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SABATO 03 05 25 FR

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L’ÉCRIVAINE

CHIMAMANDA NGOZI ADICHIE S’EXPRIME AU SUJET DU DEUIL, DE LA MATERNITÉ ET DE SON DERNIER ROMAN

VICTOR,

VANHOUTTEGHEM,

FRANSSEN,

GEORGE

L’ORO, LOUVAIN-LA-NEUVE

DONCEEL, ANVERS
CHARLEROI
GAND
HASSELT
COLMAN, KNOKKE-HEIST
DETROZ, LIEGE
JUWELIERS, LOUVAIN
LAURENT, MONS
STIEVENART, MONS
DINH VAN BRUXELLES
• 6, PLACE DU GRAND SABLON • WOLUWE SHOPPING CENTER
LANGOHR, NAMUR
L’OR DU TEMPS, SPA
DELRUE 1904, TOURNAI
CASTEUR, WAREGEM
TOLLET, WATERLOO

Si vous ne reconnaissez pas la femme qui figure sur la couverture, ce n’est pas étonnant: Chimamanda Ngozi Adichie porte un nom facile à retenir. Cette Nigériane de 47 ans qui vit en partie aux États-Unis n’est ni une star d’Hollywood ni une influenceuse lifestyle: elle est une écrivaine de talent. Ses trois premiers romans ont été des best-sellers encensés par la critique et le dernier, «L’inventaire des rêves», qui vient de sortir, semble promis au même succès. Il n’empêche qu’Adichie n’est pas si éloignée des paillettes et du glamour: Beyoncé a repris des extraits de son TED Talk «We should all be feminists» dans sa chanson «Flawless».Et lundi prochain, elle sera co-hôte du prestigieux Met Gala à New York,un événement scruté à la loupe par le monde de la mode internationale. Pour l’occasion, on lui a attribué un créateur et des stylistes pour élaborer sa tenue de gala.Et quelle est la principale exigence de l’écrivaine? «Je dois pouvoir porter cette tenue avec

P.18

LONG ENTRETIEN AVEC

CHIMAMANDA NGOZI ADICHIE SUR LE DEUIL, LE POISON TIKTOK ET LA MATERNITÉ

P.06

MON SABATO TOUTE UNE JOURNÉE AU RYTHME DE EEFJE DE VISSER

P.40

LA MAISON CARTIER EXPOSE SES MERVEILLES À LONDRES DANS UN DÉCOR DE NUAGES VAPOREUX

P.30

IDÉES CADEAU

LE 11 MAI, LES YEUX DES MÈRES VONT BRILLER COMME JAMAIS

des sous-vêtements décents.»

Adichie ne mâche pas ses mots.Et elle a des opinions tranchées -sur Trump, la liberté d’expression et les médias sociaux.Lors de l’entretien publié dans ce numéro de Sabato, elle revient sur une période particulière de sa vie, quand elle a perdu en peu de temps et sa mère et son père, mais aussi quand elle est devenue mère une deuxième fois, de jumeaux. À l’approche de la fête des Mères, elle se fait la championne de ce qu’elle appelle les «valeurs traditionnelles», comme la gratitude. Croyez-en celle qui a récemment perdu sa belle-mère: la gratitude est une condition essentielle du bonheur, mais s’il n’est pas possible de faire tous les jours appel à cette valeur, il n’y a pas de honte à cela.

AN BOGAERTS

RÉDACTRICE EN CHEF

P.48

VISITE PRIVÉE D’UN APPARTEMENT À ROME RÉNOVÉ AVEC LA PALETTE DE LE CORBUSIER

P.56

LA RECETTE DU SAMEDI PLEUROTE ERYNGII, PANAIS ET SAUCE AUX CHAMPIGNONS

P.65

GO GO GADGET UN AIRFRYER À EMPORTER, EST-CE UNE BONNE IDÉE?

Le samedi de la chanteuse néerlandaise Eefje de Visser: café avec un livre pour enfants sur fond de musique osée, table couverte de bougies et de fleurs et rave nocturne à domicile.

Reportage: Eline Broeckx Photo: Alexander D’Hiet

MON SABATO

EEFJE DE VISSER

«J’attends l’été avec impatience»,confie Eefje deVisser (39 ans), qui, cette année, a terminé plus tôt sa tournée «Heimwee» -donnée à guichets fermés. Elle a aussi remporté un prix aux Music Industry Award, dans la catégorie «Alternative». En mai, la chanteuse néerlandaise partira en tournée en Allemagne et en Suisse et,le 13 juin,elle ouvrira la saison des festivals en tête d’affiche du festival Best Kept Secret aux Pays-Bas. «Je saisis toutes les occasions pour développer ma carrière, mais depuis que Pieterjan (Coppejans, producteur de musique NDLR) et moi sommes les parents de Pablo (3 ans), j’essaie de libérer autant que possible mes week-ends.Voici donc le samedi d’une famille très citadine à Gand.» (rire)

8H00 «Pablo est réveillé, donc je le suis aussi. Depuis sa naissance, j’ai oublié ce qu’est une grasse matinée. En soi, j’aime me lever tôt, sauf quand je suis en tournée et que je me couche bien après minuit.»

8H30 «Mon smartphone est loin de moi pendant que je bois mon café et que Pablo prend son petit-déjeuner. Pendant que je lui lis un livre,on entend en fond sonore une chanson de la poétesse néerlandaise Annie M.G. Schmidt. (Elle chante) Les paroles sont plutôt osées pour des oreilles enfantines...»

11H00 «Pieterjan s’est réveillé: nous allons à la piscine de Rozebroeken.Nous sommes ensemble depuis mes 27 ans.Lui

CHANTEUSE ET AUTRICECOMPOSITRICE NÉERLANDAISE. BIENTÔT EN TOURNÉE EN ALLEMAGNE ET EN SUISSE. TÊTE D’AFFICHE DU FESTIVAL

BEST KEPT SECRET AUX PAYS-BAS CET ÉTÉ. VIT À GAND.

était déjà bien installé à Gand; moi, je déménageais tout le temps. Ses amis vivent ici; les miens vivent un peu partout. Il se la joue cosmopolite, mais il est un peu chauvin en fait. Donc, je me suis dit: si je veux que notre relation dure, je dois emménager à Gand.Et voilà:c’est ce que j’ai fait, en 2016.»

13H00 «C’est l’heure du déjeuner.Nous allons en ville,au Lousbergmarkt,un marché bio où se trouvent plusieurs étals où l’on vend du pain,de la viande et du fromage: tout ce que je ne trouve pas chezAlbert Heijn,je l’achète là.J’ai été végétarienne pendant un certain temps,mais pendant ma grossesse,j’ai ressenti un énorme besoin de viande. En achetant uniquement de la viande de qualité et en évitant les produits de l’élevage industriel, j’essaie de limiter mon impact.»

15H00 «Nous allons aux Gentbrugse Meersen avec nos amis musiciens. Pendant que les enfants s’amusent dans la plaine de jeux, nous discutons de nos vies bien remplies,du travail,de la musique et des relations entre les uns et les autres. C’est tellement agréable d’être dehors.»

17H00 «Nous restons un moment à l’Edelrot. Les tapas sont excellentes et le bon vin qu’on y sert ne donne pas mal à la tête.»

18H30 «Pour la cuisine de qualité, le chouette décor et le service super sympa,nous allons parfois au restaurant d’inspiration japonaise

CI-DESSUS LES DISCOTHÈQUES, C’EST

DU PASSÉ: EEFJE DE VISSER PRÉFÈRE

DANSER CHEZ ELLE AVEC SES AMIS

MUSICIENS ET BEAUCOUP DE BONS

SONS.

Astro Boy,mais,pas ce soir:nos amis viennent dîner à la maison. Recevoir la famille et les amis, c’est ce que Pieterjan et moi aimons le plus. Je complète son délicieux repas avec une salade fraîche et je décore la table avec des fleurs, des verres et de jolies assiettes et plein de bougies -quelle belle invention!- pour en faire un chaos coloré.Vous les Belges, vous m’avez appris les plaisirs de la table. Ce rituel de bons vivants est comme un lubrifiant social: il facilite les contacts. Et voilà pourquoi je suis beaucoup moins timide qu’avant.»

23H00 «Sortir dans des discothèques bondées est un truc que je ne fais plus,mais nous aimons faire la fête à la maison,dans notre home studio.Au fur et à mesure,la soirée se transforme en dance party.J’adore danser,surtout avec des amis qui se donnent à fond sur la piste -je pense à Sylvie Kreusch, Linde Carrijn (de BrikTu-Tok NDLR) et BramVanparys (deThe Bony King Of Nowhere NDLR).»

5H00 «Quand tous les styles de musique ont été écoutés et dansés,du plaisir au plaisir coupable,on va se coucher.Ce soir est une de ces rares fois où nous veillons si tard,mais on devrait le faire plus souvent.Avant de me glisser dans mon lit,je me brosse bien les dents.Un petit coup d’œil sur mon smartphone,pas pour «doomscroller» -j’avoue que quand je suis stressée, je le prends plus souvent et je me laisse facilement distraire.C’est interpellant, non? Comme je me sens bien ces derniers temps, je ne l’utilise que pour répondre aux messages.Mon style de détente préférée? Regarder des conférences sur YouTube et des vidéos de danse sur Instagram. J’y trouve des sources d’inspiration et je fais des moodboards. Ou alors, je passe en revue mes chansons et leurs brouillons. Mais ce que je préfère, c’est faire de la musique.» ◆

Vous, les Belges: «M’AVEZ APPRIS LES PLAISIRS DE LA TABLE. CE RITUEL DE BONS VIVANTS EST COMME UN LUBRIFIANT SOCIAL: IL FACILITE LES CONTACTS.»

TROIS BONS PLANS

1. ANKARA

«JE VIENS ICI AVEC PLAISIR POUR DÎNER AVEC DES AMIS. JE RECOMMANDE TOUJOURS CE RESTAURANT À CEUX QUI VIENNENT À GAND.» WWW.GOLDENGAI.BE

2. MINOR SWING

«UN CHOUETTE PETIT BAR JAZZ À L’AMBIANCE CHALEUREUSE.» OTTOGRACHT 56 À GAND, @SLIJTERIJ_ MINOR_SWING

3. FERRI

«POUR SES DÉLICIEUX PLATS DE POISSON ET VÉGÉTARIENS. ICI, ON NE SERT QUE CE QUI EST DE SAISON.» OTTOGRACHT 48 À GAND, FERRI.GENT

Çà & Là

Qui s’y frotte, s’y pique: le travail de l’artiste Joana Schneider cache bien son jeu ◆ Prémaman: soins cosmétiques sans composants nocifs pour les futures mères ◆ La folie Morris: exposition hommage à Londres ◆ Le come-back du shopping à l’ancienne: trois nouvelles boutiques ouvrent leurs portes.

TO VISIT

PASTEL POWER

Une poupée grandeur nature.Des chaussures roses. Des papillons et des fleurs en veux-tu,en voilà:les installations de Joana Schneider, une artiste allemande qui vit et travaille aux Pays-Bas, semblent promettre un monde de rêve aux couleurs pastel, aux formes douces et aux sculptures pleines de grâce féminine.

Mais,en y regardant de plus près,on découvre qu’il s’agit plutôt d’un regard lucide sur notre société. Le nom qu’elle a donné à son exposition, «If you know who she is, it’s time for botox» (si vous la

reconnaissez, il est temps de penser au botox), est révélateur de son humour grinçant.

Son travail de tissage est réalisé avec des fils de pêche recyclés, dissimulés sous une fine couche pastel. Il y a une poupée inspirée des Polly Pockets avec lesquels elle jouait dans les années 1990:de minuscules femmes en plastique véhiculant un idéal de beauté irréaliste et un mode de vie centré sur les jolies tenues. Elle qualifie son art textile inventif d’«artisanat émancipé».(EM)

«OTHERWORLDLY», JOANA SCHNEIDER, JUSQU’AU 31 AOÛT AU GRONINGER MUSEUM, PAYS-BAS. WWW.GRONINGERMUSEUM.NL

SUIVEZ MON REGARD

KAROLIN VAN LOON CÉLÈBRE LES DIX ANS DE SA COLLECTION DE BIJOUX ET LES 5 ANS DE SA MARQUE DE COSMÉTIQUES. LA NOUVEAUTÉ: DES OMBRES À PAUPIÈRES DÉCLINÉES DANS DEUX PALETTES DE QUATRE TEINTES ET UN ILLUMINATEUR. COMME TOUJOURS, LES COULEURS SONT ORIGINALES, CAR INSPIRÉES DES AGATES DE SA COLLECTION DE BIJOUX. (EM).

«LES HORIZONS DE LA MER», 57 EUROS.

WWW.KAROLINVANLOON.COM

GUESS WHO

Ninalotte Roos-actrice, mannequin et coach santé- a un mode de vie ultra healthy qui inspire ses nombreux followers sur Instagram, où elle présente des assiettes ayurvédiques parfaites, des séances de yoga et de Pilates, beaucoup de selfcare et de méditation. La marque italienne Guess l’a choisie comme ambassadrice de sa nouvelle ligne écoresponsable, qui propose des vêtements en fils recyclés, coton biologique à faible consommation d’eau et chanvre. (EM)

WWW.SUSTAINABILITY.GUESS.COM

MAMANS

Talm, soit l’acronyme de «to all the mothers» (à toutes les mères NDLR),est le nom du projet de la jeune entrepreneuse Kenza Keller.Après avoir fait carrière dans le monde des cosmétiques de luxe,la Française, alors enceinte, réalise à quel point il est difficile de trouver des produits de soins spécifiques à la grossesse et à l’allaitement. En effet, de nombreux ingrédients qui entrent dans la composition de la majorité de ces produits,tels que les rétinoïdes (vitamineA) et l’acide salicylique,sont déconseillés. «Quand j’étais enceinte de ma première fille, je me posais des milliers de questions»,se souvient Kenza. «Et je sentais que ma peau avait besoin de soins adaptés. Mon objectif en créant Talm est de proposer les produits qui m’ont manqué pendant ma grossesse -sûrs, efficaces, agréables et respectueux de la nature.» Bon à savoir:cette marque est aussi recommandée pour les peaux très sensibles. (EM)

EN VENTE CHEZ SENTEURS D’AILLEURS, PLACE STÉPHANIE 1A À BRUXELLES. WWW.TALM.CO

TO VISIT MULTI MORRIS

Des bottes en caoutchouc, une radio, un vélo, un caddie, une paire de Dr.Martens et une statuette de chat porte-bonheur avec une patte levée:cet inventaire à la Prévert n’est qu’un aperçu de la centaine d’objets rassemblés par la William Morris Gallery à Londres suite à un appel au public pour retrouver des objets du quotidien décorés des motifs botaniques deWilliam Morris. Le résultat est impressionnant.Il aurait réchauffé le cœur du célèbre designer-écrivain-éditeur qui s’était donné pour mission de ramener la beauté dans le quotidien.

Figure de proue du mouvementArts and Crafts à la fin du XIXe siècle,Morris voulait abolir la hiérarchie entre Beaux-Arts etArts appliqués. Pour lui, l’art n’était pas réservé à l’élite: un rideau ou une chaise devait être réalisé avec autant de soin qu’un tableau ou une sculpture.Sa devise était «N’ayez rien dans votre maison que vous ne sachiez utile ou que vous ne jugiez beau.» Il rêvait d’une revalorisation du savoir-faire et de l’artisanat,à une époque où l’industrialisation marquait les débuts de la production

et de la consommation de masse.

Cette exposition ne se contente pas de présenter de magnifiques objets: elle invite aussi à la réflexion au sujet des idées utopiques de Morris,irréalisables à son époque et qui,aujourd’hui encore, soulèvent des questions cruciales.Peut-on toucher un large public avec une production artisanale et durable? Quels compromis est-on prêt à faire pour que nos créations s’adressent à la grande majorité?

On ne peut s’empêcher de se demander ce queWilliam Morris aurait pensé des baskets Nike à imprimé fleuri exposées dans sa galerie.

«MORRIS MANIA», JUSQU’AU 21 SEPTEMBRE À LA WILLIAM MORRIS GALLERY, LONDRES. WWW.WMGALLERY.ORG.UK

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TO WEAR

HEURES D’OUVERTURE

Et si on finissait par en avoir marre de partir à la chasse aux colis égarés et aux livreurs introuvables? Aurions-nous oublié à quel point faire du shopping IRL peut être un moment de plaisir? Pouvoir toucher les articles, les comparer entre eux, hésiter, peser le pour et le contre? Et recevoir des conseils d’une vraie personne et non d’un chat en ligne? Ces trois belles marques de mode illustrent à quel point l’expérience de la boutique est loin d’être has been en proposant un nouvel espace très accueillant.

Après des pop-up couronnées de succès de Séoul à New York, la marque culte néerlandaise Extreme Cashmere ouvre sa première boutique à Amsterdam, une adresse épurée et singulière comme ses collections. Nathalie Vleeschouwer a installé sa boutique gantoise dans un magnifique bâtiment historique,où elle occupe un bel espace de 500 m². Morobé affiche ses ambitions internationales avec une nouvelle boutique à Saint-Tropez, aménagée par l’architecte Glenn Sestig.

01 EXTREME CASHMERE, UTRECHTSESTRAAT 143 À AMSTERDAM. WWW.EXTREMECASHMERE.COM

02 MOROBÉ, RUE GAMBETTA 30 À SAINT-TROPEZ, FRANCE. WWW.MOROBE.COM

03 NATHALIE VLEESCHOUWER, ONDERBERGEN78 À GAND. WWW NATHALIEVLEESCHOUWER.BE

GIN FORESTIER

LANCÉ IL Y A QUATRE ANS, ARDUENNA EST LE PREMIER GIN 100 % BIOLOGIQUE DISTILLÉ DANS LES ARDENNES. AUJOURD’HUI, CE SPIRITUEUX SE DÉCLINE EN VERSION ZÉRO ALCOOL TOUT AUSSI AROMATIQUE QUE L’ORIGINALE QUI ALLIE LA FRAÎCHEUR DU PIN À UNE NOTE SUCRÉE DE MIRABELLE ET DE FLEUR DE SUREAU. ARDUENNA NO ALCOHOL, 32 EUROS. WWW.ARDUENNA-GIN.COM

Après le succès de leur collab pour Fragille, la créatrice de bijoux anversoise Gille Peeters et la TikTokeuse américaineVictoria Paris ont à nouveau décidé de s’associer et de lancer une marque de bijoux,TenFour.Bonne nouvelle,après un premier pop-up à NewYork,c’est désormais àAnvers que la marque compte s’installer.

Les bagues, colliers, bracelets et boucles d’oreille ludiques et sculpturaux en or 18 carats ou en argent sont inspirés d’un collier vintage chiné à Marseille, composé de perles en or dont la structure est le fil rouge de cette collection faite à la main. Des pièces fortes, à la fois intemporelles et faciles à associer.

Le nom de la marque,TenFour, fait référence à la date d’anniversaire commune des jeunes entrepreneuses: elles sont toutes les deux nées un 10 avril,autrement dit,le dix du quatre soit «ten four». C’est également un clin d’œil à l’expression militaire américaine «ten-four», qui signifie «message reçu».Quel message? Des bijoux avec du caractère, de la force et une âme moderne. (LK)

Dans dix ans, fera-t-on encore la distinction entre les meubles d’intérieur et les meubles d’extérieur? En effet, de nombreux amateurs de design installent les canapés d’extérieur à l’intérieur, par exemple près d’une grande fenêtre, là où il y a beaucoup de lumière.Cette tendance n’a pas échappé à l’Italien Edra qui présente du mobilier de jardin qui peut aussi être à l’intérieur.

Au cours de l’année écoulée, l’entreprise a investi dans la recherche de nouveaux tissus qui puissent être aussi beaux dehors que dedans. Résultat: la collection «Every Stone»,des canapés recouverts d’un tissu à la structure en 3D déclinée en neuf coloris brillants qui font penser à la complexité des minéraux et à l’éclat des pierres précieuses.Quand les rayons du soleil ou la lumière douce d’une lampe design éclairent ces canapés, ils brillent comme des bijoux. (AB)

À PARTIR DE 150 EUROS. LES DATES ET L’ADRESSE DU POP-UP SERONT BIENTÔT ANNONCÉES SUR LE SITE ET LES RÉSEAUX SOCIAUX DE LA MARQUE. WWW.TENFOURJEWELRY.COM

Paroles

Long entretien avec Chimamanda Ngozi Adichie: l’écrivaine à succès parle du deuil, de Trump, des médias sociaux, de la maternité et de son nouveau roman, «L’inventaire des rêves».

«Je

crains d’avoir été moins indulgente avec

ma mère qu’avec mon père.»

REPORTAGE: JESSAMY CALKIN

Derrière une apparente sérénité, CHIMAMANDA NGOZI

ADICHIE est hantée par de nombreuses inquiétudes. Dans sa maison du Maryland, aux États-Unis, entourée de ses jeunes jumeaux, L’ÉCRIVAINE NIGÉRIANE à succès parle de son retour à la fiction avec «L’inventaire des rêves», de cuisine nigériane, et de sa présence en tant que co-hôte au Met Gala qui se déroulera à New York le 5 mai prochain. Mais aussi de Trump, du chaos politique américain et de la toxicité des réseaux sociaux. «Toute personne dotée d’un minimum de bon sens sait que ça va mal finir. Les médias sociaux ont privé les jeunes de la capacité de voir les gens comme des êtres complexes. Aujourd’hui, tout est devenu binaire.

L«’

écrivaine en moi est curieuse de voir comment tout ça va finir», confie Chimamanda Ngozi Adichie (47 ans). Nous sommes dans sa maison du Maryland.Elle porte ce qui ressemble à un pyjama en soie coloré, pendant que nous partageons une tablette de chocolat. Inévitablement, la conversation dévie vers la politique américaine. Dans la pièce voisine, son frère Okey,venu de Lagos pour quelques jours,veille sur ses jumeaux de dix mois qui s’amusent à ramper dans un espace de jeu improvisé fait de coussins et de chaises.Sa meilleure amie est venue du New Jersey pour lui rendre visite. L’ambiance dans la maison baignée de lumière est joyeuse.

On parle de Trump. «Le mot «incroyable» est utilisé à tort et à travers», affirme-t-elle. «Mais, s’il y a bien un moment où ce mot est vraiment justifié, c’est aujourd’hui. Chaque matin, quand je lis la presse, un sentiment d’incrédulité flotte dans l’air. Ce n’est pas seulement son come-back politique,mais la manière dont cela se passe.Cette imprudence totale est déroutante et effrayante.On ne peut pas dire que l’on aime son pays et être aussi irresponsable. L’amour exige de l’attention.Tout ce discours à la «America First», il n’y a aucun amour là-dedans.»

bureau. Son contrat pour l’année scolaire prochaine ne sera pas renouvelé alors qu’il s’agit d’enfants dont les parents ne peuvent même pas se permettre d’acheter des crayons. J’ai toujours trouvé que la politique nigériane pouvait être absurde, mais ce qui se passe ici est encore pire.»

RETOUR À LA FICTION

Chimamanda NgoziAdichie rayonne de jeunesse comme si elle était restée coincée au milieu de la vingtaine. Elle a grandi à Nsukka, dans le sud-est du Nigeria,avant de s’installer aux États-Unis pour suivre des études universitaires et vivre avec sa sœur, qui travaille comme médecin aux États-Unis.Aujourd’hui,elle partage son temps entre le Maryland et Lagos.Son mari Ivara,qu’elle surnomme IV,est médecin,mais il a pris sa retraite anticipée pour se consacrer à leurs jumeaux. Le couple a aussi une fille de neuf ans.

À GAUCHE «L’INVENTAIRE DES RÊVES» REPRÉSENTE LE COME-BACK DE CHIMAMANDA NGOZI ADICHIE DANS LA FICTION APRÈS ONZE ANS DE SILENCE. SON NOUVEAU ROMAN EST UNE HISTOIRE PASSIONNANTE SUR LES CHOIX QUE NOUS FAISONS ET CEUX QUI SONT FAITS POUR NOUS.

Elle est surprise -non, choquée- de la réaction modérée de l’opposition libérale. «Toute personne ayant ne serait-ce qu’une vague idée de ce qu’est le narcissisme sait que l’allianceTrump/ Musk ne durera pas.Trump offre quelque chose de captivant,un facteur de divertissement. C’est son atout, tant la première fois qu’aujourd’hui. Sauf qu’ici, il s’agit de vies humaines.»

«Ceux qui votent pour lui finiront par en être les victimes. Une de mes amies travaille dans le secteur de la petite enfance. Chaque jour, une nouvelle lettre de démission arrive sur son

«L’inventaire des rêves» signe le retour à la fiction de l’écrivaine après onze ans de silence. Son précédent roman,«Americanah»,s’est écoulé à plus de deux millions d’exemplaires à travers le monde et a été couronné par de nombreux prix. Son premier roman, «L’hibiscus pourpre», est paru en 2003,suivi de «L’autre moitié du soleil»,un roman captivant sur la guerre du Biafra qui a remporté le Women’s Prize for Fiction.

La fiction est son premier amour, mais la Nigériane ne se laisse jamais enfermer dans une case. Elle a remporté la bourse MacArthur,donné deux

«Que se passerait-il s’il y avait des femmes raisonnables à la tête de ces entreprises technologiques? Je pense que les objectifs seraient alors différents. Et si nous réécrivions les algorithmes? Et s’il fallait utiliser son vrai nom sur X?»

TEDTalk devenus cultes («We Should All Be Feminists» et «The Danger of a Single Story»), écrit un livre pour enfants,un recueil de nouvelles et le magnifique «Notes sur le chagrin»,une élégie poignante sur le deuil qui a suivi le décès de son père. Son œuvre a été traduite en 55 langues et samplée par Beyoncé. Elle a aussi donné une conférence pour «The Reith Lectures» sur la BBC.C’est dire sa polyvalence.

Nous nous trouvons dans sa magnifique maison près d’Ellicott City, entourée d’arbres qui confèrent à l’endroit une beauté paisible.À l’intérieur:des hauts plafonds,des œuvres d’art,un piano, des bibliothèques remplies de titres alléchants et un îlot de cuisine débordant de bonnes choses à grignoter.Elle s’apprête à se changer pour la séance photo. «La vanité saine qui sommeille en moi se demande si cette robe m’ira,car je n’ai pas de plan B», lance-t-elle.

Le quartier est accueillant,presque une caricature du rêve américain libéral. «C’est comme une petite bulle idéale:nous sommes les Nigérians,puis il y a un couple d’Américains blancs,un couple de Bengalis musulmans, une famille asiatique et une Afro-Américaine avec son mari blanc. Et tout le monde est d’une gentillesse incroyable.»

GÉNÉRATION RÉSEAUX SOCIAUX

Elle ne veut plus s’attarder sur Trump -il y a déjà eu assez de débats. Nous passons donc à son roman.Mais là aussi,elle préfère ne pas trop s’étendre. «Je n’ai jamais aimé parler de mes livres, et encore moins aujourd’hui. Ce livre me fait sentir vulnérable. C’est presque comme si je faisais mes débuts à nouveau. Ça fait longtemps et le paysage littéraire a changé, le monde de l’édition a changé: tout semble nouveau et ça ne va pas toujours dans le bon sens.Bien sûr,j’ai écrit d’autres choses entre-temps,mais pas de fiction.Ce livre me tient

à cœur. J’espère que les lecteurs y trouveront un écho personnel.»

La traduction française de «L’inventaire des rêves» compte plus de 600 pages, mais il se lit facilement. «Après «Americanah», je m’étais dit que mon prochain livre serait court pour qu’il soit lisible même par la génération réseaux sociaux. Apparemment, je ne suis pas faite pour écrire des livres courts.»

L’intrigue se déroule entre le Nigeria et les États-Unis et tisse les récits de quatre femmes:leurs ambitions et leurs désirs, leurs relations, leur vie sociale et, surtout, les repas qu’elles partagent. Il y a Zikora,brillante avocate dont la mère dominante veut à tout prix la marier; Chiamaka, une rêveuse gâtée,mais irrésistible,qui aspire à devenir écrivaine voyageuse; Omelogor, une banquière qui trouve une manière ingénieuse de redistribuer l’argent de la corruption aux femmes entrepreneures de son village natal («J’ai pris beaucoup de plaisir à développer ce personnage») et, enfin, Kadiatou, une musulmane guinéenne franche et digne, qui travaille pour Chiamaka.

Ce qui rend la fiction de Chimamanda Ngozi Adichie si puissante,c’est sa manière de donner vie à ses personnages. Ils n’existent pas seulement sur le papier: ce sont des êtres de chair et de sang qui vivent dans sa tête depuis des années. Elle parle d’eux comme de ses amis. Zikora est déjà apparue dans l’une de ses nouvelles. «Et je savais que j’écrirais un jour sur Chiamaka. Je la voyais clairement: une femme rêveuse, privilégiée, à qui ses amis diraient affectueusement «Tu es une personne si douce et si gâtée.» Il y a quelque chose de fascinant chez les gens qui refusent de se soumettre aux contraintes pratiques de la vie.»

L’écrivaine a toujours voulu écrire sur le vécu des femmes,sans détour ni euphémismes.«En fiction, je n’aime pas le langage édulcoré. Je veux

écrire sur les accouchements,les mutilations génitales féminines, le trouble dysphorique prémenstruel (PMDD) parce que ces sujets me touchent. Ils sont réels et qu’il faut en tenir compte.»

Ce qui rend ce livre si passionnant, c’est la richesse des détails, la nuance dans les dialogues, les failles des personnages: tout semble vécu et crédible. Elle admet volontiers avoir les oreilles qui traînent. «Quand les gens parlent, j’écoute, mais, surtout, je me demande ce que je peux en tirer. Même quand je n’écrivais pas de fiction, je restais en alerte face au monde qui m’entourait:j’écoutais, j’espionnerais -parfois avec une curiosité déplacée. Aujourd’hui encore,je suis surprise par tout ce que les gens sont prêts à raconter.»

DOMINIQUE STRAUSS-KAHN

Il y a un peu d’elle dans chacune de ces quatre femmes et, inévitablement aussi, des éléments de ses amies. Mais pas que. Un personnage n’a rien avoir avec son expérience personnelle: Kadiatou, qui grandit dans un village en Guinée,connaît un deuil familial profond,subit une excision et émigre finalement en Amérique pour rejoindre Amadou, son époux.

Chimamanda Ngozi Adichie n’est jamais allée en Guinée,mais ses descriptions sont si vives que l’on croirait regarder un film.Elle écrit avec gourmandise sur la nourriture -okra, ndappa, poulet yassa, fouti, latchiri- avec des mots qui donnent l’eau à la bouche. «Vous ne pouvez pas savoir combien d’heures j’ai passées sur YouTube à regarder des femmes guinéennes cuisiner! Mes amies nigérianes étaient sous le choc.Elles me disaient:«Regarde ce qu’elles font! Elles font tout de travers!» Les Nigérianes sont évidemment convaincues que leur cuisine est la seule vraie cuisine.»

Ce qui arrive à Kadiatou est inspiré -mais pas basé sur insiste-t-elle- de l’histoire de Nafissatou

CI-DESSOUS L’ÉCRIVAINE A CINQ FRÈRES ET SŒURS: DEUX VIVENT AU NIGERIA, DEUX EN AMÉRIQUE ET UN EN ANGLETERRE. AUJOURD’HUI DISPERSÉE, LA FRATRIE ÉTAIT TRÈS SOUDÉE GRÂCE À SES PARENTS. «JE NE M’EN SUIS RENDU COMPTE QUE QUAND ILS N’ONT PLUS ÉTÉ LÀ.»

À DROITE LUNDI, ADICHIE SERA COHÔTE AU MET GALA À NEW YORK, DONT LE THÈME EST «SUPERFINE: TAILORING BLACK STYLE», UN ÉVÉNEMENT QUI RÉJOUIT LA FAN DE MODE QU’ELLE EST.

Diallo,la femme de chambre guinéenne qui avait accusé l’ancien patron du FMI,Dominique Strauss-Kahn,d’agression sexuelle.Il avait été arrêté à l’aéroport de NewYork juste avant de s’envoler pour la France. Les accusations ont ensuite été abandonnées, en partie parce que Diallo avait menti au sujet de sa demande d’asile. «Le message est clair», affirme Chimamanda Ngozi Adichie. «Si tu es agressée, tu dois être parfaite: tu ne peux avoir commis aucune erreur.»

Cette affaire l’a hantée. Pourtant, l’histoire de Kadiatou est fondamentalement différente,sauf dans le récit brut et déchirant de l’agression elle-même. «Ce passage, je le considérais comme intouchable.» Je connaissais l’affaire Strauss-Kahn,mais je n’avais pas fait le lien en lisant le livre jusqu’à ce que je lise la préface de Chimamanda Ngozi Adichie. Un passage magnifiquement écrit sur «quelqu’un abandonné par un pays en qui elle avait confiance» et pourtant, cette préface, elle ne voulait pas l’écrire. «Mes éditeurs américains m’y ont presque forcée.Le monde de l’édition est devenu, comment dire… extrêmement prudent -les mauvais jours, je dirais même carrément lâche.Tout tourne autour de la défense préventive. Ils insistaient pour que je fasse des modifications stupides. Par exemple, mentionner quelque part que Strauss-Kahn avait nié les accusations. Mais enfin, c’est un roman! C’est de la fiction!»

Elle a tenté de conserver un ton personnel, mais la préface

semble sur la défensive et cela la dérange. «Je crois que l’art doit être un espace de liberté totale. On peut, et on doit, s’inspirer de la vie réelle pour en faire quelque chose de meilleur. Si on limite cet espace de liberté, on limite aussi ce que je peux créer.»

TERRASSÉE PAR LE CHAGRIN

«L’inventaire des rêves» est dédié à sa mère Grace, décédée en 2021.Son père,James,était mort l’année précédente, au mois de juin, alors que l’écrivaine était coincée aux États-Unis à cause de la crise sanitaire. Lorsqu’elle a appris sa disparition, elle a été complètement bouleversée, s’effondrant totalement, criant et tapant du pied par terre, comme elle le raconte dans «Notes sur le chagrin».

«Ma réaction m’a surpris moi-même»,confiet-elle aujourd’hui. «Je ne m’étais jamais imaginée comme quelqu’un qui réagirait en se jetant par terre! Ma réaction a été si physique,si dramatique. D’habitude, je gère la douleur avec sang-froid: je m’attendais à me figer, à être comme anesthésiée, mais au lieu de cela, j’ai donné une performance mélodramatique.»

«Mon père était un homme bon. Sa sagesse, son humour pince-sans-rire; oui, vraiment un homme bien. D’une certaine manière, j’ai fait la paix avec la mort de mon père, mais pas encore avec celle de ma mère.»

Chimamanda Ngozi Adichie se trouvait à Lagos. Sa mère était à Abba, dans la maison familiale, à 500 kilomètres de là. Un dimanche, comme sa mère ne se sentait pas bien, elle avait été hospitalisée.Elle semblait être en voie de guérison et s’était même remise à manger quand elle a été transférée dans un autre hôpital, car le petit hôpital privé où elle se trouvait ne disposait pas de l’équipement de protection adéquat pour les mesures covid.Très vite après ce déménagement, elle est décédée.

La Nigériane est visiblement émue lorsqu’elle parle de sa mère.«C’est allé si vite,tout est resté flou et plein de regrets.Parfois,j’ai peur d’avoir pris ma mère pour acquise. C’était une mère exceptionnelle et nous étions proches, mais… je crains de ne pas avoir été aussi indulgente avec elle qu’avec mon père; oui, j’étais plus dure avec elle.»

«Après la mort de mon père,je lui ai demandé de venir vivre avec moi,mais j’ai compris qu’il était important pour elle de rester au Nigeria,près de là où mon père est enterré. Mes parents étaient très proches et quand mon père est mort,une lumière s’est éteinte en elle. Je pensais qu’elle avait encore au moins dix ans devant elle. Elle n’avait que 78 ans et je m’étais promis de faire le maximum pour

«La plus grande menace pour la liberté d’expression n’est pas le gouvernement: c’est la peur de la condamnation sur les réseaux sociaux.»

UNE ENFANCE AU SEIN DES CAMPUS

CHIMAMANDA NGOZI ADICHIE EST NÉE EN 1977 À ENUGU, NIGÉRIA.

ELLE A GRANDI SUR LE CAMPUS DE L’UNIVERSITÉ DE NSUKKA, OÙ SON PÈRE ÉTAIT PROFESSEUR DE MATHÉMATIQUES ET SA MÈRE, RESPONSABLE DE L’ADMINISTRATION ET PREMIÈRE FEMME À OCCUPER CE POSTE.

ELLE SE LANCE DANS DES ÉTUDES DE MÉDECINE, MAIS À 19 ANS, ELLE

CHANGE D’AVIS ET S’EXPATRIE AUX ÉTATS-UNIS. C’EST LÀ QU’ELLE SE SPÉCIALISE DANS LA COMMUNICATION ET LES SCIENCES POLITIQUES À L’EASTERN CONNECTICUT STATE UNIVERSITY. ELLE DÉCROCHE ENSUITE DEUX MAÎTRISES: «CRÉATION LITTÉRAIRE» À JOHNS HOPKINS ET «HISTOIRE DE L’AFRIQUE» À YALE.

«Nous vivons à une époque où des valeurs telles que la gratitude et la loyauté sont considérées comme dépassées. Aujourd’hui, tout tourne autour de l’individu, de l’expression de soi, de l’obsession de soi.»

ramener de la joie dans sa vie.De rattraper toutes les fois où j’avais été une adolescente agaçante et prétentieuse.C’est pour ça que je me suis sentie presque trahie quand elle est partie si vite.»

Elle a cinq frères et sœurs: deux au Nigeria, deux aux ÉtatsUnis et un au Royaume-Uni.«Cela nous a vraiment bouleversés et fracturés:je pense que nous sommes tous encore un peu perdus, parce qu’on était très soudés, grâce à nos parents. Ce n’est qu’après leur disparition que j’en ai pris pleinement conscience.»

Le chagrin refait encore surface. «C’est comme ça. Et je pense que c’est parce qu’il vient de l’amour.J’essaie de le cacher aux gens autour de moi, parce qu’il y a des limites à l’empathie de quelqu’un,surtout chez les Nigérians.Les Nigérians sont terribles pour ça: «c’est arrivé, passe à autre chose», voilà leur façon de penser.» Sa fille lui rappelle Grace. Dans le visage de l’un de ses jumeaux, elle reconnaît son père «avide d’apprendre et curieux». L’autre, dit-elle, lui rappelle le père de son mari. «Je suis tellement reconnaissante envers eux,et envers ma fille.Ils m’ont énormément aidée au cours du processus de deuil.» À quoi a-telle pensé quand elle a découvert qu’elle attendait des jumeaux? «Le choc! Il m’arrive de les regarder et de me dire: qui sont ces deux petits êtres dans ma maison?»

UNE GÉNÉRATION EN PERDITION

Pendant des années, Chimamanda Ngozi Adichie a animé un atelier d’écriture très prisé à Lagos,jusqu’à ce qu’il soit au centre d’une controverse après qu’un jeune écrivain -un de ses anciens élèves et protégés- l’a accusée de transphobie. En cause: une interview de 2017, dans laquelle l’écrivaine avait déclaré que «les femmes trans sont des femmes trans», ainsi qu’un essai qu’elle avait écrit lorsque les critiques contre cette déclaration se sont déchaînées. Pourtant, Chimamanda Ngozi Adichie a toujours défendu les droits LGBTQ, y compris au Nigeria. Huit ans plus tard, elle en a assez de devoir revenir sur cette affaire.Elle n’anime plus cet atelier depuis des années.Est-ce lié? «Cela a certainement joué un rôle», reconnaît-elle. «Mais il y a aussi eu la vie et la mort.» D’abord,le covid.Ensuite,elle a perdu ses parents.Tout cela alors qu’elle travaillait sur son livre et essayait d’avoir des enfants.«Mais peut-être que je disais aussi que j’étais trop occupée simplement parce que je n’avais pas envie de me

coltiner une bande de petits cons ingrats.» Elle rit. «La jeune génération est tellement convaincue qu’elle a droit à certains privilèges.Je n’ai pas de temps pour ça,mais je vais quand même relancer cet atelier, peut-être cet été, oui, vraiment. Je ne veux pas que l’énergie négative des autres dicte mon comportement, ça leur donnerait trop de pouvoir.Mais je reste humaine.Donc oui, je vais refaire ce foutu atelier.»

Elle croit aux valeurs éternelles.La gratitude.La loyauté.«On vit à une époque où elles sont perçues comme dépassées.Tout tourne autour de l’individu,de l’expression de soi,de l’obsession de soi. Une génération qui se dit progressiste, mais qui est, en réalité, très néolibérale.Voire conservatrice.»

La liberté d’expression et le pouvoir des mots ont été le thème de sa «Reith Lecture» en novembre 2022. Elle y plaidait pour la vérité, mais aussi pour la nuance. Elle dénonçait la culture de la peur, dans laquelle les jeunes n’osent pas poser des questions de crainte que ce soient de mauvaises questions. «La plus grande menace pour la liberté d’expression, ce n’est pas le gouvernement», disait-elle alors. «C’est la peur d’être jugé sur les réseaux sociaux.»

A-t-elle déjà regretté quelque chose qu’elle a dit? Elle me regarde droit dans les yeux.«Vous voulez dire à cause de la soi-disant réaction négative? Non, non, non; absolument pas. Je dis ce que je crois.Je ne sais pas comment je pourrais être une personne qui ne dit pas ce qu’elle pense. J’ai toujours été prête à accepter les conséquences de mes paroles.Oui,il y a des conséquences.Et elles font mal. Des regrets? Non, absolument pas.»

LE POISON TIKTOK

«Les réseaux sociaux ont changé les rapports de pouvoir:certaines personnes qui n’avaient pas de voix ont pu se faire entendre,mais en même temps,les voix les plus fortes sont souvent confondues avec celles qui disent la vérité», a déclaré Chimamanda Ngozi Adichie lors de sa «Reith Lecture». Elle ne cache pas son aver-

«J’ai toujours été prête à accepter les conséquences de mes paroles. Oui, il y a des conséquences. Et elles font mal. Des regrets? Non, absolument pas.»

sion pour les réseaux sociaux.Tout est une question de langage, dit-elle. «La signification des mots a été dévoyée et c’est perturbant. Les réseaux sociaux ont privé les jeunes de la capacité de voir les gens comme des êtres complexes.Tout est devenu binaire. Le monde s’est aplati. On ne peut plus avoir de conversation sur les zones grises et encore moins reconnaître que l’autre a peut-être un point de vue valable. Et ça, c’est mauvais. Pour tout.»

Sa fille n’a que neuf ans, donc cela ne la concerne pas encore,mais pour ses cousins et cousines, elle intervient. «TikTok, c’est fini. Je trouve que c’est du poison.Vraiment.» Mais alors quoi? Que peut-on y faire? «J’y pense beaucoup.Et si on mettait des femmes sages à la tête de ces entreprises technologiques? Les objectifs changeraient.Et si on réécrivait les algorithmes? Et si on devait utiliser son vrai nom sur X?» Il va de soi qu’elle n’est pas sur X ni aucune plateforme similaire.En revanche, elle a un compte sur Instagram qu’elle appelle «une célébration de la vanité».

Chimamanda Ngozi Adichie aime la mode. Lundi prochain, elle sera co-hôte du Met Gala à NewYork,dont le thème de cette année est «Superfine: Tailoring Black Style». «Honnêtement, j’ai hâte», dit-elle en riant. Un designer lui a été attribué -elle ne dévoilera pas son nom- et ils travaillent ensemble sur sa tenue de gala pour laquelle elle a une exigence non négociable: «Peu importe le modèle, je veux pouvoir porter une culotte décente en dessous.»

Elle soupire: «Aujourd’hui, les designers font des découpes aux endroits les plus ridicules et je me demande toujours: pourquoi? Pourquoi?» Donc oui:une culotte décente et un soutien-gorge.Point final. Elle avoue avoir été surprise qu’on le lui ait proposé,mais elle s’en réjouit.«J’adore la mode.Et l’art. Et un peu de folie. La mode, l’art et la folie: j’adore tout ça.» ◆

«L’INVENTAIRE DES RÊVES», CHIMAMANDA NGOZI ADICHIE, ÉDITIONS GALLIMARD, 26 EUROS. COPYRIGHT: THE TELEGRAPH

À GAUCHE LUNDI PROCHAIN, ADICHIE
COANIMERA LE MET GALA À NEW YORK, SUR LE THÈME «SUPERFINE: TAILORING BLACK STYLE».

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REPORTAGE: LAURA KEERSMAEKERS

DE LA BAGUE DE FIANÇAILLES DE GRACE KELLY À LA TIARE DE RIHANNA, DE L’ICONIQUE MONTRE ‘CRASH’ AUX OBJETS DE LA COLLECTION ROYALE DE CHARLES III: AU VICTORIA AND ALBERT MUSEUM DE LONDRES, LES PLUS BELLES CRÉATIONS DE CARTIER SEMBLENT FLOTTER DANS UN DÉCOR FLOU FAIT DE LUMIÈRE ET D’ILLUSION. CETTE SCÉNOGRAPHIE TOUTE EN BRUME ET EN MAGIE A ÉTÉ IMAGINÉE PAR L’ARCHITECTE-ARTISTE ASIF KHAN. «CETTE EXPOSITION M’A AIDÉ À ME REMETTRE.»

«J’ai montré à mes parents la photo où je porte le splendide collier de cérémonie du maharaja de Patiala. Ils en ont eu les larmes aux yeux: «Ton arrière-grand-père serait si fier de toi».»

B«ienvenue à l’exposition Cartier -sans soustitre, car cette Maison légendaire n’en a pas besoin»,déclareTristram Hunt,directeur du Victoria and Albert Museum de Londres. Actuellement, on peut y admirer une exposition de plus de 350 joyaux, pierres précieuses historiques, montres et horloges Cartier.«Chaque pièce raconte une histoire. Des joyaux de la famille royale aux célébrités comme Grace Kelly, Elizabeth Taylor et Rihanna. Nous montrons comment les goûts ont évolué.»

Des dessins inédits issus des archives du V&A Museum et de Cartier sont également exposés, complétés par des pièces de la collection royale du roi Charles, des collections des musées britanniques et internationaux et des collections privées. «L’exposition est un hommage au savoir-faire, au design d’exception et aux rêves artistiques.Une célébration du bon goût.» Parmi les pièces maîtresses: la collection «Tutti Frutti», la célèbre «Crash», la tiare «Scroll» portée par la reine Elizabeth II lors de son accession au trône,la bague de fiançailles de Grace Kelly et la broche «Williamson» avec un rare diamant rose de 23,6 carats.

L’exposition a été mise en scène par l’architecte et artiste britanniqueAsif Khan (45 ans),qui doit sa célébrité à ses réalisations spectaculaires: le pavillon Coca-Cola Beatbox des Jeux Olympiques de Londres en 2012 et le pavillon britannique de l’Expo 2017 à Astana, au Kazakhstan. Le Londonien travaille sur des projets variés,des bâtiments culturels aux structures expérimentales comme leTselinny Center of Contemporary Culture,une reconversion d’un cinéma soviétique à Almaty, au Kazakhstan. Et en 2026, il signera le nouveau Museum of London. «Nous travaillons depuis deux ans sur la rénovation du Barbican Centre de Londres. Cela fait neuf ans que nous menons le projet du nouveau Museum of London et leTselinny Center ouvrira enfin ses portes ce mois-ci.»

Revenons à l’exposition Cartier. Après bientôt 30 ans, la maison de joaillerie de luxe revient au Royaume-Uni pour y présenter une nouvelle exposition, la dernière datant de 1997, quand la Maison Cartier avait célébré son 150e anniversaire au British Museum.Cette fois,c’est leV&A Museum qui l’accueillera.«Nous avons travaillé d’arrache-pied pendant un an et demi

avec les conservateurs et Cartier. Nous avons listé les pièces -ce qui a évolué en cours de route– et conçu la scénographie ensemble.»

Sabato:Avez-vous trouvé la tâche difficile?

ASIF KHAN : «C’était un projet passionnant. Il y a six mois, j’ai subi une opération cardiaque alors que j’étais en pleine préparation de l’exposition. C’est ce qui rend ce projet si spécial pour moi.Mon rétablissement a été soutenu par Cartier: cette exposition m’a aidé à me remettre.Je suis très reconnaissant d’être toujours là pour vivre cette expérience.»

Vous travaillez actuellement sur une série d’autres grands projets. Pourquoi avez-vous accepté cette exposition?

«Je n’accepte que les projets avec lesquels je ressens une connexion personnelle profonde et une véritable passion. Quand j’ai découvert que les sources d’inspiration de Cartier venaient du

EN HAUT, À GAUCHE LE DIADÈME À VOLUTES FLOTTANTES, CRÉÉ EN 1902 POUR LA COMTESSE D’ESSEX (ET RÉCEMMENT PORTÉ PAR RIHANNA), FAIT PARTIE DE L’INSTALLATION «DIALOGUE WITH HICH».

EN HAUT, À DROITE BIJOU DE TÊTE ORNÉ DE PLUMES, CONÇU PAR CARTIER NEW YORK EN 1924.

CI-DESSOUS L’ARCHITECTE ET ARTISTE ASIF KHAN DANS SON STUDIO À LONDRES.

monde entier,et surtout de régions où se trouvent mes racines -l’Inde et le monde islamique-, j’ai immédiatement ressenti cette connexion.L’histoire des trois frères m’a également touché,surtout parce que l’un d’entre eux était très lié à Londres.Cela a changé ma vision du joaillier et j’ai eu le sentiment de pouvoir apporter quelque chose de nouveau à la façon dont les gens le perçoivent et à la façon dont Cartier se perçoit.»

Le joaillier s’est imposé au début du XXe siècle grâce aux trois frères Cartier. Louis dirigeait la boutique et l’atelier de Paris;Pierre ouvrait une boutique à Londres,New Burlington Street,avant de partir pour NewYork, où il allait inaugurer la célèbre boutique Cartier de la CinquièmeAvenue; Jacques,le cadet,était responsable de la boutique de New Bond Street à Londres. «La devise des frères Cartier: toujours innover, jamais imiter» a déclaré Tristram Hunt lors de son discours de bienvenue.

«Regardez aussi les nombreux artistes et architectes avec lesquels Cartier a collaboré par le passé: de l’artiste Andy Warhol au designer Ettore Sottsass, en passant par l’architecte Norman Foster,sans oublier les artistes contemporains,dont le photographe Hiroshi Sugimoto. Ce sont tous des gens que j’admire. Alors, avoir l’opportunité d’explorer la joaillerie à ma manière tout en contribuant à cette série impressionnante de collaborations, c’était irrésistible.»

Avez-vous un lien particulier avec les bijoux?

«Depuis mon enfance,je suis fasciné par les miniatures.À la maison,il y avait beaucoup de miniatures islamiques accrochées au mur et des bonsaïs que je pouvais observer pendant des heures,fasciné par ces petits mondes. Ma mère détient une belle collection de bijoux de famille et je pouvais me

CI-DESSUS DANS LA SALLE

«CROWNING MOMENT», CARTIER

FAIT UN CLIN D’ŒIL À LA MODE DU

DIADÈME: EN 1937, LA MAISON EN A

CONÇU ET VENDU UN NOMBRE RECORD

À L’OCCASION DU COURONNEMENT

DU ROI GEORGE VI ET DE LA REINE

ÉLISABETH.

À DROITE LA BROCHE «PANTHÈRE DE CARTIER» DE 1998 EN DIAMANTS ET CORAIL.

«Le vide crée de l’espace, comme les nuages: ils sont légers, mais pleins de potentiel. Cette idée du «rien» est au cœur de cette exposition.»

perdre dans les détails de ces bijoux.Je dirais que c’est mon destin de raconter une histoire par le biais des bijoux.»

«Cependant, je m’intéresse tout particulièrement à la création d’expériences émotionnelles et sensorielles, ce que je fais en combinant lumière, sculptures, sons, espaces et formes. Quel que soit le projet, je cherche toujours une manière de susciter des émotions.Et ici,je me suis demandé comment utiliser cette connexion émotionnelle pour rapprocher les gens des bijoux.»

«Nous avons l’habitude de ne rien pouvoir toucher lors des expositions, mais, quand on pense aux bijoux, on pense à des objets qui touchent notre peau, qui ont du poids, que l’on tient entre nos mains, qui sont transmis par nos parents. Les bijoux sont tangibles et physiques.Ce que j’ai essayé de faire dans cette exposition,c’est de créer,par une approche multidimensionnelle, des ponts invisibles entre les objets et nous, ainsi qu’entre leurs histoires et nos histoires.»

Quel a été votre point de départ?

«Je voulais créer un paysage onirique où,dans chaque pièce, la collection serait vécue différemment.Cet espace offre une vue panoramique des différents pays dont Cartier s’est inspiré,comme l’Iran, l’Égypte et l’Inde. Les murs blancs créent une sensation floue, avec des surfaces qui invitent à regarder à l’intérieur.»

SABATO DESIGN TOUR EXCLUSIF

à l’occasion de l’Antwerp Design Week

En juin, l’Antwerp Design Week met à l’honneur le design belge pendant une semaine. Pas dans un musée ou une foire spécialisée, mais dans la ville même.

Le dimanche 1er juin, vous pouvez tenter de remporter l’un des trois Sabato Design Tours exclusifs et découvrir le meilleur du design belge avec Anvers comme toile de fond.

Le guide touristique Tanguy Ottomer vous emmènera au siège de TML, le quartier général de Tomorrowland, qui vous ouvrira exceptionnellement ses portes pour présenter sa collection de Morpho. Puis vous parcourrez les allées de Hortus Conclusus, un jardin caché au cœur d’Anvers. Et au fil de ce parcours, vous apprécierez les dernières collections de marques belges de design, présentées dans des espaces spécialement conçus.

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DIMANCHE 1ER JUIN 2025

Choisissez l’un des 3 créneaux horaires

10h – 12h 13h – 15h

16h – 18h

CE QUI VOUS ATTEND DURANT LA VISITE:

– Accueil autour d’une collation.– Présentation de la collection de meubles Serax et de vaisselle d’Ann Demeulemeester dans son flagship store.

– Coup d’œil exclusif sur les nouveaux bureaux de TML et la collection Morpho.

–Visite d’un jardin caché au cœur d’Anvers.

– Coupe de champagne dans le magasin de design intérieur haut de gamme Donum.

Envie de vivre cette expérience unique? Scannez le code QR.

«On dirait que les pays flottent entre eux. Et le son que vous entendez, c’est celui des nuages. Pour le capter, nous nous sommes basés sur un enregistrement d’un planeur traversant les nuages.»

«Pour l’espace suivant, j’ai utilisé la couleur. Dans la première salle, j’ai choisi la lumière des bougies; dans la deuxième, la lumière du jour et la lumière filtrant à travers les nuages et, dans la troisième, la lumière d’un lever ou d’un coucher du soleil -je me suis inspiré du lever de soleil à Windsor, le château où vit la famille royale, et du coucher de soleil orange à Delhi, la capitale de l’Inde.Ainsi, vous voyagez à travers des milliers de kilomètres et des centaines d’années.»

«Chaque espace de cette exposition est différent, car je ne veux pas que les gens se lassent ni s’ennuient. Je tiens à ce qu’ils profitent de la découverte: les choses leur sont révélées peu à peu, comme des scènes dans un film. Je pense toujours de manière très cinématographique: je fais des films, donc cela fait partie de ma manière de penser. Et quand je réfléchis à l’architecture, je la considère comme une sorte de promenade dans une cinématographie de l’expérience.»

Quelles émotions souhaitez-vous évoquer grâce à cette exposition?

«La nostalgie, mais aussi l’émerveillement. L’émerveillement face à l’immense créativité de l’être humain.C’est pourquoi je reviens sans cesse sur le thème des nuages dans cette exposition, comme la tiare –qui a été portée par Rihanna–qui flotte dans les nuages. Cette installation s’appelle «Dialogue avec Hich».Ce mot de «Hich» est

CI-DESSOUS LA MONTRE EMBLÉMATIQUE «CRASH» ET LE DIADÈME «TUTTI FRUTTI» EN SAPHIRS, RUBIS ET ÉMERAUDES.

persan: il signifie «néant» ou «inexistence». »

Et concrètement, qu’est-ce que cela signifie?

«Pour parvenir à une créativité infinie, il faut d’abord comprendre le néant.Le vide crée de l’espace pour tout.Comme les nuages:légers,sans forme spécifique,mais porteurs de potentiel. Ils apparaissent souvent dans mes projets.»

Est-ce une règle que vous appliquez dans votre vie?

«En réalité,ce n’est pas vraiment le cas pour moi,mais pour mon père, oui. C’est un homme de peu de mots, mais incroyablement intellectuel. Quand je lui ai parlé de ce nuage, il m’a dit: «Ça me semble être l’idée du Hich que tu explores». Il m’a montré une de ses sculptures avec le mot Hich écrit dessus.C’est alors que j’ai commencé à explorer sa signification.»

La tiare dans les nuages est-elle votre bijou préféré de cette collection?

«Non,mon bijou préféré est le collier cérémonial du maharaja de Patiala. Lors d’une visite chez Cartier, j’ai eu l’occasion de le porter:un moment inoubliable qui a donné forme à toute l’exposition. Quand je leur ai montré la photo, mes parents, nés en Inde, en ont eu les larmes aux yeux et ils m’ont dit: «Ton arrière-grand-père serait si fier de toi». En portant ce bijou, j’ai ressenti le besoin de faire revivre l’histoire de ceux qui les portent. C’est ainsi que les bijoux deviennent tangibles.»

Y a-t-il des projets à venir avec Cartier?

«J’espère que oui, bien que cela me semble déjà fantastique. Bien sûr, je serais ravi de poursuivre cette collaboration: il reste encore tant à découvrir.» ◆

DANS LA RUBRIQUE CHEF-D’OEUVRE (P. 62), LE CHEF

MATTHIEU BEUDAERT S’INSPIRE DE L’UN DES BIJOUX PHARES DE L’EXPO, LE «MOUNTBATTEN BANDEAU» (1928), POUR CRÉER UNE COURONNE DE LÉGUMES FAÇON CARTIER.

EXPOSITION «CARTIER», JUSQU’AU 16 NOVEMBRE AU VICTORIA & ALBERT MUSEUM DE LONDRES. WWW.VAM.AC.UK

«Les bijoux sont tangibles: ils portent des histoires.»

Design

Coup de foudre à Rome: visite privée d’un appartement rénové avec une touche Le Corbusier et beaucoup d’audace.

DÈS QUE CHIARA MORO A APPRIS QUE DEUX ÉTAGES D’UNE VILLA ROMAINE BÂTIE DANS LES ANNÉES 1920 ÉTAIENT À VENDRE, ELLE S’EST PRÉCIPITÉE. UN COUP DE FOUDRE QUI SERA DOUBLÉ D’UNE RÉNOVATION. POUR CELA, ELLE DONNE CARTE BLANCHE À L’ARCHITECTE ANNALISA MAURI. LE RÉSULTAT EST EXCENTRIQUE, AVEC UNE TOUCHE LE CORBUSIER.

COUP DE FOUDRE À

REPORTAGE: MARZIA NICOLINI / LIVING INSIDE PHOTO: HELENIO BARBETTA

CI-CONTRE CHIARA MORO DANS SA CHAMBRE À COUCHER BLEU

LE CORBUSIER. LE LONG DU MUR, DERRIÈRE ELLE, LE TUBE «LINEA» QUI, PASSE PAR TOUTES LES PIÈCES DE L’HABITATION.

«Cette maison est exactement ce dont j’ai toujours rêvé: historiquement riche, un brin excentrique -un peu folle même, mais aussi super confaortable et pratique.»

’Cétait presque trop beau pour être vrai: une villa des années 1920 sur la via Dandolo, une belle rue à deux pas de Trastevere, célèbre quartier historique de Rome. «C’est rare qu’un bien soit mis sur le marché dans ce quartier», témoigne Chiara Moro. «En plus, sur les photos, on voyait qu’il avait du potentiel. Pendant que j’étais au téléphone avec l’agent immobilier pour fixer un rendez-vous, je suis sortie de mon bureau pour aller voir la façade.»

Jusque là, sa recherche d’un bien immobilier n’avait rien donné. «J’ai tout de suite su que c’était une occasion à ne pas laisser passer», ajoute cette commerciale. «Une seule visite a suffi: je l’ai acheté sur-le-champ. Oui, ce fut un coup de foudre: dès que j’ai franchi le seuil, j’ai été séduite. Le bâtiment avait tellement de caractère! J’ai tout de suite été séduite par son atmosphère romantique imprégnée de culture, d’art et d’histoire. Dans l’ensemble, les pièces étaient dans un état plutôt convenable, même si une rénovation s’imposait après cinquante ans.»

EN REMETTRE UNE COUCHE

C’est alors qu’Annalisa Mauri entre en scène. L’architecte a tout de suite ressenti un lien, à la fois avec Chiara et avec la maison. Et il y avait autre chose, un détail auquel les architectes sont toujours très sensibles: «On m’a donné carte blanche», confie-t-elle. Même si cette liberté n’est presque jamais totale, c’est encourageant.

L’architecte ne pouvait donc pas prendre cette expression trop au pied de la lettre. «La seule demande de Chiara, c’était que les murs des pièces ne soient pas blancs, une couleur trop anonyme à son goût. Elle voulait leur donner du caractère grâce à la couleur. Pour le

CI-DESSOUS LA TABLE VINTAGE

EST ASSOCIÉE À DES CRÉATIONS

CONTEMPORAINES, DONT «LINEA», LA LIGNE LUMINEUSE EN CUIVRE BROSSÉ

QUI CIRCULE SUR LES MURS ET PLAFONDS DE NOMBREUSES PIÈCES, DONT LA SALLE À MANGER.

«L’appartement avait déjà du caractère et nul besoin de décorations inutiles.»

reste, l’espace avait déjà une forte personnalité, il n’était donc pas nécessaire d’en rajouter.»

Concernant le choix des couleurs, Chiara Moro s’est inspirée de la palette développée par Le Corbusier dans les années 1920. «Un choix affirmé, parfaitement raccord avec l’histoire de ce bâtiment. À l’époque du style Liberty, Le Corbusier dessinait la villa Savoye. C’est alors, en 1931, qu’il a créé «polychromie architecturale», la célèbre palette de 43 nuances en 14 séries», explique l’architecte.

Le défi majeur qu’elle a dû relever a été d’harmoniser toutes les strates historiques de la maison:le style Liberty qui l’imprègne naturellement,la palette chromatique de Le Corbusier et sa signature contemporaine.

Le résultat est éblouissant: du rouge rubis dans l’entrée, du jaune moutarde dans le salon et du bleu nuit dans la chambre à coucher. «Les pièces sont différentes d’un point de vue chromatique et,pourtant,elles forment un ensemble cohérent.»

DEUX PROJETS EN UN «En réalité,j’ai considéré cette mission comme deux projets distincts», déclare Annalisa Mauri.«D’un côté,je voulais restaurer et mettre en valeur l’existant; de l’autre, je cherchais des ajouts qui compléteraient l’ensemble sans le perturber.»

Un de ces ajouts est «Linea», un tube en cuivre brossé fait sur mesure, qui traverse les différentes pièces comme un fil rouge, apportant une ligne moderne dans un décor historique. «Cette «Linea» est à la fois esthétique et fonctionnelle», explique l’architecte. «Le chéri de Chiara est artiste et il était donc important que ses œuvres soient mises en valeur: «Linea»

LE

CI-CONTRE POUR
CHOIX DES COULEURS, CHIARA MORO S’EST INSPIRÉE DE LA PALETTE ÉTABLIE PAR LE CORBUSIER DANS LES ANNÉES 1920, DONT FAIT PARTIE CE JAUNE MOUTARDE QUI ILLUMINE LE SALON.
«La seule demande de Chiara, c’était que les murs ne soient pas blancs, une couleur trop anonyme à son goût. Elle voulait leur donner du caractère grâce à la couleur.»

permet de déplacer à la carte les spots et l’éclairage LED dans toutes les pièces de l’habitation, en fonction des œuvres à mettre en lumière.»

UN GRAIN DE FOLIE

La structure de la maison a été à peine modifiée, un point sur lequel les deux femmes ont rapidement été d’accord. «Toutes les cloisons intérieures et les carreaux de ciment d’origine ont été conservés», précise Annalisa Mauri. «À l’étage, nous avons aménagé l’espace nuit dans une ambiance douillette.L’espace de jour, plus convivial, se trouve au rez-de-chaussée et donne accès au jardin.»

Pour l’aménagement, l’architecte a privilégié les pièces vintage, complétées par ses propres créations.«Comme la table de la salle à manger avec des pieds en tiges de fer. Sans oublier la «Linea»,cette ligne lumineuse en cuivre brossé qui court le long des murs et plafonds de chaque pièce.Dans le salon,elle devient même une bibliothèque en noyer canaletto.»

Chiara Moro se félicite chaque jour d’avoir donné autant de liberté à l’architecte. «Entretemps, nous sommes devenues amies», dit-elle avec le sourire. «Cette maison est exactement ce dont j’ai toujours rêvé: historiquement riche, un brin excentrique, un peu folle, mais aussi super confortable et pratique.» ◆

À GAUCHE AU PREMIER ÉTAGE, L’ESPACE NUIT BAIGNE DANS UNE

AMBIANCE COSY GRÂCE À LA COULEUR

BLEU NUIT DE LE CORBUSIER DANS LA CHAMBRE À COUCHER PRINCIPALE.

Bon appétit

La recette du samedi: le pleurote eryngii de Karen Shu ◆ Carte sur table: la chaîne française Gueuleton ouvre son premier restaurant à Bruxelles ◆ Chou à la Cartier: le chef Matthieu

Beudaert donne du goût à une tiare ◆ Go Go Gadget: un airfryer à emporter au bureau.

KITCHEN ROULETTE KAREN SHU PLEUROTE ERYNGII, PANAIS ET SAUCE AUX CHAMPIGNONS

REPORTAGE: JAN SCHEIDTWEILER

RECETTE: KAREN SHU

PHOTOGRAPHIE ET STYLISME: EVA BEEUSAERT

Dans notre rubrique Kitchen Roulette, un chef dévoile quatre recettes avant de passer le relais au chef suivant, ce qui donne lieu à un menu surprenant et varié. Cette semaine, Karen Shu est aux commandes pour la troisième fois. Après avoir fait ses armes dans des restaurants et en tant que cheffe privée, la Philippino-Américaine a posé ses valises à Anvers par amour. Dans son restaurant, And/Or, elle montre à quel point la cuisine végétalienne peut être gourmande, surtout quand elle travaille avec ses bien-aimés champignons.

«J’adore les champignons,même au printemps. J’aime leur goût,mais aussi leur texture.Au restaurant,on expérimente des préparations où un champignon prend la texture et la consistance d’un steak.»

«Ce plat à base de pleurotes eryngii est à nouveau très facile à réaliser: il suffit de les faire revenir à la poêle et de les servir avec une sauce aux champignons pour sublimer leur saveur.»

INGRÉDIENTS (4 personnes)

◆ 8 grands pleurotes eryngii (ou pleurotes de panicaut, dans les supermarchés)

◆ 60 ml d’huile d’olive (pour la cuisson)

◆ 1 branche de romarin

◆ Quelques brins de ciboulette

◆ Gros sel de mer

Pour la sauce

◆ 500 g de champignons de Paris

◆ 1 gros oignon blanc

◆ 3 gousses d’ail

◆ 3 cuillères à soupe de farine

◆ 120 ml d’huile d’olive (pour la cuisson)

◆ 2 cuillères à café de sel

◆ 2 cuillères à café de poivre noir moulu

◆ 1 feuille de laurier

◆ 2 branches de thym

◆ 600 ml d’eau

Pour les panais

◆ 2 panais

◆ 1 litre d’eau

◆ 2 cuillères à café de sel

PRÉPARATION

La sauce aux champignons

◆ Nettoyez les champignons et découpez-les grossièrement. Émincez l’oignon et l’ail.

◆ Dans une casserole, faites chauffer l’huile d’olive à feu moyen et faites-y revenir l’oignon et l’ail jusqu’à ce qu’ils soient translucides (2 à 3 minutes).

◆ Ajoutez les champignons et le sel, mélangez bien. Une fois que les champignons ont rendu leur eau, ajoutez la farine, la feuille de laurier et le thym et remuez pour que tous les ingrédients soient bien enrobés.

Un chef joue à la kitchen roulette et c’est vous qui raflez la mise.

À GAUCHE LES INCISIONS DANS LES PLEUROTES LEUR PERMETTENT DE CUIRE UNIFORMÉMENT ET DE CONSERVER UNE BELLE TEXTURE.

«J’aime beaucoup les champignons, même au printemps. J’adore leur goût, mais aussi leur texture.»

◆ Versez l’eau et laissez mijoter 10 minutes.

◆ Retirez le laurier et le thym, ajoutez le poivre noir et mixez le tout jusqu’à obtenir une sauce lisse. Goûtez et rectifiez l’assaisonnement si nécessaire.

Les panais

◆ Portez à ébullition 1 litre d’eau salée et faites-y blanchir le panais tranché en rondelles pendant 2 à 3 minutes.

◆ Égouttez et laissez refroidir.

Les pleurotes eryngii

◆ Tranchez les pleurotes en deux dans le sens de la longueur et entaillez la chair de chaque moitié pour que la cuisson soit plus homogène et que la présentation soit jolie.

◆ Dans une poêle, faites chauffer à feu moyen de l’huile d’olive et déposez les pleurotes à l’envers. Pressez-les avec une spatule pour qu’elles restent bien plates.Une fois dorées, retournez-les et poursuivez la cuisson pendant une minute.

◆ Sortez les pleurotes de la poêle et réservez.

◆ Dans la même poêle, faites revenir 3 à 4 minutes les rondelles de panais blanchies avec la branche de romarin.

À GAUCHE DANS UNE ASSIETTE CREUSE, VERSEZ LA SAUCE AUX CHAMPIGNONS SUR LAQUELLE VOUS DISPOSEREZ LES TRANCHES DE PANAIS ET LES PLEUROTES SAUTÉS.

FINITION

◆ Versez environ 60 grammes de sauce aux champignons dans une assiette creuse.

◆ Garnissez avec les rondelles de panais et les pleurotes rôtis.

◆ Parsemez de ciboulette ciselée et de gros sel.

CONSEILVIN

◆ Spätburgunder, Martin Wassmer, Markgräflerland, Allemagne, 2022. C’est dans le Markgräflerland, une région du sud-ouest de l’Allemagne surnommée «la Toscane allemande» pour la douceur de son climat, que se trouve le domaine de Martin Wassmer.Ce pinot noir (Spätburgunder) légèrement boisé séduit par sa finesse et s’harmonise parfaitement avec les arômes des champignons.Un vin élégant et frais,qui accompagne sans dominer. ◆

13,5 EUROS SUR WWW.VINIKUSENLAZARUS.BE

LA SEMAINE PROCHAINE, KAREN SHU PASSERA LE RELAIS À KENNY BURSSENS, CHEF DU RESTAURANT INVINCIBLE (ANVERS).

«KENNY N’EST PAS TRÈS VEGAN -IL CUISINE AU BEURRE ET PRÉPARE DES VIANDES- MAIS IL TIENT COMPTE DES CONVIVES QUI, COMME MOI, LE SONT. C’EST UNE DES RAISONS POUR LESQUELLES J’ADORE SON RESTAURANT. ET PUIS, LA CARTE DES VINS EST FABULEUSE!»

CARTE SUR TABLE GUEULETON

REPORTAGE: JAN SCHEIDTWEILER

Jan Scheidtweiler s’attable au Gueuleton à Woluwe-Saint-Pierre, une chaîne française prisée pour la qualité de ses viandes.

À LA CARTE, DES VIANDES, MAIS AUSSI DES SPÉCIALITÉS BELGES COMME LES CROQUETTES AUX CREVETTES ET LA TRUITE D’ONDENVAL.

ADRESSE

GUEULETON

L’ambiance est nostalgique,la carte familière et l’assiette généreuse, servie par des garçons en tablier de cuir et béret: en l’espace de dix ans, la chaîne Gueuleton a connu le succès grâce à son concept de repas convivial à l’ancienne.Le premier restaurant a ouvert àAgen,rapidement suivi par 21 autres établissements à travers la France, suivis par la Suisse en 2023 et, enfin,la Belgique, fin 2024. Les bérets seront-ils au rendez-vous?

Pour installer la première adresse en Belgique de ce concept culinaire très français,la chaîne a choisi une villa classique deWoluweSaint-Pierre. Les tables rustiques, simplement dressées dans une salle à la structure en bois très visible, sont toutes occupées ce mercredi soir. À l’accueil, une vitrine de maturation expose des côtes de bœuf pour annoncer la couleur: ici,les belles pièces de viande sont à l’honneur. Pourtant,la chaîne française est assez astucieuse pour ne pas faire de son établissement belge la copie conforme de ses autres adresses.

Le directeur, Philippe Limbourg, un ancien de Gault&Millau,a veillé à lui donner une touche belge: une truite saumonée d’Ondenval, provenant d’une ferme dans les Cantons de l’Est, est servie façon gravlax accompagnée d’une sauce épicée (17 euros).Autre hommage

à la cuisine belge: une croquette aux crevettes version Gueuleton (20 euros), faite pour être partagée entre convives.La croûte est ferme,et les crevettes en quantité raisonnable, bien que la farce aurait pu avoir plus le goût de bisque. Un morceau de poitrine de porc fondant (cuisson basse température) est accompagné de palourdes,comme la tendre version du célèbre plat américain surf & turf (21 euros).

Passons aux choses sérieuses. Un serveur souriant, béret sur la tête, vient détailler les plats inscrits sur le grand tableau noir posé sur la table qui affiche une sélection de viandes: Holstein, Simmental et Angus. Ces qualités ne sont pas bon marché: une côte à l’os de Charolais,épaisse et persillée,est proposée à 99 euros (deux couverts). Les frites et la mayonnaise maison qui l’accompagnent sont bonnes, contrairement à la salade, un peu bof. Après tout, on est dans un restaurant de viande. Le dessert, une mousse au chocolat (12 euros), pourrait aussi être plus réussi. Malgré ces petits bémols, je reviendrai volontiers pour un nouveau voyage culinaire dans cet univers de cuisine carnivore nostalgique.

CETTE ENSEIGNE A FAIT L’OBJET D’UNE VISITE ANONYME, FINANCÉE PAR SABATO.

Holstein, Simmental et Angus: la sélection de viandes séduira les carnivores.

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BOISSONS

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BELGES. BELLE CARTE DES VINS, DONT CEUX DE PRODUCTEURS BELGES. AU MOINS CINQ VINS AU VERRE (DE 7 À 12 EUROS): LE VERRE DE CÔTES DE CASTILLON COÛTE 10 EUROS.

DÉCEVANT CORRECT BON EXCELLENT

ON Y RETOURNE?

NE VOUS ATTENDEZ PAS AU RAFFINEMENT D’UN RESTAURANT GASTRONOMIQUE À LA FRANÇAISE, MAIS À DES PLATS SAVOUREUX ET CLASSIQUES SERVIS DANS UNE AMBIANCE CONVIVIALE. OUI, JE REVIENDRAI.

CE PRINTEMPS, LE GAZPACHO AU CONSOMMÉ

CLAIR, LA SALSA DE TOMATE ET LA GUSTO ON FIRE

FIGURENT AU MENU CHEZ MAISON COLETTE.

Guts & Gusto

LA TOMATE EN VERSION ÉTOILÉE

Le chef étoilé Thijs Vervloet crée des plats d’une exquise intensité, dans le cadre somptueux de Maison Colette. Une expérience culinaire qui touche les cœurs. Ce qu’il veut, c’est offrir à ses hôtes un souvenir impérissable. Et du cran, ce chef n’en manque pas ! Durant la saison estivale, ce gastronome courageux met à l’honneur des créations surprenantes en mettant la tomate au cœur du plat. “Je veux une base belge, avec du caractère”, affirme le chef, qui n’hésite pas à aller lui-même à la rencontre des producteurs. Qui dit tomate en Belgique, dit Paul Stoffels : un cultivateur innovant, passionné du goût, qui propose des variétés uniques par leurs saveurs, leurs couleurs, leurs formes et leurs utilisations. Ensemble, ces deux défenseurs du goût se plongent dans les serres à la recherche d’une tomate aux allures étoilées. Leur choix se porte sur la Toma’Gusto – une tomate à l’aspect tout à fait normal, mais les apparences sont trompeuses.

LA NOSTALGIE AU BOUT DES LÈVRES

La structure à multiples loges et le gel vert à l’intérieur trahissent une parenté avec les anciennes variétés « heirloom ». ”L’arôme et le goût me rappellent les tomates de la serre de ma grand-mère Colette”, confie Vervloet en humant le produit, comme s’il cherchait la meilleure tomate du lot.

Depuis avril 2025, la Toma’Gusto est également disponible en édition limitée dans le commerce de détail et dans les meilleures épiceries spécialisées – un véritable délice pour les gourmets et les passionnés de cuisine.

“Une tomate doit avoir du caractère et apporter de l’émotion dans un plat. C’est ce qui rend la Toma’Gusto unique.”

© Stany Dederen
© Stany Dederen
© Nette Clonen
© Nette Clonen
© Nette Clonen

CHEF-D’ŒUVRE

Matthieu Beudaert, historien de l’art et chef du restaurant Table d’Amis, revisite l’actualité artistique en cuisine. Cette semaine, le Mountbatten Bandeau de Cartier à Londres.

REPORTAGE: THIJS DEMEULEMEESTER

PHOTO: PIET DE KERSGIETER

«Le ‘Mountbatten Bandeau’ est une des pièces maîtresses de l’exposition Cartier (voir p. 40) actuellement présentée au Victoria & Albert Museum de Londres», déclare Matthieu Beudaert.Cette coiffe spectaculaire a été réalisée en 1928 dans les ateliers londoniens de Cartier pour Edwina Mountbatten (1901-1960). C’est une œuvre emblématique du style dit‘Tutti Frutti’: un mélange éclatant de rubis, d’émeraudes, de saphirs et de diamants.»

«Je n’aurais jamais imaginé qu’un tel joyau me ferait penser à une ferme du Westhoek: ses couleurs m’ont rappelé les choux ornementaux de Mattias Plaetevoet,producteur bio à Lo-Reninge. Au début du printemps, les champs de sa ferme ‘De Blauwe Spie’se teintent de vert,de bleu et de blanc: ce sont des jeunes pousses de chou.»

«J’ai composé une couronne de légumes avec différents choux dressés, où chaque variété apporte sa texture, sa couleur et sa saveur. Le chou n’évoque pas forcément le luxe et pourtant, au XVIe et au XVIIe siècle, les tapisseries dites ‘à feuilles de choux’ étaient très prisées.»

«CARTIER», JUSQU’AU 16 NOVEMBRE AU VICTORIA & ALBERT MUSEUM, LONDRES, WWW.VAM.AC.UK ENVIE DE REPRODUIRE CE PLAT? SCANNEZ LE QR

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VENTE

ART CONTEMPORAIN, MODERNE ET MAÎTRES ANCIENS

Samedi 17 mai 2025

Exposition : 7 au 14 mai - 10h -19h

Désirez-vous

Théo Van Rysselberghe
Andy Warhol
Pierre Alechinsky

À

LA PRÉPARATION D’UN REPAS AU BUREAU OU N’IMPORTE OÙ, TANT QU’IL Y A UNE PRISE ÉLECTRIQUE.

UTILITÉ

Prendre un repas appétissant et sain au bureau n’est pas si simple. En ouvrant votre lunchbox, vous constatez que les feuilles de salade sont déprimées et que l’avocat fait grise mine. Et si vous voulez réchauffer un plat fait maison,le micro-ondes de la cantine se charge de lui donner un bon goût de carton. Sans parler du bar à salades où la feuille de roquette est vendue à prix d’or.Alors, que faire?TikTok a la réponse: Ninja Crispi.

INNOVATION

Ninja Crispi? C’est le nom d’un airfryer qui, contrairement aux autres,est équipé d’un PowerPod amovible.Cet élément chauffant avec écran de commande peut être fixé sur un récipient en verre disponible en deux formats: le petit (0,6 litre) pour une personne et le grand (3,8 litres) pour deux personnes ou une grande faim.

Vous préparez votre lunch la veille dans l’un de ces deux récipients, vous le mettez au frigo pour la nuit et le lendemain,vous l’emportez au bureau. Une fois sur place, il suffit de clipser le PowerPod pour frire, rôtir ou cuire votre lunch.

UTILISATION

En théorie, l’airfryer Ninja Crispi a tout de l’invention géniale. Par contre, il présente quelques inconvénients. Même en optant pour le petit récipient, l’appareil reste relativement encombrant vu qu’il faut emporter le lunch, mais aussi le PowerPod. Et comme il n’a pas de batterie, il faudra trouver une prise électrique.

Quant à la fonction cuisson, les utilisateurs restent dubitatifs:les préparations un peu épaisses commencent à avoir une jolie couleur sur le dessus alors qu’au centre, ils restent froids. On a connu mieux.

PRIX

Aux États-Unis et au Royaume-Uni, le modèle de base est proposé aux alentours de 190 euros. Si vous le commandez via Amazon, il peut aller au-delà des 300 euros. À ce prix-là, on peut se demander combien de feuilles de roquette on peut se permettre au bar à salades.

Un gadget peut parfois se révéler indispensable pour alléger le quotidien. Cette semaine: la Ninja Crispi. Ou pourquoi on (n’)a (pas) besoin d’un airfryer portable.

GO GO GADGET

L’AIRFRYER PORTABLE

REPORTAGE: FREEK EVERS

ILLUSTRATION: STUDIO PONG

Le paradoxe du quotidien selon Anton Gudim.

COLLABORATEURS: MATTHIEU BEUDAERT, JESSAMY CALKIN, IRIS DE FEIJTER, THIJS DEMEULEMEESTER, FREEK EVERS, LIEVE GERRITS, LAURA KEERSMAEKERS, MARZIA NICOLINI, JAN SCHEIDTWEILER, KAREN SHU PHOTOGRAPHES: HELENIO BARBETTA, EVA BEEUSAERT, ALEXANDER D’HIET, PIET DE KERSGIETER, FREDERIK VERCRUYSSE COVER: JARED SOARES/THE GUARDIAN ILLUSTRATEURS : ANTON GUDIM, STUDIO PONG JOURNALISTE DIGITAL: ELINE BROECKX CHEF DIGITAL: DRIES CEUPPENS

REWRITING: NATACHA BOULVAIN RÉDACTION FINALE: AURÉLIE KOCH, EMILIE VAN DE POEL RÉDACTION PHOTO & COORDINATION: NATHALIE WARNY MISE EN PAGE: CHRISTINE DUBOIS, DAVID STEENHUYSE ART DIRECTOR: PHILIP VAN BASTELAERE RÉDACTRICE EN CHEF ADJOINTE: ELS MAES RÉDACTRICE EN CHEF: AN BOGAERTS

CREATIVE DIRECTOR: GERDA ACKAERT ABONNEMENTS: TÉL. 0800/55.150, ABONNEMENT@LECHO.BE ANNONCEURS: TRUSTMEDIA, AVENUE DU PORT 86C, BTE 309, 1000 BRUXELLES, TÉL. 02/422.05.11 SABATO@TRUSTMEDIA.BE ÉDITEUR RESPONSABLE: PETER QUAGHEBEUR SABATO EST IMPRIMÉ CHEZ ROULARTA PRINTING.

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