Année V - Numéro 264
29 avril 2013
Nouvelles Maristes 264
Frères Maristes - Maison Générale - Rome
Les « Maristes Bleus » Lettre d’Alep n° 10 - 21 Avril 2013
D
epuis le 30 mars, les événements se succèdent rapidement dans notre ville d’Alep. En effet, à 3h30 du matin du Vendredi Saint 2013, j’ai reçu le premier coup de téléphone m’annonçant que le quartier de Djabal al Saydé commençait à être envahi par les rebelles qui crient et vocifèrent, intimant les gens de rester à l’intérieur de leurs appartements. La menace était-elle réelle ou bien c’était une incursion sporadique sans aucun effet sur la vie du quartier ? Tout doucement, les nouvelles annonçaient un vrai envahissement du quartier ; les magasins sont défoncés, les voitures volées ou cassées. Les rafales paralysaient les gens et les obligeaient à se réfugier dans la cage d’escalier. Grands et petits pleuraient. La peur s’installait ! Les questions se précipitaient : Faut-il quitter ? Que faire ? Une vraie angoisse ! Un vrai drame s’annonçait.
Au fil des heures, les combats font rage, les maisons sont « visitées » par les éléments armés, l’électricité est coupée, l’eau aussi. Les familles s’imaginent que c’est une question d’heures, Elles espèrent, attendent, mais rien ne change ! Bien au contraire, l’évidence est tout autre. Les hommes armés jusqu’aux dents s’installent. La nuit tombe. On épie le moindre bruit, le moindre cri, le moindre hurlement. On ne dort pas, on veille, on prie, on attend le secours du ciel. C’est leur dernier recours…
Samedi Saint, à l’aube, les immeubles commencent à se vider, les habitants les quittent. Ils emportent avec eux le strict nécessaire : quelques documents importants, un peu d’habits, les quelques économies qui restent, et rien d’autre. L’exode commence, un peuple erre à la recherche d’une possible sortie de l’enfer. Ils sortent. Il fait encore noir… Une famille perd le contact avec ses deux petits enfants qui devraient être avec des voisins mais qui ne le sont pas. Une autre famille cherche par tous les moyens à aider le vieux qui ne réussit pas à marcher. Les voisins s’appellent, se mettent d’accord pour marcher ensemble, protégés par leur destin. Les rues sont vides, les lumières éteintes. On jette un dernier regard sur son appartement, sur l’intérieur, sur toute une histoire, tout un rêve, toute une vie ; on voudrait que cet instant s’éternise. Et avant de fermer la porte, on fait le signe de la croix comme pour dire au Seigneur : « Entre tes mains, nous nous remettons ». On ferme la porte à clef, on tourne deux fois la serrure, on scelle la porte par un regard d’espérance. Mais il faut faire vite ! Sinon, la mort peut surgir à tout instant… Un peuple marche, un peuple erre, un peuple se déplace… Il est forcé de vider le quartier, le lieu de sa vie pour qu’il devienne un cimetière de souvenirs, peut-être un amas de pierres… On n’a pas le temps de regarder une dernière