l’écouter avec attention, car notre avenir en dépend.»
«Longtemps, j’ai été convaincu que je deviendrais botaniste», confie Hempton, à peine revenu d’une expédition en Équateur, lors d’un long entretien Zoom depuis son «home office» dans l’État de Washington. Il s’exprime avec clarté et conviction, chaque mot soigneusement choisi. Pour quelqu’un qui a fait du silence sa profession et l’œuvre de sa vie, c’est frappant. Pourquoi les plantes le fascinaient-elles autant quand il était adolescent? «Elles produisent l’oxygène dont nous avons tous besoin pour vivre», répond-il. «Sans les plantes, cette conversation n’aurait jamais eu lieu.» L’Américain y percevait aussi une dimension spirituelle. «Elles n’ont pas besoin, comme les humains, de parcourir la planète à la recherche du sens de leur existence.»
Gordon Hempton a découvert la puissance du silence à l’adolescence, lors d’un road trip de Seattle, dans l’État deWashington où il a grandi, à Madison, dans le Wisconsin, où il allait étudier. «Je n’avais pas beaucoup d’argent et je voulais dépenser le moins possible.Au lieu de dormir dans un motel, j’ai choisi un endroit en bord de route, dans un champ de blé. L’orage menaçait, mais j’étais fatigué, il faisait chaud; c’était la fin de l’été. La pluie était rafraîchissante, apaisante. Je ne pensais à rien, je ressentais, tout simplement.» C’est alors qu’un «miracle» se produit: «J’ai eu une révélation.»
Dans le silence de la nature, le jeune Hempton a entendu de la musique. «J’ai découvert que je n’avais même pas besoin de tourner la tête: il me suffisait d’écouter pour tout percevoir. C’était si réel! Le matin, j’ai repris la route en direction du campus comme prévu, mais quelque chose en moi avait changé.»
«J’ai réalisé que tout ce que je pensais savoir sur moi-même et sur le monde n’était qu’un ensemble de suppositions. J’ai découvert que je voulais vivre une vraie vie, mais que cela ne serait possible qu’en apprenant à mieux écouter. Je n’imaginais pas que cela de-



CI-DESSUS C’EST AU COURS D’UN
ROAD TRIP AUX ÉTATS-UNIS QUE GORDON HEMPTON A DÉCOUVERT LA PUISSANCE DU SILENCE. UNE NUIT
PASSÉE DANS UN CHAMP DE BLÉ A TRANSFORMÉ SA VISION DU MONDE ET DÉCLENCHÉ SA QUÊTE.
viendrait mon métier. Je pensais simplement qu’en écoutant, j’apprendrais à mieux connaître le monde et moimême,et que le reste suivrait naturellement.Que je finirais par vivre une vraie vie.»
«On ne peut pas juste décider:‘Très bien,maintenant je vais écouter’, car si on pense en même temps, on n’écoute pas. Écouter, c’est être prêt à accueillir le monde tel qu’il est, à cet instant précis, et à observer ce qui se passe réellement. Pas ce qu’on voudrait qu’il se passe ni ce qu’on croit qu’il se passe.»
SANS REVENUS ET CRIBLÉ DE DETTES Scientifique de formation, il se met en quête des outils nécessaires pour apprendre à écouter: un micro, un casque et un magnétophone.«Je suis entré dans un magasin d’électronique et j’ai demandé un micro. Je ne savais pas qu’il y en avait tant de différents! Je suis sorti à l’extérieur pour tous les tester.J’ai dû laisser mon permis de conduire dans le magasin en guise de caution. Sans casque ni micro, je n’aurais rien entendu de particulier dans la rue. Et là, tout à coup, bam!, j’entendais tout ce que captait le micro. Ce fut une expérience profonde, comme une initiation. Ce jour-là, je n’avais pas assez d’argent pour acheter un micro, mais j’ai commencé à économiser sur-le-champ.»
«C’était une période difficile.J’avais terminé mes études et je suis retourné à Seattle, sans revenu et criblé de dettes. En me promenant dans le centre-ville, je me demandais ce que je pourrais bien faire avec une formation de botaniste. Vendre des fleurs,peut-être? Puis,soudain,j’ai vu un flot de cyclistes qui entraient et sortaient d’une ruelle, comme des abeilles de leur ruche. Et j’ai eu le déclic: coursier à vélo! J’ai été embauché sur-le-champ et j’ai été coursier à vélo pendant neuf ans. L’avantage de ce travail, c’est qu’il me donnait la liberté de sortir de chez moi avec mes micros.»
ALOUETTE DES CHAMPS
Pourtant, il ne se tourne pas tout de suite vers la nature. Il raconte comment, presque par hasard, un beau jour, il a enregistré sur cassette les conversations d’un groupe de
punks dans un club. «Sur le moment, je n’y ai pas vraiment prêté attention, mais en les réécoutant, j’ai perçu chez eux une profonde tristesse. En réalité, ils étaient tous en quête de quelque chose.Peut-être d’amour.Ou,en tout cas, d’un peu de sens.»
Parfois, il voyageait avec des vagabonds planqués dans les wagons de marchandises. «J’écoutais leurs histoires. Je voulais savoir comment ils étaient devenus SDF, pourquoi ils avaient choisi cette vie. Beaucoup avaient eu une enfance difficile, avaient fugué, avaient grandi sans véritable éducation. Et pourtant, ils avaient un grand cœur, leur vie était traversée d’amour et leurs conversations étaient profondes. Je suis tombé sous le charme du bruit des locomotives, de tout ce qui touche au rail. Un jour, alors que j’attendais un train de marchandises pour une nouvelle destination, j’ai entendu un oiseau chanter:c’était une alouette des champs, juste à côté de la gare de triage de

Wenatchee, dans l’État de Washington. Je suis resté là, à écouter son chant.»
«Attends», me dit-il. «Je vais essayer de l’imiter.» Et il se tait, serre les lèvres et imite le chant d’un oiseau.«D’abord,l’alouette lance un ou deux petits signaux, pour annoncer qu’elle va chanter: ‘cui-cui’. Et puis, elle se met à chanter fort et clair, ‘fu-fu-fu’, en tournant la tête dans toutes les directions, car son bec agit comme un mégaphone: il projette son chant loin à la ronde.»
«Cet oiseau était d’une expressivité incroyable. Et je me suis demandé: s’il ne chante pas pour moi, pourquoi est-ce que je perçois son chant comme de la musique? Pourquoi cette réaction émotionnelle? C’est alors que j’ai décidé de me mettre à écouter la nature.»
«Quand j’ai commencé à tendre mon micro dans la nature, j’ai été frappé par l’ampleur de la pollution sonore,où que j’aille.Des avions de chasse passaient au-dessus de ma tête et j’entendais le grondement lointain de la circulation.» Oui, l’oreille humaine est capable de percevoir des sons jusqu’à 20 kilomètres de distance.
«Ici, dans l’État de Washington, nous avons quelques grands parcs nationaux. Et la première fois que je suis allé à l’Olympic National Park, loin de toute pollution sonore, plusieurs choses m’ont frappé. Ce que j’entendais allait bien au-delà du chant d’un oiseau solitaire: toute la vallée était comme un gigantesque instrument de musique avec sa propre tonalité et une multitude d’interprètes parfaitement accordés entre eux.»
SAUVER LE SILENCE
Après neuf ans passés à bosser comme coursier à vélo, Hempton obtient alors une bourse de

CI-DESSUS POUR GORDON
HEMPTON, LE SILENCE N’EST
PAS L’ABSENCE DE SON, MAIS LA PRÉSENCE DE TOUS LES SONS DE LA NATURE. UNE EXPÉRIENCE QUI OUVRE LES SENS.
la Lindbergh Foundation, un organisme qui a reconnu l’importance culturelle de son travail de «sound tracker» de la nature. «Ce fut un tournant. Peu après, j’ai eu un financement du National Endowment for the Arts, puis un Rolex Award. En 1992, un documentaire a été consacré à mon travail, pour lequel j’ai reçu un Emmy Award.À partir de ce moment-là, je n’ai plus eu besoin d’expliquer ce que je faisais: les commandes affluaient et les rémunérations étaient confortables. J’avais une épouse, deux enfants et je pouvais faire ce que je voulais. Nous avons emménagé dans une maison au cœur de l’Olympic National Park.» En 2005, il crée la fondation One Square Inch of Silence, dont le symbole est une pierre rouge déposée sur un petit tas de bois couvert de mousse, dans l’un des endroits les plus silencieux de la réserve naturelle. «Au départ, j’avais un business plan très simple. Je me disais: ces sons de la nature sont en train de disparaître, alors je vais les enregistrer avant que ce ne soit trop tard. Et dans 30 ans, quand Hollywood voudra des sons de nature authentiques pour ses films, ils viendront me les acheter. J’étais convaincu que ça me rendrait riche. Ce que je trouvais triste, c’était de revenir quelques années plus tard dans un coin de nature préservée pour y découvrir des parkings de caravanes et des climatiseurs ronronnants. La forêt avait disparu, les grenouilles aussi, mais je ne pensais pas que c’était à moi de sauver ces lieux.»
Tout a basculé en 2003, année où il perd l’ouïe, probablement suite à une infection virale, bien que ce fait n’ait jamais été confirmé. «Les médecins m’ont dit d’être patient, qu’il y avait une chance de guérison. C’était extrêmement décourageant.Après plus d’un an d’attente, j’ai cependant fini par retrouver l’audition.Alors, je me suis dit: je ne sauverai peut-être pas le silence, mais je vais au moins essayer.»
PREMIÈRE ZONE DE SILENCE EN BELGIQUE Après la création de One Square Inch of Silence, l’Américain participe à la fondation de Quiet Parks International (QPI). «Il ne s’agissait plus d’un seul lieu, mais de plusieurs espaces de silence répartis dans le monde entier», détaille-

t-il. Les bénévoles de QPI identifient des parcs urbains, des sentiers et des zones naturelles particulièrement calmes, et œuvrent à leur préservation.
Sur cette liste encore très courte figure un parc belge: la zone de silence Dender-Mark, un territoire de 28 kilomètres carrés entre Ninove et Grammont. Il s’agit là de la première zone de silence officiellement reconnue en Flandre et de la troisième en Europe.
«On me fait parfois le reproche suivant: comment peuton désigner ces lieux sur une carte et y envoyer les gens? S’ils sont visités, ils ne seront plus silencieux. Mais regardez les églises:parfois,des centaines de personnes s’y rassemblent, en silence.Tout dépend de la raison pour laquelle on se rend quelque part. J’ai été dans une vallée au Sri Lanka où un millier de personnes étaient réunies, et c’était parfaitement silencieux. Nous écoutions tous la nature, ensemble.»
MOI PROFOND
«Lorsque nous sommes dans le silence, nous entrons en contact avec notre moi profond», explique-t-il. «Et c’est là que nous sommes le plus créatifs. Il existe bien sûr une grande différence entre le silence d’une pièce fermée et celui de la nature. Le premier s’apparente à une forme d’isolement sensoriel, alors que la nature, elle, ne nous coupe pas du monde, au contraire: elle nous y relie.»
«Le silence a une voix et cette voix nous enseigne que, comme nos ancêtres, nous pouvons avoir un avenir prospère si nous apprenons à faire confiance à notre instinct. Nos lointains ancêtres nomades écoutaient les oiseaux pour s’orienter. Là où les oiseaux chantaient, il y avait de l’eau et de la nourriture et, donc, un avenir. Si vous ne pouvez pas entendre qu’un prédateur approche, qu’il s’agisse d’un faucon ou d’un grand félin, vous courez un réel danger. Savoir écouter est plus essentiel à la survie que voir.» Notre vue, après tout, est limitée: nous ne voyons pas très loin, et seulement dans une direction à la fois.
«Depuis la révolution industrielle, nous sommes devenus un monde de braillards et notre culture valorise désormais tout ce qui est bruyant.C’est problématique à bien des égards. La chose la plus importante que vous puissiez faire, vous et vos lecteurs, c’est de vous rendre, dès maintenant, dans un endroit silencieux. Et d’écouter vraiment», conclut Hempton. ◆
WWW.SOUNDTRACKER.COM
WWW.QUIETPARKS.ORG
«L’ouïe est plus importante que la vue pour la survie de l’être humain.»
L’ART D’ÉCOUTER: UN EXERCICE DE 5 MINUTES
«Même sans micro, il est possible d’entendre le monde tel qu’il est», affirme Gordon Hempton. Pas de smartphone, pas de distractions: seulement une attention totale aux sons qui nous entourent. Cet exercice peut se pratiquer à tout moment et partout, à l’intérieur comme à l’extérieur, en ville ou dans la nature. Et il ne prend pas plus de cinq minutes.
◆ «La première étape est à la fois simple et difficile: faites fi de vos attentes. Oubliez un instant ce que vous croyez savoir et redevenez un enfant: ouvert, curieux, sans préjugés. L’écoute véritable demande un lâcher-prise pour accueillir le monde tel qu’il se présente, sans chercher ni à l’expliquer ni à le comprendre.»
◆ «Détendez-vous. Nos oreilles abritent
les plus petits os et muscles du corps humain, capables de percevoir des vibrations allant de 20 à 20.000 Hz par seconde.»
◆ «Respirez profondément. Ressentez le bien que cela procure et, ensuite, expirez lentement. Recommencez et sentez comme vous vous détendez. Vos oreilles savent exactement ce qu’il faut faire, laissez-vous simplement porter par l’expérience de la respiration. Rappelezvous aussi que si nous pouvons respirer, c’est parce que les plantes nous offrent de l’oxygène. Aussi déconnectés que nous puissions parfois nous sentir de la nature, ce n’est jamais tout à fait le cas.»
◆ «Fermez les yeux et affinez votre écoute. Ne vous limitez pas aux sons proches:
écoutez aussi ceux qui viennent de loin. Quel est le son le plus lointain que vous puissiez percevoir? N’essayez pas de l’interpréter, laissez simplement vos oreilles explorer l’espace. Chaque son raconte une histoire, chaque vibration porte un message. Dans le désert du Kalahari, j’ai appris à quel point les sons peuvent porter loin -sur plus de 30 kilomètres. D’autres espèces animales ont un univers sonore bien plus vaste que le nôtre. Le défi, c’est de capter le son le plus subtil. Jusqu’où pouvez-vous affiner votre ouïe? Quels sont les détails qui vous échappent d’ordinaire? C’est là que la magie commence, dans cet univers sonore microscopique qui nous entoure en permanence.»

LE JAPON EST RÉPUTÉ POUR SA CULTURE DE LA SOBRIÉTÉ, DE LA SÉRÉNITÉ ET DU CALME. DÈS QUE L’ON S’ÉLOIGNE
DES GRANDES VILLES ET DES HAUTS LIEUX TOURISTIQUES, ON PLONGE DANS UN OCÉAN DE TRANQUILLITÉ. MAIS PAR OÙ COMMENCER? VOICI TROIS LIEUX SECRETS LOIN DU TUMULTE, L’IDÉAL POUR SE METTRE SUR LA VOIE DE LA SAGESSE.


«Nos clients disent souvent que la vue depuis leur chambre ressemble à un tableau»,peut-on lire sur le site web du Komatsukan Kofutei et ce n’est en rien exagéré.L’hôtel,dirigé par la quatrième génération Komatsu,se trouve à Matsushima,une petite ville du nord du Japon réputée pour son panorama: une baie de l’océan Pacifique parsemée de plus de 260 îlots rocheux où poussent des pins. Sous l’effet du vent marin, leurs branches poussent en forme de parapluie, évoquant l’iconographie des paravents japonais.
Depuis des siècles,Matsushima,«île aux pins», fait partie des Nihon sankei, les trois paysages les plus idylliques du Japon.Le célèbre maître de haïku Matsuo Bashō y fait référence dans son livre «Oku no hosomichi» (La sente des contrées secrètes).
L’hôtel Komatsukan Kofutei se situe en bord de mer: il propose cinq suites avec une vue imprenable sur la baie et Fukuurajima, un magnifique îlot naturel relié au continent par un long pont rouge. La plus belle chambre, nommée Uminiwa (jardin marin), mêle influences occidentales et japonaises. Pour offrir le meilleur du panorama, la baignoire traditionnelle des suites se trouve près de la fenêtre ce qui permet, à tout moment de la journée, de s’adonner à l’un des rituels les plus
japonais qui soient:prendre un bain en contemplant un des plus beaux paysages du pays.
Dans la ville même, une visite du Zuigan-ji s’impose: ce temple zen abrite de superbes peintures murales. Un chemin rectiligne mène à la baie où se dresse,sur un rocher,le Godaidō, un ancien temple devenu le symbole de la ville.Ce site,comme les nombreux autres temples et sanctuaires des environs, doit son existence à Masamune Date, un des plus illustres samouraïs du Japon, qui régna sur le nord du pays et avait une profonde affection pour Matsushima.
HUÎTRES
Côté gastronomie, Matsushima est réputée pour les huîtres de la baie que l’on fait griller à table. Le thon local est aussi de première qualité: Matsushima est située entre deux ports de pêche importants, Ishinomaki et Shiogama, où le thon est vendu à la criée.
Les amateurs de viande préféreront le wagyu de Sendai, la capitale régionale située à une demi-heure de train.Et le meilleur dans tout cela?Tous ces mets peuvent être servis en room service. Matsushima se trouve à deux bonnes heures de train de Tokyo. Bien qu’elle attire son lot de visiteurs, elle échappe au tourisme de masse.La baie est splendide en toute saison,mais les meilleurs moments pour s’y rendre restent le printemps pour le «hanami» (admirer les fleurs) et l’automne pour le «kōyō» (admirer les couleurs d’automne).
WWW.KOMATSUKAN-KOFUTEI.CO.JP
«Nos clients disent souvent que la vue de leur chambre ressemble à une estampe.»





CI-CONTRE CET HÔTEL EST UNE
PERLE DE L’ARCHITECTURE: LE DESIGN
MODERNE EST EN HARMONIE AVEC LES
ÉLÉMENTS NATURELS DE L’ÎLE D’AWAJI.
«Dans cet hôtel, on découvre une interprétation contemporaine de la cuisine sobre des moines.»
Selon la mythologie shintō, la religion japonaise vénérant la nature, les dieux Izanagi et Izanami créèrent les îles.Et la première ne fut pas Honshu, l’île principale, mais Awaji, une île beaucoup plus modeste de la baie d’Osaka.
Depuis 2022, c’est là, au cœur de la nature, que se trouve un havre de paix absolu: le centre de retraite Zenbo Seinei, dont la plateforme zen semble flotter au-dessus des arbres.
L’allure singulière de cette enseigne est l’œuvre de Shigeru Ban, un des architectes les plus réputés du Japon. Il a conçu un impressionnant bâtiment alliant modernisme et techniques traditionnelles d’une longueur de 90 mètres, prolongé par une plateforme de 100 mètres.Cet ensemble est quasi entièrement en bois, pour préserver la sérénité de cet environnement magnifique.
C’est l’endroit idéal pour échapper au quotidien et se ressourcer. La plateforme supérieure, pour ainsi dire la pièce maîtresse de l’architecture de l’hôtel,est dédiée à la pratique du zazen,la médiation zen. Et s’il fait trop chaud, il suffit de descendre jusqu’au bassin en pierre extérieur,aménagé sous la structure du bâtiment pour se rafraîchir.
Zenbo Seinei a été entièrement pensé pour le ressourcement.La journée s’y déroule au rythme de différentes séances de méditation et de yoga.
L’hébergement, d’une sobriété exemplaire, évite tout superflu: se ressourcer dans le luxe serait un peu paradoxal.Les chambres entièrement conçues en bois, afin que le parfum de ce matériau favorise l’apaisement,n’offrent guère plus qu’un lit tatami. Le lieu n’accueille que 27 clients dans 9 chambres simples et 9 doubles.
CUEILLETTE SAUVAGE
Ici, le ressourcement passe aussi par l’assiette. Les repas sont élaborés avec des ingrédients de saison, agrémentés d’herbes sauvages cueillies sur l’île, une expérience que l’on peut vivre lors d’un atelier qui lui est consacré. Naturelles, sans sucre ni huile, et exclusivement végétariennes, les préparations s’inspirent des principes du shōjin ryōri,soit la cuisine traditionnelle des moines zen.Au Zenbo Seinei, vous en ferez l’expérience dans une interprétation contemporaine.
En plus du zazen et de la méditation, votre séjour peut être ponctué d’ateliers de cérémonie du thé ou de calligraphie. Vous pouvez également participer à de nombreuses activités, comme la poterie, l’équitation, la fabrication de sauce soja ou la randonnée.
Awaji est une île d’une richesse naturelle exceptionnelle dépourvue de liaison ferroviaire, un isolement qui la préserve des hordes de touristes. Avec 36 millions de touristes par an, certains endroits du Japon seront vite saturés.Awaji, en revanche, offre un calme absolu et de superbes vues sur la mer intérieure de Seto.
WWW.ZENBO-SEINEI.COM

Au Japon,le bain est une pratique profondément ancrée dans le quotidien et l’un des moyens les plus prisés pour la détente est l’onsen, une source chaude naturelle. En raison de la forte activité volcanique du pays, on en dénombre des milliers sur tout l’archipel. De nombreux ryokan, les auberges japonaises traditionnelles,ont leur propre onsen dans lequel on peut s’immerger longuement pour se délasser. Certains établissements proposent des bains privatifs, mais, le plus souvent, on le partage avec les autres clients.On s’y baigne nu,hommes et femmes séparément. Si vous souhaitez vivre cette expérience avec votre partenaire du sexe opposé, il vous faudra chercher un konyoku ou bain mixte. Bien que rares, ils deviennent plus fréquents à mesure que l’on remonte vers le nord. Et si vous poussez jusqu’à l’extrême nord, vous découvrirez peut-être le plus Instagrammable des bains japonais, lui aussi mixte, Sukayu.
Sukayu se trouve dans la préfecture d’Aomori, tout au nord de l’île principale du Japon,Honshu. L’onsen est situé dans le Parc

national de Towada Hachimantai, une région réputée pour sa nature préservée.C’est aussi la région du Japon où les chutes de neige sont les plus abondantes:en hiver,on peut y profiter d’un excellent domaine skiable,mais aussi admirer les célèbres juhy , ou «monstres de glace», soit des arbres entièrement recouverts de neige gelée, sculptés dans des formes fantasmagoriques par les vents violents.
Situé à 890 mètres d’altitude,en pleine nature,cet onsen a été fondé en 1684. La légende raconte qu’un chasseur, à la recherche d’un cerf blessé, s’était aventuré dans la forêt et avait surpris l’animal soignant sa plaie dans une source chaude. Celle-ci fut alors baptisée Shika no yu, ou «source du cerf», un nom qui, au fil du temps, est devenu Sukayu.
MILLE
Sukayu est un ryokan spacieux,mais simple.On y vient pour le vaste sennin-buro, ou bain aux mille personnes, un bassin plus que centenaire entièrement construit en bois de cèdre. Ce bain est unique au Japon: on s’immerge dans son eau laiteuse ceinte


































































































































































































































































































































«S’immerger dans cette eau laiteuse ceinte de bois patiné, dans une atmosphère floutée par la vapeur, est une expérience profondément apaisante.»
de bois patiné,dans une atmosphère floutée par la vapeur,est une expérience apaisante que je recommande à chacun.
Au-delà de l’incroyable beauté de Sukayu, c’est un des rares bains mixtes au Japon, où les couples peuvent profiter ensemble de cette expérience relaxante. Le bassin est juste traversé en son centre par une ligne blanche, offrant à chacun la possibilité de préserver un peu d’intimité, un détail rassurant pour les plus pudiques. Bon à savoir: une fois immergé dans l’eau laiteuse, la nudité passe inaperçue.
L’eau doit sa couleur particulière à la forte concentration de soufre à laquelle certains attribuent des vertus curatives. Ce qui est certain, c’est que la peau en ressort clairement plus douce. Traditionnellement,les Japonais viennent à Sukayu pour une cure d’une dizaine de jours. Aujourd’hui, grâce à l’amélioration des transports publics, on y croise aussi un nombre croissant de touristes. Dix jours dans ce coin reculé suffiront assurément à faire disparaître toute trace de stress. ◆
Visite privée Chapelle, cloître, église ou maison? Une demeure emblématique du style sacré de Dom Hans van der Laan ◆ Lave, lumière et minimalisme: une villa dans un paysage lunaire ◆ More is more! Un loft à Londres à la manière d’Antoni Gaudí 60 — 86
DESIGN
REPORTAGE: THIJS DEMEULEMEESTER PHOTO: KIM ZWARTS
AVEC «A HOUSE TO LIVE WITH», CAROLINE VOET SIGNE LE TOUT PREMIER OUVRAGE CONSACRÉ AUX HABITATIONS CONÇUES PAR L’ARCHITECTE BÉNÉDICTIN DOM HANS VAN DER LAAN ET LES ÉTUDIANTS DE LA BOSSCHE SCHOOL (ÉCOLE DE BOIS-LE-DUC). LA PLUS BELLE DEMEURE DU LIVRE, LA MAISON JAN DE JONG, EST AUSSI LA SEULE OUVERTE AUX VISITEURS. DANS CETTE SILENCIEUSE MAISON FAMILIALE AUX ALLURES DE MONASTÈRE, LA VIE QUOTIDIENNE DEVIENT PRESQUE UN RITUEL. SABATO L’A VISITÉE.


CI-CONTRE À PREMIÈRE VUE, LA MAISON JAN DE JONG RESSEMBLE PLUS À UNE ÉGLISE HABITABLE QU’À UNE MAISON FAMILIALE PLEINE DE RIRES ET DE JEUX.
Difficile d’imaginer qu’une famille de cinq enfants ait vécu ici. Comment une architecture aussi silencieuse a-t-elle façonné sa vie quotidienne? À première vue, la maison Jan de Jong, à Schaijk (PaysBas), ressemble plus à une église habitable qu’à une maison familiale pleine de rires, de souvenirs et de jeux. Et pourtant. «Nous jouions à cache-cache dans la bibliothèque.Je traversais le salon sur ma trottinette,cadeau de Saint-Nicolas. Dans le jardin, mon père avait conçu une gloriette selon ses proportions idéales. J’y servais le thé à maman avec ma dînette»,raconte Cathrien de Jong, qui a grandi dans cette maison.
ŒUVRE D’ART TOTALE
Jan de Jong (1917-2001), le père de Cathrien, a conçu cette maison selon les principes de la Bossche School,comme l’ensemble de son œuvre. Ce courant architectural d’après-guerre s’inspire des idées de Dom Hans van der Laan (1904-1991), moine bénédictin et architecte néerlandais connu pour son architecture ecclésiastique novatrice, comme les abbayes de Waasmunster et de Vaals. Si l’architecture religieuse de la Bossche School est connue et documentée, le fait que ces mêmes principes aient été appliqués à des maisons est longtemps resté méconnu. Même Caroline Voet,
professeure d’architecture belge (1974) qui, en 2013, a consacré sa thèse de doctorat à van Der Laan, a récemment découvert l’influence de ces habitations sur l’ensemble de son œuvre.
«Je pensais avoir déjà tout écrit à son sujet, jusqu’au jour où l’architecte Tom Senders m’a montré le plan d’une maison privée conçue selon les principes de la Bossche School. Je ne connaissais pas le bâtiment, mais j’ai immédiatement reconnu sa qualité. Dès ma première visite, j’ai été conquise.»
Cette découverte a donné lieu à une nouvelle recherche sur les maisons de la Bossche School et de Dom Hans van der Laan.«La plupart des habitations que j’ai étudiées étaient très peu, si pas du tout, mentionnées dans la littérature. Finalement, les recherches ont duré cinq ans et j’ai découvert 16 maisons d’une qualité exceptionnelle.»
«Les maisons de la Bossche School baignent dans la même atmosphère sacrée que ses églises, tout en étant ancrées dans la vie.Elles sont conçues à l’échelle humaine, pour de vraies familles. Leur architecture sacralise et ritualise le quotidien. Se laver,cuisiner,manger,prier,lire,dormir:pour chacun de ces rituels, les architectes ont conçu des espaces et des objets dédiés.Dans la maison de Jan de Jong, ce principe a été poussé à l’extrême. La maison est une œuvre d’art totale: des lustres à la cheminée,en passant par les poignées de porte,les canapés,les lampes et le clocher,chaque détail a été pensé», expliqueVoet.
À DROITE LA BOSSCHE SCHOOL S’INSPIRE DES ANCIENNES ÉGLISES DE SYRIE ET DES BÂTIMENTS ROMAINS AVEC DES COURS INTÉRIEURES ET DES COLONNADES.


CI-DESSUS LES BANCS EN BOIS
AUTOUR DE LA TABLE ET LES SIÈGES
SANS DOSSIER DU SALON INVITENT À UN MODE DE VIE SOBRE ET MESURÉ.
«Vivre dans cette maison impliquait des restrictions. Mon père redoutait les tentations des années 1960 et 1970.»
SILENCE ABSOLU
La professeure d’architecture a intitulé son ouvrage consacré à la Bossche School «A House to Live with».Si vous souhaitez découvrir si l’architecture résidentielle de la Bossche School est réellement facile à vivre, la maison de Jong est la seule accessible au public. En 2017, deux ans avant le décès de la veuve de Jong,elle est passée par l’association Hendrick de Keyser, chargé de sauvegarder et de promouvoir les monuments historiques.
Caroline Voet a eu droit à bien plus qu’une simple visite.Du vivant de Riek de Jong,la veuve de l’architecte, elle a été invitée à y séjourner quelques jours pour consulter les archives de Jan de Jong.«À l’heure du repas,madame de Jong sonnait la cloche.Je descendais la rejoindre,soit à la table de la cuisine conçue par son mari,soit dans une petite alcôve où elle aimait lire ou coudre.Tout semblait d’une évidence naturelle.Je pouvais me concentrer sans que rien ne vienne me distraire.L’architecture de de Jong vous plonge dans un état de silence absolu. On se tourne entièrement vers l’intérieur tout en entrant en symbiose avec la nature grâce aux fenêtres parfaitement cadrées et à la douce lumière qui glisse sur ces murs et ces sols bruts.»
POSTER DE CHEVAUX
De toutes les maisons de la Bossche School, c’est la maison de Jan de Jong qui, avec son jardin clos, s’apparente le plus à un monastère privé. Avec sa nef centrale et ses bas-côtés, le salon évoque une chapelle. La cheminée fait penser à un tabernacle et le lustre pourrait très bien être suspendu au-dessus d’un autel.La table à dessin de l’architecte rappelle un banc d’église. Et à l’étage, dans le hall de nuit,un bénitier permettait de faire un dernier signe de croix avant d’aller se coucher.
«On dormait dans des cellules monastiques, chacune avec son balcon, mais sans porte. Cette chambre ouverte, c’était un cauchemar. Mon
père était profondément religieux et redoutait les tentations des années 1960 et 1970, époque à laquelle où nous étions adolescents», raconte Cathrien.Vivre dans cette maison impliquait des restrictions. «Dans son architecture, il n’y avait guère de place pour l’expression personnelle. Rien ne pouvait être ajouté, mais il m’a permis de garder mon poster de chevaux dans ma chambre.»
Sur les photos, Riek de Jong apparaît toujours vêtue d’une longue tunique cousue main, sorte d’habit de religieuse inspiré de la Bossche School. «Jan de Jong tenait absolument à ce que son épouse porte ce vêtement.Au début, Riek ne voulait pas, mais elle a fini par accepter, à condition de pouvoir choisir et coudre elle-même les tissus de soie. Elle aimait porter ces robes avec des foulards colorés»,témoigneVoet.
COLLECTIF AVANT LA LETTRE
Jan de Jong a construit la première partie de sa maison en 1967. Une décision étonnante puisqu’il avait déjà bâti, en 1949, un cottage anglais pour sa famille. «Il s’est tellement enthousiasmé pour les principes de Dom Hans van der Laan qu’il l’a démolie pour tout recommencer», explique Voet. Le travail de van der Laan,comme celui de ses disciples de la Bossche School,repose sur le principe des proportions.Ces dernières sont définies selon un système mathématique complexe fondé sur la perception visuelle,une théorie qu’il appelait «le nombre plastique» et qui a été appliquée à l’architecture religieuse et aux habitations privées.
Jan de Jong a rencontré Dom Hans van der Laan dans les années 1950, alors qu’il suivait à Bois-le-Duc un module sur l’architecture religieuse.«Le samedi matin,les étudiants assistaient à des conférences sur l’architecture ecclésiastique», préciseVoet. «L’après-midi,ces jeunes architectes s’asseyaient autour de la table pour travailler ensemble sur leurs projets:peu importait qui dessinait quoi,c’était un collectif avant la lettre.»
Quand Jan de Jong construit sa maison en 1967, il reste fidèle aux principes de la Bossche School.Toutes les proportions et dimensions obéissent à un système de rapports fixes, fondé sur des mesures telles que 1/7,3/4 ou 2/5.L’architecture

bulthaup s’occupe de tous les détails pour créer un environnement harmonieux.

Nous façonnons votre intérieur pour accueillir vos instants privilégiés. Rendez-nous visite. Nous nous réjouissons d’échanger avec vous.
b metropool, Anvers bmetropool.bulthaup.be
ligna recta, Anvers lignarecta.bulthaup.be
b vorm, Bruges bvorm.bulthaup.be
b.brussels, Bruxelles bbrussels.bulthaup.be
k vorm, Courtrai kvorm.bulthaup.be
van damme team, Gand gent.bulthaup.be
espace 3b, Gosselies gosselies.bulthaup.be
designlink, Hasselt designlink.bulthaup.be
z vorm, Knokke-Heist knokke.bulthaup.be
Espace Neuf, Liège liege.bulthaup.be

b.leuven, Louvain bleuven.bulthaup.be
b.mechelen, Malines mechelen.bulthaup.be
van damme team, Sint-Denijs-Westrem gent.bulthaup.be
b concept, Woluwe-Saint-Étienne woluwe.bulthaup.be
Ixelles Chaussée de Waterloo 542, 1050 Ixelles
b concept, Uccle Chaussée de Waterloo 1389, 1080 Uccle
«Dans l’architecture de mon père, il n’y avait pas de place pour l’expression personnelle.
Mais il m’a quand même permis d’avoir un poster de chevaux dans ma chambre.»

repose sur une succession rythmée d’ouvertures, de murs, de colonnes et de galeries, tous rigoureusement alignés.
«Mais sans jamais tomber dans la symétrie, et c’est là que réside la clé», souligneVoet. «En étudiant les plans,on a l’impression de lire une partition: il y a de la musicalité dans cet agencement.»
Ou comme l’exprimait van der Laan: «À force de parcourir ces espaces, ils finissent par résonner comme une mélodie spatiale.Plus une maison est meublée et décorée simplement, plus ces motifs fondamentaux se révèlent avec clarté.»
GRIS COLORÉS
CI-DESSUS AVEC SA NEF CENTRALE ET SES BAS-CÔTÉS, LE SALON
ÉVOQUE UNE CHAPELLE OÙ LUMIÈRE ET PROPORTIONS S’ACCORDENT À LA PERFECTION.
En termes de mobilier et de décoration,la maison de Jan de Jong est d’une telle sobriété qu’elle invite naturellement à la frugalité. Pour lui, l’ascèse primait sur le confort. Les bancs sans dossier autour de la table n’invitent guère aux dîners prolongés. Quant aux banquettes en bois disposées
autour de l’imposante table basse,même si elles ont un dossier, elles ne sont pas conçues pour s’y prélasser.
«Et pourtant, ce coin salon dégage un sentiment d’intimité. On peut prendre place à vingt autour de la table, mais à deux, cela fonctionne tout aussi bien», souligneVoet.
Quant aux couleurs du mobilier, elles aussi méritent l’attention: à l’instar de van der Laan, de Jong travaillait avec une palette très spécifique de gris colorés,des gris aux douces nuances de vert, de mauve ou de bleu. «Ces teintes, nous les devons au peintreWimVan Hooff,figure d’inspiration majeure en matière de couleurs et de matériaux au sein de la Bossche School.»
«Intemporel» est un terme un peu galvaudé dans les milieux de l’architecture, mais appliqué à l’œuvre de van der Laan et à celle de la Bossche School, il garde tout son sens. Leur inspiration ne venait pas du modernisme de Le Corbusier, que van der Laan jugeait superficiel, mais d’anciennes petites églises en Syrie ou de constructions romaines dotées de jardins intérieurs et de colonnades.«De toute façon,il trouvait sans intérêt



Lancement:

MAISONS






L’entrée de l’immeuble se fait par le jardin intérieur
Salon donnant directement sur le jardin privatif
Situé à 500m de la gare centrale et de Zurenborg
Score de mobilité maximale de 9,9 sur 10
Garez facilement votre voiture dans le parking souterrain (possibilité de placer une borne de recharge pour voitures électriques)




Économisez de l’énergie grâce à l’immobilier durable
Panneaux solaires
Pompes à chaleur
Infiltration de l’eau de pluie
Basse énergie
À partir de € 549.500 (hors frais)
*Cfr.lesdispositionscontractuellesetlalégislationfiscaleenvigueur.
DÉCOUVREZ TOUS LES AVANTAGES SUR WWW.RESIDENTIE-LUMEO.BE/FR-BE/MAISON
CI-CONTRE LES SUBTILES NUANCES DE GRIS COLORÉS, IMAGINÉES
PAR LE PEINTRE WIM VAN HOOFF, AJOUTENT UNE PROFONDEUR PRESQUE
MÉDITATIVE, À L’ENSEMBLE DE L’INTÉRIEUR.


C’est cette «esthétique feutrée» de Van der Laan, De Jong et de la Bossche School qui est aujourd’hui recherchée, surtout les meubles minimalistes, très rares.

toute approche fondée sur une esthétique creuse», préciseVoet.
Pourtant, c’est justement cette «esthétique silencieuse» propre à van der Laan, de Jong et la Bossche School qui est aujourd’hui recherchée. Leurs meubles rares et épurés sont très prisés des collectionneurs,et leurs principes formels inspirent une nouvelle génération d’architectes, comme l’illustre le travail de Vincent Van Duysen ou de Nicolas Schuybroek, qui comparent volontiers leurs réalisations à des sanctuaires privés. Les matériaux sobres de l’époque -béton lavé,bois,pierre bleue- n’ont rien perdu de leur puissance expressive. Dans la maison de Jan de Jong, le niveau de détail est sans précédent: tout a été conçu sur mesure, rien n’a été choisi sur catalogue.
Reste à savoir si, aujourd’hui, il est toujours pertinent de construire des habitations monacales aux dimensions aussi généreuses pour des clients privés. «De telles superficies sont clairement d’un autre temps», affirme Voet. «Nous devons vivre dans des espaces plus compacts afin de garder de l’espace pour la nature et la communauté.Les principes de van der Laan montrent justement comment,à échelle humaine,on peut créer des espaces compacts riches et stratifiés. C’est pourquoi mon prochain ouvrage sera un guide accessible pour recourir aux principes de la Bossche School.» Une sorte de‘van der Laan pour les nuls’avec,qui sait?, une tolérance accordée aux posters de chevaux. ◆
«A HOUSE TO LIVE WITH: 16 VARIATIONS BY DOM HANS VAN DER LAAN AND HIS COMPANIONS», ÉDITIONS PARK BOOKS, 86 EUROS.
WWW.PARK-BOOKS.COM
DEPUIS 2016, LA MAISON JAN DE JONG EST
GÉRÉE PAR L’ASSOCIATION HENDRICK DE KEYSER
QUI L’OUVRE RÉGULIÈREMENT AUX VISITEURS. WWW.HENDRICKDEKEYSER.NL



































































Niko Rocker et Niko Toggle



























Design et artisanat belges






Découvrez la nouvelle gamme sur niko.eu













REPORTAGE: BENEDETTA ROSSI PHOTO: HELENIO BARBETTA / LIVING INSIDE
ATTILA KOVÁCS EST UN VOLCAN DÉBORDANT D’IDÉES, DE PROJETS ET DE VOLONTÉ. C’EST PEUT-ÊTRE LA RAISON POUR LAQUELLE CET ARCHITECTE D’INTÉRIEUR HONGROIS, ÉGALEMENT PRODUCTEUR DE FILMS ET D’OPÉRAS, A TROUVÉ SON BONHEUR SUR L’ÎLE VOLCANIQUE DE LANZAROTE. AVEC KRISZTINA, CHEFFE ET PROFESSEURE DE YOGA, IL A FAIT DE CE PAYSAGE LUNAIRE LE THÉÂTRE D’UNE ESTHÉTIQUE SINGULIÈRE.


À DROITE LA MAISON D’ATTILA KOVÁCS (ICI AVEC SA COMPAGNE KRISZTINA)
À LANZAROTE EST À L’IMAGE DE SON ESTHÉTIQUE: SIMPLE, FONCTIONNELLE ET EN HARMONIE AVEC SON ENVIRONNEMENT.

«J’ai toujours rêvé de vivre entouré de palmiers, de mer et de désert.»
UCI-CONTRE LE JARDIN NOIR
EST PLANTÉ DE CACTUS GÉANTS, COMPOSANT UN PAYSAGE IMPRESSIONNANT.
n havre de paix où la beauté règne en maître: c’est sans doute ainsi qu’on pourrait le mieux décrire la villa d’Attila Ferenczfy Kovács. Un lieu propice à la déconnexion aussi, comme le confie le designer et producteur hongrois de films et d’opéra: «Je vis à Budapest: à Lanzarote, je fuis l’agitation de la capitale. Ici, nous sommes plongés dans la nature, ce qui donne l’impression d’un printemps perpétuel, car la chaleur est tempérée par les alizés. J’ai une autre maison sur l’île, achetée en 2008 avec mon ex-épouse. Lorsque nous nous sommes séparés, j’ai voulu me lancer dans un nouveau projet de rénovation. J’ai flashé sur cette petite demeure dès que je l’ai vue et je l’ai achetée au terme d’un bras de fer avec une famille britannique. Ce qui me touche particulièrement dans cette villa, c’est qu’elle a été construite dans les années 1950 par une famille modeste. Faute de moyens pour avoir une demeure sophistiquée, la famille a choisi un style sobre et épuré qui rappelle le Bauhaus -mon mouvement artistique préféré.»
Attila Kovács avait une idée précise et elle s’est (presque) réalisée: il souhaitait une habitation écologique et linéaire, dont la beauté réside dans la simplicité. Une maison en totale symbiose avec l’île: qui suit le vent, recueille la pluie et se chauffe au soleil. Ce qui frappe d’emblée en s’approchant de la villa, c’est le jardin «noir» où de gigantesques cactus se déploient dans un paysage impressionnant. Les murs blancs tranchent avec le ciel d’un azur intense, presque africain. «Un sentiment de liberté aride», résume Kovács au sujet de son expérience sur l’île.
SABATO: Comment avez-vous découvert Lanzarote?
ATTILA KOVÁCS: «J’ai découvert l’île par hasard, en 2005, grâce à un article du magazine Côté Sud. J’ai tout de suite été séduit par son impact visuel.À l’époque, je ne savais même pas où elle se trouvait! Mais comme ma vie est centrée sur le design visuel, il fallait absolument que je m’y rende pour y vivre.Avec ses paysages noirs aux allures lunaires, j’ai eu l’impression de découvrir une île enchantée. Cela m’a rappelé le land art des années 1970.
CI-DESSOUS LA VILLA BLANCHE SE DÉTACHE SUR L’AZUR INTENSE DU CIEL DE LANZAROTE, ACCENTUANT L’IMPRESSION DE LIBERTÉ.


«Nous sommes plongés dans la nature, ce qui donne l’impression d’un printemps perpétuel.»

CI-DESSUS LE SÉJOUR, DONT LES PAROIS VITRÉES PEUVENT S’OUVRIR
ENTIÈREMENT, EFFACE LA FRONTIÈRE ENTRE INTÉRIEUR ET EXTÉRIEUR.
«J’ai toujours été en quête d’un paysage spirituel, d’un lieu magique habité par les dieux.»
J’ai été fasciné par les paysages de palmiers et, bien sûr, par l’univers de l’artiste et architecte César Manrique. Ce qu’il a fait à Lanzarote est en lien profond avec la nature et la lave typiques de l’île. Son intervention que je préfère est le célèbre Jameos del Agua, au nord de l’île: un lieu magique avec des grottes de lave, un restaurant, une piscine et un incroyable auditorium souterrain. Quand l’actrice américaine Rita Hayworth l’a visité pour la première fois, elle l’a qualifié de ‘huitième merveille du monde’. Je partage son avis.»
Qui sont vos modèles en matière d’architecture?
«Le Corbusier et Marcel Breuer, un architecte hongrois originaire de la même ville que moi, Pécs, dans le sud du pays.»
Qu’est-ce qui vous attire dans ce paysage lunaire si particulier?
«J’ai toujours été en quête d’un paysage spirituel, d’un lieu magique habité par les dieux et je crois que Lanzarote est ce qui s’en rapproche le plus. L’île possède la dimension métaphysique qui m’avait fasciné dans le désert américain et le Sahara africain. J’ai toujours rêvé de vivre entouré de palmiers, de mer et de désert. Le Maroc n’est pas loin et on sent l’Afrique sur la peau quand souffle la calima, un sirocco chargé de sable venu du Sahara.»
Comment avez-vous choisi le mobilier?
«Le mobilier est le fruit de longues années de recherche. Certaines pièces viennent de ma collection à Budapest, d’autres ont été dénichées chez Emporium, une boutique locale d’antiquités orientales et africaines tenue par mon ami Indigo. J’ai complété l’espace avec des meubles et des luminaires de designers danois, italiens et irlandais. Les objets de la maison reflètent mon amour et mon respect
pour le design, qu’il s’agisse de pièces italiennes, hongroises ou danoises des années 1950 et 1960, de sculptures en bois de la tribu africaine Senufo ou de tapis et de meubles marocains et tibétains. Cette maison est habitée de symboles de cultures qui, pour moi, représentent une partie importante du monde.»
Quel est votre endroit préféré?
«J’adore toute la maison. Je considère que j’ai beaucoup de chance de l’avoir trouvée, car son plan d’origine offrait la base idéale pour créer un espace fonctionnel en phase avec mon mode de vie, une sorte de ‘loft living’. J’ai relié les cinq pièces pour en faire un seul volume et j’ai transformé le patio en pièce à vivre à l’extérieur. Les parois vitrées s’ouvrent entièrement, formant un espace continu comme un immense salon ouvert où la vie s’écoule librement. Si je devais choisir une pièce en particulier, ce serait le grand salon-salle à manger ouvert sur le patio: c’est l’espace dont j’ai toujours rêvé.»
Avez-vous retroussé vos manches pour la rénovation? «J’ai conçu l’intérieur depuis Budapest, mais je me rendais régulièrement à Lanzarote, ce qui n’était pas évident en pleine pandémie. Comme j’aime le travail manuel, j’ai peint les portes, les murs et même le plafond du salon. Il était essentiel pour moi que cette villa des îles Canaries conserve ses caractéristiques traditionnelles, comme la manière dont elle laisse circuler le vent ou recueille l’eau de pluie dans une citerne. Le défi majeur de ce projet a été de comprendre comment la maison avait été construite il y a environ 70 ans, et comment nous pouvions l’adapter à un



EmplacementAAA
Unprojetuniqueenpleincoeurde l’Europe!
Au cœur du QuartierEuropéen, à proximité du Berlaymont et des institutionseuropéennes
250 appartements loués dans le quartier à des eurocrates,desexpatriésetdesjeunes professionnels
A proximité du centrehistoriquedeBruxelles, du ParcduCinquantenaire et du PalaisRoyal AppartementsBEN : panneaux solaires, pompe à chaleur, chauffage par le sol
Situationunique : certitude absolue de plus-value












PossibilitédeTVAréduiteà6%*
Situationunique dans un cadre historique avec vue sur le jardin botanique
Collaboration avec VDDProjectDevelopment
EPBA: panneaux solaires, pompe à chaleur et chauffage par le sol
Locatairesdequalité : à proximité de la Tour
Madou (Commission européenne), du quartier de l'Union européenne et du centre de Bruxelles
Situationcentrale : à quelques pas de Bruxelles
Nord et de Bruxelles Central, métro à côté, tramway devant la porte
Nouveauquartierpharepourlesloisirs: The Hoxton, Le Zin, YUST, NOR.Brussels, Campus 44, Grand hôtel Astoria, ...
Découvrez comment nous garantissons 15 ans de rendement locatif ! *Si les conditions sont effectivement prolongées par le gourvernement.




www.urbicoon.be | 02/313.53.53 | info@urbicoon.be Boulevard de la Woluwe 2, 1150 Woluwe-Saint-Pierre


mode de vie contemporain. En découvrant le plan d’origine, j’ai immédiatement perçu son potentiel, mais il a fallu repenser entièrement la structure porteuse. J’ai dû créer une base solide pour ériger les nouveaux murs en béton. Ici, la couche supérieure du sol est constituée de cendre volcanique, le picón. De nombreux ingénieurs ont collaboré à la conception de la nouvelle structure et à son intégration avec l’ancienne.Avec succès: la maison est stable!»
Comment avez-vous redéfini l’espace cuisine?
«Ma compagne Krisztina est cheffe et professeure de yoga. Contrairement à moi, elle sait vraiment cuisiner. Elle m’a aidé à concevoir la cuisine et savait exactement quels éléments issus de mes plans initiaux n’allaient pas fonctionner. L’îlot central, réalisé par un maître ferronnier local, est son idée. Cependant, je suis convaincu qu’une cuisine ne devrait jamais être juste une cuisine, mais plutôt une composition de meubles intéressants. D’ailleurs, c’est moi qui ai fabriqué les plaques de cuivre rouge qui recouvrent l’îlot. Voilà pour ma contribution culinaire!»
D’où vous est venue l’idée de ce jardin singulier, avec ses cactus qui attirent tous les regards?
«Le jardin fait partie intégrante de la maison. Il a été conçu dans le style typique de

CI-DESSOUS LA MAISON A ÉTÉ
CONÇUE POUR DIALOGUER AVEC LA NATURE: SES PAROIS VITRÉES SONT STRATÉGIQUEMENT PLACÉES ET SON
INTÉRIEUR EST FIDÈLE À L’ESPRIT DU BAUHAUS.
Lanzarote, dont le sol en picón noir. Pour ce projet, j’ai travaillé avec Flower Power Horticulture, un paysagiste local qui a fait un travail extraordinaire. Il a fait venir de gigantesques palmiers washingtonia de 5 à 10 mètres de haut, ainsi que des cactus grusonii de Tenerife géants, avec lesquels il a créé un jardin qui donne une impression d’infini. Nous avons aussi installé une douche à l’extérieur, protégée par un mur en pierre naturelle. Et je dois bien admettre que, même s’il fait un peu frisquet, c’est un plaisir de se doucher en plein air.» ◆
Né à Pécs, en Hongrie, Attila Ferenczfy Kovács a débuté sa carrière dans le cinéma après des études d’architecture et de design. Il a travaillé pendant plus de dix ans comme chef décorateur auprès du réalisateur oscarisé István Szabó, avec lequel il a collaboré aussi bien pour des films (comme le drame historique «Sunshine») que des productions lyriques. Après divers projets internationaux prestigieux, dont l’opéra «Boris Godounov» à Leipzig et «Il Trovatore» à l’Opéra national de Vienne, il a obtenu une green card en tant qu’artiste aux compétences exceptionnelles.

Le pas qui l’a mené du cinéma au design d’intérieur et à l’architecture fut vite franchi: Kovács se considère comme un architecte Bauhaus. Son impressionnant portfolio comprend des musées tels que le Terror Háza Múzeum à Budapest (devenu un point de repère emblématique de la capitale hongroise) et House of Fate, le nouveau musée de l’Holocauste de la ville au cœur de nombreux débats. Il a également signé l’aménagement de plusieurs restaurants et bars, dont les intérieurs ont été présentés dans les plus grands magazines internationaux d’architecture et de design.


R: 9540
CPE: 116
UC: 3126510
Wg-Vg-Gvkr-Gdv-Gvv

Villa d'exception offrant une vue imprenable sur la verdure, à proximité du Zwin et de la place de l’Oosthoek.

R: 9486
CPE: 319
UC: 3271518
Wg-Vg-Gvkr-Gdv-Gvv
Charmante villa jumelée, située dans un sentier, en plein coeur du Zoute.



R: 9114
CPE: après livraison
Wg-Vg-Gvkr-Gdv-Gvv
Appartement lumineux avec une façade de 6,5 m situé à hauteur de la plage Albert et de la Place Rubens.


9218
CPE: 98
UC: 3203076
Appartement avec une vue panoramique sur la mer situé au Zoute tout près de la Place M'as-tu-vu.
REPORTAGE: ANNA BISAZZA PHOTO: MICHAEL PAUL / LIVING INSIDE
COMMENT MÉTAMORPHOSER UNE ANCIENNE MANUFACTURE DE CHAUSSURES EN UNE HABITATION CHALEUREUSE ET THÉÂTRALE? IL SUFFIT DE FAIRE APPEL À UN DÉCORATEUR DE CINÉMA, COMME L’ARCHITECTE D’INTÉRIEUR BRITANNIQUE D’ORIGINE LIBANAISE DANIELLE MOUDABER. À GRAND RENFORT DE VOLUTES À LA GAUDÍ, DE MOQUETTE ET DE LITS FLOTTANTS ILLUMINÉS, ELLE A IMAGINÉ UN DÉCOR OÙ DEUX SŒURS VONT VIVRE LEUR MEILLEURE VIE.

CI-DESSOUS L’IMAGINATION EST LA MARQUE DE FABRIQUE DE DANIELLE MOUDABER, L’ARCHITECTE D’INTÉRIEUR BRITANNIQUE D’ORIGINE LIBANAISE QUI A CONÇU CE LOFT ENCHANTÉ.
À DROITE LES SŒURS FRANCOLIBANAISES YASMINE ET LAURA, PROPRIÉTAIRES DE CE LOFT. L’UNE
TRAVAILLE DANS LE CAPITALINVESTISSEMENT; L’AUTRE DANS LE DESIGN D’INTÉRIEUR.


Transformer un loft industriel épuré en cocon organique seventies, cela demande une bonne dose d’imagination! Par chance, c’est justement la marque de fabrique de l’architecte d’intérieur britannique d’origine libanaise Danielle Moudaber. Ses sources d’inspiration? Une enfance tropicale au Nigeria,des études d’art à Londres et une soif insatiable d’esthétique audacieuse. Elle n’a pas appris les ficelles du métier dans des livres, mais sur le terrain, auprès d’entrepreneurs et d’artisans.Et cela fait plus de vingt ans qu’elle le pratique,aux quatre coins du monde.
Pour le restyling de ce loft, une ancienne manufacture de chaussures dans le quartier londonien de Clerkenwell, les sœurs franco-libanaises Yasmine et Laura ont fait appel à Danielle Moudaber. La première travaille dans le capital-investissement, la seconde dans le design d’intérieur, mais elles étaient d’accord sur l’essentiel: elles voulaient moins de lignes strictes et beaucoup plus d’atmosphère. «Elles habitaient les lieux depuis un certain temps déjà, ça aide», témoigne Moudaber.«Elles savaient exactement comment la lumière entre à toute heure du jour et comment l’ambiance change au fil des saisons.»
Le plus grand défi? Moins de perte d’espace dans les couloirs,plus de vécu.Yasmine rêvait de formes seventies dans des tons marron et crème,alors que Laura adore les beaux objets, les textures, le design et surtout, les plantes.
La plupart des cloisons du séjour ont été abattues et celles qui subsistent ont été revêtues d’un enduit sculptural. Pour ce projet,Moudaber s’est inspirée des cheminées ondoyantes de Gaudí,des volumes fluides de l’architecte français Jacques Couëlle et des découpes fantasques de Jean Dubuffet.«J’aime la liberté et la fantaisie, mais aussi les lignes épurées et les


détails maîtrisés», confie-t-elle. Car si l’intérieur ondule et serpente joyeusement,il repose sur une structure rigoureuse, avec un plan cruciforme et un meuble-bar parfaitement aligné avec l’ensemble. «Je voulais donner corps aux rêves un peu fous des deux sœurs. Comme elles sont dans la vingtaine, il fallait un lieu où elles puissent vivre et s’épanouir. Un espace qui pourra évoluer avec elles et, je l’espère, leur laisser une impression durable.»
Alors que la plupart des architectes s’installeraient devant leur ordinateur pour concevoir un intérieur, Moudaber a commencé à modéliser la maison en plasticine.Yasmine rêvait d’une entrée spectaculaire, alors elle en a eu deux: une en forme d’ouverture incurvée et une autre qui demande une petite déambulation de 10 secondes, soit de passer par la cuisine et le dressing. «Je suis quelqu’un qui aime les sensations», ajoute Moudaber.
ÂME D’AVENTURIÈRE
Une fois sa maquette en pâte à modeler terminée, l’architecte a fait appel à Mark Swan, sculpteur aux Pinewood Studios et spécialiste des décors de cinéma, pour transformer son projet en véritables murs organiques. «Trouver les bons professionnels pour ce type de projet artistique est toujours un défi»,observe Moudaber.«Comme j’ai une âme d’aventurière -du moins dans mon travail, car dans la vie privée, je suis plutôt sage-, j’ai fait appel à des talents venus de tous horizons. Ici, j’ai travaillé avec un décorateur de cinéma; là, c’était un artiste de cirque qui se trouve être expert en fabrication de cordages. Bref, je n’hésite jamais à inviter quelqu’un de créatif et talentueux à contribuer à mes projets.»
Créer un décor de cinéma est une chose, mais, dans un appartement, il faut aussi tenir compte des contraintes de poids,un défi majeur dans le cadre d’une rénovation.La Britannique a donc décidé de tout faire réaliser en polystyrène expansé.Elle a loué un atelier où Swan a sculpté les blocs qui ont ensuite été transportés jusqu’à l’appartement. Sur place, ils ont été renforcés et recouverts d’un enduit, ce qui les a rendus suffisamment solides sans trop solliciter le bâtiment. Voilà ce qu’on appelle une solution créative!
À GAUCHE LE SOL SURÉLEVÉ PRÈS DES FENÊTRES, TYPIQUE DES ANNÉES 1970, SÉPARE LA PARTIE SALLE À MANGER DU RESTE DU SALON.

SANG DE BŒUF
À la base des murs, par endroits, on note de fines fentes: c’est un choix délibéré. Inspirées des bénitiers d’église, ces fentes forment des poches de lumière qui renforcent l’atmosphère mystique à la nuit venue. Le plâtre poli, à la texture délibérément veinée, a été peint avec virtuosité par le maestro italien Fabrizio Tiesi qui,en accord avec Moudaber,a opté pour une nuance de marron spécifique, à base de rouge «sang de bœuf». Une teinte qui contraste vivement avec le blanc crème et une profusion de miroirs pour amplifier l’effet.
Au-delà de la cuisine sur mesure, aussi esthétique que fonctionnelle pourYasmine, passionnée de cuisine,se trouve le séjour baigné de lumière naturelle. Une pièce à la fois ludique pour recevoir des amis et propice à la détente. Au centre, d’opulents canapés modulaires signés Ennio Chiggio, retapissés de velours,
CI-CONTRE LES CANAPÉS
MODULAIRES LUDIQUES EN VELOURS
CRÉENT UNE AMBIANCE CHALEUREUSE DANS LE SÉJOUR.

CI-DESSOUS GRÂCE AUX VOLUTES INSPIRÉES DE GAUDÍ ET AU PLAN CRUCIFORME, L’ARCHITECTE D’INTÉRIEUR DANIELLE MOUDABER A TRANSFORMÉ CE LOFT EN DEMEURE ORGANIQUE ET THÉÂTRALE.
La plupart des cloisons du séjour ont été abattues et celles qui subsistent ont été revêtues d’un enduit sculptural.

CI-CONTRE LA CHAMBRE DE LAURA
BAIGNE DANS UN VERT PRINTANIER
TOUT EN TEXTURES VELOUTÉES ET BOUCLÉES ET TAPIS PLAIN SEVENTIES.


«Décorateur de cinéma ou artiste de cirque, je n’hésite jamais à inviter quelqu’un de créatif et talentueux à contribuer à mes projets.»

occupent la scène prête à accueillir quelques «funky dance moves». Le sol surélevé près des fenêtres, clin d’œil aux années 1970, délimite la salle à manger du coin salon.«Les filles voulaient un écran de projection et un coin salon confortable pour regarder des films.Ce fauteuil ovale était le choix idéal: sexy, confortable et parfait pour s’y lover.»
Pour atténuer les contrastes marqués avec les grandes fenêtres industrielles, Moudaber a conçu des panneaux modulables multicouches en chrome et soie qui, quand ils sont entièrement ouverts, créent un jeu quasi musical de crescendo et de diminuendo.Vus de loin, ils dessinent un élégant mouvement ondulant. Une porte richement sculptée,montée sur des charnières sur mesure,mène aux chambres. Celle de Yasmine est peinte dans un marron médiéval aux nuances violettes et celle de Laura se pare d’un vert printanier. Quant aux textures, elles varient du velours au bouclé. Il y a de la moquette, des miroirs et un éclairage ad hoc pour créer une ambiance feutrée.
L’architecte ajoute: «Le soir, les lits plateforme lumineux deviennent des vaisseaux prêts à emporter les filles dans les bras de Morphée.» ◆
CI-CONTRE LES LITS PLATEFORME
LUMINEUX APPORTENT AUX CHAMBRES UNE ATMOSPHÈRE ONIRIQUE, COMME
DES VAISSEAUX EMPORTANT LES BELLES DANS LES BRAS DE MORPHÉE.
Rétromania: la collection d’ancêtres de Paul Mechele
◆ Silence, style, sensualité: un souffle de fraîcheur passe sur la mode printemps-été 2025 ◆ Seul maître à bord: ces créateurs de mode dirigent toujours leur affaire ◆ Que sent la chance? Olivier Polge donne de l’élan à un classique de la parfumerie

L’univers des collectionneurs est fait de rêves, de possessions et (parfois) d’obsessions. Cette semaine: les ancêtres «global business» de Paul Mechele.
REPORTAGE: BERT VOET
PHOTO: WOUTER MAECKELBERGHE
AUTOBIOGRAPHIE
PAUL MECHELE
GENERAL MANAGER ET ADMINISTRATEUR CHEZ IVECO BELGIQUE.
◆ VOITURE DE TOUS LES JOURS: CITROËN DS7 (2024).
◆ LE PREMIÈRE: CITROËN MÉHARI (1972).
«ÉCHANGÉE AVEC UNE AMIE CONTRE UN BANC SOLAIRE FABRIQUÉ PAR MON PÈRE ET MOI.»
◆ LA PIRE: «AUCUNE. ET S’IL Y A UN PROBLÈME, JE SUIS CAPABLE DE RÉPARER PLEIN DE CHOSES AVEC MES DIX DOIGTS.»
◆ VENDUE À REGRET: PORSCHE 911 2.0 S SWB (1969).
◆ LE RÊVE: FERRARI 365 GTB/4 DAYTONA.
Sur la table basse de Paul Mechele (60 ans) trône une pile de Sabato. Estimant que les collectionneurs automobiles y étaient un peu moins présents ces derniers temps,il nous a invités.Un geste apprécié.«J’ai construit quelque chose»,explique-t-il en nous faisant entrer dans son «Paulhouse» - un bureau, un plan de travail de cuisine,une trancheuse à jambon design,une armoire à vin climatisée et un salon avec un poêle à bois:tout y est. Ses tout premiers souvenirs liés aux voitures? «En famille,on partait en vacances en Italie.Quatre enfants sur la banquette arrière et le cinquième, allongé sur la plage arrière. C’est là que j’ai acheté mon premier T-shirt Alfa Romeo. Je me souviens de la Ford 17M et desVolvo de mon père.Aujourd’hui,il a 89 ans mais il y a deux ans, il est parti à l’aventure en camping-car avec, sur une remorque, sa Fiat Barchetta jaune (2002) achetée à 78 ans.Avant, il ne s’intéressait pas aux voitures - il aimait les bateaux.C’est l’histoire de la pomme et de l’arbre, mais à l’envers.»
«Comme la remorque ça devenait compliqué pour lui avec l’âge,je lui ai proposé d’échanger saVolvo S90, sa Fiat et son camping-car contre la Saab 9-3 Cabriolet (1998) -un clin d’œil à sa première voiture, une Saab 96, et idéale pour voyager l’esprit léger. Regardez, elle est dans le jardin: je la prépare pour qu’elle soit prête.»
CALIFORNIA DREAMING
«Je suis ingénieur en techniques automobiles.Il y a plus de trente ans,une connaissance m’a demandé si je pouvais l’aider à réparer sa Chevrolet Corvette de 1957. Je l’ai remise en état et, au passage, je me suis penché sur le mécanisme de la capote hydraulique. Il était ravi et il a continué à me confier ses voitures: des Triumph, des Austin-Healey,des MG,et une Porsche.»
«À l’époque,j’avais un emploi qui me donnait droit à pas mal de congés, ce qui m’a permis d’apprendre énormément. Nous sommes même partis ensemble en Californie,où j’ai déniché une Porsche 914 avec sa peinture d’origine pour mille dollars.À l’époque,ce modèle n’était pas très demandé. Une fois rentré, je l’ai entièrement lustrée -jusqu’au moteur! - elle était comme neuve. Lors de mon premier rassemblement, on m’a demandé si elle était à vendre.J’ai donné un prix et elle est partie. Je ne l’ai même pas ramenée chez moi.»




CI-DESSUS PAUL MECHELE NE
S’INTÉRESSE PAS À LA VALEUR MARCHANDE DE SES VOITURES: CE QUI COMPTE POUR LUI, C’EST DE RENDRE VIE À DES PERLES AUTOMOBILES.
«À l’époque, sans internet, il fallait éplucher des piles de magazines spécialisés et être le premier à spotter la bonne affaire.»
«Ensuite, je suis souvent retourné aux ÉtatsUnis, d’où j’ai rapporté pas mal de voitures, dont ma premièreVolkswagen Coccinelle, que j’ai gardée longtemps.À l’époque, sans internet, il fallait éplucher des piles de magazines spécialisés et être le premier à spotter la bonne affaire.Quel suspense! C’est ainsi que j’ai déniché une Porsche 911 2.0 S (1969) rouge à 6.000 dollars. Pour l’essayer, je l’ai conduite d’Atlanta jusqu’en Caroline du Sud.»
ONLY LOCALS
Quand son travail a commencé à l’accaparer, Mechele a vendu toutes ses voitures. «Jusqu’au décès de mon fils, il y a six ans. Ma fille est allée chez un psychologue et moi, je me suis réfugié dans mon garage où j’ai recommencé à restaurer des voitures. Je fais tout moi-même: mécanique, soudure,sablage,peinture...»
«Mais ce que je préfère,c’est chercher et trouver des voitures.En général,elles sont en meilleur état aux États-Unis et au Canada, sans rouille. En tant qu’Européen, il faut souvent déployer beaucoup d’énergie pour les obtenir: les vendeurs sont méfiants. Je dois passer des appels vidéo, leur montrer ma collection, fournir des références, les convaincre.La Colombie-Britannique,au Canada, est une région intéressante,car personne n’y pense: c’est là que j’ai acheté la Porsche 928 S2 (1986). Au départ,c’était «No way,only locals»,mais après plusieurs jours d’appels,je lui ai lancé:«Les chevaux qui galopent chez vous viennent du Pajottenland, et vous ne voulez même pas me vendre votre voiture!» Il a vérifié et il a accepté. C’est du global business!»
OBSESSION DES AUTORADIOS
«La 928, c’est une bête. Électroniquement, elle est assez complexe, mais quel plaisir de conduite! Quand il fait beau, il m’arrive de la prendre pour aller au travail, comme la Mercedes-Benz 450 SL (1977) que j’ai achetée àToronto, à un chef d’entreprise chinois.J’étais fou de sa couleur,Inca Red.
Il avait fait installer des sièges neufs en skaï.J’ai racheté les sièges d’origine et j’ai revendu les autres cinq fois plus cher. J’ai aussi installé un autoradio de qualité -une obsession:j’en ai une quarantaine.»
«La Fiat 124 Spider (1977) a une carrosserie Pininfarina. Quant aux lignes incroyables de la Fiat 850 Sport Spider (1972), elles sont signées Bertone. Je n’ai encore jamais roulé avec elle: c’est une voiture pour le plaisir des yeux.Le chef d’un centre de contrôle technique l’avait achetée pour 500 dollars. Les papiers datent de 1967: il l’avait vieillie de cinq ans pour pouvoir l’immatriculer comme ancêtre. Je l’ai entièrement remise dans son état d’origine,y compris sa couleur - vert vif.»
«On me dit que je ferais mieux d’investir mon temps et mon argent dans une Porsche 911,mais je me fiche de la valeur. Je trouve tout aussi fun de redonner vie à une petite voiture. Et puis,tout le monde a une 911.»
CADEAU D’ANNIVERSAIRE
«En mai, mon épouse et moi participerons au Giro di Sicilia, un rallye historique de quatre jours, au volant de l’Alfa Romeo Spider Quadrifoglio Verde de 1986. C’est le cadeau de mes soixante ans. Quant à la Porsche Boxster (1997), une des toutes premières,nous l’avons depuis vingt ans.Nous l’avons conduite pendant huit ans, mais nous attendons maintenant qu’elle atteigne l’âge requis pour être considérée comme ancêtre. Elle démarre toujours au quart de tour! Le chargeur de batterie passe sans cesse d’une voiture à l’autre.»
«Et voici mon dernier projet»,déclare-t-il en nous montrant un tracteur Porsche 219 Standard Star (1961).«J’habite dans une zone rurale et j’en avais déjà eu un.J’ai acheté celui-ci en 2023. Le vendeur m’a dit qu’il ne tournait plus. En réalité, il tournait encore, mais il avait beaucoup de problèmes mécaniques.Après 250 heures de travail, c’est devenu un petit bijou. La technologie diesel est superbe, vraiment robuste. De temps en temps, je le conduis à travers champs, juste pour le plaisir. Avec l’option «Schnellgang», il monte à 30 km/h. Ça aussi, c’est quelque chose!» (rires) ◆















Pantalon ample en laine, bandeau et culotte en coton, boucle d’oreilles chaînes, Alaïa

Tout en ampleurs, rondeurs et envolées, un vestiaire pour voir la vie grandeur nature.









LA LIBERTÉ EST LE BIEN LE PLUS PRÉCIEUX DES ESPRITS CRÉATIFS, MAIS, DANS L’UNIVERS DE LA MODE, LES GROUPES DE LUXE RÈGNENT EN MAÎTRE, RENDANT DÉLICATE LA SURVIE DU CRÉATEUR INDÉPENDANT. LES GROUPES ENGLOUTISSENT LES MARQUES COMME DES BONBONS ET DÉPLACENT LES CRÉATEURS COMME DES PIONS SUR UN ÉCHIQUIER. POURTANT, CERTAINS DES PLUS ACCLAMÉS PARVIENNENT, MALGRÉ DES HAUTS ET DES BAS, À TRACER LEUR VOIE EN RESTANT SEULS MAÎTRES À BORD.

À 90 ans,GiorgioArmani est le doyen de la poignée de créateurs, qui résistent encore et toujours à... l’assaut des grands groupes. Il est aussi le plus persévérant. Comme Ralph Lauren (85 ans) et Rei Kawakubo de Comme des Garçons (82 ans), l’âge n’est pas, pour Armani, une raison de ralentir.À la fin de son défilé, il vient toujours saluer le public avec la même étincelle dans le regard qu’à ses débuts.
Dans les années 1980,GiorgioArmani habille Richard Gere dans «American Gigolo», qui cartonne au grand écran. Il signe là un coup de maître, les hommes veulent ressembler à l’acteur et avoir la même fière allure. Il devient par ailleurs le créateur favori sur les tapis rouges. Près de quatre décennies plus tard, les affaires se portent toujours bien:la marque peut compter sur des centaines de boutiques, une collection couture, une collection design, des hôtels à Milan et à Dubaï, un musée et Armani/ Dolce,une marque de chocolat.Tout autant de flèches à l’arc du créateur qui a fait ses débuts dans la mode en tant que vendeur pour la boutique milanaise branchée Rinascente.
Fier de son succès,GiorgioArmani refuse de vendre son entreprise,dont la valeur est estimée entre 8 et 10 milliards d’euros. Cependant,l’an dernier,il a confié à l’agence de presse Bloomberg ne plus exclure une reprise par un grand groupe de luxe: «Je ne veux écarter aucune possibilité, car cela ne serait pas en accord avec mon esprit d’entreprise.» Quant au destin de la maison, il a précisé qu’il reviendrait à ses six héritiers d’en décider. Selon le quotidien Corriere della Sera,ceux-ci auraient reçu des consignes claires:le couturier attend d’eux qu’ils «poursuivent la recherche d’un style essentiel, moderne, élégant et discret, avec une attention particulière portée aux détails et à la portabilité.»
À
ARMANI
EMPREINTE DEPUIS PLUS D’UN
DEMI-SIÈCLE AVEC SES COUPES
RÉVOLUTIONNAIRES, UNE ÉLÉGANCE
INOUÏE, ET UN SENS DES AFFAIRES
TAILLÉ SUR-MESURE.
À 78 ans, Sir Paul Smith n’a aucune intention de se prendre sa retraite. Lancée en 1970 dans un petit atelier de 9 mètres carrés à Nottingham, son entreprise est considérée comme la plus grande marque de mode indépendante du Royaume-Uni. En 1979, il s’installe à Londres, sur Floral Street, près de Covent Garden, où se trouve aujourd’hui encore son flagship store. En outre, la marque est présente dans plus de 60 pays,possède 90 boutiques et est disponible auprès de 2.000 points de vente.
Le créateur se définit,dans l’ordre,comme designer,master-shopkeeper et actionnaire majoritaire. Dans les années 1980,il conquiert le Japon grâce au soutien d’un détenteur local de licence.À son apogée,il y avait pas moins de 165 boutiques en tout là-bas, dédiées aussi bien à sa propre marque qu’à R. Newbold, sa ligne streetwear.
Cela fait des années que Paul Smith défile à la FashionWeek Homme de Paris.Il faisait défiler ses collections femme à Londres, ce qu’il ne fait plus aujourd’hui.En mars,il était l’invité d’honneur de la Tokyo Fashion Week, où il présentait un défilé. Grand amateur de cyclisme, il est passionné par son travail.Très actif sur Instagram, il publie aussi des chroniques dans plusieurs magazines japonais. Il sillonne le monde pour assister aux événements organisés dans ses boutiques, où il prend volontiers la pose avec chaque invité.«Ce que l’on sousestime dans la mode, c’est la durée: combien de marques, de restaurants et de rock-stars ont abandonné en cours de route?»

«Je veille sur cette maison en bon père de famille, car il est essentiel que chacun soit fier de travailler pour nous.»
EdouardVermeulen (68 ans) a repris Natan,une ancienne maison de couture bruxelloise, il y a plus de quarante ans.Aujourd’hui, les deux sont indissociables: Edouard Vermeulen, c’est Natan et Natan, c’est Edouard Vermeulen. Contemporain de Walter Van Beirendonck et de Dries Van Noten, il quitte Ypres pour Bruxelles à vingt ans, avec l’ambition d’étudier l’architecture d’intérieur.
Pour ce fils d’une famille de brasseurs, la capitale est une révélation.Lorsqu’il fonde son agence,il l’installe dans le vestibule de la maison de couture Paul Natan,fondée en 1930.À la retraite de Jacqueline Léonard,alors à la tête de l’atelier,il reprend l’affaire et y ajoute,en plus de ses projets d’intérieur,une activité couture. Sa première création est la robe de mariée de sa sœur.Quelques mois plus tard,il organise son premier défilé à but caritatif,auquel assiste la princesse Paola: la carrière d’Edouard Vermeulen est lancée. Et voilà comment le jeune couturier «venu de Flandre» devient le créateur favori de l’aristocratie bruxelloise. En plus de la couture (il habille les familles royales belge et néerlandaise), EdouardVermeulen développe une collection
de prêt-à-porter: Natan compte aujourd’hui sept boutiques en Belgique,une boutique àAmsterdam ainsi qu’une centaine de points de vente, principalement en Europe.Il y a cinq ans,une boutique parisienne a vu le jour,suivie d’un corner au Bon Marché. «Je considère l’expansion internationale comme une priorité,car en Belgique et aux PaysBas, nous avons atteint notre plafond», déclarait-il dans Sabato à l’occasion du quarantième anniversaire de la maison. «Peut-être qu’avec le soutien d’un investisseur, nous aurions pu accélérer notre développement international, mais je considère aussi comme un avantage d’être resté indépendant et de garder le contrôle.»
La clé de son succès? La prudence, affirmet-il: «J’ai toujours été très prudent et je ne le regrette pas.Je veille sur cette maison en bon père de famille et il est essentiel que chacun soit fier et heureux de travailler pour nous.»


À 82 ans, Rei Kawakubo n’a rien à envier aux figures masculines de sa génération. Même si elle admet volontiers que les collections de sa marque Comme des Garçons ne sont pas toujours conçues pour être portées vu leur coefficient de créativité, la Japonaise a aussi le sens des affaires: c’est elle qui a imaginé Dover Street Market, une chaîne de «department stores» ultra trendy,présents de NewYork à Singapour, qu’elle codirige avec son époux,Adrian Joffe, 70 ans.
Fondée il y a un demi-siècle,la marque Comme des Garçons est devenue au fil des ans un véritable mini conglomérat: 1.300 employés, 450 millions de dollars de chiffre d’affaires, une douzaine de lignes afférentes, plus de 100 boutiques et 1.000 points de vente.
À l’instar d’Armani, Kawakubo ne songe pas à prendre sa retraite même si l’on murmure qu’elle souhaiterait que sa marque ne lui survive pas. C’est peut-être la raison pour laquelle le nom Comme des Garçons ne figure plus sur les étiquettes de son protégé, Junya Watanabe.
Sur un rythme lent, les mannequins arborant des tenues complexes, presque toujours noires, défilent sur une musique bluesy.
Yohji Yamamoto et Rei Kawakubo ont été en couple et ont présenté leurs collections à Paris à la même époque avant de se séparer.À 81 ans, Yohji continue d’organiser un défilé par saison:ses collections homme dans son QG parisien près du Centre Pompidou et ses collections femme dans la salle de bal de l’Hôtel deVille de Paris.Sur un rythme lent,les mannequins arborant des tenues complexes, presque toujours noires, défilent sur une musique bluesy nostalgique composée et jouée par le créateur (il chante et joue de la guitare).
Sa collaboration avec Adidas, Y-3 (Y pour Yamamoto;3 pour les trois bandes du logo d’Adidas),a été l’une des premières collabs réussies entre une marque de sport et un créateur de mode.
Yohji Yamamoto, qui aurait frôlé la faillite à plusieurs reprises selon la presse spécialisée,semble avoir trouvé la relève avec sa fille,Limi Feu,dont la ligne de mode fait partie de l’entreprise paternelle. En mars, pour la première fois depuis longtemps, elle présentait à nouveau sa collection à Paris.

La mode de Rick Owens est traçable: dans ses notes de défilé, il détaille systématiquement l’origine des matières utilisées.
Âgé de 63 ans à peine,Rick Owens est le benjamin de cette sélection.Il signe une mode qui peut paraître difficile d’accès,aussi glamour que gothique, et pourtant,il est l’un des créateurs les plus inclusifs. Pour preuve: lors de son dernier défilé, qui s’est déroulé à la fontaine du Palais de Tokyo à Paris, il a fait défiler des mannequins de toutes tailles, carnations,morphologies et âges.
Sa mode est traçable: dans ses notes de défilé, il détaille systématiquement l’origine des matières utilisées. Owenscorp, l’entreprise qu’il dirige avec son épouse Michèle Lamy, possède son usine en Italie.Le couple s’est rencontré en 1990 à LosAngeles,où la Française a dirigé une marque de mode et un restaurant.Le couple s’installe à Paris en 2003, quand l’Américain est nommé directeur artistique de la maison de fourrure de luxe Revillon.
En parallèle de ses collections, il conçoit aussi du mobilier qu’il présente à la célèbre Carpenters Workshop Gallery.Il collabore aussi avec des marques aussi diverses que Converse ou Moncler. En fin d’année,le Palais Galliera,le musée de la mode de laVille de Paris, consacrera une grande rétrospective au plus français des créateurs américains.


Walter Van Beirendonck, 68 ans, fait figure d’éminence grise de la FashionWeek homme de Paris. Bien qu’il appartienne à la génération suivante des Japonais Rei Kawakubo et Yohji Yamamoto, il est l’un des plus anciens créateurs du calendrier des défilés. Sa longévité, il la doit aussi au fait d’être resté seul maître à bord après l’arrêt de Wild & Lethal Trash, son label des années 1990 financé par un géant du denim.
Sa marque a beau être minuscule, à peine plus grande qu’une structure unipersonnelle, elle est respectée et distribuée dans le monde entier, y compris dans les Dover Street Market. Parallèlement, le Belge continue d’enseigner: depuis qu’il a quitté la direction de l’Académie de la mode d’Anvers à sa retraite, il y a deux ans, il est professeur invité à la Fashion School de Florence, Polimoda.
Dries Van Noten, issu de la même génération, a cédé son entreprise au géant espagnol Puig il y a un peu plus de cinq ans et ne joue désormais plus qu’un rôle en coulisses. Ann Demeulemeester,comme Dirk Bikkembergs,est passée sous pavillon italien. D’autres figures majeures de la mode belge ont vendu leur marque, comme Martin Margiela, ou ont tiré leur révérence, comme le firent Raf Simons et A.F. Vandevorst. Seul WalterVan Beirendonck ne lâche rien: il a terminé l’année 2024 en publiant deux imposants ouvrages de collection. Et fin janvier, il était de retour à Paris pour un nouveau défilé. Le nom de sa collection? New, comme toujours.

À bien des égards, Agnès b., 83 ans, est l’équivalent français de Paul Smith. Ancienne styliste, notamment pour Elle, et créatrice indépendante,Agnès Troublé a fondé sa marque en 1973. Cinquante ans plus tard, elle et son fils Étienne sont à la tête de plus de soixante boutiques à travers le monde,d’une prestigieuse fondation d’art à Paris ainsi que de la goéletteTara,un laboratoire flottant qui étudie l’impact du changement climatique et des catastrophes écologiques sur l’océan.
«Je dessine tout moi-même»,explique-t-elle.«Toujours.Tout ce qui se trouve en boutique, c’est moi qui l’ai conçu. Je viens chaque jour au bureau. Je ne pourrais pas supporter que mon nom figure sur quelque chose qui ne m’appartient pas pleinement.»
Depuis 1983,elle dirige sa galerie d’art,la Galerie du Jour,où elle a exposé en précurseur des artistes encore inconnus,comme Jean-Michel Basquiat.En 2020,elle a inauguré Le Fab dans le 13E arrondissement de Paris,en face de la Bibliothèque nationale,où elle a installé sa fondation d’art qui rassemble sa collection personnelle (environ cinq cents œuvres),une galerie et une librairie. Le NewYorkTimes lui a consacré un long portrait -signe qu’il est peut-être temps de redécouvrir son travail et sa personnalité.
«Je dessine tout moi-même.
Toujours. Et je viens chaque jour au bureau.»
AGNÈS B.
CI-CONTRE FONDÉE PAR DOMENICO
DOLCE ET STEFANO GABBANA EN 1985, LA MARQUE S’ILLUSTRE POUR SES
CRÉATIONS GLAMOUR ET SENSUELLES
AVEC UNE FORTE INFLUENCE
MÉDITERRANÉENNE, EN PARTICULIER
SICILIENNE.
Ces dernières années, Dolce&Gabbana a essuyé plusieurs tempêtes. Le duo de créateurs a dû annuler un grand défilé en Chine après le scandale provoqué par un post sur Instagram et des propos jugés racistes. C’est au début des années 80 que Stefano Gabbana (62 ans) et Domenico Dolce (66 ans) associent leurs noms. D’abord pour d’autres marques et, à partir de 1985, pour la leur. La première collection est un échec, mais la quatrième, «La Sicilia»,marque un tournant décisif.Le ton est donné: des veuves en tenue de deuil côtoient des machos torrides en costumes ajustés.
Dans les années 1990,ils créent pour Madonna et lancent D&G,une ligne plus abordable,mais aujourd’hui disparue car associée à un goût quelque peu vulgaire et donc, nuisible à l’image des créateurs.Une image qu’ils ont contribué à détériorer par leurs déclarations controversées.
Entre-temps, il y a eu plusieurs tentatives de réhabilitation, comme l’expo «Dal cuore alle mani»: vu son succès à Milan, elle est présentée au Grand Palais à Paris où elle met en lumière les spectaculaires collections «Alta Moda», «Alta Sartoria» et «Alta Gioielleria», dans lesquelles l’art du «fatto a mano» occupe une place centrale.
La haute couture Dolce & Gabbana est présentée une fois par an,lors d’un événement de trois jours dans un lieu d’exception,réservé à un cercle restreint de clients fidèles et de quelques «friends of the house» toujours prompts à répondre présents.







12 & 13 AVRIL 2025
Appartements élégants de 1 à 4 ch.
Jardin de toiture exceptionnel
Location stratégique dans le quartier de l’OTAN





Inscrivez-vous dès à present!
thegardenbrussels.be
02 307 44 44


Plus de vingt ans après la création du parfum Chance par son père, Olivier Polge, parfumeur maison de Chanel, en propose une nouvelle interprétation: Chance Eau Splendide dont Angèle est l’ambassadrice.
REPORTAGE:
ELS MAES
CI-DESSOUS LA CHANTEUSE ANGÈLE, AMBASSADRICE DE CHANEL, ET OLIVIER POLGE, NEZ DE CHANEL, LE CONFIRMENT: «CHANCE EAU SPLENDIDE», LA DERNIÈRE VENUE DE LA FAMILLE CHANCE, JOUE LES NOTES FRUITÉES ET FLORALES SUR UN FOND CHAUD DE CÈDRE ET DE MUSC.
Adolescent, Olivier Polge avait une certitude: il ne suivrait jamais les traces de son père, Jacques Polge,célèbre nez de la maison Chanel.Il choisit ainsi d’étudier l’histoire de l’art et semble promis à une carrière de pianiste. Et puis, un été, lors d’une visite au laboratoire de parfumerie de son père, la magie opère et il ne peut plus nier l’évidence: l’avenir qu’il cherchait était là, sous ses yeux, depuis toujours. À vingt ans, il entame alors une formation de parfumeur,«pour composer des senteurs plutôt que des notes de musique».
Polge père était loin de réserver à son fils un traitement de faveur: Olivier doit faire ses preuves ailleurs et c’est loin de la Maison Chanel qu’il fait carrière, notamment chez le géant américain de la parfumerie IFF (International Flavours and Fragrances), où il crée des jus pour les plus grandes maisons -à son actif, il est derrière les best-sellers tels que Dior Homme et Flowerbomb de Viktor & Rolf. En 2015, il est enfin appelé à succéder à son père, parti à la retraite, et il devient le nez attitré de Chanel.
Chanel est l’une des rares maisons de luxe a toujours concevoir et produire tous ses parfums en interne. En tant que parfumeur maison, Olivier Polge signe chaque nouvelle création, mais il supervise également la production et veille à la continuité des fragrances existantes. Les parfums créés par son père au cours des 37 ans passés chez Chanel, dont les classiques Coco Mademoiselle et Allure, relèvent désormais également de sa responsabilité -et même les cultures de roses et de jasmin de Grasse, dont les fleurs entrent dans la composition de Coco.
Ainsi, l’ADN des Polge constitue le trait d’union entre tradition et innovation,l’épine dorsale d’une maison de luxe forte de 115 ans d’histoire. «Cela confère une valeur et une orientation particulières à tout ce que nous entreprenons»,
avoue Olivier Polge. «Les parfums que nous créons ne sont pas de simples créations éphémères dictées par les tendances: nous essayons de développer des créations qui s’inscrivent dans la durée, car chaque parfum est appelé à rester dans la collection.Aucun parfum Chanel n’en a jamais été retiré.» Le portefeuille de parfums de Chanel se compose ainsi de classiques tels que le N°5, créé en 1921 et toujours considéré comme le plus célèbre parfum au monde. Il fait régulièrement l’objet d’interprétations contemporaines, comme le N°5 l’Eau, une des premières créations d’Olivier Polge pour la maison. En parallèle, la collection «Les Exclusifs» propose des fragrances de niche destinées aux amateurs de parfums d’exception, tandis que des fragrances plus accessibles, comme Gabrielle, séduisent un public plus large.
Les parfums Chance, qui ont immédiatement eu du succès, s’inscrivent aussi dans cette dernière catégorie.Avec leurs flacons ronds et ludiques et leurs teintes pastel,ils tranchent avec l’esthétique épurée en noir et blanc, d’inspiration Art déco, propre à Chanel. La stratégie marketing qui les accompagne, dont l’appli «Chance the Game», s’adresse clairement à un public jeune. Cependant, Polge tient à préciser qu’il ne raisonne pas en termes d’âge: «Un parfum doit être en accord avec la personnalité et non avec l’âge.On choisit une fragrance pour l’émotion qu’elle suscite.Chance,c’est l’audace, le goût du risque, l’art de saisir les occasions qui se présentent. C’est un parfum qui nous a permis d’oser nous remettre en question, nous affranchir de tout ce que nous connaissions déjà, de ce qui était sûr et familier.»


JOYEUSE ET FÉMININE
C’est en 2003 que Jacques Polge crée Chance, une fragrance androgyne et audacieuse aux notes de terre. Ce premier jus sera suivi par sa première déclinaison, «EauTendre», fraîche et florale. Olivier Polge prolonge ensuite cet univers avec «Eau Fraîche», enjouée et revigorante, et «Eau Vive», joyeuse et féminine.
Aujourd’hui, le nez annonce la naissance d’un cinquième jus: Chance «Eau Splendide», qui évoque la joie tout en cultivant une part de mystère et de complexité. Aurait-il trouvé intimidant de s’inscrire dans l’héritage de son père? «Absolument pas. Pour moi, c’est avant tout une chance de pouvoir m’appuyer sur une
histoire riche et une identité forte. Et cela vaut pour l’ensemble de notre patrimoine olfactif. Créer à partir de rien me semblerait terriblement difficile. Ce qui fait la singularité de cette maison, c’est justement ce lien profond avec le passé qui nourrit notre capacité à innover.»
«Quand mon père a créé Chance,je vivais et travaillais aux États-Unis,où je suivais ma propre voie. Maintenant que je connais ces parfums dans les moindres détails, je vois très clairement qu’ils forment une sorte de famille, tout en demeurant cinq créations distinctes. Ils partagent un ou deux composants, mais le véritable fil conducteur réside dans l’atmosphère qu’ils dégagent: ce sont des parfums décontractés, insouciants et optimistes. C’est surtout cet état d’esprit joyeux que j’avais en tête en les composant.»
GÉRANIUMS À GRASSE
Nous nous trouvons dans un bureau de Chanel, installé dans un somptueux hôtel particulier de l’avenue des Champs-Élysées à Paris. Le décor majestueux donne le ton à la conversation.Olivier Polge est poli et cordial, mais aussi réservé et un peu timide. Jusqu’à ce qu’il ouvre un des flacons d’apothicaire soigneusement alignés devant nous sur la table et qu’il se lance avec ferveur dans une évocation de l’accord olfactif framboise-géranium. «J’aimais l’idée d’ouvrir sur un accord fruité floral complexe, parce qu’il évoque d’emblée un monde de couleurs: pour moi, ce parfum est rose violet et légèrement irisé. Pétillant, avec une touche de mystère.»
Concentré, il plonge une touche à sentir dans un flacon de laboratoire. «Voici l’extrait pur de notre géranium», annonce-t-il. Je lui lance en plaisantant que je voudrais bien un flacon de 500 ml de ce concentré.Il rit.«Quand je traverse les champs de jasmin à Grasse, une fleur essentielle pour nous, mais extrêmement délicate et difficile à cultiver, je passe devant les géraniums et, chaque fois que je suis accompagné de visiteurs, leur réaction est identique: ils me demandent quel est ce parfum. Il a quelque chose d’envoûtant, il rappelle un peu la rose, mais sans les accents poudrés. Pour les extraits, ce ne sont pas les fleurs qu’on utilise, mais uniquement les feuilles. On obtient un arôme proche de la rose, mais dans sa version la plus verte, la plus fraîche.»
Dans sa version finale, «Eau Splendide» repose sur une base chaude de cèdre et de musc qui confère à la fragrance une dimension unique sur chaque peau. «Il faut toujours beaucoup de temps pour que les différents composants naturels réagissent entre eux.Même lorsque je pense être arrivé à la bonne formule, j’ai besoin de vivre avec le parfum pendant plusieurs semaines, si pas quelques mois, et de le tester sur différentes personnes et dans différents environnements. Est-il trop présent? Pas assez? Quel sillage laisse-t-il? Parvient-il à rester captivant? Vous ne m’entendrez jamais dire que créer un parfum est difficile,mais c’est un processus extrêmement lent. Pour, je l’espère, donner naissance à quelque chose qui traversera le temps.» CHANCE «EAU SPLENDIDE», CHANEL, EAU DE PARFUM, 50 ML, 122 EUROS. WWW.CHANEL.COM
«Un parfum doit être en accord avec la personnalité et non avec l’âge. On choisit une fragrance pour l’émotion qu’elle suscite.»

Depuis plusieurs années, la chanteuse, autrice et compositrice belge Angèle fait partie du cercle restreint des ambassadrices de la maison Chanel, aux côtés de Margot Robbie, Lupita Nyong’o et Kristen Stewart. Elle a fait ses débuts en tant qu’égérie de Chanel il y a cinq ans, lors d’une campagne pour des lunettes solaires aux côtés de PharrellWilliams.Pour la tournée Nonante-Cinq en 2022-2023, elle portait des tenues de scène signées Chanel, inspirées de la collection de Karl Lagerfeld de 1995, année de sa naissance. «Je crois que j’ai toujours voulu porter ce genre de choses, parce que, dans ma tête, j’é-

CI-DESSUS FLACONS RONDS ET LUDIQUES, COULEURS PASTEL: LES PARFUMS CHANCE TRANCHENT AVEC L’ESTHÉTIQUE ART DÉCO DE CHANEL..
tais une princesse», confiait-elle dans leVogue américain. «En même temps, j’avais l’impression de ne pas vraiment le mériter.Il m’a fallu du temps pour assumer pleinement que c’était ça que je voulais faire de ma vie et que je mettais ce que j’ai envie de mettre.»
Angèle associe une image pop joyeuse et espiègle à des textes sincères et engagés,comme «Balance ton quoi»,une chanson engagée dans le sillage du mouvement MeToo.Pourquoi est-elle l’ambassadrice idéale de Chance? «Quand je mets du parfum, il y a quelque chose qui me donne de la force. C’est le geste ultime avant de quitter la maison,celui qui me donne le sentiment d’être complète. Je l’associe à la promesse d’un nouveau jour: quitter son cocon et s’ouvrir au monde.» ◆
«Il n’y a pas un seul parfum créé par Chanel qui n’existe plus aujourd’hui.»
Réjouissant et réconfortant: la cheffe Karen Shu propose un plat de pommes de terre et truffe noire
◆ De Hell’s Kitchen au septième ciel: le nouveau restaurant à Londres de Gordon Ramsey est perché au dernier étage d’un gratteciel de 269 mètres de haut. Le repas sera-t-il à la hauteur de la vue?
◆ Chef-d’œuvre: lasagne à la Berlinde De Bruyckere

Des chefs jouent à la kitchen roulette et c’est vous qui raflez la mise.
REPORTAGE: JAN SCHEIDTWEILER
RECETTE: KAREN SHU
PHOTO ET STYLISME: EVA BEEUSAERT

Dans notre rubrique Kitchen Roulette,un chef dévoile quatre recettes avant de passer le relais au chef suivant,ce qui donne lieu à un menu surprenant et varié. Cette semaine, Karen Shu livre sa première recette. Après une carrière dans les cuisines de restaurants et en tant que cheffe privée, cette Américaine d’origine philippine s’est installée à Anvers par amour. Dans son restaurant And/Or, elle illustre avec brio toute la richesse de la cuisine vegan. Grande amatrice de truffe, elle profite des dernières de la saison.
«Être vegan n’empêche pas de proposer une cuisine gastronomique avec de beaux produits comme la truffe. J’aime préparer des pâtes aux truffes et, pour profiter des dernières truffes d’hiver, j’ai mis au point une savoureuse recette de pommes de terre aux truffes. Une délicieuse façon de faire ses adieux à l’hiver.»
INGRÉDIENTS (4 personnes)
◆ 8 grosses pommes de terre
◆ 240 ml d’eau
◆ 1,5 litre de crème végétale (double plant cream de Flora par exemple)
◆ 1 cuillère à soupe de moutarde en poudre
◆ 1 cuillère à soupe d’ail en poudre
◆ 60 g de levure nutritionnelle (une alternative végétale au fromage, dans les magasins diététiques et certains supermarchés)
◆ 1 cuillère à soupe de sel
◆ 1 cuillère à café de poivre noir en grains
◆ 1 cuillère à café de poivre rose en grains
◆ Persil
◆ Ciboulette
◆ Huile d’olive (fumée ou non)
◆ Truffe noire d’hiver
PRÉPARATION
◆ Préchauffez le four à 185 °C.
◆ Lavez et épluchez les pommes de terre, tranchez-les finement (visez l’épaisseur d’une pièce de 1 euro) à l’aide d’une mandoline.
◆ Disposez-les en cercle, les unes couvrant en

«La truffe et la pomme de terre forment une combinaison qui fonctionne toujours. C’est un classique qui ne se démode jamais et qui se prête parfaitement à un plat vegan étonnamment raffiné.»
CI-CONTRE PLUS LES LAMELLES
DE POMME DE TERRE SONT FINES, PLUS LEUR CHAIR SERA FONDANTE ET
DÉLICATE. LA DISPOSITION EN COUCHES
SUPERPOSÉES DONNE UNE TEXTURE
CRÉMEUSE À CHAQUE BOUCHÉE.


partie les suivantes dans un plat pour le four.
◆ Fouettez la crème végétale avec le sel, l’ail, la moutarde en poudre et la levure nutritionnelle jusqu’à ce que le tout soit bien dissous.
◆ Versez l’eau et une partie de la crème sur les pommes de terre de manière à bien les couvrir.
◆ Couvrez avec du papier sulfurisé et mettez au four pendant une demi-heure.
◆ Retirez le papier sulfurisé, versez le reste de la crème sur les pommes de terre et poursuivez la cuisson pendant encore 20 minutes, à découvert.
◆ Pendant ce temps,concassez les grains de poivre noir et rose jusqu’à obtenir une mouture moyenne, ni trop fine, ni trop grosse.
◆ Ciselez finement le persil et la ciboulette.
FINITION
◆ Répartissez les poivres et les herbes aromatiques sur les pommes de terre et arrosez d’un filet d’huile d’olive (fumée ou classique).
◆ Terminez en râpant de fines lamelles de truffe fraîche sur le plat et servez aussitôt.
CONSEILVIN
◆ Nebbiolo, Pian del Molle, Giulia Negri, Langhe, 2022, Italie.
La truffe et le nebbiolo partagent les mêmes arômes de terre et il n’est pas toujours nécessaire de choisir un Barolo ou un Barbaresco pour en profiter: dans la région des Langhe, au sud d’Alba, ce cépage peut aussi donner de très bons flacons.
Giulia Negri signe un vin élégant et intense, aux arômes de fruits rouges et noirs, mais aussi souple et long en bouche.Il accompagnera à merveille un savoureux plat à la truffe noire.
25,23 EUROS.
DISPONIBLE SUR WWW.VANHENDE.COM















































REPORTAGE:
JAN SCHEIDTWEILER
Jan Scheidtweiler s’attable au Gordon Ramsay High qui offre une vue spectaculaire sur Londres et une cuisine à la hauteur.
Au rez-de-chaussée, cette tour de bureaux de la City n’a rien de très inspirant pour un restaurant gastronomique, mais au 60E étage, elle révèle un autre visage: avec Londres à nos pieds, le panorama est grandiose. Depuis les 269 mètres de haut, le Gherkin et le Walkie Talkie, deux gratte-ciel iconiques,semblent étonnamment petits.Plus loin, on aperçoit laTour de Londres et son célèbre pont. Nous sommes assis dans un fauteuil au Gordon Ramsay High, un nom bien choisi pour le restaurant le plus haut d’Europe. Selon le site du plus célèbre chef de Grande-Bretagne, le High, qui a ouvert en février,est le 83E établissement du groupe de Ramsay, un empire qui s’étend de Singapour à Las Vegas. En face de l’ascenseur, on entend la musique entraînante de Lucky Cat, sa chaîne de
restaurants d’inspiration asiatique. Et deux autres enseignes doivent encore voir le jour dans cette même tour: tout va très vite pour le chef, que l’on connaît en grâce à l’émission Hell’s Kitchen.Le chef hyperkinétique s’est imposé parmi l’élite culinaire en 2001, quand son restaurant phare de Royal Hospital Road, le Gordon Ramsay, a décroché trois étoiles Michelin. Depuis, quatre autres établissements de son groupe brillent dans le guide -deux à Londres et deux en France.
SAY CHEESE
Si l’espace ne compte que douze fauteuils pivotants orientés vers la skyline, le cadre du High est tout de même aussi spectaculaire qu’accueillant. Le spectacle offert par la cuisine ouverte se joue

sur le côté et dans le dos des convives. En observant les trois cuisiniers qui dressent les assiettes avec une précision extrême,on comprend que Ramsay entend faire du High une destination gastronomique de haut vol. Et le restaurant ne propose qu’un seul menu. À 250 livres (298 euros) les 8 services,c’est un prix certes élevé,mais loin d’être excessif: un dîner dans le nouveau restaurant de Sergio Herman à Anvers coûte plus cher.
Personne ne s’attend à ce qu’un homme à la tête de près de 100 restaurants et installé à temps partiel à Los Angeles soit aux fourneaux: Gordon Ramsay a évidemment confié cette mission à James Goodyear,un chef qui est passé par plusieurs de ses établissements.Discret et réservé,Goodyear est l’opposé de son exubérant patron. Pourtant, il insuffle une belle touche de convivialité à cette expérience singulière en présentant chaque plat au centre du comptoir en U autour duquel sont installés les convives.
Le repas commence en mode mineur avec une succession inégale de six amuse-bouche.Après un biscuit au fromage -techniquement bien exécutéfourré de comté tiède,arrive un sablé au parmesan, un peu lourd sur un estomac vide -un soufflé au brie de Meaux est aussi prévu dans le menu. Que penserait Gordon Ramsay de tout cela? Il lâcherait sans doute un «Too much f***ing cheese!»
Heureusement,cette abondance de fromage fait place à un mini-tartare de bar glacé au dashi, une bouchée pleine de fraîcheur malgré un assaisonnement perfectible.Suit une glace à l’huître servie dans sa coquille et relevée de raifort,pomme et aneth qui est une vraie réussite.
PLAT MAGISTRAL
Si Gordon Ramsay cultive volontiers son image de bad boy à la télé, sa cuisine reste, elle, plutôt classique.Alors que son ancien collaborateur,Jason Atherton, s’illustre par un mélange d’influences venues des quatre coins du monde et que son collègue, Heston Blumenthal, incarne l’approche avant-gardiste,Ramsay continue à célébrer le classicisme français qu’il a appris chez Guy Savoy et Joël Robuchon,un style qui s’exprime de manière
ADRESSE
GORDON RAMSAY HIGH 22 BISHOPSGATE À LONDRES
TÉL. + 44/20.75.92.16.18
WWW.GORDONRAMSAYRESTAURANTS.COM/HIGH À PARTIR DE 19H.
FERMÉ DIMANCHE ET LUNDI.
DÉCIBELS
UNE MOYENNE DE 66 DB, AVEC DES PICS À 93 DB.
parfaite dans un plat magistral de turbot, sauce au vin jaune: le filet de poisson entoure une farce à base de saucisse de Morteau, une spécialité de Franche-Comté.Une généreuse portion de truffe -dans la farce, dans une crème et finement râpéevient ajouter une saveur luxueuse.
Les mentors français de Ramsay auraient été très heureux de voir comment sa brigade travaille les Saint-Jacques: pêchées au large de l’île de Skye, sur la côte écossaise, elles sont snackées à feu vif et servies sur une purée soyeuse de petits pois primeurs alors qu’un nuage de mousse à la camomille dépose un souffle printanier sur ce coquillage.
Le printemps s’affirme davantage dans une élégante composition autour d’asperges blanches de la vallée de la Loire, cuites à la perfection. Une sauce vierge à base de jus réduit d’orange sanguine les accompagne avec justesse, rendant presque superflue la cuillerée de caviar Osciètre déposée sur la préparation.
Le chef James Goodyear revient au comptoir avec une marmite remplie de foin et un canard à la cuisson parfaite.Un beau morceau de magret est dressé dans l’assiette, accompagné de morilles et d’une sauce XO bien relevée à base de shiitaké, un ensemble élégant. La seconde préparation, un bun frit garni de la chair des cuisses du canard, se révèle plus roborative, d’autant que le redouté soufflé au brie de Meaux ne tarde pas à faire son apparition.
Le repas s’achève heureusement sur une note légère et rafraîchissante avec un sorbet à la première rhubarbe de la saison, accompagné d’une mousse au champagne. En résumé, High s’impose certainment comme la nouvelle adresse,singulière et haut perchée,dans l’empire de Ramsay. ◆
ADDITION
439,50 EUROS PAR PERSONNE (298 EUROS LES PLATS; 141,50 EUROS LES BOISSONS)
SOMMELIER LA CARTE PROPOSE DES RÉFÉRENCES DU MONDE ENTIER. PLUS D’UNE DIZAINE DE VINS AU VERRE, DONT UN VIN DE WILLIAM FÈVRE À CHABLIS. LE VERRE DE GRÜNER VELTLINER: 14 EUROS.
ON Y RETOURNE?
CE RESTAURANT SEMBLE CERTES ÊTRE CONÇU POUR OFFRIR UNE EXPÉRIENCE UNIQUE AUX CLIENTS FORTUNÉS. MAIS, J’Y RETOURNERAI TOUT DE MÊME BIEN VOLONTIERS.

Matthieu Beudaert, historien de l’art et chef du restaurant Table d’Amis, revisite l’actualité artistique en cuisine. Cette semaine: Courtyard Tales V de Berlinde De Bruycker.


REPORTAGE:
THIJS DEMEULEMEESTER
PHOTO:
PIET DE KERSGIETER

ENVIE DE REPRODUIRE CE PLAT? SCANNEZ LE QR CODE POUR OBTENIR LA RECETTE.
«Khorós, l’exposition en cours à Bozar, permet à Berlinde De Bruyckere de présenter la profondeur émotionnelle de son travail, cette fois en dialogue avec des artistes comme Pier Paolo Pasolini et Lucas Cranach l’Ancien», explique Matthieu Beudaert. «Cela donne une exposition poignante et à plusieurs voix,d’où le titre.»
«Ses premières sculptures faites de couvertures, de cire et de crin de cheval étaient percutantes, mais dans ‘Courtyard TalesV’, une série d’œuvres plus récentes (couvertures, bois et polyuréthane), les traces de la vie et de la mort sont encore plus marquées. Les tissus sales et déchirés -des linceuls?- sont presque réduits en lambeaux,une métamorphose que j’ai trouvée saisissante.»
«Ma transposition en cuisine? Une lasagne de céleri-rave,Saint-Jacques et veau -Berlinde est la fille d’un boucher.Ce plat a une apparence brute peu engageante,ce qui est dû à la couleur terne de ses ingrédients. Par contre,en bouche,c’est une composition harmonieuse de textures contrastées.»
«KHORÓS», BERLINDE DE BRUYCKERE, JUSQU’AU 31 AOÛT À BOZAR, WWW.BOZAR.BE
UTILITÉ
Le surf, c’est génial. Mais, dans la pratique, on passe certainement plus de temps dans l’eau que debout sur sa planche. Et le jet ski est quant à lui beaucoup trop bruyant. Quid du paddle, alors? Pas réellement stylé. Pour vivre une expérience plus agréable à la surface de l’eau, on peut s’essayer au Flitescooter, une planche de surf électrique qui permet de planer sur l’eau. Son fabricant, Flite, la présente comme le Segway des mers -oui,c’est audacieux.À ce stade, on hésite peut-être à poursuivre la lecture,mais ce serait dommage de ne pas lui laisser une chance.
INNOVATION
Le Flitescooter se compose de deux éléments. Le premier est une planche gonflable,semblable aux autres eFoils ou planches de surf électriques, à la différence qu’elle est plus large, ce qui lui donne une meilleure stabilité. Et le second est un moteur électrique silencieux qui entraîne l’hélice sous-marine.On contrôle la vitesse -qui peut monter jusqu’à 45 km/h- à l’aide d’une manette sans fil.Quant à la batterie,elle promet jusqu’à 90 minutes d’autonomie,en fonction du poids du surfeur et de la vitesse adoptée.
UTILISATION
Une fois sur l’eau, la prise en main est relativement simple. On règle la vitesse grâce à la manette et, sous l’action du moteur électrique, la planche sort de l’eau. Lors de l’accélération, l’aileron sous-marin entre en jeu, ce qui permet de planer au-dessus de la surface.Mais que l’on ne s’y trompe pas:même si ce scooter volant des mers a été conçu pour les débutants,le manier est moins facile qu’il y paraît. La bonne nouvelle, c’est que l’hélice est bien protégée pour éviter tout risque de contact avec les pales en cas de chute.
Il faut compter un peu plus de 12.000 euros pour le Flitescooter, c’est plus de l’ordre d’un un petit luxe que d’un gadget.Et encore,c’est le prix de la version standard. En option, on peut charger la batterie plus rapidement avec le chargeur rapide (ajoutez 880 euros),et pour ceux qui souhaitent flotter plus longtemps, il existe une mise à niveau de l’autonomie de la batterie à 150 minutes (ajoutez encore 1.200 euros).

Un gadget peut s’avérer indispensable pour alléger le poids de l’existence. Cette semaine: le Flitescooter. Ou pourquoi vous (n’)avez (pas) besoin d’un Segway pour planer sur l’eau.
REPORTAGE: FREEK EVERS
ILLUSTRATION: STUDIO PONG

COLLABORATEURS: ANNA BISAZZA, ELINE BROECKX, JESSE BROUNS, THIJS DEMEULEMEESTER, FREEK EVERS, JULIE GILLET, RINGO GOMEZ, LAURA KEERSMAEKERS, ELS MAES, BENEDETTA ROSSI, JAN SCHEIDTWEILER, KAREN SHU, BERT VOET PHOTOGRAPHIE: HELENIO BARBETTA / LIVING INSIDE, EVA BEEUSAERT, CÉDRIC BIHR / FIGAROPHOTO, PIET DE KERSGIETER, WOUTER MAECKELBERGHE, MICHEL PAUL / LIVING INSIDE, KIM ZWARTS COUVERTURE: TOMORROWLAND ILLUSTRATIONS : ANTON GUDIM, STUDIO PONG JOURNALISTE DIGITAL: ELINE BROECKX CHEF DIGITAL: DRIES CEUPPENS TRADUCTION: COLINGUA.BE REWRITING: NATACHA BOULVAIN RÉDACTION FINALE: AURÉLIE KOCH RÉDACTION PHOTO & COORDINATION: NATHALIE WARNY MISE EN PAGE: CHRISTINE DUBOIS, DAVID STEENHUYSE ART DIRECTOR: PHILIP VAN BASTELAERE RÉDACTRICE EN CHEF ADJOINTE: ELS MAES RÉDACTRICE EN CHEF: AN BOGAERTS CREATIVE DIRECTOR: GERDA ACKAERT
ABONNEMENTS: TÉL. 0800/55.150, ABONNEMENT@LECHO.BE ANNONCEURS: TRUSTMEDIA, AVENUE DU PORT 86C, BTE 309, 1000 BRUXELLES, TÉL. 02/422.05.11 SABATO@TRUSTMEDIA.BE ÉDITEUR RESPONSABLE: PETER QUAGHEBEUR SABATO EST IMPRIMÉ CHEZ ROULARTA PRINTING.
We create We build We renovate



For more than 50 years, we have ensured impeccable construction and renovation work at the top end of the market. As our client, you will be assisted by a selected team that turns your dream into a customized design.

Concession De Haan
x Projet de reconversion unique
x 4 appartements lumineux à trois façades
x Grandes terrasses orientées plein sud
x 2 espaces commerciaux
x 1 villa neuve ‘Villa Montaigne’
Pour toute information et vente brookville.be | welkom@brookville.be