Skip to main content

DNH 4th ISSUE (Spring 2019)

Page 1

ISSUE NO.04 | MARS 2019

DES NOUVELLES, HÉLOÏSE?

KCL FRENCH NEWSLETTER

Culture, Créativité, Critique.


SOMMAIRE:

2- Liberté, égalité, fraternité la devise française, victime d’une crise existentielle ? Par Saminy Parameswaran. 3- Ils ne respectent pas la loi? La loi ne les respecte pas. Par Kinnie Jimenez. 4- Les gilets jaunes à Saint Étienne - qu'en pensent les jeunes de la ville? Par Ella Fornsworth. 7- France : toujours la même chose? Par Daniel Bowles. 9- Une jacquerie au XXIe siècle - gilet jaune, démocratie et imaginaire français. Par Jules Guibert. 11- Tout a finalement bien marché pour le Sénégal. Par Sean Liu. 12- Apostrophes et de la grande librairie, démocratisation potentielle des lettres? Par Gabriel Naginski. 13- Je vais bien, ne t'en fais pas. Par Maria Ladj. 14- Respire. Par Carlota Ybarra. 15- Les scènes de la vie d'Hugo Guinard. Par Jonathan Ross. 17- Li Cors s'an Vet li Cuers Sejorne. Par Josiah Williamson. 18- Bonjour, je m'appelle Elizabeth... Par Elizabeth Godfrey-Gush. 19- Retour à Lyon. Par Lucy Fletcher. 20- Poème. Par Piero Arienzo. 21- VSO, une brise du Sud sur le rap français. Par Inès Decarre. 23- Genre, le rap ça te dérange? Par Airelle Amédro. 24- Concert de l'impératrice au village underground 16.01.19. Par Carla Suárez. 25- Le vin... c'est tout un langage. Par Kitti K. Horvath. 27- Paris sans gluten. Par Hope O'Dwyer. 29- Gâteau Chocolat Orange. Par Hadia Tariq. 30- Les réseaux sociaux : un outil antisocial? Par Jack Cowperthwaite.

L'ÉDITO!

L'équipe est de retour...

... Et elle vous présente la quatrième édition de Des Nouvelles, Héloïse? ! Francophones, expatrié.e.s ou étudiant.e.s de français courageux, nous espérons, sans trop en douter, que vous trouverez de quoi satisfaire votre curiosité et votre amour de la lecture. Actualité, culture, gastronomie ou écriture d'invention: voilà seulement un échantillon de la vaste palette d'articles captivants à votre disposition. C'est avant tout nos contributeur.ice.s talentueux.ses et passionné.e.s qu'il faut remercier. Nous tenons à remercier sincèrement James Wishart, Louis Gouzerh, Théo Maligeay, Raffaella Jager et Camille Pinettes pour le temps qu'ils ont accordé à la relecture et l'aide qu'ils nous ont offerte. Enfin et surtout, un grand merci à Siobhán McIlvanney, qui nous a guidées et soutenues tout au long de cette année ! Ici s'achève notre contribution... Et ce n'est pas sans émotions que nous laissons cette édition entre vos mains ! Mais, c'est avec joie et les yeux fermés que nous la cédons aux futurs éditeur.ice.s et contributeur.ice.s que nous savons déjà doué.e.s de créativité, talents et ressources pour faire grandir le petit mais si prometteur projet qu'est Des Nouvelles, Héloïse?. A bientôt! Airelle, Kinnie et Saminy


DNH | Actualités

Liberté, égalité, fraternité la devise française, victime d’une crise existentielle ? Issue de la Révolution française, « Liberté, égalité, fraternité », est l’une des devises les plus connues dans le monde. Elle occupe une place incontestable dans la Constitution et inspire une fierté incomparable. Où que vous alliez en France, vous pouvez être sûrs de la voir inscrite quelque part. Cependant, en ces temps tumultueux, elle fait face à des enjeux importants. La société a beaucoup changé, et devient de plus en plus multiculturelle et plus ouverte. Il faut alors se demander si la devise est encore pertinente ou bien si de nos jours elle a perdu son sens d’origine. Que ce soit la liberté de parole, d’expression, de culte ou de la presse, la liberté permet une autonomie individuelle. Depuis mi-novembre 2018, des dizaines de milliers de manifestants se retrouvent dans les rues partout en France pour réclamer le respect de leurs droits, en commençant par une manifestation contre la hausse de taxation des carburants. Toutefois, ils font face aux canons à eau et aux gaz lacrymogènes ainsi qu’à des arrestations. Les infox, c’est-à-dire la diffusion des fausses informations, mentent au grand public. Celles autour de diverses manifestations et la circulation de fausses images ont montré que les conséquences peuvent aggraver la situation, par exemple par l’augmentation de la violence et nuire à la liberté de tous. En préservant la liberté de chacun, on arrive à préserver celle de la société, qui devient donc une force particulièrement difficile à apaiser. La notion d’égalité pour tous malgré les différences a toujours été vivement contestée. Par exemple, en France, il est attendu d’inclure une photo sur son CV, contrairement à d’autres pays comme le Royaume-Uni. Cela peut mener à la discrimination à l’embauche. De plus, plusieurs recherches montrent que les postulants avec des noms non-français sont rejetés, malgré les lois contre la discrimination. Ce sont là des préjugés inconscients qui nuisent à l’égalité. Certaines lois bénéficient aux plus riches par rapport aux autres ménages et contribuent donc à amplifier l’inégalité sociale. Par ailleurs, des banlieues comme celles de Seine-Saint-Denis sont dénigrées dans les médias, qui ne parlent que des abus de substances, de délinquance et de crimes, alors qu’en réalité elles sont largement négligées. Par conséquent, les habitants, y compris les jeunes, peuvent se sentir marginalisés, ce qui affecte énormément l’égalité des chances et leur avenir. En nous rappelant de veiller sur la communauté, la fraternité établit que tous constituent une société unie. Ainsi, elle renforce nos devoirs civiques. Parce qu’elle n’a pas été formellement établie dans la loi, la fraternité a été blessée par les frictions dans la société. Que ce soit les crises migratoires, la montée de sentiments nationalistes ou les protestations, la société française est en permanence menacée de division. Cette menace à la cohésion mène à la défiance envers les autres mais aussi à un oubli de nos devoirs en tant qu’êtres humains. Il suffit de remonter à juillet 2018 pour voir cela. Cédric Herrou, un agriculteur qui avait reçu une amende et une peine avec sursis pour avoir aidé 200 migrants à arriver en France de l’Italie, a été acquitté par le Conseil constitutionnel sur la base de la fraternité. La loi a statué le principe de solidarité. Cependant, le fait d’avoir été sanctionné initialement soulève des questions au plan moral. Ainsi, il faut s’interroger sur la pertinence de la devise aujourd’hui. Comme toute notion, les principes sont ouverts à l’interprétation, ce qui fait qu’il est improbable de prétendre que tout le monde sera d’accord. Il faut donc s’interroger sur comment définir la liberté. Comment résoudre le conflit – longtemps reconnu mais jamais résolu - entre la liberté et l’égalité ? Comment garantir la fraternité, qui n’a pas de valeur juridique comme les autres éléments de la devise ? Si l'on veut se tourner vers l'avenir, il est nécessaire de se demander : comment peut-on maintenir l’unité de la société française et les valeurs fondamentales de la devise ? Dans un monde où règne la division et l’incertitude, la devise constitue l’identité nationale et assure la cohésion sociale. Ainsi il faut veiller à son maintien et à son respect. Il faut insister sur la tolérance des différences et accueillir cette richesse culturelle afin de faire vivre cette devise historique. Ceci reste une tâche pour chacun et chacune de nous.

Par Saminy Parameswaran.

Liberté, Égalité, Fraternité, 1989, Paso Des Nouvelles, Héloïse? | 2


DNH | Actualités

Ils ne respectent pas la Loi ?

LA LOI NE LES RESPECTE PAS PAR KINNIE JIMENEZ

Ce 8 février dernier, nous avons assisté à la marche pour Gaye Camara. Huit coups de feu. Tué d’une balle dans la tête. Se trouver au volant d’une voiture volée semblait être un motif suffisant. Une fois de plus, une marche contre les bavures policières, l’abus de pouvoir. L’injustice. Pour apaiser nos banlieues, nous savons que la lutte doit continuer, que les dénonciations ne doivent pas s’arrêter et que la justice doit être rendue. Pourquoi devrait-elle s’arrêter aux beaux quartiers ? On s’offusque des attaques policières envers les Gilets Jaunes, mais on passe sous silence celles, identiques, qui se produisent dans les cités depuis des années. Donnons une voix aux jeunes des quartiers défavorisés, victimes quotidiennes du délit de faciès, des flashball et des violences policières. Pris au piège dans des tours, confrontés à un racisme parfois poussé jusqu’à l’homicide, comment s’en sortir ? Gaye Camara n’est pas une exception. Si l’affaire Théo a marqué les esprits en 2016, nous devons nous souvenir de ces quelques victimes tombées dans l’oubli : Zied et Bouna, 17 et 15 ans, 2005 : Poursuivis, trouvant refuge dans le transformateur, ils meurent électrocutés. Lamine Dieng, 25 ans, 2007 : Mort dans le fourgon de police. Wissam El Yamni, 30 ans. 2011 : Tabassé par des policiers, il décède des suites d’un coma. Babacar Gueye, 27 ans, 2015 : Abattu de cinq balles lors d’une crise d’angoisse. Adama Traore, 24 ans, 2016 : Mort en garde à vue. Cette liste ne peut être exhaustive, elle serait bien trop longue. Dans un contexte de violence perpétuelle, comment blâmer la perte de confiance des jeunes envers des institutions défaillantes? Le lycée, la fac ? Ils n’enseignent pas les codes nécessaire à l’élévation sociale.

Le monde du travail ? Refus sur refus, pourquoi ? La manière de parler, de se tenir, de s’habiller. Simplement, le nom. Des modèles ? Ils se battent à Orly Ouest, sont incarcérés pour meurtres et dans leurs clips prônent la

New Policies - 2à la haine, vulgarité… violence : armes, incitation Les parents ? Impuissants, impuissantes. Les mères, si elles n’ont pas volontairement arrêté de poser des Paper Drive -3

questions, pleurent.

LA POLICE ? TUE. Ça n’arrive pas qu’aux États-Unis. Ça n’arrive pas qu’aux autres. 3 | Des Nouvelles, Héloïse?


DNH |Actualités

LES GILETS JAUNES À SAINT ÉTIENNE - QU’EN PENSENT LES JEUNES DE LA VILLE? Ella FORNSWORTH

Saint-Étienne - c’est où ?

Saint-Étienne est devenue un centre des manifestations des gilets jaunes, en particulier

Saint-Étienne est une ville dans la région Auvergne-Rhône-Alpes, dans le sud-est de la France, près de Lyon. C’est une ville avec une

près de la place principale, la Place Jean Jaurès, où il y a eu de nombreuses manifestations, à la fois pacifiques et parfois plus violentes. J’ai fait une interview avec trois jeunes habitants de

population municipale d’à peu près

Saint-Étienne pour essayer de comprendre leurs 171,924 habitants. Cette ville était connue comme

opinions sur ces manifestations.

un centre d’extraction houillère et de production industrielle mais, entre 1970 et 2010, elle a connu la désindustrialisation et une décroissance

Q : D’après vous, c’est à propos de quoi, le combat des gilets jaunes ?

démographique.

Ayoub Chahid, 22 ans, étudiant : [C’est] une Et qui sont les gilets jaunes ?

sorte de revendication des citoyens pour demander leurs droits et pour s’exprimer contre

Les "gilets jaunes" sont un mouvement qui a

les décisions du gouvernement.

commencé en novembre 2018 en France, et il

Coralie Aubrey, 23 ans, ingénieure commerciale: continue encore au moment où j’écris, les

Au début, le mouvement a commencé avec la manifestations ont lieu depuis 11 semaines. Au début, c’était un mouvement contre la décision prise par Emmanuel Macron d’élever le prix du

décision de l’État d’augmenter les taxes sur le diesel. Il y a quelques années, le gouvernement avait mis en avant les voitures consommant du

carburant, mais c’est maintenant devenu une

diesel, il s’est cependant avéré que ce type du

manifestation générale contre le président et son

carburant génère de la pollution et ils ont décidé

gouvernement, les taxes et les salaires. Pour les

de le taxer plus fortement pour que son prix

gilets jaunes Emmanuel Macron et son

arrive au niveau de celui de l’essence. Puis le

gouvernement représentent seulement les riches dans le pays.

mouvement s’est élargi à la contestation de l’augmentation globale des taxes en France.

Des Nouvelles, Héloïse? | 4


DNH | Actualités

Q : Qu’est-ce que vous pensez des gilets

Q : Pourquoi pensez-vous que les manifestations

jaunes ? Est-ce que vous êtes d’accord avec

sont devenues quelquefois violentes ?

leur cause ?

A : Dans n’importe quelle manifestation il y a des AC : Étant une personne étrangère et ayant un

“casseurs” qui se glissent dans le cortège et font tout

point de vue extérieur, je pense que c’est très bien

pour casser les commerces et infrastructures et pour

qu’un peuple sache ce qu’il veut et le demande

affronter les forces de l’ordre.

avec une grande civilité au travers des revendications. Mais…on a [aussi] vu des images choquantes de personnes qui ne sont pas là pour manifester mais plutôt pour casser et voler. [C’est] honnêtement honteux pour un grand pays comme la France.

Anonyme : Je suis d’accord avec le mouvement… La politique du gouvernement est en faveur des

“Ce mouvement a réussi en quelques semaines de présence à faire entendre sa voix, son mécontentement et ses revendications. Suite à cela, Le président a fait des propositions floues qui ne semblent satisfaire que lui-même et son gouvernement”

“riches”. Je suis pour la revalorisation du SMIC*,

Anonyme

la baisse des taxes liées au carburant et pour le RIC*.

Q : Il semble qu’il y ait beaucoup de gilets jaunes ici à Saint-Étienne. Pourquoi pensez-vous que cela CA : Sur le principe, je suis pour la diminution

est le cas ?

des taxes. Recevant un salaire, je désespère de voir plus de 30% de mon salaire partir à l’État pour des taxes et des cotisations. Je soutiens aussi

AC : Saint-Étienne ne fait pas partie des grandes villes où il y a plein d’opportunités de travail. On trouve ici un pouvoir d'achat très faible. Quand il y a une

la persévérance et l’envie de faire bouger les choses des gilets jaunes. Par contre, je suis totalement contre les manières de faire. Beaucoup

décision d’une augmentation [des taxes], il y aura toujours les personnes à faible pouvoir d’achat au premier rang des revendications.

de personnes n’ont vu que leur intérêt pour

A : Saint-Étienne fait partie des villes où le profiter des dérives.

mouvement a été très suivi. Beaucoup de personnes sont au SMIC et n’ont pas les moyens de boucler leurs

Q : Avez-vous été témoin des manifestations ?

fins de mois.

CA : Saint-Étienne est une ville assez populaire avec AC : J’étais présent lors de certaines manifestations, et sincèrement j’étais surpris d’une part par le niveau de civilité de la plupart des gilets jaunes, et d’autre part choqué par des

beaucoup de classes sociales différentes et beaucoup de chômage. Les taxes impactent donc plus fortement la population qui se mobilise plus fortement.

Q : Est-ce que vous êtes en faveur de Macron ?

personnes qui ne sont là que pour faire le bazar.

AC : Je suis une personne neutre, mais à mon avis les

Q : Avez-vous participé ?

français devraient apprécier un peu les efforts faits par leur représentant, car les citoyens bénéficient de plein de droits qu’on ne trouve pas dans d’autres pays

A : Je n’y ai pas participé par manque de temps,

en termes de santé, d’éducation et d’aides sociales.

mais aussi par crainte des affrontements et des débordements.

A : Je ne soutiens en aucun cas Macron. C’est le président des riches. Concernant la politique du ministre de l’Éducation nationale [la réforme du lycée

CA : Non. Je ne pense pas que ce soit la meilleure solution pour faire bouger les choses.

5 | Des Nouvelles, Héloïse?

et du bac] je suis totalement contre.


DNH | Actualités

Q : Que pensez-vous que Macron devrait faire

Q : Pourquoi pensez-vous que les

maintenant ?

manifestations sont populaires en France ?

AC : Macron a lancé un appel aux négociations

AC : On sait tous, depuis vraiment longtemps, que

avec les gilets jaunes, et il a mis des mesures en

les Français ont toujours eu l’habitude de se

place pour essayer d’augmenter le pouvoir d’achat

battre pour avoir leurs droits, donc je pense que

des Français, mais il faut bien savoir que le

cela fait partie de leur culture.

changement va prendre du temps.

A : La France est un pays où le droit de grève et A : Emmanuel Macron devrait écouter les

de manifester est très présent. C’est une

revendications des gilets jaunes, dialoguer avec

caractéristique commune à toutes les régions qui a

eux et faire des concessions, par exemple

permis au pays de se renforcer. Les syndicats

augmenter le SMIC, baisser les taxes, et rétablir

jouent un rôle important aussi.

l’ISF*.

CA : Les Français aiment se plaindre et ne se CA : Je préfère ne pas me prononcer, c’est une

rendent pas compte de tous les avantages qu’ils

décision très difficile à prendre qui aura tôt ou

ont. C’est peut-être aussi dû à un certain héritage

tard des conséquences négatives - par exemple,

historique. Il y a pleins de choses qui ne vont pas,

geler l’augmentation des taxes en 2019 quitte à ce qu’elles doublent en 2020.

mais je ne suis pas sûre que manifester soit la meilleure solution.

GLOSSAIRE

Le SMIC - Le salaire minimum autorisé par la loi en France depuis 1970. Depuis le 1er janvier 2018, il est à 9,88€ par heure, mais après avoir payé les charges sociales il est plutôt de 7,51€ par heure.

Le RIC - Le référendum d’initiative citoyenne. En France, c’est le Président, le Sénat ou l’Assemblée nationale qui peuvent proposer un référendum. Les gilets jaunes veulent que les citoyens puissent aussi en proposer.

L’ISF - Impôt de solidarité sur la fortune. C’était une taxe pour les français qui avaient des actifs d’une valorisation de plus de 1,300,000€. En septembre 2017, le gouvernement de Macron a décidé d’abolir l’ISF et de le remplacer avec des taxes sur l’immobilier.

Les réformes du lycée - Depuis septembre 2019, il y a des nouvelles « combinaisons » pour étudier au lycée. Les lycéens doivent en choisir trois en Première et deux en Terminale. Le problème, c’est que tous les lycées ne peuvent pas offrir les 12 « combinaisons » possibles. Cela veut dire que les lycéens doivent changer de lycée s’ils veulent une « combinaison » particulière, ce qui est très difficile dans les zones rurales.

Des Nouvelles, Héloïse? | 6


DNH | Actualités

FRANCE: TOUJOURS LA MÊME CHOSE ? « LA LIBERTÉ GUIDANT LE PEUPLE 2019 »

Daniel BOWLES

L’histoire de la France depuis 1789: une histoire de protestation ? Chaque révolte évoque leurs ancêtres, mais les « Gilets Jaunes » apparaissent comme les brebis galeuses de cette famille.

Ainsi, le prolongement de cette agitation nous permet de voir le mouvement des gilets jaunes comme une expression plus profonde de la situation politique et sociale plutôt qu’une inflammation rapide et simple. Cette analyse évoque la notion d’une culture protestataire française, où les dates de 1934, 1968 et 2005 sont les apogées d’une histoire riche de manifestation. Malgré cette histoire, les gilets jaunes ne sont tout de même pas facilement comparables à la tradition protestataire française, mais le mouvement pourrait dépeindre le nouveau visage

L’agitation sociale de 2018 qui a pour nom les

des mobilisations et on s’intéresse ainsi au

« Gilets Jaunes » ne s'est pas éteinte avec les

placement de ce dernier dans cette lignée.

fêtes de fin d’année. Les deux aspects du débat se

La place des « Gilets Jaunes » dans la société

trouvent redynamisés en 2019. Dans le camp des

française est fondamentalement unique en

gilets jaunes, le soutien rhétorique et logistique

comparaison aux mobilisations du passé. Malgré

du vice-premier ministre italien Di Maio et une

le fait que les protestataires soient les plus

réorientation vers un modèle plus encadré du

visibles dans l’histoire des agitations sociales, ils

mouvement lui-même ont remis en question ses

manquent de cette unité quant à leur

propres enjeux. Par ailleurs, l’arrivée des

identification. Ce pluralisme d’un niveau inédit

« foulards rouges » se mobilisant contre les

reflète la manière dont les gilets jaunes touchent

violences issues de certains manifestants et la

tous les aspects de la société moderne. Les

proclamation d’Edouard Philippe d’un

mouvements contestataires qui émergent souvent

durcissement des réactions officielles ont nourri

à l’apogée de périodes historiques s’articulent

les questions du mouvement dans la politique.

souvent autour d’une figure principale, que ce

Finalement, la lettre de l’Elysée pour créer « un

soient des ligues de l’extrême droite ou la dualité

grand débat national » a effectivement confirmé

des étudiants et des ouvriers en 1968. Cependant,

l’importance de ces protestations dans l’évolution

le mouvement est si divers qu’il ne peut pas

du contrat social français.

s’unifier sous une banderole. Avec les quatre

7 | Des Nouvelles, Héloïse?


DNH | Actualités

champs de ce « grand débat national », on voit

roles de L’Élysée. Leur tentative de sortir de

des questions plus vastes qu’avant : la fiscalité,

cette crise, c’est-à-dire leur « grand débat » met

l’organisation de l’état et les collectivités

en exergue ce nouveau visage de la politique.

publiques, la transition écologique et enfin les

L’abandon des manières établies de consultation

notions de la démocratie et la citoyenneté, ces

des Français, où le président a rejeté une élection

buts montrent ainsi la pluralité du mouvement. Il

ou un référendum en faveur de quelque chose de

ne faut pas non plus oublier les éléments

plus personnel, renforce cette fatigue envers la

spécifiquement anti-macronistes et anarchistes, à

politique. Les moyens traditionnels n’ont plus le

savoir les « casseurs », qui s'ajoutent à la

pouvoir d’abréger le vide qui existe entre

complexité de la situation. Toutes ces

gouvernants et gouvernés. C'est l’aspect qui

caractéristiques rendent le mouvement obscur

différencie le plus les gilets jaunes de leurs

dans une tradition d’apogées très définies.

compatriotes d’il y a cinquante ans.

Malgré leur opposition à Emmanuel Macron, la nature du mouvement lui-même s’identifie plus au macronisme qu’aux idées traditionnelles de protestation. Contrairement à celles du passé, les Gilets Jaunes manquent d'une seule et même couleur politique, et dans la tradition macroniste, ils transcendent ainsi les frontières traditionnelles de droite et de gauche. La naissance du parti « Les Émergents » de Jacline Mouraud partisane du mouvement, qui se veut « ni de droite, ni de gauche » répète les paroles électorales de Macron aux élections présidentielles. Ce changement se trouve dans une plus grande

Le système politique post-1968 a eu la capacité

tendance de notre siècle où la gauche a perdu et

d’absorber certains éléments de protestation,

continue à perdre le monopole de la langue de

notamment les questions de l’environnement et la

contestation ; où on a maintenant une critique de

réforme éducative, pour créer une forme

la droite et de la gauche. Une étude d’ELABE à la

d’apaisement. En revanche, cette méfiance plus

fin de l’année dernière a éclairé la nature

profonde des gilets jaunes envers la politique

politique du mouvement, où 20% des gens qui ont

parlementaire elle-même a créé une impasse qui

voté pour Jean-Luc Mélenchon en 2017 se

empêche le gouvernement d'agir comme il le

déclarent « Gilet Jaune » , cependant, pour ceux

faisait avant pour revenir à une accalmie sociale.

qui ont choisi Marine Le Pen ce chiffre est de 42%. Cela souligne les changements de notre

Ainsi le mouvement n’occupe pas une place

époque, où on ne se mobilise plus selon les lignes

confortable dans l’héritage protestataire. Ce n’est

d’un parti, mais on considère plutôt les questions

ni une revigoration, ni une renaissance des

qui les traversent comme celles liées à notre

traditions protestataires, mais il montre tout de

contrat social, à savoir nos relations avec

même les nouveaux aspects de protestation dans

l’autorité et l’état.

le système politique actuel. Si on met de côté cet héritage protestataire, la nature du mouvement est

Ce dépassement de la contestation traditionnelle

plus identifiable et nous pouvons ainsi observer

politique s'est enraciné dans la question des gilets

de quelle manière elle reflète l’évolution du

jaunes et il est devenu plus visible dans les

contrat social au XXIe siècle.

Des Nouvelles, Héloïse? | 8


DNH | Actualités

UNE JACQUERIE AU XXIE SIÈCLE – GILET JAUNE, DÉMOCRATIE ET IMAGINAIRE FRANÇAIS. JULES GUIBERT Gare du Nord, un samedi de décembre 2018. Je ne

L’élection d’Emmanuel Macron s’inscrit dans un

pensais pouvoir comprendre l’esprit de la

contexte multiple. Outre l’environnement

jacquerie de ces dernières semaines. Élan du

favorable, de par l’absence de candidature du

peuple, convergence des luttes ou simple synthèse

président sortant, François Hollande, la défaite

du mécontentement des Français non représentés ?

d’Alain Juppé à la primaire de la droite et du

Là est la question. Là se posent les revendications

centre, ou les affaires de François Fillon,

des gilets jaunes. La première victoire de ces

Emmanuel Macron a su faire renaître un récit,

derniers est à corréler au choix du symbole du

parler aux tripes des Français, aux tripes de la

mouvement. Le gilet jaune. Synthèse d’efficacité

France. Il a parlé à la France de sa place dans

et de sécurité des pouvoirs publics, il fait

l’espace et dans le temps. Il a su lui retrouver un

désormais grincer non seulement le palais

récit, à l’image du général de Gaulle, de François

Bourbon, celui du Luxembourg, mais surtout

Mitterrand ou de Jacques Chirac. Dans ce récit, il

l’Élysée. Comment expliquer le début du

a lié expérience – ses mois au palais de l’Élysée

mouvement et sa relation avec le pouvoir ?

en tant que conseiller et à Bercy en tant que

Tout a commencé par l’attaque frontale

Ministre – et vision sans compromissions. La

d’Emmanuel Macron, président de la République

France va mal, mais il a su convaincre qu’il était

désormais devenu président d’une France du haut,

celui qui pouvait

surmonter les contraintes de

d’une France d’en haut. Ces gilets jaunes se sont

l’époque moderne – liées à la mondialisation et à

unis par le rejet de cette décision d’augmenter les

l'Union Européenne – sans renier ce qui fait la

impôts sur le carburant et la lassitude de la

France : sa fierté. Bien que face à Marine le Pen

codification de Paris synthétisée par le passage de

au second tour, il a su convaincre la France de se

90 à 80 km/h des routes nationales. Sous l’Ancien

mettre « en Marche » face au populisme, et a

Régime, les jacqueries avaient souvent pour

transformé l’essai avec les élections législatives.

élément déclencheur une tension fiscale chez les

La France s’est alors allumée d’un espoir. Un

moins aisés. Ces mouvements, par leur ampleur,

espoir de renouveau.

s’efforçaient de rappeler au souverain que son autorité devrait correspondre à l’émanation des

Cet espoir s’est peu à peu détruit. La tension

désirs du peuple. La jacquerie s’établirait ainsi

sociale face à la transformation de l’impôt sur la

dans la continuité de la figure du souverain

fortune. Les classes dédoublées face à la hausse

paternaliste vis-à-vis de son peuple.

de la CSG. La suppression progressive de la taxe

9 | Des Nouvelles, Héloïse?


DNH | Actualités

d’habitation et la réduction des aides pour le

Jules Ferry avait affirmé la primauté du

logement. La fin de l’état d’urgence et la sélection

Parlement sur les émeutes triomphantes.

à l’université. Tant de contradictions entre le

Emmanuel Macron a cédé et répondu aux

discours et l’action, associées à l’amateurisme

pancartes place de la Bastille. Lorsqu’un gilet

politique, le manque voire l’absence d’ancrage,

jaune écrit sur sa pancarte « Macron, nourris ton

ainsi que la présidence Jupitérienne muette, ont

peuple » et que le président de la République

tué l’espoir des Français. Quand les affaires se

offre 100€ à ce même peuple, imposant de surcroit

multiplient – Benalla, financement de campagne,

cette décision sur les Assemblées, il redonne une

départ de ministres liés à diverses fraudes fiscales

illusion de pouvoir à la rue. Il s’est ainsi détaché

– et que le non-parisien se voit confronté à une

de la suprématie de son pouvoir. Cédant au

hausse de son outil de travail, la mayonnaise

caprice de son enfant, il dissipe l’espoir de la

prend et la tension effrite l’ordre. Lorsque

France ordonnée qui a voté et qui ne s’est pas

Jacques Chirac avait réduit la fiscalité sur le

rebellée. Après l’organisation d’un Grand Débat

carburant après un excédent budgétaire dans les

National pour recueillir les revendications des

années 2000, il avait compris que le pain du

Français et la rumeur d’un referendum organisé en

Français n’est plus fait de blé mais de pétrole. Les

même temps que les élections européennes. Va-t-

jacqueries sous la monarchie faisaient écho à une

il ainsi achever de détruire la légitimé qui lui a

hausse du prix de la farine. Le nouveau blé est

été conférée en mai 2017, ou au contraire réussir à

noir et étranger. La France comprend, car, non, le

faire renaître l’espoir d’un pays divisé ? Un

Français n’est pas un idiot, que le prix du baril sur

président devrait-il dire ça ? Jupiter n’est plus, il

le marché international n’est pas du ressort de

est seul au sommet, détaché de la réalité des

Paris. Elle l’accepte. Mais lorsque c’est le

Français, détaché de la source de son autorité.

souverain, le père de la nation, qui décide

Emmanuel Macron parviendra-t-il à aborder son

d’amputer la province de son pain, il y a césure.

programme ? , Cèdera-t-il à l’appel aux urnes non

Quand, de surcroit, le président de la République

nécessaire ? Ou trouvera-t-il un moyen d’allier les

ne répond pas à la rue et que ses annonces se

deux et faire retrouver à la France son unité

contredisent, le Français reste dans la rue.

perdue ?

Des Nouvelles, Héloïse? | 10


DNH| Actualités

TOUT A FINALEMENT BIEN MARCHÉ POUR LE SÉNÉGAL Par Sean Liu

Choisi pour organiser les Jeux olympiques de la Jeunesse en 2022, les changements effectués au Sénégal développent le potentiel du pays. À la limite de la côte de l’Afrique de l’Ouest, sur l’île de Gorée, qui appartient au Sénégal, « la porte du nonretour », connu par le passé sous ce nom par les esclaves, reste aujourd’hui un lieu sacré et important pour les masses africaines. Tout esclave envoyé aux États-Unis par cette « porte » ne reviendra jamais. Jusqu’au XIXème siècle, cette île était l’endroit le plus important d’Afrique pour les hommes d’affaires. Aujourd’hui, le Sénégal est prêt à nous montrer qu’il peut redevenir l’endroit le plus important d’Afrique, et même du monde. Depuis les années quatre-vingt-dix, le Sénégal a amélioré et a résolu un grand nombre des problèmes majeurs qui empêchaient les investissements dans la région et repoussaient les touristes. L’époque où, de temps en temps, une crise de paludisme s’y produisait, est révolue. Aujourd’hui, le nombre de personnes qui contractent la maladie a baissé de 62% pendant 7 ans, et récemment, il n’y a eu aucun cas d’Ébola au Sénégal, malgré les morts par centaines en Afrique de l’Ouest. De même, le Sénégal est l’un des pays d’Afrique les plus stables sur le plan politique, et en même temps relativement moins corrompu que ses voisins africains. Ainsi, ce n’est pas étonnant que beaucoup de pays comme la Chine, la Corée du Sud, les Émirats arabes unis et l’Inde aient l’intention d’investir une somme de près des 7 milliards de dollars au Sénégal, au cours des prochaines années. Le projet principal étant de construire des routes ferroviaires et des hôpitaux. Accueillant le monde entier aux Jeux Olympiques de la Jeunesse en 2022, le Sénégal a l’opportunité de nous montrer sa culture et son histoire. Quand j’ai visité ce pays en 2017, que ce soit le jazz au St. Louis qui est lié à la Nouvelle Orléans, ou l’histoire coloniale douloureuse, comme les tirailleurs ou les esclaves, ou même l’art sous-verre, ce pays m'a permis de faire des expériences surprenantes aux couleur vives. Le Sénégal s’affiche plus que jamais comme le visage de l’Afrique moderne. Avec une compétition d’envergure mondiale, l’avenir de ce pays s'annonce radieux. Les revenus apportés par l'organisation des JO n’en font pas une affaire lucrative, mais cette occasion apporte au gouvernement de bonnes raisons d’investir dans les générations suivantes, en construisant des stades et des installations sportives. Ces infrastructures sont d’autant plus essentielles que les gens qui ont moins de 25 ans représentent plus de 60% de la population sénégalaise. Après la Coupe du monde de football en Afrique du Sud en 2010, c’est la première fois qu’un pays africain a été choisi pour organiser un tel événement. Comme beaucoup de gens, avec les améliorations économiques et sociales rapides, j'espère que le Sénégal croîtra et s’épanouira. Il est temps que le Sénégal soit remarqué par le reste du monde car il est prêt.

11 | Des Nouvelles, Héloïse?


DNH| Culture

APOSTROPHES ET DE LA GRANDE LIBRAIRIE, DÉMOCRATISATION POTENTIELLE DES LETTRES ? PAR GABRIEL NAGINSKI

Image: La Grande Libraire

Avant de présenter un écrivain dans ses émissions

On pourrait tout aussi bien dire que Bernard Pivot a un

littéraires Apostrophes, Bernard Pivot aimait souvent

héritier, plus rajeuni, plus « branché », mais à sa manière,

utiliser des tournures telles que « pour ceux qui n’ont pas

efficace, Francois Busnel. De temps à autre, dans son

encore eu la chance d’avoir lu les œuvres de… ». Ces petites phrases témoignent une ambition sincère de Pivot ; faire découvrir à son audience, inspirer la lecture qui n’a pas encore eu lieu. Pendant 20 ans, toute une génération a suivi avec grand intérêt, les interviews d’écrivains majeurs de la deuxième partie du 19ème siècle, tout cela en direct. Il envisageait l’aspect abrutissant de la télévision, mais croyait aussi passionnément qu’elle pouvait transmettre le savoir. Alors qu’il entamait des personnalités telles que Duras, Lévi-Strauss ou Yourcenar, Pivot gagnait à la fois l’empathie de ses interlocuteurs, tant par son respect de l’intimité, et enfin l’empathie de son audience, tant par ses choix surprenants de questions parfois provocatrices. Certes, la personnalité des écrivains l’intéressait, mais à

émission La Grande Librairie, cet homme enthousiaste, peut-être maladroit, souffre du symptôme très récurrent des journalistes modernes de systématiquement couper la parole à ses interlocuteurs. Busnel interrompt certes, mais il part sans doute du principe que notre monde hyper technologique, par sa promotion d’échanges instantanées, a rendu la communication limitée et la lecture quasi impossible. De plus, l’exigence commerciale de vendre le plus rapidement possible, le manque de lecteurs, la tentation de rentrer comme tout le monde dans des sujets frivoles, rendent la tâche bien plus difficile qu’en 1980. Il faut donc des consensus. En somme, Busnel fait ce que n’a pas fait Pivot, il incarne la démocratisation totale de la lecture en invitant des écrivains et des libraires pour la plupart inconnus au

chaque fois sa lucidité les obligeait également à faire

bataillon. Ceci est indispensable pour la renaissance des

ressortir leurs œuvres. Le cas de Duras par exemple ;

lettres. Là où Pivot se démarque, c’est sa résolution de

l’interview célèbre est à présent un mythe parmi ses plus

libérer à cœur joie la parole de l’écrivain. Apostrophes

fidèles lecteurs. Car, on comprend enfin que l’écriture de

ou La Grande Librairie ? Tous deux demandent à

la romancière, celle du silence, des pauses, parfois des longueurs, est identique à la façon dont elle parle.

l’écrivain de participer à notre culture de plus en plus fascinée par la célébrité. Peut-être que notre impression d’eux sera plus artificielle qu’avant, le danger est bien là.

Il est vrai que ces entretiens ressemblaient plus à des cafés

Mais après de nombreuses années en exil, les romanciers,

littéraires télévisés plutôt que des débats complexes et

les poètes et les dramaturges jusqu’alors ignorés feront

académiques. Qu’importe, si la lecture est souvent un acte

enfin leur apparition. Certains vont inspirer plus que

terriblement solitaire, sa diffusion, sa promotion, son

d’autres, au moins auront-ils, grâce à ces émissions, la

éloge ne doivent pas forcément l’être.

chance de pouvoir s’exprimer.

Des Nouvelles, Héloïse? | 12


DNH | Culture

JE VAIS BIEN, NE T'EN FAIS PAS... par Maria Ladj

Je vais bien ne t’en fais pas est un film français réalisé par Philippe Lioret. Ce film nous plonge dans le vécu d’une famille contemporaine parmi tant d’autres, avec ses secrets et ses mensonges. L’héroïne, Lili, une jeune fille de dix-neuf ans, éprouve un choc à la suite du brusque départ de son frère jumeau, Loïc. En effet, ce dernier a quitté la maison familiale après une énième dispute avec son père. Restant sans nouvelles de lui, Lili se laisse peu à peu submerger par des émotions qu’elle ne parvient pas à contenir. Désireuse de le retrouver, elle mène une enquête qui touche au cœur même de cette famille. Elle découvre alors que c’est son père qui, pour la sauver, lui a écrit toutes les lettres signées de Loïc. Deux thèmes principaux peuvent se dégager de ce film : les secrets et les mensonges, et la fragilité de l’adolescence. D’abord, on pourrait dire que le film présente les mensonges comme une force positive pour Lili. Négligeant ses études en BTS, cessant de s’alimenter, elle est hospitalisée. Le mensonge de ses parents est alors justifié, puisqu’elle ne reprend goût à la vie qu’en recevant enfin une carte postale de « son cher frangin ». Ces cartes écrites par son père lui procurent donc un mélange d’espoir et de sécurité. Même en son absence, on comprend vite pourquoi Loïc, véritable idole pour Lili, était si important pour elle. Sa disparition la plonge dans le désespoir le plus complet. En outre, le fait qu’ils soient jumeaux rend cette situation plus difficile parce qu’ils partagent un lien très fort. Afin de protéger leur fille, les parents vivent dans un mensonge qui ne leur permet pas de faire le deuil de leur fils. Ils se refugient dans un mutisme et une culture du secret qui a sa raison d’être. Cet acte d’amour constitue la force motrice des parents. Deuxièmement, le film montre la dynamique d’une transition à l’âge adulte puisqu’il nous parle de Lili qui vit, alors qu’elle est en pleine croissance, une étape difficile. L’adolescence est l’étape vers l’autonomie de l’âge adulte et c’est la période où l'on s’interroge sur sa capacité à se prendre en charge. Un exemple de cela est la rébellion de Lili : elle rejette l’autorité parentale et le modèle voulu par la société lorsqu’elle abandonne ses études. Par la suite, elle trouve un emploi dans un supermarché, ce qui souligne son indépendance vis-à-vis de ses parents ainsi que sa capacité de prendre elle-même des décisions. En outre, l’adolescence est une période de fragilité psycho-affective et cette fragilité peut s’exprimer par un important mal-être. Par exemple, Lili souffre d’une dépression et les effets d’anhédonie : elle perd sa joie de vivre ; on le voit dans son incapacité à faire la fête lors de l’épisode de la soirée à Reims.

Cette dépression mène à une anorexie et à son admission dans un hôpital psychiatrique. Par conséquent, la fragilité de son état et sa tristesse pousse ses parents, bien attentionnés, à élaborer un mensonge. En conclusion, le film plonge les spectateurs dans une réalité cruelle, emplie de mensonges et de secrets. Il nous expose à la fragilité de l’adolescence. La citation « toutes les familles ont un secret » prend vie dans ce film. Il explore la manière dont les mensonges et les secrets des parents de Lili ont été une forme de protection pour une adolescente vivant une étape difficile, mais ont fini par devenir une source de souffrance.

« To t le fa l on un se 13 | Des Nouvelles, Héloïse?

t »


DNH| Culture

RESPIRE PAR CARLOTA YBARRA

LIVRE INFORMATIONS PRINCIPALES : • TITRE : RESPIRE • AUTEUR : ANNE-SOPHIE BRASME • DATE : 2001 • EDITEUR : FAYARD • NOMBRE DE PAGES :190

Synopsis : Le livre raconte l’histoire de Charlène Boher, sa jeunesse Image: Screen Daily

et son amitié avec Sarah. Charlène raconte l’histoire de sa vie, de ses premières années jusqu’au présent ; elle a alors dix-neuf ans. Au début du roman, le lecteur découvre Charlène lorsqu’elle est en prison. On ne sait pas vraiment ce qui s’est passé ou ce que Charlène a fait pour en arriver là. Elle commence ensuite à décrire son enfance et ses années de lycée, en essayant d’expliquer comment elle en est arrivée là ; c'est peut-être pour essayer de se racheter en justifiant ses actes. Le lecteur rencontre les différents personnages qui jouent un rôle majeur dans la vie de Charlène : sa mère, son père, Vanessa (sa meilleure amie quand elle était petite) et, finalement, Sarah. Avant que Sarah n'arrive dans sa vie, le lecteur sent que Charlène a un penchant obscur, qu’elle ne comprend pas le monde qui l’entoure, pas même les personnes dont elle est proche. Son amitié avec Sarah provoquera la folie de Charlène. On remarque assez vite que Charlène a des comportements très toxiques, elle se drogue, elle ne s’aime pas, et elle a une tendance à l’obsession. Une obsession qui prendra

Mon opinion : Le livre Respire a été le premier livre que j’ai lu en français, il y a peut-être trois ou quatre ans. Je devais lire un livre pour mon cours de français au lycée et en faire une présentation. J’ai lu plus de livres en français depuis, et il est vrai qu’on ne peut pas comparer ce livre-ci à certaines grandes œuvres de la littérature française. Pour autant, je crois que Respire mérite son succès. Respire a été la première œuvre écrite par Anne-Sophie Brasme ; elle l’a écrit quand elle avait dix-sept ans. Ce livre-ci n’a peut-être pas l’histoire la plus originale, ou les personnages les plus insolites, mais je crois qu’il décrit parfaitement le sentiment de déception et d’aliénation que l’on peut ressentir quand on grandit. Mais l’élément qui, selon moi, distingue ce roman des autres est son illustration de l’obsession, incarnée dans l’amitié de Charlène et Sarah. Quand j’ai lu le livre, je me demandais parfois « pourquoi, pourquoi Charlène se comporte-t-elle

avec Sarah sa forme la plus obscure.

comme ça ? Comment ne peut-elle ne pas voir que Sarah ne lui fait pas de bien ? » Pourtant, c'est ainsi que l’obsession fonctionne. Charlène n’est pas capable de penser à autre chose qu'à Sarah, elle ne peut pas se dégager d’elle, elle ne peut pas la quitter. Il est facile de se mettre dans la peau de Charlène. A la fin, le lecteur est confronté à la question : Charlène aurait-elle pu agir d’une autre façon ? Image: Film Book

Des Nouvelles, Héloïse? | 14


DNH | Créativité

Les scènes de la vie d’Hugo Ginard #2 : Cimetière de Montparnasse

« Et voilà, dit-il en désignant la tombe. Ben, elle est très belle, très émouvante, voulut-il que je réponde et je le fis. Un tel dévouement, s’enterrer ensemble. Je suis pas certain de connaitre quelqu’un avec qui je pourrais passer l’éternité », dis-je, essayant d’ajouter juste un peu d’humour. J’espérais que quelqu’un rirait. À partir de là, je commençais à considérer comment ils se trouvent, les morts. D’accord ça aurait fait un petit geste chez eux, murmurai-je, c’était normal de faire ça. » Passer une heure dans le cimetière de Montparnasse était son idée. Le regard qu’il me lança quand je lui dis que je n’y étais jamais allé me convainquit. Il y avait du soleil, un souffle chaud, le temps se finit avec l’ironie de la vivacité à la façon de l’été qui nous entoura. Au moment où nous y entrâmes, il insista pour que nous visitâmes la tombe de Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir. Il ne me le dit pas, mais je crois bien que ce n’était pas la première fois qu’il venait là. Alors que je regardais fixement cette tombe simple et sobre, je le regardais du coin de l’œil pour discerner sa réaction. Je ne pouvais pas m'empêcher de penser à ce mode mystique qu'est le deuil, que je retrouvais dans ses yeux, dans les roses sur la pierre. Mais, je suppose que quand on a écrit Le Deuxième Sexe, on mérite une vie mythologique une fois la mort venue. J’errai dans les rues entre les secteurs, apathique aux tombes innombrables ; chacune avait un nom, parfois deux ou plus. Dans la vague suprême du mystère de ces noms sans visages, j’oubliai le sien. Marchant à reculons, je me retournai à demi pour le regarder, provoquer le souvenir. Là, je le vis à quelques pas de moi. Je ne me rappelai plus. Voyant à distance la main floue, je reconnus sa peau, son contact de mortel, mais rien de son nom. À son tour, le vent chaud de l’été sembla hausser ses épaules, il souffla doucement sur mes doigts et ma pensée fut aussi brève qu’est l’été. Je pensai que je le laisserais penser. En passant, les pierres devenaient de plus en plus indistinctes et une tombe attira mon attention. Elle était en marbre, d’une couleur rouge-marron. Sur la dalle de pierre en forme de cœur, on pouvait lire sur l’épitaphe gravée à côté d’une vieille photo d’un jeune homme : Ton image a disparu Toi, tu n’es plus ici Mais ta musique nous lie Ce fut là que je remarquai que l’on avait gravé une guitare électrique sur l’autre partie. Je sentis sa présence derrière moi : le penseur. « Tu le connais, lui? - Non. - Qui est-il? - Je ne sais pas, un musicien… Pourquoi m’as-tu amené ici ? Il haussa ses épaules. - Tu ne voulais pas ressentir la présence de Sartre et de Beauvoir ? - J’ai lu leurs livres. Ce n’est pas suffisant ? - Mais tout ceci, c’est l’ultime corpus, tu ne penses pas ? Je le regardai. - Ben, c’est une bibliographie, le cimetière. Il me tint par la main et y posa ses lèvres : - Tu finiras ici aussi, peut-être. - Et ça te semble romantique ? Me tenant dans ses bras, il m’embrassa. Des oiseaux sortirent d’un arbre, les morts s’agitèrent, la tour Montparnasse ne bougea pas. - Rien de ce que nous faisons est romantique. » Il avait raison. J’avais raison. Il brûle, ce cimetière. C’est toujours la merde ça, je m’en fous, fait chier. Quel pouvoir sur mon corps, ma langue, ses mains et ses lèvres. Son nom ne me revient toujours pas. Nos étreintes ne sont que discours. Je dois me dépêcher, le temps est compté, pensai-je. H.G.

15 | Des Nouvelles, 25 | DNH Héloïse?


Les scènes de la vie d’Hugo Ginard #4 : Le Cent quatre

DNH | Créativité

Le verre brisé comme art. C’est simple, le raisonnement. La matière et la forme toutes brisées, en morceaux sur le sol. Dans l’atrium du Cent quatre, la vache du froid de janvier pouvait respirer librement sous le plafond de verre, les murs du XIXème siècle, et le sol de béton étaient d’une brutalité et d’une couleur froides. Venant de partir d’une galerie d’exposition — quelque chose en rapport aux lumières et au brouillard — Pénélope et moi commencions à examiner soigneusement la spécificité, la beauté, le danger et les symboles sexuels présents dans les milliers de morceaux de verre sur le sol. « Imagine, que tout ceci, tout le verre soit en fait un accident. Ils ont mis une barrière et puis les gens ont pensé que ça faisait partie de l’exposition. - C’est tout l’art ça, n’est-ce pas ? dis-je. Derrière nous, il y avait une sorte de va-et-vient gigantesque. C’est un domaine de l’imagination, c’est cool. Il fait froid, dis-je, prononçant les pensées sans besoin ou demande, comme une respiration. - C’est cute ça, dit-elle avant qu’elle fasse demi-tour et se mit à marcher, des nuages de la vapeur autour de son visage. » Pénélope fut… est… une figure splendide. J’adorais le moyen particulier qu’elle utilise pour faire se disperser l’air froid avec un seul regard. Sous un ciel sans merci, elle brillait, la lumière dans la mèche blonde de ses cheveux bruns, jouant suffisamment du soleil malgré son absence. Elle portait un manteau long et noir sur un pull d’un lilas si doux qu’il paraissait presque gazeux, flottant autour de sa poitrine. Son jean montait haut et s’évasait en bas ; elle sembla venir d’un temps passé, coupe de son continuum et transposé à la manière d’aujourd’hui et de maintenant. Son existence — il me sembla — fut une sorte de spectacle qui devint irrésistible pour une petite tata comme moi ; c’était impossible de ne pas la suivre. Nous entrâmes le bâtiment central du Cent quatre, une grande salle faite de nombreuses plateformes, chacune pleine de gens pratiquant danse, yoga ou tai-chi et autres arts discrets du quotidien. Toutes ces choses que les gens faisaient, me firent me demander avec urgence ce que je faisais, ce que j’allais faire. En regardant l’harmonie du pouls doux, du bruit gentil, je pouvais sentir une certaine chaleur, pas particulièrement dans la température, mais dans cette idée pénétrante de la communauté. Je m’en sentis furieux en comparaison… Ou plutôt, je me vis comme furieux en comparaison. Nous errions autour de la périphérie. « Dis-moi mon chou, as-tu des amants ? Elle me demanda. - Pas vraiment, tu sais comment c'est. Et toi ? - J’étais à Rosa Bonheur hier ; j’ai fait un petit blackout j’étais si bourrée. Je pense que j’ai embrassé un ami de mon frère. Mais en parlant d’amants, je vois Richard mercredi… - Richard ? Est-ce le docteur de philosophie ? - Bah non, c’était Dominique, le con, dit-elle en faisant ce mouvement avec sa tête comme si elle allait cracher de dégout. Non, Richard est batteur dans un groupe de jazz. - Harmonieux, dis-je, ça ira, un mec qui a le sens rythme ; t'as une photo ? Elle me le montra sur son portable. Bon dieu, ayez pitié. - Je sais. Peut-être, à nous deux, nous obtiendrons bientôt un mec avec tous les métiers possibles. - Nous allons certainement dans cette direction. Il fait putain de froid. » Un frisson de dépravation me vint en traversant la salle. Naturellement, l’espace lamentable et libre formait un paradis au-dessus de chacune de nos têtes, visible contre le plafond, mais toujours trop haut pour le toucher. Donc, ils dansaient, nous marchions, tout le monde bougeait. Tout le monde refusait d’être gelé, malgré le vocabulaire abrupt d’hiver. Je remarquai la vibration de mon portable dans ma poche ; c’était un mec, sans doute. Mais de quelle profession ? Ça ne signifie rien, pensai-je, mais un médecin, le moment médical, guérissant ; j’ai l’hypothermie. « Je voudrais apprendre à danser, le tango ou un truc comme ça, dit-elle. - Un bon moyen pour rencontrer des mecs, n’est-ce pas ? - C’est aux actes que l’on reconnaît le mal. Je la regardais : En effet, nous sommes des maux ? - C’est à Dieu à décider, et où-est-il ? - Il est allé faire du ski, dis-je. » H. G.

Par Jonathan Ross Des Nouvelles, Héloïse? | 16 26 | DNH


DNH| Créativité

Li Cors s’an Vet li Cuers Sejorne Par Josiah Williamson Aperçu d'une vie conservatrice dans une secte chrétienne: Comment dissimuler sa sexualité et les répercussions de cette répression émotionnelle.

Lorsque je marche dans les rues glacées du quartier du Marais, un sentiment familier m’enveloppe : un bruit, une odeur, une ambiance, me rappellent souvent mon passé. Bien que je sois dans une situation inconnue, avec de nouveaux amis, cette sensation que mes jambes absorbent le froid du pavé au-dessus de mes pieds, me fait penser aux jours que je passais à évangéliser. Je me souviens des portes auxquelles je frappais et le confort auquel nous renoncions pour recevoir une récompense divine, pour contribuer au plus grand bien : un objectif commun. Ces jours-là me manquent. Ce n’en est pas le froid mordant, ni la gêne publique de faire partie de quelque chose d’étrange, obscur et constrictif. Mais il y avait toujours un espoir et une foi inconditionnelle qui rendaient la vie un peu plus facile à supporter. Même si je ne croyais jamais totalement aux réponses qu’ils me donnaient, elles étaient là, comme un filet de protection, fiables et incontestables. Après tout, il serait bêtement blasphématoire de questionner un mode de vie qu’on appelait littéralement « La Vérité ». Vérité absolue et universelle. Parfois, je vois des formes congelées qui présentent leurs magazines devant le métro et je repense aux matins hivernaux incessants quand je me les caillais de la même manière. Je le faisais dans l’espoir de cacher quelque chose d’honteux, pour plaire à ma famille, brièvement. Je croyais même que mes actions plaisaient à Dieu. Ces sentiments ne changeaient pas la réalité que cette chose honteuse était toujours présente en moi ; pire encore, c’était moi, j’étais la chose méprisable. Quand tous ceux qui m’entouraient me disaient que la sexualité, qui me paraissait tellement naturelle, était en réalité contre nature et diabolique, une espèce de dégoût de soi se développait. Ce qui est désirable et beau pour soi, devient une épreuve de la foi, l’obstacle à l’épanouissement personnel et à une relation familiale stable. La haine croît jusqu’à ce qu’elle devienne une partie de soi-même aussi troublante que la chose dégoûtante qu’on cloître au fond du cerveau. La pression de paraître comme l’un d’eux, d’éviter tout ce qui pourrait trahir ou ressortir de la foule, nous hante. Une voix dans la tête dit de réfléchir à deux fois avant chaque action que nous faisons ou chaque mot que nous prononçons. Malgré tout, nous nous adaptons à la censure de soi infinie, jusqu’à oublier en quoi consiste notre personnalité en dessous de ce vernis profond de tromperie et d’émulation des autres. Rien ne reste de ce qu’on est sauf ce qu’on fait afin de démontrer qu’on n’est pas « une abomination ». Ça va, ça c’est supportable, quand chaque voix exprime la même opinion que cette partie de soi qui devrait être cachée. Le problème se produit quand il existe des voix qui disent que cette partie mérite d’être visible. Pire encore, elles font penser que l’amour qu’elles suscitent en soi-même est plus vrai et naturel que chaque mot qu’on n’a jamais lu dans la Bible. On pèche et on se déteste pour avoir péché ; on aime et on se déteste pour avoir aimé. Chaque influence interne et externe choisit son camp dans la guerre qui fait rage au fond de soi. La logique et l’amour se sont unis et ont gagné mais ils m’ont coûté ma famille et mes amis. Maintenant je dois accepter que certaines choses me font penser à eux ou à la manière dont je vivais ma vie. J’ai lu en classe un vers qui m’a saisi Li cors s’an vet, li cuers sejorne. Je suis loin de la vie que je menais mais une partie de mon cœur restera toujours dans ce passé confus, familier et distant. 17 | Des Nouvelles, Héloïse?


DNH | Créativité

Bonjour, je m’appelle Elizabeth... Que les choses ont changées !

C’était mon premier travail dans un restaurant,

... (Avec un ‘z’, pas un ’s’) et j’ai vingt-et-un ans...

et le deuxième travail que j’ai jamais eu ! Auparavant j’avais travaillé dans une boutique, mais c’est une autre histoire.

L'Hard Rock est une entreprise géniale ! Je pouvais manger ce que je voulais, soit avant, soit après le travail, et je gardais cent pour-cent de mes pourboires… En plus, (et c’est la vraie

C’était toujours comme ça que je me présentais quand je rencontrais quelqu’un de nouveau pendant les six mois que j’ai passé à Paris. Puisque je suivais des cours réservés aux anglophones, dans une université du beau quartier du 7ème arrondissement, j’étais entourée

raison pour laquelle j’ai cherché un travail) j’ai pu améliorer mon français : vous seriez surpris de savoir à quel point les Français apprécient qu’une jeune fille anglaise essaye de parler leur langue, surtout avec son ‘accent mignon et charmant’.

d’Anglais presque tout le temps. Même si je ne la voyais que le soir, la famille française avec laquelle je vivais m’aidait pour mon apprentissage de la langue et à vivre une vie typiquement parisienne.

À propos des clients, je devais d’abord deviner leur nationalité avant de me présenter, et même mélanger des langues pour me faire comprendre par certains clients, comme les Italiens. À la fin de mon séjour à Paris, je me considérais

Donc pour ceux d’entre vous qui sont en train de préparer vos études à l’étranger, je vous conseille d’habiter soit chez une famille française, soit avec d’autres étudiants français, pour parler la langue le

polyglotte car je pouvais me débrouiller avec plusieurs clients Méditerranéens, y compris les Portugais et les Italiens qui restaient tout de même les plus difficiles à comprendre!

plus possible. Ce travail exigeait tout mon temps et toute mon Quant à la vie sociale, j’allais dans des bars avec des étudiants de mon université. Je passais la plupart de mon temps dans des lieux anglophones, surtout dans des bars britanniques. Les matchs du Tournoi des Six Nations posaient problème car je voulais que les Anglais gagnent sans pour autant perdre l’occasion de me faire des amis français. Je me retrouvais alors à encourager l’équipe

attention, mais ça a été une bonne manière de rencontrer des gens venant de tous les pays du monde… Argentine, Espagne, Corée et surtout les Maliens, qui étaient principalement en cuisine. Être amie avec ces gens signifiait recevoir des plats spéciaux autant que je voulais pendant mon temps libre, surtout des desserts comme le apple cobbler !

française pour m’intégrer avec les autres dans le bar !

Somme toute, j’ai beaucoup apprécié mon séjour à Paris et je voudrais bien y retourner un

Après la fin du premier semestre, je me présentais

jour, peut-être même pendant plus de six mois.

désormais de la manière suivante : « Bonjour, je m’appelle Elizabeth et je suis votre serveuse aujourd’hui, bienvenue chez Hard Rock… ».

C’est ainsi qu’une anglaise s’est débrouillée à Paris pendant ses six mois à l’étranger.

Par Elizabeth Godfrey-Gush

Des Nouvelles, Héloïse? | 18


DNH | Créativité

UNE VILLE NE TE BRISERA PAS LE CŒUR

Par Lucy Fletcher

C’était le début de l’été, et j’avais acheté un billet d’avion de Málaga à Lyon dans l’espoir d’y retrouver une partie de moi que j’avais perdue au fil du temps. J’avais cherché le bonheur tièdement dans des rues blanchies à la chaux et dans les pots de chocolat épais, et je pense que j’aurais pu le trouver si j’avais vraiment essayé. Là, de nouveau, je sentais la chaleur d’une vraie ville, une ville que j’avais bien connue sous l’emprise d’hiver : de là où je me tenais sur les pentes de la Croix Rousse, les bâtiments brillaient d’un éclat d’orange qui me rappelait Séville mais qui était loin de la fraîcheur de Ronda. C’était bien Lyon. Je voyais la couleur bleue-turquoise de la Saône et du ciel qui engloutissait tout, et les méandres des rivières qui se collaient à la Presqu’île. J’ai regardé le tour Part-Dieu, située à deux pas de l’airbnb que j’avais loué pendant mes dix premiers jours passés dans cette ville, et où j’étais restée gratuitement pendant un mois de plus, sur le canapé d’un nouvel ami. La première fois que j’ai rendu visite aux pentes de la Croix-Rousse, c’était en octobre avec une Espagnole que je venais de rencontrer. Lorsqu’on montait les pentes avec ses amis je n’arrivais pas à faire semblant de la comprendre, car son accent me donnait l’impression qu’elle me parlait en espagnol et non en français. En cet instant précis, marcher sans m’écarter du sentier grimpant représentait un défi de taille. J’avais remarqué que l’ami de son petit copain portait un gros roman de science-fiction, et à ce moment-là j’ai décidé que j’aimais bien les garçons qui portaient des livres au quotidien, et je lui ai demandé de quoi il s’agissait. En octobre, je n’étais pas encore habituée à la vitesse à laquelle les jeunes Français s’exprimaient, ni à l’argot qu’ils utilisaient. Alors, autour d’un verre, ma petite équipe me traduisait les phrases prononcées par leurs amis ; les phrases qu’on n’apprend pas à une jeune étudiante de français dans un établissement universitaire. Le grand store nous protégeait du soleil et de la ville, et moi, dans mon petit coin, toujours la nouvelle, un peu « bourré » et enveloppée par le bourdonnement d’une langue qui n’était pas la mienne, je me sentais à l’aise. À mon retour, je marchais seule et plus haut. Le lundi avait apporté une vacuité paisible et pour échapper au soleil, je suis entrée dans un bar qui semblait être le seul ouvert ce jour-là. Je me suis installée à la seule table inoccupée, qui donnait, à mon grand bonheur, sur la Place de la Croix-Rousse. Le barman a proposé de me faire un café glacé et j’ai accepté en le remerciant. L’enthousiasme intense avec lequel il l’a préparé m’a fait songer aux substances bizarres qu’il pouvait mettre dedans : une fois seule, je suis encline à la suspicion et au doute. J’ai jeté un œil vers ma voisine et on a échangé des sourires. J’ai pensé à l’année dernière, à notre « grotte » d’appartement, au restaurant « L’Instant Fromage » qui prenait vie sous nos pieds les soirs de week-end, à la Rue Sainte-Hélène, et finalement j’ai pensé à Cécile. Elle avait accepté de partager ce petit appartement de couple avec une inconnue, pire même, avec une Anglaise qui disait encore « puis-je avoir... » lorsqu’elle demandait un verre d’eau. Même si mon français ne s’étendait pas au niveau de l’amitié que je voulais lui offrir, je sentais qu’on se comprenait bien. Le mur qui séparait nos deux chambres était fin comme du papier et faisait, soit par l’osmose, soit par le bruit, que les secrets entre nous n’existaient plus. J’avais vécu trois vies distinctes en moins d’un an, et j’y suis retournée pour goûter celle que j’avais quittée cinq mois auparavant, mais il ne restait que la ville. Quand même, elle était toujours belle. Une ville ne te brisera le cœur… Mais devoir la quitter le peut. 19 | Des Nouvelles, Héloïse?


DNH | Créativité

Un flux de pensée pénètre l’esprit. Il déraille. Il ne respecte aucune logique, ne se soumet à aucun type de rationalité médiocre. Il se développe d’une manière chaotique, brisant les schémas de l’esprit lui-même. Et pourtant il n’en détruit pas l’équilibre précaire. Il n’en gâche pas la figure limpide.

Il apparaît avec une telle désinvolture, une telle symbiose avec son hôte, que le complexe général en résulte glorifié. Malgré son délire, sa fureur distinctive, il n’en corrompt pas la totalité. Ni, toutefois, se laisse corrompre. Et c’est cette propriété intrinsèque, victime d’elle-même, qui permet à une complicité familière de naître au point de faire devenir dépendent l’esprit, enfin ivre de cet élément si étranger aux origines.

Mais, de la même manière qu’elle est arrivée, elle se dissout, en devenant intangible et en ne laissant seulement place à une amertume désormais non contenue et un vide non occupé ;

Futile, tonnante Euphorie Par Piero Arienzo Des Nouvelles, Héloïse? | 20


DNH | Musique

VSO, UNE BRISE DU SUD SUR LE RAP FRANÇAIS PAR INES DECARRE

« L’avenir est vite là, vis le moment présent ». Dans cette phrase tirée de leur deuxième album, Southcoaster, résonne la philosophie de vie que le groupe VSO nous transmet au fil de ses textes. Alien, Pex et Vinsi sont les visages du groupe. Accompagnés du DJ Obwan et de toute une équipe, ils sont à l’origine d’un style de sons originaux et décomplexés, de textes qui interpellent. Leur musique fait évoluer le rap français, pour notre plus grand plaisir.

LEUR STYLE EST DIFFICILE À CLASSER, ET C’EST CE QUI ENVOÛTE Le groupe VSO a un style bien à lui, un rap libre accompagné de notes plus électro ou acoustiques au fil de leurs morceaux. Ils y mêlent des paroles parfois crues, parfois délicates et touchantes. Ils touchent à tout avec talent, partagent les mêmes doutes que la jeunesse actuelle, et cherchent dans leurs textes des solutions à leurs moments d’égarement. Cela donne l’impression qu’on les connait depuis toujours. « J’ai surprotégé ma petite sœur parce que elle c’est moi en mieux » : certaines paroles rendent des hommages vibrants à leurs proches, à leur vie d’avant, mais il y a surtout des notes pour le futur. C’est comme ça qu’ils s’adressent à leur public : ils ont les même hésitations, frayeurs et se l’avouent : « j’ai peur de ce que je ressens ». Mais les peurs se mêlent à l’excitation quand il s’agit de découvrir l’avenir. Ils sont comme nous, ne savent pas toujours sur quel pied danser mais viennent de loin, leurs mélodies entraînantes nous font tanguer et les paroles nous emportent, ils nous font rêver quand ils disent mettre les voiles vers un monde meilleur. Ils ont aussi cet air familier, parce qu’ils ressemblent à nos potes, grandissent avec nous. Lorsqu’Alien chante « on m’disait d’écouter les grands, maintenant j’suis grand, j’peux m’écouter moi-même », on ressent ce désir d’autonomie et de liberté, une sorte de passion pour l’indépendance chez des jeunes adultes prêts à faire leurs propres expériences. Ils ne se plaignent pas, au contraire ils constatent et évoluent avec leur musique. C’est vrai qu’ils tentent tout, font leurs expériences, s’amusent, nous amusent, comme si au fond rien n’était grave, de la légèreté et de la douceur mêlées à l’agressivité, des erreurs passées tournées en leçons pour un avenir incertain. Ils travaillent actuellement sur un nouveau projet, et on trépigne d’impatience de le découvrir et de le partager avec eux. Parce que le plus incroyable chez VSO, ce sont sans doute leurs tournées. Ils sortent de leur Sud natal pour écumer la France et rencontrer leurs fans dans des concerts vibrants et intenses, et une fois sur scène, les trois artistes se donnent à fond et mettent le feu, Vinsi nous dira « j’repense à vos sourires après la scène donc j’me dois d’y mettre toute ma sueur ». Ils ont une énergie bouillonnante rythmée par les mix de leur DJ, Anli, alias Obwan.

LA NOUVEAUTÉ QU’ILS APPORTENT AU RAP FRANÇAIS Ce qui est très appréciable chez ce groupe et assez récent dans le rap, c’est qu’ils n’emploient pas ce langage péjoratif envers les femmes qu’utisent beaucoup de rappeurs. Ils vivent au 21e siècle et ont compris que l’autre moitié de la population n’est pas seulement constituée de poupées sans cœur ni cervelle. Ils savent que plus ils respecteront les femmes, plus ils seront capables de les comprendre, de tisser des vrais liens. Dans une interview datant de 2017, ils expliquent que si le rap est parfois misogyne, eux prônent l’ouverture. Alien développera que c’est parce qu’ils sont bien élevés : « ce n’est pas parce que tu traites une fille comme une salope que ça te rend plus viril, au contraire ». Bien vu. 21 | Des Nouvelles, Héloïse?


DNH | Musique

Mais les quatre jeunes Nîmois sont aussi provocateurs en douceur. Sincères et plein d’autodérision, ils sont surtout très indépendants. Ils le disent eux-mêmes dans leur morceau Southcoaster, éponyme de leur deuxième album : « la vie d’artiste est une tempête en mer sur un bateau gonflable », alors à quoi bon se prendre trop au sérieux. En effet, ils ne semblent pas avoir de ligne tracée et ne se refusent rien. Surtout pleins d’humour mais aussi de profondeur, Vinsi, Pex et Alien sont à la fois irresponsables et sérieux. Leurs textes font rire et réfléchir, tout en reflétant leur mode de vie : « en bons garçons du Sud, on noyait nos soucis dans la mer ».

5 MORCEAUX À ÉCOUTER Il est difficile de faire un choix parmi des morceaux aussi différents qu’addictifs, mais voici une sélection de cinq sons chill electro comme ils savent si bien faire.

Iceberg Des paroles originales sur des notes rythmées, le titre de la chanson évoque l’idée d’un cœur de glace. Le texte laisse place à notre imagination, et sous-entend la découverte de la partie immergée de l’iceberg dans une relation, qui peut mener à des surprises.

Sucre

Une mélodie douce et sensuelle compare les sentiments amoureux à quelque chose de sucré, mais qui peut en même temps être très amer. Cette opposition reflète les hauts et les bas d’une relation amoureuse et charnelle. La chanson parle de la Femme, et la relation amoureuse est comparée à une addiction au sucre, il est difficile de s’en passer même si ça peut faire mal.

Kintsugi

Une référence à une méthode japonaise. Les vases japonais brisés et ensuite réparés avec des jointures d’or servent ici de preuve qu’il est possible de se reconstruire après des moments difficiles, en une version embellie de soi-même. C’est une façon de se donner du courage, de magnifier ses blessures et de les valoriser.

Hokusai

Ce morceau plein de tonus propose une mélodie entrainante qui relaxe tout en donnant envie de bouger, de danser, bref de se laisser aller, au rythme des rimes de Pex.

Nicotine blues

Un trait de culture que l’on pourrait définir comme très français, fumer cigarette sur cigarette. L’esprit s’évade dans des pensées vagues au milieu de la nuit, nous empêchant de dormir. Ces réflexions vagabondes se laissent aller au rythme des cigarettes que l’on allume sur ce son envoûtant.

Le groupe VSO navigue sur des mélodies envoûtantes et des morceaux agréablement entêtants, à l’origine d’albums qui font lâcher prise. Ils vous rendront accro à leur musique à la première écoute, et lors de leurs concerts vous partagerez des moments magiques avec eux, comme si vous retrouviez de vieux amis. Impossible de passer à côté de ces étoiles montantes de la musique française, il est urgent d’écouter leurs sons au style rafraichissant, en espérant les voir sur scène à Londres rapidement !

Des Nouvelles, Héloïse? | 22


DNH | Musique

GENRE, LE RAP ÇA TE DÉRANGE ?! PAR AIRELLE AMÉDRO

« J’ai vu que le rap est à la mode et qu’il marche mieux quand il est sale, Bah faudrait peut-être casser les codes, une fille qui l’ouvre ce serait normal » Angèle, Balance ton quoi Le rap, expression du gender trouble ? Rap féministe ? Angèle, Eddy de Pretto, Christine and the Queens, pour ne citer qu’eux, ont prouvé que c’était possible, nécessaire même. Aux côtés de Booba, Hamza, JUL, ou Damso, ils se sont fait leur place dans un milieu hyper masculin. Ils s’y affirment, s’essoufflent parfois devant expliquer, justifier genre et sexualité. Chris, icône dans le monde anglophone, aimerait que les intervieweurs français lui parlent d’autre chose que de sa coupe de cheveux. D’ailleurs, « ce n’était pas une question qu’on posait à David Bowie ! » Qu’en est-il du grand méchant rap ? Du rap sexiste, homophobe, misogyne ? Celui qui transpire la virilité dominante ? Celui que Yann Moix, déçu, attendait dans Cyborg, reprochant à Nekfeu de n’être assez violent, trop léger même, au goût de ce véritable mâle alpha pour qui les femmes de plus 50 ans n’existent pas. Rap introspectif, lyrique, ou pire encore, rap et chanson d’amour ? Impensable pour ce conservateur tradi friand de clichés. Pourtant, il suffit de se pencher sur quelques-unes des figures francophones du moment pour faire mentir notre ami Yann. Qu’il s’agisse des tracks de Nekfeu, Lomepal, Roméo Elvis ou même de L’Ivresse de Feu ! Chatterton : Domination masculine va de pair avec transgression de ses diktats. Qu’on ne s’inquiète pas, l’hyper-masculinité est toujours omniprésente. Elle s’y affirme, elle s’y rassure. Lomepal n’oublie pas de rappeler que « les femmes c’est [s]on métier, pas des cances-va » mais il l’avoue, ça fait pitié. Maquillé, habillé de rose, ainsi se présente Palpal sur la pochette de son premier album. Son featuring favori ? Celui avec Katerine pour le second. Trop beau est d’après lui sa plus grande réussite musicale, chanson d’amour dans laquelle il confie son incapacité à maintenir une relation, la peur que lui provoquent ses propres sentiments. Hyper-masculinité rimerait désormais avec vulnérabilité. Les faiblesses et limites d’une surperformance qui ne laisse aucun répit deviennent désormais un sujet d’autodérision. Qu’il s’agisse de Malaise, de Macarena de Damso ou de Diable de Roméo Elvis, tous en usent. Orelsan avec Bonne Meuf a fait de même. San, emblématique d’un rap misogyne aux propos inexcusables, a fait son mea culpa. Concernant son « Je vais te Marie Trintigner », mise-en-scène des paroles d’un homme absent, trompé, violent, il expliquait concevoir le rap comme étant un espace où les paroles même les plus extrêmes pouvaient se faire entendre. Suicide social en est un autre exemple. Poursuivre Orelsan pour ses propos a été amplement justifié. Le poursuivre toujours serait hypocrite. Il semble que ces attaques soient maintenant fondées sur le mépris, le manque de considération pour le rap. Elles restent sourdes à ce qu’il nous dit aujourd’hui. Ceux qui ne l’écoutent pas sont-ils ceux qui ferment aussi les yeux sur ces affaires étouffées des Grands du monde artistique ? Pour ces scandales, l’urgence de dénoncer est tout de suite plus modérée. Il ne s’agit pas ici d’analogies douteuses, ni de justifier ou d’excuser le caractère misogyne de ces paroles, mais plutôt de réfléchir au rap comme un espace performatif. Orelsan l’explique lui-même, s’exprimant à propos de La fête est finie, album dans lequel amour et vulnérabilité ont désormais une place (Paradis). Il dit enfin pouvoir être « sincère », ne plus avoir à «en mettre plein la vue ». Le rap n’est pas intrinsèquement violent, il l’est selon ce qui a besoin d’être exprimé, ce qui se doit d’être dit. Il n’est pas question de définir ou de labelliser le rap par ces exemples qui ne représentent qu’un infime échantillon du genre. Il est question de rappeler qu’il est polymorphe et polyphone : il donne voix à différentes performances, de la plus virile à la plus gender-fluid. Ainsi, il mérite d’être entendu plutôt que catégorisé, en attendant Damso fait preuve d’Ipséité.

23 | Des Nouvelles, Héloïse?


DNH | Musique

CONCERT DE L’IMPÉRATRICE AU VILLAGE UNDERGROUND 16.01.19 Par Carla Suarez Le groupe français L’Impératrice s’est présenté le mercredi 16 Janvier à Londres avec un concert affiché complet au Village Underground de Shoreditch. Cet établissement londonien de musique indie fut inondé par la bonne ambiance et l’énergie transmises par le sextuor. L’Impératrice a atterri sur scène à 21h, portant des combinaison spatiales. Ils nous ont guidé à travers l’espace et nous ont emmenés au bord des tropiques pour se perdre dans un rêve surréaliste jusqu’au bout de la nuit. Fondée à Paris en 2012, L’Impératrice a conquis la scène pop française et se projette à la conquête de la scène internationale. Formée par le pianiste Charles de Boisseguin accompagné de Hagni Gwon, sous le charme de l’hypnotisante voix de Flore Benguigui qui, au rythme de la batterie jouée par Tom Daveau, est accompagnée par David Gaugué à la basse et Achille Trocellier à la guitare électrique. L’ensemble crée des sons magnétiques qui font vibrer les corps et les âmes des spectateurs. On retrouve dans leur style musical une énorme influence des disco sounds des années 70 et de la French pop des années 90 qui crée une symbiose de sons électro, jazz et funk. L’Impératrice a interprété ses musiques les plus célèbres, La Lune, Odyssée, et Séquences, qui se distinguent par des sons galactiques, ainsi que leurs chansons caractérisées par des mélodies tropicales comme Naufrage en Adriatique, Agitations Tropicales, Sonate Pacifique et Vacances, nous faisant vivre une odyssée de l’espace. Leur nouvel album Matahari, inspiré par la mystérieuse histoire de l’espionne Mata Hari, est composé de chansons mélancoliques telles que Paris, d’autres vibrantes comme Là-Haut, tout en gardant une touche sidérale. Après avoir joué dans de nombreux festivals l’été dernier en France et en Belgique, ainsi que de s’être présentée dans des pays non-francophones tels que l’Italie et le Chili, L’Impératrice s’embarque dans une tournée en Amérique du Nord en avril et en mai en commençant par le Mexique, suivi de la Californie avec des prestations à Los Angeles et à San Francisco. Cela les emmènera ensuite à Chicago et à Washington DC, pour finir à la East Coast en se présentant à New York et à Boston. De retour en Europe, L’Impératrice finira par l’Allemagne en se présentant à Berlin, Köln et Geltendorf à la fin du mois de mai. L’impératrice sera de retour à Londres le 02 mai et jouera cette fois ci à Heaven, club très connu de la vie nocturne londonienne et qui se trouve en plein coeur de la capitale.

Des Nouvelles, Héloïse? | 24


e . . g . a n g i n v a l n Le u t u o t t c'es

DNH | Gastronomie

Beaucoup de gens trouvent difficile de choisir le vin parfait pour chaque occasion. Qu’il s’agisse d’offrir une bouteille, ou simplement de boire un verre, les jeunes adultes peuvent se sentir intimidés par la variété de choix.

Des Nouvelles, Héloïse ? a décidé d’interviewer Romané, le président de l’association ‘Fine Wine’ de King’s College London.

QUELLE BOUTEILLE CHOISIRIEZ-VOUS HABITUELLEMENT LORSQUE VOUS ÊTES INVITÉ À DÎNER ? Y A-T-IL UNE « PETITE ROBE NOIRE » DES VINS QUI CONVIENT À LA PLUPART DES OCCASIONS ? Cela dépend surtout de ce que vous avez à manger. La meilleure réponse à cette question est de penser à la personne que vous allez voir : qu’est-ce qu’ils aiment ? Qu’est-ce qu’ils préparent à manger ? Je pense qu’avec le vin, il faut avoir une touche personnelle, parce qu’il y a tellement de vins différents, tellement de méthodes de production différentes… Tout le monde a son vin préféré, et si vous pouvez trouver ce vin là, vous avez gagné. C’est mieux de trouver le vin qui correspond à une personne, plutôt que d’avoir une liste pré-faite de quel vin va avec quel plat.

EST-IL VRAI QUE LE VIN ROUGE VA BIEN AVEC LA VIANDE ROUGE, TANDIS QUE LE BLANC EST SERVI AVEC DU POISSON ? Dans la plupart des cas, oui. Le poisson va traditionnellement bien avec un vin blanc et acide. Un Sauvignon Blanc, par exemple, coupe la graisse du poisson. La viande rouge ne va qu’avec le vin rouge parce que c’est une viande assaisonnée. Sel, poivre et tout autre assaisonnement harmonisent plus la saveur de la viande et du vin rouge.

EST-IL VRAI QUE PLUS LE VIN EST CHER, MEILLEUR IL EST ? Non, c'est un mythe. Je ne veux pas dire que les vins chers sont mauvais, mais, depuis les années 1970, la qualité de fabrication du vin s’est tellement développée que même si vous achetiez le vin rouge le plus basique de votre supermarché, vous vous retrouviez sûrement avec un vin plus ou moins buvable, et avec un peu de Par Kitti K. Horvath

chance agréable. Cependant, je vous conseille d’éviter les grandes marques comme Echo Falls ou Blossom Hill, parce que ces vins là sont très sucrés et ont un goût très artificiel.

POUVEZ-VOUS NOUS DIRE QUEL VIN VA BIEN AVEC LE FROMAGE, LES NOIX ET AUTRES AMUSEBOUCHES ? Si vous voulez quelque chose pour aller avec les trois, je vous conseille de choisir quelque chose d'un peu plus doux. Des choix sympathiques incluraient un vin doux et non-pétillant, comme un Sauternes, ou Ice Wine ou un Auslese d'Allemagne. Mon préféré est un vin hongrois appelé Tokaji.

25 | Des Nouvelles, Héloïse?


DNH | Gastronomie

QUEL TYPE DE VIN EST HABITUELLEMENT SERVI POUR UN DÎNER FORMEL ? Pour commencer, vous pourriez servir un Kir royal, qui est un apéritif français traditionnel. Après vient le champagne, ou un sherry sec, avec quelques amuses-bouches. Pour l’entrée, il est préférable de servir un vin blanc, qui est habituellement suivi par le vin rouge. Après le plat principal, il est bien de servir du Porto ou du Madère avec le fromage. Pour le dessert, il faut un vin plutôt doux. Et puis après cela, café, Brandy, ou Scotch. Pour ceux qui souhaitent être raisonnables, buvez seulement un verre pendant le plat principal, sinon vous risquez d’être de trop bonne humeur d'ici la fin de la soirée.

POUR CLARIFIER QUELQUES EXPRESSIONS...QUEL SONT LES TANINS ? Les tanins sont des produits chimiques au goût amère. Vous n'avez vraiment que des tanins dans le vin rouge. Beaucoup de jeunes vins rouges ont des tanins très prononcés. C'est pourquoi souvent les gens disent : «Ne buvez pas ce vin avant encore cinq à dix ans ». C'est pour adoucir les tanins et pour permettre aux fruits de les équilibrer. Comme le vin Barolo.

D'AUTRES EXPRESSIONS IMPORTANTES ? Je pense que celle qui perturbe beaucoup de gens est le « corps » d'un vin. C'est tout simplement l’impression que laisse le vin dans votre bouche. Il faut pratiquement le mâcher. Quand c'est un peu crémeux cela veut dire que le vin est corsé. Si c’est très fluide dans la bouche, presque comme de l'eau, alors c’est un vin de corps léger. Si c'est entre les deux, on appelle ça moyennement corsé.

QU'EN EST-IL DES TERMES SECS ET DOUX ? Sec et doux n’indiquent pas la saveur. Cela fait plutôt référence à la quantité de sucre dans le vin. Lorsque vous fermentez un vin, la plupart des vins sont secs. Cela signifie qu'ils sont fermentés jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de sucre.

POURQUOI LES GENS SONT « SNOBS » ENVERS LE ROSÉ ? Il y a un peu de snobisme envers le rosé, en raison de la façon dont il est produit. Au début, la peau du raisin est conservée dans le réservoir de la même manière que lors de la production d'un vin rouge. Avec un vin rouge vous laissez la peau pendant deux semaines, afin d’obtenir la couleur et les tanins. Pour le rosé, elle n’est laissée que deux ou trois jours. En général, les rosés les plus agréables sont ceux de Provence, dans le sud de la France. Je trouve le rosé vénitien très agréable.

QUEL GENRE D'APPLICATIONS PEUVENT ÊTRE UTILES POUR CEUX QUI VIENNENT DE COMMENCER À SE FAMILIARISER AVEC LA DÉGUSTATION DE VIN ? "Cellar Tracker": Prenez une photo de l'étiquette du vin. Si quelqu'un sur l’appli l’a déjà dégusté, il apparaîtra avec des notes de dégustation que les gens ont laissé, où l'obtenir, etc… Si personne ne l’a essayé, vous pouvez créer une page à son sujet. Donc, c'est une très bonne base de données dirigée par les utilisateurs de l'application. Il y a une variété d'applis qui donne une sorte de quiz sur le vin, c'est une bonne façon d'apprendre.

ET DERNIÈREMENT, QUEL EST VOTRE VIN PRÉFÉRÉ ? J'ai deux favoris. L'un d'eux est Amaroné, qui est fabriqué dans le nord de l'Italie autour de la région de Vérone. Il est fait dans un style très ancien de vinification. Les raisins sont laissés à sécher sur des plateaux en bois. Pendant l'aération, le raisin perdra environ 40-80% de sa masse. Toute l'eau part, et cela concentre les saveurs, les sucres et la couleur. Ainsi, lorsque vous commencez à fragmenter, tout est à son expression maximale. Il est ensuite laissé à vieillir. Enfin, il devient épicé, sucré, sec et agréablement épais à boire. Mon autre favori est le doux Madère. Il a un gout de noisettes, sombre et très complexe.

Des Nouvelles, Héloïse? | 26


DNH | Gastronomie

Paris sans gluten Image: Tourism Saskatoon

Il y a quelques années, il était vraiment plus difficile qu’aujourd’hui pour quelqu'un intolérant

2.Boulangerie Chambelland Paris— Boulangerie (14 rue Ternaux, 75011)

au gluten de trouver des restaurants adaptés à Paris. De nos jours, le choix est vaste pour ceux qui suivent ce type de régimes : des boulangeries, des cafés et des restaurants totalement « sans gluten »

Cette boulangerie fut la première de ce type à assurer le marché « sans gluten » à Paris. On doit noter aussi que le chef étoilé Alain

ont même été spécialement créés. Dans un pays où

Ducasse achète son pain dans cet établissement

le pain et la pâtisserie sont considérés comme les

pour son restaurant du Plaza Athénée.

meilleurs au monde, Paris s’est mis à la page pour ceux qui ne pouvaient pas en profiter. La France est connue pour être le pays ayant la meilleure gastronomie au monde : désormais chacun dans la capitale peut en profiter. Je vous présente les endroits « sans-gluten » incontournables à Paris :

3.Wild and the Moon — Café (55 rue Charlot, 75003 ; 4 rue du Helder, 75009 et 25 rue des Gravilliers, 75003) Ce trio de cafés végétaliens est également sansgluten : ce sont des endroits parfaits pour bruncher ou pour acheter quelque chose de sain pour la pause-déjeuner. Je vous recommande le « Power Quinoa Bowl » pour le déjeuner, le «

1.Helmut Newcake — Pâtisserie/boulangerie (28 rue Vignon, 75009 et 144 rue Saint Honoré, 75001)

Açai Bowl » pour bruncher, et le « Banana Cake » pour le goûter.

Ouverte à la fin de l’année 2011, Helmut Newcake fut la première pâtisserie à offrir des gâteaux traditionnels 100 % sans-gluten. La gamme des pâtisseries, aussi bien les croissants que les pains au chocolat sans-gluten, a créé une petite révolution alimentaire ! Image:Boulangerie Chambelland instagram

27 | Des Nouvelles, Héloïse?


DNH | Gastronomie

4.Yummy and Guiltfree — café (3 rue de Temple, 75004)

Plus besoin de culpabiliser, vous pouvez vous laisser tenter grâce à « Yummy and Guiltfree » et ses gaufres sans-gluten. C'est l’endroit idéal comme point de ravitaillement après une journée de promenade à travers la ville !

5.Season — café/restaurant (1 rue Charles-François Dupuis, 75003)

Le service rapide et le menu artisanal de Season fournissent une combinaison superbe : c’est un bon endroit pour bruncher ou même pour dîner.

Image: Seasons instagram

Je vous recommande le « Season Burger », disponible pendant la semaine, et le « Noholita’s Toast », des tartines d’avocat aux épices et halloumi grillé : le meilleur « avocattoast » que j’aie jamais mangé !

6.Noglu — restaurant (69 rue de Grenelle, 75007)

7.Biglove Caffè — restaurant (30 rue Debelleyme, 75003) Franchise du groupe Big Mamma dans la capitale, ce restaurant offre des pizzas napolitaines sans-gluten. C’est un petit restaurant un peu caché mais on peut y retrouver une ambiance semblable à celle

Ce fut le premier restaurant 100 % sans-gluten à

des autres restaurants du groupe. On ne

Paris et son chef Frédérique Jules fut la

peut pas réserver : il faut faire la queue. Y

pionnière du mouvement « sans-gluten » dans la

aller tôt pour avoir de la place, donc !

ville. La pâtisserie et le restaurant sont idéalement mélangés. Ce restaurant est un incontournable pour un intolérant au gluten à Paris.

8.Hank Burger— restaurant (55 rue des Archives, 75003 et 8 rue de Rochechouart, 75009)

Ce fast-food est 100 % « végan ». C’est un bon choix pour un intolérant au gluten grâce à l’offre d’un « Beyond Burger ». On y trouve aussi du pain sans-gluten à bon prix. Cette chaine de fast-food végane est même populaire parmi des amateurs de viande !

Par Hope O'Dwyer Image: Noglu instagram

Des Nouvelles, Héloïse? | 28


DNH | Gastronomie

GÂTEAU CHOCOLAT ORANGE PAR HADIA TARIQ

INGRÉDIENTS

PRÉPARATION 1) Préchauffez le four à 170°C.

Pour le gâteau: 2) Préparez le moule : beurrez un moule à gâteau 80g de chocolat à l’orange (chocolat au

rond à fond amovible de 20cm. Puis, ajoutez un cercle

lait ou noir en fonction de votre

de papier cuisson au fond du moule.

préférence), coupé en gros morceaux 112g de beurre doux, à température

3) Placez les gros morceaux de chocolat à l’orange dans une cuillère à soupe de farine. Puis, mélangez tous

ambiante

les ingrédients pour le gâteau dans un cul-de-poule (y

112g de sucre semoule

compris les morceaux en farine) et battez-les avec un

2 œufs, à température ambiante

batteur en vitesse moyenne pendant environ 2 minutes, jusqu’à blanchiment.

110g de farine de blé 1.5 cuillères à café de levure chimique

4) Versez la préparation dans le moule et enfourner

Le zeste d’une orange, finement râpé

pendant 40-55 minutes.

1 cuillère à soupe de sirop d’orange

Pour la ganache : 150g de chocolat noir, coupé en petits morceaux

5) Démoulez le gâteau et laissez refroidir complètement sur une grille.

6) Pour la ganache : faites chauffer la crème avec le miel jusqu’à ébullition. Hors du feu, ajoutez le chocolat et le beurre. Mélangez pour obtenir une crème lisse.

150g de crème fraîche épaisse

Mettez la ganache dans une poche àdouille rond.

20g de beurre doux

Laissez reposer la ganache jusqu’à obtenir une texture

2 cuillères à café de miel

pochable.

7) Coupez le gâteau en deux et pocher la ganache au Pour la garniture :

milieu et sur le dessus. Garnir avec les quarts d’orange glacé, et, si vous voulez, utiliser le chocolat blanc fondu,

6 tranches d’orange glacé, coupés en

dans un cornet, pour écrire un message sur le gâteau.

quarts et 30g de chocolat blanc

Image: Hadia Tariq

29 | Des Nouvelles, Héloïse?


DNH

LES RÉSEAUX SOCIAUX : UN OUTIL ANTISOCIAL?

L'équipe de Des Nouvelles, Héloïse? a organisé un concours pour les lycéens londoniens étudiant le français. Le sujet en question était : l’influence des réseaux sociaux. Nous avons le plaisir de vous présenter l'essay que nous avons sélectionné, rédigé par Jack Cowperthwaite lycéen à Merchant Taylors' School. Nous le félicitons tout particulièrement ! Nous félicitons également Vincent Mastin (Merchant Taylors' School) et Anouska Singh (Tonbridge Grammar School) dont la participation a également retenu notre attention! Enfin, nous remercions tous les participants de leurs efforts! Un grand bravo!

Par Jack Cowperthwaite, Merchant Taylors School Northwood, Year 12. Il est vrai qu’aujourd’hui les jeunes utilisent beaucoup les réseaux sociaux, et par conséquent, les adultes les jugent. Mais à mon avis, cela ne devrait pas être le cas. Bien qu’il y ait des risques qui viennent avec internet, on peut y trouver aussi beaucoup d’avantages, de la construction d’amitiés à la promotion des entreprises, comme je l’expliquerai par la suite. Alors pourquoi tant d’adultes sont-ils contre ? Premièrement, la plupart des adultes croient que les jeunes peuvent devenir accro aux réseaux sociaux. Même si cela est vrai dans certains cas, il existe des mesures que l’on peut prendre pour prévenir que cela arrive un jour. Instagram, par exemple, a une nouvelle fonctionnalité qui permet de limiter le nombre d’heures passées sur l’application, et dès qu’on atteint la limite, on ne peut plus utiliser l’application jusqu’au lendemain. Beaucoup de plateformes ont cette fonctionnalité, alors c’est plus de plus en plus difficile de devenir accro à ces plateformes. Un autre problème qu’on pourrait avoir avec les réseaux sociaux est le sexting. Si on fait des photos intimes et qu’on les envoie à une autre personne, celle-ci peut les sauvegarder et les faire tourner à plusieurs personnes. Cela peut être vraiment grave, car les photos pourraient être vues par des personnes d’importance, comme leurs professeurs ou futurs employeurs potentiels, donc il est important d’éduquer tout le monde sur la façon d’utiliser les réseaux sociaux. En outre, on peut trouver très facilement de la pornographie sur internet, et sur les réseaux sociaux comme Twitter, donc cela inquiète les adultes. Mais ce problème existe depuis longtemps, puisque les gens utilisaient des choses telles que des magazines dans le passé, et donc aujourd’hui si les jeunes veulent voir de la pornographie, ils trouveront toujours le moyen de le faire. Sur une note plus détendue, l’étude faite par verywellfamily.com, en juillet dernier, a montré que les réseaux sociaux ont renforcé également des amitiés, et en conséquence, les cyberharceleurs ne trouvent plus personne à prendre en cible, donc la croyance généralement répandue par les adultes que les jeunes sont prédisposés à subir du harcèlement en ligne n’est pas plus vraiment d’actualité. N’êtes-vous toujours pas convaincus par les avantages d’internet ? Le grand quotidien américain The Washington Post a aussi fait une étude, il y a presque un an, pour observer et analyser les avantages des réseaux sociaux. Ils ont découvert deux choses significatives : les jeunes à tendance suicidaire ont un accès immédiat à des plateformes de soutien en ligne, de plus les jeunes sont aussi exposés à des questions politiques et sociales importantes à l’échelle mondiale. Ils peuvent donc formuler une opinion à un âge plus jeune que les jeunes des générations précédentes. Ainsi, il semblerait que les réseaux sociaux ont beaucoup d’avantages, mais seulement s’ils sont utilisés de manière appropriée. C’est assez compréhensible que les adultes se fassent du souci pour eux, car ils n’ont jamais connu quelque chose comme cela quand ils étaient jeunes. C’est pourquoi ils ont peur que leurs enfants puissent se mettre en danger. Mais je pense que nous devrions nous souvenir de ceci : si on n’en abuse pas, les réseaux sociaux peuvent également être vraiment très utiles au quotidien !

Des Nouvelles, Héloïse? |30


ÉQUIPE ÉDITORIALE Airelle Amédro Piero Maria Arienzo Kitti Kata Horváth Kinnie Jimenez Morium Khanam Maria Ladj Sean Anthony Liu Ida le Maire Gabriel Naginski Saminy Parameswaran Josiah Williamson Carlota Ybarra Alvia Zaidi

PHOTOGRAPHIE PAR ALVIA ZAIDI .


Turn static files into dynamic content formats.

Create a flipbook
DNH 4th ISSUE (Spring 2019) by KCL French - Issuu