Une épicerie itinérante en milieu rural : un outil de solidarité dans les campagnes Le cas de l’ELFE en Brocéliande GABIN GUILLEMAUD MOTS-CLÉS : SOLIDARITÉ, RURAL, ACTION COLLECTIVE
C
’est en milieu rural que l’Épicerie locale favorisant l’entraide (ELFE) a vu le jour. Cette épicerie itinérante, située en Centre-Bretagne, veut rendre accessible à toutes et tous une offre alimentaire de proximité, composée en grande partie de produits bio, locaux et en vrac. Le fonctionnement de l’épicerie est assuré par des bénévoles. Afin de lutter contre l’isolement et la stigmatisation des personnes, tous les publics sont invités à rejoindre l’épicerie. Cependant, il est souvent reproché à ce type d’initiatives d’avoir un faible impact sur les pratiques alimentaires. De plus, malgré leurs ambitions, leur manque de mixité sociale1 voire leur élitisme (Slocum et al., 2016) sont régulièrement déplorés. L’ELFE semble pourtant se distinguer par son caractère itinérant, son implantation en milieu rural et sa pratique particulière de la solidarité. À l’aide d’entretiens avec les membres de l’association et une semaine de participation à ses activités, nous allons tenter de comprendre ce qui fait la spécificité de l’ELFE, ce qu’elle reproduit, ce qu’elle transforme.
1. Par exemple, au supermarché coopératif « La Cagette » à Montpellier, en 2019, 85 % des coopérateurs considèrent faire partie et/ou être issus des classes moyenne et supérieure. Et 81,2 % d’entre eux ont un diplôme supérieur à Bac+2, contre 22,4 % des français âgés de 25 à 64 ans en 2018. https://infos-lacagette-coop.fr/Dossier_Qui_sont_les_Cageots (consulté le 03/05/2024)
PRÉCARITÉ ET ALIMENTATION DANS LES ESPACES RURAUX En 2020, en Bretagne, le taux de pauvreté des espaces ruraux non périurbains est de 12 %2. Derrière ce chiffre, proche de la moyenne nationale, il est important de relever les spécificités de la précarité dans les espaces ruraux. En plus de la moindre disparité des revenus, nous pouvons relever « l’éloignement et la dispersion géographique » (De Sousa, 2010). Concrètement, dès 2011 un rapport ministériel souligne le fait que « dans les territoires ruraux, les ménages comme les entreprises sont prisonniers de l’usage de la voiture particulière » (Raoul & Casteigts, 2011). En conséquence, ne pas disposer d’une voiture individuelle est un facteur d’exclusion sociale, qui se caractérise par la difficulté d’accéder à des services alimentaires et de santé3. Ces difficultés sont concomitantes au recul des commerces et des services. En effet, sur les décennies 1980-1990, les espaces ruraux ont perdu 25 à 30 % de leurs petits commerces alimentaires (Soumagne, 2002), dont certains étaient itinérants. Cependant, cette « désertification » est à nuancer par la conquête du milieu rural par les grandes enseignes, entamée dès les années 1980 (Pouzenc, 2012). Il s’agit donc d’un mouvement de mutation du commerce 2. https://www.insee.fr/fr/statistiques/7679721 (consulté le 03/05/2024) 3. https://www.insee.fr/fr/statistiques/5039991?sommaire=5040030#onglet-2 (consulté le 03/05/2024)
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