Les coûts cachés : construire un nouveau discours en faveur de la transformation des systèmes alimentaires FLORENCE HEUSCHMIDT EN COLLABORATION AVEC RAPHAËLLE VITAL-DURAND
MOTS-CLÉS : COÛTS CACHÉS, COÛTS SOCIÉTAUX, PLAIDOYER, COMMUNICATION, RAPPORTS DE FORCE
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lus de 10 000 milliards de dollars par an, c’est le montant des coûts cachés de nos systèmes agroalimentaires au niveau mondial, d’après l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Il s’agit des coûts liés à de mauvaises habitudes alimentaires, à la dégradation de l’environnement et à la sous-alimentation1. Ces coûts représentent une charge énorme pour les économies nationales, soit 10 % du PIB mondial (FAO, 2023a). Derrière ces chiffres, on perçoit des systèmes alimentaires industriels fragiles au niveau mondial. En tirant les coûts des denrées alimentaires à la baisse, c’est tout un écosystème social, environnemental et sanitaire qui s’effondre. Ces coûts bien réels pour la société, mais très difficiles à mesurer, ne sont pas comptabilisés dans le coût final des produits. La transformation des systèmes alimentaires nécessite des choix politiques forts. Les parties prenantes en faveur de la transition durable de ces systèmes doivent donc mettre en œuvre des stratégies efficaces d’utilisation des coûts cachés dans leurs discours, avec des arguments et des données chiffrées robustes. La présente synthèse vise à fournir quelques éléments d’analyse 1. Pour compléter les informations contenues dans cette synthèse, voir la synthèse de R. Vital-Durand intitulée « Coûts cachés : révéler le juste prix de notre alimentation » dans ce même document.
sur les stratégies que la FAO et le Secours catholique emploient pour porter les messages de leurs études respectives : la situation mondiale de l’alimentation et de l’agriculture 2023 et les coûts sociétaux du système alimentaire.
UN SYSTÈME GLOBAL EN EFFERVESCENCE Ces deux rapports se positionnent dans un cadre institutionnel global manifestant des objectifs ambitieux à l’horizon 2030.
La durabilité des systèmes alimentaires, un levier majeur des objectifs de développement durable
Face aux enjeux de pauvreté dans les pays du Sud, et environnementaux au niveau mondial, apparaît la nécessité d’apporter de nouveaux cadres institutionnels. En 2000, les Nations unies fixent huit objectifs du millénaire pour le développement (OMD) des pays du Sud visant des enjeux humanitaires comme l’extrême pauvreté et la faim. En parallèle, les sommets de la Terre, organisés depuis 1972 par l’organisation des Nations unies (ONU), intègrent progressivement la dimension sociale dans leur notion de développement durable. La fusion des OMD et des objectifs des sommets de la Terre en 2015 a donné lieu à l’agenda 2030 adopté par les 193 états membres de l’ONU. Ce programme de développement porte
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