MARS 2021 ISSUE 08
DES NOUVELLES, HÉLOÏSE? KCL FRENCH NEWSLETTER
CULTURE
CRITIQUE
CRÉATIVITÉ
PAGE 1 | DNH
Merci
un grand
À L'ÉQUIPE DNH
ALLY AZIZI SAFFRON BROWN DAVIS
MAÏWENE JINGUENAUD THOMAS LAMBERT-LEGRAND
SOPHIE CHURCHILL
ALEXIS MAROT-ACHILLAS
CHRISTINA CSEREP
MICHELLE MESSERER
MARIA DAAB JOANNA DAVIES
SOPHIE LE MEUR DAPHNEY NGOUNOU
DOUGLAS DEER
GABRIELLE PASTEL
CELESTINE DONOVAN-BRADLEY
ADRIANNA ROKITA
KAMILYA DUPRAT LUCY GREEN COSTANZA GREPPI BLANDINE HAUSERMANN
ALINA SELIVERSTOVA MEGGY TAHO FREYA THORNER CARLOTA YBARRA MAGUREGUI ALVIA ZAIDI
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l'index ACTUALITÉS Les étudiants: pandémie?
les
oubliés
de
la
L'INA.fr et l'année 2020.
Lucy Green |5
Douglas Deer |7 MÉDIA
« Matthias Dolan.
et
Maxime
»
par
Xavier
Carla Suarez |9
La vie du Hamman et la guerre civile algérienne en tant que femme.
Joanna Davies | 11
POLITIQUE Le rôle des grands partis français dans la légitimation du Rassemblement national. Le meurtre de Samuel Paty
Celestine Donovan-Bradley | 13
Freya Thorner | 15
Macron et l'Algérie.
Ally Azizi | 17 CULTURE
Que peut-on apprendre de la satire de Voltaire? On se trouve dans les coutures
Albert Camus: un homme continue à vivre dans nos vies.
Alina Seliverstova | 18
Alvia Zaidi |19
qui
Christina Cserep | 21
CRÉATIVITÉ Poèmes Truismes Portrait Entretien avec les auteurs VI Concours: l'histoire de l'art
Gabriel Naginski | 22 Beatriz González de Miguel | 23 Sophie Le Meur | 24 Carlota Ybarra | 25 Penelope Ogieriakhi |29
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l'édito Un petit mot de la part de Siobhán: Je tiens à remercier la magnifique équipe de Des Nouvelles, Héloïse?, ainsi que tous les étudiants qui, grâce à leurs efforts créatifs, ont produit un si beau magazine. L'aventure de DNH ? a commencé il y a quatre ans – lorsque j'ai commencé à diriger le Département de Français - et j’ai suivi ses progrès avec admiration et une profonde gratitude. Cette année a bien entendu été plus difficile que d’habitude à cause de la pandémie de Covid, mais l’équipe de Des Nouvelles, Héloïse? a surmonté tous les obstacles avec détermination et enthousiasme. En bref, elle a montré un esprit collectif remarquable. Longue vie à Héloïse !
Chères lectrices, chers lecteurs,
Nous nous retrouvons encore une fois, à la fin du deuxième semestre, juste avant les vacances de printemps. On espère que vous avez eu un merveilleux début d’année ! L’équipe de DNH de cette année, avec cette édition, vous dit à bientôt et passe le flambeau pour les équipes à venir … Mais, ne nous quittons pas tout de suite… nous avons encore tout le magazine pour en profiter !
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Ce huitième numéro inclut une grande variété d’articles, des entretiens, des critiques, et des écrits créatifs ; toutes des contributions inspirantes rédigées par des étudiants à KCL de tous départements. Comme d’habitude, c’est un plaisir de pouvoir compter sur les contributeurs et sur l’équipe pour faire de ce magazine, un projet et un effort commun et captivant. Parmi nos collaborateurs, nous voulons remercier spécialement Delphine Grouès, Rachel Edwards et Francesca Reece, des anciennes étudiantes du département de français de KCL, de nous avoir donné un peu de leur temps pour faire un entretien pour ce numéro. On espère que vous vous régalerez avec les pages qui suivent. Comme il s’agit de la dernière édition de l’année, c’est aussi le moment des remerciements. Ce magazine n’aurait ni sens ni nom sans Siobhán McIlvanney, qui, tous les ans, rassemble une nouvelle équipe pour continuer la petite histoire de Des Nouvelles, Héloïse ? et pour que l’on puisse continuer à partager notre amour de la langue française avec vous. On voudrait aussi remercier les écoles et lycéens qui ont pris le temps de participer au concours, félicitations pour vos efforts ! Et en dernier lieu, nous sommes reconnaissants du travail et du temps pris par toute l’équipe de l’année 2020-2021, une année universitaire qui fut pleine de défis, mais que l’on achève avec l’accomplissement de ce huitième numéro. On espère que tous nos lecteurs et lectrices profiteront de cette édition spéciale et, maintenant, nous passons le relai aux futures équipes, pour qu’elles prennent soin de ce magnifique projet. À bientôt !
DNH
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LES ÉTUDIANTS :
les oubliés de la pandémie ? LUCY GREEN
A l’annonce du couvre-feu en octobre 2020 en Île-deFrance et dans les métropoles les plus touchées par l'épidémie, le président de la République a reconnu publiquement que :
«
C'est dur d'avoir 20 ans en 2020 parce que ce sont
ceux
qui
vivent
un
sacrifice
terrible.
jeune, on fait la fête, on a des amis.
Quand
on
est
»
Des mois plus tard, les étudiants continuent à vivre ce sacrifice terrible
«
». Un an après le premier confinement
à cause de la crise sanitaire, les étudiants continuent leurs études et assistent aux cours en visioconférence. Confinés dans les résidences universitaires ou distraits
L’isolement
chez leurs parents, ayant du mal avec la fatigue de
Les
l’écran, isolés, anxieux et déprimés. Et oubliés par le
saluées
gouvernement ?
raison de la liberté et des opportunités qu'elles offrent. Un
Les
manifestations
étudiantes
à
travers
le
pays
années
comme
grand
social
passées
:
les
nombre
des
à
l'université
meilleurs
de
débats
ces
jours
sont de
opportunités
animés
en
classe,
largement
notre
sont des
vie
en
d'ordre séances
envoient un message clair – les étudiants ne peuvent
d'étude en groupe, des associations, des réunions dans
plus continuer ce mode de vie retiré. Les jeunes esprits
le resto U, des fêtes. Mais cette année, c’est différent.
brillants de l’avenir de France se sentent mis de côté.
Une étudiante à l’université d’Orléans a photographié
Le 12 janvier 2021, un groupe d’étudiants mulhousiens a
la distance qui caractérise la vie étudiante actuelle
écrit une lettre ouverte au président de la République
pour
en constatant qu’ils n’ont plus d’espoir et qu’ils estiment
Tours. Alexiane Carré, en première année de Master
être les
«
derniers confinés
».
Ils ont accusé Emmanuel
Macron d’avoir sacrifié toute une génération et mis en danger
le
futur
du
pays
en
limitant
l’accès
un
métiers
concours
de
organisé
l'enseignement,
par
de
le
CROUS
l'éducation,
Orléans-
et
de
la
formation, dit que :
des
étudiants aux cours en présentiel. Ces mots percutants
«
mettent en lumière la détresse étudiante actuelle.
dans une précarité prédominante qui est économique
Être
étudiant(e)
en
2020-2021
cela
signifie
vivre
pour un certain nombre d’entre nous mais également et avant tout- sociale. Être étudiant(e) en 2020-2021 cela signifie se lever dans un appartement étudiant, se préparer journée
brièvement devant
un
et
passer
écran
l’entièreté
d’ordinateur,
de
seul(e),
sa
sans
avoir la possibilité d’entretenir quelconque lien social avec ses camarades, ses enseignants. Être étudiant(e) en 2020-2021, cela signifie donc, être soumis(e) à une solitude inspirée.
constante.
»
Et
c’est
ce
constat
qui
m’a
PAGE 6 | ACTUALITÉS
Plus de motivation
Selon
Les interactions sociales sont une grande source de
janvier,
motivation à l’université, mais sans elles la volonté est
jeunes
usée. Selon un rapport de l’Assemblée nationale, un
représente une hausse de 16% en un an. Le Premier
jeune sur dix a décidé d’abandonner ses études depuis
ministre, Jean Castex, a fait part de son inquiétude
le printemps 2020 et le premier confinement dû à la
concernant le
démotivation
difficulté financière en raison de la
l’université.
causée
Dans
par
l’impossibilité
certaines
universités,
d’aller
le
taux
à de
les
derniers
au de
petits
chiffres
troisième 18
à
«
25
chômage
trimestre ans
de
étaient
pallier
Cela
des étudiants en
«
raréfaction des
ce
problème,
postes. Le gouvernement a aussi doublé le nombre de
mais cette année il faut vraiment se débrouiller seul
bénéficiaires
face
mensuelle d’un maximum de 484 euros). France Info a
la
même
charge
de
travail
et
des
bugs
d’ordinateur et de wifi. Qui plus est, un étudiant sur
constaté
cinq
bourses
n’a
pas
distance
le
selon
matériel
pour
l’Association
suivre des
les
cours
à
qu’en
Garantie
octobre
avaient
création
jeunes
2020,
augmenté
de
de
le
30%. Il faut déjà travailler en autonomie à l’université,
la
la
chômage.
des
gouvernement
de
annoncé
»
21,8%
en
connexion aux cours à distance est passé de 70% à
à
a
Pour
publiés
2020,
au
nombre croissant
».
boulots
du
(une
les
20,000
allocation
demandes
50%.
Les
de
étudiants
vice-présidents
continuent d’avoir du mal à joindre les deux bouts. Tous
d’université. Pas étonnant donc que le décrochage soit
les étudiants, boursiers ou non, peuvent bénéficier de
répandu.
deux repas par jour au tarif d’un euro dans le contexte de
La santé mentale se détériore L’isolement mentale.
et
la
D’après
progressive
des
restaurants
universitaires depuis le 25 janvier.
démotivation
pèsent
le
de
président
réouverture
sur
la
santé
l'Association
des
directeurs de services de santé universitaire, Laurent
Le retour au campus
Gerbaud,
les
Le 25 janvier marque également le jour où les étudiants
demandes de consultation psychologique au sein de
de première année sont retournés à l’université pour
ces services ont connu une hausse allant de 56% à
des travaux dirigés en demi-groupe, dans la première
83%
étape
pendant
selon
les
le
premier
établissements.
confinement
De
plus,
suivant
un
d’un
retour
progressif
à
l’enseignement
sondage publié dans Le Figaro Étudiant en décembre
présentiel. Le 22 février, Frédérique Vidal, la ministre
2020,
de l’Enseignement supérieur, a affirmé qu’à la fin du
santé
sept
étudiants
mentale.
Macron
a
Face
annoncé
sur à
dix
ces
la
s’inquiètent statistiques,
création
d'accompagnement psychologique février
2021,
permet
aux
pour
d'un
»
étudiants
leur
Emmanuel
«
chèque
qui, depuis le 1 de
consulter
mois
«
bonne
tout le monde aura repris nouvelle
pour
ceux
qui
»
en présentiel – une
sont
isolés
et
en
ont
assez des cours en visioconférence.
un
psychiatre ou un psychologue gratuitement au cours
La détresse étudiante gérée ?
de trois consultations de 45 minutes.
Bien
que
le
gouvernement
et
les
associations
universitaires aient introduit des initiatives pour mitiger
Les difficultés financières
la détresse étudiante, ces mesures sont venues trop
L’isolement et le manque de motivation ne sont pas les
tard. Le mal était déjà fait. On ne peut pas dire que les
seules causes de l’angoisse parmi les étudiants. Depuis
étudiants ont été totalement oubliés, mais ils n'ont pas
le début de la crise sanitaire, beaucoup d’étudiants
été priorisés non plus face à la pandémie. On peut
ont
s’attendre à ce que cette période laisse les traces sur
perdu
leurs
emplois,
précarité financière.
les
plongeant
dans
la
la
« génération Covid ».
20 20 L'INA.FR ET L'ANNÉE
PAGE 7 | ACTUALITÉS
par
DOUGLAS DEER
2020 - Une ann é e qui marquera les esprits
400 000 documents. Le plus grand succès de l’ina.fr a été son adaptation aux médias d’aujourd’hui.
Décrire un événement comme « historique » semble
Instagram et en publiant régulièrement des photos
presque banal dans un monde qui change aussi
ou des courtes vidéos d’archive, l’ina.fr est devenu
rapidement. L’accès à l’information qui nous est
une machine à remonter le temps pour toutes les
permis par la technologie et les médias sociaux
générations. L’ina.fr n’est pas seulement un endroit
intensifie l’immédiateté des événements à un tel
où les archives sont partagées, mais où celles-ci aussi
point que notre relation à l’histoire a tendance à se
« curated », c’est-à-dire organisées et entretenues
focaliser plus sur le présent que sur le passé. Par
pour ensuite être mises en valeur dans le but
exemple, après la défaite de Trump aux élections
d’informer ou d’éduquer.
En créant des comptes sur YouTube, Twitter ou
présidentielles, les vidéos retraçant les moments clés des quatre dernières années m’ont fait réaliser que
L’activité de l’ina.fr durant les turbulences de l’année
ces années ont été vécues presque jour par jour,
2020
passant d’un tweet à un autre sans même avoir le
sensibilité aux événements de la pandémie et aux
temps de réellement digérer ce qui venait de se
questions du racisme aussi bien aux États-Unis qu’en
passer la journée d’avant.
France, l’ina.fr a continué à partager tout au long de
s’est
révélée
impressionnante.
Avec
une
l’année des documents qui faisaient réfléchir à notre Tout ça pour dire qu’il serait peut-être mieux de
présent. Comme le directeur de l’INA Laurent Vallet
prendre plus de distance vis-à-vis de ce qui se passe
affirma en 2018 : « L’archivage n’est pas notre seule
autour de nous. « Distance » est un mot qui fait bien
mission. Nous nous attachons à produire des formats
peur en ces jours de restrictions et de confinement,
qui expliquent et conceptualisent l’actualité à partir
mais je parle ici d’une distance qui nous aiderait à
du passé. » De manière parfois ludique, parfois
replacer notre époque dans son contexte historique
sombre, les clins d’œil au passé sur l’ina.fr nous
et remettre le présent en relation avec son passé.
montrent comment notre monde a changé et surtout
Mais où trouver cette distance ? L’INA est un bon
comment celui-ci n’a pas changé
début.
L ' INA - Une machine à remonter le temps
Les d é buts de la pand é mie et le familier lointain
L’Institut National de l’Audiovisuel, ou l’INA, est une
En
institution publique où sont préservés tous les
Instagram, le premier signe du coronavirus sur le
documents audiovisuels français du 20ème siècle
compte de l’ina.fr fut une publication (26 février) d’un
jusqu’à nos jours. Que ce soit un programme de
extrait de documentaire en noir et blanc datant de
télévision diffusé en 1957 ou un interview à la radio
1962. L’extrait nous présente l’animal iconique de la
enregistré
probablement
pandémie : le pangolin, qui avait été accusé d’être la
quelque part dans ses archives. Cette institution est
cause de la transmission du COVID-19 aux êtres
une mine pleine de bijoux culturels, d’autant plus que
humains. Moins d’un mois plus tard, la France
depuis la création du site ina.fr en 2006, les
commençait le premier confinement annoncé le 16
internautes ont maintenant un accès gratuit à plus de
mars par Emmanuel Macron.
en
2002,
l’INA
l’aura
remontant
les
archives
téléchargées
sur
PAGE 8 | ACTUALITÉS
Les références à la pandémie deviennent plus courantes sur l’ina.fr et le 19 mars la page publie une courte performance afro-cubaine en 1958 d’une chanson qui s’appelle « Lavez-vous les mains » pour encourager l’hygiène…
D é bat sur le racisme - un lien transatlantique L’ina.fr a aussi utilisé sa plateforme pour relier les problèmes
du
présent
à
ceux
du
passé,
en
particulier les problèmes du racisme au sein des États-Unis et de la France. La première vidéo qui eut pour sujet le racisme suite au meurtre de George Floyd fut un extrait d’un interview en français avec James Baldwin diffusé en 1957 et téléchargé
par
l’ina.fr
le
2
juin
2020.
En
s’exprimant avec un français quasi-parfait, James Baldwin crée un lien transatlantique où le sujet du racisme devient un thème également important en France. L’ina.fr a continué ensuite de télécharger des vidéos
qui
documents
touchaient les
plus
au
racisme.
touchants
fut
Un un
des court
entretien de 1979 que l’ina.fr téléchargea le 10 août, dans lequel des enfants d’origine immigrante et issus de la banlieue parisienne racontent leurs expériences du racisme de tous les jours. Les cas montaient en France et les Français se rendaient de plus en plus compte que le danger sanitaire était réel et très sérieux. Le 25 mars, l’ina.fr téléchargea un extrait d’interview de Didier Raoult, un virologue qui est devenu célèbre au début de la pandémie grâce à une découverte d’un traitement contre le coronavirus qui a causé une polémique dans les cercles scientifiques. Dans l’interview de 2006, Didier Raoult nous prévient déjà du manque de préparations en cas d’épidémie. Dans un pays qui continue à trouver difficile de reconnaître certaines atrocités de la colonisation et ses propres problèmes avec le racisme, l’ina.fr utilise ses archives pour au moins contribuer à un débat qui peine à avoir lieu en France. L’ina.fr est avant tout un espace de partage culturel. Grâce à ses centaines de milliers de documents, le site nous permet de plonger dans le lointain et de découvrir le passé. Mais comme cet article a tenté de montrer, l’ina.fr est aussi un endroit
engagé
questionner,
où
critiquer
Cet
le et
passé
resurgit
pour
contextualiser
notre
À travers ses archives, l’ina.fr montre que les
présent.
thèmes et les acteurs principaux de la pandémie
responsabilité primordiale dans un monde où
engagement
représente
une
faisaient partie aussi bien de notre passé que de
l’immédiateté domine et où le travail d’histoire et
notre présent.
de mémoire devient de plus en plus important.
PAGE 9 | MÉDIA
«
MATTHIAS ET MAXIME
»
PAR XAVIER DOLAN, UN CHEF-
D’ŒUVRE CONTEMPORAIN SUR L’IRRÉALISABLE
SUPPRESSION DU DÉSIR
Matthias et Maxime est un film réalisé en 2019 par le réalisateur québécois Xavier Dolan. Le film tourne autour de Matthias (Gabriel D’Almeida Freitas) et Maxime (Xavier Dolan), deux amis d’enfance qui développent des sentiments l’un envers l’autre à la suite d’un baiser. Maxime va bientôt quitter Montréal pour partir en Australie, à Sydney, afin de trouver un travail. Il a décidé de partir en Australie pour ne plus habiter chez sa mère, de qui il doit s’occuper, et avec qui sa relation est conflictuelle due au fait qu’elle soit alcoolique. Lors d’une réunion entre amis chez leur ami d’enfance Marco, connu comme ‘Rivette’ (Pier-Luc Funck), Ericka (Camille Felton), la petite sœur de Rivette, incite le groupe à jouer dans le film qu’elle doit tourner pour son cours de cinéma à l’université. Tous refusent à l’exception de Maxime qui, au départ réticent, accepte finalement de jouer dans le film. Rivette, Franck (Samuel Gauthier), Brass (Antoine Pilon) et Shariff (Adib Alkhalidey) lancent un pari à Matthias qui en sort perdant et doit donc participer au film d’Ericka. Lorsque Matthias découvre que la scène qu’il doit tourner avec Maxime est celle d’un baiser, il refuse catégoriquement. Ses amis lui rappellent que Maxime et lui s’étaient déjà embrassés au lycée lors d’une soirée, mais Matthias se justifie en disant qu’il était sous l’influence de drogues lorsque cela eut lieu.
Le baiser déclenche des émotions mixtes chez Maxime et Matthias qui les répriment fortement. Maxime, de caractère timide et calme, semble désirer une réciprocité des sentiments qu’il éprouve pour Matthias, tandis que Matthias, d’habitude fier et perfectionniste, rentre dans une phase de négation profonde. Il n’ose pas remettre en question sa sexualité puisqu’il a une copine, Sarah (Marilyn Castonguay), avec qui il habite, et une carrière d’avocat prometteuse. Il réprime ses sentiments pour Maxime, déclenchés par le baiser, et agit avec froideur autour de Maxime lors des prochaines rencontres avec leur groupe d’amis. Ericka présente son film à Sarah et leurs mères qui trouvent la scène très artistique alors que Matthias est visiblement gêné. Lors d’une réunion d’affaires, Matthias rencontre un avocat de la branche de Toronto de sa firme, Kevin McAfee (Harris Dickinson), un dandy prédateur de femmes qui représente la masculinité hétérosexuelle dans laquelle Matthias veut se renfermer.
PAGE 10 | MÉDIA
Il prend ses distances avec le groupe qui organise une soirée d’adieu chez Shariff pour
Maxime
Australie.
avant
Sarah
se
son
départ
en
rend
compte
de
l’attitude réticente de Matthias envers Maxime et le pousse à venir à la soirée chez
Shariff
pour
éviter
de
blesser
davantage son ami. Matthias, qui est devenu
de
plus
en
plus
distant
et
austère, reste dans son coin tout au long de la soirée tentant de s’éloigner de ses amis qu’il trouve immatures. Lors d’un jeu
de
charades,
l’ambiance
devient
tendue entre Matthias et le reste du groupe
suite
à
une
accusation
qui
termine en bagarre. Matthias réalise qu’il a
dépassé
les
bornes
et
cherche
à
s’excuser auprès du groupe et surtout auprès
de
Maxime.
Les
deux
jeunes
finissent par se donner rendez-vous dans le garage et par défouler leur désir l’un pour
l’autre.
s’abstient
Cependant
d’aller
plus
Matthias
loin
et
laisse
Maxime sombrer dans le chagrin.
Xavier
Dolan
présente
de
façon
magistrale, dans Matthias et Maxime, la difficulté
de
faire
cesser
des
désirs.
L’amour, la sexualité, l’amitié et la quête
L’affection réprimée entre amis qui éprouvent des sentiments forts l’un pour l’autre crée de la tension tout au long du film. Les acteurs offrent des représentations très naturelles et la dynamique groupale est très organique, ce qui donne une dimension très humaine à ce film. L’esthétique de la cinématographie, dirigée par le cinématographe québécois André Tupin, est caractérisée par une texture granuleuse et des couleurs vives accompagnées de tons sépia qui donnent au film un effet de photographie argentique. La bande sonore est principalement composée de musique électro, dominante sur la scène urbaine québécoise. La combinaison de la bande sonore avec l’esthétique cinématographique encapsule parfaitement l’essence de la jeunesse de Montréal. Matthias et Maxime est un chef-d’œuvre du cinéma québécois qui réussit à capturer naturellement la suppression des sentiments et de l’affection entre deux personnes qui se désirent mais qui n’osent pas l’éprouver. Un film véritablement unique.
de soi sont les thèmes centraux abordés par Dolan dans ce film qui explore ces sujets à travers les personnages.
Carla
Suarez
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La Vie du hammam et la Guerre civile algérienne en tant que femme. Joanna Davies Le long-métrage « À mon âge je me cache encore pour fumer, » réalisé par la réfugiée algérienne Rayhana Obermeyer, est sorti en 2016, 25 ans après le premier jihad mené par le Front Islamiste du Salut contre la démocratie en Algérie. Le film, une adaptation cinématographique d’une pièce inspirée par les événements de 1990 écrite par Obermeyer en 2006, raconte l’histoire des femmes algériennes à Alger pendant la guerre civile entre le gouvernement algérien et divers groupes islamistes rebelles. La plus grande partie du film se passe dans un hammam: le film est donc interdit au pays natal d’Obermeyer à cause de la nudité et il a été tourné dans un hammam ottoman à Thessaloniki, en Grèce, où le corps d’une femme nue n’est plus « haram. » L’aspect clandestin de sa vision cinématographique témoigne du besoin d’émancipation des femmes dont les désirs ne tiennent pas dans la société conservatrice. En 1990, la première élection libre et démocratique en Algérie allait finir par cacher ses femmes de la société sous un régime qui cherchait à s’éloigner de la France et de ses valeurs. Comme Ali Benhadj (le co-dirigeant du FIS) le dit en 1990: “Il faut interdire la France et tous les pays qu’elle a nourris avec son lait empoisonné de l’Algérie, intellectuellement et idéologiquement et qu’on en finisse.” Selon lui et ses confrères salafistes, la démocratie n’existe pas dans la Maison d’Allah: il n’y a que la shura, la consultation des règles. Obermeyer a perdu des amis pendant les attentats terroristes réguliers; elle dépeint le fanatisme religieux comme une maladie contagieuse, voire une manie. Les hommes dans cette histoire sont tous dépeints comme les fondamentalistes psychotiques ou bestiaux,
associés aux scènes de viol et de meurtre. Même dans le hammam, un espace conjointement masculin et féminin, les hommes ont une main de fer sur la vie des femmes. Néanmoins absents, ces hommes exercent une certaine violence: Miriam est tombée enceinte hors mariage “parce qu’elle s’est assise dans la partie réservée aux hommes” et le film s’oriente autour de ce fait-là, le fait que Miriam doit être protégée de son frère qui est rentré de France et sa bande fondamentaliste islamique qui la voient comme «fornicatrice» et dont le bâtard doit être tué et mangé pour satisfaire la volonté d’Allah. Le hammam est ici un microcosme féminin plein de complexités, où une femme se fie à une autre, en échangeant gommages contre tragédies, thé sucré contre sécurité. Les femmes dans ce film sont plus façonnées par la mer que les hommes, lorsqu’elles s’écoutent les unes les autres attentivement, plus enclines à changer d’avis selon la situation. En fait, la mer joue un rôle subtil dans ce film: Obermeyer introduit la voix narratrice, amoureuse de la vue de la mer depuis sa terrasse, qui n'apparaît qu’à la première et à la dernière scène. La mer est la constante dans cette formule tragique, la constante qui confère l’espoir au milieu de ce chaos politique, promettant un avenir éblouissant. Ainsi le hammam, espèce de labyrinthe sous-terrain avec des compartiments dissimulés, devient un havre de paix pour ceux qui n’ont plus leur place dans une société, où les femmes de cadres sociaux différents peuvent discuter de leurs corps, de leurs maris ou même de politique. Le hammam est une soupape de sécurité vaporeuse, magique.
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Le spectre de la France règne dans ce film: un problème algérien mais une solution française. Chacun des personnages dans ce film a une attitude postcoloniale différente, est une note musicale dans la symphonie qu’est l’Algérie, une Algérie en tant que projet à la fois fondamentaliste et démocratique, à la fois « francophile » et contre la France. La France fut une terre de bonté pendant les années 60, 70 et 80 (et même aujourd’hui) après la fin de la guerre d'Indépendance en 1962: déménager en France était signe de succès. Cette aspiration est remise en question; une femme dans le hammam remarque: « Allez en France, revenez barbu! »cette remarque apporte un aspect concret à la métaphore coloniale, l’idée que l’intervention occidentale dans le monde arabe pendant le 19ème et 20ème siècle généra de nombreux problèmes, l’un d’entre eux étant le fondamentalisme islamique. Madame Mouni offre à Miriam (exilée dans le hammam et sur le point d'accoucher) un logement dans un HLM. Elle représente le cordon ombilical, le lien étroit, entre une société algérienne dangereuse et une société française, toutes deux fragmentées. Madame Mouni, rentrée de France afin de trouver une épouse algérienne pour son fils, définit implicitement la place des immigrants en France: ils sont des fardeaux marginalisés, démunis et racialisés dans les banlieues, aussi privés de leurs droits en France que dans leur pays natal. Il faut se cantonner à vivre le moins péniblement possible et accepter ce sort. Samia, une femme célibataire de 29 ans qui rêve toujours de mener une vie aisée en France avec un mari francoalgérien, est l’Agneau Immolé dans cette histoire, représentant l’esprit de l’Algérie, mort prématurément, tué par le mouvement violent qui cherche à protéger les droits des hommes et à brider les femmes, un mouvement promulgué par l’islamisme extrêmiste dans une Algérie en proie à la corruption et à la misère. Fatima, qui dirige le hammam, représente les gens ordinaires, algériens, qui ne possèdent ni idéologie ni histoire, ne parlant pas français. Elle ne veut que vivre paisiblement mais, quels que soient ses efforts, les rivalités politiques réelles lui ôtent sa raison d’être. Samia est l’écho de Fatima, de cette femme laïque, vengeant un peuple dont le destin fut anéanti par le fondamentalisme; de même, Fatima venge la mort de Samia, morte des mains des « barbus, » apaisant les relations entre deux groupes et ramenant l’harmonie entre la démocratie française et l’islamisme fondamentaliste
Ayant vu ce film juste avant l’examination et l’adoption d’un projet du gouvernement au parlement, la loi «séparatisme, » proclamée comme ‘un moyen d’agir contre ceux qui veulent déstabiliser’ la République, j’ai trouvé le message pertinent, malgré les anachronismes et différences géographiques et culturelles. C’est comme si cette loi de 2021 avait été votée directement à la suite des événements abordés par le film d’Obermeyer, contre ceux qui promulguent l’extrémisme d’abord en Algérie ou dans les anciennes colonies et puis en France. Le film invite à une analyse sur la spiritualité ainsi que sur la politique. Le schisme psychologique de l’Algérie résonne dans la relation entre ces deux autres femmes qui avaient étudié ensemble à l’université et qui mènent désormais des vies différentes: Nadia est une divorcée qui ne porte pas de hijab, l’autre, Zahia, est connue comme la veuve d’Emir, une femme qui porte le niqab. Nadia dit à Zahia: « Ton Islam n’est pas mon Islam, » une expression qui intègre le sentiment spirituel pendant la guerre civile, un sentiment qui se trouve dans les discussions d’aujourd’hui dans le monde arabe. L’Islam n’est pas simplement 90% de Sunni et de 10% Shia mais c’est plutôt la pratique des enseignements. L’Occident n’a pas encore pris conscience de cet aspect de l’Islam, imaginant ses citoyens musulmans comme déjà divisés en deux camps, dans une guerre civile perpétuelle. Le hammam brumeux sert à rendre la vie privée interne, publique et accessible. Nadia représente la France et Zahia le fondamentalisme islamiste. Zahia demande: « Où étaient les communistes quand les islamistes étaient en prison, désiraient-ils sauver l’Algérie? » Nadia répond: «Nous étions captifs dans la même prison mais nous ne devenions pas des monstres. » À vrai dire, il y avait différentes affiliations politiques en Algérie à l’époque et le gouvernement francophone (Front de Libération Nationale) luttait pour le pouvoir et le contrôle de ressources pendant la guerre civile. Le FLN employait les mêmes méthodes de torture sur les fondamentalistes et sur les communistes que celles employées par les Français sur les combattants du FLN pendant la guerre d’Indépendance des années 50. « À mon âge je me cache encore pour fumer » est une ode à l’Algérie et à son avenir, dont le discours politique officiel sera toujours anticolonialiste. L’Islam fera toujours partie de son identité, la partie purifiante et inébranlable, comme les vieux hammams qui ne cesseront jamais de proposer du thé sucré, des dattes et d’entretenir un sens aigu de la communauté, le hammam où « des fesses et des foulards de Dieu se confrontent. » Crédit Photo 1: ibnibnbattuta.com Crédit Photo 2: QUAI10 Crédit Photo: AFP
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Le rôle des grands partis français dans la légitimation du Rassemblement national : Peuvent-ils être tenus pour responsables de son succès?
© Reuters/R.Prata
Alors
Par Celestine Donovan-Bradley
que
les
politiques
populistes
du
Rassemblement national ont fait appel, dans une certaine mesure, à l'opinion « réelle » de la population
e
Rassemblement
national
(ou
autrefois Front national, considéré ciaprès comme une même entité) a prospéré dans des conditions socioéconomiques favorables à la
française, les politiciens traditionnels ont, au cours des trois dernières décennies, largement déçu les électeurs. Charles de Gaulle est le seul président de la Cinquième République à avoir obtenu une cote de popularité globalement positive. Jusqu'en 2017, la scène politique était dominée par le Parti socialiste et l'Union pour un
prédominance de la politique d'extrême droite, avec des
mouvement populaire. En conséquence, tous les
questions controversées comme l'immigration au centre
problèmes socio-économiques pouvaient leur être
du débat national. Il a également bénéficié de chefs
imputés. D'autre part, le Rassemblement national n'a
charismatiques exécutant une stratégie habile sous
jamais occupé de poste important au pouvoir, de sorte
l'œil attentif de la presse libre. Toutefois, la désillusion
que sa réputation reste intacte puisqu'il n'a pas encore
des électeurs à l'égard des actions des partis
eu
traditionnels et du système politique français dans son
désillusionner davantage l'électorat, la gauche et la
ensemble a considérablement contribué à faciliter le
droite ont commencé à se tourner vers le centre
succès du Rassemblement national, tout comme le rôle
politique dans les années 1980 ; le virage de
involontaire de ces partis dans la normalisation et la
l'administration socialiste vers l'austérité en 1983 en
promotion de son message. Bien que les partis
est un exemple parfait. Cela a brouillé la distinction
traditionnels n'aient pas créé les conditions de son
entre les deux blocs politiques et a renforcé le
existence, leurs échecs politiques et leurs tentatives
sentiment d'inutilité du système de vote. Avec le déclin
d'inhibition du Rassemblement national ont contribué
du Parti communiste français dans les années 1990,
de manière significative à la position influente dont il
nombreux étaient ceux qui cherchaient un autre parti
jouit depuis 35 ans.
tout à fait différent, promettant un réel changement.
l'occasion
de
décevoir
les
électeurs.
Pour
PAGE 14 | POLITIQUE
Cette « crise de la représentation » est illustrée par
d'attirer
des
votes.
Depuis
la
création
du
l'augmentation du taux d'abstention dans les années
Rassemblement national, toutes les administrations
1970 ; en 2016, 88 % de l'électorat souhaitaient voir
françaises ont montré une certaine complicité avec les
de nouvelles personnalités politiques en France. Par
idées du Rassemblement national, notamment en
conséquent, le Rassemblement national reçoit des voix
matière d'immigration. S'opposer à une position ferme
de tout l'éventail politique, y compris de l'extrême
sur l'immigration serait impopulaire, aussi les partis
gauche. Le succès initial de Jean-Marie Le Pen aux
traditionnels restent-ils au mieux silencieux. Le
élections européennes de 1984 peut s'expliquer en
Rassemblement
partie comme un vote de protestation, car le résultat
xénophobes de la population en les présentant sur une
n'a pas eu d'effet significatif sur la politique intérieure,
plateforme nationale et d'autres partis renforcent ces
permettant aux électeurs de choisir plus librement. On
opinions en les approuvant ou même en les adoptant.
retrouve des résultats similaires plus de vingt ans plus
Ainsi,
tard : un sondage réalisé en 2011 auprès des électeurs
Rassemblement national est l'infiltration de ses idées
du Rassemblement national a révélé que 48 % d'entre
dans la politique générale et sa capacité à manipuler
eux n'ont voté que pour exprimer leur mécontentement
les autres partis pour qu'ils suivent la même
face à la situation actuelle. Cette caractérisation d'une
rhétorique.
l'une
national
des
plus
légitime
grandes
les
opinions
réussites
du
partie considérable du vote du Rassemblement national comme une forme de protestation plutôt qu'un véritable soutien à leurs politiques implique directement que les partis
traditionnels
contribuaient
au
succès
du
Rassemblement national.
L'une des plus grandes réussites du Rassemblement national est l'infiltration de ses idées dans la politique générale et sa capacité à manipuler les autres partis pour qu'ils suivent la même rhétorique.
© www.independent.co.uk
Depuis 2017, le paysage est très différent ; l'élection surprenante du jeune parti centriste de Macron a mis fin à la domination bipartisane, ouvrant potentiellement la France à de nouvelles voies politiques. nombreuses
Les
statistiques
personnes
montrent
partagent
les
que
de
vues
du
Rassemblement national mais sont encore aliénées par ses liens extrémistes. Combinées aux faibles cotes de popularité de Macron, les tentatives de Marine Le Pen Les partis traditionnels sont responsables des
de normaliser le parti avec une politique économique
progrès du Rassemblement national non seulement en
plus développée et une position culturelle plus
raison de leurs propres échecs, mais ils ont activement
modérée, tout en restant ferme sur l'immigration,
contribué
pourraient voir le Rassemblement national faire des
à
son essor en normalisant et même en
adoptant les politiques du Rassemblement national afin
progrès significatifs lors des élections de 2022.
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Le meurtre de Samuel Paty met en évidence l'expérience toxique de l'extrémisme en France.
faisant huit blessés, mais cette affaire a été très peu couverte par les médias. Bien sûr, cette disparité n’est pas exclusive à la France ; nous avons vu les mêmes délibérations se dérouler à la suite du meurtre de Jo Cox en Angleterre. Mais le problème de l'extrémisme est plus profond en France, et on peut classer le problème en deux grandes catégories : le terrorisme islamique issu du passé coloniale et la montée de l’extrême droite comme conséquence de la radicalisation réciproque. Les liens coloniaux peuvent être utilisés comme une explication - les tensions créées par une république qui est « colourblind » sont aggravées par les problèmes de ségrégation qui sévissent dans les grandes villes de France.
Il est assez facile de retrouver un motif entre les attaques terroristes des deux dernières décennies et le lien de la France avec le Maghreb. Le 16 octobre 2020, Samuel Paty, un professeur de collège, a été pris pour cible par un terroriste islamiste et décapité dans la rue par un réfugié musulman-russe de 18 ans, Abdoullakh Abouyedovich. Après avoir montré à ses étudiants un dessin animé de Charlie Hebdo représentant le prophète islamique Muhammad, une campagne de médias sociaux a été lancée contre Paty.
Macron a décrit l’incident comme un « attentat terroriste islamiste typique », et que Paty a été tué pour avoir enseigné la liberté d’expression à des enfants. Pour comparer, l'homme français qui a tenté de faucher une foule de fidèles devant une mosquée à Créteil en 2017 n'a pas été déclaré terroriste en puissance. Apparemment, il a fait des « références confuses à l'attaque du Bataclan » et il a rapidement été déclaré schizophrène. Quelques jours après, deux hommes français ont ouvert le feu devant une mosquée à Avignon,
Pendant les années 90, le GIA a étendu la guerre civile algérienne à la France avec le détournement en 1994 d'un avion destiné à la tour Eiffel et une série d'attentats visant les transports publics à Paris et à Lyon.
Crédit Photo 2: Laurent Cipriani/Associated Press
Les attentats de Charlie Hebdo de 2015 ont été perpétrés par deux frères nés à Paris de parents algériens, tandis que celui du camion de Nice de 2016 a été perpétré par Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, un Tunisien vivant en France, un attentat revendiqué par l'État islamique. Toutefois, il est quelque peu étroit de faire explicitement ce lien.
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économiques et militaires franco-africains sont souvent critiquées comme étant corrompues et clandestines et facilitent les tensions entre la France et son ancien empire
Crédit Photo 4: Dmitry Kostyukov pour The New York Times (30/10/2020)
Cette relation entre la France et ses anciennes colonies peut être distinguée en trois formes : le ressentiment colonial, les problèmes contemporains en France (tels que le manque d’intégration) et ‘françafrique’ (l’aide économique, les troupes et l’intervention électorale).
On ne peut pas nier l’absence d’une véritable acceptation d’un passé colonial par la France et la nécessité d’un changement des comportements français concernant l’Afrique du Nord. Ces deux marchent ensemble pour faciliter le terrorisme islamique.. Cette situation est aggravée par des problèmes plus contemporains. Les banlieues séparées et négligées, l’interdiction du burkini et des prières de rue des musulmans et l’« incompatibilité » de la foi musulmane avec la valeur française de laïcité sont utilisé dans la propagande de Daech pour représenter la France comme l'oppresseur (passé et présent) du monde musulman. Les lacunes dans l'intégration des communautés minoritaires, souvent considérées comme l'une des causes profondes du terrorisme, sont souvent interprétées comme la perpétuation postcoloniale de la "subalternité" du sujet colonial. De plus, les groupes de défense des droits de l'homme craignent que ces lois aient inévitablement des répercussions violentes et discriminatoires sur les populations musulmanes, arabes et africaines de France. La France continue d'étendre sa sphère d'influence à ses anciennes colonies en intervenant dans leurs affaires intérieures. Les activités des différents réseaux politiques,
L’attribution de 21,3 % des voix au premier tour des élections de 2017 à Marine le Pen montre que l’extrémisme d’extrême droite se développe parallèlement à cette menace terroriste islamique. L’idée que les Français craignent l’Islam est justifié en définissant l’Islam « opprimant les femmes » comme fondamentalement opposé à la France libérale. Les attaques terroristes liées à l’extrémisme islamique sont perçues comme étant représentatives de la foi islamique dans son ensemble, plutôt que comme une lecture extrême de la foi. Cette perception erronée de l'islam alimente la haine de l'extrême droite à l'égard de la culture musulmane et aggrave le racisme en France. Par conséquent, le Rassemblement National a vu son soutien augmenter ces dernières années, après le succès du premier tour du FN 15 ans plus tôt. Le récent agresseur à Avignon a été décrit comme un « extrémiste anti-musulman », appartenant au groupe Génération Identitaire, la branche française du groupe xénophobe anti-migrant « Generation Identity », qui a attiré les jeunes par le biais des médias sociaux, en exploitant la peur des réfugiés et du terrorisme. Donc, on voit le phénomène de la radicalisation réciproque en France, dans lequel les groupes extrémistes se nourrissent les uns des autres dans un cycle de rhétorique et d’actions croissantes.
Crédit Photo 3: The Telegraph
La France est coincée dans un cercle vicieux d’extrémisme islamique et d’extrême droite, qui se provoquent mutuellement et exacerbent les tensions coloniales et la rhétorique raciste dans tout le pays.
Freya Thorner
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MACRON ET
'
L ALGÉRIE ALLY AZIZI
PAR Que
signifie
'
le
refus
de
Macron
'
Le
refus
de
Macron
implications
de s excuser auprès de l Algérie ?
de
politiques
s'excuser
a
internes
également qui
des
pourraient
compromettre sa réélection aux présidentielles de 2022. En
janvier,
le
président
français
Emmanuel
Macron
a
déclaré qu'il ne s'excusera pas pour le passé colonial de la France et les atrocités commises contre l'Algérie. Bien que
Macron
semblait
progressiste
dans
sa
campagne
présidentielle de 2017, pendant laquelle il a reconnu la colonisation pense
que
comme cela
présenter
des
»
symboliques
un
ne
«
crime
suffit
excuses, seront
contre
pas.
En
des
prises
au
apaiser
lieu
«
soi-disants
pour
»,
l'humanité
outre,
les
je
Comme
on
a
déjà
tensions
actuelles avec l'Algérie. Mais qu'est-ce que cela signifie ?
en
reconnaissant
les
furieux et prolonger de tels propos aurait pu mettre en danger ses chances de gagner.
quelles sont les conséquences? Selon moi, des
«
»
actes symboliques
ne sont faits que
pour apaiser l'Algérie à court terme et il n'y a en réalité pas
de
plans
pandémie
- -
l'observer,
les propos de Macron ont rendu beaucoup de Français
de
actes
pu
crimes commis par la France pendant la guerre d'Algérie,
et
pour
le
moment,
l'économie
en
encore
déclin.
moins
Oui,
il
y
avec
la
aura
la
pourquoi le président refuse t il
reconnaissance du meurtre d'Ali Boumendjel par l'armée
de s excuser?
française, la réactivation du projet de Musée de l'Histoire
'
de la France et de l’Algérie à Montpellier, et la possible Benjamin Stora, un historien impliqué dans cette décision,
réinhumation de Gisèle Halimi au Panthéon, mais est-ce
a cité les excuses du Japon auprès de la Corée du Sud et
que ce sera tout ?
de la Chine comme exemples d’excuses qui n'ont rien fait pour
améliorer
les
relations
entre
les
pays.
Il
a
raison.
Les deux premiers auront été oubliés par tous au bout
Cela n'a pas fonctionné car ces excuses ne consistaient
d'une
que de mots. Donc, il y a deux résultats possibles : soit
tournant
l'Algérie refuse les excuses et les relations restent fragiles,
performatives et elles semblent être faites sous pression.
soit elle les accepte à condition qu’il y ait des résultats
Sans le mot
concrets,
le strict minimum. Il est clair qu’il veut les éviter parce qu'il
par
financières.
Cette
raisonnable Tebboune,
exemple
? a
des
dernière
Le
réparations, proposition
président
déclaré
qu'il
notamment
n’est-elle
algérien, attendait
pas
semaine
et
dans
le
la
troisième
diversité.
ne
Ce
marquera sont
pas
des
un
actions
« excuses », Macron peut s'en sortir en faisant
est préoccupé par son actuelle impopularité.
Abdelmadjid des
excuses
Si des excuses étaient présentées, la France aurait plus d'occasions
officielles, ce qui insinue qu'il les acceptera.
l'accepter.
pour Par
comprendre
exemple,
en
son
passé
réformant
colonial le
et
de
programme
Les siècles d’exploitation non seulement des ressources
scolaire et en enseignant aux élèves ce que la France a
naturelles de l'Algérie, mais aussi celles du Moyen-Orient
fait
ont mené à l’affaiblissement des ex-colonies et de leur
importante parce qu’elle constitue la première étape pour
position
sont
se
l'ex-
haine
donc
économique.
la
moindre
des
Les
réparations
choses
que
financières
puisse
faire
à
ses
colonies
débarrasser contre
colonisateur. De plus, la colonisation est allée au-delà des
conséquences
préoccupations économiques et a réduit les colonies à un
colonies.
des
dans
passé.
stéréotypes,
les de
le
la
migrants
L'éducation
réduire et
colonisation
les
est
crimes
comprendre pour
les
si
de les
anciennes
terme générique : l'Orient, c’est-à-dire la répression de la culture et de la langue des colonies et les abus commis
En ce moment, je suis déçue mais pas surprise. Je pense
contre
sont-elles
qu'il faudra encore plusieurs décennies avant que les ex-
»
colonisateurs reconnaissent leur passé et le mal qu'ils ont
leurs
peuples.
Toutes
ces
censées être compensées par des sans réparation ?
«
horreurs
actes symboliques
commis contre les autres et qu'ils s'en excusent.
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QUE PEUT-ON APPRENDRE DE LA SATIRE DE VOLTAIRE? COMMENT LA LITTÉRATURE PEUT-ELLE CHANGER UNE SOCIÉTÉ ? ALINA SELIVERSTOVA
Dans le Dictionnaire Philosophique, Voltaire dit que
«
les livres les plus utiles sont ceux dont les lecteurs font eux-mêmes la moitié
».
Il s’inspire ainsi de Kant, qui en
Il ridiculise par exemple le style sentimental car celui-ci dépendrait
des
passions;
le
contraire
direct
de
la
raison. Voltaire utilise ainsi des déclarations radicales
«
1784, définit le siècle des Lumières comme la nouvelle
dans ses contes comme dans Zadig, lorsqu’il dit que
nécessité d’utiliser sa raison d’une façon indépendante
Zadig dormit, quoique amoureux, tant il était fatigué
et d’exercer sa liberté intellectuelle. Ainsi, la réponse
Voltaire
de Voltaire à cette période fut l’écriture des contes
amoureux,
didactiques Zadig (1747) et Micromégas (1752), ayant
dépeinte dans les romans sentimentaux. Au contraire,
pour but d’instruire et de former un lecteur actif. Le
Zadig pense que le sommeil est plus important que
lecteur actif est celui qui questionne ce qu’il lit et
l’amour qu’il ressent, et franchement qui pourrait l’en
déchiffre
blâmer ?
victime
le
de
sens
par
textes
lui-même
:
dogmatiques.
ainsi,
il
Cette
n’est
notion
pas
ridiculise on
alors
ne
l’idée
peut
suivante:
pas
dormir;
lorsqu’on idée
»: est
souvent
très
importante par le passé devient aujourd’hui d’autant
Enfin,
il
est
important
plus sérieuse avec l’émergence de fausses nouvelles
fonctionnement
dans le contexte de conflit, de pandémie ou encore
était un défi à l’époque où Voltaire écrivait, la censure
de la vie de certaines célébrités.
faisant
d’une
souvent
l’exemple
de
de
noter
société
obstacle
Voltaire
que
à
aux
réprimander
travers
la
opinions.
démontre
que
le
littérature
Cependant,
ce
défi
peut
Je vais tout d’abord discuter de l’importance de la
encore être surmonté. Au début de son conte, Voltaire
satire dans la littérature didactique. La satire est un
déclare que Zadig est la
outil utilisé pour donner au lecteur actif un indice qu’il
sage
doit lire attentivement et ne pas tout prendre comme
accusations et la censure car, techniquement, il n’écrit
une vérité. La satire est aussi une manière de donner
pas ses propres idées, mais ne fait que traduire.
»,
lui
permettant
«
traduction d’un livre d’un ainsi
de
contourner
les
un point de vue sans l’écrire directement : cela donne au lecteur l’occasion de comprendre par lui-même ce
Peut-être que le fait que le conte soit une
qui
»
se
dit
dogmatique
.
La
satire
une
questions ouvertes de Voltaire ou de tout autre auteur.
surtout le faire de manière non dogmatique. Comme
propres
ce
qui
est une invitation pour le lecteur à traduire lui-même
on peut tirer des leçons de ce qu’on lit mais on peut
ses
actif,
non
aux
développer
lecteur
manière
le sens de tout ce qu’il lit. Si l’on devient lecteur actif,
de
un
donc
traduction
lui
permet
d’éduquer
est
«
conclusions
nous Pour
Voltaire,
l’un
des
moyens
les
plus
efficaces
le
rappelle
employée
par
une
Kant,
«
d’employer la satire se fait en ridiculisant différents
simplement
styles littéraires. Son but ultime est de maintenir et
Comportement
d’encourager un style de raison dans ses contes.
semblerait-il!
il
célèbre faut:
oser que
nous
«
devise Sapere
penser oublions
par
des
Lumières
aude
!
»
ou
»
toi-même .
souvent
de
faire,
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on se trouve entre les coutures
credit:vogue.com
La recherche d’identité dans la mode est ancrée dans la crise de modernité et la perte de soi au sein d’une foule. Baudelaire, à ce titre, affirme que « la modernité, c'est le transitoire, le fugitif, le contingent, la moitié de l'art, dont l'autre moitié est l'éternel et l'immuable »,
« la modernité, c'est le transitoire, le fugitif, le contingent, la moitié de l'art, dont l'autre moitié est l'éternel et l'immuable », mettant l’accent sur la tendance humaine à immortaliser une présence artistique. La mode, ce faisant, est devenue une extension d’art par la personnification de l’esthétique et par la caractérisation du canon de la beauté. La France est rapidement devenue le centre mondial de la haute couture. De nombreuses maisons de mode ont été fondées à Paris où la modernité a créé un lien entre la créativité et la consommation. La société s’inspire des idées de beauté alors que des pièces artisanales voient le jour dans les grands magasins et sont rendues exclusives.
La modernité a rendu la mode accessible et tend à s’éloigner de l’ostentatoire pour se tourner davantage vers un moyen d’expression. Historiquement, la mode était une source d’identification, les vêtements au travers des étiquettes étaient un marqueur de classe et de richesse. L’essor des maisons de mode a contribué à mettre en valeur l’expression de soi par la diversité du choix proposé au public. Le moi, non identifiable dans la foule d’après Baudelaire, était individualisé par les pièces portées. La France contrôlait alors les normes artistiques, créant les premières maisons de mode qui ont donné vie à l’art. Aujourd'hui encore, on peut voir des collections inspirées par des peintres célèbres et des pièces d'art disponibles à l'achat. Le désir d'imiter l'art a fondamentalement conduit à la création d'un style français iconique qui incarne le style ‘sans effort', le minimalisme et l'élégance, restant ainsi fidèle à ses racines artistiques.
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Il détient un tel pouvoir mondial que la volonté d'imiter le look signature pimente nos médias. Des livres sur la façon de manger comme une Française, des vidéos sur la façon de s'habiller comme un Parisien et même des émissions de télévision qui mettent en avant la différence entre le style français et « l’autre » soulignent que le style français est autonome et facilement identifiable. Cependant, cette création d'un style distinct constitue une pression pour rester fidèle à une norme de plus en plus tendue par la popularité croissante de la mode ellemême.
L'industrie de la mode est progressivement remise en cause par la controverse sur les troubles alimentaires et la création d'un environnement où le maintien d'une norme de beauté pour les mannequins est appliquée d’une manière très stricte. La nature sans effort du style français semble maintenant exiger beaucoup d’effort paradoxalement et nous nous éloignons de la mode comme ressource d'expression personnelle pour devenir une industrie de conformité. Alors pourquoi est-il si important de maintenir un style français ? Il semble être enraciné dans son histoire d'imitation de l'art guidé par la quête de l'intemporalité. Cela semble largement incompris et repoussé par la mondialisation. Les médias sociaux se font les reflets des tendances bien intégrées de la mode française, car les jeunes sont de plus en plus influencés par les styles d'Instagram et d'autres plateformes, où ils osent être plus expérimentaux.
credit:pinterest.com
credit:pinterest.com
Les formes d'expression américanisées sont très centrées sur l'affirmation et la présence forte, alors que les Français optent pour un impact durable à travers un look signature et éternel - inspirant et qui suscite beaucoup d’imitation. Le standard de beauté change, passant du chic héroïque aux courbes Kardashian, mais les dirigeants de longue date de la haute couture refusent de s'éloigner de la minceur française pour rester fidèle aux racines artistiques de la mode. On cherche notre identité dans la mode, nous l'utilisons comme un moyen pour nous exprimer mais la poursuite excessive de soi conduit à se perdre dans le lieu auquel on est inévitablement confrontés. La mode française est soit une mode quotidienne, intemporelle, axée sur le maintien d'une image élégante, soit une haute couture de grandes expressions créatives de l'art. Ces deux canaux d'identité, et finalement ce qui constitue le look français, ont été conservés pendant des années dans l'aspiration à demeurer intemporels dans un monde moderne en constante évolution.
Alvia Zaidi
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ALBERT CAMUS UN HOMME QUI CONTINUE À VIVRE DANS NOS VIES par Christina Cserep
Sa vie
considérer
Né en Algérie en 1913 dans une famille
d’origine
française,
Camus
grandit dans les milieux modestes d’Alger après la mort de son père peu de temps après sa naissance. Pendant ses études à l’université d’Alger en 1930, Camus a vécu sa première attaque de la tuberculose. Cette maladie réapparaît tout au long de sa vie et a beaucoup influencé sa vision de la vie et ses œuvres. Il a réussi à finir ses études à l’université et à déménager en France. Cependant, pendant la deuxième guerre mondiale, la France fut occupée par l’Allemagne,
et
Camus
décida
de
participer à la Résistance pour aider à libérer le pays. Ce fut à cette période qu’il publia L’Etranger, et juste après la fin de la guerre La Peste, deux de ses œuvres les plus célèbres. Il continua son travail en tant que journaliste politique, mais se concentra beaucoup sur son travail au théâtre.
Sa philosophie
La philosophie de Camus est
complexe.
Elle
découle
maladie arrive dans la ville et la population se trouve au milieu d’une
inutile et qu’il ne fallait pas avoir de
épidémie de peste. Il va sans dire que la
buts. Ce point de vue est très sombre,
similarité entre la situation dans le livre
sans espoir et certains clamaient qu’il
et avec ce qui se passe de nos jours est
était un peu kafkaïen. Donc il n’est pas
l’une des explications de la reprise des
étonnant que Camus se considère
ventes.
comme
est
la
athée.
impossible
naissance
Cependant,
sans
quarantaine: toutes ces idées présentes dans le livre sont représentatives de
politiques. Au début il était communiste
notre nouvelle normalité. Cependant,
mais au fil du temps il en est devenu
on
mécontent
et
promouvoir
l’anarchie.
en
Camus
L’incertitude, l’isolement, la
opinions
prendre
d’analyser
c’est
compte
a
ses
commencé
peut
aussi
suggérer
que
les
à
ressemblances entre les attitudes des
aussi
personnages envers l’épidémie et les
préconisé la paix pendant la guerre
attitudes des humains du XXIe siècle
d’Algérie et a critiqué le bombardement
sont
d’Hiroshima.
l'anarchie chez Camus est évidente.
La Peste et le coronavirus
Dans
Il
a
similaires. La
Peste
coronavirus,
La
croyance
et les
pendant
en le
réponses
Dans le climat actuel, ce n’est pas
gouvernementales furent retardées et
surprenant du tout de voir une hausse
beaucoup pensent qu'elles ont échoué.
de la popularité de Camus. Ses idées et
Ainsi, les personnages dans le livre
ses opinions, décrites dans ses œuvres,
réalisent
semblent être très pertinentes à propos
l’assistance du gouvernement, parce
du coronavirus et de tout ce qui en
que c’est le seul moyen de sauver la vie
résulte. Tout autour du monde, depuis
des citoyens. C’est peut-être cette
la Grande Bretagne jusqu’en Italie ou au
solidarité et la volonté de protéger tout
qu'ils
doivent
agir
sans
son
Japon, La Peste est devenue l’un des
le monde qu’on se doit d’apprécier. Le
expérience de la tuberculose, de son
livres les plus recherchés. Pourquoi ce
coronavirus a complètement changé
engagement politique et aussi de ses
livre a-t-il bénéficié d’un regain de
nos vies, mais ce livre offre une
origines
popularité ?
résolution à l'unité. Et c’est cette unité et
algériennes.
Ces
de
de
l’absurde. Il croyait que la vie était
multiples
raisons lui permettaient d’avoir un avis particulier. La première chose à
L’histoire se déroule à Oran, en Algèrie, au début des années 40. Une
la responsabilité sociale dont on a besoin.
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L’ART DU PARFUMEUR Inspiré de la Rhapsodie sur un thème de Paganinien la mineur, op.43, Sergueï Vassilievitch Rachmaninov « Et tu feras avec cela un parfum composé selon l’art du parfumeur ; il sera salé, pur et saint » - Exode 30 :35
L’œil coulant de la Seine me trouva égaré. Radieuse, elle prit ma main et je pris la sienne. Qu’il est heureusement difficile d’oublier Toutes ces distractions de la vie parisienne. Ami, là sont ses bijoux, que tu t’en souviennes… Les vieux toits toussant des rafales de fumée, La jeune brise austère sifflant comme une hyène, Le courroux de conducteurs aveugles et saoulés…
L’OEIL JAUNE
La ville lumière et ses odeurs malsaines, Par les accordéons se voient purifiées. Qu’il est heureusement difficile d’oublier Toutes ces distractions de la vie parisienne !
Inspiré du Concerto pour piano nº 2 en fa majeur I. Allegro, Dmitri Dmitrievich Chostakovitch
Car son sang bruyant brûle dans nos veines, La Seine sauve Paris et chante en français. Qu’il est quand même facile de pardonner, Lorsque les larmes de nos villes sont si saines !
Charriant du sang visqueux des poissons pâles, Débordant de taches souillées d’êtres malades, Cette lente rivière jadis couleur cristal, Collabore avec la Mort, combat des vies fades. L’écho des pluies fracassantes contre ma tête L’entraîne sur son bateau. Telle une noisette, Elle pagaie, légère, radieuse, entre la fente Fraîche et les petits trous déchirés de ma tente. J’entends la cadence rythmée des avirons, La voix en suspens, apaisant le moribond, Et tombe ma tête sur mes épaules raides La paume de ma main touche la terre tiède, Mes yeux jaunis n’ont plus la force pour pleurer, Le soleil salue mon âme, lui plante un baiser.
Les poèmes font parti du recueil Berceuse dans le Noir (Le Socle, 2018), écrit par Gabriel Naginski.
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Truismes Beatriz González de Miguel
On attendait la pleine de lune Pour devenir les enfants de l’adieu. On attendait cette métamorphose En lui confiant le remède à la douleur.
Comme si c’était une opportunité de devenir d’autres, D’entrevoir nos reflets à travers le corps étrangers. Mais l’œil du loup-garou restait si trompeur, Qu’on ne faisait que travestir nos âmes Dans des costumes qui faisaient peur. En dedans nos nouvelles peaux, On ne parvenait qu’à masquer Les incongruences de l’esprit antérieur.
Vieilles chenilles devenues papillons, Qui s’enfuient à travers l’envol, De cette chrysalide qui restera le témoin De cette vie dont on nie l’existence. Jusqu’à ce que les deux enfants âgées, Se retrouvent sous la lune spectatrice Et, malgré tous ses efforts, Ils se trouvent dans des corps agrandis, Qui se rendent à l’inexorable évidence.
PORTRAIT Sophie Le Meur
Photo Credit 2: Christian Lambert Photo Credit 1: Owen Vachell; @orvphotos
Photo Credit 3: CHUTTERSNAP
Je suis dans l'appartement de maman. Une lumière tamisée traverse le salon d’un bout à l’autre, enjambant et contournant les multiples bibelots qui envahissent la pièce. Le rayon doré a longuement joué avec les ombres et a creusé la lumière avant de finalement se poser sur ma peau. Je l’ai vu venir, au fil des heures, s’approcher doucement, ce timide bout de soleil. Et maintenant que la lumière effleure le bout de mon pied, et que la tendre chaleur irradie dans tout mon corps, je m’alanguis un peu plus dans mon fauteuil pour profiter de cet instant suspendu. Tout n’est que douceur ce matin. Paris s’éveille à peine et, dans l’appartement déserté, une énième cigarette au bout des doigts, je goûte au plaisir oublié du silence. Maman ne fumait pas. Elle ne buvait pas non plus d’ailleurs. Ou très peu, lorsque le contexte ne se prêtait pas au refus. Une vie mesurée, une vie pondérée. Une vie fade, en somme. En effet, son existence fut, des années durant, dirigée par l’image qu’elle voulait donner d’ellemême ; une image véhiculée par d’illustres inconnus dans les magazines et à la télé, inaccessible de surcroît. Ces mêmes figures qui effacèrent d’année en année ma chère maman pour ne laisser qu'une femme vidée de ses passions et torturée à l’idée de ne pas être comme il faudrait. En ce qui me concerne, je ne tiens pas grandchose d’elle. Par esprit de contradiction je suppose, j’ai préféré goûter à tous les abus: alcool, drogue, et j’en passe.
« Pour tenir » me disais-je au départ, pour « lâcher prise » me convaincs-je plus tard.
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Je me suis tout permis, tout autorisé, repoussant la moindre limite qui s’offrait à mes yeux. Ainsi, je suis devenue dépendante à l’expérience, accrochée à la nouveauté sans savoir ce que je voulais : une sombre impuissance sous couvert de liberté. Et ces traits qui hier faisaient de moi une passionnée sont aujourd’hui des addictions que je camoufle sous ma nonchalance travaillée et mon air faussement négligé. Mais pire que tout, après une enfance à subir cette illusion, qui eut cru que j'en finirait l'instigatrice ? Mais loin de cet appartement, je suis une femme puissante. Brillante éditrice d'un grand magazine féminin, j’ai consacré ma vie à la Femme. Lui dévoilant chaque saison tant prêtà-porter que prêt-à-penser ou révélant au travers d’une vulgaire recette de cuisine et d’une leçon de psychologie simplifiée l’unique chemin du bonheur. Non, tout cela n’est qu’un vague conglomérat d’articles contradictoires uniquement destinés à satisfaire nos milliers de lectrices. Et chaque jour qui passe, je me livre à cette mascarade car je ne sais rien faire d’autre. Je continue inexorablement et, surtout, je savoure mon pouvoir. Peu importe si je crois à ce que j’écris, le pouvoir quand on y goûte, on n’y renonce pas. A ces pensées ma main tressaille et quelques cendres se dispersent sur le tapis persan. Même mes gestes trahissent mon désarroi. J’ai beau vouloir y croire très fort, je sais qu’au fond cette existence est absurde, mais j’ai peur. Alors je ne changerai pas. Je suis dans l’appartement de maman. Et dans cet appartement abandonné depuis quelques heures seulement, règne désormais un calme assourdissant. Tout semble figé depuis son départ. Rien n’a changé, rien n’a bougé, et malgré mes années d’absence, ici je suis toujours la petite fille timide, le vilain petit canard qui n’est pas à sa place. Le soleil a tourné, et après avoir embrasé le salon et mes sombres pensées, il se détourne désormais de mon corps endolori. Ainsi s’achève une nouvelle nuit sans sommeil et commence un nouveau jour sans but. A la seule différence que, ce matin, il règne une quiétude inhabituelle.
L’appartement est vide et ni elle, ni moi, n’avons gagné. Maman n’est pas là, plus là, et seule reste sa silhouette dans mon ombre .
entretien avec les auteurs
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du département de français de King’s qui sont maintenant des auteures publiées nous donnent un peu de leur temps pour parler de leur parcours depuis King’s et de leur expérience en tant qu’écrivaines. Cet entretien fait suite à l'événement Salon Littéraire, organisé par le département de français, qui a eu lieu en Décembre 2020. Trois alumni
On vous présente Rachel Edwards, qui a étudié le français et l’anglais à KCL, auteure de Darling qui a été publié en 2018, un thriller qui immerge le lecteur dans le vote du Brexit, et maintenant elle prépare son deuxième livre Lucky, qui sera publié en Mai 2021. Delphine Grouès, diplômée en français et espagnol ici à King’s, est l’auteure de la thèse “Cris et écrits de l’opprimé,” qui parle de la protestation populaire au Chile, elle a aussi publié une pièce de théâtre appelé La Lueur de l’Ombre (2010) et est la co-auteure de l’œuvre Carmen et Teo (2020). Et, finalement, Francesca Reece, qui a aussi étudié le français et l’anglais à KCL. Avec son histoire courte “So Long Sarajevo/They Miss You so Badly,” elle reçoit le prix Desperate Literature en 2019. Et en juin 2021, elle publiera son premier roman Voyeur. L’entretien complète est déjà disponible sur notre Blog, si vous voulez le consulter, allez sur nos réseaux sociaux (@desnouvellesheloise) ou entrez sur notre blog: kcldenouvellesheloise.wordpress.com
Les trois auteurs par ordre: Francesca Reece (en haut) Rachel Edwards (en haut à droite) Delphine Grouès (à droite)
Tout d’abord, je voudrais vous parler de votre expérience ici à King’s en tant qu’étudiant au département de français. Est-ce que vous avez toujours voulu étudier la littérature ? En particulier la littérature française ? Et, quels souvenirs gardez-vous de votre expérience à KCL ?
Rachel
Dans mon cœur, j’étais décidée à lire en français et en anglais à King’s mais je l’ai échappé belle : mes parents, tous les deux médecins, étaient à l'origine enthousiastes à l’idée de faire du droit et de m’embarquer dans une ‘profession convenable’. Mais j’ai su à environ mes sept ans que j’étais, au fond, une auteure. Je me suis dis qu’étudier la littérature à l’université serait une unique opportunité pour se délecter de certains des meilleurs mots jamais écrits, tous les jours. J’adorais l’anglais mais je souhaitais aussi explorer plus de littérature française et parler couramment la langue, ce qui est le cas. J’ai adoré King’s. Ce fut une expérience vraiment enrichissante, non sans défis, mais ça a changé ma vie comme je m’y attendais et je suis reconnaissante aujourd’hui d’y avoir étudié.
Delphine
J’ai toujours su que la littérature ferait partie de ma vie, c’était comme le cours naturel des choses. Petite, j’étais passionnée par la lecture. Dès que j’ai su écrire, j’ai rédigé des histoires que j’aime d’ailleurs relire aujourd’hui. Elles me replongent dans les souvenirs de mon enfance. En ce qui concerne le choix de mes études, je souhaitais me diriger vers l’enseignement. Choisir un Bachelor en lettres était une évidence ; la question était celle de la spécialisation. C’est pour cela que je me suis inscrite en “Spanish and French studies”. J’ai ainsi pu combiner mon intérêt pour le monde hispanique à celui pour la littérature francophone, dans une université anglaise. Cette fusion des cultures et des approches a été fascinante. Je garde des souvenirs excellents de mes études à KCL. Elles ont façonné mon entrée dans l’âge adulte. Les professeurs étaient remarquables et très disponibles pour poursuivre les réflexions et discussions en dehors des cours. King’s m’a même offert ma première expérience d’enseignement, ce qui est inoubliable et fondateur. C’est mon Alma mater sans aucun doute.
Francesca
Pour moi, il a toujours été clair que j’étudierais la littérature. Depuis mon enfance, les livres me passionnent en tant que lecteur et écrivaine. Pour la plupart de mon adolescence je me voyais étudier l’anglais, mais au lycée je suis devenue une petite francophile (le vrai cliché, j’avoue) et donc j’ai décidé de poser ma candidature plutôt pour la littérature française. Je garde de très beaux souvenirs de KCL. Franchement j’ai appris à lire là-bas ; avant, j’avalais les livres mais je ne comprenais rien- je n’avais aucune idée comment vraiment lire un texte, donc je ne savais pas non plus comment en créer un.
Y a-t-il dans vos études à l’université, un livre ou un cours en particulier dont vous vous souvenez, qui vous a marqué, et qui résonne encore, après vos études et durant votre carrière professionnelle ?
Rachel
Toute ma formation était un voyage de découvertes ; tous mes cours déterraient de nouveaux trésors littéraires, chaque année. J’adorais me mettre dans la peau des œuvres de Molière ; j’étais excitée pour un cours intitulé Humanisme Prométhéen ; j’adorais explorer les portraits des femmes dans l’écriture française ; j’adorais faire de la traduction et aussi travailler la langue ; il y avait tellement de richesses linguistiques à offrir. Concernant les livres, deux œuvres qui ont eu un impact important et durable sur moi, ravissant et informant l’auteure en moi ainsi que l’étudiante, sont L’Étranger de Camus et Les Liaisons Dangereuses de Pierre Choderlos de Laclos… mais il y beaucoup d’autres livres qui m’ont changé en les lisant. C’était une grande joie.
Delphine
Ce sont des professeurs, en effet, et surtout des moments de cours qui résonnent encore aujourd’hui. Le choix de l’étude du Chili pour ma thèse de doctorat est né au cours d’une séance donnée par Prof Catherine Boyle, du département des LatinAmerican studies. Elle avait allié littérature, musique et histoire, mes trois passions. Je me souviendrai toujours du moment où on a étudié les vers de poètes protestataires, puis écouté les interprétations musicales. J’ai eu l’occasion quelques années plus tard de rencontrer un certain nombre d’entre eux au Chili et même de les accompagner dans leurs tournées. Au sein du département de français, j’ai suivi de nombreux cours dispensés par Dr. Martin Hall. Il m’a beaucoup marquée et j’ai même envisagé d’écrire un doctorat sur le siècle des Lumières. J’étais également inscrite aux enseignements de Prof. Siobhán McIlvanney.
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J’ai profondément apprécié leur pédagogie et je pense que ma manière d’enseigner aujourd’hui leur doit beaucoup. J’ai aussi découvert grâce à Prof. McIlvanney des œuvres, des mouvements dont je n’avais jamais eu connaissance avant mon entrée à l’université. C’était une révélation.
Francesca
Oui il y en a trop ! Proust avec Jo, French Feminist Writing avec Siobhan, French Poetry after 1800 avec Hector… Même après des années je pense encore à (et je relis) La Recherche, La Malcastrée d’Emma Santos… Annie Ernaux, Marie Ndiaye, Duras… Et certains aspects de ces textes se manifestent dans mon travail. Modernity & the City et The Idea of France étaient aussi extraordinaires… Est-ce que vous pourriez présenter à nos lecteurs vos œuvres les plus récentes, ou nous dire si vous avez des romans à venir ?
Rachel
Mon deuxième roman, Lucky, est actuellement en cours de préparation pour être publié en juin. Lucky a pour personnage principal Etta, une femme anglaise à l’héritage jamaïcaine-nigérienne. Elle est impatiente à l’idée de se marier avec son partenaire, le chercheur neuroscientifique Ola, mais l’argent constitue un obstacle. Tentant d’améliorer leur situation, elle essaye d’augmenter leurs fonds en rejoignant un site de jeux d’argent en ligne et devient rapidement accro. Lucky est un roman qui tente d’affronter le grandissant fléau virulent du jeu d’argent en ligne et, à travers ce prisme, explore la race, le pouvoir, l’immigration, la trahison et les risques que nous prenons tous pour survivre. Lucky sort le 24 juin (déjà disponible en précommande !) et je ne peux être plus impatiente à l’idée de pouvoir le partager au monde. Tout comme mon premier roman Darling, c’est un roman alimenté par des idées qui ont pris vie à travers les personnages qui les expriment. Cette approche d’écriture est, je pense, un autre héritage de mes études à King’s – j’ai toujours l’envie d’écrire des idées inspirées de la littérature, aussi véloce et, je l’espère, divertissant que cela puisse être. Tout est une question d’idées. Lucky (2021) et Darling (2018), Rachel Edwards.
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Delphine
Mes œuvres les plus récentes puisent leur substantifique moelle dans l’histoire de la dictature chilienne. Si ma thèse de doctorat en études sur l’Amérique latine était intitulée “Cris et écrits de l’opprimé”, les œuvres fictives qui suivent sont nourries du thème de l’expression de la révolte et allient les histoires des personnages à l’Histoire avec une majuscule. La première œuvre qui a été diffusée à un public plus large que celui de mon cercle proche a été celle d’une pièce de théâtre, La lueur de l’ombre. Le dramaturge chilien Oscar Castro l’a adaptée et la met en scène régulièrement depuis 2009. Voir son texte joué et interprété par des acteurs est une expérience très forte. Puis, j’ai co-écrit un roman inspiré de l’histoire vraie de deux révolutionnaires chiliens qui a paru en 2020, Carmen et Teo. Je travaille dorénavant à la reprise du manuscrit d’un roman historique que j’avais laissé en suspens et qui, je l’espère, pourra bientôt voir le jour. C’est une histoire qui mûrit depuis plus de dix ans, il est temps qu’elle prenne son envol ! Carmen et Teo (2020), co-auteure Delphine Grouès.
Francesca
Mon premier roman, Voyeur sort le 10 Juin. Mon récit, So Long Sarajevo/They Miss You So Badly, qui a gagné le Desperate Literature Prize for Short Fiction est disponible en PDF sur leur site internet (je crois que tous les livrets sont vendus, mais ça va être édité aussi dans le prochain numéro de The Second Shelf qui sort bientôt) … En ce moment je travaille sur mon deuxième roman. Voyeur (2021), Francesca Reece.
J’ai toujours trouvé le processus d’écriture très fascinant. Comment cela fonctionne-t-il pour vous? Qu’est-ce que vous pouvez nous raconter de votre « méthodologie » ?
Rachel
Pour mes deux romans, j’ai été gonflée par pleins d’idées importantes que j’ai utilisé cette énergie durant des mois. Avec Darling, j’étais si énervée à cause du Brexit et la montée de l’extrême droite que j’ai directement commencé à écrire après que le référendum européen ait abouti à ce verdict désastreux et n’ai pas soufflé pendant huit mois. Puis je suis passée par plusieurs mois de corrections. Mon écriture fut rapide et furieuse, et les voix à la première personne de mes personnages principaux Darling White et sa belle-fille Lola Waite, me parlaient quotidiennement et avec insistance. Elles me criaient souvent dessus ! Je me réveillais, parfois à 5h du matin, avec l’envie d’écrire. Je continuais à écrire jusqu’à ce que je n’en puisse plus, m’arrêtant seulement pour manger. Avec uniquement mon mari et moi-même à la maison à ce moment-là, ça a été plus simple que ça l’aurait été si mes beaux-enfants avaient été plus jeunes. Lucky était dans ma tête depuis plusieurs années et a pris plus longtemps à écrire. Mon rituel d’écriture fut différent, plus irrégulier. Le syndrome de la page blanche existe certainement mais on ne peut pas le laisser nous submerger. Il faut passer outre. Avoir de l’espace et de l’intimité est important. Je suis chanceuse d’avoir une sorte de sanctuaire, ma pièce bien-aimée où j’écris. L'écriture est difficile en effet sans cet espace pour soi : Virginia Woolf avait raison.
Delphine
Je suis d’accord avec vous, cela tient beaucoup du mystère. Je n’ai pas de méthodologie très figée. Je sais que je préfère écrire de manière manuscrite, idéalement avec un crayon à papier, même si je travaille le texte ensuite sur l’ordinateur et surtout sur les impressions. Ce qui est crucial est que je puisse me plonger dans une bulle de concentration, de temps long et de silence qui m’enveloppe et me porte dans l’écriture. Il est donc important de se créer cet espace-temps et d’observer une certaine discipline aussi. Même si des périodes d’inspiration moins fertile s’installent, il est important de garder une régularité où l’on se replonge dans l’imaginaire ou juste dans l’affranchissement du quotidien, de l’immédiat.
Francesca
Je n’ai pas tout à fait une « méthodologie ». J’ai une idée, j’ouvre un nouveau cahier, je fais une vague esquisse et les premières recherches et je me mets à écrire. Après, l’histoire, les personnages - bref tout va forcément changer et se développer dans des façons inattendues- et donc je fais un peu tout en même temps- les recherches, les planifications et l’élaboration du premier brouillon. J‘ai plein de choses sur le feu… Je pense que chaque écrivain.e est diffèrent.e. Le seul conseil universel, c’est de travailler. Enfin, c’est du taf- il faut y consacrer des heures. Il y aura les jours où tu te casses les pieds, et les jours où tu as l’impression qu’il y a de la magie qui te conduit… c’est pour les jours comme ça que ça vaut la peine.
Je pense qu’il est fréquemment pensé que « toute écriture est autobiographique, » dans le fait que «toute œuvre d’art porte dedans une partie de l’auteur. » Qu’est-ce que vous en pensez ? Êtesvous d’accord ?
Rachel
Je pense que toute œuvre d’art doit comporter quelque chose de l’auteur ou de l’artiste, mais que ça ne la rend pas pour autant autobiographique. Quand j’ai écrit Darling, la supposition la plus simple de quelques connaissances fut que, comme belle-mère noire comme dans mon roman, j’avais simplement coucher mon histoire sur papier, au moins pour les premiers chapitres. Je comprends le cheminement, mais ça révèle une erreur dans ce qu’est vraiment l’écriture… et ç’aurait été plutôt stressant si ma vie avait été celle de Darling White ou d’Etta Oladipo ! Ceci dit, on fait toujours passer de profondes vérités dans ses écrits par sa propre expérience. Elle ne peut pas nécessairement être traduite directement dans l’intrigue, ou retranscrite chez un personnage, mais on colore chaque mot, chaque expression ; on crée et façonne l’œuvre et l’imprègne de notre voix.
Delphine
Je suis relativement d’accord avec la seconde citation, même si je pense qu’il est toujours risqué de tenter de retrouver un auteur dans ses héros ou dans l’intrigue.
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Les expériences personnelles nourrissent directement ou indirectement la vision que nous avons de ce qui nous entoure, ce qui nous émeut, ce qui nous marque et nous anime. Je crois donc que l’auteur, même s’il ne le souhaite pas toujours, reflète quand-même une partie de lui-même dans ses œuvres.
Francesca
Oui, c’est clair que toute œuvre d’art porte une partie de l’auteur dedans. Par contre je pense que c’est bien trop simpliste de dire que c’est forcément autobiographique. Les éléments du quotidien et de la vie de l’auteur se manifestent dans des façons bizarres dans les textes- ce n’est pas une autobiographie directe. En ce moment par exemple, j’écris un roman avec des personnages très loins de moi ; il y a un bûcheron, un policier corrompu, un fermier, une héritière super riche, un compositeur… Ce sont des personnages qui n’ont rien à voir avec moi et qui ont des vies totalement fictives, mais les aspects de ma vie, de mes pensées et de mes sentiments… de ceux que je lis, et que je vois, et que je ressens… se trouvent dans leurs paroles, leurs cœurs, et leurs actions. Du coup je suis entièrement d’accord que toute écriture est autobiographique- mais pas du tout de façon évidente ou directe.
Et, une dernière question pour vous, auriez-vous un conseil que vous auriez aimé avoir reçu quand vous étiez une « écrivaine en herbe, » et que vous aimeriez donner aux étudiants de KCL et, peutêtre, quelque futur écrivain qui se trouve entre ses murs ?
Rachel
Prioriser l’écriture. Perfectionner votre brouillon autant que le temps et les vicissitudes de la vie vous le permettent. Vous aurez des factures à payer et une vie à mener, mais si vous êtes vraiment un auteur, un temps viendra où vous devrez vous concentrer sur l’écriture. Pourquoi ne pas commencer maintenant ?
Delphine
Si vous souhaitez écrire, lancez-vous, peu importe si cela va être publié ou non. Laissez-vous porter par l’écriture. Les seules barrières sont celles que nous nous imposons. Soyez libres.
Francesca Entretien conduit par Carlota Ybarra, Février 2021
Read, read, read… Read more. Write, write, write… Write more. Évitez Twitter jusqu'au moment où vous pensez envoyer votre manuscrit à un agent.e littéraire et là, pendant un petit instant c’est hyper utile. Après si vous arrivez à être prise par un.e agent.e, déconnectez-vous de Twitter. And read.
PAGE 29 | CONCOURS
l'histoire de l'art L'équipe de Des Nouvelles, Héloïse ? a organisé, comme chaque année, un concours d’écriture pour les lycéens étudiant le français dans les écoles de Londres et ailleurs. Le sujet en question était : Quel rôle jouent les monuments historiques dans la société actuelle ? Doit-on reconstruire à l’identique les monuments, comme Notre Dame, qui ont été détruits ? Ou au contraire, doit-on créer un nouveau monument à leur place ? Nous avons le plaisir de vous présenter à continuation le récit de Penelope Ogieriakhi, du lycée James Allen's Girls' School. Nous l’avons sélectionné à cause de sa grande créativité. Nous la félicitons tout particulièrement ! Nous félicitons également Alex Baines de St Pauls School, sa contribution a également retenu notre attention. Enfin, nous remercions tous les participants de leurs efforts ! Un grand bravo ! Le Sacré-Cœur, La Tour Eiffel, Notre-Dame de Paris: monument haut, monument bas - génération après génération d’êtres se précipitent à vos pieds, d’immenses flots de yeux grand ouverts et d’objectifs claquants s’inclinent sur vos fondations ou se tournent vers le ciel, là où demeurent les clochers et les pointes, les antennes et les paratonnerres. Pierre, argile ou verre, s’envolant par les brises, à moitié effondrés et fatigués ou nouvellement érigés du sol sans rides ni cheveux blancs, vous, les monuments, continuez comme symboles de vie et d’anthropologie au fil du temps que d’ailleurs vous indiquez, chaque pierre écroulée. Mais que se passe-t-il quand un tremblement de terre , depuis vos hauteurs, vous rase jusqu’au sol ?
Ou quand des flammes affamées viennent vous chauffer le coeur sans pitié ? - Les petits écrans commencent à s’animer, les lèvres connues et communes commencent à discuter. La question impressionnante et sombre monte depuis les cendres crépitantes, un nuage noir de controverse : Un dit : « Une page du grand livre de l’Histoire a été tachée ! Il suffit maintenant de la remplacer! » Un autre répond : « C’est bien ça, il faut que nous reproduisions la même, que la tradition soit sauve! » Mais un autre constate que: « Le paysage change avec le temps, naturellement! » Avons-nous le droit d’effacer les traces de nos ancêtres ? Les jardins changent chaque année, et entre les saisons aussi,
PAGE 30 | CONCOURS
les fleurs apparaissent, disparaissent et réapparaissent, Comme les motifs d’un kaléidoscope. La main qui a semé les grains n’est pas la même qui les arrose aujourd’hui. Mais une constance dans tout cela, est la persistance des racines dans la terre en constante évolution, Les bulbes sont anciens mais sont néanmoins la source de nouveauté ! La terre et ses monuments est comme ce jardin, et le passage du temps comme la superposition de papier-calque décoré. De traits de culture et d’idées passées Dans les colonnes sont inscrites l’existence et l’influence des aîné, Et aussi la perspective du temps que l’on possède actuellement. Parlons de Notre Dame, Soudainement engouffrée dans les flammes, Les poutres du toit noircies, Ses admirateurs ont versé des sous, mais pour quel résultat ? Une image de nos temps ? Ou bien une réplique atomique ? Si nous reprenons le modèle du jardin, La réponse est évidente, à travers les yeux d’un jardinier : Il faut que nous réanimions cette fleur fanée, Mais puisque les mains de construction ont changé, Il est normal que l’apparence de cette fleur soit métamorphosée, -Il serait infructueux de tenter de reproduire les pétales du passé, Si l'arôme précédent s’est déjà envolé Il est vrai, cependant, que l’ancienne apparence sera manquée Un confort est que, les racines n’ont pas bougé, et que l’histoire est simplement continuée !
Penelope Ogieriakhi James Allen's Girls' School, Year 12
DNH
cover photo: Alvia Zaidi