
DES SOUCHES DE VERRE AUX CHUCHOTEURS DU BOIS, L’HOMME TIENT L’ARBRE À CŒUR


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DES SOUCHES DE VERRE AUX CHUCHOTEURS DU BOIS, L’HOMME TIENT L’ARBRE À CŒUR


20 years ago, we put the lid on our first bottle of Premium Indian Tonic and have not since waivered in our single-minded mission to bring quality, flavour and choice back into mixers. Our story is driven by our passion to seeking the finest ingredients, a philosophy we share with our friends in the on-trade.
Since day one, our on-trade customers have been fundamental to Fever-Tree’s success and without you we wouldn’t be where we are today. Our 20th year is a testament to everyone we work with who, like us, champion quality ingredients in the pursuit of great taste and superior drinking experiences.
Thank you for you continued support and here’s to another 20 years of mixing with the best!














En marketing,le choix des mots est crucial;il l’est tout autant pour les parents.Comment captiver l’attention des enfants pour une sortie en forêt sans dire le mot «promenade»? On leur donne une carotte, pardi! Ou plutôt,un bâton (et pas un coup de bâton).Une bête branche bien solide peut embraser leur imagination: baguette magique,épée enchantée,voire même «première pierre» d’une cabane. Les potentialités offertes par les branches,les arbres et les souches sont illimitées et cela inspire également artistes et designers.
Cette semaine, quatre d’entre eux partagent leur ferveur pour le bois: Nicolas Erauw insuffle du verre dans de vieilles souches;Kaspar Hamacher sculpte les troncs par l’action du feu;Christophe Guinet ligature les troncs d’arbres, sans recourir à l’intelligence artificielle et Ernst Gamperl,surnommé le chuchoteur du bois, crée des vases uniques et poétiques.
Créateurs originaux, nos «artistes du tronc» partagent une vision commune:les arbres constituent des
havres de paix, des échappatoires au stress du quotidien.«Nous évoluons dans un univers hyper commercial où la nature est souvent oubliée.À travers mon art, je souhaite réintégrer la nature au sein de notre société et de nos vies», confie Guinet.
Nous retrouvons la même motivation chez Philippe De Spoelberch,qui a réalisé avec l’architecte GauthierWislez un impressionnant arboretum et son centre d’accueil à Marche-en-Famenne: 73 hectares et des milliers d’espèces d’arbres, de plantes et d’arbustes issus des quatre coins du monde.Enfin,tel était le point de départ.Aujourd’hui, la nature reprend ses droits sur le domaine. «Plus il sera immergé dans les plantes, mieux ce sera», lance l’héritier d’AB InBev. Un lieu de choix pour une promenade, en somme. Pardon, pour une journée pleine d’aventures.
AN BOGAERTS
RÉDACTRICE EN CHEF

P.18
BOOMING BUSINESS
QUATRE DESIGNERS FONT ART DE TOUT BOIS

P.32 PHYTOPHILIE LE NOUVEL ARBORETUM DE PHILIPPE DE SPOELBERCH

P.38
OUTDOOR VINTAGE PASSAGE EN REVUE DU DESIGN DE JARDIN RÉTRO
P.28 UPCYCLING DOMINGOS TÓTORA FAIT UN CARTON
P.52 À LA COQUE LA COLLECTION DE TANIA DELEERSNYDER
P.62 CHEF-D’ŒUVRE AUBERGINES À LA EDVARD MUNCH
P.65 GO GO GADGET LE G.O. DES CHIENS ET DES CHATS




«Sabato est un modèle inspirant»
Sabato, le magazine du week-end de L’Echo et De Tijd, vient d’être sacré European Magazine of theYear par un jury international -une consécration ultime pour la presse magazine européenne.
Sur plus de 300 candidatures, un jury pointu de onze experts a plébiscité le travail et l’esthétique Sabato. Notre magazine remporte cette année la plus haute distinction ainsi que neuf autres prix (dont 7 pour des couvertures) avec son design percutant, mais aussi pour son concept novateur, son esthétique et son identité visuelle. Le verdict du jury est dithyrambique: «Un hebdomadaire à l’éventail éditorial impressionnant. Chaque page captive par son originalité, tant dans le contenu que dans la forme: des doubles pages photo-
graphiques saisissantes, à l’esthétique léchée, une puissance graphique affirmée et un usage de la typographie créatif et racé.Sabato est un modèle inspirant.»
Le prix sera remis à l’équipe rédactionnelle par l’Österreichischer Zeitschriften- und Fachmedienverband (OZV) lors d’un congrès à Vienne,le 24 juin,devant un parterre de personnalités de la presse magazine et quotidienne,composé d’influents rédacteurs en chef et directeurs artistiques visionnaires venant de toute l’Europe. Lancé en 2008, le supplément lifestyle de L’Echo et DeTijd braque ses projecteurs sur le





design,l’art,l’architecture mais aussi le voyage,la gastronomie, l’automobile et la mode. En 2022, le magazine s’était déjà distingué aux European Newspaper Awards en remportant sept prix.
«En tant que supplément magazine au sein d’un journal d’actualité économique,nous offrons à nos lecteurs,sur papier et en ligne,une véritable parenthèse,avec des sujets qui stimulent l’imagination et une mise en page visuelle qui surprend et inspire»,affirmeAn Bogaerts,rédactrice en chef de Sabato.«Cette distinction est une reconnaissance du travail exceptionnel de toute notre équipe,menée par notre directeur artistique Philip Van Bastelaere et notre rédactrice photo NathalieWarny,mais aussi de nos collaborateurs et de nos journalistes.»
«Les pages de Sabato captivent par leur originalité, tant dans le contenu que dans la forme.»
LE JURY
Le samedi d’Antonin Chartier, fondateur du label de lunettes solaires Jimmy Fairly: observer les tendances depuis une terrasse, se dépenser dans une ancienne usine de montgolfières et lire un roman de science-fiction. Reportage: Eline Broeckx Photo: Raphaëlle Girardin
FONDATEUR DU LABEL DE LUNETTES SOLAIRES JIMMY FAIRLY. OUVRE UNE NOUVELLE BOUTIQUE À BRUXELLES LA SEMAINE PROCHAINE. VIT À PARIS.
CI-CONTRE POUR ANTONIN
CHARTIER, ALLER SE BALADER
PRÈS DU PALAIS ROYAL À
PARIS AVEC SON CHIEN FAIRLY
EST L’OCCASION D’ORGANISER
SES IDÉES.
«Le samedi,je profite de moments privilégiés avec mon épouse», confie Antonin Chartier (37 ans). Une déclaration surprenante pour quelqu’un qui compte près de 150 boutiques à son actif. C’est d’ailleurs à 23 ans que ce Parisien s’est lancé dans l’aventure Jimmy Fairly...après un master en psychologie.«À l’époque,comme je trouvais le marché des lunettes surévalué et ennuyeux,j’ai participé au StartupsWeekend où j’ai présenté Jimmy Fairly comme une marque esthétique,durable et impliquée socialement -avec l’ONG Restoring Vision, pour chaque paire vendue, nous offrons une paire de lunettes à une personne dans le besoin.»
«L’idée de maîtriser le design, la production et la vente sans intermédiaires pour proposer des produits de qualité au meilleur prix a séduit au point que l’organisateur du concours, Sacha Bostoni, a eu envie de se lancer avec moi pour un temps.» Il ajoute en riant: «Au fait, j’ai une acuité de 12 sur 10: je n’ai donc pas besoin de lunettes, sauf de lunettes de soleil.»
Après la boutique du quartier Bailli Châtelain et celle de la rue du Marché aux Herbes,
Jimmy Fairly en ouvrira une troisième fin avril,Avenue Louise à Bruxelles. «J’adore votre capitale. Un jour, j’aimerais y habiter, juste pour pouvoir passer le samedi à explorer les nombreuses boutiques d’antiquités»,lance le Français. L’ambiance de la nouvelle boutique sera,comme toujours, totalement différente des précédentes. Après la piscine de Deauville et le vaisseau spatial de la rue de Bretagne à Paris, Chartier et la responsable de l’identité visuelle des magasins Jimmy Fairly ont transformé la nouvelle boutique bruxelloise et sa hauteur sous plafond de sept mètres. Résultat? Du marbre et des mosaïques miroir évoquant les boules facettes de l’époque disco.
10H30 – «Mon épouse étant enceinte, je fais la grasse matinée tant que c’est encore possible. Hier soir, j’ai retrouvé des amis au Mesures, mon bar préféré:c’est un‘kissa’,un concept japonais qui commence à s’installer à Paris. La musique jouée sur les enceintes vintage est aussi importante que les cocktails.»
11H – «Je promène notre petit chien Fairly. Ma première escale:Bonjour Jacob,un bar où l’on


trouve un excellent café ainsi que des magazines. Je savoure un flat white en feuilletant un numéro consacré à la mode.»
11H30 – «À Du Pain et Des Idées, je prends un pain des amis,mon préféré.J’enchaîne avec une visite chez Buddy Buddy pour acheter du beurre de cacahuète fait maison.»
11H45 – «J’aime faire du shopping dans mon quartier et tout particulièrement chez The Next Door. C’est une grande boutique sur plusieurs étages,qui propose mes marques préférées -Acne Studios, Jacquemus et Comme des Garçons.»
13H – «À Paris, on trouve une brasserie traditionnelle presque à chaque coin de rue. Mon épouse et moi adorons La Marine. Mon déjeuner arrive en un éclair: des huîtres et un tartare -oui, c’est très français, en effet. J’aime m’installer en terrasse, surtout pour observer les passants. Les gens sont tellement stylés!Assis sur une chaise en osier tressé,je regarde comment les jeunes s’habillent et se comportent.C’est une bonne façon de se tenir au courant des tendances et d’ainsi trouver de l’inspiration pour les prochaines collections de lunettes et les silhouettes de nos lookbooks.»
CI-DESSOUS LE SAMEDI DU CRÉATEUR DE LUNETTES ANTONIN CHARTIER: OBSERVER LES TENDANCES, FAIRE DU SPORT ET ÉCOUTER DU JAZZ «KISSA» DANS UN BAR SELECT.

14H30 – «Nous nous rendons chez RetroFutur, une enseigne spécialisée dans l’audio et le hi-fi que je fréquente régulièrement.Je pense qu’ils commencent à me connaître.»
16H – «En moyenne, je fais dix mille pas par jour. Marcher me garde en forme et m’aide à organiser mes idées.Je marche autant que possible: de mon bureau à la maison et, quand je reçois un appel téléphonique,j’en profite pour aller marcher dehors.»
17H – «Certaines personnes arrivent à faire du sport le matin.Ce n’est pas mon cas.En fin de journée,par contre,je suis prêt:je me change et je vais à La Montgolfière, une salle de sport installée dans une ancienne usine de montgolfières avec une hauteur sous plafond exceptionnelle vu l’activité passée de ce bâtiment.Ici,je fais ce que tout le monde fait: course à pied et vélo.»
19H – «Mon épouse et moi sortons dîner chez des amis.Nous avons plusieurs cercles d’amis, mais,heureusement,nous nous entendons très bien avec nos entourages respectifs.»
1H30 – «Avant de dormir, j’essaie de lâcher mon smartphone. Hélas, ça ne marche pas toujours,mais aujourd’hui,c’est le cas grâce à un livre. En effet, le roman que je lis en ce moment est une œuvre de science-fiction qui date de 1943, Ravage de René Barjavel.L’histoire,qui se déroule en France en 2052, esquisse d’une société hyper moderne où tout le monde est végétalien,vit dans de grands immeubles et dépend entièrement de la technologie.Jusqu’au jour où l’électricité disparaît. Une lecture géniale pour m’endormir.» ◆
TROIS BONS PLANS
1. EL GUACAMOLE «C’EST SÛREMENT LE PLUS BEAU RESTAURANT MEXICAIN DE PARIS. IL EST TOUJOURS BONDÉ, MAIS HEUREUSEMENT ON N’ATTEND JAMAIS PLUS DE CINQ MINUTES. ET LES TACOS SONT VRAIMENT DÉLICIEUX.» ELGUACAMOLETAQUERIA.FR
2. BAMBINO «TOUT COMME LE BAR MESURES, BAMBINO EST LE LIEU IDÉAL POUR UNE
SOIRÉE DE JAZZ KISSA’ À PARIS.» WWW.BAMBINOPARIS.COM
3. LES TUILERIES «C’EST UN PARC INCROYABLE. LE LOUVRE, LA PLACE DE LA CONCORDE, LES CHAMPS-ÉLYSÉES, L’ARC DE TRIOMPHE, LA TOUR EIFFEL: D’ICI, ON PEUT TOUS LES VOIR.»
Du Sri Lanka à Knokke, le reboot du mobilier de Geoffrey Bawa ◆ Pizza, prosecco et pergola: l’été sera chaud dans les cuisines outdoor ◆ Couture et collage: Natan fait une fleur à l’été ◆ La couleur vert pistache donne l’heure exacte

Geoffrey Bawa (1919-2003) est au Sri Lanka ce que César Manrique (1919-1992) est à Lanzarote: une icône nationale de l’architecture moderniste.Le Britannique a étudié le droit à Cambridge,mais achète en 1948 une plantation de caoutchouc qu’il dirigera pendant 50 ans.Lunuganga et Home Number 11 sont ses projets les plus connus,mais il a aussi conçu deux hôtels, le Kandalama Hotel et le Bentota Beach Hotel. Pour tous ces projets, il faisait fabriquer ses propres meubles, de style moderniste tropical avec des touches coloniales. Comme les matériaux étaient rares après la Seconde Guerre mondiale, il utilisait des déchets de tuiles ou de bois. Bien sûr,ces pièces faites à la main ne sont pas faciles à reproduire, mais en collaboration avec le Geoffrey Bawa Trust et d’anciens employés, Phantom Hands a relevé le défi.
À GAUCHE LE MODERNISME
TROPICAL DE BAWA BÉNÉFICIE D’UNE RÉÉDITION
RAFRAÎCHISSANTE: DIX-SEPT PIÈCES FIDÈLES À L’ESPRIT, MAIS REVUES ET CORRIGÉES
SERONT BIENTÔT DISPONIBLES
CHEZ RR INTERIEUR.
À DROITE LA TABLE «LUNUGANGA» ET LES CHAISES «BENTOTA».
L’éditeur de mobilier indien a présenté à Milan 17 rééditions de Bawa -des tables aux luminaires, en passant par les objets.
Ce ne sont pas des copies à l’identique,mais plutôt des déclinaisons contemporaines:les matériaux, la structure et l’ergonomie ont été réinterprétés en fonction des normes actuelles.Le cadre en fer forgé du fauteuil de jardin «Kandalama» (en haut) est en aluminium et la «chaise du chien» en béton est rééditée en pierre composite plus légère. Ces pièces seront disponibles prochainement via RR Interieur.(TD)
WWW.PHANTOMHANDS.IN





TO ENJOY
Avec l’arrivée des beaux jours et des longues soirées, on vit au jardin. Et là, une cuisine ou un bar outdoor sont un luxe indispensable quand on aime recevoir. On s’imagine très bien en train de préparer un cocktail bien frappé et d’enfourner une pâte à pizza maison dans un four à bois tout en menant des conversations animées.Voilà la recette d’une bonne soirée au jardin! (LK)
01. Cuisine outdoor, Niels Raoul Boone et Lindert Steegen, 3.600 euros (htva), www.lindertsteegen.com
02. Ballerina – La Cucina Sink, M’ama edizioni, 7.930 euros, www.mamainterni.it 03. Jackie, poêle à bois avec un four à pizza, 1.230 euros, www.jackie.eco

Sucrée, collante et en rupture de stock partout: la barre Dubai Chocolate est le phénomèneTikTok du moment.Cette gourmandise est fourrée d’un mélange de crème de pistache, de kadaïf (une sorte de cheveux d’anges) et de tahini. Et ce vert pistache s’impose aussi sur nos poignets. Repérées au salon horloger Watches and Wonders, les montres vert pistache, en édition limitée ou en très petites séries,affichent de looks variés.La montre pistache connaîtra-t-elle le même succès surTikTok? Une chose est sûre:pour réussir à mettre la main dessus, il faudra faire vite. (LK)




01. Rolex ‘Oyster Perpetual 41’, 6.700 euros, www.rolex.com
02. Chopard ‘L’Heure du Diamant’, or blanc 18 carats, cadran en jade et diamants, diamètre 26 mm, 34.800 euros. www.chopard.com
03. Ressence ‘Type 3 EE’, 48.280 euros, Maison De Greef. www.maisondegreef.com, www.ressencewatches.com
04. IWC Schaffhausen ‘Ingenieur Automatic 40’, 14.200 euros. www.iwc.com

Avec les beaux jours qui nous offrent, pour le moment, un printemps exceptionnel, Natan a collaboré, pour sa nouvelle collection couture, avec l’artiste néerlandaise Nicola Kloosterman, dont les collages poétiques de silhouettes féminines, de paysages et de motifs floraux sont une source d’inspiration pour la maison bruxelloise. Pour les couleurs, la Maison s’est orientée vers des notes subtiles, douces, qui suivent le rougeoiement et les bleutés du lever au coucher du soleil.Ainsi, en vernis bleu gris, lie-de-vin -, vieux rose et crème, les pièces sculpturales jouent du volume,de la géométrie,de l’élégance.Les fleurs découpées,brodées,se marient harmonieusement avec les lignes épurées et les drapés fluides des robes Natan.
Parmi les pièces emblématiques de la saison, on retrouve cette robe longue et vaporeuse en voile de mousseline de soie, portée sous une robe «cage» sans manche, en armature de fils de «métal» perlé aux reflets métalisés, entrelacée et ornée de fleurs.
L’art et la matière: 4 créateurs sortent du bois ◆ Pulp fiction: Domingos Tótora transforme les déchets en art ◆ La passion de Philippe de Spoelberch est au cœur de son nouvel arboretum
◆ Visite privée: la maison de rêve de Johanna van Parijs au Costa Rica ◆ Et le mobilier vintage? Dehors!
REPORTAGE: IRIS DE FEIJTER
PHOTO: DIEGO FRANSSENS
UTILISER LE BOIS COMME MATÉRIAU POUR LA FABRICATION DE MEUBLES SEMBLE ÉVIDENT. POURTANT, CES QUATRE DESIGNERS CHOISISSENT DE L’EXPLORER DE MANIÈRE ORIGINALE EN TRAVAILLANT AVEC DES ÉLÉMENTS BRUTS: TRONCS, SOUCHES, BRANCHES ET ÉCORCES.


L’ÉCORCÉ VIF
NICOLAS ERAUW
Les vases de Nicolas Erauw ressemblent à des troncs d’arbres transformés en verre et,en réalité,c’est ce qu’ils sont:il souffle du verre dans des troncs d’arbres.«L’idée m’est venue il y a quelques années,quand j’ai trouvé un peuplier tombé dans le jardin forestier de ma grand-mère.Le tronc avait formé une cavité naturelle et je l’ai trouvé si beau que j’ai voulu en faire un moulage. J’ai découpé le tronc en morceaux pour pouvoir utiliser la cavité comme moule»,confie le designer.
L’idée de souffler du verre dans des troncs n’est pas si farfelue: les souffleurs de verre utilisent des moules -aujourd’hui en acier, mais autrefois,c’était en bois.Pour éviter qu’il ne prenne feu -le verre atteignant environ 1.400 degrés-,le moule est mouillé.Le bois crée une texture belle et vivante dans le verre, mais il s’use vite.«Avec un moule,je ne réalise pas plus de 100 pièces».
La forme ronde, large et organique de ses vases rappelle le travail d’Alvar Aalto, mais en beaucoup plus brut. On y voit des nœuds, des rainures, des creux et parfois même des restes de cendres. «Je ne sais jamais à l’avance à quoi il va ressembler. La cavité à l’intérieur du tronc a toujours une forme différente de son aspect extérieur. C’est dans ce renversement que réside l’intérêt de ce projet: l’intérieur devient l’extérieur. La beauté est à l’intérieur et moi, je la rends visible.» Le jeune designer,
À DROITE NICOLAS ERAUW SOUFFLE SES VASES SCULPTURAUX DANS LES CAVITÉS DES TRONCS D’ARBRES, CE QUI MET EN VALEUR LES NŒUDS ET LES EMPREINTES DE L’ÉCORCE.
diplômé en 2017, précise: «Ce n’est pas mon activité principale. Avec mon épouse Chloé Saad, je dirige l’usine de tricotage et de broderie Sabess. Cela me permet de me consacrer au design si je suis vraiment inspiré.»
LE HASARD COMME UNE NÉCESSITÉ Nicolas Erauw a baptisé sa série Phytotelma,un terme latin qui désigne une petite cavité dans un arbre ou une plante remplie d’eau, en général de pluie. Un phénomène que l’on retrouve chez les broméliacées et dans les trous d’arbres. «J’utilise aussi une cavité naturelle et le résultat final, un vase, est aussi un réservoir d’eau», explique-t-il. La série Phytotelma se compose de huit vases différents: «Tout dépend des troncs d’arbres que je trouve. Je rêve d’une carafe à saké avec quatre verres assortis, mais je n’ai pas encore trouvé de tronc avec une petite cavité comme ça.»
Le hasard occupe une place fondamentale dans son processus créatif.«Cela peut sembler étrange pour un designer,mais je ne commence pas par la forme,mais par la technique:c’est elle qui détermine aussi l’apparence finale de l’objet.» DE
«La vraie beauté est à l’intérieur et c’est cela que je rends visible.»


«Une fois qu’on a coupé un morceau, il n’y a pas de retour en arrière.»
KASPAR HAMACHER
Kaspar Hamacher est un «homme de bois» au sens propre. Ce fils de garde forestier a trouvé dans la nature une seconde maison et, aujourd’hui, il vit et travaille à Raeren, une commune germanophone de la province de Liège. Les souches et troncs qu’il utilise pour ses meubles monolithiques proviennent de la forêt environnante. «Ces morceaux d’arbres peuvent rester longtemps dans mon atelier, le temps que mon idée prenne forme. Je ne commence que quand je suis totalement certain de ce que je vais faire, car une fois qu’on a coupé un morceau, il n’y a pas de retour en arrière», lance Hamacher. «Un arbre est déjà naturellement si puissant et beau. Comment puis-je l’améliorer? Ou comment puis-je y ajouter une idée? Cela reste une difficulté.»
Il ne trouve pas son inspiration ni dans les musées ni dans les salons de design. «J’y vais parfois, mais la vraie inspiration, je la puise en suivant mon intuition. Mes idées viennent souvent de façon très intuitive, généralement lors d’un long trajet en voiture ou d’une promenade en forêt», confie-til. «La nature joue un rôle déterminant dans mon travail et dans ma vie. J’aime beaucoup me promener dans la forêt: c’est ce dont j’ai besoin pour recharger mes batteries et me recentrer. Dans la forêt, sans téléphones ni rendez-vous, je suis libre. Parfois, on me demande si je n’ai pas peur, comme ça, tout seul dans la forêt. Que peut-il m’arriver? Je trouve la ville bien plus dangereuse.»
L’APPEL DE LA FORÊT
En 2012,il acquiert une renommée internationale quand ses tabourets Ausgebrannt,des troncs d’arbres qu’il a brûlés pour faire les pieds, sont publiés sur un célèbre blog de design. «Je voulais creuser les troncs pour les alléger. N’ayant pas de tour à bois, j’ai cherché d’autres solutions et j’ai découvert que dans la jungle, on brûle les troncs avant de les creuser avec des pierres pour en faire des bols. Quelle révélation! Je pouvais sculpter le bois à la flamme, sans outils», explique Hamacher. Ces tabourets l’ont ramené à ses racines. «À ce moment-là, je vivais encore à Bruxelles. Brûler des troncs au cœur de la capitale n’était pas une bonne idée, alors je l’ai fait dans la forêt de mon père et c’est là que j’ai réalisé à quel point cet endroit me manquait. J’étais à un tournant. La ville m’avait brûlé de l’intérieur.J’ai quitté Bruxelles pour retourner à Raeren, et chaque jour, je sens que c’est ici que je suis à ma place.»
EN BELGIQUE, KASPAR HAMACHER EST REPRÉSENTÉ PAR LA SPAZIO NOBILE GALLERY À BRUXELLES, WWW.KASPARHAMACHER.BE, WWW.SPAZIONOBILE.COM
CI-CONTRE KASPAR HAMACHER
TROUVE LES SOUCHES ET LES RONDINS QU’IL UTILISE POUR FABRIQUER SES MEUBLES DANS LA FORÊT À DEUX PAS DE CHEZ LUI.
CI-DESSOUS CE QUI RESTE APRÈS L’ÉPREUVE DU FEU EST UNE FORME PURE NOIRCIE, MAIS QUI LAISSE ENCORE VOIR L’ÂME DE L’ARBRE.


ERNST GAMPERL
Certains surnomment Ernst Gamperl le «chuchoteur du bois». À partir de troncs d’arbres entiers,sur son tour à bois il crée de délicates coupes en bois et des vases:un travail précis où chaque erreur est fatale.«Je ne force jamais le bois à adopter une forme imposée. Le processus créatif est pour moi un dialogue. C’est comme si mes mains et le bois devenaient une seule entité. Je me laisse guider par le matériau et j’écoute ce que l’arbre me dit. Cela commence dès la découpe à la tronçonneuse et se termine aux finitions les plus délicates. C’est un échange, un processus de don et de réception», détaille Gamperl. Il laisse les formes naturelles du bois orienter son design.Les excroissances,fissures,branches tordues et encoches influencent les formes asymétriques qu’il façonne. Il met l’accent sur la force expressive du bois en jouant avec ses veines, ses couleurs et ses lignes. Il contraste également les surfaces polies et lisses avec des textures plus brutes, explorant l’opposition entre la transparence presque papyracée et la lourdeur du bois.
ISSEY MIYAKE
Sa vision et ses créations sont profondément ancrées dans la philosophie orientale de la tranquillité. Il n’est donc pas surprenant que le designer japonais Issey Miyake ait été un des premiers à remarquer son travail. Le designer allemand, qui vit au cœur des forêts bavaroises, se sent également lié aux an-
ciennes cultures germaniques qui vénéraient les arbres. «Pour moi,les arbres ont une force et une énergie uniques.Ils stockent l’eau, transforment le dioxyde de carbone en oxygène, nous offrent des fruits et nous procurent de l’ombre ou un abri. C’est pourquoi je privilégie de plus en plus l’utilisation d’arbres tombés ou déjà abattus.Au début, je travaillais beaucoup avec des bois exotiques, mais aujourd’hui je préfère des essences européennes», explique-t-il.
L’œuvre majeure de Gamperl, véritable chef-d’œuvre, est sans doute «Tree of Life»:en 2008,un chêne âgé de 230 ans,déraciné par un ouragan,s’est retrouvé dans son atelier.Les disques d’arbre mesuraient plus de deux mètres et demi de diamètre et pesaient près de 24 tonnes. Gamperl a dû agrandir son atelier et concevoir de nouvelles machines pour pouvoir réaliser des vases de plus grande envergure. Il a travaillé pendant dix ans sur ce projet et a réussi à créer 97 bols à partir de cet ancien chêne.Ce travail lui a valu le Loewe Craft Prize en 2017.«Tree of Life» sera présenté dès le 15 mai lors de son exposition solo en Allemagne, au Bayerisches Nationalmuseum de Munich.
UNE MONOGRAPHIE SUR SON TRAVAIL SERA PUBLIÉE CET ÉTÉ PAR 5 CONTINENTS EDITIONS. EN BELGIQUE, ERNST GAMPERL EST REPRÉSENTÉ PAR LA GALERIE SPAZIO NOBILE À BRUXELLES ET GALLERY AXEL PAIRON À KNOKKE. WWW.SPAZIONOBILE.COM. WWW.AXELPAIRON-GALLERY.COM

«C’est comme si mes mains ne faisaient qu’un avec le bois.»

«J’aime jouer avec l’illusion pour déstabiliser le spectateur.»
À GAUCHE LES SCULPTURES DE CHRISTOPHE GUINET RESSEMBLENT À DES TRONCS D’ARBRE ALORS QU’ELLES SONT FAITES DE PLÂTRE, DE TERRE, D’ÉCORCE ET DE POÉSIE.
CHRISTOPHE GUINET
Ce n’est pas de l’intelligence artificielle, mais une œuvre surréaliste de l’artiste français Christophe Guinet,alias Monsieur Plant,créateur d’un univers d’arbres et de plantes. Dans la série Twist, il tord et déforme des troncs d’arbres pour leur donner des formes familières: un cœur, un nœud ou un lemniscate (symbole de l’infini).«J’aime jouer avec l’illusion pour déstabiliser le spectateur. Si tu crois croiser une de mes sculptures dans la forêt, tu te demandes si les arbres peuvent vraiment pousser ainsi», explique ce passionné de nature.
Nous avons tous observé un arbre se déformer autour d’un panneau de signalisation ou s’entrelacer avec une clôture.Cette capacité d’adaptation de la nature a inspiré Guinet pour sa série Twist. «Lors d’une promenade en forêt,j’ai remarqué que les arbres peuvent pousser de manière inattendue et ludique.Cette idée que la nature peut toujours nous surprendre était ce que je voulais explorer.En accentuant ces déformations, je cherche à provoquer une réflexion.»
SCULPTURES FRAGILES
Il décrit son œuvre comme un «univers magique». Ceux qui souhaitent préserver cette magie intacte peuvent s’arrêter ici, car en réalité, ses créations ne sont pas des arbres tordus. «Mes sculptures sont en plâtre que je recouvre soigneusement d’écorce de pin pour obtenir un tronc d’arbre très réaliste», explique-t-il. Cependant,ces troncs ne peuvent pas survivre en extérieur.«Bien qu’elles paraissent solides,ces œuvres sont en réalité très fragiles», poursuit-il depuis son atelier en Bretagne.«Ici,je suis entouré de forêt,mais j’ai également un atelier à Paris et un autre à Marseille.L’inspiration provient de la nature,ma grande passion,mais la ville me stimule aussi:je cherche à relier ces deux mondes.C’est pourquoi j’intègre des objets du quotidien dans mes créations, comme du fil barbelé ou un cœur. Mon message est clair: nous avons oublié que la nature existe toujours.À travers mon art, je souhaite réintroduire la nature dans notre société.»
DU 19 MAI AU 15 OCTOBRE, UNE INSTALLATION DE GUINET EST VISIBLE AU PREMIER ÉTAGE DE LA TOUR EIFFEL. IL EXPOSERA ÉGALEMENT À LA BIENNALE D’ART CONTEMPORAIN «LÉGENDES BOTANIQUES» AU CHÂTEAU DE MENTHON À PARTIR DU 6 JUIN. WWW.MONSIEURPLANT.COM.



REPORTAGE:
THIJS DEMEULEMEESTER
Comment allez-vous? «Je vais bien:j’ai toujours envie de sauter de mon lit aux premiers rayons du soleil. Je vis et travaille à Maria da Fé,une région montagneuse de l’État du Minas Gerais,au nord de Rio de Janeiro et de São Paulo. Dans mon atelier, je crée des objets d’art, des sculptures et des meubles avec mon matériau préféré, le carton recyclé. Je transforme des boîtes en carton, un produit jetable, en pâte: je mélange ce carton avec de l’eau, de la colle et des liants pour, ensuite, la mouler ou la façonner, avant de la faire sécher au soleil.»
Qu’est-ce qui vous rend heureux? «L’idée que mes créations, venues d’un petit coin du Brésil, touchent le monde entier illumine ma journée. Je n’ai pas besoin de voyager: mes œuvres le font pour moi,car elles sont exposées dans des galeries,des résidences privées et des hôtels.Je suis né pour créer:je ne pourrais par faire autre chose.»
Qu’est-ce qui vous tient à cœur? «Toutes mes créations sont réalisées à partir de matériaux 100% recyclés. Le carton, fabriqué à partir de bois, devient aussi dur que le bois grâce à mon procédé.Ainsi, il revient aussi à ses origines. Les habitants de la région
du Minas Gerais m’aident à réaliser ces objets et ces meubles. Mon travail est, à mes yeux, un portrait de notre région. Il porte en lui les textures, les pigments et les empreintes humaines locales.»
«Les objets et les meubles que je conçois pour la maison belge Gardeco ne sont pas de simples objets; ils ont une âme. Leur texture, semblable à une peau, a été façonnée à la main: en touchant un de ces objets, on touche également toutes les personnes impliquées dans le processus de création. Si l’on ferme les yeux, on ressent l’âme du Minas Gerais. Je ne cherche pas à m’inspirer de la nature; je suis en parfaite symbiose avec elle.Je respire la nature et la nature respire en moi. Nous ne formons qu’une personne quand je crée.»
Quels ont été vos débuts? «Enfant,lors d’un atelier scolaire, j’ai essayé de modeler du carton et, une fois la forme séchée, j’ai été agréablement surpris par le résultat. Ce processus a donné lieu à ce que l’on pourrait appeler ‘une erreur heureuse’. La question qui s’est alors posée a été: comment l’interpréter? Quand est-ce qu’une erreur devient-elle réellement une erreur? Quand quelque chose échoue dans l’atelier, je mets cet échec de côté pendant quelques semaines. Il reste là, dans un coin et puis un beau
Dans cette rubrique, nous donnons la parole à des créateurs qui ont su s’imposer. Cette semaine, le designer brésilien Domingos Tótora nous parle de luxe éphémère, de la nature perçue comme une source d’inspiration et de ses créations pour la maison belge Gardeco.

CI-DESSUS DOMINGOS
TÓTORA CRÉE DES ŒUVRES
D’ART EN CARTON, UN
MATÉRIAU ORDINAIRE QUE
L’ON A TOUS CHEZ SOI.

«L’idée que mes créations, venues d’un petit coin du Brésil, puissent atteindre le monde entier illumine ma journée.»
jour, je le regarde sous un autre angle et il m’inspire pour créer quelque chose de nouveau. Chaque erreur est une leçon: ce n’est pas l’échec en soi qui compte, mais ce que l’on en fait. Dans chaque échec réside une grande force. Je crois que tout le monde devrait adopter cette philosophie.»
Qu’est-ce qui vous motive? «Les matériaux destinés à être jetés et créer des objets que les gens vont chérir. Le carton, en particulier, transcende les barrières de valeur et de classe sociale. Du plus riche au plus modeste, tout le monde peut trouver un morceau de carton à la maison, et le transformer. Cette dimension sociopolitique est au cœur de ma démarche.»
Quelles sont vos préoccupations? «Nous ne faisons malheureusement pas assez pour notre planète, sa protection. La quantité de déchets ne cesse d’augmenter.La durabilité ne se limite pas à des paroles en l’air et de vaines promesses: elle repose sur des actions concrètes. Quand j’ai commencé à créer des objets, il y a des décennies de cela, des termes comme «durabilité», «circularité» ou «upcycling» n’existaient pas. Pourtant, ces principes étaient déjà présents dans ma démarche. La véritable durabilité réside dans le fait que nos objets ne sont pas jetables: ils sont conçus pour durer et être transmis de génération en génération, même s’ils sont fabriqués à partir de matériaux destinés à être jetés.»
L’ART DU RECYCLAGE DE DOMINGOS TÓTORA *
Le label belge de design Gardeco collabore avec des créateurs belges et étrangers. Parmi eux, Domingos Tótora, un designer brésilien renommé, finaliste du Loewe Foundation Craft Prize. Ses objets, ses meubles et ses sculptures s’inspirent de la méthode traditionnelle de construction en argile tout en étant profondément liées à sa région natale de l’est du Brésil, les collines du Minas Gerais.
«Mon travail est avant tout un projet collectif. Mon atelier fonctionne comme une école où mes collaborateurs suivent
un processus d’apprentissage. Je leur transmets toutes les techniques, étape par étape. Si un jour je devais m’arrêter ou disparaître, mon œuvre se poursuivrait. C’est comme une cellule qui se divise: je partage mon savoir avec les autres, qui, à leur tour, le partageront. Mon souhait est de transmettre ma philosophie du recyclage, car garder tout pour soi n’a aucun sens. Plus nous serons nombreux à le pratiquer, mieux le monde se portera.»
www.gardeco.eu
Quel message souhaitez-vous transmettre? «Une œuvre d’art doit s’exprimer d’elle-même. Donner trop d’explications dénature son essence. Chacun perçoit l’art à sa manière. En tant que créateur, on oriente le spectateur vers une interprétation, mais, en définitive, c’est à lui de donner sa propre lecture de l’œuvre.»
De quoi êtes-vous fier? «De mes racines brésiliennes. Autrefois, nous pensions que tout ce qui venait d’ailleurs était supérieur, mais grâce aux générations d’artistes, de designers et d’architectes fantastiques qui se sont succédé, nous avons compris la valeur de que nous possédions. Et je ne parle même pas de notre plus grand trésor, la nature.»
«Le travail de Sebastião Salgado me touche profondément. Ce photographe et activiste brésilien est une icône,au Brésil comme à l’étranger. Il a dédié sa vie à capturer l’âme du Brésil dans ses photos tout en contribuant activement à la reforestation de la forêt amazonienne.Arrivé au dernier chapitre de sa vie, il souhaite offrir quelque chose de tangible à son pays et à la planète.»
«Lina Bo Bardi est une autre légende nationale.Son travail d’architecte et de designer a une forte dimension sociale. J’admire également les frères Campana. Le Brésil est un pays immense, doté de multiples identités, mais les Campana ont su capturer cette complexité dans un design contemporain novateur. Leur audace m’inspire énormément.» ◆












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REPORTAGE ET PHOTO: JEAN-PIERRE GABRIEL
QUE SE PASSE-T-IL LORSQUE
PHILIPPE DE SPOELBERCH, HÉRITIER D’AB INBEV ET AMOUREUX DES ARBRES, S’ASSOCIE À L’ARCHITECTE GAUTHIER WISLEZ POUR TRANSFORMER 73 HECTARES DE VERDURE EN UN PROJET AUDACIEUX? ON OBTIENT UN VÉRITABLE PARADIS POUR LES PASSIONNÉS DE BOTANIQUE, ET UN CENTRE D’ACCUEIL SI REMARQUABLE QU’IL A DÉCROCHÉ UN PRIX DE DESIGN INTERNATIONAL DÈS SON OUVERTURE. BIENVENUE DANS LE NOUVEL ARBORETUM DE MARCHE-EN-FAMENNE, OÙ LA NATURE REPREND SES DROITS.

CI-CONTRE DÈS QUE L’ON APERÇOIT LE CENTRE D’ACCUEIL, ON NE LE VOIT DÉJÀ PLUS, CAR IL S’INTÈGRE PARFAITEMENT À LA COLLINE SUR LAQUELLE IL A ÉTÉ CONSTRUIT. UNE FOIS À L’INTÉRIEUR, LA VALLÉE SE DÉPLOIE COMME UN PANORAMA.
il fallait trouver une formule lapidaire, nous pourrions dire que nous avons déposé une colline jardinée sur la colline existante.»
Voilà comment Gauthier Wislez, du bureau AW architectes, décrit le centre d’accueil de l’Arboretum de Marche dont la construction a duré six ans. L’aventure a commencé par un repérage du site en compagnie de Philippe de Spoelberch,l’homme qui confie avoir «voulu doter le sud de la Belgique d’un véritable arboretum éducatif». Cette promenade de découverte a permis de sélectionner le lieu le plus approprié afin d’y ancrer une nouvelle construction.
«S’agissant d’un lieu destiné à accueillir des visiteurs, le paysage offert a constitué un critère de premier plan», explique l’architecte.
«C’est ainsi que nous nous sommes arrêtés sur ce point culminant qui embrasse la vallée et qu’on appelle la dépression de la Famenne.» À l’horizon, on aperçoit la tour Circus et ses 70 mètres de haut qui domine la ville de Marche-en-Famenne.
Ce récent arboretum ouvert au public en 2023,qui est par essence un lieu en devenir, n’est pas un coup d’essai de Philippe de Spoelberch. De sa biographie, on peut retenir qu’il est un des hommes clefs du groupe brassicole ABInBev, ses participations ayant pour origine le groupe familial de la brasserie Artois.
Son curriculum vitae est cependant bien plus étoffé dans le monde de la dendrologie. Plus qu’une passion, les arbres et les plantes sont entrés dans son parcours lors de ses deux premières années d’études d’agronomie à Louvain. L’homme d’affaires aime souligner que la botanique y est alors enseignée par deux grands noms, les professeurs Pierre Martens etWilliam Mullenders,qui lui ont transmis le virus de la systématique végétale.
«Mon père aussi a joué un rôle déterminant; il aimait la forêt, les grands et beaux arbres, les hêtres, les chênes. Je me souviens qu’il s’est moqué de moi parce que je ne pouvais pas faire la différence entre les feuillages d’un hêtre et d’un charme. Je me suis donc rendu dans une pépinière pour en acheter afin d’être à même de les distinguer.»
À la fin des années 60,Philippe de Spoelberch effectue un MBA à l’université de Columbia,mais la passion des plantes et leur collection l’a déjà gagné. Sa terrasse est envahie de caisses en bois du laitier. Il y fait pousser arbres et arbustes avec les graines collectées en automne dans la nature ainsi que dans les parcs et jardins botaniques qu’il a visités.
Dans ses valises, il ramènera 150 plants, dont 15 séquoias de Californie. Ce sont aujourd’hui les plus grands arbres de Herkenrode, le parc qu’il a planté au sein du domaine familial et qui sera à la source de l’arboretum deWespelaar,initié en 2001 par la fondation éponyme. «Quelle que soit la collection que l’on a créée et que l’on souhaite léguer,on se doit de lui donner les moyens de perdurer,et donc engager du personnel spécialisé,soit une dizaine dans le cas de la fondation ArboretumWespelaar.» Un arboretum qui se respecte repose sur une collection,la plus riche possible.Le domaine familial que Philippe partage avec ses frères et sœurs compte aujourd’hui une dizaine de milliers
«Nous avons construit une butte-jardin sur une colline existante: pour un centre d’accueil des visiteurs, la vue est cruciale.»

CI-DESSUS
de plantes, d’arbres et d’arbustes différents, dont 2.300 répartis sur une vingtaine d’hectares dans le seul arboretum.Leurs graines,greffons ou boutures venus du monde entier ont été patiemment élevés et observés en pépinière avant d’être transplantés. Nombre de spécimens atteignent aujourd’hui une taille imposante, à l’image des magnolias qui, au mois d’avril,sont en pleine floraison ou des érables qui, en automne, brillent de mille feux. «Les inventaires font état de 15.000 plantes ligneuses», précise le passionné. «Au cours des 50 dernières années, nous en avons perdu ou éliminé 10.000 parce qu’elles ne se sont pas adaptées à nos conditions ou qu’elles ne convenaient pas. J’accorde beaucoup d’importance à l’aspect esthétique. Il faut que les axes soient dégagés et que les arbres et arbustes ne se fassent pas concurrence. Un exemple: dans le parc d’Herkenrode, là où tout a commencé, j’ai déplacé quantité de rhododendrons pour les replanter en les associant par coloris,au sein de sections botaniques ou groupes d’espèces.»
COUP DE FOUDRE
Il a fallu une vingtaine d’années avant qu’un nouveau projet voie le jour, à savoir l’arboretum de Marche, un joyau en devenir déniché dans les contreforts de l’Ardenne par Guy de Brocqueville, président de la Fondation Arboretum Wespelaar. «Dès les premiers instants, j’ai été bluffé par cette vallée qui se déployait sous nos yeux, un véritable écrin marqué par une belle déclivité. Le point le plus haut sur le toit du bâtiment est à 307 mètres et le plus bas, à 235 mètres.»
«Nous sommes dans des univers différents», explique Christophe Crock, chef jardinier de la
À DROITE POUR LE TOIT VÉGÉTALISÉ, L’ARCHITECTE CHRISTOPHE CROCK A
CHOISI DES PLANTES QUI REFLÈTENT
LA NATURE ENVIRONNANTE: DES GRAMINÉES ET DES PLANTES VIVACES.
Fondation.«La base deWespelaar est un parc paysager du XVIIIe siècle; les sols sont limoneux, lourds et acides. Il y a de l’eau en abondance.À Marche,on dispose d’une plus grande diversité:des roches calcaires,des vallées argilolimoneuses plutôt riches et des affleurements de schiste.L’eau y étant plus rare,nous avons creusé un chapelet d’étangs sous la guidance de l’association Natagora.»
FAVORISER LA BIODIVERSITÉ
«Nous avons pu acquérir 73 hectares d’un seul tenant,un paysage qui se déploie presque entièrement sous nos yeux du haut de la colline», précise Philippe de Spoelberch. «L’arboretum proprement dit compte 20 hectares que nous avons clôturés pour éviter qu’il soit envahi par les sangliers. Le reste est géré avec la complicité des fermiers du voisinage.»
Cinq hectares d’épicéas ont été abattus pour faire place à une prairie naturelle.La couverture superficielle du sol a été enlevée. Cette technique -on parle d’étrépage- permet de «réveiller» les graines endormies dans le sol.Le résultat ne s’est pas fait attendre; en peu de temps on a dénombré 11 des 15 espèces d’orchidées sauvages de Belgique,réapparues spontanément.«Nous accompagnons aussi la nature.Toujours sur les conseils de Natagora,qui œuvre à favoriser la biodiversité,nous avons semé une prairie avec des plantes typiques de la Famenne.C’est aussi là que nous allons installer une partie de la collection d’aubépines.»
La flore indigène ne compte que deux aubépines – l’aubépine épineuse et l’aubépine monogyne (Crataegus laevigata et Crataegus monogyna) –, alors qu’on en dénombre deux centaines sur la planète, dont la moitié originaire du sud-est des États-Unis. «Une cinquantaine sont d’ores et déjà dans nos pépinières», se félicite Philippe de Spoelberch. «Elles seront plantées soit en solitaire, soit en petits groupes, l’idée étant de les assembler par lieux d’origine,selon le principe de l’arboretum géographique.D’autres plantations sont programmées: sur un des flancs de la vallée, dans un lieu bien visible depuis le centre d’accueil, nous allons créer un ensemble que j’appelle «Nouvelle-Angleterre», en référence aux couleurs d’automne qui font la beauté de ces paysages. Il y aura donc une collection d’érables, mais aussi des Nyssa, des Liquidambar et d’autres.»


Ce qui vaut le détour dès aujourd’hui, c’est le monument végétal conçu conjointement par l’architecte Gauthier Wislez et l’architecte de jardins Christophe Crock,à savoir le centre d’accueil emmitouflé dans un jardin de graminées et de vivaces. Au sujet de ce dernier, Gauthier Wislez explique que «le bâtiment même est partiellement inséré dans la colline calcaire, mais ses deux étages dépassent de sept mètres le niveau existant. Nous y avons logé un auditorium, une grande cafétéria, des logements de fonction et d’accueil pour les chercheurs qui y séjournent. Le positionnement est aussi important, car je ne souhaitais pas qu’on le découvre au premier regard. Pour ménager la surprise, on y pénètre par une sorte d’entonnoir et c’est seulement en progressant à l’intérieur que la vue s’offre au regard. La terrasse a volontairement été placée vers l’Ouest pour n’entraver en rien la vue.»
Enfoui sous une épaisse couche de terre et de pierres de lave, le bâtiment accueille un jardin dans lequel une promenade sur le toit a été
CI-CONTRE ON ENTRE DANS LE CENTRE D’ACCUEIL PAR UNE SORTE D’ENTONNOIR ET ON DÉCOUVRE ALORS LA VUE SUR LA VALLÉE, BELLE COMME UN PLAN DE CINÉMA.
ménagée, offrant à son tour une découverte du paysage.Christophe Crock raconte:«J’ai opté pour des ensembles de plantes qui imitent la nature environnante. En effet, comme dans les prairies des alentours,j’ai utilisé plusieurs graminées,ponctuées de vivaces, qui agrémentent les différentes saisons durant lesquelles l’arboretum est ouvert au public. Parmi ces dernières, il y a même des ancolies (Aquilegia) dont les graines ont été récoltées sur le domaine. Dans les zones d’ombre près du sas d’entrée on trouve une plantation de type forestière avec un mélange de fougères, d’Hellébores orientalis ainsi que,par exemple,l’opulent feuillage de Hosta Sum and Substance.»
«Ce lourd toit végétal», conclut Gauthier Wislez, «complète l’importante isolation thermique du bâtiment.Dans ce lieu,la durabilité s’imposait comme un des piliers de notre approche.»
La climatisation est réalisée par une pompe à chaleur géothermique, avec une ventilation à récupération d’énergie et des panneaux solaires. Un puits a été creusé et les eaux de pluie sont collectées,autant d’éléments qui valorisent les ressources qu’offre le site.
Et l’architecte de conclure: «Ce projet nous a été confié parce que notre point de départ était d’effacer le bâtiment dans son environnement. Il n’est pas terminé; le temps et la nature feront leur œuvre.Plus il sera immergé dans les plantes,mieux ce sera.» ◆
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ROUTE D’HASSONVILLE 122, 6900 MARCHEEN-FAMENNE. PROCHAINES VISITES: LES DIMANCHES 20 AVRIL ET 18 MAI.
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GROTE BAAN 63, 3150 HAACHT-WESPELAAR OUVERT LE MERCREDI ET LE DIMANCHE, DU 1 ER AVRIL AU 15 NOVEMBRE.

«Le résultat ne s’est pas fait attendre: en peu de temps, on a dénombré onze des quinze espèces d’orchidées
Belgique, réapparues


DEPUIS UNE VINGTAINE D’ANNÉES, LE DESIGN D’ÉPOQUE ET LES RÉÉDITIONS SONT PLUS TENDANCE QUE JAMAIS. CEPENDANT, LES TERRASSES N’ONT PAS SUIVI CE MOUVEMENT ESTHÉTIQUE, RESTANT LE DOMAINE RÉSERVÉ DES MARQUES CLASSIQUES DE MOBILIER DE JARDIN ALORS QU’IL Y A DE NOMBREUSES POSSIBILITÉS DE PIÈCES VINTAGE PLUS ORIGINALES ET PLUS PERSONNELLES. SABATO LES A CHINÉES POUR VOUS.

À GAUCHE LES «CONCRETE POD CHAIRS» DE WILLY GUHL SONT DES SCULPTURES DE TERRASSE.. UNE
LAMPE DE JARDIN DES ANNÉES
SEPTANTE DE L’ENTREPRISE DANOISE
FOG & MØRUP EST FIXÉE À LA REMBARDE.
Quand on vient prendre un café chez Leo Coolen et Susan Theunissen, on espère être à l’extérieur, car, sur leur terrasse, se trouve du mobilier de jardin vintage très rare. «Ce sont des chaises Willy Guhl.Pas les classiques «Loop Chairs», mais les «Concrete Pod Chairs»: un modèle plus brut et moins connu. Elles sont en fibrociment, un matériau contenant de l’amiante,ce qui en effraie plus d’un alors qu’il est inoffensif tant qu’il ne se casse pas. Et il se patine magnifiquement», explique Coolen, fondateur de Sprookjes,un dépôt d’objets de décoration excentriques où Netflix fait parfois ses emplettes pour l’une ou l’autre série. «Malgré les risques sanitaires liés à l’amiante, les meubles de jardin de Willy Guhl ont une grande valeur sculpturale.Ses créations sont un plaisir des yeux, même quand la météo vous force à rester à l’intérieur.»
Dans le jardin de ce passionné de mobilier d’extérieur vintage,on trouve des chaises «Vago» vintage en plastique orange d’Ikea autour du brasero. «Le géant suédois propose actuellement des modèles similaires, les «Skarpö», mais les anciennes «Vago» sont un peu plus élégantes», commente-t-il. Il n’hésite pas à habiller ses espaces extérieurs d’art. «Même des œuvres sur papier ou des sculptures en matériaux périssables. Le fait que la nature les influence fait partie du cycle de la vie», explique-t-il.
Leo Coolen et son fils Max ont aussi un faible pour l’éclairage extérieur. Cependant, quand on se lance dans la recherche de lampes d’extérieur vintage, on réalise vite qu’elles sont encore plus rares que le mobilier «Presque tout le monde achète des lampes de jardin neuves, mais si vous chinez dans le marché vintage, vous trouverez des trésors», confie Leo Coolen. «Je suis fan des lampes de jardin des années 70 de Fog & Mørup. Nous avons en stock les modèles «Kegel»,«Flex», «Floralite» et «Tunika» avec des abat-jour en métal de différentes couleurs. L’idée est de les planter dans la pelouse ou les plates-bandes,mais on peut aussi les fixer au mur de la terrasse, comme ici.» Ce stock est entreposé dans le hangar de Sprookjes et de l’entreprise-sœurAfter Midnight, spécialisée dans les luminaires vintage. Dans cet entrepôt,Leo et Max Coolen conservent encore
CI-DESSOUS LE RELAX DE JARDIN
«EUROLAX R1» DE CHARLES
ZUBLENA (1965) EST UNE COQUILLE
SCULPTURALE EN POLYESTER BLANC.
d’autres merveilles et raretés.Parmi ces pièces,le «Garden Egg» de Peter Ghyczy, un classique du design (BorisVervoordt en a un dans son penthouse),ainsi que la «Pastil Chair» et la «Tomato Chair», des modèles inspirés du Space Age signés Eero Aarnio. «Nous avons aussi la version phallique de la «Tomato Chair» d’Aarnio,conçue par Pieter Kortekaas.Franchement,avez-vous déjà vu une pièce aussi cool sur une terrasse?», interroge Coolen. «Savez-vous quelle est ma chaise longue outdoor vintage préférée? La «Eurolax R1» de Charles Zublena:c’est une coque sculpturale en polyester blanc qui repose directement sur le sol.» Nous l’avons testée:sa forme est sexy,on peut s’y balancer, mais elle n’est pas vraiment confortable:c’est plus une œuvre à regarder. «C’est justement pour cela que j’ai fait fabriquer une base en bois,pour que l’assise soit légèrement surélevée et donc, plus confortable.Elle fait un peu penser à une «Lounge Chair» de Le Corbusier, mais en plus original», note Leo Coolen.
«Le mobilier d’extérieur vintage? Quel chouette sujet! Ces pièces ont un caractère et un design intemporel»,nous répond l’expert en


«Il y a du mobilier outdoor vintage qui n’est pas idéal pour le jardin, mais qui est parfait pour une terrasse couverte.»
design Frederic Rozier quand nous lui demandons quels sont ses modèles préférés. Pour toute réponse, il nous envoie une photo de la terrasse de sa maison brutaliste signée Juliaan Lampens,où trône un ensemble de fauteuils en polyester du designer culte allemand Günter Beltzig. «Je rêve aussi des chaises «Sculptura» de RussellWoodard en métal tressé:elles sont élégantes et légères,surtout dans la version peinte en blanc.»
Dans la liste des envies de mobilier de jardin de Rozier, on retrouve également les ensembles en métal perforé de Mathieu Matégot et les chaises longues en bronze avec revêtement en corde de Walter Lam qui sont, selon lui, très demandées en Californie. «Il y a aussi des pièces de mobilier vintage qui ne sont pas idéales pour l’extérieur, mais qui conviennent parfaitement à une terrasse couverte, comme les bancs que Charlotte Perriand a conçus pour la station de ski Les Arcs ou les pièces en teck et rotin de Pierre Jeanneret» précise Rozier.
L’expert en design vintage DriesVanlandschoote, ne choisirait pas des meubles signés Perriand ou Jeanneret, mais plutôt Hans Coray, dont la «Landi Chair», une chaise empilable en aluminium perforé, a été conçue pour l’exposition nationale
CI-DESSOUS, À GAUCHE LA TERRASSE DE L’EXPERT FRÉDÉRIC ROZIER ACCUEILLE UN ENSEMBLE DE FAUTEUILS EN POLYESTER DU DESIGNER GÜNTER BELTZIG.
CI-DESSOUS, À DROITE DRIES VANLANDSCHOOTE A UNE «LIDO CHAIR» (1935), UNE PIÈCE RARE DES FRÈRES SUISSES BATTISTA ET GINO GIUDICI.
suisse de 1939. Ensuite, les 1.500 exemplaires ont été vendus à 15 francs suisses pièce.Aujourd’hui,ces chaises valent de 2.800 à 3.500 euros.Vanlandschoote a aussi une «Lido Chair» (1935) des frères suisses Battista et Gino Giudici, un modèle minimaliste super élégant.Sur la terrasse de l’antiquaire brugeois,on trouve aussi un fauteuil en béton d’origine italienne, un modèle que l’on retrouve également chez l’architecte Glenn Sestig, ce qui prouve que, même totalement anonyme, une pièce peut avoir une personnalité qui fait sensation.
QUELQUES CONSEILS
«Quand on me demande quel mobilier d’extérieur vintage je choisirais, je recommande souvent la marque suisse Embru. J’aime aussi les chaises en aluminium de Piet Hein Eek ou les créations contemporaines de Thomas Serruys, un incontournable», cite Alexis Vanhove, antiquaire de design qui a ouvert la galerie Habitation 62 à Bruxelles, où il présente quelques modèles vintage d’extérieur. «Ce fauteuil d’Adrien Claude (1945) est une pièce difficile à trouver,surtout dans cet état.Sa structure en aluminium ultra légère est entourée d’une tôle,ce qui le rend à la fois robuste, raffiné et dynamique.» Quand on lui demande à quoi ressemblerait sa configuration idéale de terrasse vintage,Walter Brugmans, instigateur et âme de Brak Brussels, hésite un peu avant de répondre. «Je choisirais des chaises en fil de métal,comme celles de René Malaval et Pastoe. Sinon, la première chose à laquelle je pense, ce sont les chaises de Willy Guhl en fibrociment. Bien que je préfère les regarder plutôt que m’y asseoir!» ◆



Reportage: Thijs Demeulemeester
Photo: Laure van Hijfte
Guidée par son intuition, Johanna Van Parijs a quitté Ostende il y a 22 ans pour s’installer à Oman, puis au Costa Rica. Aujourd’hui, elle vit dans une maison en pleine jungle, à Santa Teresa, un village de surf où elle se réveille chaque matin au son des singes et des vagues de l’Océan Pacifique. «J’ai suivi mon cœur là où il me portait», confie-t-elle.
Tous les jours, Johanna Van Parijs commence sa journée vers 5h30, éveillée par les cris des singes dans les kapokiers et les papayers qui entourent sa maison, nichée au cœur de la jungle costaricaine. Le soir, elle se rend sur la plage où la communauté locale se réunit pour contempler le coucher du soleil. Depuis sa colline, le Pacifique se dévoile, à condition que les arbres des alentours ne soient pas trop élevés. L’intérieur et l’extérieur se mêlent en harmonie au rythme des saisons. «Je vis en symbiose avec les éléments naturels: l’air, l’eau et le vent», commente l’artiste belge. «Tout fonctionne à l’énergie solaire.» Même la climatisation, essentielle pour rendre les siestes dans sa cabane tropicale plus agréables à la saison sèche.
Cela fait maintenant 22 ans que celle que l’on appelle «l’enfant terrible d’Ostende» a quitté sa ville natale et notre pays. Après quelques recherches, elle a posé ses valises dans une ferme magnifiquement rénovée, à 10 minutes de Santa Teresa. «C’est un endroit assez isolé, sur la péninsule de Nicoya: le trajet en soi est déjà un périple.»
«Depuis San José, la capitale, il faut compter un vol de deux heures dans un petit zinc, que l’on fait suivre par un itinéraire à travers la jungle. Si l’on prend le bateau, il faut d’abord prendre la voiture jusqu’au port, ce qui dure une heure et demie, faire la traversée -aussi une heure et demie- et puis, encore une heure de route. Avant, c’était encore plus long, car on devait circuler sur des pistes boueuses. Oui, je me suis installée au bout du monde!»
Depuis son arrivée, le Costa Rica, et plus particulièrement SantaTeresa, a profondément changé. Quand elle s’y est installée, c’était un village de pêcheurs alors qu’aujourd’hui, c’est devenu un paradis sur terre très prisé, attirant touristes et promoteurs. Santa Teresa est devenu un spot de surf bobo sur fond de jungle et de montagnes. Des écolodges de luxe ont poussé comme des champignons, accueillant notamment Jay-Z, Beyoncé, Mark Zuckerberg et Miley Cyrus.
CI-DESSOUS
COLLABORE AVEC DES ARTISANS
LOCAUX POUR CRÉER UN LIEU OÙ L’ART, LES ÉVÉNEMENTS ET LES EXPOSITIONS
SONT MIS EN VALEUR.

«Parfois, en ponçant des morceaux de bois, je retrouve l’odeur des croissants sortant du four de la

À DROITE D’OSTENDE À SANTA
TERESA: JOHANNA VAN PARIJS A ÉCOUTÉ SON INTUITION ET S’EST
INSTALLÉE AU COSTA RICA, LÀ OÙ LA NATURE ET L’ART SE RENCONTRENT.

COSMOS ET SPIRITUALITÉ
À première vue, Johanna Van Parijs pourrait donner l’impression d’être une aventurière, s’élançant sans crainte dans l’inconnu. Mais en réalité, elle fonctionne uniquement à l’instinct: elle «flotte» à travers la vie. «Je suis la cadette de ma fratrie. Et peut-être la plus libre», précise-telle. «Mes parents tenaient une boulangerie et un restaurant à Ostende. Mon enfance n’a pas été facile. J’ai pris du recul pour passer outre mes traumatismes.»
Après des études de création infographique 3D à l’école d’art Sint-Lucas à Gand,elle poursuit sa formation par un master en vidéographie. Bien qu’elle ait toujours voulu devenir artiste, elle ne se sentait pas prête sans cela. «À 21 ans, je suis partie avec un ami à Oman. J’y suis restée un an, au cours duquel nous avons monté un campement dans le désert.» Là, sous le ciel nocturne le plus scintillant qu’elle ait jamais vu, elle ressent l’infinité du cosmos et l’énergie qu’il dégage. Cette expérience éveille en elle un intérêt pour la guérison, le développement intuitif et l’enseignement des cristaux

énergétiques, des domaines qu’elle approfondira par la suite.
«En Égypte, l’énergie cosmique m’a envahie encore plus intensément. Les pyramides, la symbolique, le culte des morts: la spiritualité de cette culture m’a absorbée jusqu’à en avoir des visions. Oui, j’ai senti l’influence puissante des énergies des défunts.»
Ces expériences continuent de nourrir son travail d’artiste et de décoratrice d’intérieur. Elle intègre régulièrement des motifs spirituels ancestraux et des proportions sacrées dans ses créations, qu’elles soient en 2D ou en 3D.
Après Oman, l’Ostendaise s’installe au Costa Rica, toujours guidée par son intuition, bien qu’elle n’y était jamais allée. «Il y a 22 ans, ma meilleure amie m’a appelée pour qu’on achète un terrain ensemble, sur une montagne avec vue sur la mer. Nous avons décidé de partir sur un coup de tête. Nous avons transformé l’ancien hangar en cabane avec un atelier de peinture et une écurie. C’était incroyable de bâtir une vie à partir de rien.»
Sa cabane est si bien aménagée qu’elle attire rapidement l’intérêt et, logiquement, des projets de décoration d’intérieur. Cependant, cela mène aussi à une rupture, suite à laquelle elle vit pendant huit ans seule avec son bébé. «Ce fut difficile, mais je n’ai jamais abandonné, même dans les moments les plus durs où il s’agissait juste de survivre», confie-t-elle. «Ne pouvant pas vivre de mes projets de décoration d’intérieur et d’art, j’ai ouvert un cabinet de guérison à domicile, où je prodiguais des massages, parfois jusqu’à cinq par jour. J’avais une belle clientèle, dont Jack Dorsey,


Mel Gibson et Sia. Cela me demandait tellement d’énergie que j’ai fini par être épuisée. L’endroit où je faisais les massages est devenu ma galerie personnelle: c’est là que j’expose mes œuvres. C’est un peu comme si mes peintures,sculptures et créations d’intérieurs étaient devenues mes patients.»
Aujourd’hui, quand Johanna Van Parijs accepte un projet de décoration d’intérieur,elle commence par une analyse énergétique du lieu. Elle capte l’énergie unique de chaque espace et détermine les œuvres d’art, les couleurs ou les modifications nécessaires. «Tous mes clients ne sont pas réceptifs à cette approche, alors je ne partage pas toujours ces idées.Mais,pour moi,le résultat doit toujours être énergétiquement juste. Quand j’ai rénové notre maison, l’équilibrer a été un défi. Je ressens immédiatement l’énergie d’une maison ou d’un client: si ça ne me parle pas, je n’y vais pas.»
PETITE SŒUR HIPPIE
Son approche spirituelle est parfois mal comprise, en particulier en Belgique. «Chez moi, je suis considérée comme la petite sœur hippie, celle qu’on ne prenait pas trop au sérieux. Depuis,j’ai appris à ne pas me soucier du regard des autres. Je préfère suivre mon instinct, même quand je rencontre des gens pour mon atelier ou quand des clients me contactent. Il m’arrive parfois d’opter pour le plan B, mais mon intuition me ramène toujours sur le bon chemin», dit-elle en riant. «Je n’ai pas de plan, je préfère suivre le courant de la vie. Mais je sens que j’ai l’âme d’une entrepreneuse,comme mes parents. Parfois, quand je ponce des blocs de bois, cela me fait penser à l’odeur des croissants frais de la boulangerie de mon père. Cela me rappelle cet atelier et cette chaleur.»
CI-DESSUS CHAQUE JOUR DÉBUTE AU SON DES CRIS DE SINGES ET SE TERMINE PAR UN COUCHER DE SOLEIL SPECTACULAIRE SUR LA PLAGE. À SANTA TERESA, IL EST IMPOSSIBLE DE NE PAS ÊTRE EN CONNEXION ÉTROITE AVEC LA NATURE.
«Pour moi, un intérieur doit toujours être énergétiquement juste et tant pis si mes clients n’y croient pas.»
CI-DESSOUS JOHANNA VAN PARIJS
DÉTECTE L’ÉNERGIE DONT UN PROJET
A BESOIN POUR CHOISIR LES ŒUVRES
D’ART, LES COULEURS OU LES
INTERVENTIONS QUI LUI CONVIENNENT.
Dans la jungle, sa maison porte le nom de Spoon’s Farm, en référence à son époux américain, de 15 ans son aîné, qui a grandi en partie à Hawaï. Ensemble, ils ont une petite fille. «Spoon est beaucoup plus calme que moi. Grâce à lui, nous sommes beaucoup plus ancrés ici.Aujourd’hui, ce qui compte avant tout, c’est notre famille et l’atelier que nous développons.»
Au départ, l’atelier était une cabane construite à la main sur la plage, mais à mesure que ses missions ont pris de l’ampleur, c’est devenu trop exigu. «Pour mes projets, je travaille avec des artisans qui saisissent parfaitement mes idées. Je suis en train de construire un atelier plus grand,où je pourrai aussi organiser des événements et des expositions», explique-t-elle. «Est-ce que je reviendrai en Belgique? Je me vois bien vieillir ici, à SantaTeresa. J’ai suivi mon cœur là où il me portait, et je sens que j’ai trouvé ma place ici.» ◆
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«Mes peintures, sculptures et intérieurs sont devenus mes patients.»
De mère en fille: l’incroyable collection de coquetiers de Tania Deleersnyder ◆ La recette de la semaine: la salade de chou-fleur croquante et gourmande ◆ Carte sur table: le nouveau Màloma à Rixensart ◆ Chef-d’œuvre: aubergine à la Edvard Munch

L’univers des collectionneurs est fait de rêves, de possessions et (parfois) d’obsessions. Cette semaine, l’incroyable et magnifique collection de coquetiers de Tania Deleersnyder. À GAUCHE TANIA DELEERSNYDER ENTOURÉE DE LA COLLECTION IMPRESSIONNANTE DE COQUETIERS DE SA MÈRE, FRUIT DE LA PASSION DE TOUTE UNE VIE.
REPORTAGE: BERT VOET PHOTO: WOUTER MAECKELBERGHE
Comment donner du sens à sa vie? Peut-être en collectionnant: chez Tania Deleersnyder (61 ans), se trouvent près de 250 coquetiers soigneusement exposés, mais il y en a d’autres, beaucoup d’autres. Cette incroyable collection est, à l’origine, une initiative de sa mère. «Voici son carnet, un objet d’une grande valeur émotionnelle pour moi:en le feuilletant, je retrouve le nom d’amis aujourd’hui disparus.»
Le carnet de LucienneVerrotte commence en 1971 par le premier coquetier en forme de petit canard,un objet qui ne lui a rien coûté.«Il vient de ma grand-mère,qui l’a hérité de sa mère»,explique Tania. «Au début des années 70, nous avions une maison de campagne dans le Hainaut: c’est là que ma mère a exposé ce coquetier, dans une petite niche avec une douzaine d’autres objets anciens. Encouragée par ses amis, elle a commencé à en chiner chez les antiquaires et aux puces,à Bruxelles et à Paris. Une fois son témoignage paru dans la presse, sa collection s’est étoffée à toute vitesse, au point de l’envahir.» Même si son carnet s’arrête à 8.000 coquetiers environ,sa collection n’a cessé de prendre de l’ampleur pour atteindre près de 8.500 pièces aujourd’hui, anciennes pour la plupart. «En réalité,il y en a bien plus,car il y a aussi des plateaux et des ensembles de deux, trois ou six coquetiers qu’elle inventoriait comme un seul.Dans la maison familiale, tous les coquetiers étaient rassemblés sur des étagères sur mesure dans deux grandes pièces.»
DORÉ À LA FEUILLE
Tania Deleersnyder nous présente deux coquetiers chinois du XVIIIe siècle, importés par la Compagnie française des Indes orientales.Chacun est accompagné d’un certificat rédigé en 1980 par un antiquaire parisien -par contre,il ne reprend pas le prix d’achat. La pièce maîtresse de la collection est un lot de coquetiers ayant appartenu au prince Charles,deuxième fils du roi Albert Ier.«Quelques années avant sa mort, en 1983, ses biens ont été vendus aux enchères à Raversijde, dont ces coquetiers que ma mère voulait absolument acheter. Certains sont en porcelaine de Lucerne avec l’intérieur orné de feuille d’or.»Toutefois,elle ne souhaite pas dévoiler le montant.«D’autres objets faisaient également partie de cette vente,comme des veilleuses» ajoute-t-elle. «Ma mère disait toujours que ces coquetiers étaient ses préférés. Pourtant, hier, en relisant d’anciens articles de presse, j’ai découvert qu’elle parlait aussi d’un exemplaire en cristal de Bohême, mais je ne vois pas de quel coquetier il s’agit.»
Ainsi, la collection comprend des coquetiers venus des quatre coins du monde. «Ma mère ne voyageait pas,mais la famille et les amis lui en rap-





CI-DESSUS LUCIENNE VERROTTE A COMMENCÉ SA COLLECTION EN 1971.
SA FILLE, TANIA DELEERSNYDER, CONFIE QUE SA MÈRE AURAIT
BEAUCOUP AIMÉ QU’ELLE SOIT EXPOSÉE DANS UN MUSÉE.
«Ma mère connaissait l’origine et l’histoire de chacun des coquetiers de sa collection. Ces anecdotes sont, hélas, en grande partie perdues.»
portaient en disant:«On a pensé à toi!» Elle a ainsi reçu des coquetiers en argent,en or,en céramique, en émail,en porcelaine de toutes origines,en verre argenté, en ivoire, en bois... Nombre d’entre eux sont de véritables œuvres d’art, peints à la main, décorés de chérubins. Ma mère les appelait ses ‘amourettes’. C’était un véritable fétiche.»
«Elle en a reçu énormément,même des pièces uniques ou faites sur commande comme ce petit éléphant en ivoire du Congo, mais elle a aussi dépensé beaucoup d’argent pour sa collection.Les prix d’achat notés varient entre 20 à 6.300 francs, parfois plus.Il s’agissait toujours d’une seule pièce, jamais d’un ensemble.Nous n’avons jamais comptabilisé la somme totale.»
«Lors du passage à l’euro, elle a continué à convertir les prix pendant un moment, mais vers 2010,elle a arrêté de les noter.Elle a ensuite acheté quelques pièces par-ci par-là, et était très fière de nous les montrer.Avec l’âge, son intérêt et son énergie ont peu à peu diminué.Elle ne conduisait plus et avait besoin d’aide pour se déplacer.»
«Malheureusement, je ne connais pas tous les détails de cette collection», poursuit Tania. «Ma mère connaissait l’origine et l’histoire de chacun des coquetiers de sa collection. Elle m’en parlait parfois, mais, à l’époque, je ne l’écoutais pas vraiment. Ces anecdotes sont, hélas, en grande partie perdues.»
«Après sa disparition,en 2020,j’ai pris la relève de la collection.J’ai emballé chaque coquetier un par un, avec soin, pendant des semaines, seule, dans le silence et le froid de la maison de mes parents.J’ai versé des larmes en me disant que jamais plus je ne les reverrais tous ensemble.»
La collection de coquetiers a été entreposée en lieu sûr, mais Tania a quand même emporté quelques boîtes chez elle. Au début, elle avait l’intention d’en faire un inventaire complet en
examinant chaque pièce pour repérer son numéro de référence et la retrouver dans son carnet. «Si une étiquette était tombée, j’attribuais un nouveau numéro au coquetier, bien souvent sans en connaître l’histoire. Je nettoyais et photographiais chaque pièce.C’était un travail énorme et j’ai arrêté après un millier de pièces -aussi parce que je suis tombée malade.»
«Ma mère avait d’autres collections: plusieurs centaines de cruches à lait,plus de 50 poupées en porcelaine pour la plupart, des miniatures de flacons de parfum,des milliers de médailles de saints chrétiens et plus de mille statuettes d’angelots. Pourquoi cette passion? Je pense que c’était un hobby: elle a eu six enfants et ne travaillait plus dans l’entreprise familiale.Cette envie de collectionner était à mon avis motivée par la recherche de pièces uniques et la joie de les posséder.Ce n’était pas juste de la convoitise: elle a aussi donné ou échangé des coquetiers qu’elle ne possédait qu’à un seul exemplaire.En effet,le contact avec les autres collectionneurs était au moins aussi important que l’objet. C’est ainsi que sa collection a pris forme,à une époque où internet n’existait pas.Elle a partagé cette passion pour les coquetiers avec une artiste peintre, entre autres.»
«Estimer la valeur de cette collection est difficile. En réalité, il faudrait consulter un antiquaire ou un commissaire-priseur, et procéder à une évaluation pièce par pièce. Ma mère aurait souhaité s’occuper de la vente de sa collection pour savoir où elle allait et être certaine d’obtenir le juste prix. Plusieurs candidats acheteurs sont venus,même de Chine,si mes souvenirs sont bons. Il y a eu aussi des négociations avec Christie’s,mais elle préférait que sa collection ne soit pas dispersée aux quatre vents.»
«Nous n’avons pas assez de place pour exposer toute la collection et mes enfants ne s’y intéressent pas»,conclut-elle.«Ce serait dommage qu’elle reste dans des boîtes. Le mieux serait qu’elle soit exposée dans un musée.Mais avant ça,j’aimerais pouvoir la numériser pour en garder la trace visuelle.» (Elle sourit.) ◆
















Des chefs jouent à la kitchen roulette et c’est vous qui raflez la mise.
Dans notre rubrique Kitchen Roulette, un chef dévoile quatre recettes avant de passer le relais au chef suivant, ce qui donne lieu à un menu surprenant et varié.Cette semaine,Karen Shu est aux commandes pour la seconde fois.Après avoir fait ses armes dans des cuisines de restaurant et en tant que cheffe privée, la Philippo-Américaine a choisi de s’installer à Anvers par amour. Dans son restaurant And/Or, elle démontre à quel point la cuisine végétalienne peut être gourmande.En témoignage sa délicate et originale salade de chou-fleur.
«Un bon plat repose sur l’équilibre: le sucré, le salé, l’acide et le jeu entre textures tendres et plus croquantes. C’est ce que j’ai cherché à créer ici. En tranchant le chou-fleur en fines lamelles, il conserve sa fraîcheur et son croquant. Les câpres ajoutent une touche de croustillant: j’aime particulièrement les aliments frits, même si ce n’est pas la cuisine que nous proposons chez And/Or. Une câpre frite, c’est original et super addictif. Je dois parfois me retenir d’en manger un bol entier.»
INGRÉDIENTS (4 personnes)
Pour les raisins secs et la vinaigrette
◆ 150 g de raisins secs dorés
◆ 375 ml de vinaigre de vin blanc
◆ 2 gousses d’ail
◆ 1 cuillère à café de sel
◆ 1 cuillère à soupe de moutarde de Dijon
◆ 60 ml d’huile d’olive
◆ 75 g d’olives grossièrement hachées
◆ 2 cuillères à soupe de jus de citron vert
◆ 2 cuillères à soupe de mayonnaise végétalienne (faite maison à base d’aquafaba de pois chiches, ou achetée dans le commerce)
Pour les câpres croustillantes
◆ 85 g de câpres, égouttées
◆ 500 ml d’huile de tournesol (pour la friture)
Pour la salade
◆ 1 chou-fleur (ou un mélange de couleurs: violet,orange,romanesco vert) en bouquets et tranché très finement à la mandoline
◆ 3 feuilles de sucrine ou little gem, lavées et séchées
◆ 1 cuillère à soupe de persil émincé
◆ 1 cuillère à soupe de menthe émincée
◆ 125 ml de vinaigrette
◆ 6 à 8 raisins secs réhydratés
◆ 8 à 12 câpres croustillantes
◆ Zeste de citron (pour la finition)
PRÉPARATION
La vinaigrette
◆ Chauffez le vinaigre jusqu’à atteindre presque le point d’ébullition.
REPORTAGE: JAN SCHEIDTWEILER
RECETTE: KAREN SHU
PHOTOGRAPHIE ET STYLISME: EVA BEEUSAERT
◆ Retirez du feu et faites-y infuser les raisins secs pendant au moins 30 minutes.

«Un
repose
l’équilibre: le sucré, le salé, l’acide et le jeu entre textures tendres et plus croquantes.»

◆ Filtrez le vinaigre et réservez 60 ml. Mélangez-le avec la moutarde,la mayonnaise végétalienne,l’huile d’olive et le jus de citron vert.
◆ Incorporez les olives et le sel,râpez les gousses d’ail par-dessus et mélangez.
Câpres croustillantes
◆ Rincez les câpres à l’eau froide trois fois de suite.
◆ Séchez-les soigneusement: plus elles seront sèches, plus elles seront croquantes et moins elles risqueront d’éclater à la friture.
◆ Chauffez l’huile et faites frire les câpres jusqu’à ce qu’elles soient bien dorées.
◆ Retirez-les à l’aide d’une écumoire et faites-les égoutter sur du papier absorbant.
◆ Séchez-les à nouveau et réservez-les jusqu’au moment du dressage.Vous pouvez réutiliser l’huile 3 à 4 fois.
Salade
◆ Dans un grand saladier, mélangez le chou-fleur tranché avec une partie des herbes aromatiques et des raisins secs.
◆ Arrosez de vinaigrette et mélangez bien.
FINITION
◆ Disposez 2 à 3 feuilles de salade sur chaque assiette.
◆ Déposez une portion de salade de chou-fleur sur le dessus.
◆ Couvrez avec une feuille de salade et encore une cuillerée de
CI-CONTRE POUR QUE LES CÂPRES
SOIENT BIEN FRITES, IL EST ESSENTIEL DE LES RINCER ABONDAMMENT ET, SURTOUT, DE LES SÉCHER AVEC SOIN.
salade de chou-fleur.
◆ Terminez en garnissant avec le reste des herbes aromatiques,les câpres croustillantes,les raisins secs réhydratés et le zeste de citron.
Suggestion de vin
◆ André Bonhomme, Viré-Clessé, vieilles vignes, 2023, France.
Bien que l’appellation Viré-Clessé, sud de la Bourgogne,soit moins connue,ce domaine prouve qu’avec du chardonnay de vieilles vignes de 70 ans minimum et un élevage doux en fûts de chêne usagés,on peut obtenir un vin délicieux.Juteux et concentré, il reflète la richesse typique des grands vins bourguignons.À l’instar du plat, c’est un vin qui a tout pour plaire. ◆ 24,90 EUROS. WWW.PORTOVINO.BE
LA SEMAINE PROCHAINE, KAREN SHU PRÉPARERA DES AUBERGINES RÔTIES AU TAHINI, AMANDES ET CHILI.

REPORTAGE: JAN SCHEIDTWEILER
Jan Scheidtweiler s’attable dans une ferme à Rixensart, où le chef Georges Athanassopoulos allie durabilité et créativité.

Màloma était une super adresse: ce bistrot de Schaerbeek avait ses habitués et, malgré sa cuisine minuscule, s’était fait une place méritée dans les guides culinaires. Le chef, Georges Athanassopoulos, avait réussi à allier avec aisance durabilité et créativité.
Le début de l’année 2024 signe la fin de l’aventure:le bistrot ferme ses portes etAthanassopoulos se met à la recherche d’un nouveau projet. Un an plus tard, il le trouve à Rixensart, faisant ainsi la joie des fins palais.
Le nouveau Màloma a donc ouvert ses portes dans une ferme carrée entourée de 30 hectares de terres agricoles.En empruntant le chemin qui mène à la ferme, on découvre le jardin potager.
Le nom du restaurant fait référence à la fermentation malolactique qui permet au chef de conserver les produits en leur apportant profondeur et saveur. Une démarche qui se goûte dans un verre de kéfir comme dans des coquilles SaintJacques aux kojis, un champignon japonais.
Chez Màloma, comme dans de plus en plus de restaurants gastronomiques, on ne choisit pas son repas à la carte. Les convives, installés dans la salle située dans une aile de la ferme rénovée avec style,dégustent un menu 7 services (95 euros). Le chef propose d’ouvrir les appé-
tits par une série de mises en bouche généreuses, dont un beignet de tarama coiffé de caviar. En plus de jouer sur les produits de luxe, les assiettes sont tellement soignées qu’on a envie de les poster sur Instagram. Le bistrot de Schaerbeek est désormais un lointain souvenir et la quête de reconnaissance par le Michelin semble désormais le principal objectif du chef.
Pourtant,le menu peine à convaincre en raison de son manque d’homogénéité: aussi bien l’huître que le crabe de la mer du Nord sont éclipsés par leurs garnitures. Et la coquille SaintJacques, bien que joliment présentée dans une coque croquante, n’apporte pas de réelle valeur ajoutée. Le chef semble aussi vouloir en faire un peu trop, comme un bon beurre inutilement assaisonné au zaatar.
Fort heureusement, des moments gourmands révèlent tout le talent de Georges Athanassopoulos: la betterave déclinée sous différentes textures est un régal,comme l’assiette de pigeon accompagné de topinambour et d’ail des ours. Le nouveau Màloma affiche ses ambitions, mais le chef doit encore affiner sa ligne directrice.
SABATO.
OÙ?
MÀLOMA
CHEMIN DE LA CARRIÈRE 5 1331 RIXENSART
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ON Y RETOURNE?
IL Y A DE L’AMBITION ET DU TALENT, MÊME SI L’AMBIANCE DE L’ANCIEN MÀLOMA M’A MANQUÉ. CELA NE M’EMPÊCHERA PAS DE REVENIR, CAR JE SUIS CURIEUX DE VOIR COMMENT LES CHOSES VONT ÉVOLUER.









VENTES À COLOGNE ET À BERLIN





15 mai Bijoux et Montres précieuses 16 mai Arts Décoratifs 17 mai Tableaux Anciens et du 19e siècle
30 mai Photographie 30/31 mai Art Moderne et Art Contemporain 13 juin Art Asiatique 21 juin Vente de Berlin
EXPOSITION À BRUXELLES: 26–29 avril



MARC CHAGALL L’Oiseau bleu. 1952. Tempera, gouache et pinceau à encre sur carton aquarelle. 58,5 x 38,7 cm
Signé et daté ‚Marc Chagall 1952‘. Vente le 30 mai à Cologne. Estimation € 350.000–400.000


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Matthieu Beudaert, historien de l’art et chef du restaurant Table d’Amis, revisite l’actualité artistique en cuisine. Cette semaine: The Brooch (Eva Mudocci) d’Edvard Munch à Londres.


REPORTAGE:
THIJS DEMEULEMEESTER
PHOTO:
PIET DE KERSGIETER

«L’exposition consacrée aux portraits d’Edvard Munch à la National Portrait Gallery de Londres baigne dans une atmosphère d’Éros et deThanatos»,relève Matthieu Beudaert.«Il a réalisé des portraits saisissants de ses amis,de sa famille,de ses mécènes et même de son médecin.En effet,son portrait du mécène d’art suédois controversé Ernest Thiel a surpris le grand public, comme le portrait brut et peu flatteur de son médecin Daniel Jacobson. Comme souvent, ce portrait de la violoniste britannique Eva Mudocci -qui était la muse de Munch et de Matisse en même temps- reflète la mélancolie et l’angoisse existentielle caractéristiques de l’œuvre de l’inclassable Norvégien.»
«La chevelure luxuriante du modèle m’a immédiatement fait penser à des aubergines grillées sur charbon de bois,un mode de cuisson qui fait ressortir son caractère umami -par contre,si on les fait cuire à la vapeur,c’est son côté fruité qui se révélera.Les aubergines étant toxiques crues,il est impératif de les cuire.»
«EDVARD MUNCH PORTRAITS», JUSQU’AU 15 JUIN À LA NATIONAL PORTRAIT GALLERY DE LONDRES. WWW.NPG.ORG.UK


























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CI-CONTRE UN ROBOT A ÉTÉ MIS
UTILITÉ
Quoi de plus culpabilisant que de laisser son chien ou son chat tout seul à la maison pendant des heures? Certes, on peut faire appel à un promeneur de chien ou à un(e) dogsitter afin d’égayer ses journées et éviter qu’il s’ennuie, sauf que c’est plus facile à dire qu’à faire. Et c’est là qu’intervient Enabot, une entreprise de mini robots faits pour divertir les animaux et les filmer.
INNOVATION
Le Rola PetPal,le robot pour animaux domestiques imaginé par Enabot, n’est pas le fruit de la très haute technologie. Il ressemble à un aspirateur, sauf qu’à la place du sac, il y a un distributeur de friandises pour gâter son compagnon à quatre pattes à distance.
La taille des roues arrière permet au PetPal de ne pas rester bloqué sur le tapis. La caméra, qui fournit des images en 2.5K, est moins puissante que celle d’un smartphone, mais elle fait parfaitement le job:capturer l’adorable museau de Lassie.
L’application dispose d’une manette virtuelle qui donne la possibilité de piloter le robot, qui se connecte au réseau Wi-Fi de la maison. Si on souhaite communiquer à distance, on peut le faire via le haut-parleur et le micro dont est équipé le robot.
Ce dernier est également doté d’une caméra pour photographier ou filmer Mistigri, images que le logiciel Enabot compile automatiquement à la fin de la journée pour en faire un album. Il est possible de souscrire à un abonnement (6 euros par mois) pour les enregistrer dans le cloud d’Enabot.
La version de base du Enabot Rola PetPal revient à 184 euros. Avec les jouets interactifs, le prix grimpe à 214 euros. L’offre tout-en-un (robot, jouets et compartiment à snacks) est disponible pour 249 euros.

Un gadget peut s’avérer indispensable pour alléger le poids de l’existence. Cette semaine: le Rola PetPal. Ou pourquoi on (n’)a (pas) besoin d’un robot pour distraire ses animaux de compagnie.
REPORTAGE : FREEK EVERS
ILLUSTRATION : STUDIO PONG

COLLABORATEURS: ELINE BROECKX, IRIS DE FEIJTER, THIJS DEMEULEMEESTER, ELS DE PAUW, FREEK EVERS, JEAN-PIERRE GABRIEL, LAURA KEERSMAEKERS, LISA LAPAUW, JAN SCHEIDTWEILER, KAREN SHU, BERT VOET PHOTOGRAPHIE: EVA BEEUSAERT, PIET DE KERSGIETER, ALEXANDER D’HIET, DIEGO FRANSSENS, WOUTER MAECKELBERGHE, LAURE VAN HIJFTE COUVERTURE: DIEGO FRANSSENS ILLUSTRATIONS : ANTON GUDIM, STUDIO PONG JOURNALISTE DIGITAL: ELINE BROECKX CHEF DIGITAL: DRIES CEUPPENS TRADUCTION: EMILIE EMILIE VAN DE POEL REWRITING: NATACHA BOULVAIN RÉDACTION FINALE: AURÉLIE KOCH RÉDACTION PHOTO & COORDINATION: NATHALIE WARNY MISE EN PAGE: CHRISTINE DUBOIS ART DIRECTOR: PHILIP VAN BASTELAERE RÉDACTRICE EN CHEF ADJOINTE: ELS MAES RÉDACTRICE EN CHEF: AN BOGAERTS CREATIVE DIRECTOR: GERDA ACKAERT ABONNEMENTS: TÉL. 0800/55.150, ABONNEMENT@LECHO.BE ANNONCEURS: TRUSTMEDIA, AVENUE DU PORT 86C, BTE 309, 1000 BRUXELLES, TÉL. 02/422.05.11 SABATO@TRUSTMEDIA.BE ÉDITEUR RESPONSABLE: PETER QUAGHEBEUR SABATO EST IMPRIMÉ CHEZ ROULARTA PRINTING.





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