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Le sentier de la vie • Stephen Yuille

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Le sentier de la vie La richesse du Psaume 119

Stephen Yuille

EUROPRESSE


Avant-propos

Vous vous apprêtez à effectuer vos premiers pas sur Le sentier de la vie en compagnie du Dr Stephen Yuille, et il est de mon privilège de vous souhaiter bon voyage. Si je travaillais pour une agence de tourisme, je vous dirais que l’auteur est un de nos guides les plus expérimentés et les plus fiables, un homme qui deviendra très vite votre ami tout autant que votre mentor au cours du voyage. Doué d’intelligence académique, il possède également la sagesse et la sensibilité que confère une longue expérience pastorale. De ce fait, il combine connaissances et expérience en un assemblage d’une rare finesse. Cela vous convaincra que le voyage en vaut la peine.


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Jean Calvin écrit que le livre des Psaumes est «une anatomie de toutes les parties de l’âme». Il me semble que nous avons aujourd’hui de sérieuses lacunes en matière d’anatomie spirituelle et une très mauvaise connaissance du manuel d’instruction sur le sujet. Le Dr Yuille est en revanche un praticien compétent. Il expose dans cet ouvrage le chapitre le plus long du manuel divin : le Psaume 119. Pourquoi un Psaume ? Vous ressentez peut-être la même chose que Naaman, le grand général syrien, lorsque Élisée lui enjoignit d’aller se baigner dans le Jourdain pour trouver la guérison, alors qu’il y avait dans son pays des fleuves bien plus majestueux. Pourquoi ne pas plutôt choisir l’épître aux Romains ou celle aux Éphésiens pour nous encourager dans notre marche chrétienne ? Permettez-moi de vous retenir encore un instant avant que vous vous engagiez dans votre voyage. J’aimerais vous partager quelques réflexions personnelles sur l’importance du travail de Stephen Yuille pour le chrétien d’aujourd’hui. J’ai grandi dans un contexte où on chantait les Psaumes sous forme de poésie métrique (un peu comme à l’époque qui a suivi la Réforme), sur des mélodies simples mais souvent très émouvantes. Ces chants, et l’atmosphère qu’ils dégagent, ont rythmé ma vie chrétienne. J’ai appris à marcher selon le Psaume 23, à exprimer mon «blues» dans les paroles des Psaumes 42, 43 et 102, à me lamenter avec les mots du Psaume 40. Le modèle du Psaume 51 m’a aidé à confesser mes péchés. J’ai connu le privilège de prendre le repas du Seigneur en chantant «Je prendrai la coupe du salut»,1 et de conclure d’innombrables célébrations de la Cène en chantant les paroles du Psaume 24:7-10 sur une mélodie


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entraînante bien connue chez moi. J’éprouve enfin les émotions de l’eschatologie biblique lorsque je chante le Psaume 72 : «Son nom subsistera toujours, Aussi longtemps que le soleil son nom se perpétuera ; Par lui on se bénira mutuellement, Et toutes les nations le diront heureux» (v.17).

On croit toujours que sa propre expérience est la norme, que tout le monde vit la même chose, et ce fut mon cas pendant de nombreuses années. Vivre avec les Psaumes était «normal» pour moi. Je n’ai pas saisi la valeur du trésor que m’avaient offert les églises où j’ai grandi jusqu’au jour où, après avoir cité un Psaume dans un de mes cours, j’ai tout naturellement interrogé mes nouveaux étudiants en théologie : «Qui de vous chante les Psaumes dans son église ?» Leur réponse m’a stupéfié, ou plus exactement l’absence de réponse. Quelques mains se sont levées, mais la plupart des étudiants me dévisageaient d’un air étonné. J’ai cherché à connaître les raisons qui se cachaient derrière leurs réponses inattendues et variées, et la lumière a commencé à se faire dans mon esprit. De nombreuses églises privilégient désormais la musique contemporaine et l’utilisation d’un écran au psautier et aux recueils de cantiques (que la plupart a d’ailleurs totalement abandonnés). La louange se cantonne souvent à des chants choisis par un seul individu, affichés à l’écran une strophe à la fois. Ainsi, le chrétien se voit privé de l’aide élémentaire qu’apportent les livres de cantiques en indiquant le genre et la classification doctrinale du chant, ainsi que du riche répertoire de chants d’adoration biblique employés au cours des siècles. De


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plus, substituer la projection sur un écran au livre de cantiques implique forcément de n’afficher qu’une seule strophe à la fois, ce qui empêche de percevoir la cohérence et la logique théologique de l’ensemble du cantique. Impossible désormais de soumettre un hymne à son véritable examen : quel impact a-t-il sur moi (comment m’instruit-il et quelles émotions suscite-t-il) lorsque l’accompagnement musical est absent ? Cet examen montre clairement que le pouvoir émotionnel de certains hymnes et chants ne réside plus maintenant dans les paroles mais dans la musique. Il se peut alors que nous chantions avec notre esprit mais sans que notre intelligence soit impliquée, comme le dit Paul. J’ai donc pris l’habitude de poser la question suivante : selon l’apôtre Paul, quel est le premier signe qu’un chrétien est rempli de l’Esprit ? Les étudiants reconnaissent la référence à Éphésiens 5:18, mais on me dévisage d’un air plus perplexe encore (vous ne voulez quand même pas dire «chanter les Psaumes») ! Ce à quoi je réponds toujours : «Hé bien, Paul ne veut sûrement pas dire qu’on arrête de chanter les Psaumes quand on est rempli de l’Esprit.» Même le plus fervent défenseur de la doctrine dispensationaliste doit reconnaître que les apôtres s’attendaient à ce que les croyants vivant à l’«ère de l’Église» continuent de chanter les Psaumes ! Quel est le rapport de mes propos avec cet ouvrage ? Le voici. Les Psaumes ont presque entièrement disparu de la conscience chrétienne collective, et nous sommes peut-être la première génération de chrétiens à les avoir fait disparaître de notre subconscient. Nous ne nous souvenons pas des Psaumes pour y puiser force et réconfort dans les moments de crise, aux jours de la détresse ou dans la vallée de l’ombre de la mort. Mais


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le Dr Yuille propose ici un cours de médecine tiré des Psaumes qui nous aidera à endiguer la maladie et à recouvrer la santé et des forces spirituelles. Si sa prescription du Psaume 119 vous est bénéfique, il reste encore 149 autres prises du même médicament qui vous feront le plus grand bien ! En prenant pour sujet le Psaume 119, l’auteur inscrit son ouvrage dans une longue tradition. Ce Psaume est le plus long du psautier, avec ses 22 sections, qui correspondent chacune à une lettre de l’alphabet hébreu. À bien des égards, c’est aussi le Psaume par excellence, car il aborde un large éventail d’expériences et d’émotions spirituelles. Il vise en particulier à façonner l’expérience de vie des jeunes, et sa structure en acrostiches laisse à penser qu’il était destiné à être appris par cœur (dans les deux sens de l’expression). Il est très probable que Jésus l’ait mémorisé dans sa jeunesse, comme il a sans doute mémorisé tout le livre des Psaumes. Ces chants ont façonné sa mentalité et lui ont permis d’exprimer tout le spectre de ses émotions, de ses joies comme de ses peines, et en particulier de sa relation avec son Père céleste. Si les Psaumes avaient une telle importance pour Jésus, notre Sauveur et notre exemple, ils devraient en avoir tout autant pour nous. Pour cette raison, et pour de nombreuses autres que vous découvrirez au fil des pages, ce livre-ci est peut-être plus important que vous ne l’imaginiez lorsque vous l’avez saisi pour le feuilleter. Oui, il vous guidera tout au long du Psaume 119. Mais j’espère qu’au cours de ce voyage et sûrement quand vous arriverez à son terme, vous vous direz : «Cette lecture m’a fait tellement de bien ; c’était si revigorant et agréable. Je veux continuer !» Ami lecteur, j’espère que cet ouvrage fera de vous un passionné


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du Psaume 119 et de tout le livre des Psaumes pour le restant de votre vie. Je vous ai déjà trop retenu ; il est temps de vous mettre en route. Votre guide vous a attendu patiemment. Je vous souhaite un bon voyage sur Le sentier de la vie en compagnie de Stephen Yuille. Sinclair Ferguson

Note : 1. Premier vers du chant 103 du Psautier écossais (1650) qui reprend le Psaume 116:1319 – N.d.t.


Introduction

Le titre de ce livre provient du Psaume 16 : «Tu me feras connaître le sentier de la vie ; Il y a d’abondantes joies devant ta face, Des délices éternelles à ta droite.»

À quoi pensez-vous lorsque vous entendez le mot «délices» (ou «plaisirs») ? Pour la plupart, les gens assimilent sans doute ce terme à ce qui plaît à leurs sens : un paysage, un air de musique, un arôme, une texture, un parfum. De par notre nature, il est difficile d’imaginer un plaisir qui soit autre que physique.


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Pourtant, le plus grand plaisir qu’on puisse connaître est d’ordre spirituel. Il consiste à goûter la douceur de Dieu en Christ et à expérimenter les bénédictions qui découlent d’une communion avec lui. Il n’existe pas d’autre «sentier de la vie» pour le croyant. Les Écritures dans leur entier révèlent le Seigneur, et le livre des Psaumes s’y emploie d’une manière particulière. Les psalmistes nous invitent à lever les yeux vers le ciel tout en montrant comment glorifier Dieu dans nos désirs, comment le magnifier dans nos émotions et l’honorer dans nos pensées. Ils enseignent ce que signifie trouver notre plaisir en Dieu, notre souverain bien. Les psalmistes puisent leur bonheur auprès de celui qui réserve des «délices éternelles à [sa] droite». Pour autant, ils ne minimisent ni ne banalisent la réalité douloureuse de la vie terrestre dans un monde déchu.1 Au contraire, ils décrivent ouvertement le mal qui sévit à l’intérieur du cœur et celui qui l’assaille de l’extérieur. Confrontés aux peurs, aux doutes, aux peines et aux angoisses qui s’ensuivent, les psalmistes expriment leurs lamentations devant Dieu. Le livre des Psaumes contient 39 lamentations individuelles et 23 lamentations collectives. Ces passages sont assez faciles à identifier en raison de leurs caractéristiques communes. Premièrement, ils sont empreints d’obscurité. En les lisant, on a l’impression de se perdre dans un gouffre où la lumière ne pénètre pas. Ils s’enveloppent d’angoisse, de colère, de confusion, de frustration, d’incompréhension, de désespoir et d’impuissance. Deuxièmement, ils expriment tous la même question simple et le même sentiment d’urgence : jusqu’à quand ? Deux difficultés viennent s’y ajouter. La première est l’absence apparente de


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réaction de la part de Dieu : «Pourquoi, ô Éternel ! te tiens-tu éloigné ? Pourquoi te caches-tu au temps de la détresse ?» (10:1) La deuxième est son hostilité apparente : «Tu me réduis à la poussière de la mort» (22:16). Troisièmement, les Psaumes de lamentation se structurent autour de trois pronoms personnels : je (le sujet), ils (la cause) et toi (le remède). La fréquence des lamentations dans le livre des Psaumes montre que la lamentation fait partie intégrante de l’expérience du peuple de Dieu. Un auteur donne l’avertissement suivant : «Ne croyons pas au mythe d’une foi toujours souriante. En réalité, la foi ressemble souvent au processus tout à fait ordinaire de poser péniblement un pied devant l’autre.»2 Nous vivons dans un monde déchu, et les ravages de la Chute affectent souvent notre propre vie. Heureusement, Dieu fournit les Psaumes pour nous permettre d’exprimer ce que nous vivons. Nous y avons recours quand la douleur est chronique, quand la maladie est incurable et le cancer inopérable. Nous allons vers les Psaumes quand un tremblement de terre détruit un village entier, quand la crue emporte toute une famille ou quand une bombe terroriste explose sur une place de marché bondée de monde. Nous avons recours aux Psaumes quand la persécution est inévitable, sans échappatoire possible, sans défense ni recours en justice. Nous y venons quand nos relations deviennent toxiques, quand le fils de la maison est agressif, la mère dominatrice, la sœur vindicative et le père indifférent. Nous y venons lorsqu’un brouillard oppressant se lève sur notre journée, lorsqu’une nuée de tristesse dissimule tout le reste à nos yeux. Nous nous tournons vers les Psaumes lorsque l’horreur du péché déferle sur nous comme un raz de marée invincible, lorsque nous voyons le monde tel qu’il


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est vraiment, depuis les chambres à gaz de la Seconde Guerre mondiale jusqu’aux cliniques contemporaines où l’avortement se pratique à la chaîne. En un mot, nous avons recours aux Psaumes chaque fois que nous nous écrions : «Pourquoi t’abats-tu, mon âme, et gémis-tu au-dedans de moi ?» (42:6) En venant aux Psaumes de lamentation, nous découvrons qu’ils expriment ce que nous peinons souvent à décrire.3 Plusieurs choses se produisent, alors que le chrétien exprime ses lamentations sur le modèle des psalmistes. Tout d’abord, il s’approche de Dieu : «Approchez-vous de Dieu, et il s’approchera de vous» (Jacques 4:8). S’approcher de Dieu n’est pas une action réservée à la conversion ou au culte dominical. C’est la teneur de toute une vie. Bien trop souvent, nous faisons tout sauf lever les yeux lorsque les réalités difficiles de la vie se dressent devant nous. «Nous nous dépêchons de nous décharger de nos doutes et de nos questions sur nos amis, notre famille ou sur Facebook sans être même allé à Dieu… Une telle attitude ne consiste pas à se lamenter mais à évacuer, et nous n’en tirons aucun bénéfice à long terme… Les hommes n’ont pas la carrure pour absorber notre peine. Seul Dieu est assez grand» (Andrew Wilson). En s’approchant de lui, le chrétien découvre un Dieu proche, prêt à bénir, à réconforter, à guider et à soutenir. Il rencontre un Dieu empathique et non apathique, un Dieu de compassion et non de condamnation. Il comprend la réalité des paroles d’Ésaïe : «Alors tu appelleras, et l’Éternel répondra ; tu crieras, et il dira : Me voici !» (58:9) Exprimer ses lamentations sur le modèle des psalmistes implique également le fait de se parler à soi-même. Nous avons besoin de le faire de temps à autre. Martyn Lloyd-Jones expli-


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que : «Le secret de la vie spirituelle consiste à savoir se prendre en main : comment se parler, s’exhorter et s’interroger. Il nous faut dire à notre âme : «Pourquoi es-tu abattue ? D’où viennent tous ces gémissements ?» Au lieu de nous morfondre dans la dépression, nous devons affronter ce «moi», le réprimander, le condamner et l’exhorter : «Espère en Dieu !»4 Se parler à soi-même permet au croyant de se rappeler que Dieu l’a mis à part. Il lui appartient. Le Seigneur l’a choisi, racheté, régénéré et adopté. Maintenant, il préserve cet homme en vue du salut qui sera révélé à la fin des temps. Les bras puissants et éternels le portent, même si ce croyant ressent peu de joie et d’assurance. La main forte de Dieu le soutient, même lorsqu’il traverse la vie d’un pas chancelant, incapable de voir au-delà de ses luttes du moment présent. Il se rappelle que Dieu est son Père et que sa «bonté s’élève au-dessus des cieux» (Psaume 108:5). La troisième chose que nous découvrons en nous lamentant sur le modèle des psalmistes est que la confusion cède peu à peu la place à la confiance. Notre certitude de l’acceptation et de la faveur divines grandit. «S’il nous sourit, cela nous suffit, quand bien même le monde entier s’élève contre nous»(Thomas Manton). Nous goûtons la paix d’avoir Dieu pour ami. Nous jouissons de l’assurance qui découle d’une appréciation véritable de l’amour de Dieu. Pour résumer, nous apprenons qu’emprunter le «sentier de la vie» signifie connaître le bonheur, même au temps de la détresse. Notes : 1. Martin Luther écrit : «Chacun, quelle que soit sa situation, y trouve des Psaumes, ainsi que des paroles, qui correspondent à son cas et qui lui conviennent bien, comme


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si elles avaient été formulées pour lui seul, de sorte que lui-même ne pourrait en formuler, ou en trouver, ou en souhaiter de meilleures», Préface au psautier, Œuvres, Éditions Labor et Fides, Genève, 2018, tome XX). Dans la même veine, Jean Calvin décrit les Psaumes comme «une anatomie de toutes les parties de l’âme, car il n’existe en l’homme aucune émotion qui ne soit pas ici représentée comme dans un miroir», Commentaires sur le livre des Psaumes, Paris, 1859, tome 1, p.vi. 2. Ed Welch, La dépression. Retrouver la lumière au sein des ténèbres, Excelsis, Cléon d’Andran, 2015. Walter Brueggemann évoque lui aussi le «mythe» de la foi toujours souriante : «La piété et la spiritualité chrétiennes sont en grande partie imprégnées d’un positivisme romantique et irréel. Étant le produit des Lumières, nous avons censuré la voix de l’obscurité et de la confusion pour décider à notre convenance, cherchant à aller de force en force et de victoire en victoire. Suivre cette voie conduit à ignorer les Psaumes et s’avère être un mensonge en termes d’expérience.» Selon Brueggemann, «les Psaumes décrivent notre expérience en trois étapes : 1) l’orientation : La vie humaine est faite de périodes de bien-être et de satisfaction qui suscitent notre gratitude pour la constance de notre bonheur ; 2) la désorientation : La vie humaine est faite de périodes d’angoisse et de peine, d’isolement, de souffrance et de mort qui provoquent la fureur, la rancœur, l’apitoiement sur soi et la haine ; 3) la nouvelle orientation : La vie humaine est faite de virages surprenants où Dieu nous comble de nouveaux bienfaits, où la joie transperce notre désespoir. La vie chrétienne se caractérise donc par deux mouvements clés : «1) le passage de l’orientation à la désorientation : Psaumes de lamentation et de supplication ; 2) le passage de la désorientation à la nouvelle orientation : Psaumes de reconnaissance et de louange.» N.B. : Dans le reste du livre, nous indiquerons seulement le nom de l’auteur des citations pour les ouvrages qui ne sont pas traduits en français. Une courte bibliographie vient en fin de volume à l’intention de ceux des lecteurs qui lisent l’anglais. 3. Philip Johnston écrit : «Les Psaumes décrivent des situations de difficultés extérieures et de luttes intérieures avec lesquelles les lecteurs s’identifient aisément… Ainsi, le combat pour garder la foi au sein de l’épreuve s’exprime de manière frappante dans les paroles des psalmistes qui ont connu des luttes similaires il y a bien des siècles.» (notre traduction) 4. La dépression spirituelle, ses causes et ses remèdes, éditions Europresse, Chalon-surSaône, 2016, pp.17,18.


1 Présentation du Psaume 119

Nous avons vu dans l’introduction qu’il y a 62 Psaumes de lamentation dans tout le psautier. Parmi eux, le Psaume 119 mérite une attention toute particulière. Kevin DeYoung observe que ce Psaume suscite souvent l’une des trois réactions suivantes. La première consiste à dire : «Ouais, c’est ça.» C’est l’attitude du sceptique qui trouve que la Bible en général et le Psaume 119 en particulier n’ont rien de très percutant. La deuxième réaction est : «Oui, mais bon.» C’est l’attitude de l’individu qui a peut-être une haute opinion de l’Écriture mais trouve le Psaume 119 fastidieux ou dénué de pertinence. La troisième réaction est : «Ah oui ! Tout à fait ! Absolument !» C’est l’exclamation du croyant qui retrouve l’écho du Psaume 119 dans son cœur et se dit : «J’aime vraiment ce Psaume parce qu’il exprime le chant de mon âme.»1 J’espère que lorsque vous aurez terminé ce livre, le Psaume 119 trouvera un écho dans votre cœur. Mais avant de voir ce qu’il enseigne sur le bonheur au temps de la détresse, commençons par une brève présentation.


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L’auteur Depuis longtemps, la tradition attribue le Psaume 119 à David. «Le Psaume est davidique dans le ton et l’expression, et il concorde avec l’expérience de David sur de nombreux points intéressants» (Charles Spurgeon). C’est peut-être vrai, mais nous ne pouvons pas affirmer avec certitude que David en est l’auteur. Toute conclusion concernant la paternité du Psaume doit reposer sur des preuves textuelles. Ces preuves suggèrent que l’auteur se rattache à la monarchie. Premièrement, ce qu’il dit de lui-même implique une position d’autorité (vv.46,74,79) ; il se qualifie de «serviteur» de Dieu (vv.17,23,38,49,65,76,84,124,125,135,140,176) ; il identifie certains de ses ennemis comme étant des «princes» (vv.23,161). Un deuxième indice de royauté est l’importance qu’il accorde à la loi de Dieu. La loi mosaïque stipulait que le roi devait étudier le livre de la loi afin d’en garder les statuts (Deutéronome 17:18-20).(Will Soll) Le psalmiste fait écho à cette exigence en exprimant son désir d’obéir à la loi «de tout [son] cœur» (vv.2,10,34,58,69,145 ; cf. Deutéronome 4:29 ; 6:5 ; 26:16 ; 30:2 ; 1 Rois 2:4 ; 8:23,48 ; 2 Rois 23:2,3,25). Les indices textuels suggèrent également que l’auteur traverse une épreuve très difficile. Il déclare : «Je suis bien humilié» (v.107). Il parle d’ennemis, d’oppresseurs, de persécuteurs, d’adversaires et de méchants. Il mentionne des complots, des moqueries, des mensonges et des pièges. Il évoque les difficultés, l’angoisse, le mépris, le dédain, les tourments et les reproches. Mais il ne donne aucun détail propre à identifier un contexte précis. Tout ce que nous savons avec certitude, c’est qu’il fait face aux «réalités douloureuses de la vie».2


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Tous ces éléments permettent de conclure que le Psaume 119 trace le portrait d’un roi en souffrance, sans doute David. Il «a conscience de ses faiblesses et de ses manquements et de ceux de la dynastie royale. Ce constat ne le mène pourtant pas au désespoir, mais le conduit à fonder le plus fermement possible son espoir de restauration sur la Torah»(Will Soll).

La forme Le Psaume 119 se présente sous la forme d’un acrostiche alphabétique (il en existe d’autres dans l’Ancien Testament ; cf. Psaumes 9 et 10 ; 25 ; 34 ; 37 ; 111 ; 112 ; 145 ; Proverbes 31:10-31 ; Lamentations ch.1-4). Il se compose de vingt-deux strophes qui correspondent chacune à une lettre de l’alphabet hébreu. Dans le texte d’origine, chaque strophe contient huit versets qui commencent tous par la même lettre. Il est probable que le psalmiste ait choisi cette structure pour méditer sur huit termes clés qui désignent la Parole de Dieu (les 178 occurrences de ces huit termes se répartissent de façon égale entre les versets 1 à 88 puis 89 à 176. Sur les 176 versets du Psaume, seuls quatre ne contiennent aucun de ces termes (vv.3,37,90,122). Sur les 22 strophes, seules quatre contiennent tous les huit termes, un pour chaque ligne (vv.41-48, 57-64, 73-80, 81-88). La plupart du temps, le psalmiste emploie ces termes comme des synonymes. «Chaque terme désigne en fin de compte la révélation biblique dans son ensemble» (George Zemek). La Parole de Dieu est donc le sujet de tout le Psaume. Tous ces termes évoluent autour d’un même centre de gravité que l’auteur résume dans le tout premier vers de son poème : «la loi de l’Éternel».


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Termes qui désignent la Parole de Dieu dans le Psaume 119 hébreu tôrâ

français loi

ēdût

précepte(s)

piqqûd

ordonnance(s)

hōq

statut(s)

mišpāt

jugement(s)

dābār

parole(s)

imrâ

lois (de ta justice) sentence(s) (v.13) justice (v.84) coutume (v.132) promesse(s)

parole(s)

promesse/promis (v.76)

mișwâ

occurrences vv.1, 18, 29, 34, 44, 51, 53, 55, 61, 70, 72, 77, 85, 92, 97, 109, 113, 126, 136, 142, 150, 153, 163, 165, 174 3 Total : 25 vv.2, 14, 22, 24, 31, 36, 46, 59, 79, 88, 95, 99, 111, 119, 125, 129, 138, 144, 146, 152, 157, 167, 168 Total : 23 vv.4, 15, 27, 40, 45, 56, 63, 69, 78, 87, 93, 94, 100, 104, 110, 128, 134, 141, 159, 168, 173

Total : 21 vv.5, 8, 12, 16, 23, 26, 33, 48, 54, 64, 68, 71, 80, 83, 112, 117, 118, 124, 135, 145, 155, 171 Total : 22 vv. 7, 13, 20, 30, 39, 43, 52, 62, 75, 84, 91, 102, 106, 108, 120, 121, 132, 137, 149, 156, 160, 164, 175 Total : 23

vv.9, 16, 17, 25, 28, 42 (deux fois ; une seule dans la NEG), 43, 49, 57, 65, 74, 81, 89, 101, 105, 107, 114, 130, 139, 147, 160, 161, 169 Total : 24 vv.11, 38, 41, 50, 58, 67, 76, 82, 103, 116, 123, 133, 140, 148, 154, 158, 162, 170, 172 4

Total : 19 commandement(s) vv.6, 10, 19, 21, 32, 35, 47, 48, 66, 73, 86, 96, 98, 115, 127, 131, 143, 151, 166, 172, 176

Total : 21

La thématique La forme poétique du Psaume 119, en acrostiche alphabétique,


présentation du psaume 119

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suggère la perfection et la complétude. Elle souligne ainsi le caractère inépuisable de la tôrâ. Il existe un lien direct entre la structure du Psaume 119 et son contenu. L’idée d’ordre s’exprime à la fois dans la structure du Psaume (sa forme d’acrostiche et les huit termes clés) et dans sa substance (la célébration de la tôrâ). L’idée de chaos transparaît dans la multitude d’applications des huit termes clés qui font écho aux multiples circonstances du psalmiste. Cela mène à la thématique principale du psalmiste qui est de dévoiler les richesses de la Parole de Dieu pour une vie humaine chaotique. 1) Le Psaume 119 montre ce qu’il convient de croire au sujet de la

Parole de Dieu.5 Elle dit ce qui est vrai : «À toujours, ô Éternel ! Ta parole subsiste dans les cieux» (v.89). Elle exige ce qui est juste : «Je sais, ô Éternel ! que tes jugements sont justes» (v.75). Elle procure ce qui est bon : «Heureux ceux qui gardent ses préceptes» (v.2). 2) Le Psaume 119 montre quels sont les sentiments qu’il convient

de ressentir au sujet de la Parole de Dieu. Le psalmiste fait d’elle ses délices (vv.14,24,47,70,77,143,174), il la désire (vv.5,10,17,20,40,131) et il s’en remet entièrement à cette Parole (vv.31,50,52). Kevin DeYoung écrit : «Il y a bien des choses que nous désirons dans la vie, mais il y en a peu dont nous avons réellement besoin. La parole de Dieu en fait partie.»6 3) Le Psaume 119 montre comment agir à l’égard de la Parole de

Dieu. Nous chantons la Parole (v.172), nous la déclarons (vv.13,46), l’étudions (vv.15,48,97,148), nous la mémorisons (vv.11,141), lui obéissons (vv.8, 44, 57, 129, 145, 146, 167, 168), et nous prions selon la Parole (vv.58,121-123,147,149-152,153-160).


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le sentier de la vie

Matthew Henry souligne qu’en fin de compte, le psalmiste cherche à faire l’éloge de la «révélation divine», à en démontrer «l’excellence et l’utilité» et à nous la recommander pour diriger notre vie.7 Jonathan Edwards explique : «La loi de Dieu est l’expression et l’émanation sublime de la sainte nature de Dieu et sa prescription de sainteté pour la créature. Le psalmiste ne cesse de la présenter comme un objet d’amour, de satisfaction et de joie pour celui qui est bien disposé. En raison de leur sainteté, les commandements de Dieu sont pour cet homme plus précieux que l’or, que beaucoup d’or fin et plus doux que le miel, que celui qui coule des rayons.»

Les caractéristiques Comme tous les Psaumes, le Psaume 119 appartient au genre de la poésie. En tant que tel, il fait entrer le lecteur dans l’expérience personnelle du psalmiste et il l’appelle à une lecture méditative. La prose est un moyen bien plus précis et efficace de transmettre l’information. Si cette transmission était le seul but de la Bible, le langage poétique représenterait un handicap, mais ce n’est pas le seul objectif de la Bible. Les Psaumes visent effectivement à prodiguer un enseignement théologique, mais ils éveillent aussi l’émotion du lecteur, stimulent son imagination et engagent sa volonté. La poésie est un outil très efficace pour parvenir à ce but. Le parallélisme est une caractéristique importante de la poésie hébraïque. Il consiste à employer deux ou trois lignes pour décrire la même réalité et il peut revêtir l’une des trois formes suivantes :


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1) La répétition (parallélisme synonymique) : la deuxième ligne

répète ce que dit la première mais avec d’autres mots ; 2) L’addition (parallélisme synthétique) : la deuxième ligne développe la vérité exprimée dans la première ; 3) Le contraste (parallélisme antithétique) : la deuxième ligne exprime l’opposé de la vérité exprimée à la première. On retrouve ce schéma dans des versets isolés, ainsi que tout au long de certains Psaumes. La poésie hébraïque se caractérise également par l’emploi fréquent de figures de style pour décrire des événements et des expériences réelles. Par exemple, la métaphore et la comparaison (introduite par les mots «comme» ou «tel») servent à comparer deux choses pour donner une vue d’ensemble. Le mérisme consiste à se référer à deux extrêmes pour inclure tout ce qui se trouve entre les deux. La personnification parle d’objets inanimés comme s’il s’agissait de personnes, cela afin de favoriser la compréhension. Le refrain répète une phrase au sein d’une même section pour souligner une idée. Il est important de garder ces caractéristiques à l’esprit dans la lecture du Psaume 119. Rappelons-nous que le but du psalmiste n’est pas simplement de communiquer des vérités, mais aussi d’exprimer son expérience de la vérité.

La cohérence Dans ses discours sur les Psaumes, Augustin d’Hippone a longtemps évité le Psaume 119, découragé par sa «longueur» et sa


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«profondeur». Des années plus tard, lorsqu’il décida enfin de prêcher sur ce Psaume, il reconnut néanmoins trouver «la tâche au-dessus de [ses] forces»8 Comme beaucoup d’autres avant lui, il luttait sans doute avec le manque apparent de cohérence du Psaume 119.9 Matthew Henry écrit : «On trouve rarement une cohérence entre les versets. Comme les proverbes de Salomon, ils constituent un coffre rempli d’anneaux d’or et non une chaîne de maillons d’or.» Thomas Manton propose une description similaire : «La plupart des vers n’ont pas d’autre lien que ce qui unit les différentes perles d’un même collier. Certains en revanche ressemblent aux maillons d’une même chaîne, liés les uns aux autres par un ordre et une méthode remarquables.» Il ajoute : «Pour la plupart, les phrases de ce Psaume sont indépendantes et n’obéissent pas aisément aux règles de la méthode. Il est donc inutile de chercher à en déterminer le contexte.» Dans la même veine, Charles Bridges observe : «Si les versets ne sont pas comme les maillons d’une même chaîne unis par un lien continu et ininterrompu, nous pouvons du moins les considérer comme des perles d’un même collier dotées d’une valeur égale bien qu’indépendante.» Mais le Psaume 119 est-il vraiment aussi incohérent qu’on le laisse entendre ? Certes, il s’agit d’une prière méditative et non d’une présentation analytique, mais cela ne signifie pas qu’il souffre d’un manque de cohérence.10 De manière générale, chaque strophe présente une unité thématique. La première et la deuxième strophes (aleph et beth) servent de prologue. Le psalmiste y pose le fondement en décrivant la relation qu’il entretient avec la «loi de l’Éternel» (v.1). La troisième strophe (gimel) marque le début de sa prière de lamentation. Le psalmiste répète sa


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plainte plusieurs fois dans les strophes 4 à 10, en plaçant à chaque fois l’accent sur un aspect différent.11 La onzième strophe (kaph) est le point culminant de sa lamentation. Le psalmiste y «touche le fond du baril», sa souffrance occupe le devant de la scène. David Powlison observe que le psalmiste «communique une poignante détresse, le sentiment d’être au plus creux, d’être vulnérable et fragile».12 En revanche, la douzième strophe (lamed) marque le point culminant du Psaume. Le psalmiste poursuit sa prière de lamentation après cette section, mais il a changé de perspective, et ce changement affecte le reste du Psaume. Il réaffirme à plusieurs reprises sa confiance en Dieu. La vingt-deuxième strophe (taw) offre une conclusion adéquate au Psaume, car le psalmiste s’y engage à louer son Dieu.

L’interprétation Il est utile de situer le Psaume 119 dans le déroulement de l’histoire de la rédemption pour bien l’interpréter. Dieu avait promis à David : «Quand tes jours seront accomplis et que tu seras couché avec tes pères, j’élèverai ta postérité après toi… et j’affermirai pour toujours le trône de son royaume» (2 Samuel 7:12,13). Après le règne de David, son fils Salomon bâtit des sanctuaires et des temples en l’honneur d’une multitude de faux dieux, en conséquence de quoi son fils Roboam fut dépouillé de la majeure partie du royaume. Sous la direction de Jéroboam, le royaume du Nord sombra alors dans l’idolâtrie et y continua pendant plusieurs siècles, jusqu’à ce que Dieu envoie les Assyriens pour y mettre un terme en 722 av. J.-C. Le royaume du Sud perdura un peu plus longtemps, car il y eut quelques bons rois parmi les descendants


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le sentier de la vie

physiques de Salomon. Mais pour la plupart, ils échouèrent eux aussi de façon lamentable, et Dieu envoya les Babyloniens pour envahir le royaume en 586 av. J.-C. Ces événements historiques soulèvent une question importante : qu’est devenue la promesse divine d’affermir pour toujours le règne de l’un des fils de David ? Il faut comprendre qu’en faisant cette promesse à David, Dieu avait une personne précise à l’esprit : Jésus-Christ. Dieu accomplit sa promesse en donnant à Christ le trône de David. La proclamation de l’ange à Marie en est la confirmation : «Il sera grand et sera appelé Fils du Très-Haut, et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père. Il régnera sur la maison de Jacob éternellement, et son règne n’aura point de fin» (Luc 1:32,33). Quel rapport cela a-t-il avec le Psaume 119 ? Le pasteur Hywel Jones commente : «L’Éternel promet à David un descendant qui «bâtira une maison» au nom de l’Éternel et dont il «affermir[a] pour toujours le trône». Le Psaume 119 est donc l’expression d’un descendant de David qui croit en cette promesse… Il concerne surtout le fils ultime de David, le Seigneur JésusChrist, qui a obéi à la loi de l’Éternel pour le bien de son peuple et lui permet ainsi, parce qu’il est uni à lui, de vivre conformément à cette loi dans son royaume.»

Le Psaume 119 dépeint donc le roi d’Israël tel qu’il devrait être, un roi qui obéit à la loi de Dieu de tout son cœur. Cette description s’accomplit parfaitement en Christ, qui fait ses délices de la Parole de Dieu (vv.14-16,103,143) ainsi que la source de sa vie (vv.25,50).13 En un mot, il «vivait» les Écritures. C’est ainsi qu’il


présentation du psaume 119

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résista à la tentation, débattit avec les scribes, instruisit les foules, persévéra dans l’épreuve, endura la croix.14 Christ a vécu une vie de foi (Hébreux 2:10), dans la dépendance à Dieu : «Comme le Père qui est vivant m’a envoyé, et que je vis par le Père, ainsi celui qui me mange vivra par moi» (Jean 6:57). Il a vécu en communion avec Dieu : «Celui qui m’a envoyé est avec moi ; il ne m’a pas laissé seul, parce que je fais toujours ce qui lui est agréable» (Jean 8:29). Il a vécu dans l’obéissance à Dieu : «Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour, de même que j’ai gardé les commandements de mon Père, et que je demeure dans son amour» (Jean 15:10). Enfin, il a vécu dans l’espérance en Dieu : «Je suis sorti du Père, et je suis venu dans le monde ; maintenant je quitte le monde, et je vais au Père» (Jean 16:28). En vivant ainsi, Christ montre quel est le chemin de la piété dans un monde déchu : nous fixons «les regards sur Jésus, qui suscite la foi et la mène à la perfection ; en échange de la joie qui lui était réservée, il a souffert la croix, méprisé l’ignominie, et s’est assis à la droite du trône de Dieu» (Hébreux 12:2). En quoi Christ est-il «le chef [celui qui suscite] et le consommateur [celui qui mène à la perfection]» de notre foi ? 1) Il est la source de la foi. Il l’a obtenue pour nous, il prie pour que

nous la recevions, il nous l’accorde et la préserve en nous ; 2) Il est l’exemple de la foi. Le mot grec traduit par «suscite» (chef

ou auteur) ne signifie pas tant «celui qui est la cause», mais plutôt «celui qui dirige». Nous pouvons donc chanter le Psaume 119, non seulement à propos de Christ et pour Christ, mais aussi à notre propre propos parce que nous sommes unis à lui si nous


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le sentier de la vie

sommes vraiment croyants. Ce Psaume est fait pour notre application pratique personnelle. Notez la fréquence des pronoms personnels : «je» (121 fois), «me» (29 fois), «moi» (34 fois), «mon» (31 fois) et «ton serviteur» (13 fois). Jonathan Edwards écrit : «Je ne connais aucun autre passage des Écritures qui exprime avec plus de clarté et d’insistance la nature et les manifestations d’une piété sincère et authentique.» D’après Charles Bridges, le Psaume 119 «présente l’anatomie de la religion vécue, les traits caractéristiques de la famille de Dieu. Excellent modèle pour l’exercice vital de la piété, ce Psaume est destiné aux croyants de toutes les époques.»

Notes : 1. Kevin DeYoung, Croire Dieu sur parole : Pourquoi la Bible est claire, nécessaire et suffisante, et ce que cela veut dire pour vous et moi, BLF Éditions, Marpent, 2016, p.16. 2. David Powlison, Dire la vérité avec amour, une vision biblique du counseling pour l’Église, Éditions Impact, Trois-Rivières, 2017, p.20. 3. La première occurrence de tôrâ précise qu’il s’agit de la «loi de l’Éternel» (v.1). Les occurrences suivantes s’accompagnent le plus souvent de l’adjectif possessif à la deuxième personne du singulier : ta loi. C’est également le cas pour les autres mots de la liste. 4. La traduction «promesse» serait peut-être plus pertinente pour ce terme. 5. Kevin DeYoung, Ibid, p.17. 6. Kevin DeYoung, Ibid, pp.19,21. 7. Matthew Henry et Thomas Scott, Commentaire sur le livre des Psaumes, extrait du commentaire sur la Bible, Toulouse et Genève, 1839, p.360. 8. Augustin d’Hippone, Œuvres complètes de Saint Augustin, «Premier discours sur le Psaume CXIX», édition en ligne. 9. Par ailleurs, on reproche souvent au Psaume 119 d’être trop répétitif. En réponse à cette critique, Charles Spurgeon remarque : «Chaque verset est une perle unique. À chaque brin d’herbe dans le champ sa propre goutte de rosée céleste.»


présentation du psaume 119

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10. On trouve les requêtes du psalmiste aux versets 8,10,12,17-19,22,25-29,31,3341,43,49,58,64,66,68,73,76-80,86,88,94,107-108,116-117,121-122,124-125,132-135,144145,153-154,156,159,169,170,173,175,176.

11. On trouve les lamentations aux versets 19-20,25,28,40,42,51,53,61,69,70,78,8187,95,107,109-110,120,123,131,136,141,143,145-147,150,157,161,174,176. 12. David Powlison, Ibid., p.34. 13. Le Psaume 119 regorge de références à la vie de Christ. Il est un étranger sur la terre, un sujet de dérision et de mépris (vv.19,22,61,107). Il apprend l’obéissance (vv.34,71) et prie pour la délivrance (vv.41,81,145,147). Il est rempli de zèle (v.139). Mais est-ce Christ qui parle dans ce Psaume ? Il semble difficile de défendre une telle hypothèse si on considère les confessions de péché des vv.5,36,37,67,75. Augustin propose la solution suivante : «C’est donc Jésus-Christ qui parle dans cette prophétie : mais certaines paroles appartiennent à ses membres dans l’unité du corps, qui ne forme qu’un seul homme répandu dans l’univers entier, et qui s’accroît avec le cours des siècles ; d’autres paroles appartiennent au chef lui-même» (Augustin, «Seizième discours sur le Psaume CXVIII»). 14. Pour plus de détails, cf. Mark Jones, Connaître Christ, éditions La Rochelle, diffusées par Publications chrétiennes, Trois-Rivières, 2018, chapitres 8 à 12.


2 Un Dieu béni

«Béni sois-tu, ô Éternel !»

Psaume 119:12

Après avoir procédé à l’introduction du Psaume 119, consacronsnous au sujet qui nous occupe : comment ce Psaume guide-t-il sur le sentier de la vie, vers le bonheur au temps de la détresse ? Pour trouver la réponse, commençons par examiner quelle est la conviction du psalmiste concernant Dieu lui-même : «Béni sois-tu, ô Éternel !» (v.12) Il y a une vingtaine d’années, j’ai eu l’occasion de me rendre en Haïti dans le cadre d’une mission pour une organisation de secours et de développement. Même après tant d’années, le souvenir d’un jour particulier reste gravé dans ma mémoire. Ce jour-là, je quittai Port-au-Prince au point du jour à bord de ma camionnette pour me rendre dans les collines. Je garai mon véhicule à l’endroit où la route s’arrêtait et, pendant deux heures, il me fallut gravir la colline pour atteindre un petit village. J’avais pour tâche de vérifier si les sources à cet endroit pouvaient appro-


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le sentier de la vie

visionner les habitants en eau potable. Une fois mes travaux terminés, j’entamai le chemin du retour, tout en commettant la grave erreur d’oublier de remplir ma gourde en prévision des deux heures de marche qui m’attendaient. Je m’aperçus de ma folie au bout d’une demi-heure mais, à tort ou à raison, je décidai de poursuivre. Le soleil était à son zénith et la température avoisinait les 40°C. J’étais proche de l’évanouissement à mon arrivée à la camionnette. Vous imaginez bien que je ne pensais qu’à une seule chose : de l’eau ! D’une manière étonnante, tout le reste me paraissait banal en comparaison. Le monde dans lequel nous vivons est incapable d’étancher notre soif la plus profonde. Notre âme est spirituelle et éternelle ; ni le matériel, ni le temporel ne peuvent la combler ni la satisfaire. Notre âme est exceptionnelle ; le banal ne peut pas la contenter. Pourtant, que propose le monde ? Vous l’avez compris : le matériel, le temporel, le banal ! Il offre d’innombrables gadgets, accessoires et autres distractions abrutissantes. Il propose des sports extrêmes, de la réalité virtuelle et de la téléréalité, ainsi que des divertissements sans fin. Toutes ces offres s’accompagnent d’une promesse de bonheur, mais le monde ne tient pas ses promesses. C’est même pire, comme l’explique le théologien David Wells en examinant la situation dans son propre pays : «Il est possible que le mode de vie américain provoque l’envie d’un monde qui cherche à s’approprier ses gadgets et à imiter son attirail, mais la version moderne du bonheur s’avère être fatale. Les États-Unis sont un pays violent et perturbé. Le taux de suicide des adolescents y est le plus élevé de la planète. Le pays est champion du monde en


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matière de consommation de stupéfiants (légaux ou non), en addictions de tout genre, en divorces et maladies dépressives. Il est aussi le premier vendeur au monde d’un large panel de thérapies destinées à résoudre ces problèmes, qui sont autant d’indicateurs d’une insatisfaction profonde et généralisée.»1

Les adhérents aux religions païennes croient que la vie est cyclique parce qu’ils observent le cycle du temps où jour et nuit alternent. Les cycles mensuels de la lune, les cycles annuels de la terre autour du soleil et la succession répétée des saisons les confortent dans leur vision du monde. Ils croient que la vie est cyclique et ils estiment que l’humanité est prisonnière d’un cycle dénué d’espoir. C’est la raison pour laquelle, par exemple, les pièces de théâtre grecques se terminent toujours par une tragédie. Elles communiquent l’idée que la souffrance attend toujours les hommes au tournant parce qu’il leur est impossible d’échapper au cycle de la vie. La société actuelle allie le paganisme du passé avec un optimisme chrétien sécularisé. Le résultat est évident aux yeux de tous : angoisse existentielle, désespoir et cynisme (Ecclésiaste 1:5,8). En réalité, Dieu «a mis dans [notre] cœur la pensée de l’éternité» (Ecclésiaste 3:11). Nous savons que cette vie ne se résume pas à ce qui est matériel, temporel et banal ; il y a plus que le présent ici-bas. Mais la plupart des gens ne souhaitent rien de plus que leur confort personnel. Aucune cause ne les passionne, aucune quête ne les anime, aucun défi ne les motive. Leur vie n’est qu’un long bâillement. Consciemment ou non, ils sont devenus la proie du délire de Macbeth :


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«La vie n’est qu’un fantôme errant, un pauvre comédien qui se pavane et s’agite durant son heure sur la scène et qu’ensuite on n’entend plus ; c’est une histoire dite par un idiot, pleine de fracas et de furie, et qui ne signifie rien… »2

Il suffit de regarder autour de soi pour constater que le bonheur occupe le centre de l’existence humaine. «C’est le désir de tout homme», écrit Thomas Watson. Personne ne souhaite être malheureux ou désespéré. S’il était possible de voyager dans le temps, on s’apercevrait que ce même désir fondamental anime tous les hommes où qu’ils soient à travers l’Histoire. C’est pourquoi les parents cherchent à cultiver le bonheur, les musiciens l’expriment, les gouvernements le promettent, les entreprises en font la promotion et les commerciaux le vendent. Pourtant, le bonheur s’avère souvent illusoire parce que la plupart des gens ne savent pas où le trouver. Thomas Watson affirme : «Des millions de personnes se trompent à la fois sur la nature du bonheur et le moyen de l’obtenir.»3 Pourquoi ? Pour faire simple, disons qu’ils l’assimilent à des choses extérieures. Ils n’ont pas saisi que le bonheur ne se trouve pas dans le changement de circonstances ou de conditions, mais en un Dieu qui ne change pas, comme le dit le psalmiste : «Béni sois-tu, ô Éternel !» (v.12) Pourquoi Dieu est-il béni ? Thomas Manton explique : «Dieu est au-dessus de tout et de tous. Il est assez béni en lui-même pour ne pas avoir besoin qu’on ajoute quoi que ce soit à son bonheur et à sa perfection.» Cela signifie que Dieu n’a besoin ni ne bénéficie de rien en dehors de lui-même. Il se suffit à lui-même et se satisfait lui-même. Il est la source de son propre bonheur.


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A-t-il besoin de nous ? Existe-t-il une chose que nous puissions lui offrir ? Thomas Manton écrit : «Il est au-dessus du bien que nous pouvons lui apporter ou du mal que nous pouvons chercher à lui infliger.» Nous avons le même effet sur lui qu’une boule de neige sur le soleil à son midi. Alors que Dieu se suffit à lui-même, se satisfait lui-même et n’a pas besoin de nous, il décide librement de nous communiquer son bonheur, de nous rendre heureux en trouvant notre plaisir en lui. C’est sa grande promesse, l’essence et la somme de toutes les autres : «Je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple» (Jérémie 31:33). C’est la promesse du ciel, et même des cieux des cieux : «Il y a d’abondantes joies devant ta face, des délices éternelles à ta droite» (Psaume 16:11). George Swinnock explique : «Dieu est toutes bonnes choses et toute chose bonne. Il se suffit pleinement et entièrement à lui-même. Il ne lui manque rien pour protéger votre âme de tout mal et pour la perfectionner à l’aide de tout bien. Si Dieu était votre portion, votre partage, vous trouveriez en lui tout ce que votre cœur désire, tout ce qui peut vous conduire au bonheur. Êtes-vous ambitieux ? Dieu est une couronne de gloire. Avez-vous soif de posséder ? Dieu est une richesse insondable. Êtes-vous en proie aux désirs charnels ? Dieu est un torrent de délices et une plénitude de joie. Avez-vous faim ? Dieu est un festin. Êtes-vous fatigué ? Dieu est un repos, un ombrage contre la chaleur et un abri contre la tempête ; faible ? Dieu est le rocher éternel ; sujet au doute ? Dieu est admirable en conseil ; dans les ténèbres ? Dieu est le soleil de la justice, une lumière éternelle ; malade ? Il


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est le Dieu de votre santé ; dans la peine ? Il est le Dieu de toute consolation. Vous approchez-vous de la mort ? Il est la source de la vie. Êtes-vous dans la détresse ? Son nom est un refuge solide et assuré, le remède universel pour soulager toute misère. Quel que soit votre malheur ou besoin, il peut vous en délivrer ou le soulager. Il est argent, or, honneur, joie, nourriture, vêtement, maison, terre, paix, sagesse, puissance, beauté, père, mère, femme, mari, miséricorde, amour, grâce, gloire, et infiniment plus que tout cela.»

Nous sommes créés pour l’éternité, pour quelque chose qui nous dépasse et s’étend au-delà de ce que le monde peut offrir. Il s’agit de Dieu, bien sûr, qui nous a créés à son image pour que nous trouvions en lui notre repos et notre raison d’être. Quand nous faisons de lui notre Dieu, nous trouvons en lui la réponse à tous nos désirs : un bien éternel et spirituel qui satisfait tous nos besoins. Dans Le fauteuil d’argent, C. S. Lewis décrit comment la petite Jill parcourt la forêt, en proie à une soif terrible. Elle entend le clapotis d’un ruisseau mais, en s’approchant, elle voit un lion terrifiant debout entre elle et l’eau. Jill se fige, submergée de crainte. Elle esquisse un mouvement de retrait, mais le lion l’invite à s’approcher : «Viens boire, si tu as soif.» Jill a très soif, mais le lion est trop terrifiant. «Je n’ose pas venir boire», murmure-t-elle. «Alors, tu vas mourir de soif», déclare le lion. «Bon, bien, répond Jill, je crois que je devrais essayer de trouver un autre ruisseau.» À son grand désarroi, le lion affirme alors : «Il n’y a pas d’autre ruisseau.»4 Notre bonheur se trouve en Dieu seul ; voilà ce que Christ a obtenu pour nous. Pierre écrit : «Christ aussi a souffert une fois


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pour les péchés, lui juste pour des injustes, afin de nous amener à Dieu» (1 Pierre 3:18). Dieu devient notre Dieu lorsque nous venons à lui par Christ. Sa puissance nous appartient alors pour nous protéger ; sa sagesse pour nous diriger ; sa miséricorde pour avoir pitié de nous ; sa grâce pour nous pardonner ; son amour pour nous raviver ; sa joie pour nous satisfaire. Par-dessus tout, il est «notre Dieu éternellement et à jamais» (Psaume 48:15), non pas pour un jour, une semaine, un mois, un an ou un million d’années, mais «éternellement et à jamais». Nous pouvons nous exclamer de tout cœur : «Heureux le peuple pour qui il en est ainsi ! Heureux le peuple dont l’Éternel est le Dieu !» (Psaume 144:15)

Notes : 1. David Wells, No Place for Truth: or, Whatever Happened to Evangelical Theology?, Eerdmans, Grand Rapids, 1994, pp.170,171. 2. William Shakespeare, Œuvres complètes de Shakespeare, «Macbeth», Pagnerre, 1866, p.66. 3. Jean Calvin écrit pour sa part : «Néanmoins, au lieu d’aspirer à la béatitude en suivant le droit chemin, ils préfèrent délibérément errer de-ci de-là pour leur propre ruine et perdition.» Jean Calvin, Commentaires sur le livre des Psaumes, tome 2, p.385. 4. C. S. Lewis, Le fauteuil d’argent, Gallimard Jeunesse, Paris, 2002, p.27.


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‫א‬

Consacré à la Parole de Dieu

Aleph

«Heureux ceux qui sont intègres dans leur voie, Qui marchent selon la loi de l’Éternel ! Heureux ceux qui gardent ses préceptes, Qui le cherchent de tout leur cœur, Qui ne commettent point d’iniquité, Et qui marchent dans ses voies ! Tu as prescrit tes ordonnances, Pour qu’on les observe avec soin. Puissent mes actions être bien réglées, Afin que je garde tes statuts ! Alors je ne rougirai point, À la vue de tous tes commandements. Je te louerai dans la droiture de mon cœur, En apprenant les lois de ta justice. Je veux garder tes statuts : Ne m’abandonne pas entièrement !» vv.1-8


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le sentier de la vie

Dans la seconde partie du Voyage du Pèlerin, John Bunyan raconte l’histoire de l’épouse de Chrétien, Christiana. En chemin vers la Cité céleste, elle visite la maison de l’Interprète qui lui montre une pièce où un homme est occupé à ratisser le sol à l’aide d’un râteau à fumier pour trouver des brins de paille, des petits morceaux de bois et la poussière du plancher. Au-dessus de lui, un autre homme tente de lui offrir une couronne céleste en échange de son râteau. Mais le premier homme est tellement captivé par sa recherche de paille et de branches qu’il ne lève jamais les yeux vers l’autre. L’Interprète explique à Christiana que cette pièce «signifie que les choses terrestres, quand elles exercent toute leur puissance sur l’esprit des hommes, détournent entièrement leurs cœurs de Dieu.»1 Beaucoup d’hommes sont tellement préoccupés par les choses terrestres qu’ils n’ont aucune idée de ce que Dieu leur offre : l’adoption dans sa famille (Galates 4:4-6) ; des «délices éternelles» et un «trésor inépuisable dans les cieux» (Psaume 16:11 ; Luc 12:33) ; «la couronne incorruptible de la gloire» (1 Pierre 5:4) ; un univers restauré, «où la justice habitera» (2 Pierre 3:13) ; l’éternité sans douleur, sans tristesse ni mort (Apocalypse 21:4) ; et la vision bienheureuse de sa gloire en Jésus-Christ (Matthieu 5:8). Hélas, la plupart sont tellement absorbés par leur râteau à la recherche de brins de paille et de petits morceaux de bois qu’ils ne lèvent jamais les yeux. À ces mots de l’Interprète, Christiana se met à pleurer : «Oh ! délivre-moi de ce râteau à fumier !» Tous les hommes désirent être heureux, mais le bonheur échappe à la plupart parce qu’ils le cherchent au mauvais endroit. Le bonheur ne se trouve pas dans l’accumulation de biens terrestres, et il ne dépend pas non plus d’expériences agréables ou


consacré à la parole de dieu

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de circonstances favorables. Il s’enracine au contraire dans la connaissance du Dieu vivant, car lui seul est béni. Notre joie en lui est proportionnelle à notre conformité avec lui. Si nous aimons ce qu’il aime et haïssons ce qu’il hait, nous «vivons la vie de Dieu», comme le dit succinctement Thomas Manton. C’est ce que nous découvrons dans la première strophe du Psaume 119. Le commentateur William Plumer écrit : «Ces huit versets enseignent que la piété est sincère, cohérente, concrète, vient du cœur, intelligente, sérieuse, active, vibrante, assidue, humble, qu’elle se défie d’elle-même ; elle est équilibrée, innocente, dénuée de la souillure du monde, prompte à renoncer à elle-même, confiante en Dieu, remplie de gratitude, entièrement prête à obéir à la loi et tout aussi prête à confesser qu’elle ne peut rien sans la grâce divine.»

La description du bonheur Le psalmiste emploie deux fois le qualificatif «heureux» dans les premiers versets du Psaume.2 Il commence par déclarer : «Heureux ceux qui sont intègres dans leur voie, qui marchent selon la loi de l’Éternel !» (v.1) Il décrit comment marchent les gens heureux, de quelle manière («intègres dans leur voie») et sur quel chemin («selon la loi de l’Éternel») puis il affirme : «Heureux ceux qui gardent ses préceptes, Qui le cherchent de tout leur cœur, Qui ne commettent point d’iniquité, Et qui marchent dans ses voies !» (vv.2,3)


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le sentier de la vie

Le psalmiste précise ici que les hommes heureux gardent les «préceptes» de Dieu. Cela signifie observer sa Parole, ou vivre «sous sa puissance», comme l’écrit Charles Spurgeon. Le psalmiste décrit ensuite ce qu’ils cherchent : Dieu, «de tout leur cœur». Ceci implique l’esprit, les émotions et la volonté. En somme, le croyant utilise tout ce qui est en son pouvoir pour s’accrocher à Dieu. Troisièmement, le psalmiste parle de ce que font les hommes heureux : ils se détournent du péché («ne commettent point d’iniquité») et se tournent vers Dieu («marchent dans ses voies»). Pour résumer, il affirme que le chemin du bonheur passe par l’obéissance. Si nous cherchons le bonheur pour le bonheur en soi, nous ne le trouverons jamais, car il est un produit dérivé qui résulte d’une relation avec Dieu et avec sa justice. Christ parle de cette relation dans les premières phrases de son Sermon sur la Montagne : «Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés !» (Matthieu 5:6) Son message est clair : nous trouvons le bonheur lorsque nous cherchons la justice. Pourquoi ? Parce qu’en grandissant dans l’expérience de la justice (en conformant nos pensées et notre vie à la Bible), nous bénéficions d’une communion plus intime avec le Dieu béni (cf. Psaume 1).

La poursuite du bonheur «Tu as prescrit tes ordonnances, Pour qu’on les observe avec soin. Puissent mes actions être bien réglées Afin que je garde tes statuts !» (vv.4,5)


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L’exclamation «Puissent mes actions… !» reflète le désir ardent du psalmiste de vivre en conformité avec la Parole de Dieu. Prenant conscience qu’il ne peut pas marcher dans les voies de Dieu par ses propres forces, il implore secours divin. Charles Bridges rappelle que «lorsque Dieu édicte les commandements, il ne s’attend pas à ce que nous soyons capables d’y attacher notre cœur. Il veut au contraire nous convaincre de notre impuissance la plus totale afin de nous amener à nous appuyer sur lui, car il aime qu’on le cherche et il se laissera toujours trouver. Quand le chrétien commence à percevoir que le chemin du bonheur passe par l’obéissance, il ne cède pas au désespoir face à son incapacité à obéir. Il se tourne vers Dieu afin d’obtenir la grâce dont il a besoin pour se soumettre à sa volonté. L’attention même la plus grande accordée à la Parole n’est jamais efficace dans la pratique si elle ne s’accompagne pas d’une vie de prière assidue.» À mesure que nous apprenons à tourner le regard vers les commandements de Dieu, nous n’avons plus honte (v.6). La honte résulte d’une conscience souillée. La conscience se compose d’une règle (nous comprenons ce que Dieu exige), d’un témoin (nous comparons nos actes à cette règle) et d’un juge (nous appliquons la conclusion à nous-mêmes). Lorsque nous désobéissons, elle prononce un jugement qui nous plonge dans le péché. Mais l’obéissance bannit la honte et ouvre notre bouche afin de louer Dieu (v.7). Charles Spurgeon observe : «La honte disparue, le silence est brisé.» La louange est une chose que nous pratiquons tous les jours. La maman loue son petit garçon, le papa loue son adolescente ; un homme loue une athlète pour son talent ; une femme loue un artiste pour sa technique. Nous éclatons en louanges quand nous


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voyons une belle chose, entendons un air merveilleux, goûtons un aliment délicieux, expérimentons une sensation agréable. La louange est le moyen par lequel nous exprimons notre estime pour une chose ou une personne, en particulier pour Dieu : «Louez l’Éternel ! Serviteurs de l’Éternel, louez, Louez le nom de l’Éternel !... Du lever du soleil jusqu’à son couchant, Que le nom de l’Éternel soit célébré !» (Psaume 113:1,3)

Lui seul est digne d’être loué, car «sa grandeur est insondable» (Psaume 18:3 ; 145:3). Il est si grand que même les anges se couvrent la face en sa présence, si grand qu’il doit abaisser les regards pour remarquer sa création, si grand que nous sommes incapables de saisir sa gloire, sa majesté, son excellence et sa splendeur (Ésaïe 6:1,2 ; Psaume 113:5,6 ; Exode 33:20). Pour toutes ces raisons, nous le louons «dans la droiture de [notre] cœur» (Psaume 119:7). Quel est le contraire d’un cœur droit ? Un cœur partagé, j’imagine. Christ adresse à ses contemporains le reproche suivant : «Ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est éloigné de moi» (Matthieu 15:8). Si notre cœur est partagé, c’est que nous estimons que quelque chose est plus grand que Dieu. C’est le signe que nous ne sommes pas vraiment centrés sur Dieu, mais sur nousmêmes. Le psalmiste sait que son cœur a tendance à être partagé, que seule la grâce de Dieu peut augmenter sa louange. C’est pourquoi il déclare : «Je veux garder tes statuts : Ne m’abandonne pas entièrement !» (v.8) L’homme confesse qu’il est entièrement faible


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et pécheur. Jay Adams explique : «Le psalmiste désire observer les statuts de Dieu pour lui plaire. Mais lorsqu’il voit le résultat de ses efforts, il se demande comment Dieu peut continuer à le supporter.» C’est le point de départ de toutes nos interactions avec Dieu. La prière du psalmiste fait écho à celle, toute simple, du publicain dans le temple : «Ô Dieu, sois apaisé envers moi, qui suis un pécheur» (Luc 18:13). Il n’ose même pas lever les yeux. C’est la posture que nous devrions adopter devant Dieu. C’est sur cette base que nous nous approchons de lui et espérons en lui.

Conclusion Cette première strophe enseigne que le bonheur consiste à vivre en conformité avec la volonté de Dieu. «Personne n’a jamais effectué le premier pas vers un bonheur réel et durable avant de devenir un serviteur sincère et fidèle du Dieu très-haut conformément aux Écritures» (William Plumer) Mais cela soulève une question de taille : quel homme vit de cette manière, obéit aux commandements de Dieu, cherche Dieu de tout son cœur (Psaume 119:2) ? Le psalmiste déclare ailleurs : «Si tu gardais le souvenir des iniquités, Éternel, Seigneur, qui pourrait subsister ?» (130:3) Il commence par s’adresser à Dieu en tant qu’Éternel (Yah) pour souligner son éternité et son immortalité. Il veut ainsi montrer que Dieu voit tout. Puis, il s’adresse à lui en tant que Seigneur (Adonai) pour souligner son autorité et sa souveraineté. Il montre ainsi que Dieu juge tout. Il y a donc ce que John Owen appelle une «double prise en compte du péché» : Dieu voit nos iniquités, et il les juge. L’argument du psalmiste est clair : il nous serait impossible de subsister devant ce Dieu qui voit et juge tout


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s’il devait «gard[er] le souvenir de nos iniquités» (c’est-à-dire les réserver pour le jugement). Nous ne pourrions pas nous tenir devant ce Juge-là un seul instant, au sens juridique du terme. Si Dieu nous traitait selon ce que nous méritons, sa sainteté nous consumerait. Revenons à notre question : quel est l’homme qui vit comme cet homme heureux, qui ne commet pas d’iniquité et qui marche dans les voies de Dieu ? (v.3) La réponse se trouve au Psaume 32 : «Heureux celui à qui la transgression est remise, À qui le péché est pardonné ! Heureux l’homme à qui l’Éternel n’impute pas l’iniquité, Et dans l’esprit duquel il n’y a point de fraude !» (vv.1,2)

C’est ici une triple description de cet homme heureux : 1) Dieu lui remet la transgression ; 2) Dieu pardonne son péché ; 3) Dieu ne lui impute pas l’iniquité. Il ne prend pas son péché

en compte. Comment est-ce possible ? Paul explique que Dieu fait tout cela à cause de Christ (Romains 4:4-8). Le bonheur s’enracine donc dans notre position en Christ. Ce dernier saisit le croyant par le Saint-Esprit, et le croyant le saisit par la foi. En conséquence de cette union, Christ prend ce qui est à nous (Dieu lui impute notre péché) tandis que nous recevons ce qui lui appartient (Dieu nous impute sa justice). En un mot, Christ devient notre «justice» (1 Corinthiens 1:30).


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En raison de notre union avec Christ, nous cherchons désormais à marcher dans les voies de Dieu. Soyons prudents au moment de définir ce que signifie cette obéissance, car les Écritures lui donnent deux sens : l’obéissance légale (obéir parfaitement à la volonté de Dieu), et l’obéissance évangélique (chercher avec sincérité à obéir à la volonté de Dieu). Il y a trois choses à comprendre ici. 1) Christ est le seul à avoir obéi dans le premier sens (légal). Son

obéissance à Dieu était exhaustive, totale, parfaite. 2) Dieu considère que nous avons obéi dans le premier sens parce

que nous sommes unis à Christ par la foi. 3) Nous obéissons maintenant dans le deuxième sens (évan-

gélique), à savoir nous cherchons à obéir à Dieu avec sincérité, et nous acceptons volontiers de nous repentir lorsque nous échouons. En tant que chrétiens, nous ne péchons plus comme nous avions l’habitude de le faire. Le péché n’est plus notre mode de vie. «Nous tombons peut-être encore dans la boue, mais nous ne nous y vautrons plus comme le porc le fait dans la fange» (Thomas Manton) Nous cherchons plutôt à marcher dans les voies de Dieu avec son aide. C’est le seul chemin qui mène au bonheur : une vie conforme à la Parole de Dieu et un cœur dévoué à la Parole de Dieu.


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Notes : 1. John Bunyan, Christiana, édition et distribution du Cèdre, Avallon, 1997, p.36. 2. Voir à ce sujet les Psaumes 1:1 ; 2:12 ; 34:9 ; 40:5 ; 84:6,13 ; 112:1 ; 119:1 ; 128:1 ; 146:5. Le mot est au pluriel en hébreu, un procédé stylistique qui indique l’excellence. Thomas Manton observe : «Le psalmiste commence en décrivant le chemin qui même au vrai bonheur, comme le fait Christ dans son Sermon sur la Montagne et comme le font les psalmistes tout au long du psautier. Nous cherchons tous le bonheur, mais soit par ignorance, soit par négligence, nous n’en trouvons pas le chemin. Voilà pourquoi le psalmiste commence par établir ce qu’est vraiment un homme heureux.»


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Le sentier de la vie • Stephen Yuille by BLF Éditions - Issuu