Skip to main content

Tout l'immobilier Fribourg - Berne - Le bois c'est fantastique

Page 1


LE BOIS C’EST FANTASTIQUE

Léger, local et solide, le bois regorge d’avantages. Toutefois, un équilibre raisonné est à trouver entre les différents matériaux. JPF Groupe cultive une approche globale de la construction. 10-13

Etude

Nouvelle chronique Douche ou bain? Le choix de Martina Chyba 18-19

Savoir-faire

Yvan Roulin, sellier et fondeur de cloches

22-25

La référence à Genève depuis 24 ans se déploie dans toute la Romandie avec 4 nouvelles éditions régionales, mensuelles et 100

Fribourg – Berne

Neuchâtel – Jura

Réservez dès maintenant pour une visibilité ciblée à des tarifs très attractifs !

Genève Région

Nombre d’exemplaires

Nombre

Présence des éditions sur immobilier.ch

Genève Région : lundi 31 janvier

Neuchâtel - Jura : mercredi 2 février

Vaud : mercredi 9 février

Valais : mercredi 16 février

Fribourg - Berne : mercredi 23 février

SOMMAIRE

4-5 Actualité

Une étude montre que l’immobilier à Bulle est plus dynamique qu’à Fribourg

6-9 Dossier

Le crowdfunding immobilier a le vent en poupe. Interview du fondateur de la société Foxstone

10-19 Immobilier

Les constructions en bois ont la cote, mais le matériau n’est pas inépuisable

Une fondation propose aux étudiants des immeubles écologiques et à prix abordables

Les étudiants cherchent toujours désespérément des logements

Bain ça alors! La nouvelle chronique de Martina Chyba

20-21 Commerce

La famille Bertschy célèbre l’art de la viande à Fribourg

22-27 Emploi et formation

Rencontre avec Yvan Roulin, sellier et fondeur de cloches

Les dangers de l’autocritique au travail et comment y remédier

28-29 Gastronomie

Mathieu Quetglas, le sommelier qui a pris de l’altitude

Éditeur: IMMOBILIER.CH SA

Rédacteur en chef: Serge Guertchakoff

DA et maquette: Agence EtienneEtienne

Publicité: info@immobilier.ch Tél +41 22 307 02 20

Impression: CH Media Print AG Edition hebdomadaire

• Genève Région: tirage 125’000 ex. envoi ePaper 40’000 ex. Editions mensuelles

• Vaud: envoi ePaper 40’000 ex.

• Valais: envoi ePaper 10’000 ex.

• Fribourg-Berne: envoi ePaper 10’000 ex. Neuchâtel-Jura: envoi ePaper 6’000 ex. Toutes les éditions sont disponibles sur immobilier.ch

les confidentiels

SWISSVET GROUP PASSE EN MAINS ANGLAISES

Fondée il y a cinq ans, la chaîne Swissvet Group possède 12 cabinets vétérinaires employant plus de 120 personnes en Suisse romande (Nyon, Etoy, Saint-Prex, Renens, Crissier, Pully, Lutry, etc.). Or, son actionnaire principal vient d’en céder le contrôle au groupe britannique VetPartners. Florent Bourachot, co-fondateur du groupe et CEO, continue de superviser la future croissance en partenariat avec Antoine Adam, vétérinaire, directeur médical et également co-fondateur du groupe.

IMPRESSIONNANTE PROGRESSION DE BATMAID

Depuis son récent lancement, la plateforme Batmaid for Business comptabilise déjà plus de 427 clients issus du secteur professionnel parmi lesquels les magasins Viu, les centres de soins Clarins, ou encore des cabinets médicaux, des fitness et des bureaux. Un succès qui arrive après la levée de 25 millions de francs auprès d’AEVIS.

DE LA RÉDACTION

RACHAT DU STARLING VAUDOIS PAR ORLLATI

Alors que l’Ecole Lemania va construire un campus avec le groupe Orllati, ce dernier vient de racheter le Starling Hotel à StSulpice, proche de l’EPFL, avec un terrain attenant, au banquier genevois René de Picciotto. Y créer le campus d’une école privée proche du campus de Dorigny –avec l’Unil et l’EPFL – aurait du sens. L’avenir le dira.

RONIN PRIMEURS CHANGE DE MAINS

Fondée il y a plus de quarante ans, Ronin Primeurs a connu un fort développement depuis son rachat par Gérald Vallélian en 1985. Ce dernier, soucieux de transmettre les clés de la société à un entrepreneur dynamique, a ouvert la majorité du capital à Julien George, 37 ans, dont l’histoire familiale dans l’agroalimentaire remonte au milieu du siècle passé avec un arrière-grand-père qui tenait déjà une épicerie. Une information exclusive de «Tout l’immobilier». L’avenir de Ronin se poursuit avec son directeur général et associé Yves Talboedec et les 80 employés, tous situés à Vernier dans un bâtiment logistique de 7000 m2, partie intégrante de la transaction.

L’IMMOBILIER À BULLE, TOUJOURS PLUS DYNAMIQUE

Le parc immobilier du chef-lieu gruérien est marqué par des loyers plus élevés et un turn-over important. Mais la question de la vacance, qui est plutôt élevée, se pose toujours.

En matière d’immobilier, la seconde ville du canton de Fribourg est bien plus dynamique que la capitale. Après s’être intéressés au chef-lieu cantonal, les chercheurs de l’Observatoire du logement et immobilier de la Haute école de gestion de Fribourg (HEG-FR) se sont attelés à l’étude du marché immobilier de Bulle. Ils ont analysé 58% du parc locatif bullois, soit près de 5000 logements, en puisant leurs données directement chez les régies immobilières. Ils en ont ensuite tiré une série d’indicateurs qui permettent de comparer les deux plus grandes agglomérations du canton, mais surtout de s’attarder sur les spécificités de la ville de Bulle.

Des loyers plus hauts

Dans leur communiqué, les chercheurs de la HEG-FR estiment que les Bullois sont «disposés à payer des loyers nets équivalents, voire plus chers que les Fribourgeois», ce qui mettrait en avant «l’attrait du chef-lieu gruérien». En effet, les chiffres

«Depuis l’arrivée de l’autoroute en 1981, le nombre de nouveaux habitants dépasse les 500 par année»

avancés par l’observatoire indiquent des loyers en moyenne 3 à 10% plus élevés à Bulle qu’à Fribourg, pour tous les types de locatifs, sauf les 5 pièces dont les prix sont semblables (voir graphique 2). «Les facteurs expliquant ces loyers plus élevés à Bulle sont essentiellement des logements plus récents et des surfaces habitables plus grandes que dans d’autres régions du canton», détaille Maryline Pasquier, professeure à la HEG-FR et responsable de l’observatoire. En effet, le parc immobilier bullois est récent, bien plus que celui de Fribourg. Près d’un tiers des logements ont été construits durant les quinze dernières années.

Une population mobile

Ces prix plus élevés n’enlèvent cependant rien à la vitalité démographique de la ville. Le syndic Jacques Morand estime que plus de 4600 personnes sont arrivées ou ont quitté Bulle en 2020. Plus de 2200 appartements ont ainsi été emménagés ou déménagés l’an dernier. Les études de l’observatoire indiquent un taux de rotation annuel des locatifs autour de 24% de l’ensemble du parc, tant en 2019 qu’en 2020 (voir graphique 1). Un chiffre sensiblement plus élevé qu’à Fribourg, où ce taux n’atteint que 19%.

Absorber le boom démographique

Le syndic libéral-radical dresse le portrait d’une ville en mouvement constant. «Bulle a accueilli en novembre dernier son 25'000e habitant. Depuis l’arrivée de l’autoroute en 1981, le nombre de nouveaux habitants dépasse les 500 par année.» Cela correspond environ 3% d’augmentation annuelle de la popu-

La ville de Bulle a désormais accès à des indicateurs pour mieux comprendre sa situation immobilière. LDD
Jacques Morand, syndic de Bulle. Ville de Bulle

1. TAUX DE ROTATION DES LOGEMENTS LOCATIFS AVEC CHANGEMENTS DE BAIL

Taux annuel (Source HEG-FR)

La rotation est le rapport entre le nombre de déménagements durant l'année et le nombre de locatifs.

2. LES LOYERS NETS MOYENS PRATIQUÉS POUR LES LOGEMENTS LOCATIFS

Septembre 2021 (Source: HEG-FR)

3. EVOLUTION DU TAUX DE LOGEMENTS LOCATIFS SANS CONTRAT DE BAIL

(Source HEG-FR)

Le trait noir indique que depuis une année, la dynamique du taux de logements vacants est plutôt à la baisse à Bulle.

lation. La population bulloise a doublé sur les 25 dernières années. «Il s’agit d’une augmentation conséquente, reconnaît Jacques Morand. En tant qu’autorités, notre rôle est de développer nos infrastructures en conséquence. Mais les promoteurs immobiliers, les caisses

de pension, les développeurs et les constructeurs doivent aussi mettre sur le marché des logements appropriés à cette forte évolution démographique.»

Léo Michoud

Plus d’info: immolab-fr.ch

Un taux de vacance élevé

Un chiffre donné par l’Observatoire du logement et immobilier Fribourg lors de la conférence de presse a donné lieu à de nombreuses discussions parmi les experts de l’immobilier présents: 4,72%. Il correspond au «nombre de logements locatifs sans contrat de bail» en ville de Bulle au 30 septembre 2021 (voir graphique 3). A titre de comparaison, ce taux est de 2,36% en ville de Fribourg, selon l’observatoire. Il s’agit d’une autre manière de parler de la problématique des logements vacants. «Nous n’avons expressément pas nommé cet indicateur «taux de vacance» pour éviter la confusion avec le terme de l’OFS [Office fédéral de la statistique], dont on entend généralement parler, prévient Damien Vieli, analyste à l’observatoire. Nos chiffres et ceux de l’OFS ne sont pas comparables, car la méthodologie n’est pas la même.»

Selon les données de l’OFS, les taux de vacance en ville de Bulle (1,84%) et dans le canton (1,8%) restent cependant plus élevés que la valeur de 1,5%, généralement considérée comme l’équilibre dans le domaine immobilier suisse. L. M.

Financement participatif

LE CROWDFUNDING IMMOBILIER A LE VENT EN POUPE

Ce nouveau mode d’acquisition de parts dans des constructions fait son chemin avec quelques acteurs romands à la pointe.

L’idée de démocratiser l’immobilier fait sens en cette période où le prix des biens mis à la vente s’envole, freinant l’accès à la propriété pour une frange de plus en plus large de la population. Découlant de ces réalités, voilà une dizaine d’années que le crowdfunding immobilier a pris naissance dans les pays anglo-saxons. Concrètement, ce modèle associe financement participatif et acquisition immobilière de rendement. Grâce à des tickets d’entrée à partir de 10’000 francs (il s’agit toutefois le plus souvent de 25’000 francs), cette solution permet d’ouvrir à la classe moyenne ce type de placements et de les simplifier. Même si elle n’est pas dépourvue de risques, cette option présente d’évidents avantages. Ainsi, l’achat d’un appartement pour le mettre en location se révèle plus périlleux que l’acquisition en copropriété d’un immeuble de rendement. La raison en est que, en cas de défaut de règlement du loyer, le manque à gagner est réparti entre l’ensemble des copropriétaires.

Plus d’un atout

Avec des retours stables oscillant entre 5 et 7% en moyenne, cette classe d’ac-

tifs constitue une vraie alternative aux comptes d’épargne. Elle échappe également aux abruptes variations des marchés financiers. De plus, elle présente l’avantage d’être tangible et locale. En revanche, elle nécessite des fonds propres importants. Pour surmonter ce dernier écueil, il existe en fait deux modes d’investissement distincts: l’investissement direct qui consiste à acheter un bien que l’on met ensuite en location et l’investissement indirect qui, lui, repose sur la prise de parts dans un fonds immobilier. Il est à noter que l’on rencontre encore une formule hybride qui mixe ces approches.

La formule magique

Comment cela fonctionne-t-il? Le principe est simple: chaque investisseur devient propriétaire au registre foncier d’une partie d’un immeuble à hauteur de la participation qu’il souhaite. Cette formule lui permet de générer un rendement proportionnel à son investissement (une somme versée tous les trois mois la plupart du temps) et de bénéficier d’une potentielle plus-value en cas de revente. Ces prêts participatifs courent sur une période de cinq ans normalement. Il est à noter que ce mode de préservation du capital peut être transmis à ses héritiers. Mais que se passerait-il si l’entreprise qui gère un tel prêt participatif venait à sombrer? Cette funeste issue serait en fait sans dommage pour l’investisseur. Celui-ci resterait en effet en possession du contrat de dette émis par la société qui détient le projet de développement immobilier inscrit au registre foncier au nom de la compagnie.

Plusieurs points sont toutefois à analyser avant de s’engager sur cette voie. Sur son site, imvesters.ch , l’un des ac -

Grâce à des tickets d’entrée à partir de 10’000 francs, la classe moyenne peut contribuer à ce type de placements. LDD

Avec des retours

stables oscillant entre 5 et 7% en moyenne, cette classe d’actifs constitue une vraie

alternative aux comptes d’épargne

Prudence cependant

Voilà pourquoi il est recommandé aux clients de se faire accompagner par un tiers (spécialiste en investissement immobilier, fiscaliste, avocat, etc.) ou de s’informer à titre individuel afin de déterminer une stratégie d’investissement à la fois claire et réaliste.

teurs principaux sur le marché romand, avertit ses futurs clients: «Il existe une multitude de risques qui doivent être supportés en tant qu’investisseur propriétaire ou copropriétaire d’un bien immobilier. Ces risques peuvent être de nature juridique (par exemple liés à des autorisations administratives, des permis de construire, des expropriations, des assurances), technique (en relation avec le sol ou des questions de faisabilité technique), commerciale (si un bien immobilier perd de la valeur au moment de sa vente), financière (en cas de dépassement de budget, de rénovation nécessaire, etc.) ou fiscale (augmentation possible des impôts), évolutive (si de nouvelles lois modifient le contexte actuel au moment de l’acquisition d’un bien immobilier).»

François Praz

«LES RETOURS POSITIFS DE NOS CLIENTS SONT PRIMORDIAUX»

Dan Amar, CEO de Foxstone (à gauche), avec ses deux cofondateurs Yossi Amar (debout) et David el-Eini. Foxstone

Lancé en 2018 à Genève, Foxstone s’est constitué une communauté de plus de 14’000 investisseurs. La compagnie a aidé ses clients à devenir copropriétaires de 24 immeubles d’une valeur cumulée record de 140 millions de francs. Interview de son CEO et fondateur Dan Amar.

Vous offrez à vos investisseurs un service d’accompagnement administratif et technique complet. Vous êtes en plus d’une totale transparence sur les marges que vous vous ménagez, à savoir 3%.

N’êtes-vous pas contraints de multiplier les projets pour être profitables?

«Nous perdons quelques points de rendement, mais nous gagnons en sécurité»

Nous nous en tenons à notre business model. Nous avons nos propres objectifs en termes de performances et surtout en termes de qualité, mais ceux-ci ne sont pas comparables à ceux des fonds de pension. L’an dernier, nous avons eu pour 4 milliards de francs de propositions d’investissements. Nous en avons retenu 80 millions. Nous sommes très exigeants sur la sélection des immeubles. Ce choix ne nous a pas empêchés de doubler nos résultats par rapport à 2020.

Toujours dans un souci d’optimisation de vos marges, n’êtes vous pas tentés de vous concentrer sur des biens de luxe?

Nous avons développé notre propre algorithme qui compile des millions de données, dont certaines en live, et qui intègre les critères qui sont judicieux pour nous. Ce programme nous a permis de répertorier et de ranger par ordre de préférence les 2222 communes suisses. Celles-ci sont classifiées en fonction de leur intérêt plus ou moins élevé grâce à des codes couleur. Nous évitons les biens trop onéreux. Nous nous focalisons sur les localités très stables plutôt que sur les grands centres urbains.

Les agences immobilières voientelles d’un bon œil votre activité? Notre modèle fait que nous sommes appréciés de tout l’écosystème, y compris les fonds de pension, puisque nous ne visons pas les mêmes biens et que nous leur rachetons leurs petits immeubles. Les brokers nous apprécient, car nous leur achetons des biens. Les banques nous suivent aussi: nous leur avons apporté pour 50 millions d’hypothèques et des milliers de nouveaux clients en 2021.

L’un des dangers de votre formule de crowdfunding ne se situe-t-il pas dans la communauté des investisseurs? Tous n’ont pas les mêmes objectifs ni les mêmes horizons de rentabilité, sans parler de la vie de la copropriété avec ses impondérables, voire le fait qu’un partenaire risque de devenir insolvable.

Nous avons beaucoup travaillé sur la partie légale et administrative des copropriétés. Nos investisseurs signent un règlement très détaillé dans ce domaine. Le copropriétaire qui ne serait plus solvable serait contraint de vendre sa part grâce à un mécanisme de droit d’exemption extrêmement efficace. Il serait remplacé sur-le-champ par une autre personne. Quant aux assemblées de la copropriété, elles se passent en ligne avec un système de vote d’une toute nouvelle génération. Cette formule évite de devoir se déplacer et se gère de manière très souple.

«Nos clients pourront bientôt acheter des parts dans un bien ou un projet de construction immobilier dès 1000 francs»

Vous prenez de nombreuses précautions afin de prévenir tous ces écueils. Pourquoi tant de prudence en définitive?

Nous tenons cela de nos parents. Il faut vingt ans pour construire une bonne réputation et quelques minutes pour la détruire. La satisfaction totale des clients et des retours positifs sont essentiels pour que nos affaires prospèrent. D’où la totale transparence que vous souligniez.

Il y a tout de même des risques impossibles à éviter, tels qu’une hausse des taux hypothécaires?

Exemples d’opérations effectuées par Foxstone

Fribourg

Achat d’une part de copropriété pour 1,85 million.

Rendement attendu: 5,22%

Broc (FR)

Achat d’une part de copropriété pour 5,25 millions.

Rendement attendu: 5,81%

Belmont-Broye (FR)

Achat d’une part de copropriété pour 5,32 millions.

Rendement attendu: 5,55%

Lucens (VD)

Achat d’une part de copropriété pour 8,25 millions.

Rendement attendu: 6,67%

Payerne (VD)

Achat d’une part de copropriété pour 6,3 millions.

Rendement attendu: 6,31%

En effet, il n’y a pas de rendement sans risque implicite. Nous participons aux évolutions du marché immobilier. Nous jouons avec lui. Nous pouvons gagner, mais nous sommes aussi susceptibles de perdre. Nous nous assurons de tout mettre en œuvre pour garantir des gains. Dans ce contexte, nous bloquons des taux fixes à sept ans. Nous perdons quelques points de rendement, mais nous gagnons en sécurité. Nous ne contractons des hypothèques que de premier rang pour un endettement modéré, ce qui nous prémunit contre des secousses trop violentes.

Quelles sont les principales évolutions à venir pour Foxstone?

Nous préparons une vraie révolution, dont la magnitude est bien plus importante que lorsque nous avons lancé le crowdfunding immobilier. Nous avons validé et sommes en phase de lancement d’un modèle de «tokenisation». Concrètement, nos clients pourront bientôt acheter des parts dans un bien ou un projet de construction immobilier dès 1000 francs, ceci en un seul clic sur leur téléphone portable. Nous allons de plus faciliter et amplifier les échanges directs entre investisseurs lors des transactions de marché secondaire, car toutes les frictions ont été levées grâce au nouveau modèle de structuration et à la technologie.

Propos recueillis par F. P.

Groupe JPF

LE BOIS N’EST PAS INÉPUISABLE

Les constructions en bois ont la cote. Léger, local et solide, le matériau regorge d’avantages.

Toutefois, un équilibre raisonné est à trouver entre bois, béton et matériaux recyclés.

JPF Groupe cultive une approche globale de la construction.

A Fribourg, le projet de développement du quartier d’innovation Blue Factory, avec ses façades en bois brûlé, garde la cheminée historique. JPF Groupe

Rampe hélicoïdale en bois d’EXPLORiT au cœur d’Y-Parc, à Yverdon-les-Bains. LDD

L’arbre de vie en bois de 35 mètres de haut co-réalisé pour l’Expo universelle de Milan en 2015 a mis en valeur le savoir-faire de la filiale JPF Ducret. Un symbole fort pour tout le groupe JPF qui développe onze secteurs complémentaires dans la construction, œuvrant aussi bien sur les ponts et les châteaux que dans des gravières et zones d’assainissement.

Une filière se démarque cependant, celle du bois, qui enregistre une croissance remarquable. «En cinq ans, le secteur bois représente non plus 10% mais 20 % de notre chiffre d’affaires global, avec 180 personnes travaillant dans l’entreprise JPF Ducret», souligne Jacques Pasquier, directeur général du groupe familial de 1000 collaborateurs au total, présents principalement sur les sites de Bulle (FR), Yverdon, Orges et Aigle (VD).

Expansion

Pour répondre à la demande accrue, deux ateliers supplémentaires sont en construction sur le site-mère du Pâquier

«Deux tiers de notre bois vient de forêts suisses, mais que se passera-t-il quand il n’y en aura plus?»
Jacques Pasquier, directeur général de JFP Groupe

(FR), ainsi qu’un dépôt logistique à Châtel-Saint-Denis (VD). Par ailleurs, JPF a pris une participation dans l’entreprise de charpente jurassienne Batipro à Saint-Ursanne. La construction d’une salle de sport triple au Centre fédéral à Macolin (BE), ainsi que la patinoire de Porrentruy (JU) découlent de cette association.

«Cela permet de rationnaliser les déplacements. Nous nous rapprochons de la Riviera où nous avons plusieurs projets (lire encadré), ainsi que de l’Arc jurassien. L’idée est de pouvoir travailler dans un rayon de moins de 100 km de nos chantiers», note le Gruyérien qui représente la troisième génération de cette entreprise bientôt centenaire.

Tours et structures complexes

La Suisse romande semble donc rattraper son retard par rapport à la Suisse alémanique en matière de constructions en bois, y compris pour des tours et structures complexes. La mise à jour des normes de protection incendie en

2015 a contribué à ce nouvel intérêt. «Le bois est rentré dans les mœurs. Les collectivités publiques veulent toutes du bois. Il ne remplacera cependant jamais le béton qui est toujours nécessaire pour les fondations ou les terrassements. Par ailleurs, le bois n’est pas inépuisable. Actuellement, deux tiers de notre bois vient de forêts suisses [ndlr: épicéa, mélèze, hêtre], mais que se passera-t-il quand il n’y en aura plus? Le même problème existe à l’étranger», avertit Jacques Pasquier. Bien sûr, le bois à l’énorme avantage qu’une grande partie du travail d’as-

semblage peut se faire en atelier pour intervenir le moins de temps possible sur le chantier. «On construit même des cages d’ascenseur en bois désormais. Cela permet de ne pas attendre que le béton sèche sur place. On crée également des dalles en CLT (cross laminate timber), des bois laminés collés croisés, une technologie extrêmement solide», observe l’entrepreneur.

Recycler et rénover

Ne miser que sur le bois ne serait cependant pas une démarche durable. JPF Groupe continue de développer les

autres secteurs de la construction. «La démolition par exemple est en pleine mutation. On construit de moins en moins sur un site vierge. Nous recyclons les matériaux dans une optique d’économie circulaire. Le béton de la démolition est concassé et réutilisé à 100%. Nous avons intégré l’entreprise Michel d’Aigle il y a quelques années afin de bénéficier de son savoir-faire», explique le CEO. Même réflexion avec l’acquisition de Renoantic qui rénove des bâtiments anciens en bois. L’hôtel de ville de Fribourg, la cathédrale, la Tour Rouge, le château de Moudon, ou encore la Tour de Sau-

A Fribourg, le futur quartier de Blue Factory. JPF Groupe

A Lausanne, la tour Malley-Phare est une structure futuriste de 14 étages en bois. LDD

vabelin (VD) ont bénéficié de la résine époxy créée par Renoantic. Une expertise globale qui a amené le groupe fribourgeois à créer JPF immobilier, une entité commercialisant des ouvrages clé en main, y compris pour des privés. «En six ans, nous avons vendu 120 objets alors que ce n’est pas la vocation première du groupe, relève Léandre Pasquier, responsable des projets immobiliers. Ce secteur fonctionne comme un tampon pour JPF qui peut ventiler des équipes l’hiver sur ces chantiers à taille humaine.»

Tiphaine Bühler

DES RÉALISATIONS DURABLES ET COMPLEXES

Blue Factory (Fribourg)

La métamorphose du site de l’ancienne brasserie Cardinal vient de commencer. L’appel d’offre avait été remporté en juillet 2019 par JPF Entreprise Générale et Ferrari Architectes à Lausanne. La future construction s’intégrera dans la continuité de l’actuel bâtiment A. La cheminée historique en briques restera le symbole identitaire du site dédié à l’innovation. Quelque 2000 m3 de bois fribourgeois seront utilisés pour les façades en bois brûlés et la structure avec des portées de 12 mètres sans piliers porteurs; l’alliance de techniques ancestrales et du développement de matériaux. Le budget de la construction du bâtiment s’élève à 23 millions de francs. Restaurant, salles de réunion, coworking, espaces de prototypage, bureaux et laboratoires occuperont ce bâtiment qui pourra accueillir plus de 400 personnes.

Tour Malley-Phare (Lausanne)

La tour futuriste de 14 étages avec une structure en bois indigène mesurera 60 mètres. Même la cage d’ascenseur sera en bois. Ce choix de matériaux permet de réduire le temps de construction de plusieurs semaines et d’alléger l’édifice. Cette extension du centre commercial Malley Lumières accueillera 200 habitants, des espaces modulaires et du coworking, ainsi qu’un «rooftop» avec bar. La réalisation du projet est assurée par l’entité Perspectives Construction, en consortium avec JPF Entreprise Générale et la structure en bois suisse sera réalisée par JPF Ducret. L’inauguration est prévue en automne 2023.

EXPLORiT (Yverdon)

Ce vaste atrium avec une structure en bois local et formant une arborescence dévoile des arrondis complexes en bois, possibles grâce au taillage 3D. L’endroit abrite un centre de loisirs, de découverte et de business au cœur d’Y-Parc.

La Maison de l’environnement (Lausanne)

La construction en bois vaudois et terre crue est unique en Suisse. Plus de 160 collaborateurs de la direction de l’environnement de l’Etat de Vaud y ont emménagé en 2021. Les murs en blocs de pisé permettent de réguler l’humidité et d’emmagasiner la chaleur. Un projet remporté par JPF Entreprise Totale et Ferrari Architectes, avec notamment la collaboration de la start-up genevoise Terrabloc.

Parc du Simplon (Renens)

La transformation de la zone d’entrepôts de Renens en quartier d’avant-garde avec des bureaux, logements et commerces ne fait que commencer. Le futur centre d’exploitation des CFF y verra le jour fin 2023. JPF Groupe s’occupe des travaux de démolition et d’assainissement, du terrassement et de la direction des travaux en tant qu’entreprise générale.

Ligne Montreux-Zweisimmen

Spécialiste des travaux ferroviaires, JPF vient de terminer la sécurisation de la ligne entre Montbovon et Château d’Œx. Des travaux essentiellement de nuit pour renouveler les ouvrages vers le pont des Pâles.

Bâtiments clé en main

Des projets très diversifiés voient le jour sous l’impulsion de JPF: le centre d’hébergement modulaire pour 370 migrants au Petit Saconnex ou la maison des Compagnies à Meyrin, soit quatre étages démontables dédiés aux arts de la scène.

Fondation Apartis

DES IMMEUBLES ÉCOLOGIQUES POUR LOGER LES ÉTUDIANTS

La fondation Apartis propose dans le canton de Fribourg des logements étudiants à prix abordable et à faible impact environnemental, grâce à des chauffages contrôlés et des panneaux solaires.

«Chez Apartis, nous avons une fibre écologique», assure Jean-Pierre Gauch qui aime résumer ainsi la philosophie de la fondation de droit privé et à but non lucratif qu’il dirige. Ses 26 immeubles répartis entre Fribourg, Marly et Givisier, hébergent près de 1300 personnes en formation dans 476 logements – des studios et des appartements en colocation loués pour près de 20% moins cher que les prix du marché.

Le label «2000 watts»

Pour continuer à pouvoir répondre à une demande croissante en logements étudiants tout en garantissant ses objectifs écologiques, la fondation a récemment construit cinq immeubles, inaugurés début 2021, dans le quartier de la Fonderie, juste en face de la salle de concerts Fri-Son. Pensé comme un modèle en matière d’écologie, le site aux 413 chambres a été certifié «2000 watts». L’obtention lors du chantier en 2017 de ce standard, qui répond à la Stratégie énergétique 2050 de la Confédération, constitue une première dans le canton. Selon SuisseEnergie, il est remis par l’Office fédéral de l’énergie (OFEN) à «des zones d’habitats, pouvant attester qu’elles exploitent, dans un esprit durable, les ressources pour construire des bâtiments, les exploiter et les rénover, ainsi que pour mettre en œuvre la mobilité résultant de cette exploitation». «Le site de la Fonderie est vraiment à la pointe en matière d’isolation et res-

«Avant, les étudiants avaient tendance à mettre le chauffage à fond et à laisser les fenêtres ouvertes»

pecte les dernières normes environnementales, précise Jean-Pierre Gauch. L’obtention de ce label nous permet de correspondre encore plus aux principes du développement durable que nous défendons. Nous aurions pu construire cinq bâtiments avec des normes moins contraignantes pour un coût moindre, mais cela ne nous intéresse pas.» La certification «2000 watts» est réattribuée tous les deux ans, après la vérification du respect des normes par des bureaux indépendants.

Nouveau système de chauffage

Jean-Pierre Gauch, directeur de la fondation Apartis.

Les cinq bâtiments du quartier de la Fonderie ont ainsi été les premiers de la fondation à être équipés d’un système intelligent de chauffage à distance. Via une application installée sur leur smartphone, les locataires peuvent augmenter ou diminuer la température de leur logement, dans un intervalle de normes adaptées aux prévisions météo. Selon les estimations de Jean-Pierre Gauch, cette méthode a permis à la fondation de diminuer de près de 30% l’utilisation du chauffage. «Lorsque j’ai pris la direction [ndlr: en 2007], j’ai fait le tour de plusieurs de nos bâtiments. Les étudiants avaient tendance à mettre le chauffage à fond et à laisser les fenêtres ouvertes, même quand ils étaient loin. Nous perdions beaucoup d’énergie à chauffer dans le vide.» Avec le nouveau système, les locataires peuvent désormais programmer leurs vacances, durant lesquelles la température est réglée au minimum.

Outre les économies d’énergie, ce système semble bénéfique pour le porte-monnaie des locataires comme de la fondation. «Les étudiants ont tout avantage à ne pas avoir de charges supplémentaires de chauffage, explique Jean-Pierre Gauch. Pour nous, il s’agit d’un choix stratégique, puisque le prix des énergies fossiles, y compris du gaz, risque d’augmenter dans les années à venir.»

Faire des économies

Le coût de l’installation du dispositif est jugé important pour la fondation, créée voici trente ans. «Mais avec les économies de chauffage, nous pensons pouvoir amortir les coûts d’installation en une dizaine d’années», avance le directeur d’Apartis. La moitié des immeubles de la société a déjà été équipée de ce nouveau système, dont le déploiement complet est prévu pour 2022. «Je ne crois pas qu’il existe beaucoup de sites avec un système similaire, à aussi grande échelle. Ce genre d’installation se fait plutôt dans des villas indivi-

duelles. Un tel système se déploierait peut-être si les propriétaires devaient payer le CO2 consommé par les habitations.» (voir graphique)

Des panneaux solaires partout

Pour fournir à ses occupants de l’électricité renouvelable, Apartis a déjà installé des panneaux solaires photovoltaïques sur ses immeubles de la Fonderie et espère étendre ces dispo -

sitifs à l’ensemble de son parc immobilier. «Il nous faut encore étudier si tous nos bâtiments peuvent être équipés, car la majorité de notre parc date de plus de dix ans», analyse Jean-Pierre Gauch. Là encore, c’est le portefeuille qui l’emporte. «Le surplus d’énergie généré par les panneaux sera ensuite réinjecté dans le bâtiment pour que les locataires puissent l’acheter à un prix préférentiel.»

Léo Michoud

Evolution de la consommation d’énergie

Bilan carbone des immeubles d’Apartis. En kgCO2/m2

Le site de la Fonderie, situé juste en face de Fri-Son, est chauffé à distance et équipé d’un nouveau système de contrôle des températures. LDD

LOGEMENTS ÉTUDIANTS, UNE PÉNURIE PERSISTANTE

Manque de chambres dans les résidences, barrière du garant, colocation comme seul recours: trouver un toit durant ses études en Suisse ressemble à un réel parcours du combattant. Et pourtant, rien ne change.

Raide comme un piquet, la courbe du nombre d’étudiants en Suisse ne cesse de grimper année après année. Avec plus de 268'000 personnes en formation supérieure en 2021, ce total aurait doublé en vingt ans d’après l’Office fédéral de la statistique et par la même occasion, son besoin en logements aussi. Afin de répondre à une telle demande en hébergement, 27'400 lits seraient à disposition dans le pays, laissant ainsi 90% de la population estudiantine sur le carreau. Les seules options s’offrant alors à eux: s’aventurer sur le marché du logement classique, tenter l’alternative de la colocation ou, pour la plupart, rester ad vitam aeternam chez leurs parents.

Maigre augmentation à signaler

Ce constat, appuyé par une récente étude de l’entreprise de conseil immobilier JLL, est d’autant plus vrai dans les grands pôles urbains. En effet, les étudiants se concentreraient actuellement à Zurich et Winterthour (76'800 étudiants), Lausanne (36'100) et Bern (28'200), Genève (24'300), Bâle (19'900). A noter que deux cantons romands figurent dans ce top cinq. Malgré des densités importantes de jeunes en formation, ces villes universitaires comme le chef-lieu vaudois n’offrent pourtant que 17,3% de logements adaptés aux études (voir tableau). Ce d’autant plus, que des édifices tels que le Vortex, nouvelle plus grande résidence étudiante d’un seul tenant de Suisse, abritant quelque 1000 habitants à proximité immédiate du campus de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), affichent déjà complet. Une poignée de constructions inaugurées dans le courant de l’année ont elles aussi pu offrir une bouffée d’air frais à ce marché du logement étudiant, à l’image de Kriens et ses 140 chambres, toutes

Offre de lits par ville

Région/Ville

déjà absorbées. Ainsi que la Haute école spécialisée bernoise qui s’est dotée à son tour de 140 dortoirs pour ses étudiants à Zollikofen. Enfin, 90 hébergements ont vu le jour sur le campus Facchinetti de Neuchâtel et seuls deux sont encore disponibles. Une offre qui s’étend mais qui ne suffit toujours pas selon le rapport JLL qui table pour sa part sur une augmentation de 2000 lits supplémentaires en Suisse à l’échéance 2024, notamment à Lucerne et Saint-Gall. Le nombre de personnes en formation continuant de croître, «le ratio entre lits en résidence et étudiants en Suisse n’augmentera que marginalement, pour s’établir à 10,8% contre 10,2% à ce jour», indique JLL.

Marché saturé de bout en bout La raison de ce décalage persistant? Une saturation du marché du logement en général. «Les 2000 places ajoutées

Neuf étudiants sur dix doivent se débrouiller. LDD

sont un bon début mais il y aura toujours une pénurie. Ce n’est pas évident de construire des résidences pour étudiants car il y a une telle demande de terrains pour le logement classique que l’investisseur se retrouve à faire des choix sous la pression», souligne Sophie Carliez, vice-présidente senior de JLL. Un problème d’offre globale que confirme Andreas Wetli, le gestionnaire grands comptes de Livit FM Services, un des acteurs majeurs de l’exploitation de résidences étudiants de Suisse. «Le coût de gestion des logements étudiants est plus élevé que dans des immeubles classiques, les durées de location sont plus courtes et les locataires changent plus souvent», précise-t-il. A cela s’ajoute l’investissement humain que de tels établissements requièrent, les équipes de Livit étant présentes sur place tous les

jours ou au minimum plusieurs fois par semaine selon la taille de l’objet. Si bien que le marché du logement destiné aux étudiants se voit dominé par des fondations à but non lucratifs et régionales, ou encore des coopératives et des associations. Autre élément particulier de

JLL table sur une augmentation de 2000 lits supplémentaires en Suisse à l’échéance 2024

ce marché qui ne connaît quasiment pas de vacance, il serait composé en majorité de résidents étrangers. La société Livit, qui gère un site lausannois (Student Village), constate que ses occupants suisses sont en proportions relativement faibles, «la majorité étant originaire d’Asie, des Etats-Unis, d’Allemagne ou des pays du sud de l’Europe». Même phénomène du côté de Renens, à la résidence Silo Bleu, que gère Dominique Dupin: «Les étudiants suisses se débrouillent plus facilement avec le marché du logement classique contrairement aux étrangers qui ne possèdent pas de garant valable et qui n’ont pas tellement d’autre choix que de se tourner vers les résidences de leur université.» Contre toutes attentes, la pandémie n’ayant pas détendu l’afflux de résidents dans les hébergements pour étudiants, reste à espérer que de nouveaux projets sortiront de terre courant 2025.

Julie Müller

Cinq chiffres clés

268'000 Etudiants en Suisse en 2021

27'400 Lits à disposition en résidences étudiants

2000 Places supplémentaires attendues à échéance 2024

110 semaines Durée moyenne de location par étudiant/chambre

5 à 10 ans Durée de vie de l’ameublement d’un logement étudiant

Chronique chez soi

BAIN ÇA ALORS!

Vous êtes partisan de la douche ou du bain?

Certains logements n’ont d’ailleurs plus de baignoire. Horreur! Comment peut-on envisager sa vie sans prendre de bains?

Il y a quelque temps, j’ai pu réaliser un exploit que je devrais faire figurer sur mon CV ou dans le Guiness Book tellement il est improbable: acheter, en tant que maman solo, un appartement à Genève. La première fois que j’ai vu les plans, je n’y connaissais rien, mais j’ai remarqué tout de suite que dans la salle de bains, il n’y avait pas de baignoire. Or, je ne peux pas envisager ma vie sans prendre un bain. Après une bonne JDM, comme on dit chez nous au bureau, (journée de m... pour celles et ceux qui vivent les mêmes mais qui n’ont pas encore de petit nom pour les désigner) je suis désolée, mais j’ai besoin d’un bain. Je sais, c’est mal. Je suis prête à rouler électrique, à limiter l’avion, à utiliser du vinaigre pour laver la maison même si j’ai horreur de l’odeur, à accepter que ma cuisine ressemble à une déchetterie tellement il y a de poubelles de tri, à manger moins de viande et plus d’épluchures pour ne pas gaspiller, mais je veux pouvoir prendre de temps en temps un bain. C’est peut-être mauvais pour la survie de l’espèce mais c’est indispensable à ma survie.

Dissoudre soucis et toxines

D’ailleurs, s’il existe des salles de bains, c’est bien pour pouvoir se baigner. Même si l’eau a longtemps été considérée plutôt comme une source de maladies que de propreté, les humains ont de tout temps

apprécié le fait de se tremper dans l’eau chaude pour y dissoudre leurs soucis et leurs toxines.

J’ai donc demandé de corriger les plans de l’appartement et de pousser un mur pour installer une baignoire. Et c’est là que feue ma mère, déjà très malade, a eu un trait d’esprit, elle qui était pourtant peu causante lorsqu’il s’agissait de couple et d’intimité. Elle m’a dit ceci: «Il faut que tu mettes aussi une douche. Parce que si un jour tu as de nouveau un homme dans ta vie, les hommes préfèrent les douches.» Personnellement, j’avais plutôt réfléchi au moment merveilleux et plus si lointain où je ne pourrai plus actionner ma hanche pour entrer dans la baignoire et je m’étais dit, qu’effectivement, une douche séparée pourrait être pas mal. D’ailleurs, d’après une étude, 62% des gens rêvent, comme moi, d’avoir les deux.

Donc, retour chez l’entreprise générale, j’annonce que je veux une baignoire ET une douche. Tête de l’architecte. On repousse encore les murs et on sacrifie une armoire, j’aurai moins de bordel, mais une vraie salle de bains. Il y aura un WC séparé mais on m’avertit fermement: pas de place pour un bidet. Vous vous souvenez du bidet? Mais si! Ce lavabo bas sur lequel on s’asseyait élégamment à califourchon pour se laver euh... ce que vous savez. Franchement,

«Je suis revenue au savon.

Oui, le truc carré qui sent bon.» LDD

zéro regret, de toute façon cela ne se fait plus depuis les années 1970, non?

Spa personnel

Aujourd’hui, 98% des logements possèdent une salle de bains individuelle. Mais ce n’est plus un endroit où on se

nettoie tchac tchac vite fait, c’est un endroit où l’on prend soin de soi. C’est un lieu dont on ferme la porte et dans lequel personne d’autre n’est donc censé entrer quand on y est. Une sorte de spa personnel et sensuel dans lequel on replie son intimité loin de la fureur du monde

et des trois écrans allumés dans le salon avec toute la famille qui demande ce qu’on mange. On se tartine de crème, on s’épile, on se rase, on se coiffe, on se maquille, on se démaquille. On bulle. Dans un bain moussant et parfumé, on peut aussi lire ou surfer sur son téléphone,

«Figurez-vous qu’ils veulent maintenant connecter cette pièce de déconnexion!»

ce qui est une mauvaise idée à tous niveaux. J’en ai déjà ramassé deux au fond, ainsi qu’un chat qui avait glissé du bord. Contrairement aux smartphones, le chat a survécu.

J’ai mis des petites mosaïques noires brillantes, un tableau de Warhol (non non, pas un vrai), une bougie. Oui je prends des bains, mais je fais un effort sur le plastique, je ne sais pas si ça compense. Je suis revenue au savon. Oui, le truc carré qui sent bon, qui glisse, et sur lequel des poils restent crochés. On m’a dit qu’il existait désormais également des shampooings secs sous cette forme. Je suis moins emballée à priori, mais je vais tenter la chose cette année, promis.

Miroir connecté tactile

En revanche, j’ai aussi découvert un truc atroce. Figurez-vous qu’ils veulent maintenant connecter cette pièce de déconnexion! Je ne parle pas des balances intelligentes qui vous persécutent sur votre téléphone avec vos kilos en trop, je ne parle pas des murs qui chauffent dans la douche quand vous y êtes, je ne parle pas des lampes qui font aussi luminothérapie, je ne parle même pas du pommeau de douche branché sur bluetooth pour écouter votre musique. Non, il y a pire. Le miroir connecté tactile. Cet objet du futur est en fait une tablette géante affichant la météo, vos e-mails et vos réseaux sociaux par des notifications instantanées digne des meilleurs ordinateurs. Donc le matin, vous voyez votre sale tête (si, si, on a tous une sale tête) et vos mails. Non mais eau secours!

P. S. J’ai évidemment rencontré un homme qui n’aime que les bains. A ce stade, la douche est très utile pour étendre le linge.

Boucherie artisanale Bertschy

CÉLÉBRER L’ART DE LA VIANDE

Depuis trois générations, la boucherie-charcuterie fribourgeoise tenue par la famille Bertschy fidélise sa clientèle loin à la ronde.

C’est en Basse-Ville de Fribourg, au 25 rue de la Neuveville, qu’est installée la boucherie Bertschy. L’enseigne familiale y célèbre l’art de la viande et de la charcuterie depuis plus de nonante ans. «La maison était déjà occupée par une boucherie lorsque mon grand-père Albin a eu l’occasion de reprendre le commerce en 1931, explique Nicolas Bertschy, 58 ans, qui a succédé à son père Jean et dirige l’établissement depuis une vingtaine d’années. Prendre une autre voie que la boucherie? Ce Fribourgeois parfaitement bilingue ne s’est jamais posé la question. «Quand on grandit dans ce milieu, on apprend tôt à donner un coup de main après l’école, qu’il s’agisse d’emballer des saucisses ou d’effectuer une livraison. Déjà jeune, il était évident que j’allais suivre la voie de mes parents.»

Fraîcheur et traçabilité

Depuis les débuts de l’enseigne Bertschy, le secteur a bien changé: le nombre de boucheries artisanales présentes dans le chef-lieu du canton se comptent désormais sur les doigts d’une main et les grandes surfaces exercent une concurrence féroce. Mais les qualités requises pour bien réussir dans le métier d’artisan boucher demeurent immuables.

A commencer par l’assurance de servir des produits de première fraîcheur. Un panneau affiché dans la boutique renseigne ainsi sur l’origine quasi exclusivement suisse des viandes. Un marchand de bétail basé près de Schmitten fournit le bœuf, tandis que porc ou veau proviennent de producteurs installés dans un rayon proche. «La clientèle est d’ail-

«La clientèle est de plus en plus curieuse de savoir d’où vient le bétail, s’il n’a pas fait d’importants trajets avant l’abattage»
Le

jambon de la borne, qui tire son nom de la technique de fumage employée,soit une grande cheminée ouverte. LDD

leurs de plus en plus curieuse de savoir d’où vient le bétail, s’il n’a pas fait d’importants trajets avant l’abattage. Une chose qui a changé, c’est qu’à l’époque, mon père se rendait lui-même à l’abattoir communal. Avec la fermeture de celui-ci, les bêtes que j’ai sélectionnées sont amenées à Estavayer-le-Lac. Elles nous sont ensuite livrées en quartiers, que nous désossons, parons et rassissons au sein de la boucherie.»

A la maîtrise des gestes techniques et de l’accueil de la clientèle s’ajoutent aussi d’indispensables connaissances culinaires. «Mes parents vendaient encore beaucoup de morceaux pour réaliser des rôtis, des pots au feu ou des ragouts. Comme les familles sont désormais moins grandes, nous produisons plus d’articles vendus à la pièce.» Une évolution de l’assortiment qui intègre aussi les changements observés au niveau des habitudes alimentaires. «Nous vendons toujours davantage de volaille, ainsi que du poisson et des produits laitiers. Il est logique qu’à l’avenir la boucherie intègre par ailleurs des produits adaptés aux personnes qui privilégient une alimentation végétarienne ou végane.»

Au rythme des saisons

Cette diversification fait partie de ce qui rend le métier passionnant. «Dans une petite entreprise telle que la nôtre, on peut passer la matinée à désosser des pièces, réaliser des saucisses ou des préparations destinées à des restaurateurs de la place, avant de servir et conseiller la clientèle durant l’après-midi.» Parmi les spécialités proposées dans l’échoppe, le jambon de la borne figure en bonne

place. Il tire son nom de la technique de fumage employée, soit une grande cheminée ouverte. Ce produit phare de la fête de la Bénichon est d’ailleurs inscrit au registre suisse des appellations d’origine protégée (AOP) depuis 2021. «La saisonnalité est un autre aspect très intéressant du métier. Après la période des fêtes, où terrines et volailles étaient à l’honneur, nous vendons désormais beaucoup de pièces fumées qui

accompagnent à merveille une choucroute. A Pâques, la demande se porte sur l’agneau, tandis que dès l’été, nous produisons un important choix de brochettes et d’articles à griller.»

Pour ce faire, l’artisan peut compter sur l’appui de son épouse Gaby et de deux jeunes collaborateurs. Le fils aîné est devenu architecte-paysagiste, tandis que le cadet de la famille a obtenu l’an dernier son brevet fédéral de boucher-charcu-

tier et s’apprête à passer ses examens de maîtrise. De quoi écrire de nouvelles pages dans l’histoire de la boucherie familiale? «Contrairement à certains de mes confrères, je suis plutôt confiant en l’avenir. Je reste persuadé que les artisans bouchers ont toute leur place, du moment qu’ils pratiquent leur métier avec sérieux et investissement envers leur clientèle.»

Erik Freudenreich

Nicolas et Gaby Bertschy: la passion de servir des produits de première fraicheur. LDD

Ces savoir-faire menacés

SELLIER ET FONDEUR DE CLOCHES

Le métal en fusion est chauffé à 1200 degrés. LDD

Si les paysans sont les traditionnels acheteurs de cloches, d’autres clients s’en servent comme décoration. Il reste une dizaine de fabriques dans le pays. Rencontre avec le patron de la maison Roulin, à Treyvaux.

C’est en 1966 que Pierre, le père d’Yvan, crée la sellerie Roulin, d’ailleurs très vite rejoint par son épouse Myriam. Ils rachètent ensuite en 1986 la Fonderie Albertano de Bulle à Jean Curty. Une union qui donne naissance à la Sellerie-Fonderie Roulin, à Treyvaux (FR). Leur fils Yvan rentre à son tour dans l’entreprise en 1988 et la reprend en 2009. Une histoire qui est avant tout familiale. Monique la sœur d’Yvan participe aussi à l’aventure, sa nièce Sophie, son épouse Nathalie et sa fille Amélie également, sans oublier des fidèles collaborateurs comme Daniel, passionné comme le reste de l’équipe, qui après plus de trente ans «fait pour ainsi dire, partie de la famille».

Artisanat de très haute qualité

L’entreprise propose cloches et sonnailles ou encore des «loyi», ces poches à sel portées par les armaillis, ainsi que des créations réalisées par des artisans de la région, comme des plateaux de fromage, des baquets à crème, des chaudrons en cuivre.

«Les cloches les plus épaisses et lourdes ont des sons plus clairs»

«Notre point fort: les cloches personnalisées en bronze de tailles différentes que nous réalisons dans notre fonderie.» C’est dans l’atelier de sellerie que sont fabriquées les courroies brodées en fonction de la demande. «Nous en créons pour des anniversaires ou d’autres occasions et ce sont souvent de véritables œuvres d’art», explique notre interlocuteur. Nous apprenons ainsi que l’on personnalise volontiers la courroie avec par exemple des photos d’une ferme, mais aussi de montagne, de chalet, de vache ou encore des armoiries de famille.

Yvan Roulin, la patron de l’entreprise familiale.

Les cloches sont fabriquées à partir d’un alliage composé de 80% de cuivre et de 20% d’étain. Le métal en fusion, chauffé à 1200 degrés est versé dans un moule en sable d’argile, marqué d’empreintes décoratives, enfermé dans une structure métallique. Les cloches sont ensuite refroidies démoulées, brossées et polies avant d’ajouter le battant et la courroie. Celles fondues à Treyvaux ont entre 6 et 30 centimètres de diamètre et pèsent de 100 grammes à 7 kilos. «Nous fabriquons environ 1200 cloches par an», continue

Yvan Roulin Et pour les prix, on compte de quelques francs, à plusieurs milliers si l’on inclut une courroie très ornée.

«Les différences de sonorité proviennent de la forme et de la grandeur de la cloche, les plus minces et légères ayant des sons plus graves et les plus épaisses et lourdes des sons plus clairs. Par ailleurs, avec la même forme, si le sable est plus tassé, il y aura moins de métal et le son sera plus grave et inversement», explique Yvan Roulin.

Pour des événements mémorables

Parmi les réalisations pour des événements mémorables, on citera une commande de plus de 650 cloches en 2008 pour les équipes participant à l’Eurofoot. En 2011, c’est une sonnaille réalisée avec une superbe courroie brodée qui a été commandée et offerte au Prince Albert II de Monaco, à l’occasion de son mariage, par un de ses anciens camarades d’études habitant Gstaad. Plus récemment, en 2016, une quinzaine de prix offerts lors de la Fête fédérale de lutte à Estavayer-le-Lac étaient des cloches fabriquées par la Sellerie-Fonderie Roulin. En 2021, ce sont de superbes sonnailles qui ont été réalisées avec de magnifiques

Il y avait plus d’une soixantaine de fondeurs en 1915 en Suisse. Il en reste aujourd’hui moins d’une dizaine

courroies brodées à l’occasion du 100e anniversaire des Armaillis de Gruyère. Plus généralement, il est courant d’offrir une cloche avec une belle courroie pour un anniversaire.

L’excellence comme leitmotiv

«Nous ne souhaitons pas fabriquer des grandes séries. Notre satisfaction: livrer un produit de grande qualité à nos clients», continue notre interlocuteur avec enthousiasme.

Cette détermination et cette passion, le visiteur les ressent immédiatement lorsqu’il observe chaque collaboratrice et collaborateur, œuvrer pour créer, puis livrer des produits d’exception.

Il y avait plus d’une soixantaine de fondeurs en 1915 en Suisse. Il en reste aujourd’hui moins d’une dizaine. Un travail ancestral qui se perpétue, mêlant artisanat et tradition.

Nous avons tous en tête les désalpes, lorsqu’à la fin de l’été, les vaches descendent de l’alpage et portent de superbes cloches aux courroies ornées. Un véritable plaisir!

Michel Bloch

www.cloches-roulin.ch

La Sellerie-Fonderie Roulin fabrique 1200 cloches par an. LDD

Les cloches sont composées d’un alliage de 80% de cuivre et de 20% d’étain. LDD

Peur de l’échec

LES DANGERS DE L’AUTOCRITIQUE ET COMMENT Y REMÉDIER

Signe avant-coureur

de la dépression, l’autocritique sévère fausse notre perception de la réalité et diminue nos chances de réussite, assurent les experts. Explications.

«Je ne travaille pas assez», «j’abandonne trop facilement», «je ne suis pas à la hauteur». Qui ne s’est pas déjà parlé de cette manière? Persuadés que l’autocritique nous pousse à nous dépasser et nous met à l’abri des «bulles d’excès de confiance», nous sommes très souvent nos critiques les plus féroces. Beaucoup se félicitent même de cette auto-flagellation et arborent leur sévérité envers eux-mêmes comme une Légion d’honneur. «Après tout, si on ne se surveille pas, qui va le faire?» interroge Emma Seppälä, auteure de «La piste du bonheur» (éd. deboeck).

Perdre ses moyens

C’est oublier qu’être trop dur avec soimême nuit au bien-être psychologique et compromet la réussite. «L’autocritique prive l’individu de son sens de l’initiative, détruit le pouvoir de son imagination,

freine son individualité et lui vole son autonomie», assure Napoléon Hill, auteur du best-seller «Réfléchissez et devenez riche». De son côté, Kristin Neff, professeure associée de développement humain à l’université du Texas, fait observer que l’autocritique est souvent un signe avant-coureur de la dépression. «Au lieu de motiver, elle empêche d’essayer, de peur d’échouer.» Elle ajoute que, dans notre cerveau, deux systèmes sont en compétition: l’un cherche la récompense, l’autre craint l’échec. Or, la peur de l’échec, quand elle est excessive, se met directement en travers de la réussite. Des recherches effectuées sur des athlètes ont ainsi démontré que la peur d’échouer peut faire perdre ses moyens au pire moment et inciter à abandonner face à un obstacle. «C’est l’exemple du coureur qui trébuche (et ne se relève pas) dans une course à laquelle il s’est préparé depuis des mois.» Au travail, elle peut

Dans notre cerveau, deux systèmes sont en compétition: l’un cherche la récompense, l’autre craint l’échec. LDD

être si anxiogène que l’on finit par tricher plutôt que d’apprendre. Ainsi, une étude conduite sur des entrepreneurs intitulée «Take the Money or Run? Investor’s Ethical Reputation and Entrepreneurs’ Willingness to Parner» montre que ceux qui ont excessivement peur d’échouer sont plus susceptibles d’accepter un partenariat douteux avec un investisseur peu respectueux de l’éthique.

Le fameux «lâcher-prise»

A l’inverse, rien n’est plus utile à qui entreprend une action difficile que de mettre en veilleuse ses exigences. Pour poursuivre avec la métaphore sportive, citons le cas de Yannick Noah qui, en décembre 1982, la veille d’une finale de tennis contre le Tchèque Tomas Smid, était sur la piste de dance d’une boîte de nuit toulousaine dans un état d’ébriété avancé. Contre toute attente, et surtout contre la sienne, le lendemain il gagne 6-3, 6-2,

Ollivier Pourriol, philosophe
«Le cerveau, libéré de toute inquiétude, l’athlète, plus reposé qu’il ne le croit, va pouvoir jouer dans un relâchement total»

sur ses lacunes, ce qui est pénalisant sur le plan psychologique. «Des recherches ont montré que notre cerveau possède un a priori négatif, poursuit Emma Seppälä. Dans notre esprit, le mauvais est plus fort que le bon.» Elle cite des recherches menées par Roy Baumeister qui suggèrent que cette tendance a peut-être contribué à la survie de notre espèce, en permettant une focalisation sur les dangers qui la menaçaient. «Mais aujourd’hui, cet a priori négatif, sur notre environnement comme sur nous-même, nous porte préjudice. On a tellement tendance à privilégier le négatif que notre vision de la réalité est biaisée.»

dans un état second. Quelle morale tirer de cette histoire? «Au lieu de gamberger seul dans sa chambre en pensant au match du lendemain et d’enchaîner sur une insomnie, faire la fête toute la nuit a permis à Yannick Noah d’oublier l’enjeu, analyse le philosophe Ollivier Pourriol, auteur de «Facile, l’art de réussir sans forcer» (éd. Michel Lafon). Le cerveau libéré de toute inquiétude, l’athlète, plus reposé qu’il ne le croit, va pouvoir jouer dans un relâchement total, puisqu’il n’a aucune attente. Sa relative indifférence au but lui permet de faire entièrement confiance à son corps, et d’expérimenter le fameux «lâcher-prise», une forme d’oubli de soi, de non-pensée, d’état zen spontané où on réussit tout parce qu’on ne vise plus rien.»

Un a priori négatif

Autre inconvénient de l’autocritique, être dur avec soi-même incite à se polariser

Jugez plutôt: une analyse de Shelly Gable et Jonathan Haidt suggère qu’alors que nous vivons trois fois plus d’expériences positives que négatives, nous nous polarisons sur les mauvaises. Si nous étions capables de voir les choses telles qu’elles sont, nous «souffririons» d’un a priori positif, puisque 75% de notre vie se passe plutôt bien! Mais, aveuglés par ce qui ne va pas, nous ne nous rendons pas compte de ce qui va. Sans parler d’en profiter... «Vis-à-vis de soi-même, la tendance est là même, note Emma Seppälä. Avant un entretien d’évaluation annuelle, on se souvient d’un projet bâclé ou d’une altercation avec son chef. Et lorsque votre manager vous complimente sur vos succès et vous fait part d’un ou deux points que vous auriez pu gérer différemment, vous allez sans doute ne retenir que ceux-là.» Last but not least, cet a priori négatif nous pousse à considérer nos succès comme allant de soi. «Les grands chercheurs, écrivains ou chefs ont travaillé dur des années. Pourtant, une fois le succès atteint, la satisfaction n’est souvent pas au rendez-vous. Pourquoi? Parce que l’on s’habitue à ce qui va bien.» Ces lignes évoqueront peut-être au lecteur une promotion ou une distinction publique ayant suscité une grande joie qui, au fil du temps et de l’habitude, s’est peu à peu estompée. En définitive, s’il ne s’agit pas d’ignorer ses faiblesses pour s’épargner une critique constructive, il y a une différence entre conscience de soi (être capable d’identifier ses faiblesses) et l’autoflagellation, qui ne fait qu’ajouter à la pression et empêche de donner le meilleur de soi-même.

Mathieu Quetglas

SOMMELIER EN ALTITUDE

Mathieu Quetglas vient d’être élu Meilleur sommelier de Suisse par le GaultMillau. Depuis l’hôtel Valrose, à Rougemont, où il officie, portrait d’un jeune homme talentueux et ambitieux.

Il n’y a rien à faire, prendre le train et se laisser porter en altitude vers des terres avoisinantes est une aventure exceptionnelle. Après une petite heure de voyage ferroviaire jusqu’à Montreux depuis Genève, un arrêt nous permet de changer de voie. Le fruit du hasard fait parfois bien les choses puisque nous embarquons dans la locomotive Belle Epoque, transportés vers notre destination et dans le temps, projetés en quelques virage à l’époque de l’Orient Express.

Alors que nous quittons les rives de la ville célèbre pour son festival de jazz, nous grimpons en direction de Rougemont (VD) où le sommelier de l’année GaultMillau nous attend. C’est dans le nouvel écrin culinaire de l’hôtel Valrose que le jeune prodige Mathieu Quetglas fait chavirer le cœur des amateurs de vin. Rencontre sous le signe de la nouveauté où les accords mets et vins font déjà fureur.

Cuisine ménagère

Enfant du sud de la France, il grandit sur les bords de Méditerranée dans la ville de La Ciotat. Toute son enfance est bercée par les doux arômes de la cuisine provençale: soupes au pistou, pieds paquets, daubes mijotées, artichauts à la barigoule. Une cuisine traditionnelle et gourmande qui forme son palais dès le plus jeune âge.

«C’est peut-être une cuisine ménagère

«Même s’il faut savoir s’adapter, je préfère faire découvrir une cuvée inconnue qu’un vin reconnu»

mais c’est une approche culinaire sincère», se remémore-t-il non sans émotion. Peu assidu sur les bancs d’école, la période estudiantine est loin d’être épanouissante pour ce doux rêveur qui très vite désire s’échapper du carcan scolaire. Rabaissé par l’intransigeance d’un professeur manquant cruellement de pédagogie, le jeune étudiant quitte le milieu scolaire animé d’un désir de revanche sur la vie.

L’hôtellerie lui tend les bras, mais ce n’est ni par dépit ni par obligation. Il découvre un univers qui le séduit avec une nette préférence pour la sommellerie, et ce dès la première journée porte ouverte de l’école. «Je suis immédiatement tombé sous le charme. La sommellerie est un mélange de voyages liés au terroir, d’échanges avec le vigneron, de découvertes avec le client et de relations étroites avec la cuisine. J’ai ce jour-là trouvé ma voie.»

Très à l’aise au sein de son nouvel environnement, il aime le côté théâtral d’une

Mathieu Quetglas avec son équipe de salle de l’hôtel Valrose. LDD / Amoiel

salle de restaurant. «Que ce soit pour une bouteille ou un plat, nous avons la chance et la responsabilité de raconter une histoire. Il ne sert à rien de faire ce métier si c’est pour être un simple poseur d’assiettes.»

Sommellerie 2.0

S’ensuit de prestigieuses expériences professionnelles qui commencent par les rives du lac d’Annecy au restaurant étoilé du Clos des Sens de l’inimitable chef Laurent Petit. Loin du confort de son école hôtelière, il apprend la dure réalité du métier. «Même si l’on s’y fait avec le temps, au début nous ne sommes jamais prêts pour affronter les difficultés quotidiennes de la restauration. Tant que l’on ne le vit pas, on ne peut pas savoir. C’est un métier de passion; soit tu l’aimes, soit tu le quittes.»

Grâce aux personnes qu’il côtoie, il se rend vite compte que la sommellerie est

un terrain de jeu aux multiples facettes. Mathieu Quetglas souhaite faire passer sa profession à l’ère moderne en l’amenant bien au-delà de la «simple» dégustation, de la construction d’une cave ou de la création d’accords mets et vins standards. «A notre génération de faire en sorte d’apporter un supplément d’âme à la sommellerie.»

En rentrant au restaurant de l’Hôtel de Ville de Crissier, il continue son impressionnante ascension viticole aux côtés de Benoit Violier derrière les fourneaux, de Louis Villeneuve en salle et de Michele Caimotto qui jongle avec les flacons. Le sommelier en devenir puise son savoir dans ce trio exceptionnel avant de suivre Jeremy Desbraux à la Maison Wenger. «J’ai vraiment appris la nécessité de comprendre et connaître parfaitement le client, ce qui nécessite une préparation et une anticipation du service à un niveau incroyable. Nous étions rarement

pris de cours.» Mathieu Quetglas goutte des vins d’exception, mais réalise rapidement que ce n’est pas forcément la voie qu’il souhaite prendre. Le sentiment de découverte passe bien avant la nécessité de l’étiquette. «Même s’il faut savoir s’adapter, je préfère faire découvrir une cuvée inconnue qu’un vin reconnu.»

L’hôtel Valrose vaut amplement le voyage, le détour, le déplacement et pour y aller tous les moyens sont bons. Cet établissement donne un véritable coup de fouet et un nouvel élan à une région qui semblait s’endormir et se reposer sur ses nombreuses institutions. «Tout en restant humble, nous souhaitons néanmoins réaliser de grandes choses», promet le sommelier. Avec un service de salle jeune et dynamique, orchestré par Mathieu Quetglas, l’avenir est prometteur pour cette maison qui n’a pas fini de faire parler d’elle.

Edouard Amoiel

Turn static files into dynamic content formats.

Create a flipbook
Tout l'immobilier Fribourg - Berne - Le bois c'est fantastique by CAPASCHOUD - Issuu