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Forger l’avenir électrique du Canada

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Forger l’avenir électrique du Canada

L’état de l’industrie canadienne de l’électricité 2026

Forger : Travailler, façonner à la forge pour donner une forme.

En couverture : Four électrique à arc produisant de l’acier

Forger l’avenir électrique du Canada : L’état de l’industrie canadienne de l’électricité 2026

Une production d’Électricité Canada 1500-275, rue Slater, Ottawa, ON, K1P 5H9 | electricity.ca

Rédaction et révision : Julia Muggeridge, Michael Powell et Channa Perera

Collaborateurs : Brittany Botting, Graeme Burk, Diana Dominique, Daniel Gent, Eric Jacques, Shelley Levoy, Jay Wilson, Robin Yee

Graphisme : Fatima Khan

Traduction : Louise MacKay

© 2026 Electricity Canada

Forger le système électrique canadien

L’an dernier, les membres du Conseil d’administration d’Électricité Canada ont visité la centrale électrique RobertBourassa dans le Nord québécois. La plus grande installation électrique souterraine au monde, elle met en évidence la place qu’occupe le Canada comme superpuissance hydroélectrique mondiale. Nous ne saurions en exagérer l’envergure.

La centrale en soi est impressionnante. On peut en dire autant de tout ce qui l’entoure : une collectivité de travailleurs compétents engagés à faire tourner la centrale jour et nuit et à fournir ainsi une électricité propre et fiable qui répond en grande partie aux besoins du Québec.

Mais il n’y a pas que les dimensions du barrage qui coupent le souffle : l’ambition qui a impulsé la construction impressionne tout autant. Elle témoigne de la conviction que le Canada pouvait bâtir quelque chose d’audacieux, de complexe et de rassembleur.

Parlant d’ambition, elle refait surface au Canada en 2026. Nos trois derniers numéros du rapport L’état de l’industrie mettaient nos gouvernements au défi. Bâtissons (2023), Obtenir un oui (2024) et L’électricité est essentielle (2025) ont fait valoir qu’il est urgent d’agir. Ils ont attiré l’attention de nos gouvernements sur une réglementation trop complexe et un octroi de permis trop lent. Mais aussi, ils ont mis en évidence une occasion unique par génération qu’il faut saisir pour devenir une superpuissance énergétique. Nous pourrons le faire tout en propulsant le développement économique dans des régions riches en ressources et dans des collectivités nordiques.

Au printemps de 2026, le gouvernement canadien a répondu à l’appel.

Le 14 mai, il lançait le document de discussion Propulser un Canada fort : Une stratégie nationale pour une économie canadienne électrifiée. Après consultation, le document jettera les bases d’une stratégie qui forgera les politiques d’électricité d’une manière jamais vue depuis la Deuxième Guerre mondiale. La stratégie nationale permettra au Canada de relever deux défis : bâtir des infrastructures électriques pour répondre aux besoins en électricité du pays d’ici 2050 et accélérer l’électrification de toute l’économie pour favoriser la compétitivité et composer avec les changements climatiques.

La stratégie engloberait les volets suivants :

• Bâtir le système d’électricité, notamment en optimisant l’élan fédéral-provincial-territorial pour doubler les infrastructures électriques.

• Financer la construction et élaborer des mécanismes de financement durable à l’appui d’investissements générationnels dans les infrastructures électriques

• Accroître l’intégration régionale. L’objectif est de mettre en place les mécanismes voulus pour surmonter des obstacles communs et favoriser le développement des interconnexions interprovinciales qui nous permettront de bâtir un réseau électrique canadien est-ouest-nord.

• Sécuriser et accélérer la réglementation. Il s’agira de modifier le Règlement sur l’électricité propre et de simplifier et d’accélérer la délivrance de permis et la réglementation fédérales.

• Gérer la demande et moderniser le système tout en explorant des mesures ciblées visant à réduire le coût de l’énergie pour le consommateur.

• Développer la chaîne d’approvisionnement et mieux comprendre le volet électrique de cette chaîne au Canada.

Il s’agira d’accroître les capacités manufacturières nationales et d’œuvrer à diversifier les chaînes d’approvisionnement d’importation et d’exportation.

• Garantir les compétences et la main-d’œuvre voulues pour impulser la formation et bonifier des mesures incitant les employeurs à perfectionner les compétences de leurs effectifs. Favoriser des noyaux de fabrication nationale qui multiplient les emplois les mieux rémunérés.

• Être maîtres de nos régions nordiques et investir de manière ciblée dans des infrastructures et une planification énergétiques capables de fournir une électricité fiable et abordable dans le Nord.

Plusieurs piliers de la nouvelle stratégie correspondent à des enjeux soulevés par Électricité Canada dans d’anciens numéros de son rapport annuel sur l’état de l’industrie de l’électricité. En fait, la notion même de stratégie nationale pour l’électricité en découle.

Nous pouvons désormais tracer une voie crédible vers la réussite. Tous les regards sont rivés sur l’objectif, mais il faut maintenant passer à l’exécution. Les chapitres qui suivent traitent de chacun de ces enjeux. Ils définissent ce qu’il reste à faire pour bâtir à l’échelle qui s’impose maintenant au Canada.

Ambition et abordabilité : trouver le juste milieu

L’ambition seule ne suffit pas.

La hausse des coûts se fait sentir. Dans une enquête menée en 2025, RBC a observé que, selon 55 % des Canadiens, cette hausse est synonyme de paralysie financière. Près de la moitié disent ne plus avoir les moyens de maintenir leur niveau de vie.

Electricity Canada’s National Customer Survey reinforces this reality: 84 per cent of respondents said electricity bill

increases would have a direct impact on their finances.

And those increases are coming. A review of rates across the country shows that no province is insulated, with most rates expected to rise faster than inflation.

Les membres d’Électricité Canada s’entendent pour dire que réaliser des objectifs fédéraux, comme attirer des investissements au Canada pour exécuter les projets énoncés dans la stratégie nationale pour l’électricité, nécessite un investissement substantiel et soutenu dans les infrastructures électriques. Les compagnies d’électricité du pays consentent déjà ces investissements et devront poursuivre sur cette voie. Mais selon les paramètres en vigueur, c’est le contribuable qui doit en absorber les coûts. Comme une part importante des investissements et des infrastructures en question servent à concrétiser des politiques fédérales, le gouvernement du Canada doit nous prêter main-forte.

Malgré la hausse prévue des tarifs d’électricité, la population fait plus que jamais confiance aux compagnies d’électricité. Dans le sondage sur la satisfaction de la clientèle réalisé l’an dernier, les services publics sont très bien cotés, une différence remarquable par rapport au sondage réalisé six ans auparavant. Selon nos recherches, lorsque les Canadiens comprennent d’où provient leur électricité et qu’il faut bâtir de nouvelles infrastructures, ils sont plus enclins à appuyer la construction malgré la hausse des coûts qu’elle entraîne.

Cette confiance de la population canadienne est une rare occasion à saisir immédiatement si nous voulons agir.

En 2026, notre population a pu observer que le travail du secteur de l’électricité a fait de grands bonds en avant. Nous devons poursuivre sur cette lancée. Quelle tâche nous attend? Recommencer à bâtir en grand, de manière décisive et ambitieuse, tout en démontrant aux Canadiens que l’abordabilité, la fiabilité et la prospérité durables sont au cœur de l’avenir énergétique du pays.

Moderniser la réglementation pour un système d’électricité digne du 21e siècle

Concevoir, planifier et bâtir de grands projets électriques sont des activités de longue haleine. Nous parlons de 25 ans dans le cas d’une centrale électrique, tandis que la planification d’une grande centrale nucléaire commence plus de dix ans avant sa construction.

Mais lorsque les processus d’approbation et d’octroi de permis ne sont pas clairs ni prévisibles, cela entrave les projets.

En l’absence de processus d’approbation bien définis, les projets sont mis en péril. Conséquences? Les coûts montent et il est impossible de planifier le calendrier et les étapes de la construction. Des facteurs techniques ou externes indépendants de notre contrôle peuvent ralentir un projet. Mais nous pouvons contrôler et gérer les processus fédéraux.

Nous avons mis au point un système qui choisit de ralentir le cours des événements.

Fort heureusement, le Bureau des grands projets établi au titre de la Loi visant à bâtir le Canada représente un pas important dans la bonne direction. Le Bureau fonctionne selon le principe d’une coordination gouvernementale globale qui permet de réduire à deux ans les délais d’approbation. Ainsi, on peut équilibrer l’obligation de bien planifier les projets et l’obtention des résultats souhaités, soit la construction urgente de projets clés. Un tiers des projets pris en charge par le Bureau sont des projets électriques (le nouveau projet nucléaire de Darlington, le projet hydroélectrique Iqaluit Nukkiksautiit et la ligne de transport de la côte nord). Manifestement, notre secteur est au service de l’intérêt national.

Mais le réseau électrique est bien plus que quelques immenses projets de production d’électricité. Il comporte aussi les poteaux devant votre maison, les centrales électriques municipales, le réseau de transport interurbain d’électricité, et tout le reste. Là aussi, les retards et les complications cumulés ont un effet perturbateur. La facture d’électricité ne distingue pas les projets d’intérêt national du reste.

Si le gouvernement fédéral s’engage à approuver les projets en deux ans, il doit le faire pour tous les projets.

À cette fin, le gouvernement peut tirer parti des expériences et des leçons apprises par le Bureau des grands projets. Mais il est aussi essentiel d’accélérer les initiatives fédérales d’allégement du fardeau administratif, qui doivent entre autres mettre fin au chevauchement des processus fédéraux et provinciaux. L’Agence d’évaluation d’impact du Canada et les provinces ont récemment conclu des ententes de coopération, ce qui représente un pas dans la bonne direction. Le protocole d’entente entre le Canada et l’Alberta est un autre bon exemple d’initiative dans ce sens. Le protocole met également en évidence les collaborations possibles entre le fédéral et les provinces pour améliorer la réglementation environnementale, y compris le Règlement sur l’électricité propre. Ainsi, les provinces sont mieux placées pour prendre des décisions en matière de planification. Mais il faut aller plus loin encore.

Il n’y a pas que les nouvelles constructions qui subissent les effets des retards et de la complexité réglementaire. Les processus d’octroi de permis en vigueur rendent difficile et plus coûteuse l’exploitation d’installations qui existent depuis des générations, même lorsque la population et l’environnement bénéficient peu de ces processus. Prenons par exemple l’étude de cas à la page 7. Elle montre que les retards dans l’octroi de permis visant d’anciennes installations hydroélectriques rendent de petites collectivités autochtones nordiques moins à même de relever les défis que pose la fiabilité et d’assumer la hausse des coûts des systèmes électriques.

Les permis octroyés au titre de la Loi sur les pêches sont un autre exemple de longue date. Depuis la modification de cette loi en 2019, les promoteurs de projets sont tenus de demander davantage de permis, ce qui représente un fardeau croissant, même pour des activités d’entretien ordinaire à faible risque. Pourtant, le secteur comprend bien les effets de ces travaux sur les poissons et leur habitat et il sait bien les gérer. Les processus de Pêches et Océans Canada sont devenus si incertains, si lourds et si coûteux qu’ils empêchent réellement l’industrie de bien exploiter des installations de production d’électricité.

Étude de cas : Renouveler les permis d’anciennes infrastructures hydroélectriques au Canada

Au Canada, les anciennes infrastructures hydroélectriques jouent un rôle prépondérant dans le système d’électricité. Aussi renouveler leurs permis d’exploitation est-il aussi important que bâtir de nouveaux projets de production d’énergie propre.

Pour Yukon Energy, la réglementation a été vraiment problématique lorsqu’il fallait renouveler les permis d’installations exploitées depuis des décennies. Depuis plus de 25 ans, le service public exploite trois centrales hydroélectriques qui fournissent au Yukonnais une électricité renouvelable à 90 %. Les centrales sont en quelque sorte l’épine dorsale d’un système qui n’est pas branché à celui du reste de l’Amérique du Nord.

Or, les démarches de renouvellement de permis qu’a entrepris Yukon Energy se complexifient et deviennent de plus en plus coûteuses.

Dans l’ensemble, trois facteurs compliquent et prolongent de beaucoup ces démarches : des infrastructures vieillissantes,

des normes environnementales changeantes et le besoin de consulter et de dialoguer avec des gouvernements autochtones. Maintenant, les retards sont tels qu’ils mettent en jeu l’exploitation d’actifs qui produisent depuis des décennies de l’électricité en toute sécurité. Parallèlement, les services publics doivent mobiliser beaucoup de personnel et de ressources pour gérer ce dossier et assumer les coûts connexes, avec pour résultat une hausse de prix pour le consommateur.

Cette expérience montre une lacune dans le milieu canadien de l’électricité. Le pays doit se doter d’une Cette expérience montre une lacune dans le milieu canadien de l’électricité. Le pays doit se doter d’une méthode nationale bien coordonnée pour protéger d’anciens actifs qui produisent une électricité propre. La réglementation, l’investissement dans les infrastructures et l’approvisionnement doivent être mis à contribution. Sans quoi les goulots d’étranglement causés par la réglementation pourraient mettre en jeu la fiabilité et l’abordabilité et ralentir la décarbonation.

Recommandations

` S’engager à maintenir un délai d’approbation fédéral de deux ans pour tous les projets d’électricité. Mettre à profit les leçons apprises par le Bureau des grands projets et poursuivre les initiatives d’allégement du fardeau administratif tout en réduisant le plus possible le chevauchement des processus fédéraux et provinciaux.

` Refondre la Loi sur les pêches et les règlements afférents. L’objectif est d’adopter une méthode fondée sur le risque pour les infrastructures électriques, particulièrement les effets sur les populations de poissons. Reconnaître les caractéristiques uniques de l’exploitation d’installations hydroélectriques.

Du matériel aux gens : bâtir les capacités du système

Notre économie dépend d’une énergie sure et fiable, laquelle dépend à son tour de chaînes d’approvisionnement résilientes. Or, celles-ci s’affaiblissent à mesure que la demande mondiale en électricité s’accroît. Par conséquent, il faut attendre beaucoup plus longtemps pour recevoir les pièces d’équipement essentielles commandées. Nous parlons de sept ans pour les turbines au gaz et de près de quatre ans pour les gros transformateurs. Selon les provinces (voir en page ##), la demande continuera d’augmenter, tout comme les besoins en matériel. Les chaînes d’approvisionnement sont mises à rude épreuve, ce qui occasionne des risques pour les projets des compagnies d’électricité canadiennes.

Fortifier la chaîne d’approvisionnement canadienne peut aussi être vu comme une belle possibilité de faire croître l’économie et la sécurité du pays. Les fabricants d’ici peuvent mieux répondre aux besoins en équipement crucial dans le marché canadien, tout en accroissant leurs exportations.

Déjà, le gouvernement du Canada procède de cette manière dans le secteur de la défense. Tandis que les autres pays du monde augmentent leurs dépenses militaires, notre gouvernement accroît stratégiquement nos capacités selon l’expertise et les possibilités d’exporter. Il en va de même pour l’industrie de l’électricité : nous savons qu’une forte demande nous attend et qu’il existe des besoins à combler en sol canadien et des possibilités d’exporter.

Les compagnies d’électricité sont déjà engagées dans cette voie.

Une grande partie des 30 milliards de dollars que dépense le secteur de l’électricité au Canada bénéficie à des fournisseurs d’ici. Par exemple, Hydro One dépense 93 % de ses avoirs auprès de fournisseurs canadiens, comme l’entreprise ontarienne Northern Transformer (voir l’annonce en page ##). Partout au pays, des entreprises comme Ontario Power Generation et Hydro-Québec s’approvisionnent chez des fournisseurs locaux et ont intégré le développement des chaînes d’approvisionnement à leurs stratégies de croissance à long terme.

Électricité Canada et ses membres collaborent avec des fournisseurs pour les rendre mieux à même de répondre aux besoins nationaux. Ensemble, nous cherchons des

occasions de croissance, cernons les difficultés qui nuisent aux investissements et comblons les lacunes

Prenons l’exemple des disjoncteurs haute tension, qui seront toujours recherchés dans notre secteur, mais qui pourraient se faire rares. Notre association collabore avec des fabricants canadiens à établir des analyses de rentabilité à long terme pour accroître la production de ses composants essentiels. Et les disjoncteurs ne sont qu’un début.

Le gouvernement fédéral pourrait épauler ce genre d’initiative à plus grande échelle. Une feuille de route pour les chaînes d’approvisionnement du secteur canadien de l’électricité aiderait les fabricants à préciser la demande future et à bénéficier d’outils fédéraux actuels comme des crédits d’impôt, la Banque de développement du Canada (BDC), Exportation et développement Canada (EDC) et le Fonds de croissance du Canada. De plus, une feuille de route permettrait de relever les possibilités qui existent dans les industries touchées par le commerce, comme la sidérurgie canadienne, de favoriser cette croissance. Enfin, la feuille de route devrait cerner les possibilités stratégiques que le Canada est le plus susceptible de saisir avec succès.

Pénurie de main-d’œuvre dans le secteur de l’électricité

Il n’y a pas que le matériel qui fera défaut pour répondre à la demande croissante au Canada. Selon Ressources humaines, industrie électrique du Canada, membre de l’Alliance canadienne de l’électricité, le Canada subira ces prochaines années une pénurie de main-d’œuvre. Sont en cause les départs à la retraite et la demande croissante pour des travailleurs spécialisés, qui s’accentue avec l’électrification.

L’organisme prévoit également que d’ici 2028, le secteur aura besoin de 28 000 nouveaux travailleurs, ce qui correspond à environ 25 % de la main-d’œuvre actuelle. Plus de la moitié de la demande résultera des départs à la retraite de membres de la génération du baby-boom et le reste, des besoins du système d’électricité en croissance.

Par ailleurs, des données sur le marché du travail montrent que le nombre de postes vacants dans le secteur de l’électricité

dépasse de beaucoup celui des autres secteurs. De toute évidence, il est difficile d’attirer une main-d’œuvre qualifiée. À l’image du secteur, sa main-d’œuvre doit se renouveler. Nous devons nous concerter pour faire augmenter le recrutement,

L’état de l’industrie

la formation, le maintien en poste et les cheminements de carrière. Autrement, la pénurie mettra en jeu la résilience et la fiabilité du système d’électricité canadien en pleine transformation.

Étude de cas : Renforcer la chaîne d’approvisionnement ontarienne du secteur de l’électricité

En Ontario, la demande en électricité n’a jamais été aussi forte. Dans toute la province, la construction domiciliaire et la croissance des entreprises vont bon train. Les investissements dans l’agriculture, les mines et la fabrication de véhicules électriques augmentent. En plus de bâtir de nouvelles sources de production d’électricité, il faut s’assurer que l’infrastructure essentielle du système d’électricité ne manquera pas de matériel comme des poteaux et des fils ni de pièces d’équipement cruciales comme les transformateurs.

Mais les chaînes d’approvisionnement mondiales ne fournissent plus et l’incertitude géopolitique qui plane allonge les délais de fabrication et de livraison. Il est donc difficile d’obtenir en temps voulu de l’équipement électrique essentiel. Les longs délais et la concurrence internationale peuvent retarder des projets, faire augmenter les coûts et mettre en péril la fiabilité du système.

Face à ce risque, Hydro One renforce la chaîne d’approvisionnement ontarienne en s’engageant à investir 165 millions de dollars en quatre ans dans Northern Transformer. Le fabricant ontarien (et entreprise partenaire d’Électricité

Recommandations

Canada) compte plus de 20 années d’expérience comme fournisseur de transformateurs de puissance. L’investissement à long terme garantit de la certitude de part et d’autre et renforce les capacités manufacturières locales, les emplois spécialisés et l’accès fiable à de l’équipement essentiel lorsqu’on en a le plus besoin.

Entreprise ontarienne qui emploie plus de 10 000 personnes dans toute la province, Hydro One comprend qu’investir chez nous bâtit des chaînes d’approvisionnement sures et autonomes. En 2024, plus de 93 % des dépenses annuelles de Hydro One visaient des entreprises canadiennes, la plupart établies en Ontario.

Ce partenariat montre comment un service public peut équilibrer ambition et abordabilité et renforcer l’industrie locale tout en assurant que les projets d’infrastructure avancent comme prévu. En investissant dans des fournisseurs locaux et en collaborant avec des partenaires gouvernementaux et sectoriels, Hydro One aide à bâtir un réseau électrique plus résilient et une économie ontarienne plus forte.

` Dresser une feuille de route pour les chaînes d’approvisionnement canadiennes du secteur de l’électricité. Élaborée de concert avec les compagnies d’électricité et les fournisseurs, elle permettra de repérer les possibilités d’accroître la production intérieure, surtout en présence de possibilités d’exportation. On mettra à profit des outils fédéraux comme les crédits d’impôt, la BDC, EDC et le Fonds de croissance du Canada.

` Mettre sur pied un conseil consultatif gouvernement fédéral-industrie sur la main-d’œuvre. Le gouvernement fédéral devrait créer un comité consultatif de haut niveau composé de représentants d’associations sectorielles, de syndicats et de fournisseurs de formations. Le conseil se penchera sur les problèmes émergents du marché du travail et sur les prévisions afin de modifier les stratégies de main-d’œuvre en conséquence. Il aura pour mandat d’examiner, de surveiller et d’améliorer les mécanismes de main-d’œuvre pour qu’ils demeurent souples et adaptables aux réalités du marché du travail.

Mobiliser des capitaux : financer l’avenir électrique du Canada

Selon le sondage national auprès de la clientèle mené par Électricité Canada en 2025, 34 % des Canadiens deviennent extrêmement ou très inquiets lorsqu’ils se demandent s’ils pourront payer leurs factures d’électricité. Pis encore, les compagnies d’électricité au Canada devront investir 2 billions de dollars pour doubler le système d’électricité afin de répondre aux besoins en 2050.

La production d’électricité devra augmenter, toutes technologies de production confondues. Le transport devra rejoindre une plus grande population, tout comme les systèmes de distribution, qu’il faudra mettre à niveau pour répondre à une demande croissante. De plus, nous devons remplacer des infrastructures vieillissantes et détériorées par les intempéries, tout en assurant une croissance jamais vue. La facture sera élevée.

Aujourd’hui, le modèle de financement traditionnel des services publics ne suffit plus. Le consommateur ne peut pas assumer à lui seul le coût de l’agrandissement des réseaux d’électricité qui s’impose. Avec le système de facturation actuel, dans une grande région, chaque consommateur paie le même prix pour le transport d’électricité, peu importe la distance entre lui et la source de production. Si on maintient la tarification au kWh, le consommateur n’aura plus les moyens de payer sa facture d’électricité, tant celle-ci aura augmenté.

Vu les contraintes imposées par la réglementation, y compris en matière de tarifs à la consommation, des parties du secteur sont nettement sous-financées. Selon le Clean Prosperity Institute, en Ontario, le manque à gagner au chapitre des investissements dans la distribution s’élèvera à 4,7 milliards au cours des 15 prochaines années.

Le financement par les impôts peut combler l’écart. Les infrastructures électriques, tout comme les routes, les ports et le transport en commun, soutiennent la croissance économique à long terme et sous-tendent les investissements du secteur privé. Selon le sondage national auprès de la clientèle mené par Électricité Canada, les Canadiens acceptent que les contribuables assument une partie des coûts de l’agrandissement des réseaux d’électricité.

Déjà, le gouvernement fédéral a commencé à investir. Le crédit d’impôt à l’investissement dans les technologies propres a réduit les coûts de la production et du stockage d’électricité par des entreprises privées. Le nouveau crédit d’impôt à l’investissement dans l’électricité propre aura le même effet pour les services publics appartenant à l’État ou à des collectivités autochtones. La Banque de l’infrastructure du Canada et le Programme de garantie de prêts pour les Autochtones ont favorisé la réalisation de projets en accordant des fonds à faible coût. Par ailleurs, le Programme des énergies renouvelables intelligentes et des trajectoires d’électrification (PERITE), assorti d’une enveloppe de 4,5 milliards, appuie directement la modernisation des réseaux électriques et des infrastructures de transport et de distribution, même si la demande dépasse largement les ressources. Chaque dollar dépensé par le gouvernement fédéral pour des infrastructures réduit d’un dollar la facture du client.

Il est possible d’optimiser les investissements gouvernementaux dans le secteur de l’électricité. Il faut simplifier les crédits d’impôt pour alléger les fardeaux administratifs et les maintenir après 2035 pour les faire correspondre aux délais d’agrandissement des réseaux, surtout pour les projets d’envergure. De plus, il faut en élargir la portée afin qu’ils englobent aussi la distribution et le transport interprovincial, qui peuvent représenter jusqu’à 40 % des investissements totaux.

Ces deux volets du réseau d’électricité méritent davantage de soutien. Pensons à un élargissement ciblé des crédits d’impôt à l’investissement, à des fonds accrus pour des programmes comme le PERITE et à leur intégration à d’autres programmes comme le Fonds pour bâtir des communautés fortes, prévu au budget de 2025.

Cependant, les ressources gouvernementales sont limitées et les besoins sont nombreux. La croissance du système d’électricité devra aussi dépendre de capitaux privés. Le Canada doit veiller à ce que nos politiques favorisent la participation du secteur privé et créent un climat d’investissement concurrentiel. Les règlements fiscaux

trop complexes poussent les investisseurs vers l’étranger et doivent être évités. Ainsi, les règles de la restriction des dépenses excessives d’intérêts et de financement (RDEIF) doivent être abrogées ou refondues si nous voulons débloquer

Étude de cas : BIC, partenariat

L’état de l’industrie canadienne

des capitaux pour des projets électriques et d’autres projets d’infrastructures.

autochtone et ligne de transport Wasoqonatl (Nouveau-Brunswick – Nouvelle-Écosse)

L’interconnexion Wasoqonatl entre la Nouvelle-Écosse et le Nouveau-Brunswick est une ligne de transport de 160 km et de 345 kV entre Onslow (Nouvelle-Écosse) et la région de Salisbury (Nouveau-Brunswick). Première phase de la boucle de l’Atlantique modifiée, elle doublera la capacité de transfert entre les deux provinces, ce qui multipliera les énergies renouvelables et améliorera la fiabilité.

Le projet n’était pas sans défis, comme des coûts initiaux élevés, une complexité interprovinciale et le besoin d’assurer un permis social durable sur tout le territoire Mi’kmaw dans les deux provinces. Dans ce contexte, recourir uniquement au financement traditionnel des services publics risquait d’allonger les délais et de hausser les coûts pour le contribuable.

Pour sa part, la Banque d’infrastructure canadienne (BIC) a réalisé un placement en actions de 217 millions de dollars, son premier investissement de la sorte dans une ligne de transport. Le coût global du capital du projet a été réduit et en NouvelleÉcosse, les contribuables voient ainsi diminuer de 200 millions leurs cotisations pendant la durée de vie des actifs. La BIC a aussi aligné son investissement sur les fonds fédéraux du Programme de prédéveloppement de l’électricité accordés à Énergie NB Power et à Nova Scotia Power. Ces fonds ont

servi à réaliser des études préliminaires et à soumettre des demandes de tarification, ce qui a aidé à faire passer le projet de l’étape de la conception à celui de l’exécution.

La BIC a aussi eu recours à son Initiative pour la participation autochtone afin d’octroyer un prêt d’accompagnement à Wskijinu’k Mtmo’taqnuow Agency Ltd. (WMA), le partenariat de développement économique qui appartient aux 13 Premières Nations micmaques de la Nouvelle-Écosse. L’objectif est de permettre à WMA d’acquérir des parts dans le projet Wasoqonatl. Ainsi, des communautés autochtones passent du statut de « parties prenantes » à celui de partenaires financiers.

En axant son financement sur les Autochtones, la BIC a aidé à donner le coup d’envoi à la ligne . Elle a sécurisé le bilan des services publics, intégré la propriété autochtone à la structure du capital et soumis à l’approbation des organismes de réglementation et des gouvernements un projet plus abordable fondé sur de solides assises sociales.

Ainsi, un actif interprovincial qui réalise des objectifs d’énergie propre, favorise le développement économique et facilite une importante propriété autochtone a vu le jour.

Recommandations

` Simplifier les crédits d’impôt à l’investissement dans les technologies propres et dans l’électricité propre, et en élargir la portée. Ils doivent être maintenus après 2035, conformément aux délais d’exécution des grands projets. Il faut également ajuster les besoins en matière d’effectifs et de salaires, qui complexifient les choses sans résoudre concrètement les problèmes de main-d’œuvre.

` Fournir des fonds fédéraux ciblés pour les projets de distribution et de transport interprovincial, concrètement par les crédits d’impôt à l’investissement dans l’électricité propre, des mécanismes spécifiques comme le PERITE et une admissibilité accrue à des programmes comme le Fonds pour bâtir des communautés fortes.

` Abroger ou refondre les règles de la RDEIF pour supprimer les obstacles involontaires aux investissements dans des infrastructures électriques capitalistiques.

` Continuer de déployer des outils de financement fédéraux, dont des prêts à faible coût, des capitaux propres remboursables et des aides au financement pour les Autochtones, afin de raccourcir les délais et de sécuriser les projets.

Vers un réseau électrique canadien intégré

Les gouvernements fédéral et provinciaux explorent des manières d’améliorer le système électrique canadien estouest. Au Canada, le commerce d’électricité a toujours été axé sur des échanges nord-sud (24 gigawatts). Cependant, depuis 2024, investir au Canada en élargissant le commerce interprovincial et en renforçant l’infrastructure énergétique du pays suscite un intérêt renouvelé et un élan croissant.

Pendant les élections fédérales, le gouvernement s’est engagé à élargir le commerce national de l’électricité et, depuis, il est passé aux actes en désignant les premiers projets du Bureau des grands projets et en signant un protocole d’entente avec l’Alberta. De plus, les provinces œuvrent à mieux coordonner le commerce de l’électricité. Par exemple, une initiative ontarienne de protocole d’entente vise à mieux coordonner la planification, l’échange d’information et la participation fédérale à des projets de transport.

Mais le transport régional n’est pas une fin en soi; il faut disposer d’un surplus d’électricité pour en faire le commerce. La pointe de la demande en électricité dans les provinces devrait augmenter en moyenne de 28 % d’ici 2040 (et de 40 % en Ontario et 48 % au Québec). Le Canada devra donc accroître de beaucoup sa production nette d’électricité pendant les prochaines années afin de répondre à la demande croissante, quoi qu’il arrive.

Avec de meilleures interconnexions est-ouest, on saura répondre à cette demande en rendant les provinces à même de partager de l’énergie en période de pointe, en renforçant les corridors de commerce provincial, en propulsant le développement économique et en favorisant l’indépendance énergétique.

Mais pourquoi ne l’avons-nous pas encore fait?

Lorsque les fournisseurs d’électricité canadiens bâtissaient le réseau d’électricité du 20e siècle, le système nord-sud a résulté de facteurs géographiques, économiques et politiques.

Géographiques : les provinces riches en hydroélectricité comme la Colombie-Britannique, le Manitoba et le Québec étaient situées plus près des régions américaines à l’origine de la demande en électricité que des autres provinces. Économiques : les marchés américains étaient plus profitables, leurs prix ayant toujours été supérieurs et leurs

contrats d’exportation, durables. Politiques : les provinces sont responsables de planifier l’électricité. Or, en l’absence de fonds fédéraux pour bâtir un réseau national, les motivations géographiques et économiques favorisaient l’autosuffisance provinciale et les connexions nord-sud, au détriment des liens est-ouest.

Pour activer un réseau électrique est-ouest en 2026 et bâtir le système d’électricité du 21e siècle, le gouvernement doit s’attaquer aux problèmes géographiques, économiques et politiques. Ainsi, nous pourrons profiter pleinement des avantages d’une fiabilité, d’une abordabilité et d’une sécurité accrues.

Électricité Canada a récemment commandé à Deloitte une étude visant à évaluer l’utilisation actuelle de toutes les interconnexions provinciales et à examiner la demande provinciale prévue jusqu’en 2040. Selon l’étude, plusieurs interconnexions canadiennes pourraient être mises en valeur dès maintenant, avant que nous nous engagions à bâtir de nouvelles infrastructures. Elles figurent sur la carte du Canada en page 14. Elles représentent des occasions concrètes de rehausser des systèmes d’électricité régionaux au lieu de prôner un système est-ouest intégral. La fiabilité de chaque côté des limites provinciales en serait accrue.

L’étude renferme des recommandations qui mettront sous la loupe l’économie à la base des marchés d’électricité provinciaux. Depuis 50 ans, les provinces développent des structures de marchés différentes, allant de marchés entièrement déréglementés (Alberta) à des marchés de gros concurrentiels (Ontario et, récemment, Nouvelle-Écosse) et à des marchés réglementés (Colombie-Britannique, Manitoba, Québec, etc.). Ces différences entravent la conclusion des contrats mutuellement avantageux à long terme qui sont indispensables aux actifs capitalistiques durables comme les interconnexions de transport.

Souvent, l’élément clé manquant est l’avantage mutuel pour les deux parties. Les lignes de transport sont coûteuses et, en pratique, ces coûts ne s’accumulent pas automatiquement de manière juste et équitable. Aussi le transport interprovincial perd-il de son attrait.

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