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franco Bellucci : fluctuations du désir

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the bridge by christian berst présente

franco bellucci fluctuations du désir

franco bellucci © riccardo bargellini

avant-propos christian berst l'homme retrouvé damien aubel

avant-proposudrais “être”

christian berst

Ses œuvres, exposées ces dernières années à La Maison rouge ou au Palais de Tokyo figurent désormais dans des collections majeures comme celles du Musée national d’Art moderne (Pompidou) et du Museum für Moderne Kunst de Francfort.

Né à Livourne en 1945, Bellucci a commencé à créer des objets à la fin des années 70, canalisant ainsi ses pulsions destructrices et les conciliant – par l'emploi fréquent de jouets – avec l'état d'enfance auquel une encéphalite l'avait assigné dès le plus jeune âge.

Privé de parole, il s'est alors mis à produire, en procédant par hybridation, des objets que l'on perçoit tantôt comme transitionnels, tantôt comme fétiches. Alors que Franco Bellucci disparaissait en 2020 en emportant avec lui l’énigme de son langage plastique, fluctuations du désir est la 3e exposition monographique que nous lui consacrons.

Chez Franco Bellucci, si l'idée de reconstruction - voire de réparation chère à Kader Attia - s'impose en premier lieu, il est difficile de ne pas penser à un acte de résilience lorsque l’on apprend que, jeune adulte, il a passé des années attaché à un lit de contention pour dompter son agitation qu’il est aisé d’attribuer à son incapacité à s’exprimer. Et ce, jusqu’à ce qu’il découvre que des objets pouvaient lui redonner la parole. Mais, contrairement à Judith Scott, tisseuse arachnéenne de cocons destinés à cacher les objets, ou à Pascal Tassini, explorant les possibilités proliférantes des nœuds, Franco Bellucci révèle, sublime et ressuscite.

En fabriquant des chimères, il métaphorise sa lutte contre la fragmentation tout en conférant à ses objets un pouvoir absolu de recréation.

Plus encore, comme le souligne Damien Aubel, "ces objets restituent toutes les fluctuations du désir. Des choses parlantes et désirantes : voilà ce que nous sommes, voilà ce que sont les œuvres de Franco Bellucci."

l'homme retrouvé

damien aubel

Damien Aubel est journaliste et romancier. Critique littéraire et critique d’art, il contribue aux pages de la revue Transfuge où il défend aussi bien la littérature contemporaine, française ou étrangère, que la peinture d’aujourd’hui et d’antan. Persuadé, avec certains apôtres ès lettres du XIXe siècle, que la littérature est « sorcellerie évocatoire », qu’elle a même partie liée avec le sacré, il a signé trois romans : Possessions (Inculte, 2017), Vénus s'en va (Inculte 2019) et Je suis le Feu (Marest, 2023). Il vit et travaille à Paris.

Du corps, des mains de Franco Bellucci, il émane cette impression de vigueur sans mélange, de puissance sans partage qui est l’ordinaire des phénomènes naturels : troncs érigeant verticalement leur stature sous la poussée de la sève, courant irrésistible des fleuves.

Cette simplicité tout d’une pièce des forces élémentaires n’a, cependant, rien d’élémentaire. L’application soutenue, la tension manifeste avec laquelle, de ses robustes mains, il mêle, tord, enlace les objets qui composent son œuvre – cette application et cette tension décèlent l’accomplissement de desseins qui passent la seule innocence jaillissante des productions de la terre, des mouvements des fleuves, des astres, des vents. Quelque chose qui échappe à notre entendement borné est en jeu ici, chez cet homme qu’une encéphalite a frustré des ressources du langage pour élucider ses actes et ses créations.

Cette force tout d’un bloc, et, parallèlement, cette impénétrabilité des mobiles : il semblerait que Franco Bellucci fît écho à l’Isabel du roman de Melville, Pierre ou les Ambiguïtés, lorsqu’elle déclare : « Le mystère est insondable, mais c’est l’insondabilité de la plénitude. » De la carrure, des postures de Franco Bellucci, et des indications et des suggestions que nous venons de leur demander, passons aux œuvres. Là aussi, le mystère épouse la plénitude.

Le premier naît de ces appariements variés d’objets – de ces garrottages de choses hétérogènes, qui ne sont pas moins rebelles aux clartés de l’analyse que ne l’est le Loup-table de Victor Brauner. Encore qu’il n’y ait rien de littéralement opaque

chez Franco Bellucci, qui affectionne la vivacité chromatique dont se parent les productions synthétiques qui peuplent nos vies. Jouets, câbles, peluches, masques – tout cela donne à l’étrangeté des assemblages de Bellucci cet éclat radieux que la créature tout aussi composite qu’est la Jeune Fille s’évadant, conçue par Miró, dégage. À moins encore que les pelotes compactes, étroitement serrées de Bellucci – ces entortillements où se prennent, comme à un piège ou une amarre, le contenu d’un immense et bariolé coffre à jouets –n’évoquent les objets à fonctionnement symbolique, chers à un certain Catalan aux moustaches effilées. Mais, chez Bellucci, rien n’évoque les rouages plus ou moins aberrants d’une quelconque machine. Ou alors il y a eu surchauffe, la machine s’est emballée, les courroies ont sauté – et le résultat est un petit tohu-bohu, que nul rouage, nul levier, nul engrenage ne pourrait actionner.

Car la logique des œuvres de Bellucci n’est pas celle d’un système plus ou moins automatisé. Ou de ces jouets qui font se pâmer les vocations précoces d’ingénieurs, et où tout n’est que pistons, bras articulés, etc. Mais jouets il y a bien chez Bellucci, à telles enseignes qu’il semble, en les manipulant et en les soumettant à ces jeux d’entraves, d’enchevêtrements et d’entrelacements, avoir retrouvé telle intuition fondamentale de Baudelaire : « J’ai gardé d’ailleurs une affection durable et une admiration raisonnée pour cette statuaire singulière, qui, par la propreté lustrée, l’éclat aveuglant des couleurs, la violence dans le geste et la décision dans le galbe, représente si bien les idées de l’enfance sur la beauté. Il y a dans un grand magasin de joujoux une gaieté extraordinaire qui le rend préférable à un bel appartement bourgeois. Toute la vie en miniature ne s’y trouvet-elle pas (…) ? » (Morale du joujou).

L’homme tout entier

Oui, c’est de là sans doute, de ce sentiment que « toute la vie en miniature » s’y trouve, que les œuvres de Bellucci tirent cette singulière qualité que j’ai désignée tout à l’heure sous le vocable de « plénitude ». Affinons, précisons : toute la vie, peut-être, tout l’homme en tout cas. Car les petites organisations (au sens où l'on parle d’un corps organisé) de l’artiste recréent, montent (comme on « monte » une maquette), un homme complet. Un homme total, pris dans sa plénitude. Ce qui n’a rien d’anodin – et qui a même quelque chose de poignant – chez celui qui, justement, s’est vu interdire l’accès au langage. S’est vu amputé des mots à la suite de la catastrophe cérébrale de l’encéphalite.

Tout le matériau constitutif de l’homme – voilà ce que façonnent les solides mains de Bellucci. À commencer par la matière première de tout corps : la matière, justement. Dont sont parcourus, inlassablement, tous les accidents, propriétés, formes. Boucles, pliures, pincements, elle est sans cesse mise à l’épreuve cette matière, et Bellucci goûte « ses dissonances, ses résistances, sa maladresse mal dégrossie » pour parler comme Bruno Schulz, dans Les Boutiques de cannelle. Mais il va de soi que la pure substance matérielle doit être pourvue d’autres qualités, sans quoi il n’y aurait là que modelage et pétrissage d’une glaise de plastique et de jouets.

Point d’homme en effet sans le langage. Et comme elles sont disertes, comme elles sont éloquentes les œuvres de Bellucci ! Ne serait-ce que parce qu’elles relèvent de cette catégorie d’objets qui peut « recéler le pouvoir de causer la causette », pour emprunter une formule elle aussi parlante, employée par Gérard Wajcman dans un article du Dictionnaire de l’objet surréaliste. Les lignes que vous lisez en ce moment en témoignent… Comme en témoigne aussi et surtout ce qu’on appellerait volontiers une rhétorique, si le terme n’était si

lourdement grevé. Car lier, attacher, comme le fait Bellucci, ne sont-ce pas les opérations élémentaires de la syntaxe ? Et plier, fléchir – n’est-ce pas là ce qu’impose la grammaire aux mots ? Du langage, passons à ce qui l’excède (ou s’arrête en deçà, c’est selon). Les sauriens, les gueules pleines de crocs, l’éléphant, les dragons, le boxeur : les figurines de Bellucci semblent se prêter à la manifestation de pulsions d’agressivité. Tandis qu’on hésite, sur le spectre de la psychologie des rapports du cœur et de la chair, à placer les liens et les enrobages confus qu’ils déterminent du côté de la possession ou de l’attachement au sens le plus tendre, le plus romantique du terme. Qu’importe : violence, jalousie ou amour éternel, ces objets restituent toutes les fluctuations du désir. Des choses parlantes et désirantes : voilà ce que nous sommes, voilà ce que sont les œuvres de Franco Bellucci.

c. 2020 . 41.5 x 23 x 18 cm
18 franco bellucci, centro Basaglia, Livourne. © riccardo bargellini

20 2017 . 28 x 39 x 40 cm

franco bellucci © riccardo bargellini

[...] L’application soutenue, la tension manifeste avec laquelle, de ses robustes mains, il mêle, tord, enlace les objets qui composent son œuvre (...) décèlent l’accomplissement de desseins qui passent la seule innocence jaillissante des productions de la terre, des mouvements des fleuves, des astres, des vents. [...]

[...] The sustained focus, the evident tension with which, using his robust hands, he intertwines, twists, and binds the objects composing his work (...) reveal the fulfillment of intentions that go beyond the mere spontaneous innocence of the earth's growth, the movement of rivers, stars, and winds. [...]

damien aubel

. 15 x 29 x 13 cm

30 franco bellucci et riccardo bargellini, centro Basaglia, Livourne. © DR

c.2020 . 52 x 54 x 20 cm

c.2020 . 30 x 43 x 21 cm

[...] En fabriquant des chimères, il métaphorise sa lutte contre la fragmentation tout en conférant à ses objets un pouvoir absolu de recréation. [...]

[...] By crafting chimeras, he metaphorizes his struggle against fragmentation while imbuing his objects with an absolute power of recreation. [...]

christian berst

48 legare il mondo (screenshots), 2013, 7 mn. © riccardo bargellini

50 c.2020 . 52 x 25 x 22 cm

[...] Privé de parole, il s'est alors mis à produire, en procédant par hybridation, des objets que l'on perçoit tantôt comme transitionnels, tantôt comme fétiches. [...]

[...] Deprived of speech, he began to produce objects, proceeding through hybridization, which are perceived at times as transitional, at times as fetishes. [...] christian berst

2019 . 26 x 32 x 25 cm

2007 . 29 x 15 x 13 cm

66 franco bellucci, centro Basaglia, Livourne. © riccardo bargellini
franco bellucci et riccardo bargellini, centro Basaglia, Livourne.
© DR

c.2020 . 14 x 20 x 21 cm

c.2006 . 42 x 40 x 19 cm

[...] Qu’importe : violence, jalousie ou amour éternel, ces objets restituent toutes les fluctuations du désir. [...]

[...] But no matter—violence, jealousy, or eternal love— these objects reflect all the fluctuations of desire. [...] damien aubel

biographie

Franco Bellucci (1945-2020) a fréquenté l’atelier Blu Cammello à Livourne, où il a été révélé par l’artiste Riccardo Bargellini. Ses sculptures hybrides, nées de l’assemblage d’objets hétéroclites, forment un langage mystérieux où les destinées se croisent et se répondent, vues à travers le prisme de la transition, du fétichisme ou de l’apotropée.

Ses œuvres, intégrées aux collections du Musée national d’Art moderne et du Museum für Moderne Kunst de Francfort, ont été exposées dans des manifestations majeures, notamment au Palais de Tokyo à Paris.

« Ces œuvres sont douées d’une puissance symbolique que bien des artistes ‘professionnels’ sont incapables d’atteindre. » (P. Dagen, Le Monde)

Benjamin d’une fratrie de trois enfants, Franco Bellucci naît à Livourne (Italie) en 1945. Une encéphalite contractée dans son enfance freine son développement psychique et l’empêche de parler. À l’adolescence, il manifeste une destructivité compulsive envers les objets qui l’entourent, bien que cette agressivité ne soit jamais dirigée contre autrui ni contre lui-même.

Le 15 février 1961, jour d’une éclipse solaire totale assombrissant le nord de l’Italie, il est pris d’une crise et jette une télévision par la fenêtre. Après une hospitalisation à Livourne, où il détruit une grande partie du mobilier, il est interné à l’hôpital psychiatrique de Volterra. Il y passe la majorité de ses journées attaché à son lit. Connu pour sa force physique exceptionnelle, il est craint pour sa capacité à briser les vitres, arracher des radiateurs et des robinets, actes qui lui causent de graves blessures aux mains.

En 1978, la loi 180 impose la fermeture progressive des hôpitaux psychiatriques. Franco est alors accueilli par sa famille. À son retour, son premier geste est d’ouvrir le tiroir de sa chambre où il avait conservé ses jouets, qu’il retrouve intacts après toutes ces années.

Cependant, diagnostiqué comme « résidu asilaire irrécupérable », il retourne à l’hôpital de Volterra, où il demeure confiné, bien que libéré des attaches physiques, jusqu’en 1998. L’année suivante, il est pris en charge par la doctoresse Ivanna Bianco et son équipe au centre Franco Basaglia, une résidence à « portes ouvertes » à Livourne. C’est là que Riccardo Bargellini crée l’atelier Blu Cammello.

Dans cet environnement où le respect de l’individu est central, Franco déambule librement. Intrigué par cet homme autrefois redouté, Bargellini remarque que Franco manipule en permanence des objets hétéroclites qu’il relie entre eux : sous-vêtements noués à des récipients en plastique, morceaux de tuyaux d’arrosage récupérés, chaussettes volées à ses compagnons de chambre, etc. Chaque week-end, après avoir rendu visite à son frère, Franco revient avec des objets-cadeaux, souvent des rallonges électriques ou des peluches, qu’il transforme en matériaux pour de nouvelles créations.

Au fil du temps, Bargellini établit un lien avec Franco en lui fournissant discrètement des matériaux. Ce jeu devient le socle d’une relation profonde et significative. La confiance mutuelle entre les deux hommes a permis à Franco de s’émanciper des liens coercitifs de l’hôpital pour les remplacer par un tissu relationnel riche et bienveillant. Ensemble, ils ont créé un cadre propice à l’épanouissement personnel et artistique de Franco, surnommé le « maître relieur », et ce jusqu'à son décès en 2020.

expositions (sélection)

les mots pour le dire #1, curatrice : laurianne mélière, christian berst art brut, paris, 2024.

nothing is connected to everything, everything is connected to something, eck museum of art, italie, 2024.

l'esprit singulier, curatrice : martine lusardy, halle-saint-pierre, paris, 2024.

haute tension, musée art et marges, bruxelles, belgique, 2022.

crip time, museum für moderne munst, francfort, allemagne, 2021.

franco bellucci : beau comme...#2, christian berst art brut, paris, 2021.

historias de la violencia, commissaire : gustavo giacosa, oliva creative factory, sao joao da madeira, portugal, 2018.

esthétique de la rage, commissaire : laurent quénéhen, aponia centre d'art contemporain, villiers-sur-marne, france, 2017.

la maison, commissaire : gustavo giacosa, galerie zola, aix-en-provence, 2017.

art brut : une histoire des mythologies individuelles, commissaire : christian berst, oliva creative factory, portugal, 2017.

sur le fil, commissaire : jean-hubert martin, galerie christian berst art brut & galerie jean brolly, paris, 2016.

franco bellucci : beau comme..., christian berst art brut, paris, 2015.

banditi dell’arte, 3331 arts chiyoda, tokyo, japon, 2015.

art brut live, dox c.a.c., prague, rép. tchèque, 2015.

franco bellucci, madmusée, liège, belgique, 2014 -2015.

art brut collection abcd/b. decharme, la maison rouge, paris, 2015.

poétique d’un espace utopique, contemporart ospitale d’arte, gênes, IT, 2014.

brewed in belgium : the collection of madmusée, intuit, chicago, USA, 2014.

inurbementis, museo di storia naturale del mediterraneo, livourne, italie, 2013.

au compte-goutte, madmusée, liège, belgique, 2013.

circonvolutions, madmusée, liège, belgique, 2012.

banditi dell’arte, halle saint pierre, paris, 2013.

dangerously young. child in danger, child as danger, musée du dr. guislain, gand, belgique, 2012.

corpo in segno, contemporart – villa piaggio, gènes, italie, 2011.

gravures de la collection du madmusée, grand curtius, liège, 2011. intelligenze rovesciate. dialoghi a regola d’arte, fortezza del priamar, savone, italie, 2011.

trans-form-action, l’arte in cantiere, pergine valsugana, trente, IT, 2010. due ma non due, aperture ed incontri nell’arte degli anni postbasaglia, loggia della mercanzia, gênes, italie, 2008.

piccole ali. valori infantili nell’arte outsider, pinacoteca civica, follonica, italie, 2008.

in-out, musée de l’art wallon, liège, belgique, 2008.

art en voyage, kaleidoscope, fribourg, suisse, 2008.

les jouets de hulk, madmusée, liège, belgique, 2007.

biography

Franco Bellucci (1945-2020) attended the Blu Cammello workshop in Livorno, where he was brought to light by the artist Riccardo Bargellini. His hybrid sculptures, born from the assemblage of eclectic objects, form a mysterious language where destinies intertwine and echo one another, seen through the lens of transition, fetishism, or the apotropaic.

His works, part of the collections of Pompidou and the Museum für Moderne Kunst in Frankfurt, have been showcased in numerous major exhibitions, notably at the Palais de Tokyo in Paris.

“These works are endowed with a symbolic power that many ‘professional’ artists are incapable of achieving. “

(P. Dagen, Le Monde)

Youngest of three siblings, Franco Bellucci was born in Livorno, Italy, in 1945. An encephalitis contracted during childhood hindered his psychological development and left him unable to speak. During adolescence, he exhibited compulsive destructiveness toward surrounding objects, though his aggression was never directed at others or himself.

On February 15, 1961, the day of a total solar eclipse darkening northern Italy, he experienced a violent outburst, throwing a television out of a window. After hospitalization in Livorno, where he destroyed much of the hospital furniture, he was committed to the psychiatric hospital of Volterra. There, he spent most of his days strapped to his bed. Known for his exceptional physical strength, he was feared for his ability to shatter glass, tear out radiators and faucets, acts that often resulted in severe hand injuries.

In 1978, Italy’s Law 180 mandated the gradual closure of psychiatric hospitals. Franco was taken back into his family’s care. Upon his return, his first act was to open the drawer in his bedroom where he had kept his childhood toys, which he found untouched after all those years. However, diagnosed as an “irrecoverable asylum residue,” he was soon returned to Volterra, where he remained confined— though no longer physically restrained—until 1998. The following year, he was entrusted to Dr. Ivanna Bianco at the Franco Basaglia Center, an open-door residential facility in Livorno. It was there that Riccardo Bargellini founded the Blu Cammello workshop.

In this environment, where individual dignity was central, Franco moved freely. Intrigued by this once-feared man, Bargellini noticed that Franco constantly manipulated various objects, tying them together: underwear knotted to plastic containers, fragments of garden hoses, socks stolen from his roommates, and so on. Each weekend, after visiting his brother, Franco returned with “gift objects”—often extension cords or stuffed animals—which he would transform into materials for new creations, replacing previous assemblages. Over time, Bargellini forged a connection with Franco by discreetly providing him with new materials. This playful exchange became the foundation of a profound and meaningful relationship. In the last years, the mutual trust between the two men has allowed Franco to break free from the coercive ties of institutionalization, replacing them with a rich and compassionate web of relationships. Together, they have created an environment where Franco could flourish both personally and artistically, earning him the nickname “the master binder”, until he died in 2020.

foreword

His works, exhibited in recent years at La Maison Rouge and the Palais de Tokyo, are now part of major collections such as those of the Musée National d’Art Moderne (Pompidou) and the Museum für Moderne Kunst in Frankfurt.

Born in Livorno in 1945, Bellucci began creating objects in the late 1970s, thus channeling his destructive impulses and reconciling them – through the frequent use of toys – with the state of childhood to which an encephalitis had condemned him from an early age.

Deprived of speech, he began to produce objects, proceeding through hybridization, which are perceived at times as transitional, at times as fetishes. While Franco Bellucci passed away in 2020, taking with him the enigma of his visual language, Fluctuations of Desire is the third monographic exhibition dedicated to him.

In Franco Bellucci's work, while the idea of reconstruction –even of repair, a concept dear to Kader Attia – comes to the forefront, it is hard not to think of an act of resilience upon learning that, as a young adult, he spent years strapped to a restraining bed to tame his agitation, easily attributed to his inability to express himself. This lasted until he discovered that objects could give him back his voice.

However, unlike Judith Scott, the spider-like weaver of cocoons meant to conceal objects, or Pascal Tassini, who explores the proliferating possibilities of knots, Franco Bellucci reveals, sublimates, and resurrects.

By crafting chimeras, he metaphorizes his struggle against fragmentation while imbuing his objects with an absolute power of recreation.

Moreover, as Damien Aubel emphasizes, "these objects convey all the fluctuations of desire. Speaking and desiring things: this is what we are, this is what the works of Franco Bellucci are."

the man rediscovered damien aubel

Damien Aubel is a journalist and novelist. A literary and art critic, he contributes to the pages of Transfuge magazine, where he champions both contemporary literature, French and international, as well as painting from today and the past. Convinced, alongside certain 19th century literary apostles, that literature is an "evocative sorcery," even intertwined with the sacred, he has authored three novels: Possessions (Inculte, 2017), Vénus s'en va (Inculte, 2019), and Je suis le Feu (Marest, 2023). He lives and works in Paris.

From the body, the hands of Franco Bellucci, emanates that impression of untempered vigor, of unyielding power, which is the hallmark of natural phenomena: trunks rising vertically in stature under the thrust of sap, the irresistible current of rivers. This unyielding simplicity of elemental forces is, however, far from elementary. The sustained focus, the evident tension with which, using his robust hands, he intertwines, twists, and binds the objects composing his work—this focus and tension reveal the fulfillment of intentions that go beyond the mere spontaneous innocence of the earth's growth, the movement of rivers, stars, and winds. Something beyond our limited comprehension is at play here, within this man whom encephalitis has deprived of language's resources to elucidate his actions and creations.

This unyielding force, and, in parallel, the impenetrability of his motives—it seems as though Franco Bellucci echoes Isabel from Melville's novel Pierre; or, The Ambiguities when she declares: “The mystery is unfathomable, yet it is the unfathomability of fullness.” From Bellucci’s stature, his postures, and the signals and suggestions we have just sought from them, let us turn to his works. There too, mystery embraces fullness.

The first arises from these varied pairings of objects—these bindings of heterogeneous things, no less resistant to the clarity of analysis than Victor Brauner's Wolf-Table. Yet there is nothing literally opaque in Franco Bellucci's work, as he favors the

vivid chromatic liveliness of synthetic materials that fill our daily lives. Toys, cables, stuffed animals, masks—all these lend the strangeness of Bellucci's assemblages a radiant brilliance, akin to the luminous energy emanating from Miró's equally composite Young Girl Escaping

Unless, perhaps, Bellucci's tightly compacted bundles—those entanglements where the contents of a vast, multicolored toy chest seem caught, as if in a snare or mooring—might recall the symbolic objects so cherished by a certain Catalan with finely waxed mustaches. Yet in Bellucci's work, nothing suggests the more or less aberrant mechanisms of a machine. Or if there was once a machine, it has overheated, spun out of control, the belts have snapped—and what remains is a small, joyous chaos, driven by no cog, no lever, no gear.

For the logic of Bellucci's works is not that of a more or less automated system, nor of those toys that captivate the early callings of young engineers, where everything consists of pistons and articulated arms. Yet toys there certainly are in Bellucci’s creations—so much so that, as he handles them, subjecting them to his games of binding, entanglement, and intertwining, he seems to have rediscovered a fundamental intuition of Baudelaire:

"I have preserved a lasting affection and a reasoned admiration for that singular statuary, which, through its polished cleanliness, the blinding brilliance of its colors, the violence of its gestures, and the decisiveness of its contours, so perfectly represents childhood’s ideas of beauty. There is, in a large toy store, an extraordinary cheerfulness that makes it preferable to a fine bourgeois apartment. Is not all of life in miniature gathered there (...)?" (The Philosophy of Toys).

The Whole Man

Yes, it is surely from this very sense that "all of life in miniature" is contained there that Bellucci’s works draw that singular quality I earlier described as "fullness." Let us refine, clarify: perhaps all of life, but certainly the whole of man. For the small organizations (in the sense that one speaks of an organized body) crafted by the artist reassemble, construct (as one assembles a model), a complete man. A total man, captured in his fullness. And this is far from trivial—indeed, it carries something profoundly moving—coming from one who has, precisely, been barred from access to language, deprived of words in the wake of the cerebral catastrophe of encephalitis.

All the constitutive material of man—this is what Bellucci’s solid hands shape. Starting with the most fundamental matter of all bodies: matter itself. Its accidents, properties, and forms are endlessly explored—loops, folds, pinches—it is ceaselessly put to the test. Bellucci savors "its dissonances, its resistances, its raw clumsiness," to borrow Bruno Schulz’s words from The Street of Crocodiles. Yet, it goes without saying that pure material substance alone would not suffice—otherwise, there would be nothing here but the molding and kneading of plastic and toys, mere inert clay.

Indeed, there is no man without language. And how eloquent, how expressive Bellucci’s works are! If only because they belong to that category of objects capable of “holding the power to spark conversation,” to borrow a phrase—so telling in itself—used by Gérard Wajcman in an article from the Dictionary of Surrealist Objects. The very lines you are reading now bear witness to this, as does, above all, what one might readily call a rhetoric, were the term not so burdened with weight.

For to bind, to fasten, as Bellucci does—are these not the fundamental operations of syntax? And to fold, to bend—are these not the very constraints that grammar imposes upon words?

From language, let us move to what exceeds it—or perhaps falls short of it, depending on one's view. The reptiles, the fang-filled jaws, the elephant, the dragons, the boxer—Bellucci’s figurines seem to lend themselves to the expression of aggressive impulses. Yet, on the spectrum of the psychology of heart and flesh, one hesitates to place the tangled bonds and wrappings they create on the side of possession or of attachment in its tenderest, most romantic sense.

But no matter—violence, jealousy, or eternal love—these objects reflect all the fluctuations of desire. Speaking, desiring things: that is what we are, and that is what Franco Bellucci’s works reveal.

remerciements acknowledgements

La galerie remercie manuel anceau, camille aubry, riccardo bargellini, élisa berst, patrice bieler, adriana bustamante, juliette daveau, antoine frérot, carmen et daniel klein, alejandro labrador, juliette lefebvre, jeanne rouxhet.

the bridge by christian berst

Ce catalogue a été publié à l’occasion de l’exposition franco bellucci : fluctuations du désir au bridge by christian berst du 1er février au 1er mars 2025.

design graphique et réalisation élisa berst

© christian berst art brut, 2025

6 passage des gravilliers paris 03 thebridge @ christianberst.com du mercredi au samedi 14h à 19h ou sur rendez-vous

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