

Ardennes Alpes
#227 / 1er trimestre 2026
BRUSSELS




Vue sur le Mont-Blanc — Lillaz, Italie, Février 2026
L’hiver est une saison particulière pour les passionnés de montagne.
Alors que certains rangent leurs chaussons et dégaines ou se rendent sous des cieux plus cléments, d’autres sortent leurs skis et peaux de phoque ou encore leurs piolets et crampons pour aller explorer un univers bien différent : celui de la glace, du froid et des paysages figés par le gel.
Nous étions également tous aux côtés de Maximilien Drion lors des Jeux olympiques de Milan-Cortina. Malgré des performances en deçà de ses attentes, il a représenté fièrement notre Fédération et la Belgique lors de la première apparition du ski alpinisme.
Ce numéro d’Ardennes & Alpes nous emmène justement à travers cette diversité de pratiques qui fait la richesse de notre communauté : du bloc en Italie aux cascades gelées de Cogne, en passant par les rochers de chez nous et les grandes aventures nordiques.
Dans ce numéro :
• Olivier Herter a remporté notre concours photo « Cascade de glace » grâce à son image prise à Freissinières, qui illustre la couverture de ce numéro d’Ardennes & Alpes
• Loïc Debry nous relate le trip de la BRCT (Belgian Rock Climbing Team) à Varazze, un site d’escalade de Ligurie (Italie) proche de la mer, réputé pour ses blocs de granit cotés de 3b à 8c+ !
édito
• À l’occasion du rééquipement des rochers de Sy, Bernard Marnette nous présente la grotte Delderenne et évoque Jacky, son gardien dans les années 1950-60.
• Dans le cadre du rassemblement hivernal de la BeMC (Belgian Mountaineering Community) à Cogne, Johan Van de Putte nous rappelle les bonnes pratiques en escalade sur cascade de glace.
• Ulrich Winz nous présente l’escalade avec piolet et crampons. On y découvre un univers allant de la Cascade de glace au Mixte en passant par le Dry Tooling.
• Jonathan Vard nous explique comment apparaissent les blessures en escalade afin de mieux les éviter.
• Thomas Collin partage avec nous ses émotions lors de son aventure dans le Nordland, en Norvège, où il traverse en packraft et à pied une vallée isolée du parc national de Saltfjellet-Svartisen.
• Simon Lorenzi nous fait vivre comme si nous y étions sa conquête de Shaolin, à Red Rocks, son cinquième bloc coté 9A. Il devient ainsi le grimpeur ayant réalisé le plus de blocs de cette difficulté, à égalité avec Will Bosi.
Enfin, Bernard Marnette brosse également le portrait de Serge Herzen, un alpiniste belgo-suisse aux multiples ascensions à travers le monde, figure de l’âge d’or de l’escalade en Belgique.
Lorsque vous lirez ces lignes, le printemps sera bien installé et vous penserez déjà aux activités estivales. Alors, bonne lecture et bonne préparation !
YANN LEFRANÇOIS Président du CAB

van der Steen © 2025

RASSEMBLEMENT HIVERNAL
BEMC 2026
PAGE 12
Ça fait maintenant plusieurs années que je fais de la cascade de glace et, pourtant, je n’ai jamais pratiqué avec le CAB. La BeMC (Belgian Mountaineering Community) organise justement son premier rassemblement hivernal à Cogne. Je suis directement emballé, ce sera l’occasion de partir à la découverte de la Mecque de la cascade de glace et de rencontrer les cascadeurs et cascadeuses belges.
CASCADE DE GLACE & DRY TOOLING
PAGE 20
Ulrich, 28 ans, pratique la cascade de glace et le dry tooling depuis plusieurs années. Il s’est récemment tourné vers la cascade de glace en compétition, une discipline à part entière qui se pratique sur structures artificielles et demande une gestuelle spécifique.

ESCALADE ET BLESSURES
PAGE 29
Cornet © 2025
Tu as déjà grimpé avec du tape plein les doigts en te disant que « ça va passer » ? En escalade, la blessure fait presque partie du décor. On en parle entre deux essais, on compare les inflammations comme d’autres comparent les croix. On ajuste un strap, on serre les dents. Et on grimpe quand-même.
Sommaire
3 Édito
5 Bloquer à Varazze
10 La grotte Delderenne à Sy
11 Un nouveau look pour les topos du CAB
12 Rassemblement hivernal BeMC 2026
18
Au cœur de la fabrication des cordes EDELRID
20 Cascade de glace & dry tooling À la découverte de ces disciplines
Entretien avec Ulrich Winz
29 Escalade et blessures
Comprendre pour mieux prévenir

Poncin © 2025
SIMON LORENZI
RETOUR SUR SON TRIP
À RED ROCKS
PAGE 41
En novembre dernier, Simon Lorenzi s’est envolé pour les États-Unis avec pour objectif principal d’enchaîner Shaolin, l'un des blocs les plus réputés de Red Rocks. Avec cette réussite, le grimpeur belge signe son cinquième 9A bloc.
35 Sept jours seul au Nordland
41 Simon Lorenzi
Retour sur son trip à Red Rocks
47 Serge Herzen
Portrait d’un alpiniste belgo-suisse
50 Clôture de la saison des entretiens collectifs
Marianne
Raphaël

Bloquer à Varazze
Une aventure de la BRCT
LOÏC DEBRY
Images : RÉMI MUREZ
C’est sous une pluie battante que la Belgian Rock Climbing Team (BRCT) arrive enfin à destination. La dernière heure de camio’ sur les fines routes sinueuses a rendu tout le monde un peu malade. Mais nous voilà à Varazze ! Cette région sur la côte méditerranéenne, à l’ouest de Gène (Italie), abrite de nombreux blocs d’ampleur. Les grandes collines vertes plongent dans la mer turquoise, et le granite gris, érodé par les rivières des vallées, nous attend.
David dans Messa delle Streghe, 7c+ — Varazze, Italie, novembre 2025
Varazze est un site de bloc historique, et c’est pour cette raison que nous avons été attirés par le secteur. Le bloc le plus connu est certainement Gioia : le premier 8c+ bloc de l’histoire, ouvert en 2008 par l’italien Christian Core. Il a fallu attendre 2011 pour que Adam Ondra vienne faire la première répétition, confirmant ainsi la cotation du bloc. Si Varazze ne rivalise pas en termes de quantité de rochers avec Fontainebleau ou Magic Wood, on y trouve une poignée de blocs d’une qualité hors du commun, et généralement extrêmes.
Au début du trip, nous devons prendre notre mal en patience. La drache ne s’arrête pas et le séjour commence par un jour de repos. Nous en profitons pour découvrir les environs, et nous sommes épatés par la végétation luxuriante prise dans l’humidité, sous une canopée de châtaigniers : la soirée finit sur une grosse poêlée de châtaignes et un petit thé. On a les crocs pour grimper le lendemain et découvrir le site.

Maro qui travaille ce qui deviendra son premier 8a bloc : Giuilia — Varazze, Italie, novembre 2025

Maro s’arrache la peau sur des micro prises coupantes que propose le granite de Varazze. — Varazze, Italie, novembre 2025

C’est un bloc qui se mérite, car la marche d’approche est une longue descente très raide.

David prend la neige après notre séance ratée à Rampage. — Varazze, Italie, novembre 2025
Nous nous retrouvons au petit matin sur le secteur tant attendu. Aussitôt, nous repérons les blocs qui vont nous animer pour le reste du séjour. Nous sautons sur une traversée classique du secteur, Nebulosa (7b), qui deviendra le projet de Lolotte et Madeline. Nous prenons beaucoup de plaisir à découvrir ce granite travaillé par l’érosion de la rivière. Rapidement, certains se dirigent vers d’autres classiques, comme Messa delle Streghe : un haut mur en 7c+ avec une fin engagée.
Rémi, notre photographe pour le séjour, se donne à cœur joie pour capturer l’essence du site et de la grimpe. C’est quand nous essayons Giulia, une magnifique rampe plate en 8a le long de la rivière, que son âme d’artiste s’enflamme. En effet, Giulia est certainement l’un des plus beaux blocs du secteur ! Il part sur des idées de photos tourbillonnantes, des gros plans sur les mains, des photos de groupe, et autres points de vue mettant en valeur la magie des environs. L’artiste ne sait plus où donner de la tête. Par chance, Maro, David et Loïc arriveront à bout du bloc. Ce sera même le premier 8a bloc de Maro, forgeant ainsi le mythe du bloc capturé par Rémi.
L’ambiance des petits déjeuners a quelque chose de spécial. Notre Airbnb est planté sur un flanc de colline et nous avons vue sur la mer depuis notre cuisine. Les lumières sont magnifiques le matin. Chacun·e y va de son petit déjeuner. Les plus sains, comme Maro et Madeline, mangent du muesli au yaourt. D’autres, comme David et Loïc, se contentent de pain avec des morceaux de chocolat. Les plus motivés se cuisinent des crêpes et des œufs. Nous partageons nos ressentis des derniers jours de grimpe. Nous parlons beaucoup des nombreuses petites blessures de chacun. Heureusement, Madeline, qui est kiné, nous

De haut en bas : Lolotte prend le soleil.
Pablo s’échauffe, Florian le protège du vent. Dans le BRCT, on s’entraide !
Madeline devant son projet.
— Varazze, Italie, novembre 2025

L’équipe découvre le secteur, un peu humide… — Varazze, Italie, novembre 2025

Maro essaye le premier mouvement de Gioia, le premier 8c+ bloc du monde.
— Varazze, Italie, novembre 2025

La vue depuis notre logement. — Varazze, Italie, novembre 2025

donne des conseils et nous anime chaque matin une session de mobilisation. Un combo parfait pour se préparer aux froides journées de bloc !
Après quelques jours sur le secteur principal, nous décidons d’aller voir un bloc isolé de la région. Un 8a nommé Rampage, perché à plus de 1 200 mètres d’altitude. C’est un bloc qui se mérite, car la marche d’approche est une longue descente très raide. Nous faisons l’approche sous une très fine neige. Heureusement ça n’a pas l’air de mouiller le rocher. Nous ne sommes pas déçus ! Le bloc est incroyablement beau, et les prises font partie des plus belles que nous ayons vues. Nous commençons doucement à nous échauffer, quand, tout d’un coup, la fine neige devient un rideau de gros flocons. La neige fond instantanément, dégoulinant sur le bloc… Loïc a juste le temps de mettre un essai désespéré et tombe la main dans le bac final. Trop tard, tout est trempé. Il n'y a plus qu'à faire les 400 mètres de dénivelé positif sous la neige fondante, et rentrer à la maison.

Cette journée pauvre en grimpe aura cependant eu un point positif : elle ne nous a pas coûté grand-chose en énergie. À vrai dire, c’était quasi un jour de repos. Nous sommes tous en forme pour le dernier jour, et les conditions sont parfaites. Pablo enchaîne Messa delle Streghe, son premier 7c+ ; Madeline Nebulosa, la traversée en 7b ; et David coche Giulia (deux fois, après un dab). Loïc fait une journée particulièrement fructifiante avec l’enchaînement de Alphacentaury (8a), Fortunadrago (8b) et un autre 7c+ flash.
Varazze fut donc un beau trip pour la BRCT. Entre bonne humeur, partage et performance, nous y avons trouvé un bel équilibre en équipe. Il n’y a plus qu’à revenir pour enchaîner Gioia. Le bloc n’a qu’à bien se tenir !
LOÏC DEBRY

Combat de Madeline sur un des blocs les plus esthétiques du secteur. — Varazze, Italie, novembre 2025
Pablo nous alimente en crêpes au petit-dej pour qu’on tienne le froid de la journée.
— Varazze, Italie, novembre 2025

La grotte Delderenne à Sy
BERNARD MARNETTE (Texte & Images)
Le rééquipement des rochers de Sy et particulièrement de la paroi du fond est l’occasion de mentionner une petite cavité connue des seuls grimpeurs fréquentant cette ancienne carrière où, rappelons-le, le célèbre sculpteur Jean Del Cour allait chercher ses cailloux.
Il existe effectivement à mi-hauteur de la partie gauche de la falaise une grotte connue comme « Le repère » de Jacky Delderenne, un des très forts grimpeurs des années 50-60.
À cette époque, « Toteff », comme on le surnommait, était le gardien de Sy. Il y passait l’essentiel de ses week-ends, dormant dans cette petite grotte surplombant l’Ourthe. Jacky avait pris là ses habitudes et aménagé la grotte à sa mesure. Lors de la redécouverte de la cavité, un matelas de bonnes dimensions y a été retrouvé. Il s’agissait donc d’un vrai repère de luxe, accessible par un rappel ou quelques mètres d’escalade !
La grotte Delderenne est située à mi-hauteur de la paroi du fond, dans les rochers de Sy. Elle se trouve à une bonne dizaine de mètres de hauteur dans la partie gauche de la paroi. La faille est haute d’environ cinq mètres et pénétrable sur deux mètres. Le plancher de l’abri est terreux et laissait présager une possibilité d’élargissement, car la paroi est très faillée à cet endroit. Difficile d’accès, elle ne semble pas avoir été décrite.
Elle n’apparaît pas comme telle dans l’Atlas du karst wallon ni dans le mémoire de Rodolphe Dehard. (Le karst de la région calcaire et dolomitique située entre Bomal et Hamoir – Ulg-2000)
BERNARD MARNETTE
En haut : La grotte Delderenne depuis les rives de l’Ourthe.
En bas : La grotte Delderenne à Sy.

Bernard Marnette
Bernard Marnette
Un nouveau look pour LES TOPOS DU CAB
Le Club Alpin Belge fait évoluer ses topos d’escalade avec une nouvelle charte graphique. Désormais, tous les nouveaux topos produits par le CAB paraîtront dans un format repensé, plus cohérent et plus actuel.
Cette nouvelle mise en page vise avant tout une meilleure expérience pour les grimpeurs : une présentation des informations plus claire, une structure homogène d’un topo à l’autre et une utilisation facilitée. Le contenu reste rigoureux et complet, mais gagne en lisibilité, en modernité et en confort d’utilisation.
Cette uniformisation permet également une vraie cohérence visuelle entre les publications du CAB. Résultat : des topos reconnaissables au premier coup d’œil, agréables à consulter… et qui trouvent naturellement leur place dans votre bibliothèque.
Une collection à suivre et à compléter au fil des parutions !

Le topo de Hourt est disponible sur la boutique du CAB et sera prochainement proposé chez différents revendeurs.
Prix : 8 €
Topo de Hourt
Le tout premier topo à paraître dans ce nouveau format est consacré au site d’escalade de Hourt, récemment entièrement (ré)équipé.
Situé à Vielsalm, ce site ardennais se distingue par son caractère unique et par la diversité des itinéraires qu’il propose.
Le rocher Léopold II accueille notamment la plus longue voie d’escalade de Belgique à cette altitude : une grande ligne équipée de 85 mètres. Idéal pour celles et ceux qui souhaitent s’initier ou se confronter à la longue voie !
Sur le Rocher Rompt-le-Cou, les grimpeurs découvriront plus de 21 voies et variantes. Les cotations couvrent un large éventail : de l’escalade élémentaire jusqu’aux difficultés exigeantes, avec notamment une 7b+ (déjà réalisée à vue par Simon Lorenzi !).
Toits, dalles, dièdres… le site offre une belle variété de styles et de mouvements, permettant à chacun de trouver des voies à son goût.
Il ne reste plus qu’à se procurer le topo et partir à la découverte de ce site !


Rassemblement hivernal BeMC 2026
Anatomie d’une chute
JOHAN VAN DE PUTTE
Imaginez une belle vallée sauvage au cœur de l’hiver. Le paysage est blanc, l’air est pur, les branches des arbres sont poudrées par les chutes de neige récentes, le soleil illumine le haut des sommets d’une lumière claire et froide. J’entends les battements de mon cœur et le bruit sec de mes piolets que j’ancre dans la glace. Les coups résonnent sous l’immense toit de rocher qui nous couvre de son ombre glaciale. Je respire fort, mes bras et mes épaules brûlent, je suis loin au-dessus de mon dernier point. J’aurais dû mettre une broche un peu en-dessous mais j’étais mal placé. Je devrais en mettre
une maintenant, mais je n’en ai plus la force. De toute façon, le relais salvateur est à un mètre de moi. Je me repose un peu avant de faire le dernier mouvement pour l’atteindre. Mes appuis sont précaires mais si je ne bouge pas, ça tient. Je me le répète comme un mantra : si je ne bouge pas, ça tient. Juste me refaire un peu.
Ne pas bouger. Me refaire encore un peu. Si je ne bouge p…
Au moment où mon pied gauche glisse, une seule idée me traverse la tête :
« C’est la merde ! »
Plans d’attaques à la Licone — Cogne, Italie, Février 2026
Dans la grimpe comme dans la vie, il faut profiter des moments de flottement pour faire le bilan
Dans la grimpe comme dans la vie, il faut profiter des moments de flottement pour faire le bilan et, cette chute libre interminable semble m’offrir tout le temps nécessaire pour me poser une question : mais comment en suis-je arrivé là ?
Ça fait maintenant plusieurs années que je fais de la cascade de glace et, pourtant, je n’ai jamais pratiqué avec le CAB.
Mon partenaire habituel a déclaré forfait par naissance d’une petite fille (paix à son âme, euh tous mes vœux de bonheur, je voulais dire) alors je dois trouver un remplaçant pour cette année… et peut-être pour les 18 prochaines. Comme par miracle, la BeMC (Belgian Mountaineering Community) organise justement son premier rassemblement hivernal à Cogne. Je suis directement emballé, ce sera l’occasion de partir à la découverte de la Mecque de la cascade de glace et de rencontrer les cascadeurs et cascadeuses belges.
Dans la voiture, je fais connaissance avec mes acolytes. On est tous les quatre passionnés de montagnes évidemment mais, d’emblée, un constat s’impose à nous : on est tous ingénieurs. On savait déjà que c’était le stéréotype de l’alpiniste mais tout de même, c’est fou à quel point ça se vérifie. À l’arrivée à Cogne, on se répartit dans différents appartements et j’en profite pour continuer mon recensement des métiers. Un ingénieur de plus (c’était à craindre), mais aussi un kiné et un berger, ça change. Le soir, le rendez-vous est donné pour établir le plan du lendemain à la « Licone » qui sera notre bar/QG pour la semaine. Lorsqu’on arrive, les serveurs ont déjà réaménagé la moitié du restaurant pour accueillir la première partie du groupe et c’est avec un bonheur très bien dissimulé qu’ils poursuivent leurs expérimentations en architecture d’intérieur pour nous faire une place. Dix minutes plus tard, quand la dernière vague de Belges arrive, j’ai bien cru que le tenancier allait laisser exploser sa joie mais, professionnel, il a su garder le masque et rester impassible, très satisfait de rendre son établissement un peu plus feng shui grâce à nous (de rien). Update sur les métiers : quatre ingénieurs de plus (le stéréotype est donc bien fondé), un cordiste et une ouvreuse de voies d’escalade, seule femme présente au rassemblement.
De haut en bas :
Ambiance au relais
— Valeille, Italie, Février 2026
Un qui travaille, trois qui regardent — Valmiana, Italie, Février 2026
Rappel dans la voie
— Champlong, Italie, Février 2026



Johan Van de Putte © 2026
Raphaël Sternon © 2026
Raphaël Sternon
2026

Vue sur le Mont-Blanc — Lillaz, Italie, Février 2026
Johan Van de Putte
© 2026
Raphaël Sternon © 2026
C’est finalement dans une bonne ambiance générale que les plus expérimentés peuvent retrouver leurs sensations et les plus débutants développer leurs nouvelles compétences de glaciériste.
À droite : La pêche du jour — Moline, Italie, Février 2026
En bas : Cascade artificielle — Moline, Italie, Février 2026

Pour le premier jour, on s’est répartis en différents groupes. Le but est de trouver une petite cascade pas trop bondée pour poser quelques moulinettes. On va d’abord voir la cascade de Lillaz, qui est ce qu’on peut appeler un « park and climb ». Arrivés au pied, c’est comme à la boucherie : il faut prendre un ticket pour faire la file et, dans la cascade, c’est la foire à la saucisse avec plusieurs cordées qui s’entrecroisent et balancent joyeusement de gros glaçons sur ceux d’en dessous. On passe notre chemin. On marche une quarantaine de minutes pour monter à la cascade de Loie où quatre cordées sont déjà à l’œuvre. Décidément, à Cogne comme à la Mecque, les pratiquants sont attirés comme par un phare dans la nuit, on a peur de se faire piétiner par la foule et le risque de se faire lapider (par une stalactite en ce qui nous concerne) n’est pas nul. Heureusement, une cordée part à notre arrivée et les autres nous font de la place et nous laissent même utiliser leur moulinette. C’est finalement dans une bonne ambiance générale que les plus expérimentés peuvent retrouver leurs sensations et les plus débutants développer leurs nouvelles compétences de glaciériste.
Dans les jours qui suivent, les groupes se forment selon les envies et les projets de chacun : cascades de plusieurs longueurs pour certains, ski de rando pour d’autres,

Raphaël Sternon © 2026

Au sommet de Patinagio artistico
Valeille, Italie, Février 2026
Venus à Cogne sans voiture tous les deux, on part du village à pied aux premières lueurs du jour pour attaquer l’approche de l’approche.
tournage de pouces forcé pour Matt qui a fermé sa voiture avec ses clés (et crucialement son matos) dedans. En milieu de semaine, je fais équipe avec Ulrich, qui est un des rares grimpeurs qui salive quand il voit un tas de cailloux pourri dans lequel coincer ses lames de piolet. On veut se lancer dans une voie de mixte (cette année avec le peu de glace, on devrait plutôt dire de dry tooling, cette discipline technico-bourrine qui consiste à grimper sur du rocher avec des crampons et des piolets) en plusieurs longueurs dans un dévers à l’abri des avalanches. Venus à Cogne sans voiture tous les deux, on part du village à pied aux premières lueurs du jour pour attaquer l’approche de l’approche. Arrivés deux cents
Joël dans Inachevée conception Valeille, Italie, Février 2026

Gilles Lacroix © 2026

Johan dans Candelabre del coyote Valeille, Italie, Février 2026

mètres avant le parking qui marque le début de la vraie approche, une voiture amèrement familière nous dépasse et s’arrête. Simon baisse sa vitre. « Vous voulez un lift ? » Plus la peine, on y est.
Commence alors la véritable approche. Comme il vient de neiger et que c’est une voie de mixte (ce qui implique que personne n’a envie de grimper ça), il faut faire la trace dans la poudreuse jusqu’à mi-cuisse. Après une bonne séance de brassage, la face approche et, à son pied, une belle coulée d’avalanche. À la lisière de la forêt, on s’avance prudemment pour voir si cette dernière est récente. Elle l’est, ça craint. Notre analyse de risque trouve une conclusion très rapide lorsqu’on entend un grand bruit sourd de neige qui se tasse. On se regarde et on déguerpit dans la seconde sans demander notre reste. Toujours à pied, on retourne à Lillaz pour poursuivre ce qui sera la journée la moins productive du séjour : cinq heures de marche pour grimper trois lignes de six mètres. Mais on termine la journée au soleil en mangeant de la tarte au pied des voies et ça, c’est nettement mieux que d’être enfoui six pieds sous la neige.
Jusqu’ici tout va bien. Mais ce qui est important, ce n’est pas la chute, c’est l’atterrissage...
Jusqu’ici tout va bien. Mais ce qui est important, ce n’est pas la chute, c’est l’atterrissage. Après ce vol qui m’a semblé durer une éternité, le premier impact sur mon pied est violent et, quand la corde me reprend enfin, je me retrouve à l’envers et ma tête frappe la glace. Avec une grosse entorse et un arrachement osseux, c’est un clap de fin sur ma semaine de grimpe hivernale. Au moment de conclure, je garderai néanmoins un excellent souvenir de ce premier rassemblement. J’en retiendrai en vrac : une super ambiance, de nouveaux compagnons de cordée compétents, de nouveaux amis à l’esprit positif, à la personnalité riche et humble, qu’il y a vraiment beaucoup d’ingénieurs et malheureusement très peu de femmes dans ce sport (oui, ceci est un appel à la diversité pour les prochaines éditions), que les broches à glace ne sont pas là juste pour la déco et que la première règle en cascade de glace est pleine de sagesse : ne pas tomber. Ironiquement, la voie dans laquelle je suis tombé s’appelle « Inachevée conception ». Je reviendrai.
JOHAN VAN DE PUTTE
La team presque au complet Cogne, Italie, Février 2026

Au cœur de la fabrication des cordes
EDELRID
EDELRID , PARTENAIRE DU CAB
Nichée dans la pittoresque ville d’Isny im Allgäu, dans le sud de l’Allemagne, la manufacture de cordes EDELRID est bien plus qu’une simple usine : c’est un véritable morceau d’histoire de l’escalade. Depuis plus de 160 ans, ce site constitue le cœur battant de l’un des fabricants de cordes les plus respectés au monde, produisant les lignes de vie sur lesquelles comptent chaque jour des millions de grimpeurs, de professionnels et d’aventuriers.
Un héritage tissé au fil du temps
L’histoire commence en 1863, lorsque Julius Edelmann et Carl Ridder fondent une fabrique de cordons et de tresses sous le nom d’Edelmann & Ridder. À l’origine destinée à produire de simples cordages pour les artisans et industries locales, l’entreprise se forge rapidement une réputation fondée sur la qualité et l’innovation. En 1953, les ingénieurs d’EDELRID présentent la première corde d’escalade à âme gainée (kernmantel), une conception révolutionnaire associant une âme résistante à une gaine tressée protectrice – un principe toujours utilisé dans les cordes dynamiques modernes. Isny devient ainsi le berceau de la technologie contemporaine des cordes d’escalade. Un héritage qui se perpétue aujourd’hui à travers des cordes destinées à l’escalade sportive, à l’alpinisme, aux parcs aventures et aux applications de sécurité industrielle.
Dans les coulisses de la manufacture
Entrer dans les halls de production d’EDELRID à Isny, c’est pénétrer dans une véritable symphonie mécanique. Des centaines de fils colorés s’enroulent autour de bobines et se tressent avec précision autour d’âmes blanches, orchestrés par des opérateurs expérimentés. Chaque corde est minutieusement contrôlée afin de répondre aux exigences les plus strictes en matière de sécurité et de performance.
Les cordes d’escalade naissent de fibres de polyamide ultrafines, invisibles individuellement, mais d’une résistance remarquable une fois assemblées. Les fibres sont torsadées, tressées et traitées avec des revêtements exclusifs améliorant la résistance à l’abrasion, la déperlance et la maniabilité. Marquage central, traitements « dry », tressages spécifiques : chaque détail est pensé pour répondre aux besoins des grimpeurs, des exploitants de parcs aventures et des professionnels des travaux en hauteur.
Une fois tressée, chaque corde passe par une étape unique de contrôle manuel : des collaborateurs expérimentés parcourent chaque mètre entre leurs mains avant l’enroulement final. Leur toucher entraîné détecte la moindre irrégularité de texture, de tension de gaine ou d’alignement du tressage. Cette alliance entre précision mécanique et expertise humaine confère aux cordes EDELRID leur fiabilité exceptionnelle.
L’usine dispose également d’une ligne dédiée à l’assemblage de sangles, longes et composants de harnais. Nombre de ces produits sont assemblés à la main et testés individuellement, illustrant l’engagement constant de la marque envers la qualité de l’ensemble de son équipement vertical.
Alors que l’escalade, les sports d’aventure et les métiers en hauteur évoluent sans cesse, la manufacture d’Isny demeure à la pointe, alliant savoir-faire historique et innovation visionnaire.
Made in Germany – avec conviction
Toutes les gammes de cordes et les produits assemblés EDELRID sont toujours fabriqués à Isny, fièrement 100 % Made in Germany – un gage de qualité, de précision et de responsabilité. La durabilité occupe une place centrale dans le processus de production : EDELRID a été le premier fabricant de cordes à obtenir la certification bluesign®, garantit des traitements déperlants sans PFAS et intègre autant que possible des matériaux recyclés.
Une communauté, une culture
EDELRID n’est pas seulement une usine, mais un pilier de la communauté locale d’Isny. Journées portes ouvertes, ateliers et événements permettent aux grimpeurs, habitants et partenaires de découvrir l’histoire de la corde et d’assister à sa fabrication. Ces initiatives soulignent le lien profond entre l’entreprise, la culture de l’escalade, les loisirs et la sécurité professionnelle à l’échelle mondiale.
L’avenir, fil après fil
La science au cœur du processus : le laboratoire interne EDELRID
Derrière les machines se trouve un laboratoire ultramoderne où chaque corde est soumise à des tests rigoureux. Les cordes dynamiques sont évaluées selon la force d’impact, l’allongement et des milliers de chutes simulées. Les cordes statiques subissent des essais de traction et de charge pour les applications de secours et industrielles.
Des paramètres plus subtils sont également mesurés : glissement de gaine, tenue au nœud, résistance à l’abrasion ou comportement en conditions humides et gelées. Les ingénieurs combinent équipements de pointe et expertise pratique afin de garantir des performances conformes aux attentes les plus élevées. Ce laboratoire interne permet une innovation rapide, en testant immédiatement de nouvelles fibres, traitements et techniques de tressage, créant un lien direct entre tradition et science moderne.
Des cordes pour tous les mondes verticaux
Les produits EDELRID vont bien au-delà de l’escalade sportive :
• Escalade sportive & alpinisme : cordes dynamiques et à simple conçues pour une manipulation précise, une grande durabilité et une fiabilité optimale en grande voie, en salle comme en falaise ou en terrain alpin.
• Parcs aventures & parcours acrobatiques : cordes spécialisées pour un usage répété, une forte friction et une exposition prolongée aux éléments, garantissant sécurité et longévité.
• Protection contre les chutes & travaux en hauteur : cordes statiques, longes de sécurité et équipements industriels conformes aux normes strictes EN et ANSI, assurant la sécurité des professionnels lors d’opérations de secours, de construction ou de maintenance.
En s’adressant aussi bien aux grimpeurs qu’aux professionnels, EDELRID démontre la polyvalence et la fiabilité de ses cordes dans toutes les disciplines verticales.
Alors que l’escalade, les sports d’aventure et les métiers en hauteur évoluent sans cesse, la manufacture d’Isny demeure à la pointe, alliant savoir-faire historique et innovation visionnaire. À une époque où la production est souvent externalisée, l’engagement d’EDELRID à fabriquer en interne constitue un véritable manifeste en faveur de l’artisanat, de la sécurité et du respect du monde vertical. Chaque corde, chaque sangle, chaque composant de sécurité quittant Isny, qu’il protège un grimpeur en falaise, un enfant sur un parcours aventure ou un technicien en hauteur, porte en lui des siècles d’expertise, une rigueur scientifique et une fiabilité absolue. Ici, la corde n’est pas qu’un assemblage de fibres : elle est une ligne de vie. Une alliance d’innovation et de maîtrise, tissée dans chaque torsion et chaque tressage.
EDELRID, PARTENAIRE DU CAB

Edelrid

Cascade de glace & dry tooling
À la découverte de ces disciplines
Entretien avec Ulrich Winz
Interview par VALENTINE CORNET – POUR LE CAB
Ulrich, 28 ans, pratique la cascade de glace et le dry tooling depuis plusieurs années. Il s’est récemment tourné vers la cascade de glace en compétition, une discipline à part entière qui se pratique sur structures artificielles et demande une gestuelle spécifique.
Entrainement chez Marianne van der Steen, athlète hollandaise qui construit un mur équipé chez elle — Pays-Bas, Août 2025
Comprendre les disciplines
Valentine Cornet : Comment expliquerais-tu la cascade de glace, le dry tooling et le mixte ? Qu’en est-il de la cascade de glace en compétition ?
Ulrich Winz : Il s’agit tout simplement de grimper avec des piolets et des crampons. La différence entre les quatre vient surtout du milieu dans lequel on évolue : la glace pour la cascade de glace, uniquement du rocher pour le dry tooling, et une alternance de glace et de rocher pour le mixte.
En compétition, on grimpe sur une structure avec des panneaux en bois – un peu comme en escalade – dans lesquels on peut planter les crampons. Pour les piolets, on utilise des prises artificielles sur lesquelles il faut poser la lame du piolet.
Marianne van der Steen © 2025
En dry tooling, il n’y a pas d’ancrage/ désancrage de piolet, les voies sont donc plus rapides, mais généralement dans un dévers plus prononcé.

Vous souhaitez découvrir la cascade de glace ou le dry tooling ?
Ulrich en pleine action
lors de la UIAA Ice Climbing Continental Cup — Utrecht, Pays-Bas, Décembre 2025
La cascade de glace est-elle une pratique accessible, selon toi ?
Non. D’abord sur le plan technique : on peut difficilement apprendre tout seul, il faut passer par des stages du CAB, des guides ou des amis expérimentés. Le matériel est aussi spécifique (piolet traction, broche à glace, crampons…) et est relativement cher. Enfin, c’est un sport qui nécessite de se déplacer en montagne et qui dépend fortement des conditions (il suffit qu’il fasse une température positive pendant quelques jours pour que toute une cascade s’écroule).
Sais-tu nous en dire plus sur l’histoire de ces disciplines et leur évolution ?
À l’origine, la discipline vient des courses d’alpinisme glaciaire, en goulotte. À l’époque, les piolets étaient proches de piolets droits utilisés en alpinisme estival, et s’employaient avec des dragonnes pour permettre le repos. Ensuite, des alpinistes ont commencé à se tourner vers la moyenne montagne pour grimper sur des cascades gelées. L’équipement s’améliore (les poignées des piolets deviennent plus ergonomiques, et les pointes avant des crampons deviennent plus adaptées) et, avec la progression du niveau, on a atteint des cascades formant des stalactites au-dessus de gros surplombs. Comme ces cascades ne touchent pas le sol, les glaciéristes de l’époque ont commencé à grimper sur le rocher avec piolets et crampons. Le mixte est né !
L’eau coulant verticalement, le niveau technique des cascades peut difficilement augmenter après une longueur à 90 degrés. Les passages en mixte et en dry tooling deviennent alors une fin en soi. Depuis 2002, des compétitions de difficulté de cascades de glace sont organisées par l’UIAA, avec un format plus proche du dry tooling, comportant des dévers et relativement peu de glace.
Laissez-vous tenter par les stages proposés par nos cercles, comme le CAB BruxellesBrabant, Évolution Verticale, Cap Expé ou encore Grand Air, qui organisent chaque année des stages de cascade de glace.
Pour vous entraîner toute l’année en Belgique, que ce soit en intérieur ou en extérieur, plusieurs structures sont disponibles.
Voici quelques suggestions :
• À Mons, Face Nord propose six voies de dry tooling, où l’on grimpe sur enrouleur automatique ou à deux en moulinette uniquement, avec chaussons et leash, piolets en bois ou piolets traction.
• Le CAB Sérac met à disposition quelques voies de dry tooling à Seraing, avec la possibilité de grimper en chaussons et avec des piolets en bois.
• À Bornem, le Klimmuur Renaat Muys du BVKV offre une structure en béton de 12 mètres, adaptée à la grimpe en tête ou en moulinette.
• Les Bergpallieters à Buggenhout disposent d’une structure comprenant certaines parties couvertes de bois.
• Enfin, à Pont-à-Lesse, deux voies de dry tooling équipées permettent un entraînement complet sur site.
Des infos ?
Vous avez entendu parler d’un projet d’infrastructure de dry tooling qui n’est pas recensé ici ? Faites-nous signe ! Vous visez plus haut ? Le CAB étudie actuellement la création d’une équipe nationale d’escalade sur cascade de glace pour l’année prochaine. Si vous êtes intéressés et que vous souhaitez vous lancer dans la compétition, vous pouvez nous envoyer votre CV détaillant votre parcours, accompagné de votre carnet de course et d’une lettre de motivation, via alpinisme@clubalpin.be
Marianne van der Steen © 2025
Les cotations en glace vont de 3 à 7. À partir du 6, la glace devient verticale sur une longueur et la difficulté provient surtout de la solidité de la structure
Où et quand se pratiquent-elles ?
Quelles conditions sont nécessaires ?
Les cascades de glace et le mixte se pratiquent en hiver lorsque les températures sont négatives pendant suffisamment longtemps que pour figer les eaux de ruissellement ou des résurgences en glace. Il faut donc avoir des périodes de froid suffisamment intenses et prolongées. Certaines années, il est même possible d’en pratiquer certains jours en Belgique. Le dry tooling et la cascade de glace en compétition, à l’inverse, peuvent se pratiquer par n’importe quelles conditions. Contrairement à l’escalade : même quand il pleut.
Pourrais-tu décrire la gestuelle de ces disciplines ?
En cascade de glace, les longueurs sont assez longues, et avec le piolet qui écarte notre buste de la paroi, cela revient à grimper un léger dévers. Comme en escalade, on va chercher à mettre le plus de poids possible sur les pieds. On va donc essayer de placer nos deux pieds écartés sous le piolet. Ceci permet d’aller « swinger » le suivant sans trop se fatiguer.
En dry tooling, il n’y a pas d’ancrage/désancrage de piolet, les voies sont donc plus rapides, mais généralement dans un dévers plus prononcé. Certaines voies comportent des prises forées, d’autres, au contraire plus techniques, demandent de rechercher des réglettes et des coincements de lame ou de piolet. Dans tous les cas, les mouvements sont amples et exigent beaucoup de force et de gainage. En compétition, on retrouve ces mouvements larges, où le placement du corps est indispensable pour maintenir le piolet dans le bon axe sur les prises, mais en y alliant les ancrages de crampons. Cela permet notamment des mouvements où on utilise les crampons pour tirer dans une jambe, un peu comme un talon ou une contre-pointe en escalade, ce qui est plus rare en cascade ou en dry tooling. Dans les dévers fort prononcés, on utilise beaucoup une figure appelée le « Yaniro1 », assez caractéristique.
1 - La technique du yaniro en escalade est un mouvement de contorsion utilisé pour franchir des passages très déversants ou sans prises de pieds, consistant à enrouler une jambe par-dessus le bras opposé (ou le même bras) pour créer un point d’appui supplémentaire, facilitant ainsi l’atteinte d’une prise éloignée. [NDLR]
Comment comprendre les cotations ?
Les cotations en glace vont de 3 à 7. À partir du 6, la glace devient verticale sur une longueur et la difficulté provient surtout de la solidité de la structure et demande de progresser avec beaucoup de délicatesse.
Parallèlement, les glaciéristes ont commencé à rechercher des structures suspendues nécessitant de passer par des sections de rocher : ces itinéraires mixtes ont donné naissance au M7, par analogie au niveau 7 en glace. Par la suite, d’autres cotations plus faciles ou plus dures ont été proposées, de M3 à M15.
Le dry tooling a repris le même principe de cotation, mais avec la lettre D pour indiquer l’absence de glace (D3 à D17).

© 2025
Steen
Marianne van der


Alpes


Ulrich Winz © 2025
Ulrich Winz © 2023
En Europe, il y a de nombreuses cascades et falaises de dry tooling dans les Alpes. Pour ce qui est de la cascade de glace en compétition, plusieurs pays disposent de murs dédiés, comme la Suisse, la France ou encore les Pays-Bas.

Où pratiquer et entraînement
Où pratiques-tu principalement, sachant que tu vis en Belgique ?
Il y a globalement peu de structures en Belgique. Je m’entraîne chez un ami, Nicolas, qui a construit un petit mur chez lui, ainsi que chez Marianne van der Steen, qui est une athlète hollandaise qui possède un mur d’entraînement plus complet chez elle. Les voies de dry tooling de Pont-àLesse sont également bien pour s’entraîner en « conti ». Sinon, on profite principalement des vacances pour aller en falaises et faire des cascades dans les Alpes. Quelles sont les possibilités en Europe ?
En Europe, il y a de nombreuses cascades et falaises de dry tooling dans les Alpes. Pour ce qui est de la cascade de glace en compétition, plusieurs pays disposent de murs dédiés, comme la Suisse, la France, le Liechtenstein, la République tchèque, l’Écosse, la Pologne et les Pays-Bas.
Comment s’entraîner quand on n’a pas accès à un site de glace ou de dry tooling ?
Je dirais que l’escalade constitue déjà une bonne base, bien sûr. C’est peu spécifique, mais ça reste un bon entraînement en complément de renforcement musculaire.
Au final, les grimpeurs de cascades de glace restent des grimpeurs. De manière plus spécifique, on peut y ajouter des suspensions sur piolets et le travail de mouvements particuliers, comme les Yaniros.
Quels aspects sont les plus importants à travailler ?
Au niveau du renforcement, les épaules et le gainage sont plus sollicités lors des mouvements qu’en escalade, donc c’est bien de s’attarder plus dessus. À l’inverse, les doigts ne sont pas soumis à autant de contraintes. En cascade outdoor, l’endurance va être le facteur limitant alors qu’en dry tooling ou en compétition, les voies se grimpent plus rapidement et demandent plus de force et de puissance.



Martin Discors © 2025
Matthieu Taymans © 2026
Martin Discors © 2025

La compétition
Qu’est-ce qui t’attire dans la compétition ?
Dans ma pratique de l’alpinisme, après avoir fait de l’alpinisme estival plus classique, j’ai commencé à pratiquer la cascade de glace et le dry tooling, qui constituent pour moi une bonne porte d’entrée vers l’alpinisme de haut niveau.
Étant donné que les cascades de glace sont loin et rarement en conditions, la cascade de glace en compétition me semblait une bonne alternative, venant d’un pays sans montagne. Depuis, j’ai appris à apprécier la discipline pour elle-même : je la vois plus comme une discipline complémentaire que comme une discipline alternative. C’est un petit monde, composé de passionnés, ce qui est très motivant.
Le classement est basé sur le nombre de prises qu’on touche : 0,1 point pour une prise touchée, 0,2 point si on exerce une force effective dessus et 1 point lorsqu’on relâche la pression de la prise précédente.
Comment fonctionnent les prises en compétition ?
Il n’y a pas de prises de pieds : on grimpe avec des crampons et on est autorisé à les planter dans les panneaux en bois tendre du mur. Pour les piolets, en revanche, il est interdit d’utiliser les panneaux ; on utilise des prises spéciales, généralement en métal ou en pierre pour limiter l’usure.
À noter qu’il n’y a aucune interdiction de saisir ces prises à la main, mais l’espacement des prises requiert d’utiliser les piolets pour avoir l’allonge nécessaire.
Le classement est basé sur le nombre de prises qu’on touche : 0,1 point pour une prise touchée, 0,2 si on exerce une force effective dessus et 1 point lorsqu’on relâche la pression de la prise précédente.
Comment s’organise le circuit UIAA ?
Les coupes d’Europe sont libres d’accès, tout le monde peut s’inscrire sous réserve d’avoir le matériel adéquat.
Pour les Coupes du Monde, il est nécessaire qu’une fédération membre de l’UIAA constitue une équipe et procède à l’inscription.
Quelles sont les nations dominantes aujourd’hui ?
La France, le Royaume-Uni, la Pologne, les Pays-Bas, la Suisse, les États-Unis, la Corée et le Japon. À noter qu’il existe également des compétitions de vitesse, dans lesquelles les Mongols et les Iraniens sont particulièrement bons.
Interview par VALENTINE CORNET – POUR LE CAB


Escalade et blessures
Comprendre pour mieux prévenir
JONATHAN VARD , Responsable Formations
Tu as déjà grimpé avec du tape plein les doigts en te disant que « ça va passer » ?
Déjà senti une petite douleur en arquée et choisi de l’ignorer parce que la voie était trop belle ?
En escalade, la blessure fait presque partie du décor. On en parle entre deux essais, on compare les inflammations comme d’autres comparent les croix. On ajuste un strap, on serre les dents. Et on grimpe quand même.
La plupart du temps, ça tient. Jusqu’au jour où ça ne tient plus. Derrière ces petites douleurs banalisées se cache une réalité simple : l’escalade impose à la main des contraintes mécaniques intenses, répétées, parfois extrêmes. Et ces contraintes, cumulées dans le temps ou associées à certains mouvements, créent des situations à risque qu’il vaut mieux comprendre plutôt que subir.
Cet article est tiré en grande partie de la section « Ouvrir sans blesser » du syllabus de la formation « Ouverture sur SAE » proposée par le CAB. Revu et adapté ici, il propose aux grimpeur·euses une attention particulière à la sélection des voies et des blocs au regard des risques encourus.
La littérature est assez claire : une grande majorité de pratiquant·es a subi des blessures. Il ne faut donc pas nier le potentiel traumatisant de ce sport, sans pour autant arrêter totalement sa pratique. Ces points d’attentions pourront vous permettre d’avoir un regard plus aiguisé, surtout lors des moments critiques : lors de l’échauffement, dans la sélection des voies de dépassement (allant au-delà de ce à quoi votre corps est habitué) ou encore lorsque vous êtes déjà blessé, avec du tape plein les doigts – une situation presque devenue normale, mais qui ne devrait pas l’être.
Pour y voir plus clair, il est utile de comprendre le fonctionnement biomécanique de la main, de nommer les types de prises et de préhensions pour, enfin, tenter d’énoncer des recommandations.
Enric Cruz Lopez © Pexels

Recommandations – on le sait – que vous lirez, partagerez peut-être… mais changeront-elles vraiment votre pratique ? Les grimpeur·euses ne sont pas les sportif·ves les plus prompts à consulter en cas de blessures ou à s’arrêter, ni même à changer de sport le temps de récupérer. Alors quitte à continuer, autant limiter un peu la casse, non ? ! Un doigt en moins n’a jamais empêché personne de grimper, voyez Tommy Caldwell. Même avec une jambe dans le plâtre, vous verrez encore certains défier la gravité. Ce n’est pas au tennis que vous verrez ce genre d’énergumène taper la balle à cloche-pied.
Je suis bien mal placé pour faire la leçon à ce sujet. Par contre, je reste persuadé que le mouvement, contrôlé, ne peut que faire du bien au corps et à l’esprit. Reste à préciser ce que l’on entend par « mouvement contrôlé ». Et, au passage, je ne suis pas un professionnel de la santé : les informations qui suivent reposent sur des sources scientifiques fiables, et n’ont ni été écrites au doigt mouillé, ni générées par l’IA.
Articulations et poulies
Anatomie fonctionnelle et biomécanique de la main
L’escalade sollicite de manière intense et répétée les structures anatomiques de la main et de l’avant-bras. Bien qu’elles soient adaptées à la préhension fine et à la force de traction, elles se trouvent mises à contribution dans des angles articulaires extrêmes et sous des contraintes mécaniques élevées. Pour un·e grimpeur·euse, comprendre ces contraintes est essentiel : il devient alors possible d’anticiper les effets d’une séquence, d’un type de prise ou de l’orientation des prises sur ses doigts.
Le mouvement de fermeture des doigts est assuré par les tendons des muscles fléchisseurs (profonds et superficiels), qui cheminent dans une gaine fibreuse. Cette gaine est stabilisée par une série de poulies annulaires et cruciformes. Parmi elles, la poulie A2 est la plus sollicitée en escalade : elle empêche le « bowstringing » (décollement du tendon), maintient l’efficacité mécanique du fléchisseur et supporte une part importante des contraintes liées aux préhensions en charge.

Cottonbro © Pexels
«
Je suis bien mal placé pour faire la leçon à ce sujet. Par contre, je reste persuadé que le mouvement, contrôlé, ne peut que faire du bien au corps et à l’esprit.
»
JONATHAN VARD
En escalade moderne, trois types principaux de préhension concentrent la majorité du stress mécanique :
• Prise arquée (crimp) : articulation PIP fortement fléchie, DIP en hyperextension, pouce verrouillé. Position puissante, mais très traumatisante pour les poulies.
• Prise semi-arquée (half crimp) : compromis plus protecteur, force élevée, mais contraintes plus diffuses.
• Prise ouverte (open-hand) : doigts ouverts, appui de la dernière phalange sur la prise, poulies moins sollicitées.
Viennent ensuite des préhensions plus spécifiques (pinces, trous mono/bi-doigt, slopers, pinchs sur volumes), chacune avec un profil de risque particulier.
L’ouverture peut orienter ou contraindre la préhension : une prise trop petite, trop plate, trop éloignée, ou combinée à un mouvement dynamique forcera l’arqué1e. La sélection
1 - Quarmby A, Zhang M, Geisler M, Javorsky T, Mugele H, Cassel M, Lawley J. Risk factors and injury prevention strategies for overuse injuries in adult climbers: a systematic review. Front Sports Act Living. 2023 Dec 12 ;5 :1269870. doi : 10.3389/fspor.2023.1269870. PMID : 38162697 ; PMCID : PMC10756908.

d’une voie, d’un bloc ou d’une séquence d’entrainement a donc une influence réelle sur le type de stress biomécanique imposé aux doigts.
Chaque famille de prise induit une posture de main, une répartition des forces et un mode de recrutement musculaire spécifique2. Il est donc bon de choisir en connaissance de cause, et d’équilibrer les contraintes si possible. C’est là que l’ouvreur·euse a un rôle à jouer. Vous, il ne vous reste qu’à tenter de lire la voie au mieux et, éventuellement, de vous protéger au prenant des prises alternatives.
2 - Zihlmann C., Ritsche P., Feldmann A., Reissner L., Keller M., Wolf P., 2025 Open hand vs. half-crimp: Do climbers assume differences in their own maximal finger strength that do not exist?
CISS - Current Issues in Sport Science 10(1) doi. org/10.36950/2025.10ciss005
De gauche à droite : Prises arqué (crimp), semi-arquée (half crimp), ouverte (open-hand).


Une voie bien conçue privilégie une variété intelligente de préhensions.
Prises
et préhensions
Petites prises (edges, réglettes) : Elles génèrent souvent un usage en arqué, surtout quand la configuration impose une traction verticale. Le risque principal est la surcharge aiguë de la poulie A2, d’autant plus élevée si la séquence est explosive ou répétée3
• Trous (mono- et bi-doigt) : Le risque est ici concentré : une partie réduite de l’appareil fléchisseur supporte l’intégralité de la traction. Les trous, et en particulier les mono-doigts, sollicitent fortement les muscles lombricaux dans la paume de la main, et peuvent entraîner des lésions de ces muscles, parfois associées à des blessures de poulies. Ils exposent également à des pathologies de surcharge comme la ténosynovite, surtout en cas de répétition et de manque de récupération.
• Pinces et pinchs : Elles sollicitent davantage les muscles intrinsèques de la main, avec une tension accentuée sur le pouce. Plus protectrices que l’arquée, elles deviennent à risque lorsque l’ouverture impose une compression prolongée, surtout en bloc.
• Slopers et volumes : Ce sont des prises moins agressives pour les poulies : la main travaille en traction globale, avec engagement de l’avantbras et de l’épaule. Elles favorisent la technique, le gainage et la gestion du centre de gravité4 .

3 - MOOR BK., NAGY L., SNEDECKER JG., SCWEIZER A.
- Friction between finger flexor tendons and the pulley system in the crimp grip position. Clinical Biomechanics, 2009, 24, 1, p. 20 - 25
4 - MOOR BK., NAGY L., SNEDECKER JG., SCWEIZER A.
- Friction between finger flexor tendons and the pulley system in the crimp grip position. Clinical Biomechanics, 2009, 24, 1, p. 20 - 25

• Prises tranchantes : La quantité de surface joue un rôle. Une prise anguleuse impose un point de pression local, sous charge, et favorise des compensations jusqu’à l’hyperextension des articulations distales.
• Mouvements dynamiques : Quelques études se concentrent également sur l’impact des mouvements dynamiques. Ils font partie de l’escalade, s’imbriquent dans des coordinations, des déséquilibres, qui peuvent mener à des impacts sévères sur différents membres du corps. Ces études rappellent que ces mouvements augmentent considérablement le risque de blessure grave pour les membres inférieurs (rupture, fracture, etc.)5 et de blessures de surcharge pour les membres supérieurs (tendinopathie, rupture de poulie, etc.)6 .
Une voie bien conçue privilégie une variété intelligente de préhensions, évitant la répétition systématique d’un seul type de prise et répartissant ainsi les contraintes sur la main et le corps.
Risques liés aux préhensions et facteurs aggravants
Les blessures en escalade sont rarement le fruit d’un événement isolé, elles résultent plutôt d’un cumul de micro-traumatismes, amplifiés par certaines conditions : répétition de la même prise ou du même geste manque d’échauffement des doigts et des mains
• intensité musculaire maximale sur une amplitude articulaire extrême
• éloignement forcé des prises, imposant des mouvements explosifs
• utilisation de prises très petites ou très tranchantes en bas de voie (sur doigts froids)
• combinaison crimp + mouvement dynamique exposition disproportionnée des débutants à des prises risquées
5 - Auer J., Schöffl V. R., Achenbach L., Meffert R. H., Fehske K., 2021 - Indoor Bouldering—A Prospective Injury Evaluation, WILDERNESS & ENVIRONMENTAL MEDICINE 2021; 32(2): 160–7
6 - Mena L, Zanesco L, Assunção J H, et al (September 19, 2024) Prevalence and Risk Factors of Upper Extremity Injuries in Indoor Bouldering: A Cross-Sectional Study. Cureus 16(9): e69729. doi:10.7759/cureus.69729

Il faut aussi rappeler que le·la pratiquant·e lambda n’est pas un·e athlète en jour de compétition. Très peu bénéficient d’un suivi professionnel, avec planification, périodes de récupération et pics de performance. S’engager dans une voie de compétition, dans un bloc, où l’on va vouloir tout donner alors que le corps n’a pas récupéré de la séance précédente peut avoir des conséquences traumatisantes. Il est tentant d’aller chercher dans son niveau max à chaque fois. Pourtant, il serait judicieux de respecter des périodes de récupération active, de ne pas se laisser embarquer sur la nouvelle « mint bi-text avec les mouv’ de coord type compet » dans laquelle tout le monde se casse les dents.
Les blessures en escalade sont rarement le fruit d’un événement isolé, elles résultent plutôt d’un cumul de microtraumatismes, amplifiés par certaines conditions.
Prise tranchante
En conclusion
Dans le Podcast d’Hugo Clément, « Safe pace », les coachs, kinés et médecins du sport rappellent souvent qu’il faut trois ans au corps pour s’habituer à un nouvel effort. Que la progression en force est beaucoup plus rapide que le renforcement nécessaire des tendons, des poulies et des articulations pour supporter ce surplus de charge.
En trail, ils préconisent trois ans entre la première sortie et le premier Ultra. Pour la grimpe, ça pourrait se traduire par le temps nécessaire pour passer du canapé à un 7A. Vous connaissez tous ce pote qui a progressé d’un coup : il a commencé y a trois mois et déjà il grimpe 7A avec la délicatesse d’un éléphanteau. Il a pris du muscle en un temps record… mais que disent ses doigts dans les monos du 7B qu’il convoite ? Ils couinent comme tous celles et ceux qui se lancent dans leur premier marathon sur un coup de tête.
Apprenez à connaître votre corps, à écouter et à comprendre ses limites. C’est le meilleur moyen de progresser sans se blesser. Vous fonctionnez par défi ? Entrainez-vous en conséquence. Vous grimpez par plaisir ? Allez-y au ressenti, sortez de temps en temps de votre zone de confort… ou pas. N’oubliez pas que notre corps nous est propre, qu’il y a une mécanique derrière qui ne nous a pas été enseignée et qui, pourtant, mérite attention.
Dans tout ce blabla, ne sont évidemment pas évoqués les facteurs extérieurs aux contraintes mécaniques directes. Êtes-vous hydraté ? Correctement nourri ? L’alimentation mériterait un chapitre entier. Je terminerai par une image, celle du marin qui écope son bateau qui se remplit plus rapidement.
Lorsque j’ai commencé à travailler dans le milieu de l’escalade, j’ai rencontré un groupe. Ils devaient être six ou huit copains, grimpeurs. Avant la séance, ils s’en fumaient une. Après, ils s’en fumaient d’autres et passaient de la bière au vin rouge. Pendant la séance, ils s’échangeaient les astuces pour faire baisser les inflammations qui ciblaient tous les tendons. Pommades, argiles, gels, gélules, huiles essentielles. Pour rappel, en dehors de son pouvoir déshydratant, l’alcool est un très bon inflammatoire…
Comprendre son corps, s’intéresser à son fonctionnement mécanique, biologique, cyclique, peut parfois vous fournir des solutions. À vous de vous en saisir, ou pas. La beauté de ce sport réside peut-être dans l’abnégation de ses pratiquants.
JONATHAN VARD
Responsable Formations


Sept jours seul au Nordland
Décisions, décisions
THOMAS COLIN – Texte & Images
Après une dizaine de kilomètres d’eau vive en classe 2+, j’arrive à un rapide dont les premiers mètres sont faciles, mais je ne vois pas le reste. J’entends un grondement. J’aborde la rive avant que le courant n’accélère, je sors de mon packraft, et j’escalade un gros rocher moussu. Il faut voir la suite avant de s’engager. Derrière ce rocher, toute la rivière Glomåga, bouillonnante et tourbillonnante, se réduit à moins de deux mètres de large pour zigzaguer entre d’énormes blocs. Ensuite, les rapides restent puissants sur des centaines de mètres. Continuer sur l’eau, c’est éviter de porter tout le matériel et les provisions sur mon dos, sur un terrain difficile. Pourtant, m’engager dans ces rapides, seul, serait de l’inconscience. Je dégonfle le raft et je remballe tout. Il faut marcher !
Nordfjord — Parc Sartfjellet-Svartisen, août 2025
Depuis quelques mois, je cherchais un endroit en Norvège pour une expédition en packraft, et j’avais choisi une vallée isolée du parc Saltfjellet-Svartisen. Quand huit jours de beau temps s’annoncent, je saute dans un train ! Arrivé trois jours plus tard avec mon gros sac contenant un raft gonflable, je me frotte au premier obstacle : le lac Storglomvatnet. En packraft, les grands lacs sont aussi dangereux que l’eau vive. Le vent, et les vagues qu’il génère peuvent rendre toute progression impossible et provoquer le chavirement ; alors, dans une eau glaciale, la combinaison ne fait que ralentir l’hypothermie. Aujourd’hui, le vent est contraire, mais il souffle faiblement… sinon je ne serais pas venu ! Le premier jour, on a le choix des conditions. Le lac traversé, j’entre dans la vallée perdue que j’avais repérée. Le terrain est plus facile que je ne l’avais craint… et surtout, il est magnifique ! Je marche à petits pas, mon sac de 100 litres est plus volumineux que moi. À chaque pause, je profite du paysage, j’absorbe la solitude. Je suis à la fois émerveillé, joyeux, et concentré.
Au troisième jour, je glisse sur un lac bleu comme le ciel et je parcours une superbe section d’eau vive. Quel plaisir d’avancer très vite et sans effort, libéré du poids du sac, dans des rapides ludiques. Je rigole tout seul, je me sens bête, mais il n’y a personne pour me juger (jusqu’à cet article). Je sors de l’eau au niveau du rapide infranchissable mentionné dans l’accroche.
Quelques dizaines de mètres plus loin, je tombe sur une cabane de l’État norvégien (le statskog) ! C’est totalement inattendu, la cabane n’était pas marquée sur les cartes consultées. Non gardée, gratuite, confortable : c’est royal. Il y a un « livre d’or », dont les plus anciens messages datent de l’ouverture en 1991 – il n’y a pas beaucoup
Nordfjord — Parc Sartfjellet-Svartisen, août 2025

Au troisième jour, je glisse sur un lac bleu comme le ciel et je parcours une superbe section d’eau vive.
de passage… J’y découvre que la rivière a été descendue pour la première fois en 2010, par des kayakistes pros, sponsorisés par Red Bull. Leur message dit qu’ils passeront la nuit ici avant de descendre le rapide que je juge « infranchissable », et les suivants. Chacun ses capacités, chacun sa tolérance à l’engagement…
Jusqu’ici j’ai fait plus vite que prévu ; j’ai de la marge en temps et en nourriture. Dans le canapé de la hutte, j’hésite longtemps : finir le trajet au plus court, pour sortir avant le mauvais temps ? Profiter de cette opportunité pour aller voir le Nordfjord, qui m’avait fait rêver sur la carte ? Pendant la préparation, j’avais bien étudié la zone à l’ouest de la cabane, mais j’avais rejeté cette idée. Il n’y a toujours aucun sentier, et surtout, le terrain est bien plus escarpé que la vallée parcourue jusqu’ici.
Petit iceberg sur Storglomvatnet — Parc Sartfjellet-Svartisen, août 2025


Cependant, en laissant le raft et quatre jours de nourriture à la hutte, je m’allège de plus de 10 kg ! Je soupèse le pour et le contre, et je décide de tenter le coup. Il sera toujours temps de faire demi-tour. J’envoie un message par InReach à l’amie qui est mon contact de sécurité pour ce voyage : « Coucou, tu vas bien ? Rapides super sympas auj. J’ai trouvé une cabane tout confort (GPS 66.540 13.865), alors j’y reste pour la nuit. Demain je rejoins le lac Rognavatnet pour voir le Nordfjord. »
Soirée cosy dans la cabane — Parc Sartfjellet-Svartisen, août 2025

La « vallée perdue » — Parc Sartfjellet-Svartisen, août 2025
Je pars avant le lever du jour. Après un passage marécageux, je gravis une colline par le lit pierreux d’un ruisseau, pour éviter de m’empêtrer dans les arbustes. Je passe à gué une grande rivière, puis je m’élève progressivement sur des rochers polis par les glaciers. J’arrive au niveau d’un glacier nu – c’est-à-dire qu’il n’y a pas de neige dessus, donc pas de risque de tomber dans une crevasse à travers un pont de neige. Je pourrais l’éviter en faisant un gros détour, mais il est plus rapide et plus intéressant de le traverser. J’ai des micro-crampons (microspikes), mon piolet, la pente est douce, et les quelques crevasses sont assez étroites pour être facilement enjambées. Pourtant, j’ai le sentiment de faire une connerie en mettant les pieds sur la glace. C’est la première fois que je traverse
J’ai le sentiment de faire une connerie en mettant les pieds sur la glace.
C’est la première fois que je traverse un glacier tout seul, et j’aimerais avoir de vrais crampons.

Quand
j’arrive en vue du majestueux Austerdalsvatnet, je verse une larme de bonheur. Je ne sais pas si c’est dû à la beauté du paysage, ou au soulagement d’avoir franchi la dernière difficulté.
un glacier tout seul, et j’aimerais avoir de vrais crampons. Cette inquiétude diffuse me semble irrationnelle, mais je l’écoute un peu quand même. Alors, comme d’autres feraient une prière, je me promets à moi-même de savoir faire demi-tour s’il y a un passage scabreux.
Les quelques centaines de mètres de glacier passent facilement. Cependant, le glacier a bien reculé et baissé depuis les dernières images satellites, et cela complique la sortie sur l’autre rive. Une rimaye [la crevasse longeant le bord du glacier] d’un peu plus d’un mètre de large sépare la rive du glacier du promontoire rocheux contre lequel il glisse. Le côté rocheux est un peu plus haut. Du fond de la rimaye, 10 ou 15 mètres plus bas, j’entends le rugissement d’un torrent d’eau de fonte… Sauter, ne pas sauter ? Avec les micro-crampons, je n’ai pas glissé jusqu’ici, mais je ne leur fais pas confiance à 100 %. En quelques secondes, je décide que ce saut présente un risque inacceptable. Tant pis, ce sera le grand détour… sauf que… Oui ! Un peu plus haut, il y a un passage, en taillant une marche au piolet et en faisant un pas de désescalade, puis en passant par une sorte de chaos glaciaire… Ça passe crème et sans vraiment s’engager. Je pousse tout de même un gros soupir en rejoignant la terre ferme.


La vallée des rapides. En bas au centre, la cabane
— Parc Sartfjellet-Svartisen, août 2025
Au soir, je monte ma tente au bord du précipice du Nordfjord. De l’autre côté du fjord, je vois l’eau de fonte des glaciers parcourir 1 000 mètres de dénivelé d’un trait, pour plonger dans la mer. Une belle récompense. Je pense avoir été
« sécu » à l’aller, mais pour le trajet retour, j’évite tout de même de marcher sur le glacier ! Cela me permet aussi d’explorer d’autres paysages en rentrant à la hutte…
Austerdalsvatnet
— Parc Sartfjellet-Svartisen, août 2025

Le lendemain, au départ de la hutte, il ne reste qu’une journée de beau temps. Ce sera la plus dure : entre les lacs Glomdalsvatnet et Austerdalsvatnet, les deux côtés de la vallée sont striés de petites bandes rocheuses de deux-trois mètres de haut. La journée est interminable. À plusieurs reprises je rentre et ressors du canyon au fond de la vallée. Je m’égratigne les doigts, je patauge dans la boue… Quand j’arrive en vue du majestueux Austerdalsvatnet, je verse une larme de bonheur. Je ne sais pas si c’est dû à la beauté du paysage, ou au soulagement d’avoir franchi la dernière difficulté.
Le temps se dégrade désormais, mais ce n’est pas grave – il ne reste qu’à traverser deux petits lacs et à me laisser porter par la paisible rivière Svartisåga. Après l’isolation des jours précédents, la route qui longe la rivière me fait l’effet d’une autoroute ! Entre ça et la pluie battante, ça casse l’ambiance. Heureusement, au fil de l’eau, je rencontre deux aigles royaux qui se régalent de la carcasse puante d’un élan ; plus loin, j’en vois un autre, bien vivant, traverser la rivière en faisant de grosses éclaboussures. Le septième jour, j’arrive à la ville de Mo i Rana.
THOMAS COLIN
Impact climatique : On peut rejoindre Oslo en traversant l’Allemagne et le Danemark en train, puis en prenant un ferry. J’ai manqué de courage face au réseau allemand, réputé peu fiable : j’ai pris l’avion entre Amsterdam et Oslo. En revanche, j’ai privilégié trains et bus pour les trajets en Norvège, ce qui limite les dégâts de moitié.
Le glacier. La traversée part du fond et finit sur les rochers à droite du lac — Parc Sartfjellet-Svartisen, août 2025





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Simon Lorenzi : retour sur son trip à Red Rocks
Interview par VALENTINE CORNET – POUR LE CAB
Images : YULEN CALLEJA – novembre 2025
En novembre dernier, Simon Lorenzi s’est envolé pour les États-Unis avec pour objectif principal d’enchaîner Shaolin, l'un des blocs les plus réputés de Red Rocks. Avec cette réussite, le grimpeur belge signe son cinquième 9A bloc, confirmant sa place parmi les meilleurs bloqueurs du monde. Dans cette interview, Simon revient sur son état d’esprit, son approche de Shaolin et sur ce que ce trip lui a apporté humainement et sportivement.
Valentine Cornet : En partant aux États-Unis, visais-tu surtout Shaolin ou plutôt profiter du voyage et explorer ?
Simon Lorenzi : L’objectif principal de ce voyage était vraiment Shaolin. Je m’étais entraîné pour ça et j’avais prévu le temps nécessaire pour le faire. Mais nous arrivions deux à trois semaines plus tôt dans le Colorado, donc je savais que j’aurais du temps pour aller dans d’autres blocs et profiter avant. Ce que je voulais, c’était réussir à boucler Shaolin en un mois, tout en gardant un peu de temps hors projet pour explorer d’autres blocs. L’idée était donc de concilier les deux : avancer sur le projet principal tout en ayant la possibilité de profiter du pays, ce que je n’avais pas pu faire l’année précédente lors de mes trois mois aux États-Unis. Et finalement, c’est exactement ce qui s’est passé, c’était incroyable.

À quoi ressemblait une journée « type » sur place ?
Vu qu’il faisait très chaud, on préférait grimper plutôt en fin d’après-midi, le soir, et parfois même de nuit. Jules [Marchaland] et moi avions un rythme « couche-tard, lève-tard ». On se levait généralement vers 11 heures. Comme il faisait toujours beau, on prenait le petit-déjeuner sur la terrasse de l’Airbnb, on buvait notre café jusqu’à 14 heures, parfois plus tard. Ensuite, on partait tranquillement vers nos blocs respectifs et on grimpait jusqu’à ce que la séance se termine. On revenait ensuite de nuit, on mangeait, et parfois on se posait devant la télé pour regarder des séries. C’était vraiment chill et relax, on profitait pleinement du côté détente du voyage.
Comment s’organisait la vie en groupe ?
La vie en groupe était vraiment agréable. Même si certains avaient des rythmes différents ou se reposaient certains jours, il y avait un soutien constant entre nous.
On se motivait mutuellement et chacun faisait sa part pour que tout se passe bien. Il n’y a jamais eu de tension, l’ambiance était toujours bonne.
Qu’est-ce que la présence de Jules Marchaland, Mejdi Schalck et Yulen Calleja (votre photographe sur place) a changé dans ta manière de vivre l’escalade là-bas ?
Leur présence a été un vrai soutien mental. Ça aide tellement de simplement pouvoir partager ces moments avec des amis, qui comprennent ce que représente l’effort et l’investissement dans les blocs durs. On était tous d’un grand support émotionnel les uns pour les autres.
Même quand une séance ne se passait pas comme prévu, l’ambiance restait détendue et bon enfant. Être entouré a rendu les moments difficiles beaucoup plus faciles à gérer.

On parlait de nos difficultés et on se donnait des conseils, basés sur nos expériences passées. Discuter le soir permettait de relativiser, de trouver de nouvelles approches et de se sentir soutenu. Cette dynamique rend les périodes de creux beaucoup plus faciles à traverser.
Comment on se soutient dans un groupe quand chacun a ses objectifs, ses hauts et ses jours sans ?
Le soutien se faisait surtout par l’échange. On parlait de nos difficultés et on se donnait des conseils, basés sur nos expériences passées. Discuter le soir permettait de relativiser, de trouver de nouvelles approches et de se sentir soutenu. Cette dynamique rend les périodes de creux beaucoup plus faciles à traverser. L’esprit de groupe était hyper sain : pas de compétition entre nous, juste l’envie de voir les autres réussir.
On parle souvent des réussites, beaucoup moins des journées où rien ne marche. À quoi ressemblaient ces jours-là pendant le trip ?
Les journées difficiles étaient prises avec humour et bienveillance. Même si une personne s’énervait sur un bloc, on essayait de rendre la situation légère, parfois avec un peu d’ironie. Cela permettait de dédramatiser ces moments compliqués, où on finissait par rigoler et relativiser.
Simon sur « Defying Gravity » (8C)
Comment tu gères mentalement les phases où l’envie ou l’énergie ne sont pas au rendez-vous ?
Avec l’expérience, j’ai appris à prendre du recul. Au lieu de m’acharner à réussir coûte que coûte une séance, je me posais, je faisais une séance plus légère et je me disais que je reviendrais plus fort la prochaine fois. Cette approche me permet de gérer les moments moins productifs de façon plus saine et efficace. Ce n’est pas facile à faire sur le moment même, mais c’est très souvent récompensé les séances qui suivent.
Est-ce que le fait d’être entouré change ta manière d’accepter ces moments plus creux ?
Le fait d’être entouré de mes potes, notamment d’amis un peu moins expérimentés, m’a beaucoup aidé. Ça te place presque naturellement dans un rôle d’exemple : tu sais que tu as plus de vécu sur ce type de projet, donc tu as envie de montrer une bonne manière de faire, qui peut aussi leur servir.
Ça me poussait à rester cohérent avec ce que je sais être juste. Seul, c’est plus facile de craquer, de te laisser emporter par la frustration. Là, j’avais envie d’appliquer les principes auxquels je crois, aussi pour que ça puisse leur être utile.
Et puis le fait de les voir, eux, refaire parfois certaines erreurs que j’ai moi-même faites plein de fois dans le passé, ça me servait de rappel. Ça me renvoyait à ce que j’ai appris au fil des années pour performer. Leur présence m’a vraiment aidé, autant dans la gestion mentale que dans la lucidité sur mon propre fonctionnement.
J’étais serein. Tout était bien préparé et je savais que si je ne réussissais pas à cette séance, j’aurais d’autres occasions.
Avant de te lancer dans Shaolin, dans quel état d’esprit étais-tu ?
J’étais serein. Tout était bien préparé et je savais que si je ne réussissais pas à cette séance, j’aurais d’autres occasions. Cette confiance m’a permis de me concentrer pleinement sur la grimpe plutôt que sur le stress de l’échec. Est-ce qu’il y a eu un moment où tu as senti que le projet « s’installait bien », même sans résultat immédiat ? Le projet s’est bien installé dès le début et mes progrès ont été très stables de séance en séance. Ça me donnait une vraie sensation de contrôle, beaucoup de confiance et de lucidité.
À chaque séance, j’arrivais à identifier les petits détails à améliorer pour progresser encore, sans me focaliser sur l’enchaînement, mais plutôt sur les étapes intermédiaires. Le fait d’avoir déjà essayé le bloc l’année précédente m’a aussi beaucoup aidé : je savais exactement ce que je devais entraîner pour arriver en forme dans ce style. Dès le début du trip, j’ai senti que j’étais prêt et que je pouvais le faire, ce qui a rendu tout le processus plus simple à gérer.

Mejdi


Jules sur « Kintsugi » (8B+)
Ardennes & Alpes — n°227

Comparé à tes autres projets, qu’est-ce que Shaolin t’a appris sur ton fonctionnement mental aujourd’hui ?
Ce que ce projet m’a appris, c’est surtout que le piège, c’est de vouloir tout contrôler. Ce qui m’a vraiment aidé, c’est d’adopter une attitude plus détachée par rapport à l’enchaînement et au résultat final, et de rester objectif sur ce que je devais faire pour progresser dans le bloc. Construire étape par étape. Avant, je faisais souvent l’erreur de tenter des runs depuis le bas trop tôt, sans avoir consolidé les sections clés. Ici, j’ai fait l’inverse : d’abord les petites sections, puis des plus longues, en construisant la confiance progressivement.
Si je brûlais des étapes avant, c’était souvent par peur d’échouer sur certaines phases intermédiaires. Là, j’ai accepté de me confronter à ces étapes, quitte à échouer, pour pouvoir m’adapter et continuer à avancer. Ça a vraiment changé la donne : ne pas avoir peur de l’échec et simplement faire ce qu’il faut pour réussir.
Est-ce que ce trip a changé quelque chose dans ta façon d’imaginer les prochains voyages ou projets ?
Ce que ce trip a le plus changé dans ma vision des choses, c’est le sens que je donne à ce type de voyage. Je referai ce genre d’expérience, mais toujours accompagné, avec des amis ou des proches. Le faire seul, sans partager, perd beaucoup de sens à mes yeux.
Le but, ce sera toujours d’être là avec des potes, de vivre quelque chose ensemble et d’en profiter pleinement, plutôt que de me mettre dans le dur uniquement pour enchaîner un bloc. Réussir seul, sans personne avec qui le partager, ça enlève une partie de la valeur. C’est vraiment le partage qui a redéfini ma manière de voir l’escalade et ces voyages.
par VALENTINE CORNET – POUR LE CAB
Interview

Serge Herzen
Portrait d’un alpiniste belgo-suisse
BERNARD MARNETTE
Aller à la rencontre de Serge Herzen, c’est aller à la rencontre de l’un des pionniers du renouveau du Club Alpin Belge de 1925.
C’est en effet cette année-là que le Club Alpin va renaître de ses cendres. Les activités de l’association s’étaient réduites juste avant la Grande Guerre (la dernière parution de la revue datait de 1910). C’est sous l’égide des Solvay (Louis et Pierre), d’Henri La Fontaine (prix Nobel de la paix en 1913), de Xavier de Grunne, d’Henri de Schrijvers et de quelques autres, que le Club Alpin va connaître un second âge d’or, après sa création en 1883.
C’est en effet dans les années ’30 qu’eurent lieu plusieurs événements parmi les plus importants de son histoire : l’expédition d’exploration du versant congolais du Ruwenzori en 1932, la mort du roi Albert Ier dans les rochers de Marche-les-Dames en 1934 et surtout le début de l’exploration des rochers belges.
Serge Herzen fit partie des précurseurs de l’escalade en Belgique avec Marcel Nicaise, Camille Fontaine, Xavier de Grunne… Il explora avec enthousiasme les premières falaises à partir de 1930. Né à Bruxelles en 1913, Serge Herzen va découvrir l’escalade à travers la montagne. En effet, l’origine de sa famille est lausannoise ; son grandpère, d’origine russe, était physiologiste dans cette ville. Son père fut engagé chez Solvay1 et c’est ainsi que les parents de Serge vinrent s’installer dans la capitale belge. Ceci dit, dès son enfance, Serge Herzen fut attaché à la grande nature et aux montagnes de par ses origines suisses ; pays où il passait ses vacances.
1 - Pour l’anecdote, le père de Serge, Édouard, ingénieur chez Solvay et aussi membre du CAB, figure sur la mythique photo du 1er Congrès Solvay de 1911, aux côtés de Marie Curie, Albert Einstein, Henri Poincarré, Paul Langevin, Max Planck… Il se trouve debout, derrière Marie Curie avec laquelle il a, paraît-il, travaillé.
Serge Herzen et Frans Coster au sommet du Grépon en 1934
J.
Serge Herzen en action

Cependant, il voua ses dons de grimpeur au Club Alpin Belge. Non seulement, il fut actif dans la découverte des rochers, mais il joua aussi un rôle dans le domaine administratif où il fut secrétaire, fondateur de la section académique de l’université libre de Bruxelles, mais aussi rédacteur de la revue du Club où il exerça ses talents d’écrivain. De ce point de vue, il contribua à différentes revues littéraires. Ses écrits, toujours pleins d’esprit, sont souvent teintés d’humour. Il se définissait lui-même comme « écrivain philosophant parmi les choucas ». Il écrivit aussi trois livres en rapport avec la montagne, dont un intéressant livre de souvenirs d’ascension. Les deux autres étant un petit recueil de poèmes et un livre romancé pour adolescents2 .
2 - Entre Rocas y Nieves – Éd. Penser, Buenos Aires, 1945). Au fil de la corde – Éd. Oron-la-Ville. Trois là-haut – Éd. Pierre de Meyere, Bruxelles, 1961.
On trouve là les caractéristiques d’un personnage enthousiaste et éclectique. Son enthousiasme se retrouve dans sa dimension humaine, toujours prêt à se faire des amis dans le monde entier (il a beaucoup voyagé). Sa fille aînée a raconté que jusqu’à la fin de sa vie, il envoyait chaque année plus de 300 cartes de vœux. Du reste, il a été à l’initiative de plusieurs associations, notamment au sein de la Fondation Nestlé.
Il fut donc un homme extrêmement connu et éclectique comme nous l’avons dit : il fut un bon pianiste, un bon photographe et un excellent chimiste. Il fut en effet diplômé ingénieur chimiste à l’université libre de Bruxelles en 1936. Ceci lui permit de retrouver ses origines suisses grâce à son emploi chez Nestlé et de là, d’assouvir sa passion pour la montagne.
Sa carrière alpine peut se diviser en deux parties et fut marquée par un intermède de 6 ans en Argentine. En effet, durant la guerre, il fut envoyé à Buenos Aires afin d’ouvrir d’éventuelles portes pour la société Nestlé. Il eut donc l’occasion de pratiquer les hautes montagnes d’Amérique avant de s’installer définitivement sur les rives du lac Léman (à Blonay), après la guerre. Il reprendra alors son activité dans les Alpes, souvent avec sa famille3 .
Serge Herzen fit partie des précurseurs de l’escalade en Belgique avec Marcel Nicaise, Camille Fontaine, Xavier de Grunne…
Son palmarès d’alpiniste comporte de nombreux grands sommets des Alpes (à commencer par le Mont-Blanc à sept reprises, le Grand Combin, la Dent Blanche, le Cervin…), des hivernales (comme la Cime de l’Est et le Mont Rose), parfois réalisées à ski. Il affectionnait particulièrement le ski alpinisme. On note notamment dans ce domaine, le parcours de la Haute-Route. On mentionnera aussi quelques réalisations plus importantes qui lui valurent de rentrer au GHM français, comme à celui de Lausanne. On note la face nord du Triglav (1951), le Grépon – Mer de Glace (1955) ; de grandes courses prisées à son époque. Serge Herzen a également réalisé plusieurs premières, souvent peu inspirées d’ailleurs. Son aventure au Doigt de l’Étala n’est pas reprise dans le classique guide Vallot. Sa voie dans la face nord de la Dent de Jaman est, de son propre aveu, qualifiée de jolie face, mais rendue dangereuse par l’herbe et le mauvais rocher. Il eut plus de chance dans les rochers belges où certaines de ses premières sont devenues des classiques. C’est le cas de l’Arête Aval
3 - Serge Herzen épouse Marie Gerber en 1940 avec laquelle il aura deux enfants : Natacha (1943) et Michel (1945).

Couverture du livre Trois la-haut de Serge Herzen
du rocher de la Nandouire à Sy-sur-Ourthe (la petite Suisse liégeoise !), ouverte en 1932 et de la Traversée Serge, ouverte dans les rochers de Freyr en 1938. On mentionnera aussi la première répétition de l’Al Lègne, le plus haut des rochers belges avec ses 120 mètres de hauteur. Cette deuxième ascension se fit en décembre 1933 en compagnie de Georges Marchal, Frans De Coster et Kiki Meersman qui réalisait la première féminine du rocher.
Mais le grand voyageur que fut Serge Herzen grimpa dans de nombreux massifs montagneux dans le monde : le massif de l’Atlas, le Popocatepetl au Mexique, un 6000 en Bolivie et surtout, la Patagonie ! C’est là qu’il va s’illustrer. Il va marquer par quelques belles ascensions le début de l’andinisme. C’est lors de son séjour en Argentine durant la guerre 40-45 qu’il va partir à l’assaut de plusieurs sommets patagons. Il fera office de pionnier, non seulement parce qu’il réalisera ses périples durant ses temps libres, mais en plus, en partant de Buenos Aires, c’est-à-dire à 1800 km de la Patagonie. Arriver sur place n’était déjà pas simple. À l’époque, il fallait 45 heures en train ! Mais une fois sur place, il fallait traverser des « rios », des taillis, remonter des collines sans chemin tracé, subir les aléas du climat… Comme il l’écrivit dans un article4 : « l’éloignement y est triple : par la distance qui vous sépare des routes – huit à dix lieues de forêts et de pistes à peine marquées –, par le long ruban de chemin poussiéreux qu’il faut parcourir pour gagner le village le plus proche – une centaine de kilomètres –, et par les immenses étendues désertiques qui s’interposent entre toute cette région et les centres dits “civilisés”. »
Il suffit pour s’en convaincre de mentionner sa première visite dans la Cordillère. Sa fille, Natacha, raconte : « Le 28 février 1942 : Ayant acquis une Ford décapotable de 1931, les Herzen avec leurs amis suisses Reymond quittent Buenos Aires pour traverser le pays à destination des Andes. Le voyage sur des routes à peine tracées est épique : pannes nombreuses,
4 - Trois explorations dans les Andes de Patagonie in Les Alpes, 1948.
embourbement dans le sable ou dans les rivières, chaleur, nuits dans des auberges douteuses… Le 9 mars, les quatre amis arrivent à San Carlos de Bariloche, au bord du lac Nahuel Huapi, tout émus de trouver un paysage qui fait penser à la Suisse. Serge et Max Reymond font quelques escalades aux environs (Cerro Lopez, Tronador, 80 km pour aller jusqu’à un hôtel, puis 15 km à cheval à travers rivières et marécages, pierriers et névés, jusqu’au refuge. Le 18 mars, à 14h30, Serge et Max sont de retour, ayant atteint le sommet (3 478 m.) avec une seule paire de crampons pour deux, l’autre s’arrangeant avec ses semelles vibram dans les parois de glace. Ils sont fiers car l’ascension ne s’est jamais faite sans guide et ils ont mis très peu de temps, illustrant ainsi une des qualités principales de Serge, son endurance. Le retour vers Buenos Aires se fera en train diesel. »
Les saisons suivantes seront encore plus productives avec trois premières importantes. En 1943, Serge Herzen gravit avec Alex Hemmi le Cerro Lopez pour une voie difficile dans la face nord. En 1944, c’est avec Raymont Meylan qu’il réussit la première ascension du Cerro Grande. En 1946 enfin, c’est avec un groupe d’amis (Suzanne Auroi, Alex Hemmi et trois de ses clients français) qu’il réussit l’ascension d’un sommet vierge repéré lors de l’ascension du Cerro Grande. Ils baptiseront ce sommet de « montagne cachée » (le Cerro Escondido).
Voici pour les ascensions les plus importantes de la carrière alpine de Serge Herzen. Cette personnalité singulière qui est restée toute sa vie autant liée au milieu alpin suisse que belge. Il s’est éteint en septembre 2003. Une personnalité attachante qui a su toute sa vie cultiver l’amitié.
BERNARD MARNETTE
Extrait du livre Entre Rocas y Nieves de Serge Herzen


Clôture de la saison des entretiens collectifs
LE CLUB ALPIN BELGE
Images : Valentine Cornet
La saison des entretiens collectifs touche à sa fin. Comme chaque année, vous avez été nombreux à répondre présent, et c’est loin d’être anodin. Sans cette mobilisation, il serait tout simplement impossible d’assurer l’entretien des sites à cette échelle.



En 2025, vingt journées ont été organisées, entre janvier et mars puis d’octobre à décembre, rassemblant 230 bénévoles. Concrètement, cela représente des heures de terrain consacrées à purger, nettoyer, sécuriser les voies et entretenir les accès.
Mais ces journées ne sont qu’une partie du travail. L’entretien des rochers se poursuit tout au long de l’année grâce à l’équipe Rochers, aux bénévoles réguliers et aux jeunes du Service Citoyen. Ensemble, ils ont cumulé en 2025 pas moins de 4 590 heures de travail. Un investissement titanesque, mais indispensable pour maintenir des conditions de pratique sûres et durables.
À toutes celles et ceux qui ont contribué, de près ou de loin, à cet effort collectif : MERCI ! LE CLUB





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Erratum : « Escalade au soleil de minuit » de Philippe Branckaert (Ardennes & Alpes n°226, pages 47-50)
- Photo n° 4 : Jean Alzetta, Nadine Simandl, Guy Donnée, Michel Tamigneaux et André Pierlot.
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