Skip to main content

Julien Bécasse - JIPAD 2024

Page 1

Une caisse qui fait genre ?

Questionner les inégalités de genre dans une expérimentation de sécurité sociale de l’alimentation à Montpellier JULIEN BÉCASSE MOTS-CLÉS : GENRE, DÉMOCRATIE ALIMENTAIRE, TRAVAIL ALIMENTAIRE DOMESTIQUE, EMPOUVOIREMENT, SCIENCES SOCIALES

L

a caisse alimentaire commune (CAC) de Montpellier est une expérimentation multiacteurs1 de démocratie alimentaire, qui entend « lutter contre la précarité alimentaire en favorisant l’accès à une alimentation de qualité pour tou·te·s »2. Lancée en 2023, elle vise à mettre en œuvre une sécurité sociale de l’alimentation. Elle compte près de trois cent cinquante participants volontaires, représentant une diversité de profils socioéconomiques. Ceux-ci cotisent chaque mois un montant libre, et reçoivent l’équivalent de 100 € en MonA, une monnaie numérique, à dépenser uniquement dans des points de vente alimentaires conventionnés. Le choix de ces lieux, le « conventionnement », est régi par le comité citoyen (CC). Il s’agit de l’instance décisionnelle, composée de soixante-et-un membres qui discutent des modalités et orientations techniques, organisationnelles et politiques3. Cette étude interroge la CAC au prisme du genre : est-ce un dispositif qui réduit, met à l’épreuve, ou renforce les inégalités de genre ?

1. Elle implique une vingtaine d’associations, syndicats, collectivités. 2. « Bilan 2022-2023 de la caisse alimentaire commune », accessible sur le site de la CAC : https://tav-montpellier. xyz/?Experimentation 3. Ce travail poursuit certaines analyses de H. Gaget et B. Blondel parues dans les Actes de la Jipad 2023, qui ont étudié respectivement les pratiques alimentaires des participants au comité citoyen et l’inclusion des personnes en précarité dans le projet.

PENSER LE GENRE DANS LES INITIATIVES DE DÉMOCRATIE ALIMENTAIRE Le genre est appréhendé ici comme un processus d’organisation de la société, qui institue les rôles, pratiques et attributs aux hommes et aux femmes, et fabrique des inégalités sociales « à tous les étages » (Fournier et al., 2015). Ainsi, « les chercheur·e·s doivent s’attendre à trouver sur leur terrain des représentations et des pratiques inégalitaires [et] l’alimentation n’échappe pas à cette prédiction » (Fournier et al., 2015). Dès lors, analyser une initiative de démocratie alimentaire au prisme du genre, c’est comprendre comment elle reconfigure les inégalités de genre. Les initiatives de démocratie alimentaire se confrontent à des limites liées au cadrage de « l’alimentation comme objet politique dans les arènes publiques » (Paturel & Ndiaye, 2022), dont la « limite du genre […] qui fait peser principalement sur les femmes la multitude des tâches et activités liées à l’alimentation ». Malgré la mise à l’agenda des questions féministes, les femmes continuent à « assurer la presque totalité des tâches alimentaires » (Dupuy, 2017). C’est le « nœud de l’oppression des femmes » (Fournier et al., 2015). Dans des familles précaires par exemple, les mères sont plus « investies [dans l’alimentation], et partagent un idéal difficile à atteindre qui devient source d’angoisse », lié à des « schémas de la mère dévouée et une représentation très normative de la ”bonne alimentation” » (Masullo, 2012). Elles doivent à la fois gérer des budgets limités, garantir une

93


Turn static files into dynamic content formats.

Create a flipbook
Julien Bécasse - JIPAD 2024 by Chaire Unesco Alimentations du monde - Issuu