LE VIAGER REVIVIFIÉ

L’outil de vente entre un propriétaire usufruitier jusqu’à son décès et un acheteur fait une percée dans l’immobilier romand. Le fruit d’une longue croisade menée par une poignée d’acteurs. 4-7


La référence à Genève depuis 24 ans se déploie dans toute la Romandie avec 4 nouvelles éditions régionales, mensuelles et 100











Fribourg – Berne
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Genève Région
Nombre d’exemplaires
Nombre
Présence des éditions sur immobilier.ch
PROCHAINES PARUTIONS
Genève Région : lundi 24 janvier
Fribourg - Berne : mercredi 26 janvier
Neuchâtel - Jura : mercredi 2 février
Vaud : mercredi 9 février
Valais : mercredi
SOMMAIRE
4-9 Actualité
La lente démocratisation du viager en Suisse
Le groupe immobilier Schmidt s’accocie à LunaJets
10-13 Dossier
Le crowdfunding immobilier a le vent en poupe. Interview du fondateur de la société Foxstone
14-21 Immobilier
La mutualisation du chauffage pour réduire la facture énergétique. Saxon innove
Les étudiants cherchent toujours désespérément des logements
Bain ça alors! La nouvelle chronique de Martina Chyba
22-25 Commerce
Philippe Roux, l’ancien champion de ski ne lâche pas sa boutique à Verbier
26-27 Emploi et formation
Les dangers de l’autocritique au travail et comment y remédier
28-29 Gastronomie
Mathieu Quetglas, le sommelier qui a pris de l’altitude
30-33 Culture
Immersion dans la photographie ornementale en architecture
Éditeur: IMMOBILIER.CH SA
Rédacteur en chef: Serge Guertchakoff
DA et maquette: Agence EtienneEtienne
Publicité: info@immobilier.ch Tél +41 22 307 02 20
Impression: CH Media Print AG
Edition hebdomadaire
• Genève Région: tirage 125’000 ex. envoi ePaper 40’000 ex. Editions mensuelles
• Vaud: envoi ePaper 40’000 ex.
• Valais: envoi ePaper 10’000 ex.
• Fribourg-Berne: envoi ePaper 10’000 ex. Neuchâtel-Jura: envoi ePaper 6’000 ex. Toutes les éditions sont disponibles sur immobilier.ch
les confidentiels
RONIN PRIMEURS CHANGE DE MAINS
Fondée il y a plus de quarante ans, Ronin Primeurs a connu un fort développement depuis son rachat par Gérald Vallélian en 1985. Ce dernier, soucieux de transmettre les clés de la société à un entrepreneur dynamique, a ouvert la majorité du capital à Julien George, 37 ans, dont l’histoire familiale dans l’agroalimentaire remonte au milieu du siècle passé avec un arrière-grand-père qui tenait déjà une épicerie. Une information exclusive de «Tout l’immobilier». L’avenir de Ronin se poursuit avec son directeur général et associé Yves Talboedec et les 80 employés, tous situés à Vernier dans un bâtiment logistique de 7000 m2, partie intégrante de la transaction.
RACHAT DU STARLING VAUDOIS PAR ORLLATI
Alors que l’Ecole Lemania va construire un campus avec le groupe Orllati, ce dernier vient de racheter le Starling Hotel à StSulpice, proche de l’EPFL, avec un terrain attenant, au banquier genevois René de Picciotto. Y créer le campus d’une école privée proche du campus de Dorigny –avec l’Unil et l’EPFL – aurait du sens. L’avenir le dira.
DE LA RÉDACTION
SWISSVET GROUP PASSE EN MAINS ANGLAISES
Fondée il y a cinq ans, la chaîne Swissvet Group possède 12 cabinets vétérinaires employant plus de 120 personnes en Suisse romande (Nyon, Etoy, Saint-Prex, Renens, Crissier, Pully, Lutry, etc.). Or, son actionnaire principal vient d’en céder le contrôle au groupe britannique VetPartners. Florent Bourachot, co-fondateur du groupe et CEO, continue de superviser la future croissance en partenariat avec Antoine Adam, vétérinaire, directeur médical et également co-fondateur du groupe.
IMPRESSIONNANTE PROGRESSION DE BATMAID
Depuis son récent lancement, la plateforme Batmaid for Business comptabilise déjà plus de 427 clients issus du secteur professionnel parmi lesquels les magasins Viu, les centres de soins Clarins, ou encore des cabinets médicaux, des fitness et des bureaux. Un succès qui arrive après la levée de 25 millions de francs auprès d’AEVIS.

LA LENTE DÉMOCRATISATION DU VIAGER EN SUISSE
Jusqu’ici méconnu et mal perçu, l’outil de vente/achat en viager fait une percée dans le secteur de l’immobilier romand.
Le fruit d’une longue croisade menée par la poignée d’acteurs de ce micromarché.

Ils ont osé relever le défi et cela paie enfin. Peu nombreux en Suisse romande, ils ne sont que quatre spécialistes à avoir cru en l’outil méconnu et surtout mal perçu qu’est le viager: Immo-vieagee, Bien en viager, le pionnier Savinter et le dernier en date Salmon immobilier. Fréquent chez nos voisins, notamment en France, ce mode d’achat et de vente a pourtant déjà fait ses preuves. Basé sur un acte notarié spécifique (viager occupé), il permet au propriétaire vendeur de continuer à habiter dans son logement jusqu’à son décès et à l’acheteur de le récupérer dans la foulée en ayant payé un prix inférieur à celui du marché.
De multiples freins à dépasser
Un pari gagnant-gagnant sur le papier. Malheureusement, le risque de voir la personne devenir centenaire, le manque d’information, de partenaires ou encore la difficulté à se financer, freinait jusquelà les plus hésitants. «C’est certain que si l’acheteur n’a pas les fonds, il est plus compliqué de financer un viager qu’un bien classique mais nous sommes juste-
ment là pour accompagner», témoigne Christophe Andrié, expert chez Bien en viager. Et en effet, «bien que les banques s’engagent davantage aujourd’hui», selon la fondatrice de Immo-vie-agee, Sabrina Reynier, nombreuses sont celles à refuser le financement car «elles veulent une garantie prioritaire. Or, dans le viager, le droit d’habitation du vendeur prévaut tant qu’il est vivant. En cas de défaut de paiement de l’acheteur, cela complexifie les choses», poursuit-elle.
De la demande mais pas d’offre
A cela s’ajoutent les questions d’héritage, souvent taboues en Suisse. «Si les héritiers ne veulent pas entrer en matière car ils pensent être lésés, le droit d’habitation étant valorisé à un certain montant, cela peut provoquer parfois quelques conflits familiaux. C’est un sujet sensible et généraliser le viager passera également par le consentement éclairé de toutes les parties», souligne Dominic Salmon, fondateur de Salmon immobilier, qui se confronte à ce type d’opposition depuis quelques mois.
«Les deux parties seront liées à vie, c’est une responsabilité et un travail particulièrement complexe»

Sabrina Reynier, fondatrice de Immo-vie-agee
Malgré tout, à force de travail, le procédé se démocratise peu à peu. Les quatre acteurs du marché l’affirment, la demande est désormais au rendez-vous. Le contexte y est propice, comme l’indique Christophe Andrié de chez Bien en viager: «La population est vieillissante, les retraites diminuent, le prix des biens s’envole, nous sommes en période de crise et les gens ont besoin de ce type de procédé.» Si bien, que l’entreprise genevoise observe une belle évolution depuis cinq ans, +20% de ventes par année. Il faut dire que tout comme ses limites, les avantages du viager sont pléthores. En permettant aux vendeurs de profiter à la fois de leur logement et d’un capital financier de leur vivant, il séduit tout autant les acheteurs qui accèdent plus facilement à la propriété et bénéficient d’atouts fiscaux indéniables. Il faut relever que cette formule du viager peut valoir la peine pour divers types de biens. «Je viens de conclure une vente d’un terrain agricole mais on peut passer du petit appartement à la propriété les pieds dans le lac», précise Sabrina Rey-

Les acheteurs qui accèdent plus facilement à la propriété et bénéficient d’atouts fiscaux indéniables. LDD des achats en viager et nous aideront à déployer cet outil.»
nier d’Immo-vie-agee. Pour cette juriste qui s’est lancée dans cette spécialité il y a neuf ans, pas de doute, les choses ont changé et cet outil est de plus en plus accepté. «Aujourd’hui je suis à deux ventes par mois en moyenne alors qu’au début je tournais plutôt à six annuelles. L’état d’esprit a changé car on souhaite davantage faire un placement, se construire un patrimoine», déclare-t-elle.
Même son de cloche du côté de chez Savinter qui a fêté ses vingt ans dans le viager. «Nous étions les premiers à lancer cela, il n’y avait rien à l’époque alors que sur ces cinq dernières années seulement nous comptabilisons pas moins de 165 transactions, constate Michel Jacques Petit, président de Savinter. Ce qui est fou c’est qu’autrefois la demande était faible mais nous avions des biens sur le marché et qu’à présent c’est l’inverse, l’offre se fait rare et la clientèle demandeuse afflue.» Une évolution positive qui s’explique, certes, par un bouche-à-oreille et une réputation sans faille dans le temps, mais également par un intérêt marqué chez les partenaires en bout de chaîne. «Les jeunes notaires en particulier sont
conscients de cette opportunité et de plus en plus de cabinets s’informent sur le viager en Suisse romande», assure le président de Savinter.
Le premier signe d’un engouement?
Preuve que le sujet suscite la curiosité des uns et des autres, un quatrième acteur dans ce domaine s’est ajouté l’an dernier aux trois préétablis, Salmon immobilier, convaincu lui aussi de l’avenir du viager en terres romandes. «J’ai mené une étude de marché cet été sur 4000 propriétaires vaudois et genevois de plus de 75 ans et bien que beaucoup ne sachent toujours pas ce qu’est le viager, j’ai reçu des échos très positifs sur cet échantillon», confirme Dominic Salmon. Un début encourageant qui conforte l’entrepreneur dans son choix de carrière. D’autant plus qu’il ne compte pas s’arrêter aux particuliers mais cible aussi les institutionnels: «Les choses évoluent rapidement, nous allons voir le cadre légal s’adapter et il y a fort à parier que les institutionnels auront de plus en plus recourt à
Une chose est sûre, le viager gagne du terrain mais les acteurs du domaine parlent toutefois «d’un engouement modéré». Christophe Andrié s’explique: «Nous n’allons pas pour autant devenir exponentiels. Soyons réalistes, cela reste un marché limité aux personnes âgées, propriétaires, qui ont besoin d’argent, en Suisse romande.»
Quant aux nouveaux intermédiaires qui pourraient s’y essayer, là encore, les spécialistes relativisent. «Les régies immobilières se lancent aussi, mais le viager ne consiste pas seulement à mettre en relation un vendeur avec un acheteur. Les deux parties seront liées à vie, c’est une responsabilité et un travail particulièrement complexe», ajoute Sabrina Reynier. Rigueur pour le suivi des dossiers, compétences multiples (fiscalité, comptabilité) et entourage de qualité (banques, notaires), le viager est donc bel et bien un métier exigeant et émergent mais qui risque encore de faire parler de lui un bon moment.
Julie Müller
«De
plus en plus de cabinets de notaires s’informent sur le viager»

«Les héritiers peuvent se sentir
lésés. Le viager passera par le consentement éclairé de toutes les parties»

«Soyons
réalistes, cela reste un marché limité»


Partenariat
LE GROUPE SCHMIDT S’ASSOCIE À LUNAJETS
La démarche est originale: outre son service de yachting, le promoteur immobilier valaisan propose désormais des services d’affrètement de jets privés depuis Verbier.

De gauche à droite: Cédric Suchy, Sanel Hajdar, Grégoire Schmidt et Nathalie Schmidt. LDD
Alors qu’il est en train de transmettre la direction opérationnelle à ses collaborateurs
Sanel Hajdar et Cédric Suchy pour partir faire le tour du monde avec sa femme et sa fille de 5 ans, Grégoire Schmidt apporte une nouvelle pierre à son édifice. En effet, le groupe Schmidt vient d’annoncer qu’il s’associait à la PME genevoise LunaJets pour proposer des services d’affrètement de jets privés à Verbier.
Avec la pandémie, les gens fortunés préfèrent privatiser leurs déplacements en avion
Fondé en 2005 par Grégoire Schmidt, le groupe éponyme a réalisé à ce jour une quinzaine de promotions immobilières, essentiellement des constructions résidentielles, y compris la résidence privée Artdeville à Martigny où se situe son siège principal. «Mais cela devient toujours plus compliqué de trouver de nouveaux terrains bien situés», observe le président du conseil.
Grégoire Schmidt a revendu également l’an dernier ses parts de la fiduciaire

Bonvin au groupe Fiducial, mais continue néanmoins de collaborer. Ses activités de gérance et d’administration de PPE ont été cédées pour leur part à Domicim voici déjà quelques années. Le groupe Schmidt continue le développement de ses activités de courtage, d’expertise et de promotion. Il compte même augmenter sa présence au-delà de la zone allant de Sierre à Montreux, notamment du côté de Lausanne. Surtout, il apprécie les partenariats gagnant-gagnant entre les entrepreneurs. Que ce soit avec François Pugliese (le propriétaire du fabricant de matelas Elite) ou avec Bernard Gallay en ce qui concerne les activités de yachting. «Depuis gamin, nous naviguions sur le lac, avant de nous acheter un premier yacht, puis d’aller sur la mer et d’en louer également. Or, en Suisse, en dehors de Fert pour la location, il n’y avait aucun acteur présent pour la vente, rappelle Grégoire Schmidt. Le processus est assez similaire à celui de l’immobilier. Désormais, lorsqu’un client veut se domicilier à Ver-
bier, par exemple, nous pouvons non seulement lui trouver un chalet, mais se charger aussi de la gestion de son yacht et, depuis peu, s’occuper de lui mettre un jet à disposition.»
Nombreux liens
En étant très bien implanté en Valais, le groupe Schmidt a réussi à tisser des liens avec de nombreux propriétaires qui sont susceptibles d’utiliser des yachts, des jets, des chefs à domicile ou encore d’acquérir des œuvres d’art.
En bref
Après une année 2020 compliquée du fait du Covid, la demande de la clientèle dépasse toutes les attentes. Les gens fortunés ont préféré privatiser leurs déplacements en avion et éviter certaines concentrations de foule en utilisant des yachts pour leurs vacances. Grâce à ce partenariat avec LunaJets, premier fournisseur européen indépendant de solutions d’avions privés (affrètement, achat et vente), le groupe Schmidt se réjouit des synergies.
Serge Guertchakoff
Date de fondation du groupe Schmidt 2005
Nombre de collaboratrices/teurs 15
Sites d’implantation
Bureaux à Martigny et Verbier. Actif dans tout le Valais et sur la riviera vaudoise.
Financement participatif
LE CROWDFUNDING IMMOBILIER A LE VENT EN POUPE
Ce nouveau mode d’acquisition de parts dans des constructions fait son chemin avec quelques acteurs romands à la pointe.
L’idée de démocratiser l’immobilier fait sens en cette période où le prix des biens mis à la vente s’envole, freinant l’accès à la propriété pour une frange de plus en plus large de la population. Découlant de ces réalités, voilà une dizaine d’années que le crowdfunding immobilier a pris naissance dans les pays anglo-saxons. Concrètement, ce modèle associe financement participatif et acquisition immobilière de rendement. Grâce à des tickets d’entrée à partir de 10’000 francs (il s’agit toutefois le plus souvent de 25’000 francs), cette solution permet d’ouvrir à la classe moyenne ce type de placements et de les simplifier. Même si elle n’est pas dépourvue de risques, cette option présente d’évidents avantages. Ainsi, l’achat d’un appartement pour le mettre en location se révèle plus périlleux que l’acquisition en copropriété d’un immeuble de rendement. La raison en est que, en cas de défaut de règlement du loyer, le manque à gagner est réparti entre l’ensemble des copropriétaires.
Plus d’un atout
Avec des retours stables oscillant entre 5 et 7% en moyenne, cette classe d’ac-
tifs constitue une vraie alternative aux comptes d’épargne. Elle échappe également aux abruptes variations des marchés financiers. De plus, elle présente l’avantage d’être tangible et locale. En revanche, elle nécessite des fonds propres importants. Pour surmonter ce dernier écueil, il existe en fait deux modes d’investissement distincts: l’investissement direct qui consiste à acheter un bien que l’on met ensuite en location et l’investissement indirect qui, lui, repose sur la prise de parts dans un fonds immobilier. Il est à noter que l’on rencontre encore une formule hybride qui mixe ces approches.
La formule magique

Comment cela fonctionne-t-il? Le principe est simple: chaque investisseur devient propriétaire au registre foncier d’une partie d’un immeuble à hauteur de la participation qu’il souhaite. Cette formule lui permet de générer un rendement proportionnel à son investissement (une somme versée tous les trois mois la plupart du temps) et de bénéficier d’une potentielle plus-value en cas de revente. Ces prêts participatifs courent sur une période de cinq ans normalement. Il est à noter que ce mode de préservation du capital peut être transmis à ses héritiers. Mais que se passerait-il si l’entreprise qui gère un tel prêt participatif venait à sombrer? Cette funeste issue serait en fait sans dommage pour l’investisseur. Celui-ci resterait en effet en possession du contrat de dette émis par la société qui détient le projet de développement immobilier inscrit au registre foncier au nom de la compagnie.
Plusieurs points sont toutefois à analyser avant de s’engager sur cette voie. Sur son site, imvesters.ch , l’un des ac -
Grâce à des tickets d’entrée à partir de 10’000 francs, la classe moyenne peut contribuer à ce type de placements. LDD

Avec des retours
stables oscillant entre 5 et 7% en moyenne, cette classe d’actifs constitue une vraie
alternative aux comptes d’épargne
teurs principaux sur le marché romand, avertit ses futurs clients: «Il existe une multitude de risques qui doivent être supportés en tant qu’investisseur propriétaire ou copropriétaire d’un bien immobilier. Ces risques peuvent être de nature juridique (par exemple liés à des autorisations administratives, des permis de construire, des expropriations, des assurances), technique (en relation avec le sol ou des questions de faisabilité technique), commerciale (si un bien immobilier perd de la valeur au moment de sa vente), financière (en cas de dépassement de budget, de rénovation
nécessaire, etc.) ou fiscale (augmentation possible des impôts), évolutive (si de nouvelles lois modifient le contexte actuel au moment de l’acquisition d’un bien immobilier).»
Prudence cependant
Voilà pourquoi il est recommandé aux clients de se faire accompagner par un tiers (spécialiste en investissement immobilier, fiscaliste, avocat, etc.) ou de s’informer à titre individuel afin de déterminer une stratégie d’investissement à la fois claire et réaliste.
François Praz
«LES RETOURS POSITIFS DE NOS CLIENTS SONT

Dan Amar, CEO de Foxstone (à gauche), avec ses deux cofondateurs Yossi Amar (debout) et David el-Eini. Foxstone
Lancé en 2018 à Genève, Foxstone s’est constitué une communauté de plus de 14’000 investisseurs. La compagnie a aidé ses clients à devenir copropriétaires de 24 immeubles d’une valeur cumulée record de 140 millions de francs. Interview de son CEO et fondateur Dan Amar.
Vous offrez à vos investisseurs un service d’accompagnement administratif et technique complet. Vous êtes en plus d’une totale transparence sur les marges que vous vous ménagez, à savoir 3%.
N’êtes-vous pas contraints de multiplier les projets pour être profitables?
«Nous perdons quelques points de rendement, mais nous gagnons en sécurité»
Nous nous en tenons à notre business model. Nous avons nos propres objectifs en termes de performances et surtout en termes de qualité, mais ceux-ci ne sont pas comparables à ceux des fonds de pension. L’an dernier, nous avons eu pour 4 milliards de francs de propositions d’investissements. Nous en avons retenu 80 millions. Nous sommes très exigeants sur la sélection des immeubles. Ce choix ne nous a pas empêchés de doubler nos résultats par rapport à 2020.
Toujours dans un souci d’optimisation de vos marges, n’êtes vous pas tentés de vous concentrer sur des biens de luxe?
PRIMORDIAUX»
Nous avons développé notre propre algorithme qui compile des millions de données, dont certaines en live, et qui intègre les critères qui sont judicieux pour nous. Ce programme nous a permis de répertorier et de ranger par ordre de préférence les 2222 communes suisses. Celles-ci sont classifiées en fonction de leur intérêt plus ou moins élevé grâce à des codes couleur. Nous évitons les biens trop onéreux. Nous nous focalisons sur les localités très stables plutôt que sur les grands centres urbains.
Les agences immobilières voientelles d’un bon œil votre activité? Notre modèle fait que nous sommes appréciés de tout l’écosystème, y compris les fonds de pension, puisque nous ne visons pas les mêmes biens et que nous leur rachetons leurs petits immeubles. Les brokers nous apprécient, car nous leur achetons des biens. Les banques nous suivent aussi: nous leur avons apporté pour 50 millions d’hypothèques et des milliers de nouveaux clients en 2021.
L’un des dangers de votre formule de crowdfunding ne se situe-t-il pas dans la communauté des investisseurs? Tous n’ont pas les mêmes objectifs ni les mêmes horizons de rentabilité, sans parler de la vie de la copropriété avec ses impondérables, voire le fait qu’un partenaire risque de devenir insolvable.
Nous avons beaucoup travaillé sur la partie légale et administrative des copropriétés. Nos investisseurs signent un règlement très détaillé dans ce domaine. Le copropriétaire qui ne serait plus solvable serait contraint de vendre sa part grâce à un mécanisme de droit d’exemption extrêmement efficace. Il serait remplacé sur-le-champ par une autre personne. Quant aux assemblées de la copropriété, elles se passent en ligne avec un système de vote d’une toute nouvelle génération. Cette formule évite de devoir se déplacer et se gère de manière très souple.
«Nos clients pourront bientôt acheter des parts dans un bien ou un projet de construction immobilier dès 1000 francs»
Vous prenez de nombreuses précautions afin de prévenir tous ces écueils. Pourquoi tant de prudence en définitive?
Nous tenons cela de nos parents. Il faut vingt ans pour construire une bonne réputation et quelques minutes pour la détruire. La satisfaction totale des clients et des retours positifs sont essentiels pour que nos affaires prospèrent. D’où la totale transparence que vous souligniez.
Il y a tout de même des risques impossibles à éviter, tels qu’une hausse des taux hypothécaires?
En effet, il n’y a pas de rendement sans risque implicite. Nous participons aux évolutions du marché immobilier. Nous jouons avec lui. Nous pouvons gagner, mais nous sommes aussi susceptibles de perdre. Nous nous assurons de tout mettre en œuvre pour garantir des gains. Dans ce contexte, nous bloquons des taux fixes à sept ans. Nous perdons quelques points de rendement, mais nous gagnons en sécurité. Nous ne contractons des hypothèques que de premier rang pour un endettement modéré, ce qui nous prémunit contre des secousses trop violentes.
Quelles sont les principales évolutions à venir pour Foxstone?

Nous préparons une vraie révolution, dont la magnitude est bien plus importante que lorsque nous avons lancé le crowdfunding immobilier. Nous avons validé et sommes en phase de lancement d’un modèle de «tokenisation». Concrètement, nos clients pourront bientôt acheter des parts dans un bien ou un projet de construction immobilier dès 1000 francs, ceci en un seul clic sur leur téléphone portable. Nous allons de plus faciliter et amplifier les échanges directs entre investisseurs lors des transactions de marché secondaire, car toutes les frictions ont été levées grâce au nouveau modèle de structuration et à la technologie.
Propos recueillis par F. P.
Energie MUTUALISATION DU CHAUFFAGE: SAXON INNOVE
En Suisse, 40% des foyers sont encore chauffés au mazout. Or le prix de ce combustible a augmenté de 11,2 % en octobre 2021. Et celui du gaz a grimpé de 6,7% entre septembre et octobre 2021. Comment réduire cette facture?
Devons-nous attendre l’interdiction généralisée des énergies fossiles dans nos systèmes de chauffage pour réagir alors que des solutions pionnières existent depuis longtemps? Les résultats probants d’un quartier de Saxon (VS) sont en train de donner des idées à d’autres communes.
Fini le chacun pour soi
La nouveauté consiste à abandonner le principe du chacun pour soi, à savoir celui du choix individuel des systèmes de chauffage, au profit de la notion de mutualisation.
«Imaginez que vous êtes une commune qui veut construire un nouveau quartier. Soit vous laissez chaque consommateur choisir dans son coin le mazout ou le gaz, par exemple, et c’est de la pollution et du gaspillage, soit vous créez d’emblée en amont un réseau collectif communal de mutualisation avec pompes à chaleur qui intègre les surplus de rejets thermiques, et vous proposez à chaque consommateur de se brancher sur ce réseau commun», explique Romain Chauvet, ingénieur de projet chez STEEN Sustainable Energy à Lausanne.
Si un projet de nouveau quartier se construit, il est possible de raccorder les
«Nos réseaux à boucle anergie ont un bilan carbone inférieur à 5 kg de CO2 par m2 de surface de référence énergétique»

Romain Chauvet, ingénieur de projet chez STEEN Sustainable Energy

immeubles existants à proximité si les propriétaires souhaitent ou ont besoin de changer les installations de chauffage qui étaient à ce jour individuelles. Avec ce nouveau concept, à la différence des sondes géothermiques, il n’y a pas d’intervention sous le radier à réaliser avant le gros œuvre, ni de délai de planning supplémentaire, l’impact sur le chantier étant faible puisque les travaux se font en parallèle à ceux du gros œuvre

A Saxon, ce réseau monotube 100% renouvelable à très basse température sans sondes géothermiques permet de réinjecter la chaleur et le froid des commerces (dont Migros) afin de mutualiser les rejets thermiques, bénéficiant ainsi à 72 logements neufs et 9 commerces.
STEEN Sustainable Energy SA

et du terrassement», ajoute Adrien Galland, responsable marketing et communication chez STEEN Sustainable Energy. Autres avantages: la durée de vie d’un monotube en fonte (Von Roll) est de cent quarante ans, alors que celle d’une sonde géothermique n’est que de cinquante ans. En cas de défaillance du monotube, il est facile d’accéder au lieu du dommage en rouvrant simplement la parafouille (la tranchée remblayée entre
le mur du sous-sol et le talus du terrassement). Dans le cas d’un champ de sondes géothermiques, si une sonde ne fonctionne plus, elle doit généralement être condamnée.
Avantage pour les locataires L’avantage est aussi pour les locataires: si l’on avait opté pour les énergies fossiles, outre des investissements conséquents à l’avenir, ils auraient vu leurs charges de
chauffage augmenter d’année en année. Actuellement fixée à 96 francs la tonne, la taxe sur le CO2 aurait pu s’accroître jusqu’à 210 francs la tonne si la loi sur le CO2 avait été adoptée. Les Suisses ne sont pas à l’abri d’une montée des prix des énergies fossiles ces prochaines années.
Dans un horizon à dix ans, les locataires ont donc tout intérêt à opter pour des logements qui sont raccordés à un réseau collectif communal de mutualisation. Quant aux collectivités qui n’auraient pas les moyens de financer un réseau communal, la solution du «contracting» est une offre globale de services énergétiques qui permet d’acheter une prestation et d’en confier les aspects techniques et financiers à un spécialiste de l’énergie, ce qui permet de lisser les coûts et de calculer avec précision le rendement à long terme.
4% des bâtiments résidentiels raccordés
«Jusqu’à présent, on connaissait les systèmes bitubes de chauffage à distance (CAD) centralisés traditionnels à bois, gaz et géothermie, dont l’unique fonction est de transporter la chaleur à haute température à partir d’un point central en la distribuant vers le consommateur final», poursuit Romain Chauvet. Mais avec nos systèmes décentralisés monotubes sans sondes géothermiques, comme le montre l’exemple du quartier de Gottefrey à Saxon (voir encadré et infographies), on valorise les ressources locales et les rejets thermiques. Le réseau a dès lors une fonction de stockage en plus de sa fonction de transport de l’énergie.
Ainsi, pour 1 kWh d’électricité acheté, votre pompe à chaleur restitue 4 kWh de chaleur (son coefficient de performance est de 4). Vous aurez donc récupéré 3 kWh d’énergie renouvelable gratuite. Plus ce coefficient est élevé, plus la consommation d’énergie électrique est faible, ce qui réduit d’autant votre facture. Et l’énergie non consommée en direct est stockée dans le réseau pour répondre aux futurs pics de demande. «Nos réseaux à boucle anergie* ont un bilan carbone inférieur à 5 kg de CO2 par m2 de surface de référence énergétique (mesure-étalon), soit la limite qui aurait >>
Comparatif entre un champ de sondes géothermiques et un réseau
anergie de STEEN Sustainable Energy pour un projet de 5 immeubles
(besoin de chaleur: 487’000 kWh / an)
Autres éléments
Coût de construction
Coûts annuels d’exploitation
Impact chantier
Part d’autoconsommation
22 sondes géothermiques
CHF 1’000’000.-
CHF 30’000.-
Important – intervention d’une durée de 1 à 2 mois avant les travaux de gros œuvre
30’000 kWh
Modularité
Remplacement
Durée de vie
Nouveaux projets = nouveaux champs de sondes
Intervention impossible
Pompe à chaleur = 15 ans
Sondes géothermiques = 50 ans (normes SIA)
été édictée par la loi sur le CO2 en 2038», assure Romain Chauvet. Pour prendre un point de comparaison, la moyenne actuelle du parc genevois, selon l’Office cantonal de l’énergie, se situe à 27 kg. En 2010, en Suisse, seuls 4% des bâtiments résidentiels étaient raccordés à un chauffage à distance. L’Association suisse du chauffage à distance estime que 38% des besoins thermiques pourraient être couverts par de tels réseaux.
Avec les avantages de cette solution et l’élimination de différentes contraintes, même de petites communes avec une densité d’habitants plus faible qu’à Saxon peuvent désormais installer un réseau renouvelable et contribuer à la transition énergétique.
«Dès lors, pour ces communes, nos réseaux monotube anergie simplement en-
Réseau anergie de STEEN
Sustainable Energy
CHF 770’000.-
CHF 24’000.-
Faible – monotube dans la parafouille, travaux en parallèle
55’000 kWh – grâce à la régulation du module MCR (mesure, contrôle et régulation) et à l’optimisation des panneaux photovoltaïques
Extension possible au quartier – vannes de raccordement préinstallées
Simple et parafouille accessible
Pompe à chaleur = 15 ans
Monotube = 140 ans (Von Roll)
fouis dans la parafouille des bâtiments ou dans les fouilles des routes méritent pour le moins une étude de faisabilité», relève Romain Chauvet.
Une solution qui fait des émules
Grâce à la distribution par le biais d’un réseau à très basse température (de 0 à 15 degrés), ce système couvre de longues distances tout en limitant les pertes thermiques. 100% renouvelable, cette solution à basse pression est dotée d’un système de stockage dynamique de l’énergie qui intègre les pics de besoins à certains moments clés de la journée. Elle permet un raccordement collectif de bâtiments résidentiels, de supermarchés, de commerces ou d’usines avoisinantes à un quartier. Des habitations peuvent être raccordées jusqu’à 300 mètres du
réseau si leur consommation énergétique est suffisante.
En Valais, Saxon et Anniviers font figure de communes pionnières dans la planification de systèmes anergie monotubes décentralisés à très basse température sans sondes géothermiques. A Estavayer-le-Lac (FR), un réseau anergie est en cours de construction pour un quartier de 14 bâtiments, et de nombreuses communes romandes envisagent de créer des réseaux de mutualisation similaires.
Pierre-André Rion
*L’anergie désigne la partie perdue de l’énergie générée dans un système traditionnel (les pertes). Celle-ci peut être valorisée grâce aux solutions de récupération d’un système comme celui de STEEN.

Des panneaux photovoltaïques permettent d’optimiser la part d’autoconsommation du réseau.
STEEN Sustainable Energy SA
Exemple de réalisation
72 logements neufs à Saxon
Projet
Saxon (Valais) –-Un immeuble –72 logements & 9 commerces
Composition
• Boucle anergie de 260 m
• 500 panneaux photovoltaïques en toiture
• 4 pompes à chaleur eau/eau
Implémentation du réseau
Lors de la construction, dans la parafouille des bâtiments (faible impact sur le chantier)
Valorisation
Chaleur et froid des commerces (Migros) récupérés et réinjectés dans le réseau afin de mutualiser les rejets thermiques
Résultats écologiques
• Aucune pollution sonore, visuelle et de l’air (0 microparticule)
• Bilan CO2: 2.40 Kg / m2 / surface de référence énergétique
Limite de la loi sur le CO2 (refusée): 5 kg en 2038
Suite
Création possible d’un réseau communal (techniquement prévue)
Pompes à chaleur
Eviter les déconvenues
Au vu de l’engouement que rencontrent aujourd’hui les pompes à chaleur, pour éviter toute déconvenue, les propriétaires ont tout intérêt à ne choisir que parmi les marques de pompes à chaleur certifiées selon le label de qualité du GSP*.
Les propriétaires insatisfaits des performances de leurs pompes à chaleur, des coûts d’exploitation ou des niveaux sonores, et qui ne sont pas pris en charge par leur installateur, fournisseur ou entreprise électrique, peuvent contacter le service de médiation du GSP pour les pompes à chaleur.
Quant aux sondes géothermiques, les meilleurs fournisseurs proposent des garanties de durée de vie jusqu’à cent ans. Les réseaux monotubes en boucle fermée réunissant consommateurs et producteurs en série sur une même conduite ne sont adaptés que s’il existe une alternance de besoins en chaud et en froid. Sinon la température baisse inexorablement le long de la boucle. Les profils des consommateurs et producteurs, petits ou gros, doivent se compenser pour éviter que le dernier consommateur de la boucle ne reçoive moins d’énergie que les autres.
Si les besoins simultanés en chaud et froid sont mal répartis dans l’espace, un investissement dans un ou plusieurs tubes supplémentaires peut se justifier. Dans les réseaux bitubes, la mutualisation est moins exigeante. Tous les consommateurs reçoivent de l’eau à la même température et la remettent dans le deuxième tube à une température donnée. Ainsi, tous les clients bénéficient toute l’année des mêmes conditions. P.-A. R.
* www.fws.ch/fr/le-certificat-de-qualite-pac/
Etude JLL
LOGEMENTS ÉTUDIANTS, UNE PÉNURIE PERSISTANTE
Manque de chambres dans les résidences, barrière du garant, colocation comme seul recours: trouver un toit durant ses études en Suisse ressemble à un réel parcours du combattant. Et pourtant, rien ne change.
Raide comme un piquet, la courbe du nombre d’étudiants en Suisse ne cesse de grimper année après année. Avec plus de 268'000 personnes en formation supérieure en 2021, ce total aurait doublé en vingt ans d’après l’Office fédéral de la statistique et par la même occasion, son besoin en logements aussi. Afin de répondre à une telle demande en hébergement, 27'400 lits seraient à disposition dans le pays, laissant ainsi 90% de la population estudiantine sur le carreau. Les seules options s’offrant alors à eux: s’aventurer sur le marché du logement classique, tenter l’alternative de la colocation ou, pour la plupart, rester ad vitam aeternam chez leurs parents.
Maigre augmentation à signaler
Ce constat, appuyé par une récente étude de l’entreprise de conseil immobilier JLL, est d’autant plus vrai dans les grands pôles urbains. En effet, les étudiants se concentreraient actuellement à Zurich et Winterthour (76'800 étudiants), Lausanne (36'100) et Bern (28'200), Genève (24'300), Bâle (19'900). A noter que deux cantons romands figurent dans ce top cinq. Malgré des densités importantes de jeunes en formation, ces villes universitaires comme le chef-lieu vaudois n’offrent pourtant que 17,3% de logements adaptés aux études (voir tableau). Ce d’autant plus, que des édifices tels que le Vortex, nouvelle plus grande résidence étudiante d’un seul tenant de Suisse, abritant quelque 1000 habitants à proximité immédiate du campus de
Offre de lits par ville
Région/Ville
Brugg-Windisch
l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), affichent déjà complet. Une poignée de constructions inaugurées dans le courant de l’année ont elles aussi pu offrir une bouffée d’air frais à ce marché du logement étudiant, à l’image de Kriens et ses 140 chambres, toutes déjà absorbées. Ainsi que la Haute école spécialisée bernoise qui s’est dotée à son tour de 140 dortoirs pour ses étudiants à Zollikofen. Enfin, 90 hébergements ont vu le jour sur le campus Facchinetti de

Neuf étudiants sur dix doivent se débrouiller. LDD
Neuchâtel et seuls deux sont encore disponibles. Une offre qui s’étend mais qui ne suffit toujours pas selon le rapport JLL qui table pour sa part sur une augmentation de 2000 lits supplémentaires en Suisse à l’échéance 2024, notamment à Lucerne et Saint-Gall. Le nombre de personnes en formation continuant de croître, «le ratio entre lits en résidence et étudiants en Suisse n’augmentera que marginalement, pour s’établir à 10,8% contre 10,2% à ce jour», indique JLL.
Marché saturé de bout en bout
La raison de ce décalage persistant? Une saturation du marché du logement en général. «Les 2000 places ajoutées sont un bon début mais il y aura toujours une pénurie. Ce n’est pas évident de construire des résidences pour étudiants car il y a une telle demande de terrains pour le logement classique que l’investisseur se retrouve à faire des choix sous la pression», souligne Sophie Carliez, vice-présidente senior de JLL.
Un problème d’offre globale que confirme Andreas Wetli, le gestionnaire grands comptes de Livit FM Services, un des acteurs majeurs de l’exploitation de résidences étudiants de Suisse. «Le coût de gestion des logements étudiants est plus élevé que dans des immeubles classiques, les durées de location sont plus courtes et les locataires changent plus souvent», précise-t-il. A cela s’ajoute l’investissement humain que de tels établissements requièrent, les équipes de Livit étant présentes sur place tous les
JLL table sur une augmentation de 2000 lits supplémentaires en Suisse à l’échéance 2024
jours ou au minimum plusieurs fois par semaine selon la taille de l’objet. Si bien que le marché du logement destiné aux étudiants se voit dominé par des fondations à but non lucratifs et régionales, ou encore des coopératives et des associations. Autre élément particulier de ce marché qui ne connaît quasiment pas de vacance, il serait composé en majorité de résidents étrangers. La société Livit, qui gère un site lausannois (Student Village), constate que ses occupants suisses sont en proportions relativement faibles, «la majorité étant originaire d’Asie, des Etats-Unis, d’Allemagne ou des pays du sud de l’Europe». Même phénomène du côté de Renens, à la résidence Silo Bleu, que gère Dominique Dupin: «Les étudiants suisses se débrouillent plus facilement avec le marché du logement classique contrairement aux étrangers qui ne possèdent pas de garant valable et qui n’ont pas tellement d’autre choix que de se tourner vers les résidences de leur université.» Contre toutes attentes, la pandémie n’ayant pas détendu l’afflux de résidents dans les hébergements pour étudiants, reste à espérer que de nouveaux projets sortiront de terre courant 2025.
Julie Müller
Cinq chiffres clés
268'000 Etudiants en Suisse en 2021
27'400 Lits à disposition en résidences étudiants
2000 Places supplémentaires attendues à échéance 2024
110 semaines Durée moyenne de location par étudiant/chambre
5 à 10 ans Durée de vie de l’ameublement d’un logement étudiant

Chronique chez soi
par Martina Chyba, journaliste à la RTS
BAIN ÇA ALORS!
Vous êtes partisan de la douche ou du bain?
Certains logements n’ont d’ailleurs plus de baignoire. Horreur! Comment peut-on envisager sa vie sans prendre de bains?
Il y a quelque temps, j’ai pu réaliser un exploit que je devrais faire figurer sur mon CV ou dans le Guiness Book tellement il est improbable: acheter, en tant que maman solo, un appartement à Genève. La première fois que j’ai vu les plans, je n’y connaissais rien, mais j’ai remarqué tout de suite que dans la salle de bains, il n’y avait pas de baignoire. Or, je ne peux pas envisager ma vie sans prendre un bain. Après une bonne JDM, comme on dit chez nous au bureau, (journée de m... pour celles et ceux qui vivent les mêmes mais qui n’ont pas encore de petit nom pour les désigner) je suis désolée, mais j’ai besoin d’un bain. Je sais, c’est mal. Je suis prête à rouler électrique, à limiter l’avion, à utiliser du vinaigre pour laver la maison même si j’ai horreur de l’odeur, à accepter que ma cuisine ressemble à une déchetterie tellement il y a de poubelles de tri, à manger moins de viande et plus d’épluchures pour ne pas gaspiller, mais je veux pouvoir prendre de temps en temps un bain. C’est peut-être mauvais pour la survie de l’espèce mais c’est indispensable à ma survie.
Dissoudre soucis et toxines
D’ailleurs, s’il existe des salles de bains, c’est bien pour pouvoir se baigner. Même si l’eau a longtemps été considérée plutôt comme une source de maladies que de propreté, les humains ont de tout temps
apprécié le fait de se tremper dans l’eau chaude pour y dissoudre leurs soucis et leurs toxines.
J’ai donc demandé de corriger les plans de l’appartement et de pousser un mur pour installer une baignoire. Et c’est là que feue ma mère, déjà très malade, a eu un trait d’esprit, elle qui était pourtant peu causante lorsqu’il s’agissait de couple et d’intimité. Elle m’a dit ceci: «Il faut que tu mettes aussi une douche. Parce que si un jour tu as de nouveau un homme dans ta vie, les hommes préfèrent les douches.» Personnellement, j’avais plutôt réfléchi au moment merveilleux et plus si lointain où je ne pourrai plus actionner ma hanche pour entrer dans la baignoire et je m’étais dit, qu’effectivement, une douche séparée pourrait être pas mal. D’ailleurs, d’après une étude, 62% des gens rêvent, comme moi, d’avoir les deux.
Donc, retour chez l’entreprise générale, j’annonce que je veux une baignoire ET une douche. Tête de l’architecte. On repousse encore les murs et on sacrifie une armoire, j’aurai moins de bordel, mais une vraie salle de bains. Il y aura un WC séparé mais on m’avertit fermement: pas de place pour un bidet. Vous vous souvenez du bidet? Mais si! Ce lavabo bas sur lequel on s’asseyait élégamment à califourchon pour se laver euh... ce que vous savez. Franchement,
«Je suis revenue au savon.
Oui, le truc carré qui sent bon.» LDD

zéro regret, de toute façon cela ne se fait plus depuis les années 1970, non?
Spa personnel
Aujourd’hui, 98% des logements possèdent une salle de bains individuelle. Mais ce n’est plus un endroit où on se

nettoie tchac tchac vite fait, c’est un endroit où l’on prend soin de soi. C’est un lieu dont on ferme la porte et dans lequel personne d’autre n’est donc censé entrer quand on y est. Une sorte de spa personnel et sensuel dans lequel on replie son intimité loin de la fureur du monde
et des trois écrans allumés dans le salon avec toute la famille qui demande ce qu’on mange. On se tartine de crème, on s’épile, on se rase, on se coiffe, on se maquille, on se démaquille. On bulle. Dans un bain moussant et parfumé, on peut aussi lire ou surfer sur son téléphone,
«Figurez-vous qu’ils veulent maintenant connecter cette pièce de déconnexion!»
ce qui est une mauvaise idée à tous niveaux. J’en ai déjà ramassé deux au fond, ainsi qu’un chat qui avait glissé du bord. Contrairement aux smartphones, le chat a survécu.
J’ai mis des petites mosaïques noires brillantes, un tableau de Warhol (non non, pas un vrai), une bougie. Oui je prends des bains, mais je fais un effort sur le plastique, je ne sais pas si ça compense. Je suis revenue au savon. Oui, le truc carré qui sent bon, qui glisse, et sur lequel des poils restent crochés. On m’a dit qu’il existait désormais également des shampooings secs sous cette forme. Je suis moins emballée à priori, mais je vais tenter la chose cette année, promis.
Miroir connecté tactile
En revanche, j’ai aussi découvert un truc atroce. Figurez-vous qu’ils veulent maintenant connecter cette pièce de déconnexion! Je ne parle pas des balances intelligentes qui vous persécutent sur votre téléphone avec vos kilos en trop, je ne parle pas des murs qui chauffent dans la douche quand vous y êtes, je ne parle pas des lampes qui font aussi luminothérapie, je ne parle même pas du pommeau de douche branché sur bluetooth pour écouter votre musique. Non, il y a pire. Le miroir connecté tactile. Cet objet du futur est en fait une tablette géante affichant la météo, vos e-mails et vos réseaux sociaux par des notifications instantanées digne des meilleurs ordinateurs. Donc le matin, vous voyez votre sale tête (si, si, on a tous une sale tête) et vos mails. Non mais eau secours!
P. S. J’ai évidemment rencontré un homme qui n’aime que les bains. A ce stade, la douche est très utile pour étendre le linge.
Philippe Roux
«LE SKI EST LE MOTEUR ÉCONOMIQUE DU VALAIS»
A presque 70 ans, Philippe Roux a touché les sommets du ski alpin et côtoyé des célébrités telles que le tennisman Björn Borg ou le roi de Suède, avant de se lancer avec succès dans le rallye. Une vie marquée par la passion et le goût du risque.
Le jour de Noël, une foule de clients tourbillonne sur les trois étages de la boutique de Philippe Roux située sur la place Centrale de Verbier. Tout en haut des escaliers, un petit espace plus calme accueille son bureau ainsi que celui de son fils, où l’on peut s’asseoir pour discuter de la vie de l’un des Verbiérains les plus populaires. Sur son fauteuil, Philippe Roux s’amuse à raconter quelques moments forts de sa vie: «Un jour, j’ai été appelé par le roi de Suède Charles XVI Gustave, qui souhaitait aller faire de la poudreuse avec moi. Une autre fois, j’ai appris à skier au champion de tennis Björn Borg.» Une vie dédiée au ski, mais pas seulement.
Au sommet du ski alpin «Mes parents m’ont mis sur les skis

«J’ai suggéré à mon père que l’on achète un magasin. Sa réponse était claire: «Mais Philippe, on n’a pas de sous!»
lorsque j’avais 3 ans. A cette époque, au début des années 1950, Verbier venait d’inaugurer la télécabine de Médran et le téléski des Ruinettes, se souvient-il. Mon esprit de compétition était tellement fort qu’à 10 ans je participais déjà à mes premières courses.» Le talent de Philippe Roux apparaît dès son plus jeune âge, mais c’est sa ténacité qui fera la différence. «Au début, mon frère semblait plus doué que moi pour le ski, mais grâce à ma force de volonté, j’ai pu m’améliorer et rejoindre à 15 ans l’équipe valaisanne junior.»
Pourtant, le rêve de devenir un skieur professionnel est brisé par des nécessités pratiques. «Malgré mon insistance à poursuivre le ski, mon père voulait que je fasse un apprentissage. J’ai donc commencé à 16 ans en tant qu’instal-


Dans son magasin de la place Centrale de Verbier qu’il a pu acquérir au début des années 1970. LDD
lateur en chauffage et sanitaires. J’ai continué à skier et à m’entraîner avec persévérance, jusqu’au jour où il n’était plus possible de ménager travail et sport. A ce moment-là, mon père décida que mon avenir était dans le ski, ce qui m’a permis de rejoindre l’équipe suisse en Coupe du monde à 19 ans.»
Philippe Roux est propulsé au sommet de sa discipline. Il décroche notamment une 4e place aux Jeux Olympiques d’Innsbruck en 1976, devient deux fois champion suisse et obtient sept podiums de Coupe du monde durant sa carrière. «Je gagnais ma vie grâce au sport, mais j’avais également envie de me lancer dans le commerce, racontet-il. Je voulais quelque chose à moi: j’ai donc suggéré à mon père que l’on achète un magasin qui était à remettre
A 27 ans, lorsqu’il se trouve au plus haut niveau, il décide d’abandonner la glisse pour son autre passion: les voitures
sur la place Centrale. Sa réponse était claire: «Mais Philippe, on n’a pas de sous!» Mon obstination m’a poussé à chercher de l’aide auprès de mes sponsors, grâce auxquels j’ai pu acquérir, à seulement 21 ans, le magasin que je continue de gérer aujourd’hui.»
Un changement radical
Laissant son frère s’occuper du magasin, Philippe Roux continue de se consacrer au ski durant plusieurs saisons. Mais à 27 ans, lorsqu’il se trouve au plus haut niveau, il décide d’abandonner la glisse pour son autre passion: les voitures. «Je suis un vrai fanatique des quatre roues. Mon ami Jackie Stewart (trois fois champion du monde de Formule 1) m’avait trouvé une place dans une équipe de Formule Ford (aujourd’hui Formule 4)

Il rejoint l’équipe de Suisse en Coupe du monde à l’âge de 19 ans. LDD
en Angleterre. Je suis donc parti de zéro avec ce nouveau défi. J’avais par ailleurs déjà un contrat signé pour passer en Formule 3 l’année suivante.»
Malheureusement, un grave accident met un terme à son expérience anglaise. Il passe six semaines bloqué dans un lit d’hôpital en Angleterre et subit d’autres opérations en Suisse. Mais l’envie de faire de la course automobile était trop forte pour l’arrêter. «Mon épouse m’a dit


Philippe Roux décroche la 4e place de la descente olympique d’Innsbruck en 1976. LDD
que si je voulais continuer à courir, ma voiture devrait au moins avoir un toit. C’est comme cela qu’est née l’idée de faire du rallye!»
Là aussi le démarrage a lieu avec le championnat suisse. «Nous sommes arrivés deuxièmes en 1988 et avons participé plusieurs fois au Rallye automobile de Monte-Carlo, une des étapes de la Coupe du monde, où notre meilleur classement a été la 15e position.
En 2021, à 68 ans, j’ai participé pour la neuvième fois au Monte-Carlo, arrivant 46e.»
Retour au commerce
Dès les années 1990, son occupation principale redevient le commerce. «Même si je ne faisais pas du rallye au niveau professionnel, cela me prenait beaucoup de temps, dit-il. Durant toutes ces années, j’ai eu la chance de travailler



Victime d’un grave accident en Formule Ford en Angleterre. LDD
Le rallye, l’autre passion de l’ancien champion de ski. LDD
avec d’excellents collaborateurs, qui ont continué à faire marcher magnifiquement les affaires.»
Si on lui demande pourquoi il n’a pas ouvert d’autres magasins, la réponse est nette: «J’aurais pu en ouvrir dix, mais je préfère rester concentré sur une seule boutique et l’améliorer de manière continue. Aujourd’hui nous avons des outils performants pour la préparation des skis, qui nous rendent très compétitifs.»
A la retraite depuis quatre ans, Philippe Roux continue de travailler dans son magasin, mais avec des tâches principalement administratives. «Mon fils a repris la gestion de l’activité. Parfois, des clients demandent que ce soit moi qui les conseille, mais je veux laisser la place aux jeunes.»
Selon Philippe Roux, la glisse demeure l’un des atouts principaux du canton. «Le ski est le moteur économique du Valais, il soutient par exemple des secteurs comme la viticulture ou la restauration. Nous avons beaucoup de chance, notamment dans les 4 Vallées par rapport aux autres domaines skiables, car nous avons pratiquement toujours de la neige et un magnifique ensoleillement!» De quoi faire marcher de nombreuses activités pendant les années à venir.
Antonio Rosati
Peur de l’échec
LES DANGERS DE L’AUTOCRITIQUE ET COMMENT Y REMÉDIER
Signe avant-coureur
de la dépression, l’autocritique sévère fausse notre perception de la réalité et diminue nos chances de réussite, assurent les experts. Explications.
«Je ne travaille pas assez», «j’abandonne trop facilement», «je ne suis pas à la hauteur». Qui ne s’est pas déjà parlé de cette manière? Persuadés que l’autocritique nous pousse à nous dépasser et nous met à l’abri des «bulles d’excès de confiance», nous sommes très souvent nos critiques les plus féroces. Beaucoup se félicitent même de cette auto-flagellation et arborent leur sévérité envers eux-mêmes comme une Légion d’honneur. «Après tout, si on ne se surveille pas, qui va le faire?» interroge Emma Seppälä, auteure de «La piste du bonheur» (éd. deboeck).
Perdre ses moyens
C’est oublier qu’être trop dur avec soimême nuit au bien-être psychologique et compromet la réussite. «L’autocritique prive l’individu de son sens de l’initiative, détruit le pouvoir de son imagination,
freine son individualité et lui vole son autonomie», assure Napoléon Hill, auteur du best-seller «Réfléchissez et devenez riche». De son côté, Kristin Neff, professeure associée de développement humain à l’université du Texas, fait observer que l’autocritique est souvent un signe avant-coureur de la dépression. «Au lieu de motiver, elle empêche d’essayer, de peur d’échouer.» Elle ajoute que, dans notre cerveau, deux systèmes sont en compétition: l’un cherche la récompense, l’autre craint l’échec. Or, la peur de l’échec, quand elle est excessive, se met directement en travers de la réussite. Des recherches effectuées sur des athlètes ont ainsi démontré que la peur d’échouer peut faire perdre ses moyens au pire moment et inciter à abandonner face à un obstacle. «C’est l’exemple du coureur qui trébuche (et ne se relève pas) dans une course à laquelle il s’est préparé depuis des mois.» Au travail, elle peut














Dans notre cerveau, deux systèmes sont en compétition: l’un cherche la récompense, l’autre craint l’échec. LDD
être si anxiogène que l’on finit par tricher plutôt que d’apprendre. Ainsi, une étude conduite sur des entrepreneurs intitulée «Take the Money or Run? Investor’s Ethical Reputation and Entrepreneurs’ Willingness to Parner» montre que ceux qui ont excessivement peur d’échouer sont plus susceptibles d’accepter un partenariat douteux avec un investisseur peu respectueux de l’éthique.
Le fameux «lâcher-prise»
A l’inverse, rien n’est plus utile à qui entreprend une action difficile que de mettre en veilleuse ses exigences. Pour poursuivre avec la métaphore sportive, citons le cas de Yannick Noah qui, en décembre 1982, la veille d’une finale de tennis contre le Tchèque Tomas Smid, était sur la piste de dance d’une boîte de nuit toulousaine dans un état d’ébriété avancé. Contre toute attente, et surtout contre la sienne, le lendemain il gagne 6-3, 6-2,

































Ollivier Pourriol, philosophe




















«Le cerveau, libéré de toute inquiétude, l’athlète, plus reposé qu’il ne le croit, va pouvoir jouer dans un relâchement total»










sur ses lacunes, ce qui est pénalisant sur le plan psychologique. «Des recherches ont montré que notre cerveau possède un a priori négatif, poursuit Emma Seppälä. Dans notre esprit, le mauvais est plus fort que le bon.» Elle cite des recherches menées par Roy Baumeister qui suggèrent que cette tendance a peut-être contribué à la survie de notre espèce, en permettant une focalisation sur les dangers qui la menaçaient. «Mais aujourd’hui, cet a priori négatif, sur notre environnement comme sur nous-même, nous porte préjudice. On a tellement tendance à privilégier le négatif que notre vision de la réalité est biaisée.»
dans un état second. Quelle morale tirer de cette histoire? «Au lieu de gamberger seul dans sa chambre en pensant au match du lendemain et d’enchaîner sur une insomnie, faire la fête toute la nuit a permis à Yannick Noah d’oublier l’enjeu, analyse le philosophe Ollivier Pourriol, auteur de «Facile, l’art de réussir sans forcer» (éd. Michel Lafon). Le cerveau libéré de toute inquiétude, l’athlète, plus reposé qu’il ne le croit, va pouvoir jouer dans un relâchement total, puisqu’il n’a aucune attente. Sa relative indifférence au but lui permet de faire entièrement confiance à son corps, et d’expérimenter le fameux «lâcher-prise», une forme d’oubli de soi, de non-pensée, d’état zen spontané où on réussit tout parce qu’on ne vise plus rien.»
Un a priori négatif
Autre inconvénient de l’autocritique, être dur avec soi-même incite à se polariser
Jugez plutôt: une analyse de Shelly Gable et Jonathan Haidt suggère qu’alors que nous vivons trois fois plus d’expériences positives que négatives, nous nous polarisons sur les mauvaises. Si nous étions capables de voir les choses telles qu’elles sont, nous «souffririons» d’un a priori positif, puisque 75% de notre vie se passe plutôt bien! Mais, aveuglés par ce qui ne va pas, nous ne nous rendons pas compte de ce qui va. Sans parler d’en profiter... «Vis-à-vis de soi-même, la tendance est là même, note Emma Seppälä. Avant un entretien d’évaluation annuelle, on se souvient d’un projet bâclé ou d’une altercation avec son chef. Et lorsque votre manager vous complimente sur vos succès et vous fait part d’un ou deux points que vous auriez pu gérer différemment, vous allez sans doute ne retenir que ceux-là.»
Last but not least, cet a priori négatif nous pousse à considérer nos succès comme allant de soi. «Les grands chercheurs, écrivains ou chefs ont travaillé dur des années. Pourtant, une fois le succès atteint, la satisfaction n’est souvent pas au rendez-vous. Pourquoi? Parce que l’on s’habitue à ce qui va bien.» Ces lignes évoqueront peut-être au lecteur une promotion ou une distinction publique ayant suscité une grande joie qui, au fil du temps et de l’habitude, s’est peu à peu estompée. En définitive, s’il ne s’agit pas d’ignorer ses faiblesses pour s’épargner une critique constructive, il y a une différence entre conscience de soi (être capable d’identifier ses faiblesses) et l’autoflagellation, qui ne fait qu’ajouter à la pression et empêche de donner le meilleur de soi-même.
Amanda Castillo
Mathieu Quetglas
SOMMELIER EN ALTITUDE
Mathieu Quetglas vient d’être élu Meilleur sommelier de Suisse par le GaultMillau.
Depuis l’hôtel Valrose, à Rougemont, où il officie, portrait d’un jeune homme talentueux et ambitieux.
Il n’y a rien à faire, prendre le train et se laisser porter en altitude vers des terres avoisinantes est une aventure exceptionnelle. Après une petite heure de voyage ferroviaire jusqu’à Montreux depuis Genève, un arrêt nous permet de changer de voie. Le fruit du hasard fait parfois bien les choses puisque nous embarquons dans la locomotive Belle Epoque, transportés vers notre destination et dans le temps, projetés en quelques virage à l’époque de l’Orient Express.
Alors que nous quittons les rives de la ville célèbre pour son festival de jazz, nous grimpons en direction de Rougemont (VD) où le sommelier de l’année GaultMillau nous attend. C’est dans le nouvel écrin culinaire de l’hôtel Valrose que le jeune prodige Mathieu Quetglas fait chavirer le cœur des amateurs de vin. Rencontre sous le signe de la nouveauté où les accords mets et vins font déjà fureur.
Cuisine ménagère
Enfant du sud de la France, il grandit sur les bords de Méditerranée dans la ville de La Ciotat. Toute son enfance est bercée par les doux arômes de la cuisine provençale: soupes au pistou, pieds paquets, daubes mijotées, artichauts à la barigoule. Une cuisine traditionnelle et gourmande qui forme son palais dès le plus jeune âge.
«C’est peut-être une cuisine ménagère
«Même s’il faut savoir s’adapter, je préfère faire découvrir une cuvée inconnue qu’un vin reconnu»


mais c’est une approche culinaire sincère», se remémore-t-il non sans émotion. Peu assidu sur les bancs d’école, la période estudiantine est loin d’être épanouissante pour ce doux rêveur qui très vite désire s’échapper du carcan scolaire. Rabaissé par l’intransigeance d’un professeur manquant cruellement de pédagogie, le jeune étudiant quitte le milieu scolaire animé d’un désir de revanche sur la vie.
L’hôtellerie lui tend les bras, mais ce n’est ni par dépit ni par obligation. Il découvre un univers qui le séduit avec une nette préférence pour la sommellerie, et ce dès la première journée porte ouverte de l’école. «Je suis immédiatement tombé sous le charme. La sommellerie est un mélange de voyages liés au terroir, d’échanges avec le vigneron, de découvertes avec le client et de relations étroites avec la cuisine. J’ai ce jour-là trouvé ma voie.»
Très à l’aise au sein de son nouvel environnement, il aime le côté théâtral d’une


salle de restaurant. «Que ce soit pour une bouteille ou un plat, nous avons la chance et la responsabilité de raconter une histoire. Il ne sert à rien de faire ce métier si c’est pour être un simple poseur d’assiettes.»
Sommellerie 2.0
S’ensuit de prestigieuses expériences professionnelles qui commencent par les rives du lac d’Annecy au restaurant étoilé du Clos des Sens de l’inimitable chef Laurent Petit. Loin du confort de son école hôtelière, il apprend la dure réalité du métier. «Même si l’on s’y fait avec le temps, au début nous ne sommes jamais prêts pour affronter les difficultés quotidiennes de la restauration. Tant que l’on ne le vit pas, on ne peut pas savoir. C’est un métier de passion; soit tu l’aimes, soit tu le quittes.»
Grâce aux personnes qu’il côtoie, il se rend vite compte que la sommellerie est
un terrain de jeu aux multiples facettes. Mathieu Quetglas souhaite faire passer sa profession à l’ère moderne en l’amenant bien au-delà de la «simple» dégustation, de la construction d’une cave ou de la création d’accords mets et vins standards. «A notre génération de faire en sorte d’apporter un supplément d’âme à la sommellerie.»
En rentrant au restaurant de l’Hôtel de Ville de Crissier, il continue son impressionnante ascension viticole aux côtés de Benoit Violier derrière les fourneaux, de Louis Villeneuve en salle et de Michele Caimotto qui jongle avec les flacons. Le sommelier en devenir puise son savoir dans ce trio exceptionnel avant de suivre Jeremy Desbraux à la Maison Wenger. «J’ai vraiment appris la nécessité de comprendre et connaître parfaitement le client, ce qui nécessite une préparation et une anticipation du service à un niveau incroyable. Nous étions rarement
pris de cours.» Mathieu Quetglas goutte des vins d’exception, mais réalise rapidement que ce n’est pas forcément la voie qu’il souhaite prendre. Le sentiment de découverte passe bien avant la nécessité de l’étiquette. «Même s’il faut savoir s’adapter, je préfère faire découvrir une cuvée inconnue qu’un vin reconnu.»
L’hôtel Valrose vaut amplement le voyage, le détour, le déplacement et pour y aller tous les moyens sont bons. Cet établissement donne un véritable coup de fouet et un nouvel élan à une région qui semblait s’endormir et se reposer sur ses nombreuses institutions. «Tout en restant humble, nous souhaitons néanmoins réaliser de grandes choses», promet le sommelier. Avec un service de salle jeune et dynamique, orchestré par Mathieu Quetglas, l’avenir est prometteur pour cette maison qui n’a pas fini de faire parler d’elle.
Edouard Amoiel
LA PHOTOGRAPHIE, SIGNE ARCHITECTURAL

Les façades photographiques de l’Institut national audiovisuel des Pays-Bas, Neutelings Riedjik architectes, 2006 Neutelings Riedjik

Une immersion captivante et inédite dans la généalogie des pratiques de la photographie ornementale en architecture. Un phénomène artistique sans cesse réinventé du XIXe siècle à nos jours. A découvrir sous la plume de Branda Lynn Edgar.


Au fil des 346 pages s’esquissent les ascensions successives de l’usage de l’image en architecture, une pratique rémanente depuis plus de cent cinquante ans, maintes fois oubliée et à chaque fois réapprivoisée avec un esprit novateur. Emergeant à la fin du XIXe siècle, au moment de l’essor des arts industriels, le phénomène fera le mur dès les années 1980 pour s’afficher sur l’enveloppe des bâtiments. Les stars bâloises Jacques Herzog et Pierre de Meuron y exercent leur influence dans le sillage de Jean Nouvel qui signe l’emblématique Institut du monde arabe inauguré à Paris en 1987 et la monumentale façade imagée du Triangle des Gares, à Lille, en 1994. Le mouvement est lancé parmi les grands bâtisseurs d’avant-garde avant de se répandre dans un marché de l’architecture de plus en plus mondialisé. Les bâtiments ont un impératif d’exister qui rime avec la production de signes distinctifs. Les constructions ne peuvent plus se contenter d’être de simples édifices dans la ville, mais des objets uniques ancrés dans la mémoire visuelle. Dans cette tendance à la façade médiatisée, interface

Une rare contribution à la reconnaissance de la photo ornementale comme genre à part entière, un sujet ignoré par les historiographies de l’art, de la photo et de l’architecture.
entre le public et l’œuvre, le duo bâlois ne tardera pas à faire une démonstration magistrale du motif photographique en façade.
Exemple célèbre, la peau de la Bibliothèque d’Eberswald (1996), en Allemagne, saturée d’images figuratives monochromes, dont la superposition renvoie au programme du bâtiment conçu pour aligner et empiler des livres. Autre œuvre marquante construite trois ans avant, l’usine de Ricola Europe, à Mulhouse-Brunstaat, arbore sur ses façades en polycarbonate translucide la répétition d’un motif végétal basé sur des photographies de Karl Blossfeldt. Ici comme pour la bibliothèque, l’aspect artistique qualifie la nature de l’objet, sachant que Ricola produit des spécialités aux plantes.
Cette migration de la photo vers l’extérieur, déjà exprimée dans l’Art pop (la façade du Moderna Museet à Stockholm d’Andy Warhol), se généralisera en Europe dans les réalisations d’architectes moins médiatiques. Jointure sensible entre art, fonction et environnement, la photo semble ainsi effacer la dimension structurelle et tectonique du bâtiment


pour privilégier son épiderme. «Une nouvelle matérialité, des mutations dans l’enveloppe du bâti et l’affranchissement des derniers tabous d’une formation professionnelle encore sous influence du modernisme auront contribué à cette recrudescence de l’ornement», explique l’auteure de l’ouvrage, historienne de l’art et chercheuse à l’Université de Genève*.
L’ornement n’est pas un crime Pourtant, même l’époque moderne, hygiéniste et dépouillée, saura faire mentir l’anathème d’Adolf Loos, «l’ornement est un crime». Après tout, l’utilisation de la polychromie et la fascination pour les matériaux naturels comme l’acier poli ou la brique rugueuse fonctionnent déjà, dans cette période minimaliste, comme des équivalents à la décoration. Dans ce contexte, l’entre-deux-guerres marqué par le foisonnement de mouvements précurseurs en art et en architecture verra apparaître la forme photographique du décor mural. Une période faste dans l’histoire de la photo ornementale, à laquelle l’ouvrage consacre une large part. En résonnance avec la luminosité et les grandes surfaces planes, vides et lisses,
le «photomural», porté par les premiers papiers photosensibles de grand format, mime tour à tour l’écran de cinéma et la fenêtre aux cadrages mûrement réfléchis. Celle-ci compte parmi les fondamentaux de l’architecture corbuséenne.
Le motif éphémère
Avec le paysage pour motif privilégié, ces fresques murales investissent l’intérieur domestique, institutionnel et commercial, arbitrant les relations complexes entre intérieur et extérieur. Terrain d’expérimentation et d’abstraction d’éléments naturels, elles seront évidemment présentes dans l’œuvre de Le Corbusier, lui-même photographe et collectionneur d’images compulsif. Son assemblage de multiples images en micro, macro et gros plans réalisé au Pavillon Suisse (1932), à Paris, constitue le point focal de ce dortoir pour étudiants de la Cité universitaire. Toujours en quête de l’«espace indicible» pensé comme le sommet de l’émotion esthétique, l’architecte neuchâtelois poursuivra sa réflexion jusqu’à réaliser, trente ans plus tard, dans le cadre de l’Exposition universelle à Bruxelles, son «poème élec-
tronique». Une œuvre d’art totale en complicité avec le compositeur Edgar Varèse, alliant musique expérimentale et photographies projetées sur une paroi de béton. L’ouvrage constitue une exploration inédite des mouvements décoratifs en Europe et aux Etats-Unis. Malgré la permanence de l’ornement depuis l’essor de la photographie, le sujet est resté le grand absent des historiographies de l’art, de l’architecture et de la photo. Centré sur les moments forts du phénomène, relevant ses réinventions constantes, ce corpus très fouillé instaure pour la première fois le dialogue entre ces diverses disciplines. Ephémères, souvent fragiles, hormis en façades où elles prennent nécessairement une forme plus pérenne, les œuvres à nous être parvenues intactes sont rares et n’ont survécu, paradoxalement, que par la documentation photographique. Une richesse dont le livre ne se prive pas.
Viviane Scaramiglia
* «Le motif éphémère. Ornement photographique et architecture au XXe siècle» Brenda Lynn Edgar, Presse universitaires de Rennes, 2020, 346 pages.