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Magazine Arts Martiaux Budo International 525 Avril 2026

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Perles du Guerrier

Lao Tse

« Un voyage de mille étapes commence par un seul pas. »

Éditorial Éditorial

La mort des écoles traditionnelles ? La mort des écoles traditionnelles ?

« La tradition n'est pas l'adoration des cendres, mais la préservation du feu. »

Gustav Mahler

« Tout le monde recherche un maître parfait ; le problème, c'est que les maîtres sont humains, même si leurs enseignements peuvent être divins, et c'est quelque chose que les gens ont du mal à accepter. Il ne faut pas confondre le professeur avec la classe, le rituel avec l'extase, le transmetteur du symbole avec le symbole lui-même. La tradition est liée à la rencontre avec les forces de la vie, et non aux personnes qui la transmettent. »

Paulo Coelho

« Tradition : création incessante. La tradition n'a jamais été à la portée des traditionalistes. »

Luis Cardoza y Aragón

« L'éducation crée des disciples, des imitateurs et des adeptes de routines, pas des pionniers de nouvelles idées, ni des génies créatifs. Les écoles ne sont pas des jardins d'enfants du progrès et de l'amélioration, mais des conservatoires de la tradition et des modes de pensée figés. »

Ludwig von Mises

Il y a quelques mois, j'ai été contacté depuis le Japon par le professeur Jean Michelle Mollier, qui vit là-bas depuis 22 ans et est marié à une Japonaise. Son intérêt pour la culture et les traditions japonaises l'a amené à prendre contact et à étudier avec différents maîtres locaux ; Au fil des ans, il s'est rendu compte que beaucoup de ces anciennes écoles étaient sur le point de disparaître avec la mort de leurs anciens maîtres ; leurs dojos vivaient dans un climat de désintérêt et de manque de candidats, qu'il s'agisse d'héritiers familiaux, qui se désintéressaient, ou même de jeunes étudiants, qui n'étaient pas disposés à perpétuer leurs traditions.

Jean Michelle m'a proposé de présider une organisation dédiée au sauvetage de telles situations ; j'ai remercié le geste en me mettant à sa disposition, mais en l'avertissant de mon manque de temps et en lui disant que la plupart des cas me semblaient inévitables, mais que je diffuserais volontiers leur existence.

Tout ce qui a un commencement aura une fin. Telle est la loi implacable de la nature. Tout ce qui se matérialise commence par une impulsion qui atteint son apogée puis s'essouffle, jusqu'à disparaître. Cependant, il existe des spirales qui trouvent des points de connexion, qui donnent une suite à leur mouvement et s'établissent comme des tensions qui dureront tant qu'il y aura de l'énergie pour les alimenter.

C'est la variabilité des charges énergétiques qui, pour se maintenir, doit passer par des phases ou des fréquences vibratoires, avec leurs hauts et leurs bas que nous appelons fréquences de tension, reliant deux points qui possèdent une charge suffisamment similaire d'un côté pour pouvoir communiquer, et avec la polarité nécessaire pour générer de l'énergie à partir de leur tension complémentaire ou équivalente. C'est le cas, par exemple, de l'électricité dans nos maisons.

C'est là qu'intervient le troisième facteur déterminant, l'environnement. Imaginons que la maison soit abandonnée ou déconnectée du réseau. Vides de leur utilité, les choses ont tendance à se dégrader. La plus grande force pour donner un sens aux choses est leur capacité d'adaptation, et non leur force ; si c'était par la force, les dinosaures continueraient à dominer la terre !

La capacité d'adaptation dépend de deux facteurs : la résilience, en termes de structure, et la flexibilité, en termes de fonction. Les grandes transformations pousseront ces deux points à l'extrême, car tout ce qui naît le fait par nécessité et tout ce qui disparaît le fait parce qu'il est devenu superflu. Toute adaptation extrême implique même une mutation nécessaire, suffisante pour donner une suite à la vie de toute forme animale ou végétale. La nature, le seul maître qui ne se trompe jamais, nous l'enseigne en générant la merveilleuse diversité qui la caractérise.

Ces processus ne sont pas nécessairement lents. Ce fut le cas des pinsons des Galápagos, qui ont joué un rôle fondamental dans l'élaboration de la théorie de l'évolution par Charles Darwin. Darwin a observé que, sur chaque île, les pinsons avaient des becs très différents, en fonction du type de nourriture à leur disposition : des becs plus épais et plus forts pour casser les graines, des becs plus petits pour manger des insectes... Les naturalistes modernes ont observé que ce processus, que l'on pensait progressif, s'est déroulé sous leurs yeux en seulement quelques années. Une espèce de pinsons si spécialisée qu'elle ne se nourrissait que d'un seul type de fruit, en raison d'une sécheresse qui a presque réduit sa nourriture à l'extinction, a pratiquement disparu. Des années plus tard, quelques spécimens de cette espèce ont été observés, mais avec un bec plus épais ; ceux-ci avaient réussi à se nourrir d'une plante alternative ; ces spécimens « anormaux » présentant cette caractéristique sont devenus la norme de l'espèce en seulement une décennie.

Que pouvons-nous en retenir ? La spécialisation est sans aucun doute la clé du succès, certes, mais poussée à l'extrême, elle devient une faiblesse. Un changement soudain de l'environnement peut tout détruire.

Éditorial Éditorial La mort des écoles traditionnelles ? La mort des écoles traditionnelles ?

Nous avons observé ce processus dans le monde des affaires, tout comme dans la nature (rappelez-vous les téléphones Nokia !). La seule façon de survivre repose sur la phrase hermétique : « Pour que rien ne change, tout doit changer ! ». La sclérose et l'inadaptation des systèmes conduisent à leur disparition fonctionnelle. Dans le meilleur des cas, ils finiront par devenir des objets de musée, des tableaux accrochés au mur, des stèles qui nous racontent les conquêtes de tel ou tel roi babylonien, maya ou hindou. Les cultures, les connaissances qu'ils ont accumulées, leur langue, leur spiritualité sont perdues et il ne reste que le souvenir, les formes, les rituels... tout est oublié au nom de la loi implacable de l'évolution.

Il en aurait été de même pour le Ju jutsu (Jiu Jitsu, ils ont même changé son nom par erreur !) si un homme nommé Jigoro Kano n'avait pas créé une version adaptée à son époque et à des circonstances particulières, appelée Judo. Aujourd'hui, les racines du Ju Jutsu renaissent avec force, mais aurait-il pu le faire sans que le Judo lui ait ouvert la voie ? Les trois grandes traditions martiales japonaises qui ont ouvert le monde à l'existence de la culture martiale japonaise, le Judo, le Karaté et l'Aïkido, sont basées sur des mutations de trois autres formes anciennes, qui ont été qualifiées de traîtresses à l'époque. Mais elles sont toujours là ! Des millions de personnes les pratiquent, et parmi ces millions, certaines ont fait des recherches et ont sauvé les connaissances anciennes, leur redonnant un sens et une forme à notre époque. Les autres écoles, trop sclérosées, attachées à un passé idyllique, mourront de faim, figées dans leur paralysie. Par conséquent, la formule consistant à se retrancher derrière la tradition (encore la tradition !) s'est avérée inefficace. L'adaptation n'est pas facultative, mais obligatoire. La discussion portera ici sur « quoi » et « comment », mais jamais sur la nécessité du changement, ce qui implique un effort considérable de flexibilité. Les structures doivent être tendues au maximum et les points d'ancrage de ce changement seront exposés à d'énormes tensions en servant de pont entre le passé et l'avenir. Il n'y a cependant pas d'alternative : soit l'adaptation, soit l'extinction. Si l'on considère simplement l'anachronisme des anciennes écoles et des temps modernes, on constate à ce seul niveau un saut quantitatif extraordinaire. Si à cette tension temporelle, nous ajoutons la tension spatiale, d'autres lieux, d'autres cultures, les choses se compliquent encore davantage.

Cependant, d'après ce que Jean Michelle a observé au Japon, l'accent n'est pas tant mis sur le deuxième point, car l'humanité, dans son processus évolutif, le même qui a généré la mondialisation, a égalisé la question spatiale et avec elle la question culturelle. Les jeunes du monde entier se ressemblent beaucoup ! Et en fin de compte, ce sont eux qui seront destinés à perpétuer ou non les traditions anciennes. Nous pouvons philosopher autant que nous le voulons sur les différences culturelles entre un Japonais d'aujourd'hui et un jeune Européen ou Nord-Américain, mais nous les trouverons certainement tous les deux la plupart du temps en train d'exercer la mobilité de leurs pouces sur un smartphone et de consommer de nombreux contenus communs sur le réseau.

Chaque face a son revers, et plus la face est grande, plus le revers est grand. Un avantage inattendu apparaît dans ce scénario : l'aliénation est également commune à tous ! Nous assistons donc à une nouvelle recherche de racines, face à ce besoin de s'ancrer dans l'incertitude de sociétés déstructurées ; une tâche qui était autrefois assurée d'abord par la religion, puis par le capitalisme, tous deux plongés dans une crise profonde.

Ces racines doivent cependant désormais être solides et capables de s'adapter à tous les terrains ; leur essence ne réside donc pas dans la profondeur avec laquelle elles s'enfoncent dans leurs terres d'origine (*), - curieusement les premières à les mépriser... Nul n'est prophète en son pays ! - mais dans l'utilité de leur essence, de leur lien primaire avec les besoins éternels de l'homme.

Nous assistons donc à une renaissance des cultures préchrétiennes, du chamanisme, des sagesses hermétiques, des cultures ancestrales, capables d'établir un cadre de référence et d'apporter une cosmogonie, alors que tout ce qui était établi s'effondre.

Nous avons vécu en direct un exemple de cette situation avec la culture Shizen (Hagumo) et ses traditions sacrées, l'ebunto. Transférées du Japon au Brésil au siècle dernier, elles ont réussi à renaître de manière extraordinaire sur ces terres, alors qu'au Japon, elles semblaient vivre un processus de déclin franc.

À la mort des leaders de cette époque, le seul de leurs disciples qui a perpétué la tradition n'avait curieusement plus les yeux bridés. Il en a payé le prix, certes, mais cela l'a également préparé à devenir pratiquement le seul capable de préserver les connaissances et le poids de toute une culture.

Shidoshi Jordan Augusto, mon professeur, a donné une nouvelle fois, sur d'autres terres, une suite à toute une tradition, à un savoir et à toute une culture, avec même sa propre langue, étant lui-même le pivot qui articule tout le poids de ce changement, de cette adaptation. Une position difficile, d'autant plus qu'il était immigrant et dans un pays étranger. Le paradoxe est que ni lui ne voulait initier quelqu'un d'autre, ni moi m'initier, mais un jour de mars, dans les montagnes de Madrid et pour la première fois dans la vieille Europe, cette cérémonie a mis en marche la roue d'une nouvelle étape.

Aujourd'hui, Shidoshi Jordan a initié de nombreuses personnes, formé plusieurs Shidoshi, consacré plusieurs prêtres (Kotoma Tonbo) et de nouveaux groupes dans d'autres pays (et plusieurs en Espagne) perpétuent cette tradition de manière parfois sporadique, mais contre toute attente, de manière continue.

Au-delà de la vigueur spirituelle qui pousse à la perpétuation de ce joyau de l'humanité qu'est l'ebunto, des légions d'esprits qui perpétuent son culte et ses pratiques, l'ebunto s'inscrit dans un besoin impérieux du monde actuel, capable d'apporter des réponses et de venir en aide aux déficiences très présentes dans le quotidien des paradigmes du XXIe siècle.

(*) Sauf si ces traditions sont vivantes et, par conséquent, adaptées à notre époque, et qu'elles conservent une vigueur extraordinaire de par leurs formes et leur contenu. C'est le cas de la corrida en Espagne, en Amérique du Sud et en France, qui, à contre-courant des mouvements écologistes et de défense des droits des animaux, remplit les arènes et enflamme les passions. Un cas véritablement extraordinaire de perpétuation d'une tradition qui ne manquerait pas de susciter de nombreux débats.

Il est vrai que le processus nécessite une certaine acculturation, dans laquelle séparer l'essentiel de l'indispensable est un arbitrage qui exige souplesse, flexibilité et résilience. Il est indéniable que beaucoup de choses resteront en chemin, peut-être certaines grandioses, mais impraticables dans ce nouveau contexte, mais à tâtons, nous continuons, donnant suite à tout cela, même moi, qui ne me suis jamais vu dans ce rôle, mais plutôt dans celui de divulgateur, j'ai aujourd'hui quelques élèves. Je trouve ce projet très noble et j'admire la position de mon maître, à tel point que je ne voudrais pas la prendre moi-même.

Les anciennes écoles martiales au Japon sont en train de mourir. Dans le domaine martial, les temps actuels imposent le pragmatisme, l'efficacité, que ce soit dans un contexte sportif ou combatif, qui ont supplanté la formalité. Les temps accélérés ont englouti l'apprentissage lent, le purisme et les rites, remplacés par le métissage, le cross fighting et les cours du weekend. Les grands maîtres d'autrefois avaient leurs dojos pleins, en fonction d'une situation, d'un besoin et d'une demande qui ont changé ; aujourd'hui, ils meurent de faim sans s'adapter.

Y a-t-il des exceptions à la règle ? Oui, mais ce ne sont que des exceptions ; le vent du changement souffle dans une direction très claire et, à moins que quelqu'un ne paie pour maintenir le musée ouvert, il n'y aura probablement même pas de visiteurs.

On peut choisir de mourir avec sa raison ou de survivre avec le changement ; certains dans ce secteur n'ont même pas la possibilité de décider, car leur éducation les enferme dans leur apprentissage et leur positionnement... Plus les formes sont traditionnelles, plus il sera difficile pour une école de survivre. Dans l'armée, ceux qui ont souffert des bizutages, quelques mois plus tard, se sont mis à les pratiquer à leur tour ; peu d'entre nous avaient la personnalité nécessaire pour échapper au cercle vicieux de la souffrance, la plupart, même inconsciemment, y sont tombés. Car le passé n'était pas nécessairement meilleur... La seule chose certaine, c'est que « tout le passé... était antérieur », comme le disaient « Les Luthiers ». Le poids de la mélancolie ancrée dans le passé est l'un des plus grands obstacles à l'évolution ; nous ne pouvons pas aller de l'avant en regardant en arrière ! Ce sentimentalisme qui détourne le regard du présent fait que les gens ne cessent de se cogner la tête contre le même mur.

Tout ce qui naît meurt ; sa seule chance de persistance viendra de la transcendance ou de la sublimation, en renaissant sur un autre plan.

Continuer à suivre les traditions comme un disque rayé ne fonctionne pas ; il faut « un saut » qui fasse avancer « la chanson » et ce saut doit impliquer une certaine transmutation. Sachant toutefois que les orangers au pôle ne pousseront que dans des serres, nous devons comprendre que les contraintes structurelles existent ; mais la planète regorge de climats où l'oranger, s'adaptant à de multiples situations, fleurira, et où les fleurs d'oranger pourront inonder de nombreuses terres différentes de leur délicieux parfum. Qu'ils soient utilisés pour fabriquer des parfums avec leurs fleurs ou pour manger les oranges, c'est une autre histoire.

L'essence de la survie est la nécessité, l'utilité ; lorsque les structures sont sclérosées, nous ne voyons pas plus loin que le bout de notre nez, et cela nécessite et mérite également la reconnaissance et la dignité de l'épisode final d'une illustre lignée. Si la fin est le remède, le médicament que la nature prescrit, qu'il en soit ainsi, mais à la fin, comme au début, ce sera dans son opposé complémentaire, les choses qu'il contient devront briller dans cette dernière explosion de lumière qui annonce la fin et la naissance de toute nouvelle vie ; le fruit est la dernière phase de l'arbre... Quel délice !

La

mort des écoles traditionnelles ? La mort des écoles traditionnelles ?

« Si telle est la volonté de Dieu »

Témoignage d'un guerrier Hwarang

PROLOGUE

Il y a dix ans, j'ai renoncé à ma rébellion et je me suis rendu. Il m'a fallu un demi-siècle pour y parvenir, tant ma défiance était profonde.

Seul.

Face contre terre.

Sans public.

Aucune annonce.

Seulement Dieu.

Pendant cinquante ans, j'avais entraîné mon corps à ne pas s'agenouiller. J'avais conditionné mon esprit à ne pas céder. J'avais construit mon identité sur l'endurance, le contrôle et la conquête. La force n'était pas quelque chose que je pratiquais, c'était ce que je croyais être.

Et en 2015, cette identité s'est effondrée.

Pas publiquement.

Pas de manière solennelle.

Dans une retraite silencieuse.

La nuit où je suis tombé à genoux et où j'ai confessé Jésus-Christ comme Seigneur et Sauveur n'a pas marqué le début d'une transformation publique.

Elle a marqué le début d'une transformation cachée.

Pendant dix ans, je n'ai rien écrit à ce sujet.

Pendant dix ans, je ne l'ai pas proclamé haut et fort.

Pendant dix ans, j'ai laissé Dieu me démanteler, me raffiner, me réorganiser et me sanctifier avant de parler.

Il y a eu de nombreux moments où j'ai ressenti le besoin de proclamer haut et fort mon témoignage, de faire connaître ce qui s'était passé en 2015. Mais à chaque fois, quelque chose m'en a empêché. Ce n'était pas la peur, c'était le moment. Aujourd'hui, dix ans plus tard, je crois que le silence a rempli son rôle. Je ne parle plus sous le coup de l'émotion, mais par obéissance.

La reddition est venue en premier.

Le témoignage vient maintenant.

Lorsque les lecteurs ont découvert mes articles récents — Décembre 2025 : « Ode à Knight Kilbo »

Janvier 2026 : « Soyez le pilier »

Février 2026 : « Sur la joie et la tristesse »

Mars 2026 : « La fierté »

Ils ne voyaient pas un homme en train de se diriger vers l'abandon.

Ils lisaient les réflexions d'un homme qui s'était déjà abandonné.

Ces articles n'étaient pas une préparation pour moi.

Ils étaient une préparation pour vous.

En décembre 2025, lorsque j'ai écrit sur Kilbo, mon fidèle compagnon, je ne me contentais pas de raconter des souvenirs. Je clôturais un chapitre de dix ans qui avait commencé la nuit où je m'étais agenouillé en 2015. Kilbo m'avait accompagné à travers l'humiliation, la réconciliation, l'exil et la reconstruction. Il était plus qu'un compagnon ; il était mon ange gardien envoyé par mon Seigneur pour m'aider à respecter l'alliance que j'avais conclue sur le sol cette nuit-là. À travers les périodes de faiblesse et de renouveau, il est resté fidèle. Son décès n'a pas simplement marqué une perte, il a

signalé l'achèvement de cette période sacrée.

En janvier 2026, lorsque j'ai écrit sur les piliers, je n'aspirais pas à la stabilité, je reconnaissais les fondations qui avaient déjà été posées sous mes pieds.

En février 2026, lorsque j'ai écrit sur la joie et la tristesse, j'ai exprimé une vérité avec laquelle je me débattais depuis une décennie : l'abandon n'élimine pas la souffrance, mais la rachète.

En mars 2026, lorsque j'ai disséqué l'orgueil, je n'analysais pas une théorie.

Je confessais un souvenir.

Ces articles n'étaient pas une rupture.

Ils étaient une révélation.

L'abandon a eu lieu en 2015.

Ce que vous allez lire, c'est ce qu'il m'en a coûté.

Et dans l'article qui suit, je vais révéler la vocation qui s'est dévoilée à travers tout cela.

LE TÉMOIGNAGE

Je n'ai pas grandi en apprenant à me rendre. J'ai été formé à endurer.

Dès l'instant où j'ai pris conscience de moi-même, ma vie a été orientée vers la résistance : contre la faiblesse, contre la peur, contre tout ce qui ressemblait à de l'hésitation. On ne m'a pas appris à demander de l'aide. On m'a appris à absorber la douleur et à aller de l'avant. La retraite n'était pas une option qui existait dans mon vocabulaire. Se rendre n'était pas une vertu. C'était un échec de caractère. Je suis né dans une lignée de guerriers, non pas comme une idée romantique, mais comme une obligation. J'étais le fils aîné, élevé avec la conviction que ma vie ne m'appartenait pas entièrement. Je n'appartenais pas seulement à moi-même ; j'appartenais à un héritage qui m'avait précédé et qui me survivrait.

Mon père n'était pas simplement un artiste martial ou un enseignant. C'était un homme forgé par les chapitres les plus impitoyables de l'histoire moderne de la Corée, marqué par la guerre, la famine, l'anarchie et la survie. Après la guerre de Corée, la Corée du Sud n'était pas la nation prospère que le monde connaît aujourd'hui. C'était l'un des pays les plus pauvres de la planète. Les rues de Séoul n'étaient pas régies par la loi, mais par des gangs, des voyous et des syndicats du crime. La peur était normale. La violence était courante. La justice était rare.

Dans ces conditions, mon père n'a pas attendu que l'ordre soit rétabli par des institutions qui n'existaient pas encore. Il l'a imposé lui-même.

Grâce au Hwa Rang Do, il a combattu des criminels violents, maîtrisé des gangs et protégé des communautés.

Ses écoles n'étaient pas des espaces récréatifs destinés à aider les enfants à prendre confiance en eux ou à acquérir de la discipline. Elles étaient redoutées. Elles étaient respectées. Elles étaient efficaces. Plus de trente écoles réparties dans tout Séoul prouvaient que l'ordre pouvait être établi grâce à la force, à la discipline et à une détermination sans faille.

C'est ce monde qui l'a façonné. Et j'ai été élevé pour en hériter.

Mais l'héritage ne se transmet pas seulement par le sang. Il s'imprime dans le système nerveux, comme s'il était inscrit dans la fibre même de l'être.

Avant de comprendre la théologie, avant de remettre en question la philosophie, avant de goûter à l'ambition, j'apprenais déjà un credo : contrôle ce que tu peux, domine ce qui résiste, ne montre jamais de faiblesse.

Et pourtant, sous la formation, sous les attentes, quelque chose de plus doux s'éveillait.

Même pendant les hivers rigoureux de mon enfance, lorsque je traversais la neige pour me rendre dans des églises dont je ne comprenais pas la langue, quelque chose en moi reconnaissait un silence plus profond que la force.

Je ne le savais pas à l'époque.

Mais Dieu frappait déjà à ma porte.

La force n'était pas encouragée, elle était exigée. La faiblesse n'était pas immorale, elle était inacceptable. La peur n'était pas discutée, elle était surmontée. Dès mon plus jeune âge, j'ai absorbé une seule et unique thèse tacite : le monde respecte le pouvoir. Pas la gentillesse. Pas l'intention. Pas la sincérité. Le pouvoir. La capacité d'imposer sa volonté lorsque la résistance apparaît. La compassion sans force est de l'impuissance. La moralité sans force est sans importance. La survie appartient aux forts.

Lorsque je suis entré à l'école primaire en Corée du Sud, mon père m'a inscrit en première année, un an avant tout le monde. J'étais plus jeune, plus petit, entouré de garçons plus âgés qui testaient instinctivement la hiérarchie par la domination. Mais année après année, je suis devenu président de classe. Non pas parce que j'étais charmant ou populaire, mais parce que je ne pouvais pas être vaincu.

La domination créait l'ordre.

L'ordre créait la sécurité.

Cette logique est devenue fondamentale dans ma compréhension du monde.

J'ai appris très jeune le poids de la responsabilité et de l'obligation de rendre des comptes. En tant que fils aîné d'une fratrie de quatre enfants, j'ai compris très tôt que mon rôle n'était pas facultatif. J'étais responsable d'eux. Lorsqu'un de mes frères ou sœurs commettait une erreur, désobéissait ou était puni par des châtiments corporels, j'étais également puni. Leurs actions rejaillissaient sur moi.

J'ai rapidement compris que la responsabilité n'était pas symbolique. Elle avait des conséquences. Être responsable signifiait que je souffrirais pour ce que j'avais permis, négligé ou échoué à empêcher. Le leadership, dans sa forme la plus primitive, n'était pas un privilège, mais un fardeau.

À l'âge de neuf ans, ma famille a immigré aux États-Unis. Tout est devenu plus grand : les bâtiments, les voitures, les portions de nourriture, les gens. Une fois de plus, j'étais le plus petit.

Cette fois-ci, j'étais également le seul enfant asiatique dans une école entièrement blanche. Je ne parlais pas un mot d'anglais. J'étais isolé par mon apparence, ma langue et ma culture. Les enfants peuvent être cruels lorsque la différence apparaît sans protection.

J'étais provoquée quotidiennement.

Alors, je me battais quotidiennement.

Pas pour le sport. Pas pour la fierté, du moins pas consciemment. Pour la première fois de ma vie, j'étais attaquée non pas

« J'ai rapidement compris que la responsabilité n'était pas symbolique. »

pour quelque chose que j'avais fait, mais pour quelque chose que j'étais : mon apparence, mon sang, mes origines que je ne pouvais ni renier ni dissimuler. Mon droit de naissance même était remis en question, ma simple existence était considérée comme une provocation.

Je me suis battu parce que battre en retraite était impensable. Je me suis battu parce que la soumission me semblait être une effacement. Me laisser dominer n'était pas une humiliation, c'était une annihilation. Je me suis battu non seulement pour moi-même, mais aussi pour mon pays, mon ethnicité, ma lignée. Et lorsque ma famille a déménagé à nouveau, comme nous le faisions souvent, j'ai recommencé à zéro, portant le même fardeau, relevant le même défi.

Les conseils de mon père pour faire face au harcèlement étaient simples et absolus : « Choisis le plus grand. Devant tout le monde. Mets-y un terme d'un seul coup. Alors, personne ne t'embêtera plus et tu te feras beaucoup d'amis. »

Pour beaucoup, cela semble brutal. Pour mon père, c'était pratique. C'était la même méthode qu'il avait utilisée dans la Corée d'après-guerre pour maîtriser les hommes violents qui ne comprenaient que la force. Et cela a également fonctionné en Amérique. Les combats n'étaient jamais propres. Ils étaient désordonnés, chaotiques, humiliants à leur manière. Mais j'ai triomphé. Et une fois ma domination établie, le harcèlement a cessé.

Ce schéma s'est profondément ancré en moi : affronter d'abord, ne jamais céder.

Pourtant, même pendant ces années-là, sous l'armure, sous le choc culturel, sous la disposition constante à me défendre, quelque chose d'autre était présent. Quelque chose de plus calme. Quelque chose que je ne pouvais pas expliquer.

Avant mes sept ans, pendant les longs et rudes hivers coréens, je me souviens avoir été inexplicablement attiré par Noël. Notre famille était bouddhiste à l'époque, mais j'attendais cette période de l'année avec une

impatience que je ne comprenais pas.

La Corée était froide en hiver. La neige tombait abondamment. Je montais à l'arrière du vélo de mon oncle –il n'avait que huit ans de plus que moi – et nous allions d'église en église pour assister à la messe de Noël et participer à l'Eucharistie. Nous ne comprenions pas la théologie. Nous ne comprenions pas le sacrement. Nous ne savions pas ce qui se passait.

Mais j'aimais l'atmosphère.

La cérémonie était solennelle. Le silence semblait ordonné. Les bougies, les chants, les mouvements... tout parlait un langage que mon esprit reconnaissait avant même que mon intelligence ne puisse l'interpréter. Quelque chose m'attirait. Cela m'apportait un sentiment de paix et de grandeur, comme si je pénétrais dans une réalité plus ancienne que le monde extérieur. Je ne savais pas encore ce que je ressentais.

Lorsque nous avons immigré en Amérique, mes grands-parents se sont convertis au christianisme et ont commencé à fréquenter une église presbytérienne coréenne à Los Angeles. Si les aînés y allaient, nous y allions tous. J'étais encore jeune, au collège, et je me souviens que chaque dimanche, nous allions en voiture à Los Angeles pour assister à la messe dans une église coréenne où les sermons étaient prononcés dans un coréen formel difficile à suivre.

Je dormais pendant la majeure partie du sermon. Cela n'avait rien à voir avec la messe catholique de Noël dont je me souvenais en Corée. Cette merveille de mon enfance n'est jamais revenue. Finalement, j'ai découvert un bowling près de l'église avec des flippers. J'ai appris à m'éclipser pendant le sermon et à revenir juste avant la fin, comme si j'avais été là tout le temps. C'était ma relation initiale avec l'église : une structure sans rencontre. Une présence sans participation. La religion était quelque chose que les gens pratiquaient, et non quelque chose qui leur arrivait.

J'étais un enfant profondément curieux. Je m'interrogeais constamment sur le ciel : jusqu'où il s'étendait, où il finissait, ce qui existait au-delà. Je rêvais de devenir comme Einstein, d'inventer un vaisseau spatial avec un carburant infini pour voyager jusqu'aux confins de l'univers et voir si le paradis était réel.

Je dévorais les livres scientifiques, en particulier ceux que je pouvais acheter à bas prix dans les friperies. J'étais obsédé par les films de science-fiction. Je les notais dans le programme télévisé, beaucoup étaient diffusés à 3 heures du matin. Je réglais mon réveil les soirs d'école, je me réveillais pour les regarder, puis je me rendormais quelques heures avant d'aller à l'école. Je croyais que la connaissance permettrait de dévoiler la réalité.

Mais l'adolescence a brisé cette certitude.

Au lycée, je me suis éloigné des sciences pour me tourner vers la littérature, la philosophie et la pensée existentielle. Il est devenu douloureusement évident que je n'étais pas Einstein ; mon rêve de percer les secrets de l'univers grâce à la physique a commencé à s'estomper. Je me suis alors inscrit à un cours de lettres qui combinait l'anglais, les lettres classiques et l'éduca-

tion civique, une convergence inhabituelle qui m'a ouvert la porte à des questions auxquelles je n'étais pas prêt à faire face.

Nous dévorions plusieurs livres chaque semaine : philosophie grecque, épopées classiques, théorie moderne, écrivains existentialistes... Des visions du monde s'affrontaient dans mon esprit comme des lames au combat. Les certitudes que j'avais autrefois commençaient à se fissurer. L'univers ne me semblait plus mécanique et prévisible ; il était devenu complexe, ambigu et troublant de personnalité.

Pour la première fois, les questions ne portaient plus sur le fonctionnement du monde.

Elles portaient sur la raison même de son existence.

J'ai commencé à tout remettre en question, en particulier Dieu.

Puis, un seul instant a renforcé ma résistance. Lors d'une session d'étude biblique après l'église, j'ai posé une question. Je ne me souviens même plus de la question exacte, seulement du ton de ma soif de comprendre. Le jeune pasteur, quel que soit son titre, m'a regardé et m'a dit de « me taire ».

Cela m'a suffi.

Si la vérité ne pouvait résister à l'interrogation, je ne voulais rien avoir à faire avec elle. À partir de ce jour, j'ai refusé d'aller à l'église.

Ironiquement, ce n'est pas la théologie qui m'a ramené dans ce bâtiment.

C'est l'amour.

Mes parents voulaient que j'aille à l'église, non pas parce qu'ils étaient pieux, mais parce qu'ils comprenaient quelque chose de pratique : la foi engendre souvent la morale, et la morale protège les jeunes hommes. Ils étaient également conscients que je dérivais, agité, vif, remettant tout en question.

Ils ont donc essayé une tactique simple.

« Il y a une jolie fille à l'église. »

J'y suis allé.

Et oui, elle était mignonne.

Je me suis assis à côté d'elle. Je l'ai courtisée avec la même franchise que j'apportais à tout le reste. Très vite, je l'ai amenée avec sa sœur pour qu'elle rencontre mes parents. Elle est devenue mon premier amour, ma première petite amie. Puis j'ai appris que son père était pasteur, et je me suis retrouvé à nouveau plongé dans l'église, non pas pour trouver Dieu, mais pour essayer d'être digne de la fille que j'aimais.

Au bout de quelques mois seulement, à l'âge de dix-sept ans, j'ai décidé de faire ce que je croyais être honorable. Je me suis assis avec son père et lui ai demandé sa bénédiction pour épouser sa fille.

Il a toussé, presque étouffé par l'audace d'un jeune de dix-

sept ans qui posait une telle question, puis il a prononcé des mots qui allaient résonner tout au long de ma vie comme une prophétie que je refusais d'accepter :

« En temps voulu. Attendons de voir. Si telle est la volonté de Dieu. »

Cette phrase est devenue une épine dans mon pied : « Si telle est la volonté de Dieu ».

Ma petite amie la répétait souvent, si souvent que j'en ai eu assez de l'entendre. Je lui ai répondu que oui, Dieu avait peut-être une volonté, mais que nous devions choisir. Nous devons agir. Ce sont nos efforts qui déterminent notre réussite ou notre échec.

Je ne me rendais pas compte que j'exprimais la théologie de toute ma vie :

L'autonomie est une force.

La soumission est une faiblesse.

Avec le recul, ce n'était pas simplement de l'arrogance adolescente.

C'était l'Eden.

C'était le premier refus de s'incliner.

Quand j'avais dix-sept ans, elle est tombée enceinte. Enfant, j'avais toujours rêvé d'une grande famille, dix enfants, ma propre armée. Mais confronté à la réalité de la paternité, j'ai paniqué. Je me suis dit que j'étais trop jeune. J'avais trop à faire. Un monde à conquérir. Un héritage à construire. Je ne pouvais pas m'engager maintenant.

Nous avons décidé d'avorter.

Nous n'en avons pas parlé à nos parents, un silence que j'allais plus tard regretter profondément, car leur sagesse et leurs conseils auraient pu modifier le chemin que nous avions choisi.

Quand elle est sortie de la clinique, elle pouvait à peine tenir debout. Je me suis précipité vers elle et elle s'est effondrée dans mes bras. À ce moment-là, quelque chose en moi s'est brisé. J'ai ressenti tout le poids d'un choix qui ne pourrait jamais être annulé.

Le remords a été immédiat. La culpabilité était totale. Aucune justification n'était assez forte pour survivre à la réalité de ce moment. Nous avons essayé de nous réconcilier plus tard. Nous avons essayé de renouer le contact. Nous avons échoué.

Alors, j'ai fait ce que font les guerriers lorsqu'ils sont blessés à

un endroit qu'ils ne peuvent pas montrer : je l'ai enfoui.

Je me suis endurci.

J'ai continué à avancer.

Je me suis plongé dans l'ambition, dans le Hwa Rang Do, dans la conquête de tous les domaines possibles. Et je ne comprenais pas encore la réalité spirituelle la plus dangereuse : un péché non confessé ne disparaît pas.

Il devient un carburant.

Il devient le moteur caché qui alimente l'orgueil.

La culpabilité ne paralyse pas toujours un homme.

Parfois, elle le propulse.

Parfois, elle le convainc que la réussite compensera la confession. Que s'il construit suffisamment, conquiert suffisamment, s'étend suffisamment, le passé sera noyé sous le progrès.

Et donc j'ai couru.

Pas loin du monde.

De moi-même.

À l'âge adulte, tout ce que j'avais appris à faire a commencé à fonctionner.

C'est une phrase importante, car le succès est bien plus dangereux que l'échec. L'échec vous rend rapidement humble. Le succès vous convainc que vous aviez raison depuis le début.

J'ai réussi.

Pas occasionnellement. De manière constante.

Et le monde m'a récompensé pour cela.

Les applaudissements du monde sont un anesthésiant dangereux.

Ils atténuent la douleur sans guérir la blessure.

Chaque succès renforçait l'illusion que j'étais non seulement capable, mais nécessaire. Que si je restais suffisamment discipliné, suffisamment fort, suffisamment implacable, la vie me céderait.

Mais la vie ne cède pas.

Elle expose.

Et lorsqu'elle expose, elle ne négocie pas avec la fierté.

Les gens confondent souvent la fierté et l'arrogance. C'est trop simpliste. Dans sa forme la plus dangereuse, la fierté se déguise en vertu. Elle ressemble à de la responsabilité. Elle ressemble à un devoir. Elle ressemble à un sacrifice. Et comme elle produit des

La discipline qui m'avait maintenu en vie quand j'étais enfant est devenue une arme dans le monde adulte. J'ai travaillé plus dur que tous ceux qui m'entouraient. J'ai toléré la pression que les autres évitaient. J'ai assumé les responsabilités que les autres fuyaient. Là où régnait le désordre, j'ai imposé une structure. Là où régnait l'incertitude, j'ai pris des décisions. Là où les autres hésitaient, j'ai agi.

résultats, elle est rarement remise en question. Je me suis dit que j'étais motivé par le service. Par la loyauté. Par le devoir. Je me suis convaincu que l'humilité signifiait travailler plus dur que tout le monde, porter plus que tout le monde, endurer plus que tout le monde sans se plaindre.

Mais sous ce discours se cachait une conviction plus sombre qui grandissait lentement, renforcée par les résultats :

Je suis indispensable.

Et dès qu'un homme croit qu'il est indispensable, il ne se considère plus comme responsable. Il peut continuer à parler le langage de la responsabilité, mais intérieurement, il s'est intronisé lui-même. Si les choses fonctionnent, c'est grâce à lui. Si les choses échouent, c'est parce que les autres n'étaient pas assez forts.

Ce n'est pas du leadership.

C'est de l'idolâtrie de soi, déguisée en devoir.

C'est le schéma contre lequel les Écritures mettent en garde avec une précision terrifiante : les victoires successives peuvent faire oublier à un leader que le leadership est une mission qui lui est confiée, et non une position qu'il s'est arrogée.

J'ai bâti des organisations. J'ai formé des guerriers. J'ai développé le Hwa Rang Do au-delà de ce que beaucoup croyaient possible. J'ai entrepris des tâches que d'autres jugeaient impossibles et j'ai éprouvé une satisfaction enivrante à leur prouver qu'ils avaient tort. Chaque obstacle est devenu un moteur. Chaque doute qui m'était opposé renforçait ma détermination.

J'ai vécu selon l'éthique dont j'ai ensuite parlé avec une conviction totale : il n'y a pas de plan B. Brûlez les vaisseaux. Supprimez toute retraite. Allez de l'avant.

À bien des égards, cette éthique a forgé la grandeur. Elle a purifié l'engagement. Elle a aiguisé la concentration. Elle a produit des résultats.

Mais elle a aussi créé autre chose : un monde sans pitié. Pas pour les autres. Et certainement pas pour moimême.

La joie accompagnait le succès, mais elle était intense et éphémère. Elle ne durait jamais. Dès qu'un objectif était atteint, le suivant

apparaissait. La satisfaction était toujours hors de portée. Je confondais cette agitation avec de l'ambition. En réalité, c'était une faim que les réussites ne pouvaient assouvir.

Quand quelque chose s'effondrait — et cela arrivait toujours —, la tristesse surgissait sans crier gare. Je croyais que la joie et la tristesse étaient opposées : l'une devait être recherchée, l'autre vaincue. Je ne comprenais pas encore ce que j'allais plus tard exprimer clairement : la joie et la tristesse sont inséparables, elles proviennent de la même profondeur.

Chaque joie portait en elle les germes de la tristesse, car l'attachement garantit la perte.

Et la tristesse, que je l'admette ou non, révélait la mesure de ce que j'aimais.

Ma pensée s'est affinée pendant cette période. J'ai étudié la philosophie en profondeur. J'ai exploré l'existentialisme, l'éthique, la métaphysique, la nature de l'esprit et du sens. Je suis devenu éloquent. Précis. Je pouvais disséquer les systèmes de croyances, exposer les contradictions, défendre mes positions avec clarté. Je me suis convaincu que la compréhension équivalait à la sagesse.

Mais la vérité subjective a un défaut fatal.

Elle s'effondre sous le poids de la souffrance.

La philosophie a aiguisé mon intellect.

Mais la souffrance a aiguisé la réalité.

Les idées peuvent être réorganisées.

La perte, non.

Lorsque le chagrin m'a transpercé, il a contourné tous les arguments que j'avais construits. Il a ignoré le rang. Il a ignoré la réputation. Elle a ignoré la maîtrise.

Elle a frappé là où je n'étais pas protégé.

Et je n'avais plus aucune défense.

Aucune philosophie n'a tenu lorsque la perte est arrivée sans y être invitée. Aucune discipline n'a empêché la trahison. Aucune maîtrise ne m'a protégé du chagrin. Et chaque fois que la vie a transpercé l'armure, Dieu a frappé.

J'ai survécu à des accidents de voiture qui auraient dû me tuer. J'ai survécu à une chute de cinq étages sur du béton qui a laissé les médecins stupéfaits. À chaque fois, j'interprétais la survie non pas comme une miséricorde, mais comme une confirmation.

Je me disais que j'étais forte.

Je me disais que j'avais été choisie.

Je me disais que j'étais invincible.

Je ne comprenais pas encore que la survie n'est pas une approbation.

C'est de la patience.

Et la patience est souvent la forme d'amour la plus terrifiante, car elle vous permet de continuer à marcher jusqu'à ce que vous atteigniez finalement vos limites. Pendant cette période, j'ai vécu sous le poids immense des attentes, certaines héritées, d'autres que je m'étais imposées. Je croyais que sans moi, tout s'effondrerait. Que mes étudiants, mon organisation, ma famille, mon héritage dépendaient de ma vigilance constante.

Cette croyance me semblait noble.

« À l'âge de neuf ans, ma famille a immigré aux États-Unis. Tout est devenu plus grand : les bâtiments, les voitures, les portions de nourriture, les gens. Une fois de plus, j'étais le plus petit. »

C'était aussi un mensonge.

L'une des vérités les plus difficiles à accepter pour les guerriers est la suivante : l'entraînement peut vous perfectionner, mais il ne peut pas faire de vous un dieu.

Nous ne détenons pas la balance. Nous n'avons jamais détenu l'équilibre. Il existe un Gardien, une Autorité suprême, et lorsque le moment vient, toutes nos réalisations sont pesées.

Cette vérité est insupportable pour l'homme orgueilleux.

Car elle signifie que vous n'avez jamais été souverain.

Et je ne voulais pas que cela soit vrai.

Je voulais que le monde soit gouverné par la force et l'effort,

car c'était le monde où je pouvais gagner.

Pourtant, la vie a une façon de présenter quelque chose qui ne cède pas à l'habileté : un rêve s'effondre, une relation prend fin, la trahison frappe, le corps commence à faiblir. Dans ces moments-là, chaque technique et chaque intuition s'avèrent précieuses, mais limitées. Et au-delà de cette frontière, Dieu attend.

Je m'approchais de cette frontière.

Et je ne le savais pas encore.

L'orgueil ne meurt pas bruyamment.

Il meurt dans une pièce silencieuse lorsque les acclamations

« C'est à ce moment-là que j'ai compris à quel point j'avais mal compris la force. »

cessent, lorsqu'il n'y a plus rien à prouver, plus personne à impressionner et plus aucune force à utiliser comme arme. L'orgueil meurt lorsque l'âme admet enfin la vérité qu'elle a passé des décennies à fuir :

Je ne peux pas porter ce fardeau.

Ma fiancée a mis fin à notre relation.

Sans avertissement.

Sans négociation.

Sans réparation.

Elle aimait dire qu'elle vivait selon deux règles : « ne jamais se plaindre, ne jamais s'expliquer », comme si emprunter le silence de la monarchie britannique pouvait passer pour une force. Et moi, avec ma propre devise « ne jamais reculer, ne jamais abandonner », je ne reconnaissais pas que deux volontés intransigeantes étaient destinées à s'affronter. Nous ne construisions pas la paix ; nous accélérions vers l'impact.

Avec le recul, je vois quelque chose que je ne voyais pas à l'époque.

Même ici, Dieu me répondait.

Il m'a donné tout ce que je croyais vouloir chez une femme : la beauté, la passion, le glamour, l'intensité, et quelque chose que je n'avais même pas demandé : la richesse. Cela ressemblait à une faveur. Cela ressemblait à une récompense. C'était comme la preuve qu'après tout ce que j'avais enduré, je recevais enfin ce que je méritais.

Mais ce n'était pas un cadeau.

C'était un règlement de comptes.

Il m'a permis de saisir pleinement ce que je pensais me rendre heureux, non pas pour me faire plaisir, mais

pour me mettre à nu. Il m'a donné l'objet de mon désir en abondance afin que je découvre à quel point ce désir était vraiment déplacé.

Il y a un avertissement caché dans le vieil adage : « Fais attention à ce que tu souhaites. »

Je ne l'aimais pas simplement.

J'étais tombé éperdument amoureux.

Je suis devenu obsédé.

Elle passait avant tout le reste : avant ma famille, avant le Hwa Rang Do, avant ma vocation. Sans m'en rendre compte, je l'avais élevée au-delà de la simple compagnie, au rang d'ultime.

Elle était devenue mon idole.

Et les idoles doivent tomber.

J'avais survécu à la violence, au racisme, à une pression incessante et à des décennies de responsabilités. J'avais construit et reconstruit. J'avais été mis à terre et je m'étais relevé. Je me disais que je savais endurer n'importe quoi.

Mais cette perte était différente.

Car pour la première fois, la maîtrise n'avait pas protégé ce qui comptait le plus.

Je m'étais enfin permis d'espérer quelque chose au-delà de l'héritage, au-delà de l'exigence constante d'être digne. Je m'étais permis d'imaginer le repos. La compagnie. Un avenir partagé. Une vie qui ne se définissait pas uniquement par la nécessité de faire mes preuves.

Et quand cela a pris fin, cela ne m'a pas seulement blessé.

Cela a démantelé l'architecture de mon identité.

Ce qui s'est effondré, ce n'était pas seulement une relation.

C'était l'illusion que je pouvais assurer mon bonheur par la possession.

C'était la fausse croyance que si j'accomplissais suffisamment, si je faisais preuve de suffisamment de discipline, si j'aimais suffisamment intensément, je pourrais conserver ce que je désirais.

Cette perte a fait ce que des décennies de lutte n'avaient pas réussi à faire.

Elle a mis mon cœur à nu.

Et ce que j'y ai trouvé, ce n'était pas de la dévotion.

C'était de l'idolâtrie.

Je me suis complètement retirée.

L'un de mes étudiants, sentant que la solitude était devenue dangereuse pour moi, m'a proposé un endroit où séjourner à Los Angeles. Ce n'était pas un confort, c'était un refuge, un endroit calme où je ne disparaîtrais pas. Et même sous le toit de quelqu'un d'autre, entourée d'attention, je me suis isolée. Je n'en ai parlé ni à ma famille ni à la plupart de mes amis. Seuls quelques rares confidents de confiance connaissaient la vérité.

Je ne voulais pas d'encouragements. Je ne voulais pas de conseils. Je ne voulais pas de

solutions. Je ne voulais pas qu'on me dise de « rester forte ».

J'avais été forte toute ma vie.

La force ne me sauvait pas.

La force était ce qui m'avait empêchée de baisser les bras.

C'était la deuxième fois de ma vie que j'envisageais de mettre fin à mes jours.

La première fois, c'était des années plus tôt, alors que j'étais encore jeune et déjà écrasée par le poids des responsabilités, de ma position et des attentes. Je n'ai pas tenté de me suicider

à ce moment-là, mais j'ai fait preuve d'une imprudence qui s'apparentait à de l'indifférence.

Une nuit, pour impressionner un groupe de jeunes hommes liés à une famille yakuza, j'ai sauté du balcon de mon appartement situé au cinquième étage. J'ai mal évalué la distance, j'ai raté la balustrade que je comptais attraper et je suis tombé.

Pendant ces quelques secondes de chute libre, toute ma vie a défilé devant mes yeux.

Je suis resté inconscient sur l'allée en béton. Je me suis

réveillé dans un lit d'hôpital, épargné pour des raisons que personne ne pouvait expliquer.

J'ai survécu sans blessure grave. À l'hôpital, j'ai appris qu'un homme dans la chambre voisine était mort après une chute de seulement deux étages. Les médecins et les internes venaient sans cesse voir le « garçon prodige » qui avait survécu à une chute de cinq étages.

Je ne pouvais pas l'oublier.

Cette nuit-là, j'ai fait une promesse que je ne comprenais pas

encore : « Dieu, je ne sais pas si tu existes. Mais si tu existes, merci. Et je jure que je ne serai plus jamais aussi imprudent avec ma vie. »

Cette fois-ci, c'était différent.

Pas dramatique.

Pas impulsif.

Calme.

Ce n'était pas seulement de la douleur, c'était de l'épuisement. L'épuisement de toujours porter. Toujours réparer. Toujours pré-

valoir. Toujours être celui qui était censé endurer sans se briser.

J'ai commencé à voir comment l'orgueil se dissimule sous le masque de la responsabilité, et comment la responsabilité, si elle n'est pas remise en question, devient une prison.

C'est là, lorsque le guerrier a finalement été à court de réponses, que Dieu a frappé à la porte.

Pas par le sentiment.

Par la confrontation.

Un maître coréen senior de Hwa Rang Do m'a contacté. Bien qu'il fût mon subordonné en termes de grade, il avait dix ans de plus que moi, c'était un frère aîné dans la vie. Dans ma profonde tristesse, j'ai caché ma douleur comme je l'avais toujours fait. Des années de discipline m'avaient appris à masquer mes fractures sous mon calme apparent.

Au cours de notre conversation, j'ai appris quelque chose qui m'a stupéfié : il était devenu chrétien.

Quelques années plus tôt seulement, j'avais passé d'innombrables nuits blanches à faire la fête et à boire avec lui en Corée, entouré de belles femmes et de tentations incessantes, vivant comme des guerriers sans attaches, nous berçant de l'illusion que notre force nous protégeait des conséquences.

Alors, apprendre qu'il s'était tourné vers le Christ me désorientait, me semblait presque irréel.

Il m'a parlé d'un projet de développement en Papouasie-Nouvelle-Guinée, de la création d'un sanctuaire Hwa Rang Do dans ce pays. Alors qu'il me décrivait des jungles reculées et des communautés isolées, quelque chose s'est éveillé en moi.

Au début, j'ai pensé : « C'est un cadeau du ciel.

Une échappatoire.

Une porte de sortie pour mon chagrin.

J'imaginais quitter le monde et disparaître dans les jungles primitives de Papouasie-NouvelleGuinée, loin des souvenirs, loin de la douleur, loin de l'endroit où mon cœur avait été brisé. Ce

fantasme me semblait miséricordieux : une vie d'entraînement, de service, d'isolement, sans personne pour me voir m'effondrer.

Mais il ne m'a pas offert sa sympathie.

Et je ne lui ai pas expliqué ma situation.

Il n'y a eu aucun échange de chagrin, aucun partage de blessures. Nous n'avons parlé que du Christ.

Il ne m'a pas consolé.

Il m'a mis au défi.

Dieu n'est pas venu m'apporter du réconfort.

Il est venu me confronter.

Il n'a pas envoyé de thérapeute.

Ni de sympathisant.

Mais un frère qui m'a posé une seule question qui a démantelé des décennies d'orgueil intellectuel :

« Avez-vous lu la Bible ? »

La question n'était pas une accusation.

»

Elle a révélé.

Il m'a reposé la question directement : « Avez-vous lu la Bible ?

J'ai répondu instinctivement, avec une confiance née de l'intellect plutôt que de l'obéissance. Je lui ai dit que je connaissais probablement mieux que la plupart des gens les récits bibliques. J'avais débattu avec de nombreux chrétiens professants. Je connaissais leur langage. Je connaissais leur logique.

Il m'a transpercé du regard :

« Non. Avez-vous lu la Bible ? »

J'ai marqué une pause. « Vous voulez dire de la première à la dernière page ? Non. Et vous ? »

Je m'attendais à ce qu'il réponde non.

Mais ce ne fut pas le cas.

« Oui », a-t-il répondu. « Plusieurs fois. »

Un silence s'est installé.

À ce moment-là, tous les arguments que j'avais jamais utilisés se sont effondrés. Je ne pouvais pas contester un livre que je n'avais jamais vraiment lu. Mon esprit, si habitué à démanteler celui des autres, n'avait plus aucun argument.

À la fin de l'appel, je savais ce qu'on attendait de moi.

Je devais ouvrir la Bible.

Parmi les quelques possessions qui me restaient, il n'y avait qu'une seule Bible, celle que j'avais emportée avec moi pendant trente-trois ans. Un volume relié en cuir avec mon nom gravé en lettres dorées. Un cadeau de mon tout premier ami noir, mon ami proche du lycée.

Pendant trente-trois ans, soit la durée de vie terrestre de JésusChrist, ce livre m'a accompagné sans que je l'ouvre.

J'ai changé de continent avec lui.

À travers les triomphes et les échecs.

À travers les identités construites et démantelées.

À travers les pertes, l'ambition, la fierté et la réinvention.

Il était toujours là.

Et je ne l'ai jamais ouvert.

Plus tard, j'ai compris la symétrie : il m'a fallu autant d'années que celles pendant lesquelles le Christ a marché sur cette terre avant que je n'ouvre enfin Sa Parole.

Cette nuit-là, je l'ai pris.

Et immédiatement, j'ai résisté.

Tout en moi a reculé. Je n'étais pas croyant. Je me méfiais des personnes religieuses. Je méprisais les postures morales et la foi superficielle. Je croyais que de nombreux chrétiens utilisaient le « péché » comme une arme et portaient la « grâce » comme un costume. Mon esprit avait démantelé leurs arguments d'innombrables fois.

Mais ce n'était pas un argument.

C'était un ordre, prononcé avec une autorité spirituelle, et il m'a touché comme une lame.

Cette nuit-là, n'ayant plus rien à défendre ni à préserver, j'ai ouvert la Bible.

Pas de manière stratégique.

Pas avec révérence.

Désespérément.

Je ne savais même pas ce qu'étaient les Évangiles, mais j'avais entendu dire que Jean était important. Je me suis donc tourné vers lui, non pas vers l'Évangile de Jean, mais vers l'une de ses lettres, comme si, même dans mon ignorance, j'étais guidé.

Ce que j'y ai trouvé ne m'a pas semblé ancien.

Cela m'a semblé immédiat.

Le Christ ne parlait pas comme un philosophe proposant des idées à méditer. Des années d'étude de la philosophie m'avaient

appris ses limites : une introspection sans fin. Des pensées qui se nourrissaient d'autres pensées. Des questions qui en généraient d'autres. Un intellect impressionnant qui ne produisait aucune autorité, aucune finalité, aucune vérité capable de porter du poids. Cela aiguisait l'esprit, mais n'ancrait pas l'âme.

Le Christ n'était pas du tout comme ça.

Il parlait avec autorité, de manière claire, sans compromis, définitive. Il n'y avait aucune place pour le réinterpréter en

quelque chose de gérable. Ses paroles n'invitaient pas à l'admiration.

Elles exigeaient l'obéissance.

Et la première chose qui m'a frappé n'était pas le réconfort.

C'était l'ordre.

Aimez-vous les uns les autres.

Aimez vos ennemis.

Pardonnez à ceux qui vous ont offensés.

Pas symboliquement. Pas de manière sélective. Complètement.

Puis vint le coup qui me paralysa : si je refusais de pardonner ne serait-ce qu'à une seule personne, je ne pourrais pas entrer dans le Royaume des Cieux.

Pour un guerrier, c'était intolérable. J'avais été formé pour identifier les menaces et les neutra-

liser. La justice impliquait des conséquences. La trahison exigeait une réponse. L'ordre était maintenu par la force. Le pardon, tel que je le comprenais, était une faiblesse, une invitation à répéter les mauvaises actions.

Mais le Christ est allé plus loin.

Le jugement n'appartient pas du tout à l'homme.

La justice appartient à Dieu seul.

À ce moment-là, quelque chose en moi s'est brisé, non pas émotionnellement, mais structurellement. Tout un cadre s'est effondré. J'ai réalisé que mon obsession pour la punition, le contrôle et la vengeance n'était pas de la justice.

C'était de l'orgueil.

Et si Dieu est vraiment Dieu, alors sa justice dépasse tout ce que je pourrais jamais accomplir.

Ce qui signifiait que ma soif de vengeance n'était pas une vertu.

C'était de la défiance.

En poursuivant ma lecture, j'ai découvert quelque chose d'encore plus bouleversant : l'obéissance du Christ. La trahison. L'humiliation. La torture. La mort, endurée sans avoir rien fait de mal.

Il n'a pas riposté.

Il ne s'est pas justifié.

Il n'a pas défendu son innocence.

Il s'est soumis.

Non pas parce qu'il était faible.

Mais parce qu'il était souverain.

C'est alors que j'ai compris à quel point j'avais mal compris la force. Je croyais que la force signifiait la domination. Le Christ a révélé que la force était l'obéissance à la vérité, même lorsque cela coûte tout.

Et puis, sans avertissement, la vérité que j'avais enfouie pendant trente-trois ans a refait surface.

J'ai vu clairement ce que j'avais fait à l'âge de dix-sept ans.

J'avais assassiné mon propre enfant.

Pas au sens figuré.

Pas au sens idéologique.

Au sens factuel devant Dieu.

Toutes mes défenses se sont évaporées. Toutes les comparaisons avec les autres ont perdu leur sens. Toutes les illusions de supériorité morale se sont effondrées. J'avais méprisé l'affirmation chrétienne selon laquelle nous sommes tous pécheurs, la considérant comme psychologiquement destructrice et spirituellement manipulatrice.

Maintenant, je comprenais que c'était le seul point de départ honnête.

Et quelque chose d'autre m'a frappé avec une clarté dévastatrice.

Trente-trois ans.

Si cet enfant avait vécu, il aurait aujourd'hui trente-trois ans.

Le même âge que le Christ lorsqu'il a été crucifié. La symétrie était insupportable.

Pendant trente-trois ans, j'ai porté une Bible fermée.

Pendant trente-trois ans, j'ai enterré une vie que j'avais éteinte.

Pendant trente-trois ans, j'ai résisté à Celui qui a donné sa vie à ce même âge.

C'était comme si, dans ma rébellion, j'avais rejeté non seulement mon enfant, mais le Christ lui-même.

Cette prise de conscience ne m'a pas accusé de manière théâtrale.

Elle m'a détruit. Je me suis effondré.

Les vannes se sont ouvertes : des décennies de culpabilité et de chagrin enfouis ont jailli en moi dans un torrent que je ne pouvais ni contrôler ni contenir.

Pas de manière théâtrale.

Pas de manière symbolique.

Mais physiquement.

Mes jambes ont cédé. Je suis tombé au sol et je me suis allongé, face contre terre, complètement prostré.

Toute ma vie, j'avais cru que la prière devait se faire debout, dans le calme et la maîtrise, le regard tourné vers le ciel. Un guerrier ne baisse pas la tête en signe de faiblesse. Il lève les yeux. Il s'exprime clairement. Il se présente avec dignité, comme s'il se présentait au rapport.

Mais cette nuit-là, je ne pouvais pas me tenir debout.

Mon corps s'est rendu avant que ma fierté n'ait eu le temps de s'exprimer.

Je me suis étendu de tout mon long, face contre terre. J'ai appuyé mon front contre le sol comme si je pouvais m'enfoncer dessous. J'ai essayé de m'abaisser davantage, comme si l'humilité avait des degrés et que je n'avais pas encore atteint le fond.

J'ai appuyé mon visage plus fort contre le sol.

Il n'y avait nulle part où aller plus bas.

Je voulais que la terre engloutisse l'homme que j'avais été.

Et dans cet endroit le plus bas, le visage contre le sol, dépouillé de mon titre, dépouillé de ma défense, dépouillé de mes arguments, je m'attendais à l'anéantissement.

Je m'attendais à la condamnation.

Je m'attendais à ce que tout le poids de la justice divine s'abatte sur moi.

Au lieu de cela, j'ai rencontré la miséricorde.

Pas le déni de ce que j'avais fait.

Pas la minimisation.

Pas le réconfort psychologique.

La vérité restait intacte. Mais elle n'était pas écrasante. Elle était protectrice.

À ce moment-là, j'ai compris quelque chose que j'avais refusé toute ma vie : la croix n'était pas abstraite. Elle était personnelle.

Le Christ n'est pas mort pour l'humanité en théorie. Il est mort pour les pécheurs en réalité.

Pour les orgueilleux. Pour les rebelles. Pour ceux qui se justifient eux-mêmes.

Pour les hommes comme moi.

La prise de conscience que j'avais mis fin à une vie à l'âge de dix-sept ans n'a pas disparu. Elle s'est accentuée. Mais elle s'est accompagnée de quelque chose de plus grand. Si mon péché était réel, alors son expiation devait être réelle. Si ma culpabilité était concrète, alors son sacrifice devait être suffisant.

La grâce n'est offensante que pour ceux qui croient encore pouvoir se sauver eux-mêmes.

Allongé sur le sol en 2015, je savais que je ne le pouvais pas.

Je n'ai pas négocié.

Je n'ai pas négocié.

Je n'ai pas promis de me réformer en échange du pardon.

J'ai simplement confessé.

Et en confessant, je me suis rendu.

Le fardeau que j'avais porté pendant trentetrois ans ne s'est pas évaporé émotionnellement en un instant. Mais son emprise sur moi a pris fin.

Il y a une différence. Le remords est resté. Mais la condamnation a disparu.

Le souvenir est resté. Mais la honte a perdu son emprise.

Je pensais que le christianisme était une faiblesse.

J'ai découvert qu'il exigeait le plus grand courage que j'avais jamais exercé.

Il est beaucoup plus facile de dominer les autres que de s'agenouiller devant Dieu.

Beaucoup plus facile de se justifier que de se confesser.

Beaucoup plus facile de construire un héritage que de renoncer à son ego.

Cette nuit-là, en 2015, j'ai perdu quelque chose.

J'ai perdu ma rébellion.

Et en la perdant, j'ai trouvé une paix que je n'avais jamais pu créer par la discipline, la méditation ou la force.

Non pas parce que j'ai ressenti quelque chose d'extraordinaire.

Mais parce que j'avais enfin obéi.

Et l'obéissance est le berceau de la paix.

Le guerrier qui se définissait par la résistance a découvert que la résistance était sa véritable prison.

L'abandon n'était pas une défaite.

C'était une libération.

Et j'ai ouvert la porte à Celui qui frappait depuis toujours.

Peu après, j'ai pris une décision qui semblait insignifiante, mais qui s'est avérée profondément symbolique : j'ai adopté un chien, Kilbo.

Il n'était pas seulement un compagnon. Il était un miroir vivant. Un compagnon capable de percevoir la vérité derrière mon immobilité. Avec le temps, j'ai compris qu'il était aussi la miséricorde : un ange gardien sous la forme d'un chien.

Kilbo exigeait quelque chose que ma fierté n'avait pas bien pratiqué : un amour qui n'est pas transactionnel. Une attention qui n'exige pas de performance. Une responsabilité sans domination. Dans mes moments les plus sombres, il a donné un sens à mes matins et un rythme à mes journées, car que je me sente digne ou non, Kilbo avait besoin de moi.

Et à travers lui, Dieu m'a appris quelque chose que j'avais passé toute ma vie à éviter :

Comment s'adoucir sans devenir faible.

Comment être présent sans contrôler.

Comment aimer sans conquérir.

Peu de temps après, je suis rentré chez

moi, non pas en Corée, mais dans la maison de mes parents.

J'avais quitté la maison à dix-huit ans pour aller à l'université, et dans mon esprit, je n'étais jamais vraiment revenu. Dans mon imagination, « rentrer à la maison » était censé être triomphal : un guerrier revenant avec un tribut, une preuve, une victoire.

Au lieu de cela, je suis revenu sans rien.

Sans femme.

Sans enfants.

Sans preuve visible d'une vie qui avançait « comme il se doit ».

En tant que fils aîné, j'étais censé me marier, fonder un foyer, élever des enfants, perpétuer la lignée. C'était l'ordre des choses. Je l'avais désiré. J'avais essayé. Mais je n'avais pas pu y parvenir.

La honte de cet échec était plus profonde que je ne l'admettais. Je ne suis donc pas retourné dans l'aile confortable de la maison où j'avais vécu autrefois. J'ai choisi la chambre de bonne, une petite pièce dans un coin. Ce n'était pas un hasard. C'était une condamnation que je m'étais infligée. Je ne pensais pas mériter le confort. Je ne pensais pas mériter d'espace. Je ne pensais pas mériter d'être vue.

Je restais à l'intérieur avec Kilbo. Je lisais ma Bible tous les jours. Je ne sortais que pour manger. Les Écritures, le silence, la honte.

La tension avec mon père était insupportable.

Nous étions tous deux des guerriers de formation, et ma mère

se tenait entre nous, tampon, médiatrice, bouclier silencieux. La fierté était la langue que nous parlions couramment, même si aucun de nous ne l'admettait. Et même si j'étais brisée, j'essayais toujours de garder mon sang-froid. Je ne pouvais pas le laisser me voir m'effondrer, même si c'était exactement ce qui était en train de se passer.

Tout ce que je voulais, pour être tout à fait honnête, c'était son acceptation.

Pas des instructions. Pas des conseils.

Son acceptation. Mais il ne pouvait pas me l'offrir. Puis, un soir, tout a éclaté.

Une dispute violente, acerbe, où des années de déception et d'attentes ont finalement éclaté au grand jour. À ce moment-là, j'ai appris quelque chose que j'avais toujours su en théorie, mais que je redoutais dans la pratique : la réconciliation ne passe pas par l'évitement. Il faut affronter les conflits pour pouvoir les résoudre. Pourtant, mon père et moi craignions tous deux que la confrontation entre nous

ne devienne catastrophique.

C'était un homme redoutable, et il m'avait façonné pour que je sois tout aussi inflexible. Nous nous comprenions trop bien. Si notre fierté s'était enflammée sans contrôle, les dégâts auraient pu être irréparables.

Et pourtant, ce n'est qu'en entrant dans ce feu, en laissant le conflit remonter à la surface honnêtement, que la réconciliation est devenue possible.

Si je n'avais pas été contraint de rentrer chez moi, cette tension – ma honte et la déception de mon père – n'aurait peut-être jamais été résolue. Nous aurions pu rester distants, cordiaux, fiers et sans résolution jusqu'à ce que la mort nous sépare.

Au lieu de cela, Dieu m'a acculé.

Je comprends maintenant que je ne revenais pas en vaincu.

J'étais en train d'être purifié.

Il m'a dépouillé de tout ce sur quoi je m'appuyais : ma position, mon indépendance, ma fierté, mes illusions. Il m'a réduit à ce que j'étais vraiment, au-delà des titres et des réalisations : nu, exposé, sans défense.

Et dans cette exposition, Il m'a purifié.

Non pas par l'humiliation.

« Kilbo exigeait quelque chose que ma fierté n'avait pas bien pratiqué : l'amour qui n'est pas transactionnel. »

Par la vérité.

Cette purification devait avoir lieu si je voulais aller de l'avant, non pas en tant qu'homme cherchant encore à faire ses preuves, mais en tant que fils réconcilié, serviteur obéissant, guerrier raffiné par l'abandon.

Après cette nuit de 2015, l'abandon n'était pas complet. Il avait commencé.

En lisant quotidiennement les Écritures dans ma retraite tranquille, une vérité a commencé à s'imposer à moi avec une clarté croissante : le baptême.

L'eau.

La purification.

La mort de l'ancien homme.

Si je voulais me dire chrétien, si je voulais vraiment appartenir au Christ et ne pas me contenter de l'admirer, je ne pouvais pas rester dans l'abstrait. L'abandon exigeait une incarnation.

Je m'étais agenouillé.

Maintenant, je devais être lavé.

Au début, cette idée m'a troublé. J'avais déjà confessé. J'avais déjà abandonné. N'était-ce pas suffisant ?

Mais les Écritures ne laissaient aucune place à une obéissance partielle.

La foi doit être déclarée.

Et l'ancien moi doit être enterré.

J'ai donc contacté le frère de l'ami qui m'avait donné la Bible trente-trois ans plus tôt. Entre-temps, il était devenu pasteur. Je lui ai demandé s'il voulait bien me baptiser.

Il était ravi d'avoir de mes nouvelles après tant d'années. Il a d'abord accepté.

Mais les semaines passèrent. Aucune réponse.

Ce qui était très inhabituel de sa part. Mais je n'ai pas

« Kilbo m'avait accompagné à travers l'humiliation, la réconciliation, l'exil et la reconstruction. Il était plus qu'un compagnon ; il était mon ange gardien envoyé par mon Seigneur pour m'aider à respecter l'alliance que j'avais conclue sur le sol cette nuit-là. À travers les périodes de faiblesse et de renouveau, il est resté fidèle. Son décès n'a pas simplement marqué une perte, il a signalé la fin de cette période sacrée. »

insisté.

J'avais appris quelque chose à ce moment-là : si une porte reste fermée, il faut attendre.

Cet été-là, je me suis rendu en Toscane, en Italie, pour notre événement annuel. Même si je n'avais pas encore complètement guéri intérieurement, j'ai rempli mes responsabilités : j'ai animé des séminaires, donné des cours intensifs, enseigné à mes élèves la voie des Hwarang.

Extérieurement, je restais Grand Maître. Intérieurement, je m'étais à nouveau abandonné.

Et c'est là, parmi les collines vallonnées de Toscane, que la clarté m'est venue.

Le Christ lui-même avait été baptisé par Jean-Baptiste, qui allait plus tard devenir son disciple.

Le Maître s'était agenouillé devant le serviteur. L'autorité s'était humiliée devant l'obéissance.

À ce moment-là, j'ai compris.

Je n'avais pas besoin de cérémonie.

Je n'avais pas besoin de reconnaissance.

J'avais besoin d'obéissance.

Et l'obéissance ne nécessite pas de rang.

Elle nécessite un alignement.

Je me suis approché de l'un de mes élèves, le chef instructeur d'Italie, et lui ai demandé s'il voulait bien me baptiser.

Il était stupéfait.

Il a d'abord refusé, se demandant humblement comment il pouvait rendre un tel honneur à son grand maître.

Je lui ai parlé de Jean-Baptiste.

Du Christ s'agenouillant.

Du fait que l'ordre céleste ne reflète pas la hiérarchie humaine.

Il a compris.

Nous avons trouvé un petit ruisseau dans la campagne toscane, niché parmi les collines ondulantes. L'eau coulait claire sur des pierres lisses. C'était calme. Simple. Loin de tout spectacle.

Et sachant que cette reddition devait être attestée, j'ai demandé à ma sœur de nous accompagner.

Là, dans ce ruisseau, je me suis agenouillé devant mon élève.

Non pas en tant que Grand Maître, mais en tant que croyant, en tant que serviteur.

Il a lu ma Bible, la même Bible que j'avais gardée fermée pendant trente-trois ans.

L'eau du ruisseau vivant a été versée sur moi.

Et à ce moment-là, j'ai ressenti quelque chose de plus profond que l'émotion.

J'ai ressenti un enterrement. Le vieil homme, celui qui était bâti sur la fierté, la conquête, l'indispensabilité, a été symboliquement mis à terre.

Et je me suis relevé de cette eau, non pas élevé, mais purifié.

Une fois de plus, ce n'était pas ma volonté, mais la Sienne.

Je n'avais jamais eu l'intention d'être baptisé par mon élève dans un ruisseau toscan.

C'était un alignement. Et peu après, le chemin vers le Luxembourg s'est ouvert.

Non pas comme une fuite, mais comme une obéissance.

Je suis parti au Luxembourg avec deux valises.

Même mon arrivée là-bas n'était pas de mon fait. Je n'avais jamais entendu parler du Luxembourg. Mon intention initiale était l'Italie. Nous avions une forte présence Hwa

Rang Do là-bas, un public fidèle, une infrastructure déjà en place. C'était logique. C'était stratégique. C'était sensé.

L'Italie n'a pas accordé le visa.

Le processus a été bloqué. Retardé. Refusé. Tous mes efforts se sont heurtés à une résistance. La porte qui, selon

moi, aurait dû s'ouvrir, refusait tout simplement de s'ouvrir. Quelques années plus tôt, cela m'aurait mis en colère. J'aurais redoublé d'efforts. J'aurais fait jouer mon influence. J'aurais trouvé un autre angle d'attaque. J'aurais forcé les choses par la force de ma volonté.

Mais cette fois-ci, c'était différent.

L'un de nos instructeurs les plus jeunes, issu du plus petit club du plus petit pays, a proposé d'essayer le Luxembourg.

Des années plus tard, je me souviendrai de lui non pas comme d'un instructeur, mais comme d'un jeune garçon nerveux lors des premiers championnats italiens. C'était une journée d'été étouffante. Ses paumes étaient trempées de sueur lorsqu'il s'est avancé pour exécuter sa forme d'épée. Au milieu de la routine, il a perdu prise. La lame a volé de sa main et a fendu l'air.

Par la grâce de Dieu, personne ne se trouvait sur sa trajectoire. Si quelqu'un avait été là, les conséquences auraient été catastrophiques.

Je lui ai infligé la réprimande la plus sévère de sa jeune vie. Je l'ai puni sévèrement. À ce moment-là, c'était un garçon qui avait échoué sous la pression, corrigé fermement, rappelé au poids de ses responsabilités.

Et pourtant, c'est ce même garçon, devenu un homme, qui m'aida plus tard à ouvrir la porte qui m'a sauvé.

Il y a une ironie tranquille dans cette vérité. Celui que j'avais autrefois corrigé dans sa faiblesse est devenu l'instrument de ma délivrance. Le moins attendu est devenu essentiel. Le plus petit est devenu le canal.

C'est vrai : Dieu utilise ce que nous négligeons. Il élève ceux qui occupent des positions modestes pour accomplir ce que l'orgueil ne peut prévoir. Ce qui semble insignifiant à un moment donné devient décisif à un autre.

Il agit d'une manière qu'aucune stratégie ne peut prévoir.

Et dans ce cas, il a agi par l'intermédiaire d'un garçon autrefois tremblant, aux mains moites et à l'épée volante.

Avec l'aide du chef instructeur en Italie, ils ont entamé le processus. Je ne croyais pas que cela réussirait. Le Luxembourg était connu pour être l'un des pays d'Europe où il était le plus difficile d'obtenir un visa de travail. Les conditions étaient strictes. Ils devaient démontrer que mon expertise était unique, tant dans le pays qu'à l'étranger.

L'ironie était cruelle.

Après avoir passé ma vie à croire que j'étais indispensable, j'attendais désormais que des bureaucrates décident si j'étais nécessaire ou non.

Et puis, contre toute attente, le visa m'a été accordé.

Non pas parce que je l'avais orchestré.

Non pas parce que je l'avais manœuvré.

Non pas parce que je l'avais forcé.

Il m'a été ouvert.

Avec le recul, je vois clairement ce que je ne

pouvais pas exprimer clairement à l'époque : ce n'était pas un succès administratif. C'était la providence.

L'Italie était mon projet.

Le Luxembourg était le sien.

Et pour la première fois de ma vie, confronté à quelque chose qui ne correspondait pas à mes préférences, je n'ai pas résisté.

J'ai obéi.

Il fut un temps, quand j'avais dix-sept ans, où je me moquais de l'expression « si telle est la volonté de Dieu ». Je la rejetais. Je croyais que le destin appartenait aux audacieux, pas aux obéissants. Je croyais que les résultats étaient forgés, pas reçus.

Ce jeune homme se serait battu contre le Luxembourg.

Il aurait insisté pour aller en Italie.

Il aurait interprété la résistance comme un défi à surmonter.

Mais l'homme qui s'est agenouillé sur le sol et s'est abandonné au Christ n'interprétait plus les portes closes comme des obstacles.

Il les voyait comme une direction.

Ce que je considérais autrefois comme une faiblesse, la soumission à la volonté de Dieu, était devenu le fondement même de ma force.

Je suis donc arrivé au Luxembourg avec deux valises.

Sans entourage.

Sans réputation.

Sans public.

Seulement avec de l'obéissance. Et dans cette obéissance, j'ai commencé à comprendre quelque chose que j'avais mis cinquante ans à apprendre à mes dépens :

La volonté de Dieu n'est pas une limitation. C'est un alignement. Et c'est dans l'alignement que réside le véritable pouvoir.

Pendant des années, j'ai vécu dans un pays qui n'était pas le mien, sans langue, sans influence, sans histoire. Je n'étais connu que pour ce que j'étais à ce moment-là, et non pour ce que j'avais construit dans le passé.

C'était la sanctification.

La sainteté n'est pas une élévation.

C'est une séparation dans un but précis.

Là, Dieu m'a dépouillé des derniers vestiges de mon ancienne identité : le besoin d'être au centre, le besoin d'être indispensable, la conviction que tout dépendait de ma force.

Lentement, délibérément, Il m'a appris ce qu'est vraiment le courage.

La force impose la volonté.

Le courage se soumet à la vérité.

Et plus j'apprenais cela, plus je comprenais le paradoxe ultime du chemin du guerrier : seul le guerrier qui s'agenouille peut être sûr de se rele-

ver.

Une fois que j'ai appris à m'agenouiller, j'ai commencé à voir des schémas que j'appelais auparavant des coïncidences.

Les portes fermées n'étaient pas des obstacles. Elles étaient des redirections.

L'Italie se fermait.

Le retour à la maison était refusé.

Le Luxembourg s'ouvrait grâce aux plus petits instruments.

La Providence ne crie pas. Elle arrange.

Pendant sept ans, j'ai servi discrètement au Luxembourg. À bien des égards, cela ressemblait à une pénitence. Il n'y avait pas d'empire à construire. Pas d'héritage à développer. Seulement l'obéissance dans les petites choses. Je croyais que cette période était temporaire, qu'une fois terminée, je rentrerais chez moi, m'occuperais de mes parents vieillissants et assumerais des responsabilités au siège mondial afin que mon père, mon estimé maître Hwa Rang Do, puisse enfin prendre sa retraite.

Cela semblait juste.

Cela semblait honorable.

Cela semblait logique.

Mais une fois de plus, ce qui semblait logique n'était pas la

volonté de Dieu.

En 2023, lorsque mes parents sont venus me rendre visite au Luxembourg, je leur ai fait part de mes intentions. J'ai parlé avec conviction. Je croyais être prêt à rentrer. Je croyais que c'était mon devoir.

Mon père m'a écouté. Puis, avec douceur mais fermeté, il a refusé.

Il a insisté pour que je reste en Europe et que je poursuive mon travail. Avec son attitude caractéristique, il m'a exprimé sa gratitude et son amour, m'assurant qu'il n'avait pas besoin qu'on s'occupe de lui. Ses mots n'étaient pas dédaigneux, ils étaient délibérés.

À ce moment-là, j'ai reconnu quelque chose de familier.

Des portes fermées. Encore une fois.

L'Italie s'était fermée.

Le retour à la maison était fermé.

Et cette fois, je ne l'ai pas interprété comme une résistance.

J'y ai vu une direction.

Avec ses paroles qui résonnaient encore en moi, nous avons commencé à chercher une maison permanente au Luxembourg, non pas comme une étape temporaire, mais comme des racines.

La première propriété que nous avons trouvée était modeste. Abordable. Une maison à rénover nichée dans la campagne tranquille. Elle avait besoin d'importantes rénovations, mais c'était faisable. Raisonnable. Dans les limites du budget.

Mais le vendeur a hésité.

Le temps passait. L'incertitude grandissait. Ma famille est rentrée chez elle. Je suis resté seul, poursuivant mes recherches.

Puis nous avons découvert quelque chose d'inattendu.

Au nord du Luxembourg, à la frontière avec la Belgique, se trouvait un vaste domaine rural vieux de plus d'un siècle. Usé par le temps. Sans plans ni schémas, c'était une relique d'une autre époque. Il avait autrefois servi de retraite catholique. Sa grange avait été transformée en chapelle. Des générations de fidèles avaient foulé son sol.

En me tenant devant elle, je me suis senti submergé par l'ampleur du travail à accomplir.

Mais j'ai aussi vu autre chose : du potentiel.

Pas pour le confort. Pour la vocation.

Ce n'était pas un pied-à-terre de célibataire. Ce n'était pas un luxe privé. Cela impliquerait de vivre parmi mes étudiants, de sacrifier mon intimité, d'embrasser la communauté. Une fois de plus, mes préférences personnelles entraient en conflit avec mon

objectif.

Une option offrait indépendance et confort. L'autre exigeait de renoncer à tout.

Le pied-à-terre de célibataire est tombé à l'eau. Il ne restait plus que l'ancien refuge catholique.

La Providence crie rarement. Elle ferme une porte en silence et en laisse une autre ouverte.

Initialement sceptique, j'ai soumis une offre pour la propriété. Elle a été immédiatement rejetée.

J'ai donc fait quelque chose que je n'aurais pas fait quelques années plus tôt.

J'ai écrit une lettre.

Pas une négociation. Pas un moyen de pression.

Un témoignage.

J'ai raconté mon histoire. J'ai expliqué ma vision : restaurer la propriété non seulement pour en faire une maison, mais comme un sanctuaire d'apprentissage, de croissance et de formation. Un lieu où les futurs chevaliers Hwarang pourraient être formés à la discipline et au caractère.

À notre grande surprise, les propriétaires ont reconsidéré leur décision.

Ils ont accepté. C'est ainsi qu'a commencé la transformation.

Les rénovations ont commencé presque exactement sept ans après mon arrivée au Luxembourg. Sept, le nombre de l'achèvement. Le nombre du Christ. Un cycle complet.

Ce n'était pas une coïncidence. C'était une chorégraphie divine.

Depuis mon enfance, j'avais entendu des histoires sur mon père qui avait quitté la maison à l'adolescence, jurant de ne revenir qu'après avoir réussi. Sept frères et sœurs. La pauvreté. Il a acquis avec ma mère une petite maison qui servait également de salle d'entraînement. Des rats qui couraient la nuit. Il a affûté ses talents de lanceur de couteaux non pas pour le sport, mais pour survivre à des conditions de vie difficiles.

Ces histoires ont fait naître en moi un rêve : construire un jour un sanctuaire où les guerriers seraient formés, non seulement sur le plan technique, mais aussi sur le plan du caractère. Un lieu où la tradition et l'illumination convergent. Où la discipline rencontre le but.

Pendant des décennies, cette vision a changé de forme. Elle a changé de pays. Elle a changé d'échelle. Elle a évolué avec mon ambition.

Jamais, pas une seule fois, je n'aurais imaginé qu'elle se concrétiserait sous la forme d'une ancienne retraite catholique dans la campagne luxembourgeoise.

Et pourtant, me voilà.

Au milieu de murs usés par le temps qui résonnaient autrefois de prières. Transformant une ancienne chapelle en sanctuaire Hwa Rang Do. Rénovant des pierres anciennes non pas pour me glorifier, mais pour gérer quelque chose qui m'a été confié.

Avec le recul, je vois que ce n'était pas seulement l'aboutissement de sept années.

C'était le résultat de près de six décennies.

Chaque échec.

Chaque succès.

Chaque péché.

Chaque capitulation.

Rien n'a été gaspillé.

Ce que j'interprétais autrefois comme une interruption était en fait une orchestration.

Ce que je considérais autrefois comme un retard était en fait une protection.

Ce que je demandais autrefois de contrôler était en fait soigneusement redirigé.

Car toutes choses sont éphémères.

La réputation s'estompe. La force diminue. Les institutions naissent et disparaissent. La joie et la tristesse alternent comme les saisons. Même l'héritage, s'il est idolâtré, finit par tomber en poussière.

Mais il y a une constante.

Dieu.

Immuable. Éternel. Insensible au temps.

Sa volonté ne fluctue pas en fonction de nos préférences. Ses plans ne se plient pas à notre ambition. Ses desseins ne s'accélèrent pas à notre demande.

Et pourtant, dans sa souveraineté, il nous invite non pas à conquérir le destin, mais à y participer.

En lui, j'ai trouvé refuge.

Non pas parce que la vie est devenue plus facile.

Mais parce que je ne confonds plus ma volonté avec la sienne.

Même maintenant, alors que j'écris ces mots, je lutte avec Dieu. Les frustrations demeurent. Les défis se multiplient. Il y a des jours où je m'interroge sur l'ampleur de ce qui se présente à moi.

Mais je n'interprète plus la résistance comme un abandon.

Je reconnais le raffinement.

Mes luttes ne surgissent pas parce qu'Il m'a laissé tomber, mais parce que Ses plans divergent des miens.

Et cette divergence, c'est la foi.

La foi n'est pas une croyance passive.

C'est une confiance forgée dans la contradiction.

C'est l'obéissance lorsque les résultats restent incertains.

C'est l'abandon lorsque l'ancien instinct est de forcer.

Et donc je construis.

Pas pour conquérir.

Pas pour être validé.

Pas pour prouver que je suis indispensable.

Mais parce que je suis aligné.

Et l'alignement, après cinquante ans de résistance, est la plus grande force que j'ai jamais connue.

Deux ans plus tard, mon père se tenait à mes côtés.

Pas en tant que juge.

Pas en tant que commandant.

En tant que témoin.

Nous nous tenions ensemble à Luxembourg lors de notre rassemblement annuel, à l'intérieur même de l'endroit que Dieu avait orchestré à huis clos et à l'aide d'instruments improbables. L'ancienne retraite catholique, autrefois délabrée et oubliée, était de nouveau vivante. Bien qu'encore inachevée, avec beaucoup de travail encore à faire, les étudiants s'entraînaient. Les rires résonnaient. La discipline et la dévotion coexistaient sous les poutres anciennes.

Et mon père observait.

Quand il m'a remis un cadeau important, je l'ai remercié, formellement, respectueusement, comme je l'avais fait toute ma vie.

Et puis il a dit quelque chose que je n'avais jamais entendu auparavant.

« Cela me rend très heureux. Tu le mérites. »

Il ne m'avait jamais dit ces mots.

Pas une seule fois en soixante ans.

J'avais passé toute ma vie à m'efforcer de les entendre. Enfant, j'étudiais pour éviter les punitions.

Jeune homme, je m'entraînais pour prouver ma valeur.

Adulte, je construisais pour assurer mon héritage.

Je croyais que l'approbation se gagnait par la victoire.

Et pourtant, la première fois que j'ai entendu « Tu le mérites », c'était après avoir tout abandonné.

C'était ironique.

Car à ce moment-là, je ne croyais plus mériter quoi que ce soit.

Lorsque je me suis agenouillé et que je me suis abandonné au Christ, j'ai été confronté à une vérité qu'aucune dis-

cipline ne pouvait adoucir : je ne méritais rien. Je n'avais aucun droit. Je n'étais pas juste. Je n'étais pas autosuffisant. J'avais péché. J'avais échoué. J'avais construit des idoles. J'avais confondu l'orgueil et la vertu.

Et pourtant, j'ai été pardonné.

La grâce est offensante pour l'homme orgueilleux, car elle ne peut être méritée.

La miséricorde démantèle la hiérarchie.

Au pied de la croix, il n'y a pas de rangs. Pas de titres. Pas d'héritages.

Seulement des fils.

Quand j'ai enfin compris que je ne méritais rien, j'ai commencé à être reconnaissant pour tout.

Et c'est dans cette posture, vidé de tout droit, dépouillé de toute justification personnelle, que j'ai entendu les mots que j'avais recherchés pendant six décennies : « Tu le mérites. »

Non pas parce que j'avais suffisamment conquis.

Non pas parce que j'avais suffisamment prouvé.

Pas parce que j'avais suffisamment enduré.

Mais parce que l'abandon m'avait réorganisé.

L'héritage ne se saisit pas. Il se reçoit.

Et il ne peut être reçu que par un homme qui ne croit plus y avoir droit.

J'ai lutté toute ma vie pour ne pas m'agenouiller.

Je croyais que s'agenouiller signifiait la défaite.

Mais le jour où je suis tombé face contre terre et où j'ai confessé Jésus-Christ comme Seigneur, je n'ai pas perdu ma force.

J'ai perdu ma rébellion.

La force sans abandon devient tyrannie.

La discipline sans humilité devient orgueil.

La maîtrise sans obéissance devient isolement.

Mais la force abandonnée au Christ devient intendance.

La discipline soumise à la vérité devient sanctification.

La maîtrise soumise à Dieu devient service.

J'ai autrefois rejeté les mots « si telle est la volonté de Dieu ».

Aujourd'hui, ils m'ancrent.

Car la volonté de Dieu n'est pas une limitation.

C'est l'alignement.

Et l'alignement est la liberté.

Et la discipline mène à la liberté :

La discipline de suivre la volonté de Dieu.

La liberté de s'abandonner dans ses bras.

J'ai été formé à ne jamais battre en retraite.

À ne jamais abandonner.

Pourtant, la plus grande victoire de ma vie n'a pas été de gagner une bataille, de développer une organisation ou de prouver ma valeur.

Ce fut de m'agenouiller.

Car lorsque je me suis enfin agenouillé, je me suis senti plus grand que jamais.

Non pas comme un maître qui fait ses preuves, mais comme un fils qui est rentré à la maison.

Les paroles de mon père terrestre avaient de l'importance parce que j'en avais désespérément besoin.

Mais la miséricorde de mon Père céleste avait de l'importance parce que je n'en étais pas digne.

La première a forgé ma discipline.

La seconde a restauré mon identité. L'une a façonné un guerrier. L'autre a racheté un fils. Voici mon témoignage.

« Jeune homme, je me suis entraîné pour prouver ma valeur. Adulte, j'ai construit pour assurer mon héritage. Je croyais que l'approbation se gagnait par la victoire. Et pourtant, la première fois que j'ai entendu « Tu le mérites », c'était après avoir tout abandonné. »

Devenir Sensei à cinquante ans : une vie consacrée à l'art du sabre

Mon parcours dans les arts martiaux a commencé en 1982, pendant la guerre au Liban. Jeune soldat israélien, j'ai regardé une émission de la BBC diffusée à la télévision jordanienne intitulée *The Way of the Warrior* (La voie du guerrier). Sur cet écran, j'ai vu mon futur sensei de karaté, Morio Higaonna. À ce momentlà, j'ai décidé qu'une fois mon service militaire terminé, j'irais au Japon.

J'ai également eu l'honneur d'étudier d'autres arts classiques. Grâce à Hanshi Patrick McCarthy, j'ai été présenté à Sugino Yoshio Sensei, maître du Tenshin Shōden Katori Shintōryū (天真正伝香取神道流), l'une des plus anciennes traditions martiales encore existantes au Japon. Je me suis également

Au milieu des années 1980, il n'y avait pas d'Internet et peu d'informations sur le Japon. Pourtant, en 1984, deux jours après mon arrivée, j'ai rencontré Sato Sensei au Nippon Budokan. Il m'a guidé vers le Kyumeikan Dojo, où j'ai commencé mon apprentissage à vie sous la direction de Kubo Akira Sensei. Ce n'est qu'à l'âge de cinquante ans que j'ai été invité à m'asseoir près de lui au shinza et officiellement présenté comme « Sensei Avi ». Ce moment n'était pas l'obtention d'un titre, mais d'une responsabilité.

entraîné au Musō Shinden-ryū Iaido (夢想神伝流), fondé par Nakayama Hakudō, tout en poursuivant ma pratique quotidienne au Kyumeikan en tant qu'uchi-deshi (élève interne). C'était mon kurashi (暮らし) : pas seulement un entraînement, mais un mode de vie façonné par la discipline, l'humilité et l'attention.

Kurashi signifie plus que simplement « mode de vie », c'est la façon dont on vit chaque jour de manière intentionnelle, avec attention et équilibre. Mes professeurs m'ont montré que le budō n'est pas séparé de la vie quotidienne ; il s'exprime dans la façon dont on bouge, parle, enseigne et endure les difficultés avec dignité.

Le Kyumeikan Dojo lui-même a été fondé en 1957 par Kubo Kahei Sensei, à une époque où le Japon était pauvre et spirituellement meurtri après la guerre. Sa vision était d'utiliser le kendo pour préserver les valeurs de respect, d'effort et de confiance. Après le décès soudain de Kahei Sensei, Kubo Akira Sensei a hérité du dojo à un jeune âge et l'a fait perdurer malgré les difficultés, accueillant finalement plus de 13 000 élèves de 47 pays. Kyumeikan est devenu un petit pont significatif entre le Japon et le monde.

Le kendo (剣道), « la voie du sabre », descend du kenjutsu et préserve l'esprit des samouraïs à travers la pratique moderne du shinai et du bōgu. Au-delà de la technique, il enseigne la conscience de l'esprit. L'un des enseignements clés est le Shikai (四戒), les quatre maladies de l'esprit :

• Kyo (驚) : surprise ou choc

• Ku (恐) : peur

• Gi (疑) : le doute

• Waku (惑) : l'hésitation

Ces états obscurcissent le jugement et créent une faiblesse.

Grâce au kihon, à l'engagement et à la pleine conscience, le pratiquant vise à atteindre le heijōshin (平常心), un esprit calme et constant, ou le mushin (無心), l'esprit vide.

De plus, il existe un principe qui fait défaut dans la psychologie du bien-être et les affirmations de soi actuelles. Ce principe provient de la méthodologie japonaise Shuhari. Shu, Ha et Ri sont les trois phases que l'on traverse sur le chemin de la maîtrise. Shu signifie « obéir » et correspond à la première phase, lorsque l'on est encore débutant. Cela implique de protéger la forme, de reproduire les mouvements et la technique du maître et de réprimer délibérément son ego tout en répétant les formes, en se corrigeant par la conformité et en faisant confiance à la lignée pour développer la mémoire musculaire et la discipline morale. Une fois que l'on a progressé dans Shu, on est prêt pour Ha, qui signifie « se détacher ». Pendant la phase Ha, on brise correctement la forme et on peut commencer à contourner les règles et à s'écarter de manière sélective des formes strictes. Ce n'est qu'à la phase Ha que l'on est autorisé à poser des questions au maître.

Enfin, l'élève est prêt pour la phase Ri ou « transcender ». À ce stade, le maître posera des questions à l'élève, dont les réponses pourront même apporter un éclairage au maître qui pose la question. L'élève transcende la technique à ce stade et il n'y a plus de forme, seulement une action correcte. C'est à ce stade que l'élève intégrera tout ce qu'il a appris de son maître, ce qu'il a testé luimême et ses écarts sélectifs par rapport à son propre maître, et il aura déjà été encouragé à étudier auprès d'autres maîtres afin de développer son propre style. Bien qu'il n'y ait pas de calendrier fixe pour chacune de ces phases, un élève passait généralement 5 à 10 ans dans la phase Shu, 5 à 15 ans dans la phase Ha et n'atteignait parfois même pas la phase Ri, ce qui était normal, mais s'il consacrait véritablement sa vie à son art et respectait toutes les étapes, il pouvait atteindre la phase Ri après 20 à 30 ans ou plus.

Aujourd'hui, je vois beaucoup de gens prétendre à la maîtrise sans faire preuve de patience ni d'humilité. Les titres se vendent plus facilement qu'ils ne se méritent. Mes professeurs m'ont appris que le véritable budō se forgeait en des décennies, et non à l'aide de certificats. Devenir Sensei à cinquante ans n'était pas une fin en soi, mais la poursuite d'une responsabilité : transmettre l'esprit, et non l'ego.

Cet article n'est qu'un petit partage de la sagesse qui m'a été transmise. S'il véhicule un message, c'est celui-ci : le chemin est long, et c'est précisément là que réside sa valeur.

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Cet article n'est qu'un petit partage de la sagesse qui m'a été transmise. S'il véhicule un message, c'est celui-ci : le chemin est long, et c'est précisément là que réside sa valeur. »

Conversations avec Shmulik sur l'époque des femmes de Yamato Nadeshiko

Shmulik est un ami des années 80 qui s'entraînait au karaté sous la direction de Soke Oyama Kyokushin, à l'époque où j'étais moi-même étudiant au Japon. Il est resté au Japon depuis cette époque et a maintenant une famille, mais nous parlons souvent pendant des heures du bon vieux temps et de notre amitié, mais surtout de la culture japonaise et de son rôle dans le développement de l'esprit Budo, selon son point de vue et mon expérience, à la fois de l'époque où j'y vivais

et maintenant de mes nombreux voyages ces dernières années. J'ai remarqué les changements radicaux dans la culture japonaise entre « l'époque » et aujourd'hui. Pour comprendre ces changements, il faut se pencher sur l'histoire des relations entre les femmes et le Japon, les aspects positifs et négatifs de leur histoire et de leur culture, ainsi que la relation entre la mentalité japonaise, les arts martiaux et l'innovation.

J'explique souvent à mes élèves l'importance de la femme de l'instructeur. Dans les arts martiaux chinois, l'instructeur masculin est appelé « Sifu », tandis que sa femme est appelée « Simo » ou « Shimu » (qui signifie « mère enseignante ») et joue un rôle important et vénéré dans les arts martiaux chinois comme le kung-fu. Dans les arts martiaux japonais, le terme « Sensei » est utilisé pour désigner l'instructeur masculin, tandis qu'il n'existe pas de nom ou de rôle traditionnel largement utilisé pour désigner l'épouse du Sensei sur la base de sa seule relation avec son partenaire. Comme dans tous les pays, il existait autrefois au Japon certaines traditions honteuses :

Les femmes de réconfort étaient des femmes et des filles contraintes à l'esclavage sexuel par les forces armées impériales japonaises dans les pays et territoires occupés avant et pendant la Seconde Guerre mondiale. Le terme « femmes de réconfort » est une traduction du japonais « ianfu » (慰安婦) et, bien que nous ne puissions pas changer le passé, nous pouvons regretter que cette période ait eu lieu et entrer dans une nouvelle ère. Le terme « Yamato Nadeshiko » (やまとなでしこ ou 大和撫子) est souvent utilisé pour décrire une jeune femme réservée et, dans un contexte contemporain, pour évoquer avec nostalgie les femmes dotées de qualités perçues comme de plus en plus rares. Il s'agit d'un terme japonais qui désigne la personnification d'une femme japonaise idéalisée et qui est l'archétype de la féminité conservatrice et traditionnelle. Ce concept était

particulièrement populaire pendant la Seconde Guerre mondiale, représentant une femme japonaise idéalisée : gracieuse, belle, modeste, mais dotée d'une force intérieure tranquille, comme une fleur délicate aux racines solides. De même, « Yamato Damashii » (l'esprit japonais) incarne la force intérieure, la loyauté et la résilience.

Sous la surface de la culture japonaise se cache une caste cachée d'intouchables. Bien que celle-ci ait progressivement diminué au fil du temps, on observe encore des vestiges de préjugés à l'égard des étrangers, des femmes, de la caste historique des « intouchables » et des personnes qui ont souffert de maladies dues aux effets secondaires de la bombe atomique. Heureusement, on observe une tendance à l'égalisation sociale générale, non seulement dans la société dans son ensemble, mais aussi dans les arts martiaux.

Tous les étrangers sont des « Gaijin » (外人), un mot japonais qui signifie « étranger » ou « outsider », forme abrégée de « Gaikokujin » (外国人), qui signifie « personne étrangère » et est souvent utilisé pour désigner les nonJaponais au Japon. Son utilisation peut être nuancée, parfois considérée comme neutre, tandis que d'autres fois, elle peut être perçue comme potentiellement péjorative en raison de l'accent mis sur le fait d'être un « étranger », en particulier par les personnes d'origine japonaise nées au Japon. Si certains le considèrent comme un simple descriptif, d'autres trouvent qu'il met en évidence leur « altérité », bien que certains remarquent que son utilisation a diminué dans les situations informelles.

Au cours de l'histoire, certaines femmes se sont distinguées dans une société où elles étaient généralement reléguées à l'arrière-plan. Tomoe Gozen était l'une d'entre elles. Pendant la guerre de Genpei, Tomoe Gozen a servi sous les ordres de Minamoto no Yoshinaka en tant que commandante de confiance, menant 300 samouraïs contre 2 000 guerriers du clan rival et les battant. Elle décapita Honda no Morishige, chef du clan Musashi, avant que la guerre ne tourne à son désavantage et à celui de Yoshinaka.

Yoshinaka exhorta Gozen à fuir, sachant que la fin était proche, et Tomoe Gozen continua à mener une vie paisible en tant que nonne bouddhiste, vivant jusqu'à l'âge de 90 ans. Kōdai-in est une autre femme extraordinaire de l'histoire japonaise. Elle acquit de l'influence grâce à son mariage avec Hashiba Hideyoshi, l'un des trois grands unificateurs du Japon. Bien que Hideyoshi eût de nombreuses autres épouses, Kōdai-in devint rapidement l'une de ses plus grandes conseillères et confidentes. Issue d'une famille de samouraïs, elle lui a permis d'entrer en contact avec de nombreux samouraïs influents et lui a souvent donné des conseils en matière de gouvernance et de logistique, prouvant à maintes reprises son érudition et ses capacités. Grâce aux invasions de la Corée, à l'unification du Japon et à la gouvernance de tout un royaume, Kōdai-in a gagné le respect et la popularité, se voyant même attribuer le titre de « Juichii » par l'empereur. Même après la mort de Hideyoshi et sa conversion au bouddhisme, Kōdai-in continua de faire preuve de sagesse et de bienveillance, donnant des conseils et influençant les décisions de certaines des personnes les plus puissantes du Japon, tout en aidant de nombreuses femmes touchées par la perte de leur mari ou de leur fils après la bataille de Sekigahara en leur offrant un refuge et un soutien.

Aujourd'hui Le Premier ministre japonais Naikaku Sōri Daijin (内閣総理大臣) est le chef du gouvernement japonais. Le Premier ministre préside le Cabinet japonais et a le pouvoir de nommer et de révoquer les ministres d'État. Le Premier ministre est également le commandant en chef des Forces d'autodéfense japonaises. La Première ministre actuelle, Sanae Takaichi, a pris ses fonctions le 21 octobre 2025 ; elle est la première femme à occuper le poste de présidente du Parti libéral démocrate ou de Premier ministre.

Une autre femme qui se distingue comme pionnière est la première femme gouverneure de Tokyo, Yuriko Koike, élue en 2016 et actuellement dans son troisième mandat. Koike a mis l'accent sur l'autonomisation des femmes et la durabilité. À ses côtés, Satoko Kishimoto est entrée dans l'histoire en devenant la première femme maire de l'arrondissement de Suginami à Tokyo, représentant un mouvement croissant mais toujours difficile pour les femmes dans la politique japonaise contre un sexisme profondément enraciné.

D'autres changements sont observés au sein du système de castes, historiquement appelé Burakumin (qui signifie « gens du hameau »), qui regroupe les descendants des groupes marginaux de l'époque féodale japonaise, historiquement relégués à des métiers « impurs » (boucherie, maroquinerie, exécution) et vivant dans des communautés séparées. Malgré l'abolition du système de castes en 1871, ces groupes sont toujours victimes de discrimination, avec des préjugés persistants qui affectent aujourd'hui leur éducation, leur emploi et leur statut social. Ils partagent la langue et la culture des autres Japonais, mais restent un groupe stigmatisé et peuvent encore être victimes d'ostracisme social, notamment en matière de mariage et d'emploi.

Une partie des Burakumin Il y a également les Hibakusha (爆心地), ou « personnes touchées par la bombe », qui sont les survivants des bombardements atomiques d'Hiroshima et de Nagasaki en août 1945. Ces personnes ont subi d'horribles brûlures, des maladies dues aux radiations, des leucémies et des cancers, et ont été victimes de stigmatisation sociale et de discrimination, tout en devenant de puissants défenseurs du désarmement nucléaire et de la paix, veillant à ce que leurs expériences douloureuses de la dévastation atomique ne soient jamais oubliées.

Les yakuza sont des membres de syndicats du crime traditionnels et transnationaux originaires du Japon, également appelés bōryokudan (暴力団) ou « groupes violents » par la police, mais ils se considèrent comme des ninkyō dantai (任侠団体) ou « organisations chevaleresques » avec un code d'honneur, connus pour leurs tatouages élaborés, leurs rituels stricts et leurs activités telles que l'extorsion, les jeux d'argent et la contrebande, dont les origines sont potentiellement liées aux samouraïs sans maître ou aux joueurs et vendeurs de la période Edo. Leur structure moderne s'est consolidée après la Seconde Guerre mondiale, contrôlant diverses entreprises et opérant à l'échelle internationale, bien qu'ils soient confrontés à une pression croissante de la part des forces de l'ordre. Le Japon a une longue histoire d'arts martiaux traditionnels qui ont des racines solides dans la discipline et mettent l'accent sur la perfection par le biais d'une illumination presque spirituelle. Historiquement, lorsqu'elle était appliquée au kendo, cela signifiait une classe guerrière sans égale. Cependant, cette focalisation pouvait également être préjudiciable, car le dévouement à cette voie traditionnelle résistait au changement. Une fois le changement accepté, l'influence et le pouvoir ont connu une ascension fulgurante, la culture japonaise appliquant la discipline et la recherche de la perfection aux nouvelles technologies. Cela s'est traduit par l'aversion du Japon pour la technologie occidentale jusqu'au milieu du XIXe siècle, mais une fois celle-ci acceptée et adaptée à la culture japonaise, le Japon est devenu une superpuissance, conquérant de nombreux pays d'Asie orientale, notamment grâce à des victoires surprenantes contre la Chine, la Russie et la Corée.

Dans le domaine des arts martiaux, de nombreuses écoles japonaises enseignent encore les arts martiaux traditionnels japonais. Bien que ceux-ci mettent fortement l'accent sur la spiritualité et le perfectionnement de soi, ils manquent souvent d'efficacité, car les principes les plus récents, la fusion des styles et la méthodologie sont ignorés. Cependant, les écoles qui ont su intégrer les concepts modernes issus du Krav Maga, du MMA et d'autres systèmes de combat ont fait des progrès remarquables en matière d'efficacité et sont en mesure de fournir à leurs élèves des systèmes complets qui intègrent à la fois la discipline et la spiritualité perdues dans d'autres cultures, tout en tirant parti des derniers développements en matière d'arts martiaux et de combat.

Baamaapii (à plus tard)

Entraînement dans le Nord : arts martiaux, survie et leçons des communautés des Premières Nations

Travailler avec mon vieil ami, élève et professeur Carlos Newton, ancien champion de l'UFC et du MMA, m'a ramené aux sources de mon parcours dans les arts martiaux. Lorsque Bob Maslanka m'a appelé pour me demander de venir immédiatement au Canada afin d'aider à entraîner et à préparer un combattant connu sous le nom de « Furacão », j'ai eu l'impression de replonger dans le feu de l'action d'autrefois.

Baamaapii Baamaapii

« Furacão », un mot portugais qui signifie ouragan ou tourbillon, était plus qu'un simple surnom. Odin l'avait mérité à Bamba Capoeira pour sa puissance explosive, sa vitesse et ses mouvements précis et imprévisibles. Il s'est lancé dans l'entraînement avec l'intensité d'une tempête, et notre mission était de canaliser cette force dans la discipline pour la compétition MMA.

Pour donner à l'entraînement un véritable avantage de survie, Bob nous a installés sur l'île Christian, dans la baie Georgienne, en Ontario, un territoire de la Première Nation Beausoleil. L'île est connue pour sa beauté naturelleforêts, plages et eaux libres - mais en hiver, elle devient une épreuve d'endurance. Le peuple Ojibwe (Anishinaabe) vit dans cette région depuis des générations, subsistant grâce à la chasse, à la pêche, à l'exploitation de l'érable et à la récolte du riz sauvage. S'entraîner sur cette terre nous a inculqué un sentiment de responsabilité et de respect envers les personnes qui y vivent depuis bien avant nous.

Nos journées étaient marquées par les épreuves. Nous nous entraînions en plein air dans un froid glacial, parfois en creusant des trous dans le lac gelé et en plongeant dans l'eau glacée dans le cadre de notre conditionnement physique et mental. Le vent, la neige et les températures négatives nous privaient de tout confort et ne nous laissaient que la concentration. Lorsque les conditions devenaient trop dangereuses, nous nous entraînions à l'intérieur, affinant notre technique et notre stratégie. Chris Cotter s'est joint à nous pour des séances de combat et de jiu-jitsu brésilien, mettant l'accent sur l'aspect technique de la préparation. Parfois, la glace rendait les déplacements impossibles et nous laissions nos voitures sur l'île, pour ensuite poursuivre l'entraînement à Bamba Capoeira, à Mississauga et à Toronto. Ce qui m'a le plus marqué, c'est la communauté.

Sidney Copegog et Angie Beedie nous accueillaient chaque jour avec du thé et des conversations. Tim, Dan et beaucoup d'autres nous ont soutenus de multiples façons, parfois même en sauvant nos voitures gelées et en panne sur les routes verglacées. Leur générosité nous a ouvert la porte à des conversations plus profondes sur l'histoire douloureuse des peuples autochtones du Canada. Grâce à eux, nous en avons appris davantage sur la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation, également connue sous le nom de Journée du t-shirt orange, célébrée chaque année le 30 septembre.

Le message « Chaque enfant compte » rend hommage aux enfants autochtones qui ont été emmenés dans des pensionnats, dont beaucoup ne sont jamais rentrés chez eux. Ce mouvement a été inspiré par Phyllis Webstad, à qui on a pris sa chemise orange lors de son premier jour dans une école missionnaire. Ces histoires ne sont pas des souvenirs lointains, ce sont des souvenirs vivants qui continuent de façonner les familles et les communautés aujourd'hui.

Tim a raconté comment son grand-père l'avait caché dans les bois lorsque les autorités étaient venues emmener les enfants. Il a survécu grâce à cet acte de courage. Entendre des histoires comme celle-ci pendant notre entraînement sur cette terre a changé le sens de nos difficultés. La douleur causée par le froid et l'épuisement semblait insignifiante comparée aux souffrances endurées par ces communautés. L'entraînement est devenu non seulement une préparation au combat, mais aussi un exercice d'humilité et de commémoration.

Le MMA et le combat libre comportent toujours des risques. La quête de la victoire peut pousser les combattants au-delà des limites de la sécurité, et l'histoire nous le rappelle de manière saisissante. En 564 avant J.-C., Arrichion de Phigalie, double champion olympique de pankration, a refusé de se soumettre alors qu'il était pris dans un étranglement mortel. Il a luxé la cheville de son adversaire, le forçant à se soumettre, mais il est mort quelques instants plus tard par strangulation. Il a été couronné champion dans la mort. Son histoire rend hommage au courage, mais elle nous met également en garde contre le prix à payer lorsque l'on ignore la sécurité dans les sports de combat.

Notre séjour dans le Nord a remodelé ma compréhension des arts martiaux. La discipline forge les combattants. Les épreuves forgent la résilience. Mais c'est la communauté, l'histoire et le respect qui donnent tout son sens à l'entraînement. Préparer Furacão, c'était forger un compétiteur, mais c'était aussi se rappeler que la force sans sagesse est vaine. Sur cette terre gelée, entourée d'histoires de survie et de perte, les arts martiaux sont devenus plus qu'un sport. Ils sont devenus un pont entre la lutte, la mémoire et le respect.

Samouraï, Ninja, tradition... Les mythes qui survivent

心機一転 Shinki Itten - Laissez derrière vous les échecs et les doutes du passé. Avec un état d'esprit renouvelé et le courage de recommencer, vous ouvrez la voie à un avenir plus radieux.

以心伝心 Ishin Denshin – Parfois, les mots ne sont pas nécessaires. Laissez votre cœur communiquer avec celui d'une autre personne, en approfondissant les liens grâce à une compréhension intuitive et une empathie sincère.

自然体 Shizentai - Soyez fidèle à vous-même, sans artifice. Vivre de manière naturelle et authentique enrichit la profondeur de votre caractère.

Lao Tse avait raison lorsqu'il disait que « tout ce qui facilite d'un côté, complique de l'autre ». L'arrivée de la modernité nous a donné l'impression que le monde, y compris nos propres vies, semblait avoir plongé dans un océan d'incertitudes. Est-ce vrai ? Quand vous regardez en arrière, que voyez-vous ?

Peut-être s'agit-il d'une question qui ne peut être résolue sans d'abord vérifier : en quelle année êtesvous né ? Cela a beaucoup d'importance. La réalité que nous percevons, en particulier à l'ère d'Internet et de la mondialisation, peut être trompée par la quantité d'informations, de contre-informations et de désinformations. Qu'est-ce qui est vrai et faux dans cette mer d'informations ?

Chaque fois que je discute avec un érudit - et la personne que je présente dans cet article est l'une de ces personnes exceptionnelles, érudite, experte dans l'art qu'elle pratique et enseigne -, je réévalue mes concepts d'observation et de projection de mes vérités. Cela m'amène à penser que nous sommes esclaves de ce que nous comprenons et, plus encore, de ce que nous saisissons. Le premier vous amène

à voir « quelque chose » d'un certain point de vue ; le second à voir ce « quelque chose » sous plusieurs angles.

Indépendamment des lignes d'objectivation que chacun établit, pour sécuriser la connaissance, la pensée crée des règles et des procédures qui permettent au sujet « connaissant » d'évaluer et de contrôler toutes les étapes qu'il franchit dans la connaissance d'un objet ou d'un ensemble d'objets.

Platon, par exemple, considérait que le meilleur chemin vers la vraie connaissance était celui qui permettait à la pensée de se libérer de la connaissance sensible (croyances, opinions), c'est-à-dire des images et des apparences des choses. Il attribuait ce rôle libérateur à la discussion rationnelle, sous la forme du dialogue.

Aristote considérait cependant que les objets qui sont connus par l'expérience, et non seulement par la pensée pure, devaient suivre une méthode inductive, dans laquelle le syllogisme serait le résultat final obtenu par la connaissance.

Au cours de la modernité (c'est-à-dire à partir du XVIIe siècle), la nécessité d'une méthode est devenue encore plus impérieuse qu'auparavant. Descartes en annonce donc les trois principales caractéristiques : Certaines (la méthode donne de la sécurité à la pensée) ;♣

Faciles (la méthode économise les efforts inutiles) ;♣

Permettant d'atteindre toutes les connaissances possibles pour la compréhension humaine.♣

À son tour, Francis Bacon a défini la méthode comme le moyen sûr et certain « d'appliquer la raison à l'expérience », c'est-à-dire d'appliquer la pensée logique aux données fournies par la connaissance sensible.

La méthode, dans les différentes formulations qu'elle a reçues au cours de l'histoire de la philosophie et des sciences, a toujours eu le rôle d'un régulateur de la pensée, c'est-à-dire d'un évaluateur et d'un juge des idées et des théories : elle guide le travail intellectuel (production d'idées, d'expériences, de théories) et évalue les résultats obtenus.

L'histoire du Japon est pleine de points ou de lacunes qui nécessitent des connaissances et une réflexion pour être compris. La raison ? L'accès à l'information a mis en évidence la pertinence de divers « regards » sur ce passé, plein de mystères et d'ajustements avec les temps modernes. Dans cet enchevêtrement de contradictions, nous voyons émerger des méthodes de compréhension et d'interprétation du sens des actions, des pratiques, des comportements, des institutions sociales et politiques, des sentiments, des désirs, des transformations historiques, car l'homme, acteur principal de ce scénario, est un être historico-culturel qui produit les institutions et leur sens.

Du point de vue de l'apprentissage dans une école traditionnelle, en prenant comme centre de cet article les arts japonais, il n'est pas difficile de

constater que « la voie martiale » est devenue un hobby pour la plupart des pratiquants (car seuls quelques-uns ont la responsabilité de maintenir une lignée). Il est facile de faire cette observation qui nous ramène à l'idée que, dans un sens réel, il n'y a plus dans les rues de samouraïs qui décident en une seconde de la vie d'un vassal ou d'une personne appartenant à une classe sociale inférieure ; un adepte d'une tradition qui arpente les rues pour remplir ce rôle. Cette époque est supposée révolue.

La relation Senpai-Kohai, seigneur-vassal, n'est plus la même. Pourtant, en plein XXIe siècle, la logique interne de chaque réalité culturelle se traduit dans les coutumes, les modes d'habitation, l'habillement, le travail et tant d'autres expressions.

Lorsque nous comprenons les différences entre les groupes comme des questions culturelles, nous commençons à les comprendre de manière plus large et moins préjugée. D'une manière générale, les anthropologues ont toujours abordé l'esprit humain d'un point de vue externe, traitant, directement ou non, les produits de l'activité mentale qui subsistent dans une société.

Lorsqu'ils interprètent les événements culturels d'une civilisation, les aspects mentaux sont parfois également abordés, que ce soit du point de vue externaliste et exclusif de l'anthropologie classique ou par l'association d'autres disciplines connexes. Nous sommes donc confrontés à un problème en plein XXIe siècle : quel est l'avantage d'appartenir à un « ryu » traditionnel ? Pour expliquer tout cela, je laisse la parole à DAISHIHAN Márcio Deshi. Profitez-en !

Nous ne sommes pas la continuité de l'histoire, mais le lien qui la maintient en vie. Le Ninjutsu n'appartient pas au temps : il est amorphe, intemporel.

« Les eaux ne restent jamais les mêmes : elles coulent sans cesse vers la mer, jusqu'à ce que, par la force du destin, elles montent vers le ciel, répétant éternellement le cycle. »

Chōryū, Marcio Deshi - Daishihan Bujinkan Dojo

Avant d'approfondir notre compréhension du style de Ninjutsu Togakure, il est essentiel de reconnaître que, depuis sa formalisation en tant que tradition martiale au XIIe siècle, il a subi des transformations constantes. Ces changements se sont produits sans perte de ses caractéristiques fondamentales, permettant au système de s'adapter aux différentes époques et aux besoins spécifiques de chaque période historique. Ce mouvement continu d'adaptation et de préservation peut être compris par le concept de nagare, le flux naturel de la tradition.

Comme la plupart des traditions martiales japonaises, au cours de l'histoire, le Ninjutsu est apparu et s'est développé dans un contexte tribal, militaire et milicien, étant transmis de manière secrète et restreinte. Ce que l'on connaît et pratique aujourd'hui sous le nom d'« art ninja » ne représente qu'une petite partie de cet héritage, qui est devenu public à l'époque moderne à partir d'une lecture plus philosophique et urbanisée des arts martiaux traditionnels en temps de paix. Ce processus ne s'est pas produit de manière isolée, mais a été mené par de grands maîtres qui, comprenant les changements historiques, ont réinterprété les enseignements traditionnels sans dénaturer leurs principes fondamentaux.

En ce sens, au cours de différentes périodes historiques, des figures centrales ont joué des rôles distincts dans la préservation et la redéfinition des traditions martiales japonaises. Des maîtres liés à la transmission classique, tels que Toda Shinryuken, ont agi dans un contexte encore profondément lié au combat réel. Des noms tels que Sakakibara Kenkichi ont représenté la période de transition entre le Japon féodal et la modernité. Plus tard, des maîtres tels que Jigoro Kano, Morihei Ueshiba et Gichin Funakoshi ont réinterprété ces traditions à la lumière des transformations sociales, les utilisant comme outils de formation humaine. Plus récemment, Masaaki Hatsumi a joué un rôle fondamental dans la préservation et la transmission de ces connaissances au-delà du Japon. Bien que certaines de ces voies aient évolué vers des formats sportifs, il subsiste une distinction essentielle entre les arts martiaux traditionnels et les sports martiaux, distinction qui devient de plus en plus pertinente pour le pratiquant sérieux et qui sera observée tout au long de cette étude.

En analysant le ninjutsu d'un point de vue historique dans ce processus militaire, tribal ou milicien, on se rend compte que le pratiquant contemporain se trouve à la perpendiculaire de cette ligne temporelle. Au Japon, les mouvements les plus significatifs de cette perpendiculaire se sont produits entre les années 1910 et 1960 ; aux États-Unis et en Europe, à partir des années 1970 ; et en Amérique latine, principalement entre les années 1980 et 1990. Cette période est connue sous le nom de « boom des arts martiaux ». Cependant, dans le contexte occidental, ce contact s'est principalement fait par le biais du divertissement.

Si le divertissement a été un vecteur important de diffusion, il a également contribué à la transformation — et, dans certains cas, à la dénaturation — du sens originel des arts martiaux. D'un point de vue historique, social et anthropologique, on observe que des pratiques initialement inscrites dans un contexte militaire ont fini, en particulier après des événements tels que la restauration Meiji, par assumer des fonctions axées sur le développement humain, l'éducation du caractère et la construction sociale.

Dans le cas spécifique du ninjutsu, ce processus n'a pas été différent. Des œuvres cinématographiques telles que Shinobi no Mono, ainsi que les travaux de maîtres et de chercheurs japonais tels que Saikō Fujita, Itto Gingetsu, Okuse Heishichiro, Yumio Nawa et Masaaki Hatsumi, en plus de l'écrivain américain Andrew Adams, ont été fondamentaux pour présenter ces connaissances au public occidental. Pourtant, une grande partie de ce que l'on comprend comme étant le ninjutsu reste entourée du « mythe ninja ».

Séparer le mythe, le divertissement et la tradition historique constitue l'un des plus grands défis pour les chercheurs, les historiens, les pratiquants et les étudiants dans ce domaine, exigeant une méthodologie prudente et une étude approfondie. Historiquement, ce qui est aujourd'hui connu sous le nom de ninjutsu était appelé, en période de guerre civile, Shinobi no Hō : une force militaire spécialisée au service des armées samouraïs, chargée de l'espionnage, du contre-espionnage, de l'analyse des informations et de la désinformation, agissant de manière intégrée avec les armées régulières.

Bien que les systèmes militaires japonais aient été profondément transformés au fil du temps par des influences étrangères, les méthodes et tactiques traditionnelles restent préservées dans les arts martiaux classiques. Cependant, le pratiquant contemporain n'est pas inséré dans un contexte militaire actif. Ainsi, le Ninjutsu pratiqué aujourd'hui peut être compris comme une adaptation perpendiculaire d'un contexte militaire (Bujutsu) à un contexte social et humain (Budō). Dans ce scénario, l'accent est mis non plus sur la survie sur le champ de bataille, mais sur le développement du potentiel humain, en utilisant la philosophie de l'épée comme un outil pour corriger les défauts internes qui empêchent l'individu d'avancer dans sa vie, même face à l'adversité.

Les arts martiaux traditionnels japonais, en particulier ceux classés comme Koryū — systèmes structurés avant la restauration Meiji —, ont traversé différentes phases de développement technique et conceptuel. Trois caractéristiques sont fondamentales pour comprendre ce processus : le Kaisha Kenpō, lié aux batailles rangées menées en armure ; le Suhada Kenpō, caractérisé par des duels entre guerriers armés d'épées ou de bokken, sans utilisation d'armures ; et le Kahō Kenpō, phase actuelle axée sur la préservation technique, le raffinement artistique et la transmission traditionnelle. Ces catégories découlent de l'analyse de l'applicabilité réelle des techniques dans des contextes sociaux, politiques et économiques spécifiques, loin de la logique du divertissement ou de la compétition sportive.

Même si cela semble contradictoire, le divertissement a joué un rôle important dans la préservation et la diffusion des arts martiaux. Cependant, pour le pratiquant engagé dans la voie martiale, il est essentiel de distinguer les arts martiaux des sports martiaux. Cette distinction permet de comprendre le véritable objectif de l'entraînement, qui peut être continuellement redéfini tout au long du parcours personnel. Sakakibara Kenkichi, un samouraï qui a vécu la transition entre la période Tokugawa et la restauration Meiji, a exprimé cette idée en affirmant : « L'épée seule ne peut plus gagner une guerre, mais les hommes animés par l'esprit de l'épée peuvent construire une société forte, en établissant la paix et l'harmonie par la voie de l'épée. » Dans ce contexte, la guerre doit être comprise comme toute forme de conflit humain, qu'il soit physique, émotionnel ou social.

Les arts martiaux traditionnels visent à la protection intégrée du corps, de l'esprit et de l'âme, en réunissant des études qui couvrent la philosophie, la religion, la médecine traditionnelle, la politique et les méthodes de combat. Dans le Ninjutsu, les techniques et les

armes font partie d'un héritage transmis de génération en génération, et les kata agissent comme des structures vivantes dans lesquelles les principes, les valeurs et les vertus sont préservés et transmis par le maître tout au long de la formation. Dans le cadre d'un affrontement physique, le ninjutsu offre de multiples outils, dont le principal est la capacité d'anticipation et de prévention, en cherchant à éviter le danger et la confrontation directe autant que possible. Des maximes traditionnelles telles que « la violence doit être évitée, Ninpo est Bujutsu » et « l'épée doit être utilisée pour obtenir la paix » reflètent clairement cette philosophie.

De nos jours, l'intérêt pour le ninjutsu naît souvent à partir de films, de jeux ou d'animations, souvent associés à l'attente de résultats rapides ou de chemins simplifiés. Cependant, l'entraînement traditionnel exige de la patience, de la persévérance et un apprentissage continu. Le ninjutsu a toujours exigé une étude approfondie, puisque le ninja agissait comme agent de renseignement, et une pratique constante, en raison de la nécessité d'une préparation physique, mentale et psychologique. Bien que le contexte historique ait changé, son essence reste inchangée. Le Togakure du XIIe siècle n'est pas le même que celui du XXIe siècle, mais il reste le Togakure. La réflexion qui s'impose est la suivante : de quel Togakure parlons-nous ?

Pour comprendre de quel Togakure nous parlons, nous ne devons pas remonter trop loin dans le passé de notre tradition. Bien que beaucoup le fassent pour justifier ou expliquer certaines choses, je crois que le plus loin que nous puissions aller à travers les études et les recherches est le siècle dernier, lorsque vivait le maître Takamatsu.

Pour comprendre cette vision, il est essentiel de prendre en compte la formation martiale de Takamatsu. Il n'a pas appris le judo au sens moderne établi par Kanō Jigorō. Son apprentissage a commencé directement au Shinden Fudō-ryū et dans d'autres ryū-ha sous la direction de Toda, puis au Takagi Yōshin-ryū avec Mizuta, et enfin au Kukishin-ryū, Takagi Yōshin-ryū et d'autres traditions sous Ishitani. Sa base a été entièrement construite dans le cadre du jūjutsu classique et des écoles traditionnelles de combat.

Contrairement aux méthodes modernes d'utilisation du corps que l'on trouve dans le judo, le kendo ou l'aïkido, Takamatsu a été formé par Bushi pendant la période Bakumatsu. Dans ce contexte, l'utilisation du corps était profondément influencée par l'emploi d'armes et d'armures, avec des objectifs liés à la survie dans le combat réel, et non au sport ou à la compétition.

Pour cette raison, on peut affirmer que Takamatsu comprenait les techniques associées au judo d'un point de vue classique du jūjutsu, ce qui lui permettait de transmettre des principes fondamentaux de manière claire et accessible, même à un large public, sans perdre la profondeur de sa compréhension martiale.

Après une vie marquée par des expériences intenses et un contact direct avec différentes traditions martiales, Takamatsu a consigné ses enseignements les plus mûrs dans le Ninjutsu Hiketsu-Bun, un document qui exprime de manière approfondie sa compréhension finale de la véritable signification du Ninjutsu. Plus qu'un compendium technique, le texte révèle une vision mûrie de la voie martiale comme instrument de transformation intérieure.

Dans ses écrits, Takamatsu affirme que le Ninjutsu ne doit pas être compris uniquement comme 忍術, mais aussi comme 認術. Bien que les deux idéogrammes se lisent nin, leurs significations sont distinctes et, en même temps, complémentaires. Cette idée est synthétisée dans la phrase :

私は忍術を認術とも言う。 Watashi wa ninjutsu o ninjutsu to mo iu.

Par cette affirmation, Takamatsu indique que la voie du ninjutsu est également une voie de reconnaissance et de conscience. Le kanji 忍 est traditionnellement associé aux concepts de supporter, résister, persévérer et garder son sang-froid face à l'adversité. Le kanji 認, quant à lui, a les significations de reconnaître, admettre, percevoir, accepter, juger avec clarté et considérer la réalité telle qu'elle est.

Dans cette perspective, le ninjutsu, pour Takamatsu, est aussi l'art de se reconnaître soi-même. Il s'agit de la capacité à percevoir ses propres erreurs, à admettre ses limites, à reconnaître son ignorance lorsque cela est nécessaire et à évaluer les situations avec honnêteté et discernement. Cette compréhension révèle que le véritable entraînement ne se limite pas à la maîtrise technique ou physique, mais exige une maturité intérieure et une responsabilité personnelle.

Le pratiquant doit donc développer la capacité d'observer la réalité sans être dominé par son ego, sa fierté ou son désir, en cultivant la clarté de jugement et la maîtrise de soi. Ainsi, le ninjutsu, tel qu'exprimé par Takamatsu, est à la fois l'art de résister et l'art de reconnaître. Un chemin de maîtrise de soi, de lucidité et d'auto-évaluation constante, dans lequel la véritable force naît de la capacité à voir, accepter et se corriger soi-même en comprenant que la guerre et les conflits, principalement internes, font partie de notre cheminement.

La vie, dans son essence la plus brute, est une lutte. De la graine qui perce la roche à l'homme qui se dispute le territoire, les ressources et la survie, l'existence s'organise autour du conflit. La guerre, en ce sens, n'est pas une anomalie de l'histoire humaine, mais l'une de ses expressions les plus authentiques et récurrentes. Les objectifs élevés, les idéaux moraux et les constructions philosophiques existent, mais ils habitent l'esprit de l'homme et n'annulent pas la réalité de la nature.

L'homme naît fragile. Contrairement à de nombreux animaux, il ne possède ni griffes, ni crocs, ni force extraordinaire. Son avantage a toujours été autre : la capacité de rêver et de transformer ce rêve en action grâce à son intellect. C'est ainsi qu'il a dominé son environnement, développé des outils, des armes et des stratégies. Mais en conquérant la nature, il s'est inévitablement retourné contre son dernier et plus dangereux adversaire : lui-même. De cette confrontation est née la civilisation.

L'expression « homme civilisé » semble agréable, mais elle recèle souvent une profonde contradiction. L'homme civilisé a tendance à croire qu'il a surmonté la violence, alors qu'en réalité, il ne fait que la sous-traiter. Il ne tue pas, mais permet à d'autres de tuer pour lui ; il rejette la guerre, mais profite de ses résultats ; il croit au caractère sacré de la vie, tant que cela n'interfère pas avec son confort. Cet éloignement de la réalité crée une scission interne, un déni de sa propre nature animale.

La civilisation a été créée comme un outil, un moyen de permettre à de nombreux individus de cohabiter dans un espace limité, avec moins de conflits directs. Cependant, à mesure qu'elle se développe, un renversement dangereux se produit : la société cesse d'être façonnée par l'homme et commence à le façonner. Au lieu de préparer des individus capables de gérer les conflits, elle les conditionne à les éviter à tout prix, transformant les prédateurs en moutons. Le problème est que les loups continuent d'exister.

Nier la violence ne la fait pas disparaître. Toute société dépend, en fin de compte, de l'application contrôlée de la force. C'est de là que naît la profession des armes. Les guerriers, les soldats et les policiers ne sont pas des citoyens ordinaires ; ce sont des spécialistes de la violence, qui acceptent comme faisant partie de leur fonction la possibilité réelle de mourir. Ce choix les place dans une position unique et exige d'eux une formation physique, psychologique et morale incompatible avec les valeurs civiles ordinaires.

L'erreur des sociétés modernes est d'exiger que le guerrier pense comme un civil, tout en attendant de lui qu'il agisse comme un prédateur lorsque cela est nécessaire. Dans le même temps, ceux qui décident des guerres sont rarement ceux qui les mènent. Il en résulte un fossé entre la décision et la conséquence, terrain fertile pour des conflits mal menés et des sacrifices inutiles.

La guerre, quels que soient les outils utilisés, reste essentiellement la même : la tentative d'un homme d'en dominer un autre. Les techniques changent, les armes évoluent, mais les principes restent les mêmes. C'est pourquoi la véritable compréhension de la guerre ne réside pas seulement dans la technique, mais aussi dans la stratégie, dans la compréhension profonde du comportement humain. Dans ce domaine, peu de cultures ont atteint un niveau de raffinement aussi élevé que la culture japonaise, où la stratégie a été élevée au rang d'art.

Être véritablement civilisé ne signifie pas nier sa propre nature, mais la comprendre. Un homme qui reconnaît sa capacité à la violence et apprend à la contrôler est plus sûr — pour lui-même et pour la société — que celui qui prétend ne pas la posséder. Ce n'est qu'en acceptant que la civilisation est une coquille artificielle, et non l'essence de l'être, que l'homme peut vivre en paix sans devenir sans défense.

Il existe différents types de guerre selon l'époque et les besoins. À l'ère de la modernité liquide, le développement de l'individu par le biais des arts martiaux ne se limite pas à l'acquisition d'outils physiques, psychologiques ou intellectuels ; il s'agit de permettre à la personne d'être autonome, capable de définir son chemin et son identité, en faisant face aux insécurités et aux obstacles du monde contemporain. La première étape de ce processus est une connaissance approfondie de soi : rapprocher le moi réel du moi idéal, en comprenant que nos caractéristiques sont souvent façonnées pour répondre à des attentes sociales qui ne correspondent pas à nos désirs organiques. Dans une société techniciste et mécanisée, peu de guerriers sont prêts à relever ce défi.

Historiquement, les arts martiaux ont toujours eu une grande importance pour différents peuples et cultures, servant d'outils de protection et de développement humain. Aujourd'hui, cependant, il existe un contrepoint. La plupart des pratiques sont perçues comme un divertissement, une forme de violence ou une mode, avec peu d'importance sociale. Cela diffère du passé, où les arts martiaux étaient synonymes de discipline, d'ordre, de courage, d'éducation et de développement personnel.

Dans le contexte actuel, il existe des athlètes de haut niveau qui remportent de grands prix et bénéficient d'une grande visibilité, mais aussi de petits groupes isolés, souvent restreints et fermés, qui ne suscitent aucun intérêt en dehors de leur propre cercle. La notoriété acquise se limite souvent au groupe lui-même ou dépend d'accords politiques, ce qui, en fin de compte, nuit à l'essence même de cet art dont l'objectif principal est de servir les autres.

La véritable voie, comme l'ont enseigné les anciens samouraïs et bushi, est de servir avant de bénéficier. Nous devons appliquer nos connaissances pour le bien commun, sans privilégier uniquement nos intérêts personnels ou nos convenances. Lorsque les professeurs d'arts martiaux assument cette responsabilité, ils contribuent efficacement à la société, rendant les arts martiaux pertinents en tant qu'instruments de développement humain.

Le rôle du maître est central dans ce processus. Être un grand maître va au-delà de la maîtrise technique : cela exige d'assumer des responsabilités, de prendre possession de sa position et de montrer que les arts martiaux ne sont pas seulement une pratique physique, mais un outil essentiel de formation du caractère, de la discipline et de la conscience de soi. Être reconnu uniquement au sein d'un groupe fermé revient à porter une épée de bambou sur le champ de bataille ; l'apparence de la compétence ne suffit pas si le véritable combat n'est pas affronté. Le véritable combat est interne et externe, spirituel et social, et exige un engagement envers des principes plus importants que les intérêts personnels.

Servir est donc l'essence même du guerrier moderne. Il ne s'agit pas seulement de vaincre l'adversaire ou de remporter des titres ; il s'agit de vivre avec un but, de contribuer à la société et d'honorer la tradition qui a façonné les anciens maîtres. C'est seulement ainsi que l'individu se transforme véritablement, en alignant force, conscience et responsabilité, devenant non seulement un artiste martial, mais aussi un agent ayant un impact positif sur le monde.

Un autre point crucial dans cet univers de conflit, de force et de violence se retrouve également dans l'imaginaire populaire, le guerrier étant souvent associé uniquement à la force brute, à l'habileté martiale et à la capacité de remporter des affrontements physiques. Cependant, dans la tradition japonaise classique, cette vision a toujours été considérée comme incomplète. Le véritable guerrier n'était pas seulement celui qui maîtrisait l'art de la guerre, le Bu, mais aussi celui qui était capable de naviguer naturellement dans le monde des arts raffinés, le Gei. Cet univers, connu sous le nom de Yūgei no Sekai, représente le monde des arts élégants, dont la pratique était considérée comme essentielle à la formation complète d'un samouraï.

Depuis les périodes Heian, Kamakura et, plus tard, pendant le Sengoku Jidai, l'idée s'est imposée que le guerrier devait rechercher l'équilibre entre le Bu, la martialité, et le Bun, la culture intellectuelle, artistique et spirituelle. Un guerrier uniquement dédié au combat devenait grossier, impulsif et facilement dominé par ses émotions ; d'autre part, celui qui se consacrait exclusivement aux lettres et aux arts, sans comprendre la réalité du conflit, devenait naïf et mal préparé. Le Yūgei no Sekai apparaît précisément comme le point de convergence entre ces deux mondes, affinant le caractère du guerrier et affinant sa perception.

Des pratiques telles que la calligraphie (shodō), la poésie (waka et haikai), la cérémonie du thé (sadō), la musique, le théâtre Nō, la peinture (sumi-e) et même la maîtrise de l'étiquette et du langage formel n'étaient pas de simples passe-temps. Elles servaient d'instruments d'introspection, de discipline mentale et de contrôle émotionnel. En traçant un idéogramme, le guerrier apprenait le rythme, l'intention et la présence ; dans la cérémonie du thé, il comprenait la valeur du silence, de la simplicité et de la pleine conscience ; dans la poésie, il exerçait sa capacité à observer le monde avec sensibilité, développant l'empathie et la perception, qualités essentielles pour ceux qui vivaient dans un état de vigilance constant.

Dans le contexte du ninjutsu et des arts de la survie, le raffinement n'était pas seulement esthétique, mais aussi stratégique. Une personne capable de se déplacer naturellement dans des environnements cultivés, de comprendre les symboles, d'interpréter les comportements sociaux et d'appréhender les expressions artistiques avait accès à des informations, passait d'une classe sociale à l'autre et passait inaperçue. Le raffinement devenait donc une forme élevée de camouflage. Plus

encore, le Yūgei no Sekai entraînait le guerrier à percevoir les subtilités : changements d'humeur, atmosphères, intentions cachées — des compétences qui, dans des situations réelles, pouvaient faire la différence entre la vie et la mort.

Le contact continu avec les arts raffinés favorisait l'humilité, la maîtrise de soi et la conscience de l'éphémère. En comprenant l'impermanence des choses, le mujo, le guerrier apprenait à agir avec détachement, en évitant les décisions motivées par l'ego, la colère ou la vanité. Ce processus de polissage interne renforçait l'esprit (kokoro) autant que l'entraînement renforçait le corps. L'épée cessait alors d'être un instrument de violence aveugle pour devenir le prolongement d'un esprit clair et serein. De nos jours, le Yūgei no Sekai reste extrêmement pertinent. Le guerrier moderne — qu'il soit pratiquant d'arts martiaux, professionnel soumis à une pression constante ou en quête de connaissance de soi — est confronté à des combats intérieurs aussi intenses que les conflits physiques du passé. Cultiver le raffinement aujourd'hui signifie développer la sensibilité, l'intelligence émotionnelle, la concentration et la capacité d'adaptation. Cela signifie comprendre que la force sans sagesse est destructrice et que la connaissance sans action est stérile, réaffirmant l'idée que le véritable guerrier est celui qui unit le bu et le bun, le corps et l'esprit, la technique et la sagesse.

Cependant, à un certain point, la commercialisation et la gastronomisation des arts martiaux d'aujourd'hui constituent un défi pour ceux qui recherchent non seulement un mode de vie, mais aussi un professeur responsable et surtout engagé dans la transmission du savoir. D'où l'importance de savoir distinguer un dojo d'une école ou d'un club, le comportement d'un client de l'attitude d'un disciple.

L'objectif d'une école est d'enseigner de nouvelles choses à une personne ; l'objectif d'un dōjō est de transformer la personne elle-même en quelque chose de nouveau. Il existe dans le monde entier d'innombrables installations destinées à l'entraînement aux arts martiaux ; cependant, rares sont celles qui méritent réellement le titre de dōjō. Des termes tels que studio ou gymnase sont généralement plus appropriés, car la plupartde ces institutions n'enseignent qu'une partie superficielle de l'art, sans en comprendre ni tenter d'en transmettre la signification profonde. Pour l'élève moyen, cela ne pose pas de problème, car son intérêt se limite généralement à la transformation physique, sans rechercher de changements plus profonds dans le caractère ou l'esprit.

Le mot dōjō peut être traduit littéralement par « lieu de la voie », indiquant un espace dans lequel l'élève cherche à expérimenter la réalité ultime de l'art qu'il a choisi de suivre. Les techniques sont enseignées aussi bien dans les écoles que dans les dōjōs, mais dans ces derniers, elles ne servent que de moyen, jamais de fin. La maîtrise de la technique ne représente que le début de l'apprentissage, et non sa fin. Alors qu'une école enseigne à tuer, un dōjō enseigne à mourir. Le membre du dōjō ne pense pas à se battre ou à éviter la confrontation, mais cherche à transcender ces niveaux et à comprendre l'essence même du conflit.

Bien que la formation initiale dans une école et dans un dōjō puisse sembler similaire, les objectifs et les méthodes sont profondément différents. Une école a des professeurs et des élèves ; un dōjō a des maîtres et des disciples, les deshi. L'élève fréquente les cours pour acquérir des connaissances, tandis que le deshi recherche une transformation spirituelle. Devenir deshi est la première étape de ce processus, et l'aspirant doit faire preuve de la bonne attitude, connue sous le nom de nyūnanshin, un esprit flexible capable d'être modelé par le dōjō.

Le dōjō n'est pas une église, bien qu'il partage certaines caractéristiques institutionnelles, ni un simple gymnase, même si l'activité physique semble être sa fonction principale à première vue, ni une caserne, bien que la discipline y soit similaire à celle de l'armée. La tenue vestimentaire et la posture doivent être impeccables, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du dōjō. Les uniformes sont exactement cela : des uniformes. Les tenues personnalisées ou ornées représentent l'ego, précisément ce que le disciple cherche à transcender.

Le sensei n'est pas seulement un professeur, mais un guide. Littéralement, sensei signifie « celui qui est né avant », désignant quelqu'un qui a déjà parcouru le chemin que les étudiants tentent de suivre. En tant que kanchō, le dirigeant du dōjō, il lui appartient de s'assurer que les disciples avancent dans la bonne direction, en leur indiquant le chemin, tandis que le voyage lui-même incombe au deshi. Un bon sensei impressionne davantage par le potentiel et l'intensité de sa présence que par ses actions explicites. Même s'il n'exige jamais le respect, les disciples les plus anciens tiennent à l'imposer, non pas pour honorer l'homme, mais parce qu'ils comprennent la valeur de la discipline. Reverencer le sensei est un exercice spirituel qui profite au disciple lui-même, et dans de rares cas, lorsque le sensei ordonne qu'il n'y ait plus de révérences, le deshi doit répondre « Oui, monsieur ! » et s'incliner profondément — un geste d'alignement sur la discipline, et non d'obéissance aveugle.

Même le sensei occupe une position secondaire devant le shinza, l'autel du dōjō. Grand ou petit, simple ou orné, le shinza occupe la place la plus élevée dans la hiérarchie de l'espace et représente l'âme même du dōjō. Quelle que soit l'importance d'un individu, l'autel sert de rappel constant du chemin qu'il lui reste à parcourir. La combinaison de la discipline des deshi, de la présence du sensei et des caractéristiques physiques du dōjō crée un environnement unique, stimulant pour le débutant et profondément marquant pour le vétéran. L'humilité et l'autorité coexistent, souvent concentrées en une seule personne. Au cours des heures d'entraînement, le disciple approche de ses limites physiques et mentales, ressentant une énergie qui agit sur son ego, le façonnant et le transformant. L'entraînement n'est pas seulement physique ; c'est un processus de raffinement psychologique et spirituel.

Les deshi d'un dōjō traditionnel sont des hommes fermes, mûrs et engagés. Il ne s'agit pas d'enfants, d'amateurs ou de rêveurs. On y trouve des adultes de tous horizons, avec une forte présence de professionnels : militaires, ingénieurs, cadres, policiers — tous habitués à assumer des responsabilités et conscients de leur valeur. Ils recherchent dans le dōjō quelque chose de plus profond que la force physique : la transformation du caractère et de l'esprit.

Construire des ponts entre la Suisse et le Brésil

Cela fait maintenant 30 ans !

Même si mon frère Demetrio et moi avons commencé à intégrer le jiu-jitsu brésilien (BJJ) dans notre programme d'enseignement en 1991, en remplacement de ce qui était alors connu sous le nom de JKD grappling, que nous avions appris de nos professeurs de JKD Larry Hartsell et Dan Inosanto, entre autres. Ce fut un moment fort pour nous tous, membres de l'équipe Vacirca Brothers, lorsque, par l'intermédiaire de Guy Mialot, président de la première union de BJJ en Europe et personne de contact pour le Brésil, nous avons reçu l'invitation officielle de Maître Carlos Gracie Junior, fondateur et président de la CBJJ (Confederação Brasileira de Jiu-Jitsu), à participer au premier championnat du monde de BJJ en 1996.

Nous devons beaucoup à Maître Carlinhos Gracie, ce visionnaire. Sans son soutien considérable, la Fédération internationale de BJJ (IBJJF) n'aurait jamais vu le jour et cette plateforme de compétition internationale qui existe aujourd'hui dans le monde entier n'existerait pas. Bien sûr, ce n'est pas le travail d'un seul homme, mais de nombreuses personnes, mais il a fallu un leader comme Maître Carlinhos pour prendre cette tâche au sérieux et la mener à

bien de manière professionnelle. Bien sûr, nous devons admettre que c'est devenu depuis une grande entreprise, mais le fait est que l'IBJJF est désormais représentée à l'échelle internationale sur plusieurs continents. Aucune autre organisation ne représente le JJB (avec ou sans kimono*) de manière aussi professionnelle et complète que l'IBJJF. (Kimono est le terme « brésilien » pour désigner le Gi/uniforme.)

Je tiens également à exprimer une fois de plus ma profonde gratitude à Guy Mialot, qui nous a mis en contact avec Maître Carlinhos et Gracie Barra à Tijuca à l'époque. Je remercie tout particulièrement mon frère Demetrio et mes deux élèves, Nikos Bachzetsis et Martin Hardmeier. Ils ont cru en ma vision du BJJ en Europe et m'ont suivi à Rio de Janeiro. Après un travail acharné et d'innombrables heures d'entraînement à la Vacirca Academy, ils ont ramené leurs médailles bien méritées en Suisse.

Bienvenue à Copacabana !

Après un court séjour à Madrid, où nous avons fait une grande tournée de tapas, de vin et de bière avant de prendre l'avion pour Rio de Janeiro, nous avons atterri au Brésil bien reposés et enthousiastes. Lorsque Maître Carlinhos Gracie et son chauffeur sont venus nous chercher à l'aéroport, il nous a dit : « Bienvenue au Brésil ! Je vais d'abord vous conduire à l'hôtel. Vous pourrez vous reposer et prendre votre petitdéjeuner plus tard. » Nous avons été conduits à l'hôtel Ouro Verde (or vert). Nos chambres étaient en partie sponsorisées par CBJJ. L'hébergement était situé directement sur la célèbre Copacabana, et notre chambre offrait une vue directe sur la plage. La vue était à couper le souffle, tout simplement magnifique. Notre avion a atterri tôt le matin et la ville était encore enveloppée d'un épais brouillard. Le brouillard rendait difficile la visibilité des rues et des bâtiments, ce qui rendait l'expérience encore plus excitante. Lorsque nous sommes arrivés à l'hôtel, situé à moins de vingt pas de la plage, notre excitation a grandi de minute en minute. À l'entrée de l'hôtel, nous avons été accueillis par un réceptionniste très poli. Après avoir remis nos passeports et nous être enregistrés, nous avons reçu les clés de nos chambres. On nous a attribué deux chambres doubles, pratiquement côte à côte. Après un sommeil court mais intense dans un vrai lit, nous sommes allés dans la salle de petit-déjeuner. Lorsque nous sommes entrés, nous n'en croyions pas nos yeux : l'arôme du café nous a accueillis, et le buffet était si coloré et rempli de délices ; je n'avais jamais rien vu de tel de ma vie. On nous a également attribué l'une des meilleures tables du restaurant, où nous avons pu satisfaire nos estomacs vides.

Ensuite, nous sommes retournés à l'hôtel pour nous rafraîchir et enfiler des vêtements confortables. Nous avions prévu d'explorer brièvement Copacabana, puis de prendre un taxi pour Gracie Barra. Là-bas, nous voulions nous inscrire officiellement à la compétition et discuter avec Maître Carlinhos Gracie du premier championnat du monde afin d'obtenir toutes les informations nécessaires. Nous espérions également rencontrer nos amis français, néerlandais, hawaïens et américains. L'équipe nord-américaine était représentée par les frères Machado et leurs élèves. Enson et Egan Inoue étaient venus d'Hawaï. Ils sont originaires du Japon, mais représentaient l'île avec un groupe. Une petite équipe japonaise s'était rendue sur place sous la direction de Yuki Nakai. Guy Mialot était le chef du groupe français. Remco Pardoel, mon ami de longue date, judoka de niveau mondial et vétéran de l'UFC, avait fait le voyage depuis les Pays-Bas.

Après avoir longé Copacabana, nous avons pris un taxi pour nous rendre chez Maître Gracie. Cependant, le chauffeur de taxi nous a avertis que nous ne devrions pas surfer sur cette magnifique plage, car les habitants de Barra da Tijuca étaient « un peu agressifs » lorsqu'il s'agissait de céder leurs vagues. Nous avons volontiers accepté le conseil du chauffeur de taxi et avons décidé de contempler cette partie de la plage de loin. À notre arrivée, Maître Carlinhos se tenait déjà à la porte, accompagné de plusieurs maîtres locaux de BJJ, dont Alexander Paiva, l'un des cofondateurs de la célèbre Alliance Team. Ils voulaient tous nous rencontrer. Nous avions un « atout dans notre manche » : qui aurait pu imaginer qu'un groupe de quatre personnes venues de la petite Suisse se rendrait au championnat du monde de BJJ ! C'était une première, et il était important pour Maître Carlinhos de montrer que son travail en tant que président avait été reconnu dans le monde entier. C'était un grand honneur pour nous.

Les maîtres présents nous ont immédiatement invités dans leurs écoles. Cependant, nous ne voulions pas interférer avec les plans de Maître Carlinhos, nous avons donc pris notre mal en patience et attendu de voir ce qui allait se passer. Après nous être officiellement inscrits sur place, on nous a demandé si nous avions déjà goûté le meilleur « Açai de Guarana ». À l'époque, c'était ce que tous les pratiquants de jiu-jitsu consommaient pour rester en forme et forts. Mon petit bol contenait également divers morceaux de fruits, et je peux vous dire que c'était vraiment une bombe énergétique que je consommais.

Nous avons passé les jours suivants à nous entraîner dans différents endroits et avec différents maîtres. À l'approche du jour de la compétition, nous avons décidé qu'il valait mieux nous entraîner entre nous, car nous sentions l'atmosphère autour de nous devenir de plus en plus tendue. Il est important de noter que nous avons rencontré plusieurs athlètes qui vivaient du sport de compétition, ce qui n'aurait pas été possible pour nous en Suisse ou même en Europe à l'époque. Certains athlètes locaux avaient deux sponsors ou plus. Les athlètes arboraient souvent avec fierté les écussons de leurs sponsors sur leurs kimonos et s'étaient bien sûr engagés à terminer parmi les trois premiers aux Championnats du monde.

Nous sommes finalement arrivés à l'« Academia Augusto Cordeiro de Judo & Jiu-Jitsu » à Copacabana, où nous avons été autorisés à nous entraîner sur le tatami du maître de jiu-jitsu Gorginhio. Il nous a aidés à nous préparer pour le jour de la compétition. Au cours de la journée, nous avons observé diverses choses et avons souvent été invités à voir ceci ou cela. Nous avons également visité la boutique du fabricant de kimonos (Krugans) Viking, qui a produit l'un des premiers costumes élégants pour notre sport. Dans le même centre commercial, un élève du grand maître Carlson Gracie tenait une boutique de t-shirts super cool, nous avons donc fait le plein de kimonos et de t-shirts pour les années à venir.

Brève histoire du jiu-jitsu à Rio de Janeiro

Dans les années 1950, le judo s'est répandu dans le monde entier, y compris au Brésil. Après la Seconde Guerre mondiale, le Dai Nippon Butokukai, soutenu par le principal dojo de judo, l'Institut Kodokan, a enfin eu l'occasion de s'implanter en Amérique du Nord et du Sud. Le fondateur du Jiu-Do (plus tard appelé judo), Jigoro Kano, avait une vision simple : utiliser le judo non pas comme un style de combat, mais plutôt pour promouvoir le bien-être et rassembler les gens dans un but positif.

À cette époque, le jiu-jitsu était presque éteint, car ses pratiques traditionnelles, telles que l'utilisation d'armes, n'étaient plus d'actualité. Même au Japon, cet art était en train de disparaître, et seuls quelques maîtres et élèves le pratiquaient encore dans de petits centres d'entraînement privés.

À Rio de Janeiro, un groupe de personnes a organisé le premier tournoi de Jiu-Jitsu en contrepartie du Judo. Des écoles telles que Gracie, Fadda et Cordeiro, ainsi que plusieurs autres académies, ont participé à cet événement. Le rival le plus puissant et le plus important de la famille Gracie à Rio était l'école de jiu-jitsu d'Augusto Cordeiro, qui représentait l'Ogawa Budokan. Oswaldo Fadda, qui venait d'ouvrir son école à Bento Ribeiro, dans l'État de Rio de Janeiro, a également pris part au tournoi.

L'année suivante, Maître Cordeiro a décidé de s'impliquer dans le judo Kodokan et s'est rendu régulièrement au Japon pour étudier à l'institut. Cependant, le jiu-jitsu restait présent dans sa vie, et il continua à l'enseigner dans son école et à le promouvoir à Rio de Janeiro.

Alors que le jiu-jitsu n'était pratiqué que dans quelques endroits, le judo gagnait chaque jour en popularité et attirait de plus en plus d'élèves. Les élèves de jiu-jitsu commencèrent à participer à des tournois de judo, mais sans grand succès. Ce n'était pas facile, car le judo suivait naturellement les règles du Kodokan

(techniques de projection), auxquelles les combattants de jiu-jitsu, qui se concentraient principalement sur le combat au sol (Newaza), n'étaient pas très familiarisés. Ce n'est qu'au milieu des années 1960, lorsque la première fédération de jiu-jitsu de Guanabara a été fondée par les maîtres Hélio Gracie, Pedro Hemetério et Hélio Vigio, que cela a changé. La nouvelle fédération disposait d'une structure complète de ceintures, de catégories d'âge et de poids, ainsi que de règles de combat, y compris un système de points. Le 12 juillet 1973, après plusieurs années d'efforts pour établir le jiu-jitsu brésilien comme équivalent du judo

à Rio de Janeiro, la nouvelle fédération de jiu-jitsu de Rio de Janeiro (JJ.F.RJ.) a finalement été reconnue par Jeronimo Bastos, président de la Fédération brésilienne des sports.

Une journée de compétition pas comme les autres

La journée de compétition s'est éternisée, mais il était intéressant de voir que les hôtes avaient déjà une longueur d'avance sur nous tous à ce moment-là. Aujourd'hui, les choses sont très différentes, mais plus de 30 ans se sont écoulés depuis.

La journée s'est très bien passée pour nous : au final, mon frère Demetrio et moi avons disputé la 4e place. Martin Hardmeier a même réussi à aller plus loin et a été autorisé à affronter le super athlète et jiu-jitsuka Murillo Bustamante. Martin a perdu ce combat, mais a remporté la médaille de bronze. Nikos Bachzetsis, notre « Spiderman », est monté encore plus haut sur le podium en battant le Français Christian Derval, un grand maître de judo. En finale, il a perdu contre le champion brésilien en titre et a remporté la médaille d'argent.

Le lendemain, Maître Carlinhos Gracie nous a invités à dîner et m'a demandé si je serais intéressé par la création et la direction de la Fédération suisse de BJJ. En Suisse (et dans de nombreux autres pays européens), il est tout à fait normal que pratiquement chaque école d'arts martiaux ait sa « propre » fédération nationale, voire internationale. Malheureusement, la coopération est très rare ici ! J'ai néanmoins accepté le défi et la tâche. C'est ainsi que la CBJJ est devenue la Fédération internationale de BJJ (IBJJF.com), qui est désormais représentée dans le monde entier. Cela a ensuite été certifié par un notaire, car pour Maître Carlinhos Gracie, cette étape était extrêmement importante pour pouvoir promouvoir le jiu-jitsu brésilien à l'échelle internationale.

À cette époque, j'étais déjà en contact étroit avec Maître Sylvio Behring, qui nous a également soutenus lors des Championnats du monde. Maître Behring est issu d'une des familles les plus célèbres du BJJ et est un excellent professeur dont nous avons pu bénéficier et apprendre beaucoup, même plus tard. À cette époque, je connaissais également Maître Royler Gracie, du célèbre Gracie Humaita, l'école principale du Grand Maître Hélio Gracie. Je l'ai rencontré pour la première fois aux États-Unis. Renzo Gracie était également présent pour soutenir son équipe américaine et participer en tant qu'arbitre.

Dans l'ensemble, ce fut un énorme succès pour l'équipe Vacirca Brothers en tant que représentante officielle de la Suisse. Plus de 30 ans ont passé depuis, mais j'y repense encore aujourd'hui. Les générations suivantes de l'équipe Vacirca Brothers ont également bénéficié de cette première étape importante sur la scène internationale. Depuis lors, mon frère Demetrio et moi-même avons été invités à de nombreux séminaires à travers l'Europe et la Russie. Notre académie Vacirca – Gracie JiuJitsu Zurich – est devenue le bastion du BJJ en Europe. De nombreuses personnes sont venues s'entraîner avec nous. Notre équipe a participé à tous les championnats nationaux et internationaux de BJJ et de grappling. Nous avons rencontré des gens formidables.

Même si certains amis et élèves suivent désormais leur propre voie dans le jiu-jitsu ou l'ont même complètement abandonnée, c'est tout à fait normal et compréhensible. Cela arrive même dans les meilleures familles... L'important, cependant, c'est que le respect demeure et que l'on dise honnêtement d'où l'on vient sans se présenter comme l'inventeur de la roue.

Restez authentique !

« Dans l'ensemble, ce fut un énorme succès pour l'équipe Vacirca Brothers en tant que représentant officiel de la Suisse. Plus de 30 ans ont passé depuis, mais j'y repense encore aujourd'hui. »

Muay Thai Boran : les 4 niveaux du combat

Les professeurs de Muay Thai d'autrefois divisaient les techniques de combat en différents styles : les techniques les plus avancées étaient classées comme Kon Kae, les stratégies utilisées pour résoudre les problèmes du combat. En d'autres termes, Kon Kae signifie « technique de contre-attaque » et représente l'art le plus élevé du Muay Thai, l'art des vrais champions.

De nos jours, la plupart des professeurs de Muay Boran suivent la classification des techniques Kon Muay Kae établie par Maître Yod Ruengsa dans son manuel de Muay Thai intitulé Tamrap Phra Chao Sua, publié en 1971.

Le titre fait clairement référence au roi d'Ayutthaya Phra Chao Sua (connu sous le nom de roi tigre) et au style de combat utilisé par ses soldats d'élite, les Krom Nak Muay. En effet, ce régiment de combattants Muay était composé de militaires hautement qualifiés ayant une longue expérience du Muay Thai. Ces soldats extrêmement habiles ont été employés pour assurer la sécurité du roi et de la famille royale pendant de nombreuses années. Le style de combat de ces troupes d'élite a été appelé Muay Luang ou Muay royal et, selon la plupart des sources, il a donné naissance au style Kon Muay Kae que nous pratiquons encore aujourd'hui.

Le cœur du style de combat Kon Kae consiste à apprendre à faire face à tout type d'attaque que l'adversaire peut nous porter et à contre-attaquer en conséquence. Les attaques sont répertoriées selon le « cycle classique des armes naturelles », à savoir Mahd (coups de poing), Thao (coups de pied), Kao (coups de genou), Sok (coups de coude). Celui qui se défend doit savoir utiliser chaque type d'arme pour bloquer les actions offensives de l'adversaire et contre-attaquer. Les techniques de lutte (clés et projections) peuvent également être utilisées comme contre-mesures pour soumettre l'adversaire par une action rapide et décisive.

Le combat en contre-attaque est généralement considéré comme un « style défensif », surtout si l'on compare cette approche stratégique au style Chern Muay, nettement plus offensif. En réalité, le véritable expert en Kon Muay Kae est habile à utiliser l'offensive de l'adversaire comme moyen de mener à bien sa propre attaque. Au plus haut niveau, un combattant expert en Kon Kae est capable de « faire attaquer l'adversaire quand et où il le souhaite ». Il planifie ses mouvements et utilise tous les outils défensifs du Muay (feintes, invitations, esquives, déviations, blocages) pour mettre l'adversaire dans une position de faiblesse où il peut facilement appliquer sa contre-attaque. Il est clair qu'un bon combattant de contre-attaque doit développer un sens aigu du timing pour réagir avec des coups rapides et puissants au bon moment, avant que l'adversaire n'ait la moindre chance de se remettre de ses attaques manquées.

Tous les boxeurs de Muay Thai ne possèdent pas les qualités nécessaires pour devenir des combattants de contre-attaque experts : même si certaines aptitudes techniques peuvent être développées grâce à un entraînement adéquat, il est nécessaire de posséder un sens inné du timing pour exceller dans ce style insaisissable.

Cependant, tous les Nak Muay (combattants de Muay) peuvent tirer un grand bénéfice d'une pratique régulière des techniques Kon Kae : ce style offre un éventail si large de défenses et de contre-attaques que chaque pratiquant peut trouver parmi celles-ci celles qui correspondent le mieux à ses caractéristiques techniques et psychologiques.

Ce style ancestral est très complexe et comprend certains principes universels du combat à mains nues. Les traditions siamoises liées au combat sans armes sont nombreuses et variées : ce n'est qu'à travers une analyse approfondie de l'héritage des plus grands maîtres de cet art qu'il est possible d'atteindre la véritable essence du Muay.

L'un des maîtres thaïlandais vivants qui a structuré ses vastes connaissances de manière claire et logique, compréhensible même pour les étudiants étrangers, est le Maître Chaisawat Tienviboon. Il a analysé l'héritage des maîtres de Muay du passé avec un esprit ouvert et une pensée logique. En effet, en plus d'être l'un des principaux Khru Muay avec plus de 50 ans d'expérience dans les arts martiaux siamois, il a également été professeur associé à la faculté d'ingénierie de l'université King Mongkut of Technology. J'ai eu beaucoup de chance de recevoir du maître Chaisawat de nombreux conseils et instructions détaillées sur différents aspects de l'enseignement du Muay Thai. À plusieurs reprises, il m'a également donné des instructions détaillées sur les niveaux de combat. Ce concept est étroitement lié à l'analyse du combat de remise que je présente dans cet article.

Voyons maintenant comment Maître

Chaisawat décritles 4 niveaux de combat dans le Muay Thai Boran.

Le premier niveau correspond à une bagarre de rue au cours de laquelle les adversaires échangent des coups sans se soucier le moins du monde de la défense. La rage incontrôlée est le sentiment dominant qui pousse les combattants de rue à charger aveuglément en essayant de se dominer l'un l'autre. Aucune parade ni esquive n'est utilisée et les deux adversaires se concentrent exclusivement sur le fait de porter l'attaque la plus dure et la plus rapide possible. En général, le premier qui porte un coup efficace remporte le combat. Ce niveau n'a clairement rien à voir avec les arts martiaux et les maîtres thaïlandais le comparent donc à « éclabousser son adversaire avec de la boue ».

Le deuxième niveau est beaucoup plus sophistiqué et correspond au système d'enseignement de base utilisé dans la plupart des écoles de Muay Thai. Lorsqu'un combattant a atteint le niveau 2, cela signifie qu'il peut appliquer les stratégies défensives les plus simples pour repousser l'offensive de son adversaire et qu'il est également capable de réagir en conséquence. Les stratégies défensives de base utilisées à ce niveau sont : Pong, Pad, Pid, Poed. Voyons la signification de ces mots thaïlandais.

Pong : fait référence à l'arrêt des coups avec la paume de la main. Dans certains cas, les attaques peuvent être arrêtées simplement en levant la garde.

Pad : dévier les coups avec la main ou l'avant-bras. L'attaque peut être déviée vers la ligne intérieure ou extérieure, vers le bas ou vers le haut.

Pid : fermer la porte. Cela peut être fait en couvrant les points faibles ou en bloquant les attaques à l'aide des parties osseuses les plus dures du corps. Vous pouvez arrêter les coups avec le front, l'épaule, l'avant-bras, le coude, le tibia ou le genou.

Poed : ouverture de la garde de l'adversaire. Dévier l'attaque tout en pénétrant dans la garde de l'adversaire peut se faire avec un ou deux bras, avec une ou deux mains.

Une fois que l'action défensive de base a été appliquée avec succès, le défenseur doit immédiatement contre-attaquer avec un ou plusieurs coups. Pour ce faire, ses manœuvres doivent être très précises et bien planifiées. C'est pourquoi ce niveau de combat est généralement appelé « combat tranchant ».

L'un des inconvénients de ce système est que le corps du défenseur doit être suffisamment solide pour résister à l'impact des coups qu'il va subir avant de pouvoir riposter avec ses propres contre-attaques. En Muay Thai, où les boxeurs sont appariés selon des catégories de poids strictes, cela peut ne pas poser de gros problème. En revanche, dans les « combats martiaux », la différence de poids joue un rôle important en faveur du combattant le plus lourd. Ainsi, dans le Muay ancien, ce niveau de combat était considéré comme assez élémentaire et un Nak Muay (boxeur thaï) qui avait atteint le statut de « combattant tranchant » était encore loin d'être au sommet de son art.

Le niveau 3 est difficile à maîtriser. Peu de combattants posséderont jamais les compétences inhérentes à ce niveau. Le Nak Muay qui peut esquiver, éviter ou déjouer les attaques de son adversaire et réagir par des contre-attaques fulgurantes sera le plus souvent le vainqueur. Si les armes (du corps) de votre ennemi ne peuvent pas vous toucher, elles ne peuvent pas vous faire de mal. Le problème ici est que le système défensif utilisé à ce niveau est très avancé et que tous les combattants ne sont pas capables de le maîtriser, à moins de posséder certains attributs naturels. Le premier et le plus important attribut pour un combattant de niveau 3 est d'avoir de bons réflexes. Sans la capacité de détecter l'attaque de l'adversaire avant qu'elle ne soit terminée, en esquivant son attaque, en le faisant manquer sa cible de peu, un boxeur n'atteindra jamais ce niveau et devra continuer à structurer son style autour d'une approche plus basique (c'est-à-dire le niveau 2). D'autre part, si un combattant est capable de maîtriser ces tactiques avancées et parvient à les appliquer au combat, n'importe quel type d'adversaire aura beaucoup de mal à l'affronter. Peu importe le poids de l'adversaire, un combattant de niveau 3 sera toujours hors de portée des coups de l'attaquant et ne subira aucun impact violent. Trop loin ou trop près, il tissera une toile autour de l'attaquant, le frappant sous des angles inattendus, en visant les points les plus faibles de son anatomie. C'est pourquoi ce niveau de combat est appelé « enveloppant ».

Le niveau 4 est encore plus complexe et difficile à maîtriser. Avant d'être formé aux subtilités de ce niveau, un Nak Muay doit être bien préparé aux niveaux 2 et 3. Au niveau 4, c'est en fait le défenseur qui prend l'initiative : réduire la distance et attaquer en premier peut facilement être confondu avec une « simple » attaque directe. Cependant, le combattant qui a atteint le sommet du Muay attaque en fait l'attaque de son adversaire. En termes simples, dès qu'il détecte « l'intention » de son adversaire de frapper (ou d'avancer pour frapper), le défenseur anticipe son attaque et, tel un cobra, frappe le premier. Le secret de cette technique très sophistiquée est de bouger lorsque l'adversaire est déjà « occupé à attaquer ». Si le défenseur passe en mode offensif et devient l'agresseur, il perdra tous les avantages stratégiques de la contre-attaque. Les attaques directes n'ont rien à voir avec le style Kon Kae et les combats de niveau 4. L'aspect mental est prépondérant à ce stade : affronter un adversaire fort tout en gardant l'esprit clair (ce qu'on appelle l'esprit vide) n'est pas une tâche facile. Le corps doit être détendu, la respiration doit être contrôlée et aucune trace d'hésitation ne doit se trouver dans le cœur du défenseur. Lorsqu'une personne atteint ce niveau de combat, sa défense et son attaque ne font plus qu'un et très peu d'adversaires sont capables de lui résister, car elle a atteint la maîtrise tant convoitée de « l'attaque soudaine ».

Marco De Cesaris & Grand Master Chaisawat Tienviboon

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Les quatre niveaux des Arts Martiaux : corps – esprit – émotions – spiritualité

Les Arts martiaux ne se résument pas à des techniques telles que les coups de tête, de genoux ou de coudes, etc. Derrière l'application physique se cache une dimension plus profonde, mais on ne la reconnaît que lorsqu'on la recherche consciemment. Le développement commence au niveau physique. C'est là que l'on entraîne la perception de la distance, le contrôle, la montée en pression et les schémas de mouvement efficaces. Les techniques sont répétées jusqu'à ce qu'elles puissent être mises en œuvre sous pression et fonctionnent dans des situations réelles.

Vient ensuite le niveau mental. Il résulte d'un entraînement régulier et à long terme et favorise la discipline, l'endurance et la concentration. Cette stabilité intérieure constitue la base qui permet de garder les idées claires même dans les moments stressants.

Le niveau émotionnel se manifeste particulièrement sous pression. Ceux qui restent calmes dans une situation dangereuse, prennent des décisions précises et ne se laissent pas submerger par la peur ou l'adrénaline ont un avantage décisif. La capacité à agir de manière contrôlée, même dans des cas extrêmes, relativise de nombreux autres défis de la vie.

Ce développement donne finalement naissance à la dimension spirituelle. Il ne s'agit pas de spiritualité au sens abstrait, mais de responsabilité et de transmission. Celui qui a acquis des connaissances et de l'expérience a également pour mission de les transmettre. Cette attitude apporte une véritable satisfaction, indépendamment du succès extérieur ou des circonstances matérielles.

« Le véritable art martial commence avec le corps, s'affine grâce à l'esprit, est mis à l'épreuve dans le feu de l'émotion et trouve son accomplissement dans la transmission de la force avec responsabilité. »

Les trois lignes d'attaque

En combat rapproché, il n'y a pas une multitude de possibilités. Il y a une structure. Le corps humain n'offre que trois niveaux d'attaque : haut, milieu, bas. Rien de plus. Chaque mouvement, chaque garde, chaque attaque se déroule à l'intérieur de ces trois lignes, également appelées zones d'attaque. Il en résulte une loi simple : si une ligne est fermée, une autre s'ouvre inévitablement.

Si quelqu'un couvre son centre, il reste de l'espace en haut ou en bas. Si deux niveaux sont bloqués, le troisième est libre. Si les trois étaient complètement fermés, aucun combat ne serait possible, car celui qui se protège entièrement ne peut pas agir.

La distance rapprochée n'est donc pas le lieu idéal pour des techniques compliquées ou des mouvements spectaculaires. La complexité augmente le risque d'échec. Un coup de pied tournant peut manquer sa cible, car la distance, le timing et la précision doivent être parfaits. Dans un espace restreint, cependant, où il y a déjà un contact physique, tout se réduit à des décisions simples le long de lignes ouvertes. Il n'est pas nécessaire de chercher une cible. Elle est déjà là.

Ce n'est pas la diversité des techniques qui est décisive, mais la clarté. Ce n'est pas la vitesse, mais la structure. Celui qui comprend que chaque ligne fermée crée une ouverture ailleurs n'agit pas de manière précipitée, mais cohérente. En substance, cela signifie : voir ce qui est ouvert. Et l'occuper immédiatement.

Ce que l'on entend généralement par autodéfense est souvent un mélange hétéroclite de techniques diverses, tirées de différents arts martiaux et recombinées. Les cours, les livres et les vidéos enseignent généralement un répertoire de séquences fixes qui sont répétées jusqu'à ce qu'elles semblent automatiques. Cela donne facilement l'impression que l'autodéfense est un ensemble d'astuces qu'il suffit d'apprendre par cœur pour pouvoir se défendre en cas d'urgence. Cette idée alimente les mythes sur les techniques secrètes, les points vitaux ou les énergies intérieures mystérieuses. Mais l'autodéfense n'est pas une construction intellectuelle ni un rappel mécanique de mouvements mémorisés. C'est une compétence et, comme toute compétence, elle s'acquiert par la pratique. Elle exige un

entraînement régulier, une méthode claire et un objectif précis. Si l'on ne s'y consacre pas continuellement, elle s'estompe progressivement.

Une méthode efficace doit développer trois conditions fondamentales : la stabilité psychologique, la clarté stratégique et la capacité physique. L'accent n'est pas mis sur la maximisation de la force, de la vitesse ou de la condition physique. Un système d'autodéfense réaliste doit être praticable pour l'individu moyen, y compris les femmes, les personnes âgées ou les personnes physiquement moins fortes. La stratégie et la préparation mentale sont décisives.

La formation psychologique ne vise pas à éliminer la peur, mais à rester capable d'agir malgré la peur. La stratégie, quant à elle, doit être simple, claire et universellement applicable, indépendamment de la taille, de la force ou du nombre d'agresseurs. La complexité échoue sous l'effet du stress ; la simplicité reste accessible.

Le véritable objectif de l'autodéfense n'est pas de vaincre l'adversaire, mais de protéger son intégrité physique. La prévention des conflits et la fuite sont donc toujours les options privilégiées. Ce n'est que lorsque ces possibilités échouent que des moyens sont mis en œuvre pour mettre fin au danger immédiat ou permettre une retraite en toute sécurité.

Une autodéfense crédible doit donc répondre à des questions centrales :

•Quelle attitude mentale permet de survivre à une situation menaçante ?

•Quelle stratégie fonctionne également contre des agresseurs physiquement supérieurs ou multiples ?

•Quelles sont les conditions physiques nécessaires et comment les développer avec un effort raisonnable ?

•Et enfin : quel est mon objectif ? La compétition et la force ou la confiance en soi et la capacité de se protéger ?

Les systèmes qui se contentent d'accumuler des techniques restent souvent sans réponse méthodologique. Un système structuré, en revanche, réduit la complexité à quelques principes fondamentaux.

Dans le système OLIVA Combat, toutes les actions sont basées sur des principes stratégiques clairs qui restent valables même en situation de stress. Le premier principe consiste à affronter l'adversaire en se protégeant : le centre du corps est systématiquement protégé, les zones sensibles sont sécurisées par les bras et les jambes. La protection et l'attaque ne sont pas contradictoires, mais se déroulent simultanément. Si une ligne s'ouvre, elle est immédiatement occupée, non pas par hésitation, mais par une action déterminée et structurée.

L'autodéfense n'est donc pas un ensemble de techniques, mais une compétence méthodique. Son efficacité ne repose pas sur des connaissances secrètes, mais sur la clarté, la pratique et la concentration sur l'essentiel.

« En combat rapproché, ce n'est pas la diversité des techniques qui est déterminante, mais la clarté du regard. Chaque ligne fermée révèle une ouverture, et celui qui la reconnaît agit sans hésitation. »

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