Jonathan Meyer Préface de Dominique Angers
S’émerveiller du chef-d’œuvre de Dieu
Ce livre porte bien son titre : à sa lecture, votre amour pour l’Église grandira. Jonathan y réussit un équilibre délicat entre théologie et mise en pratique. Il expose une vision biblique de l’Église et la relie, avec clarté, à la vie concrète d’une Église locale. Les exemples tirés de son expérience pastorale sont particulièrement éclairants. Ce livre vous apprendra sans doute des choses sur l’Église. Mais surtout, il renouvellera votre attachement à votre Église locale et vous encouragera à vivre pleinement votre vocation de membre. MATTHIEU GIRALT
Pasteur, auteur de Voir comme Dieu voit, blogueur sur ToutPourSaGloire.com, coanimateur avec Raphaël Charrier du podcast Memento Mori.
J’aime profondément l’Église locale et je suis reconnaissante d’avoir entre les mains un livre qui m’aidera à expliquer clairement et bibliquement pourquoi chaque chrétien est appelé à l’aimer et à s’y engager. Jonathan survole avec clarté et synthèse les aspects essentiels de la vie d’Église, laissant transparaître son affection sincère pour elle, et son soin pastoral. Humble, pédagogue et profond, il se soumet à la parole de Dieu dans chacun des points qu’il aborde. J’apprécie ce sérieux qui dépasse les préférences personnelles en matière de pratiques ecclésiales. À mettre entre les mains de tout jeune chrétien ou de toute personne en questionnement sur l’Église ! CHLOÉ LANG
Coordinatrice des initiatives auprès des femmes pour Évangile 21.
La formation d’ingénieur de Jonathan apparaît clairement dans ce manuel ! Les pages de ce livre, facile à lire, rappellent que l’Église n’est ni un laboratoire d’idées, ni un tremplin pour la réalisation de soi, mais le grand et saint projet de Dieu, mis en œuvre au prix inestimable du sang de son Fils. L’Église est multicolore, multiculturelle, mais UNE, belle et précieuse. Ce livre est adressé à tous ceux qui veulent entrer dans le sanctuaire illuminé de la gloire et de la sagesse divines. CHRISTIAN BLANC
Président de l’Action missionnaire des Assemblées de Dieu.
Jonathan Meyer Préface de Dominique Angers
Aimer
l’Église S’émerveiller du chef-d’œuvre de Dieu
Les éditeurs remercient chaleureusement toutes les relectrices pour leur précieuse collaboration à cet ouvrage : Claudine, Nelly et Ruth.
Aimer l’Église : S’émerveiller du chef-d’œuvre de Dieu • Jonathan Meyer ©2026 • BLF Éditions • www.blfeditions.com Rue de Maubeuge • 59164 Marpent • France Tous droits de traduction, de reproduction et d’adaptation réservés. Une coédition BLF Éditions et Actes 29 Couverture et mise en page : NouvelleCreation Sauf mention contraire, les citations bibliques sont tirées de La Bible version Segond 21© 2007 Société biblique de Genève. Avec permission. Les caractères italiques sont ajoutés par l’auteur du présent ouvrage. Reproduit avec aimable autorisation. Tous droits réservés. ISBN broché ISBN numérique ISBN relié
978-2-38657-106-0 978-2-38657-107-7 978-2-38657-167-1
Imprimé en France par SPRINT Dépôt légal 1er trimestre 2026
À mes chers frères et sœurs de l’Eglise de la Servette.
Table des matières
Avant-propos .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9 Préface . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11 Introduction .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
Comprendre l’Ég lise 1 • Qu’est-ce que l’Église ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25 2 • Comment l’Église a-t-elle été créée ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 37 3 • Pourquoi l’Église ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 45 4 • Comment l’Église rend-elle gloire à Dieu ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 55
Faire partie de l’Église 5 • Comment est-on intégré dans l’Église ? .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 67 6 • Comment l’Église est-elle dirigée ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 79
Vivre l’Église 7 • Que fait l’Église lorsqu’elle se rassemble ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 103 8 • Comment vivre l’Église au quotidien ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 121 9 • Quel est le lien entre les différentes Églises ? . . . . . . . . . . . . . . . . 137 10 • Comment l’Église locale est-elle présente dans le monde ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 151 11 • Quel est l’avenir de l’Église ? .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 161 Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 165
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AVANT-PROPOS
Le cœur de la mission d’Actes 29 est d’implanter de nouvelles Églises. Nous croyons que l’Église se trouve au centre du projet de Dieu. On pourrait même dire qu’au commencement, Dieu implanta une Église – un peuple à qui et par qui il révèle sa grâce et sa gloire. L’Église locale est le but et le moyen de la mission : c’est par elle que Dieu se révèle au monde. En tant que peuple, nous sommes l’Église du Dieu vivant, la famille de Dieu, la colonne et l’appui de la vérité ! Implanter implique donc de saisir ce qu’est l’Église, comment elle fonctionne, ce à quoi les personnes qui la rejoignent sont appelées et comment elle existe dans le monde. C’est donc avec beaucoup de joie que nous recommandons ce livre de Jonathan Meyer – Aimer l’Église. Dieu aime l’Église et c’est son unique projet dans ce monde. PHILIP MOORE
Président d’Actes 29 Europe
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PRÉFACE
L’Église de Jésus-Christ est belle. Plus encore : l’Église telle que Dieu la dépeint dans sa Parole est splendide. Sa beauté est telle qu’il serait insensé de vouloir la réinventer ou la réimaginer. Le meilleur que l’on puisse faire est de la (re)découvrir, de la vivre et… de l’aimer. C’est ce chef-d’œuvre de Dieu unique que Jonathan s’attache à mettre en vitrine dans son livre Aimer l’Église. Son approche est rafraîchissante : elle combine un retour aux sources bibliques, une clarté de propos et des applications concrètes. Jonathan a bien compris que la meilleure manière de s’émerveiller devant cette oeuvre divine est d’écouter Dieu lui-même la décrire à travers les pages de la Bible. Je connais Jonathan depuis de nombreuses années. J’ai eu le privilège de l’avoir comme étudiant dans deux institutions : d’abord à l’institut biblique de Genève, puis à la faculté de théologie évangélique de Montréal. J’ai pu constater combien il vit ce qu’il enseigne : son amour pour l’Église et pour les chrétiens est toujours évident. À l’image de son livre, Jonathan sert fidèlement les autres sur la base de convictions solidement ancrées dans l’Écriture. Homme d’Église, il ne cherche pas à se mettre en avant ; il réfléchit constamment à la manière de servir au mieux son Sauveur, sa famille et le peuple de Dieu. Avec ce livre, il accomplit un nouvel acte de service, pour lequel je lui suis profondément reconnaissant.
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Aimer l’Église
En parcourant ses pages, j’ai pu m’imaginer les situations ecclésiales évoquées et les Églises locales mentionnées, et j’en ai été touché et remotivé. Ce livre offre un tour d’horizon complet des grands principes bibliques concernant l’Église et encourage le lecteur à réfléchir à leur application concrète. Aujourd’hui, beaucoup de communautés locales ont besoin de revenir à ces fondamentaux. De nombreux modèles d’Église rivalisent les uns avec les autres et laissent les responsables perplexes. Trop souvent, ces derniers consultent peu l’Écriture pour aiguiser leur discernement et s’appuient davantage sur leur intuition, sur des études sociologiques ou des tendances populaires. Ces outils peuvent être utiles, mais ils ne doivent jamais remplacer le « manuel du fabricant » de l’Église. Jonathan l’a bien compris. Fort d’une expérience riche et variée dans plusieurs Églises situées dans différents pays, il ne propose pas sa propre recette. Avec enthousiasme, réalisme et sens pratique, il nous fait contempler le chef-d’œuvre de Dieu. Son expérience enrichit toutefois le lecteur : les principes bibliques qu’il explique sont abondamment illustrés par des situations vécues dans des Églises locales. Merci, Jonathan ! Que le Seigneur se serve puissamment de ce livre pour émerveiller ceux qui découvrent l’Église pour la première fois et pour faire redécouvrir son aspect splendide à ceux qui en font partie depuis longtemps, mais ont perdu de vue sa beauté originelle. Dominique Angers
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INTRODUC TION
Comment vivez-vous l’Église ? Peut-être vous y sentez-vous comme un spectateur au théâtre. Vous avez payé votre place, vous appréciez votre Église, vous y trouvez des relations agréables, vous y passez de bons moments d’adoration et l’enseignement est de qualité. Mais vous préférez ne pas trop vous y engager. Vous allez de temps en temps au culte, mais ça s’arrête là. Peut-être vous y sentez-vous comme un cheval de course dans son box avant le départ. Vous êtes très enthousiaste et vous vous impliquez à fond dans une multitude d’activités. Les responsables vous ont repéré et vous confient de plus en plus de responsabilités, mais vous manquez de patience et aimeriez en faire davantage. En plus, il vous semble parfois que les responsables en place ne sont pas assez efficaces, vous avez le sentiment que vous feriez mieux qu’eux. Peut-être vous y sentez-vous comme un pompier, toujours en train d’éteindre des incendies. Vous passez votre temps à régler des problèmes et à accompagner des personnes qui vont mal, mais qui ne progressent pas. Vous êtes amer et désillusionné en constatant le faible engagement des membres. Peut-être vous y sentez-vous comme un citron pressé. Vous subissez de la pression de toutes parts. Certains membres
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Aimer l’Église
vous critiquent, vous vivez des désaccords théologiques, vous ne parvenez pas à tout faire, vous avez le sentiment de ne pas être à la hauteur. Vous êtes si fatigué que vous êtes tenté de tout laisser tomber. Je vous comprends, j’ai moi aussi vécu tous ces états d’âme. Laissez-moi vous raconter mon expérience de l’Église. Je suis né dans une famille super. Mes parents étaient géniaux. Deux sœurs sont nées après moi, tout aussi géniales. Ma famille m’a transmis beaucoup d’excellentes choses et je leur dois en grande partie ce que je suis aujourd’hui. Toutefois, nous n’allions pas à l’Église. Mes premiers souvenirs de l’Église, en tant qu’enfant, sont liés aux quelques fois où j’ai assisté au culte dans des Églises évangéliques avec d’autres membres de ma famille élargie. Plus tard, j’ai eu l’occasion de suivre le catéchisme1 à l’Église réformée de mon village, Église que j’ai fréquentée de loin. Un jour, un ami m’a invité à venir à son groupe de jeunes dans une Église évangélique qui se réunissait dans une grange dans la campagne de Genève. J’ai peu à peu découvert cette Église plus en profondeur. J’ai commencé à participer au groupe de jeunes, puis je me suis mis à assister au culte. J’ai alors été comme un spectateur au théâtre. J’aimais bien les gens, mais je ne me sentais pas impliqué. Avec les années, Dieu a travaillé mon cœur et mon attitude a changé. Je suis passé de spectateur à cheval de course dans son box avant le départ. Les anciens m’ont proposé de devenir responsable du groupe de jeunes, puis de présider des cultes, puis de prêcher. J’étais à fond, je voulais tout faire. Souvent, je dois bien l’avouer, j’ai été immature et arrogant, j’ai manqué de grâce et j’étais frustré en pensant que les responsables n’étaient pas assez efficaces (si vous me lisez, chers frères, je vous demande pardon et je vous remercie pour 1
Un catéchisme est un cours visant à transmettre les bases de la foi chrétienne.
Introduction
votre patience envers moi malgré tout. Vous m’avez construit sur le plan spirituel comme peu d’autres hommes). Plus tard, je me suis formé dans un institut biblique et j’ai eu le privilège de faire deux années de stage dans une Église de la région parisienne, puis une année de stage dans une Église à Annecy. J’ai découvert que le ministère pouvait souvent ressembler au travail de pompier. Il y avait tant de choses à faire, tant de gens qui allaient mal, tant d’enseignements à donner, tant de changements à opérer. J’avais l’impression d’être comme un pompier muni d’un simple seau pour faire face à un feu de forêt. Et puis, je suis devenu pasteur à l’Église de la Servette à Genève. J’ai continué d’être un cheval de course et un pompier par moments, mais j’ai découvert un nouvel état d’âme : le citron pressé. J’ai découvert que, parfois, le ministère pouvait être dur. Honnêtement, je n’ai aucun reproche de fond à adresser à l’Église au sein de laquelle je suis devenu pasteur. Les gens sont bien impliqués, bienveillants et patients. J’ai commis des erreurs, et ils m’ont pardonné. J’ai été inefficace, et ils ont été patients. J’ai été insuffisant, et ils m’ont encouragé. J’ai manqué de courage, et d’autres ont eu du courage à ma place. Mais malgré tout, il y a eu des moments où le ministère a été épuisant. À travers ces différentes phases, j’ai été tenté de baisser les bras, de claquer la porte et de tout quitter. J’ai été tenté de chercher la facilité pour faire baisser la pression. Par la grâce de Dieu, même si je me suis par moments senti comme un citron pressé, j’ai globalement été un pasteur heureux. Je suis passé régulièrement par des hauts et des bas, mais ces états d’âme n’ont jamais été permanents et je peux affirmer que j’aime l’Église et que je la trouve magnifique, malgré mes imperfections et celles des autres. En fait, j’ai découvert que l’Église, avec toutes ses imperfections, est le chef-d’œuvre de Dieu.
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À l’heure où j’écris ces lignes, je suis dans une période de transition. Il y a quelques mois, j’ai quitté l’Église de la Servette et je suis actuellement aux États-Unis, où je vis une année sabbatique avec ma famille. C’est l’occasion pour moi de prendre un peu de recul et de vivre l’Église comme simple membre, plutôt que comme pasteur. Nous avons le projet de revenir à Genève dans quelques mois pour implanter, Dieu voulant, une Église-fille de l’Église de la Servette, dans un autre quartier de la ville. Le chef-d’œuvre de Dieu Mon but, en écrivant ce livre, est de vous montrer que l’Église est le chef-d’œuvre de Dieu – pas uniquement l’Église universelle, mais aussi votre Église locale, celle que vous fréquentez régulièrement. Un chef-d’œuvre est le point culminant de l’œuvre créatrice d’un artiste. Si l’Église est le chef-d’œuvre de Dieu, cela signifie qu’elle est ce qu’il y a de plus extraordinaire au sein de la création. Ma prière est qu’en lisant ce livre, vous puissiez voir votre Église comme Dieu la voit et l’aimer comme Dieu l’aime. Savez-vous pourquoi l’Église est le chef-d’œuvre de Dieu ? Ce n’est pas parce que vous et moi en faisons partie, je peux vous l’assurer. Mais c’est parce que Dieu a déployé toute sa puissance pour ressusciter Jésus et qu’il l’a donné pour chef à cette Église. Paul exprime cette idée ainsi lorsqu’il écrit aux chrétiens d’Éphèse : Cette puissance [celle de Dieu], il [Dieu] l’a déployée en Christ quand il l’a ressuscité et l’a fait asseoir à sa droite dans les lieux célestes, au-dessus de toute domination, de toute autorité, de toute puissance, de toute souveraineté et de tout nom qui peut être nommé, non seulement dans le monde présent, mais encore
Introduction
dans le monde à venir. Il a tout mis sous ses pieds et il l’a donné pour chef suprême à l’Église qui est son corps, la plénitude de celui qui remplit tout en tous. Éphésiens 1.20-23
Voici ce que Paul nous explique : Jésus-Christ est ressuscité, par la puissance de Dieu, pour recevoir la place la plus élevée de l’univers. Puis il a été donné comme chef suprême à l’Église, qui est son corps. Dieu n’a pas déployé une puissance aussi extraordinaire pour créer les montagnes majestueuses, ni pour faire pousser les forêts verdoyantes, ni pour faire vibrer les électrons autour des atomes, ni même pour faire exploser des milliers de soleils aux confins de notre galaxie. Il a déployé cette puissance pour ressusciter Jésus-Christ et pour l’élever à la place la plus élevée, afin de remplir l’Église de sa présence. Autrement dit, la valeur de l’Église ne se trouve pas en ellemême, mais en Dieu. Laissez-moi vous raconter une petite histoire pour vous aider à comprendre cette notion. Un marchand de vêtements d’occasion avait une vieille chemise à vendre. C’était une chemise usée, légèrement déchirée à une manche. Tachée au col. Un peu délavée. Un jour, le vendeur décida de mettre cette chemise sur son étal pour un prix modique. À ce moment-là, un homme fortuné f lânait sur le marché. Bien que riche, il aimait se promener au marché et regarder ce qui était mis en vente sur les différents stands. Il s’arrêta devant l’étal du marchand et commença à examiner les différents vêtements proposés, jusqu’au moment où il prit la vieille chemise en main. À l’instant même, ses yeux s’emplirent de larmes : cette chemise avait appartenu à son frère, il en était certain. Il reconnaissait la déchirure à la manche et la tache sur le col. Son frère avait porté cette chemise presque tous les jours
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quand ils étaient adolescents. Des souvenirs lui revinrent aussitôt en mémoire : les trajets sur le chemin de l’école, les samedis avec les parents, les vacances… L’homme fut si ému qu’il sortit son porte-monnaie et donna tout ce qu’il avait au vendeur pour racheter la chemise. Quelle est la valeur de cette chemise ? Est-ce la somme modique indiquée sur l’étiquette ? Ou est-ce le montant exorbitant payé par l’homme riche ? En fait, la chemise a deux valeurs. Elle a une valeur intrinsèque très faible, qui correspond à ce qu’elle est. Et elle a une valeur extrinsèque considérable, qui découle du regard que l’homme porte sur elle. Il en va de même pour l’Église : sa valeur intrinsèque est faible, il s’agit d’un groupe humain comme un autre. Mais sa valeur extrinsèque est immense, car Christ est mort pour elle. Dans les pages qui suivent, je vais décrire ce chef-d’œuvre. Nous allons partir en voyage, à la découverte de la plus belle création de tous les temps. Apatride Imaginez que vous soyez apatride. C’est une situation difficile. Vous n’avez pas de nationalité, aucun État ne vous protège. Vous avez des droits limités (voire aucun droit) à l’éducation, aux soins, à la propriété, à l’emploi, au mariage, à la sécurité… Toute votre vie est précaire. Un beau jour, les autorités d’un pays voisin vous proposent d’acquérir sa citoyenneté. Elles vous envoient un visa, ainsi qu’un billet d’avion. Elles vous proposent de venir visiter le pays pour le découvrir, connaître ses habitants, poser toutes les questions que vous avez, et finalement, décider si oui ou non vous souhaitez devenir l’un de ses citoyens. Quelle serait votre réaction ?
Introduction
Personnellement, je crois que dans de telles circonstances, dans un premier temps, je serais étonné. Un peu plus tard, après m’être assuré de ne pas nager en plein rêve, mon étonnement se transformerait en joie. Puis, la raison reprendrait le dessus sur les émotions, et je prendrais le temps d’étudier l’offre qui m’est faite. J’envisagerais alors un parcours en trois phases (avant d’être pasteur, j’étais ingénieur, ce qui explique pourquoi j’aime les plans précis !) : avant de prendre l’avion, à l’arrivée, puis durant le mois de visite. Avant de prendre l’avion, je me renseignerais sur ce pays, sur son histoire, sa politique, son système éducatif, ses infrastructures et son économie. Je téléchargerais des photos des différentes régions, j’utiliserais Google Maps pour prendre connaissance de sa géographie et de ses paysages. À l’arrivée, je me renseignerais sur la procédure de naturalisation : quelles sont les exigences ? Y a-t-il des examens à passer (ce n’est pas une blague, la procédure de naturalisation suisse comporte des examens de « culture suisse ») ? Y a-t-il des taxes à payer ? Devrai-je signer des documents, prêter allégeance à un gouvernement ou à un roi ? Est-ce que je devrai obligatoirement habiter dans le pays ou est-ce que j’aurai la possibilité de séjourner à l’étranger ? Aurai-je la possibilité de voyager à l’extérieur du pays ? J’aimerais savoir, en détail, ce à quoi je m’engage si je devenais citoyen de cette nation. Durant le mois de visite, j’essaierais de rencontrer un maximum de gens. J’essaierais de comprendre leur mode de vie. Que mangent-ils ? Quels métiers exercent-ils ? Mon but étant de pouvoir me projeter dans l’avenir, afin de savoir à quoi ressemblerait ma vie si j’acceptais de devenir citoyen de ce pays. Alors seulement, je crois que je serais prêt à prendre une décision. Je vous propose le même parcours dans ce livre. Nous allons imaginer que l’Église est un État qui nous propose sa citoyenneté. Avant d’accepter, nous allons l’explorer.
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Nous allons commencer par nous documenter sur ce qu’est l’Église, son fonctionnement et ses objectifs. Ensuite, nous allons voir comment on entre dans cette Église, quels sont les privilèges et les devoirs de ses membres, et comment elle est structurée. Enfin, nous allons observer comment vivre au sein de cette Église. Que font ses membres quand ils sont rassemblés et quand ils sont dans leur quotidien ? Nous allons également examiner comment cette Église est connectée au monde et aux autres Églises. Je vous envoie un visa ainsi qu’un billet d’avion. Nous partons en voyage ensemble !
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PREMIÈRE ÉTAPE
Comprendre l’Église Vous avez reçu votre visa et votre billet d’avion, il est temps de glaner des renseignements avant de partir. Vous entrez donc dans une bibliothèque et cherchez tous les livres indispensables pour comprendre le pays qui vous intéresse. Les quatre premiers chapitres de ce livre vont vous communiquer ce que vous avez besoin de savoir au sujet de l’Église. Au fil de ces chapitres, nous allons voir quatre vérités essentielles : Dans le chapitre 1, je vais vous montrer que l’Église est le peuple de Dieu. Il s’agit, en quelque sorte, d’un guide touristique de l’Église. Dans le chapitre 2, je vais démontrer qu’elle existe par la puissance de Dieu. Je vais vous expliquer comment l’Église a été fondée. Dans le chapitre 3, je vais présenter la raison d’exister de l’Église : elle existe pour la gloire de Dieu. Il s’agit, pour ainsi dire, de sa constitution2. 2
Une constitution est une loi fondamentale fixant le fonctionnement de base d’un État.
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Aimer l’Église
Dans le chapitre 4, je vais vous parler de la mission de l’Église : elle fait la gloire de Dieu en évangélisant et en s’édifiant. Il s’agit d’un plan stratégique d’actions à mener pour que l’Église accomplisse la mission que Dieu lui a donnée. Commençons donc par le commencement. Rendez-vous au rayon des guides de voyage ! Nous allons voir ensemble ce qu’est l’Église.
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CHAPITRE 1
Qu’est-ce que l’Église ? Chaque chrétien a probablement sa propre réponse à apporter à cette question et chacune de ces réponses serait sans doute correcte. Mais il vaut la peine de définir en détail ce qu’est l’Église. Pour nous documenter, nous allons lire Actes 2.41 à 47. Pourquoi ce texte ? Il s’agit de la fondation de la toute première Église de l’Histoire. Il s’agit aussi de la première fois (en dehors de Matthieu 16 et 18 que nous verrons au chapitre 5) où le mot Église est employé dans le Nouveau Testament. Ce texte est bien connu. Vous serez peut-être tenté de le sauter pour passer directement aux explications. Ne le faites pas. Lisez l’extrait qui suit. Tranquillement. Pour bien comprendre, il est nécessaire de bien peser chaque mot et chaque phrase et de bien y réfléchir. Ceux qui acceptèrent sa parole furent donc baptisés et, ce jour-là, le nombre des disciples augmenta d’environ 3000 personnes. Ils persévéraient dans l’enseignement des apôtres, dans la communion fraternelle, dans la fraction du pain et dans les prières. La crainte s’emparait de chacun et il se faisait beaucoup de prodiges et de signes miraculeux par l’intermédiaire des apôtres. Tous ceux qui croyaient étaient ensemble et ils avaient tout en commun. Ils vendaient leurs propriétés et leurs biens et ils en partageaient
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Aimer l’Église
le produit entre tous, en fonction des besoins. Chaque jour, avec persévérance, ils se retrouvaient d’un commun accord au temple ; ils rompaient le pain dans les maisons et ils prenaient leur nourriture avec joie et simplicité de cœur. Ils louaient Dieu et avaient la faveur de tout le peuple. Le Seigneur ajoutait chaque jour à l’Église ceux qui étaient sauvés. Actes 2.41-47
Vous avez lu le texte ? Alors recommencez. Toujours au même rythme. Ceux qui acceptèrent sa parole furent donc baptisés et, ce jour-là, le nombre des disciples augmenta d’environ 3000 personnes. Ils persévéraient dans l’enseignement des apôtres, dans la communion fraternelle, dans la fraction du pain et dans les prières. La crainte s’emparait de chacun et il se faisait beaucoup de prodiges et de signes miraculeux par l’intermédiaire des apôtres. Tous ceux qui croyaient étaient ensemble et ils avaient tout en commun. Ils vendaient leurs propriétés et leurs biens et ils en partageaient le produit entre tous, en fonction des besoins. Chaque jour, avec persévérance, ils se retrouvaient d’un commun accord au temple ; ils rompaient le pain dans les maisons et ils prenaient leur nourriture avec joie et simplicité de cœur. Ils louaient Dieu et avaient la faveur de tout le peuple. Le Seigneur ajoutait chaque jour à l’Église ceux qui étaient sauvés. Actes 2.41-47
Vous êtes prêt maintenant. Entrons dans le texte ensemble. L’Église est le peuple de Dieu Ce texte démontre que l’Église est le peuple de Dieu. L’expression n’apparaît pas, mais l’idée est claire. Que se passet-il dans ce texte ? Environ trois mille personnes entendent
Qu’est-ce que l’Église ?
le premier discours d’évangélisation de la bouche de l’apôtre Pierre, à la suite de la Pentecôte. À la fin du discours, ces gens demandent aux apôtres : Frères, que ferons-nous ? Actes 2.37
Ce à quoi Pierre répond : Changez d’attitude et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus-Christ pour le pardon de vos péchés, et vous recevrez le don du Saint-Esprit. En effet, la promesse est pour vous, pour vos enfants et pour tous ceux qui sont au loin, en aussi grand nombre que le Seigneur notre Dieu les appellera. Actes 2.38-39
Les membres de ce peuple sont donc ceux qui ont changé d’attitude à la suite de la prédication de l’Évangile, qui ont reçu le pardon des péchés et le Saint-Esprit. Ces gens ont été baptisés, suivant l’ordre de Jésus-Christ. De plus, Pierre précise que cette communauté ne se limitera pas aux trois mille personnes présentes, mais qu’elle grandira alors que le Seigneur y ajoutera tous ceux qu’il va appeler. Cette communauté est le peuple de Dieu. Mais continuons : après ces baptêmes, nous voyons cette communauté vivre l’enseignement des apôtres – les messagers choisis par Dieu. Elle vit la communion fraternelle, car ses membres sont frères et sœurs, fils et filles de Dieu. Elle vit la fraction du pain, symbole de l’unité acquise en Dieu. Elle vit les prières, signe de la dépendance à Dieu. Elle vit la crainte, face à la majesté de Dieu. Elle vit l’adoration de Dieu. Et, chaque jour, c’est Dieu qui ajoute des membres à cette communauté.
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Aimer l’Église
Cette communauté n’est ni un club ni un parti politique. C’est un peuple régi par des règles spécifiques.
Ì C’est un peuple qui se rassemble. Ses membres vivent des
choses fortes ensemble. Ì C’est un peuple qui partage. Les ressources sont mises en commun, les repas sont pris ensemble. Ì C’est un peuple qui rayonne. Ils ont la faveur de tout le peuple, car leur adoration est visible. En un mot, l’Église est le peuple de Dieu. L’Église n’est pas autre chose que le peuple de Dieu Depuis Actes 2, deux mille ans ont passé. Le mot « Église » a, en grande partie, perdu son sens initial. Certains ont pris conscience de cela et ont essayé d’utiliser d’autres mots : communauté, assemblée, disciples… Mais le mot « Église » est un mot utilisé par Jésus et par les auteurs du Nouveau Testament. Je crois qu’au lieu de changer de mot, on ferait mieux de redécouvrir le sens original du terme. L’Église n’est pas un lieu
L’Église, dans Actes 2, comme dans le reste du Nouveau Testament, n’est jamais un lieu. L’Église peut se rassembler au temple et dans les maisons. Ce n’est pas le lieu qui fait l’Église. Ce sont les gens qui sont l’Église. L’Église est partout où les chrétiens se rassemblent et fonctionnent ensemble. L’Église n’est pas le culte du dimanche matin
L’Église ne se limite pas au culte du dimanche matin. Le culte est le rassemblement de l’Église. On n’est pas l’Église uniquement deux heures par semaine. On est l’Église en permanence.
Qu’est-ce que l’Église ?
L’Église n’est pas une institution
L’Église n’est pas une institution ou une dénomination. L’Église n’est pas « l’Église réformée » ou « l’Église baptiste ». Ces institutions existent. Elles ne sont pas mauvaises. Mais en premier lieu, l’Église est une communauté d’hommes et de femmes qui appartiennent à Dieu et vivent des relations ensemble. L’Église n’est pas une association
En Europe francophone, l’Église utilise généralement le modèle associatif, car il correspond relativement bien à son fonctionnement (mais pas totalement comme nous le verrons plus loin). Seulement, le modèle associatif repose sur le système démocratique et l’Église n’est pas une démocratie, c’est le peuple de Dieu – c’est donc une théocratie3. C’est la raison pour laquelle, aux moments des votes, lors de nos assemblées générales, j’aime rappeler aux membres de notre Église que le vote n’est pas l’expression de notre opinion, c’est l’expression de la recherche de la volonté de Dieu… En d’autres termes, par mon vote, je n’exprime pas mon avis personnel. Mais, par la prière, la lecture de la Bible et l’aide du Saint-Esprit, j’exprime la volonté de Dieu à travers mon vote. L’Église n’est ni un lieu, ni un moment, ni une institution, ni une association, c’est le peuple de Dieu. L’Église appartient à Dieu En 325, puis en 381 après Jésus-Christ, les responsables des Églises de l’époque se sont réunis pour discuter des débats théologiques en cours. Lors de ces deux rencontres, un document 3
Une théocratie est un État dont Dieu est le roi.
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important a été rédigé. Il porte le nom des deux villes où ces rencontres ont eu lieu : le Symbole de Nicée-Constantinople. Ce texte est intéressant, car c’est la première fois que dans un document de cette envergure, on a défini l’Église. Le document déclare en effet : [Nous croyons en] l’Église, une, sainte, catholique et apostolique4. L’Église est une
Les chrétiens du ive siècle avaient compris que l’Église est une. Une, signifie que l’Église est à la fois unie et unique. Il existe beaucoup d’Églises différentes à travers le monde, mais les Églises authentiques sont une. Comment est-ce possible ? Parce que l’Église est le peuple de Dieu, soumis à son Dieu. Si l’Église était le peuple de Pierre, de Jean ou de Paul, elle ne pourrait pas être une. J’ai eu le privilège de rencontrer de nombreuses Églises. J’en ai rencontré de grandes, aux États-Unis ou en Corée du Sud. J’en ai rencontré de petites, en Suisse et en France. J’ai rencontré des Églises reconnues par l’État et des Églises persécutées par l’État. J’ai rencontré des Églises très modernes et des Églises très classiques. Ce qui m’a marqué, c’est que toutes ces Églises sont une. Même si leur forme change, leur nature profonde reste la même. L’Église est une parce qu’elle appartient à Dieu. L’Église est sainte
L’Église est aussi sainte. Elle est sainte, car elle appartient à un Dieu saint. Cela signifie qu’elle est un peuple mis à part par Dieu. C’est pourquoi elle ne doit pas être prise à la légère. Ce que nous vivons, en tant qu’Église, est joyeux, 4
Extrait du Symbole de Nicée-Constantinople.
Qu’est-ce que l’Église ?
beau et glorieux, mais ne doit pas être vécu avec négligence ou arrogance. C’est la raison pour laquelle celui qui provoque des divisions au sein de l’Église doit être éloigné : Si quelqu’un provoque des divisions, éloigne-le de toi après un premier puis un second avertissement. Sache qu’un tel homme est perverti et qu’il pèche, se condamnant ainsi lui-même. Tite 3.10-11
C’est la raison pour laquelle ceux qui choisissent délibérément la désobéissance doivent être repris : Si quelqu’un n’obéit pas à ce que nous disons par cette lettre, notez-le et n’ayez pas de relations avec lui, afin qu’il en éprouve de la honte. Ne le considérez pas comme un ennemi, mais avertissez-le comme un frère. 2 Thessaloniciens 3.14-15
C’est la raison pour laquelle on doit faire taire ceux qui enseignent un autre Évangile ou qui ajoutent quelque chose à l’Évangile : Il y a en effet beaucoup d’hommes insoumis, des discoureurs creux et trompeurs, surtout parmi les circoncis. Il faut leur fermer la bouche, car ils bouleversent des familles entières en enseignant ce qu’il ne faut pas pour un gain honteux. Tite 1.10-11
Nous reviendrons sur ces textes au chapitre 5. Pour le moment, je veux simplement souligner le fait que l’Église est sainte parce qu’elle appartient à Dieu.
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L’Église est catholique
L’Église est aussi catholique. Catholique ne signifie pas « appartenant à l’Église catholique romaine ». Catholique est synonyme de « générale » ou « universelle ». Cela signifie que la nature de l’Église est identique partout. Elle dispose des mêmes moyens et poursuit les mêmes buts partout (j’expliquerai ces deux notions dans les deux prochains chapitres). Les Églises authentiques, sur toute la surface de la terre, sont de même nature. Il y a quelques années, avec les anciens de l’Église, nous avons essayé de compter le nombre de nationalités représentées dans notre Église locale. Nous en avons trouvé trente-deux, sans compter les personnes dont nous ignorions la nationalité : des Finlandais, des Mongols, des Nord-Américains, des Espagnols, des Portugais, des Brésiliens, des Camerounais, des Français, des Anglais, des Suisses et tant d’autres. On peut voyager dans n’importe quel pays sur la surface de la terre, on trouvera toujours des croyants qui se rassemblent au sein d’une Église locale. La forme de ces rassemblements sera peut-être très différente, mais Dieu ne bâtit pas une Église occidentale ou une Église suisse. Il bâtit une Église qui se répand partout, parce qu’il est lui-même partout. Les Églises devraient être capables de franchir les barrières ethniques en accueillant des gens de toute origine. Un jour, le pasteur de l’Église baptiste chinoise de Genève m’a dit une phrase qui m’a marqué : « Aujourd’hui, nous sommes l’Église baptiste chinoise de Genève, mais notre but est d’enlever le terme chinoise de notre nom. » Ce pasteur avait compris que l’Église est catholique. Pour un temps, essentiellement pour une question de langue, cette Église est chinoise. Mais ce pasteur avait conscience que c’était transitoire et qu’à terme, il fallait que cette Église devienne une Église, tout court.
Qu’est-ce que l’Église ?
C’est un miracle extraordinaire. Dieu a créé un peuple à partir d’individus de toutes les nations. Ce peuple se réunit dans toutes les régions du globe. Aucune organisation humaine n’a jamais été capable de produire un tel miracle. Seul Dieu pouvait le réaliser. L’Église est catholique parce qu’elle appartient à Dieu. L’Église est apostolique
L’Église est aussi apostolique. Elle repose sur les apôtres. Les apôtres sont les hommes que Jésus a lui-même choisis pour être les témoins privilégiés et légitimement désignés afin de transmettre son enseignement. L’enseignement des apôtres était accessible au premier siècle parce que les apôtres étaient toujours vivants. Cet enseignement s’est transmis pendant les siècles suivants à travers leurs écrits : les vingt-sept livres du Nouveau Testament. L’Église existe depuis 2 000 ans. Il y a 2 000 ans, la France n’existait pas. La Suisse n’existait pas. Le Saint-Empire romain germanique n’existait pas. L’Église a survécu à la chute de l’Empire romain, aux invasions barbares, à l’expansion de l’islam, aux Lumières, à la peste noire, aux Guerres mondiales, au communisme et à toutes les formes de persécution. L’Église est probablement le mouvement le plus durable de l’Histoire. Un jour, un responsable chrétien m’a raconté cette histoire : il avait été interviewé par un journaliste au sujet de l’implantation de nouvelles Églises en France. Le journaliste voulait assister à la naissance d’une Église en direct. Le responsable lui a répondu que les nouvelles Églises avaient une période de démarrage, mais pas forcément un instant de naissance précis. Mais il a quand même proposé au journaliste de le mettre en contact avec les responsables d’une Église toute nouvelle, âgée de quelques mois au plus, pour qu’il puisse se rendre compte
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de ce qu’était une Église naissante. Mais le journaliste a insisté, disant qu’il voulait vraiment voir le démarrage. Quelques mois d’existence étaient déjà un peu longs à ses yeux. Le responsable a eu cette réponse brillante : « Vous savez, nous existons depuis 2 000 ans. À cette échelle, quelques mois ne représentent vraiment pas grand-chose. » Avez-vous déjà étudié l’histoire de l’Église ? À chaque fois que je lis un livre sur ce sujet, je suis étonné de constater qu’elle existe toujours ! À vue humaine, l’Église aurait dû cesser d’exister pratiquement à chaque génération. Entre les mauvais leaders, les faux enseignants, les divisions et la persécution, l’Église aurait eu de nombreuses raisons de cesser d’exister. Pourtant, contre toute attente, elle est toujours là. L’Église existera toujours parce que Dieu en prend soin. En tant que pasteur, la longévité de mon Église locale m’inquiète parfois, mais celle de l’Église universelle ne m’inquiète pas, car j’ai l’assurance que Dieu préservera son peuple jusqu’au retour de Jésus. L’Église existe depuis deux millénaires. Ce miracle est possible parce qu’elle repose sur les apôtres. Sans cesse, génération après génération, l’Église authentique a dû revenir à leur enseignement. À certaines époques, elle l’a fait mieux qu’à d’autres. Mais ce miracle n’aurait pas été possible si l’Église avait été livrée à elle-même. L’Église est fondée sur un socle unique mis en place par Dieu. C’est la clé de sa longévité. L’Église est apostolique parce qu’elle appartient à Dieu. L’Église montre qu’elle appartient à Dieu Non seulement l’Église appartient à Dieu, mais elle le démontre concrètement en permanence. Elle le démontre par des actes qui disent : « Nous appartenons à Dieu. » Il y a 500 ans, Jean Calvin a décrit la manière dont l’Église montre qu’elle appartient à Dieu :
Qu’est-ce que l’Église ?
Voilà ce qui manifeste l’Église visible. Partout où nous voyons que la parole de Dieu est prêchée purement et écoutée et les sacrements administrés en suivant l’institution de Christ, il n’y a pas à douter que là est une Église5.
Pour Calvin, l’Église montre qu’elle appartient à Dieu en prêchant la parole de Dieu purement, en l’écoutant et en administrant les sacrements. En une phrase, Calvin décrit ce que l’Église fait pour montrer qu’elle appartient à Dieu. Prêcher la parole de Dieu
Premièrement, la parole de Dieu y est prêchée purement. Dieu règne sur son peuple par son Esprit et par sa Parole. Il nous a donné à tous son Esprit et il nous a donné à tous sa Parole. Cela est vrai au niveau individuel, mais c’est aussi vrai au niveau communautaire. Il a doté l’Église d’hommes spécialement équipés par son Esprit pour enseigner sa Parole. Mais attention, la prédication n’est pas une conférence où l’orateur serait libre de dire ce qu’il veut. C’est la parole de Dieu qui doit être prêchée. Le prédicateur n’est pas l’enseignant principal. Il est le héraut de Dieu, celui qui communique la parole de Dieu au peuple. Écouter la parole de Dieu
Deuxièmement, cette parole de Dieu y est aussi écoutée. Cette Parole ne doit pas être simplement prêchée, elle doit avoir un impact sur les auditeurs. Si les auditeurs n’écoutent pas, la Parole n’aura pas d’effet. L’Église montre qu’elle appartient à Dieu en s’asseyant régulièrement au pied de son roi pour écouter ses directives afin d’être transformée par celles-ci.
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CALVIN, Institution de la religion chrétienne, IV, 1, 9.
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Saviez-vous que l’écoute de la prédication vous transforme peu à peu ? Vous ne vous en rendez probablement pas compte chaque semaine, mais Dieu vous façonne. La question est donc : suis-je prêt à me laisser transformer quand j’écoute la parole de Dieu prêchée ? Est-ce que je me prépare à cela ? Est-ce que je prie pour cela ? Administrer les sacrements
Troisièmement, les sacrements y sont administrés. En plus de prêcher et d’écouter, Dieu nous demande de montrer, par deux actes concrets, que nous lui appartenons en tant que peuple. Les deux actes que Calvin avait en tête sont le baptême et la cène. Par le baptême, les croyants montrent qu’ils s’identifient à Jésus-Christ et qu’ils appartiennent à sa famille. Par la cène, ils montrent qu’ils dépendent de Jésus-Christ et qu’ils vivent avec lui au sein de sa famille (nous aborderons le baptême et la cène au chapitre 5). Par des actes concrets et visibles, l’Église démontre qu’elle est le peuple qui appartient à Dieu. L’Église est donc le peuple de Dieu. Elle le manifeste en prêchant, en écoutant et en administrant le baptême et la cène. On pourrait le dire ainsi : le peuple de Dieu doit transmettre les directives de son roi, les écouter, s’y soumettre et se diriger lui-même selon ces directives. Nous arrivons au terme de ce chapitre. Si vous ne deviez retenir qu’une seule idée, ce serait la suivante : L’Église est le peuple de Dieu. Voyons maintenant la relation qui existe entre Dieu le Roi et son peuple.
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CHAPITRE 2
Comment l’Église a-t-elle été créée ?
J’ai quatre enfants. J’ai eu le privilège de vivre quatre naissances. Je peux vous dire que cet instant est un moment spécial. C’est évidemment un moment unique pour les mères, mais également pour les pères. En tant que père, les naissances de mes enfants ont marqué le passage d’une relation que j’attendais à une relation qui s’est réalisée. En un instant, j’avais une nouvelle personne dans les bras. Lorsque l’on tient son enfant dans les bras, on se rend compte qu’il est profondément lié à nous. Premièrement, il a la moitié de notre ADN, donc il nous ressemble (au moins un peu). Deuxièmement, il dépend de nous. Il dépend tellement de nous que, si l’on s’arrêtait de s’en occuper, le nouveau-né ne pourrait pas survivre. Il en va de même pour l’Église : l’Église existe, car elle a été créée. Dans ce chapitre, nous allons explorer le lien spécial qui existe entre elle et Dieu, son créateur. Comme dans la relation père-enfant, le lien entre Dieu et son Église est un lien de filiation. Dieu est le père de son peuple.
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Pour commencer, je vous propose de lire ces mots prononcés par Paul, lorsqu’il dit au revoir aux anciens de l’Église d’Éphèse sur la plage, à Milet, avant d’embarquer sur le bateau pour Jérusalem. Il s’agit d’un moment très touchant où tous ceux qui sont présents vivent la tristesse de la séparation. Au milieu de ce dernier discours, Paul exhorte les anciens ainsi : Faites donc bien attention à vous-mêmes et à tout le troupeau dont le Saint-Esprit vous a confié la responsabilité ; prenez soin de l’Église de Dieu qu’il s’est acquise par son propre sang. Actes 20.28
« Acquise par son propre sang » : L’Église est la propriété de Dieu et elle existe grâce au sacrifice de Jésus-Christ. Cette vérité semble simple et évidente. Pourtant, nous vivons souvent comme si l’Église nous appartenait ou comme si elle existait grâce à nous. Si l’Église existe, c’est uniquement par la puissance de Dieu. La plupart des chrétiens répondraient « Amen » à cette affirmation. Mais qu’est-ce que cela signifie ? Qu’est-ce qui lie l’œuvre à son créateur ? Nous allons décrire ce lien en explorant trois vérités : l’Église ressemble à Dieu, l’Église dépend de Dieu et l’Église doit avoir la forme que Dieu a voulue, elle n’a pas besoin d’être inventée. L’Église ressemble à Dieu
Un créateur laisse sa marque sur son œuvre. Si vous connaissez bien un compositeur, vous le reconnaîtrez en entendant ses œuvres parce que son style est identifiable. Si vous connaissez bien un peintre, vous reconnaîtrez ses tableaux parce que sa manière de peindre est unique. De manière similaire, Dieu laisse sa marque sur tous ses actes de création. Lorsque Dieu crée l’univers, il laisse sa marque, comme une empreinte
Comment l’Église a-t-elle été créée ?
digitale qui permet à tout être humain de prendre conscience qu’il y a un créateur derrière cette œuvre. Si l’univers porte l’empreinte digitale de Dieu, on peut s’attendre à ce que l’Église aussi, d’une autre manière, reflète le caractère de Dieu. Lorsque vous regardez votre Église, vous devez déceler le Créateur derrière l’œuvre. Cela ne signifie pas que l’Église est comme Dieu. Mais elle lui ressemble. Voici deux exemples concrets pour vous aider à le comprendre : Le Dieu qui aime bâtit une Église qui aime Lorsque j’ai rencontré des chrétiens pour la première fois, je dois avouer que je n’ai pas été attiré par l’Évangile. J’ai été attiré par la qualité des relations que ces gens avaient entre eux. Cela n’a rien d’étonnant, d’ailleurs Jésus le dit clairement : Je vous donne un commandement nouveau : Aimez-vous les uns les autres. Comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres. C’est à cela que tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres. Jean 13.34-35
Comment les gens comprennent-ils que nous sommes des disciples de Jésus ? En voyant l’amour que nous avons les uns pour les autres. Par la grâce de Dieu, après avoir été attiré par les relations, j’ai compris l’Évangile et je suis devenu chrétien. Depuis ce jour, l’amour vécu au sein de l’Église n’a jamais cessé de m’émerveiller. On se focalise parfois sur les crises et les tensions relationnelles vécues par les chrétiens. Il faut malheureusement avouer que ces choses existent. Mais il existe aussi de très nombreux exemples où l’Église manifeste l’amour. Actuellement, avec ma famille, nous vivons aux États-Unis pour une année. Avec mon épouse, nous sommes devenus membres d’une Église que nous
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