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Magazine Arts Martiaux Budo International 526 Mai 2026

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Perles du Guerrier Marco Aurelio

« Toutes choses sont intimement liées et leur lien commun est sacré ; presque rien n ’est étranger à l’autre, car toutes sont coordonnées et contribuent à l’ordre d’un même monde. »

Éditorial Éditorial

La « chance » suprême La « chance » suprême

« La corrida, la vie, est le processus au cours duquel la mort nous détrompe quant au rêve de la vie, en s’appuyant sur le principe selon lequel tes désirs sont mes armes »

José María Sánchez Barrio

« Le taureau a toujours été le symbole de la fougue. »

José Ortega y Gasset

Tout ce qui commence finit, telle est la loi. La « non-fin » n’est pas une option, c’est la conséquence du fait qu’il y a eu un commencement. Le commencement et la fin sont des opposés complémentaires ; ainsi, nous pouvons dire « à la fin, comme au commencement, mais en opposé complémentaire ». Si nous célébrons les débuts de la vie, nous portons naturellement le deuil de sa fin. Cependant, nous savons qu’à toute fin succède un nouveau commencement différent. Pour les humains, selon ce que racontent les sages, quitter ce monde est l’antichambre d’une autre existence, sous forme d’énergie. Il y a des cycles dans la vie où nous sommes des taureaux et d’autres où nous sommes des toreros. Les cycles de naissance et de mort échappent à notre contrôle ; comme pour le taureau, avec ses « passes », les moments sont marqués et seules sa résistance, sa force et sa fougue feront la différence. Pour les autres cycles, ceux du milieu, nous pouvons devenir des toreros, à condition de savoir comment parer les charges de la vie et du changement. Dans le langage taurin, le moment où l’on entre pour achever le taureau s’appelle « la suerte suprema » et désigne, si elle est bien exécutée, le triomphe ou l’échec de la faena ; aussi bien qu’elle ait été réalisée, sans une bonne mort, il n’y a ni reconnaissance ni récompense. Dans la vie, savoir finir les choses est tout aussi important, voire plus, que de savoir les commencer. L’élan avec lequel on a naturellement tendance à s’attaquer aux débuts est généralement inné ; le véritable courage, la maîtrise, se manifeste donc dans son contraire ; c’est pourquoi on dit que l’important n’est pas comment on aborde les choses, mais comment on en sort.

Étant des êtres routiniers, il nous est difficile d’exécuter le coup suprême et de l’agrémenter des justes vertus que les grands maîtres utilisent : vérité, détermination, précision, sang-froid, détachement et droiture. Reconnaître qu’une chose est terminée et savoir y mettre un terme empêche la pourriture naturelle qui accompagne la mort, qu’elle soit réelle ou figurée, de contaminer notre chemin. Ainsi, clore les cycles de cette manière, avant qu’ils ne se referment sur vous, c’est devancer le changement, accompagner les transitions en pleine conscience, ravir à la mort son prix, en prenant possession du temps. Carlos Castaneda dit que tout ce que la mort touche a du pouvoir. Car être un acteur passif du changement n’est pas la même chose qu’en être un actif. Celui qui, conscient de la présence obscure, sait mettre fin à un cycle, obtient un trésor, une récompense ; en prenant le destin par la main, il montre le dépassement implicite qui accompagne toute fin inéluctable. Certains toreros disent qu’au moment venu, « le taureau demande la mort », lorsqu’il a déjà donné tout ce qu’il avait en lui.

Vouloir prolonger des processus déjà achevés crée des zombies réels et virtuels, qui nous consument et nous rabaissent. Parfois, ce sont les lieux qui ne font plus partie de notre histoire, d’autres fois les personnes qui ont déjà rempli le rôle qui leur était dévolu dans cette vie à nos côtés, d’autres encore nos créations qui, le moment venu, peuvent se transformer en nos maîtres et nous asservir. Sans liberté, il n’y a pas de libre arbitre, et sans celui-ci, le destin s’empare d’un tout qui n’est rien, car il s’impose sur quelque chose sans pouvoir.

Chaque vague a son déferlement, chaque cycle comporte son déclin naturel ; seule la mort apporte la vie, car pour que quelque chose vive, quelque chose doit mourir, telle est la loi. S’attacher aux formes, aux choses, lorsque la fin frappe à la porte, n’évite pas la douleur du changement, car celle-ci se nourrit de notre aveuglement, celui qui nous empêche de voir tout le bien qu’une fin peut apporter.

Pour savoir vivre, il faut reconnaître la présence de la mort à chaque fin de phase, et avant d’ouvrir la porte pour pénétrer dans une nouvelle pièce, tout laisser bien terminé et rangé là où nous étions, remercier pour tout ce que nous avons reçu et partir léger… l’aventure continue toujours.

Nous, les personnes plus âgées, vivions dans un monde très différent ; nous devions lutter pour acquérir des connaissances qui se faisaient rares, alors qu’aujourd’hui, celles-ci sont distribuées à profusion — et, dans leur abondance, elles brouillent souvent la frontière entre la vérité et le mensonge, sans avoir doté ceux qui les reçoivent des outils et du discernement nécessaires pour naviguer dans ces eaux tumultueuses. La seule façon de remédier à cette situation est de regarder à travers les yeux de ceux qui, plus expérimentés sur cette voie, peuvent éclairer – grâce à la sagesse de leur expérience – cette époque confuse, chaotique et saturée dans laquelle nous vivons.

Depuis de nombreuses années, Sensei David Stainko illumine nos pages avec ses articles sur les diverses perspectives et les thèmes qui composent le monde des arts martiaux, apportant une vision ordonnée et cohérente bien nécessaire à ce sujet en ces temps de bruit et de confusion. Une voix sensée et expérimentée ne pouvait venir que d’un membre de « la vieille garde » qui, ayant traversé les grands bouleversements de ces dernières décennies dans le secteur, a su les surmonter sans perdre le contact avec la réalité, avec le pragmatisme et la perspective de celui qui, après une longue vie, n’a pas perdu la curiosité et l’esprit de ce vieil adage : « Parfois enseignants, toujours élèves ! »

Il n’a jamais cherché à se mettre en avant, offrant son expérience avec la générosité que seuls les grands possèdent ; c’est ainsi qu’il fait aujourd’hui l’objet de cette interview en couverture bien méritée, dans le but de présenter à nos lecteurs le maître à l’origine de tant d’excellents articles approfondis — des articles qui ont sans aucun doute remis les pendules à l’heure, informé, organisé et clarifié bien des choses, en particulier pour nos jeunes lecteurs qui, ignorant le passé, ont souvent tendance à mal juger le présent.

Une figure emblématique de la « vieille garde » des arts martiaux Une figure emblématique de la « vieille garde » des arts martiaux
Interview by Sandra Maljavac Photos: Photo studio Luigi (Opatija,Croatia)

Une figure emblématique de la « vieille garde » des arts martiaux

Une figure emblématique de la « vieille garde » des arts martiaux

David « Sensei » Stainko – Une figure de proue de la vieille école des arts martiaux

Nous vous présentons M. David Stainko, originaire de Croatie, instructeur respecté et expert en arts martiaux de renommée internationale. David « Sensei » Stainko a consacré 53 ans de sa vie à l’apprentissage, à la pratique, à la recherche et, plus tard, à l’enseignement de divers arts martiaux. Au sein de la communauté des arts martiaux, l’instructeur David Stainko est connu comme quelqu’un dont les connaissances se distinguent particulièrement. Découvrez qui est l’instructeur et professeur David « Sensei » Stainko — un maître des arts martiaux, un expert en sciences martiales et l’une des figures de proue de la vieille école des arts martiaux.

B.I : Votre première rencontre avec les arts martiaux a eu lieu en 1972 ?

David « Sensei » Stainko : Oui, c’est exact. Cette année-là, j’ai reçu un petit livre fascinant intitulé Karate Made Easy, écrit par Moy Rone, en anglais. J’ai commencé à le feuilleter, à regarder les images et à essayer d’imiter les exercices du mieux que je pouvais les comprendre. Mais cela ne me suffisait pas, alors en octobre, je me suis inscrit au Budokai Karate Club de Rijeka. J’ai reçu ma carte de membre du club au début de l’année 1973, et c’est là que mon « parcours » dans le monde des arts martiaux a officiellement commencé.

B.I : Parlez-nous un peu du style de karaté Budokai — on en sait relativement peu à son sujet.

David « Sensei » Stainko : Le Budokai est un style de karaté originaire de Londres, en Angleterre. Ses racines remontent à 1918 et il s’est construit sur les fondations du premier club de judo en Europe, appelé Budokwai, dirigé par le maître japonais Gunji Koizumi. Une vingtaine d’années plus tard, plusieurs de ses élèves se sont mis à pratiquer ce qui était alors un nouvel art japonais pour eux : le karaté.

Le nom Budokai se compose de deux mots : Budo, qui signifie « la voie des arts martiaux », et kai, qui signifie « école ». Dans le monde entier, le style de karaté Budokai est également connu sous les noms de Budokwai, Budokwan et Budokan, ce dernier s'étant développé en Malaisie mais s'appuyant également sur les fondements du style Budokai. Le Budokai est un style de karaté très efficace, qui se distingue par son mélange unique de techniques traditionnelles de judo, de jiu-jitsu et de karaté. L'entraînement aux armes, qui fait partie de la discipline plus large du ko budo, a commencé à être intégré de manière plus intensive au style de karaté Budokai au milieu des années 1960.

B.I : Vous vous êtes également entraîné et avez étudié d'autres styles de karaté. Parlez-nous un peu de ceux-ci.

David « Sensei » Stainko : C'est exact. J'ai eu l'occasion, dès 1973, d'assister à un séminaireanimé par le célèbre maître de Shotokan Taiji Kase. Plus tard, j'ai également appris auprès d'autres maîtres de Shotokan, parmi lesquels je citerais tout particulièrement Hirokazu Kanazawa, Hidetaka Nishiyama, Shiroshi Shirai et le Dr Ilija Jorga. J'ai étudié le style Budokai auprès du Dr Emin Topić, le style Uechi-ryu auprès de Mario Topolšek et le style Sankukai auprès de Yoshinao Nanbu.

Aujourd'hui, je détiens le grade de 8e dan dans le style Budokai karatedo, et je suis l'un des rares représentants originaux de ce style. Je suis également 3e dan en Shotokan, 2e dan en Uechi-ryu et 2e dan en Kyokushinkai, un style que j’ai contribué à introduire en Croatie. Je connais également bien les styles Goju-ryu et Wado-ryu, que j’ai également pratiqués, et plus tard, j’ai continué à étudier d’autres styles de karaté.

B.I : Aujourd’hui, vous préférez ne rejoindre aucune organisation de karaté. Pourquoi cela ? David « Sensei » Stainko : De nos jours, il est devenu courant pour tout maître un tant soit peu connu de créer sa propre organisation de karaté. En conséquence, il existe désormais plus de 15 organisations de Shotokan à travers le monde, et la situation est la même pour les organisations de karaté Kyokushinkai. D'autres styles de karaté sont dans une situation légèrement meilleure, mais même là, c'est loin d'être idéal. Parmi les nombreuses organisations de karaté qui existent aujourd'hui, presque toutes prétendent être l'authentique. Je ne peux pas être d'accord avec ces affirmations, car je constate de nombreux changements qui ont été introduits dans certains styles de karaté par rapport aux formes originales que j'ai apprises. De plus, quand on va dans les clubs de karaté aujourd'hui, la plupart pratiquent le karaté sportif avec des gants. Ce n’est pas du karaté — c’est purement un sport. Ils ne s’intéressent pas beaucoup aux styles traditionnels de karaté. Leurs instructeurs sont des entraîneurs de karaté, pas des enseignants — pas des sensei. Le karaté en tant qu’art de la « main vide » n’existe plus vraiment pour eux, donc pour beaucoup de gens aujourd’hui, le karaté-do est essentiellement devenu simplement du karaté sportif. Il en va de même pour le judo moderne, et même le taekwondo. Les arts martiaux ne sont pas des sports ; ils sont bien plus que cela.

B.I : Vous êtes également un expert en kung-fu. Parlez-nous un peu de cela.

David « Sensei » Stainko : J’ai découvert le kung-fu pour la première fois en 1974 en Allemagne, lors d’un séminaire animé par Maître Al Dacascos. Plus tard, j’ai étudié en Italie auprès de Maître Shin Dae Wong, un expert des styles Tan Lang, ainsi que d’une variante du style Shaolin et du style Pa Kwa. J’ai commencé à étudier le style Tai Chi Chuan en Croatie et en Italie, puis j’ai poursuivi ma formation en Suisse et en Angleterre. Une figure emblématique de la « vieille garde » des arts martiaux Une figure emblématique de la « vieille garde » des arts martiaux

En 1982, j’ai commencé à apprendre le Wing Chun auprès d’instructeurs qui avaient été les élèves du désormais célèbre maître Ip Man. Je me suis d'abord entraîné en Hongrie sous la direction de Maître Leung Ting, puis un peu plus tard en Serbie sous la direction de Maître William Cheung. Fort de ces bases, et influencé par les films de Bruce Lee, j'ai ensuite étudié le système Jeet Kune Do.

B.I : Vous portez le titre d'instructeur de kung-fu et le statut de maître sifu. David « Sensei » Stainko : Oui, je détiens ce statut dans l'art du kung-fu depuis 1985. Je dois dire que le kung-fu d’aujourd’hui est différent de ce qu’il était autrefois et de la façon dont je l’ai appris. Dans de nombreux styles, il est évident que des changements ont eu lieu. Aujourd’hui, outre le tai-chi, les gens du monde entier parlent principalement des styles de kung-fu sanda et wushu. Le Jeet Kune Do, en tant que système de combat, m’intéresse particulièrement, même si beaucoup le promeuvent aujourd’hui tout en ne le connaissant en réalité que très peu. De nombreux instructeurs modernes de Jeet Kune Do se contentent d’imiter les mouvements de Bruce Lee, ce

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qui est tout à fait erroné. Bruce disait toujours que dans les arts martiaux, il faut s’exprimer soi-même, et que le Jeet Kune Do, en tant que système de combat, doit être adapté exclusivement à soi-même et à ses propres capacités. De plus, beaucoup de gens ne comprennent pas que ce système n’est pleinement efficace que si l’on est un maître — c’est-à-dire qu’il faut posséder des connaissances, de la rapidité et de l’expérience du combat. Après tout, le nom dit tout : « poing qui intercepte », c'est-à-dire la capacité d'anticiper l'attaque de l'adversaire et de l'intercepter avant qu'elle ne se produise. Seul un bon combattant, expérimenté et habile, peut intercepter l'attaque d'un adversaire — pour tous les autres, ce n'est pour l'essentiel qu'une « illusion ».

B.I : Nous savons que vous êtes également entraîneur de boxe. Parlez-nous un peu de cela.

David « Sensei » Stainko : À Rijeka, ma ville natale, la boxe en tant qu’art martial est particulièrement respectée. Vous pouvez être champion du monde de lutte, d’escrime, de judo, de karaté ou de taekwondo, mais si vous n’avez pas pratiqué la boxe et si vous n’êtes pas allé dans un club de boxe pour vous entraîner, c’est comme si vous n’aviez jamais existé en tant que combattant ou en tant que personne qui s’entraîne sérieusement aux arts martiaux. C’est ainsi que j’ai commencé moi aussi : je suis tombé amoureux de la boxe et je m’y suis tenu. En 1987, je suis devenu entraîneur de boxe. À cette époque, j’ai également commencé à étudier la savate, la boxe française, et j’ai ensuite obtenu le titre d’instructeur Silver Glove.

B.I : Vous connaissez également les arts martiaux coréens, et vous avez même dirigé un club de Tang Soo Do.

David « Sensei » Stainko : En 1974, en Allemagne, j’ai assisté à une démonstration du maître Jhoon Rhee et j’ai découvert le TKD. En tant que passionné d’arts martiaux, mes collègues de la Faculté de kinésiologie ont ravivé mon intérêt pour le taekwondo, et j’ai donc commencé à m’entraîner avec eux. En 1982, j’ai commencé à pratiquer le TKD dans le système ITF. L’instructeur principal pour la Croatie à l’époque était le maître coréen de TKD Park Sun Yae, qui détenait alors le grade de 5e dan. J’ai également rencontré le général Choi Hong Hi, mais le séminaire qui m’a le plus marqué est celui qui s’est tenu en Angleterre sous la direction de Hee Il Cho. En 1988, on m’a proposé de diriger le premier club de Tang Soo Do en Croatie, et j’ai accepté cela comme une sorte de défi. On m’a surtout demandé de baser l’entraînement sur l’approche du Tang Soo Do présentée par Chuck Norris. J’ai été témoin de l’époque où de nombreux instructeurs de TKD sont passés du système ITF au système WTF, alors plus « rentable et populaire », pour des raisons politiques.

B.I : Vous avez connu le succès en compétition dans plusieurs arts martiaux différents. Pouvez-vous nous parler de votre carrière sportive ?

David « Sensei » Stainko : Oui, j’ai disputé environ 200 combats au total, avec environ 17 défaites, même si je ne connais pas les statistiques complètes et précises. À l’époque, on ne tenait pas de registres aussi précis qu’aujourd’hui, et j’ai concouru dans divers arts martiaux. J’ai commencé par le kung-fu, où j’ai été champion junior de Yougoslavie pendant deux années consécutives. Plus tard, j’ai concouru en karaté traditionnel, ainsi qu’en karaté budokai, où j’étais le capitaine de l’équipe qui a remporté le championnat national yougoslave en 1982 et 1983. Par la suite, j’ai concouru en karaté semi-contact et full-contact, puis je suis passé au kickboxing, où j’ai participé à 4 championnats d’Europe et 4 championnats du monde. J’étais le plus jeune concurrent lors du premier championnat du monde WAKO en 1978 à Berlin. J’ai représenté la Yougoslavie, puis la Croatie, mais aussi l’Italie et l’Allemagne, et j’ai même concouru en Angleterre pour un club de kung-fu d’Oxford. J'ai combattu en kung-fu, en karaté, en karaté semi-contact et full-contact, en kickboxing, en boxe, en lutte, en judo, en taekwondo, et j'ai même disputé des combats de savate, de karaté kyokushin, ainsi que quelques matchs au sein de l'armée yougoslave. J'ai remporté diverses compétitions en ex-Yougoslavie, mais aussi ailleurs, comme les championnats d'Italie et d'Allemagne. J’ai été champion d’Europe et membre de l’équipe européenne de kickboxing, ainsi que vice-champion du monde en 1988. En 1991, alors que j’avais 29 ans, la guerre d’indépendance de la Croatie a éclaté, et je n’avais plus le temps de faire du sport.

B.I : Vous avez également été instructeur militaire d’arts martiaux dans l’armée yougoslave ?

David « Sensei » Stainko : Oui, en 1981, alors que j’effectuais mon service militaire obligatoire dans l’armée yougoslave, on m’a proposé de devenir l’un des instructeurs d’arts martiaux. J’ai passé des tests avec cinq autres instructeurs, puis j’ai été sélectionné comme instructeur en chef. J’avais environ 400 soldats sous mes ordres, ainsi que 5 instructeurs et 3 officiers, et je recevais mes ordres directement du major qui était le commandant. C'est lui qui m'a fait suivre un entraînement militaire spécial au combat au couteau, au combat avec une pelle-pioche militaire, ainsi qu'au lancer de couteaux et à la survie en pleine nature. L'entraînement était principalement basé sur le système russe.

B.I : Aujourd'hui, vous avez le statut de vétéran de la guerre pour la patrie. David « Sensei » Stainko : Oui, en 1991, j’ai été appelé dans l’armée croate en raison de la guerre qui a éclaté en ex-Yougoslavie, alors que la Croatie luttait pour son indépendance. J’ai été sur le front avec seulement quelques courtes pauses de 1991 à 1994. J’ai d’abord servi dans l’infanterie, puis comme commandant de char et artilleur, et plus tard, à ma demande, j’ai été transféré de l’unité de chars à la police militaire. J'ai quitté l'armée avec le grade d'officier de police militaire et de tireur d'élite.

B.I : Vous avez également travaillé comme videur dans des boîtes de nuit et dans des sociétés de sécurité.

David « Sensei » Stainko : Oui, pendant ma première année à l'université, lors d'un bal des nouveaux étudiants, on m'a proposé de me poster à l'entrée pour maintenir l'ordre et la discipline. Plus tard, j'ai été invité à travailler dans la boîte de nuit étudiante. En 1984, j’ai été invité à travailler à la discothèque Tropicana, où j’étais bien payé. Après cela, j’ai travaillé comme videur en Italie et dans diverses sociétés de sécurité en tant que chef des équipes de sécurité. J’ai assuré la sécurité de nombreuses personnalités connues et célèbres, et j’ai même fait partie de l’équipe de sécurité du pape Jean-Paul II.

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« vieille garde » des arts
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B.I : On sait moins que vous avez fondé le premier club de MMA officiellement enregistré. David « Sensei » Stainko : Oui, en 1978, nous avons réenregistré l’ancien club Youth Budokai Viktorija, mais sous un nouveau nom : Viktorija Martial Arts Club. En ex-Yougoslavie, nous avons rencontré de nombreuses difficultés avec le processus d’enregistrement. À cette époque en Europe, tous les clubs portaient des noms comme boxe, lutte, judo, kung-fu, karaté, taekwondo — chacun était spécialisé dans un seul art martial. Il n’existait pas un seul club dont le nom regroupait tous les arts martiaux. C’était certainement le premier club de ce genre en Europe, et peut-être même dans le monde. Je pensais que lorsqu’on pratique un art martial, il est difficile d’éviter, d’une manière ou d’une autre, d’entrer en contact avec d’autres arts martiaux. Je ne voulais tout simplement pas me limiter. À cette époque, à 16 ans, je suis devenu le plus jeune instructeur en chef certifié WAKO de tous les centres d’arts martiaux d’Europe.

B.I : Vous êtes aujourd’hui l’un des rares instructeurs du système d’arts martiaux presque oublié qu’est le Bartitsu, également appelé « l’art martial de Sherlock Holmes ». David « Sensei » Stainko : Le Bartitsu est un système d’arts martiaux originaire de Londres, en Angleterre, et développé par l’Anglais Edward William Barton-Wright. Il a enseigné ce système de combat de 1901 jusqu’au début de l’année 1904. Il a été le premier à concevoir un système d’entraînement circulaire, où des groupes de pratiquants passaient d’un instructeur à l’autre. Aujourd’hui, c’est un système de combat tombé dans l’oubli. En tant que système d’autodéfense, le Bartitsu est extrêmement efficace et présente des avantages par rapport à bon nombre des systèmes ou styles plus connus et populaires pratiqués aujourd’hui. Le problème avec ce système, cependant, est que pour le maîtriser véritablement, il faut environ 7 ans d’entraînement. Le Bartitsu est un mélange de différents arts martiaux, notamment la boxe, la savate (boxe française), la lutte, le judo, le jiu-jitsu, le combat à la canne (La Canne) et l'ancien art du combat à l'épée, avec une épée dans une main et un couteau dans l'autre.

B.I : Aujourd'hui, vous avez le statut d'expert en sciences des arts martiaux, bien que beaucoup simplifient les choses et vous qualifient d'expert en arts martiaux.

David « Sensei » Stainko : Oui, je suis titulaire d’un master en kinésiologie et organisateur senior en récréation kinésiologique, et je suis diplômé de l’université de Zagreb. Je pratique les arts martiaux sans interruption depuis 1972. En 1995, j’ai commencé à rédiger des articles spécialisés, qui ont été très bien accueillis. En 2004, j’ai terminé la rédaction de mon livre « L’histoire des arts martiaux ». J’ai publié ce livre en version électronique en Croatie, et il a connu un grand succès et a été largement lu. Je dis que je suis un expert en sciences des arts martiaux, mais souvent les instructeurs simplifient les choses et disent que je suis un expert en arts martiaux. Certains instructeurs sont souvent surpris par cela. Ils ne comprennent pas comment quelqu’un peut être un expert venant d’Europe, plus précisément de Croatie. Pour ces personnes, on ne peut être expert que si l’on vient du Japon, de Chine, de Corée ou au moins d’Amérique. Eh bien, laissons ces soidisant experts enseigner les arts martiaux originaires d’Europe, tels que les styles de lutte folkloriques, le combat grec ou romain, la boxe et la savate, diverses formes de combat au bâton, l’autodéfense, le combat au couteau et le combat à l’épée ou au poignard. Quant aux arts martiaux de Chine, du Japon, de Corée, d’Amérique ou du reste du monde, tous les meilleurs instructeurs se trouvaient en Europe dès 1900. Nous avons donc eu 125 ans pour apprendre quelque chose, pour ceux qui le voulaient vraiment.

Une figure emblématique de la « vieille garde » des arts martiaux

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B.I : Vous avez récemment déclaré que vous n’étiez pas satisfait de la façon dont les arts martiaux évoluent. Pensez-vous que cette évolution va dans la mauvaise direction, et que critiquezvous exactement ?

David « Sensei » Stainko : Il y a beaucoup à dire, c’est difficile de tout couvrir. Par exemple, le karaté est une discipline pratiquée à mains nues, mais aujourd’hui, dans diverses compétitions de karaté, on utilise fréquemment des gants. Dans le karaté d’aujourd’hui, ils sont devenus incontournables. De nombreux styles de karaté sont désormais marginalisés et négligés, et l’essence même du karaté a presque été oubliée. De nombreuses techniques de karaté sont désormais négligées et rarement appliquées, comme certains coups de poing et de nombreuses projections. En judo, de nombreuses techniques ont été supprimées simplement pour en faire un sport. En taekwondo, ainsi que dans certaines formes de jiu-jitsu, les compétiteurs ne portent plus le gi ou le dobok traditionnel, mais des uniformes. Dans certaines compétitions, ils exécutent ce qu’on appelle des katas créatifs, qui sont un mélange de danse et d’exercices de gymnastique acrobatique n’ayant rien à voir avec les arts martiaux. Il existe également d’étranges règles sportives. Par exemple, la médaille d’or olympique en karaté a été décernée à quelqu’un qui ne savait pas se protéger correctement et qui a fini par recevoir un coup de pied net à la tête. De plus, dans le karaté kenpo américain, il y a plus d’instructeurs titulaires d’une ceinture noire 10e dan que dans tous les autres styles de karaté réunis. Aujourd’hui, il existe de nombreux titres et grades dans les arts martiaux, mais les connaissances réelles sont en réalité bien moindres.

B.I : Vous organisez rarement des séminaires. Pourquoi cela ? David « Sensei » Stainko : Aujourd’hui, les temps ont changé, et il y a certaines choses concernant les séminaires que je n’apprécie vraiment pas. Dans les séminaires, il faut toujours commencer par les bases, car on ne connaît pas le niveau des participants. Et puis, avant même que l’on ait commencé, les instructeurs d’aujourd’hui s’empressent de dire : « Oh, on connaît déjà ça, on est familiers avec ça. » Ils n’ont tout simplement pas la patience de vous laisser progresser vers des techniques plus avancées. Parfois, on tombe aussi sur des personnes qui ne savent pas maîtriser leur ego. Ces gens peuvent être tellement désagréables qu’il faut les « remettre à leur place » pour les remettre dans le droit chemin. Il y a aussi la question de l’argent. Je ne fais pas payer mes séminaires, je demande juste le remboursement de mes frais de déplacement. Et c’est là que le problème se pose, car de nombreux instructeurs pensent que seules les choses pour lesquelles ils ont payé cher ont de la valeur. Ces personnes ne se rendent pas compte qu’aucune somme d’argent ne peut payer les leçons et les connaissances que j’ai acquises au fil des ans. De plus, certaines personnes pensent que si elles ont payé pour quelque chose, elles méritent automatiquement un titre ou un statut en retour. Certaines vont même jusqu’à me présenter différents diplômes pour que je les signe. Ces diplômes et ces titres sont essentiellement achetés, et non gagnés à la sueur de son front.

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B.I : Que voulez-vous dire par le terme « Old School » ? David « Sensei » Stainko : Cela fait référence à l’ancienne méthode d’entraînement. À l’époque, les coups étaient portés avec plus de force, et il y avait beaucoup plus de contusions. Il n’était pas rare que quelqu’un soit mis K.O. par un étranglement. Il y avait des saignements de nez, des lèvres fendues et d’autres blessures. L’entraînement était abordé avec plus de sérieux et un dévouement total. Chaque art martial était traité avec respect. Pour nous, la boxe était encore le « noble art », l’escrime était le « summum de la technique », le karaté était « l’art de la main vide », la lutte était « l’autodéfense des gentlemen », le judo et le jiu-jitsu étaient « l’art de la douceur », et ainsi de suite. Aujourd’hui, lorsque je me rends dans des clubs de karaté pour animer une séance d’entraînement, leurs kimonos se déchirent comme s’ils étaient en papier, et dans les centres de taekwondo, un tiers des élèves repartent en boitant après le cours, avec des orteils cassés. Dans certaines écoles d’arts martiaux, on n’utilise même pas de protège-dents, et certains pratiquants ne sont même pas capables de faire dix pompes. Aujourd’hui, tout est réduit au sport. Le sport a ses propres règles, mais celles-ci manquent parfois des codes d’honneur et des règles de conduite qui existent dans les arts martiaux depuis des siècles. Il suffit de regarder les compétitions de l’UFC d’aujourd’hui. Le fondement des arts martiaux, c’est le respect. On ne peut pas pratiquer certains arts martiaux sans partenaire. Plus votre partenaire est bon, plus vous avez de chances de vous améliorer vous aussi. C’est pourquoi vous devez respecter votre partenaire d’entraînement ainsi que votre adversaire en compétition.

B.I : On vous surnomme « Sensei ». Pouvez-vous nous en dire plus à ce sujet ?

David « Sensei » Stainko : C’est ainsi que mes élèves ont commencé à m’appeler au début de l’année 1988, en signe de respect pour mon dévouement aux arts martiaux. À l’époque, ils trouvaient cela intéressant, et cela ne me dérangeait pas. Ce surnom m’est donc resté jusqu’à aujourd’hui. Aujourd’hui, certaines personnes m’appellent aussi Hanshi, Sifu, Maître ou Grand Maître. Le titre sous lequel on s’adresse à moi n’a pas d’importance tant que l’on a un désir sincère d’apprendre. Chaque fois que j’enseigne aux autres, j’apprends aussi quelque chose d’eux. Plus on acquiert de connaissances, plus on se rend compte de tout ce qu’on ignore encore. En arts martiaux, si l’on possède des connaissances et des compétences, les diplômes et les titres ne sont pas nécessaires. En revanche, si l’on se vante de ses titres ou de ses diplômes sans posséder de véritables connaissances et compétences, ils ne valent rien.

B.I : Monsieur Stainko, merci pour cette conversation et pour tous les excellents articles que vous avez soumis à Budo au fil de toutes ces années. Une

Muay Boran IMBA : L'art de l'attaque

Comme tout style traditionnel, le Muay Boran IMBA repose sur des concepts généraux qui constituent les fondements de ce système de combat. Une fois ces concepts fondamentaux clairement compris et minutieusement analysés, l'élève disposera d'une base solide qui lui permettra d'aborder les éléments techniques avancés avec plus d'aisance. Les 7 portes menant à une compréhension correcte du système de combat Muay Boran IMBA doivent être ouvertes par le Nak Muay (pratiquant de Muay) avec l'aide d'un Khru Muay (maître de Muay) expérimenté. Pour plus d'informations sur les clés permettant de déverrouiller les 7 portes du Muay Boran IMBA, les lecteurs intéressés peuvent consulter le livre au format PDF : Muay Boran IMBA - The Philosophy of Combat par Arjarn Marco De Cesaris. Volume 1 http://www.muaythai.it/muay-boran-imba-pdf-book/ (téléchargement gratuit).

La porte numéro 5 fait référence à l'approche stratégique du combat : en bref, un pratiquant de Muay Boran doit apprendre à attaquer (Mai Rook), à se défendre (Mai Rab) et à contre-attaquer (Mai Kae) correctement afin de déployer ses armes de la meilleure façon possible. Tout cela peut sembler assez facile, mais dans ce cas, comme c'est souvent le cas pour les questions liées au combat, mettre une bonne théorie en pratique peut s'avérer difficile. En réalité, le véritable niveau de compétence d’un combattant repose sur sa capacité à appliquer correctement ces trois approches stratégiques fondamentales dans d’innombrables variations et combinaisons. Ce n’est qu’après avoir maîtrisé cette compétence qu’un Nak Muay peut être considéré comme un expert. Nous commençons notre analyse en examinant les stratégies offensives du Muay Boran de l’IMBA.

Le Sillapha Kan Rook, ou l’Art de l’attaque, est l’un des éléments les plus fascinants de l’ensemble du cadre technique du Muay Boran. Il s'agit d'un élément fondamental du corpus des tactiques de combat que tous les pratiquants de Muay traditionnel apprennent à appliquer au combat. En réalité, les stratégies offensives de la plupart des styles traditionnels de Muay sont complexes et détaillées. Le programme d'entraînement de l'IMBA Muay Boran combine les principes offensifs de divers styles anciens de combat au corps à corps siamois. Il en résulte un ensemble bien structuré de schémas offensifs capables d'accroître l'efficacité au combat des pratiquants en un temps relativement court.

La première étape de l'entraînement consiste à apprendre à utiliser les armes principales du corps, ou Gayawoot, dans le style thaï classique. Le pratiquant doit effectuer les exercices de

base sur place, appelés Ta Yu Kap Ti dans le jargon du Muay. Les formes de base consistant à utiliser les poings, les coups de pied, les coups de genou et les coups de coude pour attaquer sont d'abord entraînées en position à deux points d'appui, les pieds écartés de la largeur des épaules et parallèles, afin de sentir les hanches et les épaules pivoter à chaque frappe. L'étape suivante consiste à passer à une position à trois points d'appui : les mêmes attaques sont exécutées à partir d'une base différente, et la distinction entre l'avant et l'arrière du corps est introduite. Il faut passer de nombreuses heures à pratiquer toutes les attaques de base sur place dans ces deux positions statiques avant de passer à la version en mouvement. Une fois que les quatre schémas de jeu de jambes de base ont été présentés et suffisamment assimilés par l'élève, l'entraînement aux combinaisons de pas et de frappes

doit commencer. Lorsqu’il avance, recule ou se déplace latéralement, le Nak Muay doit donner des coups de poing, des coups de pied, des coups de genou et des coups de coude en suivant les différents schémas de timing traditionnels. Cet entraînement avancé est appelé Ta Kleun Ti dans le jargon du Muay Boran.

Une fois qu'un temps suffisant s'est écoulé, le Khru Muay doit introduire des schémas d'attaque avancés dans l'entraînement quotidien de ses élèves. Chaque maître de Muay garde les secrets des stratégies offensives ancestrales de son style. Dans l'IMBA Muay Boran, cinq éléments sont considérés comme essentiels pour développer l'efficacité offensive d'un élève. Ces éléments sont les suivants.

1. Nombre d'attaques

2. Puissance des frappes

3. Arme naturelle utilisée

4. Technique initiale

5. Attaques spéciales

1. Le premier élément fait référence au concept de combinaisons d'attaques ou Phasom Muay. Il existe 4 types de base de combinaisons offensives en Muay Thai, en fonction du nombre de coups portés. En effet, un combattant peut frapper avec un, deux, trois ou quatre coups et obtenir de bons résultats s'il sait combiner correctement les attaques avec un timing approprié et un bon jeu de jambes. Dans le Muay traditionnel, tous les maîtres divisent le rythme des attaques en ces 4 catégories :

• Mai Rook Neung Chawa (techniques offensives basées sur un seul coup)

• Mai Rook Song Chawa (techniques offensives basées sur une combinaison de deux coups)

• Mai Rook Saam Chawa (techniques offensives basées sur une combinaison de trois coups)

• Mai Rook Si Chawa (techniques offensives basées sur une combinaison de quatre coups).

En général, bien que des séries de cinq, six coups, voire plus, soient théoriquement possibles, la plupart des boxeurs thaïlandais ont tendance à attaquer avec des combinaisons ne dépassant pas quatre coups afin d’être efficaces et de se prémunir contre une éventuelle contre-attaque.

2. Une fois les quatre schémas de combinaisons offensives parfaitement maîtrisés, il faut intégrer la puissance de frappe dans l’équation. En effet, tout bon boxeur thaïlan-

dais sait que toutes les attaques ne visent pas nécessairement à causer du mal. Au contraire, dans une série de trois coups, par exemple, la « véritable » attaque peut n’être que le dernier coup, tandis que les deux premiers servent de leurre. Pour remplir cette fonction de diversion, un coup doit être exécuté avec une grande vitesse et peu de puissance. En d’autres termes, la masse corporelle du boxeur ne doit pas entrer en jeu, et le membre attaquant doit frapper et se retirer aussi rapidement que possible. Ces frappes légères et rapides visent à provoquer et à distraire l’adversaire, ouvrant ainsi des brèches dans sa défense. En revanche, la frappe finale est exécutée en mettant tout le poids du corps du boxeur derrière elle, dans le but d’infliger un maximum de dégâts.

3. Le troisième élément fait référence à l’utilisation des différentes armes du corps pour attaquer selon les deux premiers schémas analysés ci-dessus. Des séries de un à quatre coups peuvent être exécutées à l'aide des mains, des pieds, des tibias, des genoux, des coudes et de la tête. Il va de soi que l'arme appropriée doit être utilisée à la bonne distance. Par exemple, donner un coup de pied à longue distance, puis se rapprocher pour attaquer avec des coups de poing à moyenne distance, et enfin terminer par un coup de coude à courte distance est une bonne façon de combiner les armes du corps. À l'inverse, utiliser une arme naturelle à la mauvaise distance peut facilement mener à la défaite. Un exemple courant de ce mauvais comportement est la tentative d'atta-

quer à longue distance avec l'arme que la plupart des débutants considèrent comme la plus meurtrière de toutes : le coude. Ce comportement ne conduit généralement pas à des résultats significatifs et expose potentiellement le combattant à une contre-attaque violente.

4. Le quatrième élément de l'Art de l'attaque dans l'IMBA Muay Boran concerne le choix de la meilleure arme naturelle avec laquelle lancer une attaque dans une situation de combat donnée. Choisir la meilleure arme pour lancer une combinaison offensive semble évident, mais cela reste une compétence qui doit être parfaitement maîtrisée et correctement entraînée. La plupart du temps, l’attaque utilisée pour lancer une combinaison est la plus importante de la série. En effet, elle peut nous aider à atteindre la distance choisie par rapport à l’adversaire, à bloquer son jeu de jambes, à créer des brèches dans sa défense et à ouvrir la voie aux attaques suivantes — tout cela sans nous exposer à d’éventuelles contre-attaques. Le jab (Mahd Trong Nam) et le coup de pied avant (Tiip Trong Nam) sont considérés comme les meilleures armes pour lancer une attaque en IMBA Muay Boran. Dans d’autres styles modernes-traditionnels tels que le Muay Chaisawat, le coup de pied circulaire vertical (Poed Tawan), le coup de genou direct (Gratung Kampang) et le coup de coude ascendant (Soil Ga Sa) sont également considérés comme d’excellentes techniques d’ouverture.

5. La cinquième catégorie fait référence aux « attaques spéciales ». Dans l’Antiquité, les guerriers siamois étaient entraînés au combat au corps à corps sans restriction. Outre l’utilisation d’épées, de lances, de haches et de couteaux, les soldats devaient être formés à des techniques de combat à mains nues susceptibles de leur sauver la vie s’ils étaient privés de leurs armes. L'entraînement au combat sur le champ de bataille comprenait des frappes avec différentes parties du corps et des tactiques de combat rapproché visant à déboîter les articulations de l'ennemi ou à le projeter au sol pour l'achever à coups de pied ou de genou. Les techniques de combat utilisées par ces guerriers de l'Antiquité sont encore considérées comme un moyen brutal mais extrêmement efficace d'attaquer un adversaire et font partie des cinq stratégies offensives du Muay Boran IMBA. Tum (projeter), Tap (écraser), Chap (saisir) et Hak (briser) sont les quatre systèmes d'attaque spéciaux des arts martiaux traditionnels siamois qui doivent être inclus dans tout programme d'entraînement au Muay Boran et qui devraient être étudiés avec soin par tous les pratiquants sérieux de cet art martial fascinant.

Pour plus d'informations sur l'IMBA Muay Boran :

Site officiel de l'IMBA : www.muaythai.it

• Europe : Dani Warnicki (IMBA Finlande) dani.warnicki@imbafinland.com

• Amérique du Sud : Juan Carlos Duran (IMBA Colombie) imbacolombia@gmail.com

• Océanie : Maria Quaglia (IMBA Australie) imbaaust@gmail.com

• Secrétariat général : Marika

Vallone (IMBA Italie) imbageneralsecretary@gmail.com

À quel point les femmes peuvent-elles être performantes en Jiu-Jitsu brésilien ?

Pourquoi la plupart des gens continuentils de croire que le monde des arts martiaux est réservé aux hommes ? Même si les chiffres montrent encore que c'est le cas aujourd'hui, les femmes font de grands progrès. En jiu-jitsu brésilien (BJJ) en particulier, de nombreuses athlètes, hommes et femmes, s'entraînent déjà ; cela ne tardera donc pas à changer.

C'est aussi grâce à nos athlètes féminines, qui non seulement brillent en compétition, mais franchissent également une étape importante en devenant entraîneuses.

Toutes les femmes ne se sentent pas à l'aise à l'idée de s'entraîner avec des hommes. C'est pourquoi je tiens à remercier chaleureusement toutes les Julia, Sandra, Maryam et bien d'autres encore. Je suis fier que vous souteniez toutes cette cause et que vous montriez aux autres femmes et aux jeunes filles que le BJJ est une voie qu'elles peuvent emprunter sans aucune réserve.

Depuis plusieurs années déjà, je parle d’un « boom », d’une vague, dans le jiu-jitsu brésilien. De plus en plus de filles et de femmes de tous âges rejoignent nos séances d’entraînement. C’est pareil partout en Europe ! Elles reconnaissent toutes que le BJJ est l’un des meilleurs entraînements et qu’il offre un avantage supplémentaire : on y apprend également quelques techniques essentielles d’autodéfense. Le BJJ est bénéfique tant pour le corps que pour l’esprit et renforce la confiance en soi. Ce n’est un secret pour personne que le yoga, le Pilates et d’autres options de fitness traditionnelles restent populaires. Cependant, celles qui se retrouvent sur le tapis d’entraînement – souvent parce qu’elles ont suivi un cours d’autodéfense, entendu parler du BJJ, ou parce qu’un collègue, un ami ou un membre de leur famille fréquente déjà une école de BJJ – découvrent les bienfaits du BJJ et veulent s’y essayer.

Les femmes et les hommes recherchent de nouvelles façons de renforcer leur estime de soi, de trouver un meilleur équilibre dans la vie et de se concentrer davantage sur la santé et la nutrition. Je sais que c’est un défi pour tout le monde, mais une fois que vous aurez compris les bienfaits que vous pouvez en tirer, vous l’apprécierez encore plus et vous vous sentirez bien. Nous devons trouver un équilibre et suivre notre propre chemin dans la vie pour nous sentir bien et épanouis. Le BJJ peut être un outil vraiment précieux si l'instructeur est également une personne positive et accessible qui soutient les élèves dans ce parcours.

Nous savons tous que l'entraînement aux arts martiaux offre généralement des éléments de base pour l'autodéfense. Mais l'aspect autodéfense seul ne vous satisfera pas pleinement à long terme. Si vous choisissez le BJJ, de nombreux autres aspects feront la différence tôt ou tard : où et avec qui vous vous entraînez. Au fil du temps, la communauté joue également un rôle, car vous passez beaucoup de temps avec vos camarades de BJJ. Le BJJ que nous enseignons (Gracie Concepts® Network), basé sur les enseignements du Grand Maître Hélio Gracie, a été développé pour permettre à des personnes plus faibles et plus petites de se défendre contre des adversaires plus grands et plus forts. Il utilise l’effet de levier, la tactique et l’intelligence. Dans le BJJ moderne (de compétition), des règles différentes s’appliquent, car il implique des athlètes. Comme dans tous les autres sports, les qualités athlétiques sont bien sûr très importantes. À ses débuts au Brésil (vers 1908), lorsque le jiu-jitsu japonais traditionnel a été introduit — qui est devenu plus tard le « Gracie Jiu-Jitsu » —, les maîtres brésiliens et leurs disciples se livraient à de véritables combats, non pas pour flatter leur ego, mais pour tester l’efficacité du style Gracie. C’est ainsi que sont nées les nouvelles méthodes d’entraînement et les techniques améliorées que nous connaissons aujourd’hui. Il n’y avait ni katas, ni rituels, ni techniques superflues : c’est ainsi que le véritable jiu-jitsu brésilien a vu le jour. À cette époque, le Gracie Jiu-Jitsu s’est imposé en utilisant ces combats d’entraînement, également appelés « Vale-Tudo », comme terrain d’essai et en faisant du combat au sol le point central de ce style. Comme me le rappelait toujours mon mentor de BJJ, le Grand Maître Pedro Hemetério (premier ceinture noire de Carlos Gracie et première ceinture rouge d’Hélio Gracie), les combats de Vale-Tudo servaient de « filtre » pour tester ce qui fonctionnait et ce qui ne fonctionnait pas. Fort de cette expérience de combat intense, notre Gracie Jiu-Jitsu inclut aujourd’hui des techniques et des tactiques telles que la « garde fermée » (une clé de jambe avec le dos au sol), la défense contre les techniques de frappe (« Punch Prove »), les clés de bras et d’épaule, ainsi qu’une variété de étranglements.

Les techniques de projection debout constituent une partie importante du combat GJJ, bien que l’objectif soit différent de celui du judo ou de la lutte, car le combat ne doit pas se terminer par des points, mais par une soumission !

En self-défense, il peut être efficace d’utiliser un coup de pied à l’aine ou un coup de doigt dans les yeux si la situation le permet. Mais soyons honnêtes : si vous pensez que c’est aussi simple que cela, vous vivez dans un monde imaginaire.

Si vous voulez vous défendre avec succès, vous devez également être prêt à vous battre pour cela dans une situation réelle. Le BJJ offre tous les éléments et les options d’entraînement pour apprendre et pratiquer cet « esprit de combat » et pour survivre face à la pression d’un adversaire. Les agressions sexuelles sont toujours inattendues et, malheureusement, proviennent souvent de personnes

de votre entourage immédiat. Le Gracie Jiu-Jitsu enseigne également comment utiliser le langage corporel pour tenir un agresseur à distance. Mais au plus tard lorsque l'agression physique se produit, vous avez également besoin des bons outils pour arrêter votre adversaire.

Je sais que les femmes (tout comme les hommes) ont souvent du mal à se lancer dans le BJJ, et qu'il est toujours facile de trouver des excuses. C’est pourquoi j’ai déjà mentionné qu’à long terme, commencer le BJJ « juste » pour l’autodéfense n’est pas la bonne motivation.

Cependant, je vous promets qu’après seulement quelques cours, vous serez capable de surmonter vos insécurités et d’accomplir des choses incroyables. N’essayez pas d’imiter vos camarades masculins de BJJ. Soyez vous-même ! Demandez de l’aide à votre instructeur pour vous sentir à l’aise dès le début de l’entraînement.

N'essayez pas de manger toute la pizza d'un coup ; coupez-la plutôt en petits morceaux et savourez-la. Il en va de même pour le Gracie Jiu-Jitsu : si vous ne voulez pas finir avec une indigestion, vous devriez aussi le déguster par petites bouchées ! Y aller étape par étape est plus facile et plus efficace.

Nous ne mettons pas l'accent sur la compétition de BJJ, mais cela pourrait être une expérience formidable. Chez Gracie Concepts®, nous mettons l'accent sur le « BJJ pour tous ». La combinaison du contact physique, des relations de confiance et des interactions ludiques crée un environnement propice à la formation d'amitiés durables. À mon humble avis, le véritable objectif du Gracie Jiu-Jitsu est une vie saine et équilibrée. La force dont nous avons besoin pour la vie, la famille, le travail et la réalisation de nos objectifs personnels repose sur la force, l'équilibre et la positivité.

Le BJJ est un excellent moyen d’y parvenir. Cela me motive depuis plus de 35 ans, et j’en suis très reconnaissant envers tous mes professeurs, collègues, élèves et amis. Le jiu-jitsu brésilien vous réserve certaines des surprises les plus utiles qui soient. Vous en ressentirez immédiatement les bienfaits, vous adorerez ce sport et vous vous rendrez compte que vous auriez dû commencer il y a dix ans !

Kaufmann : Entraînement et compétition de BJJ

D'aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours été très active, et le sport a toujours joué un rôle central dans ma vie. Je pratique des sports de contact depuis 14 ans. J’ai commencé par la boxe et le kickboxing. C’est là que j’ai eu pour la première fois le sentiment d’avoir enfin trouvé un sport qui me correspondait vraiment, car tout ce que je n’avais auparavant trouvé que dans des aspects isolés de diverses activités sportives était enfin accessible ici sous une forme combinée : force, endurance et défis tant physiques que mentaux.

Pendant la pandémie, notre groupe d’entraînement s’est dissous et, malheureusement, ne s’est jamais vraiment reformé. Cependant, grâce à d’anciens partenaires d’entraînement et entraîneurs, j’ai atterri au Dino Team Magdeburg, un club qui s’identifie principalement au jiu-jitsu brésilien. L’accueil y a été chaleureux dès le début, et je me suis tourné vers le jiu-jitsu brésilien – certes avec une certaine hésitation au début, mais ensuite avec un enthousiasme grandissant. C'est là que j'ai réalisé que, même si j'avais toujours une passion pour le combat debout, de nouveaux défis me manquaient. Les techniques nombreuses et variées, les mouvements fluides et l'efficacité que l'on peut atteindre simplement en modifiant les plus petits détails m'ont profondément marqué. Rapidement, je me suis davantage concentré sur le combat au sol. J'ai compris qu'avec le BJJ, j'avais trouvé une discipline où l'on peut sans cesse progresser et où l'on est constamment confronté aux défis que je recherche dans le cadre de mes ambitions sportives. De plus, si l’on s’entraîne avec attention et que l’on prend soin de son corps, le BJJ peut se pratiquer même à un âge avancé. Il n’a pas fallu longtemps avant que la question ne se pose : et la compétition ? Je dois admettre que j’étais réticent au départ. J’avais utilisé mon âge comme excuse (j’avais presque 40 ans à l’époque) et je pensais que je n’étais plus dans la course. En réalité, cependant, cette question m’a vraiment fait réfléchir : d’une certaine manière, je voulais savoir ce que je ferais. Et la prise de conscience qu’à la fin de sa vie, on ne regrette vraiment que les choses que l’on n’a pas faites m’a finalement conduit à aborder l’un de nos entraîneurs pour lui demander s’il pouvait m’aider à élaborer une stratégie de compétition. Il l’a fait très volontiers et avec une grande attention aux détails. Cela a éveillé mon ambition, et j’ai fait d’immenses progrès techniques en peu de temps.

Il était maintenant temps de mettre ces compétences à l'épreuve lors d'un tournoi. D'autres personnes se sont jointes à nous pour ce tournoi international à venir, et nous avons donc passé un excellent moment ensemble à nous préparer intensivement pour la compétition avec des séances d'entraînement supplémentaires, des exercices techniques et beaucoup de plaisir. Nous nous sommes ensuite rendus ensemble au tournoi. Ce fut une journée incroyablement passionnante et couronnée de succès. J’ai disputé au total cinq matchs ce jour-là, dont certains que j’ai perdus, mais d’autres que j’ai remportés. Ainsi, lors de mon tout premier tournoi, j’ai pu ramener une médaille d’argent. Cette journée riche en émotions, que nous avons tous partagée, restera à jamais gravée dans ma mémoire.

Mais cela ne s’est pas arrêté là, la glace était brisée. D’autres tournois ont suivi, auxquels j’ai tous participé avec beaucoup de succès. Malheureusement, lors de la plupart de ces événements suivants, je n’ai pas encore eu l’occasion d’affronter cinq adversaires ou plus pour mettre en pratique les compétences que j’ai acquises. On remarque particulièrement lors des tournois que les femmes sont encore très sous-représentées, même si le JJB est devenu très populaire auprès de nombreuses filles et femmes. Ce serait formidable si vous étiez plus nombreuses à vous enthousiasmer pour la compétition, quel que soit votre âge, bien sûr. En fait, j’ai déjà eu l’occasion d’affronter une femme sur le tapis lors d’un tournoi qui avait non seulement le même grade que moi, mais aussi le même âge. Je garde également un souvenir extrêmement positif de cette expérience, car le style de combat et la concentration peuvent varier considérablement en fonction de l’âge. Une nouvelle expérience, tout simplement fantastique !

Dans mon entourage immédiat, j’essaie toujours d’être une source de motivation pour ceux qui m’entourent, et apparemment, je parviens souvent à inspirer les autres par mon enthousiasme. Du coup, de plus en plus de filles et de femmes se rassemblent autour de moi, enthousiasmées par le combat debout, le JJB et la participation à des compétitions. Je soutiens et encourage cela du mieux que je peux, et j’ai hâte de voir où ce parcours nous mènera.

Mais quels que soient le sexe, l’âge ou les circonstances de la vie, lors de toutes les compétitions, des événements « open mat », des camps d’entraînement et des séances d’entraînement ouvertes auxquels j’ai pu participer, une atmosphère de respect total a toujours été au cœur de nos interactions. Cela m’a profondément marqué et m’a profondément inspiré. Ce sont des expériences sur lesquelles je repense avec gratitude et qui, en même temps, me motivent à envisager l’avenir avec optimisme.

www.graciejiujitsu.eu

PÉDAGOGIE DU BUDO

Exploiter la force positive des arts martiaux dans la pédagogie, la thérapie et le coaching

Le Dr Jörg-M. Wolters, docteur en sciences de l'éducation, psychothérapeute corporel et maître d'arts martiaux, est considéré comme un « pionnier du karaté en Allemagne » et le fondateur de l'un des « styles les plus importants portant le nom de « Kempo » » (W. Lind, Budo-Lexikon, Berlin 1997). S'appuyant sur ses nombreuses années d'expérience pratique et de travaux scientifiques, il a développé dans les années 1990 la pédagogie du budo – une méthode qui met à profit de manière ciblée les principes d'action du budo pour la pédagogie, la thérapie et le coaching. Ce n’est pas l’art martial en tant que fin en soi qui est au centre de cette approche, mais son utilisation ciblée comme outil pour des projets concrets dotés d’un calendrier et d’objectifs précis. La pédagogie du budo allie la profondeur des principes traditionnels du budo aux exigences de la pratique pédagogique et thérapeutique moderne, ouvrant ainsi de nouvelles perspectives pour le travail avec les personnes en général, et en particulier pour le travail avec les personnes ayant des besoins spécifiques.

BUDOPÉDAGOGIE

Dr. Jörg Wolters, Gründer der Budopädagogik

Le budo – un chemin de vie

Les arts martiaux traditionnels d’Extrême-Orient (Budo) offrent une théorie et une pratique tout à fait particulières et éprouvées de l’entraînement du corps et de l’esprit, visant la maîtrise de soi tant physique que psychique. Enseignés comme Budo à l’état pur, ils constituent des moyens de forger le caractère de l’individu. Celui qui comprend la violence en lui-même peut, en tant que guerrier pacifique, l’utiliser comme source d’énergie consciente et régulée, ou y renoncer. Le Budo est un chemin de vie, une « philosophie pratique » visant à surmonter ses propres limites et la souffrance. Le dojo est bien plus qu’une simple salle d’entraînement. C’est un lieu d’enseignement et d’apprentissage, mais surtout un espace d’expérience où peut se développer une communauté qui s’engage à suivre un chemin de vie commun, fondé sur des valeurs. L'étiquette particulière, les règles, les rôles et les rituels, ainsi que la relation étroite « de cœur à cœur » entre l'enseignant et l'élève constituent une méthode précieuse pour le développement personnel. Depuis toujours, les arts martiaux considèrent l'être humain dans sa globalité ; le corps et l'esprit sont indissociables – celui qui pratique le budo exerce son corps et son esprit de manière égale.

Pédagogie du budo – De nouvelles voies pour sortir de l’immobilisme, de la frustration et de l’impuissance

En pédagogie du budo, les moyens et méthodes du budo sont utilisés de manière ciblée pour favoriser le développement personnel des enfants, des adolescents et des adultes. La transmission particulière des valeurs des arts martiaux crée ainsi un cadre alternatif et « exotique » offrant des dispositifs d’apprentissage variés et efficaces.

Soudain, les enfants agités deviennent attentifs, les adolescents se fixent des objectifs. De nombreux enseignants formés à la pédagogie du budo ont une influence positive sur le comportement social et le développement de la personnalité de leurs élèves. La pédagogie du budo aide les enfants et les adolescents, ainsi que les éducateurs et les enseignants, à renouer de bons contacts sociaux les uns avec les autres grâce au mouvement, à la rencontre et à la réflexion.

La pédagogie du budo ne se limite toutefois pas aux enfants et aux adolescents. Elle offre également de précieuses impulsions aux adultes : les cadres apprennent de nouvelles approches pour

faire bouger leurs équipes sur le plan physique et émotionnel, les créateurs d’entreprise peuvent développer de nouveaux concepts, et les coachs acquièrent des outils efficaces pour l’accompagnement professionnel et personnel.

Les piliers de la pédagogie du budo

La pédagogie du budo repose sur les éléments essentiels et les principes du budo. Elle ne se limite toutefois pas à un seul style d'art martial ou à un seul sport de combat :

• les disciplines de frappe et de coup de pied, telles que le karaté, le kung-fu Shaolin, le taekwondo, le wing chun et

• les disciplines basées sur les armes, telles que l'escrima, l'Iaido conviennent tout autant à la pédagogie du budo que

• les disciplines de projection, telles que l'Aïkido, le Jiu-Jitsu, le Judo

• les disciplines visant à développer l'énergie intérieure, telles que le Tai Chi Chuan.

En fonction du public cible, le pédagogue du budo sélectionne des exercices de manière ciblée. L'accent peut notamment être mis sur des exercices portant sur la coopération, l'estime de soi ou la maîtrise des émotions.

Outre le choix des exercices, l’aménagement de l’espace d’entraînement et l’atmosphère d’apprentissage sont importants. Le pédagogue des arts martiaux joue ici le rôle de figure de référence, de miroir et de catalyseur pour le développement personnel. Son autorité découle naturellement d’un avantage reconnaissable en termes de connaissances et de compétences. Son authenticité ouvre la voie à une relation avec ses clients.

BUDOPÉDAGOGIE

Alors que la pédagogie du budo est souvent utilisée chez les enfants et les adolescents pour développer des valeurs et des compétences sociales, le coaching met davantage l’accent sur l’application des principes du budo dans la vie professionnelle et quotidienne. Les modes de pensée et de travail de la pédagogie du budo complètent les concepts modernes et enrichissent la méthode de travail du « coach de budo ».

Histoire de la pédagogie du budo

Il y a plus de 30 ans, le Dr Wolters, maître d’enseignement de kempo et de karatedo (Hanshi, 7e dan), a développé la pédagogie du budo. Le point de départ était la « thérapie sportive sociale » (Prof. Dr Rieder, Université de Heidelberg) associée à l’enseignement classique du budo, fondé sur la philosophie et puisant ses racines dans le taoïsme et le bouddhisme. Un projet précoce, l’accompagnement ambulatoire de jeunes délinquants (« Le karaté plutôt que la prison »), a débouché sur une mesure anti-violence dans le cadre de l’exécution des peines pour mineurs. Cette initiative a constitué le cœur pratique de la thèse du Dr Wolters intitulée « Les arts martiaux comme thérapie – La pertinence socio-pédagogique des sports de combat asiatiques », qui a scientifiquement démontré l’efficacité de sa mesure. S'appuyant sur ces résultats, il a déve-

loppé la budopédagogie pour en faire un domaine spécialisé à part entière, qui ne cesse de s'étendre et a fait ses preuves dans la pratique (Budo International en a déjà rendu compte dès 1991 et à plusieurs reprises au cours des années suivantes).

Aujourd’hui, la budopédagogie est principalement diffusée par l’Institut de budopédagogie et de thérapie (IfBP) (www.budopaedagogik.de) sous la direction de son esprit directeur, le Dr Wolters. Une formation continue approfondie menant à une qualification professionnelle a été conçue selon les normes de mesures reconnues et éligibles à des subventions publiques ; elle est dispensée avec succès depuis 1999 en Allemagne, en Autriche et en Suisse dans le cadre de différentes séries de cours. Sur cette base, des programmes de perfectionnement (Master en pédagogie du budo et Instructeur en pédagogie du budo) ainsi que des spécialisations (pédagogue clinique du budo, budothérapeute) sont proposés.

La pédagogie des arts martiaux en pratique

Les pédagogues des arts martiaux formés et certifiés travaillent à titre principal ou secondaire dans divers domaines pédagogiques, gèrent leurs écoles d’arts martiaux avec un savoir-faire accru, exercent en tant que coachs ou sont employés par un établissement où ils dirigent des offres de pédagogie des arts martiaux.

Ces offres de budopédagogie s'adressent à de nombreux publics cibles différents, allant des enfants en maternelle qui découvrent l'école, aux élèves en début de scolarité, en passant par les lycéens, les étudiants, jusqu'aux cadres d'entreprise. La liste d'exemples est longue, nous n'en citerons donc ici que quelques-uns :

- En maternelle et à l'école, des projets visant à développer des valeurs et une saine estime de soi ont jusqu'à présent été menés avec succès.

La pédagogie du budo peut être particulièrement utile lors du passage de l'école primaire au secondaire.

- Pour les enfants et les adolescents présentant des troubles du comportement social, des difficultés d'apprentissage, comme la dyslexie, ou souffrant de troubles de l'image corporelle et d'obésité, la pédagogie du budo peut contribuer à une meilleure perception de soi et des autres. Divers projets à ce sujet ont déjà été mis en œuvre avec succès par différents pédagogues du budo.

- Dans le domaine du coaching de budo, plusieurs offres ont été développées et mises en œuvre avec succès pour la résolution de conflits dans le management et le développement de start-ups.

- L'approche physique « Mouvement – Rencontre – Réflexion » permet notamment d'atteindre plus facilement les personnes en situation de handicap et celles souffrant de troubles psychiques et physiques. C'est ainsi que la pédagogie du budo a été appliquée avec succès pendant de nombreuses années en psychiatrie infantile et juvénile en Basse-Saxe.

BUDOPÉDAGOGIE

Les possibilités de mise en réseau et de coopération professionnelles des pédagogues du budo s'effectuent principalement par l'intermédiaire de l'association professionnelle internationale des pédagogues du budo (BudoPädagogen e.V.), lors de congrès spécialisés, de réunions d'experts et de formations continues proposées régulièrement.

Formation continue pour devenir pédagogue du budo©

La formation continue qualifiante pour devenir pédagogue du budo© permet aux pédagogues diplômés ayant une expérience dans un art martial ou un sport de combat, ainsi qu'aux professeurs d'arts martiaux ou de sports de combat, d'utiliser de manière professionnelle les aspects du budo favorisant le développement de la personnalité.

La formation se déroule en petits groupes et selon des modalités d'apprentissage spécifiques afin de pouvoir accompagner chaque participant individuellement. Les formateurs sont le fondateur, le Dr Wolters, et des pédagogues du budo expérimentés qui transmettent leurs connaissances issues de la pratique (www.weiterbildungen-budopaedagogik.de).

Conclusion

La pédagogie du budo combine les méthodes et les effets des arts martiaux traditionnels avec des approches pédagogiques, thérapeutiques et de coaching professionnelles. Elle ouvre de nouvelles voies de développement personnel, renforce les compétences sociales et crée des espaces d'apprentissage pratiques pour tous les groupes d'âge.

Plus d'informations :

Dr. phil. Jörg-M. Wolters (direction)

Tilsiter Str. 11, D-21680 Stade www.budopaedagagogik.de

À propos du Dr Wolters :

« Les travaux du Dr Wolters ont joué un rôle décisif en tant que pionniers. »

(Prof. Dr D. Rössner, UNIVERSITÉ MARTIN LUTHER DE HALLE-WITTENBERG)

« Le travail du Dr Wolters revêt à plusieurs égards un caractère pionnier. Son concept constitue une réalisation remarquable en matière de méthodologie sportive. Wolters démontre de manière convaincante son expertise. »

(Prof. Dr H. Rieder, UNIVERSITÉ DE HEIDELBERG, Institut des sciences du sport)

« Wolters est un scientifique exceptionnel et un expert de terrain »

(Prof. Dr W. Ramb, UNIVERSITÉ DE LÜNEBURG, Section de pédagogie sociale en lien avec la psychiatrie, directeur médical de la Clinique spécialisée en psychiatrie de l’enfance et de l’adolescence, Lunebourg)

« La pédagogie sociale aurait toutes les raisons de souhaiter davantage de représentants de leur discipline de l’envergure d’un JÖRG-MICHAEL WOLTERS, qui fait partie de ceux qui travaillent en première ligne de l’aide à la jeunesse auprès de jeunes particulièrement difficiles.

WOLTERS se distingue comme un pédagogue courageux et passionné qui, dans son travail exigeant auprès de jeunes très agressifs en psychiatrie et en milieu carcéral, mérite le soutien total de ses collègues spécialisés. » (Prof. Dr W. Tischner, UNIVERSITÉ TECHNIQUE DE NUREMBERG, Faculté des sciences sociales)

BUDOPÉDAGOGIE

Il n'est pas facile, dans ce monde si moderne, d'établir des critères d'évaluation, alors que nous sommes confrontés à des changements constants qui, d'un moment à l'autre, nous obligent à revoir la manière dont nous identifions et formulons nos jugements de valeur. À peine pensons-nous avoir compris les réponses que la vie vient bouleverser les questions. Dans cet article, notre invitée, Alma Alejandra Ocampo Lugo, épouse de Shidoshi Jordan Augusto, nous expliquera, comme elle le fait toujours avec profondeur, les recoins les plus sombres de l'esprit humain, qui pense à agresser, à nuire, ou, de la même manière, à s'élever, à s'améliorer, grâce à la pratique des arts martiaux.

Si nous remontons un peu dans le temps, nous verrons que depuis l’établissement des premières frontières, c’est-à-dire lorsque les premiers peuples ont commencé à se battre pour leurs territoires et, à travers eux, à établir leurs royaumes, l’art de la guerre a toujours été présent dans l’esprit humain comme un moyen de soumettre celui qui se trouvait sur son chemin. Peut-être Sun Tzu avait-il raison lorsqu’il disait : « Préparezvous au pire et espérez le meilleur. » En d’autres termes, l’esprit d’un artiste martial pense la même chose : pleurer sur le tatami et rire à la guerre. Pour nous expliquer toutes ces variables et ces compositions systématiques de l’esprit humain dans son approche consciente et progressiste, surtout à l’ère d’une modernité liquide, avec des liens sociaux verticaux, nous vous présentons la grande psychologue légiste, Alma Alejandra.

Docteur, que nous dit la science sur le profil psychologique typique de ceux qui pratiquent régulièrement un art martial traditionnel ?

Réponse : Diverses recherches montrent qu’en moyenne, les pratiquants d’arts martiaux traditionnels présentent un profil de personnalité plus équilibré et plus adaptatif que la population générale.

En termes des « cinq grands » facteurs de personnalité (Big Five), on observe qu’ils obtiennent généralement :

- Un score plus élevé en ouverture à l’expérience : intérêt pour l’apprentissage, flexibilité mentale.

- Un score plus élevé en conscience : plus grande responsabilité, organisation, persévérance et discipline face à l’entraînement.

- Un score plus élevé en extraversion : plus grande sociabilité, disposition à interagir avec le groupe d’entraînement et à participer à des activités collectives.

- Plus élevés en amabilité : plus grande disposition à coopérer, à respecter le partenaire, à éviter les conflits inutiles et à accepter la hiérarchie sans compétitivité malsaine.

- Plus faibles en névrosisme : moindre tendance à l’anxiété, à la dépression, à l’instabilité émotionnelle et à l’autocritique excessive.

En d'autres termes, ce sont généralement des personnes plus autonomes, résilientes et dotées d'une plus grande capacité d'autorégulation. Cela se traduit par des comportements tels que le fait de garder son calme face à la frustration, d'accepter les corrections de l'instructeur et de persévérer face à un échec technique.

Nous pourrions dire, en adaptant une phrase célèbre de la philosophie martiale : « La personne qui maîtrise l'art martial ne domine pas l'autre, mais elle-même ».

Cette maîtrise interne correspond très bien à ce que, en psychologie, nous appelons le « locus de contrôle interne » : le sentiment d’être responsable de ses réactions et de ses comportements, plutôt que victime de circonstances extérieures.

Cela signifie-t-il que les pratiquants d’arts martiaux sont des personnes moins agressives ou, plutôt, simplement plus « fortes » ?

Réponse : C'est un sujet délicat, car il existe une idée très répandue selon laquelle apprendre à frapper ou à maîtriser autrui augmente l'agressivité. Cependant, les données indiquent le contraire : la pratique structurée des arts martiaux tend à réduire l'agressivité et à accroître la maîtrise de soi.

Dans des recherches comparant des pratiquants d'arts martiaux à des personnes qui ne s'entraînent pas, on observe que les pratiquants d'arts martiaux : - font état d’une colère globale et d’une colère-hostilité moindres

- proposent des stratégies d’adaptation plus actives (anticipation, planification, recherche de soutien) face à la colère, plutôt que des expressions explosives - développent un niveau plus élevé d’autorégulation émotionnelle, ce qui permet de contenir la réponse impulsive même en cas de provocation.

Même dans les arts où le contact est intense, comme dans cette École Traditionnelle d'Ogawa Sensei et de sa famille, on a constaté que la maîtrise de soi fonctionne comme un « frein » à l'agressivité : la personne peut ressentir la tension interne, mais apprend à la canaliser dans des techniques, des mouvements et des décisions, et non dans une violence diffuse.

Du point de vue de la psychologie, cela se traduit par une idée centrale : « La maîtrise de soi n’est pas une faiblesse, mais la source de la véritable force ».

En psychologie légale, ce type de profils présente un intérêt particulier, car on sait que la violence impulsive est souvent liée à une faible régulation émotionnelle, une forte irritabilité et une faible tolérance à la frustration. Le fait qu’un groupe de personnes, exposé à s’entraîner aux coups et aux contacts physiques, développe précisément plus de maîtrise de soi et moins de colère, est une découverte très pertinente pour la prévention de la violence.

Du point de vue de la psychologie légale, quel est l’intérêt d’analyser ces personnes ?

N’est-ce pas plutôt du ressort de la psychologie du sport ?

Réponse Au cours de ma carrière, j’ai travaillé en psychologie du sport ; la distinction entre « psychologie du sport » et « psychologie légale » n’est pas aussi rigide qu’on le pense. En psychologie légale, on étudie les comportements à risque, la capacité de maîtrise de soi, la prise de

décision sous stress et la relation entre l’entraînement physique et la régulation émotionnelle. Si l'on considère que bon nombre des comportements qui aboutissent devant un tribunal (violence domestique, agressions dans la rue, abus de force, délits impulsifs) sont influencés par une faible régulation émotionnelle et une forte impulsivité (sans oublier les antécédents familiaux, la structure psychique, le contexte de vie commune, etc.), alors les pratiquants d'arts martiaux constituent un groupe de « résistance » intéressant.

Des études montrent que :

- Les personnes qui pratiquent régulièrement les arts martiaux présentent un niveau d’anxiété et de dépression inférieur à celui de la population générale, ce qui réduit le risque de symptômes pouvant conduire à des comportements inadaptés.

- Ils développent une plus grande résistance au stress, une meilleure concentration et une plus grande capacité de prise de décision dans des situations de pression, des compétences très précieuses non seulement dans le sport, mais aussi dans les contextes de sécurité et d’ordre public.

En ce sens, un instructeur d’arts martiaux traditionnels peut être considéré comme un « entraîneur de maîtrise de soi » : il n’enseigne pas seulement des techniques, mais aussi des règles de conduite, le respect, une hiérarchie non violente et la maîtrise de la colère.

Il y a quelques années, j’ai commencé ma pratique des arts martiaux traditionnels dans cette école ; auparavant, j’avais pratiqué les arts martiaux de manière sportive pendant 12 ans et, dans ce cas, en parlant de ma propre expérience, de mon expérience en psychologie du sport et en psychologie légale, je constate qu’il n’existe pas de « type d’artiste martial » unique. Différentes études ont identifié des groupes psychologiques distincts au sein de la population des pratiquants, en fonction de la résilience, de la motivation, des stratégies d'adaptation et du contexte de vie.

Une étude récente analysant les profils psychologiques et sociodémographiques des pratiquants d'arts martiaux nous indique que la même pratique martiale peut avoir des effets différents selon la personne qui la pratique et le contexte dans lequel elle s'inscrit.

Un jeune sans responsabilités familiales, peu intégré socialement et bénéficiant d’un enseignement de mauvaise qualité, peut moins profiter des bienfaits psychologiques et rester vulnérable à la colère et à l’impulsivité.

Du point de vue de la psychologie légale, cela indique qu’il ne suffit pas de savoir « s’il pratique les arts martiaux », mais qu’il faut analyser :

- Le type d’école (climat de respect, règles claires, hiérarchie non humiliante).

- La motivation (recherche de la maîtrise de soi, défense personnelle, santé vs besoin de domination sur les autres).

- L’environnement social et familial du pratiquant.

Ce type de norme éthique, lorsqu’il est intériorisé, devient un facteur de protection contre les comportements violents, ce que la psychologie légale apprécie particulièrement dans les évaluations de risque.

Je voudrais terminer cet entretien en citant une phrase célèbre de D.T. Suzuki sur la discipline martiale :

« La discipline du champion n’est pas seulement physique, mais c’est aussi la discipline de ne pas céder à la colère ».

« Les personnes qui pratiquent régulièrement les arts martiaux présentent un niveau d’anxiété et de dépression inférieur à celui de la population générale, ce qui réduit le risque de symptômes pouvant conduire à des comportements inadaptés »

La philosophie des Art Martiaux va bien au-delà du simple apprentissage de techniques d'autodéfense ou de la victoire sur un adversaire. Il s'agit d'un cheminement de développement personnel qui façonne à parts égales le corps, l'esprit et le caractère. Dans de nombreuses cultures, notamment en Asie de l'Est, les Arts Martiaux ne sont pas considérés comme une simple discipline physique, mais comme une philosophie de vie profondément ancrée dans des principes éthiques et spirituels.

La maîtrise de soi est un élément central de la philosophie des arts martiaux. Ceux qui pratiquent les arts martiaux apprennent rapidement que la force brute seule ne suffit pas. Il s’agit plutôt de maîtriser des émotions telles que la colère, la peur ou l’orgueil. Un véritable pratiquant d’arts martiaux n’agit pas de manière impulsive, mais de façon consciente et délibérée. Cette capacité à faire preuve de maîtrise de soi se répercute également dans la vie quotidienne : les conflits ne s’aggravent pas, mais sont résolus avec calme et lucidité.

Le principe du respect est étroitement lié à la maîtrise de soi. Dans presque tous les arts martiaux, l'entraînement commence et se termine par une révérence. Ce geste symbolise le respect envers le professeur, les partenaires d'entraînement et l'art lui-même. Le respect signifie également reconnaître ses propres limites et reconnaître les capacités des autres. Sans respect, l'entraînement sombrerait rapidement dans le chaos, voire deviendrait dangereux.

Un autre aspect important est la discipline. Les arts martiaux exigent une pratique continue, de la patience et de la persévérance. Les progrès ne se font pas du jour au lendemain, mais grâce à des années de dévouement. Cette discipline façonne non seulement le corps, mais aussi l’esprit. Elle enseigne à poursuivre ses objectifs avec constance et à accepter les revers comme faisant partie du processus d’apprentissage. Ceux qui suivent cette voie développent une force intérieure qui s’étend bien au-delà de l’entraînement.

La philosophie des arts martiaux met également l'accent sur l'équilibre entre la dureté et la souplesse. De nombreux systèmes enseignent à ne pas combattre directement la force de l'adversaire, mais à la rediriger. Ce principe montre que la souplesse est souvent plus efficace que la force rigide. C'est une leçon qui peut également s'appliquer à la vie : toutes les résistances ne doivent pas être surmontées de front ; il est parfois plus sage de s'adapter et d'attendre le bon moment.

La recherche de l'harmonie intérieure est un concept profond des arts martiaux. Le combat est considéré non seulement comme un conflit extérieur, mais aussi comme le reflet de l'état intérieur de chacun. Ceux qui sont agités intérieurement agiront de manière décousue et hésitante au combat également. C'est pourquoi de nombreux arts martiaux accordent une grande importance à la méditation et aux techniques de respiration. Celles-ci aident à apaiser l'esprit et à développer une perception claire.

De plus, la responsabilité joue un rôle crucial. Les pratiquants d’arts martiaux possèdent des compétences qui peuvent être potentiellement dangereuses. C’est pourquoi on leur enseigne à n’utiliser ces pouvoirs qu’en cas d’urgence. Le véritable maître n’est pas celui qui se bat constamment, mais celui qui évite les conflits. Cette attitude favorise une conscience éthique et une prise de conscience des conséquences de ses propres actions.

L’humilité est un aspect souvent sous-estimé. Plus une personne apprend, plus elle se rend compte de tout ce qu’il lui reste à découvrir.

Cette prise de conscience protège contre l'arrogance et favorise une attitude ouverte envers les nouvelles expériences. Dans les arts martiaux, il n'y a pas de but final, mais seulement un cheminement continu vers l'amélioration.

En fin de compte, les arts martiaux constituent également un voyage de découverte de soi. Grâce à un entraînement intensif, on apprend non seulement des techniques, mais on apprend aussi à mieux se connaître. Les forces et les faiblesses apparaissent, les peurs sont surmontées et la confiance en soi grandit. Ce développement personnel est souvent le bénéfice le plus précieux qu'offrent les arts martiaux.

En résumé, on peut dire que la philosophie des arts martiaux va bien au-delà du combat physique. Elle inculque des valeurs telles que le respect, la discipline, la maîtrise de soi et la responsabilité. En même temps, elle offre un chemin vers l'équilibre intérieur et l'épanouissement personnel. Ceux qui s'engagent sérieusement dans les arts martiaux découvrent non seulement une méthode d'autodéfense, mais aussi un mode de vie qui mène à une plus grande conscience, force et harmonie.

“ En résumé, on peut dire que la philosophie des arts martiaux va bien au-delà du combat physique. ”

TAKE 5 :

L'ORIENT ET L'OCCIDENT : UNE CULTURE COMMUNE

GRÂCE À LA THÉORIE DES 5 ÉLÉMENTS

Au cours du siècle dernier, les cultures orientales se sont répandues à travers le monde. Dans le domaine des arts martiaux chinois, on parle de plus en plus des 5 éléments, qui constituent les fondements de la culture de l'Empire céleste. Ces principes découlent de simples observations faites par les sages d’autrefois : l’eau jaillit des sources de montagne ; en s’écoulant, elle nourrit la végétation — et donc le bois — qui sert à faire du feu ; les cendres de ce feu nourrissent la terre, sous laquelle se trouve le métal. Et, pour boucler la boucle, le métal sert à fabriquer des outils qui recueillent l’eau. En effet, tôt le matin, les agriculteurs trouvent toujours leurs outils métalliques mouillés, voire dégoulinants. Cette simple observation de la nature est le fondement de toute la pensée chinoise : médecine, acupuncture, massage, moxibustion, organisation spatiale, et même arts martiaux tels que le Tai Chi Chuan, le Hsing I Chuan et le Pa Kua.

Et en Occident, rien de tout cela ?

Sommes-nous, Occidentaux, de simples matérialistes voués à la technologie et à l’économie ?

Comme d’habitude, ce n’est pas le cas !

Un rapide coup d’œil à n’importe quel texte de philosophie révélera des analogies frappantes entre l’Orient et l’Occident. Le point commun entre les deux hémisphères réside précisément dans les 5 éléments. Comme nous le verrons, les éléments occidentaux diffèrent très peu des éléments chinois.

En Occident.

Comme nous le savons, la Grèce antique, en particulier vers le VIe siècle avant J.-C., était parsemée de cités-États florissantes. La culture grecque s’est enrichie grâce à des voyages maritimes constants qui les ont poussés à explorer des terres lointaines. Les Grecs ont appris la géométrie des Égyptiens, l’astronomie et le calendrier des peuples d’Asie Mineure. Ils ont également créé un langage précis capable de décrire le monde et les événements.

Les intellectuels de cette époque ont commencé à concevoir l’idée que la création n’était pas le fruit du hasard, mais qu’il existait un ordre caché et, surtout, un principe originel.

Le philosophe Anaximandre (546 av. J.-C.) émit l’hypothèse que la Terre était suspendue dans l’espace et que toutes les créatures provenaient de l’eau, les humains ayant évolué à partir des poissons. Pour lui, l’eau était donc la substance primordiale.

Vers 500 av. J.-C., Héraclite identifia le feu comme l’origine des choses et de la vie. Le philosophe concevait l’existence comme un flux continu ; sa célèbre maxime est : « On ne peut pas se baigner deux fois dans le même fleuve. »

Anaximène, quant à lui, a choisi l’air comme principe fondamental (arché). Il a soutenu que la raréfaction de l’air donnait naissance au feu, tandis que la condensation générait les nuages et la pluie — et donc l’eau — ainsi que des substances solides telles que la terre et la pierre.

Empédocle croyait qu’il n’y avait pas un seul élément fondamental, mais quatre : l’air, l’eau, la terre et le feu. Ces éléments immuables, interagissant les uns avec les autres de différentes manières et dans différentes proportions, ont donné naissance à la création.

Le géant de la pensée grecque, Aristote, a ajouté un cinquième élément aux quatre premiers, un élément qui est resté un sujet de débat jusqu’à la découverte de la mécanique quantique : l’éther.

Aristote a également établi une sorte d’échelle allant du plus dense au plus « éthéré » (précisément).

La terre, l’élément le plus lourd et le plus dense, occupe le centre de l’univers

L’eau, un fluide moins dense capable de suivre son cours naturel

L’air, encore plus léger que les deux précédents (la terre et l’eau)

Le feu, l’élément le plus léger de tous, ayant tendance à s’élever vers le haut.

L’éther est la fameuse quintessence, le plus parfait des éléments, et, selon Aristote, il gouverne les corps célestes.

Il est intéressant de noter à quel point les idées de ces philosophes grecs ressemblent étroitement à la pensée orientale, qui voit l’origine des choses dans l’identification et la combinaison des éléments.

Comparons ce que nous venons de dire : en Chine, nous avons les cinq éléments — l’eau, le bois, le feu, le métal et la terre — et, comme nous pouvons le constater, trois sur cinq coïncident avec les éléments occidentaux.

En Inde, en revanche, on trouve : la Terre (Prithvi), l’Eau (Jala), le Feu (Agni), l’Air (Vaju) et l’Espace ou l’Éther (Akasha). Pour comprendre l’application pratique des cinq éléments dans le monde occidental, il faut se tourner vers la médecine du passé.

La théorie des tempéraments et les 5 éléments en médecine occidentale

Dans la médecine hippocratique, cette théorie a été étudiée et développée par Galien de Pergame. Galien était le médecin de Marc Aurèle et d’autres empereurs romains. Aujourd’hui, lorsque nous voyons « préparation galénique » dans une pharmacie, nous faisons référence à ce médecin, philosophe et scientifique né en Asie Mineure (129–216 apr. J.-C.). Son nom est devenu synonyme de préparations sur mesure, mais c’est son travail sur les tempéraments qui nous intéresse ici. Il a développé la théorie des quatre humeurs et, comme en médecine chinoise, la santé est liée au concept d’équilibre. Les humeurs sont : le sang, le flegme (la lymphe), la bile jaune et la bile noire. Si un déséquilibre survient entre ces quatre éléments, une maladie physique ou mentale — ou les deux — apparaît. Chacun de ces humeurs est étroitement lié à l’un des éléments primordiaux :

Le tempérament colérique découle de l’élément feu

Le tempérament sanguin de l’élément air

Le tempérament mélancolique de l’élément eau

Le tempérament flegmatique de l’élément terre.

La théorie fut ensuite abandonnée, pour être redécouverte plus tard par Rudolf Steiner (fondateur de l’anthroposophie et de l’eurythmie). Aujourd’hui, la théorie des cinq éléments fait son grand retour avec la redécouverte des théories systémiques qui prennent de plus en plus en compte les relations entre le corps, l’esprit et l’environnement…

Les 5 éléments chez l’être humain

Un être humain est en bonne santé psychophysique lorsque les éléments sont équilibrés au sein de son corps énergétique. Si l’on se réfère à la tradition orientale, l’eau représente le yin, le feu représente le yang, et l’air est le principe d’équilibre ou neutre. L'élément terre les contient et les ancrent, tandis que l'élément espace (ou éther) permet la vision et l'intuition d'un autre monde.

Le tempérament personnel, le mode de vie et de nombreuses influences externes perturbent l'équilibre des éléments, amenant l'un à dominer les autres. Certaines séquences de mouvements, telles que les formes du système « Take 5 », rétablissent cet équilibre en accordant une plus grande attention à l'élément déficient sans pour autant négliger les autres. En d’autres termes, vous travaillez toujours sur tous les éléments, mais vous consacrez davantage de temps et d’attention à l’élément qui vous manque. Votre intuition vous guidera quant à ce qui est nécessaire. Le cinquième élément (l’espace, l’éther ou l’univers) nécessite toutefois un traitement particulier — une considération distincte qui ne peut être abordée qu’après avoir acquis une conscience suffisante des quatre éléments fondamentaux.

La tradition indienne, en particulier celle du yoga, identifie les qualités de chaque élément (les 5 tattwas) : Terre : c'est le symbole de la stabilité, de la force et de la confiance en soi. Les postures qui expriment la puissance, la solidité et l'ancrage aident à développer cet élé-

ment chez ceux qui en manquent. L'élément terre est le dernier élément créé par l'éther au cours de son processus de solidification. L'élément terre implique les trois autres éléments (feu, eau, air). Sa polarité négative conduit les gens à être impatients, paresseux, irresponsables et pédants. La polarité positive de l’élément, en revanche, apporte la stabilité, la capacité à raisonner de manière rationnelle et stratégique (« garder les pieds sur terre ») et la fermeté dans la prise de décision.

L’eau : c’est le symbole de la fluidité, mais aussi de la purification et de la capacité à s’adapter à toute situation. Les personnes rigides dans leur corps et leur esprit devraient pratiquer des mouvements qui favorisent le développement et l’harmonisation de cet élément. Ses attributs fondamentaux sont le froid et la contraction. Dans sa polarité active, l’élément eau est un générateur de vie ; dans sa polarité passive, cependant, les attributs sont négatifs, tels que la décomposition, la fermentation, la division et la dispersion. Une personnalité présentant un excès de l’élément eau exprime de l’indifférence, de l’apathie, de la froideur, de la timidité, de l’insolence et de l’instabilité. La polarité positive, en revanche, apporte de la fluidité à la pensée et au corps, du sang-froid face aux situations difficiles et la capacité de s’adapter à n’importe quelle situation.

L’air : c’est le symbole de la respiration libre, de la légèreté et du mouvement délicat mais précis. Les personnes qui se prennent trop au sérieux, qui ne baissent jamais leur garde, qui ont tendance à faire une tragédie de chaque événement, ont besoin d’équilibrer et de développer l’élément air. Il agit comme un médiateur entre les deux éléments contrastés, l'eau et le feu. Sous sa forme négative, l'air exprime une personnalité frivole et présomptueuse qui conduit aux commérages et au gaspillage. Sous sa polarité positive, l'élément air exprime la légèreté et la capacité à éviter de s'impliquer trop profondément, notamment dans l'expression des émotions ; il aide à affronter la vie sans fardeau émotionnel.

Feu : C'est le premier élément généré par l'Akasha (éther) ; le feu représente également la lumière. Le célèbre « Fiat lux » était l'expression de l'élément feu qui a généré la lumière. Ce principe élémentaire symbolise la chaleur, l'énergie du

«

Un être humain est en bonne santé physique et mentale lorsque les éléments sont équilibrés au sein de son corps énergétique. Si l'on se réfère à la tradition orientale, l'eau représente le Yin, le feu représente le Yang, et l'air est le principe d'équilibre ou de neutralité. »

changement, l'action dynamique et la puissance sans lourdeur. Les personnes qui ont besoin d'être plus décisives, énergiques, proactives et déterminées doivent développer et équilibrer l'élément feu. L’aspect positif de l’élément feu permet de rechercher la chaleur dans les relations humaines, d’impliquer les gens et d’enflammer les esprits. Dans sa polarité positive, il représente également l’expansion et la capacité à générer de l’énergie pour le développement de projets. Dans sa polarité négative, cependant, le feu exprime l’irrationalité, la destruction et la désintégration. La jalousie, la colère et l’incapacité à se contrôler sont également des aspects négatifs.

L'espace ou l'éther. Selon la sagesse indienne, c'est l'élément qui engendre les quatre autres. C'est également l'élément qui nous relie à l'inconscient collectif, au champ métamorphique, à l'au-delà ; il se cultive au mieux par la méditation statique et la méditation en mouvement. Le développement de cet élément est particulièrement utile pour les personnes trop matérialistes, pour celles qui ne se soucient que de leurs possessions, qui sont trop attachées à l’argent, au travail et au statut social. C’est l’élément de la connaissance universelle.

« L’élément Terre est représenté par le Nord

L'élément Eau par l'Ouest

L'élément Feu par le Sud

L'élément Air par l'Est »

La répression en Occident

Revenons maintenant en Occident où, comme nous le savons, il y eut une campagne répressive qui impliquait la torture et la mort par le bûcher pour tous ceux qui s’écartaient de la « vraie foi ». Certaines confessions religieuses ne pouvaient tolérer la concurrence et, en s’alliant aux figures puissantes de l’époque (rois, empereurs, dictateurs, chefs d’État) et en exploitant l’ignorance et les peurs du peuple, elles portaient des accusations simplistes de sorcellerie ou d’hérésie. Ces accusations conduisaient très facilement à une condamnation à mort et à la destruction de tout matériel éducatif tel que livres, symboles, statues, amulettes, etc.

Les livres furent les premiers à être placés à l’Index, faciles à découvrir, difficiles à cacher. Il existe toutefois des exceptions notables, telles que les manuscrits de la mer Morte et les textes de Nag Hammadi, qui furent probablement cachés pour éviter leur destruction (bien que diverses théories existent à ce sujet). Ailleurs, les connaissances anciennes ont été préservées sous forme de symboles. Ceux-ci pouvaient prendre la forme que l’on imagine — dessins ou gravures — ou être encore plus invisibles, cachés dans des peintures ou des sculptures, et même dans les plans sur lesquels de somptueuses cathédrales ont été construites. Savoir bien cacher les choses servait non seulement à transmettre des connaissances occultes (ainsi nommées parce qu’elles étaient cachées), mais aussi à sauver sa peau.

« L'élément Terre est représenté par l'Hiver

L'élément Eau par l'Automne

L'élément Feu par l'Été

L'élément Air par le Printemps »

Il suffit de penser que des gens ont été brûlés sur le bûcher pour bien moins que cela, et l’exemple de Giordano Bruno, brûlé vif sur la place publique le 17 février 1600, devrait donner une idée claire des temps difficiles auxquels était confrontée toute forme de pensée dissidente ou alternative. On peut également mentionner Galilée, qui fut contraint de se rétracter de ses hypothèses scientifiques pour éviter le même sort. Parfois, cependant, pour mieux cacher quelque chose, il faut tout mettre au grand jour. C’est cequ’ont fait certaines personnes. Dans ma jeunesse, armé de connaissances scientifiques et imprégné de la philosophie des Lumières, je me moquais de ceux qui se faisaient tirer les cartes de tarot. Je pensais que ces cartes, mis à part leur indéniable attrait esthétique, n’avaient absolument rien d’intéressant ; en fait, c’était un jeu pour les esprits simples. De toute évidence, j’avais tort, car le tarot était un livre !

Un texte que seuls ceux qui en comprenaient le langage pouvaient lire. Des figures illustres du monde de l’art ont été fascinées par le tarot et en ont fait le sujet de leurs études : le célèbre psychologue Carl Gustav Jung, le peintre flamand Jérôme Bosch, le lauréat du prix Nobel Dario Fo, l’écrivain et érudit René Guénon, l’artiste et réalisateur Alejandro Jodorowsky…

Tout aussi intéressantes sont les cartes à jouer ordinaires, dont les quatre couleurs représentent les quatre éléments.

Examinons leur signification :

L'élément Terre est représenté par les Pentacles

L'élément Eau par les Coupes

L'élément Feu par les Baguettes

L'élément Air par les Épées

Les éléments sont également représentés sous la forme de figures angéliques ; dans la tradition, chaque élément est visualisé comme un archange :

L'élément Terre est représenté par Uriel

L'élément Eau par Gabriel

L'élément Feu par Michel

L'élément Air par Raphaël

Les quatre éléments correspondent également aux quatre saisons

L'élément Terre est représenté par l'Hiver

L'élément Eau par l'Automne

L'élément Feu par l'Été

L'élément Air par le printemps

Et même aux quatre points cardinaux :

L'élément Terre est représenté par le Nord

L'élément Eau par l'Ouest

L'élément Feu par le Sud

L'élément Air par l'Est

Il est intéressant de noter qu'il existe également des positions et des mouvements pouvant être associés aux 5 éléments (dans ce cas, nous incluons également la quintessence, à savoir l'éther/l'Espace) ; La tradition orientale, en particulier celle de l’Asie du Sud-Est, a su préserver cet aspect mieux que la tradition occidentale. Les cultures orientales ont utilisé le mouvement pour préserver le savoir ; ainsi, au sein de séquences de mouvements telles que les danses ou les « formes », le savoir ancien est préservé, permettant de puiser dans les énergies primordiales représentées par les cinq éléments. Certaines postures de yoga, par exemple, remplissent la même fonction : mettre l’individu en contact avec les sources d’énergie originelles.

Le système Take 5

Le système se compose de seulement 5 sessions, d’une durée de 10 heures chacune, au cours desquelles un élément est abordé à la fois. Nous commençons par l’élément eau, en apprenant :

1. Philosophie. Une exploration de l’élément eau, de ses qualités positives et négatives, ainsi qu’une méditation sur l’eau associée

2. Postures. Postures associées à l’élément eau, également connues sous le nom de yoga de l’eau

3. Mouvement. Les séquences de mouvements de l’élément eau, ou les formes de l’eau

4. Respiration. La respiration de l’eau

5. Thérapie. Le contact énergétique basé sur l’élément eau est une pratique en binôme visant à utiliser l’énergie de l’élément eau pour aider à améliorer l’état psychophysique de l’autre personne.

Le même schéma se répète pour chacun des éléments jusqu’au dernier, à savoir l’éther (ou l’espace), qui permet le développement d’un état de conscience.

Une fois qu’il aura appris à puiser dans les ressources de chacun des 5 éléments, tel un alchimiste moderne, le praticien de Take 5 saura comment appliquer un mélange approprié des 5 facteurs primordiaux à lui-même et aux autres, contribuant ainsi à façonner le caractère, le mouvement, les émotions, les schémas de raisonnement, les relations avec les autres, et même la santé.

En étudiant les éléments, on revient à une approche holistique plutôt que sectorielle, où la méditation, la respiration, le yoga, la pratique des formes, la philosophie et la thérapie contribuent toutes ensemble à rétablir l’équilibre chez les humains modernes, qui sont de plus en plus éloignés d’eux-mêmes.

Les enchaînements de mouvements du système Take 5 s’inspirent des cinq éléments et de leur rééquilibrage habile.

Les Dragons aux portes

Le résumé qui vous est présenté ici reflète ma compréhension de la manière dont les techniques d’autodéfense civile et domestique à mains nues ont vu le jour, ont évolué par la suite et ont finalement constitué le fondement sur lequel le karaté s’est développé. Bien que cette explication soit succincte et ne mentionne pas les pionniers qui ont le plus contribué à définir son orientation, je suis convaincu qu’elle est convaincante et ne perd rien de sa force malgré sa brièveté.

Un cadeau pour la paix mondiale

L'art du karaté représente la fusion parfaite entre la science et l'art, qui s'unissent pour créer une magie transformatrice. Cette tradition séculaire offre un cheminement sur lequel le voyage de la découverte de soi peut mener à une vie saine, heureuse et pleine de sens. Très exigeant et profondément contemplatif, le karaté-do peut être un pont entre l'acceptation de soi et l'autoprotection — une méthode unique pour conditionner le corps, cultiver l'esprit et nourrir l'âme. C'est le cadeau d'Okinawa à la paix mondiale.

Qu'est-ce que la tradition ?

Pourtant, malgré son importance, une leçon apparemment simple sur la nature de la tradition est trop souvent mal comprise, négligée de manière suspecte ou délibérément évitée. Voilée par l’ambiguïté culturelle, déformée par le temps, les malentendus et la propagande intéressée, la véritable nature de la tradition reste l’un de ses enseignements les plus importants. Une exploration approfondie de son évolution précoce et éclectique révèle le processus inévitable que les premiers pionniers ont utilisé dans leur quête de compétence fonctionnelle. Une telle découverte peut servir à inspirer chacun d’entre nous à aller au-delà de nos limites, à nous libérer des chaînes de la conformité et à embrasser la nature merveilleusement innovante de la tradition.

Histoire

Au commencement, il n’y avait rien — puis vinrent les hommes. Un nombre immense d’hommes. Les premiers humains sont passés de couples à des clans, puis à des communautés plus vastes, et finalement à des sociétés, grâce à la sécurité qu’offre le nombre. La loi du plus fort a engendré une lutte inhérente — une lutte pour la survie. La violence physique a évolué parallèlement à l’humanité en tant que mécanisme d’adaptation pour la survie, la sécurité et le contrôle. La peur a cédé la place à la nécessité, et la nécessité est devenue la mère de l’invention.

La nécessité est le berceau de la découverte, et les premières civilisations ont commencé à développer des méthodes pour comprendre, répertorier et gérer les actes de violence physique, armés ou non, considérés comme inhérents à la nature humaine. Une théorie suggère que le sport a initialement évolué comme un moyen d’apprendre à chasser, à se battre et à se protéger. À travers une histoire incalculable de brutalité civile, l’observation empirique a permis aux esprits les plus innovants d’améliorer continuellement des pratiques de combat embryonnaires.

Armes à feu

Les sanctuaires monastiques se sont avérés être parmi les terrains d'essai les plus fructueux où des méthodes de combat hautement fonctionnelles ont évolué dans un relatif secret. En tant qu'enseignements convoités, ces méthodes sont finalement devenues très recherchées — puis, malheureusement, sont tombées tranquillement en désuétude après l'essor et la popularité des armes à feu parmi les roturiers au milieu du XIXe siècle. Avec peu ou pas d'entraînement formel d'aucune sorte, un adversaire armé ne craignait plus même le combattant le plus redoutable. Une seule balle suffisait.

« L'art du karaté représente la fusion parfaite entre la science et l'art, qui s'unissent pour créer une magie transformatrice. »

Perdues dans les sables du temps

Pourtant, bien qu’elles fussent considérées comme inférieures, les pratiques de combat à mains nues ne disparurent pas complètement. Les esprits dominants y virent un autre avantage à préserver ces traditions ancestrales. Grâce à des modifications calculées, les kata devinrent un complément efficace à la machine de guerre japonaise — utilisés comme routines de gymnastique structurées pour favoriser la forme physique, la conformité sociale et l’esprit combatif parmi de grands groupes d’écoliers en préparation à la conscription militaire. N’étant plus appréciés pour leurs pratiques de combat à mains nues autrefois très fonctionnelles, ces enseignements intemporels se perdirent dans les sables du temps.

Un microcosme culturel

En tant que loisir culturel, la popularité de cette pratique modifiée a connu une croissance exponentielle. Cette pratique naissante a pris de nouvelles caractéristiques, façonnées à l’image des traditions japonaises du budo qui ont le plus influencé sa croissance et son orientation — à savoir le kendo et le judo. Ayant évolué en un loisir culturel fascinant et en un sport hautement exigeant et régi par des règles, cette tradition est désormais pratiquée par des passionnés aux quatre coins du monde. Des dragons aux portes Aujourd’hui, tout comme la nécessité a autrefois donné naissance à une interprétation contemporaine issue du ventre de la tradition classique, la nature a bouclé la boucle. Un mouvement de fond a donné naissance à une nouvelle génération d’apprenants — des pratiquants déterminés à redécouvrir l’art originel et ses enseignements intemporels. Les pratiques d'application à deux, tant convoitées et longtemps enfouies sous des couches de performance et de conformisme, ont ouvert les vannes de la pensée critique et forcent le conformisme à se noyer progressivement dans les profondeurs de sa propre ignorance.

C'est cela, la tradition. C'est cela, la voie du KU.

Okinawa

Patrick McCarthy Hanshi et l’Open Circle

Un voyage à Okinawa et la tradition vivante des Arts Martiaux

« La tradition n’est pas le culte des cendres, mais la préservation du feu. »

Patrick McCarthy Hanshi

Mon récent voyage au Japon était bien plus qu’un simple déplacement : c’était un retour aux sources des arts martiaux, un renouement avec l’histoire et une étape décisive sur le plan personnel.

Au cœur de ce voyage se trouvait Okinawa… et des retrouvailles avec Patrick McCarthy Hanshi.

Je l’ai rencontré pour la première fois en 1985, alors que j’étais un jeune pratiquant au Japon. Dès cette toute première rencontre, nous avons partagé une vision commune : les arts martiaux traditionnels doivent être plus qu’un rituel ; ils doivent refléter la réalité des conflits humains. Cette idée m’accompagne depuis lors.

Cette fois-ci, j’ai eu le privilège de séjourner chez Patrick McCarthy Hanshi et son épouse, Yuriko, à Okinawa. Leur hospitalité était généreuse et sincère, mais plus encore : elle m’a offert quelque chose de rare : du temps. Du temps pour m’entraîner, échanger des idées et nouer des liens avec des maîtres okinawais chevronnés, dans le berceau du karaté.

L’un des moments les plus émouvants de ma visite a été de recevoir le titre de Hanshi et le grade de 9e dan. Je n’accepte pas cela comme une arrivée au but, mais comme une responsabilité : celle de continuer à apprendre, à enseigner et à évoluer.

Patrick McCarthy Hanshi est l’une des plus grandes autorités en matière d’arts martiaux classiques. Né au Canada et formé par des décennies passées en Australie, aux États-Unis et au Japon, il réside aujourd’hui à Okinawa. Autrefois l’un des instructeurs de séminaires les plus recherchés au monde, il a passé plus de trente ans à voyager à l’international, animant des centaines de séminaires dans plus de trente pays.

En tant que directeur fondateur de l’International Ryukyu Karate Research Society (IRKRS) et créateur du Koryu Uchinadi, son travail fait le pont entre le passé et le présent : il préserve les principes fonctionnels du karaté traditionnel d’Okinawa tout en les rendant accessibles aux pratiquants modernes.

Ses études remontent à des figures influentes telles que Kinjo Hiroshi, Hanashiro Chōmo, Itosu Ankō et Matsumura Sōkon. Pourtant, ce qui définit son travail, ce n’est pas seulement la lignée, mais la capacité à questionner, analyser et donner un sens à ce qui était souvent laissé inexpliqué.

« En tant qu'athlète de compétition, il a excellé dans de multiples disciplines : kata, kumite, armes, et bien plus encore. Son expérience couvre le karaté, le jujutsu, le judo, le kobudo et les traditions du sabre japonais, reflétant une vie entière consacrée à ces arts. »

En tant qu’athlète de compétition, il a excellé dans de multiples disciplines : kata, kumite, armes et bien d’autres encore. Son expérience couvre le karaté, le jujutsu, le judo, le kobudō et les traditions de l’épée japonaise, reflétant une vie entière consacrée à ces arts.

Sa traduction du Bubishi reste l’une des contributions les plus importantes à l’étude moderne du karaté, ouvrant au monde entier un texte autrefois obscur.

Au fil de décennies de voyages et de recherches à travers Okinawa, le Japon continental, la Chine, l’Asie du Sud-Est et les Philippines, Patrick McCarthy Hanshi a exploré non seulement la technique, mais aussi le tissu culturel et historique d’où ces traditions ont émergé.

Parmi ses contributions les plus influentes figure le concept des « actes habituels de violence physique » (HAPV) — un cadre qui reconnecte le kata à la réalité de la manière dont la violence se produit réellement. C’est là que la tradition cesse d’être abstraite… et redevient fonctionnelle.

Mais sa plus grande contribution réside peut-être dans sa manière d’enseigner.

Il met les pratiquants au défi de réfléchir. De remettre en question. D’aller au-delà de l’imitation et de rechercher la compréhension. Son approche s’adapte à chaque individu, reconnaissant qu’il n’y a pas deux personnes qui suivent le même chemin.

Okinawa donne à tout cela un sens plus profond. Ce n’est pas seulement un lieu, c’est une archive vivante, où l’histoire n’est pas préservée derrière une vitrine, mais transmise à travers la pratique.

Ce voyage m’a rappelé quelque chose de simple, mais que l’on oublie facilement :

Les arts martiaux ne sont pas un choix entre tradition et modernité.

Ils sont le pont entre les deux.

Et grâce à des professeurs comme Patrick McCarthy Hanshi… le cercle reste ouvert destacados :

« Les arts martiaux ne sont pas un choix entre tradition et modernité.
C'est le pont qui les relie. Et grâce à des professeurs comme Patrick McCarthy Hanshi… le cercle reste ouvert »

Porter le Feu : Retour au Kyumeikan

En mémoire de Kubo Akira Sensei — Hommage d’Avi Nardia, Hanshi 9e dan

Dans les arts martiaux, on dit souvent que beaucoup de gens gravissent la même montagne par des chemins différents. Mais au fil des ans, j’ai remarqué quelque chose de troublant : trop de gens se contentent de tourner autour de la montagne, se persuadant qu’ils sont en train de l’escalader. Cette distinction — entre l’ascension authentique et la promenade confortable au pied de la montagne — est au cœur même de ce qui distingue les arts martiaux en tant que voie d’autoprotection et d’autodéfense des arts martiaux pratiqués purement comme un passe-temps ou une activité récréative. Un chemin exige tout de vous. L’autre ne demande rien.

C’est avec ces pensées à l’esprit que j’ai effectué ma dernière visite au Kyumeikan Dojo à Tokyo — cette salle d’entraînement légendaire fondée en 1957 par Kubo Kahei Sensei et perpétuée pendant des décennies par son fils, Kubo Akira Sensei, décédé le 23 octobre 2023. Akira Sensei n’était pas là. Il ne sera plus jamais là. Mais dès que j’ai franchi cette porte, j’ai pu sentir son esprit dans chaque planche usée du parquet, dans chaque trait de pinceau des calligraphies accrochées aux murs, dans chaque écho de cet espace sacré. Ce fut à la fois la visite la plus paisible et la plus triste que j’aie jamais faite dans un dojo.

Vous n’avez qu’une seule flèche

Dans ce dojo, mes pensées se sont tournées vers une histoire zen que je porte en moi depuis de nombreuses années — une histoire qui illustre parfaitement la différence entre les arts martiaux comme moyen d’autodéfense et les arts martiaux comme forme d’auto-indulgence.

Un jeune samouraï se tenait debout, armé d’un arc et de plusieurs flèches, mesurant soigneusement la distance qui le séparait de sa cible. Un moine qui passait par là s’arrêta et lui dit : « Tu n’apprendras jamais à bien tirer si tu te permets le confort de corriger un tir manqué. Au combat, il n’y a pas de seconde chance. Apprends à atteindre ta cible du premier coup — souviens-toi toujours que tu n’as qu’une seule flèche. Dans la vie aussi, tu dois tout faire avec un engagement total dès le premier instant, car il n’y aura peut-être pas d’occasion de réparer ce qui a été fait par négligence. »

C'est la philosophie incarnée par le concept japonais d'ichi-go ichi-e (一期一会) — « une fois, une rencontre ». Issu de la culture de la cérémonie du thé, il enseigne que chaque rencontre, chaque instant, est tout à fait unique et ne se reproduira jamais. Traiter un moment avec négligence, c'est gaspiller quelque chose qui ne pourra jamais être récupéré.

Je me souviens très bien de ma première leçon de Kyudo. Le professeur nous a regardés et a dit, avec un sérieux absolu : « Le but n’est pas d’atteindre la cible. » J’étais perplexe. Je suis, par nature et par formation, une personne profondément pragmatique. J’ai passé ma vie à étudier les arts martiaux sous l’angle de leur application dans le monde réel — le Kendo, l’Iaido, le Jodo, le Kenjutsu et les techniques de combat modernes. Quand quelqu’un me dit que le but n’est pas d’atteindre le but, j’exige des explications. Mais avec le temps, j’ai compris. En Kyudo, comme dans la vie, c’est la perfection du processus — le calme de l’esprit, la justesse de la posture, la pureté de l’intention — qui produit le résultat. La flèche atteint sa cible non pas parce que vous visez, mais parce que tout le reste est parfait.

C'est ce principe qui explique pourquoi les arts martiaux sérieux doivent toujours considérer l'autoprotection et l'autodéfense comme des objectifs unifiés, et non distincts. Pratiquer une technique sans la pression d'une conséquence réelle, c'est faire le tour de la montagne. Dès l'instant où vous intériorisez qu'il n'y a qu'une seule flèche — que chaque technique, chaque décision, chaque rencontre pourrait être la seule que vous ayez —, la qualité de votre entraînement se transforme entièrement.

Du kendo à l’épée réelle

C’est Kubo Akira Sensei qui m’a d’abord aidé à comprendre que le kendo, malgré toute sa rigueur et sa discipline, est une passerelle — et non une destination. Porter une armure et frapper avec le shinai est, par nature, sans danger. Cette sécurité est ce qui permet aux débutants de progresser, ce qui permet aux pratiquants de se donner à fond sans craindre les blessures. Mais elle comporte un danger caché : celui d’oublier ce qu’est réellement l’épée.

Kubo Sensei nous rappelait qu’en réalité, on ne se livrerait pas à de longs échanges de lame contre lame. Un vrai sabre, qui rencontre un autre vrai sabre, se brise. La physique du combat réel n’a presque rien à voir avec les échanges fluides que nous pratiquons au dojo. Chaque coup « manqué » en kendo pourrait signifier la mort avec une lame réelle. C'est précisément cette compréhension qui explique pourquoi Kubo Sensei insistait pour que ses élèves adultes pratiquent non seulement le kendo, mais aussi l'iaido et le jodo. « Après avoir obtenu votre shodan en kendo, disait-il, vous devez commencer à étudier l'iaido. Vous devez comprendre le katana — en quoi il est à la fois différent et similaire au shinai en bambou que vous maniez si librement. » Puis le Jodo, avec sa précision au millimètre près et son timing impitoyable, pour redonner au pratiquant le sens viscéral du sérieux qu’exigeait l’entraînement ancestral.

Ce qui rendait le Kendo de Kubo Sensei si particulier, c’était sa profondeur et son aspect physique — et une grande partie de cela provenait d’une source qui pourrait surprendre ceux qui ne le connaissaient que comme un maître de l’épée. Kubo Sensei était également lutteur de sumo amateur, et cette expérience a laissé une empreinte indéniable sur toute son approche des arts martiaux. Le sumo n’est pas seulement une question de taille ou de force ; il s’agit d’ancrage, de lecture du corps, d’engagement explosif en plein contact, sans équipement de protection et sans marge d’erreur. Cette sensibilité s’est directement répercutée sur son kendo. Son jeu de jambes était plus lourd et plus engagé, ses entrées plus décisives, son sens de la distance guidé par cette intelligence physique brute que seul le combat au corps à corps développe.

De plus, Kubo Sensei pratiquait et préservait ce que l'on appelle souvent le kendo d'avant-guerre — une expression de cet art bien plus agressive, combative et complète que celle que la plupart des gens rencontrent aujourd'hui. Le kendo moderne, façonné par les réformes d’après-guerre et son évolution en tant que sport de compétition, tend vers le raffinement et le comptage de points. Le kendo d’avant-guerre était tout autre chose : plus direct, plus brutal dans son intention, prêt à intégrer des techniques de projection, le contact physique et un éventail plus large de tactiques reflétant ses racines dans l’art du maniement du sabre. Kubo Sensei n’a jamais permis que le kendo devienne un simple sport sous son toit. Il l’a maintenu en tant que budo — en tant que bushido — vivant, avec l’esprit et le sérieux de la tradition guerrière dont il est issu. S’entraîner sous sa direction, c’était ressentir la différence entre un jeu pratiqué avec des sabres de bambou et une discipline fondée sur la compréhension que le sabre est une arme et que le guerrier est responsable de sa vie et de celle des autres.

J’ai eu la chance de m’entraîner non seulement au Kyumeikan, mais aussi, grâce à l’extraordinaire générosité et aux relations de Kubo Sensei, aux plus hauts niveaux du monde de l’escrime japonaise. J’ai étudié à l’université Kokushikan sous la direction du légendaire Kiyoshi Nakakura Sensei — un homme qui avait été à la fois le meilleur élève de Nakayama Hakudo et un représentant envoyé s’entraîner avec Morihei Ueshiba au dojo d’Aïkido. Je me suis entraîné à Shin Kiba, le dojo du quartier général de la police, et au dojo du Palais impérial sous la direction de Sato Sensei. Chacun de ces professeurs apportait une philosophie différente, une interprétation différente de la Voie du sabre. Ensemble, ils formaient une mosaïque qu’aucun professeur seul n’aurait pu offrir.

Je suis 6e dan de kendo et je détiens des grades en iaido, jodo et kenjutsu, en plus de mes arts martiaux modernes et pratiques. Cette diversité n’était pas le fruit du hasard — elle était voulue, voulue par Kubo Sensei. Il m’a envoyé auprès de plus d’une centaine de professeurs et d’écoles différents. J’ai étudié à travers les styles, les philosophies et les traditions. Sa philosophie a toujours été : « Ouvre ton esprit — mais veille à ce qu’il ne s’ouvre pas tout seul. » Un esprit ouvert est l’un des grands cadeaux de l’étude des arts martiaux, mais ce que tu laisses entrer dans cet esprit ouvert doit toujours être mûrement réfléchi.

Porteur du feu : l’homme derrière le dojo

Kubo Akira Sensei n’était pas toujours destiné à devenir ce qu’il est devenu. Il était, à bien des égards, un rêveur — un homme qui voulait vivre librement en Amérique en tant que photographe professionnel et savourer les grands espaces de l’Australie. Il avait fait les deux. Il avait vécu en Amérique pendant sept ans, obtenu sa carte verte, et avait même été appelé sous les drapeaux pour le Vietnam avant que le destin n’intervienne. Il étudiait la vie selon ses propres termes.

Puis son père, Kubo Kahei Sensei, mourut subitement. Akira était l’aîné de trois fils. Il n’y eut ni délibération, ni décision prolongée — seulement le giri, ce concept japonais de devoir, d’obligation et d’engagement qui prime sur le désir personnel. Il est retourné au Japon, a renoncé à sa carte verte, a renoncé à l’Amérique et a pris le poids du Kyumeikan sur ses épaules. Il est devenu, à ce moment-là, le plus jeune kancho — directeur de dojo — du Japon. Sa mère est décédée peu après, et il s’est retrouvé seul, sans guide, sans manuel, apprenant tout par l’expérience et la volonté.

C’est l’histoire à laquelle je pense quand les gens idéalisent la vie d’un professeur d’arts martiaux. Le dojo n’était pas un héritage confortable transmis avec des instructions claires. C’était un fardeau accepté avec dignité, un feu qu’il fallait porter pour qu’il ne s’éteigne pas. Comme le dit la tradition : portez le feu, pas les cendres. Porter les cendres, c’est préserver la forme sans l’esprit — maintenir l’apparence d’une tradition tandis que son essence s’estompe. Kubo Sensei a porté le feu.

Sous sa direction, le Kyumeikan est devenu quelque chose d’extraordinaire. D’un simple dojo à Itabashi-ku, il s’est développé pour devenir une institution qui a touché plus de cinq mille élèves au Japon et plus de trois mille pratiquants internationaux issus de cinquante pays. Kubo Sensei a organisé cinquante-deux voyages internationaux dans trente pays, diffusant personnellement le kendo, l’iaido et le jodo à travers le monde. Sa devise — wa to shinrai, amitié et confiance — n’était pas un slogan. C'était la philosophie qui sous-tendait tout ce qu'il a construit.

Il a écrit un jour : « Nous ne sommes que des mauvaises herbes dans un champ — pas belles comme une rose, mais l'un des nombreux petits efforts en faveur de la paix et de la compréhension mondiales. » Cette humilité était sincère. Et pourtant, à sa manière discrète, ce que Kyumeikan a accompli était tout sauf insignifiant.

Les années d'uchi-deshi : vivre au dojo

J’étais l’un des uchi-deshi de Kubo Sensei — un élève interne, immergé dans la vie du dojo jour et nuit. La relation d’uchi-deshi est l’une des plus intimes dans les arts martiaux. On ne se contente pas d’assister aux cours ; on habite le monde du professeur. On absorbe non seulement la technique, mais aussi les manières, la philosophie et le rythme quotidien d’une vie consacrée au Budo.

Grâce à Kubo Sensei, des portes se sont ouvertes auxquelles je n’aurais jamais pu accéder seul. Il m’a présenté à des maîtres dont les connaissances et les lignées couvraient toute l’étendue de la tradition martiale japonaise. Il a orchestré ces rencontres avec soin — il savait quel maître me mettrait au défi de quelle manière, quelle école comblerait une lacune dans ma compréhension, quelle philosophie élargirait ma réflexion. Il n’était pas simplement un enseignant. Il était l’architecte d’une éducation martiale.

Une grande partie de ce que je suis en tant qu’artiste martial — en tant que Hanshi, en tant qu’instructeur, en tant que personne ayant développé et enseigné des systèmes de combat pratiques à travers le monde — découle directement de ces années passées au Kyumeikan et du réseau de connaissances que Kubo Sensei a construit autour de moi. On ne peut pas quantifier ce que cela signifie. On ne peut que le transmettre.

L'ancien et le nouveau : Shu-Ha-Ri

Kubo Sensei parlait souvent de Shu-Ha-Ri — les trois étapes de la maîtrise. Shu : suivre les règles à la lettre, construire les fondations, ne tolérer aucun écart. Ha : commencer à remettre en question, à échanger, à confronter les principes à d'autres idées. Ri : transcender les règles, après les avoir intériorisées si complètement qu'il n'est plus nécessaire de les suivre consciemment. Ce cadre reflète ma propre conviction, forgée par des décennies d’entraînement dans de nombreuses disciplines : pour comprendre le nouveau, il faut d’abord maîtriser l’ancien. Les arts classiques — Kenjutsu, Iaido, Jodo — ne sont pas des pièces de musée. Ils constituent le fondement sur lequel repose toute compréhension pratique du sabre. Sans ce fondement, la pratique moderne ou axée sur le sport flotte sans racines. Avec lui, tout devient plus significatif, plus précis, plus honnête.

C’est pourquoi j’ai toujours insisté, tant dans mon propre apprentissage que dans mon enseignement, sur le fait que l’autoprotection et l’autodéfense doivent être étudiées comme un tout. Ce ne sont pas des voies distinctes. Le développement intérieur exigé par la pratique classique — le calme, la discipline, l’éthique — est indissociable de ses applications extérieures. On ne peut pas développer l’un en négligeant l’autre et continuer à se qualifier d’artiste martial au sens plein du terme.

Semer la graine : le kendo arrive en Israël

Parmi les nombreuses choses que je dois à Kubo Sensei, il y en a une qui revêt une importance particulière pour moi : c’est lui qui m’a aidé à créer le premier dojo de kendo en Israël et qui, avec Sato Sensei du dojo de l’Imperial Palace, a soutenu la fondation de la Fédération israélienne de kendo en 1985 — affiliée dès sa création à la Fédération internationale de kendo. Ce n’était pas une mince affaire. Pour implanter un art martial sur un nouveau sol, il faut non seulement de l’enthousiasme, mais aussi de la crédibilité, des relations et le soutien de ceux qui sont reconnus au sein de la communauté internationale de cet art. Kubo Sensei a fourni tout cela.

La fondation de la Fédération israélienne de kendo est, à sa manière, une histoire de transmission de la flamme. Le kendo n’avait pas de place naturelle en Israël. Il n’y avait ni tradition, ni infrastructure, ni communauté établie de pratiquants. Ce qui existait, c’était la conviction que le budo — le vrai budo, avec ses fondements éthiques et son exigence d’un engagement sincère — avait quelque chose à offrir qui transcendait la culture et la géographie. Kubo Sensei y croyait fermement, et il a agi en conséquence en soutenant les efforts visant à concrétiser cette vision. Sato Sensei, dont la réputation au sein du monde des arts martiaux japonais a conféré à la fédération sa légitimité aux yeux de la Fédération internationale de kendo, a apporté son nom et son influence à un moment critique.

Cette fédération, née en 1985 de la vision de deux maîtres japonais et d’un étudiant israélien, existe toujours. Elle est l’un des monuments les plus discrets de ce que Kubo Sensei a construit — non pas par de grands gestes, mais par la confiance personnelle, des présentations ciblées et le travail patient visant à diffuser le kendo non pas comme un produit d’exportation japonais, mais comme un héritage de l’humanité.

Une dernière visite au Kyumeikan

Lorsque je me suis tenu au Kyumeikan lors de ma dernière visite, le dojo était silencieux. Les tatamis, les armes accrochées aux murs, l’équipement d’entraînement usé — tout était exactement comme dans mon souvenir. Kubo Sensei n’était plus là, mais l’espace conservait encore la forme de tout ce qu’il y avait insufflé au cours de sa vie.

J’ai repensé aux paroles du moine adressées au jeune samouraï. Tu n’as qu’une seule flèche. Kubo Sensei a utilisé sa flèche — sa seule vie — pour quelque chose qui comptait. Il a renoncé au rêve de photographe, à l’aventure américaine, à la voie facile. Il a porté le feu alors qu’il aurait été tellement plus simple de le laisser tomber. Grâce à ce choix, des milliers de personnes dans cinquante pays portent aujourd’hui une partie de ce feu entre leurs mains.

J’ai quitté le dojo avec le même sentiment que celui que je ressens après chaque véritable rencontre d’arts martiaux : reconnaissant, humble, et plus déterminé que jamais à honorer ce qui m’a été donné en escaladant — en escaladant véritablement — et non pas simplement en faisant le tour de la montagne.

Kubo Akira Sensei — Directeur du Kyumeikan Dojo, 1957–2023. « Portez le feu, pas les cendres. »

À propos de l’auteur

Avi Nardia détient le grade de Hanshi 9e dan et est une autorité reconnue dans les arts martiaux classiques et modernes. Il détient le 6e dan en kendo et des grades avancés en iaido, jodo et kenjutsu, ainsi que de nombreuses qualifications dans les systèmes de combat modernes et pratiques. Ancien uchi-deshi au Kyumeikan Dojo, il s'est formé auprès de Kubo Akira Sensei, Kiyoshi Nakakura Sensei et de nombreux maîtres d'arts martiaux parmi les plus éminents du Japon. Il continue d'enseigner et de transmettre les traditions qu'il a reçues, convaincu que la compréhension de l'ancien est le chemin le plus sûr vers la maîtrise du nouveau.

Mon parcours aux côtés du regretté acteur et pratiquant d'arts martiaux Chuck Norris a débuté au milieu de l'année 1976, lors du championnat organisé par le Grand Maître S. Henry Cho, où j'ai rencontré Chuck pour la première fois grâce à mon instructeur, le regretté Joe Hays — champion du monde et élève de mon Grand Maître, le Dr Richard Chun. Ce fut un honneur de présenter nos compétences en arts martiaux devant un public immense au Madison Square Garden de New York. J’étais particulièrement ravi de rencontrer Chuck, qui perfectionnait alors activement son art et gagnait en notoriété au sein de la communauté mondiale des arts martiaux. Nos chemins se sont croisés à nouveau plus tard, et il m’a accueilli chaleureusement, m’embrassant comme un membre de sa famille.

Chuck était un ami proche du grand-grand-maître Aaron Banks, le plus grand promoteur d’arts martiaux au monde qui, aux côtés de Bruce Lee, a joué un rôle central dans la popularisation des arts martiaux auprès du grand public. M. Banks est resté un promoteur de premier plan pendant des décennies. Au fil des ans, Chuck et moi sommes restés en contact. J'étais très fier de le voir se lancer dans une carrière d'acteur, inspiré par les conseils de son élève, l'acteur Steve McQueen, dans son école d'arts martiaux. Chuck a acquis une renommée mondiale en tant qu'artiste martial, excellant dans le Tang Soo Do, le Taekwondo et le Jiu-Jitsu brésilien.

Le 26 avril 2000, j'ai eu l'honneur de retourner au Madison Square Garden pour défendre mon titre de « World Martial Arts Daredevil ». À ma grande joie, Chuck a assisté à l’événement vêtu de son costume de Walker, Texas Ranger, rejoignant un rassemblement d’élite de grands noms des arts martiaux — dont S. Henry Cho, le Dr Richard Chun, le grand grand maître Aaron Banks, Hanshi Steven Kaufman, Lou Neglia, Rick Lenchus et d’autres. L’ambiance s’est enflammée alors que le public assistait à une démonstration électrisante d’arts martiaux mixtes. J'ai clôturé la compétition en tant que dernier combattant, défendant avec succès mon titre pour la cinquième fois — un triomphe exaltant. Après le combat, j'ai présenté une démonstration de casse-cou : briser une pile de verres d'un coup de main en forme de couteau, exécuter deux coups de pied volants pour briser cinq planches d'une

Maurice Elmalem Chuck Norris

Souvenirs de notre tout nouveau PDG et directeur avec son ami Chuck Norris Farewell

épaisseur de 2,5 cm d'un seul mouvement, et effectuer des coups de tête et de pouce pour fendre deux autres planches épaisses.

À la fin, très impressionné par ma performance, Chuck est monté sur le ring, a placé la ceinture de champion du monde autour de ma taille et a déclaré : « Tu es un grand champion. » Ce moment reste le summum de mon parcours dans les arts martiaux — un hommage que je chérirai toujours. Nous avons continué à nous croiser lors d’événements au fil des ans, tels que les Ocean State Grand National Championships dans le Rhode Island, où il a fait la promotion de plusieurs de mes livres sur les arts martiaux. Je suis heureux que nous ayons entretenu une amitié durable, à laquelle participait également sa merveilleuse épouse, Gina. Ils formaient un couple remarquable, et j’ai toujours admiré les accomplissements de Chuck.

Repose en paix, cher ami. Merci pour ton dévouement de toute une vie à la promotion des arts martiaux et pour avoir soutenu d’innombrables personnes dans le besoin grâce à ton initiative inspirante, Kick Start America. Que Dieu te bénisse.

C’est indiscutablement l'une des étoiles les plus brillantes dans le firmament martial et il a laissé une trace définitive dans ce secteur de l'industrie du cinéma. Un cinéma dans lequel il a toujours été au bon endroit au bon moment, depuis sa rencontre avec le Petit Dragon et son combat mémorable dans le Colisée à Rome, jusqu’à sa carrière, elle-même criblé de succès, au cinéma et à la télévision. Mais Chuck Norris est bien plus que cela. Derrière le personnage, il y a une histoire, un individu touché par le destin que nous voulons connaître. Nous avons donc demandé à Pedro Conde, notre magnifique journaliste spécialisé, de développer davantage la biographie du ranger le plus célèbre de l'histoire et il a préparé cet article fantastique, distrayant et complet, qui deviendra certainement pour les collectionneurs une référence à partir d'aujourd'hui.

CHUCK NORRIS, PRESQU’UNE LÉGENDE

Carlos Ray Norris, mieux connu comme Chuck Norris, est né en Oklahoma le 10 mars 1940. Norris a grandi dans une famille modeste et très religieuse. De fait, on lui donna le nom de Carlos en hommage au révérend Carlos Berry, ministre spirituel de la famille ces années-là. Norris possède une ascendance irlandaise de par son grand-père paternel et sa grand-mère maternelle et une ascendance cherokee de sa grand-mère paternelle et de son grand-père maternel. Quand il faisait de la compétition, il avait coutume de plaisanter sur ses origines en disant à ses adversaires : « Si vous parvenez à vaincre la combativité de ma moitié irlandaise, ma moitié cherokee te scalpera. » Mais, sérieusement, il a toujours considéré que son énergie et sa vitalité lui venait de son sang irlandais et sa détermination et son stoïcisme de son sang indien.

Lorsque Norris affirme qu’on ne lui a jamais fait de cadeau et qu’il a toujours été un battant, il a sûrement raison, sa naissance elle-même fut un combat pour la vie. Après un accouchement long et difficile, il est né avec de graves problèmes respiratoires et eut besoin de cinq jours de soins médicaux avant d’être déclaré hors de danger.

Son enfance n'a pas été facile. Il a d’abord développé une grande timidité entre autres parce que, dès le début, il lui fut impossible de se faire des amis durable : sa famille déménageait constamment. Avant d’avoir 15 ans, il était déjà passé par treize villes différentes. La situation économique de la famille ne fut jamais très bonne. Ils louaient habituellement de petits appartements où ils dormaient les uns sur les autres. Un autre problème majeur de son enfance fut l'alcoolisme de son père : Ray Norris revint de la Seconde Guerre mondiale avec de graves problèmes d'alcool. Cela conduisit à de nombreuses situations tendues avec sa femme et ses enfants. « Heureusement, il ne nous a jamais battu, se souvient Norris. C’était un homme paisible et quand il n’était pas ivre, il était très agréable. Mais quand il était sous l'influence de l'alcool (la plus grande partie de la journée), il était très sombre et imprévisible. Parfois, il criait sur nous et nous menaçait, ce qui m'affectait beaucoup car j’étais un enfant très sensible et vulnérable. Parfois, il disparaissait pendant des jours, voire des semaines. » La situation devint intenable et quand Norris fut âgé de 16 et ses frères Wieland et Aaron, de 12 et 4 ans respectivement, leurs parents divorcèrent. Peu de temps après, sa mère se remaria et le beau-père réussit à stabiliser la situation familiale, période au cours de laquelle Norris rencontra Diane avec qui il se maria des années plus tard. Après l'obtention de son diplôme, Norris décida qu'il voulait entrer à l'armée pour essayer d’avoir un poste au sein de la police militaire. Il s’enrôla en août 1958 et fut affecté à la base militaire de Lackland, au Texas. C’est là que les autres recrues, du fait la difficulté de prononcer son nom « Carlos », commencèrent à l’appeler Chuck.

Texte : Nuria Ortiz López & Pedro Conde.
Photo : Pedro Conde. Archives de Budo & Don Warrener
Alfredo Tucci
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Carlos Ray Norris, mieux connu comme Chuck Norris, est né en Oklahoma le 10 mars 1940. »

Peu de temps après, fin 1959, il fut envoyé à une base militaire des forces aériennes américaines à Osan, en Corée. Ce déplacement, au début très problématique parce qu'il ne pouvait pas emmener avec lui Diane (avec qui il s’était récemment marié), s’est avéré décisif pour la vie et l'avenir de Chuck Norris. Plus rien ne serait le même quand il revint de Corée. « À la base militaire d’Osan, vous n’aviez que quatre activités auxquelles consacrer votre temps libre : jouer aux cartes, aller boire avec d'autres recrues, suivre des cours de formation universitaire ou

apprendre le Judo. La plupart des recrues choisissaient les deux premières options, moi, j’ai choisi la dernière. Le raison est assez simple : nos instructeurs militaires se souciaient peu de savoir si vous pratiquiez ou si vous étiez en forme, mais dès qu’ils en avaient l’occasion, ils vous écrasaient physiquement jusqu’à l’épuisement. J’ai donc décidé de pratiquer le Judo (le seul art martial qui était connu à l'époque) pour développer mes capacités physiques et, accessoirement, essayer de surmonter l'insécurité qui me caractérisait. »

Images curieuses d'un jeune Chuck Norris. Dans son étape de compétiteur d'élite, il appartint à l’élite de la révolution du Karaté Contact, avec Mike Anderson et d'autres grands noms de l'époque qui « dé-japonisèrent » les arts martiaux et engendrèrent un nouveau concept de sport

Lors d'une visite au village d’Osan, un spectacle étrange attira son attention : entouré de beaucoup de curieux, de jeunes Coréens étaient en train de réaliser une démonstration d'arts martiaux, exécutant toutes sortes de coups de pied incroyables, circulaires, en rotation, sautés, etc. Norris fut vraiment impressionné par ce qu'il vit, il n'avait jamais pensé que le corps humain était capable d'effectuer de tels exploits.

Après avoir beaucoup insisté, Norris réussit à être accepté au cours de Tang Soo Do (telle était le nom de l'art martial pratiqué par ces jeunes) du maître coréen Jae Chul Shin. « Shin enseignait à la manière traditionnelle, se souvient Norris en souriant. Autrement dit, cinq heures par jour du lundi au samedi. Nous étions une vingtaine d’élèves, la plupart d'entre eux des Coréens ceintures noires et quelques Américains. Les débuts furent particulièrement difficiles. Shin et ses élèves savaient très peu de psychologie de l'éducation. Il n'y avait pas de juste milieu : soit vous aimiez cela et cela vous passionnait au point d’y laisser votre âme à chaque séance d'entraînement, soit vous vous en alliez au bout d’une semaine en maudissant.

Bruce Lee a lancé sa carrière au cinéma, où il laissa une profonde impression pendant une très longue carrière. Photos pendant le filmage, certaines surprenantes comme la fausse prise de vue à droite ; en haut avec celui qui sera son ami pendant des années Bob Wall.

Heureusement, je fus du début à la fin un élève assidu et persévérant. On peut dire sans exagération que les arts martiaux ont changé ma vie. Au bout de quelques mois d'entraînement, j’ai commencé à me sentir beaucoup plus sûr de moi et je suis devenu plus bavard et plus sociable avec les collègues de la base. J’ai même été élu une fois “soldat du mois” ! »

Lorsque Norris a dû quitter Osan pour retourner aux États-Unis en mars 1961, il possédait une ceinture noire de TangSoo Do et une ceinture marron de Judo. À son retour, il fut nommé sergent de la police militaire à la base aérienne de Riverside. Il décida alors de combiner sa carrière à l'armée avec sa passion pour les arts martiaux. Il continua de suivre des cours de Judo (il participa même à différents tournois interétatiques) tout en pratiquant sur son propre compte le TangSoo, ne connaissant aucun maître enseignant ce style. Il commença à enseigner le « Karaté », car à l'époque, si vous parliez de Tang Soo Do, les gens pensaient que vous vous référiez à une nourriture orientale, de sorte que Norris fut contraint d'utiliser le terme un peu plus connu de « Karaté ». Ses premiers élèves furent ses frères, ses cousins et les militaires de la base. Il se rendit vite compte qu'il y avait beaucoup de gens intéressés par les arts martiaux. Il quitta alors l'armée en

1962 et décida de se consacrer entièrement à l'enseignement. Il ouvrit une petite salle de sport, mais les choses ne se passèrent pas comme prévu : « Si je voulais vraiment réussir en tant que professeur d'arts martiaux, je devais faire quelques tournois nationaux. C’était la seule façon de me faire connaître dans ce petit monde et de capter l'attention de la presse spécialisée. » Curieusement, Chuck Norris fut battu lors de ses deux premières tentatives de devenir champion. Loin de se laisser emporter par le découragement, il prouva une fois de plus que la persévérance et la foi en soi-même donnent ses fruits, tôt ou tard. C’est ainsi qu’en 1964, il fut proclamé vainqueur du tournoi de Los Angeles. Ce fut le début d'une extraordinaire carrière sportive dans laquelle Chuck Norris mit bientôt à la mode les coups de pied circulaires qui lui valurent plus d'un titre. Ses élèves et lui commencèrent à faire des ravages partout où ils allaient. Finalement, en août 1966, il eut la possibilité de concourir dans le tournoi le plus prestigieux de l'époque, l’International de Long Beach, organisé par Ed Parker, une opportunité qu’il ne manqua pas de saisir, car il rentra chez lui avec le titre des poids moyens.

Chuck Norris réalisa alors que s’il avait suer sang et eau pour arriver au sommet, il lui en coûterait beaucoup plus se maintenir

Avec l'auteur de l'article, Pedro Conde, au cours de l’une des nombreuses interviews qu'il lui fit au cours de sa vie.

parmi l'élite. Il décida donc de se plonger corps et âme dans les arts martiaux. Il se mit à s’entraîner avec les meilleurs professeurs de Karaté de la Côte Ouest américaine : Fumio Demura, expert en Shito Ryu, Hidetaka Nishiyama, maître de Shotokan, et Tutamu Oshima, dont il conserve quelques souvenirs très spéciaux. « Oshima était extrêmement dur. Le niveau qu’il imprimait à ses cours était très impressionnant. Avec lui, j’ai appris à dépasser les limites que m’imposait mon corps et à baser le progrès physique et technique sur le pouvoir de l'esprit, à travers le sacrifice et la souffrance. » Il a également pratiqué le Hapkido et l'Aïkido avec le maître Jun Chung et le Ju Jitsu avec Al Thomas. Sous la tutelle d’Ed Parker, il apprit le Kenpo-Karaté et Gene Lebell, un expert en catch américain, Judo, Boxe et Karaté lui donna une bonne base dans la Lutte en distance courte et au sol. Le talent de Norris et les enseignements de tels maîtres lui ont permis en 1967 de conserver son titre de champion poids moyen et aussi d’emporter le titre de champion toutes catégories battant le célèbre Joe Lewis. C’est au cours de ce tournoi qu’il rencontra Bruce Lee. Ce tournoi sera suivi par d'autres et il devint ainsi le colosse de la compétition américaine. À propos de son succès dans ces événements sportifs, il déclara : « Il y a trois facettes pour être un gagnant : mentale, physique et psychologique. Je me prépare mentalement en étudiant les forces et les faiblesses de mon adversaire pour en profiter. Quand je suis prêt mentalement, je vois et je suis conscient de tout ce passe autour de moi. Je me prépare psychologiquement en croyant en mes capacités et que je peux le battre. Je me prépare physiquement en m’entraînant dur et en exécutant mes techniques de la meilleure façon possible. Quand je suis en excellent état, je frappe souvent mon adversaire avant que mon cerveau ne l’ait enregistré. Lorsque je vois une ouverture, je plonge. »

Quand il rencontra Bruce Lee, ils commencèrent à pratiquer trois ou quatre heures, une fois ou deux fois par semaine, et ainsi naquit leur amitié. Norris réussit à convaincre Bruce qu'il pourrait toujours être utile de savoir frapper du pied en hauteur (Bruce à l’époque, fortement influencé par le Wing Chun, ne donnait des coups de pied que de la taille vers le bas) et il lui enseigna différentes techniques en échange de quoi le Petit Dragon lui expliqua la mécanique du coup direct dans le Wing Chun que Norris inclut dans son répertoire de combat.

Chuck Norris obtint son premier rôle dans un film grâce à Bruce Lee, quand un matin de 1968, celuici l'appela et lui dit : « Chuck, je peux obtenir un

petit rôle idéal pour toi : tu devrais faire de garde du corps de l’actrice Elke Sommer dans le film “Matt Helm règle ses comptes”. Ça t’intéresse ? » Dans ce film, travaillaient également Dean Martin et Sharon Tate… Évidemment, Norris fut très intéressé. Mais sa première participation sérieuse et importante dans le monde du 7ème Art ne surgira pas avant 1972, quand Bruce Lee l’appela de Hong Kong pour lui proposer de partager avec lui le premier rôle de son prochain film « La Fureur du dragon ». Bien que Norris jouissait déjà d'une certaine popularité, il ne manqua l'occasion offerte par Bruce Lee de se faire connaître dans le monde entier et d’entrer dans l'industrie cinématographique. Norris se rendit à Rome, puis à Hong Kong pour filmer avec Bruce Lee ce qui a fini par être appelé « le combat du siècle », son duel au Colisée rappelant les anciens gladiateurs.

Ayant pratiquement tout gagné, Chuck Norris abandonna la compétition début 1974 pour se consacrer pleinement à son travail en tant que professeur d'arts martiaux. « Parfois, savoir quand se retirer est presque aussi important que de savoir quand commencer. À l'âge de 34 ans, j’avais obtenu le titre de champion du monde de Karaté pendant six années consécutives. Je n’avais plus la force nécessaire pour concourir à nouveau, alors j’ai décidé de m’investir pleinement dans l'enseignement des arts martiaux. Que la

Avec l'auteur de l'article Pedro Conde et le Grand Maître Raul Gutierrez quelques années plus tard.

décision ait été influencée par la mort de Bruce Lee ou tout simplement par le désir de me retirer quand j’étais au sommet, je ne saurais le dire avec certitude, mais j’ai officiellement pris ma retraite des championnats de Karaté en 1974, quittant le ring après avoir été six fois champion du monde professionnel de poids moyens. »

Après sa retraite, il s’associa avec Bob Wall et ouvrit plusieurs écoles, Norris étaitresponsable de l'enseignement et Bob s’occupait de la gestion de l'entreprise, mais cela ne fonctionna pas. Après la première de « La Fureur du Dragon » en Amérique, sa renommée grandit et en 1977, il joua dans « Les Casseurs », suivi un an plus tard de « Le Commando des tigres noirs ». Après la mort de Bruce Lee, le trône du « roi des arts martiaux »

était devenu vacant et il semblait qu’aucun Oriental n’eut assez de talent pour l’occuper. Hollywood chercha alors une alternative. Logiquement, le seul Occidental possédant la réputation et les connaissances martiales pour l’occuper à cette époque était Chuck Norris. Il était clair que le public était fatigué de tant de films orientaux. Il fallait un acteur occidental auquel le public pouvait s’identifier. « Force One » fut son suivant travail (il y joue avec Bill Wallace), suivi de « La Fureur du juste » et « Dent pour dent », entre autres. Alors que la première étape de sa filmographie est essentiellement réduite à des films d'arts martiaux, dans les années 80, Norris va essayer de changer le rôle sur lequel on l’avait rangé pour se consacrer à des films

d'action dans la ligne de Stallone ou Schwarzenegger. « Portés disparus », « Invasion USA », « Œil pour œil », « Sale temps pour un flic » et « The Delta Force » sont de bons exemples de la deuxième étape cinématographique de Chuck Norris. En ce qui concerne ce changement, Norris a déclaré : « Au milieu des années 70, ils me cataloguèrent comme une vedette de Karaté. Mon but fut de rompre avec ce cliché et j’ai dû pour cela m’éloigner assez bien des arts martiaux au cinéma. Je pense que j’ai réussi à me faire un nom parmi les plus grands du cinéma d'action et je peux sérieusement penser à ré-inclure de nombreux arts martiaux dans mes films ».

En 1987, avant le tournage de « Braddock Portés disparus 3 », Chuck Norris eut une expérience qui changea complètement sa conception des arts martiaux. « Bob Wall et moi sommes allés à Rio de Janeiro, au Brésil, lors d'un voyage de plongée. Alors que nous étions là-bas, j’ai essayé de connaître les différents styles d'arts martiaux pratiqués dans le pays. Nous avons pratiqué dans plusieurs écoles et partout où nous allions, on nous parlait de l’étonnante famille Gracie, des icônes locales du Ju-Jitsu. “Personne ne provoque les Gracies, disait tout le monde, ce sont de rudes combattants !”. Nous avons alors décidé, Bob et moi, de connaître la famille Gracie et nous avons commencé à chercher leur académie à Rio. Nous y avons rencontré Helio Gracie, le père du clan, un petit septuagénaire, et son fils, Rikson, qui était le leader des plus jeunes des Gracie. Nous leur avons demandé de pouvoir nous entraîner avec eux et les Gracie ont accepté avec joie. J’avais appris un peu de Ju-Jitsu avec Gene LaBelle aux États-Unis et j’étais ceinture noire de Judo, j’ai donc pensé que je pouvais maintenir le niveau avec ces gars-là. Mais quand nous sommes entrés dans le tatami, j’ai rapidement découvert que tous les mouvements d'arts martiaux que je connaissais n’étaient pas efficaces contre les Gracie. C’était comme si je n’avais jamais pratiqué les arts martiaux de ma vie ! Ce fut l'expérience la plus humiliante que j’ai eue comme artiste martial. Ces gars-là m’ont laissé sur le plancher ! Helio Gracie est entré dans le tatami, il voulait que nous fassions un combat. Nous sommes battus sur tout le tatami et pendant un moment, j’ai pu être au-dessus de lui. Ensuite, M. Gracie m’a dit : “Frappe-moi Chuck !” “Euh non, M. Gracie, je ne vais pas vous frapper.” “Pas de problème. Allez, frappe-moi !”, le vieil homme insistait. Je lui ai dit : “Ça va, d’accord”, tout en levant mon bras… et ce fut la dernière chose dont je me souviens. Il me mit KO. Quand je suis revenu à moi et que j’ai regardé tout autour, j’ai compris que le vieil homme m’avait fait une clé de cou et m’avait fait perdre conscience. J’ai eu l’impression que ma gorge allait me faire mal pendant des jours. M. Gracie sourit et me dit : “Chuck, reste ici, à Rio avec nous et je ferai de toi l'un des meilleurs pratiquants de Jiu-Jitsu du monde.” “Merci, Monsieur Gracie, mais en vérité, je dois retourner en Amérique”, lui dis-je en essayant d'avaler. J’allais commencer le tournage d'un autre film, je ne pouvais donc pas rester plus longtemps au Brésil. »

Mais cette expérience le marqua à tel point que quand il eut l'occasion, il commença à s’entraîner au Jiu Jitsu brésilien avec les frères Machado et, à l'occasion, avec les Gracie… « Depuis 1978, j’ai dirigé une organisation de pratiquants d'arts martiaux ceintures noires connus sous le nom de United Fighting Arts Federation. Chaque année, en juillet, j’invite tous mes élèves ceintures noires à une convention à Las Vegas, où nous nous entraînons ensemble pendant plusieurs jours. Pendant dix années consécutives, à partir de 1993, les Gracie et les frères Machado ont dirigés des séminaires à cette convention. »

En ce qui concerne sa carrière cinématographique, à la fin des années 80, le personnage de Chuck Norris comme un acteur et artiste martial entra clairement en crise. Ses derniers films (« Héros », « L’Arme secrète ») n’ont pas obtenu le succès escompté. En Espagne, par exemple, ces productions sont allées droit au marché de la vidéo sans sortir en salles.

Malgré tout, il restait très populaire aux États-Unis. Ami personnel de l'ancien président Bush, il développa un

programme complet de lutte anti-drogue à travers l’enseignement martiaux arts aux jeunes des quartiers marginalisés…

En 1992, quand il semblait que d'autres « héros » du cinéma martial et d’action le devançaient, on lui proposa un projet risqué : une série télévisée dont le personnage évoquait celui qu'il avait interprété dans « Œil pour œil ». « Alors que j’étais en Israël pour le tournage du film « Face à l’enfer », en 1992, mon agent, Mike Emery, m'a appelé et m'a demandé si je serais intéressé à faire une série hebdomadaire appelé « Walker, Texas Ranger » avec CBS, une histoire moderne d'un ranger du Texas qui défend les vieilles valeurs américaines et représente le bien contre le mal. Au début, je n’étais pas très intéressé, mais Mike m'a motivé quand il m’a dit que la série traitait d’un agent de police type cow-boy qui luttait contre la criminalité dans la ville moderne de Texas. “Laissez-moi y réfléchir, Mike, je ne suis pas sûr de vouloir faire de la télévision, lui ai-je dit. Après tout, ce serait un grand risque. En outre, si la série ne réussit pas, cela pourrait nuire à ma carrière au cinéma.” »

Un jour, Chuck Norris avait déclaré qu’il s’était identifié et s’était senti très à l'aise avec le personnage qu'il avait joué dans « Œil pour œil ». L'idée de la série le séduisait, mais si elle n'avait pas le succès escompté, comme c’était le cas avec sa carrière ces derniers temps, un échec pourrait avoir des conséquences fatales. Chuck Norris avait pris de nombreuses décisions risquées au cours de sa vie et « presque » toujours, cela s’était bien passé. Cette occasion ne fut pas une exception, il accepta de jouer dans la série… « Walker

est devenu la série télévisée la plus réussie du samedi soir depuis la légendaire série “Gunsmoke”. Pas étonnant que beaucoup de critiques de la télévision la cataloguèrent comme très violente. J’étais déçu, mais ça ne me dérangeait pas. Nous avions une ambiance type cow-boy d’antan dans le programme et nos personnages se mettaient souvent dans des bagarres et tiraient avec des pistolets. Et bien sûr, Walker gagnait beaucoup de combats grâce à ses connaissances d’arts martiaux. Pour cette raison, certaines personnes la considérèrent comme violente. Ce que les critiques choisirent d'ignorer, bien sûr, c’était le fait que les bons, dans Walker, n’utilisaient jamais la violence s’il y avait une autre façon d'arrêter les criminels et, même dans ce cas, nous montrions toujours que la violence était utilisée en dernier recours et seulement comme un moyen pour que le bien puisse vaincre le mal. »

La série triompha, non seulement aux États-Unis, mais aussi fait dans les pays où elle sortit, ce qui fit de Chuck Norris le personnage le plus célèbre au niveau martial pour le grand public, dépassant en renommée Steven Seagal ou Jean Claude Van Damme .

« Walker, Texas Ranger » se composent de 203 épisodes de 45 minutes. La série fut diffusée entre le 21 avril 1993 et le 19 mai 2001 par la chaîne américaine CBS. À l'échelle internationale, elle fut retransmise dans plus de 80 pays à travers le monde avec une moyenne de mille millions de téléspectateurs par épisode.

« Le dernier épisode de “Walker, Texas Ranger”, un grand final de deux heures, fut tourné le 6 avril 2001. Ce fut un moment très émouvant pour nous tous. Beaucoup de membres du casting avaient travaillé ensemble pendant huit saisons ; nous étions comme une famille. Lorsque nous avons terminé notre dernier jour de travail, j’ai brièvement parlé au personnel et aux acteurs. Je n’osais pas trop parler de peur de finir par pleurer. Mais, il y eut beaucoup de larmes lorsque nous nous sommes dits au revoir. Lorsque nous avons fermé le plateau de Walker, j’ai regardé ma femme Gena et je lui dit : “Rentrons à la maison.” Lorsque nous avons commencé à travailler pour la série, j’ai pensé que Walker avait le potentiel pour rester trois ou quatre ans. Je n’ai jamais pensé que nous pourrions en arriver à huit ! La CBS aurait peut-être pu continuer un an de plus, mais à cette époque, Gena était enceinte et je ne voulais pas être lié aux horaires rigides de la série. Gena allait avoir des jumeaux et je savais qu’elle aurait besoin de mon aide. »

Après la naissance des jumeaux, Chuck Norris, se retira pratiquement, travaillant sporadiquement dans l’un ou l’autre film lié à sa série. En 2005, il tourna le film « Le Sang du diamant » qui passa presque inaperçu. Depuis lors, il a à peine quitté son ranch de Lone Wolf à Napisota, Texas, juste pour certains événements publics. En 2012, il a accepté de participer à « Expendables 2 », qui est son dernier travail.

Âgé de 74 ans, il recherche la tranquillité et à profiter de sa famille. Ceux qui ont eu l'honneur de le connaître savent que c’est un véritable gentleman des arts martiaux. Ceux qui ont eu le privilège de le connaître et de le traiter peuvent le corroborer, il laisse la barre haut placée en tant que personne et en tant que maître, dans ce dernier domaine, parmi les quelques rares qui existent encore.

L'appel après la reddition

Que doit faire un guerrier une fois qu'il s'est rendu au Christ ?

Il y a un moment dans la vie d'un homme que les mots peuvent à peine décrire. Il n'est pas bruyant, bien qu'il puisse ébranler les cieux. Il n'est pas visible aux yeux du monde, bien qu'il change tout. C’est le moment où un homme, après avoir passé toute sa vie à se battre, à lutter, à conquérir, à résister et à endurer, arrive enfin au bout de lui-même et s’incline — non pas devant un autre homme, non pas devant la douleur, non pas devant l’échec, mais devant Dieu. Ce moment n’est pas une faiblesse. Ce n’est pas une défaite. Ce n’est pas l’effondrement de la force, mais la révélation de ses limites. C’est l’éclatement de l’illusion. C’est la mort de l’orgueil. C'est la prise de conscience qu'aucune quantité de pouvoir, d'intelligence, de discipline ou de réussite mondaine ne peut combler le vide au sein de l'âme qui a été créée pour Dieu seul.

Et après ce moment — après les larmes, après la rupture, après l'abandon — surgit une question qui s'élève doucement des profondeurs du cœur, mais qui porte en elle tout le poids de l'éternité :

Maintenant que je me suis abandonné à Jésus-Christ comme mon Seigneur et Sauveur, que dois-je faire ?

Cette question n’est pas aussi simple qu’elle en a l’air. En fait, c’est l’une des questions les plus difficiles et les plus importantes qu’une personne puisse se poser. Car c’est une chose d’être mis à genoux devant Dieu. C’en est une autre, tout à fait différente, de se relever et de vivre le reste de sa vie en accord avec cet abandon. Beaucoup de gens parviennent à un moment de conviction. Beaucoup en viennent même aux larmes. Mais s’abandonner véritablement signifie que le reste de votre vie ne vous appartient plus. Cela signifie que vous ne vous demandez plus ce que vous voulez, ce que vous préférez, ce qui comble votre ambition ou ce qui sert votre image. La seule question qui reste est : quelle est Sa volonté ?

Lorsque je me suis tourné vers le Christ pour la première fois, j’ai longuement lutté avec cette question. Je pensais que la réponse était peut-être évidente. Peut-être que, pour servir véritablement Dieu, je devrais abandonner tout ce que j’avais connu et tout ce dont j’avais hérité. Peut-être devrais-je renoncer à mon rôle de dirigeant au sein du Hwa Rang Do®. Peut-être devrais-je m’éloigner de l’héritage de mon père, du fardeau de ma lignée et du chemin qui avait défini chaque souffle de mon existence depuis l’enfance. J’ai envisagé de rejoindre un séminaire, de devenir pasteur et de consacrer le reste de ma vie à prêcher depuis une chaire. Dans mon esprit, cela semblait être la manière la plus directe et la plus noble de servir le Seigneur. Mais cette hypothèse, bien que sincère, était ancrée dans une vision étroite du service. C'était une façon de penser humaine, et non divine. Alors que je restais isolé, plongé dans les Écritures, la prière et d'innombrables sermons, j'ai commencé à percevoir quelque chose que je n'avais pas compris auparavant. J’ai vu des hommes et des femmes de tous horizons utilisés par Dieu. J’ai vu des prédicateurs, certes, mais j’ai aussi vu des personnes brisées, ruinées, oubliées — des hommes dans des cellules de prison purgeant des peines à perpétuité sans possibilité de libération conditionnelle, des hommes que le

monde avait rejetés comme irrécupérables, des hommes qui avaient commis de graves fautes, et pourtant, après avoir accepté le Christ, ils prêchaient l’Évangile derrière les barreaux et amenaient d’autres prisonniers à Dieu. Ils étaient là, enfermés dans le béton et l’acier, condamnés aux yeux du monde, et pourtant spirituellement plus libres que beaucoup de ceux qui marchaient sur la terre. J’ai vu que Dieu ne les avait pas abandonnés. Il n’avait pas dit : « Parce que tu es ici, tu ne peux pas Me servir. » Au contraire, Il avait transformé le lieu même de leur jugement en terrain pour leur ministère. Et cela m’a frappé avec une force extraordinaire.

Si un homme en prison peut servir Dieu, si quelqu’un qui n’a aucune liberté terrestre peut encore accomplir le dessein divin, alors il est clair qu’il n’y a pas qu’une seule façon de servir le Seigneur. Il y en a beaucoup. La question n’est pas la forme. La question est l’obéissance. Alors les paroles du Christ et des apôtres ont pris vie d’une manière nouvelle. On nous dit que le corps du Christ est composé de nombreux membres. L’œil n’est pas la main. La main n’est pas le pied. L’oreille n’est pas la bouche. Pourtant, aucun n’est plus grand, aucun n’est superflu, et aucun ne peut dire à l’autre : « Je n’ai pas besoin de toi. » Le corps est un parce que l’Esprit est un, bien que les fonctions soient nombreuses. C’est une vérité simple, mais aux conséquences profondes. Nous, les êtres humains, essayons toujours de nous classer. Nous voulons savoir qui compte le plus, quel rôle est le plus saint, quelle contribution est la plus grande. Mais Dieu ne voit pas comme l’homme voit. Celui qui prêche depuis une chaire n’est pas plus grand que celui qui sert fidèlement dans l’ombre. Celui qui enseigne les Écritures n’est pas intrinsèquement au-dessus de celui qui les incarne par le sacrifice, la discipline, la sincérité et le courage. Chaque partie a sa place. Chaque âme a une vocation. La question n’est pas de savoir si ma vocation ressemble à la vôtre. La question est de savoir si je suis disposé à faire la volonté de Dieu là où Il m’a placé.

Cette prise de conscience a commencé à m’ouvrir les yeux. Le Christ, lorsqu’on lui a demandé lequel des commandements était le plus grand, n’a pas donné de réponse centrée sur le rituel, le titre ou l’institution. Il a ramené tout à son essence. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta pensée et de toute ta force. Et voici le second, qui lui est semblable : tu aimeras ton prochain comme toimême. De ces deux commandements dépendent toute la Loi et les Prophètes. Tout repose sur l’amour.

C’est là que beaucoup de gens se méprennent sur l’obéissance. Ils pensent que l’obéissance signifie se soumettre sous la menace. Ils pensent qu’obéir à Dieu, c’est agir par peur — peur du châtiment, peur du jugement, peur de l’enfer. Mais la peur peut restreindre le comportement sans transformer le cœur. C’est l’amour qui transforme le cœur. Un enfant qui aime ses parents n’obéit pas simplement parce qu’il craint les conséquences. Il obéit parce qu’il aspire à faire plaisir à ceux qu’il aime. Il peut échouer. Il peut ne pas être à la hauteur. Il peut les décevoir. Pourtant, si l’amour est réel, alors son désir n’est pas de se rebeller, mais de faire mieux. Et quand il échoue, des parents aimants lui pardonnent, le corrigent et ne l’aiment pas moins pour autant. J’ai fini par comprendre que ce n’est là qu’un pâle reflet de notre relation avec notre Père céleste.

Le Christ dit : « Si vous m’aimez, gardez mes commandements. » Il ne dit pas : « Si vous me craignez. » Il ne dit pas : « Si vous souhaitez éviter le châtiment. » Il dit : « Si vous m’aimez. » Cela change tout. La motivation n’est plus la terreur, mais la dévotion. Nous ne nous efforçons pas parce que nous nous imaginons parfaits. Nous nous efforçons parce que nous aimons. Nous nous efforçons parce que la grâce nous a brisés. Nous nous efforçons parce qu’après avoir vu qui Il est et ce qu’Il a fait, comment ne pas désirer offrir le meilleur de nous-mêmes ?

Pourtant, alors même que cela devenait plus clair pour moi, il restait dans mon esprit un nœud avec lequel je luttais depuis de nombreuses années — une question qui avait longtemps alimenté mon orgueil et fait obstacle à mon abandon. C'était la question du libre arbitre.

Comment l'homme peut-il posséder le libre arbitre si Dieu est omniscient, omnipotent et au-delà du temps ? Si Dieu sait tout — ce que nous avons fait, ce que nous faisons, ce que nous ferons, et même les pensées dont nous n'avons pas encore conscience — alors en quel sens sommes-nous véritablement libres ? Notre libre arbitre n'est-il qu'une illusion due à notre perspective limitée ? Ne faisons-nous que jouer un rôle dont tout a déjà été vu et connu ? Cette question me hantait. Plus encore, elle nourrissait mon arrogance. J’ai interrogé des pasteurs, des philosophes, des intellectuels, et même un de mes étudiants qui était professeur dans une prestigieuse université chrétienne. Aucune réponse ne m’a jamais

pleinement satisfait. Et comme je ne pouvais pas être satisfait, je m’accrochais à cette question comme si elle était la preuve de ma propre supériorité. Je me réfugiais dans la complexité. Je me cachais derrière l’intellect. Je confondais le mystère non résolu avec un motif de résistance à Dieu.

Puis, un jour, seul, dehors, j’ai remarqué une file de fourmis sous mes pieds. C’était une chose simple. Si ordinaire que la plupart n’y auraient jamais jeté un second regard. Les fourmis avançaient l’une après l’autre en file indienne. Elles vivaient dans une séquence linéaire, chacune dans son propre moment, voyageant du début à la fin. Mais moi, de mon point de vue, je voyais toute la file d’un seul coup — l’avant, le milieu, l’arrière. D’un seul coup d’œil, j’ai perçu ce qui, de leur point de vue, ne se déroulait qu’un pas à la fois.

Et soudain, quelque chose s’est ouvert dans mon esprit.

Nous vivons dans un temps linéaire. Telle est la condition de notre existence humaine. Nous passons du passé au présent puis au futur dans une seule direction et ne pouvons y échapper. Mais Dieu n’est pas dans le temps comme nous le sommes. Il est hors du temps. Il voit tout : le commencement et la fin, le premier et le dernier, tous les instants à la fois dans une simultanéité éternelle. Tout comme je pouvais voir l’ensemble de la file d’fourmis tandis que les fourmis elles-mêmes s’y déplaçaient, de même Dieu voit toute l’histoire tandis que nous y vivons. Cela ne signifie pas que les fourmis ne bougeaient pas. Cela ne signifie pas qu’elles ne choisissaient pas leur chemin. Cela signifie simplement que mon point de vue dépassait le leur. De la même manière, l’omniscience de Dieu ne nie pas notre expérience du choix. Elle la transcende. Puis uneautre pensée m’est venue, encore plus humiliante. En observant ces fourmis, j’ai réalisé que j’avais un pouvoir absolu sur elles. Je pouvais les écraser. Je pouvais les noyer. Je pouvais les détruire à tout moment. Elles étaient totalement impuissantes sous mes pieds. Et pourtant, je les ai laissées vivre. À cet instant, j’ai ressenti, l’espace d’une fraction de seconde, à quel point nous sommes impuissants devant Dieu — et à quel point Il est patient avec nous. Nous Le défions, Nous l’ignorons, Nous Le maudissons, Nous nous exaltons contre Lui, et pourtant Il nous permet de vivre. Nous agissons comme si nous étions souverains, comme si nous nous étions faits nous-mêmes, comme si notre défiance était une force, et pourtant nous sommes aussi impuissants que des fourmis devant notre Créateur. Et pourtant, Il nous aime.

Cette prise de conscience m’a brisé d’une manière qu’aucun argument n’aurait jamais pu le faire. Elle n’a pas répondu à toutes les questions philosophiques, mais elle a brisé l’orgueil qui se cachait derrière elles.

Il y avait une autre question avec laquelle j’ai lutté intensément après ma soumission, et c’était la question de la foi ellemême. J’ai rencontré le maître coréen qui m’avait autrefois mis au défi de lire la Bible — l’homme même que Dieu a utilisé comme instrument sur mon chemin vers le Christ. Notre rencontre elle-même semblait providentielle. Il n’avait pas l’intention de rester à Los Angeles, mais en raison d’une grave blessure au dos, il ne pouvait pas prendre l’avion et a dû rester plusieurs semaines. C’est ainsi que la porte s’est ouverte pour que nous nous rencontrions dans un petit restaurant coréen de Koreatown. J’étais enthousiaste, débordant de gratitude et de questions. Pourtant, parmi toutes les choses dont nous avons discuté, un point est devenu le centre de notre désaccord : la foi.

J’ai défendu ce que la plupart des gens supposent, à savoir que la foi signifie croire en quelque chose qui n’est pas prouvable. C’est ainsi que le monde la définit souvent. J’ai estimé que c’était là mon offrande à Dieu, mon « acte de foi », ma volonté de faire confiance même sans preuve. Mais il m’a vivement contredit. Il a insisté sur le fait que si je croyais sans avoir répondu à mes doutes et à mes questions, alors ce n’était pas du tout une vraie foi. Cela m’a mis en colère. J’ai débattu avec passion. Je pensais que ma volonté de faire le saut malgré l’incertitude était noble, voire belle. Pourtant, ses paroles m’ont marquée, car quelque part au fond de moi, je sentais qu’il essayait de dire quelque chose de plus profond.

J’ai donc étudié davantage. Beaucoup plus. Je me suis plongé dans débat après débat, argument après argument, explorant le christianisme face à l’athéisme, le christianisme face à l’islam, le christianisme face au judaïsme, les arguments pour et contre le dessein intelligent, la théorie de l’évolution, le réglage fin de l’univers, la physique, la biologie, les preuves historiques, les preuves archéologiques, les affirmations géologiques, les objections philosophiques — tout ce que je pouvais trouver. Ce n’était pas l’affaire d’un jour ou d’une semaine. Cela a pris des années. Je ne voulais pas renoncer à mon intellect. Chaque objection devait être affrontée. Chaque doute devait être mis en lumière. Et ce que j’ai fini par comprendre à travers tout cela, c’était quelque chose à la fois simple et bouleversant : il n’y a rien dans ce monde qui dispose d’une preuve absolue, telle que beaucoup l’exigent de Dieu. Nous ne vivons pas selon des preuves absolues. Nous vivons selon un jugement raisonné, selon des preuves, selon ce qui se tient au-delà de tout doute raisonnable.

Même dans notre système judiciaire, des hommes peuvent être condamnés à mort non pas parce que tout doute possible a été écarté, mais parce que l’affaire a été

établie au-delà de tout doute raisonnable. Pourtant, lorsqu’il s’agit de Dieu, les gens exigent une norme impossible. Pourquoi ? Parce qu’une preuve absolue ne laisserait aucune place à la rébellion du cœur. La question n’est pas celle des preuves. La question est celle de l’abandon.

Ce fut un autre grand tournant pour moi. J’ai fini par comprendre ce que ce maître coréen avait voulu dire. La foi n’est pas de l’irrationalité. La foi n’est pas un non-sens aveugle. La foi n’est pas un vœu pieux sentimental. La foi est une conviction établie au-delà de tout doute raisonnable, tout en reconnaissant que l’esprit humain est limité et ne peut jamais atteindre la certitude absolue comme Dieu le fait. La foi n’est pas contraire à la raison ; c’est la conclusion légitime de la raison ramenée à l’humilité.

En même temps, j’ai commencé à lire la Bible avec une discipline inébranlable. Je me suis engagé à lire au moins un chapitre trois fois par jour. C’était quelque chose que j’avais compris grâce au Hwa Rang Do. La discipline m’avait été inculquée jusqu’à la moelle par l’entraînement et par mon père. J’ai donc appliqué cette discipline à l’Écriture. Trois fois par jour, quoi qu’il arrive. En vérité, ce n’était pas la première fois que j’essayais de lire la Bible. J’avais déjà tenté de le faire et j’avais échoué. Cela me semblait difficile, aride, incompréhensible. Mais cette fois-ci, c’était différent. Les mots prenaient vie. Ils jaillissaient de la page et pénétraient mon cœur. J’ai commencé par le Nouveau Testament, et je me retrouvais souvent en larmes. Le Christ dit : « Que ceux qui ont des oreilles entendent, et que ceux qui ont des yeux voient. » Nous avons tous des oreilles. Nous avons tous des yeux. Mais tous n’entendent pas vraiment, et tous ne voient pas vraiment. Il parle du cœur. À moins que le cœur ne désire la vérité, à moins qu’il ne cherche véritablement Dieu, les oreilles restent sourdes et les yeux aveugles, peu importe leur bon fonctionnement physique.

Bientôt, un chapitre trois fois par jour est devenu trois chapitres, puis quatre, puis dix. Je suis passé à l’Ancien Testament, qui était plus difficile — rempli d’histoire, de géographie, de généalogie, de loi. Pourtant, même là, j’ai commencé à voir quelque chose d’extraordinaire. La Bible n’était pas simplement un enseignement moral. C’était de l’histoire, de la prophétie, le récit de l’humanité depuis la création jusqu’à l’achèvement. Et plus je lisais, plus je devenais convaincu — non pas par l’émotion seule, mais par la cohérence, la profondeur et la vérité de l’ensemble — que c’était bel et bien la Parole de Dieu.

Ainsi, une fois que j’ai enfin pu dire, non par sentiment mais avec conviction : « J’ai foi en Jésus-Christ », la question est revenue avec encore plus de force : « Quelle est donc ma vocation ? »

C’est à ce stade que beaucoup de gens se trompent. Ils supposent que la vocation signifie choisir une nouvelle identité religieuse pour eux-mêmes. Mais ce n’est pas nous qui choisissons Dieu au sens le plus vrai du terme ; c’est Lui qui nous appelle. Nous avons la liberté d’accepter ou de rejeter, d’embrasser ou de résister, mais l’initiative est toujours la Sienne. Et s’Il nous a appelés, alors le but n’est pas de fuir ce que nous sommes, mais de devenir ce que nous étions destinés à être sous Sa seigneurie.

Cette prise de conscience ne m’a pas éloigné du Hwa Rang Do, mais m’y a ramené avec un regard neuf.

Pendant des années, j’avais enseigné, dirigé, discipliné, écrit, construit, corrigé et fait des sacrifices à travers le Hwa Rang Do. Pourtant, maintenant, après m’être abandonné, j’ai examiné à nouveau — plus profondément que jamais — ses valeurs, ses vertus et son but. Et ce que j’ai trouvé, ce n’était pas une contradiction, mais une harmonie. La Voie des Hwarang, dans sa forme véritable et la plus élevée, n’était pas opposée au Christ. C’était une préparation à la compréhension de vérités spirituelles profondes. Pas le salut en soi, jamais cela ; mais un moyen par lequel la discipline, le sacrifice, le courage, la loyauté, la sincérité et le don de soi pouvaient être cultivés. Ces choses trouvent leur perfection non pas dans l’accomplissement martial, mais en Christ.

Et puis j’en suis venu à voir quelque chose que je n’avais pas pleinement compris auparavant : toute la lutte humaine trouve sa racine dans le libre arbitre. Ce qui distingue l’homme des autres créatures n’est pas simplement l’intelligence au sens pratique, mais la conscience de soi et la capacité de choisir contrairement à l’instinct. Un animal suit son appétit, sa survie, ses impulsions. Mais l’homme peut savoir ce qui est bien et refuser de le faire. Il peut savoir ce qui est mal et le choisir quand même. Telle est la tragédie et la gloi-

re de la liberté humaine. Nous sommes capables de raison, de conscience, d’aspiration et de transcendance de soi, mais aussi de rébellion, de corruption, de cruauté et d’autodestruction.

Alors, que faut-il pour que l’homme fasse systématiquement ce qui est juste ?

Un seul mot : la discipline.

La discipline n’est pas une punition. La discipline, c’est s’entraîner à faire ce qui est juste. C’est cultiver la volonté afin que l’action juste devienne possible même lorsque l’émotion, la peur, le désir ou la commodité poussent à faire le contraire. J’ai compris que c’est là le cœur du Hwa Rang Do. Au-delà de toutes les techniques, des formes, de l’entraînement au combat et de la rigueur physique, le véritable objectif est la discipline. Plus précisément, l’autodiscipline — la capacité à se gouverner soi-même conformément à ce qui est juste, sans avoir besoin d’une force extérieure.

Comment enseignons-nous l’autodiscipline ? Nous l’enseignons en aidant les êtres humains à comprendre que chaque choix a des conséquences. Les bons choix produisent de bons fruits. Les mauvais choix produisent de la douleur, de la destruction, de la perte et de la corruption. Si l’on ne réagit pas face à un comportement négatif, si l’on ignore, tolère ou récompense le mal, alors nous ne faisons pas preuve d’amour — nous participons au mal. C’est pourquoi la discipline est l’une des formes les plus pures de l’amour, bien qu’elle soit aussi l’une des plus incomprises et des plus détestées.

Toute ma vie, j’ai eu l’impression d’être cantonné à ce rôle. Cela a peut-être commencé avec mon père, qui était luimême un véritable Hwarang — un guerrier féroce qui défendait la justice et faisait ce qui était juste quel qu’en soit le prix. En tant qu’aîné, on m’a confié la responsabilité de mes jeunes frères et sœurs. S’ils faisaient quelque chose de mal, j’en subissais moi aussi les conséquences. À l’époque, je détestais cela. Mais ce fardeau m’a façonné. Il m’a appris le leadership, la responsabilité et le prix de la protection. Je me souviens, enfant en Corée, alors que mon père était parti aux États-Unis pour gagner de quoi nous faire venir, ma mère devait s’occuper seule de sept jeunes enfants tout en travaillant de longues heures. Un jour d’hiver glacial, j’ai rassemblé les enfants et j’ai décidé que nous allions l’aider en faisant la lessive. Il n’y avait ni machine à laver, ni eau courante, juste une pompe à eau manuelle dans la cour. Nous avons travaillé ensemble et accompli ce qui nous semblait être une tâche héroïque, en étendant les vêtements dehors avec fierté. Nous attendions avec impatience que ma mère rentre à la maison et nous félicite. Au lieu de cela, à son retour, elle a trouvé les vêtements raides de froid dans l’air hivernal. Sans un mot de réprimande, elle s’est changée, a fait bouillir de l’eau sur le feu, a trempé et essoré chaque vêtement, puis les a suspendus à nouveau dans la cuisine. Pendant des années, j’ai raconté cette histoire pour me vanter de mon leadership d’enfant. Mais après m’être convertie au Christ, je m’en suis souvenue différemment. Je n’ai pas vu la comédie, mais le visage de ma mère. J’y ai vu la douleur, la fatigue, la souffrance silencieuse qui s’y lisaient. Et j’ai pleuré. J’ai compris qu’elle ne nous avait pas punis, car la voir supporter les conséquences de notre erreur était une punition suffisante. C’était une discipline mesurée. C’était un sacrifice. C’était de l’amour.

C’est pourquoi la discipline et l’amour ne peuvent être séparés. La plupart des gens pensent que l’amour signifie être gentil, encourageant, permissif, apprécié. Mais le véritable amour, c’est le sacrifice. Le véritable amour, c’est la souffrance. La mesure de l’amour n’est pas le sentiment. C’est le sacrifice. Si vous donnez ce qui ne vous coûte rien, il n’y a pas de sacrifice. Si vous donnez quand c’est facile, il n’y a pas de souffrance. Mais quand vous donnez ce que vous n’avez pas, quand vous endurez pour le bien d’autrui, quand

vous choisissez ce qui est juste même si cela vous coûte votre réputation, votre confort, votre affection, vos relations, voire tout — alors vous commencez à comprendre l’amour. Et quand nous nous sacrifions, que recevons-nous en retour ? La souffrance. C’est le prix de l’amour. Telle est la voie du Christ. « Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu’il ait la vie éternelle. » (Jean 3:16). La mesure de son amour était le sacrifice, et l’expérience immédiate du sacrifice est la souffrance. C’est aussi la véritable voie des Hwarang. Chaque grand récit sur les chevaliers Hwarang est une histoire de sacrifice, de loyauté, de souffrance et d’offrande de soi pour le roi, le pays, la famille et la fraternité. Là encore, je n’y ai vu aucune contradiction, mais une profonde harmonie avec l’Évangile.

Cela m’a également conduit à une prise de conscience sombre mais nécessaire concernant ma propre vocation. Celui qui discipline — qu’il soit parent, enseignant, mentor ou dirigeant — reçoit rarement de la gratitude. Le plus souvent, il reçoit rejet, ressentiment, calomnie et abandon. Personne ne loue celui qui doit corriger. Aucun enfant ne dit : « Merci pour ta punition. » Aucun élève ne se réjouit d’être démasqué. Celui qui discipline devient souvent comme un chiffon qui nettoie la saleté. Le chiffon lui-même se salit. Ou comme ces hommes dont je me souvenais à Séoul, transportant de grands seaux d’excréments humains dans des ruelles étroites dans les années 1970. Ils faisaient le travail que personne ne voulait faire, un travail absolument nécessaire pour que d’autres puissent vivre avec un minimum d’hygiène et de dignité, mais eux-mêmes étaient rejetés parce qu’ils sentaient ce qu’ils transportaient. Cette image me hantait parce que je m’y reconnaissais. Pendant des années, peut-être toute ma vie, j’ai refusé d’accepter que ce fût là mon rôle. Je voulais être aimé, admiré, apprécié. Pourtant, ce que Dieu me montrait, c’est que ma tâche n’est pas d’être aimé. Ma tâche est de faire Sa volonté.

Et maintenant, je le vois plus clairement que jamais : ma vocation est de discipliner et d’être discipliné. D’enseigner et d’incarner ce qui est juste. D’aider les autres à rester sur le chemin étroit en devenant assez fort et courageux pour endurer la douleur qui accompagne l’obéissance. De perdre le monde, s’il le faut, pour le bien de l’âme. « Car que sert-il à un homme de gagner le monde entier s’il perd son âme ? »

Telle est la véritable question qui se pose à tout guerrier après la reddition.

Et, un dernier avertissement et rappel en tant qu’artistes martiaux qui suivent la voie du guerrier : pour beaucoup de ceux qui marchent sur le chemin du Christ, il y a une supposition immédiate selon laquelle le suivre revient à abandonner la voie du guerrier — que se rendre, c’est déposer complètement l’épée, se retirer du conflit, devenir passif face à l’adversité. Mais ce n’est pas ce qu’enseigne le Christ.

Le Christ ne dit pas : « Ne levez pas l’épée. »

Il dit : « Ceux qui vivent par l’épée périront par l’épée. »

(Matthieu 26:52)

Et dans cette distinction réside une vérité si profonde qu’elle a remodelé toute ma compréhension de ce que signifie être à la fois un guerrier et un serviteur de Dieu. Car j’avais vécu par l’épée. Je ne m’en suis pas contenté de me servir de l’épée, mais j’ai vécu par elle. Il y a une différence.

Vivre par l’épée, c’est placer sa confiance en elle. C’est croire — consciemment ou inconsciemment — que ta force, ton habileté, ta discipline, ta volonté… suffisent. Que par la maîtrise, tu peux contrôler les résultats. Que par la force, tu peux façonner le destin. Que par la seule détermination, tu peux surmonter tout ce qui se dresse devant toi.

J’y croyais. Et pendant une grande partie de ma vie, cela semblait vrai.

Chaque obstacle que je rencontrais, je l’attaquais. Chaque défi, je le surmontais. Chaque limite qui se dressait devant

moi devenait quelque chose à briser. Je m’épanouissais dans l’adversité. Je me nourrissais de la résistance. J’ai bâti mon identité sur la conviction inébranlable que rien ne pouvait m’arrêter. Mais ce que je n’avais pas compris à l’époque — ce que je n’ai compris qu’après avoir été brisé, dépouillé et mis à genoux —, c’est que l’épée peut gagner des batailles… mais elle ne peut pas sauver ton âme.

Et tôt ou tard, vient une bataille que l’épée ne peut pas gagner. C’est la vérité inévitable à laquelle tout guerrier doit faire face. En tant que Hwarang, nous ne sommes pas appelés à la faiblesse. Cela n’a jamais été notre voie. Nous sommes forgés par la discipline, par les épreuves, par un entraînement sans relâche — non pas simplement pour devenir forts, mais pour devenir capables. Capables de tenir debout quand les autres tombent. Capables d’agir quand les autres hésitent. Capables de porter des fardeaux que les autres ne peuvent pas porter. Mais cette vocation s’accompagne de quelque chose de bien plus grand que la force. Elle s’accompagne de conséquences.

Être un Hwarang, c’est accepter que chaque action a un poids. Que chaque décision a un coût. Que chaque fois que tu lèves l’épée — que ce soit physiquement, mentalement ou spirituellement — tu entres dans un domaine où les résultats ne dépendent plus de toi. Ce n’est pas de la théorie. C’est la réalité. Et c’est une vérité que j’ai vécue.

Il y a eu des moments dans ma vie où je croyais que mon rôle était indispensable — que sans moi, tout s’effondrerait, qu’il était de ma responsabilité de tout porter, de tout réparer, de tout endurer. Mais cela aussi était une illusion — une illusion née de l’ego, déguisée en devoir. Le guerrier doit affronter cette illusion. Car croire que tout repose sur vos épaules n’est pas de la force — c’est de l’orgueil. Et l’orgueil est précisément ce qui vous lie à l’épée.

Plus j’avançais sur ce chemin, plus je commençais à voir le paradoxe du guerrier. Le monde voit l’épée comme un pouvoir. Mais le véritable fardeau de l’épée n’est pas le pouvoir — c’est la responsabilité. Combattre, c’est risquer de perdre. Diriger, c’est en assumer les conséquences. Discipliner, c’est porter un poids. Et vivre en guerrier, c’est accepter d’être tenu pour responsable — non seulement par le monde, mais par Dieu luimême. C’est pourquoi l’avertissement du Christ n’est pas une condamnation de l’épée, mais une révélation de ses limites. Car si votre identité est enracinée dans la force, alors quand la force faillira, vous tomberez. Si votre identité est enracinée dans le contrôle, alors quand le contrôle vous sera retiré, vous vous effondrerez. Et si votre identité est enracinée dans l’épée… alors quand l’épée ne suffira plus, il ne vous restera plus rien.

J’ai vu cette vérité se révéler non seulement dans ma propre vie, mais aussi dans celle d’innombrables autres personnes. Des hommes qui étaient forts, mais brisés. Des hommes qui étaient disciplinés, mais vides. Des hommes qui ont accompli tout ce qu’ils s’étaient fixé de conquérir… mais qui n’ont trouvé aucune paix dans leurs victoires. Car ils vivaient par l’épée. Et l’épée, aussi tranchante soit-elle, ne peut transpercer le vide de l’âme.

C’est là que le chemin doit changer. Non pas en abandonnant l’épée, mais en la transcendant.

Le guerrier immature s’accroche à la force. Le guerrier aguerri la perfectionne. Mais le guerrier éclairé… ne dépend plus d’elle. Car il comprend que l’épée n’est pas son fondement. C’est Dieu qui l’est.

C’est la transformation qui doit avoir lieu après l’abandon. L’épée reste dans la main, mais plus dans le cœur. Vous agissez toujours. Vous vous entraînez toujours. Vous combattez toujours quand c’est nécessaire. Mais vous ne comptez plus sur ces choses comme source. Car dès que vous le faites, vous retombez dans le même cycle. Le cycle de la lutte, du contrôle, de l’illusion. Le cycle que j’ai vécu pendant des décennies. Le cycle qu’il fallait finalement briser. Et briser ce cycle… exige quelque chose de bien plus grand que la force. Cela exige l’abandon.

Pas l’abandon de la faiblesse, mais l’abandon du contrôle. L’abandon de l’ego. L’abandon de l’identité. L’abandon de la croyance selon laquelle c’est vous qui

déterminez l’issue. Car la vérité — cette vérité difficile, humiliante, libératrice — est la suivante : vous n’avez pas le contrôle. Vous ne l’avez jamais eu. Et une fois que vous acceptez cela… une fois que vous l’acceptez véritablement… quelque chose d’extraordinaire se produit. Le fardeau s’envole. La pression se dissout. Et pour la première fois, vous êtes libre.

Tel est le chemin des Hwarang après le Christ.

Pas plus faibles, mais plus lucides.

Pas passifs, mais alignés.

Pas dépendants de l’épée, mais n’en sont plus esclaves.

Vous suivez toujours le chemin de la discipline.

Vous acceptez toujours les conséquences de vos actes.

Vous assumez toujours vos responsabilités avec honneur.

« Si vous vivez par l’épée, vous mourrez par l’épée. »

Mais si vous vivez par Dieu… Alors, même dans la mort, vous aurez la vie.

Car une fois que le Christ devient Seigneur, vous ne vous appartenez plus. Vos dons ne vous appartiennent pas. Votre héritage ne vous appartient pas. Votre force ne vous appartient pas. Votre souffrance ne vous appartient pas. Tout cela devient matière première pour la volonté de Dieu. Certains sont appelés à prêcher. D’autres à construire. D’autres à protéger. D’autres à diriger. D’autres à écrire. D’autres à discipliner. D’autres à servir discrètement et dans l’ombre. Mais tous sont appelés à aimer Dieu de tout leur cœur, à aimer les autres sincèrement, et à faire ce qui est juste quel qu’en soit le prix.

C’est cela, je le comprends maintenant, ma vocation à travers le Hwa Rang Do.

Non pas pour l’abandonner.

Mais pour le racheter par l’obéissance.

Non pas pour le placer au-dessus de Dieu.

Mais pour le placer entièrement sous Lui.

Non pas pour rechercher ma propre gloire à travers lui.

Mais pour l’utiliser comme un moyen de cultiver la discipline, le courage, le sacrifice, la vérité et l’amour dans un monde qui se noie dans l’indulgence, la lâcheté, la confusion et l’adoration de soi.

Je sais désormais que tout ce qui compte, c’est ce que Dieu pense de moi. Pas ce que dit le monde. Pas si les gens comprennent. Pas s’ils me louent ou me condamnent. Mon devoir est de faire Sa volonté, que cela me plaise ou non, que cela m’élève ou m’humilie, que cela me fasse gagner ou perdre des disciples. Si, par ma souffrance, quelqu’un d’autre peut être corrigé, fortifié, purifié ou rapproché d’un pas de Dieu, alors cette souffrance a un sens.

C’est ce que je dois faire maintenant que je me suis abandonné à Jésus-Christ.

Je dois obéir.

Je dois aimer.

Je dois me sacrifier.

Je dois bien souffrir.

Je dois me discipliner.

Je dois endurer.

Et par-dessus tout, je dois rester sur le chemin — non pas mon chemin, mais le Sien.

Car en fin de compte, la plus haute vocation du guerrier n’est pas de vaincre les autres, mais de se vaincre lui-même en s’abandonnant au Seigneur de tout.

KICKTORO : DISCIPLINE

OPÉRATIONNELLE ET PLEIN CONTACT

Ce que je défends et pratique aujourd’hui ne découle pas d’une théorie, mais d’une vie consacrée à l’étude du combat sous pression. Mon caractère est naturellement fonctionnel et opérationnel, et mon expérience est le résultat technique de milliers d’heures d’entraînement au plus haut niveau ; tout cela forgé dans des contextes où l’erreur n’avait pas sa place, depuis une base d’opérations conjointes dans les années 80 jusqu’à la dure réalité du travail de nuit.

Le creuset de la discipline : volume et manœuvres conjointes

Ma structure s’est forgée dans l’exigence extrême des CAI (Commandos d’Action Immédiate). Ce n’était pas un entraînement conventionnel ; c’étaient des journées de performance maximale qui commençaient par 8 kilomètres de course à pied et se poursuivaient sur la piste américaine. Cependant, le véritable baromètre de notre niveau était le volume d’entraînement extrêmement élevé que nous atteignions en effectuant des manœuvres conjointes constantes. Lors de ces déploiements, en opérant côte à côte avec des unités d’élite d’autres armées, j’ai appris l’importance de la coordination et de l’adaptabilité. En tant que tireur d’élite lors de ces manœuvres, j’ai accumulé un temps incalculable de concentration et de contrôle du rythme cardiaque en situation de stress réel. Cette précision opérationnelle est la colonne vertébrale de ma méthodologie : garder un calme absolu et rester efficace au moment de l’impact.

« Ma structure s'est forgée dans l'exigence extrême des CAI (Commandos d'Action Immédiate). Ce n'était pas un entraînement conventionnel ; c'étaient des journées de performance maximale qui commençaient par 8 kilomètres de course à pied et se poursuivaient sur la piste d'athlétisme. »

L’élite contre la « fioriture » martiale”

Ma vision s’est nourrie des meilleurs. Ma formation au sein de l’équipe nationale, où j’ai partagé des séances avec des figures telles que Jean Pierre Carbila, Oscar Zazo ou les frères Torres, m’a enseigné ce qu’est la technique pure. Mais ce bagage m’a aussi permis de repérer rapidement ce que je déteste dans certains milieux martiaux : la perte de temps en fioritures, la rigidité excessive qui ne sert à rien dans le chaos et l’ego de ceux qui croient qu’un grade ou une ceinture vous protège d’un coup réel.

Dans le club de base, aux côtés de mon partenaire Juan (champion d’Espagne de boxe dans la catégorie poids welter), nous avons passé l’épreuve de la réalité. Nous nous sommes mesurés dans un échange global constant contre des spécialistes du karaté américain, du kenpo, du muay thaï et du full contact. Là-bas, les cris inutiles et les poses esthétiques ne servaient à rien ; soit tu étais efficace, soit tu te faisais dépasser. Ces années de confrontation m’ont appris à mépriser la martialité de façade. J’ai compris que le karaté n’est utile que s’il est opérationnel.

La réalité du terrain : la nuit et la « chaleur »

À ce bagage s'ajoute l'expérience d'avoir travaillé de nuit. C'est là que le caractère se forge définitivement et que l'on déteste le plus la théorie bon marché. La nuit ne pardonne ni les erreurs ni les mouvements chorégraphiés.

Le travail de nuit m'a appris à lire le langage corporel et à appliquer le plein contact de manière sélective. J'ai vu des systèmes soi-disant infaillibles s'effondrer par manque de réalisme. C'est pourquoi mon approche fuit l'artificiel ; il s'agit de maîtriser la distance et de gérer le stress lorsque la situation devient critique et que la « chaleur » de l'affrontement est réelle.

Conclusion : la vérité du combat

Après des décennies d’expérience, ma conclusion est claire : le karaté sportif n’est qu’une facette, un jeu de règles et de distances contrôlées. Le karaté fonctionnel est le aboutissement du karaté, le point où la technique devient un véritable outil opérationnel. Mais c’est le karaté efficace qui vous offre véritablement la réalité de la chaleur ; cette vérité que l’on ne trouve que lorsque l’affrontement est dépourvu de fioritures et que la seule chose qui compte est de sortir vainqueur. Mon parcours est l'héritage de cette évolution : être toujours prêt, toujours précis et garder avant tout un état d'esprit opérationnel.

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