Skip to main content

Revue #01– Penser le paysage

Page 1

VOLUME 1, JANVIER 2010 - PENSER LE PAYSAGE

IMPRIMÉ À 582 EXEMPLAIRES

COSA MENTALE CARNETS D’ARCHITECTURE

#01 ET DE RESISTANCE

contact@cosamentale.com

#01

EUR €4.00


SOMMAIRE

ÉLÉMENTS DE DOCTRINE

VIVA LA RESISTENZA Luigi Snozzi

ÉLÉMENTS D’ANALYSE

RETOUR EN ORIENT

A propos de la Villa Impériale de Katsura, Kyoto (J), 1615-1633

ARCHITECTURE EMOTIVE Une leçon de Luis Barragàn

UNE LIMITE INATTEIGNABLE A propos de Paulo David, Piscinas Do Atlantico y paseo maritimo Das Salinas, Camaro de Lobos (P), 2006

QUAND LE MUR S’INTERROMPT

A propos de Le Corbusier, Une Petite Maison, Corseaux (CH), 1923

COSA MENTALE


PAGE7

LE TERRITOIRE EST UN CARRE

Etude de maison et atelier, Giancarlo Durisch, Riva San Vitale (CH), 1973

L’IDÉE CONSTRUITE

A propos d’Alberto campo Baeza, Maison Gaspar (E), 1992 ÉLÉMENTS DE COMPARAISON

OÙ EST LA MAISON DE MON AMI ? Abbas Kiarostami - 1987 - Iran - 21’ 59’’

CONSTRUIRE ET COMPRENDRE La nature de l’homme et la nature des choses

OÙ PERSISTE LA NATURE ?

Diplôme de fin d’étude de Fabio Don, École ETH de Zurich (CH), 2009 CARNET CENTRAL

PARTIE I: IL BAGNO DI BELLINZONA AURELIO GALFETTI FLORA RUCHAT-RONCATI IVO TRUMPY PARTIE 2: MOTIONS, EMOTIONS NOTES SUR LA MARCHE A PIED ET L’ARCHITECTURE DU SOL / JACQUES GUBLER

COSA MENTALE


PAGE17


ÉLÉMENTS D’ANALYSE - UNE LIMITE INATTEIGNABLE

COSA MENTALE


PAGE25

un acte allant dans ce sens en considérant qu’il est en corrélation avec la strate géologique de couleur brune qui émerge de la falaise et sur laquelle tape le soleil. Toutes ces références matérielles forment l’identité d’un paysage local que l’architecte a maintenue dans le but d’affirmer une appartenance au site. Le bar, quant à lui, est une référence formelle à l’utilisation originelle du site. Sa fine structure composée de portiques élancés nous renvoie aux installations des pêcheurs qui faisaient sécher les poissons exactement au même endroit. Tout cela confère à son projet à la fois une intemporalité dans le sens où le style n’existe pas, et une évidence territoriale : ce projet est ici et ne peut être ailleurs. Il me paraît être important de souligner ces points car cette attitude n’est pas revendiquée par l’ensemble des architectes contemporains. Ces points sont par ailleurs en totale opposition avec la tendance actuelle de l’architecture identitaire (toutes les villes veulent leur Guggenheim) qui induit une certaine surenchère dans la prouesse architecturale. Avant de vouloir trop en faire cherchons à ne pas faire n’importe quoi. Ce souci de la matière ne doit pas être interprété comme l’affirmation d’une architecture contextualiste et l’architecte assimilé à un opportuniste, mais bien comme la problématique de savoir comment l’architecture nous touche par sa cohérence. Comme l’a définie Le Corbusier, cette cohérence nous apparaît grâce à nos instincts, en effet «la plupart des architectes n’ont-ils pas oublié aujourd’hui que la grande architecture est aux origines mêmes de l’humanité et qu’elle est fonction directe des instincts humains»1. Cette citation me paraît stigmatiser parfaitement ce que Paolo David a voulu mettre en œuvre avec l’ensemble de ce projet. À savoir aller chercher l’essence même d’un territoire pour construire avec. D’autant plus que cet acte me semble n’avoir jamais été autant d’actualité qu’aujourd’hui où, pour construire, les matières premières parcourent le tour du monde alors que l’identité d’une construction est conditionnée par ce qui l’entoure. Il ne faut pas penser que tout cela soit anodin, l’ensemble du projet semble avoir été pensé pour profiter de son environnement et le site impose de s’ouvrir sur l’océan. Cette ouverture vers la mer vient avec la création de la piscine. Paulo David traite cela avec une référence, plutôt explicite, à la piscine de Leça da Palmeira d’Alvaro Siza. La proximité de

l’océan face à la piscine trompe l’œil, le baigneur a la sensation de se baigner en mer. L’attention toute particulière donnée à son positionnement signifie que l’architecte cherche à mettre l’usager en position favorable par rapport à l’océan. Cette béatitude que procure la mer nous vient peut être de l’apaisement qu’elle confère au spectateur par son tempo ou sa limpidité. Le positionnement de ce projet ne peut m’empêcher d’y voir également une référence à la villa Malaparte dont le site est considéré comme l’un des plus beaux du monde. Cette maison bâtie sur un cap rocheux de l’île de Capri en méditerranée fascine autant pour son implantation dans son site que par la vue qu’elle offre. Pourquoi cette vue est-elle si éblouissante ? L’homme cherche ses limites et l’horizon en est une, inatteignable, intouchable et c’est en cela que la mer suscite la fascination et l’émerveillement. A défaut de pouvoir l’appréhender, les hommes bâtissent le littoral seulement pour la voir et cela semble procurer un bien être. Dans le film Le Mépris de Jean-Luc Godard, on a la confrontation physique la plus explicite qui soit de la théorie moderne sur l’horizontalité et le rapport au ciel. Quand la mise en scène superpose l’horizon bâti de l’homme à celui de la mer, la puissance du paysage remet l’homme à sa place dans le sens où il lui redonne son échelle en le confrontant à la nature. Il ne faut pas chercher à aller au-delà de l’image, tout est déjà là. La Piscinas Do Atlantico y paseo maritimo Das Salinas se confronte donc au paysage dans les deux sens: elle est une œuvre d’architecture qui participe du paysage en restant homogène dans son environnement et elle est mise en œuvre pour le paysage qu’elle a à offrir. La complexité du programme trouve sa cohérence d’ensemble dans la construction d’une limite entre le rationnel bâti et le mystérieux que représente l’océan. Les paysages maritimes ont toujours fait partie des plus représentés, ils nourrissent notre inconscient collectif à coups de mythes depuis toujours. Aujourd’hui encore, les fonds marins demeurent l’endroit le moins connu et exploré de notre planète, le seul lieu qui résiste à la suprématie de l’homme. Il n’est donc pas étonnant que cet élément nous fascine toujours. L’architecture reste un moyen de contempler ces paysages qui finissent pourtant toujours de la même manière, par un horizon parfait. JS

1. LE CORBUSIER, Vers une Architecture, Ed. Flammarion, Paris, p. 55 p. 20 : Photograhie de FG + SG/ Fernando Guerra, PD atelier, extraite du 2G n°47 Paulo David, 2009, p. 45 p. 22 : Photograhie de FG + SG/ Fernando Guerra, PD atelier, extraite du 2G n°47 Paulo David, 2009, p. 43

COSA MENTALE


Turn static files into dynamic content formats.

Create a flipbook
Revue #01– Penser le paysage by Cosa Mentale - Issuu