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Banque Bonhôte | 200 ans à façonner l’avenir | 1815 – 2015

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ISBN 978-2-940501-42-7 Tous droits réservés © Editions G d’Encre, 2015 Jambe-Ducommun 6A – CH-2400 Le Locle

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PRÉFACE

modernes, ce dès la première moitié du xviiie siècle. Herbert Lüthi dans « La banque protestante » dit du neuchâtelois d’adoption Jacques-Louis de Pourtalès, vers 1800, qu’il fut le premier banquier d’affaires d’Europe.

Chers amis de la Maison Bonhôte, Neuchâtel est l’incontestable berceau de notre établissement. Ce petit Etat situé au cœur de l’Europe fut longtemps principauté indépendante, entre la première puissance continentale, la France, et « les Confédérés ». Avec ses souverains prussiens, éloignés mais tolérants, ce pays devint terre d’accueil lors de la révocation de l’Edit de Nantes. Ce contexte si particulier a fait germer des activités économiques et intellectuelles remarquables. Les réfugiés arrivant en nombre massif étaient bien souvent dotés d’esprit d’entreprendre, et disposaient de réseaux appelés à devenir commerciaux, de savoir-faire et parfois de capitaux. Ils contribuèrent à l’enrichissement d’une principauté déjà prospère. Le grand historien économique Jean-François Bergier écrit dans sa monographie « Histoire économique de la Suisse » que l’industrie des toiles peintes, les « Indiennes » à Neuchâtel représente la première concentration de capitaux et de travail industriel des temps

Mais ce sont également des activités intellectuelles intenses qui se sont développées dans cet élan. Ceci a été favorisé par l’accueil fourni par le roi de Prusse à Rousseau, dont l’exécuteur testamentaire sera Pierre-Alexandre DuPeyrou, et se retrouve aussi autour de Madame de Charrière, née Belle van Zeuylen, une autre immigrée, et d’une industrie d’édition naissante. Ces réseaux commerciaux et intellectuels favorisèrent naturellement le développement de banques privées très tôt sur notre sol. Résultat : à la fin de la Première Guerre mondiale, en 1918, Neuchâtel était le troisième canton suisse par le nombre de banques privées, après Bâle et Genève, avant Zurich.

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Aujourd’hui, la première d’entre elle fête ses 200 ans, grâce à la fidélité d’une clientèle qui s’étend bien au-delà de sa patrie d’origine, désormais à Bienne, Genève et Berne.

Toujours, cette date de 2015, celle du bicentenaire, était à l’horizon. Nous y sommes, et il me tient à cœur de remercier très sincèrement en tout premier lieu, l’auteur de cet ouvrage, Patrice Allanfranchini. Historien connaisseur brillant de l’icono­graphie neuchâteloise (comme les pages qui suivent en témoignent), de l’économie viticole, déjà auteur de nombreuses publications, le choix de sa personne s’est trouvé très heureux. En effet, nous ne savions que peu sur nos origines, excepté une date et un premier patronyme, Petitmaître. C’est en véritable limier que l’auteur a fouillé les archives publiques et celles de la banque, puis a retrouvé les descendants de la famille fondatrice – qui conservaient les documents couvrant nos premiers troisquarts de siècle d’existence. A eux toute notre reconnaissance ! Que l’auteur croie à notre vive admiration pour le talent avec lequel il fait revivre, d’une manière très vivante, les époques nombreuses traversées par notre Maison. Un grand merci également à toutes les personnes, anciens apprentis et collaborateurs, membres de la famille Bonhôte, collaborateurs actuels et clients qui nous ont fait part des informations qu’ils détenaient pour « remonter le fil d’Ariane » et nous aider à parvenir ainsi à ce que vous tenez entre vos mains.

Lorsqu’âgé de 18 ans je découvris cette coquette banque privée, revenant à Neuchâtel après une enfance parisienne, je fus immédiatement séduit par quelques détails : une enseigne d’époque en fer forgé illustrant de façon stylisée un emblème héraldique cher aux miens, même en « exil », un immeuble en pierre de taille à la discrétion élégante, une adresse sur une rue qui était le nom d’une de mes grands-mères. Ce n’était que le début. La découverte des lieux, de l’ambiance particulière faite de discrétion et de chaleur, la qualité du service, m’ont vite conquis.

Bonne lecture et rendez-vous dans 100 ans.

Jean Berthoud Président du Conseil d’administration

L’enseigne de la banque.

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LA BANQUE BONHÔTE Patrice Allanfranchini

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L a B anque B o nh ô te

La banque vue du ciel.

Principauté de Neuchâtel dès le xviiie siècle jusqu’au début du xixe siècle. Ce regard historique permettra de comprendre comment ce pays est sorti peu à peu d’une économie reposant pour l’essentiel sur les activités agricoles, viticoles et pastorales pour être ensuite dominée par les activités manufacturières (indiennes 2, dentelles et horlogerie) puis par le commerce qui devient international dès le xviiie siècle.

En 1815 (année de la signature du Traité de Vienne), Louis Petitmaître crée la première banque privée de Neuchâtel. 1 Cette assertion figure dans les différentes plaquettes publiées par la Banque pour déclarer son ancrage dans l’histoire. En fait, ce marquage temporel appartient à une tradition véhiculée dès l’origine par Paul Jules Bonhôte (1868-1936) qui la tenait de son associé Otto Antenen (1854-1903), lui-même dernier caissier de Louis-Edouard Petitmaître fils (1832-1895) qui se déclare clairement banquier dès 1858. En digne successeur de son père, Louis-Auguste Petitmaître (1797-1874), il savait vraisemblablement quand celui-ci avait commencé sa carrière. Avant d’aller à la rencontre de ce Louis-Auguste Petitmaître déclaré fondateur de la première banque privée de Neuchâtel, il convient dans un premier temps de se remémorer quelque peu la situation politique et économique de la ville et de la

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1 | QUELQUES RAPPELS HISTORIQUES

Jusqu’alors, la principale activité économique d’exportation de Neuchâtel était le vin. Environ le quart de la production annuelle, estimée en moyenne à 6 millions de litres, était vendu en dehors des frontières, surtout dans les cantons combourgeois comme Berne, Soleure, Lucerne et Fribourg. Ces ventes apportaient des espèces sonnantes et trébuchantes qui avaient tendance à faire défaut vu le manque de numéraire en circulation 5. Elles permettaient non seulement de constituer des capitaux mais surtout d’établir une première mise en place de réseaux commerciaux au sein même de la Principauté comme sur l’ensemble du territoire de la Confédération. Par la suite, ces réseaux se sont accrus grâce à la présence de Neuchâtelois au service étranger. En effet, de nombreux soldats et officiers ont tissé des liens principalement avec des coreligionnaires protestants, prioritairement en Hollande et en Angleterre, mais aussi en France, créant des relais utiles pour des rapports commerciaux 6 de toutes sortes.

Principauté souveraine, depuis 1707 en union personnelle avec la famille royale de Prusse, les Hohenzollern, Neuchâtel a connu au cours du xviiie siècle un essor économique et culturel important, dû prioritairement à la stabilité politique et aux possibilités laissées à ses habitants de se lancer dans des activités commerciales d’exportation. Dès la seconde moitié du xviiie siècle, celles-ci ont amené dans le pays une aisance dont une grande partie de la population a pu profiter, même s’il ne faut pas occulter les nombreux problèmes d’indigence que rencontraient les couches défavorisées. Pour s’en convaincre, il suffit de s’attarder entre autres sur le patrimoine bâti érigé alors et d’observer les hôtels particuliers qui ornent, par exemple à Neuchâtel, le Faubourg 3, comme ceux par exemple construits pour Pierre-Alexandre DuPeyrou 4 ou Jacques-Louis de Pourtalès.

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1 | QUELQUES RAPPELS HISTORIQUES

Mathias-Gabriel Lory (1787-1846) | Le Palais Rougemont et son jardin (1820 environ) | Aquarelle | Collection privée.

Anonyme | Fauxbourg de Neuchâtel (1850 environ) Lithographie | Collection privée.

Mathias de Sallieth (1749-1791) | De Haven van Amsterdam, Le Port d’Amsterdam (1780) | Collection privée.

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Comme il n’y a pas de réelles institutions financières à Neuchâtel, même si déjà en 1710 François Le Chambrier, le maire de la Ville, se dit banquier – mais à Paris 13 –, des particuliers s’autofinancent en créant devant notaires des sociétés limitées généralement à six ou neuf ans pour mettre sur pied des opérations commerciales clairement définies mais aux orientations multiples. Chaque associé – usuellement entre quatre et six – dépose alors une somme de départ qui constitue un capital utile pour le lancement de l’entreprise. Certes, des comptes intermédiaires sont établis, mais ce n’est qu’à l’échéance du terme de la société que les bilans sont dressés, définissant bénéfices ou déficits. Les associés décident alors s’il faut persévérer ou simplement s’arrêter 14. Il existe de nombreux exemples de ce genre d’associations portant autant sur des tentatives d’exportation de vins de Neuchâtel 15 en direction de la Hollande et de l’Angleterre que pour la mise en œuvre de commerces d’indiennes ou d’importation et d’exportation de textiles en laine.

Dès la fin du xvie siècle, Amsterdam était devenue la première place financière européenne, supplantant les ports méditerranéens eu égard au déplacement du commerce mondial de la Méditerranée vers l’Atlantique. Une urbanisation soutenue, une agriculture plus productive, une industrie bien implantée mais surtout un développement du commerce international impliquent que la Hollande est l’endroit où les affaires se font. Youssef Cassis 7 dit, en citant Jan de Vries et Adrianus Maria van der Woude 8, que « la suprématie commerciale des Pays-Bas repose avant tout sur le rôle d’entrepôt joué par Amsterdam, articles et denrées affluant du monde entier vers son port, alors le premier du monde. » On comprend aisément que des Neuchâtelois négociants aient noué des liens dans cette ville, comme nous le verrons plus loin. Avec le deuxième tiers du xviiie siècle, d’autres Neuchâtelois ont une attirance nettement plus marquée pour Londres qui, dès le début du xixe siècle, au lendemain des guerres napoléoniennes, affirme sa suprématie économique et commerciale. Quant à Paris, aux yeux des habitants de la Principauté, elle demeure un pôle prépondérant d’attractions et de contacts même si, durant la Terreur, certaines activités ont été mises en sourdine, n’affaiblissant pourtant que peu les liens de coopération établis entre négociants.

Au xviiie siècle, le banquier 16 est un négociant spécialisé dans le commerce des changes. Le grand marchand appelé communément négociant est à la fois marchand, armateur, assureur, banquier, voire industriel. Jusqu’en 1830, environ, celui-ci tient le premier rang dans le développement économique ; le banquier et l’industriel le détrôneront au xixe siècle. L’évolution sémantique de ces termes traduit bien le mouvement économique : peu à peu, la polyvalence du négociant cède la place à un certain nombre de spécialités, la banque et l’assurance, par exemple. Le terme de négociant qui s’applique à partir de 1700 à l’oligarchie marchande exprime une réalité plus restrictive au cours du xixe siècle.

Cette mise en place de réseaux s’était accentuée tout au long du Siècle des Lumières avec l’essor des industries nouvelles imputables à de nombreux huguenots issus du Refuge 9. Dès lors, beaucoup de Neuchâtelois s’en sont allés faire des apprentissages loin du Pays. Sans aucun doute, David de Pury 10 en est l’exemple le plus fameux. Le développement de la dentelle, de l’indiennage puis de l’horlogerie dans les Montagnes 11 a exigé que la commercialisation des produits soit assurée. Rien de plus précieux que d’avoir dans des cités marchandes d’importance des personnes de confiance, courtiers ou commissionnaires. Ne sont-ils pas des informateurs de premier plan pour apprécier les fluctuations et les tendances des marchés ? Une lettre de 1687 12 le laisse déjà supposer.

Donc, il est autorisé d’affirmer qu’à cette époque la notion même de profession est floue puisqu’aucun diplôme ni certificat ne vient couronner des études en lien avec des professions du tertiaire, exception faite pour quelques diplômes universitaires dans le domaine de la théologie et du droit. En revanche, dans le secteur secondaire, des filières d’apprentissage sont clairement établies dans les métiers corporatifs avec les grades d’apprentis, de

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1 | QUELQUES RAPPELS HISTORIQUES

Anonyme | Portrait de François Le Chambrier (1663-1730) Huile sur toile | Collection privée.

Balance de changeur. Collection Banque Bonhôte.

compagnons puis de maîtres. Toutefois, pour ceux qui se disent marchands ou négociants, rien de clairement déterminé n’existe dans la Principauté. Pour pallier ces manques de formation, un grand nombre de fils de famille sont envoyés dès la fin du xviie siècle tant en Suisse alémanique qu’en France et dans les Etats germaniques. Là, ils apprennent pour beaucoup l’allemand mais surtout les rudiments de la comptabilité. Il suffit pour s’en convaincre de se référer aux nombreux livres de comptes conservés dans les archives privées et de lire quelques biographies publiées 17. Malgré tout, ces formations ne débouchent pas sur des titres confirmés. En « négotiant », on pouvait se dire propriétaire, marchand, négociant, boutiquier, voire aussi banquier. Du reste, ce dernier terme puise son origine de l’italien banca, « table de comptoir » puis « établissement de crédit ». Les banquiers lombards du Nord de l’Italie accomplissaient leur travail dans des lieux ouverts et s’installaient sur des bancs. Ils s’adonnaient surtout à des opérations de change nécessaires eu égard au grand nombre de

monnaies en circulation comme on peut le voir dans le tableau de Quentin Metsys (1466-1530) conservé au Louvre et intitulé Le prêteur et sa femme, qui montre au premier degré un étalage de richesses alors que son contenu allégorique et moralisateur dénonce des signes de vanité comme l’avarice et la frénésie commerciale d’Anvers qui est alors le centre financier le plus important d’Europe. Mais la comparaison s’arrête là. C’est à partir de la fin du xviie mais surtout au cours du xviiie siècle que de nombreux Neuchâtelois osent se lancer dans le commerce international, prendre des parts dans des navires en partance pour les Indes, devenir actionnaire dans les compagnies hollandaises ou anglaises. Dans les exemples connus, ils appartiennent tous à des familles bourgeoises qui ont primitivement établi leur fortune en faisant carrière dans l’administration au service des comtes et des princes et dans la propriété foncière. Et s’ils ont des sommes d’argent à disposition en surplus, ils n’hésitent pas à les prêter sous

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À NFEARÇ o 2 0 0 A N S2 0À0 FAANÇSo N L’NANV E R N I L’ R A| V1E8N1I5R –| 21081155 – 2 0 1 5

Henri Gallot ( ?-1719) ; incorporé dans la Compagnie des Favres, maçons et chapuis en 1663 | Coupe de la corporation des Favres, maçons et chapuis | 1668 | Argent partiellement doré | MAHN.

Abram Pétremand | Pendule, 1709, signée. Collection Banque Bonhôte. Fabriquée à Neuchâtel en 1709, cette pendule avait auparavant séjourné au sein de la famille royale de Prusse, les Hohenzollern, et appartenu à de grandes familles bâloises. Abram Pétremand n’est pas un horloger très connu, mais c’est lui qui a réalisé l’horloge de la tour de Diesse, au pied du château de Neuchâtel.

forme d’obligations pour lesquelles ils obtiennent des rendements de 4 à 5 %. A la lecture de nombreux livres de raison et de comptes, comme ceux conservés par exemple dans les archives de la famille Montmollin, il est possible de suivre et de comprendre les opérations commerciales conduites, montrant que beaucoup de familles neuchâteloises ne se contentent plus d’être simplement des propriétaires terriens et ceci dès le dernier tiers du xviie siècle. Cela transparaît également dans la nécessité de créer en 1687 une compagnie des vignerons afin de superviser le travail désormais accompli par des vignerons tâcherons.

David-François Colin et Ferdinand L’Hardy ! Pour la Compagnie des marchands, ces mutations professionnelles sont aussi significatives. Elles témoignent sans conteste de l’ouverture de Neuchâtel vers le commerce international mais surtout d’une diversité des négoces pratiqués. Toutefois, un paradoxe reste patent. Par rapport à l’ensemble de la Principauté, Neuchâtel est une ville corporative où la liberté de commerce et d’industrie est limitée sur le territoire municipal, si bien que pour commercer sans souci, les bourgeois du lieu doivent accomplir la majeure partie de leurs affaires hors la ville. A titre d’exemple, l’horlogerie a existé à Neuchâtel bien avant qu’elle ne s’implante dans les Montagnes. Comme les ateliers de fabrication voient leur nombre d’employés limité à trois (le maître, l’ouvrier et l’apprenti), il n’est pas possible en ville de se lancer dans une division du travail et une préindustrialisation. Seuls les maîtres charpentiers et maçons ont le droit d’employer davantage de personnel ! Ces limites corporatives

Ces changements sont aussi saisissables en se référant aux rôles des membres des Corporations de la Ville 18 dans lesquels les professions sont mentionnées. Au début du xviiie siècle, ceux qui se disent négociants sont rares. A titre d’exemple, chez les Favres, Maçons et Chapuis, en 1709, il n’y a aucun négociant ni banquier alors qu’en 1825, on en compte respectivement 18 et 3, dont

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1 | QUELQUES RAPPELS HISTORIQUES

sont par la suite combattues par le Conseil d’Etat lui-même qui voit là, dès la seconde moitié du xviiie siècle, un frein à l’essor commercial. Toutefois, il faut attendre l’entrée de Neuchâtel dans la Confédération le 12 septembre 1814 19 et la ratification du Pacte fédéral de 1815 pour que ces contraintes soient définitivement abolies.

contraignantes sont restées en vigueur jusqu’en 1815 même si elles ont fait, au gré du temps, l’objet de nombreuses attaques tant internes qu’externes. Si, à l’origine, la réglementation de certaines corporations était censée concerner l’ensemble du Comté puis de la Principauté, elles se sont vite limitées au « Burgziehl », soit le territoire sur lequel la police de la ville étend sa juridiction. C’est pour cette raison que les premières manufactures sur le Littoral se sont installées à l’extérieur de la Ville, le long du vallon de la Serrière tout d’abord, puis dans les villages avoisinants de Colombier, Cortaillod, Epagnier pour les manufactures d’indiennes.

Ainsi, pour échapper à ces limitations de commercer, de nombreux Neuchâtelois du Littoral se sont lancés dans des entreprises qui dépassent de loin les frontières de l’Etat. A l’inverse, dans les Montagnes, les habitants jouissaient d’une pleine et entière liberté de commerce garantie par les Articles généraux donnés par le roi de Prusse lors de son investiture en 1707. Cette différence de statuts patente entre le Haut et le Bas a généré un certain nombre de conflits. Dans certains domaines, comme celui du commerce des vins par exemple, l’interprétation de ces Articles a suscité de nombreux antagonismes et rivalités entre les Bourgeois de Neuchâtel et ceux de Valangin. Toutefois, il faut leur imputer sans aucun doute le développement industriel du Haut et la possibilité de créer là des ateliers dans lesquels le nombre d’ouvriers n’est pas limité. Cette situation a favorisé la division du travail si importante dans l’horlogerie et permis dans un premier temps la création de grands ateliers qui se sont transformés en manufactures dans la seconde moitié du xixe siècle. Mais à travers des liens familiaux, voire des sentiments d’appartenir à la même patrie, de nombreux négociants du Bas ont ouvert à ceux du Haut leurs réseaux et contacts afin qu’ensemble, ils pourvoient à la prospérité du pays, même si au premier chef, leurs intérêts personnels devaient être souvent dominants et point philanthropiques.

De même, pour les marchands, à moins d’avoir une boutique, mais pour cela il fallait être bourgeois, il était impossible de commercer en dehors des marchés mais surtout des foires qui, de quatre à l’origine, voient leur nombre réduit à deux au gré des ans. Si ces limitations reposent au début sur un protectionnisme voulu par les bourgeois, celles-ci

Alexandre Girardet (1767-1836) | Vue de la source et du Village de Serrières dans le Comté de Neuchâtel, en Suisse prise du côté du nord-est (1785) | Eau-forte coloriée Collection privée.

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La Banque Bonhôte, le long du quai Ostervald.

LES CHEVRONS DE NEUCHÂTEL royale de Prusse, et même le maréchal Berthier durant les années 1806 à 1813, l’ont donc respecté.

Gravé sur les plus vieilles pierres et bornes du pays de Neuchâtel, ayant flotté durant des siècles aux côtés des bannières des Confédérés, l’emblème « d’or au pal de gueule chargé de trois chevrons d’argent » a été adopté dès le Moyen Age comme drapeau du comté puis de la principauté de Neuchâtel. Il s’agit des blasons (armoiries) des comtes de Neuchâtel, branche aînée de la famille de Fenis, soit les premiers suzerains du pays.

Lors de la révolution de 1848, en abolissant les armes du passé, la Constituante de la République adopte le drapeau inspiré des révolutionnaires français substituant le vert (pour les sapins du Jura) au bleu. Cette nouvelle bannière cantonale créée de toutes pièces faisait fi du blason qui avait traversé les siècles. Certes, dans l’air du temps révolutionnaire, tout devait être changé. Aujourd’hui, il est peut-être regrettable qu’à l’aune des traditions, le poids de celles-ci n’ait pas pu permettre la conservation de cette identité séculaire de l’Etat.

Les différentes maisons souveraines qui ont succédé aux comtes de Neuchâtel dès la fin du xive siècle ont toujours conservé cet étendard comme signe de l’identité du pays. Les Fribourg, les Bade-Hochberg, les Orléans Longeville puis les Hohenzollern, soit la famille

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2   |   D E S N E U C H ÂT E L O I S BANQUIERS

Dans ce présent chapitre sont évoquées des personnes et des familles qui ont sans conteste joué un rôle économique important tant à Neuchâtel que dans les grandes places financières d’Europe. Elles ne sont pas présentées dans une perspective historique mais simplement en fonction de leur renommée dans le monde de la finance et de la banque.

banquier Cartier. Outre ses charges de conseiller d’Etat à Neuchâtel, François-Antoine II avait de multiples activités commerciales. Comme il n’y avait pas de frontières clairement délimitées entre le négoce et la finance, qu’il se soit dit quelquefois banquier ne serait pas étonnant, d’autant plus que deux de ses fils, Jean-Jacques (1705-1762) et Abram (1717-1787), le créateur de la Caisse de famille, sont en 1737 les fondateurs de la banque Rougemont de Paris et que l’on puisse croire que leur frère Josué (1709-1769) soit le banquier de Londres, le « parent » évoqué par Lüthy.

2.1 LES ROUGEMONT Comme dit plus haut, au xviii e siècle, les Neuchâtelois qui embrassent la carrière de banquier ne le font pas à Neuchâtel mais à Paris. A la suite de François Le Chambrier, Herbert Lüthy 20 signale l’existence à Berne d’une banque « Rougemont et Cartier » dès la première moitié du xviiie siècle. Ce Rougemont 21 de Berne doit être François-Antoine II (1675-1761), dit « bourgeois de Berne » dans un contrat de mariage, ce qui pourrait confirmer une activité bancaire et une association avec un

Avant d’être à son compte, Jean-Jacques, à Paris depuis 1726, est associé à Théodore Pury, dont il épouse la sœur, Esther. Lorsque ce Pury s’en retourne à Neuchâtel, probablement en 1736, Rougemont poursuit seul l’aventure. Rejoint par son frère Abram, l’établissement prospère ; il occupe une place prépondérante parmi les maisons protestantes de France d’avant la Révolution. Il est de notoriété que les liens d’attache que Jean-Jacques a à Neuchâtel

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G. Guébbard et Louis Guébbard & Cie et la Banque Meuron & Cie, établissements avec qui la Ville était en relation depuis la fin du xviiie siècle. Il faut imputer à Josué de Rougemont (1709-1769) le développement de l’établissement londonien. Attestée dès 1742, la banque de Londres est indépendante de celle de Paris même si elles collaborent souvent. Sans héritier direct, à son décès, ce sont les enfants de son frère Jean-Jacques qui se partagent sa fortune. La banque londonienne à laquelle est liée la famille Agassiz est alors gérée par un certain Lieutaud, un autre associé, dont la moralité ne semble pas totalement nette. Malgré son désir d’en finir avec les Agassiz, les relations avec cette famille perdurent surtout dès que François-Antoine V (1751-1792) obtient la nationalité anglaise. Sous la raison sociale Agassiz & Rougemont, la banque prospère jusqu’en 1792, année de sa faillite. Toutefois, le frère cadet de François-Antoine V, Jean-Henry (1757- ?) restaure la réputation de la banque en s’associant avec le Marseillais Casimir Fesquet (1748-1821) sous la raison sociale Rougemont & Fesquet. Cette maison perdure jusqu’en 1802, date à laquelle Fesquet souhaite revenir en France. Il est alors remplacé par Philippe Frédéric Behrends, d’une famille de banquiers francfortois. Avec l’aide de Georges (1791-1874), un des fils de Jean-Henry, l’établissement traverse difficilement la période napoléonienne eu égard au blocus continental. Suite au retrait des Behrends du capital en 1819, avec l’aide de ses frères Francis (1793-1861) et Henry (1799-1856), la banque poursuit son activité, permettant à la branche anglaise des Rougemont de prospérer.

Denis de Rougemont de Lowenberg (1759-1839) Huile sur toile | BPUN.

lui assurent une clientèle fidèle qui n’hésite pas à placer chez lui des sommes qu’aucune maison locale ne serait à même de faire fructifier. Après trois années d’apprentissage en Hollande, son fils Denis (1759-1839) 22, qui se portera acquéreur de la maison de Pierre-Alexandre DuPeyrou et du domaine du Loewenberg près de Morat, rejoint la banque en 1778. Il en prend la direction en 1781 suite à la mort de son demi-frère François-Antoine (1740-1781). Grâce à sa rigueur et à son habileté, il devient l’agent financier du roi de Prusse à Paris. Associé pendant cinq ans avec Jean-Conrad Hottinguer, il rétablit en 1791 la raison sociale Rougemont & Cie, fuyant toutefois Paris durant la Terreur. Il retourne aux affaires avec le Consulat, maintenant sans cesse des liens étroits avec la Suisse. Il s’occupe dès 1817 de presque toutes les opérations bancaires de la Ville de Neuchâtel, comme l’attestent quelques dossiers conservés dans les archives de la ville. Il supplante alors la banque J. Gore & Cie de Londres et les deux maisons neuchâteloises aussi établies à Paris de

2.2 LA FAMILLE PERREGAUX Ainé des sept enfants de François-Frédéric Perregaux de Coffrane, Jean-Frédéric Perregaux 23 fait l’apprentissage du commerce et de la finance à Mulhouse, où il apprend l’allemand. Après quelque temps à Amsterdam et à Londres, il s’installe en 1765 à Paris où il travaille pour Jacques Necker.

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Louis Léopold Boilly (1761-1845) | Jean-Frédéric Perregaux.

La Banque de France.

En 1781, avec l’aide de son compatriote Isaac Panchaud, il fonde sa propre banque en s’associant au banquier Jean-Albert Gumpelzhaimer, ancien correspondant à Paris de plusieurs banquiers européens. Il devient un homme riche, jouant au mécène éclairé, avec une prédilection pour le théâtre, l’opéra… et les jolies femmes.

Basque appelé à devenir l’un des plus grands financiers du xixe siècle. Avec le début de la Révolution, sans jamais pourtant afficher ses opinions réelles ni publier d’articles dans la presse, Perregaux s’implique dans les événements qui secouent la France. Par exemple, en 1792, il s’inscrit à la garde nationale comme cela était recommandé, quitte à se faire remplacer contre argent dans les tours de garde. Il est capitaine dans le 9e bataillon de la 4e division puis commandant du même bataillon à partir du 1er avril 1791. Il passe pour favorable à la monarchie constitutionnelle, du moins jusqu’à l’époque de la fuite du roi à Varennes. En fait il penche pour un libéralisme aristocratique appliqué à la France. Son modèle de gouvernement est évidemment le modèle oligarchique anglais. Banquier de commerce autant que banquier d’affaires, il rêve de voir se développer dans le monde entier un libéralisme économique garanti par un ordre social fort et l’esprit de caste.

Sa réputation d’homme du monde lui permet rapidement d’être le banquier des voyageurs français ou étrangers venus à Paris. Il se constitue ainsi une clientèle de qualité, tant de diplomates que d’aristocrates anglais. Il entretient du reste de nombreux rapports d’affaires avec l’Angleterre qui débouchent sur un traité de commerce dont il est partie prenante. Son entregent et sa maîtrise commerciale le mettent en contact avec des personnalités telles que Talleyrand 24, le marquis de La Fayette ou Thomas Jefferson. Il acquiert en 1785 un des plus beaux hôtels particuliers de la Chaussée d’Antin dont il fait sa résidence. Dès 1787, il fait appel pour le seconder à Jacques Laffitte, un jeune

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Il meurt le 17 février 1808.

Faisant preuve sans aucun doute d’un opportunisme de bon aloi, Perregaux adapte ses opinions à l’air du temps. L’important pour lui, c’est de spéculer, de transférer des fonds hors de France, de soutenir ses propres intérêts tant à Londres qu’en Suisse. Son influence au sein de divers clubs, au comité des finances de l’Assemblée constituante et ses relations lui permettent de pratiquer une sorte de lobbying avec des banquiers britanniques et des politiques, ce qui a dû jouer un rôle non négligeable dans la mise en place de la Terreur afin de créer des conditions de désordre et d’instabilité pour neutraliser la montée du jacobinisme incarné par Robespierre et ses amis.

Il laisse deux enfants, une fille et un fils, Alphonse Claude Charles Bernardin, comte Perregaux (17851841), banquier à son tour mais aussi l’amant de la « Dame aux camélias » que Dumas a immortalisée dans son roman éponyme.

2.3 LE CAS DE DAVID DE PURY Comme déjà dit, l’exemple de David de Pury (1709-1786) 25 est totalement représentatif de ces Neuchâtelois qui s’expatrient pour se former, commercer et faire fortune en n’oubliant jamais leur patrie, leur attachement à la ville. Fils de Jean-Pierre Pury 26 (1675-1736), l’aventurier explorateur qui fonde en 1730 Purysbourg en Caroline du Sud, David de Pury à l’âge de seize ans quitte Neuchâtel à pied pour Marseille. Il entre au service d’un certain Isaac Tarteiron, chez qui il s’initie à la correspondance, à la tenue de livres de comptes, au trafic maritime, au cours des changes et à l’évaluation du crédit. Il quitte ensuite la cité phocéenne pour Londres où il s’installe de 1730 à 1736 et où il travaille pour la South Sea Company. Parlant et écrivant parfaitement l’anglais, obtenant la nationalité anglaise, Pury prend alors conscience du système économico-politique qu’il convient de maîtriser pour réussir en affaires. Il fréquente à Londres toute l’intelligentsia aristocratique et financière de la ville. Il se rend aussi compte de l’importance des clans et du poids des liens familiaux soudés. Fort de toute cette expérience, il s’installe en 1736 à Lisbonne où il ambitionne de faire fortune. Comme le Brésil est alors colonie portugaise, c’est tout naturellement avec cette région du monde qu’il commerce. En homme de son temps, il trafique de tout, s’intéressant sans doute au commerce du diamant mais surtout en obtenant en 1750, avec ses associés anglais, la ferme et l’exploitation de tous les gisements diamantaires brésiliens.

Depuis le début de la Révolution, Perregaux a été l’un des relais de cette politique de sape par des distributions d’argent anglais à plusieurs meneurs. En fait, il dissimule toujours soigneusement sa correspondance régulière avec ses correspondants britanniques. Toutefois, il est inquiété en 1793, même incarcéré quelques jours avant d’être libéré et de pouvoir fuir en Suisse pour échapper au Comité de salut public. Avec le Directoire, il est de retour à Paris où il reprend ses affaires malgré des suspicions à son encontre liées à la préparation d’un coup d’Etat visant à mettre Louis XVIII sur le trône. Il s’en sort grâce au fait qu’il soit suisse et grâce à l’influence de ses amis. Dès le 18 fructidor, Perregaux se rapproche de Talleyrand, alors ministre des Relations extérieures. Il devient le banquier des agents secrets de la diplomatie particulière et cloisonnée de Talleyrand. Croyant que Bonaparte prépare le pays à un retour progressif de la monarchie constitutionnelle en France, il favorise le coup d’Etat du 18 brumaire tout en continuant de servir et de renseigner le gouvernement britannique. Sous le Consulat et l’Empire, le 26 décembre 1799, Napoléon le nomme au Sénat conservateur puis régent de la Banque de France le 13 février 1800, et enfin premier régent du premier siège, poste qu’il occupe jusqu’à sa mort. En plus, le 23 février 1806, il crée la société Perregaux et Cie avec Jacques Laffitte, qui est son bras droit et principal administrateur depuis le début de la Révolution.

Certes, cette opération d’une ampleur exceptionnelle a nécessité des apports de capitaux

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Thomas Hickey (1741-1824) | David de Pury (1709-1786) Huile sur toile | Hôtel de Ville de Neuchâtel.

Anonyme | Tremblement de terre et incendie de Lisbonne en 1755 Gravure sur cuivre.

considérables mais surtout un réseau relationnel important auprès de la Couronne, grâce à l’appui du marquis de Pombal (1699-1782) 27.

jours en 1755, toute sa fortune, soit environ 2 250 000 livres tournois à répartir par moitié pour des œuvres de charité et pour l’embellissement de la cité 28.

A Lisbonne, Pury fonde trois sociétés. Toutes sont prospères, même si le grand tremblement de terre qui détruit Lisbonne en 1755 lui fait perdre les trois quarts de ses biens. Etant alors à Londres, il échappe par miracle à la mort. Face à cette adversité, il se remet au travail avec acharnement, devenant, dès 1762, banquier du roi.

Si l’exemple de David de Pury est fascinant, d’autres membres de cette famille se sont illustrés dans le monde de la banque, au xviiie siècle déjà mais aussi au xixe avec la création à Neuchâtel de la banque Pury.

2.4 L’EXEMPLE DES POURTALÈS

Homme discret et secret, Pury est l’archétype du financier protestant qui se tient en retrait des honneurs et des vanités du monde. Même dans les lettres à ses proches, il ne s’épanche pas sur sa vie personnelle, restant simplement fidèle à sa religion et à ses attaches familiales lointaines.

Parmi les « maisons de commerce » qui voient le jour à Neuchâtel, plusieurs d’entre elles prennent alors une activité bancaire. La première à le faire sur une vaste échelle est celle de Jacques-Louis de Pourtalès 29 (1722-1814). Après un passage à Lyon puis à Genève où il s’initie aux pratiques de la banque, son père, Jérémie de Pourtalès (1701-1784), un huguenot cévenol, s’installe à Neuchâtel, dont il

Anobli au titre de baron par le roi de Prusse à la fin de sa vie, resté célibataire et sans héritiers directs, il lègue à sa ville natale, où il n’est revenu que quelques

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Anonyme | Jacques-Louis de Pourtalès (1722-1814) Huile sur toile | BPUN.

Anonyme | Jean-Jacques de Luze {1689-1763) Pastel | Collection privée.

Les immeubles de la Fabrique neuve ouverte en 1752 à Cortaillod, devenue par la suite le Groupe Cortaillod, aujourd’hui Nexans

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obtient la bourgeoisie en 1729. Allié De Luze, une famille de Saintonge aussi réfugiée à Neuchâtel, il se lance dans l’industrie des indiennes de coton en créant la Maison De Luze, Chaillet et Pourtalès.

commerciale neuchâteloise vers de nombreux horizons. On retrouve des Pourtalès, Coulon, Carbonnier, Meuron, Perregaux, Montmollin, d’Ivernois, De Luze, Pury, Rougemont, et tant d’autres, dans de nombreux comptoirs et villes d’Europe mais aussi en Amérique et dans les Indes. Des liens familiaux les unissent ; leurs intérêts sont communs. Le négoce est donc prélude à la banque, institut fondamental pour permettre l’essor industriel, montrant bien les modifications structurelles de l’époque et l’apparition d’un libéralisme triomphant.

Suivant l’exemple de son père, Jacques-Louis, le fils aîné d’une fratrie de huit enfants, se forme au négoce tout en montrant des aptitudes pour les mathématiques et les langues étrangères. Il reçoit une bonne partie de sa formation auprès de son grand-père maternel, Jean-Jacques de Luze. A 14 ans, il est à Londres où il rejoint son père alors associé dans la maison Pourtalès, Simmons & Cie, puis il est envoyé à Bâle où il est initié aux pratiques du roulage, soit à tout ce qui concerne les moyens de transport de l’époque. Il retourne ensuite à Neuchâtel où il débute un apprentissage en qualité de commis auprès de son oncle Jean-Jacques de Luze (1690-1763) et de son père dans la maison De Luze, Chaillet et Pourtalès. Il lui faut attendre six ans pour être intéressé aux bénéfices de l’affaire. Il s’associe ensuite à la maison De Luze, Meuron & Cie, qui, en plus de la fabrication des indiennes, s’occupait d’un commerce de marchandises avec les Indes. C’est à ce moment de sa formation qu’il acquiert le génie commercial et la hardiesse qui le caractérisent. Quittant alors la tutelle familiale, il s’associe en avril 1753 avec Claude-Abram DuPasquier (1717-1783), le fondateur en 1751 de la Fabrique-Neuve de Cortaillod. Sous la raison sociale de Pourtalès & Cie, au gré de multiples associations, il développe un établissement commercial doublé d’une agence de transports, d’exportations et d’importations avec succursales, comptoirs, entrepôts dans les principales villes d’Europe. Sillonnant continuellement les routes d’Europe, il était espéré lors des foires comme le messie. Jeanneret et Bonhôte 30 disent à son propos : « A Londres, à Amsterdam on attendait souvent son arrivée avant de se livrer à la vente d’une cargaison d’un navire ; devait-il se rendre à une grande foire, on en différait souvent l’ouverture jusqu’à ce qu’il fût sur place. »

Il accueille à son tour de nouveaux réfugiés protestants français, comme le jeune Paul Coulon, qui va épouser une ses cousines et devenir son associé. A partir de 1770, il diversifie son commerce en important du thé indien. De son mariage en 1769 avec Rose-Augustine de Luze, Jacques-Louis de Pourtalès a quatre fils et deux filles. Tous sont anoblis au titre de comte. En 1808, il fonde à Neuchâtel un hôpital 31 qui porte encore son nom. Jusqu’à son dernier souffle, le 20 mars 1814, il reste actif et présent dans le monde des affaires.

2.5 LES COULON Les Coulon appartiennent à une famille huguenote originaire de Cornus (Rouergue) et bourgeoise de Neuchâtel depuis 1767. C’est Paul Coulon (1731-1820) qui se réfugie à Genève pour des motifs religieux en 1754. On le retrouve commis chez Plantamour & Rivier avant son installation à Neuchâtel en 1760. Là, il devient l’associé de Jacques-Louis de Pourtalès. En 1796, il fonde une maison de commerce avec siège à Paris. Il la dirige depuis Neuchâtel, tout en y envoyant son neveu et son gendre, puis ses trois fils. La maison Coulon est contrainte de fermer ses portes en 1813. Toutefois, les Coulon continuent de s’adonner à des activités bancaires, commerciales et industrielles tout en ayant sporadiquement des mandats politiques.

Sa réussite exceptionnelle, son titre de « roi des commerçants » sont à l’origine d’une diaspora

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Parmi les membres de cette famille qui furent anoblis par le roi Frédéric-Guillaume IV en 1847, Paul-Louis-Auguste, communément appelé Louis (1777-1855), reprend le flambeau. Après un apprentissage en Angleterre, il rejoint en 1799 la maison de commerce familiale de Paris créée par son père suite à la dissolution de l’empire Pourtalès. Tout en s’adonnant à l’histoire naturelle, en s’intéressant plus particulièrement aux oiseaux, il gère depuis Neuchâtel « ce commerce de toiles de coton, mousselines et autres marchandises de l’Inde » 32. En 1802, en rejoignant à la Société du Jeudi le procureur général Georges de Rougemont, Alphonse de Sandoz-Rollin, Henri de Meuron et quelques autres pour débattre d’affaires publiques et de philanthropie, il se trouve être l’instigateur de la création de la Caisse d’Epargne 33, soit le premier institut de dépôts créé en terre neuchâteloise, dont il assume dès 1812 la présidence.

Anonyme | Paul-Louis-Auguste de Coulon (1777-1855) Huile sur toile | Collection privée.

2.6 LA FAMILLE MONTMOLLIN En apparence, le plus illustre représentant de cette famille est Georges de Montmollin (1628-1703). Ses biographes le présentent prioritairement comme un homme d’Etat : receveur, procureur général, chancelier. Jusqu’en 1693, année de sa destitution définitive, il a incarné de facto le pouvoir au cours des dernières décennies mouvementées de la souveraineté de la maison d’Orléans-Longueville. Juriste émérite, membre d’une famille influente, allié Guy d’Audanger, il a tissé tout au long de sa vie un « réseau familial de renseignement et d’influence » 34. Il est vrai que, très jeune, il est envoyé à Bâle pour apprendre l’allemand. Il a ensuite un précepteur privé puis il se rend à Orange étudier la philosophie. De là, il part pour Orléans où il obtient un titre de docteur en droit en 1648, avant d’achever sa formation à Paris 35. Au-delà de ses qualités politiques, Montmollin s’est aussi avéré un redoutable homme d’affaires. Par exemple, sur le plan viticole, il s’est constitué un domaine qui est passé de 37,5 ouvriers, soit 1,32 hectare en 1652, à 374,55 ouvriers, soit 13,18 hectares en 1703 36. En cinquante ans, Montmollin réussit à décupler son

domaine, passant d’un statut de petit propriétaire à celui de grand exploitant. Cet accroissement va de pair avec d’autres activités commerciales comme l’attestent ses livres de raison 37. Les archives familiales 38 conservent une lettre adressée en 1687 au chancelier Georges de Montmollin et dont des copies ont été établies pour ses fils alors au service de la Hollande. En fait, ce mémoire, dont l’auteur ne nous est pas connu, explique l’état d’esprit et les types de transactions qu’il convient de faire pour « négotier » avec succès avec les Pays-Bas. Tout negoce consistant a profiter sur les marchandises, qu’on achette, ou qu’on fait fabriquer, il faut pour y réussir, s’informer exactement combien elle couteront rendues dans les lieus ou on veut les debiter, et combien on pourra les vendre, et voir par un juste calcul s’il y aura du profit. Cette évidence est ensuite détaillée en mettant en exergue les points sur lesquels il faut être attentif.

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des vaches de Russie, du coton filé ou en vrac, des draps, des camelots, de la soie, du tabac, des laines d’Espagne, d’Angleterre, de Poméranie, des poils de chèvre, etc. Cette liste témoigne à l’envi que le commerce mis en place nécessite des relations avec toute l’Europe mais aussi avec les Indes. Ceci implique le besoin d’avoir des relais, tant des courtiers que des commissionnaires, mais surtout des agents familiaux sur qui l’on puisse compter. La présence des fils du Chancelier en Hollande favorise les prises de contact directes, permet des visites de manufactures, d’effectuer des comparaisons. L’auteur s’attache encore à déterminer les bénéfices potentiels d’un tel commerce en regardant les plus-values eu égard aux ventes possibles en Suisse. D’autres documents prouvent que les Montmollin se sont effectivement lancés dans ce type de commerce. A Neuchâtel, ils ne semblent pourtant pas être les seuls : des Petitpierre, des Rosselet, des Chambrier sont aussi impliqués.

Anonyme | Georges de Montmollin (1628-1703) Huile sur toile | Collection privée.

Il est donc clairement autorisé d’admettre que ces activités internationales génèrent des pratiques commerciales fort proches de la banque et que celles-ci sont allées en augmentant tout au long du xviiie siècle.

Aux yeux de l’auteur, il convient prioritairement de savoir : 1er combien les choses coutent de la première main ou de la deuxième, car il ne sert pas qu’achettant de la première main on puisse donner à si bon marché que d’autres, les crédits, les voitures et autres choses pouvant y apporter une différence considérable ; 2e si on les achette à terme ou à crédit ; 3e, si l’on exconte ou déduit l’interest lorsqu’on a achetté à terme et qu’on paye contant et le combien pour cent ; 4e en quelle place il est le plus avantageux de faire les paÿements afin de gagner sur le change ; 5e combien coutent les voitures ; 6e la différence des poids et mesures ; 7e la valeur des espèces d’or et d’argent.

En se référant au livre de Dorette Berthoud 39 sur l’industrie des toiles peintes ou indiennes, on dénombre de nombreuses occurrences liées au nom Montmollin associé à diverses maisons et sociétés. Par exemple, en 1759, Henri Sandoz s’associe avec Jean-Frédéric de Montmollin et Charles-François de Barbier, sous la raison Sandoz, Montmollin, Barbier & Cie. Ensemble ils acquièrent un pré aux Isles, développant dès lors une manufacture qui connaît avec celles de Grandchamp et des Isles un indéniable succès. Et comme le dit Dorette Berthoud : « ces sociétés commerciales menaient d’ailleurs toutes sortes d’affaires, même de banque et surtout d’importation coloniale. » A ce titre, les archives Montmollin conservent un extraordinaire mémoire d’un certain Valentin Menoille d’Hauthuille 40 de 1820, qui explique les meilleurs moyens de commercer avec les Indes.

Il s’attache ensuite à détailler les matières qu’il convient d’acheter : l’étain d’Angleterre, le laiton travaillé d’Allemagne, le sucre, les « drogues » pour la médecine et pour la teinture, la graisse de poisson,

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Toile d’indiennes | L’arbre des Bovet Musée du Château de Valangin.

Menoille d’Hauteuille | AEN Neuchâtel, fonds Montmollin.

associées avec des armateurs nantais ou marseillais pour participer à l’armement de navires comme le Prophète Jonas 41.

Avant la Révolution et les bouleversements qui en furent la suite, l’armateur savait qu’il retirerait 30 % à la côte de Malabar, à celle de Coromandel 25 à 30 %, au Bengale 40 à 50 %, à Moka 40 à 45 %, à Canton 50 % de bénéfice net de tous frais sur une cargaison assortie sur des bases connues et invariables. Ils connaissaient à 10 % près les prix auxquels ils se procuraient les marchandises de retour et bien rarement en temps de paix les choses commerciales éprouvaient des fluctuations assez considérables pour l’empêcher d’évaluer à 15 % près ce qu’il devait retirer de ses marchandises. Il pouvait donc former un plan fixe d’expédition et pour peu qu’il en eut confié l’exécution à une personne intelligente, il pouvait en attendre tranquillement un résultat certain. Aujourd’hui une foule de causes se réunissent pour déjouer tout calcul de ce genre.

En 1766, les frères Abram et Jean-Frédéric de Montmollin ramènent au Val-de-Ruz l’indiennage qui, cinquante ans auparavant, y avait pris son point de départ. Mais ces maisons ne réussissent pas toutes. Par exemple, le 29 avril 1771, la société Brandt, Montmollin, Jeanrenaud & Cie, propriétaire d’un comptoir en ville et de la fabrique de Marin, dépose son bilan. En 1810, à la Borcarderie au-dessus de Valangin, il y a encore une filature et un tissage de draps, lesquels passaient ensuite au Bied pour y être teints. C’était sans doute une combinaison des deux beaux-frères, MM. Montmollin-de Luze et de Luze-Ostervald, pour tirer parti de leurs installations.

En se basant sur de tels propos, on comprend aisément que les familles neuchâteloises se soient

Tout cela témoigne d’une imbrication entre toutes les familles. Les Luze, les Chaillet, les Bosset, les

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Meuron, les Montmollin, les Du Pasquier, les Bovet sont souvent liés par toutes sortes de parentés comme par des intérêts et des soucis communs. Entre eux, la concurrence ne joue guère. Ce caractère se maintient plus longtemps parmi les fabricants que parmi les commerçants où s’introduisent, à l’aube du xixe siècle, des éléments nouveaux, parfois étrangers. Malgré tout, les liens perdurent et se traduisent aussi par la création de banques, comme en 1863 celle des DuPasquier-Montmollin qui soutiendra durant des décennies l’industrie locale 42 avant d’être reprise en 1962 par l’Union de banques suisses.

que tels se voient dans l’obligation de se confronter aux grands marchés. A titre d’exemple, Ferdinand Berthoud (1727-1807) de Plancemont sur Couvet s’installe à Paris en 1745. Ses horloges de marine acquièrent une renommée internationale. Hugues Scheurer 43 montre que l’examen synoptique des familles industrielles de Fleurier est très intéressant. Il dit à ce propos : Les cinq familles étudiées, à savoir Berthoud, Jequier, DuPasquier, Bugnon et Yersin, constituent un réseau de relations particulièrement dense. Elles ont la caractéristique d’être actives dans les trois principales industries de la principauté : les dentelles, l’horlogerie et les indiennes. Les Bugnon s’occupent essentiellement de dentelles, les Jequier, les Berthoud et les Yersin d’horlogerie et les DuPasquier des indiennes. Cette division n’est probablement pas le fruit du hasard, tout comme le fait que les Jequier ont

2.7 LES BERTHOUD Les privilèges du commerce international ne sont pas exclusivement réservés aux familles du Littoral. L’exemple des Berthoud du Val-de-Travers en témoigne. Ils sont tout d’abord horlogers et en tant

Le Château de la Borcarderie | Encre de Chine | Début 19e siècle. Collection privée. Vue de la maison telle qu’elle était avant l’incendie du 19 juillet 1891.

Anonyme | Jean Jacques Henry Berthoud (1736-1810), né à Fleurier, mort à Paris, enterré au Pére Lachaise.

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l’Allemagne, l’Europe centrale et du nord comme débouchés alors que les Berthoud ont la France et la Grande-Bretagne. Si chaque famille a une activité principale, les liens économiques sont nombreux et peuvent prendre temporairement la forme d’associations entre familles : maisons Bugnon-Jequier, Berthoud-Yersin, JequierBerthoud. Toutefois, les liens les plus forts résident dans les unions matrimoniales.

La banque diversifie ses placements ; elle soutient par exemple les campagnes de pêche des baleiniers qui partent au-delà du cap de Bonne-Espérance jusqu’en Australie, en Chine ou à Tahiti. Toutefois, les soubresauts politiques de la première moitié du xixe siècle l’atteignent comme les autres « maisons de banque » même si, comme elles toutes, Berthoud Frères profite du développement industriel et en particulier de l’extension du réseau ferroviaire.

On sent bien que la concurrence est limitée et que les alliances familiales constituent une chaîne de solidarité indispensable pour s’ouvrir au monde et dépasser le cadre étroit du pays.

En 1910, la maison prend le nom de Courvoisier, Berthoud & Cie, entérinant l’entrée dans l’affaire des neveux d’Edouard Berthoud, Jean-Louis et Charles Courvoisier. De son côté, la banque Odier Bungener, de tradition protestante elle aussi, se rapproche de Courvoisier Berthoud, et au milieu du xxe siècle, la nouvelle raison sociale devient : OBC, banque privée.

Pour sa part, Jean-Jacques Henri Berthoud (1736-1811) 44 dirige à Fleurier une petite fabrique de montres. Considérées comme de véritables bijoux, grâce à la beauté de leurs matériaux et de leurs formes, celles-ci ne se vendent bien qu’à Paris où, en 1785, il envoie ses fils Henri puis Jonas afin d’y ouvrir une succursale. Jonas Berthoud (1769-1853) étend de façon importante l’activité de son établissement, en ouvrant des comptoirs en province puis à Londres et à Genève. Mais la Révolution française, que Jonas voit à Paris, lui permet de transformer peu à peu son activité d’horloger-bijoutier en gestionnaire de fortunes. La probité et la compétence financière de Jonas lui assurent une clientèle de plus en plus importante d’aristocrates. Pendant les années incertaines du Directoire et du Consulat, tout en restant horloger, il développe son activité bancaire. Dès les premières années de l’Empire, son frère Auguste le rejoint. Après le retour de Jonas en Suisse en 1813, ce dernier reprend seul la direction de la banque Berthoud Frères, dont les activités en continuelle augmentation lui permettent de rejoindre le groupe très fermé des banques privées parisiennes : Rothschild, Hottinguer, Mallet, Hentsch. Les fils, cousins, neveux, toujours de religion protestante par leur éducation et par leurs mariages, entrent dans l’affaire.

Grand livre Berthoud commencé en 1831 Archives Banque Bonhôte.

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Celle-ci affirme toujours haut et fort son appartenance au protestantisme, puisque son directeur général, Jean Courvoisier (1904-1982), est président de la Fédération protestante de France de 1970 à 1977, et Charles Bungener, autre associé, trésorier général de la même Fédération. La banque est nationalisée de 1981 à 1986. Elle appartient aujourd’hui au groupe A.B.N.-AMRO. En conclusion, tout au long du xviiie siècle, le Pays s’industrialise, des industries naissent, des relations commerciales se tissent avec l’ensemble de l’Europe, des fortunes nouvelles se créent, construites autrement que sur le patrimoine foncier. Il est vrai que l’essor des trois industries du pays ne s’appuie que sur des exportations pour les produits fins et des importations pour les matières premières. Dentelles, indiennes et horlogerie impliquent des « maisons de commerce » qui obligatoirement font des opérations d’achats et de ventes nécessitant crédits et lettres de change, soit des activités bancaires.

Anonyme | Jean-Louis Berthoud (1764-1842) | Huile sur toile Collection privée.

De manière spécifique, le développement de fabriques d’indiennes sur le Littoral, soit de toiles peintes, dû initialement à des actions de réfugiés huguenots, implique la mise en place de maisons de commerce qui se chargent des achats des cotonnades vierges mais surtout de la diffusion des motifs imprimés. Des courtiers les représentent, ils sillonnent l’Europe entière. Des interconnexions entre maisons s’établissent et il n’est pas rare que des commissionnaires neuchâtelois établis tout d’abord à Amsterdam puis à Londres ou à Paris s’occupent de diffuser aussi bien des indiennes que de la dentelle par exemple. Les appartenances familiales, patrimoniales, religieuses des Neuchâtelois expatriés ont indubitablement permis la mise en place de réseaux efficaces.

minorités religieuses protestantes et juives qui ont la mainmise sur ces affaires, tout en reconnaissant que la minorité protestante domine au xviiie siècle, s’affaiblissant au siècle suivant.

En fait, toutes ces affaires sont presque exclusivement réalisées au sein de firmes familiales, soit au travers de canaux hautement personnalisés qui conduisent alors l’essentiel de l’activité bancaire internationale en finançant le commerce et l’émission d’emprunt. Cassis 45 spécifie que ce sont les

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3   |   N E U C H ÂT E L ET LE RÉGIME BERTHIER

Après la Révolution française, et face aux troubles de 1792-1793, le Conseil d’Etat sait bien gérer la situation et louvoyer entre les risques d’agression française – la Prusse s’étant engagée aux côtés de l’Autriche dès 1792 –, et les risques de guerre, en se rapprochant à nouveau de la Prusse.

Un décret stipule cependant que Neuchâtel conserve son statut de principauté, ce qui est un soulagement pour les Neuchâtelois, qui craignaient d’être purement et simplement intégrés à la France. Ainsi, cette cession et cette remise du pays au maréchal Alexandre Berthier ne modifient que peu la marche des affaires. Certes, les Neuchâtelois doivent fournir à l’Empire un bataillon, celui des Canaris. Celui-ci connaîtra une fin tragique lors de la retraite de Russie au passage de la Bérézina.

Ayant échappé en 1798 à l’invasion française, la Principauté n’entre pas dans la mouvance révolutionnaire, même si quelques manifestations prorévolutionnaires se sont tenues dans les Montagnes 46. Suite à la défaite de l’Autriche, vaincue à Austerlitz, la Prusse se trouve dans une situation difficile et se voit contrainte de négocier un accord avec la France. Neuchâtel est cédée sans condition à la France en échange de l’électorat du Hanovre. Les deux souverains ratifient cet accord le 8 mars 1806. Napoléon donne en fief d’Empire la principauté de Neuchâtel à l’un de ses officiers, le maréchal Alexandre Berthier 47, en récompense de ses services. Le 18 mars, 5 000 soldats français entrent à Neuchâtel pour prendre possession de la principauté.

Toutefois, eu égard au Blocus continental, dès la nouvelle de la session du pays à la France, de nombreux négociants, flairant de bonnes affaires, profitent d’importer de nombreuses marchandises en provenance d’Angleterre. Informé, Berthier, sur ordre de Napoléon, demande qu’elles soient saisies : draps, laines, cotonnades sont séquestrés 48. Pour immortaliser l’événement, Abram-Louis Girardet (1772-1821) réalise une eau-forte satirique intitulée Métempsycose des Marchandises d’Angleterre, de Saxe, de Suisse et Denrées Colonniales ; opérée

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3   |   N E U C H ÂT E L E T L E R É G I M E B E R T H I E R

Frédéric-Guillaume III (1770-1840), Roi de Prusse et prince de Neuchâtel | Estampe | BPUN.

H. Rousseau et E. Thomas | Alexandre Berthier (1753-1815) Eau-forte | BPUN.

à Neuchâtel Principauté frontières de Suisse, le 1 : Aoust et jours suivants 1806 qui est aussi interdite 49.

Depuis le xviiie siècle, grâce à l’horlogerie, tant Le Locle que La Chaux-de-Fonds acquièrent une importance économique et développent des ambitions à la hauteur de leur prospérité. Mais tout cela est péjoré par la piètre qualité du réseau routier. Seuls de méchants chemins les relient à la capitale et aux régions voisines. Avec fermeté, elles revendiquent une amélioration des communications dans les Montagnes. Si le Conseil d’Etat se montre finalement prêt à améliorer les communications entre les Montagnes et le Littoral, il refuse en revanche à plusieurs reprises d’établir de nouvelles relations avec la France. Celles-ci pourraient en effet détourner le commerce de transit du Val-de-Travers et surtout favoriser l’entrée des vins français. Le poids des intérêts économiques des propriétaires de vignes du Littoral, parmi lesquels on compte beaucoup de membres du Conseil d’Etat 51, pèse longtemps très lourd dans la politique des transports 52. Même si des études sont menées pour améliorer les liaisons avec le Haut, elles n’aboutissent pas.

Tout étrange que cela puisse paraître, les réformes qui sont alors décrétées accroissent pour la plupart les pouvoirs du Conseil d’Etat : un corps de gendarmerie sous ses ordres est créé ; on abolit des anciens droits et des servitudes ; on constitue diverses commissions avec des nombres restreints de membres pour s’occuper d’agriculture, d’industrie et de commerce… Donc son autorité s’affirme sauf sur le plan de la politique étrangère où il perd de son influence. Cependant, ce que l’on peut qualifier de « régime Berthier » va introduire une division au sein du Conseil d’Etat, entre les prorégimes Berthier, les proretours du roi, voire les prorépubliques patriciennes. Sur le plan local, le régime Berthier favorise les améliorations du réseau routier 50.

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Abram-Louis Girardet (1772-1821) Métempsycose des Marchandises d’Angleterre, de Saxe, de Suisse et Denrées Colonniales ; opérée à Neuchâtel Principauté frontières de Suisse, le 1 : Aoust et jours suivants 1806 | Eau-forte | Collection privée.

François-Victor-Jean de Lespérut (1772-1848), Baron, gouverneur de Neuchâtel | Estampe | BPUN.

La route de la Tourne. Construite à l’instigation du régime Berthier, cette route a favorisé la liaison entre le Bas et le Haut de la Principauté.

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3   |   N E U C H ÂT E L E T L E R É G I M E B E R T H I E R

15 janvier 1814, faisant étape dans les villages neuchâtelois. Ils sont logés, vêtus et nourris par la population locale, et partent en vidant les caisses de l’Etat… C’est l’unique fois où Neuchâtel fut occupée !

Avec le régime Berthier, le problème des liaisons avec les Montagnes devient la priorité d’une politique routière dynamique, dans la tradition des Ponts et Chaussées français. A la volonté stratégique s’ajoutent des considérations économiques. Le gouverneur Lespérut constate que l’absence de grandes routes pour relier Le Locle et La Chauxde-Fonds à Neuchâtel présente de nombreux inconvénients : « Une mesure de pommes de terre valant 15 sols au chef-lieu coûte le double après son transport aux Montagnes dont les habitants, loin d’acheter le vin du Vignoble, le font venir de France. » La décision de construire deux nouvelles routes, celle de la Vue-des-Alpes et celle de La Tourne, marque un tournant dans l’histoire routière de Neuchâtel. Cette redistribution des cartes à l’échelle de la principauté signale le déclin de l’itinéraire du Val-de-Travers, prépondérant durant tout l’Ancien Régime, et définit les grandes lignes du réseau routier actuel.

Berthier abdique officiellement le 3 juin 1814 et Neuchâtel retrouve son souverain. Seulement, de plus en plus de Neuchâtelois souhaitent devenir canton suisse, et le Conseil d’Etat neuchâtelois, avec l’accord du roi Frédéric-Guillaume III, en profite pour négocier son entrée dans la Confédération. Tout en restant principauté jusqu’à l’épisode révolutionnaire de 1848, le 12 septembre 1814, la Diète fédérale réunie à Zurich admet Neuchâtel dans la Confédération suisse, comme 21e canton, en même temps que les cantons du Valais (20e) et de Genève (22e). Les actes de réunion proprement dits de ces cantons ont été signés ultérieurement, soit les 19 mai 1815 (Neuchâtel et Genève) et 4 août 1815 (Valais) ; la signature du Pacte fédéral du 7 août 1815 entérinant définitivement ces admissions.

La nouvelle route de La Tourne est établie entre 1807 et 1813. Elle reprend en partie le tracé de l’ancien chemin de Morteau, en l’améliorant considérablement et, surtout, en l’infléchissant durablement en direction du Locle.

En 1815, malgré son statut de principauté et canton ou peut-être grâce à cette double appartenance, Neuchâtel se trouve dans le peloton de tête des cantons industrialisés, position maintenue durant de nombreuses années.

Il faut ajouter à l’actif du régime Berthier la construction du pont Alexandre à Serrières, qui facilite grandement les conditions de circulation sur la route du lac. Toutes ces réalisations ont certes révolutionné les liaisons internes à Neuchâtel, mais les relations avec l’extérieur restent insatisfaisantes aux yeux des Montagnes, car le Conseil d’Etat refuse toujours d’ouvrir de nouvelles routes vers la France.

En devenant suisse, Neuchâtel doit admettre le droit fédéral naissant et octroyer aux Suisses qui s’installent sur son territoire des droits et des devoirs identiques aux bourgeois du lieu. Seul l’article 11 du Pacte fédéral donne quelques directives sur le commerce et sur les égalités de traitement :

Le régime Berthier se termine le 26 décembre 1813 avec la fuite du gouverneur Lespérut et l’arrivée des troupes autrichiennes dans le pays, conséquence logique de la défaite de Napoléon à Leipzig (octobre 1813) contre les troupes coalisées russes, prussiennes et autrichiennes. Elles franchissent le Rhin le 20 décembre 1813 et pénètrent à Neuchâtel trois jours plus tard. 20 000 soldats traversent la principauté, entre le 23 décembre 1813 et le

Le libre achat des denrées, des produits du sol et des marchandises, la libre sortie et le passage d’un canton à l’autre de ces objets et du bétail, sont garantis, sauf les mesures nécessaires pour prévenir le monopole usuraire et l’accaparement. Ces mesures de police doivent être les mêmes pour les ressortissants du canton comme pour les autres Suisses.

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Les péages, droits de route et de pontenage actuellement existants et approuvés par la Diète sont conservés. On ne pourra, sans l’approbation de la Diète, ni en établir de nouveaux, ni hausser ceux qui subsistent, ni prolonger leur durée s’ils ont été accordés pour un temps déterminé. Les droits de traite foraine d’un canton à l’autre sont abolis.

Neuchâtel entre le milieu du xviiie et le dernier tiers du xixe siècle, comme le graphique 53 ci-dessous en témoigne, laisse supposer que des mutations sociétales sont nettement apparues. Pour les classes ouvrières, la nécessité d’un établissement bancaire à leur portée s’est fait sentir dès 1799 au sein même de la Société d’émulation patriotique. En 1812 54, une réunion de personnes éclairées et occupées d’objets utiles fonda, dans la principauté de Neuchâtel, une caisse d’épargne remarquablement bien organisée. Ce qui distingue cet établissement parmi tous les autres, c’est l’institution de receveurs dans chaque commune. Le succès de cette innovation a été si grand, que nous ne comprenons pas comment les autres Cantons de la Suisse ne l’ont pas imitée. Aujourd’hui encore on peut voir en pleine activité les quarante succursales de la caisse d’épargne de Neuchâtel, établies en 1812, et on peut s’assurer qu’elles étendent le bienfait de l’économie jusque dans

Toutefois, des résistances perdurent et il faudra attendre la création de l’Etat fédéral en 1848 pour que tout s’aplanisse.

3.1 LA CAISSE D’ÉPARGNE (1812-1919) Si pour les familles bourgeoises le besoin d’une banque ne se faisait pas réellement sentir, il n’en va pas de même pour les classes moins favorisées. L’évolution démographique que connaît la ville de

Evolution de la population de la ville de Neuchâtel. Habitants

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les moindres villages, sans compromettre la sûreté de l’institution et sans augmenter les frais de gestion. Les receveurs communaux sont choisis par l’administration centrale, parmi les notables de l’endroit, et fréquemment ce sont les pasteurs qui se chargent de cette tâche. Les petites sommes versées entre leurs mains sont transmises chaque mois à Neuchâtel et inscrites au compte de chaque préteur. Parmi les douze personnes honorables qui ont fondé cette institution, et qui méritent à un si haut degré la reconnaissance de leurs concitoyens, nous citerons en particulier M. P.-L.-A. Coulon, qui tient les livres depuis 24 ans, et M. le ministre Dupasquier, qui a rempli dans l’origine les fonctions de secrétaire du comité. Destinée à recevoir exclusivement des dépôts des « employés et domestiques », la Caisse d’Epargne est fondée grâce aux nombreux dons qui en forment le capital. Dès son origine, elle joue un rôle capital dans la vie publique du pays 55. Toutefois, avec l’avènement de la République, les nouvelles autorités se soucient de créer un institut bancaire public voulu constitutionnellement pour servir à la fois de banque d’émission, de banque de dépôts et de prêts hypothécaires. La loi de 1854 établit une première banque cantonale sous forme d’une société anonyme dont l’Etat détient 25 % de l’actionnariat. Celle-ci s’installe dans le bâtiment rue du Môle No 2, qui abritera par la suite le Crédit foncier neuchâtelois 56.

Règlement de la caisse d’épargne de la principauté et canton de Neuchâtel et Valangin | A Neuchâtel de l’Imprimerie de Henri Wolfrath | Plaquette de 8 pp, 1840. Archives Banque Bonhôte.

son actif et son passif en intégrant cette vénérable Caisse à la Banque cantonale. Parmi les actifs figure le bâtiment de l’ancien Hôtel du Mont-Blanc 57 à la place Pury, où la BCN s’installe en 1920.

En 1881, le droit d’émission des billets passe de l’Etat cantonal à la Confédération et la première banque cantonale est dissoute pour devenir un institut privé : la Banque commerciale neuchâteloise. En 1883, l’Etat crée une seconde Banque cantonale qui ouvre immédiatement des succursales à La Chaux-de-Fonds, au Locle puis à Fleurier. Cet établissement porte concurrence à la Caisse d’Epargne qui connaît à la suite de la Première Guerre mondiale de graves difficultés de trésorerie, à tel point que pour faire face à l’exode des dépôts et pour protéger les épargnants, l’Etat reprend en 1919

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E. Conrad | L’Hôtel du Mont-Blanc (1871) | Lithographie en couleurs | MAHN. Cet hôtel s’est ouvert en 1869.

La statue de David de Pury avant l’aménagement de la rue du Môle et la construction de l’Hôtel du Mont-Blanc Photographie Bruder Frères | Vues stéréoscopiques | Tirage sur papier albumine | AEN, Fonds Favarger. La statue de David de Pury due à David d’Angers a été inaugurée en 1855. Quant aux massifs sud, ils ont commencé à être aménagés à partir de 1862.

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4   |   L A FA M I L L E P E T I T M A Î T R E , D E S B O U R G E O I S D E L A N E U V E V I L L E

4 | LA FAMILLE PETITMAÎTRE, DES BOURGEOIS DE LA NEUVEVILLE Venons-en maintenant à l’histoire de la Banque Bonhôte dont la fondation est imputable à des Petitmaître qui sont originaires de La Neuveville. Là, dès Noël 1515, cette famille bourgeoise est mentionnée dans l’acte fondateur conservé de la Confrérie des Vignolants. Au sein de cette compagnie, des Petitmaître, tel Jean, ont joué un rôle en tant que confrères et maîtres d’état lors des transformations de la Maison des vignerons en 1689 en fournissant « le bois pour le bâtiment qu’on a entrepris de faire sur la maison de ladite compagnie, tant pour degrés, galandrures que parois » 58. En 1726, ce Logis des vignerons est revendu à Rodolphe Petitmaître, faiseur de boîtes, à la condition toutefois que la confrérie puisse continuer à s’y réunir.

Par la suite, dans cette ville, possession de Berne, cette famille bourgeoise est connue tout au long du xviiie siècle grâce à plusieurs horlogers, des orfèvres, des pasteurs et au rôle qu’elle assume dans des charges publiques. Dans son article intitulé « Les Genevois, La Neuveville et les origines de l’industrie de la montre dans le Jura bernois et neuchâtelois », Marius Fallet 60 cite plusieurs de ces membres émérites et leur rôle dans l’industrie horlogère du lieu. A ses yeux, La Neuveville a été au xviiie siècle un « Petit Genève horloger, ou plus exactement une petite Chaux-de-Fonds » où toutes les professions horlogères sont représentées. Si, en 1638, le premier horloger connu est un certain Clairat, citoyen de Genève, d’autres suivent son exemple, initiant une industrie qui se développe grandement dès la fin du xviie siècle. Théodore Petitmaître a été le premier horloger neuvevillois formé par des maîtres genevois. Propriétaire terrien, il est le maître de la Compagnie du lieu et jouit d’une certaine aisance. En 1701, dans son inventaire sont mentionnés divers genres de montres ainsi que des

Comme autre ancien membre connu, mentionnons le notaire Petremand Petitmaître, actif de 1572 à 1582, dont les archives neuvilloises ne conservent que huit cahiers et un petit registre de 298 pages au total sur lesquels se trouve régulièrement l’aphorisme « Dieu pour guide, soye pour moi » 59.

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Niklaus Sprungli (1725-1802) | La Neuveville (1786) Eau-forte au trait, coloriée | Photo Charles Baillif.

Armoirie Petitmaître dans la salle du Conseil de Ville de La Neuveville | Photo Charles Baillif.

pendules. Exerçant tant la grosse que la moyenne et petite horlogerie, Petitmaître voit son commerce se perpétuer avec ses fils, dont certains se spécialisent dans la petite horlogerie comme finisseurs, orfèvres et monteurs de boîtes, alors que celui prénommé Sigismond, né en 1703, pratique la médecine et la chirurgie de 1729 à sa mort en 1795.

Jean-Pierre Chifelle, tous horlogers de petit volume établis à La Chaux-de-Fonds en vue d’une industrie et d’un commerce en commun pour lequel il fournit les boîtes de montres. Tête chaude aux idées démocratiques, meneur politique, Jean-Rodolphe Petitmaître est le chef de l’émeute de 1733-1734 qui entendait réformer la Bourgeoisie de la commune de la Neuveville, alors sous domination de Leurs Excellences de Berne, en lui donnant une nouvelle constitution et de nouveaux magistrats afin de limiter les privilèges et le népotisme. Tout se termine par sa condamnation à mort et sa fuite dans le Jura français où il jette les fondements d’une horlogerie moderne.

Ce Théodore Petitmaître a un frère, Thiébaud, dont le fils Jean-Jacques est orfèvre et monteur de boîtes. Ce dernier fait son apprentissage auprès de Nicolas Matthey à Neuchâtel, entre 1683 et 1686. L’un de ses fils, Jean-Rodolphe né en 1693, dont le frère Petreman Petitmaître est aussi orfèvre, accomplit son apprentissage chez son père puis accomplit un stage à Genève en 1713, avant d’effectuer un tour de Suisse en passant par Berne, Zurich et Bâle. De retour à La Neuveville, il s’inspire en qualité de monteur de boîtes des méthodes commerciales genevoises. Le 10 août 1719, il conclut pour une durée de huit ans un contrat de société avec d’autres maîtres neuvevillois comme Adam et Jean-Pierre Bosset et

Son départ précipité ne péjore pourtant pas la fièvre industrielle et commerciale de La Neuveville qui va durer jusqu’à l’invasion française de 1798, même si des tensions persistent entre les tenants d’un protectionnisme accru et ceux qui estiment qu’une liberté de commerce est indispensable.

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4   |   L A FA M I L L E P E T I T M A Î T R E , D E S B O U R G E O I S D E L A N E U V E V I L L E

Pendule Petitmaître | Salle du Conseil de Ville, La Neuveville | Photo Charles Baillif.

Coupe en argent doré de Jean-Rodolphe Petitmaître Musée de La Neuveville | Photo Charles Baillif.

Anonyme | Jean-Rodolphe Petitmaître et sa femme | Huiles sur toile Collection privée | Photo Charles Baillif.

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Jean-Rodolphe Petitmaître eut trois fils, tous horlogers : Jean-Jacques l’aîné, Jean et JeanPierre qui sont les derniers du nom à exercer cette profession.

articles publicitaires qu’il fait alors paraître dans ce journal précisent que son établissement est récent. En fait, il s’installe au Faubourg du Lac où il occupe le magasin de son oncle Jean Biolley 61, membre du Grand Conseil et d’une famille bourgeoise de la ville depuis 1745 62. Celui-ci est dit négociant tant lors de son entrage dans la Compagnie des marchands en 1807 que lors son acceptation dans celle des Favres, Maçons et Chapuis en 1808. Il vend principalement des ustensiles de cuisine en fer étamé, des articles en tôle vernie, des marmites mais aussi toutes sortes de fers et aciers 63. Ce négoce de fer en gros explique son appartenance aux deux corporations citées. Mais au-delà de ce commerce, il propose aussi de « bonnes bières de Morat en barils, la brune à 10 cr[eutzers], la blanche à 11 cr[eutzers], le pot de Berne 64. » 65. Il s’occupe aussi de recruter des jeunes gens pour des apprentissages dans des maisons de commerce 66 tant d’ici, qu’en Suisse, voire à Francfort 67. Tout cela laisse supposer qu’il a un réseau bien établi.

De la lignée de Sigismond, le médecin cité ci-dessus, on relève le nom d’un autre Sigismond (1769-1843) qui se déclare cultivateur et qui se marie en 1794 avec Marianne Gross. De leur union naît le 4 décembre 1797 Louis-Auguste Petitmaître, le fondateur de la banque.

4.1 LOUIS AUGUSTE PETITMAÎTRE En 1815, Louis-Auguste Petitmaître avait à peine dix-huit ans ! Que faisait-il alors ? Nul ne le sait. La première mention retrouvée dans les archives de La Feuille d’Avis de Neuchâtel le signale en 1824, installé en ville en qualité de marchand de fer. Les

Louis-Auguste Petitmaître (1797-1874) Photographie Bruder Frères | Papier albuminé | Collection privée. D’après la tradition familiale des propriétaires de cette image, il s’agirait de Louis-Auguste Petitmaître.

Feuille d’Avis de Neuchâtel | 2 février 1826 | BPUN. Avec cet insert, Petitmaître rappelle qu’il participe aussi aux foires de la Ville.

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4   |   L A FA M I L L E P E T I T M A Î T R E , D E S B O U R G E O I S D E L A N E U V E V I L L E

Anonyme | Port de Neuchâtel (1847) | Lithographie | MAHN. Sur cette vue, on relève tout à gauche, la maison rue du Bassin 16 (siège actuel de la Banque) et sur la droite, la rangée sud du Faubourg du Lac, des maisons avec des entrepôts côté port où Petitmaître avait installé son commerce repris de son oncle Biolley. C’est l’Industriel qui arrive au port.

Le port et la rangée du Faubourg du Lac avant la première correction des eaux du Jura | Vers 1860 | AEN, Fonds Favarger. Cette photographie montre clairement les façades des maisons de la rangée sud du Faubourg du Lac. Le numéro 8 est celle qui est placée entre deux immeubles plus élevés, On remarque encore qu’il y a une différence d’élévation entre la partie côté Port, qui évoque encore les anciens ateliers, et la partie nord où se trouvent les logements. Au deuxième plan, à droite, on voit bien la maison Faubourg du Lac 5, aujourd’hui démolie et remplacée par l’ancienne caserne des pompiers de la ville où Petitmaître a déménagé lorsqu’il a dû quitter la maison du 8.

En janvier 1822, Jean Biolley informe sa clientèle de son déménagement au Faubourg du Lac 8. Il vient de se porter acquéreur d’une des maisons qui forment la rangée sud de cette rue, à savoir un bâtiment qui, à l’époque, est côtier du port, ce qui permet sans doute aux bateaux qui lui livrent de la marchandise d’apponter directement à l’entrée de son magasin. En effet, de nombreuses vues 68 de l’époque montrent que vers 1820 l’ancienne rue des Granges compte désormais six édifices dont trois ont, côté du lac, des annexes servant d’entrepôts ou de magasins. Une seule grange subsiste, celle dont l’emplacement est aujourd’hui occupé par l’actuelle Banque Migros.

Geilnau 70 mais aussi « de la pelade noire et blanche à l’usage des chapeliers » 71. Toutefois, en mars 1824, il « offre de remettre à des conditions favorables, son commerce de fer » 72. Il affirme vouloir continuer à le tenir assorti dans tous les articles qui en dépendent afin que son repreneur y trouve de l’avantage. Il garantit à sa clientèle d’y dénicher « comme de coutume, de bonnes marchandises et des prix raisonnables » 73. Finalement, c’est son neveu Louis-Auguste Petitmaître, « établi récemment marchand de fer en cette ville » 74, qui reprend le commerce. Etait-il là depuis des années ? A-t-il fait son apprentissage chez son oncle ? Toutes ces questions restent pour l’instant sans réponse, mais selon toute vraisemblance, si l’on s’en tient à la tradition familiale, depuis 1815, il devait être à Neuchâtel où il a sans doute accompli une formation de commerce, vraisemblablement entrecoupée de quelques périodes en Suisse alémanique.

En se portant acquéreur de cet immeuble, Jean Biolley devient propriétaire d’un excellent emplacement qui le met en contact direct avec les bateliers qui assurent les transports sur les trois lacs et jusqu’à Soleure. Tout en continuant son « comptoir et son magasin de fer » 69, il se diversifie en proposant en cruches des eaux minérales de Selters et

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Camillo De Vito (xixe siècle) | Porto de Neuchâtel (1828) | Gouache ; « Camillo de Vito pinxit » et intitulée | Collection privée. Cette vue montre le côté nord du port où les bateaux pouvaient accoster et être directement déchargés dans les entrepôts côtiers.

Johann Hurlimann (1793-1850) | L’Union, bateau à vapeur du lac de Neuchâtel, construit à Yverdon en 1826… Lithographie | MAHN.

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4   |   L A FA M I L L E P E T I T M A Î T R E , D E S B O U R G E O I S D E L A N E U V E V I L L E

Après la vente de son commerce, Jean Biolley se dit commissionnaire, travaillant sans doute comme entrepreneur de transports. En 1826, avec la mise en service de L’Union, le premier vapeur du lac, il insère dans la Feuille d’Avis l’annonce suivante :

L’Union relie alors régulièrement Neuchâtel à Yverdon puis prolonge ses parcours jusqu’à Nidau. Toutefois, son usage est de courte durée puisqu’en 1828 déjà la société exploitante doit cesser ses activités. Toutefois, l’échec de son exploitation ne décourage pas d’autres capitaines d’industrie puisqu’en 1834, Philippe Suchard lance l’aventure de L’Industriel.

Le bateau à vapeur fera le tour complet du lac de Neuchâtel. Dimanche proch. 9 Juillet. Il partira du port de Neuchâtel à 8 h. du matin, p. y rentrer vers les 5 heures. Le prix des places est de L. 5 les premières, et L. 3,4 s. les secondes ; les distances intermédiaires dans la proportion. Il fera tous les jours de cette semaine une promenade d’une heure, qui sera publiée à tems. En attendant qu’il soit pris des mesures définitives p. le transport des marchandises, le bateau se chargera tous les jours de colis pour Yverdon, à raison de sept batz par quintal, p. ceux au-dessus de 50 livres. M. J. Biolley, commissionnaire, est chargé de les recevoir. 75

4.2 À PROPOS DE L’INDUSTRIEL, LE DEUXIÈME BATEAU À VAPEUR DU LAC DE NEUCHÂTEL Le 23 mars 1833 comparaissent chez François Constant Borel, notaire, Philippe Suchard, bourgeois de Boudry, et Robert Porret, banquier à Neuchâtel, le premier agissant comme directeur et le second

Charles-Frédéric-Louis Marthe (1812-1893) | L’Industriel (1834) | Lithographie ; « Marthe lith » | MAHN.

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comme caissier d’une société anonyme en formation qui sera désignée Bateau à vapeur l’Industriel « qui fera le service sur les trois lacs de Neuchâtel, Bienne et Morat ». L’acte constitutif détermine que le fonds capital est fixé à Fr. 48 000 représentés par trente actions nominatives de cent louis d’or neufs. Celles-ci sont divisibles en demi-actions et transmissibles par simple inscription du nouveau propriétaire sur le registre de la société.

Sur les bénéfices qui pourront en résulter, après le versement d’un dividende de 5 % pour l’intérêt des actions mais aussi après le paiement des salaires du capitaine, du pilote, du chauffeur et de tous les frais annexes, il sera prélevé seize livres pour les pauvres, et sur le reste, la moitié du profit ira au gérant, Philippe Suchard, pour sa gestion, un quart aux actionnaires et le dernier quart sera placé en guise d’amortissement.

En sa qualité de directeur, Suchard s’engage alors à faire construire le bateau de la manière la plus économique possible sous la supervision de MM. Robert Porret & Cie, banquiers, qui se chargent de la supervision financière et de la signature des bons de paiement. Trois termes sont fixés pour le paiement des actions mais tout doit être réglé pour le 30 juin 1834. Aucun autre appel de fonds ne pourra être fait auprès des actionnaires. Néanmoins, si des dépassements par rapport aux devis établis surviennent, une augmentation du fonds capital peut être envisagée. Suchard, déjà détenteur de trois actions, s’engage alors à en souscrire une nouvelle parmi celles qui devraient être émises au même cours que les premières.

Comme pour toutes les autres sociétés, les actionnaires ou sociétaires pourront être passibles des pertes de l’établissement. Si, par malheur, il en arrivait, ils n’en seraient toutefois responsables que jusqu’au montant de leurs actions. Quant aux administrateurs, leur responsabilité s’arrête à l’exécution du mandat dont ils ont été chargés.

Alphonse DuPasquier Terrisse accepte d’être le « commissaire surveillant de l’entreprise ». En endossant cette fonction, il se charge de contrôler et de surveiller toutes les opérations de la Société et de réunir les actionnaires si cela s’avère nécessaire. En fait, il agit en qualité de président du conseil d’administration. Il a aussi la responsabilité de convoquer les assemblées générales. Toutes les décisions y seront prises à la majorité des voix des membres présents et des actions ou demi-actions représentées.

Le contrat détermine ensuite que le for est entre les mains des tribunaux ordinaires et qu’en cas de litige perdurant, quatre arbitres seront nommés, chaque partie en choisissant deux. Un double du présent contrat est déposé au Greffe de la ville.

En cas de dissolution de la Société, les actionnaires décideront en assemblée générale du parti à prendre pour revendre au mieux le bateau et tout ce qui le concerne, afin d’assurer le remboursement des actions et de répartir entre tous le fonds d’amortissement.

Le coût de fabrication du bateau s’élève à Fr. 35 000, ce qui laisse encore par rapport au fonds capital une marge de manœuvre de Fr. 13 000. C’est la maison Cavé de Paris qui s’occupe de la construction du vapeur, le premier à avoir une coque en fer. L’Industriel est le deuxième bateau à vapeur à naviguer sur le lac de Neuchâtel. Il reste en activité jusqu’en 1851. Sa longueur est de 33 m et sa largeur de 4 m. Il peut accueillir 300 passagers. Sa vitesse est de 19 km / h. Deux fois plus rapide que L’Union, il relie Neuchâtel à Yverdon en cinq heures aller et retour. Il fallut négocier les péages cantonaux et surmonter les difficultés créées par les services de diligences postales.

En sa qualité de directeur, Philippe Suchard aura seul la signature de La Société du Bateau à vapeur l’Industriel, sans pour autant qu’il puisse engager la société dans des emprunts ou des dettes. Les caissiers ne payeront que les bons dûment signés par le directeur qui doit fournir des rapports quotidiens sur les recettes encaissées. Dès le 31 décembre 1834, il sera fourni aux actionnaires un bilan de l’administration du bateau.

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Quant au devis du bateau, il est le suivant :

8720 kilos tôle première qualité de 1,5 à 2 lignes d’épaisseur à 90 fr les % ko 500 kilos rivets en fer doux à 1fr 20 le kilo 1197 kilos fer à cornière pour membrane à 1fr20 le kilo Main d’œuvre pour travailler le bateau à Paris, le monter à Neuchâtel, frais de voyage d’ouvriers

7 848 600 1 436

Fr.

8 366 18 250

Ajouter les objets ci-après qui dans le devis doivent être en bois 307 pieds courants de cornière par serres banquières, fournitures, façon, pose Deux traverses pour porte-roues 64 chandeliers de bastingage à fourchette 16 épontilles tournées pour les chambres Le gouvernail, la barre et ses ferrures Carlingue pour les bâtes des machines, armature en fer pour lier les traverses des porte-roues avec le corps du bateau et arcs-boutants extérieurs en fer Fr.

700 22 220

Pour les deux machines à vapeur de la force de huit de chevaux chacune

35 000

Fr.

1 254 572 665 279 500

Pour copie conforme à l’original attesté à Neuchâtel, le 23 mars 1833, signé Suchard

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Action de l’Industriel | AEN, fonds Montmollin.

Verso de l’action de l’Industriel | AEN, fonds Montmollin.

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Société soleuroise de navigation, devenant dès lors le Seeländer. En 1860, il est racheté par les Tourbières de Hagneck. En 1862, pris dans une tempête, il sombre. Il repose depuis au fond du lac de Bienne. La Société des bateaux à vapeur du lac de Neuchâtel, fondée en 1847, reprend L’Industriel. Entre 1852 et 1865, quatorze bateaux à vapeur munis de roues à aubes circulent sur les lacs de Neuchâtel, Bienne et Morat. Avec la ligne Yverdon– Neuchâtel–Bienne, ouverte en 1859-1860, les chemins de fer, rapides et réguliers, vont porter un coup fatal à la navigation commerciale sur le lac et la détrôner définitivement 76.

4.3 LE PREMIER ESSOR Dès son entrée dans le monde du commerce et des affaires en 1815, Louis-Auguste Petitmaître se montre très sensible aux témoignages de confiance dont on veut bien l’honorer et souhaite tout mettre en œuvre pour en mériter de nouveaux. On le sent enclin à vouloir s’intégrer dans la société neuchâteloise. Ses publicités sont bien rédigées et fort explicites. Il propose « un fort bel assortiment de tous les articles que comporte son genre d’affaires, tels que fer en barres, cercles, tôle laminée, aciers, fer-blanc, plomb laminé et en saumons, limes diverses, casses, marmites, chaudières, fours à rôtir, plaques de contre-feu, etc. » 77. Il affirme que tous ses articles sont de première qualité et qu’il est prêt à les céder à des prix très satisfaisants « comme aussi les casseroles émaillées qui viennent de lui parvenir » 78.

Annonce publicitaire pour le service de l’Industriel Feuille d’Avis de Neuchâtel | 9 juin 1842 | BPUN. Régulièrement, des inserts publicitaires sont publiés dans la Feuille d’Avis afin de faire connaître au public les horaires de l’Industriel.

On peut supposer que Louis-Auguste Petitmaître pouvait faire partie des actionnaires, intéressé qu’il est dans la suite logique de son oncle Biolley par le commerce et les transports sur le lac comme cela apparaît dans quelques-unes des annonces publiées. Les deux premières années, soit en 1834 et 1835, les actionnaires reçoivent par action 80 livres de Suisse ; rien en 1836 et 1837 et, à partir de 1838, 64 livres. Ceci laisse penser que l’activité au départ ne doit pas être aussi rentable que souhaitée.

Très rapidement, Louis-Auguste Petitmaître diversifie ses activités. En 1825 déjà, en qualité de gérant, il se charge de la liquidation de la masse en faillite de David-François Colin (1768-1843), en proposant le 18 août la mise en vente d’un immeuble près du Temple du Bas et de quelques vignes 79. Ce dernier était banquier 80. Est-ce là qu’il trouve une vocation d’homme d’affaires ? Une semaine plus tard, il organise une vente aux enchères dans laquelle il met à l’encan « une partie des vins en bouteilles, composée de vins blancs et rouges, premier cru de ce pays, des

Le 5 janvier 1839, l’assemblée des actionnaires décide cependant de continuer l’exploitation du bateau jusqu’en décembre 1845 et qu’en fin 1844, une poursuite d’activité sera envisagée ou non. L’intérêt, dès 1839, est abaissé à 4 % et il n’est plus versé aucun dividende avant que le fonds d’amortissement n’atteigne Fr. 15 000. Par la suite, tout va mieux. Au final, l’affaire doit être rentable puisque le bateau est revendu en 1855 pour le prix de Fr. 61 772 à la

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Feuille d’Avis de Neuchâtel | 4 novembre 1824 | BPUN. Depuis 1824, Petitmaître fait régulièrement paraître dans la Feuille d’Avis des annonces publicitaires dans lesquelles il présente au public l’assortiment de son commerce.

Feuille d’Avis de Neuchâtel | 3 février 1825 | BPUN. Petitmaître y rappelle les liens de parentés qu’il a avec Jean Biolley.

Miniatures de Célestine Roulet-Py et David Roulet-Py, legs de Mme Driette Bonhôte-Roulet aux Galeries de l’histoire de Neuchâtel | MAHN.

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dont il est animé. » 86. En étant bourgeois, il peut ainsi demander de devenir membre des corporations. Il paie son achat dans celle des Marchands en 1833 en qualité de négociant ; en 1837, il fait de même avec les Favres, Maçons et Chapuis.

années 1811, 1815, 1822 et 1824 ; de vin rouge de Bourgogne, de blanc Picardan, de Madère, de Xérès, d’Alicante, etc. » 81, à quoi s’ajoutent des liqueurs, des tonneaux, un pressoir en fer qualifié d’excellent, tout le matériel de cave utile tel que laigrefass, tonneaux, cuves, gerles ainsi que des cuves en fer blanc pour conditionner de l’huile. En septembre, il poursuit son mandat en proposant la récolte des vignes 82, soit la production de parchets d’une surface de plus de 51 ouvriers (soit environ 1,8 ha).

Le 9 janvier 1830, il se marie avec Célestine Madeleine Roulet-Py de Peseux, fille de feu David. Née en 1801, elle décède en 1869 87. Son père, David Roulet-Py (1761-1832), était un paysanvigneron de Peseux 88 et justicier de La Côte. A Peseux, les Roulet-Py peuvent être considérés comme des notables du village, alliés entre autres avec des membres de la famille Bonhôte 89, établissant ainsi des liens de cousinages entre les Petitmaître et les Bonhôte. Depuis 1950, leur maison à Peseux est, encore actuellement, celle de la paroisse. Louis-Auguste Petitmaître se lie alors avec une famille bien ancrée dans le terroir et se voit désormais à la tête d’un petit domaine immobilier constitué prioritairement de vignes.

Comme la vente de l’immeuble ne semble pas être conclue, il revient à la charge en octobre en précisant alors que « donnant d’un côté sur la rue Saint-Maurice, et de l’autre sur le Bassin, cet immeuble est dans une des situations les plus avantageuses de cette ville, et est propre à l’exploitation de quelque branche d’industrie. » 83. De simple négociant, Louis-Auguste Petitmaître devient rapidement courtier en immobilier. Régulièrement, il insère des annonces dans la Feuille d’Avis de Neuchâtel pour faire part des marchandises et des actions qu’il propose. Il cherche dans ses publicités à montrer son désir de ne proposer que des produits de qualité. Malgré leur fréquence, ses textes contiennent de petites variations propres à attirer le chaland. On le sent à la recherche d’exclusivités comme « les véritables limes au double pélican » 84. Il se charge aussi de représenter des spécialistes en fonderie tel Félix Billon-Bersot 85.

De leur mariage naissent le 17 octobre 1830 Louis-Edouard ; le 9 avril 1832 Rose-Marie-Aline, qui épousera Jean-Charles Jeanjaquet 90 (1820-1897) qui, associé avec son frère Eugène-Louis 91, avait installé leur bureau au bas du 14, rue du Bassin 92, maison construite par Frédéric et Auguste Jeanjaquet 93 en 1841 ; le 17 avril 1834, Frédéric Auguste mort en bas âge ; le 29 juillet 1839, Jules-Rodolphe qui deviendra pasteur ; le 28 décembre 1841, Adrienne-Elisa qui restera célibataire et qui trouvera une fin tragique dans l’incendie de l’Opéra-Comique de Paris le 25 mai 1887 94, et, le 11 avril 1846, Paul-Emile 95, futur avocat et notaire.

4.4 L’ACCÈS À LA BOURGEOISIE C’est aussi durant cette année 1830 qu’il demande la bourgeoisie de la ville. Pour être agréés au nombre des bourgeois internes et communiers, les candidats voient leur demande passer trois fois devant le Conseil. Ainsi sa candidature est soumise au vote les 24 mai, 7 juin et 21 juin, jour où il peut enfin « être reçu au nombre des bourgeois, ayant été mandé, est comparu, et après avoir solennisé en la forme ordinaire le serment requis, a exprimé au Conseil, par l’organe de Monsieur le Banneret, son parlier, les sentiments de reconnaissance et de dévouement

Dès octobre 1835, sa femme et ses sœurs proposent au public de souscrire auprès d’elles des abonnements au Magasin universel. Le fait qu’il n’y ait dans les annonces aucune adresse laisse supposer une certaine notoriété. Ce titre hebdomadaire, publié sous la direction de savants, de littérateurs et d’artistes, a paru de 1833 à 1840. Pour sa part, Louis-Auguste Petitmaître continue de développer son négoce tout en s’occupant de

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Compte d’Elisa Petitmaître dans le troisième livre de Louis-Edouard Petitmaître | Archives Banque Bonhôte.

Panneau en bois sculpté de style Louis XVI présentant des ceps et une gerle marquée R.P No 5 (Roulet-Py), in situ dans le salon la maison rue de Granges No 8, ancienne maison de la famille Roulet-Py, à Peseux.

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remise de commerce, de vente de houille et de charbon 96, de location d’appartements 97, d’engrais 98, de matériaux de construction 99. Il s’occupe aussi de placer des apprentis ou d’autres employés dans différentes entreprises commerciales 100.

en vente par sa tante Emma Biolley. Dans l’offre de vente, la maison est décrite comme ayant un magasin de plain-pied, des bureaux et magasins au 1er, un logement convenable au 2e et un plus petit au 3e. En fait, il est lui-même chargé de cette vente en collaboration avec les notaires Maret et Humbert. Il implante dès lors son siège commercial au Faubourg du Lac 5, soit une maison de la rangée nord aujourd’hui démolie et remplacée par le bâtiment qui a abrité le service du feu de la ville et de nos jours le magasin design d’une marque de vêtements neuchâteloise.

Sans aucun doute, son réseau d’affaires s’étend de plus en plus et il devient le dépositaire neuchâtelois de certaines manufactures. Par exemple, le directeur de celle d’Ollwiller dans le département du Haut-Rhin dépose chez lui des tuyaux en terre vernissée pour des canalisations 101, de la chaux hydraulique de Soleure.

Dès lors, toutes les activités lui semblent bonnes et on le retrouve désormais commissionnaire dans des ventes de vins, partie prenante dans un service accéléré et journalier de transports entre Genève et le lac de Constance avec des dessertes sur Bâle et Lucerne. Ce Service général de transport suisse recourt aux bateaux à vapeur de la Société du Rhône, aux chemins de fer de l’Ouest,

En 1852, il quitte son appartement du Faubourg pour s’installer à la rue du Bassin 14 102, la maison de son beau-fils Jean-Charles Jeanjaquet où réside aussi Alphonse-Louis de Pury, directeur de la Caisse d’épargne et père du peintre Edmond de Pury 103. De même, il déménage aussi son commerce parce que la maison du Faubourg du Lac No 8 est mise

Jean-Henri Baumann (1801-1858) | No 22 à Neuchâtel (1840 environ) | Lithographie avec double filet d’encadrement ; « H.B » ; in Croquis lithographique | Collection privée. Cette vue montre sur la gauche l’immeuble Bassin No 14 et sur la droite l’aile occidentale du Collège latin puis s’ouvre sur l’entier de la rue du Bassin.

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2 0 0 A N S2 0À0 FAANÇSO N À NFEARÇ O L’NANV E R N I L’ R A| V1E8N1I5R –| 21081155  –  2 0 1 5

Edmond de Pury (1845-1911) | La marchande d’oignons Huile sur toile, signée | Dépôt à la Banque Bonhôte de la caisse de famille Pury.

Affiche publicitaire de la compagnie Le Phénix au nom de Louis Petitmaître | Collection privée.

du Central et du Nord-Est ainsi qu’à des remorqueurs sur les lacs de Neuchâtel et de Bienne. En 1858 104, ses activités de transport s’étendent avec l’aide de la Société soleuroise de navigation à vapeur afin d’établir des liaisons quotidiennes entre Nidau, Neuchâtel et Yverdon et vice versa, avec une desserte d’Estavayer afin de faciliter le transport de marchandises entre des lieux non encore desservis par des gares. C’est aussi cette même année que son fils, Louis-Edouard, est incorporé dans la Compagnie des marchands en qualité de banquier. Comme il travaille avec son père, il est possible d’admettre que les multiples activités qui les occupent comprennent dès lors des opérations bancaires. Sans que celles-ci apparaissent clairement, Petitmaître continue de diversifier son négoce puisqu’il se lance alors dans le commerce de l’épicerie, vendant dès 1859 du riz 105, des pâtes en provenance d’Italie 106, mais aussi des bottines en cuir 107, montrant à l’envi qu’il fait feu de tout commerce tout en enrichissant ses réseaux.

Dès 1863, face à la notoriété grandissante de son fils, il ajoute dans ses annonces publicitaires le mot « père » pour le différencier de son homonyme 108. Des transports aux assurances, il n’y a qu’un pas qu’il franchit allègrement en 1861 en devenant l’agent neuchâtelois de la Compagnie française du Phénix. Il traite désormais toutes les assurances pour ladite compagnie. Dans les journaux, il se recommande « auprès des personnes qui désirent mettre leurs intérêts sous une protection réelle et sérieuse » 109. C’est en 1819 que Charles Xavier Thomas, un ancien garde-magasin des armées d’Espagne sous l’Empire, lance une des premières compagnies d’assurances en France avec le Suisse Jacob Dupan. L’emblème choisi, une aigle aux ailes déployées qui, brûlée par le feu, renaît de ses cendres, évoque sans conteste l’empereur alors exilé à Sainte-Hélène. La Compagnie du Phénix prend racine. Celle-ci s’occupe primitivement d’incendie puis, dès 1844, d’assurances sur la vie.

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Le port de Neuchâtel (1865) | Photographie Bruder Frères, vues stéréoscopiques | Tirage sur papier albumine | AEN, Fonds Favarger. L’Hôtel Bellevue a été inauguré en 1864 et a conservé un toit plat jusqu’en 1873.

La baie de l’Evole (1866) | Photographie Bruder Frères, vues stéréoscopiques | Tirage sur papier albumine | AEN, Fonds Favarger. Cette photographie montre les premiers remblais du comblement de la baie de l’Evole entre 1866 et 1873 qui vont permettre la construction de la rangée sud des immeubles de la Promenade Noire.

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En décembre 1870, montrant son attachement aux œuvres caritatives, il fait partie du comité chargé de récolter des dons pour une vente en faveur des prisonniers français internés dans les forteresses allemandes 110. Sur le plan fiscal, Louis-Auguste Petitmaître « fils de Sigismond, négociant, habitant à la rue du Bassin » 111 paie les impôts suivants : en 1869, il s’acquitte au niveau de l’Etat d’une taxe sur la fortune de Fr. 240 et de Fr. 40 sur le revenu et, pour la ville, de Fr. 504, ce qui correspond à une fortune de plus de Fr. 240 000 et à un revenu déclaré de Fr. 13 500. La même année, à titre de comparaison, le banquier Albert Ferdinand Bovet déclare une fortune de Fr. 44 000, pour laquelle il paie Fr. 44 à l’Etat et un revenu imposable de Fr. 5 350. Pour sa part, Georges-Louis Berthoud, banquier, est à la tête d’une fortune avoisinant les Fr. 770 000 et d’un revenu imposable de Fr. 30 000.

Frédéric-William Moritz (1783-1855) | Neuchâtel, le Bassin vers 1820 (Vue du Môle de la Guillotine) (1822). Aquarelle reproduite calendrier Attinger, 1960. Collection privée.

En quatre ans, Petitmaître voit sa fortune augmenter de Fr. 40 000 puisqu’il paie désormais à l’Etat Fr. 280 pour la fortune (équivalant à un montant de Fr. 280 000) et Fr. 50 pour le revenu. Quant à l’impôt communal, il correspond à Fr. 594, soit à un revenu annuel de Fr. 16 875.

sont les domaines qui l’ont occupé jusqu’à son décès en mai 1874. Il avait 76 ans 114. Jamais il n’est donné pour banquier, mais ses activités diverses de commerçant et la reprise de ses activités par son fils aîné Louis-Edouard ont permis sans doute facilement à ce dernier de revendiquer cette profession, comme cela apparaît clairement dès 1858.

Si l’on tente de comparer ces revenus avec d’autres et que l’on part sur les revenus journaliers d’ouvriers non nourris, on tombe sur des salaires annuels qui tournent autour de Fr. 300 à 400. Pour des ouvriers spécialisés, cela se monte aux alentours de Fr. 1 000 112. En tout état de cause, avoir un salaire mensuel de plus Fr. 1 000 à cette époque place les gens dans les classes moyennes de la société. Un instituteur a alors un revenu imposable de Fr. 1 250. De plus, Louis-Auguste Petitmaître, négociant, possède 8,5 ouvriers de vigne (2 992 m2) sur le territoire de la ville pour lesquels il paie 42 centimes pour les frais de brévarderie (garde des vignes), comme l’atteste un manuscrit qui liste tous les propriétaires de vigne de la Ville 113.

4.5

LOUIS-ÉDOUARD PETITMAÎTRE

Etabli comme banquier lors de son intronisation dans la Compagnie des marchands en 1858, LouisEdouard se lance en politique dès 1860. En novembre de cette année-là, il est en liste pour le Conseil général de la Ville 115. Elu, il est nommé membre de la commission de l’impôt en septembre 1862 116. En sa qualité de député, il se montre actif et sensible aux problèmes économiques, proposant par exemple de placer dans un établissement de crédit un montant de la Ville en attente 117. En 1864, il devient membre de la commission de la taxe municipale 118. En 1864,

Matériaux de construction, outils, ciment, ferrailles, immobilier, céréales, vins, transports, assurances, tels

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rendant très performant. Par achat, il acquiert peu à peu un vignoble sur les territoires des communes d’Auvernier, de Colombier et de Neuchâtel, qui, à sa mort survenue en 1901, s’étend sur plus de six hectares, soit l’équivalent de 172,8 ouvriers.

il sollicite une réélection au sein du parti libéral. Il est désormais donné comme commissionnaire comme son père avec qui il travaille 119. En juin 1865 120, il est nommé au conseil administratif de la Ville, devenant donc conseiller communal, soit membre de l’exécutif de la ville. A ce titre, il entre au conseil d’administration de la Société des eaux 121. Il accède à la présidence du conseil pour l’année 1870-1871 122.

Il transforme la cave d’Auvernier en construisant en 1862-1863 une annexe au sud-ouest de la maison afin d’y placer un nouveau pressoir.

Le 26 novembre 1875, il épouse Berthe Châtenay, fille d’Henri Auguste Châtenay (1815-1901) et de Louise Bouvier (1817- ?). Pour l’anecdote, Henri Auguste Châtenay 123, tout en reprenant l’encavage familial d’Auvernier créé par son grand-père Samuel Châtenay (1752-1818), qui avait parallèlement établi un commerce de textile, donne une nouvelle orientation à l’entreprise familiale. Il abandonne peu à peu le monde des tissus pour créer Les Marchandises générales, maison où le commerce des vins et des liqueurs devient prépondérant. Par voie de conséquence, il modernise l’encavage d’Auvernier, le

On lui doit également la création à la rue de l’Hôpital 12, à Neuchâtel, de l’Hôtel des Caisses, appelé aussi les Mille Colonnes, le Café des 36 billards, le Glaspalast ou le Zwölflikeller, par référence au numéro que la maison porte. Cette pinte, haut lieu démocratique où les bourgeois ne craignent toutefois point d’entrer, se situe au rez-de-chaussée même de la maison, dans une cave profonde dont les arrière-locaux s’étendent jusqu’au pied de la rue des Chavannes.

Louis-Edouard Petitmaître (1830-1895) Photographie Bruder Frères | Papier albuminé | Collection privée. Cliché de l’époque de son mariage avec Berthe Châtenay.

Berthe Chatenay (1842-1902), femme de Louis-Edouard Petitmaître | Photographie anonyme Novembre 1863 | Collection privée.

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La rue de l’Hôpital | Photographie Bruder, vues stéréoscopiques. Tirage sur papier albumine | AEN, Fonds Favarger.

Noce d’or d’Augusta et Louis Châtenay-Bouvier (1887). Collection privée. Louis-Edouard Petitmaître est l’homme le plus grand placé juste derrière le couple Châtenay.

C’est dans ce lieu que se fait la manutention des vins étrangers, leur mise en bouteilles, leur expédition. Les Châtenay y reçoivent en vrac tant des vins de Bordeaux, de Bourgogne que des crus d’Espagne ou du Portugal, qu’ils diffusent ensuite dans toute la Suisse, voire dans le monde entier comme leurs livres de comptes et leurs publicités de l’époque le démontrent.

Née le 4 mars 1842, sa femme, Berthe Châtenay, lui survivra sept ans, décédant à l’âge de 61 ans en 1902 124. Dans l’avis de faire-part, le domicile mortuaire donné est la rue de l’Orangerie 3. En décembre 1884, Louis-Edouard Petitmaître démissionne de son poste d’agent de la Compagnie du Phénix 125, charge à laquelle il avait succédé à son père.

La partie antérieure, meublée de caisses à vin sur lesquelles sont simplement posées des planches où s’assoient les buveurs de passage ou les habitués du lieu, sert de local où l’on débite le vin maison à trente centimes le litre. Précisons que les prix varient d’une année à l’autre en fonction des récoltes et de la qualité. Ils restent cependant inférieurs à ceux pratiqués dans les cercles ou les restaurants des alentours. Par son mariage, Louis-Edouard Petitmaître s’allie donc avec une famille importante de négociants, leur apportant sans doute une aide bancaire bienvenue, comme cela apparaît dans le plus ancien livre conservé dans les archives de la banque.

Parallèlement, il poursuit son travail de commissionnaire, donnant comme adresse pour ses entrepôts le Faubourg du Lac 5 126. En sa qualité de receveur de la Compagnie des Favres, Maçons et Chapuis, il offre à placer le 6 décembre 1877 une somme de Fr. 5 000 127. Toujours présent sur les listes électorales, LouisEdouard Petitmaître, désormais banquier, se voit confirmé dans ses fonctions publiques 128. Ses activités bancaires doivent être discrètes puisque plus

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rien ne transpire dans les journaux. En fait, son nom n’apparaît que sporadiquement lorsqu’avec ses collègues banquiers, Berthoud & Cie, Albert Bovet, Chatelain, Claudon & Cie, DuPasquierPourtalès, Albert Nicolas & Cie, Pury & Cie, de Perrot et Petitpierre, ils informent le public de la fermeture de leurs bureaux 129.

C’est le 24 décembre 1892 que Louis-Edouard Petitmaître s’est porté acquéreur de cette maison 133 qui était à la base l’orangerie de l’Hôtel DuPeyrou. Jean Courvoisier 134 rappelle que la rue de l’Orangerie, perpendiculaire au Faubourg de l’Hôpital, a été percée vers 1859 et bâtie peu après. En fait, cette nouvelle rue traversait la partie sud de l’ancienne propriété DuPeyrou « dont l’orangerie se trouve en bordure d’une ruelle plus ancienne ». Construit sans doute vers 1770 en même temps que l’hôtel, ce bâtiment s’est vu transformé en demeure d’habitation en 1799 par Antoine Silliman. Il établit alors un étage intérieur, modifiant la modénature des grandes baies d’origine en établissant des fenêtres, voire en en murant certaines. Quant aux armes placées sur le fronton, elles sont dues à Charles Silliman et remontent à 1875. Selon C. Matthey 135, « son plus ancien occupant fut Bernard Barrelet, gérant de la Salle de ventes, auquel vint succéder la banque Petitmaître, qui y élut domicile après avoir quitté l’immeuble de la brasserie du Monument [Faubourg

Avec ces mêmes collègues et ceux des autres districts du canton, il est partie prenante dans la souscription publique de 8 000 actions de Fr. 500 de la Banque commerciale neuchâteloise 130 par suite de non-conversion et de non-souscription des actionnaires de la Banque cantonale neuchâteloise en liquidation 131. Sa banque, que l’on peut qualifier de privée, est tout d’abord installée au Faubourg du Crêt ou du Lac [Faubourg du Lac 9] puis dès juin 1893 132 dans l’immeuble de la rue de l’Orangerie 3, alors que son domicile privé se situe à la rue de Vieux-Châtel No 1.

Tante Berthe Petitmaître Châtenay, morte en 1902. Photographie A. Monbaron | Collection privée. Repreneur de l’atelier des frères Bruder, Auguste Monbaron (1852-1915) est photographe à Neuchâtel de 1886-1913. Il est l’un des membres fondateurs en 1886 de l’association suisse des photographes professionnels.

Louis-Edouard Petitmaître (1830-1895) | Photographie Olsommer Collection privée.

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Feuille d’Avis de Neuchâtel | BPUN.

Une page du Grand Livre No 3 | Archives Banque Bonhôte. Ce volume est le seul conservé de la période Petitmaître. Comme il porte le No 3, tout laisse penser que deux autres livres similaires doivent exister.

Ensemble de lettres échangées entre Antenen & Bonhôte et la famille Châtenay entre 1895 et 1901 | Collection privée.

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du Lac 9 136], actuellement imprimerie Seiler, où se trouvait anciennement aussi la pension Engel, tenue par l’ancien concierge du Cercle du Musée, qui alla ensuite tenir le café des Trois-Suisses, à Travers. ».

Après avoir encore été membre du Conseil synodal de l’église neuchâteloise, Louis-Edouard Petitmaître meurt le 1er janvier 1895 141. Comme la raison sociale Louis-Edouard Petitmaître est éteinte suite au décès de son chef, une procuration est conférée à Otto Antenen d’Orpund avant que la banque ne soit reprise le 15 février 1895 sous le nom d’Antenen et Bonhôte, société en nom collectif 142. Même si l’immeuble n’est pas pris en compte dans la succession, les bureaux de la banque restent encore quelque temps à la rue de l’Orangerie dont une partie du rez-de-chaussée était occupée par le bureau de l’architecte Eugène Colomb.

Ses activités doivent bien marcher puisqu’il renonce en décembre 1884 à son poste d’agent de la Compagnie française du Phénix 137. S’il semble avoir quitté ses fonctions politiques, il reste toutefois membre de la commission des finances 138. Il se montre aussi présent dans différentes actions caritatives ainsi que sa femme dans des œuvres d’entraide. Il n’en demeure pas moins actif et dès que des emprunts comme celui de Fr. 1 700 000 à 3,3 / 4 % décrété par le Conseil d’Etat le 12 février 1891 sont émis, il fait partie des établissements où il est possible de souscrire des obligations 139. Désormais, dès qu’un emprunt est lancé par un Etat ou une commune, il est sur les listes des banques où les émissions peuvent être achetées 140.

4.6 SES FRÈRES Jules-Rodolphe Petitmaître devient pasteur 143. Il exerce tout d’abord son ministère à La Brévine avant d’obtenir en septembre 1870 la chaire de

En haut, la maison de l’Orangerie. En bas, la maison d’habitation du couple Petitmaître Châtenay à la rue de Vieux-Châtel.

Faubourg du Lac 9.

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père la représentation de la Société du Phœnix, Paul et son associé Favarger deviennent en juillet 1879 les représentants de la Compagnie d’assurance sur la vie La Genevoise en qualité d’agents généraux pour le canton 150, poste que Paul reprend tout seul en juillet 1880 151. Un nouveau déménagement a lieu en 1880 avec l’installation de l’étude à la rue de la Place-d’Armes 3 au rez-de-chaussée 152. Cependant, le 23 juin 1882, Paul décède dans sa 37e année des suites d’une courte maladie. Il était célibataire. Le domicile mortuaire est au 14, rue du Bassin, l’adresse de son frère Louis 153.

Otto Antenen (1854-1903) | Photographie Bruder Frères, rue de l’Hôpital 17, Neuchâtel | Papier albuminé Collection privée.

Couvet 144, où il meurt le 21 novembre 1926 145 après avoir pratiqué durant de longues années son ministère avant de se vouer, lors de sa retraite, à de nombreuses œuvres caritatives. Quant à Paul Petitmaître, il annonce le 30 juillet 1870, avec Philippe Favarger, son associé, l’ouverture de leur étude d’avocats à la rue des Epancheurs 8 146. Mobilisé en 1870, Paul fait part de son retour à la vie civile le 9 janvier 1871 ; désormais, il est avocat et notaire 147. En janvier 1872, Petitmaître et Favarger informent leur clientèle de leur nouvelle adresse, rue de la Place-d’Armes 7, dans la maison de la préfecture au 1er étage 148. Dès lors, la Feuille d’Avis fait part de nombreuses annonces pour des locations, des ventes, voire de comptes rendus de tribunaux pour lesquels l’étude est impliquée. En 1874, ils transfèrent à nouveau leurs bureaux en s’installant à la rue du Môle 3. Philippe Godet les rejoint en qualité d’associé. En 1879, l’étude redéménage et s’installe à la rue du Bassin 2 149. Comme son frère qui a repris de son

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5 | DE LA BANQUE ANTENEN & BONHÔTE À L A B A N Q U E B O N H Ô T E & C IE La première mention de cette banque sous cette raison sociale qui succède à l’établissement de Petitmaître apparaît donc dans la Feuille officielle suisse du commerce en date du 15 février 1895. on la retrouve dans la Feuille d’Avis le 15 avril 1895 et, dès le 17 juillet 1895, otto Antenen et Paul Bonhôte proposent à leur clientèle de souscrire sans frais à l’emprunt chinois à 4 % or garanti par le gouvernement russe, dont l’émission débute le 19 juillet 154.

Le 13 mai 1897, c’est au tour de l’emprunt autrichien à 3,5 %, dit « emprunt d’investition », d’être annoncé 155. Il est suivi de celui à 4 % de la ville de Vienne de 1898, de 60 millions de couronnes 156. S’ensuivent les obligations à primes du théâtre de Berne 157, la rente hongroise à 4 % exempte d’impôts 158, l’emprunt à lots du canton de Fribourg 159. Une des activités primordiales des banques de l’époque était le placement d’emprunts auprès de la clientèle locale.

otto Antenen était le caissier de Louis Petitmaître alors que Paul Bonhôte avait été formé chez La Roche & Cie, banquiers à Bâle. Il existe dans les archives de la banque l’inventaire relatif à la succession Petitmaître, au 31 janvier 1895, dressé d’après la remise qui en a été faite par la maison Antenen et Bonhôte. Les actifs s’élèvent alors à Fr. 300 470 et les passifs à Fr. 206 700, ce qui laisse un excédent d’actif de Fr. 93 370. Ne sont pas compris dans la reprise les biens immobiliers de feu Louis Petitmaître, à savoir la maison de la rue de l’orangerie, des vignes aux Combes de Peseux, des polices d’assurance et divers titres.

Le 24 juillet 1903, otto Antenen décède dans sa 49e année après une longue et pénible maladie 160. Immédiatement, la raison sociale change. Paul-Jules Bonhôte et Charles-François Bonhôte, son père, domiciliés le premier à Neuchâtel et le second à Peseux, créent le 1er octobre 1903 la société en commandite Banque Bonhôte & Cie. Ils transfèrent leurs bureaux à la rue du Môle No 1, au rez-de-chaussée 161. PaulJules Bonhôte est le seul associé indéfiniment responsable et son père, Charles François Bonhôte, l’associé commanditaire pour une commandite de Fr. 200 000 162.

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Lettre envoyée par Antenen & Bonhôte à Berthe Petitmaître Châtenay du 25 octobre 1898 | Collection privée.

Extrait de compte courant sur du papier à lettres au nom de Petitmaître biffé et remplacé au tampon encreur par Antenen & Bonhôte en date du 31 décembre 1897. Collection privée.

Vue de la Ville depuis le chemin de Maujobia (1903). Photographie anonyme | AEN, Fonds Favarger.

Rue du Môle No 1.

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transformée et aménagée par les Bonhôte pour y établir leur banque. Porte d’entrée, hall, guichets, salle des coffres, tout est pensé pour donner à l’ensemble un caractère de solidité et de sobriété digne d’une banque privée. Propriété avant son acquisition par Paul Bonhôte de membres de la famille Pourtalès, cet immeuble « de rapport » a été dessiné en 1850 par Louis de Wesdehlen, ambassadeur de Prusse en Roumanie puis au Wurtemberg, dont la femme était une Pourtalès. Ce dessin – intéressant car datant d’avant l’ouverture de la porte sur la rue Pury – est exposé dans le hall d’entrée de la banque.

Suite à ce déménagement, leurs anciens bureaux de la rue de l’Orangerie sont proposés à la location pour le 24 juin 1904. Les intéressés devaient prendre contact avec Samuel Châtenay, rue de l’Hôpital 12 163. La banque demeure à la rue du Môle No 1 jusqu’en août 1929. Ce mois-là, elle s’installe dans ses locaux de la rue Pury No 1 164, où elle restera jusqu’en 1999. Tant la rue du Môle que la maison de la rue Pury résultent des dispositions générales établies par Achille Leclère 165 en 1844 pour lotir les terres gagnées sur le bord du lac suite au détournement du Seyon. Mises en œuvre par Dietrich puis Louis Châtelain dès 1845, les constructions de cet ensemble s’effectuent entre 1853 et 1865 pour le compte de quelques privés mais surtout pour la Société de construction. En 1928-1929, la maison rue Pury 1, due à Louis Chatelain, est entièrement

5.1 BANQUIERS PRIVÉS Si l’on se réfère à la définition d’Alfred E. Sarasin, « le banquier privé est un entrepreneur du secteur bancaire privé qui exerce ses activités en utilisant son propre capital, en tablant sur sa responsabilité

Plan d’aménagement de la salle des guichets dans l’immeuble de la rue Pury 1 | Archives Banque Bonhôte. En 1929, l’installation de la Banque à la rue Pury exige d’importants travaux d’aménagement dont tous les plans sont conservés.

Plan d’aménagement de la porte d’entrée de la banque sur la rue Pury | 14 février 29 | Archives Banque Bonhôte.

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Louis de Wesdehlen (1833-1904) | La rue Pury et la rue du Musée (1850 environ) | Aquarelle | Collection privée.

illimitée engageant la totalité de son patrimoine et en usant de son pouvoir de décision autonome. » 166. Cette définition correspond totalement à la situation des Petitmaître, Antenen et Bonhôte, même si la banque n’adhère pas à l’Association suisse des banquiers privés 167, eu égard à son caractère régional, comme cela est attesté dans ses archives.

Les formes de sociétés, entreprises individuelles ou sociétés de personnes, choisies par les banquiers privés ont en commun l’esperluette (&). Ce symbole marque la responsabilité illimitée du banquier, son engagement total dans son entreprise, au cœur de laquelle se trouvent ses clients et leurs intérêts.

En Suisse, la Loi fédérale sur les banques 168 définit le terme « banquier privé ». Il s’agit des banques qui revêtent la forme juridique de la raison individuelle, de la société en nom collectif, en commandite ou en commandite par actions. Le statut particulier conféré aux banquiers privés se justifie par la présence dans leurs rangs d’un ou de plusieurs associés indéfiniment responsables des engagements de la banque.

5.2 LES AUTRES BANQUES PRIVÉES DE NEUCHÂTEL Au cours du xixe siècle, d’autres banques privées voient le jour en ville de Neuchâtel. Jean Berthoud 170 cite les établissements suivants : 1846 : Pury & Cie qui sera reprise par la Société de Banque Suisse ; 1849 : Berthoud & Cie, avec maison sœur à Paris et succursale à Leysin, reprise en 1922 par le comptoir d’escompte de Genève 171 ; 1863 : DuPasquier, Montmollin & Cie, devenue depuis 1962 Union de Banques Suisses ;

Pour l’Association suisse des banquiers privés, « l’expression “banquier privé” évoque l’idée de libre entreprise, de personnalités indépendantes, d’une tradition bien ancrée, de discrétion et d’ouverture sur le monde. » 169.

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compte parmi eux de très nombreux notaires, mais aussi des pasteurs et des hommes politiques, qui conservent des liens étroits avec la viticulture en qualité de propriétaires terriens.

1885 : Perrot & Cie, reprise et liquidée par la banque DuPasquier et Montmollin en 1942 ; s.d. : Nicolas & Cie, qui fait une faillite frauduleuse en 1903 ; s.d. : Bovet et Wacker, spécialisée dans les effets de change et liquidée vers 1930 ; 1926 : Courvoisier & Cie, transformée en société anonyme en 1970.

Dans la lignée des banquiers, suite au décès de son père Charles François Bonhôte (1832-1912), Paul-Jules Bonhôte devient associé indéfiniment responsable le 1er janvier 1913. Comme commanditaires apparaissent ses sœurs, Amélie-Rose Bonhôte et Virginie Eugénie, née Bonhôte, épouse d’Alfred Bellenot, chacune pour Fr. 50 000. La banque est entièrement une histoire de famille !

En plus des noms cités, les noms de DuPasquier et Pourtalès, de Perrot et Petitpierre apparaissent comme banquiers dans les avis de fermeture de bureaux à l’occasion de jours fériés 172.

Paul Bonhôte 174 est né à Neuenkirchen en Autriche 175 le 22 mai 1868, ville où se trouvait une immense fabrique d’indiennes fondée par des Neuchâtelois, qui appartenait à un DuPasquier puis à son gendre George Berthoud-DuPasquier, lui-même fondateur de la banque Berthoud de Neuchâtel. Tout permet de penser que son père,

5.3 PAUL ET CLAUDE BONHÔTE Selon le DHS 173, la famille Bonhôte est originaire de Peseux, dont Claude (†1504) est le premier cité d’une généalogie bien établie. Les Bonhôte exercent surtout des professions libérales ; on

Charles François Bonhôte (1832-1912) | Né et mort à Peseux Collection privée.

Charles L’Eplattenier (1874-1946) | Le colonel Paul-Jules Bonhôte en train de prêter serment (sur la droite de l’image). Peinture murale, Château de Colombier.

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Paul-Jules Bonhôte | Collection privée.

Médaille remise à Paul Bonhôte en lien avec sa présidence du Grand Conseil en 1923 | Collection privée.

Charles François Bonhôte, ait pu être à Neuenkirchen, où il est actif de 1855 à 1886, l’un des collaborateurs d’un Berthoud, arrière-grandpère de Jean Berthoud, voire un associé puisqu’il est membre du conseil d’administration de 1871 à 1886 176.

sollicitations de ses amis, il abandonne son poste tout en continuant de siéger au législatif dont il devient le doyen. Dans la lignée des grands libéraux neuchâtelois, qui se sont distingués par leur amour du pays, leur clairvoyance et leur désintéressement, pendant vingt-sept ans soit de 1904 à 1931, il est député au Grand Conseil qu’il préside en 1923.

A Neuchâtel, Paul Bonhôte a marqué de sa forte personnalité la vie locale du premier tiers du xxe siècle. Etabli dans la Maison Grise à Peseux dès 1913 après avoir habité la ville, il témoigne immédiatement beaucoup d’intérêt pour la chose publique. Cette maison qu’il hérite de son père et où celui-ci s’était installé après son retour de Neuenkirchen, a été construite dans les années 1872-1874. Dès son établissement dans ce village et jusqu’en 1919, il est membre du Conseil général, autorité qu’il abandonne pour entrer au conseil communal. Pendant onze ans dont neuf en qualité de président, il dirige l’exécutif communal à la tête de plusieurs dicastères. En 1930, pour des raisons de santé, malgré les nombreuses

Eu égard à son expérience de banquier, ses prises de position sur les questions financières sont toujours bien accueillies. Financier avisé, il ne compte pas son temps pour ses affaires sans pour autant négliger les œuvres caritatives et philanthropiques pour lesquelles il se dépense sans ménagement. Sur le plan militaire, il atteint le grade de colonel au cours de la Première Guerre mondiale, prenant le commandement de la brigade d’infanterie 4. Il préside aussi de nombreux conseils d’administration

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chef, et le don d’autorité (…) sachant se faire aimer tout en se faisant obéir », ajoutant que « fin psychologue, il savait se montrer sévère, mais juste, et menait ses subordonnés en faisant toujours appel aux meilleurs de leurs sentiments, en éveillant dans les âmes et les cœurs l’enthousiasme pour une grande et belle cause ennoblissant la vie. »

et siège au comité directeur de l’Association suisse des banquiers. Il est aussi l’un des fondateurs de la bourse de Neuchâtel. Quant à son établissement bancaire, il le dirige jusqu’à sa mort « en y exerçant ses qualités de grand honnête homme, de financier sûr et clairvoyant, honorant les plus vieilles et les meilleures traditions de la banque neuchâteloise, privée et indépendante. Ses solides qualités professionnelles le firent appeler à la présidence de conseils d’administration d’autres entreprises, financières ou commerciales qui, toutes, prospérèrent grâce à ses judicieux conseils. » 177.

Il meurt le 23 août 1936, laissant la banque entre les mains de son fils Claude. Après un apprentissage à la banque Sarasin de Bâle, celui-ci était entré dans l’établissement le 1er octobre 1924, tout d’abord comme employé, puis, dès le 1er janvier 1928, comme fondé de pouvoirs et enfin en qualité d’associé à partir du 1er janvier 1932.

La chronique mortuaire du Messager boiteux est dithyrambique. Elle lui octroie une éminente qualité : « l’indépendance d’esprit, alliée à sa probité lui firent faire une politique belle et propre et lui acquirent une immense popularité en même temps qu’un grand prestige moral. » Elle lui accorde encore « l’âme d’un

Alice Peillon (1888-1983) | La maison grise | Dessin à la mine de plomb, signé et daté 1960 | Collection privée.

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Se trouvant seul à la tête de la banque, Claude Bonhôte écrit le 19 septembre 1936 à sa tante, Madame Alfred Bellenot, en sa qualité de commanditaire. Dans sa lettre, il précise qu’il reste l’unique associé indéfiniment responsable de la banque et qu’il est disposé à poursuivre seul la direction de la banque « si les commanditaires veulent bien continuer à me garder la confiance qu’ils ont toujours témoignée à mon père depuis la mort de grand-papa Bonhôte en 1912. »

RÈGLEMENT DE 1903 DE LA BANQUE BONHÔTE & CIE À NEUCHÂTEL Constitution : La Banque Bonhôte & Cie a été constituée le 1er octobre 1903 sous sa raison sociale actuelle. Elle a repris l’actif et le passif de la Banque Antenen & Bonhôte lors du décès de M. Otto Antenen. Cette dernière avait elle-même repris la suite des affaires de la maison Louis Petitmaître le 15 février 1895.

Après avoir rappelé son parcours professionnel, il lui demande si elle veut bien laisser sa commandite de Fr. 50 000 ou si elle en souhaite le remboursement, tout en soulignant que son cousin, Eric DuBois, fils d’Amélie DuBois-Bonhôte, est aussi commanditaire pour Fr. 50 000.

But : toutes opérations de banque, en particulier la garde et la gestion de titres et tout ce qui s’y rattache. Siège : Neuchâtel rue Purry 1

Il stipule aussi : Durée : indéterminée Mon père avait fait une mise de fonds de Fr. 100 000 dans la Banque. Je ferai moi-même une mise de fonds de Fr. 50 000 et ma mère deviendra commanditaire de la Banque, pour les Fr. 50 000 restants, d’entente avec les héritiers de feu Paul Bonhôte.

Capital : société en commandite au capital de Fr. 200 000. Apport de Fr. 100 000 de Monsieur Paul Bonhôte ; commanditaire : Mme Alfred Bellenot-Bonhôte pour Fr. 50 000 et Mme Amélie DuBois-Bonhôte pour Fr. 50 000 Associés : indéfiniment responsables : Monsieur Paul Bonhôte, banquier de & à Peseux né le 22 mai 1868 ; Monsieur Claude Bonhôte, son fils, banquier de & à Peseux né le 9 mai 1903 (entré comme associé le 1er janvier 1932 (Voir FOSC du 22 janvier 1932)).

Il lui propose de maintenir l’intérêt minimum à 4,5 % tout en espérant élever rapidement ce taux. La banque est dans une situation financière saine. Il s’efforcera de la gérer avec prudence pour suivre la réputation et la tradition établie par son père. Il ne cache pas qu’il n’offre pas la même surface financière que son père. Il a 33 ans et, dit-il : « on ne peut pas prétendre de nos jours avoir déjà acquis une fortune. »

Attribution : les associés ont plein pouvoir pour la direction et la gestion des affaires. Répartition du bénéfice : les associés ne touchent pas de traitement fixe. Ils se répartissent le bénéfice d’entente entre eux après versement d’un intérêt de 4,5 % l’an minimum aux commanditaires, et après avoir effectué les amortissements et les provisions qu’exige une prudente gestion des affaires. Neuchâtel le 16 avril 1935.

Parallèlement, il envoie une missive similaire à son cousin germain Eric DuBois où il développe la même argumentation. Par retour de courrier, ses parents lui accordent leur confiance et les commandites existantes perdurent. Il peut donc poursuivre ses activités avec une certaine sérénité, même si les années qu’il traverse ne sont pas toutes roses, comme nous le verrons plus loin.

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Agissant avec prudence, Claude Bonhôte est devenu dans le sérail local une des personnalités qui connaissait le mieux l’économie et la finance du Bas du canton. A titre d’exemple, il est contrôleur des comptes du Crédit foncier neuchâtelois. A plusieurs reprises, il est le porte-parole de l’Association cantonale des banques neuchâteloises. En sa qualité de gestionnaire avisé, il préside aussi de 1954 à 1968 la Compagnie des tramways, alors entreprise privée. Il est aussi membre de la Compagnie des marchands où il occupe le poste de secrétaire.

Avec l’appui de sa famille proche, frères et sœurs, telle Isabelle (1902-1965) qui y travaille comme employée au service des coupons, oncles et tantes puis neveux, il va donc diriger la banque pendant 63 ans jusqu’à sa vente au groupe Cortaillod 178 à fin 1987. Célibataire, il habite comme son père à Peseux dans ce qu’il est convenu d’appeler la Maison Grise, cette demeure familiale où la mort le trouve le 16 décembre 1988, soit quelques mois seulement après avoir pris sa retraite. Il était dans sa 86e année. Un article paru à sa mort 179 rappelle qu’il a voué sa vie à la banque où il était entré à l’âge de vingt-trois ans et qu’il dirigea dès ses trente-trois ans pendant plus de cinquante ans. La notice précise qu’il s’est entièrement consacré à son établissement, lui accordant toute son énergie, lui permettant de croître et de prospérer avec une retenue et une discrétion toute neuchâteloise.

Sur le plan caritatif, avec une générosité et un dévouement remarquable, il préside dès 1960 le Comité administratif du Foyer de La Côte de Corcelles où il siégeait déjà depuis quelques années. A ce poste, c’est lui qui s’occupe de recruter le personnel, de la directrice aux gouvernantes, donnant l’adresse de la banque pour les lettres de postulation.

Isabelle Bonhôte (1902-1965) | Collection privée.

Denise Bonhôte (1909-1989) | Collection privée.

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Claude Bonhôte {1903-1988) | Collection privée.

La maison grise de Peseux | Collection privée.

Souffrant d’une rétinite pigmentaire et devenu presque aveugle, il a poursuivi toutes ses tâches avec une énergie hors du commun, mettant de côté ses propres difficultés physiques pour s’occuper des nécessiteux et des malades, cherchant toujours à leur apporter du réconfort. Les derniers mois de sa vie, il les passe dans la Maison Grise, la propriété de la famille, où sa sœur Denise (1909-1989) s’occupe de lui, restant jusqu’à son dernier souffle un exemple de droiture et de probité.

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Par exemple, depuis la reprise de la banque par Antenen & Bonhôte, puis par Bonhôte seul, les membres de la famille Petitmaître, tant à titre privé qu’en hoirie, continuent de faire gérer leur patrimoine par la banque. A la lecture des bilans, on peut relever que leur fortune s’accroît chaque année. A titre personnel, en 1901, l’un d’entre eux, pasteur, retire des encaissements de l’Hospice de Perreux, des Chemins de fer lombards, de Séville Xérès, des emprunts obligataires de Madrid, de Saragosse, d’Alicante, de la Ville de Naples, de la Société suisse d’industrie électrique, du Crédit foncier neuchâtelois, de la Métairie Amiet, de la Banque commerciale neuchâteloise, des Chemins de fer méridionaux, de l’immeuble Sandoz-Travers, de la Bâloise Incendie, de la Neuchâteloise assurance, des Spanisch Téléphone, d’Electricité suisse et finalement de ce que Otto Antenen leur doit encore pour son rachat de la banque. Cette liste est représentative de la diversification des portefeuilles. En fait, les obligations sont majoritaires. Elles découlent d’emprunts de villes, voire de pays, de banques, de sociétés

Les archives 180 anciennes de la banque ne sont pas sérielles et ne remontent pas au début de son activité. A titre d’exemple, il ne subsiste de la période Petitmaître que le troisième grand livre, qui permet de suivre les activités que Louis Petitmaître a déployées entre 1875 et son décès en 1895. En revanche, dès la période Bonhôte, tous les livres sont présents. Toutefois, la correspondance n’est que fragmentaire et ne concerne que les relations familiales et amicales de Paul et Claude Bonhôte. En analysant ces registres, il est possible de comprendre le fonctionnement de l’établissement qui se charge prioritairement de transactions sur des titres, actions et obligations pour le compte de ses clients, tout en s’insérant dans un réseau bancaire national et international. En cherchant à cerner les cercles de domiciliation de la clientèle, on peut être frappé par le caractère local, voire même familial, de la clientèle.

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Livres des comptes-courants | Archives Banque Bonhôte.

Le Grand Livre No 3 | Archives Banque Bonhôte. Ce registre est le seul conservé de la période Petitmaître.

Page répertoriant actions et obligations | Archives Banque Bonhôte.

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Obligation Séville Xéres Cadix, émission de 1872 | Collection privée. Suivi des coupons relatifs à ces obligations déposées chez Petitmaître entre 1886 et 1897.

de transport et d’électricité, d’assurances, à quoi s’ajoutent des titres locaux. Elles reflètent un état d’esprit où, à l’époque, la confiance est donnée aux industries qui sont synonymes de progrès : chemins de fer, réseaux électriques, etc. Les rendements sont relativement stables et oscillent entre 3 et 5 %. La banque se charge d’encaisser les coupons, de vérifier les échéances, de réclamer les remboursements. Elle propose aussi d’investir dans certains domaines, suggérant les placements à ses clients. Elle prélève au passage des commissions dûment établies.

Genève ; Duval & Cie à Genève ; Frey & La Roche à Bâle ; Georg Hauch & Sohn à Francfort am Main ; Banque cantonale de Bâle ; A. Iselin & Cie à New York ; Mendelssohn & Cie à Berlin ; Marcuard & Cie à Paris ; Weibel & Cie ; A. Rufter and Sons, Londres ; Banque cantonale neuchâteloise ; G. Ormonds & Cie Genève ; Swiss Bankverein Londres. A la lecture de ces noms, on remarque aisément que les banques privées dominent et qu’au-delà du canton et de la Suisse, le réseau s’étend tant en Europe qu’aux Etats-Unis.

Grâce à ses relations avec d’autres établissements bancaires, Bonhôte & Cie est en contact avec les institutions suivantes : Banque d’Epargne de Colombier ; Banque du Locle ; Banque de Paris et des Pays-Bas ; Banque d’escompte et de dépôts, Lausanne ; Banque commerciale à Bâle ; Banque commerciale neuchâteloise ; Banque fédérale à Berne ; idem à Bâle ; idem La Chaux-de-Fonds ; Crédit du Léman à Vevey ; Coulon & Berthoud à Londres ; Crédit lyonnais à Paris ; Darier & Cie à

6.1 LE PATRIMOINE VITICOLE BONHÔTE A titre privé, Paul Bonhôte gère le patrimoine familial, aussi bien financier que viticole. Selon une tradition neuchâteloise bien ancrée, il était normal pour les familles bourgeoises de posséder des vignes, sources il est vrai, pendant des siècles, de

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richesse. Toutefois, depuis le xixe siècle, les bénéfices que l’on pouvait retirer de cette culture se sont fortement amoindris. Il faut dire que successivement l’apparition des maladies comme l’oïdium, le mildiou puis le phylloxéra, mais surtout l’augmentation des coûts de la main-d’œuvre ont totalement modifié les rendements que la vigne pouvait apporter.

père Paul. L’ensemble des vignes qui constituaient à la base le domaine Bonhôte s’étendait encore sur une cinquantaine d’ouvriers de 352 m2, soit environ 17 600 m2. Sans aucun doute, ce domaine du xxe siècle n’est qu’un reliquat en comparaison avec les terres possédées aux siècles précédents, mais il conserve une valeur symbolique aux yeux de ses propriétaires.

Si Paul Bonhôte prenait quelques jours de congé pendant le temps des vendanges, son fils Claude s’occupait de tenir une comptabilité rigoureuse de la gestion des vignes familiales. Celle-ci, conservée dans ses livres de correspondance privée, détaille les comptes de gestion de ce patrimoine de 1926 à 1955.

Historiquement, à Peseux, les Bonhôte étaient une famille d’agriculteurs et de viticulteurs, propriétaires de nombreuses terres. Au gré du temps, occupant diverses charges au sein de la communauté villageoise, ils se sont peu à peu éloignés du secteur primaire, comptant en leurs rangs de nombreux notaires et greffiers, signe d’une ascension sociale évidente.

Ainsi il tient la comptabilité de Madame Alfred Bellenot, sa tante, puis celle de son fils Charles Bellenot, celle d’Amélie DuBois puis de son fils, Eric DuBois, celle de Cécile Bonhôte, fille de CharlesFrédéric Bonhôte (1861-1928), et celle de son

Au début, le produit des vignes était vendu au cousin Charles Emile Bonhôte (1867- ?), propriétaire du château de Peseux 181, qui s’occupait de

Comptes de vignes | Archives Banque Bonhôte.

Gerle d’Emile Bonhôte, propriétaire du Château de Peseux. Collection Banque Bonhôte.

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Le château de Peseux.

l’encaver. A cette époque, seule la partie orientale et ses annexes étaient encore propriétés de la famille Bonhôte qui était devenue châtelaine suite au mariage le 28 février 1791 de David-François Bonhôte (1762-1832) avec Jeanne Marie Charlotte Sergeans (1769-1834), qui avait apporté le château en dot. Grâce à cette comptabilité très précise qui détaille tous les frais inhérents à la culture des vignes, il est possible d’élaborer quelques graphiques qui montrent à l’envi que la culture de la vigne est devenue au cours du xxe siècle très souvent déficitaire. A ce titre, l’exemple des parchets appartenant en propre à Paul Bonhôte, puis depuis 1936 à ses héritiers, est explicite. Les pertes d’exploitation sont plus importantes que les bénéfices. Cet état de fait rappelle une situation plus générale propre au vignoble neuchâtelois durant le xxe siècle. Jusque-là, la propriété viticole est fort morcelée. Nombreux sont encore

Le Château de Peseux | Dessin à la mine de plomb signé et daté. Collection privée.

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Coût, rapport et rendement financier (pertes et profits) des vignes de Paul Bonhôte et ensuite de ses hoirs. 16 ouvriers de vigne de 1926 à 1930 ; 15, de 1931 à 1936 et ensuite 7 ouvriers. fr. 6 000.00

Frais globaux Rapport Bénéfice

fr. 5 000.00

fr. 4 000.00

fr. 3 000.00

fr. 2 000.00

fr. 1 000.00

fr 0.-

fr. -1 000.00

fr. -2 000.00 1920

1925

1930

1935

1940

1945

1950

1955

1960

Rendement en gerles de blanc et prix de vente unitaire des gerles de vignes de Paul Bonhôte puis de ses hoirs. 15 ouvriers de vigne de 1926 à 1930 ; 15, de 1931 à 1936 et ensuite 7 ouvriers. Ouvriers

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Gerles b Prix / g

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0 1920

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1945

1950

1955

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6.2 LA RÉPARTITION GÉOGRAPHIQUE DE LA CLIENTÈLE AU DÉBUT DU xxE SIÈCLE

les propriétaires de parchets, souvent même de petites vignes de moins de 500 m2, dont les frais de culture dépassent de loin le produit des ventes de raisins espérées. Seuls ceux qui les cultivent eux-mêmes, sans compter leur temps ni leur peine, s’y retrouvent. Tous ceux qui font cultiver leurs parchets par des vignerons-tâcherons accumulent des pertes, à moins qu’ils ne soient, en plus d’être vignerons, encaveurs. En fait, seule la commercialisation du vin permet de compenser les charges de la culture.

A partir des archives, il est très aisé de mettre en évidence que la clientèle de la banque est prioritairement suisse (91 %) et que ceux que l’on pourrait considérer comme étrangers représentent tout d’abord des établissements bancaires relais ou des Suisses établis à l’étranger.

Jusqu’en 1942, le paiement de la vendange se faisait selon un prix unitaire fixé avant récolte, basé sur le nombre de gerles récoltées sans tenir compte de la qualité du raisin. Il résulte de cette pratique que, d’une vigne à l’autre, en fonction de la culture, la teneur en sucre du raisin pouvait varier de manière significative et que les propriétaires avaient tout intérêt à produire le plus possible. Pour pallier ces différences et récompenser les vignerons qui recherchaient la qualité, dès 1943, il est désormais décidé de payer les gerles en fonction des degrés Oeschlé du raisin. Plus ils sont élevés, plus le prix d’achat est haut. Il faut encore rappeler que le prix d’achat variait fortement d’une année à l’autre en fonction prioritairement des quantités récoltées. Le graphe ci-dessus le montre à l’envi. Avec l’instauration d’un paiement à la qualité et non plus à la quantité, on assiste à une stabilisation des prix.

En affinant le regard (voir graphe suivant) sur la clientèle suisse, on remarque aisément qu’elle est prioritairement neuchâteloise, montrant clairement que le rayonnement de la banque s’exerce dans un cadre géographique bien défini et essentiellement local. Toutefois, il est amusant de signaler l’attachement à l’établissement de familles protestantes des communes fribourgeoises du sud du lac de Morat, même si leur nombre n’est pas suffisamment significatif pour apparaître en pourcentage. Ces relations d’affaires, qui se prolongent sur trois, quatre, cinq générations, puisent leur origine dans les contacts privilégiés entretenus tant avec Paul Bonhôte qu’avec son fils Claude. Lors de sa formation à Bâle, ce dernier s’est lié d’amitié avec de nombreuses personnes dont les familles sont toujours restées fidèles à la banque. Il est autorisé de dire qu’une bonne partie de la clientèle de la banque est issue de liens de parenté ou de voisinage.

En tout état de fait, pour les Bonhôte, la conservation de leurs vignes était davantage un plaisir qu’une affaire rentable. Sans doute étaient-ils heureux de pouvoir boire « du leur ». Quand Emile Bonhôte cesse de vinifier au château de Peseux, ils s’approchent tout d’abord d’Henri Schelling, propriétaire des Caves du palais à Neuchâtel, puis d’Aloys de Montmollin au château d’Auvernier afin de leur confier leur vendange.

Dans cette représentation graphique sont aussi prises en compte les institutions bancaires avec lesquelles la banque est en relation d’affaires. Les banques privées genevoises, bâloises et zurichoises ne sont pas portion congrue. Par là même, nous pouvons dire que la Banque Bonhôte s’insère dans le réseau des établissements bancaires privés et que Paul Bonhôte entretient des relations étroites avec ses confrères comme certaines de ses lettres le démontrent clairement.

Il y a dans cette pérennité viticole une sorte d’attachement à un passé révolu qui a quelque chose de touchant !

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La part de la Suisse par rapport à l’Europe (1901-1905).

Répartition de la clientèle entre cantons suisses (1901-1905).

Suisse 91 %

Italie 1 %

Aarau 0 %

Vaud 2 %

Allemagne 1 %

Russie 1 %

Bâle 3 %

Zurich 79 %

Angleterre 1 %

Berne 3 %

Divers 9 %

France 5 %

Genève 3 %

Neuchâtel 79 %

Répartition géographique de la clientèle dans le canton de Neuchâtel, par district, au début du xxe siècle.

En affinant encore le regard sur la clientèle neuchâteloise, on remarque fort bien que celle-ci habite prioritairement le district de Neuchâtel (69 %) et celui de Boudry (25 %) où les Subiéreux, les habitants de Peseux, prédominent. Les Montagnes et les Vallées ne représentent alors qu’un 6 % ! Pour Peseux (district de Boudry), on sent indubitablement l’influence de Paul Bonhôte sur ses concitoyens et la place que sa famille occupe, en l’occurrence depuis des siècles, dans ce village de l’ouest de Neuchâtel

6.3 LE FONCTIONNEMENT DE LA BANQUE Par essence, selon ses statuts, la banque s’occupe de toutes les opérations de banque avec une préférence pour la garde et la gestion de titres et pour tout ce qui s’y rattache. Elle n’a jamais émis d’obligations ni accepté de dépôts d’épargne. Elle se charge

Boudry 25 %

Val-de-Ruz 1 %

La Chaux-de-Fonds 1 %

Val-de-Travers 3 %

Le Locle 1 % Neuchâtel 69 %

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de gérer des portefeuilles d’actions et d’obligations tout en conseillant ses clients dans les choix et les opportunités à saisir.

catégorie des banquiers privés ne faisant pas appel au public pour obtenir des dépôts de fonds. En effet, la banque ne se permet aucune publicité si ce n’est, une fois par an, une petite circulaire réclame envoyée pour la forme, surtout à sa clientèle, à laquelle elle est prête à renoncer si la Commission fédérale des banques l’exigeait.

Si les employés sont rémunérés, les associés qui ont plein pouvoir pour la direction et la gestion des affaires ne touchent pas de traitement fixe. Ils se répartissent le bénéfice d’entente entre eux après versement d’un intérêt de 4,5 % l’an minimum aux commanditaires, et après avoir effectué les amortissements et les provisions qu’exige une prudente gestion des affaires. Selon le bilan, les comptes courants créanciers à vue ne représentent que Fr. 400 000 environ en chiffres ronds, qui sont couverts par Fr. 225 000 de fonds propres.

6.4 ACTIONS ET OBLIGATIONS Entre 1900 et 1935, il est aisé de suivre sa politique en lien avec les titres. Si nous regardons quels types d’obligations elle offre et défend, on se rend compte qu’elle propose prioritairement à ses clients de placer leur argent dans des emprunts d’Etats ou de villes. Elle leur suggère aussi d’investir de manière systématique dans des obligations en lien avec le développement des réseaux de chemins de fer ou électriques.

Cette manière de concevoir les affaires pousse Paul Bonhôte à demander à la Commission fédérale des banques, le 18 mai 1935, d’être transféré de la catégorie de banquiers privés faisant appel au public pour obtenir des dépôts de fonds dans la

Un des grands livres des titres | Archives Banque Bonhôte.

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Répartition géographique des obligations détenues par la Banque entre 1900 et 1930.

Parmi quelques exemples, citons les obligations de la Banque belge des chemins de fer de 1896 à 3,5 %, les Chemins de fer andalous de 1880 à 3 % mais aussi localement le Chemin de fer franco-suisse de Neuchâtel à 3 %. Du côté de l’électricité, relevons l’Energie électrique du littoral méditerranéen de 1906 (4 %), les Usines électriques de la Lonza (5 %), l’Elektricität AG 1901 Nürnberg (4,5 %) ou la Budapester Elektrische Stadtbahn AG 1908 (4,5 %). Ces quelques exemples montrent que la banque ne traite pas que des obligations locales mais s’ouvre au monde. Sur les quelque 500 types d’obligations traitées entre 1900 et 1930, leur provenance géographique est la suivante. Si l’on prend tout d’abord la répartition mondiale, on remarque aisément que les obligations suisses prédominent. Au niveau des continents, l’Europe vient en tête alors que l’Afrique et l’Asie sont les portions congrues avec 1 % chacune de représentation.

Europe 36 %

Amérique du Sud 4 %

Afrique 1 %

Suisse 55 %

Asie 1 % Amérique du Nord 3 %

Si nous détaillons la répartition des obligations européennes, nous nous rendons vite compte que les pays limitrophes sont ceux qui attirent le plus les investisseurs.

nombre des titres d’obligations présents, les obligations neuchâteloises témoignent de l’attachement des clients de la banque à leur canton.

La France se taille la part la plus importante, suivie par l’Allemagne et l’Italie. Il est intéressant de relever que les pays de l’Europe de l’Est représentent globalement un 20 % des parts, alors que ceux du Nord (Norvège, Suède, Danemark et Finlande) ne totalisent que 8 %. Il est aussi surprenant de remarquer que l’Angleterre n’entre que pour un 3 % dans l’intérêt des investisseurs alors que le Commonwealth reste à cette époque un empire colossal.

Parmi les choix préférés de la clientèle, il faut mentionner les obligations des instituts bancaires locaux avec à leur tête le Crédit foncier neuchâtelois et ses différentes émissions, dont celle de 1925 rémunérée à 5,25 % ! Il faut dire que le marché des obligations a vu ses taux d’intérêt de manière générale passer entre 1900 et 1925 de 3 à 6 %, par exemple pour le canton de Neuchâtel, pour l’emprunt de l’Etat de 1921 (Fr. 15 000 000 à 6 %) ou les bons de caisse de la Ville de 1921 (Fr. 3 000 000 à 6 %). Tout semble dire que les intérêts offerts pour les obligations émises après la guerre sont nettement plus élevés que ceux en usage au début du siècle. L’intérêt le plus élevé proposé alors est celui offert par la fabrique de chocolat Klaus en 1921 (Fr. 1 500 000 à 6,25 %). Tout ceci découle naturellement de l’inflation consécutive

Sur le plan suisse, à savoir la part la plus importante des obligations retenues, établir une répartition par canton est intéressant. Cela montre que la banque, dont la clientèle est locale, reste très fidèle aux titres indigènes auxquels elle accorde toute sa confiance. En représentant le quart des obligations suisses présentes dans les portefeuilles de la clientèle de la banque, sans doute plus si nous dénombrions le

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Répartition des obligations européennes détenues par la Banque entre 1900 et 1930.

Allemagne 11 %

Italie 10 %

Angleterre 3 %

Norvège 1 %

Autriche 4 %

Pays-Bas 6 %

Belgique 2 %

Portugal 1 %

Bulgarie 2 %

Roumanie 4 %

Danemark 2 %

Russie 6 %

Espagne 4 %

Serbie 2 %

Finlande 2 %

Suède 3 %

France 28 %

Tchécoslovaquie 2 %

Hongrie 6 %

Répartition par cantons des obligations suisses détenues par la Banque entre 1900 et 1935.

Argovie 3 %

Saint-Gall 1 %

Bâle 9 %

Soleure 2 %

Berne 8 %

Suisse* 13 %

Fribourg 3 %

Thurgovie 1 %

Genève 7 %

Valais 0 %

Grisons 2 %

Vaud 17 %

Lucerne 1 %

Zoug 0 %

Neuchâtel 24 %

Zurich 8 %

* Par Suisse, il faut comprendre les emprunts de la Confédération

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Archives Banque Bonhôte.

Sac pour monnaie | Archives Banque Bonhôte.

Livre de relevés | Archives Banque Bonhôte.

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à la guerre qu’une politique de déflation va tenter d’enrayer avec des baisses consécutives du niveau de vie.

A titre d’exemple, Dubied émet en 1921 25 600 actions nominales de Fr. 500 pour un montant de Fr. 12 800 000 qui trouvent prioritairement preneurs dans le canton.

Sans conteste, les clients de la banque font confiance aux obligations proposées. En leur nom, celle-ci se charge d’encaisser les coupons et de les créditer aux ayants droit, tout en prélevant les frais relatifs de ces transactions. Les livres témoignent quotidiennement des écritures accomplies. Tout est noté minutieusement et reporté fidèlement.

Les titres dont la valeur nominale est la plus élevée sont ceux de la Wienerbank Verein (Fr. 3 000), de la Bâloise Vie (Fr. 5 000), de Longines Francillon & Cie Saint-Imier (Fr. 5 000). Les titres des chimiques bâlois tels Sandoz ont des valeurs nominales de Fr. 1 000. A nouveau, la banque suggère à sa clientèle d’investir prioritairement dans des actions bancaires, de sociétés électriques ou de transports ferroviaires.

Il en va de même avec les actions qui représentent cependant une part moindre des opérations conduites. La nationalité des sociétés est aussi prioritairement suisse et européenne.

Parmi les actions exotiques qui apparaissent aujourd’hui surannées, signalons celles de la brasserie l’Algérienne d’Oran, de la Société anonyme ottomane des mines de Balia Haraidin à Constantinople ou de la Société d’éclairage électrique de 1886 de Saint-Pétersbourg.

Et sur le plan suisse, la part neuchâteloise est encore une fois la plus importante, montrant à nouveau l’intérêt de la clientèle pour les entreprises locales alors cotées en bourse, en tout cas à la bourse locale dont la Banque Bonhôte est l’un des membres fondateurs et dont Claude Bonhôte assume alors la présidence. 22 entreprises neuchâteloises sont alors émettrices d’actions cotées en bourse. Parmi elles, citons des banques comme le Crédit foncier, le chemin de fer (Chemin de fer régional du Val-de-Travers), des assurances comme la Neuchâteloise, des entreprises telles la Société des carrières d’Hauterive, la Société nouvelle des automobiles (Martini), les chocolats et confiseries Klaus, les papeteries de Serrières, les câbles de Cortaillod, les usines Dubied, la Société de navigation, Suchard, Favarger & Cie, etc. A ceci s’ajoutent des actions de sociétés immobilières telles l’Immobilière de Belles-Lettres, la Société de la salle de concert ou celle du crématoire. La valeur nominale de ces différents titres oscille entre Fr. 25 et Fr. 500. Il est surprenant de constater que plus aucune des sociétés alors cotées n’existe encore aujourd’hui en terre neuchâteloise, montrant clairement la grande flexibilité des biens économiques modernes.

Exemplaires d’anciennes actions | Archives Banque Bonhôte.

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Répartition par cantons des actions suisses détenues par la Banque entre 1900 et 1935.

Argovie 7 %

Shaffhouse 3 %

Bâle 7 %

Soleure 1 %

Berne 12 %

Valais 2 %

Fribourg 1 %

Vaud 17 %

Genève 9 %

Zurich 12 %

Grisons 1 % Lucerne 1 % Neuchâtel 27 %

Paul Bonhôte est extrêmement attentif à la politique et aux fluctuations économiques qui peuvent y être liées.

Pour les autres, nous avons l’impression que les Bonhôte conseillent à leur clientèle d’investir dans des titres peu risqués, signe qu’elle cherche prioritairement la sécurité plus que la spéculation.

Par exemple, alors que, au début des années trente l’Europe entre en récession suite à la crise américaine de 1929, Paul Bonhôte écrit le 26 février 1932 à l’un de ses amis et client :

De manière générale, les titres suisses sont liés à des entreprises solides dont plusieurs ont traversé le siècle, comme Nestlé. En revanche, les regroupements et les fusions ont fait disparaître de nombreux établissements financiers alors cités.

Ton dossier subit la plus forte moins-value par suite de la forte proportion d’obligations américaines qu’il contient. La crise en Amérique est très sérieuse et les obligations américaines ont été entraînées dans le vent de baisse, à la suite des actions. Espérons qu’elles remontreront bientôt, car il s’agit en majeure partie de bonnes valeurs, mais la période de crise que nous traversons est sérieuse. Les inventaires de 1931 présentent en général une moins-value de 20 à 25 % par rapport à 1930. Grâce au fait que tu as très peu d’actions, mais malheureusement beaucoup d’obligations

Cette réflexion sur les obligations et les actions proposées par la banque peut être étayée par quelques extraits de la correspondance conservée entre Claude Bonhôte et quelques-uns de ses clients. Malheureusement, les archives de la banque ne recèlent qu’une infime partie de la correspondance qui a dû être échangée. Les copies de lettres conservées et envoyées par Paul puis Claude Bonhôte ne s’adressent qu’à leurs proches, membres de la famille ou amis. Toutefois, à la lecture de ces quelques missives, on sent que

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Provenance géographique des actions détenues par la Banque entre 1900 et 1935.

Suisse 57 %

Portugal 4 %

Allemagne 9 %

Canada 2 %

Italie 6 %

Divers 8 %

France 14 %

Anonyme | Fabrique de Papier de Serrières près Neuchâtel (1885 environ) | Chromolithographie | Collection privée.

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Archives Banque Bonhôte.

Archives Banque Bonhôte.

américaines, tu es encore au-dessous de la norme. La baisse de 1931 sur les actions en particulier a été catastrophique, 50 % et même plus sur les valeurs industrielles et de trust.

vient de renvoyer tous les ouvriers de Peseux qui n’avaient pas de charge de famille. Dans le canton de Neuchâtel, le chômage inhérent à la crise ne touche pas simplement l’industrie horlogère mais aussi les autres industries d’exportation. La période n’est pas facile et de nombreuses familles sont dans l’indigence. Si les Montagnes semblent être les plus touchées, le Littoral n’est pas épargné.

Cet éclairage témoigne de l’importance et des conséquences du krach du 24 au 29 octobre 1929 consécutif à une bulle spéculative entamée dès les années vingt mais aussi des répercussions que cette crise a eues sur les économies européennes et allemandes en particulier.

6.5 À PROPOS DE L’ÉTALON-OR

Sur le plan local, à propos de Suchard, il écrit le 16 mars 1932 :

Il est vrai que la mise en place de l’étalon-or international entre 1870 et 1900 instaurée par l’Empire allemand avec la Loi monétaire prussienne du 4 décembre 1871 et la Loi monétaire allemande du 9 juillet 1873 qui crée le Goldmark, puis le Reichmark à partir de 1890, grâce à l’or extrait des mines d’Afrique du Sud pour augmenter la masse financière, pousse les autres pays à adopter

Chez les Suchard, dont l’administration s’est complètement modifiée ces dernières années, on débauche du personnel tous ces temps. Les barrières se ferment un peu partout et la maison mère a toujours moins de travail. Son principal débouché, l’Angleterre, a abandonné l’étalon-or, ce qui a porté un coup grave à Suchard. On

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progressivement ce système qui met en valeur les propriétés de l’or comme unité de valeur stable, échangeable et universelle.

L’étalon-or remplace le bimétallisme. Auparavant, la monnaie était convertible à la fois en or et en argent. Cette adoption est dans la plupart des cas une adoption avant tout de facto, rendue officielle ultérieurement.

L’idée de base était de permettre à chaque pays adhérent de définir le prix de l’or dans sa monnaie et d’assurer la convertibilité de ses billets en or en garantissant la libre circulation des capitaux. Chaque pays pouvait ainsi acheter ou vendre de l’or sans restriction à un prix fixe par rapport à sa propre monnaie ; les déséquilibres entre deux Etats étant compensés par les flux d’or et les réserves aurifères mondiales déterminaient la masse monétaire et le niveau des prix.

Entre 1871 et 1900, tous les pays industrialisés adoptent ce système. A la suite de l’Allemagne, la Belgique, les Etats-Unis (de facto), la France, la Grèce, l’Italie, la Suisse y souscrivent en 1873. Au gré des années qui suivent, ils sont rejoints par les pays scandinaves, les Pays-Bas, l’Espagne, la Serbie, l’Autriche, puis en 1893 la Russie. Avant la fin du siècle, le Japon et l’Inde adoptent ce système.

Le système ainsi créé peut être considéré comme étant le premier système monétaire international construit autour de règles définissant les modes de détermination du cours des monnaies et la nature des réserves internationales permettant le règlement des échanges internationaux.

Même si, durant les années 1870, déflation et dépression sont présentes et inciteraient au rétablissement de l’argent comme monnaie, l’or s’impose comme principale valeur d’échange malgré des tentatives d’adoption d’autres monnaies non basées sur l’or. Toutefois, les effets de la Grande Guerre et de l’hyperinflation consécutive ont mis à mal ce système référencié sur le métal précieux au profit de pures monnaies-papier. L’étalon-or garantissait en principe la parité des changes et impliquait des politiques monétaires restrictives afin de limiter les flux sortants d’or et d’en maintenir des réserves importantes dans les banques centrales. D’après Lawrence Officer 182 et Alberto Giovanni 183, professeur à Columbia University, ces effets sont visibles en comparant le taux de la Banque d’Angleterre et les flux entre livre, dollar, mark et franc. Entre 1889 et 1908, la livre maintient une parité fixe avec le dollar 99 % du temps, et 92 % du temps avec le mark. Selon eux, la clé de la crédibilité du système était l’attachement de la Banque d’Angleterre à la stabilité des changes, en ajustant chaque fois que nécessaire son taux d’intérêt : 200 fois durant cette période, soit une fréquence supérieure à celle des ajustements actuels des banques centrales. Toutefois, pour faire face à l’accroissement du commerce, vers 1900, la plupart des pays industrialisés identifient la nécessité d’un prêteur en dernier

Page de titre du London Herald annonçant le krach de Wall Street.

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recours, soit des banques centrales qui peuvent intervenir pour réguler les marchés et favoriser le développement économique et l’industrialisation. Jusqu’en 1914, le monde connaît une hausse du niveau de vie et une période de prospérité malgré une certaine agitation socialiste et communiste.

exemple, à la fin de la guerre, l’Angleterre se trouve de facto dans un système de monnaie fiduciaire dans lequel les mandats postaux et les bons du trésor sont monétisés. Dans tous les pays, la planche à billets fonctionne sans qu’ils ne possèdent de contrepartie en or. C’est l’inflation. Tous comptent sur la victoire et les réparations à venir, à l’instar de ce qui s’était passé suite la guerre franco-prussienne de 1870, pour retrouver la stabilité.

En Suisse, la Banque nationale commence son activité en 1907. Elle se substitue alors à une quantité d’instituts d’émission tant publics que privés qui se faisaient concurrence pour l’émission des billets. La loi sur la Banque nationale lui confère comme tâche principale la régulation de la masse monétaire en circulation et la facilitation des opérations de paiement.

Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne mettent en place une suite de mesures destinées à contrôler la circulation d’or et à réformer le système bancaire, mais sont finalement contraints de suspendre la parité-or pour financer l’effort de guerre.

La Première Guerre mondiale modifie la situation et les pays sont contraints d’abandonner la convertibilité de leurs billets. La Suisse supprime alors la convertibilité-or afin de préserver ses réserves et instaure un cours pour ses billets de banque. Par

En 1919, le Traité de Versailles impose à l’Allemagne et aux Empires centraux vaincus des réparations de guerre. Par ce moyen, la France souhaite pouvoir reconstruire son économie déconfite. Contrainte de remettre la plus grande partie

L’immeuble de la Banque nationale suisse à Berne.

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La signature du traité de Versailles en 1919.

Un billet de Rentenmark.

de ses réserves d’or aux vainqueurs, l’Allemagne doit obligatoirement renoncer à émettre des Reichsmarks d’or. Elle émet dès lors une monnaie de papier purement scripturale.

convertibilité de leur monnaie en or et que les monnaies non convertibles en or devaient l’être en monnaies fortes tels le dollar, la livre ou le franc français.

Profitant d’une balance commerciale excédentaire durant les années vingt, les Etats-Unis fournissent à l’Allemagne les fonds nécessaires pour rembourser la France afin que celle-ci puisse s’acquitter de ses dettes au profit des Etats-Unis. Entre 1923 et 1924, prise dans une hyperinflation, la République de Weimar est dans la nécessité de mettre en place une nouvelle monnaie, le Rentenmark, qui peut, grâce au soutien des Etats-Unis, être abandonné après une année, en 1925 déjà, afin de revenir aux Reichsmarks en or. Il faut dire que les accords de Gênes de 1922 avaient pour but de rétablir un ordre monétaire mondial totalement désorganisé par le conflit de 14-18.

Peu à peu, ainsi, les pays reviennent progressivement à ce système cherchant, malgré l’inflation, à restaurer les parités d’avant-guerre en imposant des politiques d’austérité monétaire entre 1920 et 1925. Pour Keynes, cette parité est impossible à retrouver et la rareté résultant des devises en circulation risque de provoquer un effondrement de l’économie. A ses yeux, l’étalon-or est une « relique barbare ».

Ces accords prévoyaient que tous les pays devaient le plus rapidement possible rétablir la

C’est effectivement le krach de 1929 qui rend la parité avec l’or intenable dans de nombreux pays

En effet, un processus de déflation touche l’ensemble de l’Europe et provoque des dévaluations, comme en France lorsqu’en 1928 l’étalon-or est rétabli.

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Dans les années trente, la BNS doit à nouveau tout mettre en œuvre pour tenter de résister à la crise économique mondiale. Avec la fin de l’étalon-or et la convertibilité de la livre, la Suisse instaure un contrôle des mouvements des capitaux. Ayant à choisir entre une dévaluation ou une politique déflationniste, le Conseil fédéral et la BNS optent pour la deuxième solution en décidant de maintenir dans un premier temps la parité-or. En 1936, pour faire face à l’aggravation de la crise, le Conseil fédéral reconsidère sa position et accepte de dévaluer le franc de 30 %. Cette mesure crée les conditions d’une reprise conjoncturelle relativement rapide.

et provoque l’abandon successif de ce système par les Etats, en tête la Suède dès 1929 puis le Royaume-Uni en 1931. Les quelques éléments de la correspondance conservée dans les archives de la banque témoignent des préoccupations des Bonhôte père et fils pour l’économie internationale. Il en va de même pour tout ce qui touche à la fiscalité.

6.6 LES EMPRUNTS POUR LA DÉFENSE NATIONALE Durant la guerre, pour couvrir les coûts de la défense du pays, la Confédération est contrainte de lancer des emprunts auprès de la BNS 184. Appelé Emprunt fédéral pour mobilisation, le premier est émis en 1914 pour un montant de Fr. 30 millions à l’intérêt de 5 %. En 1915, deux autres emprunts sont lancés : l’un pour Fr. 100 millions à 4,5 % et l’autre pour Fr. 50 millions à 5 %. En 1916, trois nouveaux appels de Fr. 100 millions à 4,5 % sont sollicités, suivis de deux autres en 1917 (Fr. 100 millions et Fr. 50 millions). Un neuvième emprunt de Fr. 100 millions à 5 % est encore souscrit en 1918. Pour couvrir les frais de la guerre, par l’intermédiaire de la BNS, la Confédération s’est endettée pour Fr. 830 millions. Parallèlement à l’effort de guerre, il faut soutenir l’économie si bien que la masse monétaire est en circulation double, impliquant en 1918 un taux d’inflation annuel de 25 %, soit le plus élevé jamais atteint dans l’histoire de la BNS.

6.7 LES ANNÉES TRENTE En décembre 1929, Paul Bonhôte écrit : Depuis le krach de New York, nos bourses suisses ont freiné sérieusement. Un jour, on monte et le lendemain, on baisse d’autant. Ce n’est plus l’enthousiasme de jadis et le public ne marche plus. C’est le calme de l’époque des Fêtes et il faudra voir ce que nous réserve l’an nouveau. Peu avant, en novembre 1929, les conséquences du Jeudi noir semblent déjà avoir des répercussions directes auprès de la banque en lien avec ses correspondants américains. Dans une lettre à l’un de ses clients, Paul Bonhôte rappelle : Il ne m’est pas possible de vous donner des nouvelles rassurantes en ce qui concerne les titres vous appartenant que cette banque [C. Schlesinger Trier & Cie] avait en dépôt chez ses correspondants de New York et de Londres. A moins de stipulations contraires, ce qui est excessivement rare, il est d’un usage constant en matière bancaire que les papiers déposés à l’étranger pour le compte de clients figurent sous un seul dossier au nom de la banque qui en a la direction. C’est le cas pour les valeurs que nous avons en dépôts chez Iselin & Cie ou chez d’autres correspondants, la saisie ne peut dont guère être contestée.

Comme les salaires nominaux ne suivent pas l’évolution des prix, les revenus réels baissent. Le mécontentement devient général, suscitant des tensions sociales et de vertes critiques à l’encontre de la politique bancaire. A la fin de la Première Guerre mondiale, pour revenir à l’étalon-or et à l’ancienne parité, la BNS met sur pied une politique de déflation qui induit en 1922 une baisse des prix à la consommation de 18 %, impliquant une récession profonde.

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6.8 LA CRISE ET SES CONSÉQUENCES

Cette crise boursière d’octobre 1929 marque le début d’une dépression qui va durer jusqu’au début de la Deuxième Guerre mondiale. Déflation et chômage vont toucher tant les Etats-Unis que l’Europe avec une importance jamais connue jusque-là. Les investissements et la consommation chutent. Les cours de la Bourse s’effondrent. L’indice Dow Jones perd quasiment 90 % de sa valeur entre 1929 et 1932. L’éclatement de la bulle spéculative d’avant la crise a pour conséquence de nombreuses faillites. La crise boursière se transforme en crise bancaire. Beaucoup de banques font faillite, prises en tenaille entre l’effondrement de la valeur de leurs actifs, n’arrivant plus à faire face aux défauts de remboursement de leurs emprunteurs ni à la réduction de leur activité de crédit. Avec la déconfiture du système bancaire, la population tente de s’accrocher au peu de monnaie qu’elle possède encore. Comme les liquidités sur le marché font défaut, aucune activité économique ne permet d’inverser la tendance. Paul Bonhôte se montre inquiet.

Pour comprendre les années trente, il convient de revenir un peu en arrière. Avec la fin de la Première Guerre mondiale, le chômage s’installe. En 1922, il est encore en augmentation même si, dans quelques branches, il est partiel et a tendance à quelque peu diminuer 185. Dans le canton, les villes les plus atteintes sont celles du Locle et de La Chaux-de-Fonds. L’industrie horlogère locale reste fortement touchée. Le Conseil fédéral tente d’agir mais avec peu de succès 186. Toutes les catégories sociales sont concernées, pas seulement les ouvriers mais aussi les intellectuels 187. Il est fort probable que le fonds du chômage de la Confédération constitué en prélevant une partie de l’impôt sur les bénéfices de guerre, tel présenté plus haut, soit bientôt épuisé. S’il semble que les années vingt aient peu à peu vu une amélioration de l’emploi et une relance de l’économie, l’édifice reste fragile comme les conséquences du krach de 1929 l’ont montré.

Par exemple, en 1931, il émet des doutes sur les valeurs allemandes et conseille à ses clients de les vendre.

Dès 1930, les journaux neuchâtelois reparlent du chômage et de son aggravation, surtout dans les Montagnes. Les Offices du travail constatent cet accroissement, toutefois sans équivalence avec la situation de 1919. Les autorités sont évidemment préoccupées et espèrent que la crise ne soit que passagère. Mais comme celle-ci est désormais mondiale, nombreux sont les économistes qui cherchent à en expliquer les causes. Tous s’accordent à dire que chaque crise est précédée d’une période de prospérité où l’activité économique s’accélère, où les prix montent, où s’élèvent profits et salaires et où le chômage décroît. Cette phase est ensuite suivie d’une période de dépression où se ralentit la production et où le chômage sévit. Cette déflation entraîne dans sa chute le recul des profits et la baisse des salaires. La crise est le moment où s’effectue le passage de la prospérité à la dépression. Il est ainsi possible de déterminer des cycles qui oscillent entre sept et onze ans. On peut ainsi les énumérer : 1857, 1864, 1873, 1882,

Les bourses allemandes sont toujours fermées ; les marks ne peuvent pas se négocier ; il faut attendre des temps meilleurs… Seul un rapprochement avec la France peut amener une détente et améliorer la situation économique de l’Allemagne. Des pertes sont évidentes. On les constate dans les dossiers suite à l’abandon de l’étalon-or par les USA et à la forte chute du dollar qui en résulte. Pour la banque, ces années-là ne sont pas faciles, comme certaines lettres le laissent apparaître. Paul Bonhôte doit rassurer sa clientèle tout en tentant de la conserver.

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Burkhard Mangold | 1922. Jusqu’à la première Guerre Mondiale, la Confédération ne prélevait aucun impôt direct à l’exception de la taxe d’exemption militaire. En juin 1915, le peuple accepte à une écrasante majorité un impôt de guerre extraordinaire. Une nouvelle contribution est encore acceptée en 1919. Entre temps, une proposition socialiste pour un impôt fédéral permanent est rejetée. En 1921, les socialistes lancent une nouvelle initiative pour taxer les fortunes supérieures à CHF 80.000. Le projet est repoussé à 7 contre 1.

Hans Beat Wieland | 1922 | Peuple suisse, halte ! Où vas-tu ? Non au prélèvement sur la fortune.

1890, 1907, 1913, 1920 ; cette dernière crise fut particulièrement grave, conséquence de l’inflation générée par la guerre.

Mais les interventions étatiques n’arrêtent pas d’un seul coup la détérioration de l’emploi. A titre d’exemple, la Conférence internationale qui s’est tenue à Genève en juin 1930 au BIT s’est préoccupée du chômage qui s’accentue. Il est vrai que les balances commerciales des pays européens sont en déficit. La vétusté de certains parcs industriels ne permet pas de lutter contre la concurrence américaine qui s’est modernisée.

Aux yeux d’Albert Aftalion 188, la crise de 1929 est due à une superproduction induite par un emballement général de l’économie des Etats-Unis et de l’influence que l’économie de ce pays a sur celle de l’Europe. Si le fléchissement américain a des répercussions sur l’ensemble du monde, c’est que des pays tels l’Angleterre et l’Allemagne, voire l’Italie, connaissent une situation économique difficile due en grande partie à la surproduction des matières premières et à l’effondrement soudain de leurs prix, sans que des ententes cartellaires anciennes ou récentes puissent enrayer cette spirale déflationniste. Comme les régulations des marchés échappent à l’économie, le concours des pouvoirs publics ou des organismes semi-publics s’avère nécessaire, montrant qu’il faut parfois une mainmise politique pour remettre de l’ordre dans un système perverti.

En 1930, sur le plan suisse, le canton de Neuchâtel semble être le plus touché par la crise. La Banque cantonale perd Fr. 17 millions et le budget de l’Etat se solde par un déficit de Fr. 2,5 millions sur Fr. 17 millions de dépenses pour Fr. 14,5 millions de recettes 189. Les faillites se succèdent, le peuple refuse d’augmenter les ressources de l’Etat et des sociétés délocalisent, comme le holding Suchard 190 qui s’installe à Bâle-Campagne. Il est vrai que le capital de l’entreprise n’est plus entre les mains des descendants du fondateur et, par voie de conséquence, plus enraciné dans le pays. Les financiers,

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à 1928, car le prix de revient, grâce aux grands progrès techniques faits dans tous les domaines de l’activité humaine, permet de produire à bien meilleur compte 193. ». Pour Paul Bourquin, journaliste à L’Impartial, le quotidien de La Chaux-de-Fonds, et son futur directeur, les interventions politiques n’ont pas apporté les remèdes souhaités mais au contraire empêché que les marchés se régulent naturellement en fonction de la loi de l’offre et de la demande. Il ajoute :

nouveaux propriétaires, n’ayant plus d’attache avec la région, ne s’embarrassent pas de considérations de sentiments et de traditions et s’établissent là où les conditions semblent les meilleures. Tant pour la ville que pour l’Etat, c’est la perte d’un contribuable important malgré les tentatives faites pour retenir ce holding. Ce désenracinement des capitaux dans le terroir va se poursuivre tout au long du xxe siècle, comme si les gens du pays se montraient incapables de maintenir localement les industries qui y sont nées et qui y sont devenues florissantes et prospères. C’est une limite du système économique. Dès que les capitaux échappent à l’enracinement et que les profits l’emportent sur l’indigénat, les sièges sociaux s’expatrient dans des contrées fiscalement plus avantageuses, comme Liestal en 1930 pour Suchard, même si les usines vont subsister et continuer de produire jusqu’à leur arrêt définitif en 1990 191.

Toute crise industrielle […] est accompagnée d’une pléthore de disponibilités dans les banques, d’un afflux des dépôts d’épargne. Cela signifie que, même en pleine crise, la formation de capitaux nouveaux ne chôme pas un seul jour, c’est-à-dire que la majorité des hommes engagés dans la vie économique ne sont nullement frappés par la crise. Il y a toujours des entreprises industrielles éprouvées par la crise, obligées de congédier leur personnel, obligées de demander de grands sacrifices aux porteurs de leurs titres, mais si on y regarde de près, chacune de ces entreprises si durement frappée était déjà malade dans la période de prospérité. Il y a fort peu d’exemples d’entreprises vraiment saines, vraiment prospères, qui ne peuvent pas supporter le choc consécutif à un ralentissement des affaires, une année ou deux de méventes, et doivent demander de grands sacrifices à leurs capitalistes et à leur personnel. On exagère l’importance d’une crise et l’on crée ainsi un sentiment de panique qui donne à la crise une portée qu’elle n’a pas.

Entre prophète et Cassandre, les esprits s’agitent. Aux yeux de certains, pour mettre fin à la crise, il faudrait du calme. Mais, en 1931, personne n’a le recul nécessaire pour comprendre réellement ce qui est en train de se passer. Les uns accusent l’étatisme et les impôts excessifs ; d’autres l’explosion des budgets militaires pour faire face à des mesures de guerre. Chacun cherche à désigner des coupables et propose des solutions à l’emporte-pièce. Le Bulletin financier suisse 192 lui-même analyse les remèdes à envisager. A ses yeux, « ce dont la vie économique de tous les pays du monde a maintenant besoin, dit-il, c’est [d’]une période de tranquillité permettant à tous les marchés de retrouver l’un après l’autre un certain équilibre. Au marché des métaux, au marché des produits des plantations, au marché du blé, partout, on était avant le manifeste Hoover en bonne voie de reconquérir un nouvel équilibre. Le nouvel équilibre des différents marchés ne pourrait jamais être basé sur les prix surfaits de 1925 à 1928, période qui a été caractérisée par les dernières conséquences de l’inflation. Les prix par trop élevés que l’on pratiquait dans cette période sur le marché des matières premières et sur celui des vivres étaient la conséquence directe d’un pouvoir d’achat trop grand, mais purement fictif. Or, rien n’oblige à revenir aux prix fantastiques de 1925

Cette vision en 1931 est sans aucun doute polémique. Bourquin se montre optimiste, pensant que la guérison de l’économie devrait passer par un libéralisme de bon aloi non entravé par « les irritantes questions de sécurité et d’amours-propres nationaux » 194. Sent-il malgré tout la montée des nationalismes ? On peut le supposer. En tout état de fait, la crise continue à tel point que le peuple neuchâtelois est appelé à se prononcer le 6 mars 1932 sur un impôt de crise qu’un référendum rapidement mené soumet à la

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sanction populaire. Cet impôt de solidarité vise à venir en aide aux victimes de la crise et à permettre à l’Etat de sortir de la spirale déficitaire dans laquelle il se trouve depuis la guerre. Toutefois, cet impôt ne toucherait que le sixième de la population la plus aisée. Aux yeux de nombreuses personnes, augmenter l’effort fiscal semble être une solution de facilité. Elles ont en effet l’impression que les efforts de réductions budgétaires ne sont pas optimaux. Pour Paul Bourquin :

En 1932, le futur directeur de L’Impartial propose des solutions qui demeurent d’actualité, montrant que les clivages entre la gauche et la droite, entre la politique étatique interventionniste et le libéralisme, ont toujours existé. Il souligne aussi que la structure géographique du canton entre Haut et Bas ne facilite pas la résolution des problèmes et que « si le référendum a été lancé, ce n’est pas uniquement, comme on l’a prétendu, dans le but de saboter l’impôt de crise et de refuser à la population laborieuse des Montagnes neuchâteloises un appui que personne ne discute et qui se révèle absolument nécessaire » 196.

C’est en réduisant les impôts, en allégeant les charges des contribuables quels qu’ils soient, qu’on empêchera le glissement de l’industrie horlogère hors du canton et qu’on parviendra peut-être à y acclimater des industries nouvelles, dont l’apport en temps de crise contrebalancerait les déficits du chômage et d’autres dépressions chroniques. 195

Juste avant la votation, le Parti radical s’adresse à la population dans un manifeste qui rappelle l’importance de la crise et de ses conséquences sur l’industrie horlogère frappée avec une rigueur sans pareille, laissant des milliers d’ouvriers sans travail. Si l’Etat a tout mis en œuvre pour venir en aide aux chômeurs et à leurs familles, les finances

Inconnu — Affiches Atar, Genève. La Grande Dépression de 1929 qui touche l’ensemble de l’Europe dans le premier quart du xxe siècle, ne se fait ressentir en Suisse, par rapport aux pays voisins, que quelques années plus tard grâce aux chantiers publics financés en grande partie par l’Etat. Elle s’y répand dès 1932 et atteint son point maximum en 1935 lorsque le volume d’exportation de l’industrie baisse de plus de 60 %. Outre l’octroi de subventions à l’agriculture et l’introduction, sur le plan cantonal puis fédéral, d’un embryon d’assurance chômage, le gouvernement fédéral agit principalement sur le plan financier en imposant deux plans de redressement des finances qui se traduisent par la levée d’un impôt fédéral et par la hausse des taxes douanières sur les biens de consommation. Déçus par ces mesures jugées « dérisoires » et frappant principalement les classes les plus pauvres de la population, l’Union syndicale suisse, le mouvement des jeunes paysans et des associations d’employés rejoignent des membres du Parti socialiste suisse dans une « Communauté d’action nationale » qui lance cette initiative.

Charles L’Eplattenier (1874-1946) | Initiative de crise, 2 juin, Non. Lithographie | Collection privée | Affiche appelant à refuser l’initiative.

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peuvent mettre en faillite même des établissements que l’on croyait inébranlables. Claude Bonhôte, qui est désormais l’associé de son père, écrit dans le style simple et très direct qui peut surprendre ceux qui n’ont connu de lui que son apparence hiératique un peu solennelle, le 19 juin 1936, à l’un de ses amis et client : Par les temps qui courent, il faut redoubler de prudence et savoir avec quelle maison on travaille afin de ne pas se trouver pincé un jour par la fermeture des guichets d’un de vos correspondants. En Suisse, il est facile de renouveler ces renseignements de temps à autre mais, pour les correspondants étrangers, la question est beaucoup plus délicate et il faut pouvoir dans la mesure des choses être certain de la solidité de nos correspondants. La période actuelle est bien difficile à traverser, de tous côtés, on est tapé par les impôts et avec les dépréciations qui frappent le capital, on a bien de la peine à trouver encore quelque argent pour soutenir des œuvres qui nous intéressent.

Frederick Bieri | 1935. La crise fait s’effondrer l’économie mondiale de 1929 à 1932, atteignant la Suisse de 1932 à 1936. Pour combattre la politique déflationniste du Conseil fédéral, les syndicats déposent en 1934 une initiative revêtue de plus de trois cent mille signatures proposant pour une durée de cinq ans une série de mesure destinée à combattre la crise économique et assurer des conditions d’existences suffisantes au peuple. A la suite d’une campagne acharnée, cette initiative est repoussée le 2 juin 1935.

cantonales et communales sont désormais exsangues. Le nouvel impôt est alors justifié comme une mesure fiscale exceptionnelle dont la perception est limitée à trois ans.

Ces interrogations sont liées à la liquidation de la banque Iselin & Cie de New York, un de leurs partenaires historiques, et concernent la banque Dominik & Dominik, avec laquelle Bonhôte & Cie SA a collaboré jusqu’à l’aube du xxie siècle, qui s’offre de reprendre leur compte et les portefeuilles qui s’y rattachent.

Le 7 mars, le peuple se prononce et accepte par 14 162 voix contre 8 964 cet impôt extraordinaire 197. L’Etat peut poursuivre son soutien aux plus démunis avec un arrêté cantonal sur les allocations de crise 198. Pour sa part, le Conseil fédéral augmente sa participation aux allocations de crise pour le canton 199.

Sur le plan politique, on sent son attachement aux idées de droite. A ce propos, il n’hésite pas à s’exprimer sans ambiguïté :

6.9 LA BANQUE : UN OBSERVATEUR ATTENTIF

La Suisse libérale 200, qui s’est toujours efforcé[e] de défendre les saines traditions de notre cher pays neuchâtelois contre la marée montante de la lutte des classes et du matérialisme socialiste et bolcheviste, qui risque de conduire le pays à sa ruine.

La liste des publications auxquelles la banque est abonnée témoigne de la nécessité que les Bonhôte ont de se tenir au courant, tant des problèmes économiques que de la situation politique générale. Dans les années trente, la montée du fascisme les inquiète autant que les aléas de l’économie qui

Lecteur attentif de la presse, il cherche toujours à être informé afin de suivre le cours des actions, de

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sentir les fluctuations des marchés, de déterminer des tendances. Tant à ses clients qu’à ses amis, il n’hésite jamais à prodiguer des conseils. Avec la montée des pressions internationales et les risques de guerre, il écrit le 30 septembre 1938 une lettre adressée à l’une de ses clientes qui réside à Bruxelles : J’ai l’impression qu’en cas de guerre, vous pourriez continuer à prélever à la Banque de Bruxelles au moyen de notre lettre de crédit. Notre banque possède en dépôt à la Banque de Bruxelles quelques titres qui lui permettraient de vous payer les sommes désirées, même si nos provisions arrivaient avec du retard. Heureusement, les affaires ont l’air de s’arranger à Munich et chacun peut respirer plus librement. Il était absolument inconcevable que l’on puisse faire une guerre pour une question liquidée en principe mais dont les modalités d’application différaient. Mais l’alerte a été chaude et chacun ici était bien inquiet. Avec un HITLER pour diriger le monde, ça n’est pas très rassurant. Vous pouvez être certaine que je ferai de mon mieux pour sauvegarder les intérêts de mes clients si nous avons des heures graves à traverser. Le cours actuel du dollar me paraît trop élevé pour convertir des francs suisses en dollars. Souhaitons que la détente de ces 2 derniers jours s’accentue.

Les accords de Munich de 1936.

du Royaume-Uni à ses côtés, même si Hitler à cette époque pousse au conflit bien que l’étendue du réarmement allemand ne soit pas optimale. De son côté, Mussolini est lui aussi réticent à un conflit européen. En fait, en cédant, la France et l’Angleterre s’imaginent sauver la paix, si bien que les Accords de Munich font consensus. Tant Chamberlain que Daladier sont acclamés lors de leur retour dans leurs capitales respectives, même si les accords de Munich livrent aux nazis la Tchécoslovaquie sans presque rien demander en échange sinon de vagues promesses de paix. Les peuples imaginent que leurs dirigeants ont sauvé l’Europe d’un conflit majeur malgré le fait que de nombreux commentateurs n’y voient pourtant qu’un compromis lâche et dilatoire.

Le jour même, Daladier, Chamberlain, Mussolini et Hitler signaient les Accords de Munich qui avaient pour but de régler la crise des Sudètes mais qui indirectement scellaient la mort de la Tchécoslovaquie en permettant à Hitler d’annexer les régions tchèques peuplées d’Allemands au nom du droit des peuples à l’autodétermination, ce principe cher à Wilson. Pour éviter la guerre, la France, qui avait depuis le Traité de Versailles en 1919 un traité d’alliance avec la Tchécoslovaquie pour la garantie de ses frontières, l’abandonne. A la veille d’élections, la France de Daladier est peu favorable à une opération militaire d’envergure et ne souhaite pas entrer en guerre sans la présence

Toutefois, les tensions restent vives. Le 25 novembre 1938, Claude Bonhôte écrit à l’une de ses sœurs qui souhaite s’établir en France :

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Lettre de Claude Bonhôte adressée à une de ses sœurs qui s’établit en France | Archives Banque Bonhôte.

Italie. C’est à mon humble point de vue, une occasion sérieuse de se méfier plutôt que de tomber dans le panneau la tête baissée. En laissant en dépôt en Suisse la partie de la fortune que tu possèdes en valeurs autres que les valeurs françaises, tu conserves la possibilité de pouvoir un jour, étant suissesse, rentrer en Suisse, comme M. Georges DuBois l’a fait, lorsqu’il a pressenti que l’Etat allemand allait décider de réquisitionner toutes les valeurs étrangères. Si tu possèdes ces fonds auprès d’une banque française, tu perds toutes ces possibilités d’un seul coup.

Tu te fermes ainsi toute possibilité de pouvoir quitter la France pour venir habiter la Suisse. En cas de guerre, tu t’obliges ainsi à vivre en France et à évacuer à l’intérieur de la France car tu ne pourrais plus obtenir facilement le transfert de tes fonds de France en Suisse. En outre, s’il revient un jour en France un gouvernement socialiste Herriot-Blum, il risque de te réquisitionner tes valeurs étrangères et de te donner en échange des Bons du trésor français, comme cela vient de se faire en Allemagne et en Italie. L’impôt de 36 % est très élevé, mais il te reste pour vivre encore plus, au change actuel de 875.-, que lorsque tu payais 24 % et que le franc suisse était à 490.-. Si le gouvernement français offre un taux de faveur pour les titres étrangers déposés auprès d’une banque agréée, c’est qu’il cherche à rapatrier les titres étrangers et qu’il y a anguille sous roche. Il cherche à rapatrier les titres étrangers pour pouvoir éventuellement mettre l’embargo dessus, comme cela s’est fait en Allemagne et en

6.10 LES ANNÉES DE GUERRE Avec la mobilisation et les risques d’invasion, Claude Bonhôte écrit à André Cornu, le directeur de la SBS à Neuchâtel, le 29 mars 1940, pour connaître les mesures d’évacuation à prendre pour mettre en lieu sûr les biens de sa banque.

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Nous sommes très surpris d’apprendre maintenant que les banques dont le matériel à évacuer ne dépasse pas les 2 à 3 000 kilos doivent s’assurer elles-mêmes des voitures privées non réquisitionnées avec chauffeur pour faire ces transports. Jusqu’ici, il avait été prévu que c’était l’armée qui mettrait à notre disposition les moyens nécessaires pour le transport. Parallèlement, il effectue des démarches auprès des officiers pour obtenir un transport officiel. Comme les trois banques privées de la place évacuent au même endroit, (DuPasquier, Montmollin & Cie et Perrot & Cie), il argumente que le matériel conjoint des trois établissements dépasse de loin le poids prescrit et que, par voie de conséquence, il ne s’agit plus d’un transport privé. Il fait préparer tout le matériel d’évacuation, désigne le personnel responsable et réserve des chambres fortes à la Spar & Leihkasse de Saanen. Les rideaux d’obscurcissement de la Banque utilisés au cours de la Deuxième Guerre mondiale | Archives Banque Bonhôte.

Le 20 mai 1940, il informe sa clientèle qui avait des « safes » à la banque que : La banque accepte encore en dépôt des caisses d’argenterie, mais d’un volume aussi réduit que possible. Vous pouvez mettre votre argenterie dans des caissettes métalliques et mettre ces caissettes dans des valises ou une petite caisse facilement transportable. Vous pouvez fermer la caissette au moyen d’un cadenas ou fermer la valise à clef et nous la remettre. Vous joignez à la valise une liste des objets remis et vous conservez un double chez vous. En effet, nous vivons des temps extraordinaires qui ébranlent le système nerveux des plus forts.

bons de caisse à court terme, je crois que, si notre patrie n’est pas entraînée dans le conflit d’ici à fin juin, vous pourriez au moins convertir une partie pour 3 ans seulement et conserver le solde liquide. En tout cas, je ne fais rien pour les titres qui sont chez nous avant la fin du mois. Et suite à l’invasion de la France, il écrit le 3 août 1940 à sa sœur : Une enquête se fait actuellement en Suisse sur toutes les valeurs françaises détenues par des personnes résidantes en Suisse pour l’établissement éventuel d’un clearing avec la France. Pour sauvegarder tes droits, il te faut donc annoncer tous les titres français que tu possèdes et cela par l’entremise d’une banque suisse.

Il rappelle encore le 5 juin 1940 : Il faut en ce moment conserver de l’argent liquide pour pouvoir évacuer ou vivre pendant un certain nombre de mois mais, en cas d’invasion de la Suisse, les billets de banque pourraient perdre plus de valeur que les titres et il ne me paraît pas opportun d’entasser des billets. Comme votre frère vous conseillait d’ailleurs de placer une bonne partie de votre fortune en

Il se propose de le faire.

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Le 7 septembre 1940, il est heureux d’avoir des nouvelles d’un de ses clients qui habite Bruxelles. Il s’engage à faire de son mieux pour sauvegarder ses intérêts mais lui recommande de ne jamais s’adresser directement à la banque. Cela pourrait être très dangereux. Il lui conseille d’écrire de façon très vague en lui parlant du beau temps, en expédiant cette correspondance à son adresse privée sans mentionner sa profession. Toutefois, le plus sage serait de s’abstenir. Il y a alors une nécessité absolue de discrétion.

6.11 L’IMPÔT FÉDÉRAL SUR LES BÉNÉFICES DE GUERRE Sur la base de ses pouvoirs extraordinaires, le Conseil fédéral 201 décide le 12 janvier 1940 la perception d’un impôt fédéral sur les bénéfices de guerre. L’arrêté entre déjà en vigueur le 15 janvier. Cet impôt, que le Conseil fédéral avait déjà prévu dans son message du 18 mars 1938 pour couvrir les dépenses extraordinaires, ne présente guère de grandes différences par rapport à l’impôt sur les bénéfices de guerre de la Première Guerre mondiale.

Hugo Laubi | Graphische Anstalt J. E. Wolfensberger AG Zürich CH 1918 | Lithografie.

produit et de celui du sacrifice pour la défense nationale, le service d’intérêt et l’amortissement des dépenses à la charge des crédits extraordinaires alloués jusqu’en 1940 pour le renforcement de la défense militaire du pays et des frais de la nouvelle mobilisation ;

En revanche, le Conseil fédéral se propose de renoncer à agir en vertu de ses pouvoirs extraordinaires, lorsque, le 19 janvier, dans son message sur des mesures propres à ordonner les finances fédérales, il soumet au Parlement une base constitutionnelle selon laquelle les Chambres fédérales ont la compétence d’édicter définitivement (pas de référendum) des prescriptions, concernant notamment :

• la perception d’un ICHA (impôt sur le chiffre d’affaires). Le 11 avril, par un arrêté fédéral qui doit encore être soumis à la votation du peuple et des cantons, les Chambres fédérales adhèrent aux propositions du Conseil fédéral.

• la prorogation du régime transitoire des finances fédérales, en vue d’améliorer la situation financière, et cela dans les limites de l’arrêté fédéral du 22 décembre 1938 ;

Mais le 30 avril déjà, sans attendre le résultat de la votation populaire sur l’arrêté fédéral du 11 avril, mais en se référant à celui-ci, le Conseil fédéral décide, sur la base des pouvoirs extraordinaires qui lui avaient été accordés le 30 août 1939, d’introduire un impôt de sacrifice pour la défense nationale, l’IDN (avec l’IDN prélevé à la source) ainsi que l’ICHA, et

• la perception d’une contribution unique au titre de sacrifice pour la défense nationale ; • la perception d’un IDN 202 (impôt de défense nationale) ; celui-ci devra être perçu aussi longtemps que nécessaire, pour assurer, au moyen de son

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circonstances liées aux présents événements ne doit pas devenir la base définitive de l’économie suisse – ni de ses assises financières – car il est contraire aux fondements de la Confédération.

cela pour une durée limitée à fin 1945. C’est donc un nouvel impôt par rapport à celui mis en place lors du premier conflit mondial. En même temps, le Conseil fédéral proroge le régime financier 1939 / 41 jusqu’à fin 1945.

C’est pourquoi les chambres de commerce mettent alors à l’étude une réforme du régime économique et fiscal inspirée des principes fédéralistes constitutionnels auxquels il faudra revenir aussitôt la guerre terminée.

Le 19 juillet, en exécution de son arrêté du 30 avril, le Conseil fédéral publie son arrêté relatif au sacrifice pour la défense nationale (arrêté du Conseil fédéral concernant la perception d’une contribution unique au titre de sacrifice pour la défense nationale). Il s’agit d’un prélèvement sur la fortune nette, perçu en trois annuités.

Vivement inquiètes de l’influence qu’exerce l’étatisme sur les finances fédérales et, par conséquent, de sa répercussion sur les cantons auxquels la Confédération enlève de plus en plus de souveraineté et de matière imposable, elles déclarent que tout prélèvement sur la fortune est un affaiblissement de l’économie et un danger pour l’avenir du pays.

L’article 3 de l’arrêté relatif au sacrifice pour la défense nationale accorde une amnistie fiscale générale aux contribuables qui déclarent complètement leur fortune et qui auraient « omis » de le faire jusque-là… Cet article est élargi par un arrêté du Conseil fédéral du 16 septembre, qui étend l’amnistie au produit du travail et aux bénéfices commerciaux qui ont servi à constituer la fortune déclarée. Il a été fait usage de cette amnistie pour une valeur totale de Fr. 1,5 milliards (15 % de la fortune déclarée jusqu’alors).

A titre d’exemple, pour 1942, les contribuables du canton de Neuchâtel 203 ont payé Fr. 14 millions d’impôts de sacrifice pour la défense nationale. En s’appuyant sur un rapport du Bureau fédéral de statistique 204, il en ressort que la fortune nette imposable du canton s’élève approximativement à Fr. 715 millions. Cette somme se répartit comme suit entre les quatre catégories de contribuables : personnes physiques (11 887 contribuables) Fr. 11,85 millions ; sociétés anonymes (1 082) Fr. 1,71 millions ; sociétés coopératives (143) Fr. 84 500 ; autres personnes morales (239) Fr. 179 000. On constate immédiatement que la plus grosse part de l’impôt, soit le 89 %, est fournie par les personnes physiques, ce qui correspond bien à la structure sociale et économique du canton de Neuchâtel à l’époque. Classés par groupes de professions, les contribuables se répartissent de la façon suivante : personnes indépendantes 4 151 ayant fourni Fr. 4 millions, personnes dépendantes 3 163 pour Fr. 2,42 millions, rentiers, autres, 4 753 pour Fr. 5,42 millions. Il convient de s’entendre au sujet du terme « rentier ». La statistique y englobe les personnes qui se qualifient dans leur déclaration de veuve, ménagère, etc. Pour les sociétés anonymes, le montant le plus élevé a été fourni par l’industrie avec Fr. 985 000 ; les sociétés immobilières ayant payé Fr. 192 000. Dans les sociétés coopératives,

Face à ces bouleversements fiscaux, de nombreux clients interpellent la banque pour connaître les montants auxquels ils seront taxés. Parmi eux, on compte de nombreux rentiers et usufruitiers. Claude Bonhôte leur rappelle la teneur de l’article 14 concernant la perception d’une contribution unique versée en trois annuités au titre de sacrifice pour la défense nationale du 19 juillet 1940, qui précise au dernier alinéa : Lorsque la fortune est grevée d’un usufruit, la contribution est due par le nu-propriétaire. Celui-ci peut toutefois, pour exécuter le sacrifice y afférent, réaliser des biens soumis à l’usufruit si les fonds nécessaires ne lui sont, à sa demande, avancés gratuitement par l’usufruitier. La guerre durant, la situation fiscale mise en place fait réagir les chambres de commerce qui considèrent que l’étatisme accentué provoqué par les

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Répartition des 14 millions d’impôt de sacrifice pour la défense nationale dû par la canton de Neuchâtel

ce sont celles de consommation qui viennent en tête avec Fr. 34 500. En ce qui concerne les personnes morales, les fondations ont fourni la plus grosse part avec Fr. 129 500. Par communes, Neuchâtel a fourni Fr. 4,6 millions ; La Chaux-de-Fonds Fr. 2,72 millions ; Le Locle Fr. 944 000 ; Corcelles-Cormondrèche Fr. 384 000 ; Couvet Fr. 375 000 ; Colombier Fr. 374 000 ; Peseux Fr. 359 000 ; Fontainemelon Fr. 356 000. Tout laisse penser que dans ces circonstances, la banque a vu sa charge de travail augmenter et se complexifier, raison sans doute pour laquelle, le 11 novembre 1941, Claude Bonhôte donne son accord pour que l’Association cantonale des banques neuchâteloises s’attache un jeune juriste dans le but d’étudier à fond le problème de l’organisation professionnelle, à titre documentaire seulement. Il accepte aussi de continuer les discussions avec le groupement des employés de banque à propos des questions relatives à l’amélioration de la qualité du personnel de banque. Toutefois, il pense que la prudence s’impose et qu’il ne faut rien précipiter.

Personnes physiques 11.85 % Sociétés anonymes 1.7 % Sociétés coopératives 0.084 % Personnes morales 0.17 %

Le 14 novembre 1941, il rappelle clairement que sa banque ne peut pas faire de prêts sans garantie, eu égard aux engagements pris vis-à-vis des commanditaires.

de l’économie publique du Canton. Lorsqu’il veut se retirer de la Bourse, des publications officielles sont faites avant que les valeurs représentant son cautionnement lui soient rendues. Vous aurez sans doute remarqué que, dans les décomptes des opérations faites aux bourses de Zurich, Bâle et Genève, figure un poste « Droit & timbre fédéral ». Le droit est une taxe cantonale prélevée par l’Etat sur le mouvement global des opérations de l’année et qui est de Fr. 0.10 par Fr. 1 000. Les Banques se récupèrent en ajoutant cette taxe à tous les décomptes à raison de Fr. 0.10 par Fr. 1 000 ou fraction de Fr. 1 000. Dans le cas de Neuchâtel, il s’agit simplement d’une réunion privée entre Banquiers de notre place, ainsi que cela se fait également à Lausanne, Berne et St-Gall. Le mouvement de ces dernières bourses ne figure pas non plus dans les publications officielles vu qu’il s’agit de bourses privées sans caractère officiel. Je dois vous dire franchement que le mouvement de notre bourse ferait bien piètre figure dans une

Le 30 janvier 1942, Claude Bonhôte répond à Gérard Bauer 205, alors conseiller communal, soit l’un de cinq membres de l’exécutif de la Ville, qui l’interroge à propos de la bourse de Neuchâtel et du fait que le chiffre d’affaires des bourses de Zurich, Bâle et Genève est toujours publié et comparé avec celui des années précédentes alors qu’il n’en est rien à Neuchâtel. La constitution des bourses de Zurich et Bâle est très différente de celle de la bourse de Neuchâtel. Il s’agit de bourses officielles contrôlées par l’Etat et un commissaire de l’Etat fonctionne comme secrétaire à toutes les séances et tient le contrôle des opérations et des cours. En outre, chaque membre de la Bourse doit déposer une caution assez importante, basée sauf erreur sur son chiffre d’affaires annuel, auprès du Département

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avoir sur un seul objet, même si c’est un domaine. Les transactions de domaines sont en ce moment rendues très difficiles par les commissions agricoles pour les personnes qui ne les exploitent pas elles-mêmes. A moins d’une catastrophe imprévisible, il ne faut pas croire que tout est perdu en Suisse et que les titres ne vaudront plus rien. Nous avons été sagement dirigés par nos gouvernants jusqu’ici, grâce à eux, nous avons traversé la tourmente sans trop de peine. Nous pouvons être certains qu’ils feront tout pour éviter la débâcle du franc suisse et pour maintenir à notre monnaie un certain pouvoir d’achat après la guerre. En 1942, malgré la guerre, la situation de l’industrie horlogère semble bonne. En tout état de fait, la banque poursuit son bonhomme de chemin dans une quiétude que les événements internationaux ne semblent pas troubler. Rien de particulier dans les archives n’a attiré notre attention, comme si les affaires s’enchaînaient sans souci. Certes, les contacts avec l’étranger ne sont pas toujours aussi faciles mais ils subsistent. Certains nouveaux même se tissent, comme en 1944 avec la maison Sheppards & Co. de Londres qui devient désormais le correspondant attitré de Bonhôte dans la capitale anglaise.

L’immeuble de l’Union commerciale au fond de la rue du Coq-d’Inde qui abritait la Bourse de Neuchâtel. Construit en 1901 par Prince & Béguin.

statistique au regard de celui des bourses de Bâle, Zurich et Genève. Dans ces conditions, je n’ai pas l’impression que mes collègues seraient disposés à divulguer ce chiffre. La bourse de Neuchâtel ne peut pas prétendre et de loin au mouvement des bourses de Zurich, Bâle et Genève car il n’existe pas dans notre ville les grandes fortunes et les belles industries qui font la prospérité des deux grands centres de Suisse allemande et en conséquence de la bourse des papiers valeurs.

Quelques jours après le débarquement en Normandie, le 12 juin 1944, Claude Bonhôte écrit à l’un de ses clients : Les actions privées American European Securities sont arrivées à New York et nous espérons que nos correspondants ont soigné l’échange des titres et encaissés les dividendes arriérés non périmés. Mais, depuis l’occupation de toute la France par les Allemands, après le débarquement des troupes américaines en Afrique, la correspondance des Etats-Unis d’Amérique à destination de l’Europe est retenue au départ par les Américains. Nous n’avons donc aucun avis de crédit de nos correspondants. Mais la valeur est bonne et nous espérons qu’après la guerre, cette affaire se régularisera entièrement.

Le 12 mai 1942, Claude Bonhôte s’exprime sur les placements en terres agricoles qui ne rapportent que très peu, 2 % environ. Une personne qui possède une certaine fortune peut se payer le luxe de placer une partie de son capital sur un bon domaine et se contenter d’un modeste revenu sur cette partie du capital. Mais les personnes qui ont besoin de leurs revenus pour vivre peuvent difficilement placer tout leur

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2. Arrêté du Conseil fédéral modifiant celui qui institue l’impôt anticipé.

Cet extrait montre que la banque n’a jamais cessé de maintenir en activité ses relations commerciales avec l’extérieur malgré les difficultés de communication inhérentes à la guerre. Donc, au-delà des affaires internes et relatives à la Suisse qui sont restées le cœur même et l’essentiel des préoccupations de la banque durant cette période, l’ouverture au monde n’a jamais totalement été fermée, attestant le rôle de plaque tournante économique que la Suisse a pu jouer durant ce conflit.

3. Arrêté du Conseil fédéral modifiant l’arrêté relatif à l’IDN. Ceux-ci ont pour effet d’accorder une seconde amnistie fiscale générale pour atténuer l’effet du passage de 15 à 25 % de l’impôt anticipé. Parmi les autres mesures prises alors, on relève l’adoption d’un taux unique de 5 % pour le droit sur les coupons, l’abolition de l’IDN (impôt de défense nationale) perçu à la source et l’obligation de soumettre le rendement des titres et avoirs en banques à la procédure ordinaire de taxation. On fait passer aussi le droit de timbre de 1,8 à 2 pour mille à l’émission des actions suisses et autres droits de participation à des sociétés.

Pour faire face à l’arrivée d’un nouvel emprunt de la Confédération, le 13 octobre 1944, Claude Bonhôte demande à l’un de ses employés de reprendre plus rapidement le travail et d’ainsi amputer de quatre jours ses vacances. Nouvel emprunt, nouvelles mesures fiscales, la banque se doit d’être à même de se tenir au service de sa clientèle pour la conseiller au mieux et défendre le plus adéquatement possible ses avoirs et fortunes.

Le Conseil fédéral attend de ce train de mesures des recettes supplémentaires pour la Confédération et les cantons. Le résultat sera particulièrement appréciable, d’autant plus qu’il est lié à un dégrèvement essentiel des petits rentiers jusqu’ici lourdement touchés par l’impôt à la source pour la défense nationale. Par ailleurs, le Conseil fédéral n’impose pas d’exigences supplémentaires à ceux qui ont jusqu’ici payé leurs impôts de façon exacte, limitant ainsi fortement les ravages de la soustraction d’impôt.

6.12 L’AMNISTIE FISCALE DE 1945 La période de la guerre a nécessité, comme évoqué plus haut, l’introduction de nouvelles taxations destinées à augmenter les recettes fiscales. Pour faire accepter la contribution unique sur la fortune au titre de « sacrifice pour la défense nationale », à savoir un prélèvement sur la fortune nette versé en trois annuités, le Conseil fédéral avait décrété en 1940 une première amnistie fiscale qui avait alors pour but de motiver les contribuables à participer à cet impôt en déclarant toute leur fortune, sans avoir à payer leurs arriérés. Suite à cette amnistie, le montant des fortunes imposées augmenta de 15 %.

Au final, l’amnistie fiscale de 1945 fait apparaître des valeurs non imposées jusqu’alors d’un montant de Fr. 6,5 milliards. Alors que la fin des hostilités approche et que la victoire des Alliés se dessine, ces nouvelles mesures fiscales mises en place par le Conseil fédéral impliquent que la Banque s’adapte et informe ses clients des incidences de ces changements. Claude Bonhôte écrit donc à sa clientèle, comme le 16 février 1945 à un médecin de ses amis :

Durant toutes ces années, le Conseil fédéral s’est montré constamment préoccupé par les questions relatives aux impôts. Dans son rapport intermédiaire du 31 octobre 1944, il expose les motifs de trois arrêtés (donnant suite à une motion et à un postulat) qu’il promulgue le même jour :

L’amnistie fiscale est totale (à l’exception de l’impôt sur les bénéfices de guerre et des droits de succession). En ta qualité de médecin, tu n’es pas touché par le premier et n’as rien hérité

1. Arrêté du Conseil fédéral accordant l’amnistie fiscale à l’occasion de l’institution de l’impôt anticipé.

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A la suite de cette deuxième amnistie, la fortune imposée augmente de 28 % ! Rien ne dit si son ami a suivi son conseil, mais, au regard d’aujourd’hui, il est difficile de ne pas souligner la clairvoyance et les propos prémonitoires de Claude Bonhôte !

récemment. Dans ces conditions, le fisc n’a aucune explication à te demander si tu modifies sensiblement le chiffre de ta déclaration. Personnellement, je crois que tu as avantage à profiter de l’amnistie. L’inventaire au décès est nettement plus rigoureux et, si tu venais à manquer, il serait désagréable de laisser des ennuis à tes enfants ou à ton épouse. En tout cas, il me paraît indiqué de déclarer les polices d’assurance sur la vie. Il y aura un impôt de 8 % lorsque les polices arriveront à échéance et de 15 % sur les rentes viagères. Cet impôt sera récupérable pour les polices déclarées, par contre, il ne le sera pas pour les polices non déclarées. Il y a une possibilité de mettre à jour actuellement sans amende. Si plus tard, on se fait pincer, les amendes sont à peu près égales au capital soustrait. En outre, l’impôt anticipé peut être récupéré pour les titres déclarés, et dès l’année en cours, il est de 25 %. Au sujet de la levée du secret des Banques, je ne crois pas qu’il puisse être levé mais nous marchons vers un étatisme renforcé et on ne sait pas jusqu’où cela peut nous entraîner. Comme tu as l’intention de te mettre à jour, je n’hésiterais pas et profiterais de cette amnistie. Si cela peut te rendre service, je remplirai volontiers la feuille blanche « Etat des Titres » qui est fort compliquée et rapporterai les sommes sur la feuille verte. Pour les polices Vie, il y aurait lieu de me donner les indications nécessaires, la Cie, l’année d’émission et l’année de remboursement. Je mentionnerai la valeur de rachat. Pour les titres, tu voudras bien me faire une liste de tes titres et m’envoyer les bordereaux pour les coupons encaissés en 1943 afin que je puisse déterminer exactement l’impôt anticipé à récupérer, si tu désires te mettre à jour. Si tu as besoin de fonds pour ton installation, je te conseille plutôt de vendre des titres. Les cours sont actuellement élevés et tu n’as pas avantage à emprunter (…) Ma banque est très volontiers à ta disposition pour escompter les titres arrivant prochainement à échéance ou pour réaliser d’autres titres.

Sans aucun doute, beaucoup de clients de la banque ont dû profiter de cette amnistie qui a généré un surcroît de travail délicat. Ainsi, le 19 février 1945, Claude Bonhôte demande aux autorités militaires un congé de quinze jours pour un employé mobilisé en invoquant les motifs suivants : Nous avons actuellement un surcroît de travail extraordinaire provoqué par les inventaires de titres et les relevés de revenus exigés par la clientèle pour remplir les déclarations d’impôts très compliquées en vue du Sacrifice pour la défense nationale et de la récupération de l’impôt anticipé. Et dans une autre lettre adressée à la même époque à l’un de ses amis, il peut écrire : La guerre est enfin terminée mais Pétain est condamné. C’est écœurant ! L’hiver sera difficile, espérons qu’il n’y aura pas trop de chômage et de troubles sociaux. Cette dernière remarque, qui peut paraître aujourd’hui difficilement compréhensible, correspond pourtant à un état d’esprit totalement normal dans le contexte de l’époque où la plupart des notables étaient attachés aux valeurs du maréchal. En France même, peu de gens avaient rallié de Gaulle dès juin 1940 ! Le revirement des opinions s’est en fait opéré dès que le cours de la guerre a réellement basculé, à savoir avec le débarquement de juin 1944. On peut dès lors comprendre que de nombreux Suisses aient alors mal accepté la condamnation à mort de Pétain, même si celle-ci fut commuée en peine d’internement, comme Henri Brissot 206 le rappelait lui-même à la Société française de Neuchâtel. A une époque où toutes les écritures se faisaient à la main, l’introduction de l’impôt anticipé a impliqué

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En 1945, Henri Proserpi est nommé fondé de pouvoir. Il avait fait son apprentissage à la banque et obtenu son diplôme d’employé de commerce en avril 1921 207. Seul aux commandes, Claude Bonhôte a désormais besoin de partager quelques responsabilités et il le fait avec un collaborateur fidèle qui a accompli toute sa carrière dans la même institution. Fils de Jean Proserpi, associé aux frères Arrigo dès 1922 208, Henri Proserpi est issu d’une famille d’entrepreneurs. Il est doté d’un incontestable dynamisme commercial. Par son entremise, de nombreuses familles catholiques et d’origine italienne entrèrent en relation avec la banque.

pour les banques un gros travail supplémentaire. Ne doivent-elles pas régler de très nombreuses successions comme il l’écrit. On comprend aisément que le personnel en entier devait être présent afin de respecter les délais impartis. Pour établir les valeurs fiscales de chaque titre, la banque se réfère à la brochure de l’Administration fédérale des contributions.

6.13 À PROPOS DES COLLABORATEURS En 1945, la banque tourne avec un personnel peu nombreux. Plutôt paternaliste, Claude Bonhôte recrute avec beaucoup de soin ses employés, tant ses apprentis que ses commis. Entre 1900 et 1994, la banque a formé 82 employés parmi lesquels il faut retenir les noms d’Henri Proserpi (1918-1921), de Gaston Gaschen (1933-1936) et de Gaston Amaudruz (1942-1945). Le premier et le troisième vont accomplir presque la quasi-totalité de leur carrière au sein de l’établissement ; quant au deuxième, nous le retrouverons plus tard.

Dès la fin de la guerre, l’économie suisse connaît une forte croissance : l’industrie du pays, qui n’a pas souffert des combats, permet un redémarrage rapide de la production. Une abondante main-d’œuvre bon marché vient des pays voisins. Comme la fiscalité reste raisonnable et qu’une importante disponibilité de capitaux est présente, l’industrie d’exportation a

Pour ses employés, Claude Bonhôte se charge personnellement de leur contracter des assurances vie auprès de la Neuchâteloise, tout en précisant le 18 décembre 1945 dans une requête adressée à la direction de cette compagnie : Vous voudrez bien encaisser la première prime et nous créditer de la commission nous revenant sur cette opération, ainsi que vous l’aviez déjà fait sur nos précédentes propositions. A gauche, Henri Proserpi, M. Neuenschwander, Gaston Amaudruz et tout à droite Claude Bonhôte | Archives Banque Bonhôte.

A titre d’exemple, en 1936, un employé de banque gagne un salaire de Fr. 350 par mois plus une gratification annuelle de Fr. 700. En juillet 1944, le salaire reste toujours à Fr. 350 par mois y compris l’allocation de vie chère. Avant d’engager des collaborateurs, il recourt à des analyses graphologiques pour connaître « les capacités, le caractère et la moralité » du candidat. Cette méthode sera encore souvent utilisée par la banque pour ses recrutements jusque dans les années 1990.

Henri Proserpi ; Claude Bonhôte, dans le salon de réception de la Pury | Archives Banque Bonhôte.

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Cependant, alors que plusieurs pays voisins investissent dans une modernisation indispensable de leur appareil de production, l’économie suisse remet à plus tard ses investissements, n’augmentant que peu sa productivité ; couplé à une dépendance de plus en plus forte vis-à-vis de l’étranger par l’option prise en faveur des exportations, ce manque d’investissement va avoir de graves répercussions lors du déclenchement de la crise des années 1970. Pour sa part, Bonhôte & C ie poursuit son bonhomme de chemin, devenant à cette époque la seule banque privée du canton de Neuchâtel après la reprise en 1940 de Perrot & Cie par de PuryMonmollin, elle-même reprise en 1961 par l’UBS. Quant aux banques Berthoud et Pury, elles avaient déjà fait l’objet d’absorption dans les années 1920. Au niveau des horaires et des jours d’ouverture, elle est tenue de s’adapter. Dès le 1er juillet 1964, suite à l’introduction de la semaine de cinq jours, les heures d’ouverture des guichets sont fixées du lundi au vendredi de 8 h à 12 h et de 13 h 30 à 17 h.

Extrait de la correspondance de Claude Bonhôte. Archives Banque Bonhôte.

les moyens de prendre un avantage important sur ses concurrents directs. Les grandes banques s’internationalisent à partir des années 1950 : d’une dizaine d’implantations à l’étranger, le total passe à plus de 100 à la fin de la décennie 1970. Parallèlement, leur bilan est multiplié par huit entre 1945 et 1965. La place financière suisse devient l’une des plus importantes du monde, après celles de New York et de Londres. Elle attire d’énormes capitaux étrangers. A titre d’exemple, la banque de Pury-Montmollin est le correspondant pour toute la Suisse du Crédit commercial de France (CCF), établissement créé en 1917 par la fusion de la Caisse de crédit de Nice, la Banque suisse et française et la maison Aynard & Fils. Très liée à la Suisse par des directeurs comme Hughes Jequier ou Jacques Berthoud, cette grande banque française a contribué au développement des activités financières de la place neuchâteloise. La Banque Bonhôte, sans doute freinée par la progressive cécité de son unique propriétaire, est restée un peu en marge de ce développement.

La banque est désormais fermée le samedi toute la journée 209. En 1971, les heures d’ouverture sont quelque peu modifiées puisque les lundi, mardi, mercredi et vendredi, les guichets seront ouverts de 8 h à 12 h 15 et de 13 h 15 à 17 h. Le jeudi, ils seront fermés à 18 h 210.

6.14 UN REGARD SUR L’ÉVOLUTION DE LA MASSE SALARIALE ET DU BÉNÉFICE NET Les livres de comptes mais surtout les récapitulatifs établis par l’organe de révision permettent de suivre l’évolution de la masse salariale et du bénéfice net. Le graphe ci-dessous est éloquent car il montre que la part salariale triple entre 1960 et 1975, suivant indubitablement la tendance générale liée à l’augmentation du coût de la vie. La répartition

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du bénéfice est partagée entre la part que Claude Bonhôte s’attribue et les gratifications du personnel à quoi s’ajoutent les montants mis en réserve.

bénéfice en fonction des résultats acquis. On peut en relever l’extrême modestie de sa progression par rapport à celle de ses collaborateurs.

A titre indicatif, en 1949 211, le salaire horaire d’un employé de commerce qualifié est de Fr. 2,91, soit à raison de 44 heures par semaine environ de Fr. 580 bruts mensuels.

Si au regard d’aujourd’hui, cette part peut paraître modeste, elle correspond en fait au salaire d’un cadre supérieur. Selon l’Office fédéral de la statistique (OFS) 213, en cherchant à mettre en relation l’évolution des salaires avec la situation économique globale :

Lachat 212

Dans sa thèse, Stéphanie montre clairement des courbes d’évolution de salaires similaires à celle donnée ci-dessous, rappelant ainsi que durant fort longtemps les salaires paraissent bas, même s’ils sont en fait en lien direct avec le pouvoir d’achat.

De 1950 à 1978, hormis en 1951, l’évolution des salaires nominaux a constamment été supérieure à celle des prix, engendrant chaque année, une augmentation du pouvoir d’achat des salaires. Ces taux vont brutalement chuter dès 1976 suite au premier choc pétrolier de 1973. En effet, dès 1976, la situation se modifie avec une dynamique d’ajustement des salaires aux prix qui apparaît plus forte que sur la période antérieure. L’évolution

La banque suit donc des tendances salariales normales, attribuant annuellement des gratifications en proportion avec le bénéfice. Quant à Claude Bonhôte, comme il ne perçoit pas un salaire au sens strict, il s’attribue une part du

Evolution de la masse salariale de la banque, du bénéfice net et de sa répartition entre Claude Bonhôte, la réserve et les bonus revenant au personnel. Salaires

fr. 350 000.00

Bénéfice Cl Bonhôte fr. 300 000.00

Personnel Réserve

fr. 250 000.00

fr. 200 000.00

fr. 150 000.00

fr. 100 000.00

fr. 50 000.00

0 1935

1940

1945

1950

1955

1960

1965

1970

1975

1980

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Ces constatations statistiques corroborent l’évolution de la masse salariale de la banque. Elles vont aussi de pair avec l’évolution des frais généraux qui sont un indice lié à la modernisation des pratiques bancaires avec l’introduction progressive de l’informatique.

du salaire réel présente alors un schéma en dents de scie oscillant de façon très irrégulière autour de la valeur nulle. En 1979, l’année du deuxième choc pétrolier, pour la première fois en quasi 30 ans, le pouvoir d’achat des salaires baisse, en partie sous l’effet de la hausse des prix (5 %). L’impact de ce choc pétrolier va freiner l’expansion économique au début des années 80. Cette période sera marquée par une augmentation généralisée des prix avec pour conséquence une chute des salaires réels. Dès 1984 et pour le reste de la décennie, l’économie suisse retrouve le chemin de la croissance. Au début des années 90, l’environnement international instable (invasion et guerre du Koweit, dissolution de l’Union soviétique, flambée du prix du pétrole, construction européenne) conduit au ralentissement de la croissance mondiale avec des conséquences négatives sur l’économie suisse. De 1990 à 1996, la Suisse vit sept années de stagnation économique. De 1990 à 1993, la récession qui se caractérise par une inflation élevée va entraîner une perte de pouvoir d’achat des salaires alors que, de 1994 à 1996, l’inflation est jugulée et le PIB affiche une légère hausse. Les taux de croissance des salaires nominaux n’ont jamais été aussi bas depuis le début des années 50 et ceux des salaires réels fluctuent autour de la valeur nulle. En 1997, la Suisse sort de cette période de morosité économique. La reprise conjoncturelle se poursuit en 1998 mais à un rythme plus lent en partie du fait de la crise asiatique amorcée en 1997 qui a affecté les économies occidentales à travers les marchés financiers. L’année 1999 voit un ralentissement de la conjoncture économique avec une croissance du PIB de 1,3 % contre 2,8 % en 1998 et une inflation plus forte surtout due à la hausse du prix des produits énergétiques et à l’augmentation de 1 % de la taxe à la valeur ajoutée. De 1997 à 1999, la progression des salaires nominaux est inférieure à 1 % et les salaires réels stagnent. Les premières concrétisations de l’essor conjoncturel amorcé en 1997 ne prendront effet qu’en 2000.

En lien avec ce qui précède, le graphe des mouvements de la balance de la caisse entre 1910 et 1954 témoigne de l’essor de l’établissement.

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Evolution des frais généraux de la banque. Frais généraux

fr. 120 000.00

fr. 100 000.00

fr. 200 000.00

fr. 60 000.00

fr. 40 000.00

fr. 20 000.00

fr.1955

1965

1960

1970

1975

1980

1985

1990

Mouvement de la balance de la caisse de 1910 à 1954 par semestre.

Série 1 fr. 4 500 000.00 fr. 4 000 000.00 fr. 3 500 000.00 fr. 3 000 000.00 fr. 2 500 000.00 fr. 2 000 000.00 fr. 1 500 000.00 fr. 1 000 000.00 fr. 500 000.00 fr.1905

1910

1915

1920

1925

1930

1935

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1945

1950

1955

1960

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Tableau comparatif de l’activité de la banque pour le début du xxe siècle | Archives Banque Bonhôte.

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Les écarts dans l’appréciation des cours avec ceux publiés par les banques induisent de nombreuses réclamations, si bien qu’une réorganisation s’impose et donne naissance le 5 avril 1905 à la bourse de Neuchâtel, sous forme d’une association sans but lucratif regroupant les onze banquiers de la place : la Banque commerciale neuchâteloise, la Caisse d’Epargne, le Crédit foncier neuchâtelois, Berthoud & Cie, Bovet et Wacker, DuPasquier, Montmollin & Cie, G. Nicolas & Cie, Perrot & Cie, Pury & Cie, Bonhôte & Cie.

Dernière née des marchés de valeurs déployant leur activité en Suisse, la bourse de Neuchâtel 214 a vu le jour le 5 avril 1905 chez Berthoud & Cie à la Promenade-Noire No 1. Cet organisme, fruit de l’initiative des banquiers privés, a su s’intégrer à la vie financière de la ville et de sa région en s’adaptant aux mutations et aux aléas conjonturels du siècle. Toutefois, il est possible de situer ses prémices autour de 1860 lorsque nombre de banquiers et de commerçants neuchâtelois ont ressenti le besoin de se réunir et de fonder la Réunion commerciale 215, genre de bourse des valeurs et des marchandises. Durant ces réunions, on négociait des titres, l’escompte des effets de commerce, les opérations de change ainsi que les opérations commerciales relatives en vins. Les prix étaient publiés dans la presse locale. Les séances ont alors un caractère public et se tiennent à l’hôtel de ville. De 1865 à 1872, elles se déroulent au Crédit foncier neuchâtelois avant de retourner à l’hôtel de ville eu égard à la location demandée jugée trop élevée (Fr. 70 l’an !).

Située dans l’immeuble de l’Union commerciale au fond de la rue du Coq-d’Inde, cette bourse locale tenait à l’origine des séances bihebdomadaires orientées principalement sur la négociation des valeurs locales et des titres suisses, ayant même durant une courte période un caractère international vite perdu. Parmi les titres traités, signalons les actions de la Banque du Locle, celles des Laits salubres, du Funiculaire Ecluse Plan, mais aussi des usines Martini et de la fabrique de Moteurs Zédel,

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Le fond de la rue du Coq-d’Inde avec l’Hôtel des Balances, vers 1865. Photographie Bruder Frères | Vues stéréoscopiques | AEN | Fonds Favarger.

banques, les entreprises d’électricité et par des sociétés à caractère commercial. Les actions des principales banques commerciales et des sociétés dont l’activité se déploie dans le canton figurent également parmi les titres traités. Chaque jour ouvrable, des listes de cotation sont fournies. Les entreprises locales sont privilégiées.

entreprises connues pour leurs automobiles ! Parmi les actions étrangères, citons à titre d’exemple les Lots allemands, la Fabrique de céruse et couleurs de Gênes, les Chemins de fers Lombard-Sud d’Autriche. A partir de 1926, les séances non publiques deviennent quotidiennes en semaine entre 9 h 30 et 9 h 45, juste avant l’ouverture des grandes bourses du pays. L’ambiance y était très tranquille, style « dernier salon où l’on cause »… sans opérations de spéculation ou d’arbitrage.

L’assemblée générale, le comité et le contrôleur des comptes forment les trois organes de la bourse de Neuchâtel, comme cela apparaît dans les Statuts et règlements 216 du 5 avril 1905. Elus pour une durée d’un an, les trois membres du comité (président, vice-président, secrétaire) sont désignés selon un roulement.

Dès le 14 avril 1905, la bourse publie dans la Feuille d’Avis ses premières cotations. De manière régulière et ceci jusqu’à sa fermeture, le cours des obligations et des actions fait désormais l’objet de publications régulières dans les journaux locaux et d’une remise spécifique aux établissements bancaires et à une clientèle particulière (65 abonnés).

A l’occasion du 75e anniversaire de cette bourse fêté le 27 mars 1980, un hommage particulier est rendu à la Banque Bonhôte, qui reste avec la Banque cantonale neuchâteloise (BCN) la seule maison fondatrice de la bourse encore en activité parmi les onze initiateurs. Ceci met en évidence

On y traite donc les emprunts de la Confédération, ceux du canton et des communes. On y trouve aussi des titres à revenu fixe émis par les grandes

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les profondes mutations que le système bancaire neuchâtelois a connues au cours du xxe siècle.

il a un regard différent de celui de ses collègues membres des grands instituts bancaires. D’emblée, il cherche à définir quelles pourraient être à l’avenir les missions de la bourse de Neuchâtel. A ses yeux, de manière immédiate, elles fournissent un marché pour les actions purement locales existantes. De 6 à 12 mois, elles pourraient devenir un instrument au service de l’industrie régionale au sens large, permettant à des entreprises familiales d’ouvrir leur capital, par exemple pour résoudre des problèmes de succession, et à des entreprises en croissance de procéder à une augmentation de capital, et à terme, entre 2 et 5 ans, de devenir un marché suisse des PME.

Il est évident que la bourse de Neuchâtel est restée une entité relativement petite. Son chiffre d’affaires a ondoyé de Fr. 9 millions en 1978 à Fr. 17 millions en 1984, puis à Fr. 15 millions en 1988 et Fr. 22,5 millions en 1989, chutant à Fr. 6 millions en 1990. Il est aussi vrai que les grandes banques s’éloignent de plus en plus de cette plate-forme locale pour axer leurs activités sur Genève, Bâle et Zurich dont les volumes d’activité se chiffrent en milliards de francs. Pourtant, le nombre de titres alors cotés à Neuchâtel est loin d’être dérisoire avec ses 205 obligations et 38 actions de valeurs locales, mais ceci ne permet pas de rivaliser avec les trois principaux marchés.

Afin d’atteindre ces objectifs, il conviendrait qu’un membre de l’association accepte de servir de centre de récolte des ordres sur les valeurs locales. Ceux-ci seraient transmis téléphoniquement à la banque qui sert de centrale et resteraient en attente sous forme de « cours offert » ou « cours demandé » jusqu’à ce que deux ordres se rencontrent. A ce moment-là, la centrale en informerait les deux parties qui régleraient entre elles la livraison et le paiement.

Certes les titres cotés à Neuchâtel ont une vocation prioritairement locale, mais les entreprises régionales en bourse le sont aussi ailleurs. Il ressort de cette situation que son avenir s’assombrit. Lors de l’assemblée générale ordinaire du 20 avril 1990, le président Gilles DuPasquier, sous-directeur de l’Union de banques suisses, soumet à la réflexion générale les thèmes suivants : les conditions de fonctionnement de la bourse à court terme ; l’inventaire des membres à qui une cessation d’activité poserait des problèmes particuliers ; les intentions des sociétés exclusivement cotées à Neuchâtel et quelle structure à adopter pour l’étude des problèmes annexes posés par une cessation d’activité. Un vif débat s’engage où chacun exprime la position de l’établissement qu’il représente. Il est décidé de créer une commission chargée d’étudier les différents points et d’en faire rapport lors d’une nouvelle assemblée générale à convoquer en temps opportun afin de prendre les décisions qui s’imposeront.

Jean Berthoud propose aussi la création d’un poste à temps partiel pour aller, en relation avec la Chambre neuchâteloise du commerce et les membres de l’association, prendre contact avec les PME locales. L’expérience des seconds marchés anglais et français montre que sont concernées les entreprises ayant un chiffre d’affaires minimum de Fr. 10 millions. A ses yeux, le capital accumulé par la bourse de Neuchâtel au cours de son existence permettrait de dégager un revenu sans toucher au capital, afin de salarier par exemple un assistant terminant son doctorat en économie régionale qui serait mandaté pour se livrer durant six mois à une approche des entreprises de l’Arc jurassien qu’une cotation publique intéresserait.

Jean Berthoud, qui depuis octobre 1990 est entré à la Banque Bonhôte & Cie SA après plusieurs années passées à New York, Genève et Zurich, en fait immédiatement partie en tant que représentant de la dernière banque privée de la place. A ce titre,

Un succès de ce type de marché permettrait dans un avenir à moyen terme d’établir un véritable marché des PME suisses, appelé de ses vœux depuis longtemps par divers milieux. Il serait temps

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de financement recourant moins à l’endettement en période de taux élevés ; d’autre part, la clientèle privée manifeste son intérêt pour le tissu économique local et serait prête à consacrer quelques pourcents de ses placements au financement d’entreprises en croissance. Il pourrait en être de même de certains fonds institutionnels. Même si l’existence en Suisse des sept bourses à assises locales est désormais en proie à de vives critiques et que des coupables ont été cherchés après le krach boursier de 1987, tout ne peut pas être imputé aux spécificités du fédéralisme comme cherchent à le faire croire les « gnomes » zurichois. Le projet de concentration de l’activité boursière sur Zurich, Bâle et Genève a été décidé par les grandes banques, impliquant de facto selon leurs états-majors la suppression des bourses régionales au 1er février 1990.

Recueil des cotes de la bourse de Neuchâtel Archives Banque Bonhôte.

Pour Neuchâtel, Jean Berthoud propose de laisser les trois grandes banques exécuter leur politique et se retirer de la bourse locale sans pour autant que celle-ci soit supprimée. Dans une région en pleine mutation économique, axée en grande partie sur des entreprises de taille petite et moyenne dans les secteurs de haute technologie en croissance, elle garde tout son potentiel pour servir de plaque tournante des capitaux régionaux.

Archives Banque Bonhôte.

alors d’envisager de réaliser ces transactions sur un réseau informatique propre, soit l’intégration de ce marché dans la future Bourse électronique suisse. Suite à ces réflexions, le 26 octobre 1990, il écrit à Edgar Renaud, le nouveau président en charge de la bourse et directeur adjoint de la BCN. Selon la problématique qu’il expose, une bourse spécialisée dans les PME en Suisse favoriserait la conversion de marchés existants, les « hors-bourse » ou « avant-bourse », même si la grande partie des titres désormais cotés sont des obligations puisque la Suisse est encore loin de mettre en place un marché spécialisé, axé notamment sur des entreprises financées par du capital-risque comme il en existe à l’étranger.

Le 12 novembre 1990, selon le procès-verbal de la réunion tenue par la commission d’étude en vue de sa dissolution, Edgar Renaud, directeur adjoint de la BCN, ouvre la séance en renseignant les membres sur l’évolution récente des bourses de Berne et de Saint-Gall. La première cessera son activité au 30 juin suivant en poursuivant son activité simplement sous forme de bourse téléphonique avec appui informatique alors que la deuxième fermera au 31 mars 1991. Jean Berthoud y développe ensuite son argumentaire. Gilles Dupasquier donne la position des grandes banques qui consentent à participer aux séances journalières jusqu’au 31 janvier 1991. Aller au-delà ne semble pas constituer une attitude

Il poursuit : Or, incontestablement, un besoin existe en ce sens. Nombreux sont, d’une part, les entreprises locales à être à la recherche de nouveaux moyens

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réaliste quand l’obligation leur est faite de concentrer tout leur volume à Zurich dans la perspective de la bourse électronique. Pour sa part, le Crédit foncier montre un certain scepticisme et s’alignera sur la décision de la BCN. Par la bouche d’Edgar Renaud, celle-ci se déclare prête à revoir le problème si une solution réaliste peut être trouvée et justifiée par un certain volume d’opérations.

Le Crédit foncier évoque la dualité du grand marché de 1992 et parle de régionalisation. La porte doit-elle être fermée à toute tentative qui dépasserait le délai imparti au 31 janvier 1991 ? Cette question posée dans le contexte du tissu économique régional englobant un cadre restreint d’entreprises alimente un autre débat. Le règlement en vigueur n’offre pas de garanties suffisantes à l’actionnaire. Par ailleurs, le projet préconisé par Jean Berthoud relève également du marketing et n’incombe sans doute pas à l’association. La BCN relève également l’intérêt de l’étude mais constate les difficultés de mettre en pratique certaines de ses propositions. Vu l’impossibilité de mener une étude valable jusqu’au 31 janvier 1991, le président propose le maintien, dans un premier temps au moins, jusqu’au 30 juin 1991. Au vote, les quatre grandes banques sont contre, les quatre petites pour, ce qui amène le président à trancher pour le maintien tout en rappelant que selon l’article 15 des statuts, « les décisions relatives […] à la dissolution doivent, pour être valable, être prises par les trois quarts des membres et à la majorité absolue. »

Dans la perspective de l’assemblée générale convoquée le 30 novembre, Jean Berthoud est chargé de fournir à l’ensemble des membres un rapport circonstancié afin qu’une discussion générale puisse avoir lieu en connaissance de cause. Celui-ci s’exécute le 22 novembre 217. Il évoque les facteurs de coûts pour les banques de la place, les facteurs d’efficacité de la place financière locale, les facteurs économiques régionaux avant de proposer des mesures immédiates visant à assurer un certain volume à court terme et celles structurelles tendant à attribuer à la bourse de Neuchâtel une mission spécifique, à savoir un fonds de placement en valeurs régionales de l’axe jurassien et la possibilité pour des entreprises de se faire coter directement. Le tout est argumenté et exemplifié. On y trouve en bonne partie les thèses qui vont être reprises par la Banque Bonhôte & Cie SA.

Par divers courriers 218, Jean Berthoud poursuit son action. Toutefois, lors de l’assemblée générale extraordinaire du 1er juillet 1991, tout s’arrête et l’Association de la bourse de Neuchâtel prononce alors la dissolution. En fait, le temps d’une petite bourse locale est révolu.

Lors de l’assemblée générale extraordinaire du 30 novembre 1990, l’ordre du jour est la dissolution de la bourse. Après avoir rappelé les travaux de la commission nommée à cet effet, Jean Berthoud développe les options essentielles de son projet : maintien et activation du volume et approche d’entreprises de l’Arc jurassien prêtes à une ouverture de leur capital au public.

Une partie des archives de cette bourse couvrant la période allant de 1938 à 1968 est conservée dans le fonds d’archives d’entreprises en Suisse et au Liechtenstein 219. Au-delà de la bourse elle-même, les idées lancées par Jean Berthoud, toutes utopiques qu’elles ont pu paraître dans le contexte de l’époque, vont germer et sans aucun doute contribuer au succès de la Banque Bonhôte & Cie SA. En effet, désirant rester une banque boursière, la Banque Bonhôte demande alors son admission à la bourse de Bâle où elle est fort bien accueillie, si bien qu’un collaborateur s’installe là-bas afin d’y traiter quotidiennement les

Dès le tour de table qui s’ensuit, la réponse des grandes banques est sans équivoque. Le changement de pratique orienté sur la future Bourse électronique suisse n’offre aucune perspective pour un maintien neuchâtelois. Quant au projet visant les PME, aussi louable soit-il, il n’offre pour l’instant rien de tangible et devrait prendre beaucoup de temps à se concrétiser.

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Paul Bouvier (1858-1940) | Le quai Ostervald | Aquarelle signée | Collection privée.

transactions de la banque. Par ce biais, celle-ci est devenue membre de l’association de la bourse suisse électronique qui succède à l’association tripartite bourse qui regroupait Bâle, Genève et Zurich. Actuellement encore, la banque est l’un des partenaires de la Bourse électronique suisse, dite SIX par les professionnels, dont elle détient 1,2 % d’actions, ce qui représente une valeur de plusieurs dizaines de millions de francs. Il convient maintenant de reprendre le fil diachronique et de suivre ce qui s’est passé entre le départ à la retraite de Claude Bonhôte et la renaissance de la banque éponyme sous sa forme actuelle.

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cession de sa banque à des établissements non régionaux. Le jour même, il prend un vol pour Genève afin de le rencontrer et le dissuader d’agir ainsi. Il obtient de Claude Bonhôte la promesse de ne jamais vendre sa banque à des non-Neuchâtelois, ce qui permet à Jean Berthoud de repartir serein le lendemain matin pour New York terminer son MBA. En 1987, donc, en quelques semaines, grâce à l’expertise et à l’expérience d’Alain Hirsch-Bonhôte, neveu par alliance de Claude Bonhôte et professeur de droit commercial à l’Université de Genève et membre de la Commission fédérale des banques de 1974 à 1989, qui le conseille, la transaction peut être réalisée.

Le vice-président du groupe Cortaillod, Gaston Gaschen, qui avait effectué son apprentissage à la banque comme dit plus haut, avait toujours gardé des contacts très étroits avec Claude Bonhôte. Chaque année, il lui rendait visite en lui posant inlassablement la question suivante : « Et avec l’âge, qu’est-ce tu vas faire de ta banque ? » Les deux hommes se tutoyaient et avaient noué une relation d’amitié. Finalement, en 1987, Claude Bonhôte lui dit qu’il est désormais temps pour lui de prendre des dispositions quant à l’avenir de son établissement. Il faut dire qu’il entrait alors dans sa quatre-vingt-quatrième année. Gaston Gaschen lui rétorque alors : « Eh bien ! On va te la racheter, ta banque ! » Pour Claude Bonhôte, il fallait que les repreneurs soient neuchâtelois ; c’était une condition capitale pour qu’il accepte de se séparer de ce qui avait fait sa vie. A cet égard, il convient d’évoquer une anecdote. Lors de l’hiver 1984, soit trois ans avant cette cession, Jean Berthoud, qui étudiait à New York (Columbia University) entend dire que Claude Bonhôte a l’intention de procéder à la

La pérennité neuchâteloise de la banque est assurée. Au moment de cette reprise, le personnel de la banque est composé de Gaston Amaudruz, (directeur), Olivier Bonhôte (fondé de pouvoir), Bernard Sandoz et Jacques Vernez (mandataires), Georges Perriard, Olivier Walther, Jean-François Barthélemy, Yvan Crisinel et Martine Greber.

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Gaston Gaschen (1918-1991) | Archives Banque Bonhôte.

Gaston Amaudruz (1925-1998) | Archives Banque Bonhôte.

Ainsi, en octobre 1987, Cortaillod Holding SA devient donc propriétaire de la Banque Bonhôte & Cie, mettant fin à une importante tranche de l’histoire bancaire neuchâteloise tout en cherchant à en assurer la pérennité. Selon Eric DuBois, professeur d’économie et cousin germain de Claude Bonhôte et l’un des commanditaires de la banque, qui signe l’article publié à cet égard dans la FAN du 16 octobre 220, deux lettres sont adressées parallèlement par Cortaillod Holding SA à ses actionnaires et par Bonhôte & Cie à ses clients. Elles font état de l’accord passé entre les deux parties. Le 1er janvier 1988, une société est créée : la Banque Prigest SA au capital de Fr. 5 millions, entièrement entre les mains du Cortaillod Holding SA, qui reprend l’entier des affaires de Bonhôte & Cie. Ce nouvel institut est administré par Georges-Adrien Matthey, président et administrateur délégué du Cortaillod Holding SA, Gaston Gaschen 221 et Aloys de Perrot 222. Ce dernier, licencié en sciences économiques, expert-comptable et propriétaire d’une fiduciaire genevoise, est en fait le petit-fils

d’Eugène de Coulon (1874-1958) 223, l’industriel visionnaire qui, après un début de carrière brillant en Californie, a présidé dès 1919 au développement considérable du groupe industriel Cortaillod. Quant à la direction de la banque, elle incombe désormais à Gaston Amaudruz, qui, après quarante années passées au sein de la maison où il avait effectué son apprentissage, en était le sous-directeur depuis 1980. Il la pilotera dès lors jusqu’à sa retraite prise deux ans plus tard sans modifier son mode de fonctionnement, condition posée pour qu’il accepte d’en prendre la direction. A la fin de la semaine même où cette opération est finalisée et annoncée, Jean Berthoud qui travaille alors pour la banque américaine J.P. Morgan de Zurich, adresse aux repreneurs un « business plan » accompagné d’un mémoire en lien avec Bonhôte & Cie qui concrétise l’ensemble des réflexions qu’il a menées depuis la fin de ses études. Celles-ci puisent leurs origines dans les entretiens qu’il a eus à l’époque de son mémoire avec Claude Bonhôte et dans

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les perspectives d’avenir qu’il entrevoit pour un tel établissement. Après avoir rappelé quelles ont été les orientations de la banque durant des décennies, l’auteur propose aux repreneurs d’élargir leur champ d’activité à une clientèle institutionnelle tout en conservant la gestion de fortunes privées. Toutefois, cette ouverture implique un souci de performance et de modernisation, des notions qui deviennent aussi indispensables à la gestion privée. Dans l’immédiat, pour Cortaillod, si l’objectif de cette acquisition est de faire gérer professionnellement ses fonds propres et ceux de ses caisses de pensions tout en privilégiant une solution neuchâteloise, la priorité absolue serait d’acquérir des systèmes informatiques adaptés à la gestion de fortune et des liaisons « on line » avec les services d’informations boursières. Bref s’ouvrir à la modernité. Jusque-là, ni télex ni fax n’étaient présents ! Pour acquérir une clientèle institutionnelle, il conviendrait d’engager des courtiers performants aptes à renseigner les gestionnaires sur les variations à court terme des marchés.

Jean Berthoud, président actuel du Conseil d’administration. Archives Banque Bonhôte.

Jean Berthoud poursuit son analyse en définissant encore des objectifs à moyen et long termes. Son plan a sans doute séduit l’administrateur délégué du groupe Cortaillod, Georges-Adrien Matthey (1929-2015), par son audace et son caractère identitaire neuchâtelois puisqu’il entre en octobre 1990 dans cette nouvelle structure. L’immeuble de la rue Pury appartient alors à SECE Cortaillod Holding SA qui l’a acquis en même temps que la banque. Celle-ci y occupe deux des trois étages, plus les combles où sont entreposées les archives et une partie du sous-sol qui renferme les coffres. Le second étage est occupé par le concierge.

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Exploitation d’une banque active principalement dans le domaine de la gestion de fortune et l’exercice d’une activité de négociant en valeurs mobilières. Elle peut notamment effectuer les opérations suivantes : a. Acceptation de fonds sous toutes les formes bancaires usuelles ; b. Opérations d’escompte, d’effets de changes, d’encaissements, de virements ; c. Achat et vente de valeurs mobilières, telles qu’actions, obligations, métaux précieux, instruments dérivés, pour son compte ou pour le compte de tiers ; pour son propre compte, les opérations sur produits dérivés ne peuvent avoir qu’un pur caractère de couverture ; d. Opérations de change en billets ou en devises ; e. Garde de titres et d’objets de valeurs, location de coffres-forts ; f. Gérance de fortunes, de fonds de prévoyances et de tous autres types d’actifs financiers et exercice de fonctions fiduciaires ;

Fin 1991 224, soit quatre ans après son rachat par SECE Cortaillod Holding SA, lui-même entretemps acquis par le groupe français Alcatel au cours d’une bataille boursière mémorable, suite à un changement de stratégie, la totalité du capital de la Banque Bonhôte & Cie SA est cédée à un groupe de personnes privées, en majorité neuchâteloises. La nouvelle entité possède aussi un droit de préemption sur le bâtiment, qu’elle exercera rapidement. Conduite par Jean Berthoud, en place depuis le 1er octobre 1990 comme dit plus haut et directeur général depuis le 1er juin 1991 – il n’a pas encore trente ans –, la nouvelle Banque Bonhôte & Cie SA souhaite se développer de façon dynamique dans la gestion de fortune privée et institutionnelle. Dans l’acte constitutif de la première SA, selon les statuts adoptés le 21 décembre 1987, modifiés le 29 novembre 1991 lors de la modification de la raison sociale en Banque Bonhôte & Cie SA, puis une nouvelle fois le 13 juin 1995 et le 20 avril 1998, l’article 3 définit les buts de l’entreprise :

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de Markus Friedli, rapidement rejoint par Dominique de Meuron, membre du conseil d’administration de Sandoz SA à Bâle, et de Michel Scholl, Neuchâtelois, ancien directeur de la Banque de dépôts à Genève. En novembre de cette même année 1992, Olivier Vollenweider est engagé notamment pour s’occuper de l’exécution boursière, département qui fait encore partie à ce jour des nombreux services dont il est responsable.

g. Octroi de prêts et de crédits, y compris occasionnellement des prêts hypothécaires ; h. Prise ferme d’emprunts, participation à des émissions et opérations financières de corporation de droit public, de sociétés et de particuliers, individuellement ou dans le cadre de syndicat ; i. Prise de participations permanentes ou temporaires dans des entreprises commerciales industrielles, financières et bancaires ; j. Acquisition d’immeubles ; k. Conseils dans le domaine fusions et acquisitions, conseil et financement d’entreprises.

Revenons un instant sur le premier président de la nouvelle entité Bonhôte. Né en 1923, Jean Carbonnier 225 obtient une licence en sciences économiques à l’Université de Neuchâtel qui le conduit juste après la guerre aux Etats-Unis, où il accomplit à New York un stage qui va le marquer durant toute sa carrière. De retour à Neuchâtel en 1948, il entre dans la fabrique Resist SA acquise par son père, architecte, qu’il dirige par la suite jusqu’en 1971. Inspiré par la politique, il siège durant de nombreuses années en tant que membre du parti libéral au Conseil général de la ville de Neuchâtel ainsi qu’au Grand Conseil. Représentant de l’économie, il y défend avec vigueur les principes du libéralisme. Ses expériences politiques le conduisent à afficher une rigueur, parfois sévère, à l’encontre de ceux qui n’assument pas leurs responsabilités. Dans sa notice nécrologique parue le 1er décembre 1995, Yann Richter ajoute : « ses critiques étaient d’autant acceptées par ses adversaires que Jean Carbonnier était reconnu pratiquer vis-à-vis de lui-même une discipline exemplaire. » Membre de nombreux conseils d’administration d’entreprises neuchâteloises, il en préside plusieurs, toujours préoccupé par les risques humains des mutations et des crises économiques. Membre du Conseil puis président de la Chambre neuchâteloise du commerce de 1974 à 1986, il s’est montré efficace sur les chemins parfois difficiles des débuts de la promotion économique, contribuant à l’aboutissement de négociations qui ont amené de nombreuses entreprises à s’implanter dans le canton de Neuchâtel. Son rayonnement a largement dépassé les frontières cantonales. N’a-t-il pas été l’un des rares Romands à siéger au bureau du conseil de l’UBS, tout en participant activement aux travaux

Début 1992, son conseil d’administration est désormais composé de Jean Carbonnier, président, oncle de Jean Berthoud, de Gaston Amaudruz, vice-président, d’Alain Berthoud, père de Jean Berthoud, avocat et docteur en droit qui a effectué toute sa carrière à Paris de 1955 à 1980, secrétaire, de Charles Bonhôte, fils de Paul et frère de Claude,

Jean Carbonnier (1923-1995) | Archives Banque Bonhôte.

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de la Chambre suisse du commerce, de l’OSEC et de la Chambre de commerce internationale. On comprend aisément qu’un tel homme ait marqué Jean Berthoud, alors jeune directeur de banque de 31 ans. Il en va de même de Dominique de Meuron qui siégeait au conseil d’administration de Sandoz. Ce dernier, ingénieur EPFZ, possède une large expérience de planification internationale. Sans aucun doute, ces fortes personnalités ont permis à la banque d’affirmer à l’extérieur son sérieux et d’offrir à son activité un important développement tant en Suisse qu’à l’étranger, soit sur toute place financière ou boursière. Toutefois, le domaine du crédit est limité à la Suisse, à l’exception d’opérations d’avances sur titres dans le cadre de la gérance de fortune.

Comme il le préconisait, la première action mise en place a été de se doter d’un système informatique, à savoir le logiciel bancaire intégré « Apsys ». La banque est en réalité le premier établissement de ce type à s’équiper de la sorte. Par la suite, elle sera rejointe dans ce choix par une centaine d’autres établissements, notamment en Suisse et au Luxembourg. Cet état de fait lui a permis de supporter cet investissement considérable à d’excellentes conditions. Avec cette innovation, la banque abandonnait sa pratique de passer les écritures sous forme manuscrite. Elle entrait dans l’ère de la modernité. La banque est alors le premier établissement à s’équiper de ce logiciel qui a depuis beaucoup évolué et qui reste encore aujourd’hui à la base de l’infrastructure informatique du groupe tout en étant également utilisé par de nombreux autres établissements bancaires.

De plus, la banque peut acquérir des participations minoritaires ou majoritaires dans des entreprises afin d’atteindre ses objectifs et effectuer toutes opérations se rattachant directement ou indirectement à son but principal tout en s’autorisant dès le début la création de succursales, représentations ou agences en Suisse ou à l’étranger, montrant immédiatement son ambition et sa foi en l’avenir.

Aux yeux de Jean Berthoud, pour que la banque progresse, il convient que la masse en dépôt puisse croître. Deux facteurs doivent retenir l’attention : le solde des mouvements nets de dossiers arrivant et quittant la banque et l’évolution annuelle de la valeur des avoirs en dépôt qui, elle, est liée aux conditions boursières.

Le capital-actions est alors de Fr. 5 000 000, divisé en 50 000 actions nominatives d’une valeur nominale de Fr. 100. Dès le départ, il est prévu qu’il puisse être augmenté de Fr. 2 500 000, augmentation autorisée dans un délai de 2 ans.

Selon lui, une masse déposée donnée génère des revenus très variables selon les établissements. Le facteur permettant d’évaluer les revenus pour une masse donnée est le suivant : le taux de rentabilité totale moyen des actifs en dépôt. A son tour, celui-ci dépend d’un élément essentiel : le taux de rotation moyen des actifs. A titre d’exemple, si une banque a un taux de rotation moyen de 0,5, cela signifie que pour un dossier moyen, 50 % des titres font l’objet d’une opération de vente / achat au cours d’une année. Entre une banque très active en « trading » et une banque de gestion patrimoniale conservatrice comme l’ancienne Banque Bonhôte, ce taux de rotation varie considérablement. Pour des établissements normaux, ce taux doit se situer entre 0,5 et 1. Pour Bonhôte, il était de 0,15 : seuls 15 % des dossiers faisaient l’objet d’une transaction annuellement. Pour la nouvelle entité, il y a là sans aucun doute un potentiel de croissance important

Au-delà du capital défini dans l’acte fondateur de la SA, elle affiche fin décembre 1991 une somme au bilan de Fr. 14 millions avec une masse en dépôt de Fr. 240 millions. La clientèle est alors formée pour les deux tiers de privés, essentiellement suisses, et pour un tiers d’institutions (caisses de pensions et assurances locales), y compris les avoirs des caisses de pension du Groupe Cortaillod pour un montant d’environ Fr. 40 millions. En octobre 1992, Jean Berthoud 226 présente un plan d’action pour définir la stratégie de développement de l’établissement. Il y détaille plusieurs points soulevés déjà en 1987.

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projections en prenant en compte tant les produits que les charges. Parmi celles-ci, comme pour toutes sociétés de services, l’essentiel consiste en frais de personnel. Pour la banque, deux nouveaux engagements semblent indispensables : celui d’un collaborateur chargé de la gestion discrétionnaire et de l’exécution des transactions et d’un spécialiste du marketing. Ainsi, la banque procède, en octobre 1994, à l’engagement de Jean-Paul Jeckelmann, lequel dirigeait jusqu’alors une importante cellule de gestion au sein de l’UBS Genève après être passé par Londres pour ce même établissement et après avoir fait ses études à l’Université de Neuchâtel avec Jean Berthoud qui avait toujours gardé contact avec lui. Bien des années plus tard, l’année 2008 voit l’engagement d’un responsable du marketing que le directeur ne peut plus assumer seul. Cyril Lanfranchi sera engagé à ce dernier poste au terme d’un véritable marathon d’entretiens sélectifs ayant permis la rencontre de nombreuses et fortes personnalités. La mise en place de l’informatique a aussi joué un rôle important dans l’augmentation des charges. Cependant, la projection des comptes de pertes et profits sur cinq ans suggère un triplement des produits et une augmentation d’un facteur 2,5 des charges, ce qui permettrait au bénéfice net d’être décuplé sur dix ans. Ces projections qui résultent d’estimations fondées seront toutefois tributaires de la situation économique globale et de paliers naturels. Mais en tout état de cause, le développement de la Banque Bonhôte & Cie SA ne peut être que prometteur pour autant que ses actionnaires, ses administrateurs, sa direction fassent preuve de dynamisme et de parfaite conscience et compétence professionnelle.

qui implique par voie de conséquence un contact plus fréquent avec la clientèle afin de lui suggérer plus souvent des opérations intéressantes et une nécessité de faire connaître l’établissement. Souvenons-nous que ni Paul ni Claude Bonhôte ne faisaient de la publicité ! De même, il convient d’augmenter le taux de rentabilité moyen des dépôts. Avec un taux de 0,28 %, la banque se situait très en dessous de ses concurrentes. La norme devrait être autour de 1 %. Depuis la mise en œuvre de la nouvelle entité, le taux de rendement a augmenté grâce aux contacts plus fréquents avec la clientèle tendant à générer plus d’opérations et à la lisibilité donnée à l’établissement. L’arrivée de nouveaux produits à plus forte marge, tels à l’époque des dépôts fiduciaires, joue un rôle attractif. De plus, la nouvelle direction a introduit depuis son entrée en fonction un service nouveau : la gestion discrétionnaire. La banque reçoit mandat de gérer elle-même les dossiers de sa clientèle selon des critères définis conjointement. Avec une commission annuelle de 0,5 % sur le montant géré, à laquelle s’ajoutent les commissions de transaction, courtages et droits de garde, la rentabilité pour la banque de ces types de dossiers est en très forte augmentation. C’est en développant de telles activités que la banque a le plus de chance d’offrir un service la différenciant nettement de celui des grandes banques. Mais pour cela, la banque doit se développer en acquérant de nouveaux dossiers en se faisant connaître auprès des institutions de prévoyance locales, à la clientèle privée régionale et à la clientèle internationale. Pour atteindre ces objectifs, Jean Berthoud préconise la création d’un service de relations personnalisées, le développement d’une politique « marketing » et des liens étroits avec la promotion économique.

Depuis le premier jour de l’arrivée de Jean Berthoud à la banque, le 1er octobre 1990 à sept heures du matin, l’heure à l’époque de l’ouverture des guichets, de nombreux particuliers issus de familles suisses amies et de sa propre famille transfèrent d’établissements zurichois ou genevois de gros portefeuilles pour en confier la gestion à la banque redynamisée. Très vite s’ensuit une période de forte croissance au cours de laquelle la progression de la banque est accélérée par les difficultés rencontrées par d’autres

Il fixe comme objectif minimum pour les cinq années à venir de doubler la masse des fonds déposés. De manière détaillée, il établit des

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établissements, y compris les plus grands, dont les collaborateurs déstabilisés sont plus faciles à convaincre pour qu’ils rejoignent l’équipe en construction. Les fonds en dépôt doublent ; les effectifs des collaborateurs grimpent. La banque devient membre de la bourse suisse, bénéficiant dès lors des informations privilégiées du marché. En entrant dans l’ère de l’informatique, en renonçant aux écritures manuscrites telles qu’elles apparaissent dans de nombreux livres conservés dans les archives, en s’appuyant sur de nouveaux collaborateurs compétents et spécialistes, les projections de Jean Berthoud ont plus qu’été atteintes, montrant qu’une banque privée a une place justifiée dans l’économie neuchâteloise et celle de l’Arc jurassien.

Evolution en pourcentage de la masse sous gestion.

En % 1 000 900 800 700 600 500 400 300 200 100

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Evolution du nombre des collaborateurs de la Banque entre 1996 et 2015.

80 70 60 50 40 30 20 10 0

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1996

1996

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2015

9.1 LA CORNE D’ABONDANCE : LE SYMBOLE DE LA BANQUE

9.2 VERS LE XXIE SIÈCLE En avril 1996, après avoir été à la direction générale de la Banque nationale suisse, Jean Zwahlen 227, administrateur de Paribas et de l’UBP, entre au conseil de la banque. Le conseil d’administration est alors présidé par Yann Richter, qui a succédé à Jean Carbonnier. Il peut se réjouir des résultats qualifiés de « très réjouissants ». Le volume d’affaires a progressé de 23 % au cours du premier trimestre 1996 par rapport à la même période de 1995, ce qui fait que le résultat prévisionnel est nettement supérieur au budget, si bien que les actionnaires toucheront un dividende de 4 %.

Dessinée en 1929 par Joseph Girardin, qui travaillait alors dans le bureau d’architecture Chable situé au deuxième étage de l’immeuble de la rue Pury, cette corne d’abondance est devenue l’image de marque par excellence de l’établissement. Symboliquement, la corne d’abondance évoque le souvenir de la chèvre Amalthée qui avait nourri Zeus durant son enfance sur le mont Ida. Métaphoriquement, la corne d’abondance évoque une source inépuisable de bienfaits. Elle est souvent représentée regorgeant de fruits et de délices sucrés de toutes sortes.

Licencié en droit, Yann Richter (1928-2008) 228 a joué un rôle politique, économique et militaire important. Membre émérite du parti radical, il préside le conseil communal d’Hauterive de 1960 à 1969, tout en étant député au Grand Conseil de 1961 à 1969. S’il n’obtient pas un siège au Conseil d’Etat en 1969, il est en revanche élu au Conseil national de 1971 à 1979, accédant en 1978 à la présidence du parti

Qu’une banque se l’attribue équivaut au souhait de ses propriétaires de permettre à tous que la fortune s’installe, si ce n’est pour de vrai, en tout cas en rêve si l’on s’en tient à la tradition.

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En novembre, la banque 229 convie pour la première fois tant ses clients que de nombreuses personnalités de l’économie neuchâteloise à prendre connaissance des pronostics économiques à venir, formule qui sera reconduite chaque année sous la forme des « forums Bonhôte ». En cinq ans, la banque a multiplié par 3,5 sa masse de dépôts. Ses placements ont réalisé une performance moyenne de 10,2 %. La moitié des fonds gérés viennent désormais de clients institutionnels. La banque est la seule de l’Arc jurassien à être membre de la bourse suisse. Elle occupe alors treize collaborateurs, parmi lesquels Pascale Monard, engagée en janvier 1996 en tant qu’assistante du directeur général, poste qu’elle occupera avec vaillance pendant une dizaine d’années avant de reprendre la responsabilité des ressources humaines, rejointe quelques années plus tard par Julien Ferraro, également responsable des services généraux. La corne d’abondance telle que placée dans le hall de la banque. Archives Banque Bonhôte.

Sa politique de placements est axée sur l’Europe continentale où ses pays émergents sont des zones privilégiées. Côté helvétique, une remontée des taux courts est alors exclue à moyen terme, tout comme, avant six mois, les taux longs. Les actions préférées sont les poids lourds : Roche, Nestlé, Crédit suisse, ABB, Réassurance ainsi que quelques entreprises qui ont un gros potentiel de restructuration comme, par exemple, Hero, la Bâloise, la Winterthur, la Neuchâteloise dont on s’interroge sur l’avenir.

radical suisse, fonction qu’il occupe jusqu’en 1984. Parallèlement à ses mandats publics, Yann Richter est très lié au monde horloger. Après quelques années passées chez Haefliger & Kaeser, il entre en 1959 à la Chambre suisse de l’horlogerie. Vicedirecteur en 1967, directeur adjoint de 1970 à 1977, il devient cette année-là président-directeur général du Laboratoire suisse de recherche horlogère (LSRH) puis, de 1984 à 1996, président de l’Association suisse pour la recherche horlogère (ASRH). De 1986 à 1998, il dirige la Chambre neuchâteloise du commerce et de l’industrie.

En janvier 1997, la banque se montre active pour chercher à développer le financement des PME locales. A cet effet, reprenant à titre privé un projet de réseau de financement de l’Arc jurassien concocté par l’Institut de recherches économiques et régionales de l’Université de Neuchâtel, elle souhaite, avec l’aide d’un consultant, à savoir la société M & A Dimension, spécialisée dans les transactions d’entreprises, proposer aux investisseurs de soutenir le tissu économique régional en prenant des participations dans des sociétés non cotées en bourse et souvent délaissées par des banques traditionnelles. Pour la banque, l’idée est simple : mettre en relation des entrepreneurs en recherche de financement avec des investisseurs

En plus, Yann Richter a aussi présidé la Société suisse de radio et télévision (SSR) de 1983 à 1992, tout en étant membre et président de plusieurs conseils d’administration d’entreprises neuchâteloises. A la tête du conseil de la banque, Yann Richter a su faire profiter l’établissement de ses réseaux et contacts, tant cantonaux que nationaux.

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de l’argent dans telle ou telle société en expansion, c’est qu’ils espèrent, dans un laps de temps donné, en retirer des profits, soit dans une revente soit avec l’entrée en bourse de ces sociétés. Avec la création à Bâle d’un nouveau marché consacré aux PME, ceci semble réaliste. L’objectif de ce réseau jurassien de financement est donc de mettre en contact le plus d’acteurs possible et de créer une dynamique de financement qui prendrait le relais des banques.

qui désirent contribuer au développement économique de la région. Aux yeux de Jean Berthoud, il ne paraît pas logique de toujours leur proposer de placer leur fortune uniquement dans des sociétés suisses ou étrangères, souvent destructrices de postes de travail, alors qu’ils pourraient investir dans des petites ou moyennes entreprises créatrices d’emplois sur le plan régional. De plus, aujourd’hui, peu d’entreprises locales sont cotées en bourse ; celles qui l’étaient n’existent souvent plus : Cortaillod, le Crédit foncier, la Neuchâteloise…

De son côté, la promotion économique endogène salue cette initiative qui offre une alternative au durcissement des politiques bancaires traditionnelles, et étudie des propositions qui pourraient venir appuyer et soutenir l’action de la Banque Bonhôte, notamment par un renforcement de la Sofip, une société active dans le capital-risque.

Il y a donc un véritable défi à relever. Un centre de compétences est créé. Il propose dès lors toute une palette de conseils ainsi que des analyses financières d’entreprises en mettant en réseau tous les milieux économiques de l’Arc jurassien. De son côté, la banque s’engage à favoriser les contacts sans chercher à contraindre quiconque. Il ne faut pas oublier que cette initiative née du privé doit être rentable. Si des investisseurs décident de mettre

Tout laisse apparaître que cette initiative reçoit rapidement un bon accueil, surtout que, dès octobre 1997, la nouvelle bourse bâloise pour le

Yann Richter (1928-2008) | Archives Banque Bonhôte.

Frédéric-William Moritz (1783-1855) | Le square devant le collège latin. (1843) | Aquarelle | Collection Banque Bonhôte. Deux autres versions de cette aquarelle sont conservées au MAHN et à la BPUN. Cette vue place au premier plan de le Boulingrin et au centre de la composition l’immeuble qui accueille aujourd’hui la Banque.

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capital-risque prend forme. L’association Swiss Venture Capital Center (SVCC) est constituée en société anonyme et espère obtenir rapidement le feu vert de la Commission fédérale des banques pour commencer ses activités boursières et financer des projets spéciaux. Parmi les membres du conseil d’administration de cette nouvelle société figure un seul Romand, Jean Berthoud, ce qui permet à la banque d’être bien positionnée sur le plan suisse. C’est sur ces plans d’avenir que se termine 1997, année où la banque a vu son bénéfice net croître de 47 %. Grâce à sa politique et à ses initiatives, Bonhôte & Cie SA continue d’accroître sa clientèle en mettant l’accent sur des rapports de proximité. Ceci se concrétise par une augmentation de la masse des dépôts de 15,6 %. Le total du bilan atteint Fr. 48,95 millions en augmentation de 29 %. Parmi les points forts de l’année, il convient de signaler les lancements de deux fonds de gestion alternatifs qui, après deux mois, atteignent 18,15 millions de capitalisation en dollars. Profitant de son statut de membre de la Bourse électronique suisse, la banque voit son volume de courtage pour des banques tierces augmenter.

Le dictaphone de Carl Ott.

bâtie en 1838 pour Jacques Nicolas qui la revendit immédiatement au gendre de Paul Coulon. Haute de trois niveaux plus combles aménagés, son rez-de-chaussée était primitivement occupé par des entrepôts. Jean Courvoisier la décrit ainsi : « la façade orientale, de sept baies, a une division centrale de trois fenêtres sous un fronton encadré de deux lucarnes. Deux urnes amortissent le toit. Les différentes pièces s’ordonnent autour d’une grande cage d’escalier. » 230

9.3 LE DÉMÉNAGEMENT A son tour, 1998 est une excellente année. La croissance est telle qu’il convient d’envisager de s’installer dans de nouveaux locaux plus spacieux. L’emplacement choisi représente une extraordinaire opportunité puisque celui-ci était auparavant occupé par la Banque nationale suisse à la rue du Bassin 16. A l’instar de nombreuses banques centrales dans le monde, la Banque nationale suisse décide de ne plus maintenir son réseau de succursales. A titre d’exemples, ses locaux lucernois sont transformés pour accueillir la célèbre collection impressionniste Rosengart ; ceux de Bâle sont annexés par le Kunstmuseum. A Neuchâtel, la proposition d’achat de l’immeuble est effective le 12 janvier 1999 auprès de la Caisse cantonale d’assurance (CCAP). Construite lors du lotissement de l’ancienne Place d’armes, cette maison a été

Composé à l’origine d’appartements privés, sur rez-de-chaussée, le bâtiment fut acquis par la Neuchâteloise Assurances, qui y place en 1925 sa direction générale où celle-ci reste jusqu’en 1978. De cette époque brillante subsiste un objet souvent remarqué par les visiteurs du salon du premier étage, le « dictaphone » du professeur Carl Ott, ancien directeur. A titre d’anecdote, Louis-Edouard Petitmaître en fut aussi l’un des administrateurs entre 1894 et 1895, puis Paul Bonhôte, entre 1898 et 1936, avant d’en être nommé président en

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Une photo des collaborateurs prise en octobre 2005 pour la carte de fin d’année de la banque.

Garden Party devant la banque le 27 août 2010.

Photomontage de l’intérieur de la banque.

L’inauguration des nouveaux locaux a lieu pour la banque le 25 juin 1999. Dans la plaquette publiée à cette occasion, et conviant toute sa clientèle à une grande réception et visite générale, la banque parle de son bâtiment comme d’un balcon sur le lac. Elle rappelle qu’un aménagement très sophistiqué procure un niveau de sécurité optimal. L’existence d’un garage du côté de la rue du Musée permet un accès direct aux locaux par un sas de sécurité. De plus, l’immeuble dispose d’une totale autonomie électrique et de nombreux coffres et safes. Equipements de sécurité, systèmes d’information, salons au 1er étage, bureaux font désormais partie de l’aménagement.

1922 231. La Banque nationale suisse s’y installe ensuite en le transformant considérablement afin de disposer d’un bâtiment ultramoderne où elle peut se charger de la régulation de la circulation fiduciaire et de l’approvisionnement en espèces pour les régions de Neuchâtel et du Jura. Là, dans ses nouveaux locaux, la BNS va manipuler des billets et des pièces de monnaie par milliers de tonnes ! Si la banque peut se porter acquéreur de cette demeure, elle le doit au fait que de nombreux autres acheteurs ont dû renoncer eu égard aux frais inhérents à la suppression des importants investissements consentis par la banque centrale du pays en termes de sécurité, de salles de coffres et de hall de guichets blindés. N’ayant pas les mêmes contraintes, puisque ces installations lui étaient utiles, la Banque Bonhôte peut ainsi acquérir ce bien à un prix intéressant. Elle entreprend alors des travaux de nature plutôt décorative pour atténuer l’aspect « administration fédérale » de la maison et lui redonner le cachet neuchâtelois en partie mis à mal.

Ce déménagement sert de prétexte à des réceptions d’envergure tant pour la clientèle que pour la presse qui relate l’événement dans ses colonnes et sur les ondes. Au cours des années qui suivent, une nouvelle phase de travaux est entreprise afin de supprimer

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un ascenseur exigu qui obstruait la magnifique cage d’escalier principale et d’en créer deux nouveaux qui relient l’ensemble des six niveaux du bâtiment. Durant cette période de développement et depuis son arrivée en juin 1998, Jacques Barnaud a œuvré au sein de la direction de la banque avec le titre de directeur administratif, responsable des ressources et développement. Le département clientèle de la banque est renforcé en septembre 1999 par l’arrivée de Philippe Chatelain, venant du Crédit suisse après être passé par la Banque populaire de Neuchâtel, qui rejoint la banque accompagné d’une partie de sa clientèle. L’année 2001 voit l’arrivée de Daniela Rupp à la caisse, poste qu’elle occupe encore avec brio aujourd’hui. De son côté, Charles du Marais rejoint le groupe en qualité de directeur commercial en janvier 2002. Hall de la banque avec les ascenseurs en led changeant de couleur à chaque étage.

9.4 1999, UN NOUVEAU PROJET STRATÉGIQUE Dans la continuité de son premier rapport de 1992, Jean Berthoud présente au conseil d’administration de la banque, alors présidé par Yann Richter, un nouveau plan stratégique en novembre 1999. Au cours de la décennie qui se termine, la banque a connu une mutation radicale : la masse en dépôt a été multipliée par plus de trois ; la rentabilité nette est passée de Fr. 160 000 à Fr. 1 million en 1998 ; le rendement net des fonds propres est passé de 2,6 % en 1990 à plus de 13 % en 1998 et le nombre de collaborateurs est désormais de 19. Quant à la proportion des actifs faisant l’objet d’un mandat de gestion de fortune, elle est passée de 0 % à 40 % durant cette période.

cela s’ajoute la taille atteinte par l’établissement qui plaide désormais pour une nouvelle définition des orientations stratégiques afin de saisir les opportunités qui s’ouvrent. Mais ceci pose un dilemme : aller vers une stratégie de niche ou de masse ? La banque veut-elle maximiser à court terme sa rentabilité ou investir dans le développement de l’établissement quitte à repousser quelque peu une augmentation de sa rentabilité ? Pour les dirigeants dont la moyenne d’âge est inférieure à 40 ans, il s’agit de travailler à long terme. Pour les actionnaires, il ne s’agit pas d’optimiser leurs investissements en vendant la banque dans les prochaines années mais au contraire de la développer durablement dans le tissu économique neuchâtelois. Certes, la politique se doit d’être ambitieuse et volontariste en se focalisant sur une stratégie de niche.

Si les objectifs précédemment décrits sont atteints, aux yeux de Jean Berthoud, de nouveaux défis et facteurs conjoncturels attendent l’entreprise. Premièrement une pression concurrentielle se fait fortement sentir, due sans aucun doute aux marges bénéficiaires du secteur d’activité. Deuxièmement, l’évolution technologique bouleverse les approches bancaires traditionnelles. A

Si à cette époque il est admis que les banques suisses gèrent des fonds se montant à

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Fr. 3 000 milliards dont les deux tiers sont le fait de l’UBS et du Crédit suisse, la Banque Bonhôte ne représente qu’une petite part du marché suisse. Sur le plan du marché de la gestion de fortune à Neuchâtel estimé à Fr. 13,5 milliards, sa part est de 7 %. En fait, au niveau national, 400 établissements se partagent les Fr. 1 000 milliards restants, soit le 33 % du marché global, ce qui fait en moyenne pour chacun d’eux un 0,08 %. La banque privée qui gère la plus grande part a un 2 % des fonds. Pour ce dernier trilliard, le marché est donc fortement atomisé en une multitude d’intervenants. Toutefois, c’est dans ce créneau que la banque doit se positionner. Pour Jean Berthoud, l’objectif est de conquérir jusqu’en 2020 33 fois la taille de 1999 pour atteindre un volume d’affaires équivalant à la moitié des fonds traités par la plus grande banque privée de Suisse. Pour lui, il est temps de viser la croissance après avoir consacré plusieurs années à doter l’intérieur de la banque d’outils performants (informatique, gestion, contrôle des normes), à quoi s’ajoutent un bâtiment désormais optimisé, véritable figure de proue commerciale du navire à la hauteur des ambitions, une équipe de direction complète et soudée, un personnel motivé, encadré et intéressé aux résultats.

Première brochure commerciale.

motivées, dotées de qualités entrepreneuriales afin d’aller à la rencontre de villes ne disposant pas d’alternatives locales véritables à la gestion des grandes banques et d’y développer un réseau performant. Pour Jean Berthoud, il est désormais capital de s’étendre en direction de Bienne, Delémont, éventuellement de La Chaux-de-Fonds. Et pour ce faire, il faut mettre de l’énergie dans la promotion en déterminant des axes ciblés de pure publicité. Depuis 1997, l’identité de l’entreprise est clairement définie : corne d’abondance, trait rouge de soulignage, police de caractère spécifique. Toutefois, il est difficile de mesurer l’impact des encarts publicitaires tout judicieusement qu’ils soient placés. Aussi coûteux soient-ils, ils n’en demeurent pas moins nécessaires.

Comme voies et moyens, il suggère de développer clairement le marketing mix axé sur la théorie des quatre « P » anglais : produit, prix, distribution (place of sale) et promotion. En fait la banque ne vend qu’un seul produit : la gestion de fortune. La mesure fondamentale de sa qualité est donnée par la performance obtenue, pondérée du risque (volatilité) associé à cette dernière. Le prix est donné par les conditions des marchés. La banque tend à se situer dans la moyenne, voire même plutôt dans le haut de la fourchette, vu sa volonté d’assurer une qualité élevée.

Cependant, la meilleure promotion est celle qui s’établit par le « bouche-à-oreille », indice fondamental de la satisfaction de la clientèle et meilleur véhicule possible. Pour la favoriser, il est possible d’organiser des actes promotionnels spécifiques afin de

Si ces deux premiers indices semblent bien établis, c’est celui de la distribution qu’il convient de faire progresser avec l’engagement de personnalités

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9.5 L’ARRIVÉE DE L’EURO

développer la notoriété de la banque. Les relations publiques et personnalisées sont aussi à privilégier. Un article de qualité peut générer des contacts écrits ou téléphoniques. Aussi Jean Berthoud écrit-il :

Avec janvier 1999, les banquiers sont mis à contribution avec l’introduction de l’euro. En fait, celle-ci s’est faite sans difficulté particulière si l’on s’en tient aux dires de la BNS 232. Il est vrai que durant les premiers mois de l’année, la Banque centrale s’est efforcée de maintenir la relation de change entre l’euro et le franc aussi stable que possible. Celle-ci est restée dans une marge de fluctuation très étroite, de même que dans la seconde partie de l’année ; ceci étant dû aux similitudes conjoncturelles entre la zone euro et la Suisse.

Nous sommes personnellement convaincu que notre objectif à court terme doit être tout simplement de développer la pure notoriété du service de notre banque, tout en tentant de faire progresser ceux qui nous connaissent déjà vers une meilleure connaissance de nos qualités. C’est sur ces bases que différentes campagnes publicitaires sont lancées. Ainsi, à terme, il convient de rechercher l’acquisition de clientèle par la pénétration d’autres marchés régionaux via des conseillers qualifiés, d’ouvrir des succursales dans les villes de la région immédiate puis dans un cercle plus élargi, tout en accentuant la politique de promotion de l’établissement, en recourant à une publicité très ciblée afin d’augmenter la notoriété de la banque.

Rappelons qu’à cette époque, l’euro valait Fr. 1,60 ou 1,10 dollar 233. Les nouveaux billets et pièces prennent la place des monnaies nationales, qui sont retirées de la circulation entre le 1er janvier et le 1er juillet 2002, faisant de la Suisse un îlot monétaire au milieu de la zone euro.

Premières publicités « produits » de la banque (février 2007).

Premier site internet de la banque (mis en ligne en automne 2000).

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Evolution de la parité entre le franc suisse et la monnaie européenne depuis son introduction.

2.4 2.2 2.0 1.8 1.6 1.4 1.2 1 0.8 0.6 0.4 0.2 2000

2005

2010

2015

et professeur à l’EPFL, fondateur de l’entreprise Etel à Môtiers. En 2003, alors que Yann Richter est atteint dans sa santé et démissionne, Nicolas Wavre est dès lors nommé président du conseil d’administration, fonction qu’il occupe jusqu’en 2010.

Le franc suisse demeure relativement stable face à l’euro jusqu’en automne 2001 ; il renchérit quelque peu ultérieurement, surtout en 2002, par rapport à l’euro et au dollar, bien que la Banque nationale ait assoupli sa politique monétaire. A la fin de 2004, il n’est pas encore possible de juger dans quelle mesure l’euro s’impose comme monnaie parallèle dans les régions frontalières, dans le tourisme et dans le trafic des paiements entre entreprises suisses et européennes. On connaît la suite et la perte d’appréciation de l’euro qui s’ensuivit jusqu’à ce que la BNS fixe un taux plancher puis le supprime en janvier 2015. Il est vrai que le franc suisse devenu valeur refuge a fortement contribué à cette situation, au grand dam des sociétés d’exportation qui connaissent à nouveau des difficultés eu égard au taux actuel d’appréciation du franc.

9.6 LA PREMIÈRE SUCCURSALE : CELLE DE BIENNE Pour affirmer son rôle de banque privée de l’Arc jurassien, la banque ouvre conformément à ses plans une succursale à Bienne en 2002. Bilingue, située dans le berceau horloger, cette ville est à cheval entre les cultures romande et alémanique. Elle constitue une tête de pont nécessaire au développement de la banque dans sa volonté d’être un intermédiaire privilégié entre la finance et l’industrie.

Le conseil d’administration est alors complété par les arrivées d’Erwin Meier, spécialiste du crédit aux entreprises en Suisse romande et ancien dirigeant du Crédit suisse à Genève, et de Nicolas Wavre, ingénieur

Après un premier temps rue du Marché 9, la banque apprend que l’immeuble dont elle rêve se libère, si bien qu’elle peut s’installer dans le bâtiment

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Nicolas Wavre, président du Conseil d’administration de 2003 à 2010.

La première succursale du groupe Bonhôte sise au 3, Pont-du-Moulin de Bienne.

de l’ancien siège de la Caisse d’Epargne de la ville de Bienne et qui avait été inauguré le 28 octobre 1929 234. Tout d’abord locataire, la banque peut se porter acquéreur de l’immeuble en juin 2010.

Berthoud une personnalité pour lui succéder : Paul Schmid, un Biennois. La banque dans laquelle il travaille alors avait une succursale à Berne que sa direction décide de transférer à Bâle. Or, les clients de Schmid, domiciliés essentiellement dans le Seeland, renâclent à cette délocalisation qu’ils considèrent comme un diktat.

La succursale est d’abord dirigée par Urs Knecht, ancien responsable du Crédit suisse à Bienne, qui engage, en février 2002, Claude Di Matteo, un cadre de la Banque Coop de Bienne. Malheureusement, après avoir établi avec succès cette succursale, Urs Knecht est atteint d’une maladie fulgurante qui le terrasse en quelques semaines. Les directeurs de la banque se rappellent encore comment ce dernier leur a annoncé, à la fin d’une séance hebdomadaire sur les marchés, avoir appris neuf jours plus tôt qu’il était malade. Il leur en a fait part en leur disant « adieu ». Le lendemain, il décède. Tout ce que Bienne compte en personnalités court à ses obsèques en l’église Saint-Benoît, au cœur de la vieille ville.

Lors du premier contact, le courant passe immédiatement entre Paul Schmid et Jean Berthoud. En quelques mois, pratiquement l’ensemble de sa clientèle rejoint la banque avant même qu’il n’ait pu contractuellement intégrer l’établissement. Enfin en poste, Paul Schmid gère la succursale comme si elle lui appartenait, avec sérieux et rigueur. Que le client qui l’a introduit auprès de la banque, une personnalité biennoise qui se reconnaîtra, trouve ici l’expression renouvelée de la reconnaissance de l’établissement. En prévision d’un allégement de son horaire en vue de sa retraite, la banque peut engager Philippe Borner qui vient de l’UBS. Les deux hommes, chacun dans

Après quelques mois de transition et de recherche, c’est un client biennois qui recommande à Jean

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Urs Knecht (1952-2003), premier directeur de la succursale de Bienne.

Paul Schmid, succursale de Bienne.

leur magnifique bureau d’angle de l’immeuble historique du pont du Moulin, peuvent ainsi organiser progressivement une transition en douceur. Ils sont entourés du toujours très fidèle Claude Di Matteo et d’un nouvel arrivant, Martin Salvisberg, épaulés par deux assistantes dont le sourire illumine la succursale de Bienne depuis 2005.

Pour cela, il faut poursuivre la politique d’ouverture des « petits pas », afin d’arrondir la niche locale en favorisant les contacts avec des personnes ciblées, et rajeunir la clientèle en utilisant une communication adéquate et une politique marketing ciblée.

9.8 LES RAPPORTS DE GESTION DU CONSEIL D’ADMINISTRATION SUR LES EXERCICES 2005 À 2012

9.7 AFFINER LA DÉMARCHE STRATÉGIQUE : PLAN STRATÉGIQUE 2002 Offrir le meilleur service dans la gestion du patrimoine pour une clientèle tout d’abord locale en privilégiant les contacts au sommet grâce à l’indépendance totale de la banque et l’autonomie complète des membres de la direction, tel est le mot d’ordre. Si la proximité avec la clientèle est un point acquis, il convient d’améliorer la transparence et d’éviter à tout prix l’arrogance liée trop souvent aux représentations que les gens ont des banquiers.

De manière générale, la Banque Bonhôte & Cie SA connaît au début des années 2000 de bons exercices, avec une croissance importante de son bénéfice brut d’exploitation. Il faut dire que ces années présentent un contexte favorable dans l’ensemble des marchés financiers.

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Les graphes placés ci-dessous permettent de suivre l’évolution du bilan, des produits d’exploitation et des fonds propres consolidés.

« BRIC » investi dans les nouvelles économies du Brésil, de la Russie, de l’Inde et de la Chine, dont les performances depuis son ouverture sont excellentes.

L’évolution du bilan jusqu’en 2011 est quasiment exponentielle alors que les produits d’exploitation restent relativement stables. En revanche, les fonds propres consolidés augmentent régulièrement d’année en année, signe d’une gestion saine et stable.

9.9 LE FONDS BONHÔTE-IMMOBILIER Créé en août 2006, le fonds Bonhôte-Immobilier est une initiative lancée par le duo Jean Berthoud et Jean-Paul Jeckelmann. La banque cherchait depuis 1999 à offrir à ses clients des alternatives aux obligations – dont les taux baissaient sans cesse –, bien consciente que, dans de nombreux cas, des dépôts ne peuvent être investis qu’en actions. Une première réponse apportée à ce défi avait été le lancement, nous l’avons vu ci-dessus, de deux fonds alternatifs : l’un d’arbitrage, l’autre de hedge fund ; deux produits eux-mêmes très diversifiés entre de nombreux gérants sous l’experte supervision du responsable de la gestion discrétionnaire Jean-Paul Jeckelmann.

Cette croissance est sans doute due aussi à l’agence de Bienne, ouverte depuis 2002, qui poursuit son développement et qui voit sa direction renforcée en 2006. L’évolution de l’ensemble des fonds de placement gérés par la banque est réjouissante. En 1997, le groupe Bonhôte met sur le marché deux fonds alternatifs qui ont la particularité d’être les premiers fonds alternatifs de droit suisse. En octobre 2005, la banque lance avec succès un nouveau fonds de placement

Evolution du bilan, des produits d’exploitation et des fonds propres consolidés en millions de francs. 500

Produits d’exploitation

450

Total bilan

400

Fonds propres consolidés

350 300 250

200 150 100 50

0.0 2003

2004

2005

2006

2007

2008

2009

2010

2011

2012

2013

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Toutefois, l’attention de ce dernier avait depuis quelques années été attirée sur un fonds immobilier spécifique doté d’avantages fiscaux importants. Lorsque la banque apprend que la raison pour laquelle ce fonds pourtant romand n’investit pas dans le canton de Neuchâtel est une incompatibilité avec la loi fiscale neuchâteloise de l’époque, Jean Berthoud, qui entre-temps était entré en politique locale – il siégea pendant six ans au Conseil général, le parlement de la ville de Neuchâtel, sur les rangs des libéraux –, décide de prendre cette question à bras-le-corps. Il peut convaincre le conseiller d’Etat en charge des finances de procéder aux modifications nécessaires afin que la loi fiscale sur le point concernant de facto les immeubles situés dans le canton de Neuchâtel devienne une attraction nouvelle pour les produits collectifs de placement.

et totalement se déconnecter de celle sous-jacente des actifs, des immeubles locatifs, avec des primes qui peuvent atteindre ou dépasser 30 %, la banque, qui n’occupait alors encore qu’une petite cinquantaine de collaborateurs, se lance dans un pari audacieux : promouvoir elle-même et seule un nouveau fonds immobilier national qui investirait dans des immeubles de logements principalement dans l’ensemble des cantons ayant une loi favorable en ce sens (dont désormais celui de Neuchâtel). C’est alors qu’une complémentarité remarquable se met en œuvre. Jean-Paul Jeckelmann, qui est proche des milieux de l’immobilier par son histoire familiale, obtient de la part de deux grandes caisses de pension, désireuses de ne plus gérer en direct les biens immobiliers qu’elles possèdent, qu’elles se départissent de ces immeubles via des produits titrisés. Il se crée dès lors de véritables portefeuilles de bâtiments dont les parts peuvent être acquises librement par des privés comme par des institutionnels.

Mais au lieu de se tourner vers les fonds existants, qui, entre-temps, eu égard à leur succès, ont vu la valeur de leurs parts augmentée considérablement

Comité de pilotage du groupe Bonhôte en 2009 avec de gauche à droite Robin Richard, Enrico Gaspare, Paul Schmid, Jean-Paul Jeckelmann, Françoise Mensi, Jean Berthoud, Olivier Vollenweider, Nicolas de May, Yves de Montmollin.

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De son côté, Jean Berthoud donne libre cours à son énergie créatrice et prend en main la première campagne de commercialisation « massive » de l’établissement. Le but que la direction se fixe est de lever au moins Fr. 100 millions pour ce nouveau fonds. Elle recourt massivement à des images publicitaires : dans la presse, par voie d’affiches, notamment sur les parois des corridors de l’aéroport de Genève, désormais tapissées du « Moins d’impôts ? : Bonhôte-Immobilier ». Le résultat est inespéré : ce ne sont pas Fr. 100 millions mais plus de Fr. 400 millions qui sont obtenus ! Désireux de placer néanmoins rapidement ces montants dans des immeubles, seule possibilité de faire bénéficier les clients des rendements évoqués, la banque se décide même à renoncer d’elle-même à quelque Fr. 100 millions de souscripteurs et limite finalement la taille de départ du « véhicule » Bonhôte immobilier à Fr. 326 millions qui seront entièrement investis au bout de quelque 6 mois. Il faut souligner que le facteur de ce succès considérable a été l’engagement et la motivation aiguë des collaborateurs de la banque, tout particulièrement des gestionnaires, qui ont effectué un nombre très important de contacts, de visites dans toute la Suisse romande et dans les métropoles alémaniques, prenant au fur et à mesure du rapprochement de l’échéance un plaisir certain à voir monter la construction symbolique en Lego mise en place par leur responsable d’alors, Charles Du Marais, concrétisant la progression des fonds levés.

soit des éléments positifs pour les porteurs de parts tant institutionnels que privés. En mars 2009 236, la Banque Bonhôte et Dinareal SA, promoteur du fonds DREF (Dynamic Real Estate Fund), annoncent qu’un accord de principe a été trouvé en vue de regrouper ces deux fonds qui, sous l’égide de la banque, deviendrait ainsi l’un des principaux fonds immobiliers de Suisse romande avec une fortune nette de plus de Fr. 580 millions. Lancé en 1963 et remanié en 2005, le fonds DREF est doté d’une fortune de Fr. 270 millions avec des immeubles dans les cantons de Vaud, Genève, Fribourg et Valais. Le regroupement de ces deux entités donne naissance à un fonds parfaitement diversifié, composé de biens immobiliers d’une valeur de Fr. 800 millions couvrant l’ensemble de la Suisse romande. Cotés en bourse, ces fonds doivent recevoir l’accord de la FINMA pour être réunis. Pour la banque, « ce regroupement permettait au fonds Bonhôte-Immobilier d’atteindre une taille optimale profitable à tous les porteurs de parts, grâce notamment à la plus grande liquidité qui en découlerait. ».

Ainsi, avec une valeur immobilière de Fr. 825 millions sous gestion directe en 2015, le fonds BonhôteImmobilier est devenu le deuxième plus grand fonds défiscalisé de Suisse constitué d’une petite centaine d’immeubles répartis dans les cantons de Neuchâtel, Vaud et Genève. Durant sa première année, le fonds a acquis de très nombreux immeubles de qualité, essentiellement à caractère locatif, selon des critères stricts 235 à quoi s’ajoutent d’importants projets de construction.

En décembre 2010, la publication du rapport semestriel du fonds Bonhôte-Immobilier 237 atteste de la réussite de l’opération de regroupement des deux fonds. Les chiffres publiés montrent une progression dans tous les secteurs. La fortune totale du fonds s’élève à Fr. 776 millions contre Fr. 335 millions un an plus tôt, la fortune nette représentant Fr. 565 millions contre Fr. 320 millions. Cette opération a notamment été rendue possible grâce au concours de nouveaux managers expérimentés ayant rejoint la banque entre 2003 et 2008. Parmi eux, citons Benoît Cuche à la gestion privée, Martin Kadlus, Julien Staehli, et Pierre-François Donzé à la gestion discrétionnaire.

La cotation du fonds à la Bourse électronique suisse, en décembre 2007, a amélioré encore la liquidité du titre et lui a offert une visibilité supplémentaire,

La qualité du parc immobilier est maintenue et des constructions neuves viennent compléter le portefeuille existant. Ainsi le fonds possède, à ce

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Evolution du cours de bourse et de l’agio.

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-2.32%

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Le fonds étant défiscalisé pour les porteurs de parts aussi bien sur les dividendes que sur la fortune, les distributions actuelles offrent une excellente alternative par rapport à d’autres possibilités d’investissement, notamment les obligations.

jour, pour une centaine de millions de francs d’immeubles neufs qui s’inscrivent dans la philosophie de gestion qui vise l’adjonction d’une construction neuve par année, ceci pour maintenir relativement constant l’âge moyen du parc. C’est dans ce cadre qu’un EMS construit à Montreux (Fr. 19 millions d’investissement) s’inscrit dans cette politique.

Bonhôte-Immobilier conforte ainsi sa position dans le paysage des fonds de placement immobiliers leaders en Suisse romande. Il s’agit donc d’un investissement idéal pour les investisseurs à la recherche d’un parc immobilier de haute qualité, proche des rives de lacs.

Lors de l’opération de regroupement, le fonds s’était par ailleurs séparé d’une douzaine d’immeubles ne répondant pas aux critères d’investissement de Bonhôte-Immobilier. Le taux d’endettement de 25 % permet aussi au fonds de poursuivre son développement et contribue à l’amélioration de la rentabilité des fonds propres. Au niveau opérationnel, le résultat passe sur six mois de Fr. 4,075 millions à Fr. 8,011 millions, soit Fr. 1,47 par part contre Fr. 1,33 en 2009. Les bons résultats du premier semestre 2010 laissent également entrevoir une probable augmentation du dividende.

9.10 AUTRES ACTIVITÉS, BÉNÉFICE NET CONSOLIDÉ ET DIVIDENDES Quant à la filiale Bonhôte Trust SA, elle est spécialisée en conseil fiscal et juridique international à Londres et à Neuchâtel. En fait, Bonhôte Trust

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continuité, une demi-douzaine de professionnels hautement qualifiés s’installent alors au 3e étage sud de la rue du Bassin. En 2005, la direction du groupe est alors resserrée autour de Jean Berthoud, directeur général, Jean-Paul Jeckelmann, directeur en place depuis 1996, et Enrico Gaspare, qui est engagé comme nouveau directeur et administrateur-délégué de Bonhôte Trust SA. Elle est par la suite entourée d’un comité exécutif de cinq membres, comité sur lequel elle s’appuie pour les aspects de la conduite du groupe. Parmi ceux-ci est nommée Françoise Mensi, docteur en économie, première femme à un poste exécutif.

Investir dans de belles perspectives

La gestion de projet est généralisée comme instrument de conduite, afin de mettre en place des activités nouvelles auxquelles sont associés de nombreux collaborateurs.

Bonhôte-Immobilier est un fonds de placement de droit suisse composé d’immeubles de haute qualité implantés à proximité des lacs romands et des voies de communication. Avec une capitalisation boursière de plus de CHF 630 millions suite au regroupement avec le Dynamic Real Estate Fund (DREF), notre fonds a pour objectif de constituer un parc de valeurs patrimoniales stables offrant des perspectives de rendement supérieures à la moyenne. Investissant de manière directe dans les immeubles qui le composent, Bonhôte-Immobilier offre l’avantage au porteur de parts d’être exonéré de l’impôt sur le revenu et sur la fortune. BONHÔTE. Ouverte aux esprits ouverts.

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Chargé de définir le montant des dividendes, le conseil d’administration propose pour cette année la distribution d’un dividende de Fr. 8,50 par action, identique à celui de 2004. Au cours des années suivantes, il est fixé à Fr. 15 et ceci de manière stable.

Une affiche publicitaire de Bonhôte-Immobilier.

existe depuis octobre 2001. Aux yeux de la direction et du conseil d’administration, il était devenu nécessaire pour la banque de se développer à l’international. Pour ce faire, elle acquiert alors la Société FM Trust, qu’elle renomme immédiatement Bonhôte Trust. Ce groupe de sociétés avait été fondé par l’avocat australien Graeme Aarons, de Melbourne. A titre d’anecdote, cette métropole australienne peut être rattachée à Neuchâtel grâce aux deux alliances successives de son premier gouverneur Charles Joseph LaTrobe 238 avec la famille Montmollin. C’est grâce à la générosité de Madame Charles Joseph LaTrobe que Neuchâtel peut s’enorgueillir de posséder une chapelle de style anglican à l’Ermitage, construite en 1878 239. Graeme Aarons était par ailleurs chargé de la promotion économique du canton de Neuchâtel en Océanie. Il avait développé une importante clientèle dans ces pays ainsi qu’un grand savoir-faire de structuration d’actifs internationaux et de planification successorale. Pour assurer la reprise et la

La Banque Bonhôte & C ie SA continue de présenter d’excellents résultats en forte progression. Actuel directeur général du groupe, Yves de Montmollin rejoint la banque en août 2004 après une brillante carrière au service de deux conseillers fédéraux ainsi que quelques années auprès de la banque Rothschild. En 2007, la direction de la banque se renforce avec l’arrivée de Nicolas de May en qualité de directeur de la clientèle privée, qui offre à la banque en plus de son expérience internationale (New York, Luxembourg) sa connaissance de la gestion privée exercée chez Ehinger Armand von Ernst AG à Bâle et son ouverture à la ville de Berne. Le fonds Bonhôte-Immobilier, comme décrit ci-dessus, est alors introduit avec succès en bourse suisse (SWX) le 10 décembre 2007. Le cours de la part s’est accru de 6,32 % durant l’exercice 2007.

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Les revenus courants de la filiale Bonhôte Trust progressent de 18 % en 2007 et la succursale de Bienne continue de se développer.

dépôt à la baisse des marchés boursiers alors que les arrivées nettes de fonds ont été très positives. Certes le bénéfice net diminue d’environ Fr. 1 million alors que le total du bilan au 31 décembre 2008, du fait de l’augmentation des liquidités dans les portefeuilles des clients, est de Fr. 209 millions, contre Fr. 118 millions à fin 2007.

9.11 DES TRAVAUX AU SIÈGE DE NEUCHÂTEL Neuf ans après le déménagement à la rue du Bassin 16, l’hôtel particulier construit en 1838, qui abrite le siège social de la banque au bord du lac, fait l’objet d’importants travaux intérieurs dans le respect de l’histoire et de la tradition architecturale neuchâteloise, afin d’offrir à la clientèle, ainsi qu’aux collaborateurs, de meilleures conditions d’accueil et de travail. Insérer toute la modernité nécessaire au fonctionnement d’une banque dans une demeure du xixe siècle de style néo-classique n’est pas une tâche facile. Toutefois, le résultat obtenu allie à la fois un respect de l’architecture d’origine et des touches contemporaines de bon goût.

Parallèlement, les équipes du groupe ont été renforcées avec l’arrivée de collaborateurs supplémentaires expérimentés dans le domaine de la gestion de clientèle, en particulier privée mais aussi institutionnelle, ainsi que chez Bonhôte Trust. Le marketing, la finance et la gestion discrétionnaire ont aussi bénéficié de nouveaux talents très bien formés. Après Bienne, une nouvelle succursale de la banque est ouverte à Genève au mois de janvier 2009 au 12, boulevard du Théâtre, sous la direction de Patrick Reithaar. S’installer dans cette ville avait pour objectif d’aller à la rencontre d’une clientèle tout d’abord résidente mais aussi étrangère dans une cité connue comme une place financière internationale. En s’installant à Genève dans le quartier des banques et à deux pas du Grand Théâtre, en implantant sa succursale genevoise au pied du centre historique, la Banque Bonhôte & Cie SA voulait tirer parti de ses atouts de pôle de compétences tout en affirmant son identité suisse, pour offrir à sa clientèle une infrastructure hors pair, un environnement favorable au développement des activités de gestion de fortune, ainsi qu’un terreau de professionnels de la finance qui associent sérieux et compétences de haut niveau.

Ainsi, entamés en 2008, les importants travaux intérieurs de l’immeuble du siège de la banque à Neuchâtel se terminent au cours du premier semestre 2009. Grâce à eux, la banque améliore ses moyens tant humains que matériels pour poursuivre son développement au service d’une clientèle toujours plus étendue. Le service de la gestion privée se professionnalise avec l’arrivée en décembre 2008 de Robin Richard, actuel directeur clientèle de la banque. Dans son sillage, le rejoignent deux nouveaux gestionnaires de fortune, Alexandre Vincent et quelques années plus tard Michel Yersin.

9.12 LA CRISE DES ANNÉES 2008 ET 2009 ET LES STRATÉGIES QUI S’EN SUIVENT

Après une année moins performante, le résultat 2009 présente cependant une légère hausse par rapport à l’exercice précédent, à l’image de la sortie progressive de la crise financière.

Avec 2008, une nouvelle crise financière et économique se fait sentir. Malgré une légère baisse de 14,5 % sur le total des produits d’exploitation, la Banque Bonhôte & Cie SA présente de bons résultats. Il faut attribuer le tassement de la masse en

Entré au conseil d’administration de l’Association suisse des banquiers à fin 2010, Jean Berthoud, principal actionnaire de la banque et directeur général depuis 1991, est alors élu président du conseil

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La banque sur laquelle flottent les chevrons de Neuchâtel vue du lac.

La banque vue du ciel.

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d’administration en remplacement de Nicolas Wavre, président jusqu’à fin 2009, qui demeure membre du conseil.

pendant quatre ans la fonction de directeur général adjoint d’une banque de Berne. 2010 a aussi permis à la banque de franchir plusieurs étapes. En effet, elle offre désormais la possibilité aux clients de consulter l’état de leur patrimoine en ligne via une plateforme totalement sécurisée.

A nouveau, des collaborateurs supplémentaires et dotés d’expérience dans les domaines de la gestion de clientèle tant privée qu’institutionnelle rejoignent le groupe. La banque envisage désormais l’ouverture d’une succursale à Berne. Elle voit aussi son effectif passer de 52 à 57 employés à fin 2008. Mi-2009, elle occupe 61 collaborateurs.

L’identité visuelle du groupe connaît également un rajeunissement avec une refonte totale de toute la communication, tout en s’appuyant sur la continuité et la tradition.

Un redressement de l’activité économique et financière est observé en 2010, après deux années de crise. Dans ce contexte, le total des produits d’exploitation de la banque s’élève à Fr. 20 millions contre Fr. 18,8 millions lors de l’exercice précédent, soit une hausse de 6,3 %. Liée en majeure partie à la hausse des marchés, et en rattrapage partiel de la baisse logique de l’année précédente, la masse des fonds sous dépôt présente une croissance remarquable de 21,6 %. Le bénéfice brut de l’exercice 2010 est de Fr. 4 millions, en légère progression par rapport à l’exercice précédent. Le bénéfice net s’établit à Fr. 2,63 millions, contre Fr. 3,08 millions en 2009, ce retrait s’expliquant par l’augmentation des charges d’exploitation et d’amortissement, liées aux investissements. Ceux-ci ont renforcé les moyens d’infrastructures avec, entre autres, l’acquisition de l’immeuble de la succursale de Bienne, mais aussi humains avec de nouveaux engagements.

L’expertise reconnue de la banque lui a permis de bénéficier d’une très bonne visibilité médiatique, notamment dans la presse spécialisée et sur les ondes de la radio et à la télévision. Le Forum Bonhôte, rendez-vous désormais incontournable pour les investisseurs, se décline désormais à Genève, Bienne et La Chaux-de-Fonds en plus de Neuchâtel, et accueille comme chaque année des orateurs de renom. La proximité avec les clients se trouve renforcée avec l’ouverture, en janvier 2012, d’une nouvelle succursale dans les murs de « l’Hôtel de musique », sur la place du Théâtre à Berne. La direction en est assurée par Jürg Legler. Agé de 52 ans, économiste HES, Jürg Legler est un expert chevronné de la gestion de fortune et de l’ingénierie patrimoniale de la place de Berne. Il préside, en tant que représentant des investisseurs, l’instance d’admission de la bourse BX Berne eXchange. Désireux de se dégager plus de temps pour sa clientèle, Jürg Legler cédera son poste en décembre 2014 à Franz Brunner, nouveau directeur de la succursale de Berne au bénéfice de plus de 25 ans d’expérience dans le domaine de la gestion de fortune. Ce dernier est secondé par Pascal Bischoff, gestionnaire clientèle, et d’une charmante assistante.

Les équipes, tant à Neuchâtel que dans les succursales de Bienne et de Genève, poursuivent activement le développement des affaires et enregistrent toutes des flux de fonds nets positifs. En mai 2010, Thomas Lötscher est nommé directeur général, et c’est avec engagement qu’il conduit la banque. Il est alors âgé de 45 ans et est titulaire d’une maîtrise de banque et d’un MBA de l’Université de Durham-UK. Son expérience professionnelle est entièrement dévolue à la gestion de fortune privée et institutionnelle. Avant de rejoindre en 2009 Bonhôte & Cie SA, Thomas Lötscher avait exercé

Le rapport annuel 2010-2011 du fonds BonhôteImmobilier, présenté à un parterre de grands investisseurs lors d’un événement, s’est déroulé en juin 2011 au Centre Durrenmatt de Neuchâtel en présence de son architecte Mario Botta. Le dividende

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Direction de la banque en 2013 avec de gauche à droite Robin Richard, Olivier Vollenweider, Nicolas de May, Thomas Lötscher, Jean-Paul Jeckelmann, Enrico Gaspare, Yves de Montmollin.

du fonds a pu être augmenté de Fr. 2,5 à Fr. 2,65 en 2010-2011 et une nouvelle hausse est prévue pour 2011-2012. La capitalisation boursière du fonds se monte désormais à Fr. 665 millions et la valeur totale des immeubles s’élève à Fr. 775 millions.

Dans le contexte de mutation qu’a connu la place financière suisse en 2012, la Banque Bonhôte a bien su tirer son épingle du jeu, augmentant encore sa masse sous gestion qui n’a jamais été aussi élevée en près de 200 ans d’existence.

Le conseil d’administration est alors composé, selon le registre du commerce de Neuchâtel, de Jean Berthoud, du Val-de-Travers et de Neuchâtel, à Neuchâtel, administrateur et président, d’Erwin Meyer (entré en 1999) de Genève, de Nicolas Wavre (entré en 2001) de Neuchâtel, du professeur René Marcel Stulz (entré en 2002) de Tafers, qui est établi à Colombus (Ohio), de Markus Ranft (entré en 2004) de Bâle, de Jean-Jacques Guinand (entré en 2005) des Brenets, à Zurich, et de Marie-Noëlle Letellier (entrée en 2009) de Neuchâtel.

L’année 2012 a donc permis d’accroître de manière significative la visibilité de la banque par l’utilisation des derniers médias existants tels Facebook, Twitter, YouTube, etc. Ainsi, la « marque » Bonhôte se décline à présent sur divers réseaux sociaux, montrant clairement qu’elle entame son troisième siècle d’existence en se profilant totalement dans l’air du temps. Parallèlement, l’aide apportée aux jeunes sportifs, au travers du slogan « Bonhôte soutient la relève sportive », est un autre vecteur de communication permettant de toucher la nouvelle génération.

De nouveaux cadres expérimentés rejoignent alors la banque, parmi lesquels Cédric Huguenot en février 2012, Christian Emery et Olivier Christe en septembre 2012.

Quant aux Rendez-vous Bonhôte de l’investissement, ces événements organisés à l’intention de clients

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InforMAtIonS SuPPléMentAIreS / ZuSätZlICHe InforMAtIonen ACCèS en trAIn dePuIS ZürICH / Zürich HB, dép. 09:04 – neuchâtel, neuchâtel, dép. 13:24 – Zürich HB, neuchâtel, dép. 14:27 – Zürich HB,

ZuGVerBIndunGen AB ZürICH arr. 10:32 arr. 14:56 arr. 15:56

ACCèS en trAIn dePuIS GenèVe / ZuGVerBIndunGen AB Genf Genève, dép. 09:14 – neuchâtel, arr. 10:22 neuchâtel, dép. 13:37 – Genève, arr. 14:46 neuchâtel, dép. 14:37 – Genève, arr. 15:46

des navettes spéciales gratuites vous attendent à la sortie ouest de la gare, à côté des taxis. Am Westausgang des Bahnhofs neben dem taxistand stehen kostenlose Shuttle-Busse für Sie bereit.

Centre Dürrenmatt ed uP la n

pp na Rue Charles-K

Roche de l’Ermitage N

Jardin botanique

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MArIo BottA - ArCHIteCture et MéMoIre / ArCHIteKtur und GedäCHtnIS 02.04.2011 - 14.08.2011, Me-di / Mi-So, 11:00 - 17:00 Centre dürrenmatt neuchâtel - Ch. de Pertuis-du-Sault 74 - 2000 neuchâtel - www.cdn.ch

Chiesa di San Giovanni Battista, Mogno, CH © MBA - Photo Pino Musi

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ault u-S Chemin du Pertuis-d

InvItatIon 23 juIn 2011 EInladung 23. junI 2011

Evolution des logos.

Evénement Bonhôte-Immobilier avec Mario Botta au Centre Dürrenmatt de Neuchâtel le 23 juin 2011.

potentiels au siège de Neuchâtel, autour de divers thèmes d’actualité, ils connaissent un vif succès. L’expertise des intervenants ainsi que leur proximité plaisent grandement aux invités. Ces rencontres feutrées dans une ambiance chaleureuse expriment à merveille le style Bonhôte, classique et innovant à la fois, générant de nombreuses ouvertures de relations. Réitérées dès 2013, elles sont désormais étendues aux succursales de Genève, Bienne et Berne.

Roger de Weck (2011), Simon de Pury (2014). Lors de ces événements, qui se tiennent dans les salons de grands hôtels de Neuchâtel et des lieux où la banque possède des succursales, la banque profite de rappeler sa ligne et ses perspectives financières. Régulièrement aussi, la banque invite sa clientèle à diverses manifestations plus festives. Parmi elles, citons les Garden Party qui ont lieu dans une propriété à Areuse ou les cocktails dînatoires à l’occasion de divers spectacles et autres événements culturels prestigieux. Lors de ces soirées, la Banque Bonhôte s’efforce d’offrir à ses invités des moments exclusifs et particuliers en leur réservant par exemple un moment avec l’artiste de la soirée ou une présentation de la pièce par son metteur en scène (petit plus Bonhôte).

9.13 ENTRE OUVERTURE, MARKETING ET MÉCÉNAT Dès 1992, la banque a développé une politique d’ouverture et de communication. Depuis 1996, elle organise annuellement des moments de rencontre à l’intention de sa clientèle au cours desquels des conférenciers de renom viennent parler d’un sujet propre à leur domaine de compétence. A titre d’exemple, citons Jacques Neirynck (2000), Béat Kappeler (2003), Gilbert Etienne (2005), Claude Nicollier (2007),

Sur le plan du mécénat, la banque soutient de nombreuses actions. Parmi elles, citons en 2001 l’aide apportée à la restauration de la colonne météorologique érigée en 1854 quai ostervald sous

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national ou international. Un maximum de dix sportifs bénéficient d’une aide bienvenue. Des tennismans, un skieur nautique, un golfeur, un patineur artistique, un VTTiste, un cavalier, un judoka ont ainsi été récompensés. En plus d’un soutien financier, la banque leur offre surtout une vitrine de communication et les convie régulièrement aux événements qu’elle organise en leur donnant la parole. C’est ainsi pour ces jeunes sportifs l’occasion de sortir de leur quotidien en se confrontant à la vie d’une entreprise et en pouvant également rencontrer des personnalités intéressantes lors de ces événements.

l’impulsion de la Société des sciences naturelles avec le concours de la Bourgeoisie, et qui a été la première station de mesures à Neuchâtel ; au même endroit, en 2012, en lien avec l’Association du Millénaire de la Ville, le « Banc géant » de Lilian Bourgeat, offert à la Ville par la banque, unique trace tangible des commémorations du Millénaire de 2011. Intéressée par l’art contemporain, la banque avait déjà organisé dans ses anciens locaux de la rue Pury 1 une exposition consacrée à olivier Mosset 240, célèbre artiste-peintre contemporain d’origine neuchâteloise qui s’est illustré au sein du groupe BMPT (Buren, Mosset, Parmentier, Toroni) qui vise à déconstruire le système pictural pour atteindre le degré zéro de la peinture.

Depuis 2014, la banque propose régulièrement des petits-déjeuners de l’investissement afin de démontrer dans une perspective d’ouverture et de transparence son expertise sur les marchés financiers. Ces instants permettent d’établir des rencontres privilégiées entre la clientèle et le CIo et son équipe, et même d’interagir en temps réel.

De plus, Bonhôte soutient la relève sportive. En effet, depuis 2012, la banque apporte son aide à des sportifs individuels prometteurs âgés de 15 à 25 ans, ayant obtenu des résultats au niveau

Prélude à l’été

GardenParty Banque Bonhôte & Cie SA 16, Rue du Bassin / quai Ostervald 2001 Neuchâtel

InvItAtIon 3 MArS 2009 Conférence, cocktail dînatoire / BonHÔtE-CHrIStIE’S

à

Christie’s (International) SA 8, Place de la Taconnerie 1204 Genève

Areuse

Claude Monet, Le bassin aux nymphéas, 1919, huile sur toile, vendu en juin 2008 pour GBP 41 mio

Francis Bacon, Portrait de John Edwards, 1989, huile sur toile, vendu en mai 2008 pour USD 4.5 mio

Garden Party à Areuse en juin 2008.

Evénement Bonhôte | Christie’s en mars 2009.

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Garden Party à Areuse en juin 2008.

La Banque Bonhôte & Cie SA ainsi que l’Association du Millénaire font don à la Ville de Neuchâtel d’une sculpture monumentale, œuvre de M. Lilian Bourgeat intitulée « Banc public » | 2009.

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La banque s’est aussi lancé un « green Challenge » au niveau de son empreinte écologique. A ce titre, elle a créé un catalogue de mesures visant cet objectif en fixant clairement des échéances en vue d’une accréditation externe. Tous les collaborateurs de chaque succursale doivent se sentir concernés. A terme, il y a aussi la nécessité de sensibiliser les clients et les fournisseurs, et ultérieurement les médias et les autorités politiques.

BANQUIERS DEPUIS 1815

La tradition, valeur d’avenir

La tradition, valeur d’avenir BANQUIERS DEPUIS 1815 www.bonhote.ch

9.14 UNE POLITIQUE PUBLICITAIRE CIBLÉE

www.bonhote.ch

Depuis 1992, la banque a aussi clairement mis en place une politique publicitaire ciblée autour de messages clairs et en rapport avec les produits qu’elle défend. Dans ses plaquettes, la banque cherche à démontrer l’importance de son indigénat neuchâtelois mais aussi, au gré de son développement, le rôle que ses succursales biennoise, genevoise et bernoise amènent en qualité de proximité à sa clientèle. En affirmant aussi clairement dans ses annonces publicitaires dans la presse que la tradition est une valeur d’avenir 241, la banque cherche à renforcer une image de modernité ancrée dans la pérennisation. Dans sa dernière publication sortie en mai 2014 242, après le message de salutation du président, le maître mot semble être que la banque situe son dynamisme au confluent de deux traditions : celle de la confiance mutuelle établie dès les origines et celle d’un savoir-faire de longue tradition représenté aujourd’hui par des dirigeants formés sur les places financières majeures des Etats-Unis, de l’Europe et de l’Asie. Forte aujourd’hui d’une petite centaine de collaborateurs, la banque bénéficie du dynamisme d’une équipe soudée, motivée et des plus responsables puisque directement associée à l’avenir de l’institution par sa participation au capital. Par sa structure même, la banque favorise une collégialité dans les prises de décisions, suscitant sans cesse l’émergence d’échanges actifs et fructueux, des idées nouvelles et une garantie de modération lors des choix stratégiques.

Première campagne de publicité « image » en 2008.

Proche de ses clients et résolument ancrée dans la modernité, elle offre prioritairement un ensemble de prestations de gestion privée mais surtout un partenariat visant la réalisation optimale des objectifs de la clientèle. Cette proximité offre une connaissance approfondie des attentes et permet une gestion active et des conseils adaptés à chaque situation dans des perspectives de stratégies à long terme. Conscient que l’environnement est en constante évolution, que les marchés financiers ne cessent de se complexifier, l’établissement requiert des moyens importants et des expertises sans cesse actualisées, impliquant un renforcement constant des compétences humaines et technologiques pour satisfaire aux plus hautes exigences. Il en va de même dans la gestion institutionnelle. Avec la filiale Bonhôte Trust SA, dirigée dès mars 2014 par Pierre-Albert Vial, secondé dès janvier 2015 par Suzanne Lauritzen, la banque est au service de la préservation et de la transmission

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des valeurs en proposant la mise en place de solutions d’ingénierie patrimoniale, juridiques et financières, conçues pour assurer la protection et la pérennité des patrimoines tant privés que professionnels.

Acteur engagé, la banque soutient la formation comme les différentes universités et hautes écoles, la culture avec le Festival français d’Helvétie, le Centre Durrenmatt de Neuchâtel et le Club 44 de La Chaux-de-Fonds, sans oublier le sport et l’art contemporain déjà évoqués.

Elle dispose également d’un service dédié aux gérants indépendants, dirigé depuis mars 2014 par Claude Suter.

Entrée dans la modernité, la banque est aussi présente sur les réseaux sociaux comme Twitter, YouTube, Facebook et LinkedIn.

Ainsi entre tradition et dynamisme, les forces de la banque peuvent être déclinées ainsi : deux siècles d’expérience et de professionnalisme en gestion de fortune, un établissement à taille humaine offrant un service privé et personnalisé ; une indépendance totale vis-à-vis de tout groupe financier ; une banque 100 % suisse sans activité commerciale ; un capital en mains des dirigeants et collaborateurs ; des parcours professionnels internationaux de haut niveau.

Comité de direction actuel de la banque, avec de gauche à droite Robin Richard, Olivier Vollenweider, Yves de Montmollin et Jean-Paul Jeckelmann.

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comprendre dans leur quotidien. Biolley, Petitmaître, Antenen, puis Bonhôte, tous ont eu cette fibre commerciale que Jean Berthoud, en digne héritier d’une longue tradition horlogère et bancaire, a su perpétuer tout en s’appuyant sur des collaborateurs de haut niveau, permettant ainsi à la banque d’entrer avec sérénité dans son troisième siècle d’existence.

Il est rare dans le paysage neuchâtelois de voir une entreprise fêter un bicentenaire. Si quelques familles vigneronnes peuvent se targuer d’un tel exploit, voire même de quatre-centièmes anniversaires, aucune autre maison de commerce neuchâteloise n’a la possibilité de se prévaloir aujourd’hui d’une telle longévité à l’exception de la Banque Bonhôte & Cie SA dont la pérennité vient d’être démontrée dans ces quelques pages.

Dirigée aujourd’hui par Yves de Montmollin avec l’appui d’Olivier Vollenweider, directeur des opérations (COO), de Robin Richard, directeur clientèle, et Jean-Paul Jeckelmann, directeur des investissements, la banque affirme haut et fort ses valeurs essentielles d’indépendance, d’expertise, d’intégrité, de durabilité et de proximité.

A l’instar des hommes de ce pays qui ont forgé initialement leur mentalité en lien avec les dures réalités du travail de la vigne, puis au gré des siècles, en osant partir pour des contrées lointaines afin d’y commercer et d’y chercher fortune, les pionniers de l’aventure bancaire appartiennent de même à ce type d’entrepreneurs qui ont par leur esprit d’ouverture mais surtout par leur grande rigueur morale apporté à Neuchâtel une prospérité certaine.

Aujourd’hui, la Banque Bonhôte & Cie SA constitue une des rares banques de l’Arc jurassien spécialisée et experte dans la gestion de fortune avec une taille qui permet d’offrir un service personnalisé et adapté aux besoins spécifiques de la clientèle en lien direct avec les évolutions du marché.

Au gré de ces pages, nous les avons rencontrés ; nous avons suivi leurs parcours et tenté de les

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COLLECTION D’ART DE LA BANQUE BONHÔTE

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UNE COLLECTION D’ART COMME «  V E C T E U R D ’ É V E I L C O L L E C T I F  »

PRÉAMBULE

d’encourager le développement artistique contemporain. La collection accordant une place notable à l’art des xxe et xxie siècles, nous présenterons ici une sélection d’œuvres d’artistes suisses et internationaux, emblématique des grandes lignes qui constituent cette période privilégiée.

Depuis sa création en 1815, la Banque Bonhôte s’est donné la mission de participer au développement culturel et patrimonial de la région de Neuchâtel et des villes dans lesquelles elle possède des succursales (Bienne, Berne, Genève), en soutenant régulièrement des manifestations, activités et publications d’institutions culturelles. Elle y contribue également de manière spécifique à travers la constitution de sa propre collection d’œuvres d’art, initiée par son président Jean Berthoud dès le début des années 1990. L’histoire de la Banque Bonhôte ne peut dès lors s’écrire sans évoquer cette collection.

Comment choisir des œuvres d’art contemporain dans un contexte d’affaires ? Jean Berthoud souligne que dans « tout acte de collection, il doit y avoir une forme de parti pris ». Ses choix sont essentiellement guidés par la valeur patrimoniale des œuvres d’art, entretenant un lien étroit avec la région, l’histoire de la banque ou celle de ses différentes succursales, ou suscitant des interrogations qui lui font sens. Les œuvres ont majoritairement été acquises dans des galeries de la région, mais certaines ont été achetées en atelier à travers un contact direct avec les artistes, conférant également une dimension émotionnelle à la collection. Des peintures de grands noms côtoient ainsi des pièces réalisées par de jeunes créateurs moins connus. Les générations se confrontent et au

Au fil du temps, cette mission lui a permis de constituer une collection à la fois cohérente par son propos, et éclectique en termes de générations, de styles et de techniques artistiques. La collection n’a ni la prétention de rassembler les mouvements qui ont traversé l’art local, ni de se comparer à celles des institutions muséales de la région, mais la volonté

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UN ANCRAGE HISTORIQUE ET RÉGIONAL

mélange des âges se conjugue celui des styles et des supports : du réalisme à l’abstraction, de la peinture à la photographie et à la vidéo.

Dans un premier temps, l’attrait de la collection pour un ancrage historique se caractérise par l’acquisition d’œuvres d’art à valeur patrimoniale, au sens originel du terme, ayant un lien avec la région de la succursale où elles se trouvent. Dans la collection de Neuchâtel, siège de la banque, il s’incarne entre autres sous le vernis du réalisme paysager de William Röthlisberger (1862-1943) (fig. 1). De facture plutôt classique, cette vue idyllique et poétique du lac de Neuchâtel du peintre qui a passé l’essentiel de sa vie dans sa propriété patricienne familiale à Thielle (NE), inspire le calme, l’ordre, la douceur et l’introspection silencieuse. Ce dépouillement, cette réduction à l’essentiel se retrouvent également dans les deux paysages neuchâtelois de Marianne Du Bois 243 (*1919), (fig. 2), même si la peintre ébauche son sujet avec davantage de vigueur. Elle laisse volontairement apparaître des traces de peinture fraîche – écrasée à l’aide d’un couteau souple ou

Comme toute collection d’entreprise, la banque Bonhôte acquiert des œuvres d’art afin d’orner les murs de son établissement, mais aussi pour rendre visible ce patrimoine au plus grand nombre. Cette démarche entre dans une logique d’entreprises qui connaît un vif essor en Suisse à partir des années 1970-1980. Au départ discrètes, les collections d’entreprises assument de plus en plus leur « corporate identity », autrement dit leur personnalité publique. On parle aujourd’hui davantage d’une affaire de représentation, judicieusement soignée et beaucoup plus élaborée, que de la simple volonté de décoration d’autrefois. Dans le cas de la collection Bonhôte, les peintures, dessins, photographies et vidéos occupent fièrement les cimaises du siège de la Banque et de ses différentes succursales, devenant partie intégrante de la culture de l’établissement et du quotidien des collaborateurs comme des clients.

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LA MARCHANDE D’OIGNONS D’EDMOND DE PURY, UNE ŒUVRE EN DÉPÔT

d’une spatule – qui donnent un aspect quelque peu géométrique et rude à ses paysages hivernaux. L’œuvre de Lucien Grounauer (1906-1997) (fig. 3) illustre également cette tendance. Après un début de carrière remarqué dans plusieurs villes de Suisse en tant que portraitiste de commande, l’artiste – qui vécu dans l’immeuble du siège de la banque à Neuchâtel – s’adonne à des peintures de paysages aux touches quasi impressionnistes, s’apparentant au groupe de peintres français de la « réalité poétique ». Plutôt que les moments vécus par l’artiste en terre neuchâteloise, cette toile – représentant le grand port d’Anvers – évoque à Jean Berthoud le monde du travail illustré par le transport de marchandises, clin d’œil historique à l’origine de la banque Petitmaître, puis Bonhôte, qui s’occupait alors de transport de marchandises sur le lac.

Significative de cet ancrage historique et régional, La Marchande d’oignons d’Edmond de Pury (1845-1911) (fig. 8) participe également à cette réflexion. La toile du peintre neuchâtelois ne représente pas une acquisition en tant que telle de la banque Bonhôte 244, mais elle trône depuis plusieurs années sur une des cimaises de l’un des salons privés du siège de la banque. C’est grâce à l’intervention d’Albert de Meuron (1823-1897) que le jeune neuchâtelois Edmond de Pury entame des études de peinture, étudiant dans l’atelier de Charles Gleyre à Paris, avant de voyager en Italie, puis en Algérie de 1869 à 1882. En 1885, le peintre s’installe à Venise, vivant et travaillant désormais entre la Sérénissime et Neuchâtel. La production artistique d’Edmond de Pury – n’ayant jamais mis son talent au service d’un idéal – se partage entre des scènes de la vie populaire des îles lagunaires et des portraits de la société huppée internationale à l’instar de celui de l’écrivain Pierre Loti, du baron Hans von Bülow et du prince Bojidar Karageorgevitch. Empreinte d’un réalisme classique, La Marchande d’oignons – peinte en 1892 – est représentative de ses scènes de vie populaire aux figures à la fois expressives et comme suspendues hors du temps, marquées par le sens aigu du peintre pour l’harmonie des couleurs qu’il applique en couches généreuses et abondantes.

Cet attrait pour un ancrage historique se confirme dans un second temps par l’acquisition d’œuvres de grands noms classiques de la région. Dans la collection de la succursale de Bienne, il s’illustre notamment à travers le paysage du peintre Philippe Robert (1881-1930) (fig. 4), fils de Léo-Paul Robert (1851-1923), appartenant à une famille neuchâteloise active pendant plusieurs générations dans la peinture. Deux dessins de la collection du siège de la banque témoignent notamment de cet attrait : le « Quai Ostervald » de Daniel de Coulon (1927-2005), né en 1927, (fig. 5), connu du grand public pour ses vues aquarellées de la région neuchâteloise, et « l’entrée au Musée » de Marcel North (1909-1990) (fig. 6), artiste qui se distingue particulièrement par ses représentations humoristiques des habitants de la région. Relevons également le paysage de mouvance néo-classique de Pierre-Louis De la Rive (1753-1817) (fig. 7) exposé dans la succursale de Genève. Précurseur de la première école genevoise du paysage, De la Rive développe avec virtuosité la technique du lavis de sépia en produisant de grands et élégants paysages, synthèses originales de l’influence de Claude Lorrain, de sites idéalisés et de motifs réalistes, observés dans les environs de Genève.

AUX CONFINS DE L’ABSTRACTION ET DE LA FIGURATION Dès les années 1960 et à l’instar de ce qui se pratique aux niveaux national et international, plusieurs artistes actifs en Suisse revisitent les questions de vision, de perception, de mouvement, de forme, de couleur et d’espaces propres à l’abstraction géométrique. En Suisse romande, John M. Armleder, Olivier Mosset et leurs héritiers perpétuent l’esprit

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Fluxus par le biais d’expériences formelles comme l’appropriation ou la citation dans la tendance « néo-géo ».

appartient à la série d’œuvres de l’artiste neuchâtelois où le sujet est la rencontre entre deux ou trois couleurs préalablement déterminées par Gattoni pour leur lien de dépendance et d’influence réciproque. La sculpture murale de Gerhard Mantz 247 (*1950), (fig. 12), exposée dans le bureau du directeur de la succursale de Berne, perpétue également cet esprit. Se jouant d’un vocabulaire géométrique simple, l’artiste allemand développe ses formes sculpturales par informatique, avant de les matérialiser en studio, dans le but de les libérer des contraintes physiques du monde.

Nous retrouvons cette orientation dans les choix d’acquisitions de la collection Bonhôte qui comporte notamment deux toiles d’Olivier Mosset. Si l’une d’elle (fig. 9) représente la première acquisition de Jean Berthoud pour le siège de la banque, l’autre 245 (fig. 10) est parfaitement représentative des fameux « Cercles » que l’artiste réalise jusqu’en 1975. Créant une œuvre peinte extrêmement cohérente autour des questions de signature, d’appropriation et de répétition, l’artiste né en 1944 à Berne – qui vit et travaille à Tucson (Arizona) et en Suisse – est principalement connu du public pour avoir fait partie du mouvement BMPT, initié par quatre artistes en révolte contre l’institution artistique : Daniel Buren, Olivier Mosset, Michel Parmentier et Niele Toroni. Eludant les enjeux de composition qui marquent l’abstraction géométrique de l’Entre-deux-guerres grâce à sa connaissance du milieu des « Nouveaux Réalistes », notamment de Jean Tinguely, Mosset – qui vécut sa jeunesse à Neuchâtel – s’est d’emblée inscrit dans une analyse critique de la peinture. Ayant tout d’abord fait évoluer ses œuvres, au début des années soixante, du blanc intégral à l’inscription d’un A – première lettre de l’alphabet, et degré zéro de la composition et du message –, il s’oriente en 1966-1967 autour de la forme qui devient signature, comme ici avec son « Cercle rouge », qui peut être envisagé comme la lettre « O  O », initiale du prénom de l’artiste. Les deux œuvres de la collection appartiennent à la radicalité des années BMPT d’Olivier Mosset, avant que ce dernier revendique, dès 1977, par la pratique du monochrome, une nouvelle vérité née de la peinture considérée comme objet.

Aux œuvres se jouant des lignes, matières, couleurs et perspective font écho des postures plus figuratives au sein de la collection. Son exemple le plus représentatif s’incarne chez Emilienne Farny (1938-2014) (fig. 13), qui explore un vocabulaire formel issu du pop art et du « réalisme critique ». Certes, comme les hyperréalistes, l’artiste neuchâteloise se sert de la photographie comme point de départ. Mais elle procède ensuite à l’accentuation, à l’abstraction ou la typification de certains détails et à la modification de certaines perspectives, conférant une dimension critique à ses espaces construits. L’artiste se pose comme une observatrice attentive d’une Suisse froide, géométrique et essentiellement vide de présence humaine. Aucun sentiment, ni séduction, ni ironie ne trouvent leur place dans ses surfaces planes aux couleurs juxtaposées qui deviennent, tour à tour, paysages de chantiers, parkings ou passages souterrains. Ces motifs issus de scènes quotidiennes sont ainsi figés dans leur simplicité par une composition frontale et une facture sans fioriture.

DE LA PHOTOGRAPHIE À LA VIDÉO Par le biais de ses expériences formelles, Pierre Gattoni 246 (*1958), (fig. 11) illustre cette tendance en se jouant des rencontres de couleur. Dans sa composition abstraite, ornant une des cimaises du siège de la banque, les couleurs ne se mêlent pas. Elles se heurtent en rangs serrés et s’opposent en une vibration intense, quasi hypnotique. Cette toile

Au cours des dernières décennies, la photographie et la vidéo ont progressivement acquis le statut de médiums artistiques autonomes et ont préfiguré l’arrivée des nouvelles technologies dans le champ de l’art. La collection Bonhôte suit cette logique débutant par l’acquisition de tirages photographiques

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de Thomas Struth (*1954) et de Thomas Ruff (*1958), qui font partie des premiers artistes allemands à étudier dans la fameuse « classe de Becher » à la Kunstakademie de Düsseldorf. L’Ecole de Düsseldorf s’est imposée sur la scène internationale depuis les années 1980 comme un centre de recherche essentiel pour la photographie artistique contemporaine. Marquant le fort intérêt de Thomas Struth (*1954) pour l’espace urbain, le paysage « Avenue du Devin-du-Village, Genève » 248 (fig. 14) est représentatif des séries de Rues de l’artiste. Initiées en 1976, elles lui permettent d’obtenir une reconnaissance internationale dès 1987. Pour Jean Berthoud, le titre de cette photographie offre un dialogue surprenant entre le contexte bucolique de l’œuvre « Devin-du-Village », titre de l’opéra du philosophe Jean-Jacques Rousseau, et le monde actuel. Chez Thomas Ruff (*1958), représenté par deux photographies dans la collection, l’œuvre « Haus Nr 12 » (fig. 15) fait partie de sa série débutée en 1987. D’un point de vue formel, l’artiste applique ici la même logique que pour ses portraits, à savoir une représentation du sujet, une rue ou un bâtiment, pris de façon très distante. Une même question se pose dans l’une ou l’autre de ces acquisitions pour Jean Berthoud, à savoir celle des conditions du monde urbain dans lequel nous vivons.

contre-plongée, la photographie de Windstosser évoque à Jean Berthoud, « au-delà de sa plastique formelle impeccable », une vision symbolique du mouvement abstrait des capitaux d’une entreprise financière. Dans ce face-à-face entre réalité photographiée et réalité vécue, relevons encore le travail du photographe canadien Miles Coolidge (*1963), (fig. 19), réputé pour son exploration des espaces sociaux fonctionnels en milieu urbain, comme ici à travers son paysage « Commercial Building Capitol » acquis peu avant l’écroulement du marché des subprimes aux Etats-Unis, et celui du Genevois Patrick Weidmann (*1958), (fig. 20) par sa vision cynique et désabusée du monde moderne. La vidéo a été introduite dans la collection Bonhôte en 2013 avec l’acquisition d’une œuvre d’Augustin Rebetez 250 (*1986), qui propose les tribulations d’une maison à la fois humaine et intérieure, comme si le jeune artiste d’origine jurassienne tentait de révéler l’âme des objets et matériaux qui la composent. Sous un angle introspectif, ludique et parfois angoissant, cette vidéo illustre à son tour l’orientation réflexive de la collection autour de la notion d’habitat. Du même support, mais empreint d’un réalisme plus concret, la vidéo « Lonea » de Roxana Sima (*1980), récente acquisition de la collection, met en scène l’une des dernières mines de charbon encore en activité en Roumanie. Au regard de Jean Berthoud, la jeune artiste roumaine évoque ici l’aspect physique du travail, puisqu’elle se rend elle-même au fond de la mine afin d’en extraire le charbon.

Dans la même veine, mais empreint d’un formalisme plus classique, le tirage photographique de l’artiste allemand Günther Förg (1952-2013) (fig. 16), qui a vécu et travaillé à Colombier (NE), renoue avec la tradition architecturale de l’époque du Bauhaus en interrogeant les paramètres spécifiques d’un bâtiment moderne confronté à l’usure du temps. Pour Rut Bless Luxembourg 249 (*1967), (fig. 17), c’est en marcheuse solitaire que la photographe allemande explore le paysage urbain, de nuit la plupart du temps, comme ici par sa vue d’un immeuble de nuit d’un quartier situé au nord-est de Londres. Chez Ludwig Windstosser (1921-1983) (fig. 18), le théâtre de la photographie se situe dans une vision plus subjective de la modernité industrielle, puisqu’il faisait partie du groupe d’avantgarde allemand Fotoform, crée par Otto Steinert en 1949. Illustrant les tuyaux d’une raffinerie en

UNE COLLECTION COMME VECTEUR D’ÉVEIL COLLECTIF Ce bref aperçu de la collection d’art Bonhôte dévoile non seulement la riche diversité de celle-ci, mais surtout la cohérence de son propos. Les œuvres de cette collection se caractérisent par un refus de toute narration ou fiction, et de toute présence humaine, au service d’une pure dénotation de l’état des choses. Mais derrière cette tendance se profile la vision d’un entrepreneur, Jean Berthoud,

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qui pense sa collection comme un « vecteur d’éveil collectif ». Une démarche consciente et volontaire qui permet de mieux cerner la dynamique qui sous-tend les choix d’acquisition de la collection. Pour Jean Berthoud, l’art est avant tout un vecteur de réflexion dont l’intérêt est d’interpeller les gens. « Nous sommes tous les produits de notre environnement, physique et construit. Et souvent on ne le regarde plus. A mes yeux, les bons artistes, ceux que je collectionne, sont ceux qui nous permettent de redécouvrir et de s’attarder à nouveau sur le monde qui nous entoure. » Cette collection reflète avant tout sa volonté d’exposer des œuvres percutantes, porteuses d’un regard différent, qui étonne ou qui surprend, dans le dessein de susciter des interrogations qui lui font sens. Comme il le souligne lui-même : « Il est important de ne pas perdre de vue qu’il s’agit là d’une collection d’entreprise. Ainsi à travers elle, je souhaite également rappeler aux collaborateurs, au cœur du mouvement abstrait de capitaux, d’un important fonds immobilier, la réalité économique du monde du travail et de l’habitat. » Ainsi, à l’instar d’un cabinet d’amateur contemporain, l’intérieur du siège de la banque Bonhôte et de ses différentes succursales – jalonné d’œuvres d’art favorisant dialogues, rencontres visuelles ou intellectuelles – est à l’image du mode de pensée de son collectionneur. « L’art est la plus sublime mission de l’homme », le disait déjà Auguste Rodin, « puisque c’est l’exercice de la pensée qui cherche à comprendre le monde et à le faire comprendre ».

Séverine Cattin

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Fig. 1 | William Röthlisberger (1862-1943) | Le trou de Bourgogne depuis Marin | 1931.

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Fig. 2 | Marianne Du Bois (*1919) | Les Jeunes-Rives en hiver | Fin xxe siècle.

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Fig. 3 | Lucien Grounauer (1906-1997) | Le port d’Anvers (ancienne collection des Ciments Portland) | S.D.

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Fig. 4 | Philippe Robert (1881-1930), une œuvre exposée à la succursale de Bienne.

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Fig. 5 | Daniel de Coulon (1927-2005) | Sans titre.

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Fig. 6 | Marcel North (1909-1990) | Entrée au musée.

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Fig. 7 | Pierre-Louis De la Rive (1753-1817), une œuvre exposée à la succursale de Genève.

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Fig. 8 | Edmond de Pury (1845-1911) | La Marchande d’oignons | 1892 | Dépôt de la Caisse de famille Pury.

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Fig. 9 | Olivier Mosset (*1944) | La première acquisition de la banque.

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Fig. 10 | Olivier Mosset (*1944) | Cercle rouge.

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Fig. 11 | Pierre Gattoni (*1958) | Composition abstraite.

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Fig. 12 | Gerhard Mantz (*1950) | Une œuvre exposée à la succursale de Berne.

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Fig. 13 | Emilienne Farny (1938-2014) Femme allongée sur une pelouse.

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Fig. 14 | Thomas Struth (*1954) | 1989 | Avenue du Devin-du-Village, Genève..

Fig. 15 | Thomas Ruff (*1958) | Haus Nr 12.

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U ne c o llecti o n d ’ art c o mme «  vecteur d ’ éveil c o llectif »

Fig. 16 | Günther Förg (1952-2013) | Palazzo dela Civiltà, Roma | 1996.

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Fig. 17 | Rut Bless Luxembourg (*1967).

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Fig. 18 | Ludwig Windstosser (1921-1983) | Raffinerie Ranheim bei Russelheim | 1950.

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Fig. 19 | Miles Coolidge (*1963) Commercial Building Capitol | 1994.

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Fig. 20 | Patrick Weidmann (*1958) Accélération | 2008.

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L a banque privée du futur est en r o ute

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Ces différentes approches reflètent parfaitement les changements en profondeur que connaîtra bientôt le monde bancaire, comme d’ailleurs la plupart des secteurs de l’économie. Sous l’impulsion des nouvelles technologies de communication, qui conjuguent instantanéité, volumes quasi illimités d’informations et interactivité, les nouveaux modèles d’affaires fleurissent.

La Banque Bonhôte & Cie SA a placé son jubilé sous le slogan « 200 ans à façonner l’avenir ». Dirigée depuis 1815 par des entrepreneurs engagés et visionnaires, elle doit son succès à sa capacité à anticiper, à scruter ce que sera demain. A l’aube de son troisième siècle, elle le fait de manière plus marquée encore, puisque les nouvelles technologies et, surtout, la rapidité avec laquelle leur usage se généralise modifient en profondeur les activités sociales et économiques, ainsi que les relations entre les particuliers et les entreprises.

La désintermédiation, soit la réduction ou la suppression des intermédiaires dans un circuit de distribution, en fournit déjà quelques exemples. Ils font parler d’eux, parce qu’ils remettent en question l’existence même des systèmes établis. Que l’on songe seulement aux services de taxis Uber ou aux services de locations d’appartements Airbnb pour s’en convaincre. Le financement participatif, le crowdfounding, qui entre également dans cette catégorie, interpelle les banques, car il est en concurrence directe avec leurs activités de base.

Percevoir ce que sera la « banque privée du futur » est le défi passionnant qui s’offre à nous. Pour en saisir les premiers contours, il aurait été possible d’organiser une étude académique sur le sujet. Nous avons préféré approcher plusieurs personnalités, qui excellent dans leurs domaines de prédilection, et leur avons demandé d’écrire, en toute liberté, la manière dont elles voyaient la banque de demain. Cette démarche a mis en lumière divers regards : économiques, philosophiques, académiques, artistiques ou politiques.

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Il est certain que la relation entre le client et sa banque est appelée à se modifier considérablement. Les multiples usages du smartphone – particulièrement appréciés par les personnes aisées – vont lui permettre d’obtenir un grand nombre d’informations en temps réel, utiles pour la gestion de son patrimoine. Pour l’accompagner dans ses décisions, le client pourra prendre contact en permanence avec son gestionnaire. Le dialogue avec ce dernier devrait, d’ailleurs, considérablement s’intensifier. La tendance est déjà bien affirmée. Une enquête anglo-saxonne n’a-t-elle pas montré que 78 % des clients souhaitaient avoir des conversations avec leur gestionnaire de fortune par le biais de vidéoconférences, de Skype ou de FaceTime ?

enquête anglo-saxonne, 60 % des gestionnaires interrogés reconnaissaient avoir trouvé un nouveau client sur LinkedIn. Dans cet environnement technologique, d’immédiateté, d’informations pléthoriques, la banque privée a, plus que jamais, un rôle à jouer. La valeur ajoutée, qui a fait sa réputation et son succès, soit le conseil, la proximité et la confiance subsisteront. La principale tâche d’une banque privée sera toujours de préserver et de faire fructifier le capital de ses clients et de les accompagner dans leurs décisions d’investissement. Pour ce faire, elle devra maîtriser les nouvelles technologies, retenir les informations pertinentes et mettre à profit son expertise pour conseiller au mieux les clients.

Grâce aux informations qui ne cessent de s’accumuler dans ce que l’on appelle désormais le big data et à la puissance de calcul phénoménale qui permet d’interpréter ces données, le client se verra, par exemple, proposer des produits financiers véritablement taillés sur mesure. Ses habitudes de consommation, ses préférences entreront, en effet, dans la composition de son portefeuille d’actifs. Des algorithmes le font d’ailleurs déjà. Le client recevra sur ses supports mobiles toutes les informations qui l’intéressent, avec le risque aussi qu’il s’enferme progressivement dans ses goûts et ses habitudes. C’est l’effet « cookies ».

Pour préserver les contacts privilégiés avec ceux-ci, elle fera en sorte qu’ils se sentent membres d’une communauté, à l’image des groupements qui animent les réseaux sociaux. Conférences, séminaires, manifestations conviviales à caractère culturel ou sportif permettront de renforcer les liens et le sentiment d’appartenance à un club que rechercheront probablement les clients de demain. Un grand défi pour la banque – si ce n’est le plus important – sera aussi de s’assurer que la protection des données soit garantie et que la sphère privée soit protégée. Là aussi, l’évolution de la technologie offrira de nouvelles fonctionnalités, telle que la signature numérique ou la reconnaissance faciale ou vocale. Le rôle de la banque privée du futur sera toujours de mettre son expérience de protection de la vie privée au service du client et de s’en porter garante.

Les réseaux sociaux permettront aux banques de mieux cibler les attentes de leurs clients. Aucune entreprise ne saurait rester à l’écart de cette source d’information. Au printemps 2015, on estimait à 1,7 milliard le nombre de personnes, toutes couches sociales confondues, qui étaient inscrites sur Facebook. Une proportion de 72 % d’entre elles étaient des adultes et, parmi ceux-ci, 62 % figuraient dans la tranche 50 à 64 ans, soit le public cible du private banking. Les autres médias sociaux poursuivent également leur spectaculaire développement à l’image de Twitter, LinkedIn ou Instagram et désormais, la tendance est aux réseaux sociaux dédiés à une thématique précise (la photographie, la politique, l’art contemporain). Toujours selon cette

La Banque Bonhôte & Cie SA suit de très près ces évolutions technologiques, économiques et sociales en participant à divers colloques internationaux et en assurant une veille médiatique sur le sujet. Ces réflexions sur la banque privée de demain ont animé l’année du bicentenaire et certaines d’entre elles ont été publiées dans la Gazette du bicentenaire éditée trimestriellement depuis l’été 2014.

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En guise de conclusion, qu’il nous soit permis de remercier ici les personnalités qui ont accepté de s’exprimer librement sur leur manière dont elles voient la banque privée du futur. Leurs visions sont parfois utopiques, provocatrices, la plupart du temps réalistes, mais elles ont toutes la particularité de nous interroger, de nous faire réagir et de nous obliger à nous remettre en question. Et c’est en cela qu’elles ont beaucoup de valeur à nos yeux.

Cyril Lanfranchi Chef de projet bicentenaire

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auraient ainsi une belle carte à jouer dans le soutien aux projets. Un secteur où elles pourraient être plus actives, histoire de mettre un frein au processus de désindustrialisation dramatique que vit actuellement l’Europe. Les innovations sont pleines de vertus. Grâce à elles, l’espérance de vie n’a-t-elle pas été multipliée par trois depuis le xviiie siècle et le niveau de vie par vingt ?… Elles ont toutefois aussi leur revers. Dans un premier temps, elles créent du chômage, de la décroissance et des inégalités. Elles détruisent des pans entiers d’emplois, font disparaître des métiers. Amazon tuera très certainement les libraires comme Internet a tué les disquaires. Idem pour les agences de voyages. Plus personne n’achète aujourd’hui un billet Paris-Genève dans une agence de voyages. Même pas ma grand-mère ! Il est donc aussi probable que les banques n’échapperont pas, dans une certaine mesure, à ce phénomène de transformation.

MIEUX VAUT POSSÉDER UNE VOITURE ANCIENNE QU’UNE ŒUVRE D’ART CONTEMPORAIN

Ce n’est pas le seul danger qui les menace. Les nouvelles technologies de communication font disparaître toute confidentialité. Tout est décryptable, tout peut être écouté. Il y a un vrai risque sur la vie privée et sur la propriété des données, alors que toutes deux sont essentielles et qu’elles le resteront. Les banques sont attaquées des dizaines de fois par jour par des hackers. Il n’y a aucune garantie que les données stockées dans le cloud ne sont pas copiées ou volées. Autres freins des nouvelles technologies : les cookies qui enferment progressivement les gens dans leurs goûts ou leurs habitudes, ce qui, du coup, freine l’innovation dont l’économie a pourtant besoin.

Luc Ferry, ancien ministre français de la Jeunesse, de l’Education nationale et de la Recherche Que sera la banque de demain ? Quel est son avenir ? Qu’on se rassure tout de suite, elle ne disparaîtra pas. Aucun univers capitaliste moderne, même corrigé par une sociale démocratie et un Etat providence, ne pourrait vivre sans la banque. L’économie a besoin d’elle pour se financer. C’est une fonction essentielle de la banque et elle le restera. Il faut cesser de penser qu’il y a, comme dans Wall Street, le film d’Oliver Stone, une bonne industrie et une méchante finance. Certains entrepreneurs ont l’impression que toutes les opérations financières se passent comme si les banques appliquaient le principe de précaution si cher aux écologistes et pourtant si absurde. La demande de capital destinée au financement des investissements est très forte. C’est donc aux banques d’assumer ce rôle de financement, même si ce n’est pas facile, car on se trouve dans un contexte où la prise de risque est devenue une tâche très difficile. Les banques

Mais ici aussi la médaille a deux faces et, donc un côté positif. Vous connaissez probablement le big data ? Le stockage et la comparaison de milliards de données concernent toutes les entreprises et toutes les banques. Ces nouvelles technologies offrent de nouveaux services aux clients, des services qui sont bien plus personnalisés que par le passé. C’est un développement très important pour les banques, privées notamment. Dans d’autres secteurs, comme

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Or, quand l’art est complètement déconnecté de la beauté et qu’il repose uniquement sur des idées intellectuelles, il y a un risque majeur qu’une partie non négligeable de ses composants s’écroule. Il y aura peut-être un temps où l’on gardera uniquement les vraies œuvres d’art contemporain comme celles de Richter, de Garouste, en France, de Li Chevalier, en Chine ou de Bacon.

la lutte contre le terrorisme, par exemple, elles seront vitales. Comme elles le seront aussi dans la lutte contre le cancer. Il est très vraisemblable que le big data sera davantage déterminant pour combattre cette maladie que la biologie et ses progrès. Les banquiers ont, d’ailleurs, bien vu le côté positif du big data, puisqu’ils sont en train de l’intégrer dans leur logique commerciale. Le monde informatique est partie prenante de l’entreprise – petite ou grande – et le big data deviendra un élément clé de leur fonctionnement, bouleversant totalement le rapport au client.

En matière de placement, ma préférence irait davantage sur des biens dont la valeur est plus stable à l’image des voitures anciennes : une Bugatti des années trente ou une Testarossa des années cinquante. Certaines de ces voitures valent 30 ou 40 millions d’euros, soit les prix qu’atteignent des œuvres de Damien Hirst ou de Jeff Koons.

Les banques brassent de l’argent, le public l’investit, mais dans quels domaines ? On parle d’investissements socialement responsables. Je suis partagé sur ce type de placements, car ils sont avant tout une forme de communication où l’on repeint aux couleurs de l’éthique des moyens de gagner de l’argent. Ils servent donc à déculpabiliser ceux qui veulent s’enrichir.

Si l’on parle de changement et de futur, il est encore intéressant de constater que dans nos sociétés très technologiques et démocratiques, le rapport à l’argent reste très conditionné par de longues traditions religieuses. Dans la tradition catholique, le scandale ce n’est pas la misère – qui est plutôt une voie d’accès au paradis –, mais la richesse. Chez les juifs, les Grecs et les protestants, c’est l’inverse. La richesse est la condition de la générosité. Dans des pays protestants comme les Etats-Unis, l’Allemagne ou la Suisse – la Suisse est culturellement beaucoup plus protestante que catholique –, on n’a pas honte de gagner de l’argent, ce qui favorise énormément la logique de l’innovation. Si l’on regarde la liste des pays les plus innovants, on remarque qu’il n’y a aucun pays catholique. Aristote ne disait-il pas « pour être généreux, il faut être riche » ?

En revanche, je crois beaucoup plus au microcrédit. C’est quelque chose de formidable. Ce n’est pas de la morale, mais de l’économie intelligente. Le projet de Planet finance de Jacques Attali et de Muhamad Yunus, par exemple, repose sur l’idée que face au chômage et à la misère, l’un des moyens de s’en sortir est de créer son entreprise. Tout le monde peut devenir chef d’entreprise. N’est-ce pas une très belle perspective ? Pour ce qui est des autres formes de placements, il n’est pas inutile de s’interroger sur l’investissement dans l’art, notamment contemporain. Ce marché est séduisant pour plus d’un, mais il n’est pas à l’abri d’un effondrement qui pourrait se produire du jour au lendemain. La seule chose qui ait vraiment marché dans l’art contemporain, que ce soit avec des œuvres de Damian Hirst, de Jeff Koons, de Lavier ou d’autres, c’est la mise en scène du capitalisme à l’état chimiquement pur. L’art contemporain est devenu un art qui ne met en scène que l’innovation et la rupture avec la tradition.

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matière fiscale, les actifs transfrontaliers gérés par la Suisse n’ont cessé de progresser. En outre, bien que nos concurrents soient très actifs, la Suisse devrait conserver sa place de leader mondial dans la gestion de fortune offshore ces prochaines années. Dans ce contexte international en pleine mutation, nous devons défendre au mieux nos intérêts. Le Conseil fédéral a d’ailleurs clairement défini l’objectif : nous voulons une place financière et économique stable, compétitive, respectée sur le plan international et qui contribue à la prospérité économique de la Suisse. Certes, cela ne va pas sans des adaptations parfois douloureuses, comme le montrent les débats animés en Suisse sur la politique financière, les nouvelles réglementations ou encore le recalibrage du secret bancaire. Mais l’évolution de notre place financière et économique depuis la crise montre que la direction prise est la bonne, dans cette période de transition difficile pour tous les acteurs, en Europe et ailleurs. En dépit d’un franc fort, les indicateurs économiques de notre pays sont positifs en comparaison internationale. La dette publique, contrairement à la tendance mondiale, a même diminué.

POUR UNE PLACE FINANCIÈRE SUISSE COMPÉTITIVE Jacques de Watteville, Secrétaire d’Etat aux questions financières internationales du Département fédéral des finances (DFF) Jamais la place financière suisse, au cours de son activité plus que centenaire, n’a dû faire face à un environnement aussi dynamique que celui d’aujourd’hui : depuis la crise mondiale de 2008, les Etats cherchent à accroître d’autant plus leurs recettes fiscales, multiplient les réglementations protectrices et poussent à davantage de transparence. Sous l’impulsion du G20, de l’OCDE et du Forum mondial, les normes globales en matière fiscale s’imposent à la planète entière de manière très rapide. La place financière suisse est particulièrement touchée par cette évolution, en raison de son importance au plan international, notamment dans la gestion de fortune privée transfrontalière, où elle est numéro un mondial avec une part de marché d’environ 26 %.

Il convient donc de poursuivre ces efforts car les défis sont nombreux. Il faut une réglementation équilibrée, qui permette de renforcer la stabilité, la compétitivité, la protection des clients et la confiance des investisseurs. Cela passe aussi par une révision de la fiscalité des entreprises et une plus grande transparence en matière de données bancaires. Cela suppose aussi des règles strictes en matière de criminalité financière, comme les Chambres fédérales l’ont confirmé, en adoptant en décembre 2014 le projet de loi visant à mettre en œuvre les nouvelles prescriptions internationales relatives à la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme.

Cette évolution comporte pour nous des risques, mais aussi des opportunités qu’il nous faut saisir car notre place financière a de belles cartes à jouer. Ainsi, en dépit des exigences de transparence accrues en

Au sein d’organismes internationaux tels que l’OCDE, nous nous engageons activement pour des normes applicables pour tous et appliquées par

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Suisse et l’Union européenne et des pourparlers exploratoires ont eu lieu avec la Commission européenne sur le sujet. Reste que la libre circulation des services ne peut être dissociée de la libre circulation des personnes et des questions institutionnelles, ce qui rend la situation plus complexe pour la Suisse.

tous, qui doivent conduire à un « level playing field ». La Suisse respecte ces normes car il en va de sa réputation, de sa compétitivité, de la sécurité juridique et du climat des investissements. Ce faisant, nous pouvons mieux faire valoir nos atouts, que sont la stabilité politique, la sécurité juridique, la neutralité, la qualité de nos services et le fait de posséder notre propre monnaie.

Quant au secteur privé, il a un rôle fondamental à jouer dans le succès de la politique de la Suisse en matière de services financiers, en particulier dans la perception que les Etats partenaires ont de notre pays. C’est en tirant à la même corde que le secteur public et le secteur privé contribueront à assurer la réputation, la compétitivité et la stabilité de la place financière suisse afin de relever avec succès les défis encore nombreux qui nous attendent.

L’avènement programmé de la nouvelle norme d’échange automatique de renseignements en matière fiscale conduira de nombreuses banques à adapter leur modèle d’affaires et à être plus innovantes. Néanmoins, tous les critères pour lesquels la Suisse s’est battue, tels que la réciprocité et la protection des données, ont été inclus dans cette nouvelle norme. De plus, près d’une centaine de pays, dont toutes les grandes places financières, se sont engagés à adopter cette dernière ce qui nous permettra de lutter à armes égales avec nos concurrents. Cela étant, outre le défi posé par le calendrier de mise en œuvre, l’introduction de l’échange automatique de renseignements implique aussi pour la Suisse de trouver, là où c’est nécessaire, des solutions acceptables pour permettre de régulariser les avoirs non fiscalisés du passé. Dans certains pays où des procédures judiciaires ont été ouvertes, nous nous engageons pour un traitement juste et équitable des établissements financiers suisses. Ainsi, sans participer directement aux négociations entre les établissements bancaires et les autorités américaines, nous sommes intervenus à plusieurs reprises auprès de ces dernières afin d’améliorer le contenu du « Non Prosecution Agreement » pour les banques participant au programme américain. Par ailleurs, la consolidation et l’amélioration de l’accès au marché, européen en particulier, représentent un autre vecteur crucial de notre action. Nous thématisons systématiquement cette question avec nos partenaires au niveau bilatéral et multilatéral. Nous sommes aussi en train d’approfondir l’analyse des avantages et des inconvénients que pourrait avoir un accord sur les services financiers entre la

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peuvent avoir sur la condition humaine ou sur la biodiversité. Cette dimension éthique sera encore appelée à se développer à l’avenir. Pour que se développe l’éthique de responsabilité, il faut disposer d’outils. Et c’est là que la formation joue un rôle essentiel. Je crois en effet fermement que l’un des lieux centraux pour réfléchir à cette dimension éthique, en dialogue avec les acteurs de la cité, est constitué par l’école et les hautes écoles. L’université contribue, avec d’autres, à nourrir une réflexion sur les valeurs. Elle apporte la diversité des approches – dont l’approche économique – pour penser le monde. Dans son travail quotidien, l’université permet tout autant d’apporter des réponses que de questionner, avec tout ce que cela peut comporter de dérangeant. Comme le souligne Albert Jacquard dans son Eloge de la différence, « Notre besoin superficiel de confort intellectuel nous pousse à tout ramener à des types et à juger selon la conformité aux types ; mais la richesse est dans la différence ». Dans nos activités humaines, dans la banque, la science, les activités culturelles que nous menons, nous devons constamment chercher à intégrer cette dimension de la diversité dans sa totalité. Elle permet la réflexion sur les autres et sur soi-même. Blaise Pascal indiquait déjà que l’être humain comprend le monde parce que le monde le comprend, qu’il l’englobe. L’université cherche à mettre au jour et à cerner ces différences. Elle apporte des outils pour penser la diversité, pour réfléchir aux multiples facettes de notre monde.

DES VALEURS CENTRALES POUR LA BANQUE DU FUTUR Martine Rahier, Rectrice de l’Université de Neuchâtel Qu’il s’agisse ou non d’une illusion d’optique, notre monde paraît aller de plus en plus vite. Pris dans une série d’accélérations constantes, les occasions de penser ce qui nous entoure semblent parfois bien rares, alors même qu’il demeure plus que jamais indispensable de réfléchir aux valeurs qui nous unissent, aux contenus, règles et modalités des échanges – économiques ou non – qui lient les êtres humains. La banque privée n’a jamais été épargnée par cette réflexion sur ses valeurs et son éthique. La banque privée du futur y sera sans nul doute confrontée davantage encore.

Sur la base de ces outils, en connaissance des causes et des conséquences, il est ensuite possible de développer une éthique de responsabilité. Je vois ainsi la banque privée du futur comme une banque axée sur le dialogue et l’échange pour réaffirmer et développer encore et toujours sa dimension éthique, tant par la conviction de celles et ceux qui y travailleront que par la responsabilité qu’elle érigera en valeur centrale de son activité.

Dans sa pratique, la banque privée est la garante d’une certaine éthique, basée sur une relation d’échange et de confiance avec sa clientèle. Par devoir, conviction, mais aussi par responsabilité, c’est-à-dire en tenant compte des conséquences de ses choix. Peser les risques, lors d’investissements par exemple, doit s’accompagner d’une pesée des conséquences des actions entreprises, des placements effectués, et notamment de l’impact qu’ils

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des services personnalisés calqués sur nos pratiques s’offrent à nous. Le banquier privé se trouve face à une concurrence vive de conseils délivrés, non plus seulement par d’autres experts, mais par toute personne voulant partager une information pertinente. Instantanément, le web amène le monde à notre portée. La banque privée 3.0 se sert des réseaux, du crowdsourcing pour augmenter sa connaissance, pour sentir les tendances. La banque privée synonyme de cabinet feutré peut paraître désuète face à la place publique que représentent le web et les réseaux sociaux qui certes à ce jour n’ont pas montré un grand intérêt pour la protection de la sphère privée. Bien au contraire, ils poussent à se dévoiler. Sphères publique ou privée s’entremêlent. Le banquier doit saisir l’opportunité des nouvelles technologies pour offrir au client du conseil qui intègre les dimensions plurielles connexes au secteur des finances mais surtout connexes hors secteur, dimensions plus personnelles, ce qui fait toute la complexité et la pertinence de la banque privée du futur. Individualisé et en temps réel, le conseil du banquier saura aussi satisfaire le client dans un environnement parfaitement sécurisé. La personnalisation en temps réel et à la demande sera une des clés stratégiques de l’offre, un moyen de conserver une relation solide, fidèle, dans la durée. Le défi du banquier est de saisir que la planification individuelle financière de ses clients va devenir plus changeante. S’impose alors le « sur-mesure » flexible et… socialement responsable.

NOTRE BANQUIER PRIVÉ SUISSE 3.0

Adrienne Corboud Fumagalli, Vice-Présidente pour l’innovation et la valorisation, EPFL Notre argent ne représente pas seulement nos avoirs mais la promesse de réalisation de nos desseins. C’est en ce sens qu’il faut le garder, le faire fructifier. Le banquier privé d’il y a deux siècles était le conseiller, l’expert, accédant à des informations que lui seul maîtrisait grâce à son cercle. On parlait de « valeurs », papier ou métaux précieux, de patrimoine. Depuis, la globalisation a considérablement modifié notre rapport à l’argent en nous faisant prendre conscience des risques et opportunités relatifs à des échanges fluides et fragiles. Nous sommes donc à la fois devenus plus curieux et prudents, intéressés à de nouvelles aventures, mais inquiets du niveau de risques liés à la sophistication et parfois la non-transparence des produits et services.

Comme pour beaucoup d’autres pans de l’économie, la responsabilité sociale devient une composante, certes complexe, mais indispensable de la finance. Il y aura toujours une tension entre la maximisation du profit et l’éthique consistant à faire le bien, mais la globalisation conduira à un rééquilibrage d’abus passés liés aux disparités de développement économiques si bien que, une grande majorité d’investissements, seront à termes socialement responsables, permettant peut-être de faire revenir au premier plan de façon plus sereine la nécessité du profit.

L’instantanéité de l’information permise par la technologie est un élément parmi d’autres de ces nouvelles opportunités liées à la globalisation. Munis d’algorithmes décryptant nos faits et gestes,

L’image de la Suisse et de ses banques privées a été égratignée. Elle sort du purgatoire de l’OCDE.

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La banque privée passera par une compréhension experte des enjeux géopolitiques et macroéconomiques. Les niches locales seront de plus en plus délicates à maintenir étant donnée la pression globale. La différentiation se fera donc sur la qualité du service de proximité, personnalisé grâce aux nouvelles technologies, alliées et non adversaires, et aux atouts politiques de la Suisse comme repère stable et démocratique. Le banquier privé aura un rôle essentiel dans un monde en transition comme garant de sécurité et sérénité, mais aussi d’expert pouvant proposer de nouvelles voies d’exploration éthiques, globales et innovantes. Pour séduire et rassurer les clients, le banquier n’a plus l’exclusivité. Il doit trouver sa place entre expert spécialiste et quasi confident.

LA BANQUE PRIVÉE DU FUTUR René Stulz, Professeur de finance, Ohio State University Récemment, le monde bancaire a subi des changements dramatiques. Suite à la crise du crédit, le système bancaire à travers le monde est devenu plus réglementé. Le résultat de Bâle III : les banques doivent être davantage capitalisées. Le « Swiss finish » signifie que les grandes banques suisses sont obligées de constituer plus de réserves que beaucoup de leurs concurrents étrangers. Cette augmentation des exigences en capital rend les opérations bancaires qui nécessitent beaucoup de capital, très chères. Les banques ont donc réduit la taille de leurs bilans et lâché certaines activités comme celles de banque d’investissement. Ceci explique pourquoi les banques privées sont moins fortement touchées par ces exigences en capitaux très élevées. Néanmoins, elles sont aussi touchées par l’augmentation significative de règlements qui ont suivi la crise. Le souci avec ces dispositions est que la banque du futur deviendrait ce que les régulateurs souhaitent, plutôt que le produit d’efforts de banquiers privés, afin de subvenir aux besoins de leurs clients.

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La confiance constitue le service principal offert par les banques privées. Une banque privée qui réussit est une banque chez qui les clients savent que leurs meilleurs intérêts sont privilégiés et que cela sera le cas aussi longtemps qu’eux ou leur famille continuent leur rapport avec la banque. Aucun ordinateur ne peut remplacer ce service. C’est un service qui se construit dans le temps et perdure grâce à la réputation de la banque. La confiance ne peut pas exister avec une banque qui n’a pas de réputation à perdre. Alors que les entreprises apparaissent et disparaissent toujours plus rapidement grâce ou à cause des changements technologiques, que les options d’investissement se multiplient avec l’apparition de nouveaux produits financiers et que les conflits d’intérêt sont plus difficiles à déterminer, le rapport de confiance avec la banque privée prend de plus en plus d’importance. Et il devient de plus en plus difficile, sans cet avis de confiance, de prendre des décisions en matière d’investissement financier ou de planification.

Puisque nous fêtons un anniversaire il nous est cependant permis d’être optimistes et de nous imaginer comment les banques privées évolueront sans trop entraves règlementaires. L’évolution des règlements donne un avantage au modèle de banque privée spécialisée plutôt qu’au modèle d’une grande banque universelle proposant les mêmes services que les banques privées. Les grandes banques universelles suscitent des risques systémiques, ce qui veut dire qu’elles sont menacées d’actions réglementaires qui rendront difficile une offre de services stables à leurs clients. Il se pourrait même qu’elles aient besoin de changer leur mode de travailler simplement parce qu’un régulateur dans un pays quelque part s’est soucié d’un risque, ou utilise son entreprise dans ce pays comme otage afin d’accomplir un objectif politique. En plus, au sein des grandes banques, les employés qui ont eu du succès peuvent devenir des dirigeants et perdre le contact avec les clients. Aussi, pour des raisons qui n’ont rien à voir avec des entreprises en particulier, on assiste à des licenciements, ce qui mène à un va-et-vient des employés qui ont des rapports de confiance avec les clients. Tous ces facteurs favorisent l’avenir des banques privées spécialisées et proches de leur clientèle. Les économies d’échelle favorisent les grandes banques. Elles peuvent certes gagner à rendre les mêmes services pour beaucoup plus de clients, mais au risque potentiel d’ignorer ce qui rend chaque client unique. La provision des services bancaires changera considérablement avec les progrès technologiques dramatiques qui adviennent.

Les avancées technologiques changeront le travail du banquier privé, mais elles changeront aussi la structure de coûts des investissements bancaires. Il devient beaucoup plus facile de comprendre rapidement les propriétés d’une stratégie d’investissement. Par exemple : des simulations de la fortune nette et des dépenses à l’âge de la retraite en tenant compte de la fortune nette actuelle et des préférences de risque sont beaucoup plus faciles à appliquer et deviendront probablement une offre standard. Les stress test de portefeuille qui n’auraient pas été réalisables il y a vingt ans, peuvent maintenant être implémentés dans un très court délai pour des personnes physiques. Tous ces développements font que les clients des banquiers privés seront mieux informés en ce qui concerne leur situation financière et qu’il sera donc possible de produire cette information à un coût réduit.

Il y a quelques années, bien des tâches que je fais de manière routinière aujourd’hui avec mon iPhone étaient impossibles. Avec mon téléphone, je peux, par exemple, payer mon cappuccino à Starbucks, déposer des chèques en envoyant des photographies à ma banque etc. Pourtant, même si les fonctions simples que les banques faisaient à leurs guichets disparaissent parce que les gens se servent de plus en plus souvent de ces services en ligne, cette évolution ne fera qu’augmenter la valeur des services des banques privées.

Par contre, l’information technologique est coûteuse et entraîne des risques énormes. De nos jours, les conférences sur le risk management sont remplies de panels au sujet des dangers des transactions bancaires en ligne. Quand je parle à des directeurs de haut vol de grandes banques ceux-ci

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se font de moins en moins de soucis quant aux risques du marché et se préoccupent de plus en plus des risques cybernétiques et des risques de réputations. Ces risques menacent aussi fortement les banques privées. Elles se trouvent confrontées à un chemin difficile quand il s’agit de développer pour leurs clients des offres qui font plein usage des développements technologiques, mais qui ne mettent pas en danger leur atout le plus valable, la confiance. L’environnement macroéconomique est une source de grand risque. Avec les taux d’intérêt si bas, les actifs considérés comme sûrs n’offrent plus un retour positif après impôts. Ceci rend la préservation de la richesse beaucoup plus compliquée. La situation est également complexe par le fait qu’il y a une grande incertitude quant à l’évolution des taux d’intérêt. Pourquoi les taux d’intérêt à long terme sont si bas et ne génèrent même pas un intérêt positif après impôt ? C’est un problème qui suscite une forte controverse. Ce n’est certainement pas parce que les problèmes fiscaux sont devenus plus faciles à traiter. Ce n’est probablement pas non plus suite aux dispositions d’assouplissement quantitatif puisque les taux étaient déjà bas en Europe avant que la Banque centrale européenne (BCE) ne lance son propre programme.

QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LA GESTION DE FORTUNE EN SUISSE Michel Dubois, Professeur de finance de l’Université de Neuchâtel Récemment, la place financière suisse et plus particulièrement son secteur phare, la gestion de fortune, a été affectée par une série d’événements exceptionnels. Les pertes consécutives à la crise financière de 2007 / 2008 et les conditions dans lesquelles s’opère la fin du secret bancaire ont radicalement modifié le climat d’affaires. La relation de confiance qui s’était établie au cours du temps avec la clientèle, notamment étrangère, a été mise à mal.

Beaucoup d’économistes sont d’avis que les taux bas sont le produit de faibles prévisions de croissance. Ainsi, la part du gâteau économique n’augmente pas assez rapidement, ce qui provoque des tensions. Dans un tel environnement, la position de la Suisse comme refuge économique devient plus important et augmente encore la valeur des banques privées. Pourtant, trouver les bonnes réponses dans un tel environnement est difficile. Il n’y a pas de solution magique. Les investisseurs doivent pouvoir faire confiance à ceux qui leur proposent une voie vers le futur. Ils ne peuvent pas le faire en prenant leur iPhone et en posant une question à une personne qui pourrait leur répondre d’Inde en ayant été engagée le matin même et sans formation. Cette situation donne donc un avantage aux banques privées qui ont construit un capital de confiance qu’elles ont tout intérêt à non seulement maintenir, mais aussi à développer.

Des coûts substantiels non-récurrents, tel que des amendes ou des litiges, pèsent sur certains établissements. L’accroissement de la réglementation et l’augmentation de la transparence des prestations, en revanche, se conjuguent pour réduire durablement et significativement les marges. Quelles sont les pistes envisageables afin de restaurer à la fois la confiance et les marges, tout en conservant ou en augmentant les parts de marché ?

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physique. Cet élément est déterminant pour la clientèle étrangère car il permet la communication écrite (courriel), visuelle ou verbale (conférence à distance) accélérée. Le contact physique devient moins fréquent, voire accessoire. Dans ce contexte, un contrat de prestation de services précisant la fréquence des contacts, le type et la fréquence des conseils, les informations financières et les prestations diverses auxquelles le client a accès autorise une meilleure maîtrise des marges. La qualité du service offert par les établissements suisses n’est pas en cause.

La première piste consiste à détecter les grandes zones géographiques où la croissance de la richesse investie en actifs financiers sera au rendez-vous. L’Europe de l’Ouest, l’Amérique du Nord et le Japon, qui représentent actuellement 68 % du marché mondial, devraient connaître une croissance modeste de 3.3 % par an d’ici 2018 251. La zone Asie Pacifique (hors Japon) retiendra l’attention avec une croissance de 10.5 %. C’est la raison pour laquelle de nombreux acteurs sont déjà présents dans la région. La consolidation, voire l’accroissement des parts de marchés, aura lieu dans un univers très concurrentiel. Toutefois, il est à noter que ces marchés restent d’un accès difficile pour les établissements de petite taille. En Europe, le challenge est de garder les clients étrangers après la disparition du secret bancaire, le tout dans un contexte de marges réduites. La richesse financière off-shore gérée en Suisse s’élevait à 2 300 milliards USD en 2013, dont une part significative détenue par des résidents européens. Quel sera ce montant à l’avenir ?

En revanche, il reste à en convaincre la clientèle internationale qui, jusqu’à présent, avait les yeux rivés sur le secret bancaire.

Pour atteindre ces objectifs, la qualité du service est déterminante. Outre la confiance et la discrétion qui ont longtemps été les piliers de cette activité, la principale composante est la capacité à définir la politique d’investissement adéquate aux besoins du client qui, eux-mêmes, sont susceptibles d’évoluer au cours du temps. Les exigences de transparence, tant sur les caractéristiques des produits vendus que sur les coûts supportés par le client (commissions diverses) passent par la définition d’un modèle structuré d’allocation d’actifs qui ne comprend pas forcément des produits à haute marge. En effet, la recherche académique a montré que, à l’intérieur d’une classe d’actifs, il est très difficile de battre un indice de référence. Comment concilier ces objectifs antagonistes ? La réponse passe par une segmentation de la clientèle et une offre de service adaptée. Elle repose aussi sur une standardisation des procédures et une amélioration des technologies, dont le développement d’outils internet, en particulier pour les établissements plus petits. En effet, l’accès aisé à une plateforme électronique supprime la distance

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des causes qui n’ont rien à voir avec la Suisse, l’image mondiale du secteur bancaire n’est plus ce qu’elle était, notamment en raison de la crise économique, des scandales financiers et des rémunérations parfois exagérées des dirigeants. En second lieu, en emmenant dans leur giron un certain nombre de politiciens, les associations représentant les milieux bancaires ont commis une erreur historique en refusant de négocier l’abandon du secret bancaire contre l’accès à la libre circulation des services financiers et en s’entêtant dans la politique des accords Rubik. En faisant la politique de l’autruche, elles ont privilégié le court terme par une politique basée sur l’idée que chaque année gagnée était une année de bénéfice gagnée. Troisièmement, les milieux bancaires font preuve d’un grave déficit en matière de communication. En effet, alors qu’ils disent aujourd’hui exactement le contraire de ce qu’ils affirmaient avec la même assurance hier, ils sont incapables de reconnaître qu’ils se sont trompés. Ils se bornent à affirmer que leurs positions sont les mêmes, mais que seules les circonstances se sont modifiées. Enfin, le fait que le monde bancaire semble militer actuellement en faveur de l’abandon du secret bancaire pour les résidents helvétiques, crée un profond malaise. Alors que durant des années, les banquiers ont affirmé que la vraie raison du secret bancaire n’avait rien à voir avec la fiscalité, mais avec la protection de la sphère privée, le citoyen suisse a de la peine à comprendre pourquoi le secret bancaire serait abandonné à l’heure où Kafka semble être un enfant de chœur et où, de toute manière, les banques helvétiques ne voudront ou ne pourront légalement plus gérer de l’argent non déclaré.

BANQUES ET POLITIQUE : UNE RELATION À RECONSTRUIRE Philippe Kenel, avocat La place financière helvétique a besoin du monde politique suisse pour lui garantir des conditions-cadres attractives, aussi bien sur le plan interne qu’international, et la politique helvétique ne peut pas être déconnectée de l’un des secteurs économiques les plus importants pour notre pays. Durant de nombreuses années, cette relation reposait sur deux piliers : la grande majorité de nos concitoyens de notre pays et de nos élus considérait que ce qui était bon pour les banques helvétiques était bon pour la Suisse ; les milieux bancaires pouvaient compter sur un soutien sans faille de la part des partis de droite et du centre.

Dans ces circonstances, vu notamment qu’un divorce serait très nuisible, il est important que le couple politico-bancaire se reprenne en main. Pour ce faire, nous proposons d’agir sur les axes suivants. Tout d’abord, il est important de recréer un climat de confiance entre les milieux bancaires et les partis de droite et du centre. En second lieu, pour que les parlementaires issus de ces derniers puissent être leurs pourparlers et que

Or, si l’on fait le bilan de ces dernières années des relations politico-bancaires, il y a lieu de constater qu’il est négatif. En effet, le citoyen suisse ne s’assimile absolument plus avec ses banques et ces dernières n’ont plus de réels relais politiques. Les causes de la détérioration de ces relations sont les suivantes. Premièrement, et celles-ci sont

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les citoyens les comprennent, il est fondamental que les milieux bancaires expliquent leur nouvelle politique et reconnaissent les erreurs qu’ils ont pu commettre par le passé. Enfin, et ceci ne concerne pas uniquement les milieux bancaires, mais les entreprises de manière générale, il est important qu’elles interviennent dans le débat politique non seulement pour défendre leurs propres intérêts, mais également pour préserver un modèle de société. En effet, comme le témoigne l’acceptation de l’initiative Minder ou celle « contre l’immigration de masse », leurs conditions-cadres peuvent être affectées par des décisions politiques s’inscrivant dans un cadre beaucoup plus large que le secteur auquel elles appartiennent. Rétablir un climat de confiance entre les milieux bancaires, les politiciens de droite et du centre et les citoyens serait bon pour les banques et pour la Suisse.

VERS LE « FRIEND OFFICE » Xavier Comtesse, directeur du Swiss Creative Center Dans 20 ans, la banque privée sera soit meilleure, soit aura tout simplement disparu ! Ce n’est ni une provocation, ni une affirmation en l’air. C’est un constat sur la transition sociétale globale qui envahit chaque jour un peu plus notre quotidien et façonne la manière dont les entreprises font des affaires. En effet, ce qui va caractériser les décennies à venir : c’est la montée en puissance du client dans la chaîne de valeur. Cela signifie que le client n’est plus roi mais au boulot, incité à participer ! En lui offrant un environnement complet, global et systématique que l’on appelle désormais : écosystème... les entreprises entraînent les clients dans une toute nouvelle relation de production et de consommation. Ni pur consommateur, ni pur producteur le client devient en quelque sorte : ConsommActeur ! Grâce à l’évolution des écosystèmes que l’on retrouve massivement sous la forme de plateformes Internet et donc algorithmiques, les entreprises

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les réseaux sociaux. On partagera dans le futur nos informations et nos commentaires. On appartiendra ensemble à des réseaux sociaux fermés formant de manière participative un écosystème d’acteurs engagés.

favorisent désormais une collaboration étroite avec le client. Réseaux sociaux, Data Mining, Apps Mobile, etc. tels sont les nouveaux outils de la montée en puissance de la société participative. On pourrait même parler d’économie directe en se référant au système politique suisse de la démocratie directe.

La banque va donc connaître une révolution plus humaine que technologique, car celle-ci deviendra en quelque sorte transparente. Ainsi mon banquier / gestionnaire sera un ami visible sur ma montre connectée, sur mon téléphone intelligent et encore un peu sur mon computer personnel. Ce changement dans l’omniprésence assistée sera la base du rapport futur entre client et gestion patrimoniale. C’est une véritable révolution bancaire car le client va virtuellement entrer dans la banque au plus profond de son fonctionnement. Le « front office » et le « back office » s’effaceront ainsi pour un « friend office » très participatif.

La banque privée connaîtra elle aussi sa révolution digitale ou algorithmique et à l’instar des start-ups californiennes de la « FinTech », elle devra s’attaquer au véritable stress des clients. Ainsi, elle devra résoudre les trois principales angoisses auxquelles ses clients sont le plus souvent confrontés aujourd’hui à savoir : (1) à combien s’élèvent les frais de gestion ? (2) de quelle performance parle-t-on et (3) est-ce que le gestionnaire qui s’occupe aujourd’hui de moi sera-t-il encore avec moi demain ? Actuellement, on ne sait pas combien cela va coûter, combien cela va rapporter et qui va gérer mon dossier dans le futur.

Cette vision est certainement aujourd’hui encore très avant-gardiste... mais pour combien de temps... moins de 20 ans certainement.

Un peu à la manière d’Uber ou Apple, les banques privées de demain offriront des systèmes algorithmiques qui vont clarifier ces problématiques. C’est essentiel et même vital car toutes les entreprises dans le monde vont évoluer dans des écosystèmes clients totalement renouvelés dont on a encore de nos jours, juste une vague idée. Esquissons ici rapidement à quoi pourrait bien ressembler ma banque privée de demain : D’abord, les services bancaires seront facturés sous forme d’abonnement à prix fixe avec bien sûr catégorisés selon les différents profils des clients. La facturation à l’intervention sera abandonnée car trop incertaine pour ce dernier. Celui-ci préférera payer pour une formule ou une autre de type « all included ». Ensuite, la performance sera garantie « up front » car l’offre bancaire sera en compétition avec des entreprises du genre « FinTech » sur Internet beaucoup moins chères et qui garantiront un retour sur investissement à taux fixe. Enfin, le gestionnaire sera mon fidèle ami financier. Je serai en réseau avec lui et je pourrai suivre ses blogs et autres interventions sur

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• Airbnb ne possède aucun actif immobilier, et c’est pourtant le premier fournisseur mondial de logements. • Alibaba n’a aucun stock, mais c’est le distribu teur le plus valorisé en bourse à l’échelle mondiale. • Facebook ne crée aucun contenu, mais c’est aujourd’hui la société de communication la plus prospère au monde. • Uber ne possède aucun véhicule, et c’est le No 1 mondial des taxis. Ces entreprises ont des masses de données qui créent des places de marché efficientes, abaissent les coûts et permettent à « ceux qui ont » et à « ceux qui veulent » de se rencontrer. Elles n’ont aucun besoin de véhicules, d’hôtels, de stocks ou même de contenu – elles ont des données. Des entreprises qui n’existent même pas encore aujourd’hui vont très certainement bouleverser de nombreux autres secteurs dans les années à venir.

TECHNOLOGIE ET BANQUE PRIVÉE DE DEMAIN

D’autres secteurs d’activité sont eux aussi en pleine restructuration : les arts, l’éducation, les soins de santé, l’assurance, les services juridiques, l’immobilier, et… la finance. Le secteur financier tout entier va connaître une reconfiguration totale avec la multiplication de produits innovants et de nouvelles places de marché conjuguant coûts de transaction faibles et informations instantanées.

Erik Wachtmeister, fondateur et CEO des réseaux sociaux A Small World et Best of All Worlds • Quel rôle les technologies joueront-elles dans la banque privée et quel impact auront-elles ? • Que deviendra le service dans une société axée sur les technologies ? • Dans quelle mesure les réseaux sociaux remplaceront-ils les banquiers privés ?

Les banquiers privés ne sont peut-être pas capables de proposer des produits financiers émergents comme Bitcoin, des opportunités de financement participatif, des investissements avec procédures allégées au titre du « Regulation A » américain, des projets financés via la plateforme participative Kickstarter, des prêts P2P ou le soutien de business angels.

Pour répondre à ces questions, je pense qu’il est important de prendre un peu de recul et d’observer ce qui se passe aujourd’hui. La révolution en ligne qui est en marche depuis 15 ans bouleverse la plupart des secteurs de l’économie.

Les nouveaux acteurs qui automatisent les coûteux services de conseil en investissement pourraient bientôt bouleverser eux aussi le secteur des services financiers. Les banquiers privés doivent répondre directement aux besoins et aux attentes de transparence, de disponibilité de l’information et d’instruments financiers innovants. Les investisseurs

Des secteurs d’activité qui, traditionnellement, n’étaient pas technologiques sont totalement déstabilisés par de nouvelles plateformes et des entreprises centrées sur les données et les technologies. Les médias, les transports, la distribution et l’hôtellerie en sont une parfaite illustration :

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En général, nous nous efforçons d’attirer ceux qui ont une expertise particulière et qui ont des antécédents et des passions à partager avec les autres dans leur domaine. Nous nous sentons plus à l’aise avec ceux que nous connaissons directement, ou indirectement, ou dont nous avons entendu parler. La « puissance des liens faibles » réside paradoxalement dans le pouvoir des liens de second degré, qui peuvent exercer une influence forte et souvent plus profonde que les contacts immédiats. Il en va de même des investissements, où il est fréquent que deux degrés seulement vous séparent d’opportunités formidables, et une plateforme de découverte peut vous permettre de trouver ces opportunités. Best of All Worlds entend recréer un environnement qui existe dans le monde réel, comme les country clubs ou les cercles privés, ou même les réceptions privées ou votre salle à manger. Nous suscitons un comportement humain qui n’a pas encore atteint le monde virtuel. Autrement dit, nous permettons la découverte continue et plus efficace d’informations pertinentes. Ces communautés n’ont pas besoin d’être ouvertes à tous et peuvent, comme les banques privées, gagner en attractivité si elles sont discrètes, privées et exclusives. Pour rester compétitives, les banques privées doivent s’adapter rapidement et se transformer en même temps que la révolution numérique.

peuvent aisément accéder au big data avec des informations automatisées sur les rendements attendus en fonction du profil de risques, offrant des opportunités plus conformes aux préférences individuelles. Jusqu’ici, les avantages concurrentiels d’une banque privée étaient sa réputation, l’image de sécurité véhiculée par sa marque, sa discrétion et son service sans égal. Ayant moi-même été banquier pendant les 25 premières années de ma carrière, j’ai consacré les dix dernières à bouleverser notre rapport à ce que nous savons les uns des autres dans de nombreuses disciplines. J’ai fondé Best of All Worlds (BOAW.com) pour créer une plateforme communautaire mondiale vivante, qui capte les 1 % au sommet de la population en ligne. Nous répondons aux besoins de personnes de formation supérieure qui sont des battants, des esprits novateurs et qui se passionnent pour beaucoup de choses. Il s’agit simplement de refléter la vraie vie et de s’intéresser à notre avenir plutôt qu’au passé des autres. Les médias sociaux sont aujourd’hui dominés par des fils d’actualité passéistes et pétris de vanité. Nous développons une plateforme à laquelle les individus peuvent se connecter et réfléchir à ce qu’ils veulent faire, et avec qui, au lieu de penser aux opportunités manquées et de vivre par procuration.

Aucun secteur n’est à l’abri des bouleversements, et certainement pas ceux qui comptent sur des données et des informations fiables sous quelque forme que ce soit. Les établissements financiers ont besoin de recruter des talents qui connaissent le secteur des services financiers, mais sont aussi des experts du paysage numérique, maîtrisent parfaitement tous ses outils et peuvent impulser le changement plus vite que leurs concurrents.

Je suis convaincu qu’un jour, nous disposerons de moyens bien plus organisés pour exploiter l’information que les moyens fortuits et sans structure d’aujourd’hui. En connectant des milliers d’individus bien informés et experts de leur secteur, il sera bien plus facile de trouver des informations et des conseils plus efficaces et, surtout, plus fiables – et cela aussi bien dans les arts que dans le divertissement, les soins de santé, les services juridiques, l’immobilier ou les services financiers. Des opportunités intéressantes se font jour dans tous ces domaines lorsqu’on combine l’accès au big data à des connexions de qualité dans un environnement de confiance.

La marque et la confiance sont les clés de voûte de la banque privée. Pour rester compétitif, il est tout aussi important d’avoir une stratégie numérique soigneusement définie et bien exécutée, qui propose aux clients de la banque le meilleur de ce que le monde en ligne et le monde traditionnel ont à offrir.

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matière d’échange automatique d’information ont créé un nouveau paradigme. Ce qui a fait le succès de nos banques n’a pas disparu du jour au lendemain. Nous ne devons jamais oublier que nous devons à nos financiers l’esprit qui a fondé la Suisse de 1848. Sans eux, la Suisse ne serait jamais devenue une nation industrielle, n’aurait jamais quitté ses racines alpines. Mais, telle l’horlogerie dans les années 70, il est l’heure des choix, pour trouver un nouveau paradigme plus en phase avec le moment et les marchés. Le savoir-faire demeure et le secret bancaire apparaîtra sans doute, aussi enraciné qu’il ait pu être, comme un élément secondaire du succès suisse. Si revenir aux compétences essentielles est nécessaire, se réinventer est probablement incontournable.

LA BANQUE PRIVÉE DU FUTUR, ATOUT DE L’IMAGE DE LA SUISSE

La Suisse a toujours su s’adapter. Et puis la Suisse a toujours su innover. L’innovation est notre carte à jouer, y compris, voire même surtout, dans le secteur bancaire. Nous avons peut-être besoin d’un beau projet, d’un Solar Impulse bancaire. Pourquoi pas dans le domaine de la protection des données ? Fondamentalement libérale, la question constitue aujourd’hui un énorme enjeu. Et le secteur bancaire suisse, notamment les banques privées, peut se profiler sur ce sujet. Notre expertise en matière de gestion de fortune peut être diversifiée par exemple dans le stockage des données et dans le big data.

Nicolas Bideau, ambassadeur et directeur de Présence suisse Chocolat / innovation – montagne / propreté – horlogerie / précision – fromage / tradition – banque / stabilité : l’image de la Suisse s’est construite sur des produits reflétant des valeurs qui nous sont associées. Si bien sûr cette énumération non exhaustive relève partiellement du cliché, elle incarne en fait le Sonderfall helvétique. Parmi les vecteurs d’image de notre pays, la place financière a joué et joue un rôle capital. Capital, mais différencié selon les époques. Autant le sérieux et la confiance de nos institutions bancaires ont fortement contribué à forger à l’étranger une image forte et solide depuis le milieu du xixe siècle, autant la lutte globale contre les excès du système financier international a fragilisé la position de la Suisse lors des deux dernières décennies. L’image de la Suisse, étroitement liée à celle de son secteur bancaire, souffre des « affaires fiscales » auxquelles les médias l’associent. Mais les efforts d’adaptation de la Confédération et de sa place financière aux normes internationales en

Nous avons besoin d’un secteur bancaire privé fort et dynamique. Sans lui, la Suisse ne serait pas ce qu’elle est et ne pourrait relever le pari de la prospérité d’aujourd’hui et de demain. L’image d’une Suisse sûre, digne de confiance, fidèle à ses valeurs : voilà ce qui permet d’aller de l’avant. Cette image est le fruit de notre travail, de notre capacité d’adaptation et d’innovation. Avec cette philosophie, nous pouvons regarder sereinement vers l’avenir. La Suisse du futur a besoin de la banque privée du futur.

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NOTES

1 | QUELQUES RAPPELS HISTORIQUES 8. De Vries Jan & van der Woude Adrianus Maria, The First Modern Economy. Success, Failure, and Perseverance of the Ducht Economy, 1500-1815. Cambridge : edit 1997.

1. Banque Bonhôte & Cie SA. Conception Jean-Bernard Maeder. 1999. 2. Sur les indiennes, voir les livres de Evard Maurice (Périple au pays des indiennes, Chézard-Saint-Martin : Editions de la La Chatière, 2002 ; Odyssée aux confins de l’indiennage, Chézard-Saint-Martin : Editions de la Chatière, 2013), Berthoud Dorette (Les indiennes neuchâteloises, Boudry : La Baconnière, 1951) et Dreyer Alice (Les toiles peintes en pays neuchâtelois, Neuchâtel : Delachaux & Niestlé, 1923).

9. Vivien Jean-Louis Isaac, Les familles du refuge en pays neuchâtelois. Paris : Fischbacher, 1900. 10. Roulet Louis-Edouard, David de Pury. Hauterive : Attinger, 1986. 11. Voir à ce propos Petitpierre Alphonse, Un demisiècle ­d’histoire économique de Neuchâtel, 1791-1848. Neuchâtel : Sandoz, 1871 ; Evard Maurice, Périples au pays des indiennes. Chézard-Saint-Martin : La Chatière, 2002 ; Le pays de Neuchâtel et son patrimoine horloger. Chézard-Saint-Martin : La Chatière, 2008. Histoire du Pays de Neuchâtel, tome II, de la Réforme à 1815. Hauterive : Attinger, 1991.

3. Allanfranchini Patrice, Neuchâtel 1642-1942, trois siècles d’iconographie. Chézard-Saint-Martin : La Chatière, 2005. 4. Juillerat Anne-Laure, Piguet Claire & Jelmini JeanPierre, DuPeyrou, un homme et son hôtel. Fleurier : Editions du Belvédère, 2011.

12.

5. Voir le site chateaudeboudry.ch [consulté en décembre 2014]. 6.

AEN Archives de Montmollin, dossier 124-10.

13. Grosjean Christiane et Carlos, Contribution à l’histoire du Château d’Auvernier. Chez les auteurs. 1996. Son fils Jean (1686-1751), anobli baron par le roi de Prusse, reprend la banque de son père tout en devenant ministre du roi de Prusse en France.

AEN Archives de Montmollin, dossiers 184-3.

7. Cassis Youssef, Les Capitales du capital. Histoire des places financières internationales, 1780-2005. Genève : Editions Slatkine, 2005.

14.

AEN Archives de Montmollin, dossiers 184-3, 201-01.

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NOTES

15. AEN Archives de Montmollin, dossier 184-3, et Allanfranchini P., Une société d’exportation de vins en Hollande et en Angleterre. In press.

18. Voir à ce propos Allanfranchini Patrice & Girardbille Olivier, Neuchâtel et ses anciennes corporations. Le Locle : Gasser, 2012.

16. Pauchet Louis-Victor, « Notes à partir de six lettres de Charles & Théophile Cazenove ou les palinodies de deux négociants huguenots ». In historiettes.wordpress.com [consulté en septembre 2013].

19. Voir à ce propos J e l m i n i Jean-Pierre, 12 septembre 1814… et Neuchâtel devint suisse. 1989.

17. Par exemple, les Biographies neuchâteloises, Editions Attinger, en cinq tomes dès 1996.

2 | DES NEUCHÂTELOIS BANQUIERS 20. Lüthy Herbert, La banque protestante en France de la Révolution à l’Edit de Nantes. Paris : edit, 1961.

du Portugal. David de Pury l’a rencontré à Londres où le marquis était ambassadeur.

21. Rougemont Yves et Denise de, La famille Rougemont de Saint-Aubin et Neuchâtel. Hauterive : Attinger, 2012. Ces auteurs consacrent un long article à la banque française (p. 105-130) ainsi qu’à celle de Londres (p. 135-144).

28. Une liste des principaux objets réalisés grâce à cet héritage est donnée dans l’article : Roulet Louis-Edouard, « David de Pury homme politique (1709-1786) », in Biographies neuchâteloises. De saint Guillaume à la fin des Lumières. Hauterive : Attinger, 1996.

22. Jequier François, « Denis de Rougemont de Löwenberg, banquier (1759-1839) », in Biographies neuchâteloises. Des Lumières à la Révolution. Hauterive : Attinger, 1998.

29. Voir à son propos : Jequier François, « JacquesLouis de Pourtalès, négociant-banquier (1722-1814) », in Biographies neuchâteloises. De saint Guillaume à la fin des Lumières. Hauterive : Attinger, 1996. Mais aussi : Malzac Louis, Les Pourtalès : histoire d’une famille huguenote des Cévennes, 1500-1860. Paris : edit, 1914 ; Caspard Pierre, La fabrique-Neuve de Cortaillod, 1752-1854 : entreprise et profit pendant la révolution industrielle. Paris : edit, 1979 ; Bergeron Louis, « Pourtalès & Cie (1753-1808) », in Annales E.S.C., 2, 1970, p. 498-517 ; Jequier François, « Industriels, négociants et banquiers neuchâtelois », in Les grandes heures des banquiers suisses. Vers une histoire de la banque helvétique du xve siècle à nos jours, sous la direction de Louis H. Mottet, Neuchâtel : edit, 1986, p. 125-140.

23. Sur Perregaux, on peut consulter de nombreux sites internet et surtout les ouvrages de : Barrelet Jean-Marc, Jean-Frédéric Perregaux (1744-1808), banquier neuchâtelois à Paris. Université de Neuchâtel, 2000 ; Lhomer Jean, Le banquier Perregaux et sa fille la duchesse de Raguse. Paris : Cornuau, 1926 ; Szramkiewicz Romuald, Les régents et censeurs de la Banque de France nommés sous le Consulat et l’Empire. Genève : Droz, 1974 ; Lüthy Herbert, La banque protestante en France de la Révolution à l’Edit de Nantes. Paris : edit, 1961. 24. A plusieurs reprises, Talleyrand montre qu’il entretient des rapports suivis avec Perregaux. Voir les Extraits des mémoires du prince de Talleyrand-Perigord : ancien évêque d’Autun… par Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord, Paris : Lamothe-Langon edit, 1839.

30. « Jeanneret et Bonhôte ». Biographies neuchâteloises. Le Locle, 1863. Tome 2, p. 229. 31. Allanfranchini Patrice, Pourtalès : un hôpital au service d’une fondation, 1808-2008. Hauterive : Attinger, 2008.

25. A propos de David de Pury, voir Roulet LouisEdouard, « David de Pury homme politique (1709-1786) », in Biographies neuchâteloises. De Saint Guillaume à la fin des Lumières. Hauterive : Attinger, 1996. Mais aussi Courvoisier Jean, Guinand Jean, Rougemont Denise de, Roulet LouisEdouard, Serrao Joaquim Verissimo, David de Pury, 17091786. Hauterive : Attinger, 1986.

32. S chmidt -S urdez Maryse, «  Paul-Louis-Auguste Coulon, négociant, fondateur et premier directeur de la Caisse d’Epargne de Neuchâtel (1877-1855) », in Biographies neuchâteloises, Des Lumières à la Révolution. Hauterive : Attinger, 1998.

26. A propos de Jean-Pierre Pury, voir Roulet LouisEdouard, « Jean-Pierre Pury explorateur (1675-1736) », in Biographies neuchâteloises. De saint Guillaume à la fin des Lumières. Hauterive : Attinger, 1996.

33. Godet Philippe, La Caisse d’Epargne de Neuchâtel, 1812-1912. Neuchâtel : Attinger frères, 1912. 34. Henry Philippe, « Georges de Montmollin, homme d’Etat (1628-1703) », in Biographies neuchâteloises. De saint Guillaume à la fin des Lumières. Hauterive : Attinger, 1996.

27. Sebastião José de Carvalho e Melo, comte d’Oeiras, marquis de Pombal (13 mai 1699-8 mai 1782) est un homme politique portugais. Sa personnalité et des circonstances exceptionnelles ont fait de ce simple secrétaire d’Etat l’un des hommes politiques les plus importants dans l’histoire

35.

AEN Archives de Montmollin, dossier 239-01.

36. Allanfranchini Patrice, Etude du rendement dans le vignoble neuchâtelois au xviie siècle et des principaux

205

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2 0 0 A N S À F A Ç O N N E R L’ A V E N I R | 1 8 1 5  –  2 0 1 5

43. Scheurer H., « Etude prosopographique de familles neuchâteloises actives dans l’industrie horlogère », in www. sngenealogie.ch/…/bul_16_etude_prosopographique_de_ familles_… [consulté en septembre 2013].

accidents météorologiques se répercutant sur la production, Mémoire dactylographié. Université de Neuchâtel, 1979. 37.

AEN Archives de Montmollin, 179.

38.

AEN Archives de Montmollin, 124-10.

44. Banque O.B.C., Odier, Bungener, Courvoisier. Paris : Calmann-Levy, 1987.

39. Berthoud Dorette, Les indiennes neuchâteloises. Neuchâtel : edit, 1953. 40.

45. Cassis Youssef, Les Capitales du capital. Histoire des places financières internationales, 1780-2005. Genève : Editions Slatkine, 2005.

AEN Archives de Montmollin, 135-03.

41. AEN Archives de Montmollin, 21. Affaire Commerciale à Marseille, Bateau le Prophète Jonas, 1715-1727. 42. Lescure Michel & Plessis Alain, Banques locales et banques régionales en Europe au xxe siècle. Paris : Albin Michel, 1999.

3 | NEUCHÂTEL ET LE RÉGIME BERTHIER 46. Voir Barrelet Jean-Marc, « L’influence de la Révolution française sur les conceptions constitutionnelles en Pays de Neuchâtel, 1789-1793 », Musée neuchâtelois, 2002, p. 193-213.

52.

Idem note 49.

47. Voir Courvoisier Jean, Le maréchal Berthier et sa principauté (1806-1814). Neuchâtel : Société ­d’histoire et d’archéologie, 1959.

54. Candolle Alphonse de, « Recherche sur l’origine de l’institution des Caisses d’Epargne », in Bibliothèque universelle de Genève, Nouvelle série, tome cinquième. Genève : Glaser, 1836.

53. Graphique construit à partir de données tirées du dossier A-34 des archives Boyve (AEN) dû à Alphonse de Coulon.

48. Courvoisier Jean, « Neuchâtel sous l’occupation française, A propos de la vente des marchandises anglaises saisies à Neuchâtel en 1806 », Musée neuchâtelois, 1956, p. 281-284.

55. Voir à ce propos Godet Philippe, La Caisse d’Epargne de Neuchâtel. Neuchâtel : edit, 1912. 56. Sur ce bâtiment : Allanfranchini, Patrice, L’ANCIEN BÂTIMENT DU CRÉDIT FONCIER Rue du Môle No 2. Etude historique dactylographiée, 1999.

49. Voir à ce propos : Callet-Mollin V., « Des marchandises anglaises à Neuchâtel », in Images du patrimoine. www.imagesdupatrimoine.ch/…/des-marchandises-anglaises-a-neuchatel…. [consulté en septembre 2013].

57. Voir sur l’histoire de la BCN : Bonhôte Daniel, Histoire d’une banque : La Banque cantonale neuchâteloise 18831983. La Chaux-de-Fonds : edit, 1982 ; et sur le bâtiment de la place Pury : Allanfranchini Patrice, L’Hôtel du MontBlanc ou le Siège de la Banque cantonale neuchâteloise à Neuchâtel. Etude historique dactylographiée, 1993.

50. Sur l’histoire des réseaux routiers neuchâtelois : Les chemins historiques du canton de Neuchâtel – IVS Inventar … ivs.sylon.net/fileadmin/user_upload/pdf/…/NE_ via_100opt.pdf [consulté en janvier 2014]. 51. Histoire du Conseil d’Etat neuchâtelois – Canton de Neuchâtel. www.ne.ch/neat/documents/emploi/…1472/…/ HistoireCE2008.pdf [consulté en janvier 2014].

4 | LA FAMILLE PETITMAÎTRE, DES BOURGEOIS DE LA NEUVEVILLE 58. Clottu Olivier, « Les Confréries de La Neuveville, leurs patrons, leurs emblèmes », in Intervalles, Revue culturelle du Jura bernois et de Bienne, No 21, juin 1988.

60. Voir à ce propos les chroniques de Marius Fallet in La Fédération horlogère, La Chaux-de-Fonds. 61. Archives de la Feuille d’Avis de Neuchâtel [F.A.] consultable en ligne sur le site. Rubrique de recherche : Petitmaître F.A. 01.07.1824.

59. Harsch Jean, « Les notaires à La Neuveville aux xve et xvie siècles », in Intervalles, Revue culturelle du Jura bernois et de Bienne, No 21, juin 1988.

206

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NOTES

92.

62. Quartier La Tente Ed., Les familles bourgeoises. Neuchâtel : edit, 1903.

93. Courvoisier Jean, Les monuments d’art et ­d’histoire de la Suisse, Canton de Neuchâtel I. Bâle : Birkhäuser, 1955, p. 337 : « Les frères Auguste et Frédéric Jeanjaquet, acquéreurs de cette parcelle, soumirent donc leurs plans de construction au Conseil, en août 1837. En dépit des observations de l’architecte JAMES COLIN, la commission des Travaux publics maintint son exigence d’une hauteur de 15 pieds 3 pouces (5 m 77) pour le cordon du premier étage. Abaisser ce niveau aurait empêché de construire des caves sous les autres maisons de l’îlot. Avant la fin de 1841, échéance du délai imposé pour la construction, la maison était achevée. Elle a trois étages de sept hautes fenêtres. »

63. F.A. 19.11.1818. 64. Le pot de Berne a une capacité de 1,5 litre alors que celui de Neuchâtel équivaut à 1,81 litre. 65. F.A. 22.04.1819. 66. F.A. 09.12.1819. 67. F.A. 22.06.1820. 68. Voir Allanfranchini Patrice, Neuchâtel 1642-1942, trois siècles d’iconographie. Chézard-Saint-Martin : La Chatière, 2005. 69.

F.A. 03.01.1822.

70.

F.A. 24.04.1823.

71.

F.A. 04.09.1823.

72.

F.A. 18.03.1824.

73.

F.A. 18.03.1824.

74.

F.A. 01.07.1824.

75.

F.A. 06.07.1826.

94.

F.A. 28.10.1824.

78.

F.A. 28.10.1824.

79.

F.A. 18.08.1825.

F.A. 03.06.1887.

95. Etat civil : fichiers Petitmaître (Mariage et décès -> 1824 ; naissances -> 1855).

76. Courvoisier Jean, dans NAVIGATION 1972 : 22-23. 77.

F.A. 15.07.1848.

96.

F.A. 31.05.1838.

97.

F.A. 12.08.1841.

98.

F.A. 03.08.1843.

99.

F.A. 11.01.1843.

100. F.A. 12.02.1845. 101. F.A. 05.06.1845. 102. F.A. 19.07.1855. Ce sont donc des liens familiaux qui permettent aux Petitmaître de s’installer dans cette maison de la rue du Bassin.

80. Favarger Philippe, La noble et vertueuse Compagnie des Marchands de Neuchâtel. Neuchâtel : Wolfrath & Sperlé, 1913. Colin y est cité comme banquier accepté membre en 1799.

103. Ritter William, Edmond de Pury. Genève : Boissonnas et Société anonyme des arts graphiques, 1913.

81.

F.A. 25.08.1825.

82.

F.A. 22.09.1825.

105. F.A. 26.05.1859.

83.

F.A. 27.10 et 10.11.1825.

84.

F.A. 20.04.1830.

85.

F.A. 01.07.1830.

86.

AVN MCV No 35 1830-1838.

104. F.A. 16.12.1858. 106. F.A. 06.09.1860. 107. F.A. 25.09.1861. 108. F.A. 09.09.1863. 109. F.A. 13.07.1861. 110. F.A. 14.12.1870.

87. (roulet-GeneaNet gw.geneanet.org/marquina1 ?lang= fr&m=N&v=ROULET) [consulté en mars 2014].

111. AVN Série Impôts municipaux : années 1869 et 1873. 112. Voir Chanut Jean-Marie, Heffer Jean, Mairesse Jacques, Postel-Vinay Gilles, « Les disparités de salaires en France au xixe siècle ». in Histoire & Mesure 1995, volume 10, No 3-4, p. 381-409. Voir aussi : Enquête agricole, canton de Sancoins (1852).

88. Voir à son propos : Fleischner Fiona, David Roulet-Py, un paysan-vigneron de Peseux. D’après ses écrits personnels (1781-1828). Mémoire de licence. Neuchâtel, 2008. 89. Citons à titre d’exemple le mariage entre Rose Marie Bonhôte (1695-1718 & David Roulet (†1760) ou celui de Marie Magdelaine Bonhôte (1769-1840) & David Roulet Py (1761-1832).

113. MVV liste des propriétaires de vignes devant taxe pour la brévarderie. Manuscrit établi par ordre du Conseil municipal du 26 décembre 1857.

90. F.A. 11.08.1866. Petitmaître a-t-il collaboré avec eux ? On peut le supposer.

114. F.A. 23.05.1874. 115. F.A. 03.11.1860.

91. F.A. 25.11.1847. Eugène-Louis et Jean-Charles Jeanjaquet frères, bourgeois de Neuchâtel, se sont associés sous la raison Jeanjaquet frères, afin d’établir une maison à New York et à Neuchâtel, dont le siège principal est Neuchâtel, pour la consignation et l’exportation de marchandises en tous genres, société qui a commencé le 7 août 1847 pour finir le 6 août 1862. Donné au greffe de Neuchâtel, le 13 novembre 1847.

116. F.A. 27.09.1862. 117. F.A. 01.08.1863. 118. F.A. 15.06.1864. 119. F.A. 05.11.1864. 120. F.A. 21.06.1865. 121. F.A. 22.05.1869.

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2 0 0 A N S À F A Ç O N N E R L’ A V E N I R | 1 8 1 5  –  2 0 1 5

122. F.A. 18.06.1870.

137. F.A. 07.01.1885.

123. Allanfranchini Patrice, Les caves Châtenay-Bouvier ont deux cents ans. Plaquette publiée à l’occasion du bicentenaire de l’entreprise, 1996.

138. F.A. 04.07.1888. 139. F.A. 16.02.1891. 140. F.A. 26.08.1892 ; F.A. 08.05.1893.

124. F.A. 02.06.1902.

141. F.A. 03.01.1895.

125. F.A. 14.01.1885. 126. F.A. 14.07.1877.

142. Feuille officielle suisse du commerce (FOSC) 1895, p. 175.

127. F.A. 06.12.1877.

143. F.A. 03.10.1863.

128. F.A. 07.12.1880.

144. F.A. 17.09.1870.

129. F.A. 25.02.1882.

145. F.A. 22.11.1926.

130. Voir à ce propos ATF No 94. Arrêt du 25 novembre 1898 dans la cause Borel et consort contre Renaud et consorts.

146. F.A. 30.07.1870. 147. F.A. 11.01.1871. 148. F.A. 17.01.1872.

131. F.A. 30.03.1882.

149. F.A. 26.06.1879.

132. F.A. 29.06.1893.

150. F.A. 22.07.1879.

133. Notaire A. Wavre, 24 décembre 1892.

151. F.A. 27.07.1880.

134. Courvoisier J., Les monuments d’art et ­d’histoire de la Suisse, Canton de Neuchâtel I. Bâle : Birkhäuser, 1955, p. 388-389.

152. F.A. 24.06.1880. 153. F.A. 24.06.1882.

135. C. Matthey Messager boiteux 1954. 136. Voir à ce propos Attinger Claude, Brandt Christophe, Courvoisier Jean et Jelmini Jean-Pierre, Victor Attinger 1856-1927. Hauterive : Editions Gilles Attinger, 1999.

5 | DE LA BANQUE ANTENEN & BONHÔTE À LA BANQUE BONHÔTE & CIE 154. F.A. 17.07.1895.

168. Loi fédérale sur les banques et les caisses d’épargne (Loi sur les banques, LB) du 8 novembre 1934 (Etat le 1er janvier 2013), in www.admin.ch/ch/f/rs/9/952.0.CHFpdf [consulté en septembre 2013].

155. F.A. 15.05.1897. 156. F.A. 17.03.1897. 157. F.A. 19.10.1899.

169. Voir le site http ://www.swissprivatebankers.com/fr/ membres [consulté en septembre 2013].

158. F.A. 21.05.1900. 159. F.A. 23.03.1903.

170. Berthoud Jean, Neuchâtel, élément de la place financière suisse. Mémoire de licence. Université de Neuchâtel, 1984.

160. F.A. 25.07.1903. 161. F.A. 23.04.1904.

171. Banque créée en 1851 avec Alphonse Sandoz-Morel sous le nom de Sandoz et Berthoud, puis Berthoud & Cie, 1880.

162. F.A. 19.10.1903. 163. F.A. 23.12.1903. 164. F.A. 28.08.1929.

172. F.A. 20.07.1882.

165. Piguet Claire, « Neuchâtel », in INSA Inventaire suisse d’architecture, 1850-1920. Société de l’Histoire de l’Art en Suisse, 2000.

173. DHS, « Bonhôte », article de Myriam Volorio Perriard. 174. F.A. 24.07.1936, notice nécrologique. 175. Messager boiteux 1938, p. 46-47, notice nécrologique de Paul Bonhôte.

166. Voir le site http ://www.swissprivatebankers.com/fr/ membres [consulté en septembre 2013].

176. E vard Maurice, « Toiles peintes neuchâteloises. Techniques, commerce et délocalisation ». Nouvelle Revue neuchâteloise, No 89-90, 23e année, printemps-été 2006.

167. Woernie G., Les banquiers privés en Suisse. Bastion de la gestion de fortune. Genève : Wernlinia SA, 1978.

208

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NOTES

177. Messager boiteux 1938, p. 46-47, notice nécrologique de Paul Bonhôte.

câbleries de Cortaillod, pionnières à la fin du xixe siècle dans le transport de l’électricité et source importante de création d’emplois et de profit pour le canton de Neuchâtel.

178. Voir à propos de ce groupe : Cortat Alain, Un cartel parfait. Editions Alphil, 2009. Avec cette thèse de doctorat, Alain Cortat s’est penché en particulier sur l’histoire des

179. FA. 21.12.1988.

6 | LES ARCHIVES DE LA BANQUE 180. La Banque conserve dans son « musée » les livres de son activité depuis 1903 sans pour autant que toutes les pièces sont sérielles.

194. L’Impartial, 07.08.1931. Paul Bourquin. Il faudrait du calme pour mettre fin à la crise.

181. Allanfranchini Patrice, Le Château de Peseux. Etude historique dactylographiée. 2004. Accessible en ligne sur www.swisscastles.ch/Neuchatel/peseux.html [consulté en décembre 2013].

196. L’Impartial, 28.01.1932.

182. Officer Lawrence, Pricing Theory, Financing of International Organizations and Monetary History. London : Routledge Exploration in economic History, 2007.

199. F.A. 12.07.1932.

183. Giovanni Alberto, The Debate on Money in Europe. MIT Press, 1996.

201. Voir à ce propos Informations fiscales éditées par la Conférence suisse des Impôts. Historique septembre 2010 in www.admin.ch [consulté en avril 2014].

195. L’Impartial, 28.01.1932. 197. F.A. 07.03.1932. 198. F.A. 15.04.1932. 200. La Suisse libérale est le journal du parti éponyme neuchâtelois et a paru de 1881 à 1982.

184. Jordan. Inflation et politique monétaire de la Banque nationale suisse www.dievolkswirtschaft.ch/fr/ editions/201001/pdf/Jordan.pdf [consulté en avril 2014].

202. Cet impôt, qui devait avoir une durée de vie limitée, est toujours perçu sous la forme de l’impôt fédéral direct !

185. L’Impartial, 20.02.1922.

203. L’Impartial, 28.08.1943.

186. L’Impartial, 01.06.1922.

204. Organe fédéral qui est devenu aujourd’hui l’Office fédéral des statistiques (OFS).

187. L’Impartial, 01.06.1922.

205. Voir sur Gérard Bauer l’article du Dictionnaire historique de la Suisse in http ://www.hls-dhs-dss.ch/textes/f/ F14828.php

188. Albert Aftalion (1874-1956), économiste ; a notamment étudié le cycle des affaires et expliqué les crises de surproduction et des cycles économiques par un accroissement de la demande de biens d’investissement plus important que celle des biens de consommation. Il a ainsi mis en évidence l’effet accélérateur qui rend compte de la dynamique de surinvestissement en phase d’expansion (demande accrue) et de fort recul de l’investissement en phase de dépression (ralentissement de la demande). Il a également utilisé le rôle des anticipations des entrepreneurs pour critiquer la théorie quantitative de la monnaie.

206. Henri Brissot (1893-1969) est le fondateur de la Société française de Neuchâtel et de la Fraternité française de Neuchâtel. 207. F.A. 4.04.1921. 208. Voir Arrigo & Cie SA, plaquette du 100e anniversaire de l’entreprise, 1985, et le site actuel www.arrigo.ch. 209. F.A. 16.06.1964. 210. F.A. 25.06.1971.

189. Voir à ce propos le message du Conseil fédéral à l’Assemblée fédérale concernant l’aide de la Confédération au canton de Neuchâtel et à la banque cantonale du 13 septembre 1935 in http ://www.amtsdruckschriften.bar. admin.ch/viewOrigDoc.do ?id=10087678

211. Source : Enquête d’octobre 1949 par l’Office fédéral de l’industrie, des arts et métiers et du travail, publié dans « Message du Conseil fédéral à l’Assemblée fédérale sur les mesures propres à sauvegarder l’existence de l’industrie horlogère suisse », du 6 octobre 1950, Feuille fédérale 1959, vol. III : 65. Cité par Lachat Stéphanie, Les pionnières du temps. Vies professionnelles et familiales des ouvrières de l’industrie horlogère suisse (1870-1970), Neuchâtel : Editions Alphil, 2014.

190. L’Impartial, 19.12.1930. 191. Vuillème Jean-Bernard, Suchard, la fin des Pères. Hauterive : Attinger, 1993. 192. Bulletin financier suisse : revue économique et commerciale indépendante, Lausanne, Hebdomadaire, année 4 (1875)-année 110 (1983), fait suite au Bulletin suisse des fonds publics et des tirages, Lausanne.

212. Voir note 205. 213. OFS. Evolution des salaires 2010, in www.bfs.admin. ch/bfs/portal/fr/index/…/publ.Document.150279.pdf [consulté en avril 2014].

193. L’Impartial, 07.08.1931. Paul Bourquin. Il faudrait du calme pour mettre fin à la crise.

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2 0 0 A N S À F A Ç O N N E R L’ A V E N I R | 1 8 1 5  –  2 0 1 5

7 | LA BOURSE DE NEUCHÂTEL 214. F.A. 29.03.1980.

217. Archives BB Jean Berthoud c / o banque Prigest SA. Lettre aux membres de la bourse de Neuchâtel. 22 novembre 1990.

215. Ribaux Pierre, « Coup d’œil sur la bourse de Neuchâtel, cent vingt ans de transactions contribuant à l’essor de l’économie locale », in Bulletin officiel de la ville de Neuchâtel, 20 août 1981. Berset Jean-Marc, La bourse de Neuchâtel. Travail de diplôme. Intercadres Neuchâtel, 20 mars 1991. Rapport dactylographié.

218. Jean Berthoud à M. Girard, sous-directeur de BDG, 5 décembre 1990 ; à MM. Edgar Renaud (BCN), Walter Zwahlen et Willy Fuchs (CFN), 21 décembre 1990 ; à Edgar Renaud (BCN) 12 février 1991. 219. Voir http ://www.archeco.info/fr/fonds-darchives/ flexShow/stockDetail/alphabet/B/stockUid/1159/

216. Bourse de Neuchâtel fondée en 1905. Statuts et règlements du 5 avril 1905, révisés les 25 février 1910, 16 juin 1927, 20 octobre 1944 et 3 octobre 1975. Neuchâtel : Imprimerie Moser SA, 1975.

8 | CORTAILLOD HOLDING SA 220. F.A. 16.10.1980. 221. Voir page 118. 222. Aloys de Perrot SA : Société fiduciaire, Carouge. 223. Les cahiers de la MSH Ledoux, Les systèmes productifs dans l’arc jurassien. Acteurs, pratiques et territoires (xixe-xxe siècles) sous la direction de Jean-Claude Daumas. Presses universitaires de Franche-Comté. https ://books. google.ch/books ?isbn=2848670789 [consulté en janvier 2015].

9 | BANQUE BONHÔTE & CIE SA 224. F.A. 18.12.1991.

233. Voir le site http ://www.hls-dhs-dss.ch/textes/f/ F45834.php [consulté en septembre 2014].

225. F.A. 01.12.1995, notice nécrologique de Jean Carbonnier par Yann Richter.

234. Souvenir de l’inauguration du nouveau bâtiment de la Caisse d’Epargne de la ville de Bienne le 28 octobre 1929. Gaphische Anstalt Schüler A.G. Biel.

226. Plan d’action, banque Bonhôte & Cie SA, octobre 1992.

235. Voir BIM prospectus et contrat de fonds intégré - FidFund www.fidfund.com/…/Bonhote_Immobilier-Prospectus_ Reglement_2009-… [consulté en août 2014].

227. F.A. 24.04.1996. 228. Sur Yann Richter : F.A. 22.07.2008. 229. F.A. 12.11.1996.

236. Voir La Banque Bonhôte et Dinareal regroupent leurs Fonds - business …

230. Courvoisier Jean, Les monuments d’art et ­d’histoire de la Suisse, Canton de Neuchâtel I. Bâle : Birkhäuser, 1955.

www.business-leader.ch/…/210-la-banque-bonhote-et-dinareal-regroupe… [consulté en août 2014].

231. Histoire de la Neuchâteloise, compagnie suisse d’assurances générales. Neuchâtel : Paul Attinger, 1946.

237. Voir Bonhôte-Immobilier : le fonds double son volume après fusion www.immo-swissnews.ch/Bonhote-Immobilier-le-fondsdouble-son-volu… [consulté en août 2014].

232. Voir le site http ://www.snb.ch/fr/iabout/monpol/ earlier/id/monpol_earlier_1999#t3 [consulté en septembre 2014].

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NOTES

(GER-FR and ENG-FR) Le Musée cantonal des beaux-arts, Lausanne, 2003 ; Olivier Mosset, Catherine Perret, Ides et Calendes, Neuchâtel, 2003 ; Deux ou trois choses que je sais d’elle…, Ecrits et entretiens 1966-2003, MAMCO, Genève. 2005 ; Mosset, Les presses du Réel, Dijon, 2007.

238. Petitpierre Jacques, « Les deux hymens neuchâtelois du premier gouverneur de l’Etat de Victoria », in Patrie neuchâteloise, Vol. IV. Neuchâtel : Editions H. Messeiler, 1955. 239. A propos de la chapelle de l’Ermitage, voir la plaquette parue à l’occasion de son 100e anniversaire et accessible en ligne : http ://www.lermitage.ch/Ermitage100.pdf

241. Campagne image 2008 dans la presse (Arc Presse, Bieler Tagblatt, Le Temps, Agefi, Finanz und Wirtschaft, Neue Zürcher Zeitung).

240. Sur Olivier Mosset : Olivier Mosset, Biennale de Venise, texte de Jean Baudrillard, Bundesambt für Kultur / Edition BAK im Verlag Lars Müller, Bern 1990 ; Olivier Mosset, Bernhard Bürgi, Edmond Charrière, Robert Nicklas, Verlag Lars Müller, Baden, 1990 ; Olivier Mosset, Editions des Musées cantonaux, Sion, 1994 ; Olivier Mosset, Travaux 1966-2003,

242. Bonhôte, banquiers depuis 1815, mai 2014.

COLLECTION D’ART DE LA BANQUE BONHÔTE 248. Cette œuvre a été acquise aux enchères à New-York par téléphone auprès du commissaire-priseur Simon de Pury, qui dirigeait alors Philips de Pury & Cie.

243. L’artiste est liée à la banque par son époux Eric Du Bois dont la mère était la sœur de Paul Bonhôte. 244. Cette toile, propriété de la Caisse de famille Pury, a été généreusement déposée à la Banque Bonhôte en juillet 2011 afin de pouvoir être vue du plus grand nombre.

249. Jean Berthoud a découvert son œuvre artistique au CAN (Centre d’Art Neuchâtel).

245. Toile acquise à la galerie Une à Auvernier (NE) en 2006.

250. Vidéo exposée en 2013 au Centre Dürrenmatt de Neuchâtel lors de l’exposition « Ici vous allez trouver ce que nous cherchons ».

246. Achat à la galerie Jonas à Cortaillod (NE) en 1996. 247. Sculpture acquise à la galerie Numaga à Colombier (NE) en 2011.

LA BANQUE PRIVÉE DU FUTUR EST EN ROUTE 251. Source : The Boston Consulting Group, Global Asset Management 2014, Steering the course to growth, 24 p.

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BIBLIOGRAPHIE

Allanfranchini, Patrice & Girardbille, Olivier, Neuchâtel et ses anciennes corporations, Le Locle : Gasser, 2012. Allanfranchini, Patrice, L’Hôtel du Mont-Blanc ou le Siège de la Banque cantonale neuchâteloise à Neuchâtel, Etude historique dactylographiée, 1993. Allanfranchini, Patrice, Neuchâtel 1642-1942, trois siècles d’iconographie, Chézard-St.-Martin : La Châtière, 2005. Allanfranchini, Patrice, Pourtalès : un hôpital au service d’une fondation, 1808-2008, Hauterive : Attinger, 2008. Attinger, Claude, Brandt, Christophe, Courvoisier, Jean & Jelmini, Jean-Pierre, Victor Attinger 1856-1927, Hauterive : Editions Gilles Attinger, 1999. Banque O.B.C., Odier, Bungener, Courvoisier, Paris : Calmann-Levy, 1987. Barrelet, Jean-Marc, Jean-Frédéric Perregaux (1744-1808) banquier neuchâtelois à Paris, Université de Neuchâtel, 2000. Bergeron, Louis, « Pourtalès & Cie » (1753-1808)In Annales E.S.C., 2, 1970, pp. 498-517.

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Favarger, Philippe, La noble et vertueuse Compagnie des Marchands de Neuchâtel, Neuchâtel : Wolfrath & Sperlé, 1913. Giovanni, Alberto, The Debat on Money in Europe, MIT Press, 1996. Godet, Philippe, La Caisse d’Epargne de Neuchâtel, 1812-1912, Neuchâtel : Attinger frères, 1912. Grosjean, Christiane & Carlos, Contribution à l’histoire du Château d’Auvernier, Chez les auteurs, 1996. Harsch, Jean, « Les notaires à La Neuveville au xve et du Jura bernois et de Bienne, No 21, juin 1988.

xvie

siècle », In Intervalles, Revue culturelle

Histoire de la Neuchâteloise, compagnie suisse d’assurances générales, Neuchâtel : Paul Attinger, 1946. Histoire du Pays de Neuchâtel, tome II, de la Réforme à 1815, Hauterive : Attinger, 1991. Jeanneret & Bonhôte, Biographies neuchâteloises, Le Locle, 1863, Tome 2, p. 229. Jelmini, Jean-Pierre, 12 septembre 1814… et Neuchâtel devint suisse, République et canton de Neuchâtel, 1989. Jequier, François, « Industriels, négociants et banquiers neuchâtelois », In Les grandes heures des banquiers suisses. Vers une histoire de la banque helvétique du xve siècle à nos jours, sous la direction de Louis H. Mottet. Neuchâtel, 1986, pp. 125-140. Juillerat, Anne-Laure, Piguet, Claire & Jelmini, Jean-Pierre, DuPeyrou un homme et son hôtel, Fleurier : Editions du Belvédère, 2011. Lachat, Stéphanie, Les pionnières du temps. Vies professionnelles et familiales des ouvrières de l’industrie horlogère suisse (1870-1970), Neuchâtel : Editions Alphil, 2014. Le pays de Neuchâtel et son patrimoine horloger, Chézard-St.-Martin : La Châtière, 2008. Les cahiers de la MSH Ledoux. Les systèmes productifs dans l’arc jurassien. Acteurs, pratiques et territoires (xixe-xxe siècles), sous la direction de Jean-Claude Daumas, Presse universitaire de Franche-Comté. Lescure, Michel & Plessis Alain, Banques locales et banques régionales en Europe au Paris : Albin Michel, 1999.

xxe

siècle,

Lhomer, Jean, Le banquier Perregaux et sa fille la duchesse de Raguse, Paris : Cornuau, 1926. Lüthy, Herbert, La banque protestante en France de la Révolution à l’Edit de Nantes, Paris, 1961.

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BIBLIOGRAPHIE

Malzac, Louis, Les Pourtalès : histoire d’une famille huguenote des Cévennes 1500-1860, Paris, 1914. Petitpierre, Alphonse, Un demi-siècle d’histoire économique de Neuchâtel, 1791-1848, Neuchâtel : Sandoz, 1871. Petitpierre, Jacques, « Les deux hymens neuchâtelois du premier gouverneur de l’Etat de Victoria », In Patrie neuchâteloise vol. iv, Editions H. Messeiller, Neuchâtel, 1955. Piguet, Claire, « Neuchâtel », In INSA Inventaire suisse d’architecture 1850-1920, Société de l’Histoire de l’Art en Suisse, 2000. Quartier LaTente, Edouard, Les familles bourgeoises, Neuchâtel, 1903. Ritter, William, Edmond de Pury, Genève : Boissonnas et Société anonyme des arts graphique, 1913. Rougemont, Yves et Denise, de, La famille Rougemont de St-Aubin et Neuchâtel, Hauterive : Attinger, 2012. Roulet, Louis-Edouard, David de Pury, Hauterive, Attinger, 1986. Szramkiewicz, Romuald, Les régents et censeurs de la Banque de France nommés sous le Consulat et l’Empire, Genève : Droz, 1974. Vivien, Jean-Louis Isaac, Les familles du refuge en pays neuchâtelois, Paris : Fischbacher, 1900. Vuillème, Jean-Bernard, Suchard, la fin des Pères, Hauterive : Attinger, 1993. Woernie, G., Les banquiers privés en Suisse. Bastion de la gestion de fortune, Genève : Wernlinia SA, 1978.

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REMERCIEMENTS

La Banque Bonhôte & Cie SA tient à exprimer sa gratitude envers toutes les personnes qui ont œuvré à la réalisation de ce livre. Parmi elles et en premier lieu, il convient de mentionner les membres de la famille Bonhôte : • Mme Anne Bonhôte, • Mme Catherine Forster-Bonhôte. Nos remerciements s’adressent aussi particulièrement à : • Mme Monique Amaudruz, • Mme Françoise Gaschen, • Mme Geneviève Richter-DuPasquier, • M. Charles Baillif, • M. Jacques Berney, • Dr Pascal Châtenay, • M. Laurent de Weck, • M. Francis Martin, • M. Nicolas Wavre, • M. Luc Ferry, • M. Jacques de Watteville, • Mme Martine Rahier, • Mme Adrienne Corboud Fumagalli, • M. René Stulz, • M. Michel Dubois,

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• M. Philippe Kenel, • M. Xavier Comtesse, • M. Erik Wachtmeister, • M. Nicolas Bideau, • Mmes et MM. les collectionneurs qui ont préféré garder l’anonymat, • Les Archives de la ville de Neuchâtel par M. Olivier Girardbille, • Les Archives de l’Etat de Neuchâtel par M. Lionel Bartolini, • Le Bibliothèque publique et universitaire de Neuchâtel par son directeur, M. Thierry Châtelain, et M. Thierry DuBois-Cosandier, • Toutes les collaboratrices et collaborateurs de la banque Bonhôte. Ont participé à la concrétisation de cet ouvrage : • M. Patrice Allanfranchini, • Mme Séverine Cattin, • M. Cyril Lanfranchi, • M. Lionel Wettstein, • M. Jérôme Brandt, • M. Miroslaw Halaba.

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L A B A N Q U E B O N H Ô T E & C IE S A

Liste des présidents du Conseil d’administration depuis la création de la société anonyme : 1988-1991 1991-1992 1992-1993 1993-1995 1995-2002 2003-2010 Dès 2010

Georges-Adrien Matthey François Béguin Gaston Amaudruz Jean Carbonnier Yann Richter Nicolas Wavre Jean Berthoud

Directeurs généraux de la banque : 1988-1991 1991-2009 2010 2010-2014 Dès 2014

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Gaston Amaudruz Jean Berthoud Patrick Bédat Thomas Lötscher Yves de Montmollin

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TA B L E D E S M AT I Ăˆ R E S

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LA BANQUE BONHÔTE

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1 | QUELQUES RAPPELS HISTORIQUES

10

2 | DES NEUCHÂTELOIS BANQUIERS 2.1 Les Rougemont 2.2 La famille Perregaux 2.3 Le cas de David de Pury 2.4 L’exemple des Pourtalès 2.5 Les Coulon 2.6 La famille Montmollin 2.7 Les Berthoud

17 17 18 20 21 23 24 27

3 | NEUCHÂTEL ET LE RÉGIME BERTHIER 3.1 La Caisse d’épargne (1812-1919)

30 34

4 | LA FAMILLE PETITMAÎTRE, DES BOURGEOIS DE LA NEUVEVILLE 4.1 Louis Auguste Petitmaître 4.2 A propos de L’Industriel, le deuxième bateau à vapeur du lac de Neuchâtel 4.3 Le premier essor 4.4 L’accès à la bourgeoisie 4.5 Louis-Edouard Petitmaître 4.6 Ses frères

37 40 43 47 49 54 59

5 | DE LA BANQUE ANTENEN & BONHÔTE À LA BANQUE BONHÔTE & Cie 61 5.1 Banquiers privés 63 5.2 Les autres banques privées de Neuchâtel 64 5.3 Paul et Claude Bonhôte 65 6 | LES ARCHIVES DE LA BANQUE 71 6.1 Le patrimoine viticole Bonhôte 73 e 6.2 La répartition géographique de la clientèle au début du xx siècle 77 6.3 Le fonctionnement de la banque 78 6.4 Actions et obligations 79 6.5 A propos de l’étalon-or 86 6.6 Les emprunts pour la défense nationale 90 6.7 Les années trente 90 6.8 La crise et ses conséquences 91 6.9 La banque : un observateur attentif 95 6.10 Les années de guerre 97 6.11 L’impôt fédéral sur les bénéfices de guerre 99 6.12 L’amnistie fiscale de 1945 103 6.13 A propos des collaborateurs 105 6.14 Un regard sur l’évolution de la masse salariale et du bénéfice net 106

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7 | LA BOURSE DE NEUCHÂTEL

112

8 | CORTAILLOD HOLDING SA

118

9 | BANQUE BONHÔTE & Cie SA 121 9.1 La corne d’abondance : le symbole de la banque 126 e 9.2 Vers le xxi siècle 126 9.3 Le déménagement 129 9.4 1999, un nouveau projet stratégique 131 9.5 L’arrivée de l’Euro 133 9.6 La première succursale : celle de Bienne 134 9.7 Affiner la démarche stratégique : plan stratégique 2002 136 9.8 Les rapports de gestion du conseil d’administration sur les exercices 2005 à 2012 136 9.9 Le fonds Bonhôte-Immobilier 137 9.10 Autres activités, bénéfice net consolidé et dividendes 141 9.11 Des travaux au siège de Neuchâtel 142 9.12 La crise des années 2008 et 2009 et les stratégies qui s’en suivent 142 9.13 Entre ouverture, marketing et mécénat 146 9.14 Une politique publicitaire ciblée 149 10 | CAP SUR LE 3e SIÈCLE COLLECTION D’ART DE LA BANQUE BONHÔTE Une collection d’art comme « vecteur d’éveil collectif »

151 153 154

LA BANQUE PRIVÉE DU FUTUR 183 NOTES

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Contributions : Patrice Allanfranchini, Séverine Cattin, Luc Ferry, Jacques de Watteville, Martine Rahier, Adrienne Corboud Fumagalli, René Stulz, Michel Dubois, Philippe Kenel, Xavier Comtesse, Erik Wachtmeister, Nicolas Bideau. Photographies : Lionel Wettstein pour toutes les photographies, exceptées : pp. 25 et 27 (gauche) : Patrice Allanfranchini ; pp. 38 et 39 : Charles Baillif ; pp. 18, 21 (haut gauche), 22 (haut gauche), 31 et 32 (bas gauche) : BPUN ; pp. 9 et 143 (en bas) : Yves André et p. 188 : Germain Arias-Schreiber. Gestion de projet : Cyril Lanfranchi, Gasser Media SA. Conception graphique, mise en page et impression : Gasser Media SA. Editions : Editions G d’Encre.

Achevé d’imprimer au deuxième trimestre 2015 par les bons soins de Gasser Media SA – Le Locle, Suisse.

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