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EN VOISINAGES - Une balade de Raphaël Caillens le 9 mars 2023

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EN VOISINAGES - Une balade de Raphaël Caillens le 9 mars 2024 Ce récit a été écrit par Jakob Hottner suite à la balade “En voisinnages” du 9 mars 2024, puis mis en conversation par Raphaël Caillens. Ce récit n’a pas d’ambitions monographiques… D’une balade, on ne retient pas tout. On s’approprie quelques bribes qui resteront et surtout le souvenir joyeux d’avoir partagé une journée avec d’autres. Les biffins de Gèze C’est au milieu des biffins qui s’affairent devant le métro Capitaine Gèze que nous commençons à nous regrouper. C’est à l’intérieur du bâtiment de la station capitaine Gèze que nous commençons à nous regrouper. La balade est conçue pour répondre à une commande de parcours “dans le périmètre d’Euroméditerranée”. Or, pour y répondre, et pouvoir qualifier “voisinages et convivialités” dans ce périmètre, la démarche est de passer auparavant dans la ville telle qu’elle pré-existe à Euroméditerranée, telle que je la connais non pas en tant qu’artiste ou expert, mais en tant qu’habitant depuis 1999. Avant toute chose, le thème de la balade est mis en acte parmi nous, entre nous : nous ne pouvons pas voisiner pendant toute une marche sans conscience d’être ensemble. Habiter ensemble l’expérience en tant que moment de con-vivialité, c’est d’abord se placer non pas comme marcheur, ou consommateur culturel, ou touriste ou curieux, mais accepter de dire son propre prénom aux autres membres du groupe. Apparaître ainsi aux autres en tant que visage, en tant que personne. Et pour que ceci ne soit pas une formalité de convenance, je fais l’effort de mémoriser les prénoms à mesure que les personnes se présentent. Je fais cet effort d’attention à l’autre pour ne pas me placer comme “prestataire d’un service culturel ou touristique”, mais sur le terrain d’une “situation de rencontre”. La con-vivialité est le texte, le cadre de la balade un pré-texte. Je veux nous rendre présent.e.s à de possibles rencontres. Le dispositif ne peut fonctionner sans une certaine “attention”, “conscience”, “réceptivité”, “état de présence à soi-même, à autrui, à ce qui est là”. Si on ne fait pas cela “entre nous”, il ne peut pas y avoir de “nous” dans les rencontres que nous allons faire. Il n’y aura que des “eux-autres”. Nous regarder et nous reconnaître est une préparation à la rencontre de l’altérité. Les biffins, ce sont les vendeurs à la sauvette qui récupèrent la biffe (les chiffons) : des objets hétéroclites chinés dans les poubelles, recyclés et vendus sur un drap à même le sol et à des prix imbattables. Chaque matin ici, dans le plus grand marché informel de France, un ingénieux et foisonnant étalage de marchandises s’étend sur l’avenue du Cap Pinède et aux alentours de la station de métro. Dans ce quartier en requalification, les barrières de chantier font office de mannequins, on peut trouver les maillots de l’OM de chaque saison et une multitude d'électronique et -ménager dans des étals débordant sur les rues, sous les grues et devant les blocs de bitume. Issus de la millénaire tradition des chiffonniers, les biffins se distinguent des brocanteurs qui paient un droit de place, et des revendeurs à la sauvette qui vendent du neuf. Oscillant pendant longtemps entre répression et abandon (suppression, fermeture) du marché aux puces, les pouvoirs publics veulent désormais légaliser et réglementer le marché de la débrouille, alors que les chantiers enserrent les biffins, qui apparaissent comme une épine dans le pied d’EuroMéditerranée. Leur futur semble se peaufiner à deux pas d’ici, dans les anciens entrepôts de Casino appartenant aujourd’hui à la Ville. C’est l’association Amelior - qui a notamment légalisé les puces de Montreuil, qui a reçu les clés de l’immense bâtiment. Elle veut installer une « ressourcerie/recyclerie » de 3 500 m² avec 200 stands prévus, tandis que 400 vendeurs ont déjà adhéré à l’association sur les quelque 800 biffins de Gèze recensés. Améliorer les conditions de travail - plus personne sur les trottoirs, résoudre les conflits d’usage de l’espace public et en finir avec les décharges sauvages, le déménagement est très attendu par les vendeurs, les acheteurs et les riverains. Aux dernières nouvelles, la nouvelle ressourcerie/recyclerie devait ouvrir pour la journée internationale des recycleurs et des récupérateurs, le 1er mars. Le 9 mars, notre groupe passe devant un entrepôt qui semble encore loin de pouvoir accueillir l’achalandage chaotique et plein de couleurs qui s’étale le long de l’avenue. Comme beaucoup d’autres informations, j’ignore ce projet municipal de “re-loger” le commerce de trottoir à couvert dans les anciens entrepôts de Casino dont l’architecture apparaît en contraste avec celle de la station Capitaine Gèze en arrière-plan. J’ignore aussi l’histoire des ruines mises à jour face aux entrepôts, après que les anciens immeubles “Théodora” datant des années 1980, ont été détruits pour faire place nette. Des marcheureuses du groupe racontent alors ce qu’iels en savent. La balade se tisse ainsi de façon polyphonique, en situation. Le parcours “pré-vu” est une “trame accueillante” et “paritaire” au sens où “le guide n’est pas L’expert mais l’ouvreur d’un chemin”, mais pro-posant d’un espace-temps co-écrit dans les instants choisis par les membres du groupe en situation, inattendus, imprévisibles et de ce fait “riches d’exister au présent et en relation”.


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