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La Ville de La Chaux-de-Fonds va acquérir une bâtisse emblématique de la cité horlogère. Ironie de l’histoire, il y a cinquante ans, elle avait autorisé sa démolition. 4-7

Commerce
Jacot, fleuron du chocolat haut de gamme
Logement Ces prix qui grimpent. L’étude du CIFI 16-17 12-13


La Ville de La Chaux-de-Fonds va acquérir l’Ancien Manège, bâtisse emblématique de la cité horlogère
8-15 Immobilier
Les stations de ski suisses en tête de l’indice des prix de l’immobilier alpin de luxe
Les prix des logements qui grimpent. Le CIFI fait le point
Chronique de Pedrazzini. Les prix immobiliers sont un leurre
16-17 Commerce
La maison Jacot, fleuron du chocolat haut de gamme
18-19 Emploi et formation
Quand le regard et le sourire parlent
20-21 Gastronomie
Trente années étoilées pour Philippe Chevrier
22-26 Culture
Immersion dans la photographie ornementale en architecture
Éditeur: IMMOBILIER.CH SA
Rédacteur en chef: Serge Guertchakoff DA et maquette: Agence EtienneEtienne Publicité: info@immobilier.ch Tél +41 22 307 02 20
Impression: CH Media Print AG Edition hebdomadaire
• Genève Région: tirage 143’000 ex. envoi ePaper 40’000 ex. Editions mensuelles
Vaud: envoi ePaper 40’000 ex.
• Valais: envoi ePaper 10’000 ex.
• Fribourg-Berne: envoi ePaper 10’000 ex.
• Neuchâtel-Jura: envoi ePaper 6’000 ex. Toutes les éditions sont disponibles sur immobilier.ch
De la rédaction



La société Kasperskian qui produisait du caviar «durable» à La Souste, près de Loèche (VS) a cessé toute activité en 2019. L’installation haut-valaisanne, avait coûté 30 millions de francs, investis notamment par l’ancien président de Nestlé Peter Brabeck-Lethmathe. Elle permettait d’élever des dizaines d’esturgeons sans procéder à leur mise à mort. Des échographies étaient pratiquées sur les femelles pour savoir à quel moment elles étaient prêtes à pondre. Elles étaient ensuite massées à la main pour provoquer l’arrivée des précieux œufs noirs, un travail nécessitant une main d’œuvre coûteuse. L’usine de caviar a été reprise en 2020 par Swissfish. Basée à Lyss (BE), elle élève des sandres en piscines intérieures grâce à un système de recirculation d’eau. Particularité, elle est la seule en Europe à pratiquer l’ensemencement naturel dans des nids.
Alors que du côté du Paléo Festival, Daniel Rossellat se refuse à tout commentaire, une rumeur circule à propos du montant du cachet que devrait toucher le chanteur belge Stromae. Ce dernier devrait percevoir le plus gros cachet du festival, soit environ 1 million de francs. Un montant qui sera vite amorti avec la mise en vente des billets dès le 1er décembre pour ce concert de clôture prévu le dimanche 24 juillet. Quoiqu’il en soit, ce concert permettra de marquer le retour du génial chanteur belge après sept années d’absence sur scène.
Alors qu’il avait assuré l’assistance technique de son fils Nicolas plusieurs années de suite au Paris-Dakar –ce dernier a couru quatre fois en catégories moto et une fois en SSV (buggy) -, Peter Brabeck-Letmathe pilotera lui-même une Mitsubishi 4 x 4 au prochain rallye qui se déroulera du 2 au 14 janvier en Arabie saoudite. L’ancien président de Nestlé, qui est aussi pilote d’avion et d’hélicoptère, s’est entraîné cet automne dans le désert marocain en compagnie de son fils. La voiture à plaques britanniques, qui a déjà participé au Dakar dans le passé, ne portera pas les couleurs de la multinationale valaisanne mais celles de sa société familiale. Ancien administrateur du géant pétrolier Exxon, Peter Brabeck reste sceptique face aux véhicules tout-électriques.
Le premier réseau de cabinets vétérinaires de Suisse romande a changé de mains. Swissvet Group, qui réunit 12 cabinets vétérinaires, dont deux à Yverdon et Sainte-Croix (VD), et emploie 110 collaborateurs, a été cédé au britannique VetPartners qui possède déjà 160 cliniques vétérinaires au Royaume-Uni, mais aussi en Italie, en France et en Allemagne. Ce dernier compte plus de 6000 employés répartis sur près de 550 sites.

Une somptueuse cour intérieure, surmontée d’une verrière, parmi les plus intéressantes et étonnantes de Suisse. J.-B. Vuillème
Les autorités communales s’apprêtent à acquérir un bâtiment extraordinaire et emblématique de la cité horlogère datant de 1857. Ironie de l’histoire, il y a cinquante ans, elles avaient autorisé sa démolition...


IUne action citoyenne exemplaire aboutit à la constitution d’une société coopérative qui parvint à racheter l’immeuble en 1985, puis à lui rendre sa splendeur
Autres temps, autres mœurs. Décembre 2021. Le conseiller communal Théo Huguenin-Elie, directeur de l’urbanisme et des bâtiments, énumère dans son bureau les trois raisons qui poussent la Ville à acquérir l’Ancien Manège.
Trois bonnes raisons
l est de joyeux retournements de l’histoire. En 1982, la Ville de La Chauxde-Fonds avait donné le feu vert à la démolition de l’Ancien Manège, une vieille bâtisse négligée par son propriétaire au point, estimait-elle, de donner une mauvaise image de la cité. Ce négligent lâcha le morceau et un nouveau propriétaire demanda et obtint l’autorisation de démolir en vue d’ériger un grand parking. Mais c’était sans compter sur la mobilisation, la détermination et l’endurance d’un groupe de citoyens conscients de la valeur architecturale de cet édifice. Un étudiant nommé Marc Emery, qui devint plus tard responsable du patrimoine cantonal, consacra son travail de diplôme à l’ancien bâtiment et lança une pétition à l’enseigne de «Sauvons le Manège». Cette action citoyenne exemplaire aboutit à la constitution d’une société coopérative, forte de 500 membres, qui parvint à racheter l’immeuble en 1985, puis à lui rendre sa splendeur, à mettre des surfaces en location et à animer cet espace restauré, notamment sa somptueuse et surprenante cour intérieure. >>
Il y a d’abord l’enjeu patrimonial de sauvegarde et de conservation à long terme, puis, en ordre décroissant, la valorisation du lieu dans la continuation du travail accompli par la coopérative et enfin l’enjeu financier. «L’Ancien Manège abrite une structure d’accueil parascolaire, ce qui fait de la Ville un des plus gros locataires de la coopérative, précise l’édile. Nous avons un intérêt financier à être dans nos murs et à devenir propriétaire de la douzaine d’appartements et bureaux de ce remarquable bâtiment, qui abrite aussi une brasserie.» La vente devrait intervenir au cours du premier trimestre 2022 pour une somme, convenue avec la coopérative, de 2,7 millions de francs. Les objets immobiliers dits de «rendement» (immeubles locatifs communaux
notamment) étant de sa compétence, le Conseil communal n’a pas besoin d’un vote du Conseil général pour procéder à cet achat. Ses commissions immobilière et foncière, ainsi que la commission financière, ont toutefois donné leur aval, à l’unanimité, sachant que le rendement attendu doit permettre une opération autofinancée.
Sauveur repenti
Dans l’immédiat, promet le conseiller communal, rien ne changera pour les locataires, qui ne doivent pas s’attendre à des augmentations. Du côté de la coopérative, il apparaît clairement que la Ville de La Chaux-de-Fonds est aujourd’hui la mieux placée pour assumer l’objectif de protection, de conservation et de valorisation du bâtiment. Avec le temps, les tempes des coopérateurs ont blanchi et certains ne sont plus de ce monde. Des nouveaux sont venus, ils ont donné de leur temps et de leur énergie. Mais ils sont de moins en moins nombreux, et moins encore à loger sur place. Les pionniers des débuts se sont mués en gestionnaires du lieu. Ainsi, le démolisseur d’hier est aujourd’hui perçu comme un sauveur pour la postérité de l’Ancien Manège. Ce rachat, qui protège la bâtisse de toute visée spéculative, signifiera aussi la disparition de la coopérative.
Cette demeure historique abrite depuis peu une «maison du terroir», première du genre dans le canton de Neuchâtel. Le restaurant-brasserie, converti au commerce de proximité, mise sur les produits locaux. Cette nouvelle entité propose diverses animations dans la cour intérieure. La Ville a-t-elle des intentions déjà déterminées? «Tout reste ouvert», répond Théo Huguenin-Elie, qui songe à diverses animations culturelles et festives, dans l’esprit de celles mises sur pied par la coopérative. Et d’imaginer des résidences d’artistes, ou encore des appartements pour étudiants et une collaboration avec l’université lorsqu’une liaison ferroviaire directe mettra La Chaux-de-Fonds à quinze minutes de Neuchâtel, à l’horizon 2035. L’important, c’est que le formidable potentiel culturel et touristique de ce bâtiment ne connaisse pas un nouveau déclin et que l’histoire ne se répète.
Jean-Bernard Vuillème



Une façade extérieure plutôt banale.
Le Manège avait été inauguré le 31 juillet 1857, «avec une représentation du cirque Schlegel», précisent Katrin Kaufmann et Helen Wyss, co-autrices d’un récent fascicule historique dédié à l’Ancien manège. Edifié alors que La Chaux-de-Fonds connaissait un fort essor économique, le bâtiment s’est vite trouvé contrarié par l’avènement du train, rendant moins impérative la nécessité de savoir monter à cheval, mais aussi par les fortes dépenses d’entretien, notamment en personnel, requises par ce genre d’installation. Racheté en 1864 par l’ex-président de la Société du manège, G.-E. Boch, le bâtiment fut transformé en locatif dès 1868. Il est appelé Ancien Manège depuis cette reconversion.
L’appartenance des locataires au monde ouvrier, l’organisation spatiale des appartements autour de la splendide cour intérieure, richement décorée, aux allures de palais, et le fait que la population était alors majoritairement acquise aux idées nouvelles, ont donné à penser que la conception de l’Ancien Manège aurait un lien de parenté avec le familistère de Guise, exemple d’architecture sociale inspirée par les idées de Charles Fourier. Peut-être, mais Katrin Kaufmann et Helen Wyss notent qu’à part des loyers abordables, «l’Ancien Manège n’offrait aucune des infrastructures sociales» présentes dans le familistère de Guise. Contraste entre des façades extérieures d’apparence banale et une cour intérieure somptueuse surmontée d’une verrière, parmi les plus intéressantes et étonnantes de Suisse, il ne fait pas de doute qu’il s’agit d’un joyau architectural hors du commun. J.-B. V.
Etude Knight Frank
La 13e et dernière étude de la société internationale Knight Frank indique qu’en 2021, les stations de ski suisses ont pris la tête de l’indice des prix de l’immobilier alpin de luxe.

«Après dix-huit mois d’agitation et deux saisons de ski perdues, la montagne est le lieu incontournable où s’évader, relève Kate Everett-Allen, responsable de la
recherche résidentielle internationale chez Knight Frank. Si les réservations de locations immobilières sont un indicateur clé de la demande de vente, nous nous attendons à une saison 2021-2022 active. Le défi sur certains
marchés, tels que les stations suisses de St-Moritz et Verbier, est désormais la pénurie de stock.»
Comme le relève le communiqué de presse de Naef Prestige, on assiste à une hausse de la demande en matière d’achats d’une résidence de ski en raison de la pandémie: 18% des acheteurs mondiaux l’envisageaient en juin 2021, contre 11% en décembre 2020. Le Global Buyer Survey confirme cette tendance avec la clientèle asiatique: 22% envisagent une telle acquisition. «Le moment est opportun, étant donné que le monde entier se prépare pour les Jeux olympiques d’hiver de Pékin en février 2022. Les experts de l’industrie du ski estiment depuis longtemps que l’Asie joue un rôle essentiel pour l’avenir de ce sport, en contribuant à accroître la population mondiale de skieurs», ajoute Kate Everett-Allen. Un constat que confirme Jacques Emery, à la tête de la division Naef Prestige: «A ma connaissance, tous les chalets et les appartements de haut standing sont d’ores et déjà loués à Verbier entre Noël et Nouvel An. Et le constat est quasiment
INDICE DES PRIX DE L’IMMOBILIER DE LUXE ALPIN 2021 (chalet de 4 chambres avec situation en plein centre)


identique en ce qui concerne le reste de la saison. Je constate également qu’un des impacts de la Lex Weber a été de favoriser la construction de résidences hôtelières. Or les ressortissants étrangers sont intéressés à investir dans ce type de biens.»
St-Moritz en première place Knight Frank a élaboré un indice des prix de l’immobilier de luxe alpin en se basant sur 20 stations suisses et françaises. Cet indice est basé sur un chalet de quatre chambres au bénéfice d’une situation idéale en plein centre. Les stations de ski suisses ont pris la tête de cet indice à la fin du second trimestre 2021, ceci pour la première fois depuis trois ans. L’explication des chercheurs de Knight Frank: «Cette situation est induite par une pénurie de stock et une forte demande suisse. Mais la pandémie a également mis en lumière les avantages de l’indépendance de la Suisse. La capacité du pays à fixer ses propres réglementations de voyage, sa décision de rouvrir ses stations de ski en décembre 2020 (unique en Europe) et
Verbier a atteint un prix de vente record de 30'000 francs du m2 pour un appartement à la revente
sa gestion globale de la pandémie ont vivement renforcé son attrait.»
L’étude révèle que St-Moritz occupe la première place de cet indice. «En juin 2020, quelque 90 résidences de ski étaient disponibles à l’achat, un an plus tard elles ne sont que 20, ce qui a inévitablement impacté les prix. La situation est similaire à Verbier où certaines propriétés ont été vendues à plus de 12% du prix affiché. La station a également atteint un prix de vente record de 30'000 francs du m2 pour un appartement à la revente.»
Report de certaines transactions
Comme l’explique Alex Koch de Gooreynd, responsable du bureau international Knight Frank pour la Suisse, «les potentiels vendeurs ont mis leur bien en location et les parents qui envisageaient de vendre ont mis leurs projets en attente car leurs enfants et autres proches ont voulu profiter des Alpes ces douze derniers mois». Bref, les professionnels du secteur espèrent assister à un «rétablissement des niveaux de stock de biens en vente».


En France, on se rappelle que les stations de ski n’ont pas eu l’autorisation de faire fonctionner leurs remontées mécaniques. Néanmoins, les propriétés ont tout de même continué à changer de mains. «Chamonix (6,1%) et Megève (4,7%) se sont avérées être les premières stations de France, principalement en raison de leur facilité d’accès depuis des villes telles que Milan, Turin et Genève, ainsi que de leur valeur relative.»
«Les stations de moyenne altitude avec un mix d’activités constituant une base idéale toute l’année séduisent un éventail plus large d’acheteurs», explique Roddy Aris, responsable du bureau international Knight Frank pour les Alpes françaises. La station la plus chère de France reste Courchevel 1850, pas étonnant que le groupe Ultima s’y soit installé. «C’est sans doute le marché refuge des Alpes françaises. Les acquéreurs savent qu’ils accèdent à l’une des stations de ski les plus prisées au monde, avec des prestations de service et des infrastructures de premier ordre. Le défi consiste à trouver le stock nécessaire», confie Roddy Aris.
La tranche de prix entre 4 et 8 millions d’euros est la plus prisée.
Idéal pour le télétravail?
Comme le confirment l’ensemble des professionnels de l’immobilier, le télétravail a connu un boom grâce à la Covid-19. Reste qu’il faut pouvoir bénéficier d’une connexion haut débit. C’est dans ce contexte que Knight Frank a décidé de créer son propre système de monitoring des stations idéales pour le télétravail à l’intention des personnes qui envisagent de déménager. «Nous avons classé les stations alpines en mesurant la vitesse du haut débit, le choix des commodités par station, la proximité d’un aéroport et le degré d’ouverture aux acheteurs non-résidents.» Chamonix arriverait en tête, devant Megève et Villars-sur-Ollon. Cela étant, l’équipe basée à Londres n’est pas toujours parfaitement renseignée. Ainsi, lorsqu’elle indique faussement que le Magic Pass donne accès au domaine skiable de Crans-Montana. Bonne lecture! S. G.

Etude CIFI
Jusqu’à quels sommets grimperont les logements suisses? Cela dépend des terrains constructibles. A ce titre, Fribourg est favorisé, relève la dernière étude CIFI.
Le rêve de devenir propriétaire d’une PPE ou d’une villa reste un mirage pour la plupart des résidents suisses, constate le groupe de conseil du secteur immobilier CIFI (IAZI en allemand). Les obstacles pour entrer au paradis des propriétaires sont nombreux, à commencer par les taux théoriques de 4 à 5% pour calculer la charge supportable lors de l’octroi d’un prêt hypothécaire. Et aussi par le prix des logements qui a considérablement grimpé. Le CIFI indique une hausse de 5,5 % en moyenne en Suisse en 2020, voire 7,9% à Genève, 4,6% en Valais et 4,5% dans le Pays de Vaud.
L’exemple fribourgeois
Outre le canton de Neuchâtel qui s’en sort bien avec une hausse limitée à 1,6 % (mais gare aux impôts!), les Fribourgeois ne sont pas trop mal lotis avec seulement 5,3 % d’augmentation sur un an, alors que le canton affiche une croissance de sa population la plus plus rapide de Suisse avec 40% depuis 1988. La ville de Bulle en est un exemple. La Suisse ne compte que 8% de son territoire pour y construire de l’habitat
et ses infrastructures, alors que l’agriculture représente 36%, la forêt 31% et les lacs rochers et glaciers près de 25% du territoire. Sur une carte, l’habitat total représente une petite partie des Grisons! La perspective d’une Suisse à 10,5 millions d’habitants à l’horizon 2040 n’est pas rassurante.
Ne pas acheter n’importe quoi Qui dit plus d’habitants devrait dire hausse des prix du logement. Pas partout et pour plusieurs bonnes raisons: ainsi le canton de Fribourg dispose d’un terrain non-construit encore vaste et cela a permis l’activité de construction la plus forte. Le marché immobilier a pu ainsi absorber la croissance de la population sans trop faire grimper les prix. «Les montagnes ne montent pas jusqu’au ciel», dit le proverbe chinois. Tout montagnard sait qu’on finit par redescendre, une fois le sommet atteint. Reste à savoir quand il faudra aborder une descente que l’on ne souhaite pas vertigineuse!
Depuis l’apparition du coronavirus en 2020, les villas ont enregistré une hausse des prix de 5,8%: «Il s’agit de



Évolution prix des
Évolution des prix des logements
Evolution du prix des logements
Depuis le corona (T1/2020-T3/2021)
Depuis le coronavirus (T1/2020-T3/2021)
Depuis le corona (T1/2020-T3/2021)
District de Delémont + 8%


Canton Neuchâtel + 4%


District de la Broye + 9%


District de Lausanne + 4%


Canton Genève + 9%


District de Sion + 5%


«Le marché immobilier s’impose comme une valeur refuge»


















Source: CIFI, AFC (revenu imposable)
Le rêve d’une petite maison à la campagne a été boosté par le Covid. Dans le même temps, les propriétaires plus âgés n’ont pas trop envie de quitter leur logement. De nombreuses villas disparaissent aussi du marché pour construire un immeuble de rapport plus rentable. D’où une forte demande confrontée à une offre limitée et les prix prennent l’ascenseur: «Les régions où il n’est plus possible d’acquérir une maison de 140 m2, âgée de dix ans et en bon état, pour moins d’un million de francs ne cessent de s’agrandir, commente le professeur Donato Scognamiglio, CEO de CIFI. On y trouve la vaste région zurichoise, Berne, Genève, la région lémanique et celle entourant les stations les plus renommées: «Mais les acheteurs nagent souvent en plein brouillard. Ils sont prêts à acquérir un bien immobilier n’importe où, plutôt que de devoir payer des taux négatifs à leur banquier. Quand le brouillard se sera dissipé, ils réaliseront que leur maison est... en Thurgovie», ironise le professeur de l’Université de Berne qui vit à Zurich.
Mieux vaut être propriétaire que locataire


La hausse moyenne des prix des logements en 2020 est de 5,5% en Suisse; 7,9% à Genève, 4,6 % en Valais et 4,5% dans le canton de Vaud
la plus forte croissance annuelle depuis début 2013, note le CIFI lors de son premier congrès financier et immobilier organisé en Suisse romande, au Musée cantonal à Lausanne.
Les appartements par étage sont à peu près au même niveau avec 5,1%.
La croissance des prix a été particuliè -
rement marquée dans les régions périphériques de la Suisse, soit dans les Grisons et le Jura (+ 8% à Delémont), mais aussi à Genève. Dans le canton du bout du lac, il faut compter 29 revenus annuels moyens pour devenir propriétaire (sans aucune hypothèque). A Sion, il en faut 12 (voir graphique).
La Suisse est un pays de locataires. Et pourtant avec les taux hypothécaires historiquement bas, l’achat d’un logement est bien plus avantageux que sa location. Une fois surmontés les nombreux obstacles avant d’apposer sa signature chez le notaire, il est possible d’économiser des centaines de francs chaque mois.
Avec une hypothèque à taux fixe d’environ 1,3%, un financement à 80%, les frais d’entretien et l’impôt sur la valeur locative, un appartement en PPE de 115 m2 situé à Genève coûte 2,05 millions de francs. Les frais d’hypothèque, d’entretien et l’imposition s’élèvent à 2483 francs par mois. La location d’une surface comparable coûterait 3150 francs, ce qui correspond à une économie pour le propriétaire de 667 francs par mois: «Actuellement les particuliers sont doublement frappés par l’inflation, relève le CIFI. A la fois par les taux négatifs qu’ils doivent payer sur leur épargne au-delà d’un certain montant et par l’argent qui perd de son pouvoir d’achat. C’est là que le marché immobilier s’impose comme une valeur refuge.»
Olivier Grivat
Chronique
Les prix ont doublé depuis vingt ans. C’est exact. Aussi vrai que la Bourse suisse, qui produit en plus des dividendes. Sauf qu’en matière d’immeubles, il y a une nuance qui n’est pas neutre: le prix de l’emprunt, de l’hypothèque, son risque. Pour la pierre, Il ne faut jamais mesurer le prix, mais le coût.
C’est le propos ici.

Lorenzo Pedrazzini, fondateur de Colliers Int. Suisse SA et administrateur d’AMI Int. Suisse SA. Auteur de cinq ouvrages de référence portant sur l’investissement immobilier et chroniqueur régulier dans plusieurs médias suisses et étrangers.
Prix ou coût, ce n’est pas la même chose. Le prix, c’est la mesure d’un échange, à un moment donné. Le coût, c’est l’ensemble des frais liés au financement, au moment de la transaction et jusqu’à son amortissement, si on recourt à la dette. Quand Monsieur Lambda achète sa maison, il recourt spontanément à la dette. Hypothécaire ou autre. Il s’engage donc à payer un loyer à son créancier, sur une durée longue, voire pour l’éternité (on amortit très peu en Suisse).
Approximations
Ici, la démonstration sera très sommaire, pour une raison de commodité. Nous sommes bien conscients des approxi-

mations (retenues pour plus de clarté) que sont le refinancement de la totalité du prix (plutôt que 80%), la durée arbitraire du calcul (vingt ans), la liberté de revoir les conditions du prêt dans cette durée, l’effet fiscal, les coûts d’entretien et d’assurances, l’effet des taux composés, l’inflation, le coût d’opportunité d’investir dans d’autres actifs... Admettons, pardonnons ces raccourcis. Lambda, en achetant en 2001 – disons pour un prix de 100.-, avec un taux d’intérêt de 4,25% (c’était le taux hypothécaire de référence de l’époque) –, acceptait de facto dans son calcul initial de supporter un coût de 4,25 francs par an. Alpha, sa voisine acquit le même objet en 2021, mais pour un prix de 200.. 100%

plus cher que son voisin. Mais avec un coût de refinancement de 1%. Son calcul initial se fonde donc sur l’opportunité de payer 2.-/an d’intérêts par an. Au moment de la «décision» d’acheter, rappelons que le premier endossait un coût financier de 4,25 francs par an, la seconde de 2.-. L’un et l’autre n’étant pas devins, le premier assumait un risque de taux hauts (il s’est trompé), la seconde, celui d’une remontée de taux, au pire, et ce n’est pas certain (on suppose, on verra).
Lorsque l’on achète pour soi, en, Suisse, c’est pour longtemps. Nous ne vivons pas dans une logique anglo-saxonne où chaque ménage n’hésite pas à vendre et racheter. Notre marché est
plutôt figé. Cela posé, sans calcul savant ou abscons, imaginons le coût d’investissement si on retenait, dans ces deux exemples, trois composantes de l’investissement: le prix d’achat, la somme des intérêts, sur une durée longue (vingt ans, ce qui n’est pas excessif), et le risque de soubresaut des taux hypothécaires.
Comparaison
Lambda aura acheté à 100 et assumé un risque de payer 20 x 4,25 francs (85.en vingt ans), soit 185 au total. Alpha a acheté 200.- en assumant de payer 20 x 2.-, soit 240 au total. Différence, hors effets fiscaux: 55.-, ou 29,7% en faveur du premier. Et pas 100%, si on ne re -
Comparer les «prix d’avant», c’est aussi stupide que de se rappeler qu’on avait «presque» attrapé un train qui est parti sans nous
tient que les prix d’achat. Certes, entretemps, Lambda aura renégocié son crédit, mais aussi, sa voisine, épargné sur les marchés liquides, la Bourse ou ses assurances. Ces positions se compensent, ou presque.
Tout cela, la démonstration est critiquable, mais elle est aussi critique, ce n’est rien d’autre que les calculs de baignoires qui se remplissent, ou se vident. Comparer les «prix d’avant», c’est aussi stupide que de se rappeler qu’on avait «presque» attrapé un train qui est parti sans nous. Restait l’auto-stop. Personne n’y pensait.
En conclusion, les prix mentent. Pas les coûts.
Lorenzo Pedrazzini
Haute chocolaterie artisanale
Depuis plus de septante ans, la célèbre maison s’est imposée dans le haut de gamme tout en restant profondément artisanale. Ses douceurs personnalisées séduisent de nombreuses entreprises, notamment horlogères.

Dans le Val-de-Travers, tout le monde ou presque connaît les chocolats Jacot. L’histoire de l’entreprise commence en 1949, lorsque Marcel Jacot, boulanger-confiseur, crée une biscuiterie à Noiraigue. Si la bourgade est relativement paisible aujourd’hui, les commerces florissaient à l’époque, notamment pour ravitailler les participants aux bals musettes qui s’y tenaient fréquemment. Après plusieurs an-
nées d’activité, Marcel Jacot tombe malade. Il demande de l’aide à son fils Francis, qui travaille alors à la chocolaterie Rohr, à Genève. Père et fils décident d’abandonner les biscuits pour se concentrer sur le chocolat. C’est alors que naît la marque de fabrique de la maison: la confection de chocolats personnalisés, à destination notamment des entreprises. La première cliente est une manufacture horlogère bien connue dans la région. Les années

passent. Francis Jacot poursuit l’activité et agrandit la chocolaterie. Lorsque c’est son tour de prendre sa retraite en 2013, il remet l’entreprise, tout en restant actionnaire. Par la suite, la chocolaterie connaît des problèmes de gestion et se retrouve presque en faillite. Un trio d’investisseurs la sauve en 2018. Parmi eux, un Vallonnier, ainsi que Daniel Knöpflel, actuel CEO de l’entreprise.
Lieux de passage et ancrage historique
Le premier véritable point de vente de chocolats Jacot a ouvert à Fleurier il y a une vingtaine d’années seulement, dans les locaux d’une ancienne épicerie. Avant cela, les clients allaient acheter leurs friandises directement sur le site de production. Avec le temps, le succès est toujours au rendez-vous. L’un des fidèles clients du magasin vient spécialement de Zurich pour s’approvisionner. Aujourd’hui, l’enseigne a aussi une boutique en ville de Neuchâtel, un point de vente dans le magasin Manor du centre commercial de Marin et une boutique à Lausanne. «Nous essayons de nous placer dans des endroits fortement passants. Mais notre ancrage au Val-de-Travers reste fort», explique Sophie Knöpfel, res-


niveau de raffinement, assorti d’un solide savoir-faire. LDD
La maison projette d’ouvrir un nouveau point de vente à Môtiers qui sera conçu comme un musée de la haute chocolaterie

A Noiraigue, le bâtiment où tout a commencé. LDD
ponsable des ventes et du marketing de l’entreprise. Preuve en est, la chocolaterie Jacot projette d’ouvrir un nouveau point de vente à Môtiers à la fin 2022, dans une ancienne grange inoccupée depuis une centaine d’années. «Il s’agit d’un endroit très bien situé, à proximité du Musée de l’absinthe et des caves Mauler, qui attirent beaucoup de touristes. S’établir là sera une occasion de développer des interactions avec d’autres acteurs économiques de la région», dit Daniel Knöpfel. Le futur site est conçu comme un musée de la haute chocolaterie, interactif, où les visiteurs pourront assister à des démonstrations de confection de chocolat, afin d’apprécier la complexité d’un tel art. Et en déguster bien sûr.
Qualité et fidélité
Car le chocolat Jacot relève d’un haut niveau de raffinement, assorti d’un solide savoir-faire. Le maître chocolatier qui officie entre ses murs, Blaise Descombes, est arrivé dans l’entreprise en 1985. Des nouveautés sont proposées en permanence, mais certaines recettes n’ont pas changé depuis des années. Cacao exquis, dont la fève ancestrale criollo, lait et crème de la région: un soin particulier est apporté à la qualité des produits et
à leur provenance locale. Cette exigence n’est évidemment pas possible pour le cacao, mais le fournisseur est cependant le même depuis le début de l’activité de la chocolaterie.
Et les entreprises clientes se révèlent également fidèles, pour certaines depuis plus de vingt ans. Celles de secteurs particulièrement variés font désormais appel à la chocolaterie Jacot: du carreleur au paysagiste, en passant par les garages automobiles, des banques et les vendeurs de vélos. Et naturellement, la haute horlogerie. Le lien entre les deux est certes historique, mais il repose aussi sur des compétences et des savoir-faire identiques: un haut niveau de détail, de précision et d’exigence. Très attachée à son berceau de Noiraigue, l’entreprise produit toujours ses chocolats dans le bâtiment où tout a commencé, même s’il a été agrandi. «Nous ne cherchons pas à devenir un grand groupe avec une immense structure, mais à rester un acteur de choix dans la haute chocolaterie artisanale», dit Sophie Knöpfel. A côté des salles de production, une équipe d’employés emballe à la main les douceurs tout juste démoulées. Une production artisanale, d’un bout à l’autre. Stéphanie de Roguin
Comment contrôler notre communication non verbale et interpréter celle des autres ?
Quelques solutions de bon sens en ce qui concerne le sourire, le regard et... les odeurs.
Le sourire. Nous ne sommes évidemment pas responsables de la tête que nous avons, mais bien de celle que nous faisons ! Le pouvoir du sourire est immense et crée une ambiance propice à une saine communication. Si nous nous sommes levés « du pied gauche », (certes, il y a plus glamour comme expression !) cela peut arriver à tout le monde, décidons que les autres ne méritent vraiment pas de pâtir des effets d’une mauvaise humeur passagère.
Relativisons la situation, attachons de l’importance à ce qui en a, convenons que l’appétit vient en mangeant et sourions. Par chance le sourire est contagieux et le nôtre, par effet de mimétisme, va souvent se retrouver sur le visage de la personne qui nous fait face et contribuer à créer une spirale positive. A quand l’enseignement du sourire à l’école ? Celui de notre interlocuteur explique sa satisfaction, son plaisir d’être avec nous.
Et s’il préfère s’en abstenir, parce que la vie n’est pas toujours un long fleuve tranquille, offrons-lui le nôtre. Attention au sourire figé, avide, mécanique, forcé ou moqueur qui relève de la famille des rictus. Voici une petite anecdote peutêtre véridique. Une personne attend avec un numéro de passage qui est le 24. Devant lui une femme se retourne et dit : « Monsieur, voulez-vous passer à ma place ? La personne du guichet vers lequel je dois me rendre n’est jamais de bonne humeur et je préfère un(e) autre de ses collègues. »
Petite flamme qui brille ou désintérêt
Le regard émet des messages qui correctement décodés vont indiquer chez nous ou chez notre vis-à-vis, tout ou son contraire ; comme le plaisir d’être avec l’autre ou l’indifférence, la bienveillance ou une certaine dureté, la compréhension ou encore l’incompréhension,
Le
meilleur dictionnaire du regard est notre
Le sourire est contagieux et le nôtre, par effet de mimétisme, va souvent se retrouver sur le visage de la personne qui nous fait face et contribuer à créer une spirale positive
sens de l’observation. LDD
l’intérêt pour le sujet avec cette petite flamme qui brille dans les yeux ou le désintérêt. Nous allons déchiffrer ces états d’âme chez notre interlocuteur en étant conscient qu’il va faire de même. Il va réduire le contact visuel s’il s’ennuie ou n’approuve pas et s’il regarde ailleurs, c’est que vous avez perdu son attention. Le meilleur dictionnaire du regard est notre sens de l’observation.
Le soussigné, grand sportif, dans ses rêves, passait récemment devant une superbe boutique en revenant d’un footing, vêtu d’un short et d’un polo. Dans la vitrine, il aperçoit un chemisier qui allait plaire à son épouse. Bien décidé à en faire l’acquisition, il pénètre dans le magasin. La vendeuse avisant sa tenue, le toise d’un air hautain et avant qu’il ait pu ouvrir la bouche, lui indique que les soldes sont au sous-sol. Le même soussigné y jette un œil et dit à Madame Revêche : « C’est encore trop cher pour moi ! » Puis, dépité, il quitte les
lieux. Léonard de Vinci écrivait que « les yeux sont la fenêtre de l’âme ». Nous n’avons pas prévu d’interpréter ici le regard énigmatique de la Joconde, mais conviendrons que la qualité du contact visuel joue un rôle considérable dans la qualité d’un dialogue. Il y a une véritable « danse des regards » dans un entretien harmonieux.
L’odeur créatrice d’image
Les odeurs nous mènent par le bout du nez. Une odeur de pain au chocolat, une odeur de cuir... et hop, nous pénétrons dans la boutique, comme attirés par un aimant invisible. Ce que nous sentons agit donc sur nos actions. Autre exemple, un lieu bien aéré véhicule une image de dynamisme, de modernisme. Au contraire, une odeur de poussière, voire de renfermé peut faire penser que le temps a passé et que l’entreprise est justement dépassée ! L’odeur est donc créatrice d’image.
Et puisque communiquer est une question de relations interpersonnelles, posons-nous la question de savoir si nous devons attirer l’attention de l’autre par notre propre odeur. Tous les goûts sont certes dans la nature, mais soyons absolument conscients que les odeurs peuvent fortement impacter la communication. Aux deux extrêmes, certaines sont presque envoûtantes, d’autres donnent envie de fuir. Une chose est certaine d’immenses potentiels de gains résident dans l’olfactif.
Pour conclure, l’objectif n’est pas de « sur-interpréter » ni de décoder tous azimuts le « fonctionnement » de notre interlocuteur. La démarche relève d’avantage de la détermination de tisser des relations de qualité, d’améliorer notre impact professionnel sur les autres, en associant à notre sens de la psychologie, celui de l’observation.
Michel Bloch
Le chef Philippe Chevrier fête 30 ans d’étoiles qui étincellent au-dessus de son Domaine de Châteauvieux. Une fierté qui se pare d’humilité pour le cuisinier et sa garde rapprochée.

Damien Coche, Philippe Chevrier, Claryce et Nicolas Turin. LDD
Sans tourner autour du fourneau, réussir à maintenir des étoiles Michelin pendant trois décennies est tout simplement un exploit. Un témoignage fort qui récompense une persévérance rare, une solidarité humaine et une régularité d’exécution sans égal. Tel un chef d’orchestre menant ses musiciens au gré de ses compositions
culinaires, Philippe Chevrier n’en finit pas de séduire les gastronomes adeptes de sa cuisine. Le produit roi, les cuissons chronométrées à la seconde et les sauces diaboliquement généreuses sont depuis le début la ligne conductrice du patron de Châteauvieux qui suit son incroyable parcours avec la même rigueur et la même passion. Alors qu’il a fêté ses
«J’ai eu la chance, tout au long de mon parcours, d’avoir toujours été bien entouré»



60 bougies cette année, le cuisinier n’est pas près de rendre son tablier.
Epopée genevoise
C’est à l’âge de 30 ans qu’il décroche sa première étoile au guide Michelin avant d’en obtenir une deuxième quelques années plus tard. Digne ambassadeur d’une cuisine gourmande et généreuse,
qu’il revendique et affectionne, Philippe Chevrier demeure néanmoins lucide sur une profession qui évolue avec ses éventuelles déceptions et ses surprises, sans que celles-ci prennent parfois la direction escomptée. «Comparé à mes débuts, tout est bien plus compliqué de nos jours. La pandémie n’a fait qu’accélérer les choses. De toute façon, être à
son compte n’est jamais une tâche facile». Malgré tous les aléas de la vie avec ses hauts et ses bas, l’épopée Chevrier est un modèle de réussite à part entière. Toujours avec ce flegme entrepreneurial qui lui colle à la peau, il faut reconnaître à l’ambitieux patron que prendre le pari osé de s’installer à Satigny en 1989 ne manquait pas d’audace. Un lieu hors norme dans une région traditionnellement viticole qui, à cette époque, était éloignée de tout mais qui après des décennies fera partie intégrante de Genève. «Etre si loin pour faire finalement venir les gens si près», se remémore-t-il amusé avant de poursuivre. «Les gens ne peuvent pas se rendre compte des sacrifices exigés afin de maintenir un tel niveau. Le plus on se trouve en haut de la pyramide, le plus c’est difficile, mais aussi paradoxalement le moins il y a de monde.»
Convivialité
Le Domaine de Châteauvieux est la preuve vivante du magnifique chemin parcouru. Alors que la salle et la terrasse du restaurant viennent de subir d’importants travaux, Philippe Chevrier part du principe qu’avant de savoir cuisinier, il faut savoir accueillir. Un thème qui revient depuis ses débuts et qui fait partie intégrante de sa philosophie gastronomique au même titre que ses créations. «J’aime la cuisine que nous faisons car elle est conviviale et ne dépend d’aucune mode. Les modes se démodent mais le classique reste. Il faut simplement trouver le juste milieu.»
Philippe Chevrier le sait mieux que personne, il n’aurait jamais pu traverser les tempêtes sans une équipe d’hommes et de femmes acquise à sa cause. Ses fidèles compagnons de route, l’indétrônable Damien Coche derrière les fourneaux et le théâtral Esteban Valle en salle, ainsi que la jeune garde composée de Claryce Turin côté salé et de Nicolas Turin côté sucré, ont contribué à ce que le Domaine de Châteauvieux conserve ses étoiles. «J’ai eu la chance, tout au long de mon parcours, d’avoir toujours été bien entouré. Chaque personne a compté à un moment ou un autre. Dans ce métier, impossible de jouer en solo. Merci.»
Edouard Amoiel

Les façades photographiques de l’Institut national audiovisuel des Pays-bas, Neutelings Riedjik architectes, 2006 Neutelings Riedjik

Une immersion captivante et inédite dans la généalogie des pratiques de la photographie ornementale en architecture. Un phénomène artistique sans cesse réinventé du XIXe siècle à nos jours. A découvrir sous la plume de Branda Lynn Edgar.

Détail de la façade de l’usine Ricola Europe, à Mulhouse-Brunstaat, 1993. Architectes Herzog & de Meuron. LDD

Au fil des 346 pages s’esquissent les ascensions successives de l’usage de l’image en architecture, une pratique rémanente depuis plus de cent cinquante ans, maintes fois oubliée et à chaque fois réapprivoisée avec un esprit novateur. Emergeant à la fin du XIXe siècle, au moment de l’essor des arts industriels, le phénomène fera le mur dès les années 1980 pour s’afficher sur l’enveloppe des bâtiments. Les stars bâloises Jacques Herzog et Pierre de Meuron y exercent leur influence dans le sillage de Jean Nouvel qui signe l’emblématique Institut du monde arabe inauguré à Paris en 1987 et la monumentale façade imagée du Triangle des Gares, à Lille, en 1994. Le mouvement est lancé parmi les grands bâtisseurs d’avant-garde avant de se répandre dans un marché de l’architecture de plus en plus mondialisé. Les bâtiments ont un impératif d’exister qui rime avec la production de signes distinctifs. Les constructions ne peuvent plus se contenter d’être de simples édifices dans la ville, mais des objets uniques ancrés dans la mémoire visuelle. Dans cette tendance à la façade médiatisée, interface entre le public et l’œuvre, le duo bâlois

Une rare contribution à la reconnaissance de la photo ornementale comme genre à part entière, un sujet ignoré par les historiographies de l’art, de la photo et de l’architecture.
ne tardera pas à faire une démonstration magistrale du motif photographique en façade.
Exemple célèbre, la peau de la Bibliothèque d’Eberswald (1996), en Allemagne, saturée d’images figuratives monochromes, dont la superposition renvoie au programme du bâtiment conçu pour aligner et empiler des livres. Autre œuvre marquante construite trois ans avant, l’usine de Ricola Europe, à Mulhouse-Brunstaat, arbore sur ses façades en polycarbonate translucide la répétition d’un motif végétal basé sur des photographies de Karl Blossfeldt. Ici comme pour la bibliothèque, l’aspect artistique qualifie la nature de l’objet, sachant que Ricola produit des spécialités aux plantes.
Cette migration de la photo vers l’extérieur, déjà exprimée dans l’Art pop (la façade du Moderna Museet à Stockholm d’Andy Warhol), se généralisera en Europe dans les réalisations d’architectes moins médiatiques. Jointure sensible entre art, fonction et environnement, la photo semble ainsi effacer la dimension structurelle et tectonique du bâtiment pour privilégier son épiderme. «Une nouvelle matérialité, des mutations dans


l’enveloppe du bâti et l’affranchissement des derniers tabous d’une formation professionnelle encore sous influence du modernisme auront contribué à cette recrudescence de l’ornement», explique l’auteure de l’ouvrage, historienne de l’art et chercheuse à l’Université de Genève*.
L’ornement n’est pas un crime Pourtant, même l’époque moderne, hygiéniste et dépouillée, saura faire mentir l’anathème d’Adolf Loos, «l’ornement est un crime». Après tout, l’utilisation de la polychromie et la fascination pour les matériaux naturels comme l’acier poli ou la brique rugueuse fonctionnent déjà, dans cette période minimaliste, comme des équivalents à la décoration. Dans ce contexte, l’entre-deux-guerres marqué par le foisonnement de mouvements précurseurs en art et en architecture verra apparaître la forme photographique du décor mural. Une période faste dans l’histoire de la photo ornementale, à laquelle l’ouvrage consacre une large part. En résonnance avec la luminosité et les grandes surfaces planes, vides et lisses, le «photomural», porté par les premiers papiers photosensibles de grand format, mime tour à tour l’écran de cinéma et la
La photo semble ainsi effacer la dimension structurelle et tectonique du bâtiment pour privilégier son épiderme
fenêtre aux cadrages mûrement réfléchis. Celle-ci compte parmi les fondamentaux de l’architecture corbuséenne.
Le motif éphémère
Avec le paysage pour motif privilégié, ces fresques murales investissent l’intérieur domestique, institutionnel et commercial, arbitrant les relations complexes entre intérieur et extérieur. Terrain d’expérimentation et d’abstraction d’éléments naturels, elles seront évidemment présentes dans l’œuvre de Le Corbusier, lui-même photographe et collectionneur d’images compulsif. Son assemblage de multiples images en micro, macro et gros plans réalisé au Pavillon Suisse (1932), à Paris, constitue le point focal de ce dortoir pour étudiants de la Cité universitaire. Toujours en quête de l’«espace indicible» pensé comme le sommet de l’émotion esthétique, l’architecte neuchâtelois poursuivra sa réflexion jusqu’à réaliser, trente ans plus tard, dans le cadre de l’Exposition universelle à Bruxelles, son «poème électronique». Une œuvre d’art totale en complicité avec le compositeur Edgar Varèse, alliant musique expérimentale et photographies projetées sur une paroi de béton. L’ouvrage constitue une exploration iné

Photo-fresque des architectes d’intérieurs anglais Mollo & Egan sur la porte d’entrée d’un appartement, 1938 Morley von Sternberg, RIBA coll.
dite des mouvements décoratifs en Europe et aux Etats-Unis. Malgré la permanence de l’ornement depuis l’essor de la photographie, le sujet est resté le grand absent des historiographies de l’art, de l’architecture et de la photo. Centré sur les moments forts du phénomène, relevant ses réinventions constantes, ce cor-
pus très fouillé instaure pour la première fois le dialogue entre ces diverses disciplines. Ephémères, souvent fragiles, hormis en façades où elles prennent nécessairement une forme plus pérenne, les œuvres à nous être parvenues intactes sont rares et n’ont survécu, paradoxalement, que par la documentation photo-
«Je ne saurais pas vous dire ce qu’est l’Art pop, c’est trop compliqué.
Ça consiste à prendre ce qui est dehors et à le mettre dedans, ou à prendre le dedans et à le mettre dehors»
Andy Warhol
graphique. Une richesse dont le livre ne se prive pas.
Viviane Scaramiglia
* «Le motif éphémère. Ornement photographique et architecture au XXe siècle» Brenda Lynn Edgar, Presse universitaires de Rennes, 2020, 346 pages.
La référence à Genève depuis 23 ans se déploie dans toute la Romandie avec 4 nouvelles éditions régionales, mensuelles











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Nombre
Présence des éditions sur
Genève Région: lundi 20 décembre 2021
Vaud : mercredi 12 janvier 2022
Valais : mercredi 19 janvier 2022
Fribourg - Berne : mercredi 26 janvier 2022
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