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Tout l'immobilier Vaud - Malley prend de la hauteur

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MALLEY PREND DE LA HAUTEUR

Le Projet d’agglomération Lausanne-Morges (PALM) comptera cinq tours. Parmi elles, la Tilia Tower, «un arbre de vie», est actuellement à l’enquête publique. 4-6

MENSUEL

Leysin

L’école Moser ouvre un centre pédagogique alpin

Chronique Martina Chyba prend soin de son lit

Dossier Leclanché fonce malgré le manque de liquidités 26-27 12-15

La référence à Genève depuis 24 ans se déploie dans toute la Romandie avec 4 nouvelles éditions régionales, mensuelles et 100

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PROCHAINES PARUTIONS

Genève Région : lundi 14 février

Valais : mercredi 16 février

Fribourg - Berne : mercredi 23 février

Neuchâtel - Jura : mercredi 2 mars

Vaud : mercredi 9 mars

SOMMAIRE

4-11 Actualité

Le futur Manhattan lausannois se dessine à Malley

Le chantier d’exploration de géothermie sur la Côte est lancé

L’école Moser ouvre un centre pédagogique alpin à Leysin

La chaîne d’hôtels By Fassbind fait peau neuve à Lausanne

12-15 Dossier

Leclanché fonce malgré le manque de liquidités

16-27 Immobilier

Le crowdfunding immobilier a le vent en poupe. Interview du fondateur de la société Foxstone

Les districts touchés par la pénurie de logements. Chronique de l’USPI

Les constructions en bois ont la cote, mais le matériau n’est pas inépuisable

Au lit! La chronique de Martina Chyba sur la chambre à coucher

28-33 Emploi et formation

Rencontre avec Yvan Roulin, sellier et fondeur de cloches

Pourquoi la pandémie a accentué l’âgisme et comment y remédier

34-35 Gastronomie

Saison de la truffe: à la poursuite du diamant noir

Éditeur: IMMOBILIER.CH SA

Rédacteur en chef: Serge Guertchakoff DA et maquette: Agence EtienneEtienne

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les confidentiels

CHRISTOPHE

CHOCOLATIER

OUVRE À LA CHAUX-DE-FONDS

Après avoir ouvert à la mi-mai 2018 sa première chocolaterie, à Courtelary (Jura bernois), Christophe Bourquin a décidé d’ouvrir un second point de vente à La Chaux-de-Fonds. Fort de son succès, le pâtissier-confiseur s’inspire de son illustre voisin Camille Bloch et entend développer son affaire. Parmi ses spécialités, une pâte à tartiner, déclinée en six versions: pure noisettes, claire, cacao, noir intense, 62 (sans lactose et végane) et pistache.

GEOOL ENFIN CRÉÉE

La nouvelle structure pour développer la géothermie dans l’Ouest lausannois aura mis du temps à voir le jour, près de 7 mois. Pour la présider, le poste a été confié à Nicolas Waelti, secrétaire général des Services industriels de Lausanne (SiL). La vice-présidence a été donnée au représentant de Romande Energie, Philippe Corboz. Viennent compléter le conseil Christophe Bossel (Service intercommunal de l’électricité) et Massimo Rinaldi (SiL). Rappelons que GEOOL vise, dans un premier temps, l’exploration de trois sites au moyen de forages afin d’identifier les sites les plus favorables, puis le développement d’une à deux centrales de production de chaleur géothermique afin d’alimenter le réseau de chauffage à distance.

DE LA RÉDACTION

CLARINS VEND SA PLATEFORME

Construit en 2008, le bâtiment abritant la plateforme logistique suisse du groupe de cosmétiques vient d’être vendu à la Caisse

Inter-Entreprises de Prévoyance (CIEPP) pour la somme de 29,5 millions de francs. La transaction a été officiellement inscrite le 3 janvier de cette année. Clarins y stocke ses milliers de références avant de les envoyer notamment aux duty-free européens.

LE PREMIER RÉSEAU SUISSE D’E-CIGARETTES EN FAILLITE

La société qui exploitait les boutiques de vente de cigarettes électroniques sous l’enseigne «Sweet Spot» vient d’être déclarée en faillite. Plus vaste réseau de vape du pays dans ce domaine en vogue, les boutiques de Neuchâtel, La Chaux-de-Fonds, Bassecourt, Berne, Bienne, Bulle, Matran, Fribourg, Conthey, Morges, Payerne, Prilly, Crissier et Montreux sont donc en sursis. La société enregistrée sous le nom de WISH

PROJECT fait appel aux créanciers et dispose d’un délai d’un mois avant faillite.

La Tilia Tower culminera à 85 mètres. Son ossature mixte bois-béton se retrouvera visuellement dans les logements. Tilia@Latelierdupaysage

MALLEY: LE FUTUR MANHATTAN LAUSANNOIS

Outre les deux tours que va prochainement construire Implenia et la tour

Malley Phare, Tilia Tower est actuellement à l’enquête publique. Récit.

Le choix du meilleur site pour implanter des tours dans le Projet d’agglomération Lausanne-Morges (PALM) avait été validé – après le oui des Prillérans à 58,6% en novembre 2016 sur le plan partiel d’agglomération (PPA) Malley-Gare –par un pool d’experts indépendants composé de quatre professionnels reconnus et indépendants: Luca Deon, architecte à Lucerne, Laurent Geninasca, architecte à Neuchâtel, Marie-Paule Mayor, urbaniste à Genève, et Robin Winogrond, architecte-paysagiste à Zurich. Dans cette plaine de Malley, forte de 83 hectares quasiment en friche, trois PPA sur quatre ont été acceptés à ce jour: Malley-Centre sportif, Malley-Viaduc et Malley-Gare.

«Un arbre de vie»

«Avec l’arrêt CFF Prilly-Malley, une halte RER, un tram en 2026, six lignes de bus, un arrêt de métro et la voie verte, c’est vraiment le bon emplacement pour densifier», comme le rappelait voici quelques jours Alain Gillièron, syndic de Prilly. Outre la tour en bois de 60 mètres de haut (14 étages) que la SUVA va édifier au-dessus de l’actuel centre commercial Malley Lumières, le PPA Malley-Viaduc prévoit la Tilia Tower (85 mètres de haut), laquelle a été mise à l’enquête du 19 janvier au 17 février 2022. De quoi s’agit-il?

«Habiter, travailler, créer, faire du sport, se rencontrer, se restaurer, se promener,

«Tilia Tower n’est pas qu’un immeuble de logements et de bureaux. C’est un tout, diversifié. Un réel concept de biotope humain»

se détendre et bien plus encore: Tilia, c’est tout ça à la fois», comme le résumait le 19 janvier dernier les mandataires d’Insula SA, maître d’ouvrage de ce projet. Tilia est le nom latin du tilleul, un clin d’œil à l’arbre majestueux autour duquel les habitants de Prilly avaient pris l’habitude de se retrouver durant près de 500 ans. «La Tilia Tower est un arbre de vie», comme aime à la décrire Esteban Garcia, propriétaire d’Insula.

Esteban Garcia, propriétaire d’Insula, maître d'ouvrage du projet

Un concours international d’architecture et d’espaces publics s’est déroulé en deux tours. Le premier s’est déroulé de manière anonyme. Après cette première phase, le jury – qui comptait en ses rangs un membre d’Avenir Malley, l’association de défense des intérêts des riverains du quartier – a sélectionné cinq bureaux pour le second tour. Au terme de celui-ci, c’est le projet des architectes danois 3XN, associés aux lausannois d’Itten+Brechbühl et des paysagistes de l’Atelier du Paysage, qui a été désigné lauréat par le jury présidé par l’architecte genevois Patrick Devanthéry.

Aménagements extérieurs

Afin de répondre au mieux aux besoins et aux attentes de tous les habitants de la commune de Prilly, ceux-ci ont été conviés à un workshop participatif en septembre 2021. Leur connaissance des lieux et leur expertise fine ont été intégrées par les concepteurs dans le projet >>

final. Comme l’a résumé Jean-Yves le Baron, associé de l’Atelier du Paysage, le projet prévoit la plantation de 300 nouveaux arbres (dont au minimum 90% seront des essences indigènes) afin d’y créer une «véritable canopée» et de permettre de créer des espaces

un bassin. Et, précision importante: 75% des sols seront perméables.

Grande mixité

L’ensemble Tilia se compose de la Tilia Tower, de l’actuel centre de badminton et du bâtiment attenant, nommé Tilia West, s’ouvrant vers l’esplanade de la Vaudoise Aréna. Ces deux derniers bâtiments devraient subir d’importantes rénovations. Quant à la tour de 85 mètres, son ossature mixte bois-béton se retrouve visuellement dans les logements. En effet, comme l’a précisé Soren Nersting du bureau danois 3XN, «les plafonds des appartements et de l’hôtel seront en bois visible». Les 221 appartements prévus, y compris 20 logements d’utilité publique vont du studio au 4.5 pièces, avec une majorité de 2.5 et de 3.5 pièces.

Site 2000 watts

Au rez-de-chaussée, il est prévu un vaste food-court et des commerces (1512 m2). Juste au-dessus se trouveront trois étages qui accueilleront 64 unités de co-living (des espaces privés meublés et fonctionnels articulés autour de généreux espaces communs, notamment des cuisines tout équipées), puis quatre niveaux confiés à un hôtel 3 étoiles supérieur (96 chambres). «Tilia Tower n’est pas qu’un immeuble de logements et de bureaux. C’est un tout, diversifié. Un réel concept de biotope humain», observe Esteban Garcia.

frais et ombragés, notamment sur la place du Galicien. En effet, dans le prolongement de l’état d’esprit festif qui a animé la Galicienne de 2016 à 2020, cette place devrait se profiler comme un lieu de rencontre et de détente avec une buvette, un pavillon, une place de danse et

Le projet Tilia contribue au développement d’un quartier durable exemplaire, répondant aux exigences de la labellisation «Site 2000 watts». En d’autres termes, les architectes ont prévu de récupérer la chaleur des eaux usées de la tour, la mise en place de sondes géothermiques, la réalisation de géostructures énergétiques, le raccordement au chauffage à distance de la Ville de Lausanne, des façades et des toitures actives avec la mise en place de panneaux et de lames photovoltaïques, la récupération d’énergie sur les ascenseurs et enfin la mise en place du double-flux en matière de ventilation. Surtout, avec environ 15 kg de CO2 par m2 par année, l’empreinte carbone réduite du projet, est nettement inférieure aux exigences des sites 2000 watts, qui visent un maximum de 17 kg de CO2/m2/an.

Serge Guertchakoff

Tour Tilia
Malley Phare
Malley Gare Aire A
Malley Gare Aire B
Tilia@Latelierdupaysage

Géothermie

EXPLORER AVANT D’EXPLOITER LES SOUS-SOLS

Etape importante dans le forage de la Côte, le chantier d’EnergeÔ à Vinzel a débuté fin janvier.

Il marque le début d’une révolution énergétique dans la région.

Si l’idée de se servir de la chaleur naturelle du sol pour la transformer en énergie ne date pas d’hier, sa concrétisation sur la Côte est quant à elle planifiée pour demain. Initié dès 2006 par trois partenaires vaudois, la Société électrique des forces de l’Aubonne (SEFA), la Société électrique intercommunale de la Côte (SEIC) et les Services industriels de la Ville de Nyon, rejoints en 2013 par Romande Energie au sein de la Société EnergeÔ, le projet de plateforme de forage devient enfin tangible. En effet, le 28 janvier dernier, à Vinzel (VD), le premier coup de pioche pour sa construction a été donné, marquant le lancement d’un chantier d’exploration d’une durée de quatre mois et précédant la réalisation des forages prévus pour cet été.

Chauffer les ménages

En tant que premier site de géothermie de moyenne profondeur de la région, avec des forages avoisinant les 2300 mètres, le but sera alors d’atteindre dès juin prochain l’aquifère du Dogger, une couche géologique datant d’environ 175 millions d’années. L’exploitation de cette chaleur naturelle du sous-sol assurera ensuite l’alimentation des réseaux de chauffage à distance pour 1500 ménages de la région vaudoise, et ce, pendant près de quarante ans.

Une économie d’émissions carbone significative qui sera de l’ordre de 4000 à 5000 tonnes par année et qui ravit Philippe Straub, syndic de la commune de Vinzel: «Nous sommes fiers de pouvoir accompagner et accueillir sur nos

L’exploitation de la chaleur naturelle du sous-sol alimentera le réseau de chauffage à distance de 1500 ménages de la région. LDD

«C’est un signal fort pour le futur de la géothermie en Suisse»
Philippe Straub, syndic de la commune de Vinzel

terres le projet d’EnergeÔ. C’est un signal fort pour le futur de la géothermie en Suisse.» La parcelle sélectionnée sera idéalement située en bordure d’autoroute et éloignée des habitations afin de limiter les nuisances. Véritable défi technique, ce projet devrait cependant permettre à la Côte de basculer définitivement dans une exploitation énergétique toujours plus verte.

Julie Müller

De Genève à Leysin

L’ECOLE MOSER OUVRE UN CENTRE PÉDAGOGIQUE ALPIN

En janvier dernier, l’école privée Moser a dévoilé son nouvel écrin pour les camps de ski et d’été de ses élèves. Détail du projet architectural et de la démarche écologique de sa réalisation.

Mardi matin, le 11 janvier, les élèves de l’école Moser se sont rendus en classe d'un cœur plus léger que d'habitude. Et pour cause! Alain Moser, directeur de l’établissement scolaire qui porte son patronyme, les emmenait en classe des neiges pour une semaine dans la station de Leysin, aux portes des Alpes vaudoises. Au programme donc, quitter le ciel gris de la ville pour les horizons clairs de la montagne. A l’arrivée, une surprise attendait le groupe d’enfants. Les deux chalets baptisés «Les Cabris» qui, chaque année, accueillent les camps de ski et les classes vertes, avaient fait entièrement peau neuve. «Ces chalets dataient de la fin du XIXe siècle. A l’origine, il s’agissait du premier sanatorium pour enfants tuberculeux, explique Alain Moser. Ils n’étaient plus aux normes depuis deux ans. Les lois ont beaucoup évolué...»

Profondément attaché à ce cadre idyllique et réparateur – «Les Cabris» sont situés à quelques minutes de la gare du Feydey, entre forêts et pâturages, à proximité d’un court de tennis, d’une piscine, d’un mur de grimpe et d’une via ferrata –, Alain Moser ne parvient pas à s’en séparer. Germe alors dans son esprit une idée: transformer ces vieux chalets en «cabanes» de montagne modernes et

«Ces chalets dataient de la fin du XIXe siècle, il s’agissait du premier sanatorium pour enfants tuberculeux»
Alain Moser, directeur de l’établissement

écologiques. En 2018, un concours auprès de plusieurs architectes est lancé. Le premier prix est attribué au bureau Philippe Meyer Architectes. Le chantier durera deux ans et le résultat est à la hauteur des ambitions. «Les Cabris» marient en effet avec bonheur: lumière, transparence et espaces verts. «On a gardé l’esprit des sanatoriums, avec un toit plat. Les chambres donnent sur la forêt et les coursives, entièrement vitrées, sont toutes orientées sur la vallée.»

Une implantation réfléchie

Tout a été pensé pour préserver l’environnement et soutenir l’économie locale. «Des dialogues et visites d’atelier avec des charpentiers de la région ont permis de favoriser l’emploi d’essences locales

Le chalet «Les Cabris» accueille des écoles pour des camps de ski, des classes vertes et des particuliers pour leurs vacances ou leurs week-ends. LDD

et un circuit court, détaille le bureau d’architecte. Le projet est réalisé à base de lamellé-collé et CLT (bois lamellé croisé) en épicéa suisse. Au rez-de-chaussée, les radiers (ndlr: une fondation superficielle de type plateforme maçonnée qui est la base de départ d'un bâtiment) ainsi que les murs sont en béton armé apparent pour fonder la structure bois et le sous-sol en béton armé pour des questions de durabilité et de protection contre les avalanches.» Le sol est par ailleurs en pierres de terrazzo du Rhône et le toit a été équipé de panneaux solaires. «Les Cabris» peuvent accueillir une centaine d’élèves. «Nous disposons de dix chambres individuelles pour les professeurs. On a aussi un restaurant, un carnotzet et plusieurs espaces de travail»,

s’enthousiasme Alain Moser, qui précise que le lieu a également été pensé pour accueillir des séminaires d’entreprises qui souhaitent faire du team-building dans un environnement convivial et simple. Et de conclure: «Même si le but est de profiter de cet environnement exceptionnel pour s’affranchir de son portable et déconnecter, pas de panique! Le chalet est équipé de wifi et de tableaux interactifs...»

Mi-auberge, mi-hôtel

«Les Cabris sont à mi-chemin entre l’auberge de jeunesse branchée et l’hôtel», nous dit Alain Moser. Comme dans la cabane de montagne, les résidents doivent mettre la main à la pâte. «Les élèves mettent les draps, sortent les couvertures, aident à débarrasser la table. C’est très formateur, étant précisé que beaucoup ont des chalets à la montagne avec des femmes de ménage qui s’occupent de tout. Ici, on les met à contribution.» Contrairement aux cabanes rustiques, toutes les chambres ont cependant accès à une douche et à une toilette et offrent le confort habituel des hébergements de plaine.

Hôtellerie

LA CHAÎNE BY FASSBIND FAIT PEAU NEUVE

Malgré la pandémie, le groupe hôtelier lausannois multiplie les chantiers pour repenser l’univers de ses établissements. Après le ski et le vin, c’est au tour du chocolat de venir compléter la collection.

Les chantiers se suivent mais ne se ressemblent pas pour les hôtels By Fassbind. Alors que ses onze bougies ont été soufflées, la plus grande chaîne hôtelière gérée par un privé en mains suisses s’est fixée un objectif ambitieux en temps de Covid: remettre ses hôtels au goût du jour. Après la revisite complète l’an dernier de l’un de ses établissements zurichois, By Fassbind s’attèle à présent aux travaux de deux de ses quatre hôtels situés à Lausanne, fief historique de l’entreprise.

Des adaptations nécessaires

Un défi de taille pour ce groupe indépendant composé de sept hôtels au total qui doit régater avec les géants du secteur. «Pour survivre, il faut se différencier de ces marques reproduisant leur concept marketing à l’infini dans tous les pays. En tant qu’acteur de dimension modeste, j’ai choisi de raconter une histoire différente dans chacun de mes hôtels et de donner une impression d’individualité à tous mes produits», témoigne Eric Fassbind, propriétaire de la chaîne qui a exploré, entre autres, les univers de buvettes de ski ou de Cité du vin. Seul hic: de l’originalité à la désuétude, il n’y a qu’un pas à franchir et Eric Fassbind en est bien conscient.

«La mise à jour de la chaîne s’est imposée avec le contexte actuel. Tandis qu’en 2018 nous profitions de l’explosion du tourisme de masse, à présent voyager est devenu

«Pour survivre, il faut se différencier des géants du secteur reproduisant leur concept marketing à l’infini dans tous les pays»
Eric Fassbind, propriétaire de la chaîne

Le futur hôtel Swiss Chocolate à Lausanne. LDD

un luxe où la clientèle vient pour l’expérience avant tout», constate le dirigeant qui s’avoue nostalgique des longues files d’attentes qui se formaient à l’époque devant sa réception et débordaient sur la rue lorsque les clients asiatiques débarquaient le matin à Lausanne.

Une chambre de l’hôtel Swiss Chocolate à Zurich. LDD

Désormais, l’hôtellerie helvétique drague avant tout les Suisses et les Européens et doit donc s’adapter en conséquence. «By Fassbind a dû développer encore davantage ses thématiques, en créer de nouvelles et jouer la carte de l’audace. Par exemple, l’an passé, nous avons ini-

tié le Selfie Hôtel où les jeunes ont pu se prendre en photo dans des chambres décorées et mises en scènes pour l’occasion», souligne Eric Fassbind.

Une expérience chocolatée

Dernière nouveauté de la marque: l’hôtel Swiss Chocolate. D’abord implanté il y a quelques mois sur le marché zurichois, en lieu et place de l’hôtel du Théâtre, Eric Fassbind vient de démarrer le chantier de l’équivalent romand rue Marterey, au centre de Lausanne. «J’ai racheté ce guest house de 53 chambres en 2018 avec sa localisation appréciable mais comprenant aussi certaines de ses pièces de 3m2. Il a fallu revoir les plans pour remodeler les espaces, augmenter la capacité de l’hôtel à 64 chambres et créer un décor qui célèbre la fève de cacao», indique ce dernier. Accompagné de son épouse architecte et du bureau de design parisien Marc Hertrich & Nicolas Adnet qui le suit depuis des années, Eric Fassbind a tout prévu, et ce, dès les premiers pas au sein de son édifice puisque le lobby annonce la couleur: chocolat.

Depuis les effluves qui s’échappent de la fontaine de chocolat à l’entrée, aux fleurs de cacaotiers sur les plafonds, en passant par les tablettes à foison qui ornent les murs et remplacent les tables de nuit, tout a été pensé autour du chocolat. Pour aller encore plus loin, les portraits des plus grands chocolatiers de l’histoire sont affichés dans les couloirs et un chocolatier local (la famille Noz est en discussion) présentera ses derniers carrés, truffes et autres bouchées cacaotées près de la réception. A la limite de la caricature suisse, cette scénographie est néanmoins assumée par son promoteur: «Il n’y a qu’à voir le succès que rencontrent les musées du chocolat, ils cartonnent car cela plaît autant aux touristes étrangers que suisses. Aussi, nous visons une clientèle de courte durée, avec un séjour moyen de 1,2 jour venant pour l’aspect ludique de l’expérience.» Mais les curieux devront encore se montrer patients pour découvrir ce temple de la cabosse puisque l’hôtel Swiss Chocolate Lausanne ne sera pas opérationnel avant la fin de l’année.

La chambre, ce lieu de vie

En attendant, l’hôtel Alpha Palmiers, lui aussi en chantier à Lausanne, est pour

sa part resté ouvert le temps des travaux. Outre son look retravaillé, l’établissement opère un lifting depuis des mois afin de se scinder en deux entités. L’une 3 étoiles qui portera le nom d’hôtel Alpha et l’autre, dont les chambres plus spacieuses donneront sur le jardin, sera affiliée à l’enseigne 4 étoiles hôtel Palmiers. «La dernière rénovation complète datait de 2003. Il était temps d’investir à nouveau pour proposer un lieu adapté aux attentes post-Covid», témoigne le patron. Avant d’ajouter: «La chambre d’hôtel n’est plus un simple lieu de passage où l’on dort et repart. On y travaille, on y mange, on y bulle. Le cadre qu’offre l’établissement revêt aujourd’hui toute son importance.» Forte de ce constat, la chaîne By Fassbind a prévu de transformer en galerie d’art une trentaine de ses chambres lors de la nuit des musées et guigne en même temps ses cantons voisins afin de s’étendre encore davantage. Jamais à court de concepts, Eric Fassbind n’en est pas à sa dernière trouvaille et confirme des développements certains ces prochaines années.

Julie Müller

Les Fassbind, une histoire de famille

Les deux frères Eric et Marc Fassbind descendent tout droit d’une longue lignée d’hôteliers aux origines schwytzoises. Après une première acquisition, l’hôtel des Palmiers en 1962 à Lausanne, par Georges et Doris Fassbind, c’est tout un empire qui a été créé par la famille, puis légué à la fratrie en 2010. Les deux frères décideront par la suite de diviser le groupe familial en deux parts afin de confier les hôtels de Genève et de Bern à Marc et ceux de Lausanne et Zurich à Eric. Le premier arborant le nom de Fassbind Hotels et le second celui de By Fassbind.

By Fassbind en chiffres

2010 Date de création

4 Hôtels à Lausanne

3 Hôtels à Zurich

764 Chambres en Suisse

70

31

Employés à Lausanne

Employés à Zurich

Enquête

LECLANCHÉ, OU COMMENT FONCER MALGRÉ UNE PANNE DE LIQUIDITÉS

L’entreprise mythique d’Yverdon, leader mondial de solutions de stockage de l’énergie, peut compter sur de bons clients mais peine à assurer financièrement son développement.

Les industriels le savent bien: ils peuvent s’enorgueillir de fabriquer les meilleurs produits du monde tout en tirant la langue sur le plan financier. Dans les années 1980, de nombreuses firmes suisses ont passé le cap des crises industrielles en vendant – ou bradant selon les cas – leur patrimoine immobilier. Aujourd’hui, la plupart d’entre elles ne possèdent plus les murs de leurs usines, consacrant leurs capitaux pour le développement de leurs produits et leur commercialisation.

C’est le cas de Leclanché, mythique compagnie vaudoise. Cette firme centenaire a toujours négocié tant bien que mal les virages technologiques auxquels sont confrontés la plupart des industriels. Cette entreprise qui a bâti son histoire sur la production de piles, puis sur les batteries et le stockage d’énergie, a décroché de très prometteurs contrats dans le domaine des transports et de la gestion globale d’énergie «verte». En revanche, ses liquidités posent un problème. Après avoir reçu en automne dernier de ses principaux actionnaires une rallonge de près de 30 millions de francs suite à la conversion de dettes en capital,

«Nous avons signé des accords de partenariat ces trois dernières années pour 400 millions de francs de commandes ou de projets»

la société yverdonnoise prépare un nouveau renflouement. Mais elle dépend de ses actionnaires de poids, regroupés au sein d’une complexe entité de fonds d’investissements (lire l’encadré en page 15).

Baisse de la valeur boursière En septembre, l’opération a été motivée par une raison assez simple: ses acti-

vités sont centrées dans des domaines coûteux en termes de développement technologique et d’acquisition de grande clientèle. Malgré son âge vénérable, l’entreprise Leclanché a tout de la start-up: taille modeste, axée sur l’innovation dans des segments porteurs, soutenue par une cohorte d’ingénieurs. Mais la success story reste fragile. Précisément

Le site vaudois de Leclanché, où travaillent 155 personnes. LDD

à cause d’un besoin continu de moyens financiers. En Bourse, le titre fait du surplace. En septembre 2011, il y a un peu plus de dix ans, son action valait encore 17,45 francs avant de dévisser et se stabiliser à 2,70 francs, cinq ans plus tard, le 1er septembre 2016. Le 10 janvier dernier, un titre de cette société valait 0,63 frs, la valorisant à environ 212 millions de francs. Le 30 août, il valait encore 0,86 francs.

Début septembre, l’entrée d’argent frais n’a donc nullement fouetté le cours de la société et des projets commencent à battre de l’aile. En juin 2020, le groupe polonais Eneris prenait l’allure d’un preux chevalier blanc en promettant un investissement d’environ 100 millions de francs contre le contrôle des deux

sites de production de Leclanché, en Allemagne et à Yverdon. Ensemble, les deux sociétés avaient alors affiché d’ambitieux projets permettant notamment à la firme vaudoise de réduire de 20% ses coûts salariaux. Mais, pour l’heure, ils se sont enlisés.

Un carnet de commandes dodu Si la firme yverdonnoise doit encore imaginer comment consolider ses liquidités, ses collaborateurs se concentrent surtout sur ses activités phares. «Notre principale division est spécialisée dans les transports maritime, ferroviaire et routier (poids-lourds ou véhicules spéciaux), détaille Hubert Angleys, directeur financier de l’entreprise. Nous proposons notre technologie basée sur des cellules fa- >>

Leclanché propose plusieurs technologies de systèmes de gestion de batteries. LDD

briquées en Allemagne puis assemblées en modules à Yverdon. Ces systèmes équipent ensuite principalement des bateaux et des trains, moyens de transport ayant besoin de batteries performantes sur des dizaines d’années.» Nous proposons à nos clients, ajoute le patron des finances, la conception, le développement, l’ingénierie et la fabrication de batteries à haute performance. Dans un registre au parfum plus exotique, Leclanché mise sur des projets d’énergie renouvelable à l’exemple de la construction d’un parc solaire à Saint Kitts & Nevis, un micro Etat de 50'000 habitants situé dans les Caraïbes, loin au sud-est de Porto Rico.

La société a recruté près de 100 personnes ces deux dernières années

Plus un carnet de commandes est dodu, plus un actionnaire sera d’accord d’ouvrir son portefeuille. Hubert Angleys se montre optimiste sur ce terrain névralgique pour tout industriel. «Nous avons signé des accords de partenariat ces trois dernières années pour 400 millions de francs de commandes ou de projets, à livrer sur cinq à six ans, dont des commandes fermes à hauteur de 50 millions de francs ».

De la clientèle et des employés De grands noms de l’industrie font confiance à Leclanché, à l’exemple du géant canadien Bombardier dont la division transport est passée l’an dernier – pour un prix tutoyant 6 milliards de francs – dans les mains d’un autre titan du secteur, le constructeur ferroviaire français Alstom. L’armateur norvégien Kongsberg ou le fabricant de bus tchèque Skoda comptent aussi parmi ses clients. Patron de l’entreprise depuis juin 2014, Anil Srivastava, d’origine indienne, s’est par ailleurs démené pour trouver de gros fournisseurs, à l’exemple de Exide Industries, considéré comme un grand fabricant indien de batteries.

Leclanché compte sur un effectif de 350 employés, dont 155 à Yverdon (60 ingénieurs), 120 en Allemagne (20 ingénieurs), 30 aux Etats-Unis et le solde éparpillé dans plusieurs autres pays. En 2022, l’effectif pourrait encore s’agrandir de 20 personnes. «Nous avons recruté près de 100 personnes ces deux dernières années», rappelle Hubert Angleys. Leclanché possède donc les ressources humaines, les capacités à innover et à se lier à de gros clients. Bref, cette compagnie est belle comme un camion mais peine à trouver du carburant et une solide station-service.

A Yverdon, berceau d’autres entreprises mythiques comme Hermes Precisa (machines à écrire, imprimantes) qui comptait plus de 4000 salariés dans le Nord vaudois dans les années 1960, on prie pour que Leclanché parvienne à négocier ses nouveaux virages. Chaque région a besoin de s’appuyer sur d’anciens fleurons rappelant une tradition industrielle. Cela justifie et explique l’intérêt toujours marqué pour Leclanché. Contre vents et marées.

Roland Rossier

Après une rallonge du capital de près de 30 millions de francs l’automne dernier, la société yverdonnoise prépare un nouveau renflouement. LDD

A QUI APPARTIENT LA SOCIÉTÉ?

Pas facile de comprendre qui contrôle in fine la société. En 2015, des financiers, emmenés par le Luxembourgeois Christian Denizon, prennent le contrôle de la majorité du capital de Leclanché. Les fonds luxembourgeois SEFAM représentent aujourd’hui le principal actionnaire de la compagnie. Son conseiller financier est la société genevoise Golden Partner. Après une augmentation de capital effectuée en septembre 2021, ces fonds alimentés entre autres par des family offices chinois détiennent 80% de Leclanché. Le deuxième plus gros actionnaire après SEFAM est le gérant de patrimoine genevois Bruellan, qui possède 2,5% du capital. Bruellan est un action-

naire fidèle de la firme vaudoise: il y a quatre ans, un de ses fonds détenait près de 14% du groupe yverdonnois. Aujourd’hui, les autres 17,5% sont répartis entre 3500 petits actionnaires. Leclanché parvient donc encore à séduire un actionnariat populaire.

Mouvements de fonds opaques Mais qui est le bénéficiaire économique de Golden Partner, très actif dans la gestion financière de la compagnie? Président de la holding Golden Partner, et administrateur de Leclanché, l’avocat genevois Bénédict Fontanet n’a pas souhaité répondre à cette question. Ni réagir à un article du journal luxembourgeois «Land» qui, en mai dernier,

s’étonnait du «spectaculaire montage de sociétés couvrant d’opacité les mouvements de fonds», opérés par Golden Partner, entre le Luxembourg et la Chine, en passant par les Iles Caïmans. Enfin, Leclanché a aussi compté parmi ses actionnaires importants le groupe Logistable, dont dépend, à Lausanne, la société de gestion immobilière du même nom. Créé en 1992 dans le paradis fiscal de Gibralter, Logistable est contrôlée par l’homme d’affaires français Pierre Lavie. Ce groupe est monté à hauteur de 11,5% du capital de Leclanché (en détenant 7,3% des actions). Pourquoi Pierre Lavie a-t-il cédé ce portefeuille? Le Français n’a pas souhaité fournir de réponse. R. R.

Financement participatif

LE CROWDFUNDING IMMOBILIER A LE VENT EN POUPE

Ce nouveau mode d’acquisition de parts dans des constructions fait son chemin avec quelques acteurs romands à la pointe.

L’idée de démocratiser l’immobilier fait sens en cette période où le prix des biens mis à la vente s’envole, freinant l’accès à la propriété pour une frange de plus en plus large de la population. Découlant de ces réalités, voilà une dizaine d’années que le crowdfunding immobilier a pris naissance dans les pays anglo-saxons. Concrètement, ce modèle associe financement participatif et acquisition immobilière de rendement. Grâce à des tickets d’entrée à partir de 10’000 francs (il s’agit toutefois le plus souvent de 25’000 francs), cette solution permet d’ouvrir à la classe moyenne ce type de placements et de les simplifier. Même si elle n’est pas dépourvue de risques, cette option présente d’évidents avantages. Ainsi, l’achat d’un appartement pour le mettre en location se révèle plus périlleux que l’acquisition en copropriété d’un immeuble de rendement. La raison en est que, en cas de défaut de règlement du loyer, le manque à gagner est réparti entre l’ensemble des copropriétaires.

Plus d’un atout

Avec des retours stables oscillant entre 5 et 7% en moyenne, cette classe d’ac-

tifs constitue une vraie alternative aux comptes d’épargne. Elle échappe également aux abruptes variations des marchés financiers. De plus, elle présente l’avantage d’être tangible et locale. En revanche, elle nécessite des fonds propres importants. Pour surmonter ce dernier écueil, il existe en fait deux modes d’investissement distincts: l’investissement direct qui consiste à acheter un bien que l’on met ensuite en location et l’investissement indirect qui, lui, repose sur la prise de parts dans un fonds immobilier. Il est à noter que l’on rencontre encore une formule hybride qui mixe ces approches.

La formule magique

Comment cela fonctionne-t-il? Le principe est simple: chaque investisseur devient propriétaire au registre foncier d’une partie d’un immeuble à hauteur de la participation qu’il souhaite. Cette formule lui permet de générer un rendement proportionnel à son investissement (une somme versée tous les trois mois la plupart du temps) et de bénéficier d’une potentielle plus-value en cas de revente. Ces prêts participatifs courent sur une période de cinq ans normalement. Il est à noter que ce mode de préservation du capital peut être transmis à ses héritiers. Mais que se passerait-il si l’entreprise qui gère un tel prêt participatif venait à sombrer? Cette funeste issue serait en fait sans dommage pour l’investisseur. Celui-ci resterait en effet en possession du contrat de dette émis par la société qui détient le projet de développement immobilier inscrit au registre foncier au nom de la compagnie.

Plusieurs points sont toutefois à analyser avant de s’engager sur cette voie. Sur son site, imvesters.ch , l’un des ac -

Grâce à des tickets d’entrée à partir de 10’000 francs, la classe moyenne peut contribuer à ce type de placements. LDD

Avec des retours

stables oscillant entre 5 et 7% en moyenne, cette classe d’actifs constitue une vraie

alternative aux comptes d’épargne

Prudence cependant

Voilà pourquoi il est recommandé aux clients de se faire accompagner par un tiers (spécialiste en investissement immobilier, fiscaliste, avocat, etc.) ou de s’informer à titre individuel afin de déterminer une stratégie d’investissement à la fois claire et réaliste.

teurs principaux sur le marché romand, avertit ses futurs clients: «Il existe une multitude de risques qui doivent être supportés en tant qu’investisseur propriétaire ou copropriétaire d’un bien immobilier. Ces risques peuvent être de nature juridique (par exemple liés à des autorisations administratives, des permis de construire, des expropriations, des assurances), technique (en relation avec le sol ou des questions de faisabilité technique), commerciale (si un bien immobilier perd de la valeur au moment de sa vente), financière (en cas de dépassement de budget, de rénovation nécessaire, etc.) ou fiscale (augmentation possible des impôts), évolutive (si de nouvelles lois modifient le contexte actuel au moment de l’acquisition d’un bien immobilier).»

François Praz

«LES RETOURS POSITIFS DE NOS CLIENTS SONT PRIMORDIAUX»

Dan Amar, CEO de Foxstone (à gauche), avec ses deux cofondateurs Yossi Amar (debout) et David el-Eini. Foxstone

Lancé en 2018 à Genève, Foxstone s’est constitué une communauté de plus de 14’000 investisseurs. La compagnie a aidé ses clients à devenir copropriétaires de 24 immeubles d’une valeur cumulée record de 140 millions de francs. Interview de son CEO et fondateur Dan Amar.

Vous offrez à vos investisseurs un service d’accompagnement administratif et technique complet. Vous êtes en plus d’une totale transparence sur les marges que vous vous ménagez, à savoir 3%.

N’êtes-vous pas contraints de multiplier les projets pour être profitables?

«Nous perdons quelques points de rendement, mais nous gagnons en sécurité»

Nous nous en tenons à notre business model. Nous avons nos propres objectifs en termes de performances et surtout en termes de qualité, mais ceux-ci ne sont pas comparables à ceux des fonds de pension. L’an dernier, nous avons eu pour 4 milliards de francs de propositions d’investissements. Nous en avons retenu 80 millions. Nous sommes très exigeants sur la sélection des immeubles. Ce choix ne nous a pas empêchés de doubler nos résultats par rapport à 2020.

Toujours dans un souci d’optimisation de vos marges, n’êtes vous pas tentés de vous concentrer sur des biens de luxe?

Nous avons développé notre propre algorithme qui compile des millions de données, dont certaines en live, et qui intègre les critères qui sont judicieux pour nous. Ce programme nous a permis de répertorier et de ranger par ordre de préférence les 2222 communes suisses. Celles-ci sont classifiées en fonction de leur intérêt plus ou moins élevé grâce à des codes couleur. Nous évitons les biens trop onéreux. Nous nous focalisons sur les localités très stables plutôt que sur les grands centres urbains.

Les agences immobilières voientelles d’un bon œil votre activité? Notre modèle fait que nous sommes appréciés de tout l’écosystème, y compris les fonds de pension, puisque nous ne visons pas les mêmes biens et que nous leur rachetons leurs petits immeubles. Les brokers nous apprécient, car nous leur achetons des biens. Les banques nous suivent aussi: nous leur avons apporté pour 50 millions d’hypothèques et des milliers de nouveaux clients en 2021.

L’un des dangers de votre formule de crowdfunding ne se situe-t-il pas dans la communauté des investisseurs? Tous n’ont pas les mêmes objectifs ni les mêmes horizons de rentabilité, sans parler de la vie de la copropriété avec ses impondérables, voire le fait qu’un partenaire risque de devenir insolvable.

Nous avons beaucoup travaillé sur la partie légale et administrative des copropriétés. Nos investisseurs signent un règlement très détaillé dans ce domaine. Le copropriétaire qui ne serait plus solvable serait contraint de vendre sa part grâce à un mécanisme de droit d’exemption extrêmement efficace. Il serait remplacé sur-le-champ par une autre personne. Quant aux assemblées de la copropriété, elles se passent en ligne avec un système de vote d’une toute nouvelle génération. Cette formule évite de devoir se déplacer et se gère de manière très souple.

«Nos clients pourront bientôt acheter des parts dans un bien ou un projet de construction immobilier dès 1000 francs»

Vous prenez de nombreuses précautions afin de prévenir tous ces écueils. Pourquoi tant de prudence en définitive?

Nous tenons cela de nos parents. Il faut vingt ans pour construire une bonne réputation et quelques minutes pour la détruire. La satisfaction totale des clients et des retours positifs sont essentiels pour que nos affaires prospèrent. D’où la totale transparence que vous souligniez.

Il y a tout de même des risques impossibles à éviter, tels qu’une hausse des taux hypothécaires?

Exemples d’opérations effectuées par Foxstone

Lucens (VD)

Achat d’une part de copropriété pour 8,25 millions.

Rendement attendu: 6,67%

Payerne (VD)

Achat d’une part de copropriété pour 6,3 millions.

Rendement attendu: 6,31%

Fribourg

Achat d’une part de copropriété pour 1,85 million.

Rendement attendu: 5,22%

Broc (FR)

Achat d’une part de copropriété pour 5,25 millions.

Rendement attendu: 5,81%

Belmont-Broye (FR)

Achat d’une part de copropriété pour 5,32 millions.

Rendement attendu: 5,55%

En effet, il n’y a pas de rendement sans risque implicite. Nous participons aux évolutions du marché immobilier. Nous jouons avec lui. Nous pouvons gagner, mais nous sommes aussi susceptibles de perdre. Nous nous assurons de tout mettre en œuvre pour garantir des gains. Dans ce contexte, nous bloquons des taux fixes à sept ans. Nous perdons quelques points de rendement, mais nous gagnons en sécurité. Nous ne contractons des hypothèques que de premier rang pour un endettement modéré, ce qui nous prémunit contre des secousses trop violentes.

Quelles sont les principales évolutions à venir pour Foxstone?

Nous préparons une vraie révolution, dont la magnitude est bien plus importante que lorsque nous avons lancé le crowdfunding immobilier. Nous avons validé et sommes en phase de lancement d’un modèle de «tokenisation». Concrètement, nos clients pourront bientôt acheter des parts dans un bien ou un projet de construction immobilier dès 1000 francs, ceci en un seul clic sur leur téléphone portable. Nous allons de plus faciliter et amplifier les échanges directs entre investisseurs lors des transactions de marché secondaire, car toutes les frictions ont été levées grâce au nouveau modèle de structuration et à la technologie.

Propos recueillis par F. P.

UNION SUISSE DES PROFESSIONNELS DE L’IMMOBILIER VAUD (USPI VAUD)

LISTE DES DISTRICTS TOUCHÉS PAR LA PÉNURIE ET SES IMPLICATIONS

Le Conseil d’Etat vaudois a fixé les taux de logements vacants par district valables pour l’année 2022, ce qui a des implications non seulement dans le cadre de la loi sur la préservation et la promotion du parc locatif (LPPPL), mais également en matière de notification de la formule officielle lors de la conclusion de tout nouveau contrat de bail à loyer.

Selon la loi sur la préservation et la promotion du parc locatif (LPPPL) et la loi sur l’utilisation d’une formule officielle au changement de locataire (LFOCL), le Conseil d’Etat doit publier par arrêtés au début de chaque année la liste des districts où sévit une pénurie de logements vacants et celle où les bailleurs sont astreints ou non à notifier la formule officielle lors de la conclusion de tout nouveau contrat de bail à loyer.

A titre de rappel, la pénurie est décrétée lorsque le taux de logements vacants, calculé sur une moyenne de trois ans, est inférieur à 1,5%.

Le Conseil d’Etat a donc édicté le 19 janvier 2022 un arrêté fixant pour l’année 2022 la liste des districts touchés par la pénurie au sens de l’article 2 LPPPL. Cet arrêté est entré en vigueur le 1er janvier 2022 (voir encadré).

LPPPL et changement de locataire

Ainsi, pour l’année 2022, la LPPPL s’applique pleinement dans le district suivant

La LPPPL s’applique de manière allégée dans six districts qui connaissent un taux de logements vacants entre 1% et 1,5%

qui connaît un taux de logements vacants sur les trois dernières années inférieur à 1%, soit Lausanne, ainsi que, selon le Conseil d’Etat, dans la commune d’Yverdon-les-Bains suite à une demande de dérogation.

La LPPPL s’applique de manière allégée (durée maximale des contrôles des loyers réduite de 10 à 5 ans, art. 14 et 21 LPPPL) dans les six districts suivants, soit Grosde-Vaud, Lavaux-Oron, Morges, Nyon, Ouest lausannois et Riviera-Pays-d’Enhaut qui connaissent un taux de logements vacants entre 1% et 1,5%.

Enfin, le titre II (préservation du parc locatif) de la LPPPL, soit en particulier les autorisations des travaux de rénovation, contrôles de loyers y relatifs, ne s’applique pas dans les districts d’Aigle, de la Broye-Vully et du Jura-Nord vaudois (à l’exception d’Yverdon-les-Bains) qui connaissent un taux de logements vacants supérieur à 1,5%.

Quant aux dispositions du titre III (promotion du parc locatif), soit en particulier les logements à loyers abordables,

La pénurie est décrétée lorsque le taux de logements vacants, calculé sur une moyenne de trois ans, est inférieur à 1,5%. LDD

elles s’appliquent dans tous les districts à l’exception de celles portant sur le droit de préemption qui s’appliquent uniquement dans les sept districts touchés par la pénurie (districts où le taux de logements vacants est inférieur à 1,5%) et, selon le Conseil d’Etat, dans la commune d’Yverdon-les-Bains pour le district du Jura-Nord vaudois.

Par ailleurs, le Conseil d’Etat a édicté un arrêté sur l’obligation de l’utilisation de la formule officielle au changement de locataire pour l’année 2022, qui est entré en vigueur le 1er janvier 2022. Il prévoit que l’utilisation de la formule officielle au changement de locataire dûment agréée par le Canton n’est pas obligatoire dans les districts d’Aigle, de la Broye Vully et du Jura-Nord vaudois, à l’exception de la commune d’Yverdon-les-Bains.

Cas particulier d’Yverdon S’agissant de la commune d’Yverdonles-Bains, qui se trouve en situation de pénurie (taux de logements vacants de 0,93% en moyenne entre 2019 et 2021),

elle a demandé au Conseil d’Etat de figurer sur la liste des districts où sévit la pénurie, ce qu’il a accepté. Cette décision a pour effet que le titre II de la LPPPL relatif à la préservation du parc locatif (en particulier pour les travaux de rénovation et contrôle des loyers) reste applicable à la commune d’Yverdon-les-Bains. Il en va de même s’agissant de la notification de la formule officielle qui reste donc obligatoire dans la commune d’Yverdon-les-Bains. Le Conseil d’Etat estime également que le chef-lieu du Nord vaudois peut continuer de faire usage de son droit de préemption. Sur ce dernier point, à savoir si la commune d’Yverdon-les-Bains peut continuer d’exercer son droit de préemption, la situation n’est de loin pas claire pour l’USPI Vaud. En effet, l’article 2 LPPPL permet certes à une commune qui en fait la demande de figurer sur la liste des communes à pénurie, mais cette liste n’est valable que pour le titre II de LPPPL, alors que le droit de préemption figure au titre III de LPPPL. En outre, l’exercice du

droit de préemption suppose préalablement une situation de pénurie au niveau du district (art. 31 LPPPL) et non au niveau de la commune.

Les taux de logements vacants par district

Taux valables pour l’année 2022. Il s’agit d’une moyenne entre 2019 et 2021. Lausanne

Jura-Nord vaudois 1,57% (exception Yverdon-les-Bains: 0,93%) Aigle

Groupe JPF

LE BOIS N’EST PAS INÉPUISABLE

Les constructions en bois ont la cote. Léger, local et solide, le matériau regorge d’avantages.

Toutefois, un équilibre raisonné est à trouver entre bois, béton et matériaux recyclés.

JPF Groupe cultive une approche globale de la construction.

A Fribourg, le projet de développement du quartier d’innovation Blue Factory, avec ses façades en bois brûlé, garde la cheminée historique. JPF Groupe

L’arbre de vie en bois de 35 mètres de haut co-réalisé pour l’Expo universelle de Milan en 2015 a mis en valeur le savoir-faire de la filiale JPF Ducret. Un symbole fort pour tout le groupe JPF qui développe onze secteurs complémentaires dans la construction, œuvrant aussi bien sur les ponts et les châteaux que dans des gravières et zones d’assainissement.

Une filière se démarque cependant, celle du bois, qui enregistre une croissance remarquable. «En cinq ans, le secteur bois représente non plus 10% mais 20 % de notre chiffre d’affaires global, avec 180 personnes travaillant dans l’entreprise JPF Ducret», souligne Jacques Pasquier, directeur général du groupe familial de 1000 collaborateurs au total, présents principalement sur les sites de Bulle (FR), Yverdon, Orges et Aigle (VD).

Expansion

Pour répondre à la demande accrue, deux ateliers supplémentaires sont en construction sur le site-mère du Pâquier

«Deux tiers de notre bois vient de forêts suisses, mais que se passera-t-il quand il n’y en aura plus?»
Jacques Pasquier, directeur général de JFP Groupe

(FR), ainsi qu’un dépôt logistique à Châtel-Saint-Denis (VD). Par ailleurs, JPF a pris une participation dans l’entreprise de charpente jurassienne Batipro à Saint-Ursanne. La construction d’une salle de sport triple au Centre fédéral à Macolin (BE), ainsi que la patinoire de Porrentruy (JU) découlent de cette association.

«Cela permet de rationnaliser les déplacements. Nous nous rapprochons de la Riviera où nous avons plusieurs projets (lire encadré), ainsi que de l’Arc jurassien. L’idée est de pouvoir travailler dans un rayon de moins de 100 km de nos chantiers», note le Gruyérien qui représente la troisième génération de cette entreprise bientôt centenaire.

Tours et structures complexes

La Suisse romande semble donc rattraper son retard par rapport à la Suisse alémanique en matière de constructions en bois, y compris pour des tours et structures complexes. La mise à jour des normes de protection incendie en

Rampe hélicoïdale en bois d’EXPLORiT au cœur d’Y-Parc, à Yverdon-les-Bains. LDD

2015 a contribué à ce nouvel intérêt. «Le bois est rentré dans les mœurs. Les collectivités publiques veulent toutes du bois. Il ne remplacera cependant jamais le béton qui est toujours nécessaire pour les fondations ou les terrassements. Par ailleurs, le bois n’est pas inépuisable. Actuellement, deux tiers de notre bois vient de forêts suisses [ndlr: épicéa, mélèze, hêtre], mais que se passera-t-il quand il n’y en aura plus? Le même problème existe à l’étranger», avertit Jacques Pasquier. Bien sûr, le bois à l’énorme avantage qu’une grande partie du travail d’as-

semblage peut se faire en atelier pour intervenir le moins de temps possible sur le chantier. «On construit même des cages d’ascenseur en bois désormais. Cela permet de ne pas attendre que le béton sèche sur place. On crée également des dalles en CLT (cross laminate timber), des bois laminés collés croisés, une technologie extrêmement solide», observe l’entrepreneur.

Recycler et rénover

Ne miser que sur le bois ne serait cependant pas une démarche durable. JPF Groupe continue de développer les

autres secteurs de la construction. «La démolition par exemple est en pleine mutation. On construit de moins en moins sur un site vierge. Nous recyclons les matériaux dans une optique d’économie circulaire. Le béton de la démolition est concassé et réutilisé à 100%. Nous avons intégré l’entreprise Michel d’Aigle il y a quelques années afin de bénéficier de son savoir-faire», explique le CEO. Même réflexion avec l’acquisition de Renoantic qui rénove des bâtiments anciens en bois. L’hôtel de ville de Fribourg, la cathédrale, la Tour Rouge, le château de Moudon, ou encore la Tour de Sau-

A Fribourg, le futur quartier de Blue Factory. JPF Groupe

A Lausanne, la tour Malley-Phare est une structure futuriste de 14 étages en bois. LDD

vabelin (VD) ont bénéficié de la résine époxy créée par Renoantic. Une expertise globale qui a amené le groupe fribourgeois à créer JPF immobilier, une entité commercialisant des ouvrages clé en main, y compris pour des privés. «En six ans, nous avons vendu 120 objets alors que ce n’est pas la vocation première du groupe, relève Léandre Pasquier, responsable des projets immobiliers. Ce secteur fonctionne comme un tampon pour JPF qui peut ventiler des équipes l’hiver sur ces chantiers à taille humaine.»

Tiphaine Bühler

DES RÉALISATIONS DURABLES ET COMPLEXES

Blue Factory (Fribourg)

La métamorphose du site de l’ancienne brasserie Cardinal vient de commencer. L’appel d’offre avait été remporté en juillet 2019 par JPF Entreprise Générale et Ferrari Architectes à Lausanne. La future construction s’intégrera dans la continuité de l’actuel bâtiment A. La cheminée historique en briques restera le symbole identitaire du site dédié à l’innovation. Quelque 2000 m3 de bois fribourgeois seront utilisés pour les façades en bois brûlés et la structure avec des portées de 12 mètres sans piliers porteurs; l’alliance de techniques ancestrales et du développement de matériaux. Le budget de la construction du bâtiment s’élève à 23 millions de francs. Restaurant, salles de réunion, coworking, espaces de prototypage, bureaux et laboratoires occuperont ce bâtiment qui pourra accueillir plus de 400 personnes.

Tour Malley-Phare (Lausanne)

La tour futuriste de 14 étages avec une structure en bois indigène mesurera 60 mètres. Même la cage d’ascenseur sera en bois. Ce choix de matériaux permet de réduire le temps de construction de plusieurs semaines et d’alléger l’édifice. Cette extension du centre commercial Malley Lumières accueillera 200 habitants, des espaces modulaires et du coworking, ainsi qu’un «rooftop» avec bar. La réalisation du projet est assurée par l’entité Perspectives Construction, en consortium avec JPF Entreprise Générale et la structure en bois suisse sera réalisée par JPF Ducret. L’inauguration est prévue en automne 2023.

EXPLORiT (Yverdon)

Ce vaste atrium avec une structure en bois local et formant une arborescence dévoile des arrondis complexes en bois, possibles grâce au taillage 3D. L’endroit abrite un centre de loisirs, de découverte et de business au cœur d’Y-Parc.

La Maison de l’environnement (Lausanne)

La construction en bois vaudois et terre crue est unique en Suisse. Plus de 160 collaborateurs de la direction de l’environnement de l’Etat de Vaud y ont emménagé en 2021. Les murs en blocs de pisé permettent de réguler l’humidité et d’emmagasiner la chaleur. Un projet remporté par JPF Entreprise Totale et Ferrari Architectes, avec notamment la collaboration de la start-up genevoise Terrabloc.

Parc du Simplon (Renens)

La transformation de la zone d’entrepôts de Renens en quartier d’avant-garde avec des bureaux, logements et commerces ne fait que commencer. Le futur centre d’exploitation des CFF y verra le jour fin 2023. JPF Groupe s’occupe des travaux de démolition et d’assainissement, du terrassement et de la direction des travaux en tant qu’entreprise générale.

Ligne Montreux-Zweisimmen

Spécialiste des travaux ferroviaires, JPF vient de terminer la sécurisation de la ligne entre Montbovon et Château d’Œx. Des travaux essentiellement de nuit pour renouveler les ouvrages vers le pont des Pâles.

Bâtiments clé en main

Des projets très diversifiés voient le jour sous l’impulsion de JPF: le centre d’hébergement modulaire pour 370 migrants au Petit Saconnex ou la maison des Compagnies à Meyrin, soit quatre étages démontables dédiés aux arts de la scène.

Chronique chez soi

AU LIT!

On y passe un tiers de sa vie. Où ça?

Dans son lit bien sûr!

De la taille à la literie, en passant par le matelas, il faut donc y accorder la plus grande importance.

Comme on fait son lit, on se couche dit-on. Métaphoriquement cela veut dire qu’il faut assumer les conséquences de ses actes. Au premier degré, cela signifie qu’il faut prendre soin de son lit si l’on veut espérer dormir correctement. Le lit, c’est l’un des éléments les plus importants de la maison. Avec la table de la cuisine. Le canapé du salon. Et la baignoire. C’est quand même un endroit où l’on passe un tiers de notre vie. Si si! Calculez 8 heures par nuit, sur 80 ans d’existence, cela représente 233’600 heures de sommeil, à savoir l’équivalent de 26 ans! Bon, moi je ne dors pas 8 heures, hélas, Dieu sait si j’aimerais, mais quand on vieillit on redevient bébé, on ne fait plus ses nuits. En revanche, j’adore mon lit pour y faire tout un tas d’autres choses. Et pas seulement ce que vous croyez.

La taille compte

Déjà, la question de base est: quelle taille? Vous me rétorquerez que cela dépend de la grandeur de la chambre. Oui, j’adorerais un lit à baldaquin, mais nous sommes assez peu nombreux à disposer de pièces qui ressemblent à des salles de bal. C’est pour ça que le 140 centimètres se vend bien. Personnellement, je trouve trop petit. Que je dorme seule ou à deux, j’ai le côté «table de nuit» pour: la lampe, le réveil, les livres, les médicaments, le verre d’eau, les crèmes

diverses, le chargeur et les lunettes de lecture, (non je n’ai pas encore le dentier). Et le côté «bordel sur le lit» pour entreposer les autres livres, les journaux, l’ordinateur, le téléphone, le chat, le chocolat noir, voire un monsieur si ça se présente. Donc 160 cm. c’est bien. 180, ça commence à faire King Size d’hôtel américain et vous risquez de perdre le monsieur et le chat au cours de la nuit, mais c’est de plus en plus demandé, y compris le 200 x 200. Cela correspond à la tendance du moment, accentuée par la pandémie, du bed-in, tout faire au lit, même recevoir ses potes pour papoter, se faire les ongles ensemble, regarder une série, manger des sushis. Pour les 16-25 ans, le lit, c’est le nouveau salon. Et cela se vérifie dans la mode, car les gens vivent, bossent et sortent désormais en survêtement ou en style pyjama.

Le dilemme du matelas

Ensuite se pose le problème du matelas. Oui, vous croyez que c’est simple, on trouve la bonne taille, et hop, on embarque. Eh bien non, il y a ressort ou mousse, il y a ferme, mi-ferme ou souple, il y a 13, 20, 24, 26 centimètres d’épaisseur, il y a le matelas «normal» et le matelas «à mémoire de forme, qui épouse parfaitement la morphologie du dormeur en reprenant la forme exacte de son corps», il y a le matelas avec côté hiver et côté été, il y a le matelas à 150 francs et le

«La literie, on vous dit régulièrement qu’il faut des tons clairs, apaisants et bla bla bla. Sur la mienne il y a des jolies têtes de mort.»

matelas à 3000 francs. J’ai fait l’exercice récemment avec mon nouveau compagnon, exit le matelas vieux de vingt-cinq ans dans lequel j’ai tout vécu, les plaisirs,

les nuits avec ou sans sommeil, les gastros des enfants ainsi que les miennes, il était aussi ramolli que moi, changement de mec, changement de matelas! Et

donc nous voilà, avec mon chéri, dans le magasin. Nous n’aurons pas d’enfant ensemble, la nursery étant fermée depuis un moment, mais acheter un matelas est

«La tendance du moment, accentuée par la pandémie, du «bed-in», tout faire au lit»

un geste intime qui marque un engagement. Et c’est un grand moment de poésie que de se coucher tout habillés devant la vendeuse «Alors, c’est trop dur tu trouves? Pour ton dos ça va aller? Ah tu préfères la mousse? C’est bien qu’il soit haut, c’est plus facile pour descendre du lit après...». Un exercice qui teste la solidité du matelas et celle du couple!

Enfin, il y a la literie. On vous dit régulièrement qu’il faut des tons clairs, apaisants et bla bla bla. Sur la mienne il y a des jolies têtes de mort que j’aime beaucoup. Par contre, le duvet ne convenait plus non plus. Trop léger. Une bonne couette doit avoir un certain poids. Sans vouloir faire du docteur Freud de supermarché, ça pourrait être lié au sentiment de sécurité ressenti par le petit humain dans l’utérus de sa mère. On emmaillote les bébés, mais après, les grands, pouf ils se retrouvent exposés à la fureur du monde et c’est pour ça qu’ils se pelotonnent tous les soirs en position fœtale dans un duvet douillet. Il existe même désormais des couvertures lestées pour adultes, qui pèsent entre 6 et 8 kilos et aident justement à lutter contre l’anxiété et le stress. Je vous jure que c’est vrai. Voilà! Mon lit est paré et c’est probablement mon endroit préféré sur la Terre. Mais je n’oublie pas qu’il s’agit d’un objet très, très dangereux. Car comme le disait l’écrivain américain Mark Twain, «99% des gens y meurent».

Ces savoir-faire menacés

SELLIER ET FONDEUR DE CLOCHES

Le métal en fusion est chauffé à 1200 degrés. LDD

Si les paysans sont les traditionnels acheteurs de cloches, d’autres clients s’en servent comme décoration. Il reste une dizaine de fabriques dans le pays. Rencontre avec le patron de la maison Roulin, à Treyvaux.

C’est en 1966 que Pierre, le père d’Yvan, crée la sellerie Roulin, d’ailleurs très vite rejoint par son épouse Myriam. Ils rachètent ensuite en 1986 la Fonderie Albertano de Bulle à Jean Curty. Une union qui donne naissance à la Sellerie-Fonderie Roulin, à Treyvaux (FR). Leur fils Yvan rentre à son tour dans l’entreprise en 1988 et la reprend en 2009. Une histoire qui est avant tout familiale. Monique la sœur d’Yvan participe aussi à l’aventure, sa nièce Sophie, son épouse Nathalie et sa fille Amélie également, sans oublier des fidèles collaborateurs comme Daniel, passionné comme le reste de l’équipe, qui après plus de trente ans «fait pour ainsi dire, partie de la famille».

Artisanat de très haute qualité

L’entreprise propose cloches et sonnailles ou encore des «loyi», ces poches à sel portées par les armaillis, ainsi que des créations réalisées par des artisans de la région, comme des plateaux de fromage, des baquets à crème, des chaudrons en cuivre.

«Les cloches les plus épaisses et lourdes ont des sons plus clairs»

«Notre point fort: les cloches personnalisées en bronze de tailles différentes que nous réalisons dans notre fonderie.» C’est dans l’atelier de sellerie que sont fabriquées les courroies brodées en fonction de la demande. «Nous en créons pour des anniversaires ou d’autres occasions et ce sont souvent de véritables œuvres d’art», explique notre interlocuteur. Nous apprenons ainsi que l’on personnalise volontiers la courroie avec par exemple des photos d’une ferme, mais aussi de montagne, de chalet, de vache ou encore des armoiries de famille.

Yvan Roulin, la patron de l’entreprise familiale

Les cloches sont fabriquées à partir d’un alliage composé de 80% de cuivre et de 20% d’étain. Le métal en fusion, chauffé à 1200 degrés est versé dans un moule en sable d’argile, marqué d’empreintes décoratives, enfermé dans une structure métallique. Les cloches sont ensuite refroidies démoulées, brossées et polies avant d’ajouter le battant et la courroie. Celles fondues à Treyvaux ont entre 6 et 30 centimètres de diamètre et pèsent de 100 grammes à 7 kilos. «Nous fabriquons environ 1200 cloches par an», continue

Yvan Roulin Et pour les prix, on compte de quelques francs, à plusieurs milliers si l’on inclut une courroie très ornée.

«Les différences de sonorité proviennent de la forme et de la grandeur de la cloche, les plus minces et légères ayant des sons plus graves et les plus épaisses et lourdes des sons plus clairs. Par ailleurs, avec la même forme, si le sable est plus tassé, il y aura moins de métal et le son sera plus grave et inversement», explique Yvan Roulin.

Pour des événements mémorables

Parmi les réalisations pour des événements mémorables, on citera une commande de plus de 650 cloches en 2008 pour les équipes participant à l’Eurofoot. En 2011, c’est une sonnaille réalisée avec une superbe courroie brodée qui a été commandée et offerte au Prince Albert II de Monaco, à l’occasion de son mariage, par un de ses anciens camarades d’études habitant Gstaad. Plus récemment, en 2016, une quinzaine de prix offerts lors de la Fête fédérale de lutte à Estavayer-le-Lac étaient des cloches fabriquées par la Sellerie-Fonderie Roulin. En 2021, ce sont de superbes sonnailles qui ont été réalisées avec de magnifiques

Il y avait plus d’une soixantaine de fondeurs en 1915 en Suisse. Il en reste aujourd’hui moins d’une dizaine

courroies brodées à l’occasion du 100e anniversaire des Armaillis de Gruyère. Plus généralement, il est courant d’offrir une cloche avec une belle courroie pour un anniversaire.

L’excellence comme leitmotiv

«Nous ne souhaitons pas fabriquer des grandes séries. Notre satisfaction: livrer un produit de grande qualité à nos clients», continue notre interlocuteur avec enthousiasme.

Cette détermination et cette passion, le visiteur les ressent immédiatement lorsqu’il observe chaque collaboratrice et collaborateur, œuvrer pour créer, puis livrer des produits d’exception.

Il y avait plus d’une soixantaine de fondeurs en 1915 en Suisse. Il en reste aujourd’hui moins d’une dizaine. Un travail ancestral qui se perpétue, mêlant artisanat et tradition.

Nous avons tous en tête les désalpes, lorsqu’à la fin de l’été, les vaches descendent de l’alpage et portent de superbes cloches aux courroies ornées. Un véritable plaisir!

Michel Bloch

www.cloches-roulin.ch

La Sellerie-Fonderie Roulin fabrique 1200 cloches par an. LDD

Les cloches sont composées d’un alliage de 80% de cuivre et de 20% d’étain. LDD

Discrimination liée à l’âge

POURQUOI LA PANDÉMIE A ACCENTUÉ L’ÂGISME ET COMMENT Y REMÉDIER

L’inégalité de traitement fondée sur l’âge dans le cadre d’une procédure d’embauche est un phénomène très répandu en Suisse qui s’est aggravé pendant la crise sanitaire. Explications.

Le jeunisme au travail est une réalité bien connue des seniors à la recherche d’un emploi. Jugez plutôt: en Suisse, en 2020, la part des chômeurs âgés de 55-64 ans était de 52%, contre 28% chez les 25-39 ans, selon le Département fédéral de l’économie. Même constat en France. «J’ai dirigé des testings par envoi de CV, dit le sociologue Jean-François Amadieu, auteur de nombreux ouvrages sur les différentes formes de discriminations présentes dans nos sociétés. Au-delà de 50 ans, les chances de poursuivre le recrutement après avoir passé le premier stade de la sélection sont réduites. On peut estimer qu’en moyenne nationale, et pour différents types d’emplois, elles sont trois fois inférieures à celle d’un candidat de 28-30 ans.» Fait étonnant: le secteur public discrimine tout autant que le secteur privé. A l’Etat de Genève, un fonctionnaire* nous confie avoir reçu des consignes très précises pour repourvoir un poste. «Nous avons reçu 700 candidatures pour le poste de secrétaire. Je devais éliminer les personnes de plus de 50 ans mais aussi les jeunes, sans enfants.»

Préjugés exacerbés

Pour tenter de mieux saisir ce phénomène, quatre agences de l’ONU se sont récemment réunies pour produire un rapport de plus de 200 pages. «Etre vieux (soit «âgé de plus de 50 ans»), c’est être, au travail, potentiellement déprimé, incompétent, ri-

«Les employeurs cherchent des travailleurs performants, jamais en arrêt maladie, et les éventuels problèmes de santé des seniors les effraient»

gide, et avec une motivation en berne», lit-on. Les «jeunes», eux, sont tour à tour considérés comme «énergiques, technophiles et travailleurs». Mais il existe aussi des clichés dans l’autre sens: ainsi, les jeunes sont aussi perçus comme «narcissiques, déloyaux et paresseux quand leurs aînés héritent d’autres qualités telle que la fiabilité ou la capacité à diriger une équipe».

La pandémie n’a fait qu’exacerber ces préjugés. «Les personnes âgées ont été dépeintes par les médias comme uniformément fragiles et vulnérables, nécessitant notre protection, alors que les jeunes [ont été] présentés comme invincibles, imprudents et irresponsables», lit-on encore. Le rapport ajoute que considérer les seniors comme un groupe homogène ne permet pas de tenir compte de leurs profils multiples –l’état de santé se mesure de différentes manières et n’est pas qu’une question d’âge – et renforce leur mise à l’écart. «Les employeurs cherchent des travailleurs performants, jamais en arrêt maladie, et les éventuels problèmes de santé des seniors les effraient», détaille Jean-François Amadieu.

Rappelons rapidement aux recruteurs, qui ont des idées arrêtées sur l’âge, le cas de Maryse Borel. En 2013, cette octogénaire avait donné un rein à sa petite-fille, Camille Victor, 26 ans, atteinte de la maladie de Berger. Après la greffe, Maryse

En forçant des travailleurs à partir trop tôt à la retraite sur un critère d’âge rigide, les employeurs se privent de leur savoir-faire. LDD

Borel avait indiqué revivre normalement. Elle arpentait les courts de tennis, randonnait en montagne et allait à la pêche aux oursins. «Un cas comme celui-ci est le reflet d’un changement de paradigme, d’un vieillissement de population en forme», avait déclaré à cet égard Manuel Pascual, médecin-chef du service du centre de transplantation d’organes au CHUV. Fermons la parenthèse.

Le «grand retard» de la Suisse

La discrimination fondée sur l’âge coûte des milliards de dollars à nos sociétés. En effet, en forçant des travailleurs à partir trop tôt à la retraite sur un critère d’âge rigide, les employeurs se privent de leur savoir-faire. Le rapport note que les politiques et les lois qui traitent du problème de l’âgisme, les activités édu-

catives qui renforcent l’empathie et dissipent les idées fausses, ainsi que les activités intergénérationnelles qui réduisent les préjugés, contribuent toutes à faire reculer ce phénomène. Hélas, contrairement à la plupart des Etats de l’Union européenne, la Suisse ne connaît pas d’interdiction légale de la discrimination liée à l’âge. «Des actions en justice ne sont possibles que contre l’Etat en tant qu’employeur en vertu du principe d’égalité inscrit dans la Constitution, pointe Christa Tobler, professeure à l’Université de Bâle, dans les colonnes du journal «Horizon». Aucune base légale n’existe pour des plaintes relatives à des rapports de travail dans le secteur privé. La Suisse a un grand retard à rattraper.» Elle cite un rapport de 2014 de l’Organisation de coopération et de dé -

La discrimination fondée sur l’âge coûte des milliards à nos sociétés

veloppement économiques selon lequel le taux d’embauche après 55 ans est, en Suisse, inférieur à la moyenne calculée dans la zone OCDE.

L’important c’est l’«âge biologique»

En attendant que notre pays légifère sur cette question essentielle, consolons-nous avec une étude publiée dans le «British Journal of Management», intitulée Looking too old? How an older age appearance reduces chances of being hired. Des chercheurs ont montré à des recruteurs de différentes nationalités des CV mentionnant des âges variés (30 ou 50 ans) et des photos. Il leur a par la suite été demandé s’ils recruteraient ces candidats. Il en ressort que l’âge n’est pas le critère le plus important (il n’a quasiment aucun effet), mais que le visage compte beaucoup. «Faire son âge est un véritable stigmate», assure Jean-François Amadieu. Autrement dit, ce qui est déterminant pour le recruteur, c’est l’«âge biologique» du candidat, pas celui de sa carte d'identité.

La bonne nouvelle? «En un siècle, on a gagné trente-cinq ans de vie, se réjouit Serge Guérin, auteur de «Silver génération». Le rajeunissement est objectif, il n’est plus le fruit de pratiques artificielles [chirurgie, injections, etc]. Regardez une sortie de maternelle. Physiquement, on distingue de moins en moins les parents des grands-parents. Les marqueurs sont brouillés. Dans la tête, c’est la même chose: à 50 ans, ils ne se sentent pas vieux. Aujourd’hui, c’est l’âge du milieu de la vie, pas du début de sa fin.» Et de conclure: «Ils peuvent tout recommencer, que ce soit professionnellement ou affectivement.» A condition de paraître jeunes. Amanda Castillo

* identité connue de la rédaction

Saison de la truffe noire

A LA POURSUITE DU DIAMANT NOIR

Le champignon de luxe est de retour sur nos tables pour le plus grand bonheur des gourmets. Avec un marché plus compétitif que jamais, le trésor terreux se démocratise. Mais attention aux faux-semblants.

C’est l’aliment phare de la rentrée dont les chefs raffolent et que les gourmands adorent. Produit de luxe par excellence, la truffe noire arrive sur nos tables pour le meilleur et pour le pire. De janvier à mars, elle parsème les œufs, les légumes, les pâtes ou le risotto donnant à nos assiettes des airs de marbre noir veiné de blanc. Chaque début d’année, elle est source d’inspiration pour les cuisiniers. Alors que la crise sanitaire fait rage et que de nouveaux marchés sans scrupule viennent bousculer les codes établis, ce champignon a-t-il toujours la lamelle en poupe?

Laboratoire à Genève

Caché à l’abri des regards au sous-sol d’un immeuble en périphérie genevoise, le laboratoire secret de Léman Truffes constitue un délit gourmand réservé aux initiés. Les patrons de cette jeune entreprise, Yvan Juston et Christophe Coissieux, s’efforcent de distribuer les meilleures truffes en provenance de l’Hexagone. Trufficulteur de père en fils, ce dernier a même été sommelier avant d’être courtier. Le principe dans les grandes lignes? Achat, nettoyage, triage, calibrage et revente. Après plus d’une décennie à arpenter les collines drômoises, ils ouvrent leur entreprise en pleine crise sanitaire. «Les débuts ont été très difficiles mais nous nous accrochons. Heureusement que les restaurants sont restés ouverts.»

La cueillette est une affaire de patience et d’abnégation qui dépend aussi bien des sols que du calendrier lunaire

Encore opaque à bien des égards, le marché de la truffe reste une affaire d’offre et de demande. Même si de nombreux producteurs se sont équipés d’arrosage automatique, une année sans eau est un mauvais millésime pour le champignon. «L’arrosage des sols grâce à une irrigation contrôlée permet aux producteurs d’avoir des truffes même en période de climat sec. Malgré un processus de recherche sur le terrain qui reste laborieux et aléatoire, on assiste au début d’une forme de démocratisation de la truffe qui découle sur une standardisation des tarifs», déclare Christophe Coissieux. Alors que la fluctuation des prix se réduit au fil des récoltes, inutile d’imaginer pouvoir planter des chênes truffiers et obtenir 100% de réussite. La cueillette est une affaire de patience et d’abnégation qui dépend aussi bien des sols que du calendrier lunaire.

Pression espagnole

D’un point de vue qualitatif, les truffes achetées par les deux jeunes patrons proviennent des collines de la Drôme et poussent sous des terres sablonneuses permettant une parfaite évolution. «Même si les fêtes de fin d’année sont propices à une forte consommation, la meilleure période pour déguster les truffes c’est maintenant», rappelle le patron. En termes de légitimité, aucun label ne reconnaît la qualité du produit français. Avec la Chine et l’Australie en peloton de tête, l’Espagne est devenue en l’espace de quelques années le plus grand producteur de truffes

au monde. Avec 45 tonnes de diamant noir récoltées en 2019, la version du champignon ibérique met la pression sur la filière française.

En partie subventionnée par la communauté européenne, l’Espagne a optimisé sa production de truffes avec une culture intensive, rattrapant ainsi des siècles d’histoire et de savoir-faire. «Les Espagnols produisent énormément, mettent la pression sur le marché et font en sorte d’augmenter la spéculation.» Truffe sur le risotto: certaines entreprises françaises achètent les avatars espagnols et les revendent par la suite avec l’étiquette «made in France». «C’est tout simplement mensonger, s’étrangle Christophe Coissieux. A la fin, les consommateurs sont perdus et ne savent plus distinguer le vrai du faux.»

Cette spéculation aux retombées financières potentiellement importantes est loin d’être maîtrisée et la truffe demeure plus vulnérable que jamais.

En mode bistrot

Côté fourneaux, le chef du Bologne, Florian Le Bouhec, la propose en entrée gourmande sous forme de sandwich tel un croque-monsieur. Coupée en fines lamelles, la truffe est tapissée d’une généreuse couche de beurre et parsemée de quelques grains de sel. «J’aime la cuisiner simplement afin de la mettre le plus en avant possible. La star c’est elle», précise le cuisinier du restaurant près de la gare de Cornavin.

A Veyrier, le chef Patrick Laporte cuisine la truffe depuis toujours. Patron des fourneaux du Café de la Réunion, il lui dédie un menu complet. Une transparence de crème de pomme de terre et œufs brouillés à la truffe débutent le festival avant de laisser place à l’unilatérale de SaintJacques et topinambours truffés. Le suprême de poulette fermière de Bourgogne truffé sous la peau et ses cardons apportent du réconfort et une touche gourmande. «Il ne faut pas tomber dans le piège des contrefaçons, relève Partick Laporte. Mieux vaut s’entourer de professionnels que de faire appel à des amateurs. La truffe est un si beau produit; autant lui rendre hommage de la plus belle des façons plutôt que de la dénaturer avec une mauvaise qualité.»

Edouard Amoiel

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