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Autopsie d'un fou

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autopsied’unfou

IvandeMonbrison

"Vivimusinmorte."

Anonymous

Nous vivons dans la mort.
Anonyme

Ilya2jours(22:29)

J’ai jamais vraimentcompriscequ’ils'estpassé…Onm’ademandédevenirlà,onm'ademandé de parler de moi, de parler de mafolie,deparlerdechosesquisontpasséesdansmavie,maisje sais pas…pas quoi dire sans doute. J'ai parfois l'impression, vous savez, quand vous marchez dans la rue etquevousvoyezlesgensentoutpetitauloincommes'ilsétaientminusculessansla compréhension liée à la sensationdelaperspective…Çac'esttrèsétrange.Donc,souventjesuis comme ça, je marche, et je vois les gens en très petit, sans décrypter la distance qui me sépare d’eux. Puis, quand ils se rapprochent, ils grandissent forcément de manière progressive. Ils grandissent, grandissent et soudain, ils ont ma taille, parfois, ils sont mêmeplusgrandsquemoi le plus souvent, mais je reste avec cette impression de petitesse, ancrée avant tout dans mon crâne, la première. Celle que les gens, en fait, sont tous tout petits, que les êtres humains dans l'univers sont trop petits, qu'ils tiennent tout entiers comme dans des petites boîtes, un peu comme dans des petits cercueils qui se mettraient à avancer avec eux quand ils se déplacent. Voilà, je crois que je suis venu vous parler de moi, et je sens que ça va vous faire chier... Je ne sais pas pourquoi en plus ni de quoi finalement. De tout et de rien, de chosesquej'oublieetqui n'ont finalement aucune importance en elles-mêmes. Parfois, par exemple,, et ça n’a aucun rapport avec ce que j’ai raconté précédemment, j'ai l'impression d'en vouloir à mon pèred'avoir eu un cancer, j'ai l'impression de lui en vouloird'êtremort,qu’ilsesoitretrouvédepuisquarante ans seul, égoïstement enfermé, dans un cercueil, l’enculé. J'imagine que depuis que lui est dans un cercueil, depuis ce jour précis de mes quinze ans, tout le monde dans ma tête s’est mis du même coup avec lui dans un cercueil. Enfin, pas dans le même, ça ferait trop de monde. Cependant, quelqu'un m'a reproché un jour, une baiseuse qui plus est, que tous les gens qui ont perdu leurs parents ne sont pas comme moi, ils nevoientpaslesautresdansuncercueil…Donc j'imagine que ça vient de moi, que ça vient pas du cercueil qui le contient lui, enfin ses ossements maintenant, bref, son squelette. Onaposébiengentimentlemacchabéeaufondd'une boîte, mais en faitiln’yaquemoipourlecoupvraimentquisuisenfermédanscetteboîte,etj'ai souvent l'impression que c'est tout l'univers depuis qui est dedans avec moi. Alors, j'ai toujours peur que les gens finissent dans une boîtel’unaprèsl’autre.Enfinbref,onn'apasfaitd'autopsie

du corps à l’époque parce qu' il avait clamcé de façon naturelle, d'un simple cancer bêtement.

C'est c'est mon autopsie à moi qu'il auraitfallufairealorssivousvoulezmonavis.Ilauraitfallu m’ouvrir le crâne pour voir ce qu'il y avait dans cet enfant là que j’étais encore…Et ben, cet enfant à mon avis, il était déjà fou. Voilà, il s'agissait d'un enfant fou, maisquiforcémentvivait dans l’ignorance totale de celle-ci. Et maintenant,c'estunadulteaufondquil’est,enfintoujours un enfant mais en plus grand. Mais c'est quoi être fou? Je ne sais pas ce que c'est… J’imagine que si un meurtre est commis par un unfou,sonautopsieestforcémentcelled'unautremeurtre que le sien propre, puisqu’il est, comme on dit, aliéné de lui-même enquelquesorte…Çayest, j'ai perdu le fil de ma pensée.Ah?qu'est-cequejefaisdanslavie?Jenevendspasdestableaux. Je peinsdestableaux.Jelespeinssanslesvendre,etilss’accumulentdansmatête.Jenesaispas très bien pourquoi j'ai l'impression de me représenter moi-même quand je peins, mais pas de la manière dont vous l’entendez. J’ai l'impression que chaque fois que je fais un tableau,c'estmoi danslaboîteletableau,c'estlaboîtedanslaboîtequiestletableau.Jemetsmoncadavreetvoilà et le cadavre avance tout seul. Un peu comme ces cadavres que l'on voit dans la ruequiavance tout seuls, qui sont tout petits puis qui deviennent très grands, et puis qui prennent ma taille. Enfin comme je ne suis pas très grand moi-même, ils sont souvent plus grands, surtout les jeunes, qui peuvent contempler du dessus ma calvitie achevée. J'imagine que j'ai jamais cessé d'êtreenfantetquej'aitoujoursétéfou.

Mais c'est quoi au juste un fou?Unfouc'estunpeuunmortquimarche,c'estquelqu'unquirêve à voix haute, quelqu'un qui tourne en boucle en espérant trouver quelque chose qui n’existe pas…Vous savez, c'est étrange, mafemmeestrusse,etchaquefoisqu'onvapasserquelquesjour dans le même vieil appartement, sous lestoits,àMarseille,dansunimmeubleconstruiten1870, rue Mazagran dans le vieux centre-ville, elle voit aller et venir, et presque vivre avec nous, toujours le même fantôme. Donc, l'été de l’année passée, elle a vu le fantôme pour la première fois, dans la salle de bain, enfin passer de la petite terrasse à la salle de bain,elleaeutrèspeur, elle n’a même plus voulu revenir ici pendant plus d'un an. Elle me dit qu'il lui faisait peur, et puis, le temps passant, on est retourné à Marseille, plus d’un an après, et elle l'a revu, fantôme. C’est un homme plutôt petit, de ma taille quoi, un peu chauve, comme moi également. Il a regardé de dos alorsqu'ellefaisaitlavaisselledanslacuisine,maiscettefoisellen'apaseupeur, elle a continué à fairelavaisselle,puiss'estretournéepourvoirs’ilétaittoujourslà…etpuisila disparu. Elle ne le voit jamais vraiment, distinctement, il est comme trouble. Elle l’a revu plusieurs fois encore par la suite. Il ne lui veut aucun mal. Est-ce que c'est ça la folie? En y pensant à tête reposée, moi, je ne sais pas ce qu'est la réalité. Je ne saispascequec'estquelque chose qui est vrai ou quelque chose qui est faux. Par exemple, ce n'est pas parce qu'on peut toucher une chosequ'elleestvraiepourautant,etd’uneautrecen'estpasparcequ'onnepeutpas la toucher, qu'elle est nécessairement fausse pour autant. Je veux dire que, sans nous en rendre compte, nous en faisons l'expérience tous lesjoursdechosesimpalpablesetinvisiblesàl'œilnu, les ondes radios sontinvisiblesparexemple,onpeutpaslestouchernimêmelespercevoir Elles existent pourtant, et traversent même nos corps. Bien des couleurs existent, on ne peut pas les voir, mais elles existent quand même.Laplupartdesodeursqu’unchienperçoitnouséchappent. Donc, être fou, c'est peut-être voir autre chose, ouvoirautrement,jeveuxdiremafolie,safolie, votre folie, celle de tout à chacun. Elle n’est mesurée que par rapport àunenorme,cettenorme, c'est la moyenne, c’est celle de ceux qui ne se disent pas fous. Et ceux qui ne sont pas fous, ce sont ceux qui voient toujours les mêmes choses delamêmemanière.Donc,uneballerouledans la rue, le mec lambda, il voit une balle.Ilvoitcequ'ilsappellent,lespas-fous,uneballe.Maissi tu regardes attentivement, tu vois un objet étrange peu naturelquitournesurlui-même,etroule, selon la pente du sol en tel ou tel endroit, dans le même sens toujours. Mais, quand onypense,

des balles rondes,iln'yenapasdanslanaturesurTerre.Enfin,laseuleballequel'onpuissevoir c'est le cercle du soleil, vous avez la nuit celuidelalune.Maisàl'étatpurementnaturel,laballe de foot qui roule, pousséeparlepiedd’unimbécilequelconque,ellen'existepas.Jeneparlepas du cercle. Je parle ici vraiment de la balle, la balle n'existe pas, sauf la couille mais une couille c'est quand même inerte et sus-pendue…Le balloncen'estpasquelquechosedenaturel,maisça le devient dans la société de ceux quipensenttoujourslamêmechosedelamêmemanière,avec des oeillères de cons. La balle est un objet défini. Le fantôme n'est pas un objet défini. La mémoire n'est pas forcément un objet défini, la mémoire collective peut être définie mais pas forcément.Quandjevoisdesgenstoutpetitsauloindanslarue,jenevoispasquelquechosequi est faux en soi, les genssonttouspetits,defait.Contrairementàcequeditunconnarddegrec,à la mesure du monde, c’est l'être humain qui est invariablement tout petit à nos yeux, il est très grand si par rapport à d'autres choses, comme des insectes, mais l’insecte vu à la loupe est très grand (c’est juste que nos yeux sont merdiques). En fait, lesingeimberbedebasen'estpassitué dans l'espace de manière précise. L'homme n'est pas une mesure, c'est ce n'est pas possible, l'homme est mesurable à la limite mais il n'est pas mesuré, il ne peut être mesuré, sauf qu’ilest invariablement limité par ses donc. Donc la fameuse normalité, ou la folie son pendant, dépendent simplement d'une mesure qui n’en est pas vraiment une, vue qu’elle se situe d’un point de vue subjectif qu’est celui du troupeau. Ainsi,despsychiatresontdécidéquejesuisfou; mais ma folie à moi, je peux pas parler pour celle du troupeau , fait que je peins à longueur de temps des tableaux absurdes, que personne ne veut acheter, mes tableaux n'ont pas de moindre valeur Contrairement à ceux d'un grand maître que tout le monde veut posséder pour prouver aux autres cons qu’il est plus intelligent qu’eux. Ladifférenceentremesmerdespicturalesetles siennes, c'est une simple mesure arbitraire, c’est elle qui fait la différence, et la mesure en définitive, la seule vraie, c'est celle du pognon qu’il vaut, ce n'est jamais le tableau lui-même. L'argent est la mesure collectivement admise du tableau par le troupeau. Donc, le tableau d'un fou ne vaut pas moins que le tableau d'un savant, si on pense qu'un maître en peinture c'estune sorte de savant, et le savant c'est le sachant, et c'est le sachant par rapport à un groupe donné, mais si ledit groupe est dans le faux, le sachant ne saitrienendéfinitive.Ainsiadmettonsqu’un autre groupe de singes imberbes pense différemment du premier, ce qui est sachant dans le premier groupe devient folie dans l'autre, et ça on peut en faire l'expérience tous les jours. Par exemple chez un tel peuple, il y a tel ou tel credo arbitraire , lepeuplevoisinpenseraquecredo

croyance est une folie collective. Un peu comme entre un peuple d'athées par opposition à un peuple de dévots. De fait, à front renversé, la folie de l'un devient vérité absolue chez l'autrela. Donc, tout ça pour en conclure que jenesuispasfouetpourtant,ilmefauticibienendéfinitive fairel'autopsiedufou.

14:03

Je me demande qui sont les fous en moi parcequenoussommesplusieurs,ilyailyalefouqui s'appelle Ivan le faux qui s'appelleVano,lefouquis'appellelefou,lefouquis'appelle je ne suis pas mort, le fou qui s'appelle je n'ai plus le temps,lefouquis'appelle je suis déjà sous terre et je regarde le ciel depuis sous terre et depuis sous terre, je vois les hommes qui marchent, mais à l'envers, ou plutôt, je les vois depuis la perspective de la semelle de leurs pieds … enfin, la plante de leurs pieds, et de la semelle de leurs chaussures jusqu'en haut, jusqu’au sommet de occiput. Je les vois comme des géants, comme disait la Proust, qui marcheraient à l'envers toujours la tête en bas. Enfin parfois en haut aussi, car comme le globe terrestre tourne sans cesse, parfois ils ont la tête en bas et parfois la tête en haut, parce que c'est vrai que sans l'attraction terrestre, on pourrait tous se détacher du sol puis tomber, en fait. Onpourraittomber la tête en bas sans s’arrêter, flotter dans l'air un peu comme des oiseaux, ou alors comme des ballons… C'est vrai que, si on y pense à tête reposée, la terre tourne sur elle-même à une très grande vitesse, j'imagine que pour faire le tour complet d’elle-même, et son tour complet c'est plus de trentemillekilomètresenvingtquatreheures,ilfautqu’elleaillesacrémentvite,jecrois, mais sans en être sûr que ça participe de l’attraction terrestre, paradoxalement. Enfin, je ne sais pas, etelletourneaussiautourdusoleiltrèsvite,parcequ'enfait,ladistancedansl'espacequiest parcourue par la terre au cours d'une année, c'est une distance considérable. Donc il y a un double mouvement de rotation du globe, que nous ne ressentons jamais en rien, c’est fou. Et nous restons la tête en l'air, les pieds collés ausol,commeavecuneinvisiblecollequ'onappelle l'attraction magnétique. Et toutes les choses qui nous entourent ci-bas sont collées au sol par l'attraction aussi, donc en fait rien n'existe vraiment tel qu’on le subodore. Tout ce que nous vivons, àchaqueinstant,c'estdelafoliepure,peut-êtrequelafoliec'estleréelsanssapeaupour le cacher, le réel sans l’illusion du quotidien qui le recouvre entièrement et le cacheànosyeux, jour après jour Par contre, on pourrait supposer que quand quelqu'un voit le monde par lebiais de ce qu’on nomme la folie, il voit en fait le squelette du réel, un peu comme le squelette exhumé hors de terre d'un dinosaure par exemple. T'as d’os qu’on aurait arraché au sol et à l’oubli des millions d'années après leur extinction, etdontnoussommeslestémoinsaposteriori.

Nous reconstituons ces dinosaures mais en fait, il n'y a que des os durs etinertes,etlesos,c'est quoi, au juste les os? C'est quelque chose d’abstrait, parce qu'on ne voit jamaislesosdesautres dans la vie, la vie masque le squelette, comme laraisonmasquelafolie.Jeveuxdirequel’osse

cache toujours sous la fine peau d’une logique trompeuse.Onvoittoujoursetseulementlachair qui cache le fond, ainsi faceaupremierconnardvenuonneperçoitjamaisl'osdel’interlocuteur, on ne comprend pas qu’il n’est bêtement que squelette. De la même manière, on ne voit jamais vraiment l'os d’un parent ou d’un voisin une fois qu’il est enfouidanslaterrepuisquelasociété s’empresse de le cacher soigneusement dans une boîte (pour laquelle il faut raquer sa mère en plus …). Pourtant , par exemple , au hasard, moi Ivan, une fois foutu dans un cercueil, on pourrait me considérer comme dorénavant fait uniquement d'os, c’est à dire sans peau,cequ’en tant que foujen’aijamaiscesséclamerêtre.Commesij'étaismoi-mêmeunsimplesqueletteàla con dans sa merde, qui regarderait à travers le couvercle les hommes marcher au-dessus de lui, mais à cause de ladite merde qui se trouverait entre lui et leurs pieds, ils ne pourraient plus le toucher D'ailleurs, ces hommes n'ont pas conscience que je suis sous la terre en ce moment, parce que je suis fou avant d’être mort depuis longtemps. Donc tout ça est une histoire d'os ou plutôt d'absence d'os en définitive. Je crois que cette connedeFridaKahloaditquesionvoyait les hommes avec leurs âmes, ils auraient l'air très différents, j'aurais été tentéderépondrequ’ils auraient surtout l'air hideux. Ils auraient l'air en tout cas bien compliqués, pour ne pas dire torturés. Ils auraient l'air d’être une pelote de ficelle dont on ne sauraitprendrelebonboutpour arriver au centre, tellement elle serait emberlificotéedetoutesparts.Unpeucommeuntrucàla fois moche et entremêlé,quelquechosequipartiraitdanstouslessenssansaucunelogiquesinon névrotique. J'imagine que si on pouvait voir les hommes comme sont leurs âmes, ça ferait presque un tableau abstrait, en fin de compte un tableau qui n'aurait niqueuenitête. D'ailleurs, c'est intéressant comme image, parcequesionpenseàuntableautrèsfiguratif,trèsressemblant, c'est l'inverse, c’est que de la peau. La figuration ressemblante, c'est comme si tu voyais les hommes sans la ficelle, sans la folie, sans la pensée, c'est à dire les hommes tels qu'ils ne sont jamais, en réalité, d’aucune sorte. Le regard superficiel est trompeur, le regard ment toujours. Donc j’en tire la conclusion que la folie n'est jamais ce que l'on croit qu'elle est. Elle se situe immanquablement juste à côté des choses. Pourainsidirelafolie, c'estavanttoutladouleur Ce par opposition à la raison qui est l'absence , ou plutôt latentatived’évitementdeladouleur.Oui la vraie mesure de l’humain, c'est sa douleur,donccequel’onnommeconnementlafolie,cause et conséquence de douleur, la vérité à nue, c’est ton crâne une fois la chair bouffée par les asticotsmoncoco,etiln'yenapasd'autre.

20:07

Donc, je suis fou, je sais pas si ça m'avance à grand-chose de dire que je suis fou? Je ne me rappelle pas du jour précis où j'ai commencé à être fou. Jevousaidis,jecroisbienmerappeler, que j'étais fou déjà enfant… Mais comment un enfant peut savoirs'ilestfouounon?Unenfant peut se dire qu'il est seul. Qu’il est seul avec des fantômes par exemple, parce que j'avais très peur d’eux, très peur du noir en tant qu’enfantj'avaisl'impressionquedesmonstresétaienttapis dans les ténèbres tout autour de moi dans ma chambre. Je me disaisalorsquesijegardais,dans mon lit, les yeux bienfermés,toutenbougeantlemoinspossible,ilsn'allaientpasfaireattention à moi. J'imagine que ça a dû marcher puisqu'ils n'ont jamaisfaitattentionàmoifinalement.Des fois, encore de nos jours, quand je baise avec une femme que je n’aime pasvraiment,cequiest le cas le plus fréquent, je vois des choses qui passent devant mes yeux. L'acte de ma bite qui entre et sort d'elle ne me concerne presque pas. Mon cerveau est ailleurs. C'est un peu comme une grande toile abstraite qui ne représenterait rien qu'une sorte d'énergie sexuelle étrange. Et pourtant, je n'ai presque plus de libido à mon âge. Cecipouvantexpliquercela,maisc’étaitdéjà pareil avant. Souvent, dans ces moments d’errance sexuelle, je me suis laissé dire que il serait idéal, au fond, de n’avoir à baiser qu’avec des femmes sans têtes. Je veux dire avec unefemme qui n'aurait qu'un corps, qui ne serait pascomplétementunefemme,lemêmevaginmaisavecle cerveau en moins. Peut-être qu’aufondregarderdupornosursonordi,oumêmebaiseravecune poupée en plastique, c'est comme baiser avec une femme sanstête.Enfaitquandtuparlesàune femme, tu parles à sa tête quand tu baises avec une femme, tu parles à son cul. J'imagine que c'est la même chose pour les femmes inversement quand elles parlent avec un homme, elles parlent avec sa tête quand elles se font baiser par un homme, elles parlent avec sa bite, tout à l'envers. En fait, je pense que pour les animaux comme l'acte de baiser est le plus souvent purement reproducteur, peut-être pas toujours mais très souvent, je veux dire il yadesanimaux homosexuels, mais c’est le plus souventparcequ’ilsn’ontpasaccèsauxfemelles,etcepourdes raisons hiérarchiques à la con, donc disons qu'à la base, c'estplutôtàdesfinsdereproductionle cul chez eux, le problème d’avec ou sans tête ne se pose pas, alors que cheznous,lafinalitéest assez rarement à la reproduction, mais l’utilisation de l’autrecommeobjetdepurjouissance.En fait, j'ai envie de dire que chez l'être humain quand il baise la finalité, c'est quelque part la reproduction de lui-même, la reproduction de sa propre image. C'est-à-dire que l’animal lui se

reproduit uniquement physiquement, danslesensoùilsedédoubleenenvoyantsonspermedans la femelle, ou la femelle en recevant le sperme du mâle. Ce commerce de cellules va créer un double porteur de gènes des deux trublions en question, donc plus ou moins identique, qui va lui-même prolonger l'espèce en questiondansletempset l'espace.D'ailleurs,ilyapasvraiment de différence entre le temps et l'espace dans ce qu'on appelle la reproduction, en existant le rejeton est la seule possibilité de prolongement du réel par-delà la mort. A contrario, si un être humain baise, pour ainsi dire à fonds perdu, où il se masturbe, il se dédouble mentalement et quelque part se dédouble dans, et par le biais, de sa seule jouissance. finalement la jouissance qu'elle soit sexuel ou la jouissance tout court et toujours une sorte de dédoublement de soi, la jouissance opère comme une distanciation de soi soi-même, et l'espacedelajouissancerelieces deux parties d’un seul être entre elles, créant une unicité apaisante,carsommetoutelogique.La douleur agit sur l’être humain pareillement mais dans lesenscontraire.Onpeutsefigurerquesi un individu donné souffre, la douleur va installer, en la créant, qui sait, de toute pièces, une distance plus ou moins identique à celle la jouissance entre soi et soi.Toujoursinversement,cet espace va s'inscrire sous forme de privation en fait de privation de soi. Alors que l'espace de la jouissance est une augmentation de soi, c'est un plus ensoil'espacedelajouissanceagitcomme un acte de reproducteur quoi qu'il arrive et l'espace de la douleur toujours comme un acte de privation dont lafinalitéseraitlamort.Tuaslaprivationultime,c'estàdirequ'est-cequelamort c'est la privation à la fois de l'espace et du temps le temps et l'espace sont retirés à l'être et retourner un jour J'ai entendu une femme qui répondait à un enfant dans un film quandl'enfant lui disait qu'est-ce que la mort elle lui disait c'est retourné d'où on vient bon.Jesuispassûrque ce soit exact parcequesionvientdenullepart,onretournenullepart.Donciln'yanullepartoù retourner Donc en fait, ce n’est qu’unsophismedestinéàrépondreàlaquestiond’unenfant.Ce qui est le plus intéressant, en fait, ce sont les toiles abstraites qui représentent des bites, çac'est intéressant parce que j'imagine que la jouissance que trouve le peintre à faire sa toile est phallique, c'est à dire que tout objet créé par l’homme quand il se projette devient phallique, et que le vagin de la femme c’est la toile (bon là j’ai déjà perdu 80% des lecteurs). Là aussi onse trouve dans une réplique du soi, de la même manièrequeladuplicationdesoiparlaprocréation est un prolongement de l’être comme je l’ai dit dans espace et le temps. Plus précisément,etce de la même manière, puisque commelerejetonl'œuvred’artestdestinéeàdurer,etparcequ'elle existe indépendamment du peintre, elle agit de la même manière que si c’était lui mais en tant

que sosie en quelque sorte. Alors que se passe-t-il quand le peintre détruit sa propre toile? Il retourneàlaprivationdel’être,doncàlamort…Doncàlanon-bite, doncàlanon-jouissance,il devient un homme dénué d’existence. On peut donc en déduire que le phénomène du vivant se situe toujours irrémédiablement dans son propre mouvement, dans cette sorte de va-et-vient continu. Pris autrement, je me suis dit récemmentqu’ilestintéressantdeconstaterquequandon absorbe un aliment quelconque, on absorbe nécessairement du vivant par la même occasion. Si j'absorbe un aliment, c'est du vivant forcément. À moins d'être une plante, c'est à dire qu'une plante peut absorber des photons et de l'eau (bien qu'elle ait besoin de j'imagined'autresformes de nutrimentscomprisdanslaterre,maisdisonsquel'essentieldesacroissanceestfourniparces deux ingrédients). Mais tout animal, disons en tout cas tout être nécessitantdesemouvoir,dela cellule au plus gros mammifère, doit puiser l’énergie nécessaire à sa locomotion chez un autre être vivant.Cetteprédationluiestindispensablenonseulementpourpouvoirsedédoubler Ildoit assimiler tout un ensemble de substances nécessaires à ce dédoublement qu’il va arracher à un autre être que lui. Ce faisant, il va en l'assimilant en nier l'existence même. Par exemple, si on met un cadavre dans son cercueil, c'est-à-dire uneboîteplusoumoinshermétique,commejel'ai évoqué je crois précédemment, il va être mangé, de toute façon par les bactériesquisetrouvent dans son propre organisme depuis sa naissance(jesaisc'estdélirant).Doncjeclamce,lespetites bactéries pour continuer leur vie de merde ont besoin de ma bidoche. Si la boîte n’est pas hermétique les vermisseaux se mêlent à la fête, ainsi j'imagine toutes sortes de bestioles dégueulasses qui me bouffent enliesse.Danslamesureoùellesvonttôtoutardvenirmedigérer , on pourrait dire, de manièrequelquepeuemphatique,quejefaislesacrificedemavieauprofit des bactéries et desvermisseaux,unpeucommeunmartyre,outoutesortedesaintscatholique...

Voilà, je suis Ivan le saint- fou ou la sainte-folle, ça dépend si je me vois comme une femme comme un homme… Je le mentionne car j’ai rencontré un cinéaste russe de soixante trois ans (vraiment laid) récemment qui se vit comme une femmeexquise…Donc,ilnebandequequand il met une perruque blonde et fait des simagrées dans la rue, alors qu'il est vieux chauve est moche… Il seregardedanslemiroiretilsetrouvebellefemme.Bonilesttrèsfou,etsansdoute très malheureux aussi puisqu’il a dû cacher en Russie sa vraie nature toute sa vie durant. Ça prouve bien que le butdenotrecourteexistencec'estbienladuplicationdesoi,quelqu'ensoitle prix à payer, le but véritable, ce n’est pas la fonction. La fonction, de fait, elle peut très facilement être inversée comme dans le cas de notre cinéaste par exemple, même si cette

inversion est absurde, si cette inversion fait sens psychiquement elle ne l’est pas de fait, et la fonction n’a plus sa place, et cède celle-ci au profit de l’intention, qui est une des formes du mouvement dynamique. Sans transition… J'ai vu, traînant dans l'eau du rivage d’une plage, aujourd'hui, plein de petits bouts de plastique, ils étaient là moches etinutilesrebutparcequeje crois qu'il y a eu de forts orages qui se sont abattus sur la ville les jours précédents. Regardant vers la route qui longe la côte, on pouvait aussi voir une file infinie de voitures, toutes plus grotesques et laideslesunesquelesautres.Ellesm’ontfaitpenseràdessortesdecorbillardavec des mortsdedans,desmortsensursis,c’estçalacivilisationhumaine,lalaideuretlesdétritus,et labêtisesommetoute.

00:35

Mais n'allez pas croire que parce que je suis fou je suis con, ça n'a aucun rapport. On peut être très con mais pas fou, c'est un peu comme marcher sur le fild'unrasoir…Etlerasoirc'estquoi? Lerasoirc'estlaconscience.

Prenons, au hasard, tel fou, par exemple, marchant quelque part sur le chemin de sa lame de rasoir, c’est-à-dire de saseuleconscience.S’ilfaitunpasdecôté,paf!Ila unpiedau-dessusdu vide, et donc forcément l'autre pied, de plus en plus tranché par sonpoidsaveclessecondesqui défilent, par la lame de rasoir, et il pisse le sang (etl’urineparlamêmeoccasiondetrouille),et, peu à peu, son pied est totalement coupé en deux, puis c’est au tour du corps corps d’être tronçonné en deux. Le mec est toujours pas tombé dans le vide du dessous, mais la lame, elle, sectionne de plus en plus sa bidoche en deux parties égales , et ce jusqu'à arriver enfin au cerveau.C'estuneexpérienceànepasratermoncoco.Àlafin,toncerveauestcoupéendeux(tu me diras on a tous deux hémisphèresilparaît),ettudeviensdeuxpersonnesdifférentes…quine se parlent pas forcément l’une à l’autre en plus… Parce que c'est pas parce qu'on est voisins qu'on est obligédeseparlerdanslavie(d’ailleursc’estengénérallecontraire,pluslesgenssont voisins plusilsfinissentparsedétester).Donc,pourrevenirànosmoutons,ilyadeuxpersonnes à présent, ou plutôt une seule mais découpée par la putain de tranchante lame rasoir. Ces deux tordus sont toi et toi à la fois…tu me suis? Mais toi et toi, ce n’est pas moi et moi, c'est deux autres connards et deux autres connards, comme la plupart des trous du cul qui conchient cette planète, si belle par ailleurs. Bref des gens dont je n'ai rien à foutre du tout.Silemecs'avisede laisser les deux pieds sur la lame (donc s’il est encore plus con que ce que je pensais), il peut essayer de continuer d’avancer vaguement, mais il ne va pas aller bien loin (et d’ailleurs même nulle part en définitive), vuqu’ilestenéquilibresurunelamederasoir Doncçavatecouperles cojones, ça va te faire mal, tu vas douiller, tu vas sautillercommeuncabritoujourssurlamême lame et, aufinal,tuvasquand-mêmetomberdanslevide,c'estàdiredanslevidesansfonddeta propre connerie. Alors, celui-là, il est vraiment en général sans fond vue la puissance de la connerie humaine…Ainsi t’es toujours entier et tu tombes, tu tombes, tu tombes sans raison valable, et comme ta connerie tient pratiquement du miracle qu’elle pourrait presque me faire croireenDieu,tut’arrêtespasdetomber.Tuessaiesbienparfoisdeterattrapermaladroitementà une ébauche de pensée, mais comme ilyavraimentriend'intelligententoiauquelteraccrocher,

t'es fait comme un rat.Bref,pourconclure,jesaispassic'estmieuxd'êtreconoud’êtrefoudans ce monde de merde. Idéalement, je dirais que être con c'est plus reposant, parcequelaconnerie est reposante par essence, t’as rien à penser, c'est plus sécurisant aussi. Etre dingue c'est pas sécurisant ni même sécurisé pour toutdire…Être timbréc'estparreposantdutout,croyez-moi.

Maintenant, si t'es gueudin, t’as l'avantage d'être cisaillé en deux par une arme de rasoir, et de pouvoir te regarder dans un miroir. Le miroir en question, c’est forcément la lame même du rasoir qui reflète au passagechacundesdeuxcôtésdufou,enmêmetempsqu’elleledécoupeen deux. Ça donne deux images différentes. Le fou, unpeuconquand-même,ilcroitsereconnaître de l’autre côté de la lame, mais en fait non, il ne reconnaît que la moitié de lui-même, l'autre moitié étant forcément de l’autre côtés du rasoir, de ce rasoir même qui vient de lui couper gentiment le corps en deux parties, parce qu'il avait été assez fou pour ne laisser reposer qu’un seul pied sur la lame, tandis que que l'autre était suspendu dans le vide. Voilà tout le problème c’est le vide. Car en fait, justement du vide le fou s'enfout!Leproblèmedufoun'estpluscelui du vide, puisqu'il a déjà été tranchéendeux…Doncd'unecertainemanière,ilestdanssapropre logiquealorsqueleconlui,lecon,ilariententé.Lecon,ils'estinventéded’avancersurlalame de rasoir, d'avoir très mal aux pieds, et de tomber dans sa propre connerie. La connerie, c'est comme du purin, une fois que tu es tombé dedans t’es foutu pour de bon, et en plus tu es dégueulasse. Donc finalement, être fou n'est pas un état si pitoyable que ça… Surtout si le fou s'ignore lui-même fou. Maintenant, c'est sûr qu' être seul à seul avec soi-même pendouillent de chaque côté d'une lame de rasoir c'est pas très sympa, surtoutqueçatecisaillevachementlecul au final. Puis bon, tu vois, le fou ne peut aller nulle part, il est bloqué par son dédoublement…Ainsi, t’es seul là, avec ta lame, avec ton cerveau coupé endeuxmachins,avec ton cadavre, avec tout ce que tu veux. Tu essayes d’avancer et tu boîtes comme une loque, tu reviens en arrière tu boîtes toujours, c’est la merde. Alors que l'autre, il tombe sans fin dans sa connerie, et puis il y en a plein d'autres qui tombent avec lui, il est pas trop seul.Tuvois,parce qu'ils tombent tous, ils tombent dru, et ça fait un peu comme la pluie, ça se déverse, ça fait masse. Tu peux t’imaginer unegrossemassedeconsquitombentl'ensemblecommesic’étaitde la merde. Donc ils tombent, ils tombent, ils tombent, ils essaient de se rattraper l’un à l'autre, mais ça les alourdit encore plus, et il ne faut pas perdre de vue en plusquelaconneriehumaine est vraiment sans fond. Bref, ils n’arrivent à rien, et ils finissent comme des crêpes par être écrabouillés tout au fond de leur connerie. C’est bien pour ça que ça s'appelle la connerie sans

fond… bien qu'elle en ait un finalement de fond, paradoxalement. Voilà tout ce tintouin pour vous dire que un plus un n'est pas égal à deux, mais qu' un plus un ça fait en fait qu’un… À moins d’être cumulard mais ça c’est un autre problème…Et ça ne sera jamais que ça, en même temps il n’y a vraiment que des cons pour croire que çaaitunsenstoutça.C’estunpeucomme deux fous qui se regardent enchiensdefaïence,maisprisonniersdansunseuletmêmecrâne,ils sedétestentcordialement,maisnepourrontjamaissequitter.

15:29

Oui, je sais, on m'a dit que j'étais fou ça va ça vient on sait pas vraiment au final ce qu'ilenest sauf que quand tu prends pas les médicaments, ilyatoutquipartencouillequandtuprendspas les médicaments. Quand tu arrêtes de prendre les petites pilules, d’un coup tu ne vois plus clair en toi-même. Tu n’arrives plus à faire les choses simplesdechaquejour Tudeviensnerveux,tu ne dors plus la nuit. Tu n’attends plus rien de la vie. Il y a la dépression, la dépression qui te bouffe vivant, l'insomnie aussi avec ça… Et puis tu fumes. Tu fumes comme un pompier, cigarettesurcigarette.Ouais,jesaisc'estuncliché,pourtantc'estuneréalitéaussiréellequemon anus. Tu as peur de tellement de choses, surtout la peurdesautres.Lapeurdesgensdanslarue, la peurdeleursvisagesquandil teregardentl’œilvide,commecettedernièrefoisdanslemétro, où j'avais l'impression que tous les regards me regardaient méchamment, en fait, je pense pas qu'il soit forcément méchants, mais ils me font quand même peur, ils semblent indifférents, ou bien ils sont jaloux, tout est possible. Vous voyez, souvent je pense que mon père avait raison, l'être humain est mauvais, et ce par essence presque. Il naît peut-être bon, mais il devient parla suite rapidement coupable. Oui, il est mauvais, ilestfoncièrementmauvais.D'ailleurs,lemonde ne serait pas dans cet état avancé de délabrement s'il en était autrement, il n'y aurait pas tant de misère partout, tant de douleur, tant de solitude, tant de tricherie, tant de mensonges, tant de guerres, et même tant de jalousie partout, tapie tout autour Là, je suis allongé sur mon lit et je regarde les arbres quibougentmollementsurl’avenuedelaCanebière,cesontdesmicocouliers.

Le micocoulier, c'est un bel arbre du Sud, il y a des platanes aussi,d'ailleurscesontlàpeut-être des platanes finalement que je vois depuis mon lit…c’est que j’en suis un peu distant pour en être certain. Et puis aussi, j’entends vaguement les bruits qui viennent de la ville. On est en octobre, mais il fait encore très chaud. Il faudra remonter à Paris bientôt. À Paris ou rien ne m'attend, enfin si, il y a ma famille, mais à part ma famille, rien de m'attend vraiment plus là haut. Je peins mécaniquement les mêmes toiles, jour après jour, sans que ça n'ait aucun sens, vraiment mécaniquement. Je fais et refais toujours les mêmes trajets à pied dans le quartier. Je recommence sans trop y penser chaque jour les mêmes gestes chez moi,exactementlesmêmes, sans jamais en varier d’un iota; comme si j’avais peur que si j’en changeais, cela ne détruise

quelque chose de mon équilibre.Enmoi,c'estunpeucommeunepièceavecpleindebibelots,et si tubougesundesbibelotsdanslapièce, etbientoutl'équilibredeestrompu.Ben,c'estcomme ça ma vie, c'est une pièce remplie de bibelots. Parfois, j’en rajoute un, je mets bibelots après bibelots dans la pièce de ma vie, et puis, quand ça me prend, j’en jette un,parcequ'iln’yaplus de place. Avec les gens, c'est pas pareil qu’avec lesbibelots,parcequecetteautrepiècequiétait remplie de gens en moi, je l'ai entre-temps entièrement vidée, déjà. J’ai jeté tous les gens dans une poubelle. Ilsn'existentplusquedansmonsouvenir,doncàprésentl'essentieldemonrapport aux autres est constitué de morceaux brisés et éparpillés en moi de mon passé, souslaformede simples souvenirs. Et ce n'est pastellementquejesoissivieux,c'estsurtoutquejesupporteplus le contact avec les autres, ça c'estunepartiedelafolie,etpourtantj'aidéjàunevietrèsrefermée sur moi-même. Donc les contacts avec les autres sont naturellement très rares. Je fais tout doucement, et malgré ça, il y a quand même trop de mal-être, et à la fin je ne sais même pas pourquoi j'ai mal. Je ne sais plus si je vous l’aidéjàdit,onm'adiagnostiquébipolairetypeA(si je me souviens bien), avec des phases psychotiques, en Russie, il y a un an de cela. C’étaient deux psychiatres différents, l’un s’appelait Alexeï. Pour ce qui est du terme en lui-même, bipolaire, c'est le mot le plus débile de la terre… C’est le type de mot qui ne veut absolument rien dire, un mot fourre-tout, mais bon, ils ont perçu un truc pas normal, quoi. D'ailleurs, moi aussi je perçois vaguement un truc qui ne va pas… mais quoi? Il y acettecarcassequejetraîne depuis ma naissance et qui pourrit, mais comme je fais attention elle pourrit très lentement, ce qui est paradoxal, je pense. J’ai fait pas mal d’excès dans ma vie, j'aibeaucoupbeaucoupfumé, j'ai beaucoup bu aussi à une époque, maintenant l’alcool et moi on n’est plus très copains. J'ai pas pris vraiment soin de ma santé. J'ai peint des toiles malheureuses dans les vapeurs de détergents, dans les vapeurs de peinture industrielle, et j'ai dormi dans une seule pièce pendant plus de vingt ans, au milieu de toutes ces merdes toxiques. Enfin, j'ai dormi, je me suis surtout bourré médicaments pour dormir, pour pouvoir dormir, j’en prenais presquedesboîtesentières, je les mélangeais, et pourtant j’arrivais à peine à me faire dormir avectoutça,toutenl'éteintant en marches forcées sans fin à travers la ville, par tous les temps. Maintenant est-ce que ma vie passée se résumeuniquementàça…? Jusqu'àcinquantecinqans,ceseraitunevieserésumantà l'histoire d'unefolie…etbienpourquoipas?Aprèstout,c’estunpeucommeunhommequipasse vingt ans en prison, unesortedevieratéequoi.Savieserésumeauxmursdesaprison,laprison du fou, sauf que le taulard de base, ilnepeutpaschoisirsaprison.Vousmedirez,moinonplus,

j'ai pas choisi ma prison, ou j’ai seulement eu l'illusion du choix, et ainsi, même invisibles, les barreauxsonttoujoursbienlà.

09:31

Non, je n'ai jamais fait attention à moi-même, vraiment, je me suis laissé aller à la vie sans y penser, prenant une chose après l'autre comme elle venait,toujoursexcessif,parfoisdélirant,me peignant le visage, mettant une perruque puis sortant dans la rue, couvrant les mursdegraffitis, couvrant la tombe de mon propre père de graffitis. Insensé, une fois même, je suis rentré dans une tombe, comme si j'étais un mort et puis j'en suis sorti, parfois même, volant une pierre tombale sur une tombe, pour en faire une sculpture, une autre fois, trouvant unepoupéesurune pierre tombale, une poupée d'enfant abandonnée, mangée par la mousse, et j’ai prise en photo.

Cette poupée en photo sur cette pierre tombale comme si c'était l'enfant lui-même était sous la pierre et sur la pierre, dans la vie est sous la vie à la fois. Une autre fois encore, je me rappelle avoir lu une lettre écriteparunemèreàsonfilsmort,elleavaitlaisséelà,jel'ailue,etpuisjel'ai oubliée, j'ai essayée de la retrouver mais elle avait disparue entre-temps, quelqu'un avait dû la prendreoulevent l'emporter.J’aipassébeaucoupdetempsdanslescimetièresetcependantdes années, j'allais en effet chaque jour au cimetière. Vous vous rendez compte, chaque jour, sans raison aucune, je prenais des photos des tombes, je marchais dans les allées. Jevivaisplusavec les morts qu'avec les vivants. Donc c'est ça aussi la folie, la folie, ce sont les âmes mortes, les vraies âmes mortes, pas les âmes chez Gogol, mais les âmes mortes avec qui on peut vivre en étant mort soi-même. Enfin, j'imagine que Gogol, vue sa propre folie, vivait déjàaveclesâmes mortes lui-même. Aujourd'hui, il yaduvent.Ànouveau,lesarbresbougent, lesmicocoulierset les platanes sur l’avenue de la Canebière. Ma femme dort encore. Ma femme qui est folle elle-aussi. Ma femme est bourrée de neuroleptiques jusqu'à la moelle. Moi-même, j’en prends aussi des neuroleptiques. Ma femme aussi voit des spectres dans la rue, elles’estvueenvieille femme sur une chaise roulante à la place une vieille femme réelle sur une chaise roulante. Ma femme qui est morte plusieurs fois, qu'on l'a tuéeetquirenaîtdesescendres.Moi-mêmeonm'a tué tant de fois, je suis tant de fois mortàmoi-même,qu’aujourd'huilavien'aplusaucunsensà mes yeux. En regardant leciel,jemedisquec'estlaseulechosequimerelieencoreaumonde,à la terre. Le ciel, pourtant, le ciel justement, ce n'est pas la terre. Doncriennemerelieàlaterre. Je regarde les nuages un peu comme Baudelaire avait dû les voir en son temps, les gens qui regardent les nuages dans la rue ne regardent jamais la terre même. Mon père regardait les

nuages et maintenant il est dans La terre, Baudelaire aussi qui regardait les nuages, est maintenant dans la terre, par le plus grand des hasards, justement dans le même cimetière que mon père, à Montparnasse. Je fais ces peintures absurdes que personne n'a vu ni ne verra, et personne non plus ne lira ce texte. J'en suis sûr parce que les gens se lisent les uns les autres seulement pour se conforter, se conformer les unsauxautres.Ilsn’ontquefairedel’intelligence de la vie,etàpartça,moijen'airienàleurdonner.Lafolieaussi,jepeuxla leurdonnerlafolie. Mais fort logiquement personne n'en veut, personne ne veut de la folie, parce que la folie c'est une réalité invivable, et les autresnepensentqu'àseménageruneplaceconfortablesurTerre,en repoussant lenéantlepluspossiblecommeaveclepied,avecleursjambesallongéescommes'ils étaient déjà dans un cercueil, sans le savoir et ce faisant ils rentreraient de repousser le néant le plus possible, le plus loin possible avec leurs pieds.Loinlenéant,ilslerepoussentaufonddela Terre, dans cette nuit éternelle qu'ils ont appelé les Enfers. Puisqu'ils sont déjà dans un trou, peut-être que la seule différence entre les fous et les pas fous, c'estquelefousaitpertinemment qu'il est déjà dans un trou. Il voit le trou. Il sent le trou parce qu'il ne peutpasse raccrocherau réel. Il ne peut pas se raccrocher à la société, la société pour lui ne fait pas sens, le monde des hommesnefaitpassens,seullemondedescimetièresfaitsenspourlefou,lemondedesnuages, le monde des choses qui n'existent pas pour les autres. Les non-fous, un peu comme des moutons, marchent d'un pas rythmé vers le four crématoire que la société humaine a créé. L’Holocauste des non-fous se réitère ainsi tous les jours, l’Holocauste des non-fous. Seuls les non-dupes errent,commeLacanl'aénoncé,seulslesnon-dupeserrentetseulslesnon-dupessont sachants et seuls les non-dupes comprennent, et seuls les non-dupes se souviennent et les non-dupes se souviennent de quoi? Ils se souviennent de l'Holocauste. De l'Holocauste toujours recommencé, de la mémoire première toujours recommencée, celle d'avant la naissance de l'Homme, celled'avantlanaissancedesnuages,cellequin'existepas,carfinalement,moi-même, malgrétoutjen'existepas.

10:42

En fait,j'aivraimentjamaissuquij'étais,jecroisquecommejel'aidéjàdit,onnesaitjamaisqui on est, c'est cette histoire de miroir et de reflet,maisenfaitonesttoujourslereflet.Jeveuxdire que l’on n'existe pas en tant que miroir, je n'existe pas donc miroir, je n'existe qu'en tant que reflet, c'est à dire que en tant que chose toujours changeante, le miroir, c'est comme laréalitéet c'est quelque chose qui est hors de moi, relativement permanent,danslesensoùj'existedansun univers donné, qui est celui des dimensions qui m'entourent, et mon reflet se meut dans différentes ces dimensions. J'imagine que pour le fantôme qui habite dansl'appartement,c'estla même chose. Le fantôme se meut à l’intérieur de ses seules dimensions.Jenesaispass'ilexiste vraiment et, de toute façon, ça n'importe pas beaucoup que ce fantôme n’existe que dans la tête de quelqu'un avec ses propres dimensions, ou qu'il existe dansuneréalitéquiluiestpropreavec d'autres dimensions encore, il n'est, lui aussi, qu'un reflet, le reflet la folie d’ailleurs, peut-être. C’est comme cette dite balle qui roule sans cesse en fait, dont j'ai déjà parlé, cette balle qui n'existe pas, puisqu'il n'y a pas de d'objets naturellement rond sur Terre, à part peut-être à l'intérieur des viscères. Donc la folie comme la balle roule, elle roule sur une pente et l'inclinaison de cette pente, on pourrait dire,n'estquelasommedesexpériencesdelavieentière d'un être. Donc la pente c'est le miroir, la balle, elle, c'est le reflet qui se met en boule.Laballe n'existe que dans le mouvement, de la même manière que le reflet n'est que danslemouvement lui-aussi, c'est à dire que la balle n'a pas de raison d'être autre que de rouler, commeunepierre. Une pierre qui roule n'amasse pas mousse comme on dit (d’ailleurs en fait les galets aussi peuvent être ronds je m’en rends compte maintenant), mais ça je ne m'en suis pas sûr, je pense que pierrequirouleamassemousseenréalité.C'estàdirequetoutmouvementtransformel'objet lui-même pendant sa course dans une dimension donnée. La pierre avance, elle amasse forcément quelque chose, peut-être pas de la mousse,peut-êtreEst-cedelaterrequ’elleamasse, de toute façon elle amasse la force cinétique de sa course,del’énergie. Delamêmemanière,le reflet quisemeutdanslemiroiramasselamatièremêmedumiroir,etc'estquoilamatièremême du miroir, c'est la lumière, et la lumière c'est quoi? C'est la seule réelle dimension du miroir en fait. C'est à dire que l'esprit, lui-même, se meut comme un reflet forcément dans la distancequi sépare ce que l'on appelle la folie de la raison. C'est là une distance donnée, invariable, cette

distance est celle qui me sépare de mon reflet, qui séparelerefletdumiroir,quiséparelemiroir de lalumière,toutçaformeunesortedetriangulationinvariable,unpeucommeunjeudebillard avec une toujours une boule ensoncentre.Etonenrevientàl’histoiredelaboule,quiheurterait les bandes du billard pour revenir toujours à son centre, et toujours refaire le même trajet, qui correspond à celui du jeu, et ce jeu c’est l’architecture du réel. J’imagine qu’il n'y a pas de joueurs par ailleurs, puisque le but n’est pas ludique, ou alors, le seul joueur, c'est la balle elle-même. Enfin, j'aiécritjecroisprécédemmentquel'onn'existequedansuneboîte.Onvit,on existe dans une boîte, et parce que la raison d’être c'est la boîte, notre image et c'est ce qui se réfléchit à l'intérieur de la boîte qui est elle-même située sous terre, c'est-à-dire comme un cercueil etnonpasdansunecaverne,commel’aditl’autrecon.Lecercueilc’estl’inconscientde tout individu donné. La caverne ça marche moyennement, parce qu'une caverne laisserait supposer une ouverture, il n'y a pas d'ouverture possible, tout est scellé et mort, Platon était vraiment imbécile. Enfin les philosophes sont des imbéciles par essence, c’est un pléonasme. Donc à ne faire que philosopher on en devient bête, on soliloque devant le néant pour se sentir valable (remarquez que lesautressontencorepire,cesontcarrémentdesattardés).Lespoètesne sont pas des imbéciles, parce que lespoètessontissusdumouvementmêmedelalumière,ilsne sont que reflet et ça leur suffit. Les philosophes de merde essaient toujoursd’attraperlalumière avec leur raison, or il n'a rien à attraper. Donc à la fin, ils n’attrapent rien du tout. Ils me font penser à un animal à quatre pattes qui essaierait de se mouvoir sur trois pattes, et qui n'y arriverait pas, puisque la quatrième patte est occupée à autre chose. Elle est occupée à toucher une balle, une balle qui sert à rouler, et qui enfait,nonseulementestballe,maisaussiterrainde jeu par la même occasion. Ils en sont incapables car ils ne sont qu’une balle handicapée, une balle à trois pattes, c'est-à-dire un animal, c'est-à-dire un animal dressé à jouer à laballe,etrien n'est plusridiculequ'unanimaldressé,etdoncqu'unêtrehumain.L'êtrehumainquinefaitusage que de ses deux pattes arrière, qui avance toujours dressésurdeuxpattes,seretrouvecommeun imbécile avec deux mains inutilisées, ses deux pattes avant, et il ne sait pas quoi faire de ses mains. En fait, il faudrait mieux les lui couper à la naissance. C’est ça, il faudrait couper toutes les mains à la naissance et faire un beau bûcher aveccesmains,etrestersansmains,etsanstête même; sanstête,çaleuréviteradepenseràdesconneries.

Voilà, il ne nous reste qu’à nous arrêter un instant, dans votre, et mon existence de merde, et simplement rester là àadmirercebeaubûcherfaitdetêtesetdemainscoupées, cebûcherbrûler danslanuit,s’étendreàl’infini,avantdes'éteindredoucement.

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