Skip to main content

Magazine Arts Martiaux Budo International 527 Juin 2026

Page 1


« Nul homme n ’est une île. Exister pour soi seul n’a aucun sens. Nous atteignons la plus grande satisfaction lorsque nous nous rattachons à un but plus grand dans la vie, à quelque chose qui nous dépasse. »

Perles du Guerrier Denis Waitley

De mon passage par Budo.

Bribes d’une histoire intime.

« Marcheur, ce sont tes traces

Le chemin et rien de plus ;

Marcheur, il n'y a pas de chemin

Le chemin se crée en marchant

En marchant se crée le chemin

Et en tournant les yeux derrière

On voit le sentier qui jamais

Ne doit de nouveau être foulé

Marcheur, il n'y a pas de chemin

Sinon celui des étoiles dans la mer... »

Antonio Machado

Un demi-siècle s'est écoulé depuis que, adolescent, j'ai commencé à travailler dans la Librairie Argentina de ma famille à Madrid. Les livres, le savoir, la communication ont donc été (comment aurait-il pu en être autrement avec un tel stellium en Gémeaux !) au cœur de ma vie… Et ce, avant même ma naissance ! Car mon père a lancé la saga par des actions extraordinaires. En une seule journée, M. Basilio Antonio Tucci a annoncé en pleine page (et quelles pages !... Elles étaient comme des draps !) dans le journal « La Nación » d'Argentine la publication, en une seule journée, de 150 nouveaux livres ! La collection Boreal, de la maison d’édition GLEM, et quelques autres joyaux, comme « L’Histoire des hétérodoxes espagnols », de Marcelino Menéndez Pelayo. Quel départ !

Mon père est décédé prématurément, laissant en place la librairie, ainsi que la maison de distribution de livres espagnole Vitae, et à sa tête, ma mère, Luz Romero, de 25 ans sa cadette, qui a su la diriger avec sagesse et dévouement, en faisant, outre une ambassade culturelle de l’Argentine en Espagne, la première librairie spécialisée en ésotérisme de cette Espagne franquiste.

« Ce détachement qui en résulte est interprété par certains comme de la hauteur, de l’arrogance ou de la fierté, mais la vérité, c’est que derrière tout cela, il n’y a qu’un enfant sérieux, un bon garçon responsable, à qui on confie une tâche à accomplir, et il la fait… du mieux qu’il peut. La vie est quelque chose d’extraordinaire, il suffit d’essayer de ne pas être un crétin fini ! »

L’importateur numéro 33 (VITAE) faisait passer les livres interdits à la douane, en mélangeant les lots ou en jouant sur l’ignorance des censeurs. (« Un cauchemar climatisé » de Henry Miller est entré plus d’une fois… en tant que livre technique !…). C'est ainsi que des livres interdits arrivaient en vente clandestine, des éditions argentines de Miguel Hernández, Machado, Alberti, etc., ainsi que ces livres « hérétiques » sur l'ésotérisme et la spiritualité de KIER, Losada, etc...

Tous ceux qui, dans ce pays, sont ou ont été des figures de proue de la spiritualité ont défilé chez elle, depuis Don Eduardo Alfonso (Quarante leçons de médecine naturelle), Ramiro Calle, ou Salvador Freixedo, et même Fernando Sánchez Dragó, Enrique de Vicente, Juan García Atienza, puis d’autres plus jeunes, comme Javier Sierra, et une très longue liste d’auteurs, de saints et de visionnaires de cette époque géniale, libertaire et créative.

Il y avait aussi de nombreux écrivains brillants, il faut se rappeler que c’était l’époque du boom latino-américain. Parmi les nombreux poètes illustres qui y ont défilé, je dois citer Vicente Aleixandre, Buero Vallejo, et bien sûr le grand Jorge Luis Borges, qui, parmi tant d’autres, nous ont honorés de leur présence et de leur amitié ; Luis Rosales ou Benedetti venaient prendre un café chaque semaine… Tous adoraient cette lumière qu’était « Doña Luz » et qui brillait avec élégance et force propre dans son fief.

La reine Doña Sofía était également une cliente régulière, et elle se laissait conseiller ; car Luz avait du discernement, de la prestance et une sagesse à revendre. Des figures historiques illustres sont passées par cette librairie singulière, notamment « le sorcier », José López Rega, dont je me souviens encore du regard profond et bleu, ou « le Noir Rojas », l’élégant amiral qui a mené le blocus naval de l’Argentine, ou encore María Estela Martínez de Perón ; le général n’est jamais entré ; il attendait dehors dans sa voiture officielle, car sa première méchanceté à son retour au pays fut de brûler les livres de notre maison d’édition à Buenos Aires ; mon père, qui était un gentleman, est sorti une fois pour le saluer et l’a invité à entrer, ce que le général a remercié mais décliné : « Merci. Je sais où je suis venu ». Mon grand-père, D. Alfredo, était un

« Il y a une élégance particulière dans cette image du cow-boy se perdant lentement à l’horizon, en route vers le soleil couchant… comme lui, je pars, mais je reste, gravé dans la rétine du public, dans cette lente transition, jusqu’à ce que vienne la transition définitive (Dieu nous en préserve, pas trop tôt !), où apparaîtront les lettres imprimées : The End »

caudillo radical intransigeant, et c’est dans les locaux de notre maison d’édition que son renversement a été secrètement ourdi.

Pendant la dictature argentine, nous avons réussi à faire fonctionner une ONG au sein de la librairie, à une époque où celles-ci n’existaient même pas. Ma mère a réussi à accueillir jusqu’à 11 travailleurs, dont des professeurs d’université qui avaient dû monter dans l’avion sans aucune valise, car ils savaient de source sûre qu’ils allaient « disparaître » le lendemain. La seule chose qu’ils avaient dans leur poche en arrivant à l’aéroport de Madrid-Barajas était un bout de papier avec l’adresse, la librairie Argentina et le numéro de téléphone de Doña Luz.

Il y eut des expositions de peinture argentine, un hommage à Borges, que les Madrilènes du quartier applaudirent depuis leurs fenêtres, et le Martin Fierro, parallèlement à la Constitution de 1978, reçut la même pierre que celle qu’on nous avait lancée lorsque nous avions exposé sa première édition dans la vitrine avec les drapeaux des deux pays.

Des années plus tard, ma mère s'est mariée avec l'acteur argentin connu sous le nom d'Alberto Dalbes (Francisco Eduardo Eyras), fondateur de la maison d'édition Eyras. Alberto était le représentant en Espagne de Paramahansa Yogananda et, chez nous, des méditations avaient lieu chaque dimanche. Alberto était un homme extraordinaire et, à l'âge de 15 ans, il m'a ouvert les yeux sur le monde du yoga, de la santé naturelle et de la macrobiotique.

L'intérêt pour la médecine traditionnelle japonaise est devenu un élément clé de ma vie et, dans cette quête, j'ai rencontré en 1980 celui qui allait devenir mon premier professeur de karaté, mon cher Miguel Ángel Establés Elduque, bras droit de Yamashita Sensei et, par conséquent, homme à tout faire de la première Goyu Kai d'Espagne. Miguel venait alors d'étudier à la East West Foundation avec Mihio Kushi à Boston.

Ci-dessous : Ma première carte de judo en 1970 ! En haut : Mon père avec moi à Rio de Janeiro, où nous vivions la moitié de l’année. Quelques photos à la Librairie Argentina. Avec le grand Jorge Luis Borges, le seul portrait que j’ai chez moi est à ses côtés ! Luis Rosales, le poète, avec Dionisio Ridruejo ! Ma mère avec Borges et, en haut, le dramaturge espagnol D. Antonio Buero Vallejo aux côtés d’Eduardo Zúñiga...

Cette combinaison (karaté et médecine naturelle) a orienté ma vie dans deux directions bien précises alors que j’étudiais l’anthropologie américaine à l’université Complutense de Madrid. Cet intérêt m’a conduit à écrire et à publier mon premier livre « Cuisine naturelle, pour une vie plus épanouie » aux éditions Everest (1980), qui est devenu un succès avec plus de 12 éditions et 60 000 exemplaires vendus ; parallèlement, je redécouvrais les arts martiaux avec le karaté (j’avais commencé le judo à seulement 8 ans au légendaire gymnase Fujiyama).

Après mes études de karaté Goju avec Miguel Ángel Establés de l’école de Yamashita (c’est lui qui m’a fait passer mon examen de ceinture jaune !), j’ai fait la connaissance de José Luis Paniagua Tevar lors d’une interview pour le magazine SENDERO. C’est l’un de mes maîtres les plus importants, José María Sánchez Barrio, que j’avais rencontré à l’époque par l’intermédiaire de Miguel Ángel Establés, qui m’a mis en contact avec lui.

José María était un personnage haut en couleur, il vivait à Las Lastras, à Ávila, à l’époque, et avait été lié au mouvement pionnier de la macrobiotique et de la médecine naturelle. Ses connaissances extraordinaires dans ces domaines et dans d’autres, ainsi que les expériences vécues avec lui, ont changé ma vie. À l’époque, il éditait la revue SENDERO et j’y ai collaboré pour plusieurs numéros. Ma relation avec José María s’est étendue, avec des périodes de distance, sur de nombreuses années, durant lesquelles il a même fini par s’installer à côté de chez moi à Alpedrete, où il est alors devenu voisin de Miguel Establés. C’est sans aucun doute la personne, qui s’est forgée elle-même, qui possédait l’esprit le plus brillant que j’aie jamais connu. Il a inventé et développé la thermorégulation, un système de santé basé sur l’utilisation du froid et de la chaleur, et a écrit plusieurs livres, dont certains que j’ai publiés, y compris une collaboration entre nous deux, notre version de L’Art de la guerre de Sun Tzu. Après le décès de mon beau-père Alberto pendant mon service militaire à Ceuta, j’ai dû m’occuper de la maison d’édition ; une fois démobilisé, je l’ai naturellement orientée vers les domaines que je connaissais le mieux et qui me passionnaient, les arts martiaux. À Francfort, j’ai réussi à obtenir les droits de Kodansha, maison d’édition nationale japonaise, et j’ai traduit et publié pour la première fois en espagnol les ouvrages des fondateurs du judo, du karaté et de l’aïkido, ainsi que, par la suite, ceux d’autres grands auteurs du domaine, comme Bruce Lee.

Ci-dessus : le prix Nobel uruguayen Mario Benedetti venait prendre un café tous les jours avec ma mère ; la librairie était un lieu de référence pendant le boom latino-américain. Ci-dessous : le jour où notre vitrine a été brisée. Sur la page d'en face, mon beau-père et ma mère à l'entrée de la librairie. Ci-dessous : Doña Luz trônant sur son trône ; une femme courageuse, intelligente, extraordinaire !

Le fait de devenir l'éditeur de référence dans ce secteur en langue espagnole a attiré l'attention du directeur d'un nouveau magazine d'arts martiaux appelé « SENSEI », José María Fraguas. Le magazine, alors édité par le célèbre éditeur de Muscle & Fitness, Rafael Santonja, a dû fermer ses portes au numéro 8, et Fraguas m’a alors contacté pour me proposer de lancer un projet ensemble ; c’est ainsi que sont nés « CINTURON NEGRO » et Budo International.

Au début, Fraguas rapportait des photolithographies des États-Unis avec de grandes photos tirées de magazines comme Inside Kung Fu ; avec ces images traduites et quelques articles supplémentaires, nous avons composé les premiers numéros. Les débuts ont été très difficiles et moi, qui ne voulais pas m’impliquer dans cette affaire, j’ai fini par le faire par nécessité face aux chiffres désastreux que nous obtenions. À cette époque, je m’intéressais surtout à la peinture et l’édition ainsi que ses livres me procuraient suffisamment pour vivre.

J’ai réussi à redresser la situation financière du magazine grâce à beaucoup de dévouement. Entre autres choses, et dans le but de réduire les coûts de production, je me suis acheté mon premier Macintosh. Quelques années plus tard, Fraguas a décidé de quitter l’entreprise. Ce qui semblait devoir nous mener au désastre, puisqu’il était chargé d’organiser le contenu, s’est pourtant transformé en une extraordinaire opportunité de croissance.

J’ai cherché sans relâche un directeur pour le remplacer à la tête du magazine, mais aucun profil ne correspondait. Les personnes intéressées par ce poste ou suffisamment versées dans le sujet ne l’étaient que de manière partielle ou intéressée. Un karatéka parlerait de karaté, un judoka de judo, etc. Dans un magazine d’arts martiaux, la neutralité était aussi indispensable que difficile…

Ci-dessus : Chez Miguel Ángel Estables, où j’ai préparé à deux reprises un dîner japonais pour le grand Yosuke Yamashita. Ci-dessous, des élèves du TEAM avec José Luis Paniagua. Ci-dessous, avec lui le jour où il m’a remis la ceinture noire – la première qu’il ait jamais remise ! – et ensemble dans sa ville natale, Valdepeñas. Ci-dessus, avec Miguel Estables dans le quartier de Santa Ana à Madrid, où Yamashita avait son dojo et où j’ai appris la cuisine japonaise avec mon professeur Seishiro Funamitsu, chef cuisinier du mythique restaurant Donzoko.

D'autre part, le magazine, bien que peu rentable, commençait à se faire un nom, et nombreux étaient donc ceux qui convoitaient ce poste. Personne ne s'est avéré idéal pour cette fonction et, compte tenu de l'urgence de la décision, j'ai finalement décidé de prendre les devants et de m'occuper de tout moi-même. Si la gestion de l'aspect commercial était déjà quelque chose que je faisais, m'impliquer dans les contenus était une autre paire de manches.

Lorsque nous avons lancé le magazine, cela m’a semblé être une bonne idée qui favoriserait la vente de nos livres, mais j’ai posé comme condition à Frauas et Estanislao que je n’aie pas à m’en occuper. Je n’avais aucun intérêt à me mettre en avant dans ce secteur ; j’ai même écrit dans les premiers numéros une chronique dont le titre exprimait ma position sur le sujet, sous le titre générique « Depuis les ombres » et sous le pseudonyme « Enrique Romero », mon deuxième prénom et mon nom de famille. Je ne voulais pas apparaître…

Différentes photos de mon séjour dans l’armée espagnole à CEUTA, dans la cavalerie mécanisée MONTESA 3 en Afrique du Nord, d’abord comme caporal des éclaireurs puis comme premier caporal de l’état-major de commandement. Mon colonel Carlos de Meer de Ribera a fait la une des journaux en Espagne à cette époque, en ces temps troublés. J'ai enseigné le karaté, refait la maquette du régiment, laissé une crèche en argile qui a remporté le concours de crèches, passé un mois de manœuvres dans le désert, monté la garde en tant que soldat puis en tant que sousofficier… dans les unités mécanisées, j'ai souvent sauté des TOA pendant les premiers mois ; marches nocturnes, services « spéciaux » et surtout, je me suis fait de grands amis comme Josep Solé. L’armée m’a proposé de rester et de m’envoyer à l’académie pour faire carrière… j’ai remercié et j’ai poursuivi mon chemin…

Chaque fois que le destin a croisé mon chemin, ce phénomène s’est reproduit. J’ai toujours accepté le poids des responsabilités, ce qui m’a souvent propulsé vers des postes élevés que je ne recherchais pas (Saturne en Capricorne à l’ascendant).

Je n’ai pas manqué d’amis sur qui compter lors de cette transition, Raúl Gutiérrez était l’un d’entre eux, il a passé des jours à trier les photos de nos archives par style ! Merci mon ami !

Mes neuf années passées avec Paniagua, un hétérodoxe des arts martiaux (auteur d’un classique que je recommande toujours, « Arts martiaux. L’équilibre corps-esprit »), m’ont formé d’une manière très différente de la moyenne des pratiquants de l’époque. Avec Paniagua, nous pratiquions le karaté, le taekwondo, le tai-chi, le jogging, la méditation et le yoga. Le TEAM (Atelier expérimental d’arts martiaux) était un lieu et une expérience uniques, peuplés de personnages non

conventionnels, et mon passage par là m’a donné un regard et une distance extraordinaires pour juger le contexte des arts martiaux d’un point de vue intégrateur, très rare à l’époque. C’est ce regard qui m’a permis d’élaborer pour le magazine un contenu propre et distinct de tout ce qui se publiait alors. Fraguas a ouvert la porte, tracé une voie inédite pour moi, et je l’ai transformée à ma manière car je n’avais pas d’autre choix.

À la suite de ces changements, le magazine a commencé à attirer l’attention d’autres entreprises du secteur en France, en Allemagne et en Italie, ce qui a donné lieu à la création de sociétés pour la publication mensuelle du magazine en plusieurs langues.

Mais les éditions internationales ne sont pas nées ainsi ; la première d’entre elles avait une autre origine, liée à ma relation avec Lisbonne, où vivaient mes grands-parents. Alors que je passais par hasard quelques jours chez ma mère à Madrid, le téléphone a sonné. Un médecin voulait parler à ma mère : ma grand-mère, qui s'occupait de mon grand-père très dépendant et sous dialyse, avait un cancer. J'ai appelé ma mère, qui vivait alors loin de tout et heureuse à Buenos Aires ; elle a dû rentrer précipitamment pour s'occuper d'eux.

Au cours de mes fréquentes visites à Lisbonne, j’ai constaté que, malgré sa force, la pression des circonstances avait raison d’elle. Je lui ai donc acheté un Macintosh, dans l’intention de lui donner une activité extérieure qui pourrait structurer son quotidien, et pour ce faire, j’ai eu l’idée de lui faire traduire le magazine en portugais.

C'est ainsi qu'est née la première édition en langue étrangère de Cinturón Negro et que le nom que j'avais choisi pour créer la société « Budo International Publishing Company » a soudainement pris tout son sens et toute sa valeur. Puis les autres ont suivi : la France d'abord, avec Thierry Plee, fils de la légende du karaté Henry Plee, puis l'Allemagne (Stefan Billen s'est beaucoup impliqué), l'Italie avec Jutte Sport, etc.

C'était la première fois qu'une telle chose se produisait : un magazine d'arts martiaux devenait international ! Nous parlons d'une époque où Internet n'existait pas et où, en tant que média de masse, personne n'avait jamais franchi les frontières dans le secteur des arts martiaux. En France, Karate Bushido, qui régnait en solitaire, a trouvé un digne concurrent en Budo International. En Italie, « Samurai » a connu le même sort, et en Allemagne, en Suisse et en Autriche, les magazines de Norbert Schiffer ont dû faire face à une nouvelle alternative, Kampfkunst International. À cette époque, nous avons été le premier magazine à publier une couverture sur la famille Gracie en dehors du Brésil et, des années plus tard, les premiers à parler de l’UFC en Europe (ce qui nous a valu de nombreuses critiques…).

Les arts martiaux européens, ignorés jusqu’alors, ont refait surface dans le secteur grâce à nous, et de nombreuses traditions anciennes ou ethniques ont acquis de l’importance à partir de leur publication dans nos pages : le « Jogo do pau » portugais, le palo, le tolete et le garrote canarios, le silat, le kali, la capoeira, les arts martiaux des Amérindiens, et bien d’autres encore. De nombreux arts internes, auparavant méprisés, ont été fait connaître. Le Kyusho Jitsu est sorti de la « clandestinité » en Europe et en Amérique du Sud, devenant un véritable phénomène controversé grâce à nos articles.

Ci-dessus : Avec José María Sánchez Barrio à Ávila Un génie à part entière ! En train de réfléchir à la nature de l’eau dans les bassins de Burgohondo, sans aucun doute l’un de mes endroits préférés. En bas : lors de mon anniversaire à Alpedrete ; à cette époque, José María, Estables et moi vivions les uns à côté des autres.

En haut : quelques années plus tard, recevant mon diplôme de Shidoshi des mains de Shidoshi Jordan Augusto. À gauche : le jour où j’ai rencontré mon professeur, tout juste arrivé du Brésil, le 25 mai 2006. Le jour de mon anniversaire !

L'application policière et militaire des arts martiaux a trouvé pour la première fois une place importante dans un magazine d'arts martiaux. Le Krav Maga, le Kapap, le SOG et tant d'autres disciplines ont connu une croissance exponentielle au rythme de nos publications. Tout un secteur injustement mis à l'écart a été réintégré à sa juste place en tant qu'arts martiaux.

Nombreux sont ceux qui ont trouvé dans notre magazine l’écho qui les a rendus célèbres. Le Wing Tsun, minoritaire hors d’Allemagne, a fait un bond qualitatif avec Victor Gutierrez et Emin Boztepe en couverture de nos magazines. Le Kaiser du Wing Tsun lui-même, GM Keith Kernspecht, a conclu un accord de coopération avec BUDO, comprenant un supplément mensuel de 16 pages dans nos magazines, « WT International », qui a duré plusieurs années, faisant du Wing Tsun (Wing Chun) le phénomène de masse qu’il est aujourd’hui.

Tout cela s’est enrichi d’un matériel audiovisuel inestimable que nous avons commencé à enregistrer en vidéo et qui, des années plus tard, allait devenir une archive exceptionnelle de près de 1 000 productions vidéo. Nous avons également publié plus de 200 titres de livres en plusieurs langues et le magazine a même été publié en 12 langues chaque mois, même si certaines de ces éditions ont été plus ou moins éphémères : turc, croate, etc... et d’autres plus durables comme le mandarin, le chinois moderne, le russe, le japonais, etc., ont représenté un bond en avant considérable en matière de communication dans le secteur des arts martiaux.

Nous avons réalisé deux documentaires pour Universal Pictures qui ont connu un grand succès. L'énorme volume de production et de travail a fini par rassembler un groupe considérable de personnes travaillant dans nos bureaux :

À gauche : en haut, le groupe d’investisseurs de Budo América.

En bas : Maurice Elmalem, Cynthia Rothrock et d’autres participants lors d’un grand événement à Madrid devant 20 000 spectateurs.

En bas : le jour où j’ai rencontré le colonel Sanchis alors que nous construisions nos bureaux ; sa présence a été fondamentale pour donner naissance à l’idée de créer l’édition nord-américaine.

Les bureaux de Budo à Valdemorillo. Quatre magnifiques étages dédiés à notre projet, un exemple de créativité et de design extraordinaires (Tomás de Santiago, architecte), où l’on percevait la rencontre entre l’Orient et l’Occident qui sous-tendait notre projet de communication. Le studio insonorisé souterrain était un immense bunker où nous avons enregistré des centaines de vidéos et pris de très nombreuses photos. Lorsqu’il nous a rendu visite, Hatsumi a exprimé à haute voix ce que beaucoup d’autres ont dit ou tué. « Jamais de ma vie, aucun magazine d’arts martiaux au monde ne m’a montré un tel professionnalisme !

traducteurs, maquettistes, photographes, éditeurs… D'abord en location, nous avons occupé des locaux de plus en plus grands, jusqu'à ce que je trouve un terrain extraordinaire au sommet d'une colline, avec la silhouette de Madrid à ses pieds, à Valdemorillo. À cette époque, je vivais déjà dans la sierra de Madrid, loin du bruit du monde, et j’ai décidé d’y construire des bureaux spécialement conçus pour répondre à nos besoins, avec un studio entièrement insonorisé et quatre étages surmontés d’une magnifique pagode d’inspiration japonaise. Mon bureau personnel était agrémenté d’un jardin zen rempli de bambous, de jacarandas, de pierres et de belles fleurs.

Nous avions développé et diversifié notre activité, et la décision d’ouvrir un magasin dans un local appartenant à ma famille, au centre de Madrid, y a largement contribué. Pour cela, j’ai noué des relations avec FUJI et la famille Servent, des relations qui ont duré de nombreuses années. À l’époque, Budo International était une entreprise complète dans le domaine des arts martiaux : elle vendait des kimonos, des armes, éditait des vidéos, des livres et un magazine. Dans la boutique, mon associé, Estanislao Cortés, s’occupait de ce rayon où nous vendions tout cela.

Le succès de ce système nous a amenés à le franchiser dans d’autres pays. Pourquoi pas ? L’Europe était sous notre contrôle et celui de nos partenaires : JUTTE sport en Italie, FUJI en France, Billen en Allemagne, etc. Notre édition en anglais avait même atteint la Grande-Bretagne (Black Belt UK) ; l’île a toujours été et restera toujours un cas à part en Europe, y compris dans ce secteur ; tout semblait indiquer qu’il n’y avait aucune raison pour que le plus grand marché du monde, les États-Unis d’Amérique, nous résiste. Pour un objectif aussi ambitieux, j’ai réuni un groupe d’amis et de maîtres très prospères et désireux de s’étendre là-bas ; des maîtres qui avaient déjà connu personnellement un succès international sans précédent en s'associant au magazine. C'est ainsi que nous avons créé Budo International USA, en apportant le savoir-faire et un capital initial important pour réaliser ce rêve.

C'est à ce moment-là, par l'intermédiaire du colonel Sanchís (aujourd'hui général), que j'ai fait la connaissance de Maurice Elmalem ; aux côtés de ces deux-là, de Marco de Cesaris, de la professeure Lilla Distefanno, de Sifu Paolo Cangelosi, de Sifu Victor Gutiérrez et de Joaquín Almería, nous nous sommes lancés dans l'impression et la distribution aux États-Unis de Budo International América.

Bien que le produit ait été très bien accueilli par les experts, la vérité est que nous sommes arrivés sur le marché des magazines au pire moment possible. Les chiffres de vente du numéro un ne nous sont parvenus que partiellement juste avant de donner l’ordre d’impression du numéro deux, mais ils étaient aussi positifs qu’absurdes, ce qui m’a conduit à réduire drastiquement le tirage, un facteur qui nous a ensuite permis de tenir plusieurs années.

Personne ne le savait à l'époque, car les distributeurs gardaient le silence, mais les points de vente qu'ils contrôlaient autrefois avaient fermé de manière exponentielle. Cette situation, combinée à l'immensité du territoire américain, donnait des chiffres catastrophiques qu'ils tentaient de dissimuler. C'était l'époque où les distributeurs avaient perdu tout leur pouvoir ; ils ne disposaient plus, comme autrefois, de points de vente efficaces, car des centres spécialisés, du type « Barnes & Noble », avaient vu le jour, où non seulement ils choisissaient ce qu'ils mettaient sur leurs étagères, mais ils vous faisaient payer d'avance pour la simple utilisation de l'espace d'exposition !

Les distributeurs ont commencé à faire faillite et à devenir superflus, le marché avait complètement changé et nous nous sommes retrouvés pris au milieu de cette transformation. Un voyage aux États-Unis a mis en lumière ces aspects et nous avons redoublé d’efforts tous ensemble pour tenter de donner une suite au projet. Tous les associés ont répondu à l’appel.

À l’académie de police de New York, avec laquelle nous avons entretenu une relation magnifique, en particulier après les attentats du 11 septembre, où l’on m’a honoré de diverses manières et avec les membres de laquelle je garde encore aujourd’hui une amitié étroite.

Entre-temps, nous avons transféré le siège de Las Vegas à New York et Maurice a pris les devants avec courage, s’occupant de la vente de vidéos depuis ses bureaux dans le Bronx.

À nous deux, Maurice et moi, nous avons maintenu le projet à flot pendant plusieurs années, au prix de sacrifices et en essuyant des pertes, jusqu’à ce qu’il devienne évident qu’on ne pouvait plus continuer. À cette époque, Internet faisait son entrée en scène comme un éléphant dans un magasin de porcelaine. Ce nouveau paradigme a fini par

porter le coup de grâce au système de distribution des magazines papier aux États-Unis, et même si ceux-ci fonctionnaient encore en Europe, ils commençaient à montrer de sérieux signes de faiblesse. Comme je venais du futur (les États-Unis), j’ai pris les mesures qui s’imposaient pour notre entreprise sur le Vieux Continent et j’ai commencé à m’adapter en Espagne ; pendant deux ans, nous avons publié le magazine en ligne un mois, puis en kiosque le mois suivant. Étant donné que nous étions non seulement

Dans les pages suivantes, vous trouverez des photos de certains des très nombreux maîtres avec lesquels nous avons travaillé pendant quarante ans, plus de 800 vidéos, 200 livres, d’innombrables articles. Ils ne sont pas tous là, ce serait impossible ; je n’ai sélectionné au hasard que quelques-unes des photos. Que ceux qui ne figurent pas ici me pardonnent, ils n’en sont pas moins importants à mes yeux !

éditeurs, mais aussi nos principaux annonceurs, nous avions les moyens de vérifier l’impact de l’un et de l’autre sur les ventes de produits afin d’établir des comparaisons.

Deux ans ont suffi pour constater que ce changement de paradigme ne concernait pas un avenir à venir, mais un présent déjà bien établi. Les mois où le magazine était en ligne, nous avons doublé les ventes de nos produits par rapport aux mois où il était sur papier et, malgré l’attachement naturel que l’on pouvait avoir pour ce noble support qu’est

le papier, j’ai décidé qu’il était temps de franchir complètement le pas vers les nouvelles technologies, tout en regardant nos concurrents se noyer peu à peu dans une bataille perdue d’avance. La crise de 2008 a accéléré les décisions. L'évolution des technologies a réduit tant les besoins en personnel que ceux en espace dédié à la production du magazine. Un téléphone portable à 1 000 euros offrait une meilleure qualité que nos anciens appareils photo professionnels qui coûtaient 10 000 euros ! Le siège de Budo n’é-

tait plus nécessaire et la crise économique des subprimes a fini de remettre les choses à leur place. Mon associé est tombé malade et ne pouvait plus s’occuper du magasin, Fuji a pris le relais. J’ai vendu les bureaux, ma maison et, léger de bagages, après avoir rencontré ma femme actuelle, j’ai déménagé à Valence.

Le passage au numérique a apporté beaucoup de bonnes choses, car nous avons accompagné ce changement avec succès, dépassant même le million de lecteurs. Le magazine

n’avait jamais atteint de tels chiffres lorsqu’il était imprimé ! Nous nous sommes investis intensément dans cette nouvelle période. Nous avons construit un site web impressionnant, traduit en 9 langues, et nous nous sommes concentrés sur nos compétences clés : la vente de vidéos et de livres. Notre chaîne YouTube a atteint les 112 000 abonnés et nous avons même lancé de nouvelles langues. Avec Internet, la consommation d’informations s’est tellement accélérée que nous sommes passés d’un maga-

zine mensuel à un magazine quinquennal ! Ma charge de travail personnelle a explosé ; Internet était un monstre qu’il fallait nourrir en permanence. Facebook… les réseaux sociaux, là, avec l’Église, on a touché le fond, Sancho ! La superficialité des médias actuels ne cadrait pas avec l’idée de l’art martial, et notre activité, centrée sur la vente de vidéos et de livres, ne trouvait pas parmi ces gens, généralement des jeunes, ses cibles principales.

Le temps passe et, avec lui, on change. Des cycles se

ferment, d’autres s’ouvrent. À 66 ans, je termine toute une phase. Mon cher ami, le colonel Ramos Alcaraz, disait que les grands guerriers ne meurent pas, mais disparaissent en se confondant avec l’horizon.

Dans cette phase, je passe le flambeau de l’entreprise à Maurice, mais je resterai fermement à ses côtés, accompagnant cette nouvelle étape sans les lourdes responsabilités du quotidien de l’entrepreneur.

José María Sánchez Barrio parlait de « phase quatre »,

cette période où, en nous préparant au retour à tout, nous nous tournons principalement vers l’intérieur.

Fray Luis de León nous l’a dit avec beauté et tendresse : Quelle vie reposée que celle de celui qui fuit le bruit du monde, et suit le sentier caché par lequel sont passés les rares sages que le monde a connus ; Cependant, et je l’ai promis, je serai là, comme autrefois, à votre disposition. La revue restera la même, avec la même équipe ; ma chronique ne manquera pas, désormais sous un nouveau nom, mais les tâches, les aléas et

les aléas de l’entreprise n’occuperont plus mon temps, ni ne troubleront mon sommeil.

Maître Maurice arrive plein d’enthousiasme, débordant d’idées et avec la force nécessaire pour faire avancer le magazine, en particulier aux États-Unis où il compte déjà de très nombreux lecteurs. Cela fait déjà des années que mon élan s’est épuisé ; quand les choses ne brillent plus pour vous, c’est le moment de faire un pas de côté, de céder la barre et de suivre une nouvelle voie qui a du cœur. Cependant, l’important n’est pas tant la manière dont on aborde les choses, mais celle dont on en sort… d’autres horizons m’appellent avec ardeur. Depuis 2006, année où

j’ai rencontré mon professeur d’ebunto, Shidoshi Jordan Augusto, qui m’a enseigné tout ce que je sais sur le sujet, en particulier ceux d’entre vous qui me suivez de plus près, vous connaissez mon dévouement à sa diffusion et à son enseignement.

Il y a quatre ans, j’ai ouvert une petite école pour donner suite à quelque chose de bien plus grand que moi, toujours dans la modestie de mes connaissances sur le sujet, mais avec un cœur, un enthousiasme et une détermination grandissants. Je consacrerai probablement les années qui me restent principalement à cette discipline, mais qui sait… c’est du moins ce que semblent indiquer tous les signes. Le

destin, aussi têtu que paradoxal, penche fortement dans cette direction ; on le sait quand tout coule de source, et quand l’intérieur et l’extérieur se correspondent et s’écoulent naturellement sans grandes tensions.

Maurice est un bon ami, il accède à ce poste par amour, non par cupidité, car la fortune lui a souri dans la vie et c’est un architecte et un constructeur qui connaît un grand succès. Personne n’est mieux placé que lui pour occuper ce poste que j’abandonne aujourd’hui. Ainsi, une fois de plus, nous respectons le précepte hermétique : « Pour que rien ne change, tout doit changer ! » Et c’est ainsi que l’aventure continue.

En relisant ce texte, je me dis : à qui cette petite histoire peut-elle bien importer ? Les choses passent, les souvenirs s’envolent ; aucun de nous n’est important et pourtant, nous sommes tous nécessaires dans le grand jeu du changement. On m’a toutefois appris qu’il faut clore les cycles par des gestes ; ce petit souvenir, cet extrait ou ce résumé (que ceux que j’ai laissés de côté me pardonnent), est mon coup de théâtre, tant pour le faire sortir au grand jour que pour qu’il profite à ceux que cela peut intéresser, et ainsi, en laissant une trace, clore définitivement le sujet.

Je ne me revendique pas, je ne me fais pas d’éloges. Les accomplissements qui sont racontés ici ont été importants pour moi à l’époque ; ils ne le sont plus aujourd’hui, car après chaque cape chargée, le taureau découvre qu’une fois la charge brisée, derrière la feinte, il n’y a rien, seulement l’élan qui, de l’intérieur, lui déchire les entrailles, sa nature, pour continuer d’avancer… tant que le corps tient le coup. Heureusement, pour bien

des choses, nous sommes des toreros et nous pouvons décider quand renverser la situation et tuer le taureau. Que je sorte maintenant par la grande porte ou non, c’est le temps qui le dira ; ce que j’ai réussi, ce que j’ai raté, les différences s’estompent avec la distance et le temps… une fois le spectacle terminé, le rideau tombe, c’est au public de rendre son verdict.

Les actes de l’homme sont son fils ; ce qui dévore l’homme, ce sont ses rêves ; le rêve du Budo m’a dévoré et maintenant il me recrache, car cela fait longtemps que ce n’est plus mon rêve. Je m’y suis accroché par discipline, par honneur, car cela fait longtemps que je ne le fais plus par nécessité, mais, si c’en est une, c’est bien pour moi celle de remplir ma part dans ce destin qui m’a été assigné.

Je remercie tous ceux qui m’ont aidé dans mon entreprise, ainsi que ceux qui m’ont défié ou confronté en chemin ; grâce à eux, j’ai grandi et j’ai réussi à aller au-delà de moi-même. L’héritage n’appartient plus à celui qui l’a créé, mais à celui qui l’utilise ; je vous laisse donc ces choses, les vidéos, les livres, les magazines imprimés ou numériques. Je sais que de nombreux cœurs et de nombreuses vies ont été touchés par cet ensemble de communications et c’est ce qui importe le plus, car eux-mêmes ont à leur tour ému davantage de gens et le message était bon, limpide, positif.

Des légions d’esprits et de personnes ont été satisfaites de tout cela ; d’autres, moins… que voulez-vous, on ne peut pas plaire à tout le monde ! On a fait ce qu’on a pu, selon sa nature, selon son loyal savoir, et avec les moyens à sa disposition. De nombreux notaires attesteront de ce qui est écrit ici, et certains « crétins » raconteront l’histoire à leur manière. C’est leur droit ! Mais celui qui écrit et publie cela ici aujourd’hui, c’est votre serviteur ; à ceux qui n’aiment pas ça, tant pis ! Ma situation dans le secteur m’importe peu depuis longtemps ; je joue dans d’autres ligues et à un autre jeu, et c’est de là que j’ai compris l’importance de bien clore les cycles, alors Alfredo ! Ne faisons plus de vagues !

La vérité, c’est qu’il ne me reste plus rien en réserve ; je n’ai aucune rancœur, aucune revanche cachée. J’embrasse cette expérience telle qu’elle a été et, avec une sincère gratitude, je contemple et admire la chance qui m’a été donnée de jouer un rôle notable, dans un monde que j’ai su apprécier, même si (et cela ne semble pas être un événement isolé dans mon existence), ce n’était pas quelque chose

que j’avais recherché. Ce détachement qui en résulte est interprété par certains comme de la hauteur, de l’arrogance ou de la fierté, mais la vérité, c’est que derrière tout cela, il n’y a qu’un enfant sérieux, un bon garçon responsable, à qui on confie une tâche à accomplir, et qui la fait… du mieux qu’il peut. La vie est quelque chose d’extraordinaire, il suffit d’essayer de ne pas être un vrai crétin !

Il y a une élégance particulière dans cette image du cow-boy se perdant lentement à l’horizon, en route vers le soleil couchant… comme lui, je pars, mais je reste, gravé dans la rétine du public, dans cette lente transition, jusqu’à ce que vienne la transition définitive (Dieu nous en préserve !), où apparaîtront les lettres « The End ». D'ici là, à votre service, je continuerai en tant qu’« émérite », « fondateur » ou « évêque honoraire » – donnez-moi le titre que vous voulez –, et soyez tranquilles, car Maurice a pris le relais ; c’est pourquoi je lui dis : « Merci, mon ami ! » et « Merci à vous tous, mes amis, pour votre soutien ! »

Ces dernières années, à d’innombrables occasions et dans divers contextes, Shidoshi Alfredo Tucci a diffusé l’Ebunto et animé un cycle de conférences « Oriente en Occidente » (Orient en Occident), au centre culturel « La Malagueta » de Malaga et lors des congrès sur le bien-être organisés par la CADENA SER dans toute l’Espagne.

Entretien avec Maurice Elmalem, nouveau PDG de Budo Max USA, et Alfredo Tucci.

B.I. : Un grand moment dans l'histoire du magazine, n'est-ce pas ?

Alfredo Tucci : Sans aucun doute ! Les choses naissent, évoluent en prenant de l'ampleur, puis se stabilisent et commencent à décliner. C'est la loi de la nature. La seule façon d'éviter ce déclin est, comme le dit le proverbe japonais : « Quand tu atteins le sommet, continue à monter » ; pour cela, il faut une renaissance, et celle-ci implique toujours, d'une manière ou d'une autre, une mort, une fin. L'homme sage doit savoir lire les circonstances et les cycles, et agir en conséquence. Je ne prends pas encore ma retraite, mais je dois préparer la phase suivante, d’où ce changement significatif à la barre du navire.

B.I. : Pourquoi le Grand Maître Elmalem ? Alfredo Tucci : C’est simple, nous avons une histoire commune, nous nous connaissons bien ; nous avons lutté ensemble dans des circonstances difficiles lorsque nous sommes arrivés aux États-Unis, et c’est dans l’adversité que l’on apprend à connaître les gens.

Maurice est un véritable passionné d’arts martiaux. Loin d’en vivre (c’est un entrepreneur et un promoteur immobilier au succès retentissant à New York), il les a considérés pour ce qu’ils sont : une source de développement personnel, de valeurs intérieures, de santé et de caractère. Nous sommes tout à fait d'accord là-dessus ! Cela lui donne une liberté extraordinaire pour ne pas traiter le magazine comme une simple entreprise, mais comme ce qu'il a toujours été : un instrument de communication à une époque de profondes transformations du secteur, un phare, un guide qui préserve l'ancien sans dénigrer le nouveau, en accordant à chaque chose sa juste valeur.

Maurice apporte en outre des idées nouvelles, ce qui est toujours positif. De plus, tout au long de sa vie, il a développé de nombreux contacts dans le secteur aux États-Unis et partout dans le monde. Et bien sûr, Budo International, d’une manière ou d’une autre, étant situé en Europe, a toujours penché davantage vers le Vieux Continent.

Maurice Elmalem : Je connais très bien Alfredo Tucci, sinon je n’aurais jamais franchi ce pas. Il continuera à diriger le magazine, mais j’espère faire venir de grands noms des États-Unis, des amis personnels qui sont des acteurs de renom ou des artistes martiaux, ainsi que de jeunes talents prometteurs qui font leur chemin là-bas et que vous ne connaissez pas ici en Europe.

C'est une nouvelle étape où nous sommes ouverts à de nouvelles personnes, à des maîtres qui n'ont pas encore travaillé avec nous, à des organisations que je connais et qui sont enthousiasmées par l'idée.

B.I. : Vous avez organisé deux des Hall of Fame les plus mémorables de l'histoire en Amérique. Y en aurat-il d'autres ?

Maurice Elmalem : Bien sûr que oui, car le moment est venu d'organiser un autre événement, et bien d'autres choses encore ! Cela fait longtemps que ceux qui ont participé à cet événement me demandent de le renouveler. Mais avant cela, il y a beaucoup de travail à faire. Nos bureaux à New York sont déjà prêts, nous avons de nouveaux numé-

ros de téléphone, et nous sommes en train de terminer l’aménagement du studio d’enregistrement.

Je souhaite faire venir des célébrités issues d’autres sports et du cinéma qui ont un lien avec les arts martiaux, ainsi que des personnes et des amis avec lesquels j’ai travaillé ; de grands noms comme Keanu Reeves, Randy Couture, Bill Wallace, Chuck Zito, Benny « the Jet » Urquidez, Michael Jay White, Westley Snipes, Arnold Schwarzenegger, Shannon Lee, Kevin Sorbo, Cynthia Rothrock, Don Wilson, Ray Mercer, Carlos Machado, Dolph Lundgren, Billy Blanks et bien d’autres encore.

B.I. : Après près de quarante ans d’existence du magazine, qu’attendez-vous pour les années à venir ?

Alfredo Tucci : Les arts martiaux sont éternels, mais leur interprétation (au-delà des modes) est quelque chose qui, tout en s’adaptant, perdure dans le temps.

La communication et ses médias vivent une période révolutionnaire. Personne ne peut savoir où ils mèneront dans les années à venir, mais ce qui est sûr, c’est que les grands noms et les maîtres qui travaillent avec nous et ont réalisé près de 1 000 vidéos ont laissé un héritage éternel, car à n’importe quelle époque, un homme n’aura que deux bras et deux jambes articulées, et cela ne changera pas ! Grâce à cela, ils travailleront toujours dans le domaine du combat et de l’autodéfense.

Je connais Maurice depuis de nombreuses années. Je suis sûr qu’il saura trouver des réponses à ces nouvelles

situations. C’est un homme qui réussit, car il est capable de voir des opportunités là où d’autres ne voient que des problèmes.

Ce qui est le plus admirable dans cette démarche qu’il entreprend, c’est qu’il le fait avec son cœur. Il n’a pas besoin de cela pour gagner de l’argent, mais comme c’est un grand entrepreneur, il le fera, car naturellement, il identifie et interprète les besoins du moment ; tout ce qu’il touche se transforme en or.

Il y a beaucoup de jeunes qui ne nous connaissent pas encore, car il y a eu un changement de génération. Maurice, qui a des petits-enfants, est très enthousiaste à l'idée de les toucher et a de grandes idées pour les réseaux sociaux, etc. Tout cela va contribuer à compléter des aspects que nous n'avons pas abordés par le passé, en nous concentrant sur nos compétences clés : des professionnels de ce milieu, désireux d'apprendre auprès des meilleurs et d'avoir accès à des informations vérifiées, plutôt qu'à des vidéos « gratuites » qui enseignent des techniques non éprouvées. C'est toutefois un secteur auquel il faut s'intéresser, car ces personnes représentent l'avenir, sans pour autant oublier nos clients et amis qui ont soutenu ce projet toutes ces années. Il s'agit d'ajouter, plutôt que de retirer, ce qu'il y a de bon déjà en place.

Maurice Elmalem : Alfredo a raison, il y a beaucoup à faire dans ce domaine. Il y a des jeunes incroyables. Ce week-end même, j’étais au championnat national Ocean State à Rhode Island organisé par Don Rodríguez, comme chaque année, et j’ai vu des jeunes motivés et extraordinaires. Tous ces jeunes peuvent s’ouvrir au monde simplement en travaillant avec nous ; nous sommes la seule publication américaine et européenne lisible dans le monde entier et qui possède le prestige et l’expérience nécessaires pour relever ce défi.

Je suis convaincu que nous ferons le nécessaire. Je suis à votre disposition à cette nouvelle adresse e-mail : info@budomaxintl.com et à ce numéro de téléphone : 001 7186527100. La société Budo Max International LLC prendra les rênes à partir de ce mois de mai, mais sur le plan

opérationnel, en ce qui concerne la production du magazine, mon ami Alfredo Tucci continuera à s’en charger. Nous avons passé une semaine entière enfermés ensemble chez Alfredo à Valence pour planifier cette nouvelle étape. Nous avons profité d’heures et d’heures de beau temps, de discussions après un plongeon dans la piscine, autour d’un apéritif, à la tombée de la nuit… Ce fut à la fois très agréable et intense. Le courant passe bien. C’est comme si le temps n’avait pas passé depuis notre dernière rencontre.

Alfredo Tucci : Maurice s’est montré très attentionné dans la manière dont il a abordé toute cette affaire. C’est un homme d’affaires coriace, un New-Yorkais pur et dur ! Il a dirigé son restaurant avec autant de succès qu’il construit des immeubles de 80 étages… Ce qui est formidable chez lui, c’est qu’il ne perd jamais de vue notre histoire commune. Pour nous deux, les arts martiaux sont une affaire personnelle, porteuse de valeurs… De plus, nous sommes des personnes mûres et nous partageons tous deux un amour commun pour l’art, et cette sensibilité particulière change tout.

Maurice réalise de merveilleuses œuvres d’art avec des papillons, il peint et conçoit des espaces et des bâtiments incroyables. Tout le monde connaît mon côté artistique, on peut donc dire que l’amour de l’art, y compris les arts martiaux, est à la fois le carburant et le lubrifiant de cette relation. Nous travaillerons ensemble pour que cette nouvelle étape nous apporte beaucoup de joies, toujours dans cet esprit de service à la communauté martiale.

Maurice Elmalem : Honnêtement, si Alfredo n’avait pas été à mes côtés, je n’aurais jamais franchi ce pas. Je n’ai pas besoin de tout cela financièrement, mais quand je me lance dans quelque chose, je m’y consacre à fond ! Je ne sais pas faire autrement !

Alfredo Tucci : Maurice est un homme d’action ! Il a apporté une foule d’idées géniales, de nouvelles initiatives. C’est exactement ce dont Budo a besoin dans cette nouvelle étape.

Maurice Elmalem : Les 40 ans d’expérience d’Alfredo sont indispensables ; beaucoup de choses auxquelles j’avais pensé avaient déjà été testées d’une manière ou d’une autre. Le recul que donne l’expérience est toujours essentiel. D’autres idées, en revanche, sont arrivées comme une bouffée d’air frais…

Alfredo Tucci : Oui, il y a des points de vue et des idées géniales auxquelles nous n’avions même pas pensé. Il faut aussi considérer que le fait que Maurice soit aux États-Unis lui confère de nombreux avantages opérationnels dans ses relations avec des entreprises comme Amazon, YouTube, etc., car celles-ci offrent aux entreprises américaines un traitement préférentiel dont nous, Européens, ne bénéficions pas…

Maurice Elmalem : Je souhaite faire venir dans le magazine de grands noms d’Amérique, qui vont enrichir la ligne éditoriale, et nous continuerons à compter sur les grands noms qui ont fait de ce magazine une réalité et qui ne sont pas seulement des amis d’Alfredo mais aussi les miens, comme Paolo Cangelosi, Jordan Augusto, Marco de Cesaris, Taejoon Lee, Salvatore Oliva, Avi Nardia, etc…

Rapprocher des gens qui aiment les arts martiaux et qui sont célèbres dans le monde entier, en élargissant l’éventail des contenus avec des acteurs, des boxeurs, pour la plupart des amis à moi qui seront ravis de faire partie de ce projet.

Alfredo Tucci : En quarante ans, je n’ai jamais fait la couverture du magazine ! C’est une sensation étrange, mais cet anniversaire mérite de mettre l’événement en avant (rires). Toi, tu y as été, et plus d’une fois ! Je me souviens quand on a pris la photo de toi brisant une vitre dans le studio pour ton record Guinness UF… On n’avait qu’une seule chance ! Quelle photo !

Maurice Elmalem : Oui ! On a vu là qu’on savait être synchronisés tous les deux !

C’est ça l’idée ! C’est dans cet esprit que nous nous lançons dans l’aventure de cette nouvelle étape. C’est maintenant au tour des nouvelles générations de pouvoir elles aussi réaliser leurs rêves, comme nous l’avons fait.

Alfredo Tucci : Amen !

Maurice Elmalem, distingué par Marquis Who’s Who pour ses réalisations en architecture et en design

Maurice Elmalem est un entrepreneur et promoteur immobilier innovant

BRONX, New York. Maurice Elmalem a été intronisé dans le Marquis Who’s Who. Comme dans tous les volumes biographiques du Marquis Who’s Who, les personnes qui y figurent sont sélectionnées en fonction de leur notoriété actuelle. Le processus de sélection prend en compte des facteurs tels que le poste occupé, les réalisations marquantes, la visibilité et l’importance dans un domaine.

M. Elmalem est président de Maurice Contractors and Designers Inc. Real Estate Developers, une entreprise qu’il a fondée en 1986 en tant qu’entrepreneur général et architecte.

M. Elmalem acquiert activement des terrains vacants sur lesquels il planifie puis construit des copropriétés, des immeubles commerciaux et des logements, et continue de faire preuve d’une grande passion pour la concrétisation magistrale des idées de ses clients.

Il est reconnu comme un brillant concepteur architectural et promoteur immobilier avec plus de 500 projets à son actif. Son travail est guidé par sa philosophie selon laquelle il existe un lien significatif entre la conception formelle et la performance. Son approche repose sur un concept qui établit de nouvelles normes pour la relation entre l'environnement bâti et l'environnement naturel en utilisant les derniers produits architecturaux disponibles.

Entrepreneur et investisseur de premier plan fort de 48 ans d’expérience, il a notamment travaillé pour des entreprises telles que Tishman Bros., Helmsley & Spear, Waldorf Palace, les prestigieuses galeries d’art Royal-Athena de New York, Bloomingdale’s, Citibank, Paragon Honda, Ford, State Farm, Costco, American Tickets, des centres de santé et de remise en forme, Nova Optical Labs, des centres communautaires VIP, le restaurant New Yorker, des pharmacies, des centres médicaux, des cabinets d'avocats, des cabinets médicaux et dentaires, 531 Management LLC, ainsi que divers immeubles d'appartements neufs et locaux commerciaux à New York. Il a également collaboré à des projets de restauration en tant que copropriétaire et directeur général du restaurant New Yorker. De plus, il est propriétaire de Zion Film Corporation en Israël et de 531 Management LLC.

Un large éventail d'intérêts variés est le moteur des activités personnelles et professionnelles de M. Elmalem. Il a suivi sa passion pour l'architecture et son amour de l'art pour se consacrer à la conception de structures, puis a acquis une expérience pratique dans un large éventail de projets commerciaux. En particulier, M. Elmalem a exploré avec enthousiasme divers segments du secteur immobilier à la recherche de biens prometteurs, ce qui s'est avéré essentiel pour son initiative entrepreneuriale actuelle.

Maurice est arrivé aux États-Unis au début des années 1970 en provenance d'Europe et a grandi dans une famille modeste au fort ancrage religieux, ce qui l'a inspiré à devenir une personne intègre. Beaucoup de ceux qui l'admirent tentent de l'imiter. M. Elmalem possède également un parcours universitaire exceptionnel, comprenant notamment une licence en ingénierie et architecture de l'université de Columbia. Il a suivi des cours de cinématographie, de design d'intérieur et de construction générale. Le profil de M. Elmalem se distingue encore davantage par ses qualifications exceptionnelles, notamment son titre d'architecte agréé dans l'État de New York et sa certification de formation continue de l'université Pace.

M. Elmalem est un expert reconnu en arts martiaux dont la démonstration a fait sensation lors des Jeux Olympiques de 1976 et 1988. De plus, il est sept fois champion du monde et détient huit records du monde Guinness, et il a été honoré que son histoire inspirante soit présentée dans les émissions de David Letterman et Jay Leno. Ses talents en combat et en break dance ont été consignés dans le Livre Guinness des records, sous les yeux de millions de personnes à travers le monde grâce à la retransmission en direct sur Channel 5, ABC Wide World of Sports, Fox 5, Discovery, MSG Network, Canal Plus, la télévision italienne et espagnole, Spike TV, Telemundo TV, ESPN, Ohio TV, Bronx TV, Joe Franklyn, Channel 9, Channel 12 et Johnny Carson. Il s'est produit lors de spectacles en direct au Madison Square Garden, au Nassau Coliseum, au Studio 54, à l'Apollo Theatre, au Gleason Gym et au Carnegie Hall. Il a participé à deux Jeux Olympiques et à

trois Jeux Maccabi d'Israël. M. Elmalem partage sa connaissance approfondie du sport pour motiver les autres à travers des programmes d'éducation physique et des séminaires d'autodéfense dans le monde entier.

Parmi les divers centres d'intérêt de M. Elmalem figurent des activités créatives telles que la peinture, la musique, l'écriture et l'art des papillons. Il est également fier d'avoir collaboré avec Zubin Mehta, un célèbre chef d'orchestre actif en Israël. M. Elmalem s'est illustré en tant que conseiller technique dans les films « Karate Kid », « Paying Mr. McGetty », « The Martial Arts Kid » et « Champions of the Deep ». Il a été acteur et producteur exécutif du film « Black Creek », qui sortira prochainement.

De nombreuses distinctions ont marqué les étapes importantes de la carrière de M. Elmalem. Il est ravi d'avoir fait l'objet d'articles dans plusieurs magazines prestigieux ; il est également très fier de ses accomplissements dans le domaine des arts martiaux. Il attribue son succès à son engagement à servir les autres et à collaborer étroitement avec eux, tant sur le plan personnel que professionnel. Il se consacre également avec enthousiasme à la philanthropie, grâce à laquelle M. Elmalem exerce constamment une influence positive sur les autres.

Il a reçu les Prix présidentiels du sport de 1993, remis par le président Bill Clinton et Arnold Schwarzenegger. Il a été intronisé dans plus de 250 Halls of Fame à travers le monde. Il est surnommé « l'Architecte des arts martiaux », « Houdini », « l'Homme de la Renaissance » et « le plus grand cassecou des arts martiaux, champion du monde », en raison de ses talents infinis, non seulement dans les arts martiaux, mais aussi dans sa vision et son entreprise de construction architecturale. En septembre 2000, après sa prestation à l’Oriental World of Self Defense au Madison Square Garden de New York, la star de cinéma Chuck Norris lui a remis la ceinture de champion du monde, sur laquelle était gravé « World Extreme Daredevil Champion », et lui a dit : « Monsieur Elmalem, vous êtes un grand champion ». En 2006, M. Elmalem a remporté sa ceinture de « Meilleur des meilleurs » lors de l’Arnold Sports Festival en Ohio, organisé par le gouverneur Arnold Schwarzenegger. Sa carrière dans les arts martiaux s’étend sur cinq décennies. Grâce à ses excellentes notes à l’école et à son QI élevé, il a accompli et vécu beaucoup de choses dans sa vie. Il figure à plusieurs reprises dans la liste « Who’s Who in the East » pour sa contribution remarquable à la conception architecturale en 1999 et a été élu parmi les 400 meilleurs entrepreneurs généraux des États-Unis par le magazine Engineering Report. Le GM Maurice a été intronisé au Sports Karate Museum de Houston, au Texas, et au Martial Arts History Museum de Burbank, en Californie, en 2015, en tant que l’un des leaders les plus respectés de la communauté des arts martiaux. Il a été invité d’honneur des gouvernements de la Corée, des îles Caïmans, d’Israël, de la France, de l’Espagne, du Canada, de l’Italie et des ÉtatsUnis. Il a reçu le prix prestigieux du Bruce Lee Hall of Fame 2018 dans l’Ohio. En 2022 et 2023, lui et son entreprise ont été nominés pour le prix « Best of 2023 Hall of Fame Bronx Award Program ». Il est auteur, producteur de quatre films et de plus de 40 DVD, entrepreneur et éditeur du magazine Budo Martial Arts Magazine. Pour l'avenir, M. Elmalem prévoit de donner la priorité à sa santé et à son bien-être, tout en continuant à voyager, à produire des films et à explorer la culture pour élargir ses horizons, à profiter de la musique, à poursuivre ses aspirations créatives dans le domaine artistique et à participer à des activités familiales. Il est enthousiaste à l'idée de laisser un héritage fructueux aux générations futures, ce que M. Elmalem s'assurera de faire en écrivant et en publiant davantage de livres sur la santé, la poésie et le sport, ainsi que des romans.

Les pierres servent à construire des murs, des fondations et des ponts.

Il existe une merveilleuse citation du mathématicien du XIXe siècle Henri Poincaré : « La science se construit sur des faits, tout comme une maison se construit avec des pierres ; cependant, la simple compilation de faits n’est pas plus de la science qu’un tas de pierres n’est une maison. » La logique et la simplicité de Poincaré m’ont profondément marqué alors que j’essayais d’aborder le problème consistant à apprendre et à accumuler des katas sans discernement, au lieu de comprendre réellement la science de l’application sur laquelle ils s’appuyaient. En rendant publics les résultats de mes études personnelles au début des années 1990, j’ai essuyé une pluie de pierres pour avoir simplement remis en question ce qui était alors considéré comme une vérité établie. Même si pour beaucoup cela semble être un sujet oublié, et une histoire délibérément ignorée par certains, je reste fier d’avoir été à la tête d’un mouvement dont les efforts ont contribué à ouvrir la voie à ce qui est aujourd’hui considéré comme une pratique courante.

Vertical contre horizontal

Que ce soit clair : je ne me suis jamais opposé à la hiérarchie verticale — ce paradigme traditionnel de l’autorité hiérarchique et la mentalité du « fais ce qu’on te dit » qui l’accompagne —, mais j’ai toujours préféré les relations structurées horizontalement. J’ai eu la chance, au début de ma carrière, d’apprendre que la transparence, la contribution mutuelle et la responsabilité au sein d’une équipe de leaders expérimentés sont ce qui me convient le mieux. Cela est particulièrement vrai lorsque tout le monde ne partage pas le même point de vue sur un sujet. La fusion entre la science moderne et les arts martiaux a contribué à redéfinir la tradition et à renforcer son pouvoir de transformation. S’agissant d’un secteur multidimensionnel, les passionnés d’aujourd’hui se sentent bien plus à l’aise d’adopter une pensée asymétrique pour accélérer leur pratique et leur apprentissage.

Réflexion

Avec le recul, la première fois que j’ai remporté une compétition quand j’étais jeune, j’ai ressenti l’euphorie de la victoire, mais j’étais mal à l’aise d’être sous les feux de la rampe. Jeune et naïf, je ne comprenais pas pourquoi mon cercle d’amis avait commencé à se comporter bizarrement et à me traiter différemment. Ce genre de comportement allait se poursuivre tout au long de ma carrière de compétiteur et, à bien des égards, pendant la majeure partie de ma vie. J'ai fini par comprendre que cela tenait en grande partie au fait que j'étais instinctivement attiré par les défis, que je continuais à avoir une curiosité insatiable et que je ne ressentais jamais le besoin de rechercher l'approbation ou la validation des autres. Devenir sportif de compétition n'était qu'un début. Fonder un dojo a été un autre tournant, tout comme l'écriture de mon premier livre. Recevoir des prix et faire l’objet d’une couverture médiatique a encore élargi le cercle des détracteurs. Lorsque je suis devenu chroniqueur régulier et que j’ai commencé à faire la couverture de magazines internationaux d’arts martiaux, je m’étais déjà davantage habitué aux critiques. En décidant de développer mon propre style d’enseignement, de fonder une organisation et de parcourir le monde en tant qu’instructeur très sollicité pour des séminaires internationaux, j’ai fini par comprendre que les détracteurs font simplement partie du chemin vers le succès.

On m’a jeté des pierres pendant une grande partie de ma vie et de toutes parts : à commencer par des rivaux jaloux et des plagiaires, la liste des détracteurs s’est allongée de manière exponentielle. Des fanatiques peu sûrs d’eux et attachés à un style, furieux que j’ose remettre en question un statu quo bien ancré et jamais remis en cause. Des élèves à l’air supérieur qui se sont sentis

« Je réfléchissais depuis longtemps à ce que je devais faire des nombreuses pierres que mes détracteurs m’ont lancées. Instinctivement, je voulais les leur renvoyer, pensant que cela m’apporterait une certaine satisfaction. Cependant, la partie la plus sensée de moi-même s’est rendu compte qu’une telle riposte ne ferait que me rabaisser et conduirait à la construction de nouveaux murs. »

mécontents après avoir été privés de privilèges spéciaux ou de reconnaissance. J’ai été la cible d’escrocs, de charlatans et de prédateurs qui, grâce à l’aide et au soutien de personnes intègres, ont depuis été démasqués pour leur comportement contraire à l’éthique et leurs activités criminelles. Parmi les pires contrevenants figurent les sociopathes — en particulier la toujours charmante lignée des narcissiques —, un rappel des représailles auxquelles on s’expose lorsqu’on parle franchement et honnêtement de ceux qui causent du tort.

J’ai longtemps réfléchi à ce que je devais faire des nombreuses pierres que mes détracteurs m’ont lancées. Instinctivement, je voulais les leur renvoyer, pensant que cela m’apporterait une certaine satisfaction. Cependant, la meilleure partie de moi-même a compris qu’une telle riposte ne ferait que me rabaisser et ne ferait qu’ériger davantage de murs. J'ai donc décidé d'utiliser ces pierres pour jeter les fondations sur lesquelles construire des ponts. Même si j'ai dû en brûler certaines en chemin — afin que la torche brille plus intensément pour éclairer la route devant moi —, ce fut un voyage extraordinaire. J'ai accompli des progrès considérables en utilisant ma plateforme comme une force d'unité et comme un forum pour cultiver des liens entre des personnes partageant les mêmes idées dans la poursuite d'objectifs communs. Ce qui nous sépare n’est jamais aussi important que ce qui nous unit, et un véritable bénéfice mutuel profite à tous.

Conclusion

La critique est le prix de l’ambition, et la clarté précède souvent le progrès. Les obstacles sont inévitables, mais, tout comme les pierres et les murs, ils peuvent être un frein ou une source d’inspiration. L'ambition peut être un chemin vers le progrès, et la persévérance est le véhicule qui vous y mène. Comme l'a observé Confucius, tant celui qui croit qu'il peut que celui qui croit qu'il ne peut ont raison.

Vous pouvez m'observer, vous moquer de moi, me bloquer ou vous joindre à moi. Ce que vous ne pouvez pas faire, c'est m'arrêter.

Extraits :

Okinawa

L'escrime ionienne comporte-t-elle des katas ?

L'entraînement « en solitaire »

L'une des différences les plus évidentes entre les disciplines orientales et occidentales semble être la présence de « formes » dans les premières et leur absence totale dans les secondes. On entend par « formes » des enchaînements de mouvements qui doivent être exécutés en solitaire. Elles constituent la structure fondamentale de nombreux arts martiaux : les kata du karaté, les Tao Lu du kung-fu, les jurus du silat, les sayaw du kali philippin… Si, à l’inverse, nous pensons à la boxe, à l’escrime ou à la lutte, c’est-à-dire aux arts occidentaux, ces fascinantes séquences de mouvements « en solitaire » semblent ne pas exister.

La Scherma Jonica La Scherma Jonica

En est-il vraiment ainsi ?

Avant de répondre à cette question, essayons d’approfondir pourquoi on pratique les « formes » et à quoi servent ces séquences de mouvements qui caractérisent tant les arts martiaux orientaux. Pour tenter de le comprendre, nous ferons une comparaison continue entre les systèmes adoptés dans les deux hémisphères de la planète (l’occidental et l’oriental).

La première raison de l'existence des « formes » mentionnées semble être la nécessité de conserver et de transmettre le savoir. En Occident, le système martial était immortalisé par des dessins, des légendes et des explications parfois même exprimées en vers. Si l’on prend comme exemple le texte La Fleur de la bataille de Fiore dei Liberi, on constate précisément que l’auteur transmet son savoir à travers des dessins et s’aventure également dans la production poétique pour décrire les actions de défense représentées par le maître, qui porte souvent une couronne sur la tête. Les vers et les images guident le lecteur vers l’apprentissage ; on apprend à esquiver une attaque à l’épée, au bâton ou au poignard et à y répondre de manière adéquate. À peine un siècle plus tard, en pleine Renaissance, le Milanais Camillo Agrippa illustrera son traité Scientia d’arme de magnifiques dessins, à tel point que certains érudits les attribuent à Michel-Ange, qui fut son élève. En Orient, plutôt que des dessins, des explications didactiques et des rimes poétiques, on préféra rédiger des « livres virtuels », c’est-à-dire conserver le savoir par la mémorisation de séquences de mouvements qui, à l’instar d’un texte imprimé, se transmettaient de maître à élève. Cependant, en Orient également, en Chine et au Japon, il existe quelques références à des manuels techniques accompagnés de dessins rudimentaires et de chants censés servir d’instructions. Pensons à ceux de certaines écoles de Tai Chi Chuan ; cependant, ils ne sont pas comparables aux traités présents dans les bibliothèques occidentales. En effet, si l’on repense aux traités d’Agripa en Italie ou de Carranza en Espagne, des thèmes tels que la géométrie, l’arithmétique, la musique et les sciences en général y sont abordés en complément de l’art de l’escrime.

Si le premier objectif des formes est conservatoire, le second est, en revanche, formatif. L’exécution des séquences de mouvements mentionnées éduque le corps aux positions qu’il doit adopter et aux actions qu’il devra ensuite réaliser avec le partenaire. Le grand avantage réside dans le fait que l’on peut s’entraîner seul, allant même jusqu’à atteindre un bon niveau technique si, évidemment, les figures qui composent les formes sont exécutées correctement. Il est toutefois clair pour tous que la mise en pratique avec un partenaire ne pourra jamais faire défaut. Il est tout aussi vrai que les formes permettent de progresser dans l’apprentissage et de maintenir les qualités psychophysiques nécessaires sans avoir besoin d’un partenaire à disposition. Dans tous les styles martiaux, on peut distinguer deux types de formes : les formes cristallisées, qui doivent être exécutées avec une précision rigoureuse, et les formes libres, c’est-à-dire une sorte d’improvisation de la part de l’exécutant.

Dans les arts martiaux occidentaux, cette pratique consistant à exécuter des mouvements en solo ou en duo selon des figures préétablies d’une grande valeur esthétique n’était toutefois pas tout à fait inconnue. En effet, peu de gens savent que les danses ne servaient pas seulement de divertissement ou de moment de convivialité, mais constituaient une véritable éducation motrice. Ces exécutions apportaient rythme et fluidité aux actions du guerrier. Tout le monde ne sait pas que seuls les hommes-guerriers pouvaient danser et qu’ils le faisaient parfois juste avant la bataille afin d’acquérir la charge psychophysique nécessaire pour gagner la faveur des divinités ou même pour effrayer l’ennemi (comme la danse HAKA des Maoris ou celle des Zoulous). En Italie, on trouve encore aujourd’hui la danse de l’épée qui simule précisément le combat, ou les tarentelles et les pizziche, qui peuvent être considérées comme de véritables katas d’escrime au couteau. Le sud de l’Italie a longtemps été influencé par la culture espagnole et, surtout, dans le sud de la péninsule ibérique, on trouve le très célèbre flamenco, qui simule parfois précisément un combat à l’épée courte. Les Gitans ont contribué au développement de ces danses-kata, apportant tant au sud de l’Italie qu’à l’Espagne leur connaissance particulière de l’art du couteau. La danse gitane des couteaux s’exé-

La Scherma Jonica La Scherma Jonica

cute avec un couteau à la main et, toujours avec une ou deux lames, on pratique la Baila Flamenca, une forme de flamenco à main armée. Et ce n’est pas tout : chez les gitans, il existe également la Danse du feu, dans laquelle on tient un couteau dans une main et un tison ardent dans l’autre. En Calabre (sud de l’Italie) aussi, on retrouve la même coutume dans la danse des couteaux calabrais, et dans la tarentelle calabrais, on danse avec un couteau à la main en simulant un véritable duel. De nos jours, le couteau est généralement remplacé par un petit bâton et, parfois, par la main tendue en position de coupe, car autrefois, sous l’effet du vin, il était facile de passer de la danse à une véritable bagarre. Le sud de l'Italie a subi de nombreuses influences, notamment grecques, à tel point que le territoire était appelé la Grande-Grèce. En particulier sur les rives de la mer Ionienne, les Hellènes ont importé des danses guerrières exécutées avec des épées. En Crète, île à la grande tradition guerrière, il existe le Pirrichios, dans lequel les danseurs dansent armés de couteaux. Dans le nord de la Grèce, on trouve encore aujourd’hui la danse des couteaux de Kastoria ; là aussi, les danseurs sont armés de couteaux. De l’autre côté de la mer Ionienne se trouve l’Albanie, avec laquelle le sud de l’Italie entretient des liens étroits, et là aussi, on trouve aussi bien des danses au couteau (dans les régions montagneuses du nord) que des danses à l’épée (dans le sud).

La musique joue un rôle important dans la danse et permet de coordonner les mouvements, d’imprimer un rythme à l’exécution et, souvent, comme dans le flamenco ou le gamelan balinais, les danseurs suivent les variations rythmiques des musiciens, créant une communication silencieuse entre ceux qui dansent et ceux qui jouent.

Les mouvements en solo peuvent également être guidés par des figures géométriques : lignes droites, figures en forme de croix, demi-cercles, cercles concentriques, réticules, carrés, triangles, astérisques… ces figures peuvent guider aussi bien le mouvement des pieds que celui des mains pour surprendre l’adversaire.

L'escrime de la Renaissance, comme nous l'avons mentionné précédemment, nous a laissé une documentation remarquable sur la relation étroite entre les figures géométriques et le maniement de l'épée. Cependant, on peut supposer qu'un personnage tel que Pythagore, maître des arts martiaux grecs, avait largement recouru à la science de la géométrie pour améliorer les déplacements de ses athlètes.

La musique et la géométrie sont donc les ingrédients d’une bonne exécution, libre de mouvements en solo ou en duo, aussi bien à mains nues qu’avec un simple couteau, ou en combinaison avec la ceinture, la veste, le chapeau, un tison ardent, un crochet de pêcheur ou une autre lame.

Nous concluons par les vers rimés d’un maître italien du XVe siècle, Filippo Vadi, dans son « De arte gladiatoria Dimicandi », qui considérait l’escrime comme une forme de musique et estimait que les mouvements de l’arme ne faisaient que décrire des figures géométriques. Les vers suivants sont de lui :

La géométrie et la musique partagent

Leurs vertus scientifiques dans l’épée

Pour orner la grande lumière de Mars.

Une fois de plus, nous devons conclure que, souvent, l’Occidental passionné par les arts martiaux orientaux s’informe beaucoup sur la tradition japonaise ou chinoise, mais sait très peu de choses de la glorieuse tradition de son propre pays.

Une dernière remarque concerne la tenue vestimentaire, du moins dans un passé lointain. Pour les entraînements, on portait des sandales ou on allait pieds nus pour une raison très pratique : on ne possédait qu’une seule paire de chaussures et il fallait en prendre soin sans les abîmer avec les mouvements de l’escrime. Le torse était nu, car nous parlons de régions où les températures sont élevées pendant plusieurs mois de l'année, ou bien on portait une chemise pour ceux qui pouvaient se le permettre. Le terrain idéal pour la pratique de l'escrime était la plage, la prairie (souvent une clairière parmi les figuiers de Barbarie épineux), les cimetières ou les maisons abandonnées. Il s'agissait toujours de lieux isolés, à des heures inhabituelles, où personne ne pouvait observer ces pratiques. Si, par hasard, un paysan ou un enfant, poussé par la curiosité, était témoin de ces entraînements, il n'en disait jamais un mot à personne, même sous la menace. L'art ionien est secret car c'est l'art du sang, récitaient à voix basse les anciens.

Le Budo, la vie quotidienne au Japon et l'esprit au-delà de la technique

Mon dernier voyage au Japon a été inoubliable. Parmi les nombreuses personnes merveilleuses que j'ai retrouvées figurait mon vieil ami Shmulik Nadlin. Il y a des années, alors que j'étais très impliqué dans le kendo et que je consacrais la majeure partie de mon temps et de mon énergie à devenir un meilleur kendoka, Shmulik pratiquait le karaté Kyokushin.

Cette fois-ci, j’ai été surpris non seulement par tout ce qu’il avait appris du japonais, mais aussi par la profondeur avec laquelle il s’était immergé dans la compréhension de la culture japonaise. Aujourd’hui, il partage ce savoir avec les visiteurs au Japon et écrit souvent sur les significations profondes qui se cachent derrière les traditions et la vie quotidienne japonaises.

Au cours d’une de nos conversations, Shmulik et moi avons évoqué plusieurs mots japonais qui sont bien plus que de simples termes de vocabulaire. Ce sont des modes de vie. Ces idées m’ont accompagné à Okinawa et à Tokyo, où j’ai pu constater à nouveau à quel point les gens font preuve de patience les uns envers les autres.

Dans de nombreux pays, les gens s’impatientent rapidement, klaxonnent ou réagissent de manière agressive lorsqu’il y a des embouteillages. Au Japon, les gens attendent simplement. Il y a une compréhension tacite et un respect mutuel. Un mot qui reflète cet esprit est « gaman suru ».

Gaman suru (我慢する) signifie tenir bon, persévérer, être patient et tolérer les difficultés sans se plaindre. C'est du contrôle émotionnel, de la discipline et une force silencieuse. Ce n'est pas de la faiblesse. C'est la capacité à garder son calme et son sang-froid même en situation de stress.

On peut observer cela partout au Japon. Ce n'est peut-être nulle part plus visible qu'au célèbre carrefour de Shibuya, à Tokyo, où des milliers de personnes traversent en même temps dans ce qui semble être un chaos total, et pourtant tout le monde se déplace en harmonie.

Lors d’une de mes dernières conversations avec Shmulik, il m’a demandé ce que je pensais de la guerre. Ma réponse a été simple : un gâteau et un bon café. Il a ri et a dit : « C’est un excellent kōan. »

Un kōan (公案) est une question ou une histoire paradoxale utilisée dans le bouddhisme zen pour aller au-delà de la logique et de la pensée ordinaire. Des questions telles que « Quel est le son d’une seule main qui applaudit ? » ne prétendent pas avoir de réponses rationnelles. Leur objectif est de nous aider à voir la réalité sous un autre angle et à nous comprendre plus profondément.

Pour les pratiquants d’arts martiaux, ces idées sont très importantes. Le budō n’est pas seulement une question de technique, de compétition ou d’autodéfense. Le budō est un mode de vie.

Cet esprit sera approfondi lors du stage à Okinawa, du 20 au 24 octobre, avec Hanshi Patrick McCarthy, Kyoshi Borut Kincl et Avi Nardia. Après Okinawa, les séminaires et ateliers se poursuivront à Tokyo, au MagaGym, où des pratiquants de différentes origines et de différents systèmes pourront s’entraîner ensemble et explorer non seulement les techniques, mais aussi les valeurs les plus profondes du budō.

Omotenashi

et l'esprit du budo

Au Japon, le mot omotenashi est souvent traduit simplement par « hospitalité ». Cependant, sa véritable signification va bien au-delà de la courtoisie ou du bon service.

Omotenashi est l'art d'anticiper les besoins d'une autre personne avant même qu'elle ne les exprime. C'est donner sincèrement, du fond du cœur, sans rien attendre en retour. C'est le respect, l'humilité, la gratitude et la pleine attention.

Au dojo, chaque révérence, chaque pas et chaque respiration contrôlée reflètent l’omotenashi. Le respect de l’espace d’entraînement, du maître, du partenaire d’entraînement et de l’art lui-même sont autant d’expressions de ce principe.

Le maître qui corrige avec fermeté mais avec justice pratique l’omotenashi. Le partenaire d’entraînement qui vous pousse au-delà de vos limites, tout en restant respectueux et maîtrisé, pratique l’omotenashi. Et l’élève qui accepte la correction avec gratitude en pratique la forme la plus profonde.

Tel est l’esprit du Budō, non seulement au dojo, mais aussi dans la vie quotidienne.

SEN NO SEN

先の先

La réponse ancestrale au cycle OODA : Initiative, Ki et le cycle de la prise de décision au combat Où la sagesse du Budō rejoint la stratégie de combat moderne Une étude sur Shin-Gi-Tai : esprit, technique et corps

Avant-propos : Pourquoi les anciennes coutumes restent d'actualité

Une question hante tout étudiant sérieux en arts martiaux qui s'intéresse également à la violence du monde moderne : pourquoi le guerrier d'autrefois semblait-il mieux préparé — non seulement physiquement, mais aussi mentalement et spirituellement — à la brutalité du combat que de nombreux guerriers d'aujourd'hui ?

Nous vivons à une époque où l'entraînement physique est extraordinaire. Les combattants modernes sont plus rapides, plus forts et en meilleure forme qu'à presque n'importe quel autre moment de l'histoire. La science du fitness, de la nutrition et de la performance sportive a progressé bien au-delà de ce que n'importe quel samouraï ou bushi aurait pu imaginer. Et pourtant, malgré tout cela, le stress post-traumatique et l’effondrement psychologique après le combat sont très répandus. Malgré tout cela, les guerriers se bloquent sous la pression, interprètent mal les situations et ne parviennent pas à trouver cette source profonde de calme et de détermination que les anciennes traditions semblaient cultiver presque naturellement.

La différence, je crois, réside dans un déséquilibre fondamental. Les systèmes de combat modernes ont consacré une énergie considérable au corps — à la condition physique, au positionnement tactique, au maniement des armes — et beaucoup moins à ce que les anciennes traditions du budo appelaient Shin-Gi-Tai : l'esprit, la technique et le corps, compris comme trois piliers indissociables et tout aussi essentiels.

Dans l’ancien budo et le code du bushido, le guerrier était formé pour devenir une personne intègre. L’esprit et l’âme n’étaient pas des éléments supplémentaires ou des touches finales ajoutées après la maîtrise physique. Ils en constituaient la base. Sans un esprit entraîné et discipliné, le corps ne peut fonctionner à son niveau maximal. Sans esprit — non seulement l'esprit de combat ou l'agressivité, mais quelque chose de plus profond : le Ki, l'énergie vitale interne qui relie le moi à l'environnement et à l'adversaire —, le guerrier est à moitié aveugle, réagissant à la surface tandis que lui échappe le courant plus profond de ce qui se passe réellement.

Cet article explore l’un des concepts les plus profonds de cette ancienne tradition : Sen no Sen, l’art de prendre l’initiative au moment précis où l’adversaire s’engage dans son attaque. Il explore également comment ce principe ancien n’est pas seulement intéressant d’un point de vue historique, mais offre une réponse directe et pratique à l’un des cadres centraux de la théorie moderne de la prise de décision au combat : la boucle OODA de John Boyd.

L'argument est le suivant : le Sen no Sen, correctement compris et entraîné, ne rivalise pas seulement avec le cycle OODA, mais le transcende. En développant la sensibilité nécessaire pour ressentir le Ki de l'adversaire, le pratiquant ne dépend plus uniquement de la vue. Le cycle se raccourcit non pas parce qu'il est plus rapide au sein du processus lui-même, mais parce qu'il sort complètement du cycle réactif. Et c'est quelque chose que les anciens maîtres savaient, même s'ils l'appelaient autrement.

Première partie : Les trois piliers — Shin, Gi, Tai

La tradition classique des arts martiaux japonais appréhende le guerrier à travers trois dimensions indissociables :

• Shin (心 ) : Shin (心 ) — Esprit : La dimension mentale et psychologique. Conscience, intention, perception, régulation émotionnelle et capacité à agir sans hésitation.

• Gi (技) : Gi (技) — Technique : L'habileté raffinée de l'exécution. Non seulement la mécanique physique, mais aussi la sagesse acquise qui découle d'une répétition approfondie — une technique si bien maîtrisée qu'elle ne nécessite plus de réflexion consciente.

• Tai (体) : Tai (体) — Corps : Condition physique, force structurelle, mobilité et le vecteur par lequel s’expriment l’esprit et la technique.

Ces trois éléments ne doivent jamais exister de manière isolée. Dans le Go Rin no Sho (Le livre des cinq anneaux) de Miyamoto Musashi, écrit entre 1643 et 1645, cela est clairement énoncé : l’esprit doit être ouvert et unifié avec le corps, de manière à éliminer le décalage entre la perception et l’exécution. Sans l’esprit, le corps ne fonctionne pas à son plein potentiel. Sans le corps, l’esprit ne peut diriger l’exécution technique. Et sans une technique raffinée, tant l’esprit que le corps sont à la dérive.

Les systèmes de combat modernes, malgré leur sophistication, ont largement réduit ce cadre en trois parties à une seule : le corps. Les indicateurs de performance physique — force, endurance, vitesse, explosivité — dominent l'entraînement. La technique est enseignée, bien sûr, mais souvent de manière dissociée du contexte mental et spirituel qui lui donne son sens le plus profond. Et le Shin — l'esprit — n'est souvent abordé que lorsque quelque chose a terriblement mal tourné, sous la forme d'un traitement post-traumatique plutôt que d'une préparation préalable au combat.

Ce n’est pas une négligence mineure. Les guerriers d’autrefois affrontaient des combats qui, à tous égards, étaient plus immédiats et personnellement brutaux que presque tout ce à quoi nous sommes confrontés aujourd’hui. Épée contre épée à quelques centimètres de distance. Sans armure, sans armes à longue portée, sans possibilité de retraite si les choses tournaient mal. Et pourtant, les témoignages — historiques, littéraires et conservés dans les traditions orales des arts martiaux — suggèrent que bon nombre de ces guerriers affrontaient cette réalité avec une résilience psychologique que l’entraînement moderne a eu du mal à reproduire.

La réponse n’est pas simplement qu’ils étaient plus endurcis ou

moins sensibles. La réponse est que le système d’entraînement lui-même abordait ces trois piliers. La culture du Shin — et, en son sein, le développement de la sensibilité au Ki — était aussi fondamentale pour la préparation que n’importe quel exercice physique.

Deuxième partie : Ki — L’énergie vitale au-delà des yeux

Avant de pouvoir pleinement comprendre le Sen no Sen, nous devons nous attarder sur le Ki (気), l’un des concepts les plus mal compris et, dans l’entraînement au combat occidental, les plus négligés de la tradition des arts martiaux.

Qu’est-ce que le Ki ?

Ki est le terme japonais désignant l’énergie vitale ou la force intérieure — le même concept que le Qi dans la tradition chinoise. Il représente l'énergie vitale fondamentale qui circule à l'intérieur et entre les êtres vivants. Dans le japonais courant, le Ki est tissé dans toute la langue de manière à révéler à quel point ce concept est central pour comprendre l'esprit, l'émotion et l'intention :

• Genki (元気) — En bonne santé, plein d'énergie : littéralement « Ki centré »

• Kiai (気合) — Le cri d’énergie concentrée des arts martiaux, qui concentre le Ki en un seul moment explosif

• Ki ni naru (気になる) — Être curieux ou inquiet : « le Ki est en mouvement »

• Ki ga au (気が合う) — S’entendre bien avec quelqu’un : « les Ki sont en harmonie »

• Ki wo tsukau (気をつかう) — Être attentionné : « utiliser le Ki envers une autre personne »

Cette omniprésence linguistique est significative. Le Ki n’est pas un concept mystique exotique réservé aux spécialistes des arts martiaux. C’est la manière habituelle et quotidienne dont les Japonais décrivent le flux d’énergie, l’intention et l’atmosphère entre les personnes. Tout le monde au Japon comprend, à un niveau intuitif, ce que signifie ressentir le Ki d’une pièce, ou percevoir que le Ki de quelqu’un a changé.

Le Ki dans les arts martiaux

Dans le contexte des arts martiaux, le Ki prend une signification plus raffinée et spécifique. C’est la force intérieure qui relie l’action physique à l’intention mentale : le courant qui circule entre la décision de bouger et le mouvement lui-même. En Aïkido, le Ki est cultivé comme le principal moyen de diriger la technique : le pratiquant apprend à projeter son intention depuis le centre du corps vers l’extérieur à travers les membres, en utilisant le Ki pour guider et rediriger l’énergie de l’attaquant plutôt que de s’y opposer par la force brute.

Dans le kendo et les arts traditionnels du sabre, la sensibilité au Ki de l’adversaire est considérée comme le plus haut niveau de conscience : la capacité de percevoir non seulement ce que l’adversaire est en train de faire, mais aussi ce qu’il s’apprête à faire, et même ce qu’il a l’intention de faire avant que la décision physique ne se soit complètement formée. Ce n’est pas de la magie. C'est une forme raffinée d'attention perceptive qui détecte des microsignaux d'intention — des changements subtils dans la posture, la répartition du poids, la respiration, le mouvement des yeux, la tension musculaire — avant que ces signaux ne se soient transformés en une action visible.

Fondamentalement, cette sensibilité ne s’acquiert pas principalement par les yeux. Les yeux sont rapides, mais ils sont réactifs : ils répondent à un mouvement qui a déjà commencé. La sensibilité au Ki, correctement entraînée, opère à un niveau plus profond : c’est une harmonisation de tout le corps avec le champ d’intention qui entoure l’adversaire. Elle capte des signaux que les yeux ne peuvent percevoir, car elle n’attend pas le mouvement, mais devine la préparation au mouvement.

C’est le pont vers le Sen no Sen. Et c’est la dimension de l’entraînement que la plupart des systèmes de combat modernes ont laissée inexploitée.

Troisième partie : Les trois Sens — Un cadre d’initiative

Le concept de Sen (先) — qui se traduit plus directement par « avant », « en avant » ou « prendre l'initiative » — est l'un des principes organisationnels centraux de la stratégie martiale japonaise. Il a été transmis à travers les traditions de l'épée, systématisé dans les enseignements de Miyamoto Musashi et développé dans le kendo, le karaté, le judo et l'aïkido.

Le mot « Sensei » (先生) utilise le même caractère : celui qui est « en avant » ou « avant » — celui qui a le plus avancé sur le chemin. Cela donne une idée de l’ancrage profond du concept d’initiative, de prévoyance et d’être « en avant » dans la pensée martiale et culturelle japonaise.

Musashi, dans son Livre du Feu au sein du Go Rin no Sho, identifie trois applications fondamentales du Sen sous le titre « Prendre les trois initiatives ». Celles-ci ont été transmises et développées au fil des siècles, et sont aujourd’hui plus communément connues sous les noms suivants :

Sen Sen no Sen (先先の先) — L’initiative supérieure

C'est le niveau le plus élevé : agir sur l'intention de l'adversaire avant que celui-ci ne se soit engagé à effectuer un mouvement physique. Le pratiquant lit le Ki de l'adversaire — la décision mentale d'attaquer — et attaque alors que l'adversaire est encore en train de former son intention. Il n'y a pas encore d'« attaque » à laquelle répondre, seulement la préparation énergétique à celle-ci. Cela exige du pratiquant qu’il garde ce que Musashi appelait un esprit « clair comme un miroir sans tache » : parfaitement immobile, parfaitement réceptif, capable de percevoir les changements les plus subtils dans l’état intérieur de l’adversaire.

« Tu ne frappes pas le corps, mais l’intention. Tu neutralises la tempête avant même que le premier nuage ne se forme. »

Sen no Sen (先の先) — L'initiative de l'attaque

C'est le thème central de notre article : attaquer au moment précis où l'adversaire lance son attaque. L'adversaire s'est engagé mentalement et son corps a commencé à bouger, mais le mouvement ne s'est pas encore pleinement développé. Le pratiquant intercepte à ce moment précis — prenant l'adversaire au moment où il est le plus engagé et le moins capable de se défendre, ayant quitté une position mais sans être encore arrivé à la suivante.

En kendo, cela se manifeste par le Debana-waza : frapper l'adversaire au moment où il se lève pour attaquer, avant que sa technique ne soit achevée. En karaté, c'est le Deai Waza : prendre l'initiative au moment de la rencontre. En judo et en aïkido, cela consiste à utiliser son propre élan vers l'avant et l'énergie de l'adversaire à l'instant où il s'engage pour le diriger vers une technique.

Fondamentalement, le Sen no Sen ne s’entend pas comme une contre-attaque au sens conventionnel, mais comme une interception simultanée. On n’attend pas l’attaque pour réagir, mais on perçoit le début de l’attaque et on agit en son sein, au même instant. C’est une émergence conjointe, pas une séquence.

Go no Sen (後の先) — L'initiative postérieure

Go no Sen signifie prendre l'initiative après que l'adversaire a déjà lancé son attaque. Le pratiquant reçoit ou dévie l'attaque, puis contre-attaque avant que l'adversaire ne puisse se remettre. Bien que cela requière une véritable habileté, cela s'inscrit à l'extrémité réactive du spectre : l'adversaire a marqué le moment, et le pratiquant doit y répondre.

Il est important de souligner que le Go no Sen n’est pas simplement une réponse physique, mais un état d’esprit en profonde harmonie avec le mouvement de l’adversaire. Exécuter véritablement le Go no Sen au plus haut niveau, c’est se fondre dans le rythme de l’attaque de l’adversaire de manière si complète que la contre-attaque surgit comme une suite naturelle de l’énergie même de l’attaquant : le Ki de l’attaque est utilisé pour éteindre l’attaque elle-même.

Tai no Sen — L'initiative de l'attente

Le Tai no Sen consiste à présenter une posture délibérément vulnérable pour inviter l'adversaire à attaquer, puis à utiliser le Tai Sabaki (mouvement corporel) pour modifier la distance et l'angle, créant ainsi un vide qui perturbe le timing de l'adversaire et ouvre une opportunité pour une contre-attaque décisive. L'« attente » n'est pas ici passive, mais stratégiquement active, car elle contrôle la prise de décision de l'adversaire en gérant ce qu'il voit et les options qui lui semblent disponibles.

Les trois ouvertures

Toutes ces stratégies s’appuient sur la compréhension de trois types d’ouvertures (Suki) chez un adversaire :

• Une ouverture dans l’esprit de l’adversaire : perte de concentration, distraction par une feinte, attention excessive portée à sa propre attaque plutôt qu’à votre réponse.

• Une ouverture dans la garde de l'adversaire : Kamae (posture de combat) déficiente, mains trop hautes ou trop basses, un rythme prévisible.

• Une ouverture dans la technique de l'adversaire : reculer trop en arrière avant de frapper, baisser les mains lors d'un coup de pied, s'engager excessivement dans une technique.

Le Sen, sous toutes ses formes, est l'art de percevoir ces ouvertures et d'agir sur elles au moment précis où elles se présentent — ce qui ne dure généralement qu'une fraction de seconde.

Quatrième partie : Le cycle OODA — Le cadre de Boyd pour la supériorité dans la prise de décision

Le colonel John Boyd était un pilote de chasse de l’armée de l’air américaine et un stratège militaire qui a développé l’un des cadres les plus influents de la doctrine de combat moderne. Alors qu’il pilotait un F-86 pendant la guerre de Corée, Boyd fut fasciné par la raison pour laquelle les pilotes américains obtenaient systématiquement un ratio de victoires favorable face aux pilotes ennemis qui volaient sur le MiG-15, techniquement supérieurs. Sa réponse l'a conduit à développer une théorie globale sur la prise de décision au combat qui, depuis lors, a été appliquée bien au-delà de la guerre aérienne : au combat terrestre, à la stratégie d'entreprise, à la cybersécurité, à la gestion des urgences et bien plus encore.

Les quatre phases

Observer

Le pilote recueille des informations brutes sur son environnement : ce que fait l'adversaire, où il se trouve, de quelles armes ou outils il dispose, comment se présente le terrain. C'est la phase d'entrée sensorielle.

Orienter

C'est la phase la plus critique et la plus complexe. L'observateur traite les données brutes à travers les filtres de l'expérience passée, du conditionnement culturel, des modèles mentaux, de l'entraînement et de la doctrine. L'orientation n'est pas neutre : elle façonne ce que nous voyons et ce que nous pensons que cela signifie. Deux observateurs ayant des cadres d'orientation différents peuvent percevoir le même événement de manière radicalement différente et aboutir à des conclusions opposées. Boyd considérait qu'il s'agissait là de la phase décisive : la victoire ou la défaite dépendent en grande partie de cela, de la qualité et de la rapidité de l'orientation.

Décider

En se basant sur l'orientation, le combattant formule un plan d'action. C'est là que la stratégie se transforme en intention. La décision peut être instantanée ou nécessiter un moment de réflexion, selon la mesure dans laquelle la phase d'orientation a préparé l'esprit à reconnaître la situation.

Agir

La décision est mise en œuvre. L'action est menée. Puis, immédiatement, le combattant revient à l'Observation — observant les effets de l'action et recueillant de nouvelles informations pour recommencer le cycle.

L'idée clé du cadre de Boyd est qu'il s'agit d'un cycle, et non d'une séquence, et que la victoire revient au combattant capable de le parcourir plus rapidement que son adversaire. Lorsque vous en êtes à votre deuxième ou troisième cycle alors que l’adversaire en est encore à sa première phase d’orientation, vous êtes, selon les termes de Boyd, « dans sa boucle de décision ». Les observations de l’adversaire deviennent obsolètes avant même qu’il ne puisse agir en conséquence. Il réagit toujours à quelque chose qui a déjà changé. Il perd sa cohérence, s’embrouille, commet des erreurs et, en fin de compte, s’effondre.

Le concept de Boyd consistant à « entrer dans la boucle de l’adversaire » est profond et a fait ses preuves dans de nombreux domaines. Mais il comporte une hypothèse implicite qui mérite d’être examinée : il part du principe que les principaux outils de la conscience de combat sont les sens conventionnels, en particulier la vision, et que l’amélioration provient principalement d’un traitement plus rapide de ces informations.

C'est là que le Sen no Sen apporte quelque chose que le cadre de la boucle OODA n'offre pas.

Cinquième partie : Le Sen no Sen en réponse à la boucle OODA

La boucle OODA et le concept de Sen constituent tous deux des réponses au même défi fondamental : comment agir de manière décisive et efficace dans une situation qui évolue rapidement, incertaine et potentiellement mortelle. Mais ils abordent ce défi sous des angles différents et, lorsqu’on les comprend conjointement, ils révèlent quelque chose de plus puissant que ce que chacun offre séparément.

Où les cadres convergent

Le cycle OODA et le spectre du Sen partagent une idée centrale commune : le combattant qui agit alors que l’adversaire est encore en train d’agir gagne. Boyd appelle cela « entrer dans le cycle ». La tradition de l’épée japonaise appelle cela prendre l’initiative : Sen. Les deux reconnaissent que la victoire ne repose pas principalement sur la force ou la vitesse au sens conventionnel, mais sur le moment de la décision : agir à l’instant où votre action perturbe le plus le cycle de l’adversaire.

Les trois Sen correspondent au cycle OODA d’une manière révélatrice :

• Go no Sen correspond à un cycle OODA réactif : vous observez l’attaque achevée, vous vous orientez, vous décidez et vous agissez en réponse. Vous avez toujours un cycle de retard sur l’initiation de l’attaquant, ce qui signifie que votre victoire dépend de l’exécution de votre cycle de réponse plus rapidement que le temps qu’il faut à l’attaquant pour achever son suivi.

• Sen no Sen correspond à agir pendant la phase d'Action de l'adversaire : tu perçois le début de l'attaque et agis simultanément, prenant l'adversaire en plein mouvement. Ton action ne se limite pas à répondre au cycle, mais fait s'effondrer le cycle de l'adversaire en rendant son action inutile avant qu'elle ne soit achevée.

• Sen Sen no Sen consiste à agir avant même que l'adversaire n'ait atteint sa phase de Décision : vous percevez l'intention d'attaquer et vous agissez alors que l'adversaire se trouve encore dans la phase d'Orientation ou dans la phase initiale de Décision. Son cycle ne s'achève jamais. Il est neutralisé avant d'avoir agi.

En quoi Sen no Sen transcende le cycle OODA

C'est là la distinction cruciale et l'argument central de cet article : Le cycle OODA, tel qu'il est habituellement compris et appliqué, est principalement un cadre visuel. La phase d'Observation repose principalement sur ce que nous voyons. La phase d'Orientation traite les informations visuelles et auditives à travers nos modèles mentaux. Les phases de Décision et d'Action s'exécutent sur la base de cette orientation ancrée dans le visuel. Dans sa forme la plus sophistiquée, le cycle OODA part du principe que la conscience se construit à partir d'entrées sensorielles — principalement les yeux — et que la vitesse augmente en traitant ces entrées de manière plus efficace. Sen no Sen — en particulier au niveau de Sen Sen no Sen — rompt complètement avec cette hypothèse.

Pour percevoir l'intention d'un adversaire avant qu'il ne se soit physiquement déplacé, le pratiquant n'utilise pas une version plus rapide du même processus d'observation visuelle. Il opère sur un canal complètement différent : la sensibilité au Ki. Il perçoit le champ d'intention, la préparation énergétique, la mobilisation interne qui précède le mouvement. Ce sont des informations que les yeux ne peuvent pas fournir, car les yeux réagissent au mouvement, et à ce niveau, il n'y a pas encore de mouvement.

Cela signifie que le pratiquant de Sen no Sen ne se contente pas d'exécuter un cycle OODA plus rapide. Il raccourcit le cycle en accédant à une dimension d'information que le cycle, tel qu'il est normalement conçu, n'inclut même pas. Sa phase d'Observation capte davantage de données — et des données plus pertinentes. Sa phase d’Orientation ne fonctionne pas plus intensément ; elle dispose d’un signal plus riche et plus précoce avec lequel travailler. L’écart entre Observer et Agir s’efface non pas parce que le traitement est plus rapide, mais parce que l’observation initiale saisit la situation à un niveau plus précoce et plus fondamental.

« Les yeux voient ce qui s’est passé. Le Ki sent ce qui est sur le point de se passer. Le guerrier qui ne compte que sur ses yeux sera toujours, à un certain niveau, à la traîne. »

Le mécanisme : comment le Ki raccourcit le cycle

Lorsqu’un pratiquant a développé une véritable sensibilité au Ki grâce à un entraînement approfondi, la phase d’Observation de son cycle OODA ne se limite plus au visible. Il capte des signaux dans le Ki de l’adversaire — le champ énergétique de l’intention — qui précèdent tout mouvement physique. Ces signaux peuvent inclure :

• Des micro-changements dans la répartition du poids de l'adversaire indiquant un engagement imminent dans une direction

•Des changements dans le rythme respiratoire indiquant une mobilisation interne

• De subtiles altérations de la tension musculaire visibles au niveau des épaules, du cou ou des hanches avant que les mains ou les pieds ne bougent

• Une qualité d'attention dans les yeux de l'adversaire qui révèle la formation d'une intention spécifique

• La « sensation » générale du Ki de l'adversaire — qu'il soit ascendant, en accumulation, hésitant ou engagé

Rien de tout cela n'a de mystique. Ce sont tous des signaux physiques réels et subtils qu'un observateur hautement entraîné peut apprendre à lire. Mais l'essentiel est qu'elles sont plus accessibles à un pratiquant qui s'est entraîné à y prêter attention — qui a développé ce que l'on pourrait appeler une observation tactile et énergétique en plus de l'observation visuelle.

L'Enzan no Metsuke (« regard vers la montagne lointaine ») enseigné dans les arts martiaux traditionnels japonais est directement pertinent ici. Au lieu de fixer son regard sur un point spécifique — une main, une arme, un visage —, le pratiquant cultive un regard large, doux et flou qui englobe tout le champ énergétique de l’adversaire. Ce type d’attention n’est pas plus rapide pour traiter l’information visuelle au sens conventionnel du terme. Mais il est beaucoup plus sensible au champ de Ki qui précède le mouvement, car il ne se concentre pas étroitement sur les surfaces où le mouvement finira par apparaître.

Le rôle décisif de l'orientation

Boyd a identifié la phase d'orientation comme l'élément le plus critique du cycle OODA, et la tradition du Sen confirme cette idée sous un angle différent.

La raison pour laquelle le Sen no Sen nécessite des années d'entraînement n'est pas principalement physique. Les compétences physiques impliquées — synchronisation, positionnement, mécanique de frappe — peuvent être développées relativement rapidement. Le défi le plus profond consiste à développer le cadre d'orientation qui permet au pratiquant d'interpréter correctement ce qu'il perçoit. Reconnaître le signal dans le bruit du Ki de l'adversaire nécessite une bibliothèque interne d'expériences de référence : des milliers de répétitions consistant à observer comment se manifeste la mobilisation interne de diverses intentions, comment se présentent et se ressentent les micro-signaux d’une attaque décidée par rapport à une feinte, comment la qualité du Ki de l’adversaire change à mesure qu’il passe de l’observation à l’intention puis à l’action.

C’est pourquoi Musashi a écrit que la technique doit ne faire « qu’un avec le corps » grâce à une répétition intense — non pas

pour que le corps puisse agir sans l’esprit, mais pour que l’esprit soit libéré de la gestion de la mécanique de la technique et puisse se consacrer pleinement à la tâche d’orientation plus profonde qu’est la lecture du Ki de l’adversaire. Le pratiquant qui gère encore consciemment son jeu de jambes ou sa garde ne peut prêter attention aux signaux subtils du moment de l’initiative. Celui qui a complètement intériorisé ces fondements le peut.

En termes d’OODA : la maîtrise de Sen no Sen est la maîtrise de l’Orientation. Et l’Orientation n’est pas une version plus rapide du même processus, mais un changement qualitatif dans ce vers quoi le processus s’oriente.

Sixième partie : Esprit et mental — Ce que

l'entraînement moderne a oublié

Revenons maintenant à la question avec laquelle nous avons commencé : pourquoi le guerrier ancien semblait-il être psychologiquement mieux préparé à la brutalité du combat que de nombreux guerriers modernes ?

Le système d'entraînement décrit dans cet article n'est pas simplement un ensemble d'outils physiques ou tactiques. Il s’agit, en substance, d’un système visant à développer une qualité particulière de la conscience : une manière d’être présent au monde qui est calme, alerte, sensible et non réactive au sens conventionnel du terme.

Zanshin — Une conscience qui ne s’éteint pas

Zanshin (残心) se traduit généralement par « l’esprit qui demeure » ou « la conscience soutenue ». Il décrit la qualité de présence alerte que l'artiste martial maintient avant, pendant et après un affrontement : une préparation continue qui ne se déclenche pas et ne s'effondre pas, mais qui se maintient comme un état fondamental de l'être.

L'entraînement au combat moderne crée souvent un schéma d'alerte conditionné par des signaux environnementaux spécifiques : la vue d'une arme, le signal de passage au combat, le son d'une menace. En dehors de ces déclencheurs, le pratiquant peut être psychologiquement « déconnecté ». Ce schéma binaire d’excitation (marche/arrêt), bien qu’apparemment efficace, crée une

vulnérabilité dans les situations ambiguës où le signal de menace n’est pas clair, et contribue à la difficulté de la désescalade après le combat : le système qui s’est activé est difficile à désactiver.

Le Zanshin, en revanche, n’est pas une réponse d’urgence. C’est une qualité fondamentale de calme et d’attention continue. Il ne nécessite pas de pic d’adrénaline pour fonctionner. Et c’est précisément ce type de conscience qui est le plus sensible au Ki, car les signaux du Ki sont subtils et nécessitent un champ calme et réceptif pour être perçus.

Mushin — L'esprit vide

Mushin (無心) — « sans esprit » ou « esprit vide » — est l'état de clarté mentale dans lequel le pratiquant est pleinement présent, sans l'interférence de la pensée discursive, de l'anxiété anticipatoire ou de l'émotion réactive. Dans cet état, la perception et l'action surgissent directement, sans la couche intermédiaire de la délibération consciente.

Musashi a décrit cela comme le coup de la « non-pensée » : une action si intégrée qu’il n’y a pas de décalage perceptible entre la perception d’une opportunité et l’exécution d’une réponse. Cela est directement analogue à ce que le cycle OODA décrit comme la fusion des phases Décider et Agir dans la phase d’Orientation grâce à une pratique suffisante et à la clarté mentale.

Mais le Mushin est plus qu'un outil tactique. C'est un état psychologique qui protège véritablement la santé mentale. Le pratiquant qui a appris à maintenir le Mushin — qui a appris à être pleinement présent sans être réactif, à observer sans attachement

ni aversion — développe exactement le type de flexibilité psychologique et de résilience dont nous comprenons aujourd’hui, grâce à la science moderne du traumatisme, qu’elles protègent contre les dommages psychologiques liés à l’exposition au combat.

Le guerrier antique n’était pas moins sensible à la violence ou à la souffrance. Ils étaient entraînés à rester présents au milieu de celle-ci sans se laisser submerger par elle — à maintenir le calme intérieur qui permet une perception claire et une action résolue même au milieu du chaos. Ce n'est pas de la répression émotionnelle ; c'est une qualité cultivée de la conscience qui permet à l'émotion de s'écouler sans fragmenter la conscience sous-jacente.

L'esprit du guerrier et le Ki

L’« esprit de combat » souvent mis en avant dans l’entraînement militaire et les arts martiaux modernes est réel et important. Mais il n’est, à lui seul, qu’une fraction de ce que les traditions anciennes entendaient par esprit (Ki, dans ce contexte).

Le Ki en tant qu’esprit n’est pas de l’agressivité. C’est de la vitalité : le sentiment d’être pleinement vivant et totalement connecté à ce qui se passe. C'est la qualité qui rend un guerrier dangereux, non pas parce qu'il est prêt à attaquer, mais parce qu'il est si pleinement présent que rien n'échappe à sa conscience et que chaque action se nourrit de la plénitude de ce qui est réel à cet instant.

Un pratiquant doté d'un Ki bien développé n'a pas besoin d'être en colère pour être efficace. Il n'a pas besoin de fonctionner à l'adrénaline. Il est efficace parce qu’il est pleinement présent — et un adversaire peut ressentir cette présence comme une sorte de pression, une émanation de conscience concentrée, qui affecte son propre Ki et perturbe souvent subtilement sa capacité à exécuter ses plans.

C’est ce que les anciennes traditions japonaises appelaient Kihaku : un esprit ou une force de volonté d’une telle intensité qu’elle affecte l’adversaire avant même qu’une technique physique ne soit appliquée. On décrivait le pratiquant expert de Go no Sen comme quelqu’un doté d’un Kihaku si puissant que ses adversaires le percevaient comme une force palpable. Ce n’est pas de la fantaisie. C’est l’effet observable d’une présence concentrée et entraînée sur l’état psychologique d’un adversaire sensible à de telles choses — ce qui est le cas de la plupart des gens, qu’ils aient ou non les mots pour le décrire.

Septième partie :

Entraînement au Sen no Sen — Approches pratiques

Si l’on accepte l’argument selon lequel le Sen no Sen offre quelque chose que le cadre du cycle OODA à lui seul n’offre pas — à savoir que développer la sensibilité au Ki permet au pratiquant de raccourcir son cycle de décision non pas en traitant plus rapidement, mais en accédant à des signaux plus précoces et plus riches —, alors la question est : comment s’entraîne-t-on réellement à cela ?

Les approches suivantes synthétisent les méthodes traditionnelles conservées dans les arts martiaux avec ce que nous comprenons aujourd’hui de l’apprentissage perceptif, de la cognition incorporée et de l’entraînement de l’attention.

1. Enzan no Metsuke — Le regard vers la montagne lointaine

Remplacez le regard étroit et focalisé par une attention visuelle large, douce et diffuse qui englobe simultanément tout le corps de l'adversaire. Pratiquez cela aussi bien dans la vie quotidienne qu'à l'entraînement : observez l'ensemble d'une pièce ou d'une scène de rue plutôt que de vous

concentrer sur des détails précis. Ce mode d'attention est plus sensible au mouvement périphérique et aux signaux subtils qui précèdent l'action physique.

2. Entraînement à deux au ralenti pour la perception du Ki

Travaillez avec un partenaire au ralenti extrême. L'objectif n'est pas de s'entraîner à la technique à vitesse réduite, mais de développer la sensibilité nécessaire pour percevoir le moment de l'engagement — l'instant où la décision du partenaire de bouger devient irréversible. À vitesse normale, ce moment est invisible. Au ralenti, il devient perceptible sous la forme d'un subtil transfert de poids, d'un léger changement de tonus musculaire, d'une micro-altération de la respiration. Répétez l'exercice des milliers de fois jusqu'à ce que cette sensation vous soit aussi familière qu'une empreinte digitale.

3. Entraînement

à la conscience tactile

La perception du Ki n'est pas uniquement visuelle. Utilisez des méthodes d'entraînement qui développent la sensibilité tactile et proprioceptive à l'énergie et à l'intention de l'adversaire. Les exercices de poussée des mains (issus du tai-chi), les exercices de sensibilité de l’aïkido et du wing chun, ainsi que des pratiques similaires, développent tous la capacité de ressentir, par le contact, l’intention d’un adversaire avant qu’il ne s’y soit pleinement engagé. Même l’entraînement les yeux bandés, où le pratiquant doit s’orienter entièrement par le son et la conscience tactile, peut développer de manière spectaculaire les dimensions non visuelles de la perception.

4. Seme — Pression

contrôlée

Entraînez-vous à projeter délibérément le Ki vers un adversaire, dans le but de perturber son état mental et de provoquer une réaction. Cela permet d'entraîner à la fois la projection du Ki (en agissant sur la boucle de l'adversaire depuis l'extérieur) et la sensibilité nécessaire pour percevoir comment le Ki de l'adversaire se modifie en réponse. Au fil du temps, le pratiquant apprend à interpréter ces changements comme des informations sur le timing et l'intention.

5. Debana Waza — Frapper dès l'amorce

Dans toutes les formes de combat contrôlé, engagez-vous à intercepter l'attaque de l'adversaire dès son amorce plutôt que d'attendre qu'elle se développe. Cela oblige le pratiquant à développer la sensibilité aux signaux précoces qui est au cœur du Sen no Sen. Commencez par des attaques préétablies (Yakuzoku Geiko) dont le timing est connu, puis augmentez progressivement l'imprévisibilité à mesure que la sensibilité se développe.

6. Méditation et culture du Mushin

La méditation assise régulière n’est pas un simple complément à un entraînement intense. C’est une méthode directe pour développer cette présence calme et non réactive qui est la con-

dition préalable à la sensibilité au Ki. Un esprit qui tourne à toute vitesse, occupé par les pensées, les anticipations et les émotions réactives, ne peut détecter les signaux subtils du Ki. Commencez vos séances d’entraînement par de brèves périodes d’immobilité et d’attention consciente à la conscience du moment présent. Développez la capacité de rester en Mushin pendant le combat — pleinement alerte, pleinement réactif, sans l'interférence de la peur anticipatoire ou de l'émotion réactive.

7. Comprendre votre Sen naturel

Comme le notent les anciens enseignements, la plupart des pratiquants sont naturellement enclins vers l'un des trois Sen. Le pratiquant impatient et agressif tend naturellement vers le Sen no Sen — l'attaque proactive. Le pratiquant patient et stratégique tend naturellement vers le Go no Sen — l'attente et la contre-attaque. Comprendre votre tendance naturelle est le début de la sagesse, pas la fin. Entraînez-vous aux trois, afin de pouvoir choisir lequel déployer contre un adversaire donné plutôt que de vous rabattre par défaut sur ce qui vous est confortable. Le pratiquant prévisible est toujours vulnérable, quelle que soit son habileté dans son mode préféré.

Huitième partie : Un cadre unifié — La sagesse du budo pour le guerrier moderne

Nous avons couvert un terrain important. Rassemblons tout cela.

La boucle OODA est un cadre authentique et précieux pour comprendre la prise de décision au combat. L'intuition de Boyd selon laquelle la victoire revient au combattant capable de passer par les étapes d'observation, d'orientation, de décision et d'action plus rapidement que son adversaire — et surtout capable de perturber l'orientation de l'adversaire — est confirmée par des siècles d'expérience martiale.

Mais la boucle OODA, telle qu’elle est généralement appliquée, opère principalement au niveau superficiel de l’action et de la réaction visibles. C’est un cadre permettant d’être plus rapide au sein du cycle normal de la perception du combat.

Le Sen no Sen, et la tradition du Budo dans laquelle il s’inscrit, offre quelque chose de plus : un moyen de raccourcir la boucle non pas en étant plus rapide à l’intérieur de celle-ci, mais en y entrant à un stade plus précoce, par un canal de perception différent. En développant sa sensibilité au Ki — au champ d'intention qui entoure un adversaire —, le pratiquant accède à des informations plus précoces et plus exploitables que tout ce que les yeux seuls peuvent fournir. Il ne s'agit pas simplement d'exécuter une version plus rapide du même processus. Il s'agit d'observer quelque chose de différent — la cause en amont plutôt que l'effet en aval.

C'est là la réponse ancestrale à la boucle OODA. Et c'est une réponse qui nécessite la culture du Shin — l'esprit — et le développement d'une sensibilité au Ki, parallèlement au conditionnement physique et au raffinement technique qui représentent le Tai et le Gi du Budo.

« Le guerrier qui ne se fie qu'à ses yeux réagira toujours à ce qui a déjà commencé. Le guerrier qui perçoit le Ki agit avant le commencement — non pas par prophétie, mais grâce à une qualité d'attention si raffinée que la préparation à l'action est aussi visible que l'action elle-même. »

Ce n’est pas l’apanage exclusif du Japon ancien. C’est une capacité humaine. Elle s’acquiert par l’entraînement. Et c’est, peut-être, l’une des dimensions les plus importantes du développement du guerrier que les systèmes de combat modernes n’ont pas encore pleinement réintégrée.

Les anciens guerriers du Budo affrontaient leur monde brutal avec une résilience psychologique que de nombreux guerriers modernes peinent à trouver. La différence ne réside pas dans la violence à laquelle ils étaient confrontés — à tous égards, la leur était plus immédiate et plus personnelle. La différence réside dans l’exhaustivité de leur préparation : Corps, Technique et Esprit. Shin, Gi, Tai. Ces trois piliers, debout ensemble, soutenaient un guerrier qui n’était pas simplement entraîné à se battre, mais formé pour être pleinement humain — conscient, présent, connecté et sans crainte.

Enseigner le Sen no Sen — l’enseigner véritablement, en conservant intactes toutes ses dimensions mentales et spirituelles — est l’une des choses les plus puissantes que les arts martiaux et les systèmes de combat modernes puissent faire pour les guerriers dont ils ont la charge. Non seulement pour les rendre plus efficaces au combat, mais pour les rendre plus complets en tant qu’êtres humains. Car la même qualité de conscience qui permet au Sen no Sen de fonctionner dans un combat est celle qui permet à un guerrier de revenir du combat en restant pleinement lui-même.

C'est peut-être là le plus grand cadeau du Sen no Sen.

Résumé

de référence : Sen et OODA — Cadre comparatif Niveau de Sen

Sen Sen no Sen : Agit pendant la phase Orientation/Décision de l'adversaire. Niveau le plus élevé — perçoit le Ki de l'intention avant le mouvement. Perturbe directement l'OODA avant qu'il n'atteigne la phase d'Action.

Sen no Sen : Agit pendant la phase d’Action de l’adversaire. Intercepte dès le début du mouvement. Fait s’effondrer la boucle de l’adversaire en plein cycle.

Go no Sen : Agit après la phase d’Action de l’adversaire. Réagit à une attaque achevée ou en cours. Gagne grâce à un cycle de réaction plus rapide.

Tai no Sen : Manipule la phase d’Observation/Orientation de l’adversaire par une posture délibérée. Contrôle ce que l’adversaire voit et, par conséquent, ce qu’il décide.

Conclusion

: étudier l’ancien

pour comprendre le nouveau

« Étudier l’ancien, c’est comprendre le nouveau. »

Cet article a commencé par une maxime traditionnelle, et il se termine par une autre. Les arts martiaux anciens n’offrent pas de réponses obsolètes à des questions hors de propos. Ils offrent, codées dans des siècles d’expérience éprouvée, une compréhension profonde de l’être humain sous pression que les cadres modernes sont encore, à bien des égards, en train de rattraper.

La boucle OODA est moderne. Le Sen no Sen est ancien. Ils parlent de la même chose depuis les extrémités opposées d’une même vérité. Réunissez-les — réunissez Shin, Gi et Tai — et le guerrier qui en émerge n’est pas seulement plus rapide ou plus fort. Il est plus éveillé. Plus présent. Plus capable d’agir depuis ce havre de calme profond qui rend possible à la fois l’excellence au combat et l’intégrité en dehors de celui-ci.

C'est ce vers quoi le Budo a toujours tendu. C'est ce vers quoi le Sen no Sen, bien compris, tend encore aujourd'hui.

先の先

L'initiative de l'attaque. L'initiative de la conscience. L'initiative de l'être humain tout entier.

LES PILIERS D'EBUNTO EN

EUROPE

Face au destin, il n'y a pas de chance... « C'est incroyable la force des choses quand elles doivent arriver ».

Aucune phrase ne peut mieux définir l’arrivée d’EBUNTO en Espagne que celle-ci. Nous sommes le 2 avril 2006. JOHO (Shidoshi) Juliana Galende – mon ex-épouse – et moi étions arrivés en Espagne avec l’intention de commencer une nouvelle vie.

Croyez-vous au hasard ? À la chance ? Pensez-vous que tout soit le fruit du destin ? Pensez-vous que tout soit déjà prédéterminé ? Est-ce une question récurrente chez les gens ? Confucius nous pose sagement la question : « Quel âge auriez-vous si vous ne saviez pas combien d’années vous avez ? »

Après des décennies d’un dévouement extrême et d’une grande fatigue due à des projets successifs et intenses, nous avions décidé de quitter l’enseignement et de changer de pays, pour commencer quelque chose de nouveau qui n’ait aucun rapport avec mon ancien métier. Notre destination initiale était le Japon, en raison des personnes et des facilités que nous pourrions y trouver grâce aux amitiés nouées au fil de toutes ces années et à nos relations professionnelles.

Cependant, par l’intermédiaire de quelques amies vivant en Espagne, l’idée est venue à JOHO (Shidoshi) Juliana que, si notre projet était de commencer une nouvelle vie, ce pays serait peut-être une destination favorable – en raison de la proximité de la langue et de la qualité de vie décrite de manière enthousiasmante. Eh bien, le 5 avril 2006, nous avons quitté le

Brésil et le lendemain, nous avons atterri à l’aéroport « Josep Tarradellas Barcelona-El Prat » de la ville de Barcelone.

Tout avait été organisé depuis le Brésil : des personnes devaient nous attendre à la sortie et nous guider vers cette nouvelle vie supposée. Cependant, rien de tout cela ne s’est produit. Personne ne nous attendait. Ce n’est que deux jours plus tard, après de nombreux appels, qu’une amie de JOHO (Shidoshi), Juliana Galende, est venue à l’hôtel où nous étions logés, grâce à l’aide d’un chauffeur de taxi.

Contrairement à ce que nous espérions, nous avons été conduits dans un village situé à environ cinquante kilomètres de la ville de Barcelone, appelé Saint-Celoni – un bel endroit entre deux montagnes. La région de Montnegre à Sant Celoni est une zone peuplée et un espace naturel important, faisant partie du « Parc naturel de Montnegre i el Corredor », dans la province de Barcelone. Sant Celoni sert de porte d’entrée à cet environnement boisé, caractérisé par ses forêts de

chênes et de châtaigniers, et par son intérêt naturel et paysager.

Ne parlant pas la langue et sans aucune perspective, je me suis rendu dans un téléphone public local dans l’intention d’appeler le Brésil et de régler quelques détails. C’est là que j’ai rencontré Hamid – une personne curieuse d’origine marocaine. Comme nous n’avions qu’un téléphone portable prépayé, il était plus pratique de passer les appels depuis cet endroit.

Il n’est pas rare que nous souhaitions que les autres résolvent nos problèmes, ou même qu’ils nous apportent une réponse à nos nombreuses interrogations. Dans ma façon de voir la vie et ses « détails », le quotidien est une métamorphose constante qui engendre différents types de « révolution de la conscience » ; je dis au singulier, car il s’agit de raisonnements et de positions différents.

Cela peut signifier que nous possédons tous une atmosphère individuelle de destruction et de renouveau. Chaque moment, chaque instant, tout fait partie de ce voyage que nous accomplissons chaque jour. Confucius nous dit que « L’homme supérieur est persévérant sur la voie de

la vérité, et pas seulement persévérant. » Cette réalité nous projette vers la formation d’un tout qui représente une partie de notre existence ; une partie d’un chemin qui alternera toujours à mesure que nous avançons aux commandes de nos vérités intérieures, qui ne sont rien d’autre que notre propre vie en soi.

Hamid a été la première personne à m’expliquer petit à petit comment fonctionnait mon nouveau pays. Deux semaines plus tard, nous avons reçu un appel d’Alfredo Tucci, PDG du magazine d’arts martiaux le plus prestigieux – Budo International. M. Tucci, petit-fils de Portugais, parlait parfaitement notre langue ; ce qui a grandement facilité la négociation pour ce qui allait devenir la première « couverture » dont nous serions les protagonistes. Quelque chose qui allait complètement changer le destin de notre histoire.

Madrid, le 25 mai 2006. Par coïncidence, le jour de l’anniversaire de M. Tucci. Après les enregistrements et les photos, une belle amitié allait marquer le point de départ qui allait définitivement écrire l’histoire d’EBUNTO en Europe.

Figurer sur la première couverture d’un magazine aussi important a été la pierre angulaire qui a incité les gens à venir nous rendre visite à Sain Celoni. La première personne fut Luís Nogueira, accompagné de son épouse Rebeca Roca, qui sont restés dans notre école jusqu’en 2015. Après leur arrivée, beaucoup d’autres ont souhaité nous rencontrer.

Un cher professeur disait qu’on ne peut pas passer son temps à « échanger » des choses avec la vie. Et c’est vrai ! En profondeur, cela signifie que nos décisions, nos attitudes, etc., refléteront en nous la certitude que la vie, en soi, représente

l’assimilation des fruits de chaque instant ; une sorte d’expérimentation continue où l’on ne peut s’arrêter.

Si nous observons par le prisme de l’évolution, nous développerons une sorte de perspective qui déplace cette même vie, ou sa réalité, vers un scénario où cet être est obligé de prendre les commandes du « bateau de sa vie ». Pour cela, inévitablement, il vivra dans ses propres vérités et mensonges les raisons qui le conduisent à percevoir, ou non, sa propre importance dans son processus ou son cheminement. Cela, en parallèle, nous ramène à la réflexion qui, en fin de compte, nous amène au point où cela revient à dire qu’il existe plusieurs types de vie et de réalités en un seul être.

En 2007, nous avons participé au premier Hall of Fame, organisé par le magazine Budo International et

l’ISMA – sous la houlette du maître d’arts martiaux et général des « Mariners » américains, Santiago Sanchis. Différents maîtres de différents pays ont pour la première fois posé leur regard sur nous et se sont intéressés à notre travail. Moi qui aimais une vie discrète et tranquille, je me retrouvais désormais sur la scène du monde.

Vint alors le moment où, en raison du parcours de JOHO (Shidoshi) Juliana Galende, qui avait commencé ses études de médecine au Brésil, Barcelone ne reconnut pas ses crédits universitaires. L’espoir qu’une autre ville les reconnaisse, guidés par les avis d’autres Espagnols, nous conduisit à Valence, ville qui allait devenir notre lieu de résidence définitif.

Au fil de nos nombreux allers-retours à Madrid, JOHO (Shidoshi) Juliana Galende et moi, toujours discrets sur le sujet de notre spiritualité, laissions peu à peu transparaître quelques informations liées à nos croyances et à nos connaissances. Par l’intermédiaire de M. Tucci, j’ai fait la connaissance de Francisco (Paco) Suarez, une personne qui allait devenir au sein de l’EBUNTO un important « Kotoma Tonbo ».

En 2008, enfin, M. Tucci s’initie aux voies de l’EBUNTO. Valence et Madrid partageaient des intérêts communs en ce qui concernait la préservation de l’EBUNTO. Stephen Hawking, auteur de nombreux ouvrages, dont L’Univers dans une coquille de noix, nous dit : « C’est une question d’expérience commune que les choses deviennent plus désordonnées et chaotiques avec le temps. »

Inutile de dire que notre vie allait changer pour toujours. Le destin, ce grand protagoniste capable de transformer comme par magie la vie de n’importe quel mortel, avait frappé à notre porte. Mes professeurs avaient raison lorsqu’ils disaient : « L’homme qui ne se regarde pas lui-même, ni ce qui l’entoure, ne peut connaître sa réalité ni celle de son environnement. » Je pense donc que celui qui ne se connaît pas lui-même et ignore s’il a ou non un rôle déterminé dans la vie est en réalité mort, même s’il mange et boit comme ses semblables.

En 2011, un ASHAKORO - Hajimeru (initiation) réunissant plusieurs personnes venues de divers pays place définitivement l’Espagne comme un point important dans l’histoire de l’EBUNTO.

La même année, M. Tucci s’installe définitivement à Valence et un nouveau chapitre de notre histoire s’ouvre. Études, intensité, projets… Arthur Schopenhauer a dit que « Le destin mélange les cartes, et nous les jouons. »

Tel était notre moment : en raison des besoins locaux mis en évidence par la « spiritualité », confirmés par les maîtres, de

nouvelles étapes allaient être franchies et, imprégnés de possibilités et d’horizons, une importante festivité allait se tenir dans la province de Cheste – une commune espagnole située dans la région de Hoya de Buñol, à l’intérieur de la province de Valence, dans la Communauté valencienne, à 26 km de la capitale provinciale.

Au fil de cérémonies incessantes, en 2014, nous formerions les premiers responsables de l’EBUNTO. Six nouveaux professeurs devaient constituer la base de cette fortification qui finirait par s’effondrer et tomber complètement après environ

un an. Dans le même élan, JOHO (Shidoshi) Juliana Galende a décidé de se consacrer à la médecine et notre divorce, à l’amiable, a marqué le début d’une nouvelle étape où un nouveau chapitre devait s’écrire.

En 2016, lors d’un voyage au Mexique, j’ai rencontré ma nouvelle épouse – la psychologue légiste Alma Alejandra –, qui, des années plus tard, déménagerait à Valence pour m’aider à reconstruire ce qui avait été perdu.

Différentes écoles de pensée attribuent uniquement au Bien ou au Mal la clé de notre vie, de notre bonheur... Vraiment ? Depuis le jour où nous sommes nés, où nous sommes venus au monde, nous sommes destinés à nous plonger dans diverses perspectives, dans divers points d’équilibre qui ressemblent davantage à des carrefours où la certitude fait défaut : le doute a la part belle !

Au cours de cette période, JOHO (Shidoshi) Joao Paulo

s’est impeccablement rapproché de moi et, à travers un voyage en Espagne (où il a séjourné chez moi), a entamé une nouvelle étape de sa formation.

Toute expérience correspond à l’état d’observation que nous exerçons sur nous-mêmes et, par conséquent, sur les autres. La diversité des moments et des instants a ses racines ancrées dans

le « maintenant ». Elle est fondée et reposée sur l’instant présent. Si, dans ce court laps de temps, votre préférence va au Bien ou au Mal, sans aucun doute, je dis : oui, ce sont seulement ces deux-là qui décident de votre vie.

Cependant, je vois toujours les choses depuis le monde spirituel. Selon ma conception, nous sommes des êtres spirituels

vivant une expérience matérielle. Nous sommes le fruit de ce que notre conscience nous indique ; nous sommes le fruit d’une fraction de seconde qui définit la force qui agit instantanément lorsque nous associons nos idées ; lorsque notre croyance détermine ce que nous devons voir… Y avez-vous déjà pensé ?

Au cours de ses nombreux voyages en Espagne, JOHO (Shidoshi) Daniel Motheo, mon élève le plus ancien, a poursuivi

son apprentissage et est devenu une référence importante de notre culture et de notre tradition.

En 2021, nous avons ouvert ma nouvelle école, marquant ainsi l’arrivée de nombreux nouveaux élèves et professeurs. Parmi eux, Kotoma Tonbo Fabián Garcia, JOHO (Shidoshi) Sibila Silva, JOHO (Shidoshi) Miguel Morales, JOHO (Shidoshi) Sérgio Verdeguer, JOHO (Shidoshi) Vicente Laparra, JOHO (Shidoshi)

Alma Alejandra, JOHO (Shidoshi) Hermes Romero... Une nouvelle étape a débuté le 25 avril 2026, avec de nouvelles fonctions et de nouveaux responsables chargés de préserver et de transmettre notre culture et notre tradition.

Les noms suivants sont aujourd’hui liés à ma personne, tant sur le plan martial que spirituel :

JOHO (Shidoshi) Tonbo Alfredo Tucci (Goemon Kawazuki)

Kokeisha Kawazuki Togo, Budo International Publishing Co.

Tonbo Francisco Suárez

Tonbo Fabián Garcia

JOHO (Shidoshi) Juliana Galende

JOHO (Shidoshi) Marcos Amaral

JOHO (Shidoshi) Maria de Manuel

JOHO (Shidoshi) Daniel Motheo

JOHO (Shidoshi) Thiago Moraes

JOHO (Shidoshi) Sérgio Botelho

JOHO (Shidoshi) André Bortoluzzi

JOHO (Shidoshi) João Paulo Gomes

JOHO (Shidoshi) Giovanni Nunes

JOHO (Shidoshi) Raoni Rosa

Sensei Leonardo Nunes

Sensei Sérgio Moraes

Sensei Miguel Estables

JOHO (Shidoshi) Hermes Romero

JOHO (Shidoshi) Vicente Laparra

JOHO (Shidoshi) Sergio Verdeguer

JOHO (Shidoshi) Alma Alejandra

JOHO (Shidoshi) Sibila Sol Silva

JOHO (Shidoshi) Miguel Morales.

Sensei Stéphane Postel (France)

Sensei Alfredo Garcia

Sensei Rafael Ferreira Dos Santos

* Les autres noms de JOHO (Shidoshi) et de Sensei qui ne figurent pas ici sont soit réservés à des fins personnelles, soit n'ont pas atteint un niveau suffisant.

« Dans le royaume des fins, tout a soit un prix, soit une dignité ! » - Emmanuel Kant.

Ce

n'est pas drôle !

Décembre 2025, séminaire de Franco Vacirca au Panda Gym de Berlin.

Franco appelle deux filles au centre pour qu'elles démontrent leur technique et demande aux autres participants : « Qu'est-ce qui ne va pas, selon vous ? ».

Une voix masculine derrière moi murmure : « Les femmes ! ».

La blague peut sembler inoffensive, mais elle soulève une question sérieuse : les femmes sont-elles vraiment les bienvenues dans le jiu-jitsu ?

Le nombre de femmes pratiquant le jiu-jitsu ne cesse d’augmenter ; cette tendance s’observe également dans les groupes d’enfants. Parallèlement, de plus en plus de femmes qualifiées assument des rôles d’entraîneuses ou d’instructrices. J’ai interviewé plusieurs d’entre elles et, heureusement, aucune n’a signalé avoir été victime de sexisme en cours. Mais cela ne signifie pas que la discrimination a complètement disparu du monde des arts martiaux ; sinon, je n’aurais aucune raison d’écrire ces lignes.

Article by Maryam Kegel, Closing remarks by Franco Vacirca

Un tapis pour tous ?

Contrairement à mon pays natal, l'Iran, les espaces d'entraînement en Europe sont mixtes. Femmes et hommes s'entraînent ensemble sur le tapis. Cela signifie également que je suis autorisée à m'entraîner avec des hommes.

Comme le dit Maren, du Panda Gym Berlin : « Il est important que les femmes aient la possibilité de s'entraîner avec des hommes, car dans la rue, un adversaire pourrait aussi bien être un homme. »

Personnellement, j’ai été traitée avec respect la plupart du temps sur les tapis. Il y a toutefois eu des moments désagréables : des hommes qui ne voulaient pas s’entraîner avec des femmes, ou ceux qui faisaient ostensiblement étalage de leur force physique.

Ces expériences me ramènent sans cesse à la même question, tant pour moi que pour mes entraîneurs : les femmes sont-elles vraiment traitées équitablement en jiu-jitsu ?

Par « équitable », j’entends bien plus que le simple fait d’éviter les blagues sexistes grossières comme celle du début de cette histoire. L’équité signifie également que les femmes ne soient pas considérées simplement comme un moyen d’accroître la diversité. Cela signifie que les performances des participants soient évaluées indépendamment du genre, en se basant uniquement sur la technique, l’effort et les progrès réalisés sur le tatami.

Cependant, l’objectif de ce texte n’est pas d’apporter une réponse définitive à cette question. Une réponse simple — un oui ou un non clair — serait trop simpliste. Je voudrais plutôt examiner le sujet sous différents angles.

La véritable réponse est celle que chacun doit se poser à soi-même.

Tu veux un partenaire plus fort ?

« On peut changer de partenaire si tu veux t’entraîner avec quelqu’un de plus fort. »

J'entends cette phrase de temps à autre pendant l'entraînement, et exclusivement de la bouche des femmes.

Pour être honnête, cela ne me surprend pas. Au début de mon propre parcours en jiu-jitsu brésilien, je disais moi-même des choses similaires à mes partenaires d'entraînement. Derrière cela se cache souvent un sentiment d'insécurité, en particulier la peur de ne pas pouvoir suivre le rythme physiquement.

C'est peut-être un sentiment normal pour beaucoup de débutants. Cependant, j'ai rarement entendu ces mots de la bouche de débutants masculins.

La question est claire : beaucoup de femmes se montrent initialement réticentes à combattre ou à s'entraîner avec des hommes. Le fait que les hommes aient généralement un avantage physique renforce naturellement ce sentiment.

Cependant, d’après ma propre expérience, je peux affirmer qu’avec un environnement d’entraînement caractérisé par le respect et la confiance mutuelle, cette insécurité s’estompe avec le temps. Peu à peu, elle fait place à la confiance en soi.

Dans le même temps, les remarques désobligeantes ou sexistes ont l’effet inverse : elles renforcent précisément cette insécurité au lieu de la réduire.

Je fais ici délibérément référence à celles qui restent, aux pratiquantes qui persévèrent. Pas à celles qui abandonnent l'entraînement et tournent le dos au jiu-jitsu après une première expérience désagréable ou les premiers bleus sur le tatami.

Il y a un autre aspect tout aussi important : une femme doit d'abord se considérer comme une partenaire d'entraînement à part entière. Un premier pas dans cette direction peut être de ne pas intérioriser les remarques désobligeantes ou sexistes et de ne pas leur accorder trop d'importance.

Ce que l'on oublie souvent ici : une bonne partenaire d'entraînement n'est pas nécessairement la plus forte, et toutes les partenaires fortes ne contribuent pas automatiquement à votre développement.

Une séance d'entraînement réservée aux femmes

Certaines écoles proposent des séances d'entraînement spéciales réservées exclusivement aux femmes : une heure pendant laquelle seules les femmes s'entraînent et pratiquent sur les tapis. Sans hommes en sueur. Les idées qui sous-tendent cette initiative varient : pour certaines, l'accent est mis sur un espace sûr où l'on peut surmonter ses appréhensions initiales. Pour d'autres, il s'agit plutôt de créer une communauté et de tisser des liens entre elles.

Un exemple concret est celui du Panda Gym Berlin, qui propose une séance d’entraînement de JJB réservée aux femmes une fois par semaine. Là-bas, les mères ont également la possibilité d’amener leurs enfants, qui peuvent jouer au bord du tatami pendant l’entraînement.

« Il s’agit de construire une communauté solide pour les femmes, de soutenir les familles et d’offrir une initiation accueillante au jiu-jitsu. Faire ce premier pas est souvent le plus grand obstacle, et le contact physique étroit avec des personnes différentes peut sembler étrange », affirme Maurice Wollny, propriétaire de Panda Gym Berlin. À la MMA Jerusalem Academy, des séances d’entraînement réservées aux femmes sont organisées deux fois par semaine. Selon Sharir Richman, propriétaire de l’école et directeur de l’organisation ICCS, la raison en est que certaines femmes, pour des raisons culturelles ou religieuses, ne souhaitent pas avoir de contact physique avec des hommes.

Au Crazy Team BJJ, à Séville (Espagne), en revanche, il n’y a pas de séances d’entraînement spéciales pour les femmes. « Pour la même raison, il n’y a pas non plus de séances réservées aux hommes », affirme Alberto González, entraîneur en chef et directeur de l’école.

Cette option d’entraînement spécifique offre de nombreux avantages, en particulier pour les débutantes peu sûres d’elles qui ont d’abord besoin de prendre confiance en elles. Cela peut également être une bonne occasion pour les femmes confirmées de se préparer spécifiquement aux compétitions et de s'entraîner avec des partenaires de niveau similaire et de catégories de poids comparables.

D'un autre côté, il ne faut pas oublier que ce type de séances d'entraînement peut aussi créer une zone de confort pour certaines femmes, dont elles sont réticentes à sortir.

Sharir Richman commente : « L'entraînement réservé aux femmes, tel que je le vois, est bénéfique pour celles qui ne se sentent pas à l'aise à l'entraînement avec des hommes. Si elles commencent par un entraînement réservé aux femmes avant de passer à un entraînement mixte, c'est très bien. Mais les femmes qui ne s'entraînent jamais avec des hommes restent dans une sorte d'illusion, et c'est problématique. Elles pourraient subir un choc lorsqu’elles seront finalement confrontées à cette réalité. La raison en est que les hommes sont généralement plus forts physiquement. En même temps, s’entraîner avec des hommes offre de nombreux avantages : cela vous aide à développer votre technique et votre stratégie de combat, et vous apprenez à quoi vous attendre lors d’un véritable combat — la rapidité et la précision dont vous avez besoin. »

Cependant, ces considérations soulèvent d’autres questions : qu’en est-il des débutants masculins en manque de confiance ? Eux aussi sont souvent confrontés à des obstacles similaires, sans disposer d’espaces d’entraînement protégés comparables.

De plus, la question se pose de savoir si la qualité de l’entraînement lors de séances séparées pour les femmes est comparable à long terme à celle de l’entraînement habituel. Y suit-on un plan d’entraînement structuré avec le même soin que dans les autres séances ? Et les normes, les méthodes d’enseignement et les attentes pour l’entraînement des femmes sont-elles fixées au même niveau que dans l’entraînement mixte ?

Si ce n’est pas le cas, je pense que cela constituerait une forme de discrimination à l’égard des femmes.

Un autre aspect concerne les perceptions au sein de l’école : les femmes sont-elles prises tout aussi au sérieux par leurs camarades d’entraînement masculins lorsqu’il y a des séances parallèles qui leur sont exclusivement réservées ? Ou cela renforce-t-il involontairement l'idée qu'elles doivent s'entraîner « différemment » ?

Enfin, une question fondamentale demeure : s'agit-il déjà d'une forme d'inégalité de traitement lorsque des programmes d'entraînement spéciaux sont créés pour les femmes alors qu'il n'existe pas de formats comparables pour les hommes, ou s'agit-il plutôt d'un équilibre nécessaire face aux différences structurelles existantes ?

Bien sûr, il n’y a pas de réponse unique à ces questions. Selon l’environnement d’entraînement, les principes sous-jacents et la motivation, différentes perspectives et réalités peuvent émerger.

Je ne peux parler ici que de mes propres expériences, et ce sont précisément celles-ci qui m’amènent aux questions mentionnées.

Ce que je voudrais souligner, cependant, c’est que les séances d’entraînement pour femmes ne doivent pas être considérées comme un terrain d’entraînement pour les instructeurs.

Conclusion

On sait depuis longtemps que les femmes se sont taillé leur propre place dans les arts martiaux. Peu importe que l’on s’entraîne sur le tatami pour l’autodéfense, la compétition ou le développement personnel. Ce qui importe, c’est de reconnaître que les personnes diffèrent en termes de force physique et mentale.

Une culture d’entraînement équitable reconnaît ces différences sans les renforcer. Elle crée un espace de développement sans tracer de limites artificielles.

Pour moi, le jiu-jitsu est bien plus qu'un simple sport. C'est un chemin de découverte permanente. Un chemin qui m'inspire à réfléchir : vers l'extérieur, vers le monde, et vers l'intérieur, vers les personnes.

– Maryam Kegel

Remarques finales :

À mon avis, il n'y a (presque) rien à ajouter ici. Je soutiens pleinement ce rapport de Maryam Kegel et je la remercie pour ses déclarations franches et claires.

En ce qui concerne les groupes réservés aux femmes, je partage l’avis de notre collègue de jiu-jitsu brésilien à Séville : pourquoi devrait-il y avoir des groupes réservés aux femmes ? Après tout, nous n’avons pas non plus de groupes « réservés aux hommes » !

Lorsque j’ai récemment assisté au séminaire mentionné plus haut à Berlin, Maryam a réagi en disant quelque chose comme : « Franco, j’ai vu que toi aussi, tu as maintenant un « groupe réservé aux femmes » ! ». (Elle a souri en le disant, car je me suis toujours opposé à ce format de groupe, et elle le sait très bien).

En fait, c’est le maître Sylvio Behring qui m’a donné cette idée lors de sa récente visite chez nous. Ainsi, désormais, les femmes et les filles à partir de 13 ans s'entraînent avec nous une fois par semaine gratuitement dans un groupe fermé. Le contenu de l'entraînement est le même que pour les hommes, sauf que nous souhaitons également fournir des conseils de sécurité importants qui, à mon humble avis, sont essentiels.

Pourquoi est-ce gratuit ? Parce que je veux montrer à ma communauté à quel point l'autodéfense est importante pour les femmes et les filles. Il y a de nombreuses raisons pour lesquelles les femmes ont tant de mal à monter sur le tatami et à apprendre le jiu-jitsu. Je pense que c'est ma façon de faire un pas en avant et de me proposer en tant qu'entraîneur. Une autre raison importante est apparue lorsque j'ai été confronté au fait que des mèmes idiots sur le jiu-jitsu étaient partagés dans un groupe WhatsApp. C'est là que j'ai réalisé que dans nos écoles, nous accueillons toutes sortes d'orientations sexuelles. Sur mon tatami, il n’y a pas de place pour les discussions sur la couleur de peau, l’orientation sexuelle, la religion et la politique.

Mais je sais, par divers cercles, que ce n’est pas seulement un problème dans le BJJ et les arts martiaux en général. Dans le football et le basket-ball également, les organisations, les clubs, les dirigeants et les entraîneurs sont régulièrement confrontés à des situations où certaines personnes sont tout simplement « trop stupides » et ressentent un besoin profond d’afficher leurs « racines néandertaliennes ».

Dans le jiu-jitsu brésilien, il existe également un autre phénomène qui nous oblige, en tant que responsables d’équipe, à mener un travail de prévention. Au cours des derniers mois, des entraîneurs et des dirigeants de BJJ de renommée internationale ont été démis de leurs fonctions pour abus sexuels sur mineurs et font désormais face à des poursuites judiciaires.

Alors que j’étais dans les vestiaires à Berlin, l’un des participants au séminaire m’a demandé : « Franco, tu portes-tu une coquille au BJJ ? ». Ma réponse a été : « Oui, toujours, dès lors que je sais qu’il y a des femmes, des filles, des garçons ou des adolescents présents ! ». « Ah, je vois ! », fut la réponse.

Si vous me permettez de parler franchement, j’ai parfois l’impression que le sport a une influence négative sur l’intelligence des hommes et, comme dirait le détective Poirot, qu’il bloque complètement, voire éteint, leur matière grise.

Chaque fois que je regarde un match de foot, je dois me forcer à ne pas vomir sur-le-champ. Les émotions des supporters se transforment en agressivité totale, comme si un but était bien plus qu’un simple ballon dans les filets. Après une longue période, un événement international de kickboxing en Suisse a enfin refait la une des journaux, mais pas parce que l’événement était si spectaculaire, mais parce que les supporters ont déclenché une bagarre générale avant même que le combat ne commence sur le ring.

Nous, les êtres humains, avons encore un long chemin à parcourir, tant dans de nombreuses situations de la vie que dans la manière dont nous voulons partager nos vies les uns avec les autres. Cependant, j’ai foi en la prochaine génération. Non seulement elle pratiquera mieux le BJJ, mais elle sera également capable d’abattre toutes les barrières grâce à lui. Elle utilisera le jiu-jitsu pour créer un monde meilleur, plus sûr et, surtout, plus ouvert.

– Franco Vacirca

Le coup de poing explosif du Muay Lert Rit.

Les adeptes des anciens arts martiaux tels que le pankration et le pugilatum, les experts en arts martiaux médiévaux européens, les artistes martiaux chinois et les guerriers thaïlandais connaissaient tous l'efficacité du coup direct vertical dans le combat réel. Même les boxeurs à mains nues du XVIIIe siècle et ceux qui utilisaient des gants de boxe au XIXe et au début du XXe siècle en Europe et en Amérique, qui ont fait de la boxe une science, avaient l'habitude de lancer des coups directs en position « pouce vers le haut ». Cette façon de frapper contraste avec la position paume vers le bas, courante dans de nombreux arts martiaux et dans la boxe moderne.

En Thaïlande, selon le maître Chaisawat, la position standard de la main pour frapper avec un direct est le pouce vers le haut. La motivation initiale était qu’un guerrier armé d’une épée (le Daab thaïlandais, dans ce cas) pouvait être contraint de porter des coups dans une situation de combat à courte distance. Il est clair que pour ce faire, il devait garder sa main fermée en position verticale, car la tourner n’était pas une option tant que l’épée était dans sa main. Les techniques sans armes ont suivi la biomécanique du combat armé : ainsi, le coup direct à la tête était essentiellement exécuté avec le poing vertical. De plus, le style du nord-est de la Thaïlande, le Muay Korat, a fait de cette manière de lancer des coups directs une véritable caractéristique typique de ce système, redoutée par les pratiquants des autres styles régionaux.

La question est la suivante : pourquoi cette position spécifique de la main pour les coups directs n'est-elle plus pratiquée aujourd'hui, alors que des milliers de combattants expérimentés à travers le monde l'ont utilisée pendant des siècles ?

La réponse se trouve dans les paroles du grand boxeur Jack Dempsey, qui a étudié l'utilisation des poings au combat réel comme peu de ses collègues champions l'ont fait.

Dans son manuel de 1950 sur le combat au poing (c'est-à-dire la douce science de l'autodéfense et non la boxe sportive) intitulé Championship Fighting : coups explosifs et défense agressive, il a clairement établi qu'un concept fondamental de l'attaque est le principe des lignes de force. Dans les coups droits, la ligne

de force (ou Power Line) est une ligne imaginaire qui s’étend du corps vers l’épaule et le coude, et sort verticalement par les trois jointures inférieures du poing. Étant donné que cette position est anatomiquement solide et sûre pour l’attaquant, c’est la manière la plus pure et la plus puissante de frapper avec des coups droits. Selon Dempsey, les bases des véritables techniques de poing ne sont pas enseignées aux débutants et, de plus, le concept extrêmement important de la ligne de force a été oublié.

Essayons d'analyser ce concept plus en profondeur.

Lorsqu'on frappe à mains nues, il est préférable d'utiliser une surface longue et plate pour répartir la force de l'impact sur une plus grande partie du poing. Cela signifie qu'il est correct de frapper avec les trois articulations de l'auriculaire, de l'annulaire et du majeur. L'articulation de l'annulaire sert de viseur pour viser la cible. Notre anatomie détermine l'efficacité du poing en position « pouce vers le haut » : en effet, si vous tenez le bras tendu avec le poing en position verticale, vous remarquerez qu'une ligne droite va de l'épaule aux trois articulations inférieures. Ce n'est pas le cas pour les deux premières phalanges. Par conséquent, étant donné que frapper avec la partie inférieure du poing permet d'obtenir une ligne droite de la main au coude, et donc jusqu'à l'épaule, le poing vertical est anatomiquement plus résistant que le coup avec la paume tournée vers le bas. Cette forme de poing, fondée sur une biomécanique correcte, offre la ligne la plus solide pour absorber l'énergie cinétique du coup. Lorsque vous exercez votre énergie sur un objet (la cible), vous obtenez la même quantité d'énergie en retour. C'est la troisième loi de la physique de Newton : à chaque action correspond une réaction égale et opposée. Par conséquent, plus vous frappez fort, plus vous devez être prêt à supporter une énergie de retour importante. Avec les poings verticaux, c'est tout le bras, et pas seulement une partie, qui absorbe l'énergie du coup renvoyée vers la main qui frappe.

La façon la plus simple de « le tester » (comme l'affirme Dempsey) est de tendre le bras de manière rigide vers un mur en appuyant le poing tenu verticalement à hauteur du menton. Appuyez votre poids corporel et laissez votre bras supporter toute votre masse. Vous remarquerez que les trois jointures inférieures offrent un soutien solide et naturel à votre poids. Vous sentirez une forte ligne d'énergie allant de votre corps vers votre épaule, votre coude, votre poignet et les trois jointures inférieures. En faisant cela, vous ressentirez la véritable ligne de force des coups directs verticaux. C'est le fameux « impact sur trois articulations » que Jack Dempsey considérait comme la meilleure application d'une ligne de force pure. Un coup de poing direct vertical a de nombreuses applications possibles, en fonction de la distance qui vous sépare de votre adversaire. Les applications les plus évidentes sont à longue portée, mais même à courte portée, il peut s'agir d'une arme redoutable.

• Applications à longue portée.

• Pour plus d'informations sur le poing du Lert Rit. Guide officiel de l'IMBA Lert Rit : http://www.muaythai.it/imba-lert-rit/?lang=es#guide

• Pour plus d'informations sur le Muay Boran IMBA : • Site web officiel de l'IMBA : www.muaythai.it

• Europe : Dani Warnicki (IMBA Finlande) dani.warnicki@imbafinland.com

• Amérique du Sud : Juan Carlos Duran (IMBA Colombie) imbacolombia@gmail.com

• Océanie : Maria Quaglia (IMBA Australie) imbaaust@gmail.com

• Secrétariat général : Marika Vallone (IMBA Italie) imbageneralsecretary@gmail.com

La plupart du temps, il faut utiliser un coup de poing vertical pour attaquer l'adversaire à distance, pendant les phases de ce qu'on appelle l'out-fighting. Un pas en avant explosif et un direct vertical bien placé sont tout ce dont vous avez besoin pour mettre votre adversaire K.O. C'est ce que Jack Dempsey appelait un coup explosif : avancez d'un pas comme si vous tombiez et lancez un coup le long de la ligne de force, en pensant à utiliser la jointure de l'annulaire comme viseur. Dans le Muay Lert Rit, le type d'énergie exprimé par la puissante combinaison d'un pas en avant et d'un coup direct simultané est appelé « la flèche

empoisonnée ». En effet, le coup lancé avec cette puissance explosive est comparable à une flèche tirée par un grand arc qui, si elle touche des cibles sensibles, cause des dommages irréparables. En effet, s’il atteint avec précision le menton, la mâchoire, l’orbite ou le nez de l’adversaire, celui-ci risque fort de s’effondrer et de rester à terre. À longue distance, vous pouvez également appliquer le pas et le poing vertical contre les coups de pied (comme dans la technique du Combat Muay Boran appelée « le corbeau picore l'œuf »). Lorsque l'adversaire commence à faire pivoter ses hanches pour lancer sa jambe en mouvement

circulaire, ne perdez pas de temps et faites un pas rapide en avant en explosant avec un puissant coup de poing direct vertical, en visant à briser la cible (le visage, la gorge ou le côté de la tête). Un coup de grâce rapide est souvent le résultat spectaculaire de cette action.

• Applications à courte distance.

Dans certains cas, vous êtes contraint de frapper à courte distance de la cible. C'est le cas dans les situations où vous ne souhaitez pas vous battre avec votre adversaire et préférez l'attraper et le frapper. Même à courte distance, un coup de poing direct vertical peut être la meilleure option pour mettre rapidement votre adversaire K.O. En effet, le coup de poing vertical permet également une plus grande puissance à courte distance de la cible. Cela est principalement dû à la position anatomiquement correcte de l'épaule. En effet, lorsque le bras est tendu devant vous et que le poing est en position « pouce vers le haut », l'épaule est naturellement connectée au corps et bloquée dans une position qui relie fortement la masse corporelle au bras. C'est une garantie de transfert d'énergie optimal et de sécurité pour l'attaquant au moment de l'impact.

La self-défense est bien plus qu'une simple défense physique

Le self-défense, souvent appelé « self defense », va bien au-delà de l'apprentissage de techniques visant à repousser physiquement des agressions. Il s'agit d'un concept global qui englobe la condition physique, la force mentale, la conscience, la prévention et les connaissances juridiques. Dans un monde où le sentiment de sécurité et l'autodétermination prennent de plus en plus d'importance, l'autodéfense joue un rôle fondamental, en particulier pour les personnes qui prennent au sérieux leur responsabilité personnelle et souhaitent apprendre à se protéger dans des situations critiques.

1. L'importance de l'autodéfense

L'autodéfense consiste à se protéger contre des dommages physiques ou psychologiques. Il ne s'agit pas de répondre à la violence par la violence, mais plutôt de reconnaître les dangers, de les éviter et, si nécessaire, d'y réagir efficacement. Toute personne a le droit à l'autoprotection.

L'autodéfense ne sert donc pas à l'agression, mais à la désescalade et à la sécurité. Elle renforce la confiance en sa propre capacité d'agir et peut contribuer de manière décisive à éviter le rôle de victime. C'est précisément dans les situations délicates que la force mentale détermine la prise de bonnes décisions et l'action appropriée.

2. La prévention comme première ligne de défense

La forme la plus efficace d'autodéfense consiste à ne pas se retrouver dans une situation dangereuse. La prévention commence par la vigilance. Les personnes qui perçoivent activement leur environnement, reconnaissent les risques potentiels et évitent à temps certains lieux ou situations réduisent considérablement leur exposition au danger.

La conscience de la sécurité s'acquiert par l'entraînement :

•Observation de l'environnement : une personne attentive remarque les changements, les comportements inhabituels ou les sources potentielles de danger.

•Langage corporel et présence : une posture droite et assurée transmet force et vigilance, et peut dissuader d'éventuels agresseurs.

•Faire confiance à son instinct : l'intuition est un puissant système d'alerte. Si une situation « ne semble pas normale », il vaut mieux l'éviter.

•Échange d'informations : en ville ou en voyage, il est utile de s'informer sur la situation sécuritaire locale, les conditions d'éclairage et les lieux où se rendre en cas de besoin.

Tout cela montre que l'autodéfense commence déjà dans l'esprit, bien avant qu'une attaque ne se produise.

3. Aspects physiques de l'autodéfense

Outre la prévention, l'entraînement physique constitue le cœur de l'autodéfense classique. L'objectif est d'apprendre des techniques simples et efficaces pouvant être appliquées dans des situations de stress, indépendamment du sexe, de la taille ou de la condition physique.

Les éléments typiques sont les coups de poing, les coups de pied, les dégagements de clés et l'exploitation sélective des points faibles de l'adversaire. Disciplines et concepts d'entraînement importants :

•Krav Maga : un système israélien moderne, connu pour son efficacité et ses scénarios réalistes. Il entraîne la réaction, la détermination et la capacité d'adaptation.

•Wing Chun : un art martial chinois basé sur l'efficacité, la rapidité et l'économie de mouvement. Idéal pour les personnes ayant une capacité physique réduite.

•Jiu-Jitsu ou Brazilian Jiu-Jitsu : ici, l'accent est mis sur le combat au sol et les techniques de clés pour contrôler l'agresseur ou le neutraliser.

•Boxe et kickboxing : ils améliorent la condition physique, la coordination et la puissance de frappe, des éléments importants pour des réactions rapides et précises.

L'objectif de l'entraînement n'est pas de devenir un combattant, mais d'être capable de se défendre en cas d'urgence. Une pratique régulière renforce également la condition physique, les réflexes, l'équilibre et l'endurance.

4. Force psychologique et émotionnelle

L'autodéfense commence dans l'esprit. Celui qui garde son calme dans une situation de stress a plus de chances d'agir avec bon sens. La peur est un compagnon naturel dans les situations de danger, mais elle peut paralyser ou provoquer des réactions irréfléchies.

C'est pourquoi les programmes d'entraînement intègrent de plus en plus de composantes psychologiques : gestion du stress, préparation mentale et dépassement de la peur. Grâce à la répétition de scénarios réalistes, le cerveau est conditionné à reconnaître plus rapidement les situations de danger et à optimiser les réactions instinctives.

Un autre aspect important est l'assertivité : établir des limites claires. Une voix ferme, un « Non ! » décidé ou une posture corporelle assurée peuvent prévenir de nombreuses agressions. Les personnes qui savent s'imposer verbalement et non verbalement dégagent une autorité naturelle qui dissuade souvent les agresseurs.

5. L'autodéfense pour différents publics cibles

Femmes : Statistiquement, les femmes se sentent plus souvent menacées par des agressions physiques. C'est pourquoi de nombreuses écoles proposent des cours de self-défense spécialement destinés aux femmes. Ceux-ci se concentrent sur des situations réalistes, telles que les agressions dans les lieux publics ou le harcèlement. L'accent est mis sur les techniques de libération, l'utilisation de sa propre voix et la force mentale.

Enfants et adolescents :

Pour les jeunes, la prévention est primordiale : reconnaître les dangers, savoir dire « Non ! » et savoir comment demander de l'aide. L'autodéfense leur apprend à écouter leur instinct et à respecter les limites. En même temps, elle renforce l'estime de soi et réduit le risque de harcèlement.

Personnes âgées :

Les personnes âgées peuvent également tirer profit de l'autodéfense. Dans ce cas, il ne s'agit pas tant de techniques physiques que de pleine conscience, d'équilibre corporel et de séquences de mouvements simples pouvant être exécutées en situation de stress.

6. Fondements juridiques de l'autodéfense

Cela signifie que quiconque se défend ou défend autrui face à une attaque en cours et illégale agit de manière légitime, même si l'agresseur est blessé.

Toutefois, le principe de proportionnalité s'applique : la défense ne doit pas dépasser ce qui est strictement néces-

saire. L'objectif est de mettre fin à l'attaque, pas de se venger. C'est pourquoi il est important d'entraîner les techniques d'autodéfense de manière à ce qu'elles puissent être appliquées efficacement, mais de façon contrôlée.

7. L'autodéfense comme développement personnel

Celui qui pratique l'autodéfense change également son attitude face à la vie. On apprend à assumer des responsabilités, à fixer des limites, à accepter les conséquences et à gérer le stress. Cette confiance en soi a souvent un effet positif sur d'autres domaines de la vie : au travail, dans les relations ou au quotidien.

Beaucoup de personnes affirment que, grâce à un entraînement régulier, elles gagnent en conscience corporelle, en pleine conscience et en paix intérieure. Certains comparent même l'autodéfense à une forme de méditation en mouvement, car elle entraîne la concentration et la sérénité.

8. Évolution moderne et autodéfense numérique

À l’ère de la numérisation, l’autodéfense virtuelle — la protection des données personnelles et de la vie privée — fait désormais partie intégrante de l’autoprotection. La « cyber-autodéfense » englobe les comportements sûrs sur Internet, la protection des informations sensibles et la détection des tentatives de manipulation, par exemple via le phishing ou l’ingénierie sociale. Ce concept élargi montre qu’aujourd’hui, l’autodéfense doit être comprise de manière globale : physique, psychique et numérique.

Conclusion :

L’autodéfense consiste à prendre en main sa propre sécurité : physique, mentale et juridique. Ce n’est pas une expression de violence, mais de respect de soi et de confiance en soi. Tout le monde peut l’apprendre, indépendamment de son âge, de son genre ou de sa condition physique.

L'objectif n'est pas de devenir invincible, mais de rester prêt, vigilant et capable d'agir. Celui qui se défend protège non seulement son corps, mais aussi sa dignité, sa liberté et sa qualité de vie.

Sociopathy part 1 Sociopathy part 1

Les sociopathes

Le vide de l'âme humaine

Préface : Quand le cœur se tait

Il existe de nombreux dangers auxquels un guerrier doit apprendre à faire face.

Certains sont évidents.

Une épée.

Un poing.

Un ennemi qui se dresse devant toi, à la vue de tous.

Ce ne sont pas les plus dangereux.

Les ennemis les plus dangereux sont ceux qui s’insinuent en silence.

Ceux qui ne t’attaquent pas de l’extérieur, mais surgissent de l’intérieur.

Ceux qui ne blessent pas d’abord la chair, mais rongent l’âme.

Ceux qui laissent le corps debout, le visage souriant, la voix assurée, et pourtant vident le cœur jusqu’à ce qu’un homme ne puisse plus distinguer entre pouvoir et amour, contrôle et vérité, conquête et raison d’être.

L'un de ces ennemis est ce que l'on appelle généralement, dans le langage moderne, la sociopathie.

Je ne parle pas ici simplement comme le ferait un clinicien, et je ne cherche pas non plus à réduire le mystère de l'âme humaine à une étiquette stérile. Il y a une place pour la médecine, une place pour le diagnostic, une place pour la psychologie, et ces disciplines ont leur utilité. Mais le guerrier, le chercheur, l'homme spirituel, doit aller plus loin. Il doit se demander non seulement « Quel est le comportement ? », mais « Quel est l’esprit qui se cache derrière ? ». Non seulement « Qu’est-ce qui ne va pas chez cette personne ? », mais « Qu’est-ce qui est mort en elle ? ». Non seulement « Comment cela fonctionne-t-il ? », mais « En quoi est-elle devenue ? ».

Car la plus grande tragédie de la vie humaine n’est pas simplement de devenir mauvais.

C'est de devenir incapable de ressentir le poids du mal.

C'est bien plus terrifiant.

Un homme peut pécher et rester sauvable, car la conscience brûle encore en lui. Il peut faillir, il peut tomber, il peut blesser les autres, mais s'il est encore capable de pleurer, s'il peut encore ressentir de la honte, s'il peut encore trembler devant la vérité, alors quelque chose de sacré reste vivant en lui. Mais lorsque le cœur s’endurcit à ce point, devient si défensif, s’éloigne tant de la compassion que la douleur d’autrui n’est plus perçue comme réelle, alors nous ne parlons plus simplement de faiblesse. Nous

parlons d’une profonde corruption de l’être humain.

La sociopathie, en ce sens, n’est pas simplement de la tromperie.

Ce n’est pas simplement de la manipulation.

Ce n’est pas simplement de l’égoïsme.

C’est l’intronisation progressive du moi aux dépens de l’âme.

C’est l’état dans lequel la personne ne voit plus les autres comme des êtres sacrés portant l’image de Dieu, mais comme des objets : utiles, jetables, stratégiques, divertissants, rentables ou gênants. C’est la réduction de la relation à l’utilité. C'est la séparation du pouvoir et de l'amour. C'est l'élévation du désir personnel au-dessus de la vérité, au-dessus de la compassion, au-dessus de la révérence, au-dessus de la responsabilité, au-dessus de Dieu luimême.

La personne sociopathe peut sembler forte.

En fait, elle en a souvent l'air.

Elle peut paraître sereine sous pression.

Elle peut paraître intrépide, déterminée, charismatique, voire supérieure.

Elle peut dire ce qu’il faut, imiter les émotions appropriées, projeter de la confiance et dominer la pièce.

Mais il faut regarder au-delà.

Beaucoup confondent l’absence de peur visible avec le courage.

Ce n’est pas le cas.

Beaucoup confondent la froideur émotionnelle avec la maîtrise.

Ce n’est pas le cas.

Beaucoup confondent le charme avec le caractère.

Ce n’est pas le cas.

Beaucoup confondent le calme calculé avec la sagesse.

Ce n’est pas le cas.

Une pierre est calme, elle aussi.

Cela ne la rend pas vivante.

La question n’est pas de savoir si une personne peut donner l’impression d’être forte.

La question est de savoir si sa force est enracinée dans la vérité, la compassion, le respect et la responsabilité, ou si elle n’est que le mécanisme efficace d’une volonté égoïste.

On enseignait aux Hwarang qu’avant de lever l’épée, l’esprit doit s’incliner. Pourquoi ? Parce que le pouvoir sans humilité se transforme en violence. L’habileté sans conscience se transforme en prédation. L’intelligence sans amour se transforme en corruption. Et la discipline sans Dieu se transforme en adoration de soi. Le danger de la sociopathie est précisément celui-ci : un être humain peut devenir hautement fonctionnel dans le monde tout en se

déformant spirituellement de l’intérieur. Il peut gagner en influence tout en perdant son âme. Il peut apprendre à lire dans les pensées des gens, mais pas à les aimer. Il peut maîtriser la stratégie, mais jamais se maîtriser luimême.

C’est pourquoi la sociopathie doit être comprise non seulement comme un trouble social, mais aussi comme un avertissement spirituel.

Elle soulève une question terrifiante :

Que se passe-t-il lorsqu’un être humain se détache de la signification morale de la souffrance d’autrui ?

Que se passe-t-il lorsque les larmes des autres ne vous émeuvent plus ?

Lorsque la culpabilité devient une nuisance plutôt qu’une conviction ?

Lorsque la vérité devient négociable ?

Lorsque les mensonges deviennent des outils ?

Lorsque les relations deviennent des transactions ?

Quand même la gentillesse devient une mise en scène ?

Quand on cesse de se demander « Est-ce bien ? » et qu’on commence à se demander uniquement « Puis-je m’en tirer ? »

C’est cela, la descente.

Et soyons honnêtes : cette descente ne commence pas avec les monstres.

Elle commence avec les gens ordinaires.

Elle commence par de petits compromis.

Elle commence par l’ego.

Elle commence par les blessures qui ne guérissent pas.

Elle commence par l’orgueil, la peur, le sentiment d’avoir des droits, le ressentiment et le refus de rendre des comptes.

Elle commence quand nous choisissons le contrôle plutôt que la vulnérabilité, l’image plutôt que la vérité, l’avantage plutôt que la conscience.

Elle commence quand le cœur se tait.

La tragédie, c’est que la société moderne récompense souvent les premières formes de cette corruption. Nous admirons l’ambition impitoyable. Nous célébrons la domination et l’appelons leadership. Nous glorifions l’intérêt personnel et l’appelons confiance. Nous formons les gens à soigner les apparences, à manipuler les perceptions et à exploiter les relations pour en tirer profit. Nous confondons l’indifférence avec la maturité. Nous confondons la distance émotionnelle avec la maturité. Nous confondons l’intimidation avec le respect. Nous confondons l'instinct de conservation avec

la sagesse. Et ensuite, nous nous demandons pourquoi tant d'âmes meurent de faim alors que tant d'egos s'épanouissent.

Comprenez cela, comprenez-le vraiment.

L'être humain n'a pas été créé simplement pour survivre.

Il n'a pas été créé simplement pour gagner.

Il n'a pas été créé simplement pour consommer, acquérir, impressionner, séduire, dominer ou endurer.

Il a été créé pour aimer.

Pour servir.

Pour connaître la vérité.

Pour marcher avec humilité devant Dieu.

Pour protéger le sacré.

Pour assumer la responsabilité.

Pour devenir un canal par lequel la bonté, la justice, la miséricorde et le courage puissent se déverser dans le monde.

Lorsque cette orientation sacrée est perdue, l’âme ne reste pas neutre.

Elle ne se contente pas de faire une pause.

Elle se replie sur elle-même.

Elle commence à se nourrir d’elle-même.

Et ce qui reste peut encore ressembler à un homme, mais pas à un homme complet.

Cet article n’est pas écrit pour condamner à distance, ni pour nous placer au-dessus de ceux que nous examinons. Il a été écrit parce que tout chercheur sérieux doit faire face à la possibilité que les germes de cette corruption existent, dans une certaine mesure, en chacun de nous. Peut-être pas sous leur forme la plus extrême. Peut-être pas dans la manifestation totale qui détruit des vies sans remords. Mais la racine est là chaque fois que nous exploitons la faiblesse, manipulons l’affection, déguisons l’égoïsme en vertu ou nous endurcissons face à la souffrance des autres.

C’est pourquoi cet article ne concerne pas simplement « eux ».

Il nous concerne.

Ce que deviennent les êtres humains lorsqu’ils abandonnent la vérité.

Quand on intronise l’orgueil.

Quand on idolâtre les blessures.

Quand on élude la responsabilité.

Quand Dieu est remplacé par le moi.

Et pourtant, je n’écris pas sans espoir.

Tant qu’il reste un souffle, la rédemption reste possible. Tant qu’un homme peut encore entendre la vérité, ressentir la conviction, s’agenouiller, se repentir, s’abandon-

ner, l’histoire n’est pas terminée. Le cœur peut être enfoui, mais il n’est pas condamné à rester mort. L’âme peut être endurcie, mais elle n’est pas condamnée à rester inaccessible. Ce qui a été déformé peut, par la grâce, être mis en lumière.

Mais seulement si l’on est prêt à affronter la vérité.

Et c’est là que commence toute véritable guérison.

Pas avec des excuses.

Pas avec la gestion de l’image.

Pas avec la culpabilité.

Pas avec la supériorité.

Mais avec la vérité terrible, purificatrice et libératrice. Commençons par là.

Partie I : Au-delà de l’étiquette : ce que révèle réellement la sociopathie

Les mots sont dangereux.

Quand on les utilise sans précaution, ils cachent plus qu’ils ne révèlent.

Quand on les utilise de manière superficielle, ils nous donnent l’illusion de comprendre sans le fardeau de la véritable perspicacité.

« Sociopathie » est l’un de ces mots.

Les gens l’utilisent aujourd’hui avec une totale désinvolture. Un amant égoïste est qualifié de sociopathe. Un patron sévère est qualifié de sociopathe. Un menteur, un manipulateur, un ami égoïste, un ex sans cœur, un politicien cruel : on leur colle tous une étiquette, comme si nommer le comportement revenait à comprendre l’âme qui se cache derrière.

Mais le guerrier ne doit jamais se contenter d’une appellation superficielle.

Il doit rechercher l’essence.

Il doit se demander : quelle en est la racine ?

Les signes extérieurs peuvent varier. Une personne ment de manière compulsive. Une autre manipule l’affection. Une autre abuse de la confiance. Une autre n’éprouve aucun remords. Une autre tire du plaisir du contrôle. Une autre peut blesser les gens à maintes reprises et pourtant dormir paisiblement. Une autre utilise l'intimité comme une arme. Une autre parle le langage de l'amour tout en vivant selon la loi de l'appétit. Une autre peut imiter la compassion si bien que même les sages se laissent tromper.

Ce sont là des symptômes.

Mais quelle est l'essence ?

L'essence est la suivante : une rupture profonde entre le moi et la réalité morale des autres.

La disposition sociopathique ne se limite pas à enfreindre les règles.

Elle rompt le lien avec la conscience.

Elle rompt le respect de la dignité humaine.

Elle rompt la barrière sacrée qui dit : « Cette autre personne n’est pas ta propriété que tu peux utiliser à ta guise. »

C’est pourquoi la sociopathie ne peut être comprise simplement comme un problème de comportement. C’est un trouble des relations — non seulement avec la société, mais avec la vérité, avec l’empathie, avec la responsabilité morale et, en dernier ressort, avec Dieu. L’âme sociopathe, dans un sens profond, a cessé de percevoir les autres comme des êtres sacrés. Elle peut les étudier. Elle peut les captiver. Elle peut anticiper leurs réactions. Elle peut même en avoir besoin. Mais elle ne les honore pas.

C’est là toute la différence.

Certaines personnes pensent que l’empathie est synonyme de mollesse émotionnelle. Non. L’empathie est une reconnaissance morale. C’est la capacité de ressentir, d’une manière authentique, que la joie et la douleur d’une autre personne sont réelles. Que sa souffrance compte. Que son humanité n’est pas secondaire par rapport à votre désir.

Sans cela, l’intelligence devient prédatrice.

Le charme devient un appât.

La force devient de l’intimidation.

L’amour devient du théâtre.

Et la relation devient une chasse.

C’est pourquoi la sociopathie est si effrayante. Elle n’est pas toujours explosive. En fait, elle est souvent sereine. Elle n’est pas toujours violente. Souvent très contrôlée. Pas toujours visiblement cruelle. Souvent raffinée, stratégique, séduisante et socialement habile.

L'esprit immature s'attend à ce que le mal ait un aspect hideux.

Ce n'est souvent pas le cas.

Parfois, le mal est éloquent.

Parfois, il est séduisant.

Parfois, il réussit.

Parfois, il est discipliné.

Parfois, il revêt la confiance comme un manteau royal.

Parfois, il parle avec certitude, sourit sans chaleur et observe vos blessures comme un stratège étudie une carte.

Ne soyez pas naïf.

Ce n’est pas tout le monde qui comprend les émotions qui les ressent correctement.

Ce n’est pas tout le monde qui dit « je t’aime » qui sait ce qu’est l’amour.

Ce n’est pas tout le monde qui pleure qui est sincère.

Ce n’est pas tout le monde qui est calme qui est en paix.

Ce n’est pas tout le monde qui est fort qui est bon.

Le monde apprend aux gens à admirer les apparences. Dieu regarde le cœur.

Les Écritures nous le disent clairement :

« L’homme regarde à l’apparence extérieure, mais le Seigneur regarde au cœur. »

1 Samuel 16:7

Et c’est précisément dans le cœur que réside le nœud du problème.

Car la personne sociopathe devient souvent très habile dans la gestion extérieure parce qu’elle manque de substance intérieure. Lorsque la conscience authentique est faible, l’apparence devient primordiale. Si l’on ne peut pas être bon, on peut toujours en avoir l’air. Si l’on ne peut pas aimer, on peut toujours l’imiter. Si l’on ne peut pas créer de lien, on peut toujours contrôler. Si l’on ne peut pas ressentir de remords, on peut toujours apprendre à quoi le remords est censé ressembler.

C’est pourquoi ces personnes peuvent tant dérouter les autres. Leurs paroles et leurs actes ne concordent pas longtemps, mais leur jeu peut être suffisamment convaincant pour retarder la prise de conscience. Et comme beaucoup de gens aspirent à croire au meilleur, ils excusent ce qui aurait dû être clairement visible. Ils confondent l’incohérence avec la complexité. Ils confondent la manipulation avec la douleur. Ils confondent le danger avec le simple fait d’être blessé. Comprenez-moi bien : la douleur est réelle. Le traumatisme est réel. La rupture est réelle. Les gens portent en eux de terribles blessures issues de l’enfance, de l’abandon, de l’humiliation, de la trahison et de la peur. De nombreux comportements destructeurs découlent de la douleur. Mais la douleur, aussi profonde soit-elle, ne justifie pas la cruauté. Les blessures expliquent beaucoup de choses, mais elles n’excusent pas le fait d’a-

buser des autres de manière répétée sans aucun remords.

C’est là qu’intervient la responsabilité morale.

Une personne blessée peut s’en prendre à quelqu’un et le regretter ensuite.

Une personne blessée peut commettre une erreur et s’en repentir ensuite.

Une personne blessée peut faire du mal et chercher ensuite la vérité.

Mais lorsqu’une personne viole, trompe, exploite, humilie et manipule de manière répétée — puis rationalise, minimise, nie ou même prend plaisir à le faire —, nous ne sommes plus face à une simple douleur. Nous sommes face à une personne qui a commencé à faire de la distorsion morale son refuge.

C’est pourquoi le sujet est si grave.

La sociopathie n’est pas simplement « être blessé ».

C’est la blessure transformée en arme.

C’est l’autoprotection transformée en domination.

C’est une volonté tellement engagée dans sa propre préservation, sa gratification et son contrôle qu’elle traite la vie des autres comme des dommages collatéraux.

Et comment cela se produit-il ?

Pas d’un seul coup.

L’âme ne se vide pas en un seul instant.

Elle se vide par la répétition.

Par la concession.

Par le péché non confessé.

Par les mensonges répétés.

Par la culpabilité ignorée.

Par les appétits satisfaits.

Par la conscience ignorée encore et encore jusqu’à ce que sa voix s’affaiblisse.

Au début, la personne le sait.

Puis, la personne se trouve des justifications.

Puis, la personne s’adapte.

Puis, la personne s’identifie à la distorsion.

Et enfin, la personne ne se demande plus si quelque chose est mal, mais seulement si c’est efficace.

Telle est la progression.

En ce sens, la sociopathie révèle quelque chose de terrible mais d’important sur la condition humaine : une personne peut devenir hautement fonctionnelle tout en se déformant moralement. La société récompense souvent les résultats, et non la pureté du cœur. Elle récompense l’image, la performance, le charisme, les résultats, la persuasion, l’ambition, l’influence. Une personne peut prospérer extérieurement tout en mourant intérieurement. Elle peut être admirée publiquement tout en pourrissant spirituellement. Elle peut gagner le monde et perdre son âme, exactement comme l’a averti le Christ.

« Que servirait-il à l’homme de gagner le monde entier, s’il perdait son âme ? »

Matthieu 16:26

Le modèle sociopathe est une réponse à cette question. C’est ce qui se produit lorsque le profit devient un dieu.

Lorsque le moi devient souverain.

Quand la conscience devient un obstacle.

Quand la vérité est subordonnée à l’appétit.

Approfondissons encore davantage.

La personne sociopathe n’est pas seulement dépourvue d’amour. Souvent, elle le craint. L’amour authentique exige de la vulnérabilité, de la réciprocité, du respect et du don de soi. Il exige de reconnaître que l’autre n’est pas un pion dans votre histoire, mais une vie sacrée confiée à vos soins. Cela terrifie l’âme déséquilibrée, car l’amour ne se contrôle pas comme on contrôle une performance. Le véritable amour met à nu. Il exige de rendre des comptes. Il exige la vérité. Il menace le faux moi.

C’est pourquoi l’âme sociopathe remplace souvent l’intimité par la domination.

Dominer est plus sûr qu’aimer.

Manipuler est plus sûr que faire confiance.

Séduire est plus sûr que de se laisser connaître.

Contrôler est plus sûr que de s’abandonner.

Utiliser est plus sûr que d’apprécier.

C’est pourquoi ces personnes peuvent paraître puissantes tout en restant profondément atrophiées. Elles peuvent conquérir des situations, mais pas elles-mêmes. Elles peuvent déceler la faiblesse, mais pas honorer la force. Elles peuvent pénétrer dans des pièces, des relations et des institutions avec une précision stratégique, tout en restant spirituellement infantiles, incapables de s’agenouiller, incapables de se repentir, incapables d’aimer sans consumer.

Ce n’est pas de la grandeur.

C’est une difformité déguisée en force.

Les Hwarang comprenaient que la véritable force doit être enracinée dans le respect, la modération, la loyauté et la détermination morale. Un guerrier incapable de maîtriser son propre ego n’est pas apte à maîtriser son pouvoir. On ne peut confier l’épée à un homme qui ne sait pas s’incliner. Et un être humain incapable de ressentir le caractère sacré d’une autre vie devient dangereux, aussi raffiné, discipliné ou doué qu’il puisse paraître.

Alors, qu’est-ce que la sociopathie ?

C'est la possibilité effrayante qu'une âme humaine se replie tellement sur elle-même qu'elle utilise les dons de l'intelligence, de la perception, du langage, de la sexualité, de la stratégie et du pouvoir non pas pour la communion, mais pour l'exploitation. Non pas pour la protection, mais pour l'auto-glorification. Non pas pour la vérité, mais pour

la manipulation. Non pas pour Dieu, mais pour le trône du moi.

Et si nous sommes sages, nous ne nous contenterons pas de demander : « Qui, autour de moi, est ainsi ? ».

Nous nous poserons la question la plus difficile :

Où, en moi, ces tendances prennent-elles naissance ?

Car la guérison commence là où l'illusion prend fin.

Partie II : La naissance du moi vide

Aucun enfant ne naît en disant : « Je veux devenir un destructeur de confiance ».

Aucun bébé ne repose dans son berceau en complotant la manipulation.

Aucun petit garçon ne dit : « Un jour, je ne ressentirai rien quand les autres s’effondreront ».

Aucune petite fille ne dit : « Un jour, je transformerai l’affection en stratégie ».

La corruption vient après.

Ce qui signifie que nous devons nous poser une question douloureuse mais nécessaire :

Comment naît le moi vide ?

Pour y répondre, nous devons commencer là où commence toute vérité sérieuse : par la fracture de l’innocence.

Les êtres humains naissent vulnérables. Dépendants. Réceptifs. Ouverts. Toute force qui émerge plus tard trouve son origine dans la faiblesse. Nous arrivons au monde en ayant besoin de contact, d’amour, de soins, d’harmonie, d’orientation et de protection. Nous nous découvrons nous-mêmes à travers les relations. Nous découvrons la réalité à travers la confiance. Nous comprenons la sécurité à travers le visage et la présence d’une autre personne.

Lorsque ce fondement sacré est violé, déformé, négligé ou utilisé comme une arme, quelque chose de profond peut aller de travers dans l’architecture de l’âme.

Un enfant qui est constamment aimé apprend que les relations sont sûres.

Un enfant qui est guidé apprend qu’on peut faire confiance à la vérité.

Un enfant corrigé avec amour apprend que les limites ne sont pas un rejet.

Un enfant qui est vu apprend que son monde intérieur compte.

Mais un enfant qui est utilisé, rejeté, terrorisé, humilié, manipulé ou abandonné émotionnellement peut apprendre un tout autre message.

Il peut apprendre que la vulnérabilité est dangereuse.

Que la dépendance est une humiliation.

Que la tendresse invite à la douleur.

Que la vérité ne protège pas.

Que l’amour est instable.

Que les gens ne sont pas fiables.

Que le contrôle est une question de survie.

Et une fois que cette leçon s’est suffisamment ancrée, l’âme commence à se réorganiser autour de la défense.

C’est là que commence le vide.

Maintenant, soyons clairs. Tous ceux qui souffrent ne deviennent pas des sociopathes. Beaucoup de ceux qui endurent des blessures terribles deviennent compatissants précisément parce qu’ils connaissent la douleur. Beaucoup d’âmes brisées deviennent miséricordieuses. Beaucoup de personnes trahies deviennent honnêtes. Beaucoup d’enfants abandonnés deviennent des adultes profondément aimants. La souffrance ne détermine pas le destin.

Mais la souffrance non guérie peut déformer le destin.

Surtout lorsque la douleur n’est pas affrontée avec vérité et amour, mais avec orgueil, ressentiment, un sentiment de droit et une soif de contrôle. Alors, la blessure n’est plus simplement quelque chose que l’on supporte. Elle devient quelque chose à laquelle on obéit. Elle devient une identité. Elle devient une méthode. Elle devient une permission.

L'enfant blessé dit : « Je ne veux plus jamais me sentir impuissant. »

C'est compréhensible.

L'adulte corrompu dit alors : « Par conséquent, je vais m'assurer que les autres se sentent impuissants avant qu'ils ne puissent me faire du mal. »

C'est là que commence la tragédie.

Au lieu de devenir humble à travers la souffrance, la personne s’en renforce. Au lieu de laisser la douleur ouvrir son cœur, la douleur le durcit jusqu’à en faire une armure. Et comme l’armure fonctionne — du moins en apparence —, elle est confondue avec la force.

Mais l’armure n’est pas la peau.

Et la défense n’est pas la vie.

Le moi vide naît lorsque la protection devient la loi suprême. Lorsque la personne cesse de se demander : « Qu’est-ce qui est vrai ? », et se demande seulement : « Qu’est-ce qui m’empêche d’être blessé, d’être exposé, d’être humilié ou d’être vulnérable ? ». Une fois que cela devient le principe directeur, toutes les facultés du moi commencent à s’y plier.

La vérité devient négociable.

L’affection devient stratégique.

La moralité devient situationnelle.

Les autres deviennent des instruments.

La conscience devient une interférence.

Le cœur ne disparaît pas d’un coup.

Il s’enfouit.

Couche après couche.

Enfoui sous la peur.

Enfoui sous la rage.

Enfoui sous l’humiliation.

Enfoui sous l’ambition.

Enfoui sous l’autoprotection.

Enfoui sous le besoin de ne plus jamais s’agenouiller.

Et c’est là que l’orgueil fait irruption avec une force dévastatrice.

L’orgueil offre toujours le même poison :

Tu ne seras plus jamais faible.

Tu ne seras plus jamais inférieur à quiconque.

Tu ne seras plus jamais à la merci de l’amour.

Tu n’auras besoin de personne.

Tu deviendras intouchable.

C’est le vieux mensonge édénique sous une forme plus psychologique.

Le serpent a dit : « Tu seras comme Dieu ».

L’orgueil continue de dire la même chose.

Pas nécessairement dans un langage religieux. Parfois dans un langage émotionnel. Parfois dans un langage de survie. Parfois dans un langage thérapeutique. Parfois dans le langage de l’autonomisation.

Mais sous tout cela se cache la même rébellion :

Je définirai moi-même le bien et le mal.

Je ne ferai confiance à aucune autorité au-dessus de moi.

Je deviendrai mon propre protecteur, ma propre loi, mon propre centre, mon propre sauveur.

C’est le début du moi vide.

Il est possible que la personne ait été blessée par d’autres, oui. Mais vient alors le moment fatidique où la blessure se transforme en auto-déification. La personne ne se contente plus de se protéger. Elle s’autoproclame. Et une fois que le moi est intronisé, la relation est subordonnée à l’appétit.

C’est pourquoi la sociopathie s’accompagne souvent d’un air de froide souveraineté. La personne n’est pas simplement impulsive. Souvent, elle se sent au-dessus. Au-dessus de la bienséance. Au-dessus des obligations émotionnelles ordinaires. Au-dessus de la culpabilité. Au-dessus de la tendresse qui régit les personnes honnêtes. Elle peut même mépriser ces capacités chez les autres, considérant l’empathie comme une faiblesse, le remords comme une nuisance et le sacrifice personnel comme une sottise.

Que s’est-il passé ?

La personne a choisi l’invulnérabilité plutôt que l’humanité. Et ce choix — mis en pratique pendant des années — vide l’âme.

Or, voici une autre vérité douloureuse : parfois, les graines sont arrosées non seulement par la douleur, mais aussi par les éloges. Un enfant naturellement doué — beau, intelligent, charismatique, talentueux, manipulateur par instinct — peut vite découvrir que la performance lui ouvre des portes. Que le charme ouvre des portes. Que la perception est un pouvoir. Que l’émotion peut être imitée. Qu’on peut se moquer des adultes. Qu’on peut échapper aux conséquences.

Si le caractère ne se forme pas en même temps que ces dons, le danger se multiplie.

Car alors, l’enfant ne se contente pas de se défendre contre la douleur. Il apprend l’ivresse du contrôle.

Il apprend :

Je peux dire ce qu’ils ont besoin d’entendre.

Je peux devenir ce qu’ils veulent voir.

Je peux feindre la sincérité sans renoncer à quoi que ce soit de réel.

Je peux gagner sans aimer.

Je peux prendre sans que cela ait l’air de prendre.

C’est spirituellement catastrophique.

Car les dons sans formation se transforment en corruption.

Le pouvoir sans respect se transforme en prédation.

La perspicacité sans conscience devient une arme.

C’est pourquoi les Écritures mettent si souvent en garde contre le cœur. Non pas parce que l’émotion est mauvaise, mais parce que le cœur sans contrôle — surtout lorsqu’il se confond avec l’orgueil — devient rusé dans son auto-justification.

« Le cœur est trompeur par-dessus tout, et pervers ; qui le connaîtra ? »

Jérémie 17:9

Cela ne signifie pas que le cœur soit inutile. Cela signifie que le cœur, séparé de la vérité et de Dieu, peut devenir un maître de l’aveuglement. Il peut appeler justice la vengeance. Il peut appeler sagesse le contrôle. Il peut appeler amour la luxure. Il peut appeler paix l’engourdissement émotionnel. Il peut appeler respect de soi l’orgueil. Il peut appeler force la cruauté.

C’est là le danger.

Le moi vide n’est pas toujours consciemment mauvais. Parfois, il est profondément trompé. Il croit à ses propres récits. Il se justifie avec une ferveur presque religieuse. Tous les autres avaient tort. Tous les autres étaient faibles. Tous les autres le méritaient. Tous les autres l’ont mal compris. Tous les autres ont échoué à l’épreuve.

Et comme la personne est déterminée à préserver le faux moi, la vérité devient insupportable. La responsabilité authentique est ressentie comme une anéantissement. Se repentir impliquerait l'effondrement de l'identité construite pour éviter la douleur. Admettre l'erreur impliquerait de redevenir vulnérable. S'agenouiller serait comme mourir.

Ainsi, plutôt que de laisser mourir le faux moi, la personne laisse le vrai moi se flétrir.

C'est là que naît le moi vide.

Pas simplement de la douleur.

Pas simplement de l'orgueil.

Mais de la douleur fusionnée avec l'orgueil en une fausse souveraineté.

C'est pourquoi la guérison, lorsqu'elle est possible, exige toujours le même terrible miracle : la personne doit être

prête à ressentir ce qu'elle a passé toute sa vie à éviter.

La honte.

La douleur.

La dépendance.

La culpabilité.

Le besoin.

La perte.

L’impuissance.

Ce n’est qu’alors que le cœur enfoui peut commencer à refaire surface. Mais avant cela vient la descente la plus profonde. Car une fois que le moi vide est né, il ne reste pas passif. Il commence à agir.

Et c’est là que la sociopathie se manifeste au monde.

« Le moi vide n’est pas toujours consciemment malveillant. Parfois, il se trompe profondément lui-même. Il croit à ses propres récits. Il se justifie avec une ferveur presque religieuse. Tous les autres avaient tort. Tous les autres étaient faibles. Tous les autres le méritaient. Tous les autres l’ont mal interprété. Tous les autres ont échoué à l’épreuve. »

Turn static files into dynamic content formats.

Create a flipbook
Magazine Arts Martiaux Budo International 527 Juin 2026 by Budo International Martial Arts Magazine - Issuu